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Coups de bélier

par Marcel FRELIN


Ingénieur CNAM
Docteur de l’Université
Sous-directeur honoraire de Laboratoire au Conservatoire national des arts et métiers

1. Coups de bélier de masse...................................................................... BM 4 176 - 3


1.1 Équation de continuité ................................................................................ — 3
1.2 Équation de mouvement............................................................................. — 3
1.3 Variation lente de régime............................................................................ — 3
1.4 Imperfection de la théorie du coup de bélier de masse ........................... — 4
2. Notions sur la propagation des ondes dans un milieu fluide ...... — 4
2.1 Mécanisme de la propagation d’une onde................................................ — 4
2.2 Célérité du son ............................................................................................. — 5
2.3 Formules d’Allievi ........................................................................................ — 6
2.4 Réflexion normale des ondes planes......................................................... — 6
3. Célérité des ondes de pression dans les conduites déformables — 7
3.1 Analyse des termes de l’équation de débit ............................................... — 7
3.2 Déformation des tuyauteries ...................................................................... — 7
3.3 Vitesse de propagation ............................................................................... — 8
3.4 Conduites annulaires................................................................................... — 9
4. Méthode de Louis Bergeron .................................................................. — 9
4.1 Principe de la méthode ............................................................................... — 9
4.2 Construction graphique .............................................................................. — 10
4.3 Fermeture instantanée d’une vanne .......................................................... — 10
4.4 Schématisation simplifiée du phénomène ................................................ — 11
4.5 Fermeture progressive d’une vanne .......................................................... — 12
4.6 Influence de la dégradation énergétique................................................... — 13
5. Coups de bélier dans les stations de pompage............................... — 13
5.1 Arrêt instantané d’une pompe.................................................................... — 14
5.2 Arrêt progressif d’une pompe .................................................................... — 14
5.3 Cheminée d’équilibre et réservoir.............................................................. — 16
5.4 Protection par cheminée d’équilibre .......................................................... — 17
5.5 Protection par réservoir antibélier ............................................................. — 18
5.6 Cavitation ..................................................................................................... — 21
6. Méthode des caractéristiques .............................................................. — 21
6.1 Dégradation énergétique négligée............................................................. — 21
6.2 Comptabilisation de la dégradation énergétique ..................................... — 24
7. Conclusion ................................................................................................. — 26
Références bibliographiques ......................................................................... — 27

es changements du régime d’écoulement d’un fluide contenu à l’intérieur


L d’une conduite entraînent souvent de brusques variations de pression. Ces
écarts seront plus importants si le fluide est un liquide et si la modification du
débit a été brutale. Par rapport au régime permanent, les pressions peuvent
atteindre des valeurs excessives.
On appelle coups de bélier les variations de pression provoquées par une
prompte modification du régime d’un liquide s’écoulant à l’intérieur d’une cana-
lisation.

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COUPS DE BÉLIER ______________________________________________________________________________________________________________________

Les causes des coups de bélier sont diverses mais elles sont fréquentes lors
du démarrage ou de l’arrêt d’une installation hydraulique, par exemple, une
prompte fermeture de vanne ou un arrêt rapide de pompe.
Le fonctionnement en régime instationnaire, même très exceptionnel, d’une
installation hydraulique doit toujours attirer l’attention de l’ingénieur concepteur.
Ces phénomènes peuvent avoir des conséquences fâcheuses telles que la rupture
de canalisations et la détérioration d’appareils traversés par le fluide.
Il est donc capital de prévoir et d’étudier ces phénomènes transitoires afin de
réduire leurs effets par l’utilisation de dispositifs spéciaux et le dimensionnement
correct des différents composants d’une installation.
Bien que son application reste limitée, cet article traitera d’abord de la théorie
très simple du « coup de bélier de masse » qu’on peut parfois utiliser dans
certaines installations hydrauliques.
Les propriétés des ondes de pression dans les canalisations déformables seront
développées. Les phénomènes instationnaires, pour lesquels l’étude de la pro-
pagation des ondes de pression est indispensable, sont souvent désignés par
« coups de bélier d’ondes » par opposition aux « coups de bélier de masse ».
Dans le langage courant on parle, tout simplement, de coups de bélier.
Les équations fondamentales, traduisant l’instationnarité d’un écoulement,
peuvent être directement traitées sur ordinateur mais les résultats numériques
ainsi obtenus n’ont pas le mérite de bien décrire le phénomène physique. Ce
qui n’est pas le cas pour la méthode graphique de Bergeron qui mettra en évi-
dence la nature des coups de bélier. Elle sera tout d’abord développée dans son
principe pour traiter les coups de bélier d’ondes, puis elle sera étendue aux
stations de pompage avec leurs dispositifs de protection antibélier.
En revanche, la construction graphique de Bergeron a l’inconvénient de devenir
confuse lorsque les installations hydrauliques sont complexes. L’informatique
s’est évidemment substituée aux constructions graphiques en utilisant diverses
méthodes. Nous développerons celle des caractéristiques qui est couramment
utilisée.

Notations et symboles Notations et symboles


Symbole Unité Définition Symbole Unité Définition

A m2 Aire (section de la canalisation) S J/(kg · K) Entropie massique


a m/s Célérité du son s m Abscisse curviligne
c m/s Célérité d’une onde de pression T K Température (§ 2.2)
dans une canalisation T s Temps total de fermeture d’une vanne
d et D m Diamètres t s Période
E Pa Module d’élasticité longitudinale t s Temps
(module d’Young) U m Déplacement radial
e m Épaisseur du tube constituant V m/s Vitesse d’écoulement du fluide
une canalisation  m3 Volume
εR , ε θ , εs Dilatations principales en coordonnées
cylindriques v m3/kg Volume massique
z m Altitude
g m/s2 Accélération due à la pesanteur
δf J/kg Dégradation énergétique
H m Hauteur manométrique d’une pompe ε Pa Module d’élasticité volumique du liquide
h m Pression exprimée en colonne de liquide sans Rapport des capacités thermiques
I kg · m2 Moment d’inertie par rapport à un axe γ dimension massiques
de rotation Temps pour parcourir la longueur
sans µ s de la canalisation µ = L/c
K Coefficient simplificateur
dimension sans
ν dimension
Coefficient de Poisson
L m Longueur de tuyauterie
M N·m Couple d’une pompe ρ kg/m3 Masse volumique
N tr/min Vitesse de rotation σR , σθ , σs Pa Contraintes principales en coordonnées
pv Pa Pression de vapeur saturante cylindriques
ξ m Dégradation énergétique en colonne de
p Pa Pression liquide
P Pa P=p+ρgz sans
η Rendement global de pompe
qv m3/s Débit-volume dimension
R m Rayon χS Pa–1 Coefficient de compressibilité isentropique
r J/(kg · K) Constante d’un gaz parfait ω rad/s Vitesse angulaire

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1. Coups de bélier de masse Par contre, ce n’est pas le cas si les changements du régime de
l’écoulement sont faibles. Dans ces conditions, les écarts de pression
sont minimes, la masse volumique du liquide est quasiment
constante, et les tuyauteries peuvent être considérées comme indé-
1.1 Équation de continuité formables. On dit alors que l’on a affaire à un coup de bélier de
masse.
L’équation de continuité ou de conservation de la masse d’un Avec ces hypothèses, la relation (2) s’écrit :
écoulement unidimensionnel s’exprime par la relation :
∂V
ρ A --------- = 0 ⇒ V ≠ f (s)
∂ ( ρ A ) ∂ ( ρ AV ) ∂s
-------------------- + ------------------------- = 0 (1)
∂t ∂s
La vitesse qui est, a priori, fonction du temps t et de l’abscisse
Cette expression est valable pour un filet de courant mais dans curviligne s, ne dépend plus, dans un coup de bélier de masse, que
cette théorie nous l’étendrons à une canalisation. En d’autres termes, de t, et ainsi la relation (6) devient :
nous admettrons que l’écoulement à l’intérieur d’une tuyauterie est
dV 1 ∂ P
tel que sa vitesse V, sa pression p, et sa masse volumique ρ ---------- + ----- --------- = 0 (7)
dt ρ ∂s
conservent à la date t, la même valeur en tous les points d’une section
droite d’aire A et d’abscisse curviligne s. Il est souvent possible d’intégrer cette relation. Pour le montrer,
Les liquides sont habituellement considérés comme des fluides considérons une tuyauterie de longueur L et désignons par « 1 » son
incompressibles mais, ici, on tiendra compte de leur légère entrée et « 2 » sa sortie. Multiplions alors (7) par un petit élément
compressibilité. Évidemment, la variation de leur masse volumique de longueur ds et intégrons cette expression à une date t. Nous
restera toujours faible devant une valeur moyenne que l’on prendra obtenons l’équation suivante :
en ligne de compte. En écoulement instationnaire, on admet que la
masse volumique est fonction du temps t mais pas de l’abscisse dV P 2 – P 1
- = 0
L ---------- + -------------------
curviligne s. dt ρ
2 2
Compte tenu de ces remarques sur les
devient :
liquides, la relation (1)
ou
dV

p2 V2 p1
  V1
L ---------- + -------- + gz 2 + --------- – -------- + gz 1 + ----------
dt ρ 2 ρ 2 =0 (8)

∂A ∂ρ ∂A ∂V
ρ --------- + A -------- + V ρ --------- + A ρ --------- = 0 (2)
∂t ∂t ∂s ∂s puisque nous avons :

 
2 2
∂P
ds = L ; --------- d s = P 2 – P 1 ; V 2 = V 1
1.2 Équation de mouvement 1 1 ∂s
Les conditions aux limites permettent généralement d’exprimer
Pour une particule fluide visqueuse, l’équation générale de la les termes comportant les indices « 1 » et « 2 » sous d’autres
dynamique s’écrit : formes et conduisent à la résolution de l’équation différentielle.
dV =
ρ ------------- = F v + div τ (3) Exemple : une installation hydraulique comporte une cheminée
dt d’équilibre située à une distance L d’une retenue d’eau de niveau
= constant (figure 1). La cheminée de section circulaire a un diamètre D
Fv désigne les forces de volume et τ le tenseur des contraintes.
alors que celui de la tuyauterie est d. Lorsque le régime de l’écoulement
Comme précédemment, considérons un écoulement unidimen- est permanent, le débit-volume est q v0 .
sionnel et supposons que les forces de volume se réduisent uni- En négligeant les pertes de charge dans la conduite et sachant qu’à
quement à l’action de la pesanteur. En décomposant l’accélération la date t = t0 on ferme instantanément la vanne, nous voulons
dV déterminer :
---------- et en désignant par δf la dégradation énergétique, l’équation (3)
dt 1) la période des oscillations ;
devient : 2) la hauteur maximale d’eau atteinte dans la cheminée.
∂V ∂V dz 1 ∂p δf Application numérique :
--------- + V --------- + g -------- + ----- --------- + --------- = 0 (4)
∂t ∂s ds ρ ∂s ds
d = 1,5 m L = 4 000 m q v0 = 1 m3/s
Dans le but de simplifier les écritures on pose souvent pour les
liquides : D=3m z 0 – z2 = 20 m
P=p+ρgz (5) 1) Compte tenu de l’importance des masses d’eau contenues dans
la retenue et la cheminée, nous pouvons dire qu’à une date quel-
En négligeant le terme en δf et en tenant compte de la remarque conque t nous avons approximativement :
précédente sur la masse volumique, la relation (4) peut s’écrire :
2
p1 V1 p at
∂V ∂V 1 ∂P ∂V ∂
--------- + V --------- + ----- --------- = --------- + --------
∂t ∂ s ρ ∂s ∂t ∂s  V2 P
--------- + -----
2 ρ  = 0 (6) -------
ρ
+ g z 1 + ---------
2 ρ
- + g z0
- = ---------

et, de même :
2
p2 V p at p at
1.3 Variation lente de régime -------- + gz 2 + --------2- = --------- - + g (z 0 + x)
- + g z = ---------
ρ 2 ρ ρ
Il est bien connu que des modifications rapides de la vitesse d’un et, par substitution dans la relation (8), il ne restera que :
liquide contenu à l’intérieur d’une canalisation peuvent provoquer
des variations de pression importantes qui risquent d’être dV
L --------- + gx = 0
préjudiciables à une installation. dt

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Z Z
D
pat p at 0
z pat z0
z0 0 x
Retenue R
z1 1 Cheminée z1 1
d

Vanne V Vanne V
z2 2 z2 pat
L L 2

Figure 1 – Installation avec cheminée d’équilibre Figure 2 – Fermeture d’une vanne

Il est facile d’exprimer différemment cette équation en écrivant qu’à Dans ces conditions, la relation (8) devient :
une date t le débit-volume dans la tuyauterie doit être égal à celui qui
entre ou sort de la cheminée : 2 2

 1 – ------Tt -  –  ---------ρ + gz  = 0
LV p2 Vi p at
– ----------i- + --------
 
πd 2 πD 2 dx dV D 2 d2 x + gz 2 + ---------
q v0 = ------------ V = ------------ --------- ⇒ --------- = ------ -----------
- T ρ 2 0
4 4 dt dt d dt 2
ce qui permet de déduire la pression relative au niveau de la
Alors, l’équation différentielle ci-dessus devient : vanne :
2

 1 – ------Tt - 
Vi 2
d 2x p 2 – p at LV
 
D 2
------ L ----------
- - = g ( z 0 – z 2 ) – ---------
--------------------- + ----------i-
d dt 2 + gx = 0 ρ 2 T
et admet comme solution : Cette expression présente une difficulté pour un temps de
fermeture de vanne très court. En effet, si T → 0 nous avons

  
p 2 – p at
d g
 d g
x = C 1 cos ------ ----- t + C 2 sin ------ ----- t
D L D L ρ
- → ∞ ce qui est, évidemment, impossible. On conçoit donc
---------------------
aisément qu’il est indispensable de traiter différemment ce genre
avec C 1 et C 2 constantes. de phénomènes.
La période demandée des oscillations est donc : Pour que la théorie du coup de bélier de masse puisse s’appliquer
dans ce cas particulier, il faudrait que la valeur de T soit suffisamment
D L grande. Grosso modo, il est souhaitable que le rapport L /T soit très
t = 2π ------ ----- = 254 s = 4 min14 s
d g inférieur à la vitesse de propagation de l’onde de pression dans la
canalisation, dont il sera question au paragraphe 3.
2) Nous déduisons les constantes C 1 et C 2 en écrivant qu’à la date
t = 0 le débit-volume est q v0 et x = 0. Soit :

 
4q v0 L 4 q v0 L d g
C 1 = 0 et C 2 = --------------
πdD
----- ⇒ x = -------------
g π dD
- ----- sin ------ ----- t
g D L
2. Notions sur la propagation
La hauteur d’eau dans la cheminée sera évidemment maximale des ondes dans un milieu
lorsque : fluide

d g
D L  π D L
2 d g
t
sin ------ ----- t = 1 c ′ est-à-dire pour t = ----- ------ ----- = ------
4
2.1 Mécanisme de la propagation
Par conséquent, la hauteur d’eau maximale atteinte dans la chemi- d’une onde
née sera :
4q v0 Si dans un milieu continu, au repos, on provoque le déplacement
L
z maxi = z 0 – z 2 + -------------- ----- = 25,7 m rapide d’un élément on constate que les éléments voisins se
πdD g déplacent et agissent à leur tour sur les particules en contact ; ainsi,
le déplacement se propage, de proche en proche, avec une vitesse
finie dans tout le milieu.
1.4 Imperfection de la théorie du coup Si l’ébranlement est de faible amplitude (ce qui sera le cas dans
de bélier de masse l’étude des coups de bélier), la vitesse de propagation est appelée
célérité du son et on la désigne habituellement par a.
Supposons (figure 2) que l’installation traitée dans l’exemple Dans un fluide, cette propagation s’effectue dans une direction
précédent ne comporte pas de cheminée d’équilibre et que la confondue avec celle de l’ébranlement. Elle s’accompagne, à cette
fermeture de la vanne provoque des vitesses obéissant à la loi même célérité, d’une variation de pression, de masse volumique et
suivante : de température. Ce domaine mobile, par rapport au fluide constitue
une onde. Par exemple, dans un milieu fluide indéfini, un ébran-

t
V = V i 1 – -----
T  lement produit en un point M se propagera à la célérité a suivant
une onde sphérique.
avec T temps total de fermeture, Pour schématiser plus simplement ce phénomène de propagation
Vi vitesse initiale. d’ondes, considérons une longue tuyauterie rectiligne, absolument

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Célérité a Liquide p + dp p
a

Piston Position de l'onde à la date t


a dt
Figure 3 – Propagation d’une onde
a équation de la dynamique des fluides

indéformable, de section constante, et contenant un liquide


(figure 3). Supposons que l’une de ses extrémités comporte un
piston mobile et que l’autre soit fermée. Dans l’éventualité hypothé- A1 ρ V A2
tique d’un liquide incompressible, le déplacement du piston se a
transmettrait instantanément à la totalité du fluide contenu dans la
tuyauterie. Il ne pourrait pas se déplacer sans que la pression qui b
règne dans le liquide devienne théoriquement égale à l’infini.
Mais en réalité, comme nous l’avons précédemment évoqué, les A2
A3 a
liquides ne sont pas rigoureusement incompressibles. Si l’on
déplace brusquement le piston d’une petite quantité, il apparaîtra
immédiatement une augmentation de pression dans la couche de dv dt ρ + d ρ ; V + dV c
liquide en contact avec lui. Cette couche, n’étant plus en équilibre a dt
avec les tranches plus éloignées, va se détendre en comprimant à
son tour les couches voisines et ainsi de suite avec une vitesse de x1 x2 x
propagation égale à a, puisque la tuyauterie est supposée indé- b c conservation de la masse
formable.

Figure 4 – Illustration des équations de la dynamique des fluides


et de la conservation de la masse
2.2 Célérité du son
Pour déterminer la célérité a considérons, tout d’abord,
l’écoulement permanent d’un liquide parfait contenu à l’intérieur On admet généralement que la propagation d’une onde plane
d’une canalisation rectiligne, rigoureusement indéformable et de s’effectue adiabatiquement et, puisque le frottement est négligea-
section constante A . Si nous provoquons alors un ébranlement, il ble, l’évolution est de surcroît isentropique. En utilisant les nota-
y aura au passage de l’onde une discontinuité de la pression, de la tions de la thermodynamique, la célérité d’une onde de pression
masse volumique, de la température et également de la dans un milieu fluide indéterminé s’écrit :
vitesse (figure 4a ). Pendant le temps dt, la masse de fluide
∂p
∂ρ 
concernée par le parcours de cette onde est ρAa d t et elle subit une
dV
accélération ---------- . Pour cette masse de fluide, l’équation de la dyna-
a2 =
 --------
-
S
(12)
dt
mique s’écrit : Compte tenu de l’expression du coefficient de compressibilité
dV isentropique χS [15] et du module d’élasticité volumique du liquide ε :
A ( p + dp ) – A p = ρ Aadt ----------
dt
1 ∂v 1 ∂ρ
soit :
d p = ρa d V (9)
1
χ S = ----- = – ----- --------
ε v ∂p   S
ρ ∂p  
= ----- --------
S
À la date t = t 1 , cette onde élémentaire se trouve à une abscisse
ce qui peut encore s’écrire :
x = x1 dans la canalisation et, à t 2 = t 1 + dt, elle se trouvera dans
une position x2 = x 1 + adt. Au temps t 1 , toutes les particules de
∂ ε
 --------
∂ρ 
p 1
fluide comprises entre les sections A 1 et A 2 ont, évidemment, - = ------------- = ---- = a 2 (13)
conservé leur masse volumique ρ et leur vitesse V (figure 4b ). Ce S χS ρ ρ
qui n’est pas le cas, pour cette même masse de fluide contenue à
la date t 2 entre les sections A 3 et A 2 , où ces grandeurs sont res- Par exemple, dans l’eau la célérité du son est d’environ 1414 m /s
pectivement devenues ρ + d 1 et V + dV (figure 4c ). avec ρ = 1 000 kg · m–3 et χ S = 5 · 10 –10 Pa–1. Cette valeur varie
Avant le passage de l’onde, la masse de fluide comprise entre légèrement avec la température et la pression. Par contre, dans de la
A 1 et A 2 était : vapeur d’eau légèrement surchauffée (pression = 1,8 bar et tempéra-
ρAa dt ture = 180 oC), la célérité du son est approximativement de 520 m/s.

Après le passage de l’onde, cette même masse de fluide est p


comprise entre les sections A 3 et A2 et elle devient : Notons que dans le cas d’un gaz parfait nous avons ----- = rT et,
ρ
( ρ + dρ ) A (a – dV ) dt p
de plus, pour une évolution isentropique : ------γ- = constante. Si bien
ρ
En égalisant ces expressions et en négligeant les termes du
que la relation (12) conduit immédiatement à l’expression bien
second ordre, on a :
connue de la célérité du son dans un gaz :
adρ = ρ dV (10)
Des relations (9) et (10) nous déduisons l’expression de la a = γ rT (14)
célérité a :
dp Dans l’air à 20 o C,
la célérité du son est environ de 343 m/s et
a 2 = --------- (11)
dρ seulement de 118 m/s pour du R 113 à cette même température.

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Du fait de leur grande compressibilité, les gaz ont une célérité du En ajoutant membre à membre les résultats (23) et (25) puis
son beaucoup plus faible que les liquides. Toutefois dans l’hydro- ensuite en retranchant ces mêmes relations, on obtient les formu-
gène et l’hélium, qui ont de faibles masses molaires, donc de plus les d’Allievi :
fortes valeurs de r, la célérité est plus importante que dans les autres P = F (at – s ) + G (at + s ) (26)
gaz.
1
V = --------- [ F ( at – s ) – G ( at + s ) (27)
ρa
2.3 Formules d’Allievi Notons que la fonction F correspond à des ondes se propageant
suivant s (ondes progressives) et G correspond à des ondes se
Quand une onde, d’amplitude modérée et de célérité a, se pro- propageant en sens inverse (ondes régressives).
page dans un milieu au repos (ou animé d’une vitesse très faible),
les particules sont bien mises en mouvement lors de son passage,
mais leur vitesse de déplacement reste faible devant a. Par contre, 2.4 Réflexion normale des ondes planes
des variations de pression très importantes, telles que celles qui
résulteraient de fortes explosions, donneraient lieu à des vitesses L’expérience montre qu’un ébranlement se propageant par ondes
de déplacement de fluide non négligeables par rapport à la célérité planes dans un milieu fluide, comme par exemple celui contenu dans
a. Dans une telle éventualité, la théorie simplifiée ci-après ne serait la tuyauterie précédemment définie, s’arrête lorsqu’il arrive à l’une
plus valable. de ses extrémités. Il est alors réfléchi et remplacé par un ébranlement
Nous nous plaçons donc, ici, dans l’hypothèse où la vitesse V se propageant en sens inverse avec des caractéristiques différentes
reste relativement faible et nous négligerons dans la relation (6) le suivant la nature de la partie rencontrée. Cette extrémité peut être :
∂V 1 ∂P — fermée par une paroi immobile comme, par exemple, une
terme en V --------- devant ----- --------- . Ainsi l’équation de mouvement
∂s ρ ∂s vanne fermée ;
pourra s’écrire : — ouverte comme le raccordement avec un réservoir ;
∂V ∂P — un compromis entre les deux ; diaphragme, vanne semi-
ρ --------- + --------- = 0 (15) ouverte, etc.
∂t ∂s
Le premier de ces ébranlements est appelé « ébranlement
Mettons également sous une forme plus simple l’équation de
incident » et le second « ébranlement réfléchi ». Les vitesses des
continuité. Pour cela considérons, comme au précédent paragraphe,
différentes particules fluides sont liées par la relation (27)
une canalisation indéformable contenant un fluide compressible.
constituée par la somme des deux termes :  1 = F ( at – s )
Avec ces hypothèses, la relation (2) devient :
et  2 = – G ( at + s ) , multipliée par 1/ρa.
∂ρ ∂V
-------- + ρ --------- = 0 (16) On comprendra aisément que l’un de ces termes correspond à
∂t ∂s l’ébranlement incident et l’autre à l’ébranlement réfléchi. L’ébran-
De la relation (11) nous pouvons déduire que : lement incident n’a plus de signification physique lorsque l’onde
dépasse l’extrémité en question. Ainsi que le montre la figure 5,
∂ρ 1 ∂p 1 ∂P c’est l’inverse pour l’écoulement réfléchi.
-------- = -------
- --------- = -------
- ---------
∂t a2 ∂ t a2 ∂ t
d’où : ■ Extrémité fermée
∂P ∂V Au contact de la paroi rigide et immobile, le fluide a une vitesse
--------- + ρ a 2 --------- = 0 (17)
∂t ∂s nulle. En prenant s = 0, comme abscisse de la paroi fixe, la
relation (27) donne immédiatement : F (at ) = G (at ), cette relation
Divisons la relation (17) par a et ajoutons le résultat à (15) : est valable quel que soit t ce qui signifie, évidemment, que les ter-
1 ∂P ∂V ∂V ∂P mes entre parenthèses doivent être égaux. Ce qui permet d’écrire :
----- --------- + ρ a --------- + ρ --------- + --------- = 0 (18) F (at + s ) = G (at + s ). Si, à la date t = 0, l’ébranlement incident est
a ∂t ∂s ∂t ∂s
à l’abscisse – L et l’ébranlement réfléchi à l’abscisse L, ils se
On remarquera qu’en posant X = P + ρ a V la relation (18) s’écrit : rencontreront à la date t = L/a.
1 ∂X ∂X Notons également qu’aux dates t = 0 et t = L/a nous avons :
----- --------- + --------- = 0 (19)
a ∂t ∂s  1 = F ( L ) et  2 = – F ( L )
Cette équation aux dérivées partielles, linéaire du premier ordre,
a pour système différentiel associé : Il est normal que ces valeurs se conservent lors de la propaga-
tion, puisque nous avons, en vertu des relations (21) et (24) :
dt ds dX
---------- = --------- = ---------- (20) at – s = Cte et at + s = Cte
1/a 1 0
ce qui permet de déduire :
adt – ds = 0 ⇒ at – s = Cte (21)
t
dX = 0 ⇒ X = P + ρaV = Cte (22)
et d’exprimer ainsi la solution générale de l’équation (18) :
P + ρaV = 2 F (at – s) (23)
2L /a
F étant une fonction arbitraire.
Ébranlement réfléchi
L /a Pas de
Divisons toujours la relation (17) par a mais retranchons, cette signification
fois, le résultat obtenu à (15). En conduisant les calculs de la même physique
façon que précédemment, on obtient : Ébranlement incident
at + s = Cte et P – ρaV = Cte (24)
–L 0 L s
P – ρaV = 2G (at + s ) (25)
G étant une fonction arbitraire. Figure 5 – Réflexion des ébranlements

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modification de la section de la conduite. Dans le cas des gaz, cette


influence est négligeable.
P P
0 < t < aL V L 2L
a <t< a
V Pour déterminer la vitesse de propagation d’une onde de pression
dans une conduite déformable, il faut tenir compte des termes en
P P ∂A ∂A
a a a a --------- et V ρ --------- dans la relation (2).
∂t ∂s
V
En l’absence de toute perturbation, la tuyauterie est supposée de
-L 0 L s -L 0 L s
V section constante. L’aire A ne dépend donc pas de l’abscisse
∂A
curviligne s et par conséquent le terme en V ρ --------- est nul. Pour une
∂s
Figure 6 – Réflexion des ondes sur une paroi rigide telle conduite l’équation de débit (2) devient :
∂A ∂ρ ∂V
ρ ---------- + A -------- + A ρ --------- = 0 (28)
∂t ∂t ∂s
P P Afin d’obtenir une forme similaire à la relation (17), qui s’applique
0 < t < aL V L 2L
a <t< a
V dans le cas d’une conduite indéformable, exprimons les termes en
∂ρ ∂A ∂P
P -------- et --------- en fonction de --------- .
a a ∂t ∂t ∂t
∂ρ
V V C’est immédiat pour le terme en -------- car, compte tenu des
relations (5) et (13), nous avons : ∂t
-L 0 a L s -L 0 L s
a
P ∂ρ ρ ∂P
-------- = ----- --------- (29)
∂t ε ∂t
Évidemment pour établir cette relation on admet implicitement
Figure 7 – Réflexion des ondes sur une extrémité ouverte que la propagation d’une onde de pression s’effectue isentropique-
ment et que gz est négligeable devant ε / ρ.

Ces deux ondes se rencontrent à la date t = L /a où nous avons,


en appliquant les formules d’Alliévi (26) et (27) :
3.2 Déformation des tuyauteries
1
P = 1 – 2 = 2 F ( L ) et V = --------- (  1 +  2 ) = 0
ρa ∂A
Pour exprimer le terme --------- en fonction des variations de pression
∂t
Lors de la réflexion d’un ébranlement sur une paroi rigide et interne dues à l’action de l’onde de pression, il faudra tenir compte
immobile, il y a changement de signe pour les vitesses et pas de du diamètre de la canalisation ainsi que de l’élasticité du matériau
changement de signe pour les variations de pression. qui la constitue. Par exemple, les résultats seront très différents si
La figure 6 représente ces résultats en supposant nulles les fonc- la matière est en acier ou en caoutchouc et s’il s’agit d’un tube épais
tions  1 et  2 en dehors d’un petit intervalle. ou mince. La vitesse de propagation d’une onde de pression est
d’autant plus proche de la célérité du son que le tube est épais. Ainsi
■ Extrémité ouverte que nous l’avons précédemment évoqué (§ 2.1), ces vitesses seraient
Sur une extrémité ouverte, comme la jonction d’une tuyauterie identiques si le tube était rigoureusement indéformable.
et d’un réservoir, la pression reste constante. Si bien qu’en tenant L’étude du tube épais ne semble pas, a priori, indispensable pour
un raisonnement analogue à celui précédemment tenu dans le cas déterminer la vitesse de propagation d’une onde mais elle est malgré
d’une extrémité fermée, nous obtenons un résultat que l’on peut tout nécessaire pour répondre à différents cas de figure. Pour cela
qualifier d’opposé. considérons un tube épais, constitué d’un matériau homogène et
Lors de la réflexion d’un ébranlement sur une extrémité ouverte, isotrope, de rayon intérieur R i et de rayon extérieur R e . Désignons
il y a changement de signe pour les variations de pression et pas par p la pression régnant à l’intérieur du tube et par p e la pression
pour les vitesses. extérieure. Sous l’action de l’onde de pression le tube se déforme
et, au rayon R i , il subit un déplacement U i conformément à la
La figure 7 présente ces résultats. figure 8.
Le mode de calcul est très simple ; sous l’effet de l’onde, la sur-
face intérieure du tube devient : π (R i + Ui )2 et la variation élémen-
taire de la section est :
3. Célérité des ondes de Ui
pression dans les conduites dA = 2πR i dU i puisque -------- << 1
Ri
déformables De la théorie de l’élasticité nous savons que :

R σ – ν (σ + σ )
U = ----- (30)
θ R s
3.1 Analyse des termes de l’équation E
de débit ce qui permet d’exprimer la variation élémentaire de section dA au
rayon R i puisque les contraintes dépendent de la pression p exer-
La vitesse de propagation d’une onde de pression dans un cée sur les parois du tube :
liquide contenu à l’intérieur d’une canalisation déformable est infé-
rieure à la célérité du son. Cette différence est due à la variation de
pression consécutive au passage de l’onde qui provoque une
2A
dA = ----------
E -----------

dp
θ
- – ν  ------------- + ------------   d p

dp
R dσ
dp
s
(31)

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On notera toutefois que les valeurs de la contrainte σs sont


différentes suivant la nature des liaisons, ce qui n’est pas le cas
pour σR et σθ où nous avons toujours :
Ui
2 2 2 2
Re pR i – p e R e R i R e ( p e – p )
σ R = ----------------------------------
2 2
+ ------------------------------------------
R 2 R e – R i 
2 2
Re–Ri

Ri 2 2 2 2
p pR i – p e R e R i R e ( p e – p )
et σ θ = ----------------------------------
2 2
- – ------------------------------------------
R 2 R e – R i 
2 2
Re–Ri

pe
Pour différents types de liaison, le tableau 1 donne les valeurs
correspondantes de la constante K.
Compte tenu des relations (29) et (32) et en divisant l’équation de
débit (28) par l’aire A, il vient :
Figure 8 – Déplacement du rayon intérieur
2K 1 ∂ P ∂V
E ε ∂t 
ρ --------- + ----- --------- + ρ --------- = 0
∂s
(34)

σR
σ

Pour les Pour les


3.3 Vitesse de propagation
σs contraintes déformations
σR 0 0 εR 0 0 Tout d’abord remarquons que la relation (34) peut s’écrire :
= =
σ= 0 σ 0 ε= 0 ε 0 ∂P ∂V
ube
--------- + ρ c 2 --------- = 0 (35)
du t 0 0 σs 0 0 εs ∂t ∂s
Axe
1 1
en posant : c = --------------------------------- = ---------------------------------- (36)
2K ρ
Figure 9 – Contraintes et déformations en coordonnées cylindriques  2K 1
ρ --------- + -----
E 
ε  ------------- + -------
E a2
1
- 
Ces résultats, comparés à ceux précédemment obtenus pour une
ou encore, en tenant compte de la relation (5) et en simplifiant les conduite indéformable, montrent que tout se passe comme si la
écritures : vitesse du son a, figurant dans la relation (17), était remplacée par
la vitesse c.
∂A 2AK ∂ P
--------- = -------------- --------- (32) Pour une conduite déformable, la relation (15), traduisant
∂t E ∂t
l’équation de mouvement, n’a aucune raison de changer. Ces
d σθ d σR
 d σs

résultats permettent de réécrire les formules d’Allievi (26) et (27) en
en posant : K = ------------ – ν ------------- + ------------ (33) substituant tout simplement c à a :
dp dp dp
P = F (ct – s) + G (ct + s) (37)
La figure 9 montre que dans ce type de chargement, en coordon-
nées cylindriques, les contraintes et les déformations linéiques 1
V = -------- [ F ( ct – s ) – G ( ct + s ) ] (38)
ρc
(0)

sont principales.

Tableau 1 – Valeur de la constante K


Désignation s K

 -------
R 
Re 2
- +1
État plan de contrainte 0 ----------------------------- + ν
i

 
R 2
-------e- –1
Ri

  -------
R 
Re 2


- + 1 – 2ν
État plan de déformation ν (σ R + σ θ ) (1 + ν ) i
------------------------------------------
Re
 -------
R 
2
- –1
i

 -------
R 
Re
2 2 - (1 + ν) + 1 – 2ν
Tube fermé à ses deux extrémités p R i – pe R e i
-----------------------------------
- ----------------------------------------------------------------
et libre de se déplacer longitudinalement 2 2

 -------
R 
Re 2
Re–Ri
- –1
i

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c est donc la célérité d’une onde de pression dans une conduite Les indices « e » et « i » caractérisent respectivement le rayon
déformable. La constante K étant toujours positive, il s’ensuit que extérieur et le rayon intérieur de la conduite annulaire conformément
la vitesse c sera toujours plus petite que la célérité du son a. à la figure 10.
Dans les applications les plus usuelles, les canalisations sont
assimilées à des tubes minces. Ce qui permet de poser
R e ≈ R 2i + 2eR i avec e = Re – R i dans les expressions figurant dans
2

le tableau 1 et d’obtenir approximativement : 4. Méthode de Louis Bergeron


Ri Di
K = ------- = ---------- (39)
e 2e La méthode de Louis Bergeron permet de déterminer dans les
En reportant cette valeur de K dans la relation (36) on obtient installations hydrauliques les variations de pression et de débit
l’expression généralement utilisée pour calculer la célérité des dues aux coups de bélier sans expliciter analytiquement la nature
ondes de pression dans les tuyauteries : de l’onde. Initialement, c’était une méthode graphique ; elle est
transposée aujourd’hui sur des logiciels. Pour des raisons didac-
1 tiques nous développerons ci-après le procédé graphique qui a le
c = ---------------------------------- (40) mérite d’être très simple lorsque l’on a compris le mécanisme de
 
Di 1
ρ --------- + ----- la construction.
eE ε
Dans les liquides, les termes D i /eE et 1/ε sont à peu près du même
ordre de grandeur mais, dans les canalisations très élastiques, le 4.1 Principe de la méthode
terme D i /eE est prépondérant. Ainsi, dans les canalisations en acier,
la vitesse c est comprise entre 1 000 et 1 300 m/s alors qu’elle est Les concepteurs et utilisateurs d’installations hydrauliques préfè-
de l’ordre de 10 cm/s dans les artères des êtres vivants [13]. rent exprimer les pressions en hauteur de colonne de fluide et rem-
placer la vitesse moyenne d’écoulement par le débit-volume. Notons
également qu’ils comptabilisent généralement les pressions effec-
tives, c’est-à-dire la pression absolue moins la pression atmo-
3.4 Conduites annulaires sphérique. Ce qui revient à poser :
La méthode pour déterminer la vitesse de propagation des ondes P – p at p – p at
h = ------------------- -+z
- = -------------------
de pression dans les conduites annulaires est tout à fait analogue ρg ρg
à celle qui s’applique aux tuyauteries classiques et les relations
restent quasiment inchangées [4]. Pour obtenir la valeur de la compte tenu de la relation (5).
constante K, dans le cas d’une conduite annulaire, il faut tout En substituant respectivement P et V par ρgh et q v /A dans les
simplement comptabiliser les déformations des deux tubes au lieu formules d’Allievi (37) et (38), on obtient :
d’un. Dans ces conditions, la section offerte au fluide est :
ρgh = F (ct – s ) + G (ct + s ) (42)
A = π R2–R1  2 2
 ρc
--------- q v = F ( ct – s ) – G ( ct + s ) (43)
A
et au passage de l’onde sa variation élémentaire sera :
Ajoutons (42) à (43) :
dA = 2π (R 2 dU2 – R1 dU1)
c 2
h + --------- q v = --------- F ( ct – s ) (44)
Dans l’hypothèse d’un état plan de contrainte, les calculs gA ρg
conduisent à la valeur suivante :
Le résultat est tout à fait remarquable ; en effet, si nous imaginons
K = un observateur se déplaçant dans une conduite suivant la direction

  
de s à la célérité c (figure 11), la fonction F (ct – s ) restera constante.
 -------
R   --------
R 
Re 2 R1 2
- +1 2 - +1 c
E R 
1 2 E e R 1 Évidemment il en sera de même pour h + --------- q v . Dans le
------------------------------ ------------------------------ + ν
2 e + -------- -------- ------------------------------ – ν
i
i (41) gA
1 –  --------
R   -------
R 2

R   --------
R 
R R 2
1 e i 2 1 champ (h ; q v ) les régimes qu’il rencontrera le long de la canalisa-
- –1 - –1
2 2 i tion se trouveront nécessairement sur une droite de coefficient
c
angulaire égal à – --------- et passant par le point de départ. Si, à la
gA
date t = t i , notre observateur part d’un point M i de coordonnées
q vi et h i , nous aurons :
e
R

c
h – h i = – --------- ( q v – q vi ) (45)
gA
R2

Onde Observateur
R1

c c
R
i

Figure 10 – Conduite annulaire Figure 11 – Déplacement de l’observateur et propagation de l’onde

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Retranchons (43) à (42) et supposons un observateur se déplaçant


dans le sens opposé à la direction s. Le même raisonnement que
précédemment conduit à la relation (46), différente de (45) unique-
Appareil
ment par son signe : A Sens
initia
l de
c l'éco
ulem
h – h i = --------- ( q v – q vi ) (46) ent
gA
Départ de l'observateur
D’où la loi de Bergeron [1] : à la date t = t0 s Appareil
B
Arrivée de l'observateur à la date t = t1
« Pour un observateur qui se meut à la célérité c, le long d’une
conduite de caractéristique constante, le point figuratif du
régime (h ; q v ), au lieu où il se trouve, est sur une droite qui h
passe par le point figuratif du régime qui existait au temps et au
c )
c M1 arctan (
lieu de son départ, et dont le coefficient angulaire est ± --------- gA
gA h1
c )
suivant qu’il se meut en sens contraire (+) ou dans le même sens arctan (–
Droite sur laquelle gA
(–) du débit q v 0 initial choisi comme sens positif. » (figure 12). devra se trouver
le point M2

Il est tout à fait remarquable de pouvoir déterminer les fluctua-


Caractéristiques de
tions de débit et de pression en faisant partir un observateur de tel l'appareil B à la date t1
endroit ou tel autre à une date que l’on choisit. h0 M0
Notons également que les observateurs ne peuvent pas se
déplacer dans des canalisations où le fluide subirait des pertes de
charge puisque l’on a négligé les dégradations énergétiques pour qv1 qv0 qv
obtenir les formules d’Allievi.

Figure 12 – Droites de Bergeron

4.2 Construction graphique


Pour débuter la construction de l’épure, il faut connaître :
a) le sens initial de l’écoulement avant la perturbation ; z h

b) le point M0 et la date du départ de l’observateur, c’est-à-dire patm hA = h R P0


zA A
q v 0 , h 0 et t0 ;
c) le sens du parcours de l’observateur dans la tuyauterie afin de
pouvoir tracer la droite de Bergeron issue du point M0 ; zR R
L ξvanne = Oq v2
d) les caractéristiques du dispositif situé à l’autre extrémité de la
conduite au temps t1 = t0 + L /c. En d’autres termes, il faut
construire, à la date t = t1 , la courbe h = f (q v ) de l’appareil (réser- V
Vanne B
voir, vanne, pompe, etc.) que rencontrera l’observateur lorsqu’il zB = z V
arrivera au bout de la tuyauterie. p atm 0 qv
s
L’intersection de la droite de Bergeron avec la courbe h = f (q v)
donnera les caractéristiques de la conduite à la date t1 . Connaissant Figure 13 – Conduite d’alimentation en régime permanent
alors le point M1 de coordonnées qv 1 et h 1 , on continuera l’épure
en déterminant de la même façon le point M2 et ainsi de suite.
Pour éviter les erreurs dans la construction graphique, on repère
souvent le point d’intersection par un chiffre et une lettre directement Dans ces expressions, les vitesses moyennes V R et V V sont
représentatifs de la date de passage de l’observateur et du dispositif identiques puisque la section de la tuyauterie est constante.
qu’il rencontre. L’unité de temps retenue est en principe µ = L /c et D’ailleurs, dans les liquides ces vitesses sont toujours relativement
l’origine de la perturbation est désignée par µ = 0. Par exemple faibles et les termes en V 2/2 g peuvent être négligés devant ceux
l’indication 2P signifie qu’à la date t = 2 µ l’observateur arrive à une en p/ρg + z.
pompe (ou part d’une pompe). La dégradation énergétique de la vanne est de la forme
ξ vanne = Oq v2 et la vitesse de sortie V B est comptabilisée dans la
constante O.
4.3 Fermeture instantanée d’une vanne En prenant comme origine des altitudes z B = 0, ces hypothèses,
associées à nos notations, permettent d’écrire : h A = h R = h V =
Illustrons ces résultats en considérant une conduite alimentée par 2
un réservoir et possédant une vanne à son autre extrémité. Mais O q vV , ce qui se traduit par le graphe de la figure 13 où P0 est le
examinons, préalablement, l’écoulement permanent qui existe point de fonctionnement de l’écoulement permanent.
avant toute perturbation et écrivons, pour les différentes parties de
l’installation, l’équation de Bernoulli : Bien que ce soit un concept purement théorique, nous suppo-
sons que la vanne se ferme instantanément à µ = 0. Faisons partir
2 2 à cette date un observateur vers le réservoir en précédant l’onde
p atm pR VR pV VV p atm
- + z A = ---------
------------- + z R + ----------- - + z V + -----------
= -------- - + z B + ξ vanne (47)
= ------------- d’un temps infiniment petit (voir la figure 11). Pendant son par-
ρg ρg 2g ρg 2g ρg cours, il constatera que le débit est toujours q v0V et la pression h0V .

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Il en sera de même lorsqu’il arrivera au réservoir, à µ = 1. Jusqu’à


cette date le point P0 de la figure 13 restera donc inchangé h 2V
puisque : q v1R = q v0V et h 1R = h0V .
c q
Notre observateur repartira alors vers la vanne en suivant le sens gA v0V
positif de s qui correspond à celui du débit initial. La pente de la A 3R M 1R 5R
droite de Bergeron est donc – c /gA. En arrivant à la vanne, à µ = 2,
il notera cette fois que le débit q v2V est nul et que la pression a – c qv0V
R gA
augmenté.
4V
En effet, d’après la relation (45), nous avons bien :
c c
h 2V – h 1R = – ---------- ( q v2V – q v1R ) = ---------- q v 0V
gA gA




0 q v 0V Vanne V – qv0V 0 qv0V qv

Par contre, en arrivant au réservoir, à µ = 3, le débit sera négatif Figure 14 – Fermeture instantanée d’une vanne
et égal à – q v0V puisque l’on déduit de (46) et de la relation
précédente :

c c
h 3R – h 2V = ---------- ( q v3 V – 0 ) = – ( h 2V – h 1R ) = – ---------- q v0V
gA gA

À µ = 4, il constatera que la vanne est en dépression par rapport µ=0 2<µ<3


à l’écoulement initial du fait que : c
c c
h 4V – h 3R = – ---------- ( 0 – q v 3R ) = – ---------- q v 0V = – ( h 2V – h 1R )
gA gA V
V
V=0
L’observateur constatera qu’à µ = 5 les caractéristiques du fluide
au réservoir sont redevenues celles de 0V. Les points 0V, 1R, 5R 0<µ<1 µ=3
sont confondus ( 0V   c
 1R 
  5R ) . De même, en 6V à la vanne, les
caractéristiques sont identiques à 2V ( 2V 

 6V ) .
En poursuivant sa route, l’observateur retrouverait indéfiniment V
tous les points du parallélogramme représenté sur la figure 14 V=0 V=0
(1R ; 2V ; 3R ; 4V). En fait, c’est une pure fiction car la perte énergé- µ=1 3<µ<4
tique dans la conduite provoque un amortissement qui conduit le
système à converger, plus ou moins vite, vers le point M (voir § 4.6).
V c
4.4 Schématisation simplifiée V=0 V=0
du phénomène 1<µ<2 µ=4
La fermeture d’une vanne s’effectue toujours dans un temps
donné, ce délai peut être très court mais il est absolument inévitable. V
Malgré tout, pour obtenir une illustration très schématisée du phéno- c
mène nous allons considérer une vanne qui se ferme instantané- V
V=0
ment. Ce cas purement théorique ne peut donner naissance qu’à une
µ=2 4<µ<5
seule onde qui a, par conséquent, le mérite d’être facile à observer. c
Sur les croquis représentés figure 15, nous allons suivre sa
propagation et ses successives réflexions. V
● = 0. On ferme instantanément la vanne. La couche de fluide V
immédiatement à son contact est brusquement arrêtée en provo- V=0
quant une surpression qui donne naissance à une onde qui va se
propager vers le réservoir à la célérité c. Figure 15 – Allure du phénomène
● 0 <  < 1 . Le fluide, devant l’onde, continue d’arriver du
réservoir à la vitesse V correspondant au débit initial. Derrière l’onde,
le fluide est stoppé et son accroissement de pression a occasionné ●  = 2. Sur l’épure de Bergeron nous sommes au point 2V lors-
la dilatation de la conduite. que l’onde atteint la vanne. La conduite reprend sa forme initiale
●  = 1. L’onde arrive au réservoir et sur l’épure de Bergeron et la pression sa valeur primitive. La vitesse V du fluide est inver-
représentée sur la figure 14, nous sommes au point 1R. Tout le fluide sée dans toute la canalisation. La vanne étant une extrémité fer-
est comprimé et immobilisé. L’équilibre est instable puisque la mée, il y a réflexion d’une onde de même nature vis-à-vis de la
pression est plus faible à l’entrée du réservoir que dans la conduite. pression. Une onde de dépression retourne vers le réservoir.
Il s’ensuit que la masse de fluide contenue dans la canalisation va
● 2 <  < 3 . Derrière l’onde, la tuyauterie s’est contractée et la
se détendre et une onde repartira vers la vanne. On peut également
dire que l’entrée du réservoir constitue une extrémité ouverte donc vitesse du fluide s’est annulée.
l’onde de pression se réfléchit en une onde de nature différente (voir ●  = 3. L’onde arrive au réservoir et, sur l’épure de Bergeron,
paragraphe 2.4). nous sommes au point 3R. Toute la conduite est en dépression et
● 1 <  < 2 . Derrière l’onde, la tuyauterie retrouve sa forme ini- l’équilibre est instable. Cette fois, la pression est plus grande à
tiale en chassant, à la vitesse V, le fluide vers le réservoir. l’entrée du réservoir que dans la conduite. Sur cette extrémité

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Variation de pression Variation du débit


à la vanne h (mCE)
à l'entrée du réservoir

3V 2V
250
0 2 4 6 8 10 12 14 µ 4V
0 2 4 6 8 10 12 14 µ
8V
Figure 16 – Allure des caractéristiques de la conduite
en fermeture instantanée
200
1V
ouverte, l’onde de dépression se réfléchit en une onde de nature
différente.
● 3 <  < 4 . Derrière l’onde, la tuyauterie retrouve sa forme ini- 5V
tiale et par conséquent le réservoir alimente de nouveau la 5R 6R 4R 7R 3R 2R 1R
conduite. 150 0V
7V
●  = 4. Le fluide et la conduite se retrouvent dans les conditions

initiales.
● 4 <  < 5 . Même situation qu’en 0 < µ < 1, en l’absence de ξvanne pour µ = 4 ξvanne pour µ = 2 ξvanne pour µ = 0
frottement le phénomène se reproduirait indéfiniment.
100
Le graphe de la figure 16 représente pour cette fermeture de vanne
instantanée les variations de pression au niveau de la vanne et les 6V ξvanne pour µ = 3 ξvanne pour µ = 1
fluctuations de débit à l’entrée du réservoir.

4.5 Fermeture progressive d’une vanne 50

Comme nous l’avons précédemment évoqué, il n’est pas possible


que la fermeture d’une vanne ne puisse donner naissance qu’à une
seule onde. En réalité, quel que soit l’élément qui viendra perturber
un écoulement permanent, les ondes partiront de façon continue.
La méthode n’est pas mise en défaut, elle consiste tout simplement
à identifier quelques ondes. Dans le cas de la fermeture progressive – 0,1 0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5
d’une vanne, il faut commencer à faire partir du réservoir des qv (m3/s)
observateurs à des dates différentes de façon à rencontrer les
paraboles d’ouvertures au moment opportun. L’exemple suivant fera
Figure 17 – Fermeture progressive d’une vanne
mieux comprendre le mécanisme de la construction.
Exemple : construisons une épure de Bergeron en considérant la
conduite d’alimentation d’eau représentée sur la figure 13. Nous Conformément à la figure 13, le débit de l’écoulement permanent,
supposerons que la vanne se ferme suivant la loi de fermeture : existant avant le début de fermeture de la vanne, sera lu à l’abscisse de
l’intersection de cette droite avec la parabole ξ vanne = 635 q 2v ( µ = 0) .


qv 2
ξ vanne = 635
 ----------------
1 – -----
T
t
- En ce point 0V  
 1R nous lisons : q v0V = 0,491 m3/s.
À µ = 1, faisons partir un observateur du réservoir vers la vanne. La
droite de Bergeron a une pente négative : – 623 s · m–2. Lorsqu’il
avec ξ vannedégradation énergétique provoquée par la vanne (mCE, arrive, à µ = 2, la courbe caractérisant la fermeture de la vanne est
colonne d’eau), devenue :
t temps ( s ), le début de fermeture sera pris comme
2

 
origine des temps t = 0, qv
ξ vanne = 635 -------------------
T = 2,1 s temps total de fermeture de la vanne, 1
1 – ----------
qv débit-volume (m3/s). 2,1
Prenons les valeurs numériques suivantes :
Le point 2V ne peut être qu’à l’intersection de cette parabole avec la
— hauteur d’eau zA – z B = 153 m ; droite de Bergeron. Nous lisons alors :
— longueur de la canalisation L = 600 m ;
— diamètre intérieur de la canalisation D = 0,5 m ; h = 253 m et q v = 0,331 m3/s
— célérité des ondes de pression dans la canalisation c = 1 200 m/s.
600 Notre observateur repart vers le réservoir qu’il atteint en 3R où le
Dans cet exemple l’unité de temps sera : µ = ---------------- = 0,5 s débit est de 0,17 m3/s puis il retourne vers la vanne en suivant une
1 200
La pente des droites de Bergeron est : droite de Bergeron de pente négative. L’intersection avec la courbe :
c 1200 2
± --------- = ± ------------------------------------------- = ± 623 s ⋅ m –2
 
qv
gA π ξ vanne = 635 -------------------
9,81 × ----- × 0,5 2 2
4 1 – ----------
2,1
Sur la figure 17 construisons tout d’abord les courbes traduisant la
dégradation énergétique de la vanne, aux dates t = 0 s ; t = 0,5 s ; donnera le point 4V (h = 240 m ; q v = 0,030 m3/s). En arrivant au
t = 1 s ; t = 1,5 s ; t = 2 s ( µ = 0, 1, 2, 3, 4) et traçons la hauteur d’eau réservoir en 5R l’observateur constatera que le débit est négatif
zA – zB = 153 m. (– 0,11 m3/s).

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Variation de pression Variation du débit


à la vanne à l'entrée du réservoir h (mCE)
500

0 2 4 6 8 10 12 14 µ
0 2 4 6 8 10 12 14 µ
400

Figure 18 – Allure des caractéristiques de la conduite


en fermeture progressive
306m
300
Le débit à la vanne devient nul à partir de µ = 4,2 (correspondant au
temps t = T = 2,1 s). Le point 6V sera donc à l’intersection de la droite 2,2V
de Bergeron de pente négative avec l’axe des ordonnées (h = 85 m ; 4,2V
q v = 0 m3/s). En continuant l’épure de cette façon on obtiendra suc-
cessivement les points 7R, 8V, 9R etc. 200 100 m
Pour obtenir les points 1V, 2R, 3V, 4R, 5V, 6R, etc., il faut faire partir
à µ = 0 un autre observateur du réservoir vers la vanne et tenir le 0,2V
même raisonnement que précédemment. Par exemple, le point 1V est 153
3,2R 1,2R – 0,8R
qv 2

 0,5
1 – ----------
2,1

à l’intersection de la parabole ξ vanne = 635 ------------------- et de la droite
100

de Bergeron de pente négative.


La figure 18 représente pour cette fermeture de vanne progressive
les variations de pression au niveau de la vanne et les fluctuations de
débit à l’entrée du réservoir. Ce qui se compare, évidemment, à la 0
représentation analogue de la figure 16. 0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 qv (m3/s)
Il est également important de noter la possibilité de connaître
facilement à n’importe quelle date les caractéristiques du fluide à la Figure 19 – Pression à la fermeture de la vanne
vanne ou au réservoir. Par exemple, si nous souhaitions déterminer la
pression du fluide régnant à la vanne juste à sa fermeture, il faudrait
faire partir du réservoir un observateur à µ = – 0,8. On obtiendrait ainsi,
successivement les points – 0,8R ; 0,2V ; 1,2R ; 2,2V ; 3,2R ; puis le h
point cherché 4,2V (h = 239 m ; q v = 0 m3/s) conformément à la M 2V
figure 19. 3W
Si la fermeture avait été instantanée, la surpression à la vanne serait A 1R
•• •
de ∆h = – 623 × (0 – 0,491) = 306 m alors que cette hypothétique loi 3R 5W •
de fermeture conduit seulement à un ∆h d’environ 100 m. 1W
R 4V
W
4.6 Influence de la dégradation
énergétique
Les équations d’Allievi sont établies sans tenir compte du V 0 qv0V qv
frottement qui est responsable d’une dégradation énergétique du
fluide à l’intérieur d’une canalisation. Malgré tout, pour comptabi- Figure 20 – Influence de la dégradation énergétique
liser ces pertes en se servant de la méthode de Bergeron, on utilise
un artifice de construction qui consiste à admettre qu’elles se trou-
vent localisées en quelques points de la conduite. La tuyauterie se
On obtient ainsi le graphe de la figure 20 où, cette fois, on voit
trouve ainsi décomposée en plusieurs tronçons qui possèdent, cha-
bien l’épure converger vers le point M.
cun, leur observateur. En toute rigueur, il faudrait une infinité de tron-
çons mais l’expérience montre que la précision est satisfaisante avec
un petit nombre. La plupart du temps, on se contente même de loca-
liser toutes les pertes en un seul point de la conduite.
Reprenons l’exemple de la fermeture instantanée de la vanne 5. Coups de bélier dans
d’une conduite d’alimentation (figure 14). Mais, cette fois, considé-
rons que la tuyauterie provoque une perte et admettons que celle-
les stations de pompage
ci soit localisée entre R et W, juste à l’entrée de la canalisation. Dans
ces conditions, on doit remplacer la constante h R par : Les variations de pression et de débit consécutives aux coups de
2 bélier dans les stations de pompage seront déterminées avec la
hR – k q v pour les débits positifs méthode de Bergeron. Les exemples pris correspondent toujours à
2 la même installation de base qui ne différera que par ses moyens
hR + k q v pour les débits négatifs de protection antibélier.
k étant une constante positive caractérisant la dégradation énergé- L’installation se compose d’une pompe aspirant dans un
tique de la conduite. bassin B pour refouler dans un réservoir R, tous deux à la pression

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atmosphérique. Le cas des débits négatifs traversant la pompe ne 5.2 Arrêt progressif d’une pompe
sera pas traité. Il sera placé un clapet antiretour, juste à son aval,
pour éviter un tel fonctionnement.
Le temps d’arrêt d’une pompe, après la disjonction de son moteur
Le principe de calcul des protections antibélier qui est développé d’entraînement, n’est jamais instantané. S’il est rapide, les variations
ici n’est pas restrictif à la méthode de Bergeron et reste effective- de pression et de débit peuvent être excessives. Un moyen simple
ment valable pour d’autres modélisations. pour minimiser ces écarts consiste à augmenter le moment d’inertie
des masses tournantes en adjoignant un volant. C’est un remède
efficace mais son utilisation reste limitée car elle nécessite un sur-
dimensionnement des moteurs d’entraînement pour vaincre le
5.1 Arrêt instantané d’une pompe couple au démarrage des pompes.
L’utilisation de ce moyen de protection passe par la détermination
Examinons les conséquences de l’arrêt instantané d’une pompe du volant d’inertie. Pour le calculer, il faut connaître la loi liant le
survenant à la suite de la brusque disjonction de son moteur couple résistant à la vitesse de rotation. Le principe fondamental de
d’entraînement. Pour qu’une telle éventualité puisse se produire, il la mécanique du solide permet d’obtenir cette loi de ralentissement.
faudrait que le moment d’inertie des masses tournantes par rapport En projetant l’équation des moments sur l’axe de rotation des
à l’axe de rotation soit nul. Cela est évidemment impossible, mais masses tournantes, on obtient :
pour la simplicité de l’exposé nous supposerons être dans ce cas.

Avant la disjonction, lorsque l’écoulement est permanent, le point I ---------- = M moteur – M résistant (48)
de fonctionnement se situe à l’intersection de la courbe de la pompe dt
à vitesse constante avec celle du réseau. Les pertes de charge dans avec I moment d’inertie des masses tournantes par
les tuyauteries seront négligées ; le réseau est ainsi uniquement rapport à l’axe de rotation,
caractérisé par sa hauteur géométrique comme le montre la
figure 21. Mmoteur couple moteur,
Mrésistant couple résistant de la pompe.
Désignons par µ = 0 l’arrêt instantané de la pompe. Juste à cet
instant, la couche de fluide immédiatement au refoulement de la
Le couple résistant est connu en chaque point des caractéristiques
pompe est brusquement immobilisée et se retrouve en dépression.
de la pompe et ceci pour toutes les vitesses de rotation.
Cette chute de pression donne naissance à une onde qui va se
propager vers le réservoir à la célérité c en provoquant une À la disjonction, le couple moteur devient nul et la relation (48)
contraction de la tuyauterie. devient :

À µ = 1, en arrivant au réservoir, l’observateur voit toujours les I ---------- = – M résistant (49)
caractéristiques du fonctionnement initial alors que derrière lui dt
tout le fluide a été stoppé. La méthode de résolution la plus utilisée consiste à prendre :
L’observateur repart vers la pompe en suivant le sens négatif de
l’abscisse s ; la pente de la droite de Bergeron est donc positive. ρ gq vH
M résistant = ---------------------
Derrière lui, la tuyauterie retrouve sa forme initiale et de ce fait le ηω
réservoir alimente la tuyauterie, le débit est donc négatif. Devant
lui, le fluide est toujours en dépression avec une vitesse nulle et le en partant d’un point de fonctionnement de la pompe à la vitesse
restera jusqu’à son arrivée au clapet antiretour à µ = 2. Le débit de rotation ω . Avec une certaine approximation, il est facile de
demeurera constamment nul en P puisque le clapet constitue une calculer la variation de vitesse ∆ ω en choisissant un intervalle de
extrémité fermée. temps ∆t. Soit :
On se retrouve alors dans une situation analogue à celle qui se ρ g qv H
présente lors de la fermeture instantanée d’une vanne. L’observa- ∆ ω = – ---------------------- ∆t (50)
I ηω
teur verra une augmentation de pression lorsqu’il retournera vers
le réservoir en 3R puis vers la pompe en 4P. Il reviendra vers le Le principe de calcul est le suivant : au moment de la disjonction,
point de fonctionnement initial et continuera de décrire indéfini- on connaît le point de fonctionnement de la pompe à la vitesse de
ment ce cycle, puisque le frottement a été négligé. rotation ω 0 . De la relation (50), on déduit immédiatement la nouvelle
vitesse de rotation et, par similitude [16], on trace la courbe de la
pompe correspondante. L’intersection de cette courbe avec la droite
de Bergeron, issue du point initial de fonctionnement, donne le nou-
h veau point. Et on continue de la même façon le processus (figure 22).
Courbe de
4P la pompe Pour une question de commodité, on fait souvent correspondre ∆t
s avec le temps d’un aller et retour de l’onde dans la tuyauterie de
refoulement, c’est-à-dire ∆t = 2 µ. Parfois pour améliorer la précision
3R 0P 1R on prend ∆t = µ.
Réservoir R Une autre méthode consiste à intégrer la relation (49) en se
Réseau donnant une loi pour le couple résistant. Dans le cas des pompes
Clapet 2P centrifuges, la théorie montre que la hauteur manométrique et le
antiretour rendement peuvent être approximativement représentés, à vitesse
Pompe de rotation constante, par des paraboles. Si tel est le cas, on peut
P écrire :
0 qv
Mrésistant = a 1 ω2 + a 2 ωq v
Bassin
B
Dans ces conditions, nous aurions :

 
ωf tf
dω 1
Figure 21 – Arrêt instantané d’une pompe en négligeant ----------------------------------------- = – --- dt (51)
les pertes de charge
ωi a 1 ω 2 + a 2 ω q vi I ti

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Dans cet exercice, on considérera que le moment d’inertie du volant


h et des autres masses tournantes de la pompe par rapport à l’axe de
Point initial de rotation est de 20 kg · m2.
fonctionnement
On se propose de déterminer, pour cette installation, les variations
de pression et de débit survenant à la suite de la brusque disjonction du
moteur d’entraînement de la pompe.
La figure 24 montre que la courbe du couple résistant, M résistant , en
fonction du débit est une droite, ce qui nous permet de déduire,
compte tenu des lois de similitude sur les turbomachines [16], que le
couple résistant est bien de la forme :
M résistant = a 1 ω 2 + a 2 ω q v
avec a 1 = 0,02 et a 2 = 5,236
Pour calculer les diverses vitesses de rotation nous utiliserons donc
la relation (52).
0 qv L 700
L’unité de temps retenue est µ = ------ = -------------------- = 0,7 s
c 1 000
Les pentes des droites de Bergeron sont :
Figure 22 – Arrêt avec volant d’inertie
c 1 000 4
± ----------- = -------------------- × ---------------------
- = 265 m /( m 3 ⋅ s –1 )
gA 9,81 π ✕ 0,7 2
Commençons par tracer sur la figure 25 la courbe de la pompe à
2
1 500 tr/min et la caractéristique de l’installation : 27 ± 55q v . Le point
initial de fonctionnement est à l’intersection de ces deux courbes et
R par lecture on trouve un débit de 0,3 m3/s sous une hauteur de 32 m.
F (0)

Volant
27m
d'inertie
P
Tableau 2 – Caractéristiques de la pompe
q v (m3/s) H (m de CE) M résistant (N · m)
B
0,01 42,65 502
0,025 42,6 514
Figure 23 – Station de pompage 0,05 42,5 535
0,10 41,5 576
0,14 40,5 608
Et en admettant que le débit q vi reste constant pendant l’intervalle 0,18 39,0 642
de temps t f – t i , on obtiendrait ainsi la vitesse de rotation ω f 0,23 36,5 683
connaissant ω i : 0,27 34,0 716
0,30 32,0 740
a 2 q vi
ω f = -------------------------------------------------------------------------------------------------------------- (52) 0,34 29,0 773

   
a 2 q vi a 2 q vi 0,38 25,5 806
a 1 + ----------------- exp ---------------- ( t f – t i ) – a 1
ωi I 0,41 23,0 831
0,46 17,5 872
Exemple : la station de pompage, représentée schématiquement
sur la figure 23, comporte une tuyauterie de refoulement ayant une
longueur de 700 m et un diamètre intérieur de 0,7 m. La célérité des
ondes de pression dans cette canalisation est de 1 000 m/s. Dans cette
conduite, la dégradation énergétique est de la forme :
M résistant (N · m)
2
ξ = 55 q v lorsque les débits sont positifs
2 1000
ξ = – 55 q v lorsque les débits sont négatifs
où la perte de charge ξ est en m (CE) et le débit volume q v en m3/s.
750
Les pertes dans la canalisation d’aspiration sont négligées. En réalité
elles existent, mais on s’arrange pour qu’elles soient le plus faibles pos-
sible, afin d’éviter de faire caviter les pompes en régime permanent.
500
Pour construire l’épure de Bergeron, nous admettrons que ces pertes
sont concentrées en F juste avant le réservoir. On confondra géo-
graphiquement les points R et F et on fera de même avec la sortie P de 250
la pompe et le clapet antiretour.
Cette installation véhicule de l’eau et les niveaux du bassin B et du
réservoir R sont constants. Leur dénivellation géométrique h g est de 0
27 m. 0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 qv (m3/s)
À 1 500 tr/min la pompe centrifuge a les caractéristiques indiquées
dans le tableau 2. Figure 24 – Moment résistant

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Dès la disjonction, à µ = 0, faisons partir un observateur de F vers la


pompe ; ce déplacement s’effectue suivant le sens négatif de s, donc h (m) Variation de pression q v (m3/s)
la pente de la droite de Bergeron est positive. L’intersection de cette à l'aval de la pompe
droite avec la courbe caractéristique de la pompe, construite pour Variation du débit à
40 0,4
µ = 1, donnera le point 1P. Mais pour l’obtenir, il faut déterminer la l'entrée du réservoir
vitesse de rotation de la pompe à cette date, soit : 30 0,3
20 0,2
a 2 q vi
ω 1 = ----------------------------------------------------------------------------------------------------- 10 0,1
a 2 q vi a 2 q vi
 ω i - exp --------------
a 1 + ------------------   I
- ( tf – ti ) – a1  0
0 2 4 6 8 10 12 14 µ
0
2 4 6 8 10 12 14 µ
0 1,4 2,8 4,2 5,6 7,0 8,4 9,8 t (s) – 0,1

5,236 × 0,3 Figure 26 – Allure des caractéristiques aux extrémités de la conduite


= --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
5,236 × 0,3 5,236 × 0,3

 1 500
π × ----------------
30
 
0,02 + ------------------------------- exp ------------------------------- × 0,7 – 0,02
20 
L’observateur retourne vers le réservoir, et dans ce sens la pente de
la droite de Bergeron est négative. Le point 2F est à l’intersection de
cette droite et de la caractéristique de l’installation. Compte tenu de
= 134,31 rad/s = 1 282,50 tr/min
nos hypothèses, le débit en F est identique à celui qui entre ou qui
et tracer la courbe caractéristique de la pompe. Pour cela il faut se sort du réservoir et par conséquent le point 2R se trouve à la verticale
rappeler qu’à rendement constant, nous avons [16] : de 2F et sur l’horizontale représentative de la hauteur géométrique
(h g = 27 m).
q v1 ω1
, soit : ------------- = ------------------------------ et --------- =  ------------------------------ 
h1 2 2 q v1 h1
  =  ------
ω 
Ensuite, l’observateur repart vers la pompe qu’il atteint à µ = 3. Pour
1 282,50 1 282,50 2
--------- = -------------
h0 q v0 q 0 1 500 v0 h 1 500 0
positionner le point 3P, il faut connaître, à cette date, la vitesse de
rotation de la pompe. Une solution peut consister à choisir les
En 1P nous lisons : q v1 = 0,266 m3/s et h 1 = 23,9 m. coordonnées du point 1P comme valeurs initiales. Toutefois, pour
améliorer la précision il est préférable de travailler avec celles de 2P.
Pour les déterminer faisons partir de F un autre observateur vers la
pompe à µ = 1. Calculons alors la vitesse de rotation de la pompe à
µ = 2 en partant des coordonnées du point 1P :
h (mCE) 5,236 × 0,266
ω 2 = -----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
 5,236 × 0,266

5,236 × 0,266

0,02 + -------------------------------------- exp -------------------------------------- × 0,7 – 0,02
134,31 20 
8,3P
= 117,17 rad/s = 1 119 tr/min
40 ce qui nous permet de construire la courbe de la pompe et de déduire
le débit q v2 = 0,242 5 m3/s au point 2P. Par suite la vitesse de rotation
à la date µ = 3 sera :
5,236 × 0,242 5
ω 3 = ---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
- exp ------------------------------------------- × 0,7 – 0,02
0,02 + ------------------------------------------
1,3F 1F 0P 5,236 × 0,242 5 5,236 × 0,242 5
2F 117,17 20
30
3,3F 3F = 103,75 rad/s = 991 tr/min
5,3F 5F 4F 0,3P
6F
7,3F 3R
5R 3R
4R 3R 2R 1R et, comme précédemment, on obtient par construction le point 3P.
1P La figure 25 traduit la continuation du processus.
Il faut procéder par tâtonnement si on souhaite connaître la date où
20 le clapet antiretour se ferme pour la première fois. Dans le cas de cet
exemple on fait partir, à µ = – 0,7, un observateur de F vers la pompe
2P
qu’il atteint à µ = 0,3. La figure 25 montre que le débit de la pompe
devient nul en 6,3P.
2,3P
3P
À titre d’information on a récapitulé, sur le tableau 3, les valeurs
caractérisant les principaux points de la figure 25.
6P 4,3P 4P
6,3P 5P
10 La figure 26 représente l’allure de la pression à l’aval de la pompe
ainsi que le débit au niveau du réservoir.

5.3 Cheminée d’équilibre et réservoir


Pour lutter efficacement contre les effets néfastes des coups de
0 0,1 0,2 0,3 bélier, il est commode de placer, à l’endroit le plus vulnérable de
qv (m3/s) l’installation, une réserve de liquide. Par exemple, si le moteur
d’entraînement d’une pompe disjoncte, cette réserve se substituera
au débit dès l’apparition de la dépression et par conséquent
Figure 25 – Arrêt progressif d’une pompe l’importance des coups de bélier sera réduite.

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(0)

Tableau 3 – Valeurs des points caractéristiques h


Date Pompe ou clapet Réservoir
C1 β
µ t (s) Débit (m3/s) h (mCE) N (tr/min) Débit (m3/s)
Γ
0 0 0,3 32 1 500 0,3 h (t ) β M (t )
0,3 0,21 0,288 28,8 1 429
1 0,7 0,266 23,9 1 283 – q v (t ) q v (t ) qv
1,3 0,91 0,279
2 1,4 0,242 16,7 1 119 0,239 Figure 27 – Représentation de la droite 
2,3 1,61 0,223 16,2 1 078
3 2,1 0,182 14,9 991 0,195
3,3 2,31 0,175
4 2,8 0,136 13,1 904 0,131
4,3 3,01 12,8 patm
0,116 871
5 3,5 0,070 12,2 819 0,08
5,3 3,71 0,063
6 4,2 0,018 11,0 763 0,015
6,3 4,41 0,000 10,7 750
7,3 5,11 – 0,6 ϑ
h
8,3 5,81 0,000 42,6
9,3 6,51 0,056
10,3 7,21 0,000 11,7

M
Cette capacité est souvent un réservoir contenant un gaz sous
pression dans sa partie supérieure. Pour des raisons économiques,
le gaz en question est souvent de l’air. Dans le cas de pressions Figure 28 – Cheminée d’équilibre
relativement faibles, on préfère, également pour des questions de
coût, installer une simple cheminée à la place d’un réservoir.
Le volume  de gaz d’un réservoir ou de liquide d’une chemi- cela il faut connaître, à la date t, les coordonnées de M et ϕ h′ . Pour
née est représentatif de la pression h régnant au droit de la cana- écrire de façon plus pratique la relation (55), on pose :
lisation où ces antibélier sont implantés. ∆t
tan β = --------------- et C 1 = tan β . q v ( t ) + h (t )
On écrira : 2 ϕh′
 = ϕ (h ) (53)
soit h (t + ∆ t ) = tan β · q v (t + ∆t ) + C 1 (56)
Pour calculer les réservoirs antibélier on préfère étudier le volume La figure 27 représente cette droite.
occupé par le gaz plutôt que celui du liquide. Dans un réservoir, les
variations des volumes occupés par le gaz et le liquide sont
identiques puisque le volume total est la somme des deux. Par
exemple, si le volume du gaz augmente de ∆ , il correspondra, en 5.4 Protection par cheminée d’équilibre
valeur absolue, le même ∆ de liquide sortant du réservoir.
Quoi qu’il en soit, en régime instationnaire, le débit-volume de Le volume de liquide contenu dans une cheminée d’équilibre est
liquide de ces réserves est : approximativement  = Ah en désignant par A la surface de la
section droite et par h la hauteur d’eau conformément à la figure 28.
d dh La hauteur h est directement représentative de la pression régnant
q v = ---------- = ϕ h′ --------- (54) au bas de la cheminée et il s’ensuit que le calcul de ϕ h′ est immédiat :
dt dt
On remarquera que pour une pompe ou une vanne les relations d ∆t
ϕ h′ = ---------- = A ⇒ tan β = ---------- (57)
liant le débit à la pression sont plus simples puisqu’elles sont de dh 2A
la forme : h = F (q v ).
d’où l’équation de la droite Γ.
En approximant la relation (54) et en admettant que, pendant un Le point de fonctionnement de la cheminée, à la date t + ∆t, se
intervalle de temps très court ∆ t, la fonction ϕ h′ reste constante on trouvera à l’intersection de Γ et de la droite de Bergeron construite
peut écrire : pour qu’un observateur arrive bien en M à t + ∆ t.
q v ( t + ∆t ) + q v ( t )
 
Exemple : à titre de comparaison, reprenons l’exemple du para-
---------------------------------------------------- ∆ t = ϕ h′ h ( t + ∆ t ) – h ( t ) (55) graphe 1.3 concernant l’installation hydraulique représentée sur la
2
figure 1. Les valeurs de l’application numérique resteront inchangées
Cette relation nous permet de déterminer, dans le champ et l’on prendra c = 800 m/s pour la célérité des ondes de pression de
(h ; q v ), la droite Γ sur laquelle se trouvera le point de fonction- l’eau contenue dans la tuyauterie allant de 1 à 2. Afin d’éviter tout
nement M de la cheminée ou du réservoir, à la date t + ∆ t. Pour risque de confusion, on remplacera 1 par R et 2 par V.

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Préalablement, déterminons les grandeurs nécessaires à la cons- Compte tenu des notations précisées au paragraphe 4.1, nous
truction graphique. pouvons écrire :
Unité de temps : p P – p atm p r – p atm
h = -------------------------
- + z M = ------------------------
- + zr (58)
L 4 000 ρg ρg
µ = ------ = -------------------- = 5 s
c 800 En négligeant la dégradation énergétique à l’aspiration de la
2
Pente des droites de Bergeron : pompe et le petit terme de vitesse V P / 2g , la hauteur mano-
métrique H de la pompe est égale à h.
c 800
------------ = ------------------------------------------- = 46,15 m/ ( m ⋅ s )
3 –1
π De la relation (58) on déduit la pression pr de l’air régnant dans
gA 9,81 × ----- ( 1,5 ) 2 le réservoir :
4 pr p atm
- = H – z r + -------------
-------- - (59)
Temps mis par l’onde de pression pour faire un aller et retour dans la ρg ρg
conduite :
En désignant par l’indice « o » l’état initial de la masse d’air,
∆t = 2 µ = 10 s
nous pouvons écrire pour cette évolution supposée isotherme :
Volume d’eau contenu dans la cheminée d’équilibre : p p
 H – zr + -------------
ρg 
atm
-  =  H o – z ro + -------------
ρg  o
atm
-  (60)
 = A ( z 0 – z 2 + x ) = Ah
p atm
H o – z ro + ------------- -
Élément de construction des droites définies par la relation (56) :
d  d  ρg
et par suite : ϕ h′ = ---------- = ---------- = – ------------------------------------------------ -  (61)
π dh dH p atm 2 o
4 2 × 7,069
10
ϕ h′ = A = ----- D 2 = 7,069 m 2 ⇒ tan β = -------------------------- = 0,707 
H – z ro + -------------
ρg
- 
Pour débuter l’épure, il faut se rappeler que le point 1R est confondu en négligeant les petites variations de hauteur z r – z ro du niveau
avec 0V. Conformément à la figure 27, nous savons que le point 2V de d’eau dans le réservoir pendant le phénomène instationnaire. Le
coordonnées q v (0 + ∆t ) et h (0 + ∆t ) doit se trouver sur la droite Γ terme z ro est d’ailleurs souvent négligé devant la hauteur mano-
construite à partir de 0V (q v (0) = 1 m3/s et h (0) = 20 m). D’autre part, ∆t
métrique de la pompe. Il s’ensuit que tan β = --------------- est une fonction
faisons partir, à µ = 1, un observateur de la retenue R vers la vanne V. 2 ϕ h′
Dans ce parcours, la droite de Bergeron sera de pente négative. Le de H et on admettra, pour simplifier la construction, que sa valeur
point 2V sera à l’intersection de ces deux droites. restera constante durant un intervalle ∆ H. Pour obtenir une meilleure
L’observateur repart vers la retenue d’eau qu’il atteint en 3R puis précision, on remplacera H par H + ∆ H /2 dans l’intervalle que l’on
retourne vers la vanne. Pour obtenir le point 4V, il faut retracer une déterminera. La valeur de ∆H étant choisie on peut alors écrire :
droite Γ obtenue, cette fois, à partir des coordonnées de 2V. ∆H p atm 2
On continue ainsi de suite le même processus pour obtenir la 2 
H + ---------- – z ro + -------------
ρg
- 
construction représentée figure 29. Ainsi, notre observateur parcourra tan β = – ------------------------------------------------------------------ ∆ t (62)
p atm
50 fois la canalisation avant de revenir, approximativement, à son point
de départ. La période est donc de t = 50 µ = 250 s = 4 min 10 s. On
2 o H o – z ro + -------------  ρg
- 
voit que la hauteur d’eau maximale atteinte dans la cheminée est de Exemple : la station de pompage représentée sur la figure 30 n’est
25,8 m, soit une élévation de 5,8 m. On notera que ces résultats sont différente de celle de l’exemple du paragraphe 5.2 que par l’adjonction
tout à fait conformes à ceux précédemment obtenus avec la théorie du d’un réservoir antibélier et la suppression du volant d’inertie de la
coup de bélier de masse. pompe.
Pour limiter les surpressions, on dispose à la base du réservoir anti-
bélier un clapet spécial qui a la propriété de s’ouvrir en grand, sans
5.5 Protection par réservoir antibélier provoquer de pertes, lorsque le débit est positif et, par contre, de créer
une importante dégradation énergétique lorsqu’il devient négatif. Cette
2
Il est important, pour calculer un réservoir antibélier, de préciser perte est ξ PM = – 275 q v et celles de la conduite de refoulement,
la nature de l’évolution thermodynamique que subit la masse de gaz. concentrée en F, conservent les valeurs précédemment précisées.
Dans ce qui suit, pour simplifier, nous considérons que le gaz et le Lorsque le régime d’écoulement de la station de pompage est
liquide sont respectivement de l’air et de l’eau. permanent, le volume occupé par l’air dans le réservoir antibélier est
Lors de la brusque disjonction du moteur d’entraînement de la o = 1 m 3 et la hauteur d’eau est z ro = 3 m. La pression atmo-
pompe, l’air à l’intérieur du réservoir est en contact avec une impor- sphérique sera prise égale à 101 325 Pa.
tante masse d’eau. Cet air subit des détentes et des compressions De façon analogue au cas du ralentissement progressif de la pompe
relativement lentement ce qui favorise les transferts thermiques équipée d’un volant d’inertie, on déterminera les variations de pression
entre ces deux masses en contact. L’évolution de l’air est quasiment et de débit survenant à la suite de la brusque disjonction du moteur
une isotherme. Pour certains appareils, lorsque les évolutions sont d’entraînement de la pompe.
plus rapides, cette hypothèse n’est pas vérifiée et on considère des Rappelons que l’unité de temps est µ = 0,7 s et que la pente des
évolutions polytropiques et même parfois isentropiques [15]. Pour droites de Bergeron est ± 265 m /(m3 · s–1).
exposer la méthode, nous admettrons que les évolutions sont Pour effectuer la construction graphique, il faut également calculer
isothermes. La conduite des calculs resterait inchangée si les les grandeurs suivantes :
hypothèses d’évolutions thermodynamiques étaient différentes.
— temps mis par l’onde de pression pour faire un aller et retour
Il est nécessaire d’exprimer la pression régnant dans l’air du dans la conduite :
réservoir en fonction de la pression régnant, en P, au droit de la ∆t = 2 µ = 1,4 s
canalisation représentée sur la figure 30. — tan β : en choisissant un ∆H de 5 m, la relation (62) devient :
En écoulement permanent, nous pourrons écrire la loi de
( 1 000 × 9,81 ) 
 H + 2,5 – 3 + ---------------------------------------
2
l’hydrostatique entre le niveau d’eau dans le réservoir antibélier et 101 325
le point P : ( H + 9,829 ) 2
tan β = – ------------------------------------------------------------------------------------------ × 1,4 = – -------------------------------------------
2 × 1 ×  32 – 3 + ---------------------------------------
PP p
( 1 000 × 9,81 ) 
56,184
- + z P = ------r- + z r
------- 101 325
ρg ρg

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h (mCE)

14V 26 12V
16V 10V
8V
18V

24 6V
20V

4V
22V
22
2V

24V

23R 21R 19R 17R 15R 13R 11R 9R 7R 5R 3R 1R


25R 20
27R 29R 31R 33R 35R 37R 39R
39R 41R 43R 45R 47R 50V
26V

18 48V
28V

46V
30V
16
32V 44V

34V 42V

36V 40V
14 38V

-0,8 -0,6 -0,4 -0,2 0 0,2 0,4 0,6 0,8


qv (m3/s)

Figure 29 – Épure de Bergeron d’une installation comportant une cheminée d’équilibre

Ce qui permet d’exprimer tan β en faisant varier, a priori, la hauteur H — faire partir, à µ = 1, un observateur de F vers la pompe P. Dans
de 10 à 45 m : ce parcours la droite de Bergeron sera de pente positive.
Le point 2P sera à l’intersection de ces deux droites.
H (m) 10 à 15 15 à 20 20 à 25 25 à 30 30 à 35
On poursuit le même raisonnement pour continuer la construction
























– tan β 7 10,97 15,84 21,59 28,23 de l’épure. Toutefois, il y a une petite difficulté lorsqu’on arrive aux
débits négatifs. Il faut alors tenir compte de la dégradation énergétique
H (m) 35 à 40 40 à 45 occasionnée par le clapet spécial entre P et M. Pour cela, on retranche









– tan β 35,77 44,19 cette perte aux droites de Bergeron de pente positive comme le
montre la figure 31. La pression en P doit être supérieure à celle qui
Traçons la caractéristique de la conduite : 27 ± 55 q 2v , ainsi que la règne en M.
perte de charge due au clapet spécial pour les débits négatifs
ξ PM = – 275 q 2v . En apparence, la méthode utilisée pour construire
l’épure ressemble à celle de la cheminée. Notons, malgré tout, qu’il
s’agit ici d’une station de pompage où les dégradations énergétiques R
sont comptabilisées, ce qui n’était pas le cas précédemment. F
En régime permanent, le point de fonctionnement est caractérisé z
par q vo = 0,3 m3/s et H o = 32 m. À la disjonction, en 0P, ces valeurs
initiales se conservent jusqu’au point 1F. En d’autres termes, 0P est zr r
confondu avec 1F.
M
Pour commencer l’épure, représentée sur la figure 31, il faut : zP P
0
— tracer la droite Γ sur laquelle doit se trouver le point 2P de
coordonnées q v (0 + ∆ t ) et h (0 + ∆t ). Pour l’obtenir, il faut partir de
0P et prendre les valeurs de tan β dans les intervalles de hauteur
35 à 30 et 30 à 25 ; Figure 30 – Réservoir antibélier

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h (mCE)

22P
20P
20M
18P 24P
1F

16P
30 3F
18M 26P
27F 5F
14P 19F 7F 25F

13F 11F 21F 23F 5R 3R 1R


9F
17F
15F
16M 28P

12P

14M 2P
20

10P
12M
4P

8P
10M
6P
8M

10

-0,2 -0,1 0 0,1 0,2 0,3


qv (m3/s)

Figure 31 – Épure de Bergeron d’une installation comportant un réservoir antibélier

Ces résultats permettent de vérifier l’efficacité du réservoir anti-


bélier et de déduire les volumes d’eau qui entrent ou qui sortent afin de qv (m3/s)
le dimensionner correctement. Par lecture sur la figure 31, nous avons
à la base du réservoir antibélier les valeurs données dans le tableau 4, 0,3
ce qui conduit à la courbe représentée sur la figure 32.
Le volume d’eau maximal qui sort du réservoir antibélier est :


5,2 0,2
eau = q v dt ≈ 0,90 m 3
0
Sur la figure 32 il correspond à l’aire bleutée.
On remarquera qu’il y a une façon plus rapide pour approximer ce 0,1
volume. Sur la figure 31 nous voyons que la plus faible pression
régnant à la base du réservoir antibélier est environ de 13,2 m. De la
relation (60) qui traduit l’évolution isotherme de la masse d’air nous
déduisons son volume maximal : 0
5 10 15 20 t (s)
101 325
32 – 3 + ----------------------------------
1 000 × 9,81
air maxi = ----------------------------------------------------------------- × 1 = 1,9 m 3
101 325 -0,1
13,2 – 3 + ----------------------------------
1 000 × 9,81
Initialement, ce volume d’air était de 1 m3 donc sa variation est bien
de 0,9 m3. Rappelons que dans un réservoir antibélier les variations -0,2
des volumes occupés par le gaz et le liquide sont identiques puisque le
volume total est la somme des deux. Figure 32 – Débit du réservoir antibélier

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(0)
Conformément à la figure 33, l’observateur verrait alors un débit
Tableau 4 – Valeurs du débit-volume à la base c
nul et une hauteur effective H = H o – ---------- q vo soit, dans notre
du réservoir antibélier gA
exemple, H = 32 – 265 × 0,3 = – 47,5 m ce qui est, manifestement,
 t (s) q v (m3 /s) invraisemblable. La plus faible valeur pouvant exister est celle qui
correspond à la pression de vapeur saturante p v de l’eau, dans ses
0 0 0,3 conditions de température [15]. Sur cette figure nous l’avons repré-
2 1,4 0,259 p atm – p v
sentée par la droite ∆ distante de --------------------------- de l’axe q v des
ρg
4 2,8 0,174 hauteurs effectives nulles. À cette pression, la colonne d’eau s’est
6 4,2 0,076 fragmentée et il y a formation de cavités. L’observateur parti en 1F
du réservoir voit une hauteur p v /ρg et l’existence d’un débit en
8 5,6 – 0,025 arrivant, en 2P, à la pompe.
10 7 – 0,11 Tant que, dans ses allers et retours, l’observateur voit des débits
positifs, la cavité s’allonge et, si la conduite résiste au vide, la
12 8,4 – 0,154 cavitation n’est pas dangereuse dans cette phase. Par contre, lors-
que le débit devient négatif la cavité formée se referme et peut être
14 9,8 – 0,159
la cause de surpression, pouvant mettre en péril l’installation.
16 11,2 – 0,136 Reprenons notre exemple et supposons que la cavité disparaisse
complètement en 4P. Le débit à la pompe devient nul et l’observa-
18 12,6 – 0,098 teur le constatera en arrivant au point 6P où la pression a
considérablement augmenté.
20 14 – 0,046
22 15,4 0,012
24 16,8 0,065 6. Méthode
26 18,2 0,09 des caractéristiques
28 19,6 0,084
Dans le cas de réseaux maillés, d’installations comportant des
canalisations différentes ou de conduites aux conditions aux limites
compliquées, la méthode graphique de Bergeron devient très
5.6 Cavitation rapidement inextricable.
À titre d’exemple, prenons le cas de la bifurcation représentée sur
Supposons que la pompe de l’installation décrite dans l’exemple la figure 34. Pour déterminer les caractéristiques de l’écoulement
du paragraphe 5.2 ne comporte pas de volant d’inertie et qu’elle en I, il faut faire partir un observateur à chaque extrémité, A, B et C,
puisse s’arrêter instantanément lors de la disjonction de son de ces trois conduites en connaissant les valeurs des débits et
moteur d’entraînement. Faisons partir, à µ = 1, un observateur de F pressions à leurs dates de départ. Ces trois observateurs doivent
vers la pompe P qu’il atteindrait, si cela était possible, au point 2X impérativement arriver ensemble à la bifurcation. Ils constateront
puisque la pente de la droite de Bergeron est positive (figure 33). alors que la somme algébrique des débits est nulle et qu’il règne
bien la même pression en ce point. On imagine déjà aisément la
difficulté de la construction graphique pour uniquement déterminer
au temps t les caractéristiques au point I. Cette construction se
compliquerait encore considérablement si le frottement dans les
tuyauteries ne pouvait pas être négligé. On ne pourrait plus se
h (mCE) contenter de localiser les pertes en un point de la canalisation et il
100 faudrait ajouter des observateurs.
6P

75
6.1 Dégradation énergétique négligée
Lorsque le frottement est négligé dans les canalisations, on peut
utiliser une méthode analytique pour résoudre les formules
50 d’Allievi (42) et (43).

1F
3F
25
5F C

0
Droite ∆ qv (m3/s)
4P 2P A I
patm -- pv
ρg -25

2X
B

Figure 33 – Cavitation Figure 34 – Bifurcation

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ct
ct

α = 4L θ = 5L
C2
4L
M (s, t )
α = 3L θ = 4L C1
3L M2

M1
α = 2L θ = 3L
2L
s
α=L θ = 2L
1L
Figure 36 – Principe de la méthode
α=0 θ=L
0
L s
Les résultats précédents permettent de calculer numériquement
α = -L θ=0 f (α ) et g (θ ) satisfaisant les conditions aux limites. La continuité
– 1L de ces fonctions doit être vérifiée aux passages des différents
intervalles.

Figure 35 – Lignes caractéristiques Puis on revient à α = ct – s et θ = ct + s en faisant varier le


temps t et l’abscisse s dans leurs intervalles de définition.
Ce qui permet de déterminer les valeurs correspondantes de f (α )
Pour exposer cette méthode nous marquons, tout d’abord, que et g (θ ) et de déduire immédiatement les pressions et des débits en
h et q v sont des fonctions du temps t et de l’abscisse s. Ainsi, la utilisant les relations (63) et (64). Mais un exemple fera mieux
hauteur sera écrite h (t, s ) et le débit volume q v (t, s ). Une particule comprendre le mécanisme de résolution.
fluide s’écoulant dans une canalisation de longueur L sera repérée, Exemple : reprenons celui de la fermeture progressive d’une vanne,
à une date t, par son abscisse curviligne s, avec 0  s  L . traité au paragraphe 4.5, avec la méthode graphique de Bergeron.
Le temps t est, par définition, toujours compris entre 0 et + ∞ mais, ■ Conditions aux limites
dans une étude, cet intervalle se trouve évidemment limité et de sur- La situation à la date t = 0, puis la nature de l’écoulement au
croît souvent fractionné. réservoir et à la vanne permettent d’écrire nos quatre conditions aux
Notons qu’en posant : limites.
Jusqu’à la date t = 0 qui marque le début de la fermeture de la
F (α) G (θ)
α = ct – s ; θ = ct + s ; f ( α ) = --------------- ; g ( θ ) = ---------------- vanne, l’écoulement est permanent. Le débit reste constant et,
ρg ρg puisque le frottement est négligé, il règne la même pression tout au
long de la conduite.
les formules d’Allievi deviennent :
Première condition : h (0, s ) = 153 m
h (t, s ) = f (α ) + g (θ ) (63)
Deuxième condition : q v (0, s ) = 0,491 m3/s
Ag
c 
q v ( t,s ) = ---------- f ( α ) – g ( θ )  (64) Troisième condition : au réservoir, pour s = 0, la hauteur conserve
toujours la même valeur de 153 m :
Pour comprendre la méthode, il est important de garder en h (t, 0) = 153 m
mémoire l’évidence suivante : si α = C1 = Cte, la fonction f (C 1)
Quatrième condition : à la vanne, pour s = L, nous avons par
conserve la même valeur et ceci quels que soient t et s. Bien entendu,
hypothèse la loi de fermeture :
il en est de même pour θ = C 2 = Cte vis-à-vis de la fonction g (C 2 ).
2
Dans le plan (s ; ct ), les expressions de α = C 1 et θ = C 2 sont
 
qv
représentées par des droites appelées lignes caractéristiques 0  t < T ⇒ h ( t ,L ) = 635 ----------------
-
t
(figure 35). 1 – ------
T
t  T ⇒ q v (t ,L ) = 0
On désigne habituellement cette méthode par « méthode des
caractéristiques » et son principe de résolution est relativement
simple. En chaque point M (t, s ) passent deux lignes caractéristiques ■ Corrélation entre les conditions aux limites
C 1 et C 2 (figure 36). Si l’on connaît h 1 et q v1 en un point M 1 situé ● La première condition aux limites s’écrit :
sur C1 on peut déterminer f (C 1). Il faut également connaître h 2 et
h (0, s ) = f (– s ) + g (s ) = 153 m
q v2 en un point M 2 sur C 2 pour obtenir g (C 2 ). Les fonctions f (C 1)
et g (C 2 ) donnent ainsi les conditions de l’écoulement en M (t, s ) Pour la bonne compréhension de ce qui va suivre, notons qu’en vertu
de la définition de α (ou de θ ) nous pouvons écrire cette condition de
Ag

puisque h (t, s ) = f (C 1) + g (C 2 ) et q v ( t,s ) = ---------- f ( C 1 ) – g ( C 2 ) .
c  la façon suivante :

De façon plus pragmatique, pour utiliser cette méthode il faut tout f (– α ) + g (α ) = 153 m (65)
d’abord écrire les quatre conditions aux limites nécessaires à la et, compte tenu de l’intervalle de définition de s, nous devons avoir :
résolution des formules d’Allievi. 0αL.
On cherche ensuite les corrélations existant entre les diverses Bien que ce ne soit qu’une question d’écriture, remarquons que nous
conditions aux limites en précisant bien les intervalles de définition aurions pu tout aussi bien écrire : f (– θ ) + g (θ ) = 153 m et évidemment
de α et θ. toujours avec 0  θ  L .

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(0)

Tableau 5 – Valeur de f (  ) et de g (  ) pour 0  t < T

Relation (71) Relation (72) Relation (74) Relation (69) Relation (72) Relation (74)
 
f ()  =  + 2L g () f (  ) = 153 – g ( )  =  + 2L g ()

– 1,0 L 229,4 1,0 L – 76,4 1,0 L 229,4 3,0 L 23,47


– 0,8 L 229,4 1,2 L – 68,89 1,2 L 221,89 3,2 L 33,68
– 0,6 L 229,4 1,4 L – 60,93 1,4 L 213,93 3,4 L 43,82
– 0,5 L 229,4 1,5 L – 56,76 1,5 L 209,76 3,5 L 48,84
– 0,4 L 229,4 1,6 L – 52,47 1,6 L 205,47 3,6 L 53,82
– 0,2 L 229,4 1,8 L – 43,48 1,8 L 196,48 3,8 L 63,58
0L 229,4 2,0 L – 33,94 2,0 L 186,94 4,0 L 73,05
0,2 L 229,4 2,2 L – 23,8 2,2 L 176,8 4,2 L 82,09
0,4 L 229,4 2,4 L – 13,03 2,4 L 166,03 4,4 L 90,59
0,5 L 229,4 2,5 L – 7,4 2,5 L 160,4 4,5 L 94,60
0,6 L 229,4 2,6 L – 1,59 2,6 L 154,59 4,6 L 98,41
0,8 L 229,4 2,8 L 10,56 2,8 L 142,44 4,8 L 105,37
1,0 L 229,4 3,0 L 23,47 3,0 L 129,53 5,0 L 111,26
1,2 L 3,2 L 33,68 3,2 L 119,32 5,2 L 119,32

● La deuxième condition s’écrit : ● Portons ce rapport dans la relation (73) que nous mettons sous la
forme d’une équation du second degré en g (θ ) :
π × 0,5 2 9,81
0,491 = ---------------------- × -------------------- ( f ( – s ) – g (s ) )
4 1 200
 10 3 5,2 L – θ
   g (θ)
2
0,491 = 1,605 15 × 10 –3 (f (– s ) – g (s )) g 2 ( θ ) – 2f ( α ) + -------------------- -----------------------
1,636 4,2 L
soit encore :
f (– α ) – g (α ) = 305,89 m 5,2 L – θ
10 3
 
(66) 2
+ f 2 ( α ) – -------------------- ----------------------- f (α) = 0
avec le même intervalle de définition : 0  α  L 1,636 4,2 L
En ajoutant (65) à (66) puis en formant (65) – (66) on obtient :
qui admet les solutions :
f (– α ) = 229,445 m (67)
5,2 L – θ
10 3
 
2
g (α ) = – 76,445 m (68) g ( θ ) = f (α ) + --------------------------- --------------------
2 × 1,636 4,2 L
toujours avec : 0  α  L
(74)
●La troisième condition s’exprime par : f (ct ) + g (ct ) = 153 m

 2 f ( α ) + ---------------
1,636  4,2 L  
5,2 L – θ 2 2 5,2 L – θ
10 3 10 3
  f (α )
puisque s = 0. Ce qui nous autorise à écrire pour les mêmes raisons 1 2
que précédemment : ± ----- - -------------------- –f 2 ( α ) + ---------------- --------------------
4 1,636 4,2 L
f (α ) + g (α ) = 153 m (69)
avec toutefois un intervalle de définition différent : 0  α  ∞ . La continuité de la fonction g (θ ) montre que seule la racine néga-
De (65) et (69) nous déduisons : tive a une signification physique.
Dans l’intervalle T  t < ∞ ( ou 3,2L  α < ∞ et 5,2L  θ < ∞ ) , la
f (– α ) = f (α ) pour – L  α  L (70) quatrième condition conduit à :
De même on obtient de (67) et (70) : f (α ) = g (θ ) (75)
f (– α ) = f (α )= 229,445 m toujours avec – L  α  L (71)
■ Calcul des fonctions f (  ) et g(  )
● La quatrième condition aux limites, valable pour s = L, nous
permet d’écrire : α = ct – L et θ = ct + L et ceci quelle que soit la ● Pour 0  t < T
date t. On a donc une relation entre θ et α. Dans le calcul de g (θ ) donné par la relation (74) il faut, préalablement,
θ = α + 2L (72) expliciter f (α ).
Cette quatrième condition va revêtir une forme différente suivant Dans l’intervalle – L  α  L nous avons f (α ) = 229,445 m en
l’intervalle de temps t considéré. vertu de la relation (71).
Dans l’intervalle 0  t < T ( ou – L  α < 3,2 L et L  θ < 5,2 L ), Par contre, pour L  α  3,2 L la fonction f ( α ) n’est plus
la quatrième condition s’écrit : constante et il faut la déterminer en utilisant la relation (69) écrite de
la façon suivante : f (α = θ ) = 153 – g (θ ).
1,605 1 × 10 – 3 ( f ( α ) – g ( θ ) ) 2

 
f ( α ) + g ( θ ) = 635
------------------------------------------------------------------------------- (73) Dans cet intervalle de définition, le tableau 5 précise le processus
1 – ------
t de calcul et donne les valeurs des fonctions f (α ) et g (θ ).
T ● Pour T  t < ∞
t θ–L
Il est facile d’exprimer 1 – ------ en fonction de θ avec t = -------------- .
T c Dans cet intervalle de temps, la quatrième condition est traduite par
De surcroît, en remarquant que cT = 1 200 × 2,1 = 4,2L, on peut la relation (75).
mettre ce rapport sous une forme plus simple : Les relations (72) et (69) restent valables.
t 5,2L – θ Les valeurs des fonctions f (α ) et g (θ ) correspondantes figurent
1 – ------ = -----------------------
T 4,2L dans le tableau 6.

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Tableau 6 – Valeur de f (  ) et de g (  ) pour T  t < ∞ h (m)


Pression
Relation (69) Relation (72) Relation (75)

f ()  =  + 2L g ()
260
3,2 L 119,32 5,2 L 119,32 240
3,4 L 109,18 5,4 L 109,18
3,5 L 104,16 5,5 L 104,16 220
3,6 L 99,18 5,6 L 99,18 200
3,8 L 89,42 5,8 L 89,42
4,0 L 79,95 6,0 L 79,95 180
4,2 L 70,91 6,2 L 70,91 160
4,4 L 62,41 6,4 L 62,41
140
4,5 L 58,40 6,5 L 58,40
4,6 L 54,59 6,6 L 54,59
0 0,2L 0,4L 0,6L 0,8L L s
4,8 L 47,63 6,8 L 47,63 (réservoir) (vanne)
5,0 L 41,74 7,0 L 41,74
5,2 L 33,68 7,2 L 33,68
5,4 L 43,82 7,4 L 43,82 qv (m3/s)
5,5 L 48,84 7,5 L 48,84 Débit
5,6 L 53,82 7,6 L 53,82
5,8 L 63,58 7,8 L 63,58 0,36
6,0 L 73,05 8,0 L 73,05
6,2 L 82,09 8,2 L 82,09
6,4 L 90,59 8,4 L 90,59 0,35
6,5 L 94,40 8,5 L 94,40
6,6 L 98,41 8,6 L 98,41
6,8 L 105,37 8,8 L 105,37 0,34
7,0 L 111,26 9,0 L 111,26
7,2 L 119,32 9,2 L 119,32
7,4 L 109,18 9,4 L 109,18 0,33
7,5 L 104,16 9,5 L 104,16
7,6 L 99,18 9,6 L 99,18 0 0,2L 0,4L 0,6L 0,8L L s
7,8 L 89,42 9,8 L 89,42 (réservoir) (vanne)
8,0 L 79,95 10,0 L 79,95
8,2 L 70,91 10,2 L 70,91 Figure 37 – Caractéristiques de la conduite à la date t = 1 s
8,4 L 62,41 10,4 L 62,41
8,5 L 58,40 10,5 L 58,40
8,6 L 54,59 10,6 L 54,59 6.2 Comptabilisation de la dégradation
8,8 L 47,63 10,8 L 47,63
9,0 L 41,74 11,0 L 41,74
énergétique
Rappelons que les formules d’Allievi (42) et (43) ont été établies
sans tenir compte des dégradations énergétiques et par conséquent
■ Calcul des hauteurs et débits on ne peut pas les utiliser si les pertes ne sont pas négligées.
Pour calculer h (t, s ) et q v (t, s ) aux dates et abscisses souhaitées, D’une façon générale, les solutions analytiques des problèmes
il faut, préalablement, déterminer α et θ. Ce qui permet, ensuite, de unidimensionnels de mécanique des fluides, compressibles ou
relever les fonctions correspondantes de f (α ) et g (θ ) par simple lecture incompressibles, ne sont connues que dans quelques cas parti-
dans les tableaux 5 et 6. Puis on obtient immédiatement les valeurs culiers. C’est l’informatique qui apporte les réponses avec ses nom-
des hauteurs et débits en utilisant les formules d’Allievi (63) et (64). breuses méthodes de résolutions numériques. Pour les traiter le plus
rigoureusement possible, il faut élaborer les programmes en partant
Pour calculer les valeurs des hauteurs et débits, on se placera suc-
directement des relations fondamentales.
cessivement au réservoir (s = 0) et à la vanne (s = L ) en faisant varier
le temps afin d’effectuer une comparaison avec la méthode graphique Lorsque l’on comptabilise le frottement, les coups de bélier
de Bergeron qui a été utilisée dans le paragraphe 4.5. n’échappent pas à cette règle mais on travaille souvent, comme nous
allons le montrer, avec des équations plus maniables que les équa-
Le tableau 7 expose cette méthodologie. Il montre que la méthode
tions de continuité (1) et de mouvement (3).
de Bergeron donne des résultats absolument remarquables pour une
construction graphique. On ajoute dans l’équation de mouvement (15), nécessaire à
l’établissement des formules d’Allievi, le terme de la dissipation
Par contre, la méthode des caractéristiques permet de facilement
d’énergie :
déterminer les hauteurs et débits le long d’une tuyauterie à une date t
donnée, ce qui serait très compliqué avec la méthode graphique de ∂V 1 ∂ P δf
--------- + ----- --------- + --------- = 0 (76)
Bergeron. Pour effectuer ce calcul, le principe de résolution restera ∂t ρ ∂s ds
inchangé ; on détermine α et θ puis, par lecture, f (α ) et g (θ ) et enfin
et on laisse inchangée l’équation de débit (35) :
h (t = Cte, s ) et q v (t = Cte, s ) en utilisant les relations (63) et (64). En
choisissant la valeur de t = 1 s, le tableau 8 explicite les calculs et la ∂P ∂V
figure 37 donne l’allure des résultats. --------- + ρ c 2 --------- = 0
∂t ∂s

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Tableau 7 – Comparaison de la méthode des caractéristiques avec la méthode de Bergeron


Méthode de Bergeron
Temps Méthode des caractéristiques
(lecture sur le graphique)

L Relation (63) Relation (64)


t (s)  = -----  = ct – s f ()  = ct + s g () q v (m3/s) h (m) q v (m3/s)
c h (m)

Hauteurs et débits au réservoir (s = 0)


0 0 0L 229,4 0L – 76,4 153 0,491 153 0,491
0,5 1 1L 229,4 1L – 76,4 153 0,491 153 0,491
1,0 2 2L 186,94 2L – 33,94 153 0,355 153 0,355
1,5 3 3L 129,53 3L 23,47 153 0,170 153 0,170
2,0 4 4L 79,95 4L 73,05 153 0,011 153 0,010
2,5 5 5L 41,74 5L 111,26 153 – 0,112 153 – 0,11
3,0 6 6L 73,05 6L 79,95 153 – 0,011 153 – 0,01
3,5 7 7L 111,26 7L 41,74 153 0,112 153 0,11
Hauteurs et débits à la vanne (s = L )
0 0 –1L 229,4 1L – 76,4 153,00 0,491 153 0,491
0,5 1 0L 229,4 2L – 33,94 195,46 0,423 196 0,424
1,0 2 1L 229,4 3L 23,47 252,87 0,331 253 0,331
1,5 3 2L 186,94 4L 73,05 259,99 0,183 260 0,183
2,0 4 3L 129,53 5L 111,26 240,79 0,029 240 0,030
2,5 5 4L 79,95 6L 79,95 159,90 0 160 0
3,0 6 5L 41,74 7L 41,74 83,48 0 85 0
3,5 7 6L 73,05 8L 73,05 146,10 0 147 0
4,0 8 7L 111,26 9L 111,26 222,52 0 224 0
4,5 9 8L 79,95 10 L 79,95 159,90 0 160 0
5,0 10 9L 41,74 11 L 41,74 83,48 0 85 0
(0)

Tableau 8 – Valeur des hauteurs et débits à la date t = 1 s


s  = 2L – s f ()  = 2L + s g () h (m) q v (m3/s)

0 2L 186,94 2L – 33,94 153 0,355


0,2 L 1,8 L 196,48 2,2 L – 23,80 172,68 0,354
0,4 L 1,6 L 205,47 2,4 L – 13,03 192,44 0,351
0,5 L 1,5 L 209,76 2,5 L – 7,4 202,36 0,349
0,6 L 1,4 L 213,93 2,6 L – 1,59 212,34 0,346
0,8 L 1,2 L 221,89 2,8 L 10,56 232,45 0,339
1,0 L 1,0 L 229,4 3,0 L 23,47 252,87 0,331

Utilisons les notations du paragraphe 4.1 qui consistent à rem- Ordonnons la relation (77) :
placer P et V respectivement par ρgh et q v /A et combinons ∂q ∂q
1 ∂h ∂h δf
   
1
linéairement (76) et (35) en écrivant : λ g ----- --------- + --------- + ------ λ c 2 ----------v- + ----------v- + --------- = 0 (78)
λ ∂s ∂t A ∂s ∂t ds
1 ∂q ∂h δf ∂h c 2 ∂q Pour simplifier (78), remarquons que h et q v sont des fonctions
A ∂t ∂s ds 
------ ----------v- + g --------- + --------- + λ g --------- + -------- ----------v-
∂t A ∂s =0 (77) du temps t et de l’abscisse s :
dh ∂h d s ∂ h dq v ∂q v ds ∂q
où, a priori, λ est un coefficient absolument quelconque. --------- = --------- --------- + --------- et ------------ = ----------- --------- + ----------v- (79)
dt ∂s d t ∂t dt ∂s dt ∂t

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En posant : Pour un tronçon élémentaire de longueur ds cette relation


ds 1 devient :
--------- = ----- = λ c 2 (80)
dt λ
dP Λ ds δf Λ
--------- = δ f = -----------------
-q q ⇒ --------- = -----------------
- q q (88)
nous voyons que (79) peut également s’écrire : ρ 2 A2 d v v ds 2 A2 d v v

∂q ∂q et avec ds = c dt nous avons :


dh 1 ∂h ∂h dq v
--------- = ----- --------- + --------- et ------------ = λ c 2 ----------v- + ----------v- (81)
dt λ ∂s ∂t dt ∂s ∂t
c δf Λ
------ --------- d t = ---------------------
- q q ds (89)
ce qui permet de transformer l’équation aux dérivées partielles (78) g ds 2 g A2 d v v
en équation différentielle, soit :
Dans ces conditions les deux systèmes  + et  – s’écrivent :
dh 1 dq δf 
λ g --------- + ------ -----------v- + --------- = 0   ds
dt A dt ds   --------- = +c
dt
 
ou  (82) + 
  Λ
1 δf 
 h + ---------  2g A d
qv
   c
d h + -------------- + --------- --------- d t = 0  d - q + ---------------------- q qv d s = 0 (90)
λ gA λg ds  gA v 2 v

Notons que, pour satisfaire cette transformation, la relation (80)  ds


 --------
- = –c
a automatiquement fixé les valeurs de λ :  dt
 –
 Λ
 
1 ds c
----- = ± c et --------- = ± c (83)  d h – ---------- q v – ---------------------- q v q v d s = 0 (91)
λ dt  gA 2 g A2 d

On est ainsi conduit à la résolution de deux systèmes d’équa-


tions différentielles qui ne différent que par le signe de la célérité c. Ces équations se prêtent bien aux méthodes numériques clas-
siques. Bien entendu, pour résoudre, il faut entrer au préalable les
 --------
ds
conditions aux limites.
 dt- = +c (84)

+  Dans des systèmes hydrauliques réputés compliqués, on obtient
 c δf
 
c des résultats satisfaisants avec cette méthode.
 d h + ---------- q v + ----- --------- d t = 0 (85)
 gA g ds

 ds
--------- = – c (86)
 dt

 –
c δf 7. Conclusion
 h – ---------  g ds
 c
d - q – ----- --------- d t = 0 (87)
 gA v

Les deux systèmes  + et  – constituent ce qu’on appelle La méthode de Bergeron a l’avantage d’être simple et le mérite
communément les équations caractéristiques. Les relations (85) d’aider à la compréhension du phénomène physique. Les résultats
et (87) sont parfois désignées par équations de compatibilité et ne obtenus avec Bergeron concordent parfaitement bien avec ceux de
sont valables que le long de la ligne caractéristique correspondante la méthode des caractéristiques lorsque les dégradations énergé-
soit (84) ou (86). tiques sont négligées.
On généralise ainsi les résultats des précédents paragraphes. En La construction graphique, dans l’étude des installations hydrau-
intégrant les relations (84) et (86) on obtient les expressions des liques complexes, devient rapidement très compliquée. C’est
lignes caractéristiques C 1 = α = ct – s et C 2 = θ = ct + s. De même, en d’ailleurs une des raisons qui explique la transposition directe de
supprimant dans (85) et (87) le terme de dissipation d’énergie δf /ds, cette méthode graphique sur ordinateur, dès le développement des
on retrouve les relations (45) et (46) relatives à la loi de Bergeron. calculateurs. Le logiciel « Bélier » en est une pure illustration.
La technique de programmation impose de préciser la nature de La méthode des caractéristiques permet de déterminer des résul-
la dégradation énergétique. Nous savons que dans une conduite le tats qu’il serait extrêmement compliqué d’obtenir avec la méthode
frottement du fluide conduit à une perte de la forme : de Bergeron.

∆P L V2 L 2 Dans l’utilisation de la méthode des caractéristiques, il existe des


--------- = Λ ----- --------- = Λ -----------------
- qv logiciels très performants et bien adaptés à l’étude des phéno-
ρ d 2 2 A2 d
mènes instationnaires dans les stations de pompage en vue de
Dans un phénomène instationnaire l’écoulement dans une cana- l’optimisation des protections antibélier. En outre leurs possibilités
lisation peut, alternativement, s’inverser et l’énergie d’une particule permettent souvent de résoudre les problèmes d’écoulements
fluide doit diminuer au fur et à mesure de son avancement dans la compressibles avec transferts de chaleur.
tuyauterie (voir paragraphe 4.6 ; influence de la dégradation énergé- On peut également dire qu’il y a complémentarité dans ces
tique). Il faut tenir compte de cette inversion, donc du signe de q v , diverses méthodes. En effet, on conçoit aisément que la construction
et écrire : graphique de Bergeron peut constituer un outil de validation. Une
schématisation simplifiée, d’un système hydraulique complexe, peut
∆P L
--------- = Λ ----------------- q q permettre à un spécialiste de rapidement trouver des ordres de gran-
ρ 2 A2 d v v deurs compatibles avec les résultats informatiques.

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Références bibliographiques

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