Vous êtes sur la page 1sur 16

157

6 Lignes d’influence
158 Lignes d’influence

La déformée est à la base du tracé des lignes d’influence


De manière identique aux structures isostatiques, les lignes d’influence des structures hyperstatiques
se construisent en pratiquant une coupure et en imprimant un déplacement unitaire, associés à
l’effort considéré. Dans le cas de la ligne d’influence d’une réaction d’appui, son tracé est basé sur la
déformée de la structure due à un tassement de cet appui. Pour les cadres non tenus latéralement, il
faut considérer le déplacement des traverses et les lignes d’influence sont discontinues aux noeuds.

Dessin P. Lestuzzi
Introduction 159

6.1 Introduction

Une ligne d’influence est la représentation graphique de l’évolution de la valeur d’un effort (moment
de flexion, effort tranchant ou réaction d’appui, par exemple), à un emplacement donné, due à une force
unitaire mobile parcourant la structure. Les lignes d’influence constituent un outil particulièrement effi-
cace pour l’analyse de l’effet des actions mobiles qui peuvent avoir différents points d’application sur la
structure. Le cas des ponts est l’exemple typique de cette situation dans laquelle les charges de trafic
routier (ou ferroviaire) se déplacent sur la structure. Auparavant, les lignes d’influence étaient abon-
damment employées pour le dimensionnement des structures. Leur utilisation a diminué en raison du
recours de plus en plus systématique au calcul numérique par ordinateur. Cependant, leur importance
reste entière, au moins du point de vue qualitatif, car les lignes d’influence permettent par exemple
d’identifier d’un seul coup d’oeil les configurations de charge les plus défavorables.
Les lignes d’influence pour les structures isostatiques ont été examinées dans un volume précédent
du traité de Génie Civil [6.1]. Après un bref rappel du cas isostatique, ce chapitre explique comment
déterminer les lignes d’influence pour les structures hyperstatiques. Rappelons que malgré des repré-
sentations graphiques semblables, il faut bien distinguer les diagrammes des efforts intérieurs des lignes
d’influence correspondantes. Par exemple, pour le moment de flexion, le diagramme habituel des
moments représente les moments de flexion à chaque endroit de la structure pour un cas de charge fixe
donné. En revanche, la ligne d’influence représente le moment de flexion à un emplacement donné pour
plusieurs cas de charge, i.e. une charge se déplaçant sur la structure.

6.2 Structures isostatiques

Dans le cas des structures isostatiques, la détermination des lignes d’influence est basée sur le prin-
cipe des travaux virtuels, plus précisément en considérant des déplacements virtuels pour un solide
rigide. Pour rappel, si un solide est en équilibre, le travail virtuel est nul pour tout déplacement rigide
[6.1]. Le principe des travaux virtuels constitue une alternative ingénieuse à l’expression des conditions
d’équilibre pour déterminer les réactions d’appuis (voir figure 6.1 a), mais plus encore, moyennant une
légère modification de la structure (coupure), le recours au principe des travaux virtuels mène directe-
ment à la procédure de détermination des lignes d’influence (voir figure 6.1 b).

a) P b) P
δv

+
η
a
R
1
M
L

Figure 6.1: Détermination de la réaction d’appui R par les travaux virtuels (a). La déformée représente la ligne
d’influence de la réaction d’appui. Ligne d’influence du moment de flexion au milieu de la première travée (b).

6.2.1 Détermination des réactions d’appui par les travaux virtuels


Dans le cas de la poutre simple de la figure 6.1 (a), la réaction d’appui R peut être déterminée en
considérant que le travail virtuel d’un déplacement δv doit être nul, selon l’équation (6.1):
160 Lignes d’influence

a a
R ⋅ δv – P ⋅ --- ⋅ δv = 0 ⇒ R = P ⋅ --- (6.1)
L L

Etant donné que cette relation est valable quelle que soit la position a de la charge concentrée P, la défor-
mée de la figure 6.1 (a) représente directement la ligne d’influence de la réaction d’appui.
6.2.2 Lignes d’influence
Le principe de la figure 6.1 (a) se généralise et les lignes d’influence s’obtiennent en pratiquant à
l’emplacement désigné une coupure correspondant à l’effort considéré et en imprimant ensuite à la
structure, devenue un mécanisme, un déplacement unitaire associé à l’effort considéré [6.1]. Par
exemple sur la figure 6.1 (b), la ligne d’influence du moment de flexion à mi-portée de la première tra-
vée s’obtient en introduisant une rotule à cet emplacement et en y appliquant une rotation relative uni-
taire. En considérant le principe des travaux virtuels, on obtient la relation de l’équation (6.2), valable
quelle que soit la position de la charge P:
M ⋅ 1 – P ⋅ η = 0 ⇒ M = η (si P=1) (6.2)
Pour une charge concentrée unitaire (P=1), la déformée (η) représente donc l’intensité du moment de
flexion au milieu de la première travée pour une charge unitaire placée au point considéré; c’est-à-dire
la ligne d’influence du moment de flexion. De manière analogue, il est possible de tracer les lignes
d’influence des réactions d’appui, de l’effort tranchant, etc. [6.1]. Dans le cas des structures isosta-
tiques, les lignes d’influence sont constituées de segments de droite.

s
p P
a)
s
L L L

b)

+ ηm,s +

Figure 6.2: En présence de plusieurs charges, il faut utiliser la superposition.

Dans le cas général de la présence simultanée de plusieurs charges agissant sur la structure, les
lignes d’influence permettent de déterminer l’effort total par superposition. Par exemple selon les défi-
nitions de la figure 6.2 (a), le moment de flexion dans une section donnée dû à des charges concentrées
Pi et des charges q réparties sur une longueur li se détermine selon l’équation (6.3) à l’aide de la ligne
d’influence du moment de flexion η (figure 6.2 b):

M = ∑ P i ⋅ η i + ∑ ∫ q ⋅ η dx (6.3)
i li
Détermination par la procédure cinématique 161

6.3 Détermination par la procédure cinématique

Pour les structures hyperstatiques, le mode opératoire de la détermination des lignes d’influence est
rigoureusement identique à celui des structures isostatiques. Cependant, après la coupure associée à
l’effort considéré, la structure n’est pas un mécanisme et la déformation ne s’effectue pas en bloc. Par
conséquent, d’une part les lignes d’influence ne sont pas formées de segments de droite et, d’autre part,
on ne peut plus faire simplement appel au principe des travaux virtuels pour justifier la procédure. Tou-
tefois en considérant le théorème de Maxwell qui est un cas particulier du théorème de réciprocité de
Betti-Rayleigh [6.2], on montre facilement que la procédure correspond en fait à une application directe
de ce théorème.
6.3.1 Poutres continues
Considérons la poutre continue sur quatre appuis de la figure 6.3 (a) et la ligne d’influence du
moment de flexion au milieu de la travée intermédiaire. Manifestement, ce système est une fois hypers-
tatique. Conformément au mode opératoire, pour tracer la ligne d’influence du moment de flexion il faut
introduire une rotule au milieu de la travée intermédiaire et effectuer une rotation relative unitaire à cet
emplacement. La déformée correspondante est esquissée à la figure 6.3 (b). Elle représente la ligne

s
P
a)

A B s C D
L L L

ηm,s
b) ηm,s
+

Figure 6.3: Poutre continue sur quatre appuis (a). Ligne d’influence du moment de flexion au centre (b).

d’influence ηm,s du moment de flexion. Conformément au théorème de Maxwell [6.2], l’ordonnée (η)
de cette courbe correspond à l’intensité du moment de flexion au milieu de la travée intermédiaire. En
effet de manière similaire à l’équation (6.2), pour une charge concentrée P à un emplacement quel-
conque sur la poutre on obtient:
M ⋅ 1 = P ⋅ η ⇒ M = η (si P=1) (6.4)
La ligne d’influence du moment de flexion est donc la déformée de la figure 6.3 (b). Cette déformée est
simple à déterminer graphiquement d’un point de vue qualitatif. Conformément à l’équation (6.4), la
ligne d’influence a même un intérêt quantitatif si elle donnée avec exactitude. Cependant, la détermina-
tion quantitative est moins directe. Cette procédure de détermination, dite cinématique, est analogue à la
méthode des déplacements et elle s’applique à tous les types d’efforts. Par exemple, la ligne d’influence
de la réaction d’appui RB est dessinée à la figure 6.4 (b). On obtient cette courbe en supprimant le pre-
mier appui interne (appui B) et en y effectuant un déplacement vertical unitaire.
162 Lignes d’influence

P
a)

A B C D
L L L

b)

+ 1
ηRB

Figure 6.4: Ligne d’influence de la réaction d’appui RB.

Concernant les signes des lignes d’influence, de manière similaire aux diagrammes des efforts inté-
rieurs, les signes sont attribués à la fin de la procédure en respectant les conventions habituelles (par
exemple positif vers le bas pour les moments de flexion reportés du côté de la fibre tendue) et en tenant
compte si nécessaire du sens positif choisi pour la charge mobile P.
6.3.2 Cadres
Il n’y a pas de modification significative de la procédure de détermination des lignes d’influence
avec un cadre plan. Précisons toutefois que les déformées des poteaux font partie intégrante des lignes
d’influence. Cependant, il faut distinguer entre cadres tenus et cadres non tenus latéralement.
Cadres tenus latéralement
A titre d’exemple, la ligne d’influence du moment de flexion en travée pour un cadre simple tenu
latéralement est représentée à la figure 6.5 (b). Pour obtenir cette courbe, on applique la procédure,
c’est-à-dire on introduit une rotule à l’emplacement de la section considérée et on y effectue une rota-
tion relative unitaire. Remarquons que la ligne d’influence dans le poteau représente l’effet de charges
horizontales.

a) P s b)
ηm,s

+
s
1

Figure 6.5: Cadre plan tenu latéralement (a) et ligne d’influence du moment de flexion en travée (b).

Les noeuds des cadres constituent toutefois des emplacements particuliers, car la coupure nécessaire
au tracé de la ligne d’influence peut avoir différentes positions. En fait, il faut décider sur quel embran-
chement du noeud elle doit agir. Par conséquent, pour les noeuds il faut soigneusement appliquer la pro-
cédure et placer la coupure à l’endroit adéquat. Ainsi, pour la ligne d’influence du moment de flexion à
l’embranchement interne du noeud gauche du cadre tenu latéralement de la figure 6.6 (a), il faut intro-
Détermination par la procédure cinématique 163

a) s P b)
ηm,s
1
+
s
P +
P

Figure 6.6: Cadre plan tenu latéralement (a) et ligne d’influence du moment de flexion à l’embranchement interne
du noeud (b).

duire une rotule à cet embranchement. La ligne d’influence est tracée à la figure 6.6 (b). Conformément
à la procédure, elle présente une cassure d’un angle de rotation relative unitaire sur le bord interne du
noeud. L’autre partie du noeud reste liée rigidement et tourne d’un bloc. La ligne d’influence dans les
poteaux représente l’effet de charges horizontales et le signe à y attribuer dépend du sens positif choisi
pour les charges mobiles horizontales.
Cadres non tenus latéralement
Dans le cas des cadres non tenus latéralement, la procédure de détermination des lignes d’influence
est identique mais, comme il faut tenir compte du déplacement latéral dans l’établissement de la défor-
mée, des discontinuités de la courbe apparaissent. Par exemple, considérons la ligne d’influence du
moment de flexion à l’embranchement supérieur du noeud gauche du cadre non tenu latéralement de la
figure 6.7 (a). Cette ligne d’influence est esquissée à la figure 6.7 (b). Elle semble incongrue à première
vue, car elle présente des discontinuités aux noeuds. Elle a pourtant été établie à partir de la procédure
cinématique. En fait, les discontinuités sont nécessaires afin de respecter la signification des lignes
d’influence. En effet, à l’angle du cadre l’influence d’une charge P est bien différente si celle-ci agit sur
le poteau ou sur la traverse. Une charge mobile P (horizontale) agissant sur le sommet du poteau induit
un déplacement latéral et donc un moment de flexion interne dans le noeud alors qu’une charge mobile
P (verticale) agissant à l’extrémité de la traverse n’implique qu’un effort normal dans le poteau et aucun
moment. Par conséquent, il faut effectivement ramener certaines parties de la vraie déformée sur la
structure non déformée ce qui implique de devoir translater celle de la traverse en particulier. A noter
qu’il n’y aurait pas besoin de cette translation si le cadre était tenu latéralement. La déformée (et donc la

a) s P b) ηm,s

+
s P
2h/3
P
h

Figure 6.7: Cadre plan non tenu latéralement (a) et ligne d’influence du moment de flexion à l’embranchement
supérieur du noeud gauche (b).
164 Lignes d’influence

ligne d’influence) correspondante est esquissée à la figure 6.8 (a). Cette déformée est utile car elle per-
met de deviner dans quelle direction la traverse du cadre est entraînée par les efforts tranchants des
poteaux en l’absence de l’appui latéral. La déformée du cadre non tenu latéralement est tracée à la figure
6.8 (b). On y retrouve la ligne d’influence dans les poteaux et on imagine aisément la translation hori-
zontale de la partie sur la traverse, nécessaire au respect de la signification de la ligne d’influence.

1 1

Figure 6.8: Déformées du cadre de la figure 6.7, tenu latéralement (a) et non tenu latéralement (b).

6.4 Détermination à l’aide de la méthode des forces

La méthode des forces procure une procédure alternative basée sur le principe de superposition pour
la détermination des lignes d’influence. Conformément au principe de superposition, le moment de
flexion Ms,tot dans une section quelconque s s’obtient par la superposition du moment de flexion dans
le système fondamental Ms,0 et de la somme des moments de flexion dus aux inconnues (Ms,i·Xi), selon
l’équation (6.5):

M s, tot = M s, 0 + ∑ M s, i ⋅ X i (6.5)

De manière similaire, la ligne d’influence du moment de flexion ηm,tot peut être déterminée par la
superposition de la ligne d’influence du moment dans le système fondamental ηm,0 et de la somme des
lignes d’influence du moment dues aux inconnues (Ms,i·ηXi), selon l’équation (6.6):

η m, tot = η m, 0 + ∑ M s, i ⋅ η X (6.6)
i

Il faut bien noter que dans l’équation (6.6), la ligne d’influence ηm,0 concerne le système fondamental,
mais que les lignes d’influence des inconnues ηXi doivent être déterminées dans le système réel.
6.4.1 Poutre continue sur quatre appuis
Dans le but d’expliquer la détermination des lignes d’influence à l’aide de la méthode des forces, la
poutre continue de la figure 6.3 est reprise ici. La ligne d’influence du moment de flexion est traitée
d’abord, celle de l’effort tranchant est examinée ensuite.
Ligne d’influence du moment de flexion
Les différentes étapes de la détermination de la ligne d’influence du moment de flexion à l’aide de la
méthode des forces sont illustrées à la figure 6.9. En considérant comme conditions de compatibilité
cinématique la continuité de la tangente à la déformée sur les appuis intermédiaires, le système fonda-
mental est la suite de trois poutres simples de la figure 6.9 (b). Les inconnues X1 et X2 correspondent
aux moments de flexion internes sur les appuis. La ligne d’influence du moment ηm,0 est constituée de
Détermination à l’aide de la méthode des forces 165

s
a)
A B s C D

X1 X2
b)

c)
η0
+ L
4
1

d)
ηX1
1 +

e) 1/2
1
Ms,1

f)
ηX2
+ 1

1/2
1
g) Ms,2

h) ηm,tot
+

Figure 6.9: Détermination par superposition de la ligne d’influence du moment de flexion au milieu de la poutre.

deux segments de droite (figure 6.9 c), car elle est déterminée dans le système fondamental qui est isos-
tatique. Les lignes d’influence des inconnues (ηX1 et ηX2) doivent être déterminées dans le système
réel. Pour les obtenir, il faut considérer les déformées associées à l’application d’une valeur unitaire de
l’inconnue. Il s’agit en fait de la procédure cinématique décrite ci-dessus (voir 6.3.1) pour la détermina-
tion de la ligne d’influence. Par exemple, la ligne d’influence (ηX1) de l’inconnue X1 correspond à la
déformée de la figure 6.9 (d) qui est obtenue par l’introduction d’une rotule sur l’appui B (inconnue X1)
et y appliquant une rotation relative unitaire. Pour finir, il faut encore considérer les coefficients
d’influence (Ms,1 et Ms,2) pour tenir compte de l’influence de l’inconnue à l’emplacement s considéré.
Les diagrammes des coefficients d’influence sont déterminés dans le système fondamental. Par
exemple, le diagramme du coefficient d’influence (Ms,1) associé à l’inconnue X1 correspond au dia-
gramme de la figure 6.9 (e) qui est en fait le diagramme des moments lié à l’application d’une valeur
unitaire de l’inconnue X1 dans le système fondamental. Conformément à l’équation (6.6), la ligne
d’influence (ηm,tot) est obtenue par la superposition des différentes parties (figure 6.9 h).
166 Lignes d’influence

Ligne d’influence de l’effort tranchant


Les différentes étapes de la détermination de la ligne d’influence de l’effort tranchant à l’aide de la
méthode des forces sont illustrées à la figure 6.10. La ligne d’influence de l’effort tranchant ηv,0 est
constituée de deux segments disjoints de droite (figure 6.10 a). Elle est déterminée dans le système fon-
damental isostatique et on l’obtient par l’introduction d’une coupure à l’emplacement de la section
considérée s et y appliquant un déplacement relatif unitaire. Les lignes d’influence des inconnues (ηX1
et ηX2) ont déjà été établies auparavant pour la ligne d’influence du moment de flexion. Elles ne sont
pas modifiées ici, mais rappelons qu’elles doivent être déterminées dans le système réel. Les dia-
grammes des coefficients d’influence (Vs,1 et Vs,2), pour tenir compte de l’influence de l’inconnue sur
l’effort tranchant à l’emplacement s considéré, sont déterminés dans le système fondamental. Le dia-
gramme du coefficient d’influence (Vs,1) associé à l’inconnue X1, par exemple, correspond au dia-
gramme de la figure 6.10 (c) et est en fait le diagramme de l’effort tranchant lié à l’application d’une
valeur unitaire de l’inconnue X1 dans le système fondamental. De manière analogue à l’équation (6.6),
la ligne d’influence (ηv,tot) est obtenue par la superposition des différentes parties (figure 6.10 f).

a)
ηv0 1
1
+
b) 1

ηX1
1 +
c)
Vs,1 1
L +

d)

ηX2
+ 1
e)
Vs,2 1
+
L
1
L

f) ηv,tot

+
+

Figure 6.10: Détermination par superposition de la ligne d’influence de l’effort tranchant au milieu de la poutre.
Exemples 167

6.5 Exemples

Des exemples de détermination des lignes d’influence sont regroupés dans ce sous-chapitre. En uti-
lisant la procédure cinématique, un premier exemple avec une poutre continue élastiquement appuyée
permet de montrer qualitativement l’avantage de l’utilisation des lignes d’influence pour la mise en évi-
dence de l’effet de la rigidité d’un appui sur la variation des efforts considérés. Un deuxième exemple
avec une poutre encastrée-appuyée détaille la détermination quantitative des lignes d’influence à l’aide
de la méthode des forces.
6.5.1 Poutre continue élastiquement appuyée
Dans cet exemple, les lignes d’influence de la poutre continue sur trois appuis équidistants de la
figure 6.11 (a) sont déterminées qualitativement avec la procédure cinématique. Cette poutre élastique-
ment appuyée représente par exemple la modélisation d’un pont haubané dans laquelle le ressort de
l’appui intermédiaire remplace l’effet d’un hauban. Les deux bornes de la ligne d’influence du moment
de flexion en travée sont esquissées à la figure 6.11 (b). Conformément à la procédure cinématique, il
faut introduire une rotule dans la section considérée (section s-s) et esquisser la déformée correspon-
dante issue de l’application d’une rotation relative unitaire. Pour un ressort infiniment rigide, l’appui
intermédiaire est un appui à rouleau et la déformée remonte naturellement dans la travée opposée à la
rotule. L’appui disparaît pour un ressort infiniment souple, le système devient isostatique et la ligne
d’influence est formée des deux segments de droite inférieurs. Le graphique de la figure 6.11 (b) résume
la plage de variation du moment de flexion en travée, en particulier il montre que ce moment ne peut
prendre des valeurs négatives qu’avec une rigidité relativement importante du ressort.

P
a) s

A C
s K
B

L/2 L/2 L

b)
ηm,s
K=∞
+
+
1

K=0
1

Figure 6.11: Poutre continue sur trois appuis équidistants, appuyée élastiquement sur l’appui intermédiaire (a) et
bornes de la ligne d’influence du moment de flexion en travée en fonction de la rigidité K du ressort (b).

Les deux bornes de la ligne d’influence du moment de flexion sur l’appui intermédiaire sont dessi-
nées à la figure 6.12 (b). Dans la procédure cinématique, la rotule est introduite sur l’appui intermé-
diaire élastique. La déformée correspond aux courbes supérieures pour un ressort infiniment rigide et
168 Lignes d’influence

aux deux segments de droite inférieurs pour un ressort infiniment souple. Pour des raisons évidentes, les
lignes d’influence sont symétriques par rapport à l’axe vertical passant par l’appui intermédiaire. Ce
graphique synthétise d’un seul coup d’oeil la large plage de variation du moment de flexion sur appui en
fonction de la rigidité K du ressort.

a)
A C
K
B

L L

ηm,s
b)
K=∞

1
+

1 K=0

Figure 6.12: Poutre continue sur trois appuis, appuyée élastiquement sur l’appui intermédiaire (a) et bornes de la
ligne d’influence du moment de flexion sur l’appui intermédiaire en fonction de la rigidité K du ressort (b).

Les deux bornes de la ligne d’influence de l’effort tranchant en travée sont esquissées à la figure
6.13 (b). Conformément à la procédure cinématique, il faut introduire une coupure dans la section
considérée (section s-s) et dessiner la déformée due à un déplacement relatif unitaire. La déformée cor-
respond aux deux segments de droite pour un ressort infiniment souple et aux deux autres courbes pour

P
s
a)
A C
s K
B

L/2 L/2 L

b) 1 ηv,s +
+
K=∞

1
K=0

Figure 6.13: Poutre continue sur trois appuis, appuyée élastiquement sur l’appui intermédiaire (a) et bornes de la
ligne d’influence de l’effort tranchant en travée en fonction de la rigidité K du ressort (b).
Exemples 169

un ressort infiniment rigide. Ce graphique montre clairement que les courbes sont relativement proches
ce qui signifie que la grandeur de l’effort tranchant en travée n’est pas extrêmement sensible à la rigidité
K du ressort
Les deux bornes de la ligne d’influence de la réaction d’appui RA sont tracées à la figure 6.13 (b).
Conformément à la procédure cinématique, il faut supprimer l’appui A et esquisser la déformée due à
un déplacement vertical appliqué en A. La déformée correspond à la courbe supérieure pour un ressort
infiniment rigide et au segment de droite inférieur pour un ressort infiniment souple. Sur la base de ce
graphique, on peut aisément conclure que la réaction d’appui est pratiquement toujours positive sauf
pour des valeurs relativement grandes de la rigidité K du ressort.

a)
A C
K
B

L L

b) ηRA
K=∞

+ +

K=0

Figure 6.14: Poutre continue sur trois appuis, appuyée élastiquement sur l’appui intermédiaire (a) et bornes de la
ligne d’influence de la réaction d’appui RA en fonction de la rigidité K du ressort (b).

6.5.2 Poutre encastrée-appuyée


Cet exemple considère la détermination quantitative de la ligne d’influence du moment de flexion au
milieu de la travée de la poutre encastrée-appuyée de la figure 6.15 (a). A l’évidence, ce système est une
fois hyperstatique. En considérant comme condition de compatibilité cinématique l’horizontalité de la
tangente à la déformée à l’encastrement, le système fondamental est la poutre simple de la figure 6.15
(b) et l’inconnue X1 correspond au moment d’encastrement. La ligne d’influence du moment ηm,0 est
déterminée dans le système fondamental qui est isostatique et est constituée de deux segments de droite
(voir figure 6.16 a). La ligne d’influence (ηX1) de l’inconnue X1 correspond à la déformée de la figure
6.15 (c) qui est obtenue par l’introduction d’une rotule à l’encastrement (inconnue X1) et y appliquant
une rotation unitaire. Comme on l’a vu pour les cas fondamentaux de la méthode des déplacements (c.f.
figure 3.17), le moment correspondant à l’encastrement doit prendre la valeur de 3EI/L et un angle de
rotation de exactement 1/2 apparaît sur l’appui. Le diagramme du coefficient d’influence (Ms,1) associé
à l’inconnue X1 correspond au diagramme de la figure 6.15 (d) qui est en fait le diagramme des
moments lié à l’application d’une valeur unitaire de l’inconnue X1 dans le système fondamental. A par-
tir de ce diagramme, il est élémentaire de déterminer la valeur de 1/2 que prend le coefficient
170 Lignes d’influence

a)

b)

c)

d)

Figure 6.15: Détermination par superposition de la ligne d’influence du moment de flexion au milieu de la travée.

d’influence Ms,1 au milieu de la travée. Conformément à l’équation (6.6), la ligne d’influence (ηm,tot)
est obtenue par la superposition des différentes parties (voir figure 6.16 d).

a)

b)

c)

d)

Figure 6.16: Détermination quantitative de la ligne d’influence du moment de flexion au milieu de la travée.
Résumé et synthèse 171

La figure 6.16 contient les aspects quantitatifs de la détermination de la ligne d’influence du moment
de flexion au milieu de la travée. L’établissement de la ligne d’influence du moment ηm,0 ne pose pas
de problèmes particuliers, car il s’agit de conditions géométriques élémentaires (déplacements de seg-
ments rigides). La ligne d’influence (ηX1) de l’inconnue X1 correspond à la déformée d’une poutre
simple soumise à un moment unitaire à son extrémité à laquelle il faut ajouter la rotation de l’extrémité
opposée en porte-à-faux (angle de rotation de 1/2). L’équation de la déformée d’une poutre simple sou-
mise à un moment unitaire à son extrémité est un polynôme du troisième degré dont les coefficients sont
donnés en annexe. La valeur du coefficient d’influence (Ms,1) associé à l’inconnue X1 est de 1/2. Fina-
lement, la superposition des différentes courbes permet d’obtenir la ligne d’influence du moment de
flexion (ηm,tot, figure 6.16 d). Rappelons que cette courbe quantifie l’effet sur le moment de flexion à
mi-travée d’une charge mobile unitaire sur la poutre. En particulier, on peut y lire que le moment de
flexion dû à une charge concentrée à mi-travée vaut 0.15·PL2.

6.6 Résumé et synthèse

Les lignes d’influence constituent un outil particulièrement efficace pour l’analyse de l’effet des
actions mobiles sur la structure. Elles représentent graphiquement l’évolution de la valeur d’un effort
(moment de flexion, effort tranchant ou réaction d’appui, par exemple), à un emplacement donné, due à
une force unitaire mobile parcourant la structure. Il faut bien les distinguer des diagrammes des efforts
intérieurs. Par exemple, le diagramme habituel des moments représente les moments de flexion à
chaque endroit de la structure pour un cas de charge fixe donné. En revanche, la ligne d’influence du
moment représente le moment de flexion à un emplacement donné pour une charge se déplaçant sur la
structure.
Les lignes d’influence se construisent en pratiquant à l’emplacement désigné une coupure corres-
pondant à l’effort considéré et en imprimant ensuite à la structure un déplacement unitaire associé à
l’effort considéré. C’est la procédure cinématique et la ligne d’influence correspond à la déformée
obtenue. Dans le cas des structures isostatiques, on aboutit à un mécanisme et la ligne d’influence est
formée de segments de droite. Avec les structures hyperstatiques, la déformée n’est pas aussi élémen-
taire à déterminer, mais le tracé qualitatif de la ligne d’influence ne pose pas de problème particulier.
La méthode des forces procure une alternative pour déterminer les lignes d’influence par la super-
position de la ligne d’influence dans le système fondamental et de la somme des lignes d’influence dues
aux inconnues. Dans cette méthode alternative, il faut être attentif au fait que les lignes d’influence des
inconnues doivent être déterminées dans le système réel et non dans le système fondamental.
Avec les cadres plans, la procédure de détermination des lignes d’influence est directement appli-
cable. Les noeuds constituent toutefois des points délicats, car il faut soigneusement choisir sur quel
embranchement doit agir la coupure. Par ailleurs, il faut distinguer les cadres tenus et les cadres non
tenus latéralement. Pour les cadres non tenus, il faut considérer le déplacement latéral des traverses et
les lignes d’influence sont discontinues aux noeuds.
172 Lignes d’influence

6.7 Références

[6.1] Frey F.: Analyse des structures et milieux continus. Statique appliquée. Traité de Génie Civil de l’EPFL,
volume 1. Presses Polytechniques et Universitaires Romandes (PPUR). Lausanne, 2005.
[6.2] Frey F.: Analyse des structures et milieux continus. Mécanique des structures. Traité de Génie Civil de
l’EPFL, volume 2. Presses Polytechniques et Universitaires Romandes (PPUR). Lausanne, 2000.
[6.3] Frey F.: Analyse des structures et milieux continus. Mécanique des solides. Traité de Génie Civil de
l’EPFL, volume 3. Presses Polytechniques et Universitaires Romandes (PPUR). Lausanne, 1998.
[6.4] Ghali A., Neville A. M.: Structural Analysis. A unified classical and matrix approach. Chapman and Hall
Ltd. ISBN 0-412-14990-7. London, 1978.

6.8 Exercices

1. Esquisser qualitativement la ligne d’influence de la réaction d’appui RA de la poutre continue sur


quatre appuis équidistants de la figure 6.3 (a).
2. Esquisser qualitativement la ligne d’influence de l’effort tranchant au milieu de la première travée de
la poutre continue sur quatre appuis équidistants de la figure 6.3 (a).
3. Esquisser qualitativement la ligne d’influence du moment de flexion sur l’appui C de la poutre conti-
nue sur quatre appuis équidistants de la figure 6.3 (a).
4. Esquisser qualitativement la ligne d’influence de l’effort tranchant au milieu de la travée centrale du
cadre tenu latéralement de la figure 6.6 (a).
5. Esquisser qualitativement la ligne d’influence de la réaction d’appui verticale de l’encastrement à
droite du cadre non tenu latéralement de la figure 6.7 (a).
6. Déterminer quantitativement la ligne d’influence de la réaction d’appui de l’appui à rouleau de la
poutre encastrée-appuyée de la figure 6.15 (a).

Vous aimerez peut-être aussi