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Dans l’enceinte de la Haute Cour de justice de


Londres, durant plus de quatre heures, le représentant
Extradition d’Assange : les États-Unis
de la justice américaine, le procureur James Lewis, a
tentent d’amadouer les juges assuré aux deux juges chargés du procès en appel qu’il
PAR JÉRÔME HOURDEAUX
ARTICLE PUBLIÉ LE JEUDI 28 OCTOBRE 2021 avait apporté de «nouvelles preuves».«Les éléments
sur lesquels s’était basée la juge ont complètement
changé», a-t-il notamment affirmé.

Des manifestants devant la Haute Cour de justice à Londres,


le mercredi 27 octobre 2021. © JUSTIN TALLIS / AFP
En ouverture mercredi, à Londres, du procès en Des manifestants devant la Haute Cour de justice à Londres,
appel du fondateur de «WikiLeaks », sous la le mercredi 27 octobre 2021. © JUSTIN TALLIS / AFP

menace d'une extradition vers les États-Unis, le En première instance, la juge Vanessa Baraitser avait
département de la justice américain a présenté une rejeté, le 4janvier dernier, la demande d’extradition,
séries d’«assurances». En cas de condamnation mais au seul motif des risques pour la santé mentale
outre-Atlantique, Julian Assange pourrait demander à de Julian Assange. La magistrate avait en effet rejeté
effectuer sa peine en Australie, son pays d’origine. les arguments de la défense visant à démonter les
Le département de la justice américain a tenté, accusations américaines et à reconnaître les aspects
mercredi, de rassurer les juges britanniques quant au politiques des poursuites engagées par le département
traitement qui serait réservé à Julian Assange s’ils de la justice.
acceptaient d’autoriser son extradition vers les États- Elle s’était en revanche montrée sensible aux multiples
Unis, pour y être jugé pour avoir diffusé les milliers experts qui, durant quatre semaines d’audiences,
de documents fournis par Chelsea Manning (détaillant étaient venus témoigner à la fois de la dégradation
les exactions de l’armée américaine en Irak et en de l’état de santé mentale de Julian Assange et des
Afghanistan). mesures drastiques auxquelles il serait soumis une
Cette première des deux journées d’audience du fois incarcéré aux États-Unis. Plusieurs juristes et
procès en appel en vue de l’extradition du avocats avaient détaillé le traitement systématique
fondateur de WikiLeaks, auxquelles Mediapart assiste réservé aux personnes détenues pour des motifs liés à
par visioconférence, a été quasiment entièrement la sécurité nationale.
consacrée à l’accusation, la seconde étant réservée à Dans l’attente de leur procès, elles sont envoyées
la défense. dans le centre de détention d’Alexandria puis, après
Elle a également été marquée par l’apparition à leur condamnation, dans l’«ADX», la prison de très
plusieurs reprises de Julian Assange qui assistait à haute sécurité de Florence, dans le Colorado. Ces
l’audience à distance depuis une pièce de la prison deux établissements ont la particularité de disposer de
de Belmarsh, où il est incarcéré. Le journaliste est quartiers ultra-sécurisés et d’une organisation dédiée.
apparu les cheveux longs, barbu, visiblement fatigué Julian Assange y ferait l’objet de «mesures
et amaigri par rapport à sa dernière apparition lors de administratives spéciales» («SAM», selon l’acronyme
l’audience précédente, au mois d’octobre 2020. anglais) particulièrement sévères. Dans ces quartiers,

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les prisonniers sont tenus à l’isolement le plus strict, James Lewis a ensuite passé une bonne partie de cette
ont l’interdiction de parler à leurs codétenus et n’ont première journée d’audience à tenter de démonter les
qu’un accès limité aux visites ou au téléphone. rapports d’experts ayant attesté, en première instance,
Plusieurs experts psychiatriques étaient également de la détérioration de la santé mentale de Julian
venus confirmer la dégradation de l’état de santé Assange, et notamment celui établi par le psychiatre
mentale de l’ex-rédacteur en chef de WikiLeaks et des Michael Kopelman.
idées suicidaires dont il pouvait être victime. Au mois d’août, le gouvernement américain avait en
Vanessa Baraitser avait admis que les conditions de effet obtenu de la justice britannique une extension du
détention qui l’attendent sur le sol américain risquaient champ de son appel afin d’y inclure la fiabilité de cet
d’avoir «un impact délétère sur la santé mentale de expert. L’accusation lui reproche d’avoir «dissimulé»
M.Assange». «La condition mentale de Julian Assange dans ses rapports le fait que Julian Assange avait
est telle qu’il serait abusif de l’extrader vers les États- commencé une relation avec son avocate Stella Moris
Unis», avait-elle déclaré en rendant son jugement. avec laquelle il a eu deux enfants. Ainsi, Michael
Kopelman aurait «trompé» la juge de première
Pour répondre à ces critiques, le département de la
instance.
justice américain a listé, dans ses arguments transmis
à la cour en amont du procès en appel, une liste Prenant appui sur cette omission, James Lewis a remis
de quatre «assurances».Tout d’abord, «les États- en cause l’ensemble des éléments relatifs à la santé
Unis n’imposeront pas de mesures administratives de Julian Assange. Il a notamment pointé que le
spéciales (SAMs) sur M.Assange, avant son jugement fondateur de WikiLeaks était «un lecteur avide du
ou après sa condamnation». Le document précise British Medical Journal», preuve qu’il serait capable
toutefois que cette promesse est «sujette à condition». de «feindre ou exagérer» son état.
Il n’est pas question de donner à Julian Assange «un Le représentant de l’accusation a également remis
chèque en blanc pour faire tout ce qu’il veut», a justifié en cause les pensées suicidaires de Julian Assange,
durant l’audience James Lewis. pourtant attestées en première instance, en se
Ensuite, s’il est reconnu coupable à l’issue de son lançant dans une longue et fastidieuse relecture du
procès, le fondateur de WikiLeaks pourra déposer une contre-interrogatoire de Michael Kopelman. «Il n’est
demande «de transfert de prisonnier vers l’Australie», pas possible de prévoir le risque de suicide», a
son pays d’origine, «où purger sa peine». «Les États- encore affirmé James Lewis. Le procureur s’est
Unis acceptent, par la présente, de consentir au également inquiété que, désormais, les personnes
transfert», s’engage le département de la justice. visées par une demande d’extradition n’utilisent
Troisième «assurance», «les États-Unis s’engagent» les tendances suicidaires comme «un joker» leur
à ce qu’en cas d’extradition, Julian Assange reçoive permettant d’échapper aux poursuites.
«tout traitement clinique ou psychologique» qui En fin d’audience, l’avocat de Julian Assange, Edward
pourrait être nécessaire. Enfin, le gouvernement Fitzgerald, a disposé d’une demi-heure pour répondre
américain promet qu’il ne serait pas détenu dans la aux arguments de l’accusation. Concernant la remise
fameuse prison de haute sécurité (ADX) de Florence en cause de l’intégrité de Michael Kopelman, il a
dans le Colorado. expliqué que la relation entre Julian Assange et Stella
Devant les magistrats d’appel, James Lewis a Moris était demeurée secrète afin de préserver la vie
rejeté tout risque que le gouvernement américain privée du couple. Il s’agissait d’une décision «humaine
trahisse ses promesses en assurant que celles-ci naturelle», a-t-il plaidé.
étant «contraignantes», elles seraient respectées par Edward Fitzgerald a par ailleurs contesté
l’administration pénitentiaire. l’interprétation faite par l’accusation des dépositions
des experts psychiatriques. «Je me demande si mon

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estimé confrère a lu le même jugement que moi», La justice américaine souhaite juger Julian Assange
a-t-il ironisé. Concernant les «assurances» offertes pour son rôle en tant que rédacteur en chef de
par la justice américaine, l’avocat a estimé qu’elles WikiLeaks dans la diffusion de plusieurs séries de
«arrivaient très tard» et qu’il n’y avait «aucune raison documents classés secrets, dont ceux fournis en 2010
pour qu’elles soient acceptées» par la cour. par Chelsea Manning et détaillant les exactions de
Lors de la seconde journée d’audience, jeudi, la l’armée américaine en Irak et en Afghanistan. Visé par
défense disposera à son tour de plusieurs heures pour dix-huit charges, dont des violations de l’Espionage
faire valoir ses arguments. La décision finale des juges, Act, il risque 175années de prison.
elle, ne sera connue que dans plusieurs semaines.

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