Vous êtes sur la page 1sur 21

Les "green bonds": impact économique et financier

Résumé

Cette revue cherche à présenter l’évolution historique du marché des green bonds
depuis 2007. Les obligations vertes constituent aujourd’hui un nouvel outil de
financement vert pour des entités financières (principalement Etats, entreprises,
institutions financières) cherchant à répondre à leurs devoirs éthiques de catégories ESG
(environnement, social, de gouvernance). Au-delà de cet intérêt collectif prenant le nom
d’impact investing, ces entités financières cherchent à délivrer un signal crédible sur les
marchés leur permettant d’attirer de nouveaux investisseurs soucieux des enjeux
climatiques et ainsi d’élargir et de diversifier leur base d’investisseurs. Les Accords de
Paris sur le Climat (2016) ont accéléré l’essor des green bonds et ont surtout contribué
à la consolidation des standards de l’obligation verte, jusque-là flous. Malgré des coûts
d’émission et des écarts de rendement non négligeables avec les obligations
conventionnelles, le marché des green bonds est en plein essor et semble répondre aux
préoccupations long-termistes des investisseurs.

Mots-clefs : green bond, responsabilité sociétale des entreprises, green bond premium,
Accords de Paris sur le Climat, label effect, impact investing.

Introduction

« Green bond boom ». C’est par cette expression que la Banque américaine Morgan
Stanley qualifiait en 2017 l’explosion du nombre d’émissions d’obligations vertes sur les
marchés ces dernières années. Entre 2007 et 2020, les émissions annuelles d'obligations
vertes ont fortement augmenté, passant de 0,8 milliard de dollars à 269 milliards de dollars
(Green Bond Initiative1, 2020). Au départ, en 2007, le marché était dominé par les émetteurs
souverains, supranationaux et les agences, mais à partir de 2013, l'intérêt des investisseurs
privés pour cette catégorie d'actifs s’est intensifié, poussant les entreprises et les banques à
entrer à leur tour sur le marché [Fig.1]. Selon la banque Morgan Stanley (2017), cet
engouement pour les green bonds n’en est qu’à son commencement.

La définition d’une obligation verte prend différentes formes, et certaines précisions sont
venues s’ajouter au fur et à mesure qu’elle s’est popularisée sur les marchés financiers.
Cependant, Tang et Zhang (2020) tentent de qualifier a posteriori les green bonds comme des
titres à revenu fixe émis par des entités mobilisant des capitaux pour financer des projets
respectueux de l'environnement, tels que pour les énergies renouvelables, la gestion durable
de l'eau, la prévention de la pollution, l'adaptation au changement climatique, etc. Afin de
caractériser la conformité d’une obligation verte et ainsi la définir plus précisément,
l’organisation mondiale ICMA (International Capital Market Association) est venue apporter
en 2014 un cadre consensuel appelé Green Bond Principle (GBP). Selon ces principes, le green
bond rassemble tout type d'instrument obligataire dont le produit est exclusivement affecté
au financement ou au refinancement, en partie ou en totalité, de projets verts éligibles
nouveaux et/ou existants. A la suite des Accords de Paris sur le Climat (2016), ces GBP sont
élargis et dorénavant ils ne concernent pas uniquement les projets respectueux de
l'environnement (dits “verts”) mais ils incluent également les projets socialement
responsables (Klevan, 2016).

La première obligation verte, appelée "climate awareness bond", a été émise par la
Banque Européenne d'Investissement (BEI) en 2007. La Pologne est devenue par la suite le
premier pays à émettre une obligation verte souveraine en décembre 2016, suivie par la
France en janvier 2017 (Tang, Zhang, 2020). Les leaders en matière d’émission d’obligations
vertes sont aujourd’hui la Chine, les Etats-Unis et l’Europe (Suède, France, Allemagne) (Tang,
Zhang, 2020) [Fig.2, Fig.3]. La popularité des green bonds varie en fonction du secteur dans
lequel il est émis : les investisseurs publics (institutions) sont davantage attachés à l’émission
de green bonds que les investisseurs privés (entreprises). Cette tendance est notamment

1
CBI = Organisation internationale à but non lucratif dont la mission est de promouvoir des solutions de
financement par obligations vertes pour des projets liés à l'environnement (Yongjun Tang, Zhang, 2020)
portée par un mouvement global d’intérêt croissant pour les enjeux environnementaux et
sociaux. Par ailleurs, certains domaines attirent plus les obligations vertes que les autres, à
savoir les secteurs de l’énergie, du bâtiment et du transport [Fig.4]. Enfin, avec
respectivement 40% et 34% des émissions de green bonds en 2020, l’Euro et le Dollar
américain, qui constituent des monnaies fortes et stables à l’échelle internationale, sont les
devises les plus utilisées sur ce marché en pleine expansion (Climate Bond Initiative, 2021)
[Fig.5].

Dans les entreprises, l’essor des dimensions ESG (environnemental, social et de


gouvernance) pousse à envisager des moyens de financement et de production responsables
et durables. La première obligation verte d'entreprise a ainsi été émise en 2013 par Toyota
qui souhaitait à l’époque financer des baux et des prêts pour des voitures économes en
carburant utilisant des moteurs hybrides (Bagnoli, Watts, 2019). De manière générale, les
corporate green bonds constituent un mode de financement vert permettant à l’entreprise
de répondre à ses devoirs en matière de responsabilité sociétale des entreprises (RSE).2

Pourquoi les green bonds sont de plus en plus répandus et accrédités en


dépit des contraintes qu’ils peuvent engendrer ? En quoi ces green bonds
incarnent-ils un enjeu au cœur de la transition écologique ? Enfin, assurent-
ils en plus d’un investissement en faveur de l’environnement, un gain
substantiel aux investisseurs ?

La première section (I) de cette revue tâchera de faire la distinction entre l’obligation verte
et l’obligation classique. Il s’agira par la suite (II) de voir en quoi l’essor du green bond s’inscrit
dans un mouvement international de l’impact investing. Enfin (III), nous analyserons cet
impact au niveau financier en établissant une comparaison des avantages et inconvénients
portés par l’émission de green bonds.

2
RSE : Responsabilité sociétale des entreprises
I/ Comment le green bond est venu bousculer l’obligation conventionnelle ?

A) My name is bond… Green Bond : la différence entre green bond et obligation


conventionnelle

Nous l’avons mentionné, la notion de green bond est récente et recouvre différentes
formes dans la littérature scientifique. Glavas (2020) se réfère à la définition de l’International
Capital Market Association (ICMA) et évoque les Green Bonds Principles (GBP). Ce sont donc
des investissements qui favorisent la durabilité et la soutenabilité. Les GBP contribuent à
l’intégrité du marché des obligations vertes. En effet, en édictant des lignes directrices, l’ICMA
encourage la bonne diffusion des informations nécessaires à l’émission de green bonds. Elle
s’adresse donc directement aux acteurs du marché et encadre la diffusion en s’assurant de la
transparence de l’information. Pour autant, les GBP n’ont pas de caractère contraignant, ce
sont des lignes directrices adressées aux acteurs du marché. Elles fournissent aux émetteurs
un résumé des principaux éléments devant être réunis pour qu’une obligation puisse être
qualifiée de verte et aide les potentiels investisseurs à évaluer l’impact environnemental du
projet. Les GBP reposent sur quatre grands principes : l’utilisation des fonds, le processus de
sélection et d’évaluation des projets, la gestion des fonds et le reporting. L’ICMA recommande
par ailleurs aux émetteurs de green bonds de recourir à des intervenants externes pour
vérifier la conformité effective des obligations avec les quatre principes susmentionnés
(ICMA, 2018). Cela peut passer par des avis d’experts indépendants, un audit de conformité,
un processus de certification des green bonds ou encore une notation des green bonds.
Pour autant, comme le rappellent Tang et Zhang (2020), il n’existe toujours pas de
définition universelle des green bonds. Les chercheurs chinois se réfèrent à la Climate Bond
Initiative (CBI) qui offre une labellisation des obligations et des prêts par le biais de son
Climate Bonds Standard. Des critères scientifiques garantissent que les obligations et les prêts
certifiés sont conformes à la limite de réchauffement de 2 degrés Celsius fixée par l'Accord de
Paris sur le Climat (2016). En outre, tout comme l’ICMA, la CBI approuve la vérification des
green bonds par des acteurs tiers comme KPMG, Deloitte ou Sustainalytics (CBI, 2020).
Kanamura (2020) évoque le Bloomberg Barclays MSCI Green bond Index. Cet indice,
développé par Barclays et MSCI permet aux investisseurs de mesurer le risque des green
bonds et participe donc à ce besoin de transparence du marché. Afin d’éviter les critiques
relatives aux green bonds comme le greenwashing que nous évoquerons plus tard, MSCI a
établi des règles claires pour qualifier les green bonds dans la lignée des principes de l’ICMA.
En outre, l'indice offre une couverture mondiale du marché des green bonds ainsi que des
données au niveau des sous-indices pour les régions, les émetteurs, les devises et l'utilisation
des produits (Bloomberg Barclays MSCI, 2019).

Nous l’avons vu, ces définitions et indexes tentent d’établir un cadre légitime autour
des green bonds. Pourtant, il apparaît que la définition d’un projet vert ou durable reste vague
et dépend en grande partie de l’observateur. C’est ce que démontre Klevan (2016) dans son
article en prenant pour exemple une compagnie pétrolière émettant des green bonds dans le
but de financer un projet d’énergie renouvelable. Un investisseur X pourrait y voir une
approche acceptable puisque le projet est soucieux de l’environnement alors qu’un
investisseur Y qualifierait cette démarche d’écran de fumée et refuserait pour cette raison
qu’une entreprise d’énergies fossiles puisse émettre des obligations vertes. Ce paradoxe
illustre parfaitement les problèmes liés à la définition des projets verts. Dans les faits, la Chine
publie ses propres directives quant à l’émission de green bonds, ce qui lui permet de
considérer le développement du charbon comme un projet vert.

B) L’écart de rendement entre le green et le brown bond : le green bond premium

Après avoir explicité les différentes définitions des green bonds, il convient d’étudier les
préférences des acteurs économiques. Les acteurs économiques ont-ils intérêt à privilégier
des green bonds à des obligations classiques ? Du point de vue de l’émetteur, comme nous le
développerons plus tard, il semble que l’émission d’un green bond est plus coûteuse qu'une
obligation traditionnelle (ou brown bond).

Du point de vue de l'investisseur, la question qui se pose est de savoir si le caractère


« vert » de l’obligation influence le prix que les autres investisseurs sont prêts à payer, c'est-
à-dire si les investisseurs sont prêts à accepter un rendement plus faible d’obligation verte
par rapport à une obligation conventionnelle présentant les mêmes caractéristiques. A priori,
il ne devrait pas y avoir de prime, donc de différence entre les deux types d’obligations. Les
détenteurs de green bonds et de brown bonds possèdent les mêmes droits sur les projets et
sont soumis aux mêmes dynamiques de marché.

Pour autant, les green bonds ont un rendement inférieur à celui des obligations
traditionnelles, comme le montre Zerbib (2019). Il existe un premium négatif de – 2 points de
base entre un green bond et un brown bond [Fig.6]. Ce rendement négatif est certes faible
mais il est significatif. Cette prime négative est plus prononcée pour les obligations financières
et les obligations à faible notation. Le premium négatif des green bonds indique le rendement
auquel les investisseurs sont prêts à renoncer pour financer des investissements verts plutôt
que des investissements conventionnels, à risque égal. Zerbib montre que ce premium négatif
de – 2 points de base ne représente pas une désincitation majeure pour les investisseurs. Ils
ne renoncent pas, en dépit de cette différence de rendement, à acheter des green bonds.
Kapraun et Scheins (2019) constatent que les investisseurs sont susceptibles de payer une
prime (c’est-à-dire d’accepter des rendements plus faibles) pour les green bonds lorsqu’elles
sont certifiées par un tiers. Ben Slimane, Mahtani et Da Fonseca (2020) expliquent que dans
un contexte de forte demande, les émetteurs de green bonds peuvent chercher à compenser
le coût financier de l’émission de green bonds. Cela se traduit donc par une prime négative.
En outre, l'émission d'obligations vertes par rapport au total des émissions est encore limitée
aujourd'hui. Dans le même temps, la demande d'investissements "verts" ou "à impact", plus
généralement, augmente indépendamment de l'offre. Ce décalage potentiel entre l'offre et
la demande peut provoquer des pénuries et donc des primes négatives plus importantes.

Maintenant, si l’on se place du côté de l’émetteur, on observe que le financement par les
green bonds est moins coûteux que le financement traditionnel (Bagnoli et Watts, 2019). Les
green bonds, qui sont vendus avec une prime par rapport aux titres de créance non verts à
risque équivalent, offrent des avantages supplémentaires à l'émetteur. Cet argument du coût
du capital plaide ainsi en faveur des green bonds, qui constitueraient donc une source de
financement moins chère.

Pour autant, Tang et Zhang (2020) montrent qu’en retirant l’effet du pays, de la différence
d’entreprise et de date d’émission, l’écart de rendement entre les green bonds et les brown
bonds n’est plus statistiquement significatif. Les incitations à l’émission de green bonds ne
sont donc pas ou peu pécuniaires. En effet, la différence de rendement entre les green et les
brown bonds est très faible et ne dissuade pas les investisseurs. Nous nous intéresserons donc
désormais aux avantages des green bonds.

II/ Le green bond : un outil novateur et attrayant pour de nombreux acteurs

Comme vu précédemment, l’obligation verte par ses aspects innovants semble se


détacher de l’obligation conventionnelle. Grâce à une conjoncture favorable et à la prouesse
que représente l’émission de ces obligations, le marché des greens bonds attire de plus en
plus d’acteurs.

A) La conjoncture participe au développement des green bonds

Dans une logique de lutte contre le réchauffement climatique, les questions sociales
et environnementales deviennent centrales dans la sensibilisation des différents acteurs au
niveau mondial. Les gouvernements ont été contraints de prendre des mesures coercitives en
faveur d’une réduction des émissions de carbone, pour ainsi mettre en place une transition
écologique. Selon Klevan (2016) et Bagnoli et Watts (2019), les Accords de Paris sur le Climat
(2016) ont marqué un tournant dans le domaine de la finance verte. Ces accords ont poussé
les États à créer davantage de réglementation pour encourager les entreprises à émettre des
obligations vertes. Les recherches de Glavas (2020), qui s’appuient sur le concept de «
delegated philanthropy » (Bénabou et Tirole, 2010), ont montré qu’avant l’annonce des
Accords de Paris sur le Climat (2016), les émissions de green bonds n’avaient aucun impact
sur le cumul des rendements anormaux (CAR en anglais) des entreprises émettrices [Fig.7].
Or, après l’annonce de ces mêmes accords, les entreprises émettrices de green bonds ont
connu une augmentation de 1.8% en moyenne de leur cumul des rendements anormaux,
montrant ainsi l’effet direct et positif de la COP21.

Les autorités publiques et les décideurs politiques ont aussi un rôle à jouer dans le
développement des green bonds. En effet, ils peuvent créer un cadre juridique incitatif
fluidifiant les émissions de ce type d’actif sur les marchés (Zerbib, 2019). Des projets sont déjà
à l’œuvre au sein de l’Union européenne avec l’instauration dans les années à venir d’une
taxinomie commune, l’EU Classification System, dans le but de créer un label européen autour
de la finance verte (Zerbib, 2019).

Malgré la conjoncture favorisant l’émergence des green bonds, certains acteurs


dérivent vers des pratiques de greenwashing. Les entreprises émettant des obligations vertes
dissimulent parfois des apparences trompeuses pour manifester leur engagement
environnemental. En réalité, ils ne prennent pas de mesures concrètes pour l'environnement
(Flammer, 2020). Les green bonds pourraient en ce sens être considérés comme du
greenwashing répondant aux enjeux environnementaux actuels. Par exemple, ils n’auraient
aucun impact sur les émissions de CO² des entreprises émettrices. Il convient donc d’étudier
dans un second temps l’impact des green bonds sur les performances environnementales des
entreprises afin de déterminer s’il ne s’agit que de pratiques trompeuses.

La pratique de greenwashing est pourtant facilement détectable puisque


généralement ces émetteurs n’améliorent pas leur performance environnementale alors
qu’une entreprise véritablement engagée l’améliore. Traditionnellement, les effets
bénéfiques procurés par l’émission d’obligations vertes surpassent cette pratique.

B) Émission des green bonds et performance des entreprises

L’émission des green bonds permet d’améliorer la performance globale des

entreprises grâce à différents apports bénéfiques. Tout d’abord la finance verte permet aux
entreprises de se signaler sur le marché comme étant engagées à effectuer des

investissements vertueux pour l’environnement avec des intentions de réduire leur


empreinte environnementale. Flammer (2020) nomme ceci le « signaling argument »,
véritable incitation pour les entreprises à se conduire de manière respectueuse de

l’environnement. On observe alors que la performance environnementale de ces entreprises


s’améliore, notamment via un score environnemental d’ASSET4 de Thomson Reuters plus

élevé et des émissions de CO² plus faibles, contrecarrant ainsi la théorie du greenwashing
(Flammer, 2020).
Le marché boursier réagit positivement au signal envoyé par l’entreprise lui

permettant ainsi d’attirer de nouveaux investisseurs (Flammer, 2020). Du fait de ce


signalement “vert” sur les marchés, l’entreprise émettrice voit le cours de son action

augmenter. Ce phénomène s’appelle le “label effect” (Tang, Zhang, 2020).

Le signal envoyé par l’émission de green bonds procure aux émetteurs une exposition

médiatique. Ce gain de visibilité attire les investisseurs et augmente la demande en


obligations vertes. Cette réaction en chaîne est bénéfique et a un impact direct sur le marché
boursier (Tang, Zhang, 2020).

L’intérêt majeur pour les entreprises émettant des obligations vertes est de stimuler le score

environnemental, social et de gouvernance (ESG). Plus ce score ESG est élevé et plus le
recours au financement est facilité pour l’entreprise (Cheng, Ioannou et Serafeim, 2014 ; El
Ghoul, Guedhami, Kwok et Mishra, 2011). Les entreprises qui obtiennent un score ESG

notable semblent ainsi avoir une vision durable et des préoccupations environnementales et
sociales.
III/ D’un dépassement des coûts initiaux des greens bonds pour un impact financier durable

Ainsi, le green bond semble s’imposer progressivement sur les marchés financiers
comme un outil hybride à la portée des entreprises cherchant à remplir leurs responsabilités
environnementales. L’impact économique du green bond tient en partie du signal renvoyé
par ses émetteurs sur le marché. Ce signal apporte à l’entreprise de nombreux avantages
financiers, qui tendent à dépasser les coûts inhérents à son émission sur les marchés.

A) Les inconvénients du green bond

Émettre une obligation verte implique des coûts initiaux non négligeables. En cela, le
green bond se différencie du brown bond. Dans la mesure où le green bond cherche à se
distinguer des obligations conventionnelles, il a fallu imposer un cadre consensuel apportant
des garanties suffisantes et nécessaires à son investisseur pour conserver sa confiance.
L’émission d’un green bond implique donc un reporting annuel du projet vert par l’émetteur
à son investisseur (Glavas, 2020). Ce reporting consiste essentiellement en la production de
documents certifiant l’avancée et l’impact environnemental du projet financé par l’obligation
verte. Par ce moyen, l’entreprise émettrice garantit une transparence totale de la “verdure”
du projet à son investisseur et lui assure un suivi régulier de son investissement dans le temps.
L’émission d’un green bond implique aussi une vérification régulière de la “verdure” du projet
par un parti-tiers sous forme d’audit. L’entreprise émettrice doit alors pouvoir justifier
l’impact environnemental de son projet et fournir une documentation additionnelle servant
de garantie. Klevan (2016) explique ainsi que l’ensemble de ces démarches constituent des
coûts initiaux conséquents qui sont à la charge de l’émetteur. En revanche, dans la mesure
où un acteur financier multiplie l’émission de green bonds, ces coûts marginaux de
fonctionnement sont décroissants. Plus on avance dans le temps, et plus on observe que ces
coûts (third-party verification and auditing costs) diminuent en raison de l’acquisition
progressive par l’émetteur d’une expertise dans le processus de garantie. Les barrières à
l’entrée dans le domaine de l’émission de green bonds tendent ainsi à s’amenuir.

Malgré tout, ces coûts irrécupérables sont primordiaux puisqu’ils assurent aux
investisseurs, et plus largement aux marchés financiers, la qualité de l’engagement pris par
l’acteur financier lors de l’émission de son obligation verte (Klevan, 2016). Ces coûts sont
obligatoires car les audits et les documents justificatifs constituent les seuls outils en mesure
de maintenir une confiance pérenne entre l’investisseur et l’émetteur, et ainsi le
développement de ce type d’obligation sur les marchés financiers.

B) Les avantages du green bond

Ce qui est observé à travers le temps, c’est que l’émission d’une obligation verte par
une entreprise est largement bénéfique. Les apports à long-terme de ces green bonds tendent
à surpasser les inconvénients susmentionnés. Ainsi, dès lors que nous recentrons notre
attention sur la réaction du marché financier - et par extension sur celle des investisseurs -
nous observons une relation positive entre émission d’obligations vertes et signalement de
l’entreprise (Glavas, 2020).

Comme nous l’avons expliqué précédemment, il a été démontré que l’émission de


green bonds augmente l’exposition médiatique des émetteurs (cf. II). Cette augmentation
substantielle de la visibilité de l’acteur financier sur le marché des obligations vertes vient
alors accroître son score ESG, et par lien de causalité conduit à une augmentation de la
demande des actions de l’entreprise émettrice, et ainsi un élargissement de la base
d’investisseurs (Tang, Zhang, 2020). Notons que la réaction boursière est plus forte pour une
toute première émission d’obligation plutôt que pour une émission répétée et fréquente de
l’obligation (Tang, Zhang, 2020) Cela rejoint l’idée que la rareté du green bond a un effet
positif sur sa valeur de marché. Cette différence d’attrait entre les obligations vertes et les
conventionnelles prend alors le nom de « scarcity value » (Klevan, 2016). De plus, la réaction
boursière est plus importante lorsque l’émetteur est une entreprise que lorsqu’il s’agit d’une
institution financière (Tang, Zhang, 2020).

Selon Flammer (2020), l’augmentation de la visibilité de l’émetteur sur les marchés


financiers permet non seulement un élargissement de son « investor base », mais aussi une
diversification du type d’investisseurs présents au sein de cette base. Par exemple, ces
“nouveaux” investisseurs sont particulièrement soucieux des enjeux environnementaux, et
souhaitent inclure leur investissement dans une perspective de long-terme. Ces investisseurs
sont appelés les « impact investors » dans la mesure où ils cherchent à financer des projets
garantissant un impact environnemental ou social.
Pour Bagnoli et Watts (2019), l’émission d’obligations vertes attire davantage les
investisseurs institutionnels en quête de projets durables et respectueux de l’environnement
que les acteurs privés, plus enclins à investir dans les obligations conventionnelles. En
adossant ses obligations à des enjeux durables attirant les institutions publiques, l’émetteur
montre son attachement à une vision soutenable.

En soi, l’impact économique et financier de l’émission d’un green bond est multiple;
et pour analyser ses avantages il faut retourner aux écrits de Bénabou et Tirole (2010) qui
traitent des raisons du développement des mesures environnementales et sociales ces
dernières années. Comme développé précédemment, l’attraction des green bond peut être
imputée à une demande croissante des investisseurs et de la société civile pour les questions
d’écologie et de durabilité. Se développe ainsi une vision de long-terme chez les investisseurs,
qui craignent de plus en plus d’investir sur un acteur financier aux perspectives court-
termistes. Les deux économistes parlent notamment d’une motivation rationnelle qu’ils
nomment « doing well by doing good » et qui insinue que les investisseurs souhaitent investir
de la bonne manière aujourd’hui et s’assurer des bénéfices sur le long-terme plutôt que de
miser sur des investissements plus critiqués (comme les obligations carbonées3) et qui
seraient amenés à être coûteux à l’avenir (en cas de législation en défaveur des obligations
carbonées par exemple).

Une autre raison de cet attrait pour les mesures RSE au sein des entreprises, est
l’amélioration certaine des relations entre les acteurs financiers émetteurs et les investisseurs
institutionnels. Cet embellissement des relations avec les autorités locales conduit à un
développement facilité des partenariats public-privés. Bénabou et Tirole (2010) nomment
cela la « delegated philanthropy ».

Enfin, l’ultime impact positif de la réalisation des mesures RSE, et par translation des
émissions d’obligations vertes, est nommé « insider-initiated corporate philanthropy » et tient
dans la volonté d’enracinement des dirigeants. En utilisant les investissements des
actionnaires dans un objectif environnemental, et en misant sur des objectifs écologiques qui
sont novateurs et attractifs pour l’entreprise, le manager accroît son importance et son

3
Nous appelons « obligation carbonées » une obligation financière qui finance des projets émetteurs de CO²
(ex : investissement dans le fossile)
irremplaçabilité au sein de la société. Par ce moyen, aussi bien le manager que l’entreprise
dans laquelle il travaille tirent avantage du bon respect des critères RSE.

Conclusion

Nous l’avons vu, le green bond est une notion récente en pleine expansion. Si le marché
ne semble pas encore être arrivé à maturité, les investisseurs réagissent positivement aux
émissions de green bonds depuis l’annonce des Accords de Paris sur le Climat. Cela démontre
le rôle important des décideurs politiques dans le développement de ce marché, par le biais
notamment de la delegated philanthropy. Par ailleurs, les green bonds augmentent
significativement les performances environnementales et la visibilité des entreprises.

En somme, malgré les inconvénients et les coûts liés à l’émission de green bonds, il semble
que les entreprises et les investisseurs aient intérêt à participer au développement de ces
actifs. L’attrait autour du green bond et l’équilibre entre l’offre et la demande permettra à
terme de lisser les écarts actuels de rendement entre les green bonds et les brown bonds.
Bibliographie

● Bagnoli M, Watts SG., 2019. On the corporate use of green bonds. J Econ Manage
Strat. 2019;1–23.
● Bénabou, R., Tirole, J., 2010. Individual and corporate social responsibility. Economica
77 (305), 1–19.
● Ben Slimane, M., Mahtani, V., Da Fonseca, D., 2020, Facts and Fantasies about the
Green Bond Premium, Amundi Working Paper, 52, www.research-center.
amundi.com.
● Cheng, B., Ioannou, I., Serafeim, G., 2014. Corporate social responsibility and access
to finance.
● Climate Bonds Initiative, 2021. Climate Bonds Standard. Climate Bonds Initiative,
London, UK. https://www.climatebonds.net/market/data/
● El Ghoul, S., Guedhami, O., Kwok, C.C.Y., Mishra, D.R., 2011. Does corporate social
responsibility affect the cost of capital? Journal of Banking and Finance 35, 2388–2406.
Strategic Management Journal 35, 1‒23.
● Flammer, C., 2018. Corporate Green Bonds. SSRN Electronic Journal.
● Flammer, C., 2020. Corporate Green Bonds . Journal of Financial Economics (JFE).
● Glavas D., 2020. « Green Regulation and Stock Price Reaction to Green Bond Issuance
», Finance, (Vol. 41), p. 7-51.
● ICMA. (2021). Green bond principles. International Capital Market Association.
https://www.sustainalytics.com/esg-research/corporate-esg-blog/about-green-
bond-principles#:~:text=%E2%80%9CThe%20Green%20Bond%20Principles%20
● Kanamura, T., 2020. Are green bonds environmentally friendly and good performing
assets? Energy Economics.
● Kapraun, J., and Scheins, C., 2019. (In)-Credibly Green: Which Bonds Trade at a Green
Bond Premium?, SSRN, www.ssrn.com/abstract=3347337.
● Klevan, Y., 2016. Fixed Income Investments in a Carbon-Conscious World, Investment
Research
● Morgan Stanley, 2017. Behind the green bond boom.
https://www.morganstanley.com/ideas/green-bond-boom
● Tang, D.Y., Zhang, Y., 2019. Do shareholders benefit from green bonds? Journal of
Corporate Finance.
● Zerbib, O.D., 2019. The effect of pro-environmental preferences on bond prices:
evidence from green bonds. Journal of Banking and Finance 98, 39–60.
Annexes

“Type d'émetteur. Les non-financiers restent en tête, le secteur public progresse”

Figure 1 : Climate Bond Initiative, 2021 https://www.climatebonds.net/market/data/


“Cette figure montre que des pays du monde entier ont émis des obligations vertes jusqu'au
deuxième trimestre 2018. Nous fusionnons la base de données Climate Bond Initiative (CBI)
avec l'ensemble de données Bloomberg sur les obligations vertes pour construire un
ensemble de données internationales sur les obligations vertes. Plus le vert est foncé, plus il
y a d'émissions d'obligations vertes dans un pays.”

Figure 2 : Tang, D.Y., Zhang, Y., 2019. Do shareholders benefit from green bonds? Journal
of Corporate Finance.
“Nombre d’obligations vertes par pays. Le panel A du tableau 1 montre que l’échantillon initial
comprend 1 510 observations uniques d'émissions d'obligations vertes au niveau mondial.
Cela comprend 209 banques commerciales, 456 sociétés, 489 banques de développement, 41
entités soutenues par l'État, 209 obligations municipales, 4 souverains et 85 titres adossés à
des actifs verts. Le panel B montre que les organisations supranationales, dont la SFI, la
Banque mondiale, la BEI et la BAsD, figurent parmi les émetteurs les plus fréquents. La Chine,
les États-Unis et les pays européens sont les principaux pays émetteurs sur le marché des
obligations vertes.”

Figure 3 : Tang, D.Y., Zhang, Y., 2019. Do shareholders benefit from green bonds? Journal
of Corporate Finance.
“Utilisation des produits. Les grandes infrastructures - notamment les transports - sont les
moins touchées”

Figure 4 : Climate Bond Initiative, 2021 https://www.climatebonds.net/market/data/


“Monnaie. Mélange similaire, avec davantage d'émissions dans des devises plus sûres.”

Figure 5 : Climate Bond Initiative, 2021 https://www.climatebonds.net/market/data/


“Méthodes de recherche et conclusions sur le prix des obligations vertes. Ce tableau résume
les méthodes de recherche et les résultats empiriques des études sur le prix relatif des
obligations vertes par rapport aux obligations conventionnelles.”

Figure 6 : Zerbib, O.D., 2019. The effect of pro-environmental preferences on bond prices:
evidence from green bonds. Journal of Banking and Finance 98, 39–60.
“Les erreurs types robustes figurent entre parenthèses. Les symboles ***, ** et * indiquent
que la signification statistique est respectivement aux niveaux de 1 %, 5 % et 10 %. Nous
affichons les estimateurs de la différence en (DiD) avant et après le jour de l'Accord de Paris
(12/12/2015), qui représente le jour de l'événement exogène. Cela le jour du choc exogène.
La variable dépendante est le rendement anormal moyen cumulé (CAR) dans tous les
modèles. Dans le modèle (1), l'analyse DiD est calculée avec les mêmes variables de contrôle
que le modèle (3). mêmes variables de contrôle que le modèle (3) du tableau IV. Dans le
modèle (2), nous ajoutons la classification industrielle standard (SIC) à deux chiffres. Dans le
modèle (2), nous ajoutons le code à deux chiffres de la Classification Industrielle Standard
(SIC) et le pays comme contrôles au modèle (1).”

Figure 7 : Glavas D., 2020. « Green Regulation and Stock Price Reaction to Green Bond
Issuance », Finance, (Vol. 41), p. 7-51.

Vous aimerez peut-être aussi