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GCI 515 Génie de l’environnement

©2009 A. Ndabigengesere, S. Narasiah et R. Leduc 2-1

2. POLLUTION ET QUALITE DE L'EAU

2.1 Nature et sources de pollution .................................................................................... 2

2.2 Méthodes d’analyse de l’eau ...................................................................................... 7

2.3 Échantillonnage et conservation des échantillons ....................................................... 8

2.4 Définition des unités utilisées.................................................................................... 11

2.5 Caractéristiques physiques de l’eau ......................................................................... 17

2.6 Caractéristiques chimiques de l’eau ......................................................................... 23

2.7 Caractéristiques biologiques..................................................................................... 56

2.8 Normes de qualité .................................................................................................... 75

2.9 Étude de cas – Épidémie de Walkerton .................................................................... 85

Références .................................................................................................................... 89
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2.1 Nature et sources de pollution


L'eau chimiquement pure n’existe pratiquement pas dans la nature. La molécule d'eau est
composée de 2 atomes d'hydrogène et d'un atome d'oxygène liés entre eux par des liaisons
covalentes. Sa dimension est d'environ 3.3 A [1 A (angstrom) = 10-4 µm = 10-7 mm = 10-10 m].

En phase liquide, l'eau est un mélange hétérogène de molécules d'eau isolées, de molécules d'eau
polymérisées, d'ions H+ et d'ions OH-. Ces deux derniers sont le résultat de la dissociation de l’eau
selon la réaction

H2O ↔ H+ + OH−

Les impuretés commencent à s'introduire dans l'eau dès la condensation et continuent à toutes les
étapes du cycle de l'eau (chapitre 1). En effet, l'eau est un solvant pouvant véhiculer la plupart des
substances de la croûte terrestre. La qualité de l'eau est donc une variable dynamique.

Par pollution de l'eau, il faut entendre tout apport de matières, résultant directement ou
indirectement de l'activité humaine; et susceptible d'altérer l'eau dans sa composition ou sa
condition, de façon à ce qu'elle ne convienne plus ou convienne moins aux utilisations qui doivent
pouvoir en être faites.

Ces matières ont pour origine la nature même (érosion, dissolution de diverses substances
organiques et inorganiques), et les activités de l'homme (eaux usées domestiques et industrielles,
agriculture et élevage). Les substances peuvent se présenter sous 2 formes principales : (1)
matières en suspension, (2) matières dissoutes.

Le ruissellement dans le bassin versant, intensifié par la déforestation, et surtout le déversement


des déchets domestiques et industriels, sont à la base de cette pollution. L'explosion
démographique, le développement des villes, de l'agriculture, de l'élevage et des installations
industrielles ont accru cette pollution, accélérant ainsi la dégradation de la qualité de l'eau.

Tous les gisements d'eau peuvent être pollués. Les eaux souterraines arrachent les impuretés dans
les roches qu'elles percolent. Les eaux de surfaces font de même à leur passage. Les vapeurs
d'eau en se condensent, dissolvent des gaz et emprisonnent des poussières. Les gaz les plus
communément dissous dans l'eau sont l'oxygène et le gaz carbonique. Les rejets des gaz de
combustion génèrent des oxydes de soufre (SOx) et d'azote (NOx), qui forment des acides avec
l'eau. Ainsi les précipitations sont acides depuis des décennies.

Les substances les plus souvent rencontrées dans les eaux souterraines et les eaux de surface
sont le calcium, magnésium, sodium, potassium, bicarbonates, chlorures, sulfates, phosphates et
nitrates. Des traces d'autres ions comme le plomb, cuivre, fer, manganèse, et arsenic peuvent aussi
se présenter. Bref, tous les éléments chimiques peuvent se retrouvés à l'état de traces dans les
eaux. Les eaux courantes peuvent avoir en plus des quantités importantes de matières solides en
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suspensions et colloïdales, qui leur confèrent une couleur et un aspect plus trouble. La taille des
particules retrouvées dans l’eau sont montrées à la figure suivante.

(Tchobanoglous et Schroeder, 1985)

Les rejets industriels, les effluents urbains, les pesticides et les engrais en agriculture, ainsi que les
déchets d'élevage constituent les principales sources de pollution. Le tableau 2.1 montre les
impuretés chimiques et biologiques qu'on peut trouver dans l'eau.
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Tableau 2.1 − Impuretés chimiques et biologiques


dans l’eau (Tchobanoglous et Schroeder, 1985).
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Les impuretés de l’eau peuvent être classifiées selon le schéma suivant.

Impuretés

Solubles Particulaires Colloïde


(dissoutes) (non dissoutes) et MES
s

Inorganiques Organiques Inorganiques Orrganiques Micro-


organismes

Ionisées Biodégra-
(dissociées) dables

Non ionisées Persistants


(non dissociées) (peu ou non
biodégradables)

Différentes classifications des impuretés sont utilisées pour caractériser la qualité d'une eau. On
peut parler de paramètres physiques, chimiques et biologiques de l'eau. On peut aussi utiliser des
paramètres globaux et spécifiques. Les paramètres globaux regroupent certains types
d'impuretés et donnent une appréciation de la qualité de l'eau sans préciser sa composition
chimique. Les paramètres spécifiques donnent la teneur de cette eau en différents polluants.

Quelques exemples de paramètres globaux sont : (1) la conductivité, (2) l'alcalinité, (3) la couleur,
(4) la dureté, (5) la turbidité, (6) les matières solides, (7) les matières organiques (DCO, DBO,
COT). Ces paramètres seront définis dans la suite. Les paramètres globaux sont en général plus
faciles à mesurer. Ils sont très utilisés dans la caractérisation d'une eau. On voit plusieurs exemples
de paramètres spécifiques dans le tableau 2.1.
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2.2 Méthodes d’analyse de l’eau

Les méthodes d'analyse utilisées pour déterminer les caractéristiques physiques, chimiques et
biologiques de l'eau (eau potable et eaux usées) peuvent être classées en 3 groupes, à savoir,
méthodes : (1) gravimétriques, (2) volumétriques, et (3) physico-chimiques.

2.2.1 Méthodes gravimétriques

Les méthodes gravimétriques sont basées sur des opérations de pesées. Les différentes sortes de
matières solides (MS) dans l'eau sont les paramètres les plus souvent déterminés par
gravimétrie.

2.2.2 Méthodes volumétriques

Les méthodes volumétriques sont fondées sur le titrage d'une solution de concentration inconnue
(l'eau dans notre cas) par une solution de concentration connue (divers réactifs). Les deux solutions
entre en réaction et on peut déterminer la concentration de la solution inconnue par le principe de
la conservation de la matière. L'équation (2.1) est utilisée pour exprimer la conservation de
masse lors de la réaction et calculer la concentration inconnue.

V1C1 = V2C2 (2.1)

où V1 = volume de la solution titrant (mesuré)


C1 = concentration de la solution titrant (connue)
V2 = volume de l'échantillon (connu)
C2 = concentration de l'échantillon (inconnue)

2.2.3 Méthodes physico-chimiques

Les méthodes physico-chimiques sont basées sur diverses propriétés physiques et chimiques,
comme la couleur, la diffusion moléculaire, la transparence, le rayonnement, la conductivité,
etc. Ces méthodes sont exploitées à l'aide de divers équipements de laboratoire conçus et calibrés
à cette fin. Quelques exemples de méthodes physico-chimiques importants dans l'analyse de l'eau
sont : la transparence, la colorimétrie et la potentiométrie. Les équipements correspondants sont :
le turbidimètre, spectrophotomètre et les électrodes spécifiques. Ces méthodes peuvent être
incorporées dans des dispositifs de séparation comme la chromatographie (HPLC et GC),
d'excitation (absorption atomique) ou d'oxydation (analyseur de COT).

Les méthodes physico-chimiques sont très diversifiées et de nouveaux équipements de plus en


plus sophistiqués et coûteux sont manufacturés continuellement. Les exemples ci-dessus ne
constituent qu'une vision très simpliste.
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2.3 Échantillonnage et conservation des échantillons


Toute étude de la qualité d'une eau est basée sur un programme de collecte d'échantillons
représentatifs du milieu concerné. C'est l'échantillonnage. Une connaissance préalable du débit, de
sa variation, et des contaminants qu'on veut détecter est importante pour préparer un bon
programme d'échantillonnage. Il faut répondre à 3 questions importantes : (1) où et quand doit-on
prendre l'échantillon, (2) comment obtenir un échantillon représentatif, et (3) quelles sont les
précautions à prendre et quelle méthode d'analyse utiliser pour obtenir des données précises. On
va tenter de répondre à ces questions.

Pour l'endroit d'échantillonnage, la question peut être complexe et ne sera pas couverte dans ce
cours (le cours à option GCI 555 Caractérisation des milieux contaminés couvre cette question). Le
nombre d'échantillons dépend de la nature du problème à résoudre. En même temps, on détermine
les caractéristiques du milieu (débit, courants, stratification, vitesse, section d'écoulement,
profondeur, etc). Dans la suite, on sélectionne les points et les temps les plus significatifs au vu des
résultats préliminaires. Des répétitions et des traitements statistiques des résultats permettent de
juger la représentativité des échantillons.

Pour obtenir des résultats précis, il faut prendre des précautions pour ne pas perturber la qualité de
l'échantillon lors de la prise, du transport et de l'analyse. Certains paramètres doivent être mesurés
sur le site de l'échantillonnage. C'est le cas par exemple de la température, le pH, l'oxygène
dissous, etc.

Même pour les autres paramètres, la règle d'or consiste à analyser les échantillons dès leur prise.
Des équipements adaptés au travail de terrain sont de plus en plus disponibles. Cependant, la
distance, le nombre d'échantillons à analyser et les équipements non encore disponibles en format
portatif, imposent des délais d'analyse variables de quelques heures à quelques jours. Dans ce cas,
il faut alors faire attention aux conditions de stockage des échantillons (contenant, pH, température,
etc) pour ne pas altérer leur qualité. Par exemple, les matières organiques peuvent s'oxyder
biologiquement si on laisse les échantillons à la température ambiante et à un pH neutre. Ou bien,
si on laisse un échantillon ouvert, les matières volatiles peuvent s'évaporer et puis les poussières
peuvent y entrer. Le tableau 2.2 montre les contenants, les conditions et les durées maximales de
stockage recommandées pour la plupart des paramètres. Les récipients doivent être bien nettoyés
et rincés plusieurs fois avec l'eau à échantillonner avant leur remplissage.

Le choix de la méthode d'analyse est guidé par la précision voulue, les équipements et le temps
disponibles, ainsi que la nature du problème à résoudre.
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Tableau 2.2 – Conditions à respecter pour les échantillons d’eau,


par paramètre (APHA, AWWA et WEF, 2005)
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2.4 Définition des unités utilisées


Différentes unités peuvent être utilisées pour exprimer les résultats des analyses de l'eau. On verra
les unités de concentration et quelques autres notions utiles dans la suite.

2.4.1 Unités de concentration

A) Molalité (m) : mol/kg

La molalité d'une solution est le nombre de moles du soluté par unité de masse du solvant. Une
mole d'un composé est égale à sa masse moléculaire en grammes.

B) Molarité (M) : mol/l ou M

La molarité d'une solution est le nombre de moles du soluté par unité de volume de la solution.

C) Concentration massique : g/m3

La concentration massique d'une solution est la masse du soluté par unité de volume de la solution.

D) Normalité (N) : éq/m3 ou méq/l

La normalité d'une solution est le nombre d'équivalents du soluté par unité de volume de la
solution.

Normalité (méq/L) = Équivalents du soluté (méq) / 1 L de solution (2.2)

Un équivalent gramme d’un composé est égal à sa masse moléculaire divisée par la valence (z).

La valence d’un composé est le nombre de charges qui apparaissent dans la dissociation du
composé. Par exemple la valence de CaCO3 (Ca2+) est 2 et 1 pour NaCl (Na+).

La masse équivalente (ME) d’une espèce chimique (ion, molécule) se définit

ME = MM / z (2.3)

ME = masse équivalente (g/éq ou mg/méq)


MM = masse moléculaire (ou atomique, ionique) (g/mole)
z = valence (éq/mole)
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Exemple – Calcul de masse équivalente

Calculez la masse équivalente des ions fer ferreux Fe2+ et ferrique Fe3+ et de la chaux hydratée
Ca(OH)2.

Solution

- pour Fe2+ : ME = (55.85 g/mol) / 2 éq/mol = 27.9 mg/méq

- pour Fe3+ : ME = (55.85 g/mol) / 3 éq/mol = 18.6 mg/méq

- pour Ca(OH)2 considérant z = 2 pour Ca2+ , ME = [(40+2(16+1)]/2 = 37.0 mg/méq

E) Parties par million : ppm

La concentration en ppm d'une solution est donnée par la masse du soluté en grammes sur un
million de grammes de la solution. On peut remarquer que le nombre de ppm est égal à la
concentration en g/m3 divisée par la masse volumique du solvant.

F) Concentration massique de CaCO3 : g/m3 de CaCO3

On trouve dans la littérature des concentrations en masse équivalente de CaCO3, surtout pour la
dureté et l'alcalinité. Il convient dans ce cas de les convertir dans les autres unités ci dessus par la
relation suivante : 1 éq de CaCO3 = 50 g/éq.

G) Pourcentage : %, %V/V, %M/M

On peut définir deux types de pourcentage : (1) pourcentage volumique (%V/V) et (2)
pourcentage massique (%M/M). C'est respectivement le volume ou la masse du soluté sur le
volume ou la masse de la solution, multiplié par 100.

2.4.2 Autres notions utiles

Plusieurs notions sont utilisées pour décrire les solutions. En voici quelques unes.

A) Fraction molaire

C'est le nombre de moles d'un soluté donné divisé par le nombre de moles total de tous les solutés
compris dans la solution. Si on a N solutés (A, B, C, … N) dans une solution, la fraction molaire
est donnée par la relation (2.3) (Mihelcic, p. 17, 19).
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nB
XB = (2.4)
n A + nB + " + n N

où XB = fraction molaire du soluté B


ni = nombre de moles du soluté i, i = A, B, C,..., N

B) Electro-neutralité

Le principe d'électro-neutralité d'une solution stipule que le nombre de cations doit être égal au
nombre d'anions.

Σ cations (méq/L) = Σ anions (méq/L) (2.5)

Ceci implique que


1 équivalent d’une substance A
est chimiquement égal à
1 équivalent de n’importe quelle autre substance B

Conséquemment, la concentration d’une substance A peut s’exprimer en terme de la concentration


équivalente de la substance B par la relation

A ⋅ (mg / L)
× ME B ⋅ (mg / méq) = B (mg / L) (2.6)
ME A ⋅ (mg / méq)

Ainsi on transforme la concentration d’une substance A (mg/L) en termes d’une autre substance
(mg/L). Ce problème survient couramment, par exemple la dureté et l’alcalinité de l’eau s’expriment
souvent en mg/l de CaCO3, et les espèces azotées ou phosphorées doivent s’exprimer en
termes de masse d’azote (N) et de phosphore (P) pour pouvoir être additionnées.
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Exemple - Calcul de la concentration d’une substance en mg/L de CaCO3

Exprimez 87 mg/L de Mg2+ en mg/L de CaCO3.

Solution

Mg 2+ ⋅ ( mg / L)
× MECaCO ⋅ ( mg / méq ) = ( mg / L ⋅ en ⋅ CaCO3 )
ME Mg 2+ ⋅ ( mg / méq ) 3

MM 24.3 ⋅ g / mole
ME Mg 2+ = = = 12.15 ⋅ mg / méq
z 2 ⋅ éq / mole
40 + 12 + 3(16) ⋅ g / mole
MECaCO = = 50 ⋅ mg / méq
3
2 ⋅ éq / mole

87
× 50 = 358 mg/L en CaCO3
12.15

C) Force ionique

La force ionique représente l'importance des interactions possibles entre différents ions contenus
dans une solution. La force ionique peut être déterminée par la relation théorique (Mihelcic, p. 45)

1
μ= ∑ Ci zi2
2 i
(2.7)

où μ = force ionique
Ci = concentration de l'espèce ionique i en mol/l
zi = charge de l'espèce ionique i

On a les valeurs typiques suivantes :


eaux douces : 10-3 à 10-2 M
eau de mer : ≈ 0.7 M
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Deux relations empiriques sont disponibles pour évaluer plus facilement la force ionique

μ = (2.5) × 10 −5 (MDT ) (2.8)

μ = (1.6)×10 −5 (CE ) (2.9)

où MDT = matières dissoutes totales (mg/L) (voir la section 2.5.2)


CE = conductivité électrique (µ S/cm = µ Siemens/cm = µ mhos/cm)
(voir la section 2.6.2. E)

D) Coefficient d'activité et activité

Lorsque la concentration ionique d'une solution est faible, chaque ion agit comme s'il était seul.
Mais lorsque la concentration augmente (au dessus de 10−4 M) les ions s'influencent mutuellement.
L'influence de chaque ion est définie par son coefficient d'activité.

Le coefficient d'activité peut être calculé pour chaque espèce par l’approximation de Guntelberg,
valable pour des solutions d’électrolytes ayant une faible force ionique (µ < 0.1 M) (MIhelcic p. 46),
qui s’exprime

log γ i =
(− 0.5)zi2 μ 1/ 2 (2.10)
1 + μ 1/ 2

où γi = coefficient d'activité de l'espèce i.

On a γ ≤ 1 pour les électrolytes. Plus particulièrement γ → 1 pour les eaux douces (µ < 0.1 M).

Pour les solutions d’électrolytes ayant une forte force ionique (jusqu’à µ < 0.5 M, par exemple pour
l’eau de mer et d’estuaires, les eaux saumâtres et les effluents concentrés) on doit utiliser
l’approximation de Davies (Mihelcic, p. 44).

Pour les non-électrolytes (CO2, O2, organiques …) on a γ ≥ 1.

L’activité d’une substance s’exprime

{C} = γ [C] (2.11)

où {C} = activité de l’espèce i (mol/L),


[C] = concentration molaire de l’espèce i (mol/L).
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E) Constante d'équilibre

Soit une réaction chimique entre les réactifs A et B, qui donne les produits C et D:

aA + bB ↔ cC + dD (2.12)

où a, b, c, d = coefficients stoechiométriques.

Lorsque la réaction est à l'équilibre et γ ≈ 1, on définit la constante d'équilibre K de la réaction par


la relation

K=
[C ] [D ]
c d
(2.13)
[A]a [B ]b
où [ ] = concentration molaire de l’espèce chimique (mol/l)

Pour être plus précis, il faut faire intervenir les coefficients d'activité des différentes espèces dans
l'équation (2.13), mais dans les concentrations ioniques rencontrées dans les eaux douces, les
coefficients d'activité sont supposés tous égaux à 1.

F) Produit de solubilité

La constante d'équilibre d'une réaction incluant un solide est connue sous le nom de produit de
solubilité de ce solide. Par exemple, la dissolution du carbonate de calcium (CaCO3) s’exprime par
la relation

CaCO3 ↔ Ca2+ + CO32− (2.14)

L’activité du solide est prise égale à 1 (convention), et la constante d’équilibre devient le produit de
solubilité Ksp du CaCO3.

Ksp = [Ca2+][CO32-] (2.15)


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2.5 Caractéristiques physiques de l’eau


Le jugement populaire de la qualité d’une eau est basé sur la perception sensorielle que l’homme
se fait de cette eau. C’est l’aspect organoleptique de l’eau. Les paramètres organoleptiques
dépendent évidemment des caractéristiques physiques, chimiques et biologiques de l’eau. Les
paramètres physiques sont plus responsables de la qualité perçue. On dit par exemple qu’une eau
est trouble, colorée et odorante; sans parler de sa composition chimique.

Les paramètres physiques les plus utilisés pour caractériser une eau sont : (1) la turbidité, (2) les
solides, (3) la couleur, (4) l’odeur, et (5) la température.

2.5.1 La transparence et la turbidité

La transparence et la turbidité sont utilisées pour juger de la clarté d’une eau.

Pour la mesure in situ sur les plans d’eau on utilise le disque de Secchi (profondeur maximale à
laquelle on voit encore le disque, en m) et il s’agit alors d’une mesure de transparence et non de
turbidité.

transparence = f(MES, couleur, activité biologique dont les blooms d’algues)

La profondeur Secchi des lacs québécois et ontariens varie de quelques mètres à >10 m. Aux
C'est-à-dire le lac Tahoe avait une transparence exceptionnellement élevée (valeur de 30 m)
jusqu’aux années 1970, mais cette valeur diminue depuis pour atteindre maintenant quelque 20 m.

Le principe de mesure par le turbidimètre est qu’un échantillon de volume standardisé est traversé
par un rayon lumineux. La lumière se réfléchit sur les particules et produit un éclairement plus ou
moins intense. C’est l’effet Tyndall. Le rayonnement réfléchi par l’échantillon à 90o du rayon
lumineux est capté et converti en unité de turbidité par une courbe de calibration, préparée avec
des solutions standard. La seule unité de turbidité reconnue en qualité de l’eau est l’UTN (unité de
turbidité néphélométrique). D’autres unités comme l’UTJ (unité de turbidité Jackson) sont à éviter.
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Turbidités standard de 5, 50 et 500 UTN (Wikipedia)

Comme guide on a les balises approximatives suivantes :


• < 5 UTN : eau claire (ex. lac clair, rivière à faible débit en temps sec)
• 5 < UTN < 30 : eau légèrement trouble (ex. rivière en temps normal)
• > 50 UTN : eau trouble (ex. rivière en crue)

Les normes québécoises pour l’eau potable (MDDEP) sont :


• ne pas dépasser 0,5 UTN dans plus de 5 % des mesures inscrites durant 30 jours
consécutifs à la sortie de chaque filtre précédé d’une coagulation
• aucun échantillon > 5 UTN

La turbidité montre généralement une forte corrélation positive avec la présence de


microorganismes pathogènes.

2.5.2 Les matières solides (MS)

Les MS qu’on rencontre le plus souvent dans l’eau sont des argiles, des silts, des matières
organiques et des microorganismes d’origine naturelle et anthropogénique. Parmi les
microorganismes, il y en a qui sont pathogènes, c'est-à-dire qui peuvent propager les maladies
hydriques. D’une manière générale, les MS ne constituent pas un danger direct pour la santé. Ils
sont responsables de la turbidité, la couleur, le goût et l’odeur de l’eau. Les consommateurs
préfèrent une eau claire, sans goût ni odeur remarquable. Les MS dans l’eau assurent une
protection aux microorganismes lors de la désinfection. On peut dire que la plupart des usages de
l’eau exige une eau avec critère sur les MS.
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Les MS peuvent se présenter sous 3 gammes de tailles dans l’eau : (1) matières en suspension
(diamètre supérieur à 1 μm), (2) matières colloïdales (diamètre compris entre 10−3 μm, ou 1 nm, et
1 μm), (3) MS dissoutes (diamètre inférieur à 1 nm). Les différentes formes de MS dans l’eau
peuvent être mesurées par gravimétrie.

La figure 2.1 montre les différentes formes de matières solides qu’on peut déterminer sur un
échantillon d’eau. Il s’agit des : (1) matière solide totale (MST), (2) matière décantable (cône
Imhoff), (3) matière en suspension (MES), (4) matière dissoute totale (MDT), (5) matière volatile en
suspension (MVS), (6) matière non volatile en suspension (MNVS), (7) matière volatile dissoute
(MVD) et (8) matière non volatile dissoute (MNVD).

Figure 2.1 – Formes de la matière solide dans l’eau

Échantillon

Cône Imhoff Filtre Évaporation


60 min 0.45 μm 105oC

Matières Solides retenus Filtrat MST


décantables + filtre

Évaporation Évaporation
105oC 105oC

MES MDT

Calcination Calcination
550oC 550oC

MVS MDV

MNVS MDNV

MST = MVS + MNVS + MVD + MNVD (2.16)

MST = MES + MDT (2.17)


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MES = MVS + MNVS (2.18)

MDT + MVD + MNVD (2.19)

Les matières solides volatiles sont parfois désignées par le terme « perte au feu » (ou PAF). Les
solides décantables sont mesurées par le volume des boues déposées après 1 heure de
décantation dans le cône Imhoff.

2.5.3 Les odeurs

Les odeurs provenant d’un échantillon d’eau sont causées principalement par la décomposition des
matières organiques (débris végétaux et animaux), et la réduction bactérienne des sulfates en H2S.

Les odeurs peuvent se rencontrer dans les eaux de surface suite à la croissance excessive des
microorganismes, dans les eaux souterraines qui renferment du sulfure d’hydrogène, et dans les
eaux usées plus fréquemment : (1) les égouts, (2) les étangs de traitement et (3) les stations
mécanisées de traitement biologique comme les boues activées. Le tableau suivant montre les
principales odeurs les plus souvent rencontrées dans les eaux, ainsi que les composés qui en sont
responsables.

Principales substances responsables des odeurs dans


les eaux (adapté de Tchobanoglous et Schroeder, 1985).

Substances Formule typique Description de l’odeur


Amines CH3(CH2)nNH2 Poisson
Ammoniac NH3 Ammoniac
Diamines NH2(CH2)nNH2 Chair pourrie
Mercaptans CH3SH ; CH3(CH2)nSH Sécrétion de moufette
Skatoles C8H5NHCH3 Matière fécale
Sulfure d’hydrogène H2S Œuf pourri
Sulfures organiques (CH3)2S ; CH3SSCH3 Chou pourri

Dans les égouts, le sulfure d’hydrogène H2S se forme par des bactéries qui réduisent les sulfates
en sulfures. Ce phénomène est intense surtout dans les longues conduites d’égouts à faible pente.
Le sulfure d’hydrogène est en plus toxique, c’est pour cela qu’il est recommandé aux personnels
d’entretien des égouts de porter des masques à gaz, et de ne jamais entrer seul à l’égout. Le
sulfure d’hydrogène est aussi à la base de la corrosion interne des égouts. Lorsque le sulfure
d’hydrogène est produit dans les eaux usées, une partie de ce gaz s’échappe dans l’atmosphère au
dessus du plan d’eau dans la conduite. L’oxygène de l’air oxyde le sulfure d’hydrogène en sulfate. Il
y a alors formation de l’acide sulfurique qui est très corrosif.

Dans les étangs et stations mécanisées de traitement des eaux usées, la sensation des odeurs
dépend des conditions météorologiques. Par temps calmes, les odeurs s’accumulent dans le
voisinage des ouvrages d’épuration. Avec une brise légère, ces odeurs concentrées peuvent être
transportées sur de longues distances. Pour éviter ça, on crée des barrières pour provoquer des
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turbulences hydrodynamiques qui dispersent rapidement les odeurs.

Comme les odeurs impliquent le sens de l’olfaction via des substances présentes dans l’air, elles
prennent une grande importance dans les caractéristiques sur la pollution de l’air (chapitre 3).

La détermination des odeurs est compliquée, car plusieurs éléments odorants peuvent se présenter
simultanément rendant difficile la distinction des odeurs. En plus la détection et la quantification des
odeurs varient d’un individu à l’autre (sensibilité différente) et en fonction du temps d’exposition.
L’unité de mesure est le nombre seuil de l’odeur (NSO).

2.5.4 La couleur

La couleur d’un échantillon d’eau est déterminée à l’aide du spectrophotomètre, à une certaine
longueur d’onde. La couleur est due aux matières en suspension et dissoutes. On distingue la
couleur apparente de la couleur vraie en analysant l’échantillon avant et après filtration
respectivement. L’unité de la couleur est le mg Pt/l, obtenue par calibration du spectrophotomètre
avec des solutions standard de platine.

La couleur pose des problèmes surtout dans les eaux de surfaces, et parfois dans les eaux
souterraines. Les eaux de surfaces qui ont été en contact avec les matières organiques ont une
couleur variable du jaune au brun. En présence de déversements industriels, diverses autres
couleurs peuvent aussi être rencontrées. La présence de la couleur dans l’eau potable n’est pas
appréciée par les consommateurs même si cette eau est saine. Dans les industries, il arrive
souvent que la couleur de l’eau ne peut être tolérée.

Dans les eaux usées, la couleur varie du brun au noir. Les eaux usées récentes ont une couleur
brune, avec le temps la décomposition anaérobie des eaux usées dans les égouts fait apparaître
une couleur noire. Cette couleur noire est causée par la formation du sulfure de fer (FeS).

2.5.5 La température

La température se détermine in situ à l’aide d’un thermomètre, qui est souvent incorporé dans
plusieurs autres équipements de terrain (pH-mètre, conductivimètre, etc…).

La température est une variable d’une grande importance en génie environnemental. Elle influence
plusieurs des propriétés physiques de l’eau (masse volumique, viscosité, …) et les réactions.

La température est importante pour les réactions physiques, chimiques et biologiques qui se
déroulent dans l’eau ou les procédés de traitement. La température de l’eau de surface est fonction
des saisons (0.5 à 3 °C l’hiver et 23 à 27 °C ou plus l’été). La température des eaux usées
municipales varie d’environ 5 °C (fonte de neige) à 22-25 °C et parfois plus. Le fonctionnement des
dispositifs de traitement des eaux est influencé par la température. Les conditions critiques sont les
basses températures de l’hiver.

Bilan thermique sur les masses d’eau


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Le changement d’enthalpie (ou contenu en chaleur) d’une substance est défini par

H =mc pΔT (2.20)



H = changement d’enthalpie (J)
m = masse de la substance (g)
cp = chaleur spécifique de la substance à pression constante (J g-1 °C-1)
ΔT = changement de température (°C)

Si on considère le cas de 2 rivières à températures différentes qui convergent pour en former


une seule tel qu’illustré sur le schéma suivant :

← zone de mélange→
Q1, T1

Q = Q1 + Q2, T

Q2, T2

le bilan énergétique (enthalpie) en régime transitoire sur un volume de contrôle au point de


mélange des deux rivières s’écrit, en considérant aucune perte ou gain de chaleur par le fond
du plan d’eau

Accumulation d’énergie = Énergie entrant – Énergie sortant

dT
Vρ w c p = Q1 ρ w c pT1 + Q2 ρ w c pT2 − Qρ w c pT ± E A A (2.21)
dt

V = volume de la masse d’eau (m3)
ρw = masse volumique de l’eau (kg m-3)
T = température (°C)
t = temps (d)
EA = flux d’énergie passant à travers l’aire A (J m-2 d-1)
A = aire de l’interface eau-atmosphère (m2)

En régime permanent (i.e. dT/dt = 0), et en l’absence d’échange thermique entre l’eau et
l’atmosphère on obtient la température T dans la rivière après le mélange :

Q1 T1 +Q2T2
T= (2.22)
Q
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2.6 Caractéristiques chimiques de l’eau


Les caractéristiques chimiques d'une eau peuvent être déterminées par l'analyse de chaque
élément spécifiquement, ou par usage de paramètres globaux, comme l'alcalinité, l'acidité, la
dureté, la conductivité, la radioactivité, les matières organiques [demande biochimique en oxygène
(DBO), demande chimique en oxygène (DCO), carbone organique total (COT)].

Le tableau 2.3 montre les principaux paramètres utilisés pour déterminer la qualité chimique de
l'eau potable et le tableau 2.4 pour les eaux usées. Le but recherché dans cette section est de
présenter les principaux paramètres spécifiques et globaux communément utilisés.

Tableau 2.3 – Principaux paramètres chimiques de la qualité


de l’eau potable (Tchobanoglous et Schroeder, 1985).
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Tableau 2.4 - Principaux paramètres chimiques de la qualité


des eaux usées (Tchobanoglous et Schroeder, 1985).
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2.6.1 Les gaz dissous

Les gaz les plus souvent rencontrés dans l'eau sont : (1) le gaz carbonique (CO2), (2) l'oxygène
(O2), (3) l'azote (N2), (4) l'ammoniac (NH3), (5) le sulfure d'hydrogène (H2S), et (6) le méthane
(CH4). Les 3 premiers sont les principaux gaz de l'atmosphère. Ils se dissolvent dans l'eau au
contact avec l'air de l'atmosphère. Les 3 derniers sont associés à des phénomènes biochimiques.
Le sulfure d'hydrogène est produit par la réduction bactérienne des sulfates en milieu
anaérobie (absence d'oxygène). L'ammoniac et le méthane sont des produits de décomposition
anaérobie des matières organiques.

On peut mesurer les gaz dissous dans l’eau par des méthodes volumétriques et physico-chimiques.

La présence de gaz dans l'eau est fonction de : (1) leur solubilité dans l'eau, (2) leur pression
partielle dans l'atmosphère en contact avec l'eau, (3) la température, et (4) la qualité de l'eau.

La solubilité d'un gaz dans l'eau est décrite par la loi d'Henry, qui définit la relation entre la fraction
molaire du gaz dans l'eau (Xg) et la pression partielle qu’exerce ce gaz dans l'atmosphère au-
dessus de l'eau (Pg). La loi d'Henry s’écrit

X g = K H Pg (2.23)

KH est la constante de la loi d'Henry, exprimée en atm−1. Le tableau 2.5 donne les valeurs de la
constante KH pour différents gaz, en fonction de la température.

Tableau 2.5: Constante KH de la loi d'Henry pour des gaz peu solubles
dans l’eau (Tchobanoglous et Schroeder, 1985)

KH × 105 = valeur (atm−1)


T °C Air CO2 CO H2 H2S CH4 N2 O2
0 2,31 137,4 2,84 1,73 373,1 4,46 1,89 3,92
10 1,82 96,7 2,26 1,57 272,5 3,37 1,5 3,03
20 1,51 70,1 1,87 1,46 207 2,66 1,24 2,44
30 1,3 53,8 1,61 1,37 164,2 2,23 1,08 2,11
40 1,15 41,3 1,44 1,33 134,2 1,92 0,962 1,88
50 1,06 35,3 1,31 1,34 113,1 1,73 0,885 1,70
60 0,99 28,6 1,22 1,34 97,1 1,6 0,833 1,59
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Oxygène dissous (OD)

L’oxygène dissous est un paramètre d’une importance capitale en génie de l’environnement :


• l’oxygène est requis dans les plans d’eau pour maintenir la vie aquatique (les espèces les
moins tolérantes comme les salmonidés, dont les truites, doivent avoir une concentration
disponible de l’ordre de 5 mg/L)
• les réactions microbiologiques aérobies pour le traitement biologique des eaux requièrent
généralement environ 2 mg/L d’OD.

La solubilité de l’oxygène dans l’eau à salinité nulle (la plupart des eaux douces de surface et
souterraines entrent dans cette catégorie) est donnée au graphique suivant.

Les valeurs de l’OD dans l’eau de salinité variable sont présentées au tableau suivant. Comme
point de repère, la salinité moyenne de l’eau de mer est de l’ordre de 35 g/L (ou ‰ parties par
millier), et celle de l’Atlantique Nord est plus faible avec environ 30-32 g/L. La Mer Baltique a parmi
les valeurs les plus faibles (17 g/L) et la Mer Morte parmi les plus élevées (270 g/l). (Degrémont,
2005a).
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2.6.2 Matières inorganiques

A) Les cations et les anions

Les eaux naturelles et les eaux usées contiennent divers cations et anions. Les ions
prédominants sont Ca+2, Mg+2, Na+ et K+ pour les cations et HCO3−, SO4−2, Cl−, NO3− et PO4−3 pour
les anions. Les cations et les anions peuvent être analysés par des méthodes volumétriques et
physico-chimiques (instrumentales).

Les résultats de l'analyse d'un échantillon doivent être validés par le principe de l'électro-
neutralité. Les limites acceptables sont calculées par l’expression

∑ anions − ∑ cations ≤ (0.1065 + 0.0155∑ anions ) (2.24)

Un autre critère, plus simple, consiste à accepter l’analyse si l’erreur entre les anions et cations est
moins que 5%. Si le critère d’acceptabilité choisi n'est pas satisfait, on peut conclure qu'il y a eu
erreur d'analyse, ou qu’une (ou des) espèce ionique importante pour cette eau n’a pas été
analysée.

En fonction du problème qu'on cherche à résoudre, certains éléments deviennent plus importants
que d'autres. Le choix des paramètres à analyser est donc beaucoup plus orienté par les objectifs
de l'étude.

B) pH (potentiel hydrogène)

La molécule d'eau s'ionise en proton (H+) et en ion hydroxyle (OH-) d'après la relation simplifiée

H2O ⇔ H+ + OH− (2.25)

La constante d'équilibre de la réaction est donnée par

KW =
[H ][OH ]
+ −
(2.26)
H 2O

Le nombre de moles d'eau reste constant, on peut l'incorporer dans la constante K. La relation
précédente devient
Kw = [H+] [OH −] (2.27)

où KW est la constante d'équilibre de l'eau.

Pour satisfaire à l'électroneutralité : [H+] = [OH-]. La relation devient


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KW = [H+]2 (2.28)

En prenant le logarithme négatif, on obtient

−log[H+]= −½ logKw (2.29)

En utilisant la notation pK = - log K, le pH est défini par la relation

pH = −log[H+]= ½ pKw (2.30)

Pour l'eau, la valeur de KW à 25°C est de 10-14, ce qui résulte en une gamme de pH variant entre 0
et 14 à cette température et la neutralité au pH 7. En remplaçant cette valeur dans la relation (2.30),
on trouve pH = 7. Les valeurs de KW en fonction de la température sont données dans le tableau
2.6.

Tableau 2.6 – Constante d’équilibre de l’eau (adapté de Tchobanoglous et Schroeder, 1985)

T (°C) Kw (mol2/L2) pH neutre


0 1,13 x 10-15 7,47
5 1,83 x 10-15 7,37
10 2,89 x 10-15 7,27
15 4,46 x 10-15 7,18
20 6,75 x 10-15 7,09
25 1,00 x 10-14 7,00
30 1,45 x 10-14 6,92
35 2,07 x 10-14 6,84
40 2,91 x 10-14 6,77

Lorsque des contaminants ionisables sont introduits dans l'eau, l'équilibre de la réaction (2.10) est
déplacé vers la gauche (milieu acide pH inférieur à 7 à 25oC) ou vers la droite (milieu basique pH
supérieur à 7 à 25oC).

Lorsqu'un acide est ajouté à l'eau, il se dissocie et libère des protons, et le pH baisse. De même,
quand une base est introduite dans l'eau, elle se dissocie et libère des ions hydroxyles, et le pH
augmente. On appelle acide faible ou base faible, un acide ou une base dont la constante de
dissociation KA ou KB est inférieur à 1 respectivement. Les acides et les bases d'intérêt dans la
qualité de l'eau sont surtout faibles. L'équilibre des carbonates est le système acide-base le plus
important dans l'eau. C'est lui qui contrôle le pH des eaux naturelles. Les acides faibles, comme
l'ammoniaque et l'acide phosphorique peuvent aussi des fois devenir importants.
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C) L'équilibre des carbonates

Les espèces concernées par l'équilibre des carbonates dans l'eau sont : (1) le gaz carbonique
(CO2), (2) l'acide carbonique (H2CO3), (3) les bicarbonates (HCO3−), et (4) les carbonates
(CO32−). L'eau exposée à l'atmosphère dissout le gaz carbonique de l'air. La concentration
d'équilibre du gaz carbonique dans l'eau est obtenue par l'équation (2.23) selon la loi d'Henry. La
constante KH est donnée dans le tableau 2.5. La pression partielle du gaz carbonique dans l'air est
égale à 0.03 pourcent de l'atmosphère au bord de la mer (1 atm = 101.4 kPa).

Le gaz carbonique dissout réagit avec l'eau pour former l'acide carbonique, suivant la réaction

CO2 aq + H2O ⇔ H2CO3 (2.31)

La constante d'équilibre Km de cette réaction s’écrit

Km =
[H 2 CO3 ] (2.32)
[CO2 ]
La constante Km égale 1.58 × 10-3 à 25°C.

Le gaz carbonique dissous est difficile à différencier de l'acide carbonique. On définit l'acide
carbonique effectif (notation spéciale H2CO3*) comme étant la somme du gaz carbonique dissous
(CO2)aq et de l'acide carbonique, qui s’écrit

H2CO3* = CO2 aq + H2CO3 (2.33)

L'acide carbonique est un acide diprotique (2 protons) qui se dissocie en 2 étapes : d'abord en
bicarbonates, puis en carbonates.

La dissociation en bicarbonates se fait suivant la réaction

H2CO3* ⇔ H+ + HCO3− (2.34)

La constante d'équilibre K1 de cette dissociation s’exprime

K1 =
[H ][HCO ]
+

[H CO ] (2.35)
3
*
2 3

De la même façon, la dissociation en carbonates se fait suivant la réaction

HCO3− ⇔ H+ + CO32− (2.36)

et la constante d'équilibre correspondante est donnée par


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K2 =
[H ][CO ]
+ −
3
(2.37)
[HCO3 ]
Les solides carbonatés qui se trouvent dans l'eau se dissocient suivant la réaction (2.14) pour
libérer des carbonates dans le système. Les constantes K1, K2, et Ksp sont données au tableau 2.7.

Tableau 2.7 – Constantes d’équilibre des carbonates en fonction


de la température (Tchobanoglous et Schroeder, 1985).

T (°C) Km K1 (mol/L) K2 (mol/L) Ksp (mol2/L2)


5 3,02 x 10-7 2,75 x 10-11 8,13 x 10-9
10 3,46 x 10-7 3,24 x 10-11 7,08 x 10-9
15 3,80 x 10-7 3,72 x 10-11 6,03 x 10-9
20 1,58 x 10-3 4,17 x 10-7 4,17 x 10-11 5,25 x 10-9
25 4,47 x 10-7 4,68 x 10-11 4,57 x 10-9
40 5,07 x 10-7 6,03 x 10-11 3,09 x 10-9
60 5,07 x 10-7 7,24 x 10-11 1,82 x 10-9

Quatre catégories de systèmes peuvent se rencontrer dans l'équilibre des carbonates :

(1) système ouvert avec source de carbonates,


(2) système fermé sans source de carbonates,
(3) système fermé avec source de carbonates, et
(4) système ouvert avec source solide de carbonates.

Un système est dit ouvert lorsqu'il a une interface atmosphère-liquide; et fermé si non. Tous ces
systèmes sont importants pour la qualité de l'eau.

Un système ouvert et un fermé sont montrés aux deux figures suivantes.


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Système ouvert à l’atmosphère, avec source de carbonates, et H2CO3* = 10−5 M


constant à tout pH, CT croît avec le pH (Tchobanoglous et Schroeder, 1985)

Système fermé à l’atmosphère, sans source de carbonates


avec CT = 10-3 M à tout pH (Tchobanoglous et Schroeder, 1985)
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D) Alcalinité et acidité

L’alcalinité caractérise la capacité d’une eau à maintenir son pH constant alors qu’elle neutralise
un acide.

L'alcalinité est mesurée par titrage d'un volume connu de l'échantillon avec un acide fort, jusqu'au
pH de 4.5. L'alcalinité des eaux naturelles provient essentiellement des bicarbonates, des
carbonates et des ions hydroxyles. L'alcalinité (Alc) se calcule sous deux formes possibles :
Alc (méq/L ou éq/m3) en termes d’espèces molaires [ ]:
Alc = [HCO3−] + 2[CO32−] + [OH−] – [H+] (2.38)

Alc (méq/L ou éq/m3) en termes d’espèces équivalentes ( ) :

Alc = (HCO3−) + (CO32−) + (OH−) – (H+) (2.39)

La concentration des ions H+ est négligeable dans ces équations lorsque le pH est suffisamment
élevé (voir les graphiques des systèmes de carbonates, page précédente).

Dans la pratique du génie de l’environnement les résultats d’alcalinité sont souvent exprimés en
mg/l de CaCO3.

L'ajout ou le retrait de gaz carbonique ne change pas l'alcalinité d'une eau.

Lorsque le pH de l'échantillon est compris entre 4.6 et 8.3 (ce qui est le cas de la plupart des eaux
naturelles), toute l'alcalinité est due aux bicarbonates. Entre 8.3 et 9.4, l'alcalinité est due aux
bicarbonates et aux carbonates. Si le pH est supérieur à 9.4, l'alcalinité est due aux carbonates et
hydroxydes.

Inversement à l’alcalinité, l’acidité caractérise la capacité d’une eau à maintenir son pH constant
alors qu’elle neutralise une base. L'acidité est mesurée par titrage avec une base forte jusqu'au pH
de 8.3. Le pH de 8.3 correspond au pH d'une solution de bicarbonates. L'acidité de l'eau naturelle
est due essentiellement à l'acide carbonique, et aux bicarbonates.

E) La conductivité

La conductivité d'une eau est sa capacité à conduire le courant électrique. Le transport du courant
électrique est assuré par les ions. Donc la conductivité augmente avec la concentration en ions. On
peut calculer la conductivité d'une eau à partir de sa minéralisation, c'est à dire sa teneur en
différents ions. L'équation (2.23) est utilisée pour cela.
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CE = Σ Cifi (2.40)

où CE = conductivité (μSiemens/cm)
Ci = concentration de l'ion i (méq/l ou en mg/l selon l’unité de fi)
fi = facteur de conductivité de l'ion i

Les valeurs des facteurs de conductivité pour différents ions sont données dans le tableau 2.8.

Tableau 2.8 − Facteur de conductivité pour différents


ions (Tchobanoglous et Schroeder, 1985)

Facteur de conductivité
Ion ƒi (µS/cm)
Par méq/L Par mg/L
Cations
Calcium (Ca+2) 52 2,6
Magnésium (Mg+2) 46,6 3,82
Potasium (K+) 72 1,84
Sodium (Na+) 48,9 2,13
Anions
Bicarbonates (HCO3−) 43,6 0,715
Carbonate (CO3−2) 84,6 2,82
Chlorure (Cl−) 75,9 2,14
Nitrate (NO3−) 71 1,15
Sulfate (SO4−2) 73,9 1,54

La CE est aussi reliée à la force ionique (section 2.4.2.C).

La conductivité est mesurée par un conductivimètre. Le principe de mesure est basé sur 2
électrodes de platine séparée par une distance de 1 cm. L'unité de la conductivité est le
siemens/cm (ou S/cm), mais dans les eaux de faible conductivité comme les eaux douces on utilise
μS/cm.
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F) La dureté

La dureté (DT) d'une eau exprime sa teneur en cations divalents, soit pour la plupart des eaux la
relation

DT = Σ Me2+ (2.41)

où Me2+ = métaux divalents

Essentiellement le calcium (Ca+2) et le magnésium (Mg+2) sont les cations prédominants dans les
eaux naturelles. Lorsque les autres cations sont négligeables, la dureté d'une eau peut être
approximée par la relation

DT (éq/m3) = (Ca2+) + (Mg2+) (2.42)

où les concentrations sont exprimées en éq/m3.

En pratique la dureté est exprimée en Amérique du Nord en concentration équivalente de CaCO3,


et en Europe en diverses autres unités conventionnelles comme les degrés français, anglais et
allemand.

La dureté due au calcium est dite dureté calcique, et celle due au magnésium est dite dureté
magnésique. Le calcium et le magnésium se présentent dans l'eau sous forme de bicarbonates,
carbonates, sulfates, chlorures, phosphates et nitrates. Les ions de calcium et de magnésium
précipitent avec le savon, ils empêchent donc le savon de mousser.

DT = Dcal + Dmag (2.43)

On distingue parfois la dureté carbonatée DC (due aux bicarbonates et aux carbonates) de la


dureté non carbonatée DNC (due aux sulfates, chlorures, phosphates et nitrates).

DT = DC + DNC (2.44)

La dureté carbonatée est dite aussi dureté temporaire, car lorsqu'on fait bouillir l'eau il y a
précipitation des carbonates d'après la réaction

Ca2+ + 2 HCO3− ⇔ CaCO3 + CO2 + H2O (2.45)

Cela occasionne des dépôts de calcaire qui s’incrustent sur les parois des conduites, chauffe-eau,
bouilloires, et échangeurs de chaleur.

Dans les eaux naturelles, la dureté carbonatée correspond en général à l'alcalinité (bicarbonates).
La dureté magnésienne peut être déduite de la relation (2.43). Il peut parfois arriver que la dureté
carbonatée soit supérieure à la dureté totale d’une eau. Cela veut dire que cette eau contient des
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carbonates et des bicarbonates de sodium et de potassium. Ces derniers contribuent à l'alcalinité et


non à la dureté. On dit dans ce cas que la dureté carbonatée est égale à la dureté totale. Le tableau
2.9 montre une classification des eaux en fonction de la dureté, pour les besoins en alimentation en
eau municipale.

Tableau 2.9 − Classification des eaux en fonction de la


dureté (adapté de Tchobanoglous et Schroeder, 1985).

Dureté
totale
Description
mg/L de
méq/L
CaCO3

Douce <1 <50


Modérée 1-3 50-150
Dure 3-6 150-300
Très dure >6 >300

G) Stabilité de l'eau

La qualité chimique de l'eau est très importante pour tous les usages de cette eau. L'équilibre des
carbonates détermine la stabilité de l'eau. En fonction de son pH, sa teneur en bicarbonates et en
carbonates, une eau peut être : (1) stable, (2) corrosive, ou (3) incrustante.

Une eau corrosive attaque chimiquement les conduites. Ces dernières vieillissent alors très vite ou
deviennent trop rugueuse ce qui réduit leur capacité hydraulique. Une eau incrustante entraîne la
formation de dépôt calcaire sur les parois de la conduite, ce qui diminue la section d'écoulement et
augmente sa rugosité. Une eau stable n'entraîne pas de difficultés dans les conduites.

On peut déterminer si une eau est corrosive, stable ou incrustante par l'indice de Langelier (LI) ou
l'indice de Ryznar (RI). Les deux relations suivantes définissent respectivement l'indice de
Langelier et l'indice de Ryznar

LI = pHe – pHsat (2.46)

RI = 2 pHsat – pHe (2.47)


où pHe = pH de l'eau
pHsat = pH de saturation de l'eau en CaCO3
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Le pH de saturation de l'eau en carbonates est calculé par l'équation

[ ] [ ]
⎧⎪ K 2γ Ca2+ Ca 2+ γ HCO− HCO3− ⎫⎪
pH sat = − log ⎨ 3
⎬ (2.48)
⎪⎩ K sp ⎪⎭

Cette dernière équation requiert la connaissance des coefficients d'activités pour les ions calcium et
bicarbonates.

Les indices LI et RI sont tous deux d'utilisation courante. LI a été déduite des équilibres chimiques,
et RI a été déduite d’observations sur le terrain.

Pour l'indice de Langelier, on distingue 3 cas :


• LI > 0, ce qui signifie que l'eau est incrustante,
• LI = zéro, ce qui signifie que l'eau est stable, et
• LI < zéro, ce qui signifie que l'eau est corrosive.

Pour l'indice de Ryznar, on distingue 5 cas :


• RI < 5.5, ce qui signifie que l'eau est très incrustante,
• 5.5 ≤ RI ≤ 6.2, ce qui signifie que l'eau est incrustante,
• 6.2 ≤ RI ≤ 6.8, ce qui signifie que l'eau est stable,
• 6.8 ≤ RI ≤ 8.5, ce qui signifie que l'eau est corrosive,
• RI ≥ 8.5, ce qui signifie que l'eau est très corrosive.

Une eau trop incrustante ou corrosive peut être corrigée en modifiant sa teneur en carbonates de
façon à ce qu’elle devienne stable ou légèrement incrustante.

2.6.3 Les matières organiques (MO)

Diverses matières organiques d'origine naturelle et anthropogénique peuvent se retrouver dans


l'eau. Les matières organiques sont composées de différentes combinaisons de : (1) carbone (C),
(2) oxygène (O), (3) hydrogène (H), (4) azote (N), (5) phosphore (P), et (6) soufre (S). La matière
organique se rencontre en plus grande concentration dans les eaux usées que dans les eaux
naturelles.

Les matières organiques naturelles sont classées en 3 grands groupes, à savoir : (1) les protéines,
(2) les glucides (ou hydrates de carbone), et (3) les lipides. De 40 à 60% des matières
organiques rencontrées dans les eaux sont des protéines, 25 à 50% sont des glucides, et 10% sont
des lipides.

Les protéines sont les constituants principaux du tissu animal. Ils sont constitués par des
combinaisons de 26 différentes unités de base, dites acides aminés.
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Les glucides sont les principaux constituants du tissu végétal. Ce sont les matières organiques les
plus répandues dans la nature. On distingue, les sucres, les amidons, et la cellulose. Les glucides
sont classées en mono--, di--, tri--, et polysaccharides. Les glucides de faibles poids moléculaires
sont plus solubles dans l'eau.

Les lipides sont des constituants, tant du tissu animal que végétal. Ils sont en général insolubles
dans l'eau, mais bien solubles dans les solvants organiques. Les lipides rencontrés dans l'eau, le
sont sous forme de graisses et des huiles. Les lipides sont moins biodégradables que les autres
groupes de matières organiques.

Les composés organiques synthétiques sont très nombreux. On compte plus de 100 000
produits organiques de synthèse. Vis à vis de la qualité de l'eau, on peut distinguer 4 catégories
principales de ces produits : (1) les surfactants, (2) les pesticides, (3) les solvants, et (4) les
trihalométhanes.

A) Les surfactants

Les surfactants sont des agents de nettoyage. Les graisses sont en majeure partie responsables
de la fixation des saletés sur les surfaces. Il faut des agents pour les détacher lors du nettoyage.
Les savons et les détergents synthétiques sont des exemples de surfactants. Leurs molécules ont,
en général, une exterminé polaire (ionisable) soluble dans l'eau et une exterminé non polaire
insoluble dans l'eau.

Lors du nettoyage, l'extrémité non polaire s'attache à la graisse (saleté) et l'extrémité polaire reste
dans l'eau. Avec l'aide de l'agitation et de la chaleur, les saletés sont brisées et enveloppées de
surfactants. Cette association (saletés et surfactants) est soluble dans l'eau. Ce qui explique le
mécanisme du nettoyage avec les savons et les détergents.

On distingue les surfactants cycliques (ABS = alkyl benzene sulfonate) des surfactants linéaires
(LAS = linear alkyl sulfonate) sur base de leur biodégradabilité. Les LAS sont biodégradables,
tandis que les ABS sont récalcitrants. Les ABS ont été les premiers à être manufacturés.
L'utilisation des ABS est actuellement prohibée dans la plupart des pays, en faveur des LAS.

B) Les pesticides

Les pesticides sont des produits utilisés en agriculture pour le contrôle des maladies des plantes et
des récoltes. Ils peuvent être classés en 4 groupes : (1) les hydrocarbures chlorés, (2) les
organophosphorés, (3) les carbamates, et (4) les dérivées de l'urée. Des exemples de chaque
groupe sont montrés dans le tableau 2.10. Les pesticides pénètrent dans l'eau par le ruissellement
sur les terres agricoles.
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Tableau 2.10 – Classification de quelques pesticides, herbicides et fongicides


utilisés en agriculture (Tchobanoglous et Schroeder, 1985).

C) Les solvants

Les solvants sont très utilisés dans l'industrie. Il en existe plusieurs types, ce sont en général des
hydrocarbures saturés ou non saturés, aromatiques ou non, polaires ou non, des éthers, alcools,
aldéhydes, cétones, etc.

D) Les trihalométhanes (THM)

Tous les désinfectants chimiques forment ce qu’on appelle les sous-produits de désinfection
(SPD). La quantité de SPD formés dépend principalement de la concentration de carbone
organique total (COT, voir la section B suivante) dans l’eau.

Les trihalométhanes THM sont des produits issus de réactions de la matière organique, présente
dans l'eau, avec les halogènes (le chlore notamment, mais aussi le brome et l’iode) qui sont
ajoutés à l’eau lors de la désinfection. Ces matières organiques qui conduisent à la formation des
THM sont dites des précurseurs de THM. Les THM sont une classe de composés organiques
basés sur la molécule de méthane CH4 ; cependant pour les THM les atomes H du CH4 sont
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remplacés par 3 atomes d’halogènes (Cl, Br, F ou I). Leur formule générale est CHX3, où X est un
des halogènes.

Pour les eaux chlorées (potables ou usées), les THM représentent un groupe prédominant et des
plus importants parmi les SPD. Les trihalométhanes totaux (THMT) est une appellation qui
désigne les quatre THM retrouvés dans l’eau chlorée :
• le chloroforme CHCl3 (le plus abondant des THM),
• le bromodichlorométhane CHBrCl2,
• le chlorodibromométhane CHClBr2
• et le bromoforme CHBr3.

Les études montrent que le chloroforme causerait des tumeurs cancérigènes principalement
au foie, au rein et au colon chez les rongeurs (rat et souris). Les populations humaines
exposées durant une longue période (> 20 ans) à de l’eau chlorée voient un faible excès de cas
de cancer de la vessie.

Des effets mutagènes sont aussi associés aux SPD. Les femmes enceintes, et plus
particulièrement leur fœtus, peuvent représenter le plus vulnérable groupe de la population
humaine ; les grossesses défavorables (fausses couches, malformations congénitales,
insuffisance pondérale à la naissance) sont soupçonnées mais pas nécessairement prouvées
(INSPQ, 2002).

La norme sur les THM dans l’eau potable est présentée à la section 2.8.

E) Principales classes de matières organiques

Le tableau 2.11 présente schématiquement et décrit les principales classes de matières


organiques.
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Tableau 2.11 – Principales classes de matières organiques (Tchobanoglous et Schroeder, 1985).


Classe Description Groupe fonctionnel Composés représentatifs
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2.6.4 Mesure de la matière organique

Les techniques de mesure des matières organiques dans l'eau peuvent être classées en deux
catégories, à savoir : (1) les techniques utilisées pour mesurer les matières organiques en traces
(présentes en de faibles concentrations, entre 10-12 et 10-3 g/m3), et (2) celles qui sont utilisées pour
mesurer les matières organiques présentes dans des concentrations plus élevées (plus de 1 g/m3).
Les matières organiques en traces sont surtout déterminées par les paramètres spécifiques et les
autres par des paramètres globaux.

A) Les paramètres spécifiques

La détermination des matières organiques en traces dans l'eau se fait par des méthodes physico-
chimiques. Elle se réalise en trois étapes : (1) l'extraction, (2) la séparation, et (3) l’analyse.

1) L'extraction

L'étape d'extraction consiste à extraire et à concentrer les substances organiques contenues dans
l'échantillon de l'eau. Diverses techniques sont d'usage, telle que l'extraction liquide-liquide,
l'adsorption, la lyophilisation, l'osmose inverse, l'ultrafiltration, etc...

2) La séparation

La séparation consiste à séparer les uns des autres les composés qu'on veut spécifiquement
analyser. La chromatographie et l'échange d'ions sont les techniques les plus utilisées.

3) L’analyse

L’analyse peut se réaliser par seulement l’identification des composés, mais peut aussi s’y ajouter
la quantification (ie l’obtention de la concentration). Différentes méthodes physico-chimiques
peuvent être utilisées pour analyser les composés organiques préalablement séparés. On
rencontre des détecteurs de conductivité, à rayonnement ultraviolet (UV), visible (V), infrarouge
(IR), etc.

B) Les paramètres globaux

D'une manière générale, la détermination des matières organiques présentes dans une eau dans
des concentrations plus ou moins importantes, est faite indirectement par la mesure de la quantité
d'oxygène requise pour oxyder ces matières dans des conditions données. On parle alors de
demande en oxygène, plus une indication du mode d'oxydation.
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Différentes demandes en oxygène sont d'usage pour la mesure des matières organiques dans une
eau. On distingue :
• la demande biochimique en oxygène (DBO),
• la demande chimique en oxygène (DCO),
• la demande totale en oxygène (DTO),
• la demande théorique en oxygène (DThO).

La mesure du carbone organique total (COT) est aussi parfois utilisée.

1) Demande biochimique en oxygène (DBO)

La DBO d'une eau est la quantité d'oxygène requise pour oxyder biochimiquement les matières
organiques biodégradables présentes dans cette eau. Les agents d'oxydation sont des
microorganismes.

La réaction d'oxydation biochimique aérobie dans l’eau peut être représentée par

Nouvelles
MO + OD + nutriments + μ-org → + CO2 + H2O + nutriments (2.49)
cellules ( μ − org )

où MO = matière organique (protéines, glucides, lipides, molécules synthétiques),


OD = oxygène dissous,
nutriments = matières nutritives (essentiellement l’azote N et le phosphore P, sous certaines
formes chimiques) requises pour la croissance des microorganismes,
μ-org = microorganismes cellulaires aérobies (biomasse d’hétérotrophes).

Les matières organiques présentes dans une eau constituent un mélange de diverses matières
solubles et non solubles. On distingue deux phases dans l'oxydation biochimique des matières
organiques : (1) l'oxydation des composés carbonés, et (2) l'oxydation des composés azotés. A
chacune de ces deux phases d'oxydation correspond une demande en oxygène.

On parle de demande biochimique en oxygène des composés carbonés (DBOC) pour la


première phase. Les produits de l'oxydation pour cette phase sont essentiellement : CO2, H2O, et
NH3. Pour la deuxième phase, on parle de demande biochimique en oxygène azotée (DBON).
Les produits de cette phase d'oxydation sont les mêmes que ceux de la première, sauf que l'azote
est sous la forme de nitrate (NO3-). L'oxydation de l'azote en nitrate s'appelle nitrification.

Le test de la DBO se fait dans des bouteilles standard de 300 ml, où l'échantillon est placé avec ou
sans dilution appropriée. Les bouteilles sont fermées hermétiquement, incubées à une température
standard (20°C), et on mesure la chute de l'oxygène dissous (consommé par les microorganismes)
avec le temps. Le temps standard a été fixé arbitrairement à 5 jours, mais la tendance actuelle est
de continuer jusqu'à la stabilisation complète de l'oxygène dissout (7 à 21 jours).
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Des nutriments (N, P, K, Fe, etc) sont ajoutés pour maintenir la vie des microorganismes, lorsque
l'échantillon n'en contient pas assez. De la même façon, on peut rajouter des souches bactériennes
appropriées lorsque l'échantillon n'en contient pas assez. C'est l'ensemencement.

Quand on procède avec ensemencement, un témoin est traité de la même manière que
l'échantillon. L'eau de dilution est préparée avec l'eau distillée, une eau de rivière ou l'eau de robinet
exempte de chlore, par l'ajout des nutriments ci-dessus mentionnés avec ou sans ensemencement,
puis aération pour la saturer en oxygène.

A la température de 20°C, la saturation de l'eau en oxygène est de 9.2 g/m3 au bord de la mer.
Comme la DBO de certains échantillons d'eau peut bien dépasser cette valeur (notamment pour les
eaux usées), on procède à la dilution. La figure 2.4 illustre schématiquement la procédure du test
de la DBO avec dilution et sans ensemencement (a) et avec ensemencement (b). Les souches
bactériennes pour l'ensemencement peuvent être cultivées au laboratoire, provenir d'une usine de
traitement biologique des eaux usées, mais on s’approvisionne aussi de souches disponibles sur le
marché.
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Figure 2.4 − Représentation schématique de la procédure du test de la DBO avec dilution,


(a) sans ensemencement et (b) avec ensemencement (Tchobanoglous et Schroeder, 1985).

L'allure des résultats obtenus lors d’un test de la DBO avec dilution est montrée sur la figure 2.5.
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Figure 2.5 − Représentation schématique des résultats d'un test de la DBO


avec ensemencement (Tchobanoglous et Schroeder, 1985).

La DBO est dans ce cas calculée par la relation

DBOt =
(D1 − D2 ) − (B1 − B2 ) f
(2.50)
P

où DBO =demande biochimique en oxygène après un temps t (en jours) d’incubation, en g/m3
D1 = oxygène dissous (OD) de l'échantillon, après 15 min de préparation en g/m3
D2 = OD de l'échantillon, après incubation à 20°C en g/m3
B1 = OD du blanc ensemencé, avant l'incubation en g/m3
B2 = OD du blanc ensemencé, après l’incubation en g/m3
f = rapport de l'ensemencement dans le blanc et dans l'échantillon
P = fraction du volume de l'échantillon utilisé

La relation pour le calcul de la DBO dans le cas sans dilution et sans ensemencement peut être
facilement déduite de l'expression (2.50).

Le test de la DBO est très utile pour l'étude de la biodégradabilité des matières organiques.
L'exploitation des résultats de ce test fournit des indications sur le taux de biodégradation. Le taux
de biodégradation est la vitesse avec laquelle les matières organiques sont biochimiquement
décomposées, autrement dit la vitesse avec laquelle l'oxygène est consommé. Ce taux est fonction
de la concentration en : (1) matières organiques, (2) oxygène, et (3) microorganismes. La relation
entre les trois facteurs est illustrée schématiquement sur la figure 2.6. La figure 2.6 (a) fait ressortir
quatre phases par lesquelles passent les microorganismes : (1) adaptation, (2) croissance, (3)
stationnaire, (4) décroissance.
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FIGURE 2.6 − Relation entre la teneur en matières organiques, l'oxygène,


et les microorganismes (Tchobanoglous et Schroeder, 1985).
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La phase d'adaptation est caractérisée par l'absence ou la faible croissance de la masse


bactérienne et de la consommation d'oxygène. Les microorganismes vivent sur leurs réserves et ne
métabolisent pas encore les matières organiques. La phase de croissance correspond au stade
où les microorganismes sont parfaitement acclimatés aux nouvelles conditions de vies. Elles
consomment intensément les matières organiques selon la réaction (2.27), et en conséquence la
masse bactérienne augmente. Dans des conditions idéales, la phase de croissance continuerait
indéfiniment. En réalité, il y a des facteurs qui limitent cette croissance (substrats, conditions
environnementales, etc). La phase stationnaire est le stade où l'effet d'un des facteurs limitants
commence à se faire sentir. Le taux de croissance diminue et devient égal au taux de mortalité. La
phase de décroissance est le stade où le taux de mortalité est plus grand que le taux de
croissance. Les matières organiques sont presque épuisées, et les microorganismes se
consomment entre eux jusqu'à l'extinction.

La figure 2.6 (b) donne l'allure de la DBO restante (DBOr) et de la DBO consommée au temps t
(DBOt). La teneur totale de la DBO carbonée d'une eau est appelée DBO ultime (DBOu). Avec le
temps la DBOt tend asymptotiquement vers la DBOu. En laissant se prolonger suffisamment
longtemps le test de la DBO (20 jours), toutes les matières organiques biodégradables vont se
décomposer en CO2, H2O, et NH3 et la DBOu serait mesurée. Malheureusement l'oxydation des
composés azotés commencent avant que la DBOu ne soit atteinte; ce qui complique la mesure de
cette dernière.

On détermine généralement la courbe complète de la DBOC à l'aide d'un modèle du premier ordre
(voir le chapitre 5). C'est un modèle simplifié de la cinétique de réaction de la décomposition des
matières organiques dans le test de la DBO. Ce modèle est donné par l'équation (2.29).

d (DBOr )
= − K (DBOr ) (2.51)
dt

où K = constante de la cinétique réactionnelle de la DBOC, t-1

Ce modèle stipule que la consommation de la DBO est seulement fonction de la teneur de DBO
restante (DBOr). L'intégration de l'équation (2.51) avec les conditions limites t = 0, DBOr = DBOu et
pour le temps final t que DBOr = DBOr; conduit à la relation

DBOr =DBOu e−Kt (2.52)

La DBO consommée au temps t peut être calculée par la relation

DBOt = DBOu – DBOr = DBOu (1 – e−Kt) (2.53)

La DBOt est donnée par le test de DBO. L'équation (2.53) permet de calculer la DBOu lorsque la
constante K est connue.
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On peut déterminer la constante K à partir d'une série de mesures de DBO à différents temps par
trois méthodes : (1) la méthode des moindres carrés, (2) la méthode de Fujimoto, (3) la méthode de
Thomas (souvent considérée comme la meilleure).

Méthode de Thomas

La méthode de Thomas consiste à linéariser la relation (2.53) et à résoudre cette équation


graphiquement. L'équation suivante est utilisée.

1/ 3
⎛ t ⎞ ⎛ K 2/3 ⎞
= (2.3 K DBOu )
−1 / 3
⎜⎜ ⎟⎟ ⎜
+⎜ 1/ 3
⎟⎟t (2.54)
⎝ DBOt ⎠ ⎝ 3.43 DBOu ⎠

Cette équation est de la forme linéaire Y = aX + b

où x=t
Y=(t/DBOt)1/3
a=K2/3/(3.43 DBOu)
b=(2.3 K DBOu)-1/3.

On représente graphiquement Y en fonction de X, et les valeurs de a et b sont tirées du graphique


comme étant respectivement la pente et l'ordonnée à l'origine. La DBOu et K sont ensuite calculés à
partir des valeurs de a et b par les relations suivantes :

K = 2.61(a/b)

DBOu = 1/(2.3Kb3)

Le logarithme décimal a été utilisé dans l'équation de Thomas. Il faut donc multiplier la valeur
obtenue par 2.3 pour trouver K (base e).

Pour les eaux usées municipales non traitées une valeur typique pour K (base e, à 20 oC) est
0.23/d. La gamme qu’on peut rencontrer varie de 0.05 à 0.46/d (Metcalf & Eddy, 2003).

La DBO5 des eaux de surface peut varier grandement, mais est généralement beaucoup plus faible
que celle des eaux usées. Une eau usée municipale non traitée a une DBO5C de l’ordre de 150 à
250 mg/L. Plus une eau déversée dans un plan d’eau de surface a une DBO élevée, plus elle
contribue à désoxygéner le plan d’eau et à la limite contribuer à la perte d’espèces de poissons par
asphyxie.
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La constante K dépend fortement de la température. Se basant sur la relation de van’t Hoff -


Arrhenius l'effet d’une température T2 est pris en compte en calculant une nouvelle valeur de K (K2)
à partir de la valeur de référence (K1) déterminée dans le test de DBO (T1 = 20°C), par la relation

K2 = K1 θ(T2 −T1) (2.55)

où θ = coefficient de température.

Le coefficient θ est égal à 1.135 pour les températures comprises entre 4 et 20°C, et à 1.056 pour
celles entre 20 et 30°C. La valeur de 1.047 est assez souvent rencontrée dans la littérature, mais il
a été trouvé qu’elle ne s’applique pas sous les 20 °C (Metcalf & Eddy, 2003).

Le calcul de la DBO azotée (DBON) peut être fait sur base de la stoechiométrie de la nitrification.
L'ammoniac est d'abord oxydé en nitrites (NO2−) puis en nitrates (NO3−) par des bactéries
autotrophes suivant les réactions

3
NH4+ + O2 ⎯Nitrosomon
⎯⎯⎯ ⎯as
→ NO2− + H2O + 2H+ + biomasse de Nitrosomonas (2.56)
2

1
NO2− + O2 ⎯Nitrobacte
⎯ ⎯⎯r → NO3− + biomasse de Nitrobacter (2.57)
2

La somme de ces deux réactions donne la réaction globale de la nitrification

NH4+ + 2O2 ⎯⎯⎯⎯


Nitrifiantes
→ NO3− + H2O + 2H+ + biomasse (2.58)

On remarque qu'il faut deux moles d'oxygène pour oxyder une mole d'ammoniac. Cela correspond
à 4.6 grammes d'oxygène pour un gramme d'azote.

La figure suivante représente schématiquement la DBOC et la DBON. La nitrification commence


habituellement entre le 5e et le 8e jour d'incubation (au 8e jour sur la figure) à 20 °C. Elle peut donc
déranger la mesure de la DBOu, raison pour laquelle on utilise le modèle de premier ordre. Il existe
des réactifs inhibiteurs de la nitrification. Ils peuvent être utilisés dans la mesure de la DBOu.
L'inconvénient dans ce cas est que le test dure longtemps (environ 20 jours).

La DBO5C est un paramètre d’une grande importance dans le traitement des eaux usées et dans la
dynamique de l’oxygène dissous dans les plans d’eau naturels. Les stations de traitement des eaux
usées municipales et industrielles sont généralement soumises à la conception de rencontrer un
objectif environnemental de rejet (OER) au milieu aquatique récepteur.
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(Qasim, 1999)
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2) Demande chimique en oxygène (DCO)

La DCO d'une eau est la quantité d'oxygène requise pour oxyder chimiquement les matières
organiques contenues dans cette eau. Un oxydant chimique fort en milieu acide est utilisé pour
oxyder ces matières. Le dichromate de potassium (K2Cr2O7) dans une solution de l'acide sulfurique
(H2SO4) est l'oxydant le plus utilisé. Le permanganate de potassium est parfois aussi utilisé.
L'oxydation est faite à une température élevée (digestion de deux heures à 150°C), et le sulfate
d'argent est ajouté comme catalyseur, pour faciliter l'oxydation de certaines catégories de matières
organiques très résistantes à l'oxydation (récalcitrantes).

L'oxydation des matières organiques par le dichromate en solution acide se fait suivant la réaction

MO + Cr2O72− + H+ + (chaleur et catalyseur) → CO2 + H2O + NH4+ + Cr3+ (2.59)

Pour déterminer la teneur de matières organiques, la quantité de dichromate restant après


l'oxydation est mesurée par des méthodes volumétriques ou physico-chimiques. Le dichromate
consommé est converti en équivalent d'oxygène requis pour oxyder les matières organiques en
CO2, H2O, NH4+, PO43−, et SO42−.

Le test de DCO est intéressant entre autres parce qu’il prend moins de temps que la DBO (au
moins 5 jours pour la DBO5 et 3 heures pour la DCO, et un test de DCO rapide de 15 min a été
développé).

Parce que l'azote n'est pas oxydé en nitrates, on s’attend à ce que la DCO soit approximativement
égale à la DBOu carbonée, mais ce n’est souvent pas le cas. Des différences se manifestent pour
plusieurs raisons (Metcalf & Eddy, 2003) :
- la DCO ne permet pas de différencier les matières biodégradables des matières
chimiquement oxydables (comme certaines substances inorganiques),
- plusieurs substances organiques, difficiles à oxyder biologiquement parce que
récalcitrantes (comme la lignine), sont oxydées chimiquement,
- la présence de certaines substances organiques ou inorganiques sont toxiques pour
les microorganismes aérobies lors du test de la DBO.

Malgré ces limitations, le test de la DCO demeure l'un des paramètres les plus utilisés pour
caractériser surtout les eaux usées.

3) Demande totale en oxygène (DTO)

Le test de DTO est un test physico-chimique (instrumental) dans lequel, les matières organiques et
certains composés inorganiques sont oxydés dans une chambre de combustion, en présence d'un
catalyseur de platine. La consommation d'oxygène de cette combustion représente la DTO. La
DTO peut être corrélée avec la DCO.
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4) Demande théorique en oxygène (DThO)

Lorsque la formule chimique d'un composé organique est connue, il est possible de calculer par
stoechiométrie la quantité d'oxygène requise pour oxyder complètement le composé organique.
L'équation (2.40) est utilisée.

h − o + n + p + s) O2 →
1 1 5 5 3
CcHhOoNnPpSs + (c +
4 2 4 4 2
1 1 3
cCO2 + ( h − n − p -s) H2O + n NO3− + p PO43− + s SO42− + (n + 3p + 2s) H+ (2.60)
4 2 2

Le soufre et le phosphore peuvent être négligés sans grande erreur dans la réaction (2.60), parce
qu'ils se présentent en très faibles quantités dans les matières organiques, en comparaison avec le
carbone, l'hydrogène, l'oxygène et l'azote.

Si l'azote n'est pas oxydé en nitrites et nitrates, la DThO est comparable à la DBOu. La quantité
d'oxygène requise pour oxyder l'azote en nitrates est égale à la DBON.

5) Carbone organique total (COT)

Le COT d'une eau se détermine avec un appareil par des méthodes physico-chimiques. Un petit
volume de l'échantillon est évaporé et oxydé en CO2 en présence d’un catalyseur. La quantité de
gaz carbonique produit est mesurée par un analyseur à infrarouge. L'échantillon est préalablement
acidifié (acide phosphorique) et aéré pour enlever le carbone inorganique. Un des avantages du
COT est le peu de temps qu’il requiert pour l’analyse (5 à 10 min).

Il est parfois possible de relier le COT avec des valeurs de DBO et de DCO. Dans ces cas le COT
peut être utilisé pour le contrôle des procédés de traitement d’eau.

2.6.5 Nutriments

Les nutriments sont des éléments (ou substances) nutritifs qui sont nécessaires aux
organismes vivants pour leur croissance et leur survie, et qui sont directement assimilables.

On peut distinguer les macro-nutriments (éléments : carbone, hydrogène, oxygène ou


substances : protéines, glucides, lipides) et les micro-nutriments (éléments : azote,
phosphore, soufre, etc ou substances : vitamines, etc).
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La réaction servant à expliquer la DBO (équation 2.49) montre clairement que les nutriments
sont requis pour la synthèse des organismes vivants. Plus précisément la matière organique
(MO) représente les macro-nutriments et les micro-nutriments sont simplement identifiés
comme « nutriments ».

Dans les plans d’eau deux micro-nutriments sont d’importance : l’azote et le phosphore.
Notamment, les deux contribuent à la croissance excessive des espèces algales (voir la section
2.7.1. C).

a) Azote (N)

L’azote se trouve dans l’eau sous quatre formes :

N total = N organique + N ammoniacal (NH3 et NH4+) + nitrites (NO2−) + nitrates (NO3−) (2.61)

L’azote organique provient principalement des résidus biologiques (sueurs, urines, fèces) et de
la décomposition de la MO.

L’azote ammoniacal se répartit entre l’ammoniac (NH3) et l’ion ammonium (NH4+) selon le pH
comme le montre le graphique suivant :

L’ammoniac est très toxique pour les poissons, environ 100 fois plus que l’ion ammonium.
Depuis le 1er janvier 2003, l’ammoniac est déclaré substance prioritaire par la LCPE.

L’azote de Kjeldahl est la somme de l’azote organique et de l’azote ammoniacal.


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Les nitrites sont extrêmement toxiques pour les poissons.

Les nitrates sont responsables de la méthémoglobinémie (syndrome des bébés bleus)


lorsque présents en trop grande quantité dans les eaux de boisson (voir la norme d’eau potable
en terme de nitrites et nitrates à la section 2.8.2).

En condition aérobie dans les plans d’eau, les formes azotées se transforment selon la relation
simplifiée suivante :

N organique → (NH4+ + NH3) → NO2− → NO3− (2.62)

b) Phosphore (P)

Le phosphore se répartit entre les formes suivantes dans l’eau :

P total = P organique + poly-phosphates + ortho-phosphates (2.63)

Le phosphore provient des eaux usées domestiques (résidus biologiques et détergents riches
en P) et industrielles, et du ruissellement de surface (notamment les fertilisants agricoles).

c) Croissance algale et Loi du minimum de Liebig

Les nutriments azotés et phosphorés sont directement responsables de la production des


biomasses algales nocives dans les plans d’eau par le processus de la photosynthèse selon
la réaction (voir la section 2.7.1. C)

CO2 + nutriments (PO4 et NH3) →


lumière
plantes vertes (ex. algues) + O2. (2.64)

Aussi, le surenrichissement des plans d’eau en nutriments est responsable du phénomène


d’eutrophisation (i.e. vieillissement accéléré) des lacs.

La loi du minimum de Liebig énonce que la croissance d’un organisme vivant peut être limitée
en limitant un seul des nutriments.

Le contrôle du phosphore dans les plans d’eau est normalement la façon la plus efficace de
limiter les croissances algales nocives.
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2.7 Caractéristiques biologiques


Le milieu aquatique est un habitat pour divers macro- et microorganismes, tant du règne animal que
végétal. Du point de vue de la qualité de l'eau, les microorganismes sont souvent les plus
importants.

2.7.1 Classification des microorganismes

Une classification systématique en vue d'une taxonomie complète des microorganismes qu'on peut
rencontrer dans l'eau est en dehors des objectifs de ce cours. Il est question ici de donner des
notions suffisantes pour comprendre la diversité des microorganismes dans l'eau, d'en nommer
quelques uns de plus grande importance dans la qualité de l'eau, et d'introduire leurs conditions de
vie.

Les microorganismes sont constitués par des cellules biologiques. Certains sont unicellulaires,
d'autres sont multicellulaires. Les unicellulaires et les multicellulaires élémentaires constituent un
groupe appelé protiste, et on distingue deux sous groupes, à savoir les protistes supérieurs et les
protistes inférieurs. Les multicellulaires sont classés dans le règne végétal et animal. Quelques
exemples représentatifs de chaque groupe sont : (1) les crustacés, (2) les vers, et (3) les rotifères
pour le règne animal; et (1) les fougères, et (2) les mousses pour le règne végétal; et enfin : (1) les
protozoaires, (2) les fongus, et (3) les algues pour les protistes supérieurs; (1) les bactéries et (2)
les algues bleues-vertes, pour les protistes inférieurs.

Les figures 2.8 à 2.14 montrent plusieurs exemples de microorganismes rencontrés dans les eaux.
D'une manière générale, la cellule se compose d'une membrane, d'un noyau, et du cytoplasme.
La figure 2.7 montre les cellules biologiques pour différents groupes de microorganismes. Suivant
que le noyau cellulaire est bien défini et délimité par une membrane nucléaire, on distingue les
microorganismes procaryotes et eucaryotes. Les procaryotes sont les microorganismes dont le
noyau n'est pas bien délimité par une membrane nucléaire. On parle même parfois de zone
nucléaire. Le noyau contient le matériel génétique (ADN = acide déoxyribonucléique) nécessaire à
la reproduction cellulaire.

Le cytoplasme constitue l'intérieur de la cellule à l'exclusion du noyau. Il contient une suspension de


protéines, glucides et autres matières organiques complexes, comme la ARN (acide ribonucléique)
nécessaire à la synthèse des protéines, ainsi que des plasmides et des organelles.
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Figure 2.7 - Représentation schématique des cellules biologiques : (a) bactéries, (b) plantes, (c)
animaux (Tchobanoglous et Schroeder, 1985).
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Les plasmides sont très importants dans la reproduction des cellules. Ils contiennent un peu
d’ADN. Les organelles sont des entités ayant des fonctions précises dans les métabolismes
cellulaires.

Les cellules motiles sont munies de cils ou de flagelles. Pour vivre, les microorganismes doivent
avoir dans le milieu, les substances nécessaires à la synthèse de nouvelles cellules, et à la
génération de l'énergie pour leur maintenance. Ce sont les substances nutritives. Il faut aux
microorganismes, une source de carbone (C) et d'énergie. En plus, l'oxygène (O2), l'azote (N), le
phosphore (P) et quelques éléments en trace comme le soufre (S), le potassium (K), le calcium
(Ca) et le magnésium (Mg) doivent être présents.

Les sources de carbone peuvent être : (1) le gaz carbonique (CO2), ou (2) les matières organiques.
Les microorganismes qui utilisent le gaz carbonique comme source de carbone sont dits
autotrophes. Ceux qui utilisent les matières organiques sont appelés hétérotrophes.

L'énergie peut provenir de : (1) la lumière, ou (2) des réactions chimiques d'oxydation et de
réduction des matières organiques. Les organismes qui utilisent la lumière comme source d'énergie
sont appelés phototrophes. Ceux qui oxydent ou réduisent des matières organiques pour en tirer
l'énergie sont dits chimiotrophes.

(Degrémont, 2005)

En plus du carbone et de l'énergie, l'oxygène joue un rôle important dans la vie des
microorganismes. Certains exigent la présence de l'oxygène pour leur métabolisme, ils sont dits
aérobies. Parmi eux, il y en a qui n'exigent que de très faibles concentrations d'oxygène, on les
appelle des microaérophiles. Pour d'autres, l'oxygène est toxique, ils sont dits anaérobies. Enfin
d'autres peuvent se développer en présence ou en absence d'oxygène, ils sont caractérisés de
facultatifs.

A part la nutrition, les conditions environnementales affectent beaucoup la vie des


microorganismes. C'est le cas : (1) du pH, (2) de la température, et (3) de la lumière. Pour tous ces
paramètres, les microorganismes ont des conditions limites spécifiques favorables à leur
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croissance, et en dehors desquelles ils ne peuvent pas vivre. Vis à vis de la température, on
caractérise les microorganismes de thermophiles, mésophiles, et psychrophiles; respectivement
pour ceux qui se développent bien aux températures relativement élevées, moyennes et basses.

Les principaux microorganismes d'importance pour la qualité de l'eau sont : (1) les bactéries, (2)
les fongus, (3) les algues, (4) les protozoaires, (5) les vers, (6) les rotifères, (7) les crustacés, et
(8) les virus.

A) Les bactéries

Les bactéries sont des protistes inférieurs unicellulaires, classées en 5 groupes suivant leurs
formes : (1) sphériques, (2) en bâtonnets droits, (3) en bâtonnets courbes, (4) en bâtonnets
spiralés, et (5) en filaments.

Les bactéries sphériques sont appelées cocci (coccus au singulier). Elles ont 1 à 3 μm de
diamètre. Les bactéries en bâtonnets droits sont dits bacilli (bacillus). Elles ont 0.3 à 1.5 μm
d'épaisseur et 1 à 10 μm de long. Les bactéries en bâtonnets courbés sont appelées vibrios
(vibrium). Elles ont une taille allant de 0.6 à 1 μm de largeur et 2 à 6 μm de long. Les bactéries en
bâtonnets spiralés sont connues sous le nom de spirilla (spirillum), et ont jusqu'à 50 μ1m de long.
Les bactéries filamenteuses sont désignées par diverss noms. Elles ont une longueur de plus de
100 μm. La figure 2.8 représente schématiquement les diverses bactéries.

Figure 2.8 − Représentation schématique des bactéries (Tchobanoglous et Schroeder, 1985).


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B) Les fongus

Les fongus sont des protistes multicellulaires, eucaryotes, aérobies, hétérotrophes, et saprophites
(ie décomposeurs). Avec les bactéries, ils sont responsables de la décomposition des matières
organiques mortes dans la biosphère. Par rapport aux bactéries, les fongus présentent l'avantage
de pouvoir se développer dans les milieux à faible humidité et à faible pH. La taille et la forme des
fongus sont très variables. La figure 2.9 montre schématiquement les fongus qu'on peut rencontrer
dans les eaux.

Figure 2.9 − Représentation schématique des fongus (Tchobanoglous et Schroeder, 1985).


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C) Les algues

Les algues sont des protistes inférieurs, eucaryotes, autotrophes, photosynthétiques, et contenant
de la chlorophylle, Ce qui différencie les algues des fongus est la présence de la chlorophylle et
divers pigments. Les algues sont classées en fonction de leur pigmentation : (1) orange (carotène),
(2) bleue (phycocyanine), (3) rouge (phycoerythine), (4) brune (fucoxanthine), et (5) jaune
(xanthophylle).

Les algues tirent leur énergie de la lumière par la photosynthèse. Le processus de la


photosynthèse est décrit par

nCO2 + nH2O + nutriments + lumière → (CH2O)n + nO2 (2.65)

Le terme (CH2O)n représente la nouvelle biomasse algale produite.

Les algues font la photosynthèse le jour, et la respiration la nuit. La respiration est décrite par

(CH2O)n + nO2 → nCO2 + nH2O (2.66)

Les algues sont très importantes pour la qualité des eaux. Lorsqu'elles prédominent, elles peuvent
affecter l'oxygène dissous, par exemple causer des conditions anaérobies la nuit (il y a
consommation d’OD du plan d’eau selon la réaction 2.66). Quand le gaz carbonique est insuffisant,
certaines algues peuvent utiliser les bicarbonates de l'eau, suivant la réaction

2 HCO3− ⎯a⎯ ⎯→ CO2 + CO32− + H2O


lg ues
(2.67)

Il peut en résulter une augmentation du pH et une précipitation des carbonates.

Les figures 2.10 et 2.11 montrent des schémas d’algues.

Les problèmes d’eutrophisation dans les plans d’eau sont généralement associés à des
proliférations excessives d’algues, originant elles-mêmes de la présence excessive de nutriments
notamment le phosphore.
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Figure 2.10 - Représentation schématique d’algues pouvant causer des goûts


et odeurs indésirables à l’eau (APHA, AWWA, WEF, 2005).
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Figure 2.11 - Représentation schématique d’algues des étangs


d’épuration des eaux usées (APHA, AWWA, WEF, 2005)
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D) Cyanobactéries (ou algues bleues ou algues bleu-vert)

Les cyanobactéries se classent parmi les bactéries mais ont des caractéristiques qui les font
ressembler aux algues de par la présence de pigments dans leurs cellules qui leur permet de faire
la photosynthèse. Elles sont parfois appelées algues bleu-vert en raison de pigments bleus et
verts qui prédominent chez plusieurs espèces.

Dans des conditions favorables, par exemple en présence d’une grande concentration de
phosphore et de température estivale élevée, les algues peuvent se reproduire rapidement et
en abondance : on peut parfois constater à l’œil nu sur les plans d’eau douce la présence d’une
fleur d’eau (ou floraison ou efflorescence ; algal bloom en anglais).

Microcystis aeruginosa Fleur d’eau de cyanobactéries sous forme


au microscope d’écumes de différentes teintes et textures à
la Baie Missisquoi en septembre 2001.
(Blais, 2007)

Les cyanobactéries peuvent produire des toxines appelées cyanotoxines. Elles peuvent
représenter un danger pour les humains et animaux qui s’y abreuvent ou qui sont en contact
avec.

Les cyanotoxines peuvent se présenter sous diverses formes (Blais, 2007) :


• les endotoxines causent des irritations ou des effets allergiques,
• les hépatotoxines affectent surtout le foie, et
• les neurotoxines s’attaquent au fonctionnement du système nerveux.

L’eau dans laquelle se développe une fleur d’eau de cyanobactéries peut être fortement toxique
et même mortelle si elle sert d’eau de boisson.

Le MDDEP est responsable du Plan d'intervention sur la gestion des fleurs d'eau de
cyanobactéries au Québec.
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E) Les protozoaires

Les protozoaires sont des protistes unicellulaires, eucaryotes, indépendants ou parasitiques. La


plupart des protozoaires sont hétérotrophes aérobies ou facultatifs. La figure 2.12 montre quelques
protozoaires qu'on peut rencontrer dans les eaux.

Figure 2.12 − Représentation schématique des protozoaires (Tchobanoglous et Schroeder, 1985).


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F) Les vers

Les vers sont des animaux de tailles variables. Ils peuvent être indépendants ou parasitiques.
Plusieurs espèces sont rencontrées dans les eaux. La figure 2.13 montre quelques types de vers
qu'on peut trouver dans les eaux.

Figure 2.13 − Représentation schématique des vers (Tchobanoglous et Schroeder, 1985).


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G) Les rotifères

Les rotifères sont parmi les plus simples microorganismes multicellulaires. Ils sont principalement
aérobies, chimioautotrophes, et motiles. Ils se nourrissent principalement de bactéries. La figure
2.14 montre schématiquement les rotifères qu'on peut rencontrer dans les eaux.

Figure 2.14 − Représentation schématique des rotifères (Tchobanoglous et Schroeder, 1985).


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H) Les crustacés

Les crustacés microscopiques sont des animaux principalement aérobies et chimiohétérotrophes.


Ce sont des prédateurs des bactéries et des algues et eux à leur tour constituent la principale
source de nourriture des poissons.

I) Les virus

Les virus sont des parasites contenant du matériel génétique (ADN et ARN) dans une poche de
protéines. Ils ne peuvent pas synthétiser de nouvelles cellules, mais ils perturbent la génétique de
la cellule hôte de façon à ce qu'elle se mette à multiplier les virus. Les virus sont très spécifiques à
leurs hôtes.

2.7.2 Dénombrement des microorganismes

Il serait difficile, sinon impossible, d'envisager de dénombrer toutes les espèces de


microorganismes qu'on peut trouver dans une eau. On utilise généralement des microorganismes
indicateurs. Les bactéries coliformes qui vivent en grand nombre dans les intestins de l'homme
sont souvent utilisés par exemple pour déceler la pollution de l'eau de consommation par des
matières fécales.

Le dénombrement de ces bactéries dans une eau, est accompli par leur culture après une dilution
appropriée, suivie du comptage des colonies. Suivant le mode de culture, trois méthodes
principales peuvent être utilisées : (1) méthode de la membrane filtrante, (2) méthode des
plateaux de comptage, et (3) méthode de fermentation en tubes multiples. La méthode de la
membrane filtrante est maintenant prédominante pour le dénombrement des bactéries coliformes
en qualité de l’eau.

A) Méthode de la membrane filtrante

Un échantillon de volume connu est filtré sur une membrane de 0.45 μm, qui retient les bactéries.
C’est le même principe que la filtration de l’eau sur membrane pour la détermination des différentes
fractions de matières solides. La membrane est ensuite transférée dans une boîte pétri stérile
munie d'une couche absorbante, saturée avec le milieu de culture liquide approprié. On procède
ensuite comme pour la méthode des plateaux de comptage.
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B) Méthode des plateaux de comptage

Dans cette méthode, une série de dilution de l'échantillon est préparée, et 1 ml de chacune est
introduit dans une boîte pétri stérile en commençant par la dilution la plus concentrée. On ajoute
ensuite à la boîte pétri 10 à 20 ml de milieu de culture liquéfié et on mélange bien. On laisse alors le
mélange solidifié, et la boîte pétri est incubée en position inversée à une température appropriée
(35°C) pour une durée déterminée (24 h). Après l'incubation, les colonies qui se sont développées
sont comptées à l'oeil nu ou à l'aide d'un microscope. Le nombre obtenu est multiplié par le facteur
de dilution pour donner la teneur de l'échantillon en bactéries. Les plateaux ayant plus de 300
colonies sont éliminés car il peut arriver que les colonies s'interpénètrent, faussant ainsi le
dénombrement. La figure 2.15 (a) illustre cette méthode.

C) Méthode des tubes multiples

Les coliformes peuvent fermenter le lactose, ce qui s'accompagne par la production de gaz. Dans la
méthode de tubes multiples, on exploite cette propriété pour dénombrer les bactéries dans une eau.
Un milieu de culture liquide, contenant du lactose est utilisé dans un tube muni d'un récupérateur de
gaz. Le principe est basé sur une série de dilution, jusqu'à l'extinction. Un volume de 100 ml de
l'échantillon après dilution est introduit dans le tube. Le tube est fermé et incubé à une température
(35°C) et pour une durée (24 h) appropriées. Après l'incubation, on observe le tube pour voir s'il y a
eu formation de gaz. Les tubes avec gaz sont dits positifs, sinon négatifs.

Une série de 5 tubes est utilisée pour chaque dilution, d'où le nom de tubes multiples. La teneur en
coliformes est obtenue statistiquement comme le nombre le plus probable de bactéries (MPN =
most probable number). Le MPN est déterminé à partir des résultats du test des tubes multiples,
avec 5 tubes pour au moins 3 dilutions (15 tube en tout). La distribution du nombre de tubes positifs
et négatifs donne la teneur la plus probable de cette eau en bactéries. L'estimation du MPN peut
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être faite par 3 méthodes : (1) la distribution de Poisson pour les valeurs extrêmes, (2) les tables, et
(3) l’équation de Thomas. La figure 2.15 (b) montre la méthode des tubes multiples.

Figure 2.15 - Dénombrement des microorganismes (a) plateaux de comptage, (b) tubes multiples
(Tchobanoglous et Schroeder, 1985).
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2.7.3 Microorganismes pathogènes

Par rapport à la santé, les microorganismes qu'on rencontre dans l'eau peuvent être classés en
deux groupes : (1) les pathogènes et, (2) les non pathogènes. Les microorganismes pathogènes
peuvent transmettre des maladies aux humains, notamment les maladies d’origine hydrique.

Les microorganismes pathogènes ne vivent pas normalement dans l'eau. Ils sont rejetés par les
personnes infectées, et déversés dans l'environnement aquatique avec les eaux usées. Ces
microorganismes peuvent survivre de plus ou moins longues périodes dans l'eau, et être capable
d'infecter les personnes qui consomment cette eau sans un bon traitement. Les maladies hydriques
ont été presque complètement éliminées dans les pays développés, par une bonne alimentation en
eau potable et un bon assainissement.

Dans les pays en voie de développement, ces maladies sévissent encore et font plusieurs victimes.
Plus de 35% de la productivité est perdue suite aux maladies hydriques. Comme les pays
développés ne constituent que 25% de la population mondiale, les maladies hydriques sont
considérées comme le plus grand problème mondial de la santé. Dans les pays en développement,
une grande partie de la population s'approvisionne en eau à partir de sources et rivières et
consomme cette eau sans aucun traitement. L'hygiène y est encore insuffisante.

Le tableau 2.12 montre les principales maladies hydriques et les microorganismes qui en sont
responsables.

Les tests sur les coliformes sont utilisés pour mesurer la contamination des eaux par les matières
fécales. Lorsque les coliformes sont significativement présents dans une eau, cela veut dire que
cette eau a été contaminé par les excréments humains ou animaux, et donc qu'il doit y avoir aussi
des microorganismes pathogènes. Le rapport des coliformes fécaux et des streptocoques fécaux
permet de connaître l'origine de la contamination, comme montré dans le tableau 2.13.
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Tableau 2.12 − Principales maladies d’origine hydrique (Tchobanoglous et Schroeder, 1985).

Moyen de Agent
Maladie Symptômes
contamination causal
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Tableau 2.13 – Sources de la contamination bactériologique


(fécale) de l’eau (Tchobanoglous et Schroeder, 1985).

2.7.4 Bioessais aquatiques

Les bioessais aquatiques ont pour but de déterminer la réponse des organismes aquatiques à la
qualité de l'eau. Les poissons sont plus souvent utilisés dans les bioessais aquatiques. Par
exemple la toxicité d'un rejet peut être étudiée avec des bioessais.

On classe les bioessais en fonction de la durée des observations : (1) court terme (jusqu'à 8 jours),
(2) moyen terme (8 à 90 jours), et (3) long terme (plus de 90 jours). Plusieurs scénarios peuvent
être simulés par les bioessais.

Les bioessais sont généralement requis pour fixer les concentrations maximales admissibles des
polluants dans un écosystème. Les résultats des bioessais sont souvent exprimés en concentration
létale moyenne (LC50), c'est à dire la concentration du contaminant qui cause 50% de mortalité
dans la population observée, dans des conditions déterminées (chapitre 1).
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2.8 Normes de qualité


2.8.1 Généralités sur les normes

Les caractéristiques physiques, chimiques et biologiques sont utilisées pour définir la qualité de
l'eau. Chaque usage a ses exigences qualitatives. Sauf pour quelques usages industriels et
médicaux, l'eau potable est la plus exigeante en qualité. Des normes pour l'eau potable ont été
proposées par différents organismes internationaux et nationaux (OMS, CEE, USEPA,
Environnement Canada, etc). De la même façon, il existe des normes pour les autres usages,
comme l'irrigation et les rejets des eaux usées. Les différentes normes donnent des valeurs
indicatives de la qualité requise pour les usages.

Santé Canada émets des recommandations pour la qualité de l’eau potable (Santé Canada, 2002),
et le Québec a une réglementation (des normes) pour l’eau potable.

Le Québec émet des objectifs environnementaux de rejet (OER) pour les eaux usées. Le
Conseil Canadien des Ministres de l’Environnement (CCME) est à établir une réglementation pour
les effluents urbains au Canada. Deux phases de consultation ont eu lieu et l’adoption d’une
réglementation est prévue pour la fin de 2008.

Les résultats des analyses de l'eau sont comparés avec les normes pour juger si la qualité est
acceptable pour l'usage qu'on veut en faire. On peut alors décider du traitement requis pour corriger
la qualité de cette eau.

La qualité de l'eau change dans le temps et dans l'espace. Il est donc important de suivre les
variations de la qualité pour ajuster le traitement en conséquence.

Pour les eaux usées, les normes de rejet dépendent de la politique environnementale en vigueur.
Le but principal du traitement des eaux usées est la préservation de la qualité de l'eau, ainsi que de
la vie aquatique. Deux principales philosophies sont d'usages pour la définition des normes de
rejets : (1) dégradation minimale, (2) usage des meilleures techniques disponibles pour le
traitement des eaux usées.

A) Dégradation minimale

L'objectif d'enrayer complètement la pollution n'est pas réaliste ni économiquement ni


techniquement. La politique de la dégradation minimale reconnait qu'une certaine pollution est
inévitable, mais essaye de la contrôler pour minimiser ses effets sur le milieu aquatique. Il s'agit
d'adapter la pollution à la sensibilité du milieu récepteur (autoépuration, déplétion de l'oxygène,
température maximale, ...). Cela suppose la connaissance des différents écosystèmes aquatiques,
et on vise à maintenir les conditions naturelles. On classe par des chiffres ou des lettres les eaux de
surface (lacs et tronçons de rivières) : par exemple 1 ou A pour non pollué, 2 ou B pour légèrement
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pollué, 3 ou C pour pollué et 4 ou D pour très pollué. La pollution maximale admissible pour chaque
tronçon est fixée en fonction des utilisations de l'eau et de la vie aquatique.

Le concept de dégradation minimale est facile à comprendre, mais difficile à appliquer. Cette
philosophie est née en RFA ou l'état subventionne à plus de 40% la construction des usines
d'épuration des eaux usées. Les rejets sont analysés régulièrement pour quantifier la pollution, et
des frais par unité de pollution (DBO5, OD, MES, THM, ...) sont chargés aux pollueurs. Ces frais
servent ensuite à subventionner la construction de nouvelles usines d'épuration et à assurer le
contrôle de la qualité des effluents. C'est la politique du pollueur payeur. Ces frais sont fixés de
façon que les pollueurs aient un avantage économique certain à réduire leur pollution le plus
possible.

B) Politique du meilleur traitement

La politique du meilleur traitement est en fait une variante de la dégradation minimale, où le


gouvernement oblige les pollueurs à traiter leurs eaux usées, avec les meilleurs techniques
disponibles (BAT : best available technology). C'est la philosophie de l'Amérique du Nord. La
meilleure technique disponible dépend du type de déchets. Pour les eaux usées municipales, on
impose au moins le traitement secondaire (enlèvement de 90% de la DBO5 et MES). Cela
correspond à des rejets d'au plus 30 mg/l de DBO5 et matières en suspensions. Dans les systèmes
sensibles à l'eutrophisation, on inclue au BAT la déphosphatation, et on fixe la concentration
maximale d'orthophosphates admissibles dans les rejets (moins de 1 mg/l par exemple). Les
considérations économiques sont très importantes dans la définition du BAT. Par exemple, on sait
que la distillation est une technique qui est capable d'éliminer tout contaminant, mais son
application est économiquement impossible.

2.8.2 Normes sur l’eau potable

Les normes québécoises sur l’eau potable sont issues du Règlement sur l’eau potable.

1. Les normes physico-chimiques

• 18 substances inorganiques et 48 substances organiques sont répertoriées. Toutefois,


seulement 17 substances inorganiques et 42 substances organiques, indiquées dans les
tableaux 1 et 2, sont contrôlées.

• En ce qui concerne le pH de l’eau distribuée, il ne peut être supérieur à 8,5, ni inférieur à


6,5.

• La turbidité doit être inférieure ou égale à 5 UTN en tout temps. Dans le cas, d’une eau
filtrée et désinfectée, la turbidité ne doit pas dépasser 0,5 UTN dans plus de 5 % des
mesures inscrites durant 30 jours consécutifs.
Tableau 1 - Les paramètres concernant les substances inorganiques
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Substances inorganiques Concentration maximale (mg/L)

Arsenic (As) 0,025

Baryum (Ba) 1

Bore (B) 5

Bromates 0,010

Cadmium (Cd) 0,005

Chloramines 3

Chlore résiduel libre ≥ 0,3 (sortie du traitement)

Chrome total (Cr) 0,05

Cyanures (CN) 0,2

Fluorures (F) 1,5

Nitrates + nitrites 10
(exprimés en N)

Mercure (Hg) 0,001

pH Entre 6,5 et 8,5 unités

Plomb (Pb) 0,01

Sélénium (Se) 0,01

Turbidité 0,5 UTN (eau filtrée)

Uranium (U) 0,02


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Tableau 2 - Les paramètres concernant les substances organiques


Concentration maximale
Pesticides
(μg/L)

Atrazine et ses métabolites 5

Azinphos-méthyle 20

Bromoxynil 5

Carbaryl 90

Carbofurane 90

Chlorpyrifos 90

Cyanazine 10

Diazinon 20

Dicamba 120

Dichloro-2,4-phénoxyacétique, acide(2,4- 100


D)

Diméthoate 20

Diquat 70

Diuron 150

Glyphosate 280

Malathion 190

Méthoxychlore 900
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Métolachlore 50

Métribuzine 80

Paraquat (en dichlorures) 10

Parathion 50

Phorate 2

Piclorame 190

Simazine 10

Terbufos 1

Trifluraline 45

Autres substances Concentration maximale (µg/L)


organiques

Benzène 5

Benzo (a) pyrène 0,01

Chlorure de vinyle 2

Dichloro-1,1-éthylène 14

Dichloro-1,2 benzène 200

Dichloro-1,4 benzène 5
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Dichloro-1,2 éthane 5

Dichlorométhane 50

Dichloro-2,4 phénol 900

Monochlorobenzène 80

Pentachlorophénol 60

Tétrachloroéthylène 30

Tétrachloro-2,3,4,6 phénol 100

Tétrachlorure de carbone 5

Trichloro-2,4,6 phénol 5

Trichloroéthylène 50

Trihalométhanes totaux Moyenne annuelle : 80

Glossaire des paramètres physico-chimiques de la norme

Chloramination : méthode de désinfection consistant à mélanger le chlore et l’ammoniac afin


de générer des chloramines dont le pouvoir désinfectant est moindre que celui du chlore mais
qui offrent un pouvoir rémanent élevé permettant une meilleure pénétration du biofilm présent le
long des conduites ; la chloramination ne produit pas de THM.

Désinfectant résiduel : agent chimique utilisé pour la désinfection et subsistant un certain


temps après son application.

Désinfection en continu : traitement permettant de détruire les micro-organismes pathogènes


d’un milieu de manière continue.

Eau de consommation humaine : eau destinée à la consommation domestique individuelle ou


collective (eau potable et eau nécessaire au nettoyage, à la lessive et à l’arrosage des pelouses
et des jardins).
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pH :mesure du degré d'acidité ou d'alcalinité d'un liquide ou d'un sol.

THM (Trihalométhanes) : composés organiques volatils produits lors de la chloration des eaux.

Turbidité : caractère d’une eau qui est trouble. Elle est exprimée en unité de turbidité
néphélométrique.

2. Les normes bactériologiques

• L’eau doit être exempte d’organismes pathogènes et d’organismes indicateurs d’une


contamination fécale, tels les bactéries coliformes fécales, les bactéries Escherichia coli,
les bactéries entérocoques et les virus coliphages.

• L’eau ne doit pas contenir plus de 10 coliformes totaux par 100 millilitres d’eau prélevée.

• Au moment du prélèvement, au moins 90% des échantillons doivent être exempts de


bactéries coliformes totales.

• L’eau ne doit pas contenir plus de 500 BHAA par millilitre d’eau prélevée.

• En ce qui concerne les eaux de surfaces et les traitements minimaux, il faut s’assurer
qu’à l’étape de filtration et de désinfection les traitements éliminent la présence d’au
moins 99,99 % des virus, 99,9 % des kystes de Giardia et 99 % des oocystes de
Cryptosporidium. Cette exigence correspond à l’opération optimale d’une usine
conventionnelle de filtration conçue dans les règles de l’art.

• En ce qui concerne les eaux souterraines contaminées par des organismes d’origine
fécale et les traitements minimaux, il faut s’assurer que les traitements de désinfection
éliminent la présence d’au moins 99,99 % des virus. Cette exigence correspond à
l’opération optimale d’un poste de chloration conçu dans les règles de l’art.

Glossaire des paramètres bactériologiques de la norme

Bactéries entérocoques : bactéries ayant comme habitat naturel le tube digestif de l’homme et
des animaux. Elle est utilisée comme indicateur de contamination fécale.

Bactéries hétérotrophes aérobies et anaérobies facultatives (BHAA) : décompte total des


germes présents dans l’eau ; un dénombrement plus grand que 500/ml nuit à la croissance et
au décompte des bactéries coliformes ; une telle concentration est aussi anormale dans une
eau convenablement traitée et distribuée dans un réseau bien entretenu

Coliformes fécaux : bactéries d’origine fécale servant d’indicateurs de pollution ou de


contamination par des micro-organismes possiblement pathogènes.
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Coliformes totaux : bactéries servant d’indicateurs de pollution ou de contamination


microbiologique.

Colonies atypiques : colonies bactériennes qui n’ont pas la couleur vert métallique lors du
dénombrement des coliformes par la méthode de la membrane filtrante et à la croissance des
coliformes lorsque leur nombre est supérieur à 200/100 ml.

Eau de consommation humaine : eau destinée à la consommation domestique individuelle ou


collective (eau potable et eau nécessaire au nettoyage, à la lessive et à l’arrosage des pelouses
et des jardins).

Escherichia coli : espèce de bactéries faisant partie du groupe coliforme. Leur présence
indique une contamination récente par les matières fécales et la possibilité de micro-organismes
pathogènes.

Filtration par membrane : procédé de contrôle de l’eau effectué à l’aide d’un filtre constitué
d’une membrane synthétique.

Organisme pathogène : micro-organisme qui peut causer une maladie.

Virus coliphages : type de virus utilisé comme indicateur de contamination fécale probable et
qui infecte surtout les bactéries E. coli.
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Notes explicatives sur les kystes de Giardia

Giardia intestinalis (= G. duodenalis, = G. lamblia)

http://arachosia.univ-lille2.fr/labos/parasito/Internat/schempa/g_intes1.html

G. lamblia peut prendre deux formes : trophozoïte ou kyste (c’est-à-dire coque protectrice). Le
kyste est ovoïde, à coque mince, de dimension 8-9 × 10-13 µm environ, avec 2 noyaux à
l'émission, 4 noyaux après un séjour de 24 - 48 h dans la nature.

Ce protiste (protozoaire) unicellulaire flagellé cause une maladie appelée la giardiose


(synonyme lambliase) chez l’humain, dont les symptômes sont des douleurs intestinales
chroniques avec alternance de diarrhées et de constipations. Les personnes infectées excrètent
un grand nombre de kystes, qui sont susceptibles de contaminer d’autres personnes. La
transmission des kystes à la bouche des humains se fait par l'intermédiaire d'aliments
contaminés ou des mains sales.
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Notes explicatives sur les oocystes de Cryptosporidium

http://arachosia.univ-lille2.fr/labos/parasito/Internat/schempa/c_parvu1.html

Cryptosporidium est un protozoaire parasite, qu’on trouve dans le système digestif et les voies
respiratoires des humains et des animaux où il s’y reproduit. Il est responsable d’une maladie
appelée la cryptosporidiose. D’importantes épidémies ont déjà touché des milliers de
personnes au Canada et aux États-Unis.
On connaît six espèces de Cryptosporidium, mais C. parvum est celle qui représente le plus
grand risque pour les humains. Le cycle de vie comprend plusieurs stades, mais c’est le stade
de l’oocyste qui est infectant. Plus petit que le kyste de Giardia, l’oocyste mesure environ 4 à
6 µm de diamètre. Il peut parfois passer à travers les pores des filtres dans les stations de
traitement d’eau potable.

Le mode de contamination des personnes est similaire à celui décrit pour Giardia. Les
personnes infectées peuvent manifester de la diarrhée, des crampes abdominales, des maux
de tête, des nausées, des vomissements et une légère fièvre. Chez les cas les plus graves
s’ajoutent une perte de poids et une déshydratation.
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2.9 Étude de cas – Épidémie de Walkerton

1. Ville de Walkerton

Walkerton est une petite ville de 4900 personnes dans le milieu rural du sud de l’Ontario.

Les figures suivantes la situe géographiquement et montrent une vue aérienne du centre-ville.
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2. Approvisionnement en eau souterraine

L’approvisionnement en eau de la municipalité provient de quelques puits situés en périphérie


de la ville.

3. Épidémie

Le 12 mai 2000 l’eau de la ville est contaminée par des bactéries Escherichia coli sérotype
0157:H7, mais les citoyens ne sont pas avertis de faire bouillir leur eau.

Le 18 mai l’épidémie débute parmi les citoyens.

Une violente tempête avait inondé la zone de certains des puits qui alimentent la ville en eau
potable.

L’épidémie frappe comme suit :

• 7 décès ;
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• 27 SHU (syndrome hémolytique et urémique);

• 65 hospitalisations;

• approximativement 2 300 malades.

Il s’agit de la pire flambée de cette bactérie dans les temps modernes, et peut-être depuis
toujours au Canada.

4. Causes possibles

Plusieurs causes ont été investiguées lors de l’enquête publique qui a suivie :

• l’installation de trois conduites d’eau principales, entreprise pendant l’épidémie, ou juste


avant celle-ci;
• la chute de pression à l’intérieur des conduites de distribution d’eau pendant une alerte-
incendie;
• des conduites fissurées et des conduites que l’on réparait;
• la contamination possible de l’eau emmagasinée;
• le raccordement de certaines conduites avec des citernes, des puits privés ou des
collecteurs d’eaux d’égout;
• un débordement d’eau dans le réseau de distribution à la suite des grosses pluies
observées le 12 mai 2000;
• la contamination des puits producteurs nos 5, 6 et 7 par des eaux superficielles.

5 - Coûts

Les coûts pouvant être chiffrés à date sont présentés dans le tableau 2.1.

Fonds engagés
Description des coûts
(million $)
Réparation et remise en état du système d'approvisionnement en eau 14,23
Exonération du remboursement des prêts et reports 5,14
Aide d'urgence pour les particuliers 3,8
Aide d'urgence pour les entreprises 0,86
Reprise économique à long terme 3,2
Système d'approvisionnement en eau auxiliaire 2,5
Plan d'indemnisation de Walkerton 18
TOTAL 52,73 M$
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Le cas de Walkerton est très documenté sur l’internet. On y trouve entre autres copie du
rapport de l’enquête publique.
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Références

APHA, AWWA, WEF (2005) Standard Methods for the Examination of Water and Wastewater. 21e
edition, American Public Health Association, American Water Works Association, Water
Environment Federation. Port City Press, Baltimore.

BLAIS, S. (2007) Guide d’identification des fleurs d’eau de cyanobactéries. Comment les
distinguer des végétaux observés dans nos lacs et nos rivières, 2e édition, Direction du suivi de
l’état de l’environnement, ministère du Développement durable, de l’Environnement et des
Parcs, 52 p.

Degrémont (2005) Mémento technique de l’eau. 10e édition, Tomes 1 et 2. Lavoisier, Paris. 1718 p.

INSPQ (2002) Trihalométhanes. Fiche, Groupe scientifique sur l’eau, Institut National de la Santé
Publique du Québec. Décembre. 11 p.

Metcalf & Eddy Inc (2003) Wastewater Engineering - Treatment and Reuse. McGraw-Hill. 1758 p.

Mihelcic, J.R. et collaborateurs (1999) Fundamentals of Environmental Engineering. John Wiley.


329 p.

Qasim, S. R. (1999) Wastewater Treatment Plants - Planning, Design and Operation. Technomic
Publishing. 1083 p.

Santé Canada (2002) Résumé des recommandations pour la qualité de l’eau potable au Canada.
Avril. Ottawa.

Tchobanoglous, G. et E.D. Schroeder (1985) Water Quality - Characteristics, Modeling,


Modification. Addison Wesley. 744 p.

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