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Annales de l'Université de

Paris / publiées par la Société


des amis de l'Université

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


Société des amis de l'Université de Paris. Auteur du texte.
Annales de l'Université de Paris / publiées par la Société des amis
de l'Université. 1929.

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4 R 3037 1929J4

Annales de l'université de Paris


Année 1929 Tome 4
Annales
F Université
1 de
de

Paris
Par°i~
PUBLIÉES PAR LA SOCIÉTÉ DES AMIS DE L'UNIVERSITÉ

Paraissant tous les deux mois

SOMMAIRE

Faculté des Sciences. Rapport annuel du Doyen. nja--ii)iS. •


<?
Institut de Physique du Globe.– Itupport du Directeur, i93:-r.j:-fc
Ferdinand Brunot. –
Les Hom;uitiqm'> i-l lu langue poétique.
i'i:'s
reuee faite ù la Sorb'niiK* le jeudi sO jumiur
OonW-

Les études (.ograpliiques à Pai is. il. I/ln»tilul


Emmanuel de Mertonne.
df l'I'nivcrfiU- d>: Paris
de Cic'npruph:-
Vie scientifique. – Travaux ''t I'iibll«:.iliou* ":l
I»i»cour« prononefs à riuauitu ration de l'In-·
Chronique de l'Université. J ennemies
stitut Henri-I'olncaré. Conférences faite- par- les profi"«-ur*
'•lrang<'Tc<. Conférence» <U" la Suciélé des Amis de l'Unit «rsitc <>

PARIS
L'UNIVERSITÉ DE PARIS
BUREAU DES KLVSEIGSRMEXTS SCIENTIFIQUES DE

A LA SORBONNE
Dictionnaires La r o u ss e
encyclopédiques et Illustrés
Les meilleurs des dielionnairet françait, cilèbm
(tant (e monde entier, mdnpm*attlts « quiconque
ftuttie ou pratiqur ta tanattt fronçait*

LAROUSSE DU XXe SIÈCLE


ta, lit coIuhks crand in-V (32X^5). Le grand dictionnaire em-ycloiAliqiie de
notre tpoque. rrjierloJre complet de la langue fra«vui*< inventaire eiitiisreim'nl
renouvelé du ravoir humain, Le Tome I. «J«:jà paru, contient :U).5jo arliiMe»,
-.75i gravures, tji« hora-texte, etc. Le Tome II parait par fniciuuiut depuis
-lécemhrc dernier et *era terminé li/i lyaj. t'uscwuic-s't'ci-Htn <'« 1G pugts, avec
cumfiliu/ts île suascri[ilioii, franco sur demande.
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i->
|>»(te* ( i S.» >: »<i;, fi. vyn gravures,
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Chefs-d'œuvre des grands écrivains
Ëlêaantt* MilU'iis annotées par tirs prujtssturs d'I ni-
x'trtili' Htui'rfcs il' ymvur-:s ilneununtairrt.
»), ryp.rnulrit
furmnt cnmm (iS,5x
6-
sni,cin(e.

XVI' SIÈCLE. Ronsard OKuvrc* rhoisies, i vol. Rabelais, 3 vol.


XVII* SIÈCLE. Corneille 'llx-àtre tlioi.-i, i vol.
filel. S vol. – Molière 'lln:4lre uoiupici, 8 vu!. La Fontaine
Boileau, t vol. – Bossuet (Ouvres tlioi»ie«, a vol. Fenelon Œuvre»
-
Racine Théâtre com-
Fables, > vol.

choisie, i rai. Pascal s vol. – La Bruyère v vni. – La Rocbeiou-
cauld, i vol. XVIII' SIÈCLES. Regnard ïliéàirc choisi ?vol. Saint-
Simon Mémoire! .«xtriiit-i, i vol. J.-J. Rousseau. vol. –Voltaire, •> vol.
Diderot, 3 vol. – Montesquieu Lettres persane», i vol. Beaumar-
chais lln-àtre i-iioH, ^ol.
Lesaye <iil hi.-n. a *ol.
: Chanjforl Maxime* <;t l'eim'e*.
XIX* SIÈCLE. Chateaubriand (fcuvre» choisies,
i vol.
3 vol. Stendhal. "> vol. Balzac, « vol. Mérimée. 3 vol. A. de
Musset. s vol. A. de Vigny. 7 vol. Lamartine, vol. – Sainte-Beuve,
vol., etc. Chaque voluttif lirui:lir, 8 fr. llurx -i'-rie. Victor Hugo UKuvrcs
t- 1 1 i> i h- s n vol. Cliaijiie vol., 22 tr.

En vente chez tous les Libraires


et LIBRAIRIE LAROUSSE, 13-17, rue Montparnasse, Paris-6*
Catalogue sur demande
ANNALES DE I/UNIVERSITÉ DÉ PARIS
Publiées par »» SOCIÉTÉ DES ASUS DE LX'XIVttftSITÊ DE PAHI8

Paraissant tous tes deux mot»

DIRECTION ET Administration
Bureau des Renseigne m«»t s Scientifiquesde l'Université «je Paria

Le Numéro 5 francs –•»«


A LA SORBONNB, PARIS (V*)

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OClete des lUIS de
C l'Université
uniVerS) dee Paris.)
arls.)

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Étranger Congrus de Stockholm.
l'N AN 35 fr. pour tous les autres pays.
UNIVERSITÉ ï>E PARIS

0"'
Kava<l« 4

l'angle de
lN->riTir HE liÉOliRAI'JIIK
la rue S:tinl-Jiic.|ucs ei de la
-z..1

rue Pierre-Curie
A~nMës
v et,tylyi,,k~c

l'Université de Paris

Faculté des Sciences


RAPPORT ANNUEL DU DOYEN
ANNÉE SCOLAIRE 1937-1938

PERSONNEL

Décès
M. Chabrié, professeur de chimie appliquée, directeur de l'Ins-
titut de chimie, est décédé le 4 février 1928.
M. G. Sagnac, professeur honoraire, est décédé le 26 février 1928.
M. André Job, professeur de chimie générale, est décédé le
16 août 1928.
M. P. Puiseux, professeur honoraire, est décédé le 28
sep.
tembre 1938.
Nominations de professeurs
M. Jacob a été nommé professeur de géologie, en remplacement
de M. Haoo, décédé, à partir du 1» janvier 1928, par décret en date
du 7 janvier 1928.
M. Pascal a été nommé professeur de chimie appliquée, en
rem-
placement de M. Chabrié, décédé, à partir du iw avril 1928,
par
décret en date du 3i mars 1928.
). t
Nomisiations de professeurs honoraires
M. Hérouard, professeur sans chaire, admis à faire valoir
ses
droits à la retraite à partir du î" août 1928, a été nommé professeur
honoraire par décret du 27 juin 1928.
M. R. DONGIER, professeur sans chaire, admia â faire valoir ses
droits à la retraite à partir du i" août 1928, a été nommé professeur
honoraire par décret du 27 juin 1928.

Nominations
M. René Garnier, professeur de calcul différentiel et intégral à
la Facultédes sciences de Poitiers, a été nommé, à dater du t" jan-
vier 1928, chargéde cours dans la chaire de mathématiques générales,
poste précédemment occupé par M. Chazy.
M. Montel a été nommé professeur dans la chaire de théorie des
fonctions et théorie des transformations (chaire de M. Vessiot, en
congé comme directeur de l'École normale supérieure).
M. CHAZY, chargé de cours, dans la chaire de mécanique ration-
nelle.
M. ViLLEy, chef de travaux de mécanique physique,a été nommé
maître de conférences de mécanique physique (fondation de l'Uni.
versité), à dater du i" novembre 1928.
M. Chrétien, chef de travaux pratiques, détaché à l'Institut
d'optique, a été nommé maître de conférences à partir du iw juil-
let 1928 (emploi créé par l'Institut d'optique); arrêté du 22 juin 1928.
M. PRENANT a été nommé maître de conférences de zoologie, en
remplacement de M. HÉROUARD, admis à faire valoir ses droits à la
retraite, à partir du Ier octobre 1928.

Transformations it chaires
La chaire de Théorie des groupes et calcul des variations a été
transformée en chaire de Théorie des fonctions et théorie des trans-
formations.
La chaire de géologie appliquée et géologie régionale a été trans.
formée en chaire de géologie structurale et géologie appliquée.
La chaire de géographie physique a été transformée en chaire de
géographiephysique et géologiedynamique.

Institut de chimie
M. URBAIN, professeur de chimie minérale à la Faculté, a été
nommé Directeur de l'enseignement pratique de la chimie à la
Faculté, Directeurde l'Institut de chimie (arrêté du 18 février 1928).
M. MARQUIS, chef de travaux à l'Institut de chimie appliquée, a
été nommé sous-directeur de l'Institut de chimie (arrêté du
9 mars 1928).
Imtitul de physique du globt
M. Labrouste a été nommé physicien à l'Institut de physique
du globe et maître de conférences de physique du globe,
placement de M. Dongier, admis à la retraite. en rem.
M. SALLES, assistant, a été nommé physicien adjoint à l'Institut
de physique du globe, en remplacement de M. LABROUSTE.

Cours libre
Uh cours libre a été fait par M. Louis de Broglie
suivant Le rôle des ondes continues
sur le sujet
en mécanique ondulatoire.
Chain de mécanique des fluides
Des conférences ont été faites sur les sujets suivants
M. Riabouchinsky Sur les Paradoxes de t'Hydrodynamique.
M. Toussaint Aérodynamique appliquée Théorie
et tracé des
profils d'ailes sustentatrices. Applications pratiques et vériacations
expérimentales.
M. H. Bénard Tourbillons cellulaires tourbillons de bandes
et
dus à la convection de la chaleur en régime
permanent.
M. Métral Dynamique générale des fluides visqueux
visqueux. et non
M. H. Villat Quelques problèmes liés à la résistance des
fluides
visqueux. Problème de Stokes, etc.
M. Camichel Sur quelques problèmes d'hydrodynamique et
d'hydraulique.
Relations interunivenitaires
Docteurs a Honoris causa »
Le titre de docteur « honoris causa de l'Université de Paris été
» a
conféré à
Lord MELCHETT, pair d'Angleterre.
Sir Ch. Sherrwgton, professeur à l'Université d'Oxford.

M. Painlevé a été nommé docteur « honoris causa » de l'Université


de Cambridge (16 novembre 1927).

Enseignement la Fatuité de projesseurs étrangers


Conférences pour l'Institut franco-brésilien.
M. AMOROSO Costa, professeur à l'Université de Rio de Janeiro,
a fait une série de conférences sur « Les géométries non archimé-
diennes ».
M. Pbïroyitch, professeur l'Université de Belgrade, agréé à
à
l'Université, a fait une série de conférences sut tt Les spectres
mathématiques ».

Emeigmmtttt et mission à VHrangtt de professems d do Fof«M

M. Javilubr Enseignement aux Universités de Montréal et de


.Québec.
M. Perez Enseignementà l'Institut océanographique de Madrid.
M. RABAUD Conférences à l'Université de Varsovie.
M. Fabry. délégué à Leyde à la réunion de l'Union astronomique
internationale, conférences à Leyde et à Amsterdam.
M. CAULLERY Enseignement au Brésil.
MM. Emile Borel et E. CARTAN, délégués au Congrès interna.
tional des mathématiques à Bologne.
M. URBAIN Conférences à Prague.
M. BtARiNGHEM Mission au Japon.
M. P. Montel Conférences en mai 1927 en Roumanie, à l'Ins-
titut franco.roumain de Bucarest, Cluj, Jassy, Cernauti.
M. MAURAIN Congrès de la League of the Empire, à Londres.

N
STATISTIQUE DES étudiants
Étudiants inscrits pour les diverses disciplines

Agrégation.
1
j
Sciences mathématiques..
physiques
– naturelles. 6
tt
j3

DOCTORAT d'État.
(

J

Sciences mathématiques..
physiques
86

13
}J
33
naturelles
D'UsivERsnÉ
ingénieor-docteor
DOCTORAT
( i3
z3

supérieures.
5g

chimie
a
Diplômes D'ÉTUDES
CERTIFICATS D'ÉTUDBS
CERTIFICAT P. C.
supérieures 22
3482
iot3
INSTITUT DE
ÉTUDIANTS iwmatricctês, NE
Nombre TOTAL DES
postulant aucun
ÉTUDIANTS INSCRITS
grade 2|0
3?9
4 r37

En 1926-1927, le nombre des étudiants était de 4066.


Ces 4137 étudiants se répartissent de la façon suivante:
3 261 hommes et 876 femmes, 3 192 Français et 964 étrangers
(808 hommes et 131 femmes).
Les étudiants étrangers se répartissent ainsi par nationalités
Répartition des étrangers
Esthonie. 5 Pologne i5it
Albanie
Allemagne.
Angleterre.
3
10
27
États-Unis 22 Pérou
Equateur. 1 Perse
5

Argentine. Finlande. 3 Royaume des
Arménie
Autriche.
3
7 Grèce
Hongrie
35
i5
Serbes-Croates-
Slovènes. 37
Belgique
Bolivie.
7
12 Irlande
Italie Russie 4 Roumanie 230

Brésil
Bulgarie
t
Japon. Suède
5 Suisse 10 164
2

Chili
1
2$ Lettonie t6 t3
3 Lithuanie. 20 Syrie 2
Chine
Colombie.
Danemark
Egypte
Espagne
38
6
t
31
Luxembourg
Mexique
Norvège
Panama.
Pays-Bas
i quie
7 Turquie
5 Tchécoslova-
3
4
Uruguay.
Venezuela.
12

7
3
3
4

Parmi les candidats aux certificats d'études supérieures, 104 étu-

Droit
diants étaient immatriculés dans d'autres Facultés.

Médecine
Lettres.
Pharmacie 47
36
>4

Total.
7
104

STATISTIQUE DES examens


Baccalauréat
Candidats

Session d'oclobro 1037. Examinés. Ajournés. Admis.

in partie. Sciences ) admis-


dont 76
langues vivantes 764 43o 334 ) sibles.
3* partie.
tiques
–Mathéma-
Sic) 319 3oo
> do.nt 91 admis-
) sibles.
Candidats reçus à l'une
des séries de la 2* épr.

l'autre.
et s'étant présentés à

Sentoa de juillet 1937.


88 58 3o
dont 33 admis-
» sibles.

,» partie. -4« série: j dont 80 admis-


Sciences langues vi- ï
Sllllcs
vantes i852 1017 835 1
30 partie.
tiques
i.-
·
MatluSma-

Caadidats reçus â l'une


des séries de la a' épr.
et s'étant présentés à
l'autre
l'autre
Au total, 3 110 examens
~'t· 6j0tttP~
ty38

t49
149
859

53
do baccalauréat.
879

g6
96
t doat ya admis-
dont
sïbles.

dont S5 admis.
admts.
sibles,

CenlficaL4'é&adeaphysiques, chlmiquea et naturelles (P. G. N.)


Candidat,,
8xamtnb. joû da:" "AOmb.
Session d'octobre
Session de juiUet 19a8
'927. 179 71
643 314 329
108

Iastüat de chimie
Caodldate
EWIIloé" Ajourne». àdoue-
Session de juillet t9a8. 209 34 175

V'`
(dont 43 dipJ6més),
Certificats d'études supérieures
Candidats
'100 d'octobre
1' âeuioa d'octobre 19~'l. Eumlnfa. AJollr04.. AdmIt
î
intégral.
Calcul différentiel et calcul
MtionBe)te.
A~omi<
Mécanique 43
70
29
So
13
20
6 5
Analyse supérieure.
Mécaniqueanalytique

supérieure.
3
5
)J
3
1
:3

matique.
Géométrie 2
Calcul des probabilités et physique mathé- a 1 1

Mathématiques préparatoires à l'étude des :1 » 2


scien<:esphysiqaes(anatyseetmecMtque).
Mécanique physique et expérimentale aox 149 Sa
Technique aéronautique 22 12 10
M. P. C to 2 8
Physique générale l
générale
1

Électrotechnique 142 81 61
Chimie générale
Chimie appliquée
Optique appliquée,
19
x38
38
1
IS
88
10
4
Sa
18
1 »
Candidats
EMm! Aiotf'3'. Admis.
8 S 3
Chimie physiqueet radioactivité. 1 1

Chimie biologique Il
Zoologie.
27 16
S. P. C. N 43 17 a6
23 Il

Géologie.
la
Botanique 35 21 14

générale.
Physiologie
Z4
t7
la
7
13
10

Biologie generate.
Géographiephysique.
Totaux.
65

880
1)

538
1
5
5
342

20 Session (Io juillet lou


Calcul différentiel et calcul intégral 11 51 20

Astronomie.
Mécanique rationnelle 130
a6
75
19
45
7
Mécanique
Analyse
Géométrie
supérieure.
analytique
supérieure. · · Ilt
a
4
2
2
5
»
2
6
Mécanique céleste 4 la 4
Calcul des probabilités et physique mathé-
matique 8 6 a
Mathématiques préparatoires l'étude des
sciencesphy$i<!ues(anatyseetmecanique). 338 307 131
Mécanique physique et expérimentale. 81 3; 47
Techniqueaeronautique. Ilt 6 5
M. P. c 3
Physique générale. 7
214 133
4
82

Chimie générale.
Physique duglobe.
générale
tlectrotecbnique
·
38
189
7
33
131
4
30
16
58
3
53
Chimie appliquée. 82
·

Minéralogie.
Optique appliquée
Chimie physique et radioactivité
68
5

5
:zo
Il

1
48
4
5

Chimie biologique 58

Zoologie.
41 17
S. P. C. N 93 43 SI

Géologie.
23 9 14
Botanique 70 41 39
3o
générale.
appliquée.
Physiologie
49
63
'9
36 37

·
Géologie
Géographie
Biologie
physique.
générale. _77
14
S

4 3
a
3
3
il
Totaux. '673 938 y35
Sciences physiques
– naturelles
Diplômes d'étadsB supérteutea
^3

Total 5

ai
Doctorat d'État
mathématiques
Sciences

– naturelles
physiques
Total.
28
60
,0

z%

Doctorat d'Université
Vingt-quatre thèses ont été reçues pour le doctorat d'Université.

Diplôme d'ingénieur-docteur
Deux diplômes.

Le nombre total des examens pour les élèves deI la Faculté est
de 3 698.
TRAVAUX DES ÉLÈVES
Les recherches effectuées dans les services et laboratoires de la
Faculté ont donné lieu à des publications beaucoup trop nom-
breuses pour qu'il soit possible de les énumérer ici.
J'indiquerai seulement les titres de ceux de ces travaux qui ont
été présentés comme thèses de doctorat ou de diplôme, et l'objet
des recherches effectuées par les élèves auxquels ont été attribuées
les bourses d'études.

Diplômes d'études supérieures


M. Grard. – Étude de la dialdéhyde malonique bromée CHO
– CH BrCHO.
M. Eurin. – Préparation de l'acide CO*H -CbC- (CH*)t C = C
-COH. Préparation du glycol CH5 – CHOH.CsC -(CH2)a – C =
D – – CH».
CHOH
M. Uriov. – Préparation de l'heptadiine i.S et de l'octadiine 2.6
dibromurés C«H»Br*.
Séparation des deux isomères
CH'Cl -CHO.C*H* C = C. CHO. C*H* CH'Cl.
M. Vaudet. – Étude du spectre d'étincelle du brome dans la région
de Schumann.
M. Nm. – Action du champ magnétiquesur quelques raies d'étin-
celle du chlore.
M. Privault. Étude du ralentissement par un iodure de la déco-
loration photochimiquede l'éosine.
M. Hochard. – Réalisation et étude d'un monographe strobo-
métrique a condensateur déformable,
M. MOTARD. Sur la séparation de l'iode par un nitrite alcalin et
l'acide sulfuriqueen présence de chlorures et bromures.
M. Rev. – Reçherches sur quelques bryozoaires ectoproctes.
I. Observations sur le corps brun. Il. Action de quelques agents
physiques ou chimiques sur le mouvement des aviculàires de Bugala.
M. BKRNAMONT. – Les diélectriques; Théories et expériences
récentes.
M. Anthouard. – Étude sur les conditions et le caractère du pas-
sage discontinu de la décharge à travers les gaz raréfiés.
M. Loyau. – Recherches sur le phénomène magnéto-optique de
Kerr dans le cas de l'incidence polaire normale.
M. Dutheil. – Mesure des températures par l'étude interférentielle
de la dilatation d'une lame transparente.
M. GASNIER. Mesure des indices de réfraction des liquides peu
transparents par la méthode des anneaux de Newton.
M. Theillaumas. La magnétostriction du fer et du nickel.
Mlle LACLOTRE. – Action des dérivés organo-magnésiens sur les
amides a trisubstituées.
M. Toussaint.– Recherches sur les pouvoirs inducteurs spécifiques
des carbures d'hydrogène.
M. JAVELLE. Sur l'identification des carbures d'hydrogène par la
polarisation rotatoire magnétique.
M. Hocart. – Enregistrement et mesure des coups de bélier par
l'intermédiaire du quartz piézoélectrique.
M. Rivière. –
et de la Bevera.
Recherches sur la tectonique des régions de la Roya

M. GARNIER. Sur une diptéro-cécidie florale Seneçio jaco-


bœa L. attaqué par Stictodiplosis Jacobce H. Lôw.
M. Robin. – Dosage des arséniates après réduction en arsénites,
application aux dosages du Bi et de l'Ai.
M. Loret. – Dosages titrimétriquesdu cyanure mercurique,
M. Daviault. – Sur le développement post.embryonnaire de la
bruche du haricot Acanthoscclèdesobtectus Say.
M. Dkbrach. – Variation des moments magnétiques avec la tempé-
rature au voisinage de la température ordinaire.
Mlle Locrau. – Quelques observations sur les mouvements proto-
plasmiques.

M. VallëT. Oxydation directe du platine divisé.
M. Richard. – Action de la lumière linéairement polarisée sur les
couches sensibles de protochlorure d'argent.
Doctorat d'État
Sciences MATHÉMATIQUES
M. Jekhowsky. – Étude sur les transcendantes de Fourier-Bessel &
plusieurs variables.
M. Fbjuud. – Sur une généralisation des correspondances.ponc-
tuetles qui établissent l'applicabilité projective.
M. F. PBRRIN. – Étude mathématique du mouvement brownien de
rotation.
M. DBtSAUTE. – Les Rotations fonctionnelles.
M. Sbbag. – Sur l'équation aux dérivées fonctionnelles partielles
relative à l'aire d'une surface minima limite à une courbe gauche et
sur la recherche de ses solutions homogènes.
M. Nicolesco. – Fonctions complexes dans le plan et dans l'espace.
M. Bibjuucki. – Sur les équations algébriques contenant des para-
mètres arbitraires.
M. DEJnCHENKO. I. Sur les cavitations solitaires dans un liquide
infini. Il. Sur l'influence des bords sur le mouvement d'un corps
solide dans un liquide.
M. Nicoladze. – Sur les systèmes continus de figures
géométriques.
M. CBARRUBAO. – Sur les figures d'équilibre relatif d'une masse
liquide en rotation.
SCIENCES PHYSIQUES

M. Bricout. – Recherches sur la luminescence de la vapeur de


mercure excitée par choc électronique.
M. SAMSOEN. Contribution à l'étude de l'état vitreux et de la
dilatation des verres.
M. Lapresle. – Contribution à l'étude expérimentale du
champ
aérodynamique autour d'un profil sustentateur.
M. Labarrb. – Contribution à l'étude de la manno-cellulose sur la
production de deux nouveaux sucres « Un tétramannoside et un
pentramannoside ».
M. Euon. – Recherches sur le rûle du phosphore dans la vie de la
levure et dans la fermentation alcoolique.
M. Barre. – Action des organo-magnésiens sur quelques amides,
oxaliques.
M. FORESTIER. –Transformations magnétiques du sesquioxyde de
fer, de ses solutions solides et de ses combinaisons ferromagnétiques.
M. Rocard. – Théorie moléculaire de la diffusion de la lumière
par les fluides.
M. Bovis. Les larges bandes d'absorption continue chez les
halogènes.
M. Bouis.Recherches sur les carbures alléniques.
M. Nitzberg. – Contribution à l'étude des sucres à sept atomes de
carbone.
M. BMUuui.
lamine.
– Recherches sur les amiaes du groupe de la beniy-

M. David, – Contribution à l'étude de l'amplification des ondes


radio-électriques courtes.
M. QvsiET. – Sur quelques dérivés éthyléniques para-bromés du
benzène et leurs combinaisons organotnagnésiennes.
M. Prévost. – Sur quelques dérivés des carbures érytbréniques,
leur allure considérée au point de vue de la transposition allyl-
synionique.
M. KiRRMANN. – Recherches sur les aldéhydes a bromées et quel.
de leurs dérivés.
ques-uns
M. Gaiixiov. – Recherches sur l'huile de Cadet.
M. Ballay. L'effet Ludwig-Soret dans les alliages métalliques.
M. DaNJON. –Recherches de photométrie astronomique.
M. Loubard. – Contribution à l'étude de la diffusion des gaz il
travers les métaux.
M. Anjl Kumar. Das, – Contribution à l'étude des spectres d'ab-
sorption des halogènes.
Mme Montamat, née Perrbttk. – Contribution à l'étude de l'iso-
topie du plomb.

M. DiiFAY. Recherches sur la lumière du ciel nocturne.
M. Carafoli.
dynamique.

Contribution à l'étude de la sustentation en aéro-

M. Hugcett. Application de l'analyse thermomagnétique aux


oxydes et aux minerais de fer.
M. Mavrodin. – Action de quelques dérivés organe-magnésiens
sur les éthers cyanacétiques, mono et dialcoylés.
M. Frilley. – Spectrographiepar diffractioncristalline des rayons
Y de la famille du radium.
M. Jacquet. – Contribution à l'étude de la radioactivité des eaux
minérales et du magnétisme des roches volcaniques du département
du Puy-de-Dôme.
SCIENCES NATURELLES

M. PATTE. Études géologiques dans l'est du Tonkin.


M. RaNSON. – L'absorption de matières organiques dissoutes par la
surface extérieure du corps chez les animaux aquatiques.
M. Buroixbt. Le Sahel de Sousse. Monographie phytogéogra-
phique.
M. Bertrand. Les larves des Dytiscides, Rygrobiides, Halplides.
M. Hauel. – Recherches sur les genres Acrochoetium Naegl et
RhodochortonNaegl.
M. Delaunay. – Recherches biochimiques sur l'excrétion azotée
des. invertébrés.
M. Daguin. – Contribution à l'étude géologique de la région pré-
rifaine.
M. Denizot. – Les formations continentales de la région orléa-
naise.
M. PETIT. Contribution it l'étude cytologique et taxinomique des
bactéries.
M. Risbec.– Contribution à l'étude des nudibranches de la Nou-
velle-Calédonie.
M. Rizzolo. – Études expérimentales concernant l'écorce cérébrale
du chien.
Mlle Bonne. – Recherches sur le pédicillc et la fleur des rosacées.
M. Florence. – Contribution chimique à l'étude de la narcose
provoquée. Influence de la migration de l'halogène et de la double
liaison dans la série des uréides des acides valérianiques.
M. Lambert DES Cuxbuls. – Le Phytoplancton de la Loire et de
ses affluents dans la région saumuroise.
Mlle Hibbard. – Contribution à l'étude de l'ovogénèse, de la
fécondation chez Discoglossus pictus, Otth.
M. KAHN. Recherches de physiologie générale sur les variations
d'équilibre des constituants cellulaires.
Mme GUBLER, née Wahl. – La nappe de l'Ubaye au sud de la vallée
de Barcelonnette.
M. Motte. – Contribution à ta connaissance cytologique des
muscinées.
M. KILLIAN. Étude comparative des caractères morphologiques et
culturaux chez les Ascomycètes et les Dentéromycètes.
Mlle Nattan-Larrier. – Relations entre l'imbibition et la chronaxie
du muscle strié.
M. Augem. – Les glucides des iris (nature, genèse et transforma-
tions).
M. Genevois. – Sur la fermentationde la respiration chez les végé-
taux chlorophylliens.

Doctorat d'Université

M. JEASTET. – Contribution à l'étude des nitrites phénil-acétiques


monoalcoylés.
M. Jedzejowski. Recherches sur la charge des rayons a émis par
i gramme de radium par seconde.
M. Labid. Contribution à l'étude des deux fonctions de l'acide
camphonique.
M. Suao. – Étude de l'action des acides monochloracétique et
dichloracétique sur l'a pinène dextrogyre.
M. Fericea.no. – Recherches sur les chloroiso indigotines.
M. Fourxier. – Étude systématique des genres et espèces com-
plexes, ainsi que de leurs formes hybrides pour la flore parisienne et
les régions du Centre, du Nord et de l'Est.
Mlle ÉMERIQUE. – Recherches sur l'imbibition de quelques com-
plexes colloldaux naturels. Contribution à l'étude des échanges
cellulaires.
M. RotXAND. – Contribution & l'étude des éthers ehlorobenzoy-
acétiques.
M. WaNC-Taï-Si. Recherches sur le cuivre, le fer, le manganèse
et le zinc chez les mollusques.
M.Szymanek.– Contribution à l'étude du « Phytophora infestans».
N. Atha.NASOFF. – L'anatomie et la maturation des chaumes d'un
pied de blé colosse de Razgrad (Trétianuturgidum, L.).
M. Me. Lauohlin. Recherches sur les gros ions.
M. LevÊQVE. – Les lois de la transmission de la chaleur par con-
vection.
M. Silberstein, Contribution à l'étude du soufre dans le sol et
chez les végétaux.
M. Karasiewicz. – Influence du carbonate de sodium et du chlo-
xure de calcium sur la teneur en acides orgapiques du mais (Zea
maïs, L.).
M. Bouckaert. Influence du calcium sur l'excitabilitédu système
nerveux sympathique.
M. Arènes. – Les associations végétalesde la Basse-Provence.
Mme Alexa, née Manoliu. – Contribution à l'étude du bacille
paratuberculeux de la fléole. Propriétés pathogènes allergisantes et
antigènes.
M. Lecoq. – Recherches expérimentales sur les vitamines B conte-
nues dans les levures, dans leurs extraits et dans leurs milieux de
culture.
M. Rosknblom. Recherches expérimentales sur le passage des
rayons a à travers la matière.
M. Liste1. – Recherches sur l'extraction du zinc des terres calam-
niaires par voie humide.
M. Ror. – Recherches sur la radioactivité de l'atmosphère.
M. KiRSTE.– Recherche du maximum pratique de l'agrandissement
des avions commerciaux, basée sur une étude simultanée des condi-
tions de vol et de la résistance des matériaux.
M. Anacnostopoulos. – Transpositions intramoléculaires dans la
série des diaryl t z éthyl 3 butanol s – 1

Diplôme d'ingénieur-docteur
M. NiCOMitCH. – Sur le dédoublement optique dans la série arylar-
sénitjuc.
M. Pris. – Recherches expérimentales sur la théorie des surfaces
portantes. Récupération de l'énergie tourbillonnaire.
Recherches effectuées par les étudiants
auxquels ont été attribuées
des bourses d'études de la Faculté
La Faculté des sciences s'efforce d'attirer vers les recherches
scientifiques un grand nombre de jeunes gens; elle dispose de
bourses fondées par de généreux donateurs qui ont compris l'impor.
tance capitale de la recherche scientifique, et elle a consacré d'ail.
leurs à des bourses une partie importante des donations sans affec.
tation spéciale qui lui ont été faites. Pour l'année scolaire 1927-1928,
les valeurs de ces bourses ont été généralement de gooo francs pour
les célibataires et 11 000 francs pour les étudiants mariés, c'est-
à-dire plus fortes que les années précédentes; je puis ajouter que
les bourses attribuées pour l'année 1928-1929 sont encore plus
élevées, de 10 000 à i3ooo. L'intention de la Faculté, en étevant
ainsi le taux des bourses qu'elle accorde, est de permettre autant
que possible aux titulaires de ces bourses de vivre sans chercher un
supplément de ressources dans d'autres occupations qui nuisent à
leurs travaux (ce que ne permettent malheureusement plus les
bourses d'études accordées par l'État, qui sont restées à un taux ne
permettant manifestement pas à un étudiant de vivre à Paris).
Voici les sujets des recherches des titulaires de ces bourses.

BOURSES ET SUBVENTIONS COMMERCY

SCIENCES MATHÉMATIQUES
Renouvellements. M. Étude sur la théorie des ensembles.
BLANC.


M. Weil. Études d'arithmétique classification des fonction-
nelles.
Bourse nouvelle. M. COULOMB. Recherches sur la théorie des
espaces de Riemann.
SCIENCES PHYSIQUES
Renouvellements. –
M. Bouts. Synthèse des carbures alléniques.
M. CAU. Étude des propriétés optiques et magnéto-optiques des
–couches très minces de métaux. –
M. ROCARD. Recherches sur
l'hydrodynamique et la théorie cinétique des gaz. Diffusion de la
lumière. M. Martinot-Lacarde. Recherches sur les tourbillons
dans les fluides et résistance à l'avancement.

SCIENCES NATURELLES
Renouvellements. M. Kuhnek. Recherchessur les champignons.
M. Portillon. Recherchessur les matières grasses du Sterigma-
tocysti» nigra. Mme Parât. L'ovogénèse, la vitellogénèse, la
fécondation et le développement de Paracentrotus lividus.
M. Comignan. Études sur les scorpions.

BOURSES ARCONATI-V1SCONTI

SCIENCES MATHÉMATIQUES

Renotivellemtnls. M. H. CARTAN. Recherches sur la théorie des



fonctions. – M. DE Possel. Recherches sur la théorie des fonctions
d'une variable réelle.
Bourses nouvellcs. M. Brelot. Études sur la théorie des fonc-
tions et la théorie des ensembles.
d'aérodynamique.

M. Carafou. Recherches

SCIENCES PHYSIQUES
Renouvellements. M. Coustal. Recherches de chimie-physique.
– M. Grenet. Recherches sur le magnétisme des roches.
Mlle Rémy. Recherches de chimie pure. – ^Mlle Vitte. Recherches

de chimie-physique. M. ROSSIGNOL. Propriétés spectroscopiques
d'étincelles. –M. Michel. Recherches sur le magnétisme.
M. MARIO DA Silva. Recherches sur les courbes d'ionisation.

SCIENCES NATURELLES

Renouvellements. Mlle BONNE. Études sur les rosacées.


Mlle GAMBIER. Recherches sur les différentes étapes de la sper-
matogenèse.
Basses-Alpes.
– Mme Gruber-Wahl. Études sur la géologie des

Bourses nouvelles. –M. Chouard. Recherches sur la morpho-


logie, l'anatomie et le développement des plantes bulbeuses.

M. GAVAUDAN. Recherches de botanique. M. Fontaine. Recher*
ches sur l'action des fortes pressions sur les êtres vivants.
Mlle Leduc. Recherches de physiologie végétale. Mlle Mali-
CHEFF. Recherches sur les limons et le quaternaire de l'Afrique du
Nord. M. TchanoYoung-Taï. Recherches sur la parthénogé-
nèse. M. 'Fermier. Géologiedu Maroc central. M. Toumanoff.
Recherches sur la phagocytose. M. MENCHIKOFF. Recherches
de géologie sur le Sahara occidental. –M. Young-Ko-Choung.
Recherches sur l'éclosion des mollusques céphalopodes, et déve-
loppement des Téléostéens.
BOURSE BLUMENTHAL
Renouvellement. – M. Rabikovitch. Recherches sur les couples
thermoélectriques.
BOURSE DEUTSCH DE LA MEURTHE
Renouvellement. M. Volkrjnger. Recherches sur les spectres
de gaz.
BOURSES CARNEGIE-CURIE
M. Rosenblum. Recherches de radioactivité.
Travaux de physique moléculaire.
– M. Pavlowski.
BUDGET
Le budget de la Faculté pour l'exercice 1928 s'est élevé, en
recettes et en dépenses, à 43SS697 fr. 11, dont 309184$ fr. 60 pour
le budget ordinaire et i 263 S81 fr. Sr pour le budget additionnel.
Je rappelle les observations que j'ai présentées dans mes rapports
des années précédentes sur l'insuffisance des subventions de l'État,
étant donné l'accroissement du nombre des élèves, le développe-
ment des laboratoires et surtout l'élévation du coût de toutes les
fournitures. M. le Ministre a bien voulu, en raison de ces besoins
manifestes, accrottre la subvention de l'État dans le projet de
budget de 1929 et accorder diverses subventions exceptionnelles
destinées à couvrir des dépenses nécessaires et urgentes. Nous
espérons ainsi arriver à rétablir un fonctionnement normal des labo.
ratoires et des services de la Faculté.

Nouvelles installations
L'INSTITUT Henri-Poincaré a été inauguré le 17 novembre 1928.
J'ai dit dans mon rapport de l'an dernier les donations grâce
auxquelles il a été élevé. L'International Education Board a ajouté
à sa donation de 100 000 dollars affectéela construction de l'Institut
une nouvelle donation de i8o 000 dollars en vue de la création d'en-
seignements nouveaux, qui comprennent une chaire et une maîtrise
de conférences de théories physiques, une maîtrise de conférences
de calcul des probabilités et physique mathématique, et des confé-
rences qui seront faites chaque année par des savants étrangers ou
des savants français ne faisant pas partie du personnel de l'Institut.
Le détail de ces enseignements nouveaux, qui commencent avec le
début de l'année scolaire 19281929, sera donné dans le rapport de
l'an prochain
L'accroissement du nombre des élèves au P. C. N. nécessité
a
l'extension des locaux affectés aux travaux pratiques de chimie;
M. le Ministre a bien voulu accorder une subvention extraordinaire
pour la construction 'd^rt Nouveau bltinieht.^ùi.: est en cours
actuellement..
Donations
Je viens d'indiquer la donation faite par l'International Education
Board pour la création d'enseignements à l'Institut Henju-Poincar*.
M. le ministre des Travaux publics a accordé une nouvelle subven-
tion au laboratoire de physique mécanique et expérimentale
en
de son installation hydrodynamique. L'Office national des vue
com-
bustibles liquides a continué à subventionner le laboratoire de
géologie appliquée et a aussi acrordé des subventions à plusieurs
autres laboratoiresde la Faculté. La Société des amis de l'Université
a distribué des subventions à plusieurs laboratoires.
La famille d'Emile HAUG, que nous avons perdu l'an dernier,
fait donation à l'Université de Paris des droits d'auteur afférentsa
au grand 'Iraiti de géologie de Haug; il a été ainsi constitué une
« Fondation Emile Haug », dont les revenus serviront à subvention-
ner des travaux de géologie, particulièrement ceux qui, par leur
objet, continuent les travaux de Haug.

OBSERVATIONS DU DOYEN
Nous nous réjouissons de l'accroissement du nombre des étu.
diants et des travailleurs dans les laboratoires, parmi lesquels
sont
beaucoup d'étrangers. Mais l'exiguïté de certains locaux et la modi-
cité des crédits entrainent de grandes difficultés. Je signalerai
par-
ticulièrement cette année celles qui se produisent
au P. C. N., où
le nombre des étudiants a dépassé notablement
r o00 l'an dernier;et
a encore augmenté cette année; nous avons organisé au P. C. N.
une 3* section, la fragmentation en trois parties des étudiants étant
devenue nécessaire d'après la contenance des amphithéâtres des
et
salles de travaux pratiques; mais cette organisation
avec les crédits
actuels est bien précaire, et il sera nécessaire de la consolider et de
l'améliorer.
Ch. Mausaik.
Institut de Physique du Globe
de l'Université de Paris

RAPPORT DU DIRECTEUR
POIR L'ANNÉE SCOLAIRE 1927-I9'8

PERSONNEL

Il y a eu, dans le cours de l'année, plusieurs changements dans le


personnel M. Doncier, physicien titulaire, malheureusement
éloigné de nous par son état de santé, a pris sa retraite à la date
du i" octobre 1928 et a été nommé professeur honoraire à la
Faculté des Sciences. Il a été remplacé par M. H. LABROUSTE, qui
figurait dans les cadres comme professeur sans chaire à la Faculté
des Sciences de Strasbourg, mais était en fait depuis cinq an»
délégué dans les fonctionsde physicien adjoint à t'Institut de Phy-
sique du Globe de Paris.
Au poste de ph>sicienadjoint laissé libre par M. LABROUSTE a été
nommé M. Salles, docteur es sciences, assistant à la Faculté des
Sciences de Paris, qui depuis longtemps participait aux travaux de
l'Institut de Physique du globe en ce qui concerne l'électricité
atmosphérique.
Un autre mouvement a eu comme origine la démission donnée
par Mme de M.\dinhac de ses fonctions d'aide-physkien.
Mme de Madinhac a été pour l'Institut de Physique du globe une
excellente collaboratrice son mari ayant été chargé d'importantes
fonctions industrielles à Barcelone, elle a dû nous quitter, en nous
assurant de son attachement et de son bon souvenir que ses anciens
collègues lui rendent bien. Elle a été remplacée à la date
du 1" mars 1928, par Mlle Hombry, qui appartenait jusqu'à ce
moment à l'Institut comme calculatrice, mais participait en réalité
aux travaux scientifiques Mlle Homery a été remplacée comme
calculatrice par M. Kougerib, licencié ès sciences, préparateur à
l'École des Hautes Etudes.
OBSERVATIONS

Les observations régulières faites dans les observatoires du Parc-


Saint- MauT, du Val-Joyeux et de Nantes les années précédentes ont
été continuées dans les mêmes conditions, et je signalerai seulement
les observations nouvelles faites avec deux lignes pour l'étude des
courants telluriques, l'une Nord-Sud, t'autre Est Ouest, et un grand
cadre horizontal destiné à l'étude par induction des variations de la
composante verticale du champ magnétique terrestre. J'ai établi
cette installation avec la collaboration de M. Eblé, dans l'intention
d'analyser avec détail les variationsdes courantstelluriques et celles
du champ magnétique et d'en étudier les relations. L'enregistreur
photographique employé actuellement est à grande vitesse de dérou-
lement, un millimètre par seconde. On ne peut dans ces conditions
le maintenir constamment en service il est mis en mouvement
lorsqu'il se produit une perturbation magnétique.
J'ai signalé l'an dernier les nombreux étalonnages faits au
Val-Joyeux par M. Itié pour des appareils magnétiques, au Parc-
Saint-Maur par M. Brazier pour des actinomètres. Cette année, le
nombre des appareils étalonnés a été encore plus grand
trente et un appareilsmagnétiques,dont six pour des établissements
étrangers, d'autres pour le Service météorologique de l'Algérie, le
Service topographique de Tunisie, l'Institut de Physique du globe
de Strasbourg, le Service géographiquede l'armée, le Service hydro-
graphique de la marine. Et à Saint-Maur, cinq actinomètres, dont
quatre pyrhéliographes et un solarigraphe, destinés au Weather
Bureau de Manille, à l'Observatoire du Mont Rose, à l'Office
national météorologique et à l'Observatoiredu Pic-du-Midi.

TRAVAUX SCIENTIFIQUES

Nous avons la satisfaction, grâce à l'agrandissementdu Service


central à Paris et à un aménagementnouveau dans nos observatoires
voisins de Paris, de pouvoir attirer des travailleurs plus nombreux.
Dans le courant de l'année scolaire 1927-1928, des'recherches ont
été poursuivies par sept personnes étrangères au personnel, dont
deux ont soutenu une thèse pour le doctorat d'Universitéet une un
diplôme d'études supérieures; plusieurs autres sont venues s'exercer
à des mesures magnétiques et électriques. Le laboratoire de Paris va
s'agrandir de trois nouvelles pièces, dont le gros œuvre est terminé
et qui seront installées pour le travail dans le courant de l'année.
Dans ce qui suit, j'indique les principaux travaux effectués
pendant l'année scolaire j ensuite est donnée la liste des public**
tions.
Un grand travail que poursuivent plusieurs d'entre nous est
l'établissement des cartes magnétiques de la France d'après les
résultats des mesures sur le terrain effectuées pendant les années
précédentes en mille trois cent vingt-huit stations. La Section de
magnétisme et électricité terrestres a bien voulu charger M. Mathias
et moi-même de diriger ce travail mais ce sont surtout M. Bbié
et Mlle Homery qui y consacrent beaucoup de temps, en y mettant
tous leurs soins les cartes sont maintenant à peu près terminées, et
la rédaction du travail d'ensemble fort avancée. L'impression sera
faite dans le courant de cette année.
Continuant l'étude de l'agitation magnétique, j'ai étudié, en colla-
boration avec M. Eblé, la variation diurne d'après onze années
d'observations au Val-Joyeux. Il n'est pas douteux que cette
agitation, dont le facteur principal est l'activité solaire, dépende
aussi de l'ensemble des phénomènes électriques de la haute atmo-
sphère l'étude des variations périodiques de ces divers phénomènes
est un moyen de rechercher les relations qui existent entre eux.
L'agitation magnétique présente nettementun maximum pendant la
nuit on retrouve ce caractère dans une certaine catégorie des
perturbations dites « atmosphériques » et dans la quantité d'ozone
de la haute atmosphère.
J'ai commencé une étude du champ électrique atmosphérique de
l'atmosphère d'aprèseinqannées d'observations faites au Val- Joyeux.
Je me suis occupé d'abord des valeurs négatives du champ, qui sont
des valeurs anormales, et qui s'étendent cependant sur une fraction
de ii p. too du temps elles sont liées surtout aux pluies en hiver
et aux phénomènes orageux en été. J'ai cherché la meilleure manière
d'éliminer l'influence des valeurs anormales dans l'étude des
variations périodiques on peut songer, pour éliminer les causes de
perturbation d'origine météorologique à ne conserver que les valeurs
des journées belles et calmes au point de vue météorologique j mais 1
ces journées sont fréquemment troublées au point de vue électrique,
et ce qui paratt préférable est d'utiliser les journées calmes au point
de vue électrique.
M. Labrouste a continué son travail sur l'analyse des séismo-
grammes.
M. Brasier a réuni en un mémoire pour la météorologie ses
études de plusieurs années sur l'enregistrement de la radiation {
solaire globale et la mesure du rayonnement diffusé par le ciel. Les j

appareils actuels destinés à la mesure du rayonnement arrivant sur


une surface horizontale sont encore imparfaits. M. Brasier a étudié
la protection de la surface réceptrice par une calotte de verre
renfermant un gaz sec, l'influence de l'incidence, le pouvoir
diffusant, etc. Il a aussi recherché la meilleure manière d'utiliser
les nombres donnés par les mesures. Il a, d'autre part, établi un
appareil portatif, commode pour les mesures de la radiation solaire
directe cet appareil est construit par la maison Richard. Il a
continué ces études sur les variations de la température au Parc.
Sâint-Maur de 1874 à içii, •
M. Eblê à publié dans les Annales de Cl. P. G. un mémoire
étendu sur ses nouvelles observations des déviations périodiques
de la verticale à Paris pendant trente et un mois; j'en ai indiqué les
résultats généraux dans mon rapport de l'an dernier, d'après la
communication qu'il avait faite au Congrès de Prague. Ses observa-
tions ont été, au total, faites de manière continue pendant
quatre-vingts mois. Il déduit de l'ensemble dûs attractions lunaires
des coefficients de réduction de 0,62 pour la composante Nord Sud
et 0,91 pour la composante Est-Ouest, et des valeurs notablement
plus faibles pour les attractions solaires ces divergences lui
paraissent provenir des influences des marées océaniques agissant à
la fois par t'attraction et par la pesanteur.
M. Eblé a fait une étude détaillée d'une forte perturbation magné-
tique, celle du i5 octobre 1936; il arrive, entre autres, à la
conclusion que les éléments magnétiques non seulement sont restés
troublés pendant longtemps (six jours) après la perturbation, ce qui
est un fait connu, mais aussi ont été légèrement troublés quelques
jours avant la perturbation (quatre jours).
M. GIBAULT a étudié les relations entre le champ électrique et la
transparence horizontale de l'atmosphère ces deux éléments
varient en sens inverse, alors que pour la conductibilité les variations
sont parallèles à celles de la transparence. Je signalerai aussi qu'il
a continué ses observations sur les pigeons voyageurs, en relation
avec les phénomènes météorologiques. électriques et magnétiques;
les perturbations magnétiques ne paraissent avoir aucune influence
sur la qualité des vols, contrairementà ce qu'avaient avancé certains
colombophiles.
M. Roy, jeune physicien hindou, professeur à Calcutta, a fait sur
la radioactivité de l'atmosphère un travail qui a fait l'objet d'une
thèse pour le doctorat d'Université soutenue le 5 juillet 1928
il a employé une méthode très soignée d'activation par courant d'air
et a mis en évidence et discuté l'influence de la recombinaison des
produits de désintégration de l'émanation du radium avec les petits
ions et les gros ions de l'atmosphère, ce qui est tout à fait nouveau.
M. Lacroux, de l'Institut des recherches agronomiques, a
commencé au Parc-Saint- Maur des recherches sur l'actinométrie en
vue d'une thèse de doctorat.
M. GRENET, titulaire d'une bourse de recherches de la Faculté
des Sciences, a continué son travail sur l'aimantation des roches.
Sur l'ionisation de l'atmosphère ont été faites plusieurs séries de
recherches en liaison étroite, par MM. Salles, Mac-LaUohun,
Gibauuv Garoux et Ravbt. Elles ont porté surtout sur la mesure
des densités en petits ions et en gros ions, à Paris et au Val-Joyeux,
c'est-à dire en ville et en campagne, dans des conditions très
différentes de pureté de l'atmosphère. Ces mesures croisées faites
sur les daux espèces d'ions, avec des appareils adaptés à chacune
d'elles, mettent en évidence le» variations inverses des nombres des
petits et des gros ions, ceux-ci étant en très grand excès en ville, ou li

leur formation est très active du fait du grand nombre des parti- u
cules en suspension. A Paris, à l'Institut de Physique du globe, le
nombre moyen des petits ions par centimètrecube est environ de
quatre-vingts de chaque signe et celui des gros ions 16 700 au
Val-Joyeux, ces nombres sont 33o pour les petits ions et i83o pour
a
les gros ions Les gros ions sont ainsi, même en campagne, beau.
coup plus nombreux que les petits ions. 11 n'est pas douteux que 3

dans les mesures anciennes relatives aux petits ions, les gros
ions dont on ne se préoccupait pas assez entraînaient des erreurs
considérables par excès, et les valeurs du nombre des petits ions
admises jusqu'à présent comme voisines de sept cents ou huit cents
étaient certainement beaucoup trop fortes.
Parmi cet ensemble de recherches sur les ions, n'ont été publiées
jusqu'à présent que celles de M. MacLaughlin qui ont porté surtout
sur les gros ions, leur variation diurne et annuelle, et leur relation
j
avec les conditions météorologiques ce travail a été reçu comme
thèse de doctorat d'Université soutenue le 22 mars 1928.

PUBLICATIONS

CH. MAURAIN. L'étude du globe terrestre par la séisraologie»


(L'Astronomie, novembre 1927, p. 489-502.)
La mesure de la radiation calorifique solaire et son importance.
(Çons. scient. int. de l'inst. Int. d'agriculture. Rome, novembre «927.)
Mesures magnétiques en Alsace et en Lorraine. (Ann. de t'intt.
de P/tys. du Globe et du Bur. cttitr. de magnétisme terrestre, t. Vt, àt

p. 86, 1928.) «

Les Études de Physique du Globe. {Ann. de C Université de Paris,


janvier 1928, p. i8-3i.) |:

Sur les valeurs négatives du champ électrique de l'atmosphère. 3

(Congrès des Sociétés savantes. Lille, avril r928.) (En coltab. avec
M. Eblé): Variation diurne de l'agitation magnétique au Val-Joyeux,
près Paris. (C. R. del'Acad. des Sc., t. 186, 1928, p. 1641.)
La Physique du Globe et ses applications. Conférence faite au 1
Conservatoire des Arts et Métiers, le u mai 1928. (Rev, stient., ij>a8,
p. 4~5.43y.~
Dans les « Données numériques de Physique du Globe », ch. t
Forme du Globe, densité, pesanteur, composition de la croûte ter-
restre, et ch. iv Électricité atmosphérique.
M. LABROUSTE. Dans les « Données numériques de Physique
du Globe », ch. H Séismologie.
Mesures magnétiques dans le nord de la France. (C. R. Axai,
les Se, i3 février 1928.)
M. C. E. Brazibr. Observations et travaux actinornétriques
effectués à l'Observatoire du Parc-SaintMaur en 1936. {Ann, de
VI. P. G., t. IV, p. 119.)
Résumé des observations séismologiquesfaites à l'Observatoire du
Parc-Saint-Mauren 1926, id., p. n5 (en collab. avec L. Eblé).
Résumé des observations météorologiques faites à l'Observatoire
du Pare-Saint-Maur.
Sur l'enregistrement de la radiation globale et la mesure du rayon-
nement diffusé par le ciel. Société météorologique de France. (La
Météorologie, février 1926, p. 49.)
Classification des températures mensuelles, saisonnières et
annuellesobservées au Parc-Saint-Maur de 1874 à 1923. (Congrèsdes
Soc. sav.Lille, 1928.)
Bulletin mensuel de l'Observatoire du Parc-Saint-Maur, 12 numéros
et un supplément.
Bulletin séismique de l'Observatoire du Parc-Saint-Maur (en
collab. avec L. Eblé), 12 numéros.
Dans les: « Données numériquesde Physique du Globe », ch. vil
Actinométrie; et ch. vin, Météorologie.
Quatrième édition du Traiié de météorologie d'Angot (revision et
rédaction d'une sixième partie comprenant 52 pages entièrement
nouvelles). Paris, Gauthier-Villars, 1938.
L. Eblé. – Valeurs des éléments magnétiques à l'Observatoire
du Val-Joyeux (Seine-et Oise), au iw janvier 1920 (en collab. avec
M. J. Itié). (C. R., t. 186, p. 778, 1928.)
Observations magnétiques faites à l'Observatoire du Val-Joyeux
pendant l'année 1926. (Ann. del'l. P. G., t. VI, p. 1.)
Nouvelles observations des déviations périodiques de la verticale
à Paris. (Ann. de VI. P. G., t. VI, p. 38.)
Résumé des observations séismologiquesfaites à l'Observatoire du
Parc Saint-Maur en 1926 (en collab. avec C. E. Brazier). [Afin, de
i'f. P. G., t. VI, p. n5.)
Variation diurne de l'agitation magnétique au Val-Joyeux,
près Paris (en collab. avec Ch. Maumin). (C. R., t. r86, p. 1641.)
Bulletin séismique de l'Observatoire du Parc-SaintMaur,
n Étude
numéros, publication mensuelle (en collab. avec C. E. Brazier).
détaillée d'une perturbation magnétique. Communication
au Congrès des Sociétés savantes (Section des Sciences). Lille,
1928.
Dans les « Données numériques de Physique du Globe », ch. m
Magnétisme terrestre.
Ed. Salles. La conductibilité électrique de l'atmosphère, son
mécanisme, son rôle. Société météorologique de France. (La Météo-

rologie, novembre 1927, p. 498.) Sur un facteur possible de l'ionisa-
tion de l'atmosphère.Société météorologique de France, i3 mars 1928.
– Dans les « Données numériques de Physique du Globe », ch. v
Aurores polaires, et ch. vi Radioactivité du soi, des eaux et de
l'atmosphère.
J. ïriÊ. – Valeurs des éléments magnétiques à l'Observatoire du
Val.Joyeux, au i" janvier 1928 (en collab. avec L. Eblé). (C. R.,
t, 186, 1920, p, 778.)
G. Gibault. – Sur la relation entre la transparence horizontale
de l'atmosphère et la conductibilité électrique. Société météoro-

logique. (La Météorologie, 1927, p. 3o5.) Sur la relation entre le
champ électrique au voisinage du sol et la transparence horizontale
de l'atmosphère au Val- Joyeux. Société météorologique.(La Météo-
rologie, içti, p. 494.) – Mesures magnétiques dans l'est de la
France (en collab. avec P. Rougerie). (C. R. de VAcad. des Se.,
t. 186, 1928, p. 593.)
L'orientation du pigeon voyageur et les phénomènes magnétiques,
électriques et météorologiques. (la Nature, in juillet 1928, p. 17.)
Recherches sur l'orientation du pigeon voyageur. (Rev. franc,
d' ornithologie, juin 1928.)
E. Tabessb. – Observations magnétiques en 1926 à l'Observa-
toire de Nantes. (Ami. de VI. P. G., t. VI, 19*8, p. 28.)
Mesures magnétiques dans le centre et l'ouest de la France. (Ann.
de PI. P. G., t. VI, 1928, p. 99.)
Mac-Laoohun. – Recherches sur les gros ions. Thèse de doc-
torat de l'Université de Paris, soutenue le 22 mars 1928. (Ann. de
1'l. P. G., t. VI, 1928, p. 59.)
M. Rov. – Recherches sur la radioactivité de l'atmosphère.
Thèse de doctorat de l'Université de Paris, soutenue le 5 juillet 1928.
J. DEBRACQ. Étude de la variation du moment magnétique des
barreaux aimantés avec la température. Diplôme d'études supé-
rieures, soutenu le 18 juin 1928.
Le tome IV des Annales de l'I. P. G. et du Bureau central de magné-
time terrestre a paru en mai 1928; il comprend des publications et
mémoires qui se trouvent cités ci-dessus, et aussi un mémoire sur
les mesures magnétiques effectuées par le Service géographique de
l'armée au Maroc, et un autre du capitaine Nevière, sur des mesures
magnétiqueseffectuées en Haute-Volta.

Enseignement
Le nombre des étudiants inscrits a été de i.ï j il y a eu à la session
de juillet 7 candidats au certificat d'études supérieures de Physique
du Globe, dont 3 ont été reçus. A la session d'octobre, 2 candidats,
lesquels ont été reçus.
J'ai indiqué déjà que parmi les personnes faisant des recherches
2 ont passé dans le courant de l'année scolaire le doctorat d'Univer-
sité, une le diplôme d'études supérieures.
Un enseignement spécial comprenant quinze conférences a été
fait pour des membres du personnel de l'Office national météorolo-
gique elles ont consisté en un exposé résumé sur l'électricité atmo-
sphérique, le magnétisme terrestre et la séismologie.

STAGES ET TRAVAUX PARTICULIERS AUX OBSERVATOIRES


ET RELATIONS AVEC DES SERVICES ÉTRANGERS

Plusieurs personnes sont venues effectuerl'Observatoire du Val-


Joyeux des mesures magnétiques ou électriques ou s'initier à ces
mesures M. Davin, directeur du Service topographique tunisien,
qui a acquis des appareilset entrepris une campagne de mesures on
Tunisie; M. Ginestous, chef du Service météorologique tunisien,
qui, en liaison avec le Service topographique, se propose d'établir
près de Tunis une station où l'on fera l'enregistrementdes éléments
magnétiques; M. Lasserre, chef, du Service météorologique algé-
rien, qui a effectué en Algérie des mesures en quarante-deux sta-
tions M. Chasselon, le constructeur bien connu, qui vient fréquem-
ment essayer les appareils magnétiques qu'il fabrique, les essais
précis étant impossibles à Paris par suite des perturbations électro-
magnétiquescontinuelles; M. le professeur Edward Stenz, de Var.
sovie; M. Jacquet, de l'Observatoiredu Puy-de-Dôme.
Au Val-Joyeux,M. A. Dufour, professeur à la Faculté des Sciences,
a fait, avec MM. Galbrun et Gagniard, les essais d'un séismographe
enregistreur comprenant plusieurs récepteurs et un enregistreur cen-
tral relié électriquement aux récepteurs, en vue de l'étude de la
transmission autour d'un point des ébranlements provoqués par une
petite quantité d'explosif.
M. Schlumberger, ingénieur des mines, qui est l'auteur d'une
méthode permettant l'étude de la conductibilitéélectrique du sous-
sol, a bien voulu faire autour du Val-Joyeux deux séries de mesures,
l'une au voisinagede l'Observatoire, l'autre, étendue sur 3 600 mètres,
dans la plaine voisine; c'est une recherche intéressante et il est d'ail-
leurs particulièrementintéressant pour nous de connaître l'état élec-
trique du sous-sol de cet Observatoire où nous faisons nos mesures
magnétiques et électriques. D'après les résultats préliminaires de ce
travail, au-dessous du sol superfiriel le calcaire commence à une
profondeur d'une vingtaine de mètres, avec un accroissement marqué
de la conductibilité, qui est maximum à une profondeur de So à
60 mètres; la conductibilité diminue ensuite, puis croît et passe par
un deuxième maximum vers 400 mètres; elle varie peu au delà
jusque vers 900 mètres. Les variations de la conductibilitéavec la
profondeur au-dessous de la couche superficielle sont beaucoup
plus faibles qu'en d'autres stations où sont étudiés les courants tel.
luriques, et un crétacé assez uniforme parait exister jusqu'à une
profondeur de goo mètres; cette uniformité est favorable pour l'étude
des courants telluriques au Val-joyeux.
Au Parc-Saint-Maur, M. Marcel, professeurd'agriculture à Melun,
vient fréquemmentet poursuit des recherches phénoménologiqueset
horticoles en relation avec les phénomènes météorologiques; il y a
depuis longtemps au Parc-Saint-Maur de nombreuses espèces de
plantes dont on note chaque année l'évolution saisonnière et qui
ont donné lieu à diverses publications,en particulier, récemment, de
M. Eblé. M Marcel a complété et amélioré cette collection sans
aucune dépense pour nous.
Un certain nombre de savants étrangers ont profité d'un séjour à
Paris pour faire une visite aux Observatoiresdu Parc-Saint-Mauret
du Val-joyeux, en particulier MM. Vardau Pastakeau, de Finlande;
Plihal, de Prague; Schmidt, de Vienne; Bojinesco, de Bucarest;
Volosin, de Prague; Hergesell, de Lindenberg; DominiketAhlgrimm,
de la Deutsche Seewarte; Brooke Smith, du Meteorological Office;
Hesselberg, d'Oslo: La Cour, de Copenhague;Bran.lao, de Lisbonne.
Ch. MAURAIN.
Le Romantisme et les Lettres*

CONFÉRENCES
DE LA SOCIÉTÉ DES AMIS DE L'UNIVERSITÉ

Les Romantiques et la Langue poétique


CONÏÉRESCB FAITE A L\ SORBONKE
LE JEUDI »6 J \NVIER 1928

par M. FERDINAND BRUNOT

« La fonction du romantisme fut la reconstitution, la créa-


tion de la langue poétique et du style littéraire au
dix-neuvième siècle », disait déjà Asseline Émeute de
rhétoriciens, reprend Zola, on s'est battu sur le terrain du
dictionnaire. La langue classique se mourait d'anémie les
romantiques sont venus lui donner du sang par la mise en
circulation d'un vocabulaire inconnu ou dédaigné ».
Que le romantisme n'ait été qu'une bataille de mots, j'en
doute fort pour mon compte, mais qu'un de ses bienfaits ait
été le renouvellement de la langue poétique, c'est chose que
personne n'a contestée jusqu'à ces dernières
années. Il en
résulte qu'il faudrait une ou plusieurs vies de philologue
pour étudier à fond cette matière, et je
n'ai pu y consacrer
m'excusera donc si
que quelques années de la mienne. On
Les neuf conférences qui ont été donnée* a U Sotrbonne, en ioa8, sous les
CUmvtrnti
«uspicet de la So. «Hé des Amis de l'Univer.ité et que te* Annota <tt msrtnblee*
ont p .bliée. dans leur» numéros de mars 1918 janvier içao, ont té
ÊUiitms Mentaigm, »J, quai de tout»,
en un volume qui vient de p.rahre au*
Part», «ou* ce titre :le Jtonuntitm et Us tltret.
1. Bibliothèque romantique, p. 2o6.
2. LtUre à la /«unesse, p. 65.
je m'en tiens à quelques aperçus sur les faits d'il y a cent ans,
c'est-à-dire sur.la rupture avec l'idéal classique. C'est un des
événements mémorables de 1828-1839.
La langue classique, telle que le dix-septième siècle l'avait
faite, était un admirable instrument de prose. Il n'est point
besoin d'en faire valoir les mérites. L'Europelesavaitreconnus.
Aucune n'avait été adaptée comme elle à la vie des cours, des
salons, des cabinets, des académies. Née dans le monde, et
faite pour lui, elle avait eu la chance d'être maniée par des
hommes de raison, en même temps que par des femmes de
cour. Dans le choix qu'on avait fait, on n'avait pardonné à
rien de ce qui sentait le peuple, l'école, la chicane. De tous les
métiers, celui des armes avait eu seul le privilège, étant un
métier de grands seigneurs, de fournir au vocabulaire. En
outre, un travail plus minutieux encore avait déterminé le
sens et les nuances de chaque terme et les expressions où il
pouvait entrer.
Des secrétairesdiligents, constitués en corps d'État, avaient
fait l'inventaire du « trésor ». Je voudrais dire qu'ils en avaient
classé les éléments dans un ordre hiérarchique et les avaient
soigneusement étiquetés. Mais le verbe classer n'existait pas
alors, hiérarchie ne se disait que des légions célestes et, à lui
seul, l'emploi à' étiqueter m'eût mis au nombre des marchands
de la rue Saint-Denis. Disons donc qu'on avait « ordonné »
les mots et qu'il était enjoint à ceux qui étaient « bons pour
Molière Il de se tenir à leur rang.
L'agencement des mots, leurs rapports, avaient été soumis
à des règles certaines, minutieuses jusqu'à la puérilité la
longueur des périodes avait été mesurée, le balancement et
les proportions de leurs membres calculés.
La clarté ne suffisait pas, on exigeait la netteté, c'est-à-dire
un style où rien n'arrête, ne retient, n'oblige à réfléchir ou à
relire.
«
Je veux l'ordre et la règle dans mon royaume », disait
Louis XIV. Il semble que cette volonté régit jusqu'à la Répu-
blique des mots, si bien que personne, sauf dans les genres
inférieurs où était confiné un La Fontaine, n'osait s'éman-
ciper, et que Racine lui-même donnait ses pièces à corriger
de
au P. Bouhours. Comme il arrive toujours aux époques
tyrannie, l'illusion s'était répandue que le régime était établi
pour toujours, qu'on était parvenu à un point de perfection
d'où on ne redescendrait plus. A ce sommet la langue était
fixée.
Or, le grand Roi était à peine. mort que le duc de Saint-
Simon proclamait que Il perfection ou pureté du langage n'est
qu'une idée imaginaire ». Mais c'était là une de ces phrases
subversives qu'on n'ose guère émettre tout haut et l'abbé de
Saint-Pierre apprit ce qu'il en coûtait d'avoir 1' « esprit d'in-
surrection ».
Les philosophesdu dix-huitième siècle ne pouvaient pas d'ail-
leurs abandonner l'avantage que leur offrait un idiome devenu
universel et dont l'esprit de probité convenait si parfaitement
à leur oeuvre de rénovation politique et sociale. On se
contenta de le perfectionner dans le même sens, de façon à
l'adapter à la discussion. La période s'accourcit, releva sa
traîne pour combattre. On aiguisa le trait. Mais comment
changerle caractère d'un langage où les idées les plus neuves,
même celles du dehors, celles d'Angleterre et celles des
Pays-Bas, quittant leur langue d'origine, trouvaient l'expres-
sion qui les rendait accessibles à tout le monde civilisé ?
Il suffit, pour que le français devînt apte à recueillir la
succession du latin agonisant, et à servir aux sciences qui
naissaient politique, économie politique, histoire naturelle,
à celles qui se transformaient physique et chimie, que
certaines barrières fussent abaissées. L'Encyclopédie réin-
tégra les mots de métier, les salons habituèrent leurs visi-
teurs au jargon d'atelier; Buffon, Réaumur, l'abbé Nollet
acclimatèrent aux termes les plus techniques, aux nomencla-
tures les plus rébarbatives, le public, les femmes même.
L'Académie, où les philosophes étaient entrés en triompha-
teurs, ouvrait en 1762 les écluses du Dictionnaire.
Rien n'eût manqué à cette rénovation si une tradition
toute-puissante n'eût maintenu la langue poétique dans sa
règle étroite sur laquelle veillait une police soupçonneuse.
Le malheur voulut que le purisme trouva pour le défendre»
non seulement ces conservateurs apeurés dont la France a
toujours été si riche, pour qui l'avenir est en arrière, mais
des dogmatistes à l'air de logiciens.
La grammaireraisonnée, celle des Beauzéeet des Condillae,
née jadis à Port- Royal, fonda en raison la règle qui n'était
jusque-là que l'usage constaté. D'une doctrine elle fit ua
dogme, un dogme de philosophie 1
A vrai dire, les poètes –
Fénelon en était un avaient
plusieurs fois protesté tout bas et tout haut. Dès le temps de
M. Dacier, les traducteurs, sans cesse aux prises avec
d'insurmontables difficultés, sentaient quelle pauvreté et
quelle gêne réelle cachait tant d'apparente magnificence.
Chacun des progrès prétendus avait tourné au détriment de
la langue poétique. « Le style classique, a dit Taine, se
refuse à exprimer les dehors physiques des choses. Avec ce
style on ne peut traduire ni la Bible, ni Homère, ni Dante,
ni Shakespeare lisez le monologue d'Hamlet dans Voltaire et
voyez ce qu'il en reste une déclamation abstraite, à peu
près ce qui reste d'Othello dans Orosmane. » Au
dix-huitième siècle, si bas que fût tombé le sentiment poé-
tique, les plaintes ne cessèrent pas. Desfontaines, La Harpe,
Rouché, Delille même, ont dit leur embarras et leur tristesse.
« Le destin de notre langue ressemble à celui de ces
gentilshommes ruinés qui se condamnent à l'indigence de
peur de déroger. » A l'Académie des voix s'élevèrent.
Montcrif plaidé, en 1742, qu'on ne peut ni ne doit fixer
une langue vivante, et Marmontel, d'Alembert lui faisaient
écho. Vainement 1

1789! Après quelques mois d'illusions et d'effusions, l'an-


cienne France s'écroule. Les ordres ont disparu, les châteaux
brûlent, les salons se ferment, les « aristocrates » – ceux
qui ne se sont pas volontairement confondus avec la bour-
geoisie et le peuple sont en fuite. La classe qui avait fait
la langue n'était plus. A sa place un monde de robins, de
curés de campagne, de gens du peuple, qui discute et légi-
fère.
On eût pu croire le désastre irréparable il ne l'était pas.
Les hommes d'en bas n'avaient aucun désir d'abolir le bel
usage; au contraire, ils se guindent pour l'attraper. Les assem-
blées, les comités aiment la langue noble, la choient, enten-
dent lui garder son rôle à l'étranger et lui en donner un de
première importance à l'intérieur, et c'est à peine s'ils
consentent à lui faire subir quelques modifications pour
l'adapter à son rôle national et international de « langue de
la liberté ».
Mais si, à l'intérieur, la fidélité à l'esprit d'ordre et de règle
est à peine troublée, ceux qui sont hors de la République
sentent leurs yeux s'ouvrir. Les émigrés, tout en enseignantle
français pour vivre, apprennent d'autres langues. Pour
quelques Rivarols, qui gardèrent intacts leurs préjugés,
combien commencent à comprendre pourquoi les étrangers,
tout en accep:ant la suprématie du français, comme langue du
raisonnement et de l'analyse, comme instrument de relations
et de vie sociale, en Italie, en Angleterre, en Allemagne,
critiquaient âprement mais justement sa pauvreté, sa timidité,
l'âme!
son incapacité à rendre les élans intimes de
Un jour, Delille, prince des poètes français, éprouva la
plus cruelle aventure. On lui demanda de traduire un passage

et
du Messie de Klopstock, l'épisode d'Abbadonna (chapitre II
du Messie). Il réfléchit, prit son temps, puis revint en déclarant
qu'il s'en sentait incapable,que la langue ne le permettaitpas l
On s'explique l'angoisse apeurée du ban abbé devant les

In
apostrophes du.séraphin repenti au Rédempteur
decken
Deine Menscheit Schimmer von Gott I
Und Verwesung, redtt dein Auge1

Gottes 1
var hôk'res, als Gribtr,
dir sind Titien verborgen,
Deten Abgrunâ mir unsiehtbar ht, Labyrinthe

j. Spectateurdu Nord, septembre 1799.


ce qui signifie à peu près
Ton humanité est toute vêtue de lueurs de Dieu I c'est quelque
chose de plu» élevé que lestombeauxet la pourriture que parle ton œil I
En toi sont des profondeurs cachées
Dont l'abtme est impénétrable pour moi, labyrinthe de Dieu.

M. Baldensperger, dans le livre si savant où il a suivi les


mouvements intimes de l'âme chez les émigrés, nous a révélé
leur surprise et leurs angoisses. Il était donc vrai que depuis
le siècle classique, toute une poésie était morte en France, et
n'y pouvait renaître, que les lieds de Gœthe, ces champs
rapides où vibrent le rythme ingénu et le vocabulaire modeste
de la chanson populaire, étaient intraduisibles1! Il existait
donc une manière inconnue de réaliser l'expression, où le
verbe devient l'interprète des choses au lieu d'être un instru-
ment que l'esprit règle, pare, mais toujours à sa façon,
suivant des principes de raison 1 On pouvait donc, au lieu de
la clarté, de l'ordre, de l'harmonie résultant des proportions,
procéder par coups soudains, trouver l'expression qui
pénètre, l'image qui illumine, le cri qui remue!1
Le goût devait-il céder au « génie » ? Son droit de choisir
et de rejeter, d'assembler, était-il un droit usurpé ? Y a-t-il
une inspiration directe, non point mythologique comme celle
du seizième siècle et fictive,mais réelle, qui vient de la nature,
qu'elle impose à des êtres choisis, suivant ses caprices, sans
respect ni des usages ni des conventions sociales, fille légi-
time d'une spiritualité innée ?
Et les éléments musicaux de la poésie? Aurait-on mal fait
de les sacrifier ? Les doutes sont tels qu'un émigré en vient à
écrire «L'oreille est le tribunal de la poésie et même de
toute espèce de littérature »
Ces scrupules naissent presque au moment où en France
un observateur pénétrant, Sébastien Mercier, témoin des
échecs successifs de toutes les tentatives timides des poètes

t. Baldensperger, Émigration, p. 269.


a. Chevalier de Moopas, Journal littéraire de Berlin, novembre 1794;
Batdensperger, Emigr., p. 29t.
et des succès éclatants des prosateurs parvenus à constituer
une phrase musicale, se demande si en France le véritable
poète n'est pas le prosateur.

Deux cloches sonnèrent l'alarme, voix d'exilés dont l'écho


se répercuta longuement en France Atala L'Allemagne
Chateaubriand, Mme de Staël Ni l'une ni l'autre de ces
œuvres capitales ne posait le problème de la langue poétique,
et je dirai que cela fut heureux, car Chateaubriand est le
plus détestable des rimeurs'. Comment, du reste, une restau-
ration eût-elle été possible sous l'Empire ? Je ne connais
point de .contraste plus douloureux que celui de la nation
saignant son épopée et de la triste floraison d'une littérature
de commande, vide de toute inspiration, faite de cantates
qu'on dirait traduites de vers latins pour des cérémonies de
préfecture.
La langue était soumise à une discipline de caserne.
Devenue chose d'État, elle était livrée à l'autorité d'une
immense et tyrannique bureaucratie, l'Université, qui, en
échange du service qu'elle lui rendait de l'introduiredans ses
écoles et dans ses lycées comme servante du latin, faisait, au
moyen de ses inspecteurs, de ses professeurs, de ses classes
et de ses examens, la police de l'idiome, pourchassait les
indépendances, élevant les fautes d'orthographe au rang de
délits contre l'État, privant ceux qui s'en rendaient coupables
du droit de se faire un avenir. A défaut de l'Académie,dont
le maître se défiait, et qu'il n'avait pas voulu rétablir, la classe
compétente de l'Institut préparait le Dictionnaire, par ordre,

i. Si le printemps les champs vient émailler


Dans un coin frais de ce vallon paisible
Je lis assis sous le rameux noyer,
Au rude tronc, au feuillage flexible,
Du rossignol le suave soupir
Enchaine alors mon oreille captive.
(Le Printemps, l'Été et P Hiver.)
flanquée de l'Académie grammaticale et de l'Athénée de la
Langue française, comme de deux factionnaires. La langue
était bien gardée.
Quand il tomba et que Dieu eut changé la face de
l'Europe, quand l'« enfant du siècle », déchu de son rêve de

gloire, se prit à pleurer et à rêver, Lamartine mis à part,
et Lamartine ne s'est jamais occupé de la langue, qu'il possé-
dait fort mal, la querelle entre classiques et romantiques
put se poursuivre, s'envenimer même pendant quelques
années, sans que la question de la langue se posât.
En 1820, l'heure n'était pas venue encore. Dans la préface
des Odes et Ballades, l'enfant sublime déclarait que « Boileau
partage avec Racine le privilège d'avoir fixé la langue fran-
çaise ». Il répétait encore sa leçon d'écolier! Six «ans plus
tard, bien qu'il lâche un mot grave, si on le prend dans son
d'effacer le carac-
sens profond « L'écrivain devra se garder
tère particulier par lequel son expression révèle l'individualité
de son esprit », il ne semble pas encore avoir changé de
doctrine. Il accepte le nom de romantique, mais il ajoute
« Plus on dédaigne la
rhétorique, plus il sied de respecter la
grammaire. » On pourrait, je le sais, solliciter le texte. De
quelque façon qu'on l'interprète, ce n'est pas une déclaration
de guerre, la rupture n'est pas franche, les mots définitifs ne
sont pas dits.
Au contraire, en 1828, dans la glorieuse année dont nous
célébrons le centenaire, Hugo ne ruse plus avec ses déclara-
tions antérieures. Il abjure. Voici la page qui annonce les
temps nouveaux
versificateur, l'indispensable
« Au demeurant, prosateur ou
mérite d'un écrivain dramatique, c'est la correction. Non
cette correctiontoute de surface, qualité ou défaut. de l'école
descriptive, qui fait de Lhomond et de Restaut les deux ailes
de son Pégase mais cette correction intime, profonde, rai-
sonnée, qui s'est pénétrée du génie d'un idiome, qui en a sondé
les racines, fouillé les étymologies; toujours libre, parce
qu'elle est sûre de son fait, et qu'elle va toujours d'accord
*veç la logique de la langue. Notre-Dame la grammaire mène
l'autre aux lisières, celle-ci tient en laisse la grammaire. Elle
peut oser, hasarder, créer, inventer son style j elle en a le
droit. Car, bien qu'en aient dit certains hommes qui n'avaient
pas songé à ce qu'ils disaient, et parmi lesquels il faut ranger
notamment celui qui écrit ces lignes, la langue française n'est
point fixée et ne se fixera point. Une langue
ne se fixe pas.
L'esprit humain est toujours en marche, ou, si l'on veut,
en
.mouvement, et les langues avec lui. Les choses sont ainsi.
« Quand le corps change, comment l'habit ne changerait-il
pas ? Le français du dix-neuvièmesiècle ne peut pas plus être
le français du dix-huitième que celui-ci n'est le français
du dix-septième, que le français du dix-septième n'est celui
du seizième. La langue de Montaigne n'est plus celle de
Rabelais, la langue de Pascal n'est plus celle de Montaigne,
la langue de Montesquieu n'est plus celle de Pascal. Chacune
de ces quatre langues, prise en soi, est admirable
parce qu'elle
est originale. Toute époque a ses idées propres il faut qu'elle
ait aussi les mots propres à ces idées. Les langues sont
comme
la mer, elles oscillent sans cesse. A certains temps, elles
quittent le rivage du monde de la pensée et
en envahissent
un autre. Tout ce que leur flot déserte ainsi, sèche et s'efface
du sol. C'est de cette façon que les idées s'éteignent,
que les
mots s'en vont. Il en est des idiomes humains comme de tout.
Chaque siècle y apporte et en emporte quelque chose. Qu'y
faire Cela est fatal. C'est donc en vain que l'on voudrait
pétrifier la mobile physionomie de notre idiome
sous une
forme donnée. C'est en vain que nos Josués littéraires crient à
la langue de s'arrêter les langues ni le soleil
ne s'arrêtent
plus. Le jour où elles se fixent, c'est qu'elles meurent. Voilà
pourquoi le français de certaine école contemporaine est
une
langue morte'. »
Le Globe (26 novembre 1828) n'a pas manqué de souligner
l'importance de cette déclaration « La querelle du
roman-

1. V. Hugo, Préface de Cromwll, éd. Souriau, »86.


p.
tisme, dit-il, commença par une question de style. elle revient
au point de départ, la jeune école poétique, d'accord sur
tous les points avec l'école des prosateurs, tente donc de
f lus que celle-ci, la réforme de la langue. ces victoires
de l'expression sur la pensée sont véritablement œuvre
d'artiste. »
Je voudrais pouvoir commenter ligne par ligne cet acte
de reniement dont les termes ont été soigneusement réfléchis
et pesés. Deux idées essentielles en ressortent la première,
c'est que la correction n'est pas l'observation des règles
minutieuses posées par les médiocres, mais la soumission au
génie de l'idiome, tel qu'il apparaît à celui qui en connaît le
passé et qui en a le sens profond, l'intuition directe. Cette
théorie, c'est le renversement de tout le système de gouver-
nement de la langue, échafaudé depuis deux siècles, que je
rappelais tout à l'heure. Les droits sur l'idiome sont retirés
au grammairien et rendus à l'écrivain. Il ne dispose pas d'un
pouvoir illimité, il peut du moiris « oser, hasarder, créer,
inventer son style », adapter la matière à ses besoins.
L'autre point, essentiel aussi, c'est que les langues ne se
fixentjamais; tant qu'elles vivent, elles ont le droit et le devoir
de changer, suivant les époques et les mouvements des
esprits.
D'où venaient à Victor Hugo ces doctrines révolutionnaires,
d'une si grande justesse et d'une si grande profondeur ? De
la politique ? Hugo, plus tard, eût bien voulu le laisser croire
le libéralisme était impossible à morceler l'émancipation de
la langue allait nécessairementavec les aspirations générales
vers la liberté.
Non, la célèbre pièce des Contemplations est antidatée.
C'est seulement après i83o'que les libéraux de tout ordre se
sont rejoints. En 1828, ils étaient séparés, opposés, pour mieux
dire. Armand Carrel professait un classicisme intransigeant.
Il ne faut pas mêler [828 et t836.
Hugo a-t-il lu, entendu, quelques mots qui l'ont mis sur la
voie ? Son génie était coutumier de ces transformations.
D'une anecdote, il faisait un chef-d'oeuvre d'une phrase,
il a pu tirer une doctrine. Mais qui a dit cette phrase ?7
Nodier? Non Tout grammairien qu'il fût, il suivit,
n'annonça pas. Fauriel? Je le croirais plus volontiers. Je n'en
ai pas la preuve. Ce maître n'enseignait pas encore en
Sorbonne. Mais Hugo a pu le rencontrer chez Mary Clarke
ou dans quelque salon. Mercier, Pongens, Millevoyc lui-même
avaient entrevu la vérité. C'est un point à éclaircir.
A tout prendre, Hugo avait-il besoin d'une suggestion ? Le
mal n'était-il pas assez grand pour qu'un poète de sa puis-
sance trouvât seul le remède? Les Orientales ne l'avaient-elles
pas déjà conduit à une demi-émancipation ? Le géant s'était
assez heurté la tête dans son entresol.

A cette époque, la Musc française n'était plus même une


vieille dame à perruque, empotée, mais respectable. Elle
avait pris sous ses affiquets l'air d'une poupée au cœur de son.
Sa noblesse, une fausse noblesse, était faite, non de dignité
naturelle, de grandeur de gestes et d'âme, mais de grâces
convenues, extérieures, de manières affectées, pour mieux
dire de grimaces. Elle avait peu à peu perdu à ce point, je ne
dis pas le droit d'oser, mais la liberté d'être franche, qu'à la
4
moindre rencontre d'une chose ou d'une idée basse, il lui
fallait feindre de s'effaroucher. La pruderie avait remplacé la
pudeur. Pour l'orner, on sortait de l'armoire quelques tropes
poussiéreux, quelques métonymies sages et fanées. Plus d'un
demi-siècle après que le goût et l'art étaient retournés à la
nature, source éternelle de beauté, on la promenait comme
une recluse dans des jardins embellis de figures mytholo-
giques, dont lesdéessesimitées, les Cérès et les Pomones,étaient
aux déesses de l'Olympe ce que les stucs de Saint-Sulpice
sont au Christ du Golgotha. J'oubliais de reconnaître qu'en
vertu d'un privilège spécial la douairière avait le droità l'inver-
sion, c'est-à-dire la permission de mettre sa robe à l'envers.
Ce tableau est chargé? Nullement. Mouchoir avait fait
scandale. Le parterre oubliait Tartuffe chambre était bas il
fallut rappeler Racine
De princes égorgés la chambre était remplie.

Le nez devait se grimer en narine pour une poule il ne


fallait rien moins qu'une périphrase. Lamartine disait
les oiseaux privés dont le chant entendu c
Avertit l'homme à jeun du fruit qu'ils ont pondu.

Voici Casimir Delavigne tout frémissant d'avoir vu aux


tj
Tuileries les chevaux des uhlans. Il pleure les malheurs de la
Patrie
a
Des soldats de la Germanie
J'ai vu les coursiers vagabonds
Dans nos jardins -pompeux errer sur les gazons,
Parmi ces demi-dieux qu'enfanta le génie.
J'ai vu des bataillons, des tentes et des chars,

le
Et l'appareil d'un camp dans le Umfle des arts.

Traduisez J'ai vu les chevaux des Allemands sur les.


pelouses parmi les statues. J'ai vu des bataillons camper avec
leurs fourgons et leurs charrois dans Je Louvre. Est-ce i'
exagérer que de parler de mascarade ? Et le patriotisme fit
vendre cette Messénienne à 21000 exemplaires! `

• Si les maîtres en étaientlà, on imagine les pauvres ingénio-


sités que les médiocres prenaient pour des trouvailles. Dans
leur jargon, la lune s'appelle le nocturne croissant, la reine des
ombres, la lampe des nuits le fiacre est un char numéroté
l'âne, un utile animal qu'outragent nos dédains le chapon, un
p
froid célibataire le cochon, un gros épicurien qu'on engraisse
de glands. Barthélemy et Méry se sont mis à deux pour faire
des satires, genre de libre verve jadis, et ils nous présentent <
le tableau des voyageurs de commerce dans les diligences ï t
Tous ces ambassadeurs, subalternes agents,
S'avancent vers Paris à pas peu diligens,
Car ils ont envahi ces coches apathiques,
Pesamment remorqués par cinq chevaux étiques,
Effroi du voyageur qui, froissé du roulis, r
Gémit dans un cercueil paré de fleurs de lis.
La doctrine vaut la pratique. Des pygmées se sont impro-
visés despotes. Fonder la règle sur l'usage, allons donc t
« L'usage, s'écriera
Boussi, n'est que le tyran des langues. Le
temps est venu de le faire descendre d'un trône usurpé. »
Sur ce trône règne, à sa place, une prétendue logique,étriquée,
ignorante, niaise. Pourquoi un cygne blanc1} Y en a-t-il de
noirs8 ? Ne dites pas il fait du vent, l'expression est mal
faite1, ni dormir un somme, dormir est neutre ni il y avait
sept à huit femmes dans rassemblée, on pourrait croire qu'il y
en avait sept et demie ni être bien malade, la présence de bien
ne peut se tolérer auprès de malade.
En vérité, on pardonne à Petrus Borel ses excentricités,
à Musset ses facéties, à Th. Gautier ses truculences, à Hugo
ses lourdes plaisanteries et sa grandiloquence, quand on a
passé quelquesjours à feuilleter les pitoyablesproductions de
l'époque, et on s'indigne du dédain hostile de certains écri-
vains d'aujourd'hui.
Pauvre chose après tout que cette libération! entend-on
dire. Il est si facile, n'est-ce pas ? de prendre les Bastilles.
Quelques poings levés, un peu de vinaigre philosophique
flaque sur la muraille, des plumes qui cognent les portes
comme des béliers et la bâtisse s'écroule. Ne nous étonnons
point trop. L'ingratitude est de règle. Après les coups de
force, la génération qui suit célèbre quelque temps les
« glorieuses » celles qui viennent
ensuite, habituées à la
paisible jouissance de la liberté, sont de plus en plus portées
à croire qu'il n'y avait besoin pour l'instituer ni de tant d'efforts
ni d'un si grand éclat, et que le mérite n'a pas été grand.
D'autres vont plus loin et trouvent des charmes à cette
servitude qu'ils ne voudraient pas subir, bien entendu.
« La libération des mots,
écrivait un critique l'an dernier,
flétrit tous les siècles de décadence. »

i. Journal dt la Langue française, i838, 1, p. 3o2-3o3.


2. Omnibus du langage, Dictionnaire des locutionsvicieuses, p. 22.
3.Ibid., p. 1S9.
4. Ibid., p. 1 iq.
Le progrès eût mieux valu qu'une révolution ? Peut-être
Mais il est bon d'observer que, au contraire de la prose, qui
s'est développée d'un mouvement continu depuis le quator-
zième siècle, la langue de la poésie n'a marché que par
soubresauts: Ronsard et les siens ont rompu avec Marot,
Malherbe a rompu avec Ronsard.
Chaque école a méprisé, honni,.renié, celle qui l'avait pré-
cédée. Hugo, en brisant brusquement avec le classicisme, n'a
fait que suivre la pure tradition.
Il n'y a de révolutions fécondes que celles qui bâtissent sur
les ruines. Détruire sans reconstruire, c'est saccageet barbarie.
Par quoi les romantiques se flattaient-ils de remplacer ce qu'ils
mettaient à bas Hugo eût été en droit de répondre qu'en
rendant à la langue la vie en liberté, il lui asssurait la possi-
bilité d'un développement spontané, dont l'avenir n'aurait
de bornes que celles du génie de la race. Et si téméraire
qu'eût paru sa prophétie, elle s'était réalisée en moins d'un
siècle.

Le premier article de la déclaration qu'eût faite l'École, s'il


y avait eu une Ëcole et qu'elle eût pu s'entendre sur un
manifeste, eût été sans doute le pendant de l'article i" de la
Déclaration de la Constituante Tous les mots naissent libres
et égaux en droits.
Déjà dans Cromwell, la doctrine de la Préface est
appliquée
Une figure à faire avorter les sorcières
Va-t-elle à ses côtés me faire ici moisir ?ï
On risque d'attraper rhume et goutte sereine, etc.

Le scandale fut bien pire dans Hernani. Dès le premier vers,


toutes les règles étaient violées c'est bien à 1'escalier Dérobé.
Un escalier et non des degrés 1 Et après la rime un rejet de
provocation On avait remué les lies, fouillé les sentines ce
jeune amant sans barbe da barbe du vieux, son futur, son jeune,
l'écurie, l'armoire, le badai, de toit à porcs, sécher un manteau,
faire les doux yeux à l'empire, iouer gras, notre homme c3~la
mine attrapée, dénicher sa colombe, la tête d'un Silva, vous
êtes dégoûté, Hernani de mon cœm.
Certes, il est visible que quelques-uns de ces mots sentent
la bravade l'auteur provoque les Philistins sa pièce est une
œuvre d'art, elle est aussi un instrument de polémique.
Cependant, puisque le principe du drame est le mélange du
sublime et du grotesque, puisque dans Hernani s'entre-
croisent l'épique et le simple, le lyrique et le commun,
comment n'y eût-on pas rencontré des termes de toutes
classes ? L'épreuve s'imposait.
Est-ce parce que, suivant l'expression de Sainte-Beuve,
nous avons appris à lire dans les fautes des romantiques, que
certaines hardiesses nous paraissent bien timides? Que Doiia
Sol s'aperçoive qu'il pleut, au moment où entre son amant,
c'est peut-être affecté et mièvre, mais cet impersonnel il pleut
n'a rien en lui qui nous paraisse indigne de là haute poésie.
Son frère Il neigeait fait assez belle figure dans l'Expiation.
C'est certainement une image hardie que une bonne armée,
qui leur sert de sage-femme et les fait accoucher mais
combien elle est préférable aux grimaces de style des
mijaurées qui faisaient .voiler le sein de Marion de Lorme!
Quand on put représenter la pièce interdite, au lieu de
Faire au premier venu
Pour y dormir un soir offre de mon sein nu,
écrit ainsi, remarquons-lebien, pour éviter par un euphémisme
le verbe Prostituer, ne fallut-il pas que l'auteur substituât
Vendre au premier venu
Un amour à son gré, naif, tendre, ingénu.

Hugo va-t-il sans goût, sans mesure au bout du système ?


Nullement. Il s'arrête. Il était tombé au mot sale
Ah 1 le peuple 1 Océan, onde sans cesse émue,
Où l'on ne peut cracher sans que tout ne remue.

Quoique craché fût dans Pascal, il l'a biffé.


Dans l'adorable duo d'amour du cinquième acte, Hernani
cherchait à se faire donner le poignard il étouffait, il avait
besoin d'ouvrir son pourpoint. Dofia Sol voulait chercher des
ciseaux. Hugo a compris que ce terme de couturière détonnait.
Le vers a disparu.
D'autre part, il n'interdit à personne, il ne s'interdit pas à
lui-même le mot noble ou la périphrase.
Rien n'est démonstratif à cet égard comme l'examen du
manuscrit d'Hernani dont Mme Daubray a donné la reproduc-
tion, et qui sera bientbt, il faut l'espérer, dans toutes nos
grandes bibliothèques.
Il était doué de trop de goût, il avait trop le sens des
nuances qu'impose la variété des sujets et des tons pour
tomber dans cette erreur. Lui-même connaît le parti qu'on
peut tirer de la note atténuée, voilée même. Il s'est vanté
d'avoir appelé le cochon par son nom, pourquoi pas ? C'est
vrai, mais dans le Sultan Mourad, c'est sur un porc télide
que s'attendrit le criminel que sa pitié va sauver. Dans les
Châtiments, toute sa haine pour l'empereur parjure ne le fera
jamais abaisser jusqu'au gros mot. Il dira « Plus vil que le
pourceau qui dans l'égout se vautre. » II y a des cas, il le sait,.
où il faut dire cruche cassée, d'autres où c'est vase brisé qui
convient. Comment eût-on supprimé une des cordes de la lyre?
En réalité, pour'prendre cette question comme elle devrait
être prise, en doctrine, il faudrait chercher dans un diction-
naire des mots nobles tout ce qui était proscrit sous la Restau-
ration, puis relever les admirables vers où étincellent les mots
qui devaient faire tache.
Vous chassez laver et laveuses. Répudiez-vous donc
Comme un pavé d'autel qu'on lave tous les soirs ?

Condamnez-vous aussi le départ du morceau de la Légende,


intitulé Durandal travaille? Or, il commeuce
laveuses, qui dès l'heure où l'orient se dore,
Chantez battant du linge aux fontaines d'Andorre.
Pieds nus vous dégoûte, souliers vous paraît vulgaire.
Songez aux « Soldats de l'An II », Hugo ne dit pas les
« guerriers ». Osez donc rayer les strophes sublimes
–Et Allez, mes vieux soldats, mes généraux imberbes!
l'on voyait marcher va-nu-piedssuperbes
ces
Sur le monde ébloui 1.
Ils allaient, ils chantaient, l'àme sans épouvante
Et les pieds sans souliers 1
Bouteille et verre évoquent les ivrognes et les cabarets.
Alors biffez le poème profond de Vigny La Bouteille à la
mer. Biffez aussi la réponse de Musset à Becker
Nous l'avons eu votre Rhin allemand,
Il a tenu dans notre verre 1
Si nous voulons compléter l'expérience, essayons de mettre
à la place le mot noble: vase. Ce sera un éclat de rire
universel.
Pour parler comme les romantiques, les mots bas, une fois
sortis de la boue, sont devenus rayons. Hier aux enfers,
demain en plein ciel.
Formule de dégénérés, ose-t-on dire, que les vers célèbres,
riches de promesses sans fin
Point de mot où l'idée au vol pur
Ne puisse se poser tout humide d'azur!
En vérité, je ne connais point de pharisaïsme plus
caractérisé que celui des hommes qui, aujourd'hui, dans un
accès d'orgueil qui se couvre des idées d'ordre et de hiérar-
chie, méconnaissent, répudient, raillent, outragent la géné-
rosité des romantiques, abaissant, sur tout ce qui était réputé
bas et vil, mots et choses, un regard de pitié, et proclamant
le temps venu de faire part à la création immense de la justice
universelle et de cette charité infinie qui est la forme suprême
du sentiment chrétien et religieux.

ii

L'article 2 du Credo romantique est plus difficile à formuler.


Je proposerais la rédaction suivante la langue des poètes
n'est pas seulement vérité, elle est beauté. Elle ne s'interdit
rien de ce qui peut rendre l'expressionpittoresque ou plastique.
Delacroix eût, du reste, aidé Hugo à le rédiger. La bataille
d'Hernani, c'était en effet' la bataille des ateliers
en même
temps que du cénacle. Depuis longtemps on s'entraînait en
commun. Les peintres novateurs étaient nos frères, témoigne
Sainte-Beuve. On s'en allait, bras dessus, bras dessous, dans
les plaines de Vanves et de Montrouge, voir non plus l'astre
«
du jour se coucherdans sa gloire » et encore moins « Phébus
terminer sa carrière », mais « le soleil s'éteindre dans la
pourpre et l'or ». On observait, on notait, l'un sur son carnet,
l'autre sur un carton, la variété des tons, la crudité des
rayons, leurs ruptures, leurs passages aussi et leurs dégradés.
Et on s'en revenait l'œil et le cerveau si pleins des clartés qui
avaient illuminé ces mornes banlieues que leur souvenir,
Hugo en a fait l'aveu, inspiraitdes Orientales, et que quelques-
unes des plus belles pièces des Feuilles d'automne ont été
écrites en rentrant de dîner dans la guinguette de la mère
Saguet. Nous aurions peine à croire que cette sincérité dans
l'observation des formes et des couleurs réelles ait
paru
destructive du goût et de la langue, si nous ne connaissionsla
polémique à propos du «dragon jaune et bleu qui dormait
dans du foin ».
Mais, tout, dans notre France si traditionaliste, a dû être
conquis sur l'Académisme,art par art, vérité par vérité. Preuve
de sensualité que de tomber dans l'horreur de la grisaille et
la passion du concret! M. de Bonald ne l'avait-il pas
démontré? C'était déchoir que de substituer les mots ptari et
(
femme aux mots à,' époux et û' épouse; car ceux-là seuls,
en
éveillant l'idée de contrat, étaient capables de donner lien
au f
conjugal son caractère philosophique et moral. r
On s'émut peu, il faut bien le dire, de ces attaques, et les
livres romantiques, qu'on prétend tout de rêve et d'imagina-
tion, fourmillent de notations aussi justes dans leur simplicité
concrète que la suivante
»

Le feu de joie Péclairait d'une lumière crue et rouge qui tremblait 3)


toute vive sur le cercle de* visages. et au fond de la place jetait un
blême reflet mêlé aux vacillations de leurs ombres.

Dans Hernani, brillent à chaque instant les mots colorés


Oui, je veux voir brûler les flambeaux et les cires,
Voir Notre-Dame au fond du sombre corridor,
Luire en sa châsse ardente avec sa chape d'or.
Et puis m'en retourner!

Rien de plus simple et de moins de mérite, estime-t-on.


Pour mesurer le chemin parcouru, rappelez-vous Racine
peignant Hippoly te couché sans forme et sans couleur! L'adjectif
pittoresque lui-même n'existait pas du temps de Phèdre.
Seulement, le progrès ne pouvait pas s'arrêter à ce point,
et par une conséquence forcée, bientôt après que la réalité
eut remplacé l'abstraction pour exprimer des réalités, elle
aspira à la remplacer encore pour exprimer l'abstraction elle-
même.
Déjà s'affirme chez Hugo cette façon devoir et de peindre
le monde moral. Tout ce qui est bon, pur, heureux, produit
sur ses sens une impression de lumière, et de jour. L'ombre
est le mal, le laid, la douleur. Le poète avait d'abord écrit
f emplirais de mes spectres les nuits. Il corrige je noircirais vos
jours avec mes nuits. Comparez. Une âme de malheur faite
avec des ténèbres.
La langue se constelle d'images. La liberté d'en créer, dont
elle était sevrée depuis deux siècles, lui est rendue. C'était à
la fois se conformer à la nature de la poésie et aux lois pro-
fondes du langage.
On n'a pas assez remarqué que cette faculté d'étendre par
figure la valeur des mots à l'expression d'autres idées que
celles où ils semblent attachés, assurant à l'imagination des
ressources indéfinies, dispense l'écrivain de recourir aux
créations inconsidérées. Hugo, avec ces ressources, après avoir
fait entrer les mots de métier, après en avoir rappelé de vieux,
ayant le secret de féconder cette masse, n'avait point besoin
d'être néologue, il ne l'a pas été. « Ce sont les mots nou-
veaux, les mots inventés qui détruisent le tissu d'une langue »,
disait-il.
Certains ont fait de nos jours dogmatiquement le procès
dn métaphorisme En science il est ridicule, en politique «
funeste. Peut-être. Dans la langue poétique, il est éclat et
splendeur. Il n'est pas vrai qu'il disperse fatalement l'esprit t
qui rêve. Si une image égare parfois, elle éclaire aussi. Quand,
dans une pièce souvent récitée depuis la guerre, Hugo parle
de la « couronne de colonnes » que le Panthéonélève au-dessus
t:
de nos grands morts, qui oserait soutenir que l'idée en est
affaiblie parce que couronne « égare l'attention »? A la fin de
Ruth et Boos, ce joyau de notre langue, prétendra-t-on que
u la faucille d'or dans le champ des
étoiles », serait remplacée
avantageusementpar un mot mathématique, expression exacte
du croissant ? A cette place, à la fin de cette scène divine
e
mais champêtre, il était de rigueur qu'un mot rappelât l'esprit
vers l'humble glaneuse, couchée aux pieds de Booz, et qui,
parla volonté céleste, va jouer son rôle sacré.
t
Or, Hugo est le voyant le plus extraordinairequ'ait connu p
le monde. On a fait et on fera sans fin des dictionnaires de ses
images. Les comparaisons les plus usées se rajeunissent sous x

sa baguette Le cœur se gonfle, il s'emplit de colère, vieilleries1


Hugo pense à la mer Quand notre cœur se gonfle et s'emplit
de tempêtes. Et voilà l'expression rajeunie 1 Les tourtereaux
étaient tombés dans la romance. Don Ruy Gomez les en tiré
.Tous ces jeunes oiseaux
peinte, au langoureux ramage,
A l'aile vive et
Ont un amour qui mue ainsi que leur plumage.
Les vieux, dont l'âge éteint la voix et les couleurs, t
Ont l'aile plus fidèle et, moins beaux, sont meilleurs. y

Cent fois on avait qualifié de nids d'aigles et de vautours les e


châteaux féodaux. Un seul mot juste caractérisant leur forme
et une image toute fraîche, d'une vérité rigoureuse, s'impose
aux yeux
J'irai par les monts, de mes mains aguerries, t
Dans leurs nids crénelés tuer les seigneuries. ·
Maia Hugo n'est pas an rapetasseur d'objets usagés. C'est
un créateur. Entre le monde et l'homme, entre les sphères et
les inûniment petits, des rapports de similitude et d'opposi-
tion que personne n'a entrevus frappent son esprit, dont la
puissance d'association est sans bornes. On citerait indéfini-
ment des trouvailles
Mais tu l'as, le plus doux et le plus beau collier,
Celui que je n'ai pas, qui manque au rang suprême,
Los deux bras d'une femme aimée et qui vous aime.

De la bouche de Don Carlos, face à face avec Charlemagnc,


elles tombent, comme une cascade d'étoiles. Il n'est mot si
bas qui n' étincelle
.Je coudrai, s'il le faut
Ua pourpre impériale au drap de l'échafaud.
Accoupler mon casque à la mitre de Rome, etc.

Tantôt, chez lui, c'est un mot qui en appelle un autre ce


sera par exemple la tour du roi, d'âme si vile sous des habits
somptueux. L'idée de bassesse appelle basse-cour, et le rappro-
chement se fait de lui-même
Basse-cour où le roi mendié sans pudeur
A tous ces affamés émiette la grandeur.

Plus souvent, c'est en parlant des objets que sa prodigieuse


imagination prend son essor. Il regarde, et partout, toujours,
une autre vision se présente qui achève, loin de troubler la
première, de lui donner son caractère qui la caricature ou
l'idéalise: les tours de Saint-Sulpice, deux clarinettes; la
cathédrale de Nancy, un huilier, le Panthéon, un énorme
gâteau de Savoie. Ainsi sans fin.
Nous avons une preuve matérielle et tangible darïs le manu-
scrit même d'Hernani. L'auteur y a dessiné l'aigle impériale,
avec, au centre, l'écusson. A c6té, une note « Au lieu de cœur,
un écusson. Il C'est le thème des deux célèbres vers
L'empereur est semblable à l'aigle sa compagne.
A la place du cmur il n'a qu'un écusson.
Le croquis y est lu, transposé. L'attribut héraldique devient
symbole, il traduit un état d'âme. Au reste, il semble qu'Hugo
ne puisse se détacher de ce blason, et la bête, sous son
regard, naît à la vie, elle vole
Si je serrais cette main trop loyale,
J'écraserais dans l'œuf ton aigle impériale.
Nous verrons si je lui laisserai rogner les ailerons.
L'aigle qui va peut-C*tre éclore à mon cimier
Peut aussi déployer ses ailes.
Encore dans ce cas le point d'appui a été une réalité maté-
rielle concrète. Mais bien dos fois c'est l'abstrait même qui
prend une âme

L'affront, que l'offenseuroublie en insensé,


Vit toujours et remue au cœur de l'offensé.
Qu'une idée, au besoin des temps, un jour éclose,
Elle grandit, va, court, se mêle à toute chose,
Se fait homme, saisit les cœurs, creuse un sillon,
Maint roi la foule aux pieds ou lui met un bâillon,
Mais qu'elle entre un matin à la diète, au conclave,
Et tous les rois soudain verront l'idée esclave,
Sur leurs têtes de rois que ses pieds courberont,
Surgir, le globe en main ou la tiare au front.
Comprenons et mesurons. Un homme, un contemporain
des savants de la matière penchés sur leur analyse positive,
renouvelle le miracle des temps primitifs. Il ne s'agit plus
d'allégories, de froides et fictives personnifications, le Dieu
du verbe crée un monde dans les mots et par les mots.
Nomina, numina 1

##

Or, par une rencontre extraordinaire, ce visionnaire a en


outre, un sens infaillible, unique, prodigieux, des sons et des
rythmes. Je ne puis rien dire ici de la révolution qui trans-
forme l'alexandrin. J'indiquerai seulementque chez Hugo la
nature, la vie, les chants, les bruits se traduisent non plus sous
la forme ridicule et enfantine de l'harmonie imitative: non!1
mais une adaptation rigoureuse, inconsciente, infaillible lui
fait conformer au sujet, à l'idée, au sentiment, les vers, les
rimes, les syllabes, les sons, les voyelles ou consonnes. Une
sorte de clef musicale et poétique lui permet non seulement
d'écrire dans le ton, mais de faire concourir la partie maté-
rielle du langage à la vérité esthétique. Son vers n'est
pas
seulement beau de sonorité, cette sonorité est psychologie
quement juste, elle signifie
Le tocsin haletant bondissait dans les tours.
Non, c'est tout près, dans l'ombre où Vâme aime à descendre,
Cette chambre d'où sort un chant sonore et tendre.
Le couplet de DofSa Sol dans la nuit nous inspire à tous la
même réflexion qu'à Hernani lui-même
Ta parole est un chant où rien d'humain ne reste.
Qu'on le compare au passage du monologue tout retentissant
de bruits sourds et de fracas.
J'avais commencé des analyses instrumentales de
ces
effets; j'espère que quelqu'un trouvera le temps et
aura le
goût de les poursuivre.
Bientôt, ce ne seront plus'des vers et des strophes, mais des
morceaux entiers où le langage luttera avec la musique
Écouter) Comme un nid qui murmure invisible,
Un bruit confus s'approche, et des rires, des voix,
Des pas, sortent du fond vertigineux des bois.
Et voici qu'à travers la grande foret brune
Qu'emplit la rêverie immense de la lune,
On entend frissonner et vibrer mollement,
Communiquant au bois son doux frémissement,
Laguitare des monts d'Inspruck, reconnaissable
Au grelot de son manche où
sonne un grain de sable;
II s'y mêle la voix d'un homme, et ce frisson
Prend un sens et devient une vague chanson.
Voici la finale
La mélodie encor quelques instants se tralne
Sous les arbres bleuis par la lune sereine,
Puis tremble, puis expire; et la voix qui chantait
S'éteint comme un oiseau se pose tout se tait.
D'autres poètes, peu nombreux, La Fontaine, Racine,
An». Umv. IV. –4
avaient tiré de notre idiome des effets analogues, je veux aire
adapté aux idées les sons et les rythmes, trouvé le secret des
magicien n'avait eu
assonances et des allitérations. Jamais
qui fait que chez
cette triple vision directe, imagée, musicale,
Hugo l'idée est trois fois rendue,car elle est exprimée,
montrée
et chantée.
Les théoriciens avaient voulu comme idéal une langue sem-
blable « à une eau claire et pure qui n'a point de goût »,
les
romantiques en faisaient une liqueur savoureuse et parfumée.
elle
Elle n'était plus seulement un instrument d'expression,
devenait un élément d'art, qui s'ajoutait à l'idée. Par ses
sonorités, elle agissait sur les sens, retentissait par l'oreille
provoquait des vibrations lointaines et
sur notre sensibilité, y
prolongées. En outre, le mot parlait aux yeux, les emplissait
de lumière, de couleurs, de formes, par où
l'imagination était
transportée dans un monde sans fin de réalités et de rêves.
initié à une sorte
Pour la première fois l'esprit français était
de sensualité linguistique, l'art poétique ayant
rejoint l'art
musical et la peinture.
t
C'était un pôle nouveau où de hardis découvreurs venaient
d'aborder. On les a rendus responsables des erreurs de tous
ceux qui s'y sont perdus depuis
dans le brouillard. Et la justice
disculper. Le dix-neuvième siècle a
ne me permet pas de les
incontestablement souffert d'un excès de verbalisme. Toute-
fois, ce serait là l'objet d'une autre étude, car
quelle qu'eût
été la progression, de CromweU à Marion-de Lorme,
de Marion
compromis encore.
de Lorme à Bernant, rien en i83o n'était
Aucune des limites de la raison, du bon sens, du
goût n'avait
si les
été dépassée. Elles ne l'eussent pas été de longtemps
romantiques avaient formé une École.
Mais quand on a comparé leur irruption dans la
citadelle
classique à l'entrée du cheval de Troie, on fait beaucoup
d'honneur à leur esprit de discipline. A l'intérieur du
cheval,
décelés. Jamais
ils auraient eu des querelles et se seraient
ils n'ont eu ce qui fait une école, un maître et un programme.
Comme a chanté Vacquerie
Nous nous en allions dans l'espace, fidèle»
Et libres, comprenant dès notre premier pas,
Et l'art, au lieu d'un code, eut une conscience.
C'est vrai, et c'est pourquoi le développements'est fait en
tous sens et dans toutes les directions.
Du sol profond a jailli, non pas un arbre unique, mais une
magnifique futaie, une forêt de talents et d'écoles. Des natu-
ralistes aux impressionnistes,des Parnassiens aux symbolistes,
il n'est pas un système, pas une poétique, pas une œuvre
qui ne procède du romantisme, dans ses beautés et dans ses
erreurs. Il a été le germe commun, universel plusieurs de
ceux qui l'ont renié sont même ses principaux débiteurs. Les
uns, presque tout de suite, ont conduit la langue dans les plus
bas lieux avec Sainte-Beuve ou Amédée Pommier, elle a
visité les guinguettes et les marchés, en attendant que Baude-
laire l'arrêtât devant les charognes et que Richepin l'attelât
aux roulottes des gueux.
L'impressionnisme des Goncourt y était également contenu
en puissance. Du moment que l'expression du caractère avait
pris une importance si grande, un jour devait venir où elle
serait l'essentiel et où un être, un acte, au lieu d'être nommé
de son nom, allait être désigné par ses apparences, où « les
Arabes impassibles » regardant le train céderaient la place
« aux impassibilitésd'Arabes », où « les jupes qui s'envolent
au vent d'un bal » seraient remplacées par « les envolements
de jupes » comme chez Alphonse Daudet.
Le symbolisme lui aussi était annoncé, dès que le mot,
sortant du rôle qu'il a dans la langue positive, évoquait au
lieu d'exprimer. Aberrations, dit-on, je ne veux pas et ne
puis pas discuter. Si cela est vrai, consolons-nous-en. Il n'y a
ni orthodoxie ni hérésie dans l'art. L'erreur commise en
pleine liberté est féconde. C'est une des conditions essen-
tielles de la vie poétique.
Ferdinand BRUNOT,
Doyen honoraire,
professeur à la Faculté des Lettres,
Membre de l'Institut.
Les Études géographiques à Paris'1

ii
L'Institut de Géographie de l'Université de Paris
(Rapport du Directeur pour l'année igsS)
L'Institut de Géographie a été créé, dans l'intention de la
donatrice, la marquise Arconati Visconti, pour abriter les
collections, l'enseignement et les recherches de géographie
des diverses Facultés de l'Université de Paris.
Jusqu'à présent, seule la Faculté des Lettres y a installé la
totalité de ses services géographiques. La Faculté des Sciences
y a installé les services centraux de l'Institut de Physique du
globe avec l'enseignementde cette science, sous la direction
du professeur Charles Maurain, les collections et l'enseigne-
ment de la géologie structurale et appliquée, sous la direction
du professeur Léon Bertrand. En outre, l'Institut d'Ethno-
logie, Institut d'Université, occupe une partie du troisième
étage. Enfin, la section des Sciences naturelles de l'École des
Hautes Études a créé trois laboratoires de recherches fonc-
tionnant dans l'Institut de Géographie, sous la direction de
trois des professeurs qui y enseignent le laboratoire de phy-
sique du globe dirigé par le professeur Charles Maurain le
laboratoire de géologie appliquée, directeur Léon Bertrand,
et le laboratoire de géographie générale, directeur Emmanuel
de Martonne.
On peut donc dire que les locaux dus à la libéralité de la
marquise Arconati Visconti et du ministère de l'Instruction
publique sont bien employés. Ils ne sont malheureusement
i. Voir le n° S, t. II, des Annalos de VUniversUè d, Paris, sep-
tembre 1917.
pas encore entièrement aménagés et, de plus, les ressources
financières annuelles sont loin d'être encore à la hauteur des
besoins des différents enseignements ou laboratoires de
recherches.
Nous examineronsdans ce rapport l'état du bâtiment et le
fonctionnement des services communs. Nous exposerons
ensuite en détail le fonctionnement des services de géogra-
phie de la Faculté des Lettres et du laboratoire de Géogra-
phie générale nous dirons quelques mots de la physique
du globe, de la géologie appliquée et de l'ethnologie. Enfin,
nous résumerons le rôle et les besoins de l'Institut.

I. BATIMENT ET SERVICES COMMUNS

Grâce au crédit de 270000 francs inscrit au budget du


ministère de l'Instruction publique, on a pu poursuivre l'amé-
nagement du bâtiment. Tout le gros oeuvre de l'entresol est
achevé.
Le dallage du sous-sol est terminé.
Il semble donc qu'un effort financier analogue à celui qui a
été fait en 1927 suffirait pour que le bâtiment de l'Institut de
Géographie soit entièrement en état.

II. – LES COLLECTIONS DE GÉOGRAPHIE

Le transfert des collections réunies à la Faculté des Lettres


pour l'enseignement et les recherches géographiques a donné
à l'Institut de Géographie un matériel assez important qui
s'augmente d'année en année. L'inventaire détaillé en est
suffisamment avancé pour que nous puissions donner un
aperçu des ressources qu'il offre aux élèves, aux professeurs
et aux savants en général.

A. – Bibliothèques
1 Les livres sont répartis entre deux bibliothèques une
petite bibliothèque mise à la disposition des étudiants dans
la grande salle de travail, comprenant 43; volumes et 3g atlas;
une grande bibliothèque qui n'est ouverte qu'aux profes-
seurs, étudiants avancés et travailleurs étrangers. Cette biblio-
thèque de recherches s'enrichit de plus en plus, moins par
des achats que par des dons. Nous avons réussi à tenir à jour
un catalogue complet avec trois fiches pour chaque oeuvre
(auteur, nom de lieu et matière), de façon à en assurer la
consultation rapide et pratique. Le nombre des volumes
dépasse, en décembre 1928, le chiffre de 6000, auxquels il
faut ajouter 3 722 brochures et environ un millier d'ouvrages
en double ou de livres provenant de dons et non encore cata-
logués.
L'enrichissement a suivi une marche ascendante depuis
trois ans
En 1926 Achats 21 Dons i3a
En 1937 – 19 387
En 1928
– 37 – 2S0

On voit la grande place tenue par les dons. Ils viennent


surtout de professeurs de l'Institut, de professeurs étrangers
qui ont fait usage de la bibliothèque, d'instituts étrangers avec
lesquels nous sommes en correspondance. Enfin, la librairie
Armand Colin a consenti à verser à l'Institut de Géographie
les périodiquesqu'elle reçoit en échange avec les Annales de
Géographie, notre grand périodique de géographie français,
qui est dirigé par les professeurs de géographie.
2. Les cartes, instrument de travail indispensable pour
les géographes, formaient déjà une collection imposante à la
Faculté des Lettres quand les services de géographie ont été
transportés dans les bâtiments de l'Institut de Géographie de
l'Université.
Les cartes murales, actuellement au nombre de 283, com-
prennent malheureusement un trop grand nombre de cartes
anciennes inutilisables. Le renouvellement normal de cette
collection, absolument nécessaire à l'enseignement, ne se fait
pas assez vite, faute de crédits.
Notre collection de cartes à grande échelle comprend des
séries complètes de presque tous les services géographiques
des États modernes, avec un certain nombre de doubles pour
les exercices pratiques, des cartes géologiques, hydrogra-
phiques, botaniques, économiques, et un nombre très limité
de cartes anciennes. Le nombre des feuilles était de 12000
en 1912. Il est passé à 33 200 en 1926, à 44097 en 1928. Dans
ce nombre, 24345 feuilles forment les collections en séries
complètes, 19752 représentent la réserve de doubles servant
aux travaux pratiques. La France figure dans les collections
pour to569 feuilles, l'Europe pour 7235 feuilles, les États-
Unis pour 3 283, l'Afrique pour I 63r. L'accroissement a été
de 84 feuilles en 1926 (dont 80 par dons), de 9629 en 1927
(dont 427 par dons), de 882 en 1928 (dont 862 par dons). Ici
encore les dons prédominent, sauf en 1927, mais il faut dire
que les neuf dixièmes des achats de cette année ont été faits
.au Service géographique de l'armée, dans des conditions
exceptionnelles permettant, grâce à la bienveillance du
général Bellot, la constitution du stock de cartes nécessaires
à la nouvelle organisation des travaux pratiques.
La plupart des dons ont été obtenus par des démarches
personnelles du directeur de l'Institut de Géographie, soit
près du Geological Survey des États-Unis, soit près du
Service géographique d'Égypte, soit auprès de l'Institut
géographique militaire de Roumanie, de ceux de Pologne,
de Tchécoslovaquie,de Yougoslavie. Actuellement, l'Institut
de Géographie de l'Université de Paris est le seul qui possède
les collections topographiques des nouveaux États créés ou
considérablement agrandis par les traités de 1919. Ajoutons
que la Bibliothèque Nationale a consenti à nous verser les
doubles du dépôt légal.
La collection de cartes est conservée dans une salle spé-
ciale qui n'est ouverte,qu'auxprofesseurs et aux chercheurs.

B. Les photographies
Instrument essentiel pour les démonstrations et les études,
elles occupent cependant une place moins importante que les
cartes dans les collections de l'Institut de Géographie. Leur
nombre est actuellement de 9000 environ, alors qu'il était de
J 600 en 1910 et de 3 000 en iqj3.
Les épreuves collées sur carton, rangées dans quatre
meubles classeurs spéciaux, sont au nombre de z5oo, sans
compter un grand nombre d'épreuves non encore collées et
cataloguées, au nombre de un millier environ. On y a fait une
place à part aux photographies d'avions, dont deux des pro-
fesseurs de l'Institut s'occupent spécialement, en collaboration
soit avec des sociétés privées comme la Compagnie aérienne
française, soit avec l'aviation militaire elle-même. L'Institut
de Géographie de l'Université de Paris a une situation excep-
tionnelle à ce point de vue.
Les positifs sur verre utilisés pour l'enseignement sont au
nombre de 5a5o. La collection s'accroît lentement, le prix de
revient étant de plus en plus élevé. L'installation du labora-
toire de photographie nous permettra de confectionner les
projections, à condition de disposer du personnel compétent.
M. Cholley a commencé le rassemblement d'une collection
systématique de cartes postales qui, en très peu de temps, a
atteint plusieurs milliers d'exemplaires et promet de rendre
de grands services.

C. Plant en relief
L'Institut de Géographie possède une collection de plans
en relief unique, avec une salle d'exposition telle que je n'en
connais dans aucun autre Institut analogue, soit en France,
soit à l'étranger 388 blocs établis d'après les plans directeurs
du front pendant la Grande Guerre, à l'échelle du 1 20 000°,
3i blocs au iooooo0 de la Rhénanie, 53 blocs des Alpes orien-
tales au Socoo", 21 blocs de Tchécoslovaquie, 16 des Balkans
et 3 de Syrie sont rassemblés dans une salle spéciale, classés
dans des casiers, et peuvent être assemblés sur quatre grands
pupitres éclairés par le côté, dont la surface totale représente
20 mètres carrés, permettant d'exposer des ensembles aussi
grands que toutes les Vosges au 20000'. Ces assemblagessont
d'une grande utilité pour les démonstrations aux élèves. Ils
ont servi à des recherches morphologiques sur les Vosges, la
Lorraine et le Jura notamment.
Nous possédons, en outre, une dizaine de reliefs isolés de
différents pays, quelques-uns coloriés géologiquement ou sui-
vant les couleurs du paysage, la plupart exposés dans la salle
de travail des étudiants.
Récemment, Mme Vve Schrader a bien voulu nous faire don
de l'admirable relief de Gavarnie et environs établi par le
géographe éminent qu'était F. Schrader, d'après ses levés
topographiques dans les Pyrénées. Cette pièce, unique au
sens propre du mot et à tous les points de vue, a été placée
sous verre dans le grand hall de l'Institut. Nous possédons
aussi les 80 reliefs à 1 200 ooo' exécutés sous la direction de
F. Schrader pour sa carte de France, mais, jusqu'à présent,
il a été impossible de choisir parmi ces blocs ceux qui n'ont
pas été endommagés par des transports répétés pendant la
guerre, et de trouver la place convenable pour les exposer.
Nous voudrions pouvoir organiser dans le sous-sol un atelier
où les reliefs endommagés pourraient être réparés, en atten-
dant qu'on en confectionne de nouveaux.

D. Les échantillons géologiques


Ceux-ci ne jouent qu'un rôle secondaire dans les collec-
tions de géographie. Ils sont nécessaires pour les démonstra-
tions aux élèves, mais ce n'est pas ici qu'on doit amasser un
matériel de recherches. Nous avons réuni les principaux
types de roches du bassin parisien, de roches anciennes,
ainsi que de roches volcaniques, enfin quelques types de
minéraux et de sols caractéristiques. Aux deux vitrines qui
existaient avant l'installation dans le bâtiment actuel, il a
fallu en ajouter quatre autres. Le nombre des échantillons
exposés ou conservés dans les tiroirs est, à l'heure actuelle,
de 5oo à 600.
E. – Instruments
Les collections d'instruments des Services géographiques
de la Faculté des Lettres, transportées à l'Institut de Géogra-
phie, ne s'enrichissent que lentement. Elles suffisent à peine
aux besoins de l'enseignement et du service des recherches.
Nous disposons de quatre baromètres anéroides altimétriques.
compensés de Naudet, qui sont généralement tous en main
pendant l'été, de deux boussoles (Peigné et Hossard), d'un
théodolite, d'un astrolabe à prisme de Claude et Driancourt,
d'une règle à éclimètre Goulier, d'un clisimétre Goulier, d'un
niveau à bulle simple, d'une chambre claire et d'un baromètre
enregistreur de Richard.
Des demandes ont été faites sur le compte des réparations
qui nous donneront, si elles sont accordées, plus de sou-
plesse.
III. – L'ENSEIGNEMENT
Les Services de géographie de la Faculté des Lettres ont
d'abord comme fonction essentiellede donner l'enseignement
aux étudiants préparant les certificats de géographie, la
licence, les diplômes d'Études supérieures et d'agrégation.
Nous avons publié, en 1927, et venons de publier, en 1928,
une brochure qui donne aux étudiants tous les renseignements
utiles sur les examens, leurs programmes, les cours et tra-
vaux pratiques et, en général, toute l'organisation de l'ensei-
gnement à l'Institut de Géographie. Nous en extrayons seu-
lement les données essentielles
Seize cours ou séances de travaux pratiques sont donnés
chaque semaine, parmi lesquels chaque année un cours de
géographie économique générale, un cours de géographie de
la France, trois ou quatre cours de géographie régionale sur
l'Europe et les pays extra-européens et cinq séances de tra-
vaux pratiques.
Le nombre des élèves suivant cet enseignement augmente
chaque année. Il était en 192$ de 210, de 2S2 en 1927-1928,
àe 3a5 depuis novembre 1928, parmi lesquels ont fréquenté
la salle de travaux pratiques 220 en 1927-1928 et 302 depuis
novembre 1918.
Ce contingent, constamment accru, comprend d'abord, avec
les Normaliens, la masse des élèves de la Faculté des Lettres
suivant la filière régulière des examens conduisant à l'ensei-
gnement de la géographie licence, diplôme d'études supé-
rieures et agrégation. Viennent ensuite des élèves de la
Faculté de Droit, de l'École des Sciences politiques, de
l'École Coloniale et des grandes Écoles préparant les divers
degrés de l'enseignement primaire, Saint-Cloud et Fontenay
notamment. Puis, un nombre de plus en plus grand de profes-
seurs de collèges, de professeurs d'Écoles normales ou pri-
maires supérieures, d'instituteurs même. L'élément primaire
tient une place de plus en plus grande; il est possible d'y voir
entre autres causes l'influence d'un des professeurs de l'Ins-
titut qui préside une Société d'études historiques et géogra-
phiques de la région parisienne groupant plus de 200 insti-
tuteurs.
Nous comptons parmi nos élèves des travailleurs indépen-
dants intéressés à la géographie et qui ne passent pas les exa-
mens réguliers de la licence d'enseignement. Parmi eux le
nombre des étrangers est assez grand. Il comprend les natio-
nalités les plus diverses. On a noté, l'année dernière et cette
année, des Allemands, Anglais, Espagnols, Roumains,
Lithuaniens, Turcs, Persans, Japonais, Américainsdes États-
Unis, du Canada, Mexicains, Péruviens, Annamites, Syriens.
Le grand nombre des auditeurs suivant les cours généraux
fait apparaître de plus en plus l'exiguïté du grand amphi-
théâtre. On a dû, cette année, y placer une trentainede chaises
et des auditeurs sont encore debout. Aucun remède n'apparaît,
sinon, peut-être, une entente avec l'Institut d'Océanographie
voisin.
Le nombre des élèves inscrits pour les travaux pratiques
du certificat de géographie enseignement dépassant 200, il a
fallu les diviser en trois équipes. Chacune peut encore à
peine tenir dans notre grande salle de travail et le personnel
doit s'imposer un surcroît de besogne pour faire face à cette
partie essentielle de l'enseignement.
Bien que les mémoires présentés par les élèves pour le
diplôme d'Études supérieures rentrent plutôt dans la caté-
gorie des recherches, nous devons mentionner ici leur nombre
en 1938 il a été de treize, ce qui donne une proportion
élevée des mémoires examinés par la section d'Histoire et
Géographie de la Faculté des Lettres.
Les excursions sont une partie essentielle de l'enseigne-
ment. Pendant l'année scolaire 1927-1928, nous avons fait six
excursions de un jour et une excursion de trois jours, sans
compter l'excursion géographique interuniversitaire dans le
Jura, qui a duré cinq jours et à laquelle ont pris part
dix élèves de l'Institut de Géographie de l'Université de
Paris. Aux excursions dirigées par le personnel enseignant,
il conviendrait d'ajouter celles organisées par l'Association
des étudiants géographes, petite association très vivante qui
agit en liaison avec les professeurs. Le total des jours passés
sur le terrain par nos élèves est encore insuffisant. C'est une
question d'argent.
IV. PERSONNEL

Pour faire face à un enseignement très lourd, ainsi qu'à la


garde et à l'entretien des collections qui lui servent de base,
les services de géographie disposent d'un personnel de quatre
professeurs MM. Emmanuel de Martonne, professeur de
géographie Augustin Bernard, professeur de géographie de
l'Afrique du Nord; Albert Demangeon,professeur de géogra-
phie économique, et A. Cholley, maître de conférences de
géographie et d'un personnel auxiliaire comprenant un seul
assistant, un bibliothécaire et deux garçons, dont un est
chargé en outre de fonctions pour les services communs de
l'Institut de Géographie.
Le nombre des garçons est juste suffisant actuellement et
deviendracertainement insuffisant quand seront aménagés les
locaux de l'entresol. Notre dévoué bibliothécaire M. fcvrard,
a jusqu'ici assuré à l'entière satisfaction les services de la
bibliothèque en achevant le catalogue et en répondant avec
une obligeance très appréciée aux demandes qui peuvent à
certains jours de la part des élèves.
Le service d'assistant des travaux pratiques est fait par
M. Dion, nommé chargé de conférences auxiliaire, qui veut
bien étendre jusqu'à une heure et demie la conférence de
une heure pouf laquelle il est appointé 2 5oo francs. On ne
peut lui demander plus et M. Cholley a été obligé de prendre
une des trois équipes de travaux pratiques, faisant
ainsi
une heure supplémentaire non rétribuée. Notre
collègue a
droit à des remerciements pour son dévouement mais il est
évident qu'une augmentation du personnel auxiliaire paraît
indispensable.
Il faut noter que, pour le semestre d'été de 192;- 1938, nous
avons eu le plaisir d'accueillir notre collègue de l'Université
d'Alger, le professeur E.-F. Gautier, qui a fait, sous les
auspices de l'Académie des Sciences coloniales, une série de
conférences sur la Syrie. Notre collègue était déjà venu
l'année précédente parler de Madagascar et doit revenir
l'année prochaine parler du Soudan.
Étant donné l'intérêt extrême des questions coloniales, il
paraît désirable que cette mission temporaire, jusqu'ici
renouvelée chaque année, soit définitivement confirmée.

V. LES RECHERCHES

Malgré l'insuffisance du personnel auxiliaire et les lourdes


charges de l'enseignement, les recherches scientifiques ont été
poursuivies avec succès à l'Institut de Géographie, soit par
les professeurs, soit par des élèves avancés, soit par des
travailleurs préparant des thèses de doctorat ou étudiant des
sujets principaux sous la direction des maîtres.
Nous donnons ci-dessous la liste des travaux publiés par
les professeurs Emmanuel de Martonne, Albert Demangeon,
A. Cholley et Augustin Bernard.
Emu, de Martoxnk. – i. Aréisme et Indice d'ariditd (C. R. Acad.
des Sciences, 7 juin 19*6)– 3. Une nouvelle fonction climatologique,
l'Indice d'aridité (la Météorologie, «937) – 3. Regions of interior
drainage (Geographical Stview, 1927) j – 4. Extension des régions
privées d'écoulement (Ann. de Géogr., 1938) 5. Valleuses de méandre
{Bull. A st. de Giogr. franc., «928); – 6. Le climat des hautes
montagnes (Dans « le Peuplement des hautes montagnes », volume
publié par la Soc. de Bio géographie, 1928)
– 7. L'extension des
régions privées d'écoulement vers la mer (i vol. in>8, 200 pages, avec
carte à 1 50 000000, publié par l'Union géographique internationale,
1928).
A. Demangeon. – t. Les Iles Britanniques, Géographie universelle
(Armand Colin, 1 vol. gr. in-4, 320 p.) a. La Belgique et les
Pays-Bas {ibid., a5op.) – 3. La géographiede l'habitat rural (Ann. ie
Gêogr., 1927, p. 1 et 97) – 4. Le développement d'une grande ville
américaine Cleveland (Ohio) (Ann. de Géogr., 1927, p. 247) S. Le
Transafricain du Cap au Caire (l'Europe nouvelle, 2y octobre 1928).
A. CHOU.EY. – 1. La géographie politique et économique de la
France, d'après J. Brunhes et P. Deffontaines (<!««.<*# Géogr., 1928); –
2. Culture et commerce des fruits dans la banlieue lyonnaise {ibid.,
1928, p. 355) – 3. Nouvelles photographies aériennes de la vallée du
Rhône (Bull. Ass, de Géogr. franc,, 1928).
j
Augustin Bernard. – 1. Atlas d'Algérie, fascicule 5 – 2. Le
recensement de 1926 dans l'Afrique du Nord (Ann. de Géogr., «927).

Il faut relever particulièrement les deux volumes de


M. Demangeon sur les Iles Britanniques et sur la Belgique et
les Pays-Bas, par lesquels s'est ouverte la nouvelle Collection
de Géographie universelle, publiée par la librairie
Armand Colin. Le maître de la géographie française
Paul Vidal de La Blache en avait posé les bases et établi le
plan. Notre collègue L. Gallois, professeur honoraire de la
Faculté des Lettres, a consacré tous ses efforts, dans sa
studieuse retraite, à surveiller l'accomplissement de cette
grande œuvre, qui fera honneur à la science française et dont
les collaborateurs sont presque tous des géographes formés
par Vidal de La Blache, travaillant en liaison avec l'Institut
de Géographie. Tel est notamment le cas de P. Denis, auteur
de deux volumes qui ont succédé à ceux de A. Demangeon et
qui décrivent l'Amérique du Sud; de M. Sorre, professeur à
l'Université de Lille, auteur du volume sur l'Amérique
Centrale, et de J. Sion, professeur à l'Université de Mont-
pellier, auteur du volume sur l'Asie des moussons.
Le professeur Emmanuel de Martonne travaille à l'achè-
vement des deux volumes sur l'Europe centrale qui paraîtront
en ig3o. Il a publié plusieurs articles aux Etats-Unis et en
France sur un sujet qui a fait depuis une quinzaine d'années
l'objet d'une vaste enquête cartographique à l'Institut de
Géographie, et a pu, avec la collaboration de M. Aufrère,
donner une conclusion à ces études sous forme d'un mémoire
de deux cents pages, publié par l'Union géographique inter-
nationale et présenté au Congrès international de géographie
de Cambridge l'Extension des régions privées d'écoulement,
avec carte à 1 So 000 ooo'.
M. Augustin Bernard a continué son monumental Atlas
d'Algérie et publié deux livraisons consacrées au climat et à
la végétation.
Nous devons signaler aussi spécialement l'apparition
prochaine de l'Atlas pholograpkique du Rhône publié par
A. Cholley, en collaboration avec le capitaine Seive,
collection unique de photographies d'avion accompagnées de
commentaires décrivant tout le cours du grand fleuve, avec
ses aspects intéressant la géographie physique et la géogra-
phie économique.
Nous donnons également la liste des travaux faits à
l'Institut de Géographie comme diplômes d'études supé-
rieures et de ceux qui ont été publiés en résumés, princi-
palement par les Annales de Géographie'.
Cette revue, éditée par la librairie Armand Colin, peut
presque être considérée comme un Bulletin de l'Institut
de Géographie, tant est grande la place qu'y tiennent les

t. MÉMOIRES DE GÉOGRAPHIB
PRÉSENTÉS POUR LE DIPLOME D'ÉTUDES SUPÉRIEURES EN 1938

AYACHE. L'enquête agricole algérienne, i868-j87<>; Azambrb.


L'industrie laitière en Thiêrarche et Hainaut; Bois. Rabat, étude
de géographie urbaine ;– Bouts. Le commerce de l'Afrique du Nord,
1913-1926 – Brchat. Les bassins du Haut-Ailier. Dhoubres. La
vie rurale dans les Cévennes ;– Favreau. Le coton dans l'A. O. F.
MATHIB0. Petites industries de la montagne du Jura – Monbeio.
Le pays d'Yveline*; NiOBRST. Le pays de Haaau;– Mlle Rtvisn.
recherches faites dans cet établissement. La direction en est
assurée par trois des professeurs de l'Institut.
En 1927-1928, nous avons eu à faire passer plusieurs thèses
de doctorat ès lettres; celle de M. Chabot., actuellement
maître de conférences à l'Université de Dijon, sur les Plateaux
du Jura central, étude serrée de morphologie karstique qui
fait date; celle de M. H. BAULIG, chargé de cours à l'Uni-
versité de Strasbourg, sur le Plateau central, étude morpho-
logique, qui est une œuvre magistrale digne des plus grands
éloges pour la maîtrise avec laquelle l'auteur a su traiter un
vaste sujet, la vigueur de ses analyses régionales et l'origi-
nalité de ses conclusions générales; celle de M. ClORICEANU,
sur la Roumanie économique jusqu'en içi3 celles de Mlle Bas-
SÈRE, sur le Cantal, étude de géographie humaine, et de
Mlle DUREAU, sur Cleveland, étude de ville.
Enfin, trente-neuf thèses sont actuellement en préparation,
leurs auteurs travaillant à Paris ou se tenant en contact par

La valide de la Saônede Villefranche à Lyon; – Tintouin.Les régions


entre Plaine et Bocage, autour de Falaise, Argentan, Flers et Vire;
VILAR. L'industrie de la région de Barcelone.

TRAVAUX DES ÉLÈVES DE L'INSTITUT DE GÉOGRAPHIE


PUBLIÉS EN 1927-1928

A. BÉRARD. La Morphologie entière de Marseille à Toulon et


l'origine des calanques (ânn. de Gèogt., 1937, p. 67-70) -Ch. LE
Cœur. Le Commercede la noix de kola en Afrique occidentale (Ibid.,
p. t43-t49); i – A. Perpillou. Sur le relief des plateaux limousins
(Ibid., p. »6i-«66); R. MATTON. L'Industrie du fer dans le bassin de
Maubeuge {Ibid., p. 309-337) Mlle S. Javaucnes. Le Haut-Velay
entre Loire et Allier (Ibid., 401-412) j – A. Bérard. Les Conditions
des établissements maritimes sur la côte de Provence dans l'antiquité
(Ibid., p. 413.43S) A. Perpiuoh. L'Evolution économique du
Limousin méridional (lbid.,p. Soa-536) –A. Alexandre. L'Économie
agricole de la Picardie orientale depuis la guerre (Ann. de C~r.,
1938, p. 61-73) R. CROZET. La Plaine d'Alençon (Ibid., p. I3o-i36>
Mlle S. De*UANGE0N, L'approvisionnement de Paris en fruits et
légumes (Ibid., p. 97-121); – Mlle M. Avral. Le Plateau d'Aubrac
(Ibid., p. 334-337); – E. DENNERY. L'Émigration indienne (Ibid., p. 3a8-
J. WEULBRSSE. Le Bassin d'Arcachon (Ibid., p. 407-437)
353)
Mme DEBESSE-AavJSET.Le Châtillonnais (Ibid., p. 428-451). –
correspondance avec un des professeurs de l'Institut de
Géographie. Nous en donnons ci-dessous la liste
1. Dion. – Le Val de la Loire.
3, GlBBRT. La Porte de Bourgogne.
3. Cavaiubs. – La Vie pastorale des Pyrénées.
4. Meynikr. – Rouergue et Ségalas.
5. Lefevre. Les Pyrénées atlantiques.
6. Larnaude. – La Kabylie du Djurdjura.
7. Deffontaines. – Agenais et Bas-Quercy.
8. Mlle Vergez. – Les Monts métallifères du Banat roumain.
9. F. Ficheux. – Le Massif du Bibor, Roumanie.
to. Robert Muller. Les Ports charbonniers français.
11. A. BRIQUET. -Les COtes de la Picardie et de la Flandre.
12. Perpiuou. – Le Limousin.
13. Dennkry. – L'Émigration européenne.
14. Lequêux. – Le Hainaut.
15. Lemaitrb. – Le Weald, étuderégionale.
16. Perriaux. – La Morphologie des Alpes Maritimes.
17. Maxime Perrin. Saint-Étienne et sa région économique.
18. P. Caudet. – La Réunion.
19. Armand Perrin. La Vigne dans le sud-est de la France.

jo. FRANÇOIS. Le Jura, étude de géographie humaine.
21. Nastase. – La Bessarabieméridionale.
33. Somme. Le Bassin minier et métallurgique de Lorraine.
23. Guiixin. Les Pays de la Charente.
34. Nordon. – Les Montagnes de la Bukovine, étude morpho-
logique.
25. Rubixan Le Japon central.
26. Capot-Rev. – Le Territoire de la Sarre.
37. J. Célerier. – La Vie pastorale dans l'Atlas marocain.
28. Clozier. Le Haut-Quercy.
29. Fichklle. – La formation de l'économie nationale tchécoslo-
vaque.
30. RAUBERT. Marseille, étude de géographie urbaine.
31, Mlle Filati. L'Irrigation au Mexique.

32. Mouzon. – La région de Pursat (Cambodge).
33. J. FRANC. La colonisation de la Métidja.
34. Bonmiard. – La Tunisie septentrionale.
35. J. Despois. Le Sahel tunisien.
36. Montagne. – Les Berbères et le Maghzen.
37. A. DICLIEN. Les Colonies agricoles de 184g en Algérie.
38. J. LûZACH. – Le Delta du Nil.
39.

L. Arnaud. Alexandrie, étude de ville.
Notons enfin les missions accomplies à l'étranger par les
professeurs de l'Institut de Géographie. M. Augustin Bernard
Akm. Unit. IV. – S
a fait une série de conférences sur l'Afrique du Nord à l'Uni-
versité de Louvain; M. Demangeon a de même parlé en
Tchécoslovaquie à l'Institut de Prague M. de Martonne a
pris part pendant l'été 1927 au Congrès des géographes slaves
en Pologne; avec M. Demangeon et M. A. Cholley, il a été
délégué par le ministère de l'Instruction publique au Congrès
international de géographie de Cambridge en juillet 1928. Le
directeur de l'Institut de Géographie a été compris dans la
promotion de trois docteurs honoris causa faite par l'Uni-
versité de Cambridge à l'occasion de ce Congrès, témoignage
significatif de l'estime où est tenue à l'étrangerl'École géogra-
phique française.

VI. – LE LABORATOIRE DE GÉOGRAPHIE générale


DE L'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES
Ce Laboratoire a été créé par un décret ministériel en date
du 3o juin 1927, qui en a confié la direction (sans traitement)
au professeur Emmanuel de Martonne. Il ne dispose, comme
les laboratoires semblables de la section des sciences natu-
relles de l'École des Hautes Études, d'aucun crédit régulier.
Une somme de 3 000 francs lui a été allouée en 1928 sur la
taxe d'apprentissage. Ces crédits ont permis d'acheter quelques
instruments déposés à l'Institut de Géographie et de payer
les travaux photographiques et cartographiques nécessaires à
l'achèvement des recherches sur les régions privées d'écoule-
ment dont il a parlé plus haut.
La liaison du Laboratoire de Géographie générale avec
l'Institut de géographie permettra dans l'avenir de développer
les recherches scientifiques et les travaux indépendants.

VII. LA PHYSIQUE DU GLOBE

L'Institut de Physique du globe de l'Université a installé


dans les bâtiments de l'Institut de Géographie ses services
centraux comprenant les bureaux de travail et de calcul, le
laboratoire, la bibliothèque et un atelier. On sait qu'il
comprend, en outre
1° L'Observatoire du Parc-Saint-Maur (Seine), consacré à
la séismologie, la météorologie et l'actinométrie
2* L'Observatoire du Val-Joyeux, à Villepreux (Seine-et-
Oise), consacré au magnétisme terrestre et à l'électricité
atmosphérique;
3° L'Observatoire du Petit-Port,à Nantes (Loire-Inférieure),
consacré au magnétisme terrestre et à la météorologie.

Le directeur de l'Institut de Physique du globe, le pro-


fesseur Charles Maurain, doyen de la Faculté des Sciences,
a exposé dans un rapport annexe les travaux importants faits
sous sa direction dans cet Institut, les conditions de l'ensei-
gnement, les ressources et les besoins. Il faut signaler que
les crédits affectés à l'ensemble de son Institut, y compris les
trois observatoires ci-dessus mentionnés, ne sont que de
538oo francs,somme insuffisanteet qui devraitêtre augmentée
au moins d'une vingtaine de mille francs.
Les cours de l'Institut de Physique du globe sont natu-
rellement ouverts aux géographes, qui peuvent y acquérir
d'utiles notions touchant la météorologieen particulier.

VIII. – LA Géologie STRUCTURALE ET appliquée


Ce Laboratoire, dirigé par le professeur Léon Bertrand,
donne l'enseignement en vue du certificat de géologie struc-
turale et appliquée à la Faculté des Sciences et sert en même
temps de laboratoire de recherches sur les mêmes parties de
la science géologique. L'enseignement comprend des cours
et travaux pratiques faits par le professeur Léon Bertrand,
assisté par M. Viennot, docteur ès sciences, chef des travaux
pratiques, qui sont suivis par une trentaine d'auditeurs.
Les recherches poursuivies au laboratoire et les publica-
tions qui en sont le résultat ont été exposées par le directeur
dans un rapport spécial. Il y fait ressortir la nécessité de
créer une maîtrise de conférences et un poste de garçon
mécanicien.
Notons que le cours de géologie régionale, fait par le
professeurLéon Bertrand, est suivi par les élèves géographes
assez avancés auxquels il rend les plus grands services.

IX. L'INSTITUT D'ETHNOLOGIE

L'Institut d'Ethnologie, installé dans le bâtiment de


l'Institut de Géographie de l'Université de Paris, au troisième
étage, sous la direction du professeur Lévy-Bruhl,a constitué
un enseignement complet d'ethnologie, linguistique, anthro-
pologie et paléontologie humaine, sanctionné par deux certi-
ficats décernés, l'un par la Faculté des Lettres, l'autre par la
Faculté des Sciences. Les cours faits par M. Mauss,
M. Cohen, M. Rivet, Mlle Honburger, M. J. Przyluski,
M. l'abbé Breuil, M. E. Rabaud, M. J. Joleaud et M. P. Guil-
laume, ont été suivis par soixante-sept élèves et auditeurs,
parmi lesquels des géographes, des élèves de l'École colo-
niale, de l'École des langues orientales et des missionnaires.
Le directeur de cet Institut a exposé en détail, dans un
rapport spécial, les résultats de cet enseignement et les
importants travaux publiés l'année dernière.

X. ROLE ET DESIDERATA DE L'INSTITUT DE GÉOGRAPHIE

Tel qu'il est constitué, l'Institut de Géographie parait


appelé à jouer un rôle important, non seulement par les
enseignements qui y sont donnés à des élèves de plus en
plus nombreux, mais par les recherches qui y sont pour-
suivies. Il se manifeste déjà comme un centre attirant les
activités touchant à la géographie, comme un foyer où se
retrouvent les anciens élèves et où même des personnes étran-
gères à l'Université viennent chercher des renseignements
ou des conseils. Par là sa mission peut dépasser celle d'un
simple organe universitaire et justifierait, si nous ne nous
faisons pas illusion, les sacrifices consentis pour son édifica-
tion, ainsi que ceux qui sont encore nécessaires pour assurer
le fonctionnementrégulier de ses services.
La bibliothèque et la riche collection de cartes des services
géographiques de la Faculté des Lettres attirent chaque jour
des travailleurs, anciens élèves, professeurs des lycées de
Paris, professeurs étrangers de passage, architectes, ingé-
nieurs même, qui y trouvent des documents utiles. On croit
bien faire en accueillantlibéralement toutes ces personnes. La
renommée de l'Université ne peut qu'y gagner. Il y aurait lieu
seulement peut-être d'envisager l'établissement d'une légère
taxe équivalant aux droits de travaux pratiques, qui pourrait
être prélevée sur les travailleurs, non immatriculés à une
Faculté, fréquentant régulièrement l'Institut de Géographie.
La salle des reliefs a été bien des fois montrée avec ses
assemblages à des groupes de visiteurs très intéressés, notam-
ment à des officiers de l'École de Guerre.
Le professeur Emmanuel de Martonne a organisé, en colla-
boration avec le professeur Léon Bertrand, une série de confé-
rences spéciales pour les officiers du Service géographique
de l'armée, leur donnant, en un très petit nombre de séances,
les éléments de la morphologie et de la géologie nécessaires
à l'interprétation des formes du relief. N'est-il pas normal
que des rapports intimes existent entre l'établissementd'ensei-
gnement et de recherches de l'Université de Paris et le grand
établissement militaire chargé de toute la topographie et la
cartographie de précision?
L'Institut de Géographie est en rapport avec l'École colo-
niale, dont les élèves suivent les cours préparant au certificat
de licence de géographie, en particulier le certificat de
géographie coloniale ainsi qu'avec l'École des Sciences
politiques dont les élèves s'intéressent surtout au certificat
de géographie économique.
Nous avons indiqué le nombre croissant d'élèves se pré-
parant à ce dernier certificat et nous exprimons l'espoir que
l'activité de l'Institut de Géographie sur le terrain économique
soit reconnue et encouragée par les institutions intéressées à
l'étude des formes de notre économie nationale.
Nos collections ont été souvent mises à contribution pour
des conférences tenues soit à la Sorbonne, soit dans des
70 ANNALES DE L'UNIVERSITÉ DE PARIS
locaux voisins, en prêtant pour quelques jours une carte murale
m
ou des projections sur verre. L'importante collection de pro-
jections de Roumanie rassemblées par un des professeurs
dont les recherches ont porté particulièrement sur ce pays
a été bien des fois passée en revue et les clichés en sont prêtés
chaque année. Récemment, le général directeur de l'École
spéciale militaire de Saint-Cyr a demandé l'utilisation, pour
les cours de géographie, de clichés de projections.Le directeur
de l'Institut a cru pouvoir consentir ces différents prêts sans
autre condition que celle de réparer les dégâts éventuels.
Il semble que notre Institut ne peut que gagner à rendre
des services de ce genre et à entretenir des rapports suivis
avec les Sociétés géographiques ou touchant à la géographie.
Ainsi nous sommes en relations avec la Société de géographie
de Paris, avec la Société géologique de France dont plusieurs
de nos professeurs sont membres ou administrateurs; et ces
sociétés ont' toujours accueilli libéralement les élèves qui
leur ont été adressés, en leur permettant de consulter dans
leurs riches bibliothèques les ouvrages qui font défaut chez
nous. D'autre part, l'Institut de Géographie se trouve à même
d'accueillir des sociétés comme l'Association des géographes
français, groupement de spécialistes à nombre de membres
limité, qui tient ici ses séances mensuelles. Il en est de même
de la Société de Biogéographie et de la plus puissante Société
de Météorologie.L'Association des géographes français mérite
une mention spéciale pour les liens étroits qui existent entre
elle et le personnel enseignant ou directeur de l'Institut de
Géographie. Son président a été le premier directeur de cet
Institut, son secrétaire général en est le directeur actuel. Elle
publie la Bibliographie géographique annuelle, que les congrès
internationauxont reconnue comme la Bibliographie interna-
tionale recommandée à tous les géographes, et cette Biblio-
graphie est préparée en grande partie à notre Institut. L'Asso-
ciation de géographes français organise des excursions
auxquelles elle admet à des conditions de faveur nos
élèves avancés et qui complètent dans une certaine mesure
celles organisées par l'Institut de Géographie lui-même.
Notons encore que le Comité national de Géographie,
organe groupant toutes les forces
géographiques françaises,
présidé par le général Bourgeois, tient ses séances et son
assemblée générale à l'Institut de Géographie.
Il apparatt comme probable que l'Institut de géographie
aura à jouer un r8le dans
l'organisation du Congrès inter.
national de Géographie qui doit, par décision de l'Union
géographique internationale prise à Cambridge en juillet
dernier, se tenir à Paris en 193 1. On envisage, en effet, de
demander à l'Université de Paris l'usage des locaux de
l'Institut de Géographie pour les séances de section et le
secrétariat du Congrès qui se tiendrait en septembre.
Ces indications montrent quel rayonnement l'Université de
Paris peut avoir par le développement de l'Institut de Géo-
graphie qu'elle a fondé grâce à la générosité de la marquise
Arconati-Viscontiet à l'appui financier du ministère de l'Ins-
truction publique.
Emm, DE MARTONNE,
Professeur à la Faculté des Lettres de Paris,
Directeur de l'Institut de Géographie.
Vie Scientifique

TRAVAUX ET PUBLICATIONS

SCIENCES JURIDIQUES
MM. Collinbt et GIFFARD. Droit Romain, 1. 1, *• édition, i9z%
(Petits Précis Dalloz).
M. J. Lescorb. – les Origines de la Révolution
russe. i vol. Paris,
Tenin, 1927. la Révolution russe, le Bolchevisme-Communisme et
Nef. 1 vol. Paris, Gamber, 1929 (sous presse).

Dettes entre Alliés. Revue d'Économie politique, nov.-déc.
Réparations et
192».
Krisenlehre, dans le tome IV de Die Wirtschaftstheorie der
Gegen-
warr. Vienne, J. Springer, 1928. Die Revision des Dames-Plants.
Deutsche Volkswirt, 7 sept. 1928. Die liquidation der internat»,
nalen Schulden. Deutsche Volkswirt,
14 sept. 1928. RechenfeHtr
irn Refarationstreit. Deutsche Volkswirt, S octobre
1928. Collabo-
ration à la Gazette de Cologne et à la Gazette de Francfort. Parti-
cipation à la réunion du Groupement des Économistes de langue
française (20 et 21 février 1928).
M. Mestre. – La Jurisprudence de la Houille blanche, libr. du
Recueil Sirey, 1928. Le Contrôle des tribunaux sur les règlements
administratifs, td, Collaboration au Dalloz, au Sirey, au Génie
civil. En préparation législation des industriesélectriques.
Conférences en Angleterre sous les auspices de J'Alliance fran-
çaise.
M. A. Rouast. – Chronique au Dalloz hebdomadaire,1928, S,
p.
sur la Rupture abusive du contrat de travail. -Notes au Dalloz pério.
dique 1928 i" p., p. 33, sur V Absence de rupture du
contrat de tra-
vail en cas d'arrêt momentané du travail; 1" p., 65,
p. sur Y Afflua
tion de l'article 3*5 du Code civil; i« p., p. i37,
sur le Caractère
alimentaire des rentes allouées à la suite d'un accident du travail;
2' p., p. 87, sur l'Adoption; 2* p., p. ï85 sur la Prescription

matière d'accidents du travail. eu
Examen' de jurisprudence dans la
Revue critique de législation et de jurisprudence, 1928, 2S7
p. et s.
(Questions da mariage et de divorce}. – A propos de l'unification inter*
nationale du irait privé, Revue trimestriellede droit civil. 1928, p. 251.
Mélanges Pillet Les Conflits de lois relatifs au contrat de travail,
libr. Tenin, vol., sous presse.
1
M. Nogaro. Finances et politique (Giard).
M. Oualid. – Leçons sur la monnaie et les problèmes monétaires
professées pendant l'année 1936-1927 (Recueil Sirey). – les solu-
tions internationales du problème des doubles impositions. Revue de
science et de législation financières, n°* de janvier, février, mars
(Giard). – Impôts, Revue de science et de législation financières,
1927, n° i, p. 5.
M. C. PkrrbaU. – Cours d'économie politique. Librairie générale
de droit et de jurisprudence(3* édition).
M. FiROif. – Les doctrines économiques en France.
M. RIST. Za déflation ON pratique, 2» édit., 1927.
économique de içzS.

La France

M. Rolland. – D. P. 1-19. Cassation Compétenceadministrative.


Colonies.
M. Truchy. – Précis élémentaired'économie politique, tomes I et HI
(La licence en droit) (Sirey). Notice sur la vie et les travaux
de M. Auguste Souchon, 28 mars 1926 (Giard). – Cours d'économie
Politique, tome II, 2* édition (Sirey).

Résumés de Thèses 1

Mlle Andrée FossiER. – Les Manifestations cultuelles sur les voies


publiques en France. –-Thèse pour le doctorat, soutenue devant la
Facultéde Droit. Paris, 1927.
« La question du culte extérieur », comme la question des Congre*
gations, n'existe vraiment en France que depuis t88o. Jusque cette
date, les cérémoniescatholiquesse déroulèrent surles voies publiques,
sans entraves, avec le concours et l'assistance de toutes les autorités
civiles et militaires.
Après 1880, les interdictions des cérémonies extérieures par mesure
de police se sont multipliées. Pour sauvegarder l'ordre public, on a
cru nécessaire alors de restreindre la liberté. Cependant, dans une
atmosphère sociale normale, les restrictions apportées à une liberté
quelconque ne peuvent être fondées que sur l'intérêt publie et, s'il
s'agit de la liberté de conscience, sur le respect mutuel, sur la très
haute considération de la liberté nécessaire à chacun pour accéder à
la vérité. Or, ni l'intérêt public, ni la conscience religieuse ne sau-
raient être troublés par l'expression que chacun donne à sa croyance.

t. Lesrésumés des thèses ont été établis par les auteurs eux-mêmes
la rédaction des .d ««atone prend pas plus que les Facultés la respon-
sabilité des opinions émises dans ces thèses et dans ces résumés.
Sinon la libertégarantiene serait qu'un vain mot, puisqu'elle n'auto-
riserait pour l'individu que des attitudes purement négatives.
Au contraire, loin de se contrarier, comme il apparatt tout d'abord,
les principes d'ordre public et de liberté se concilient et se renforcent.
L'ordre public dans la société ne s'analyse pas seulement en un ordre
matériel, superficiel, objectif. Cet ordre matériel nécessaire présuppose
un certain ordre moral, fait de l'acceptation tranquille et profonde de
la vie en commun, fait aussi du respect et du maintien des traditions.
Les tenants de la liberté religieuse ne demandent rien de plus que le
respect des traditions et leur résurrection quand elles ont disparu
par un acte administratif qui ne saurait s'interpréter, à leur égard,
commeune renonciation au passé. En cela, les fidèles veulent Vordre.
La coutume s'est établie par l'adhésion paisible de la population. Là
où existe cette possession séculaire, il est légitime de s'en prévaloir.
Jamais les fidèles qui entendent la perpétuer ne sauraient être taxés
de fauteurs de désordres et de provocateurs. Seules des circonslanets
d'une exceptionnelle gravité fourraient, dans un cas d'espèce, justifier
la suppression des cérémonies traditionnelles
Le Conseil d'État applique aujourd'hui ces solutions libérales en
accordant aux manifestations cultuelles le bénéfice du droit commun.
Le droit commun n'accorde aux maires le pouvoir de réglementer
ou d'interdire les cortèges quelconques sur la voie publique qu'en cas
de troubles actuels ou éventuels suffisamment fondés. La liberté est
la règle; l'interventionrestrictive de police, l'exception. C'est à ce droit
commun de la police municipale que la loi de séparation a soumis
toutes les manifestations cultuelles extérieures. Or, seules depuis
içoî, celles qui intéressent d'une manière directe la vie individuelle
ou familiale comme les convois funèbres, le port du viatique, en obte-
naient le bénéfice. La procession, au contraire, manifestationcollée-
tive purement liturgique, se voyait frappée d'une présomption irré-
fragable de trouble public. Le Conseil d'État la jugeaitdangereuse
par nature et, par suite, se refusait à statuer en ce qui la concerne sur
l'excès de pouvoir administratif. La carence juridictionnelle laissait
libre cours aux élucubjations fantaisistes des petits potentats muni-
cipaux, comme le disait un Commissaire du gouvernementau Conseil
d'État.
Grâce à un lent travail jurisprudentiel dont le Conseil d'État est
coutumier, la situation actuellement est renversée, et la protection la
plus ferme assurée à toutes les processions. La présomption juriset de
jure a d'abord disparu pour « les processions relatives au culte des
morts », puis pour « les processions simplement traditionnelles » et
conformes à l'usage local. Ainsi, peu à peu, les processions de la
Toussaint, des Rameaux, de l'Assomption, celles des fêtes patronales,
corporatives, ont obtenu le régime libéral déjà accordé aux autres
manifestations cultuelles.Les processions de la Fête-Dieu continuaient
seules de s'appeler les a processions ordinaires », vues avec défaveur.
Une décision récente de io,a5 les a enfin assimilées aux processions
traditionnelles et a terminé l'évolution.
Intéressante également la jurisprudence relative aux emblèmes
religieux. L'emblème arboré individuellementn'est jamais u affaire de
police ». Pour qu'il le devienne, il faut, accompagnant le port de
l'insigne, la réunion de circonstances qui font de lui le signe de
cohésion et de ralliement d'un groupe d'individus poursuivant un but
déterminé. Si ce but intéresse l'ordre public, l'insigne dont il est le
symbole devient objet de police susceptible de réglementation posi-
tive. Par une jurisprudence très critiquable, les tribunaux judiciaires
admettent enfin que l'emblème religieux associé au drapeau fran-
çais enlève à celui-ci le caractère de pavillon national. Un drapeau
cependant incarne la foi patriotique. En y juxtaposant un emblème
religieux, accessoire aux yeux des indifférents, le croyant, en même
temps citoyen, ne fait que renforcer, par un acte de foi religieuse,
l'expression de sa foi patriotique. Il n'y a, pour blesser la conscience
nationale et dénaturer un drapeau, que l'apposition d'un emblème
révolutionnaire heurtant l'idée même de patrie.
Dans le même ordre d'idées, le drapeau pontifical a soulevé, lui
aussi, les plus grosses difficultés. Lui accorder ou lui refuser le traite-
ment d'ordinaire octroyé aux pavillons étrangers, implique qu'on
prenne parti four ou contr* la souveraineté du Saint-Siège. Est souve-
rain quiconque a « la compétence de sa compétence » ou encore
quiconque jouit d'un pouvoir de commandement inconditionné. Ce
pouvoir ne s'exerce que sur les personnes, jamais sur les choses. La
souveraineté n'apparatt donc pas liée nécessairement à un élément
matériel, et le rOle du territoire dans le cas d'une souveraineté terri-
toriale est d'être, non pas constitutif, mais limitatif de sa souve-
raineté dans l'espace. Malgré la disparition des États pontificaux, le
Pape est donc souverain puisque son pouvoir de commander n'est
pas atteint. Mais quel qualificatif donner à cette souveraineté souve-
raineté personnelle? Souveraineté institutionnelle? Peut-être cette
-expression devrait-elle être adoptée de préférence comme établissant
plus juridiquement le titre du Pape.
L'Eglise, enfin, est une société vivante, ayant son autonomie législa-
tive et réglementaire. Il est des problèmes pour lesquels elle donne
seule des solutions précises parce qu'il s'agit de réalités spirituelles
ne relevant que de son domaine. Ainsi le droit canonique définit seul
une procession ou une cérémonie cultuelle, comme il fournit seul le
critérium de la congrégation. La jurisprudence judiciaire ne sera une
que le jour où elle voudra se référer aux données canoniques. Ainsi
s'affirme avec vigueur ce que Paul Bureau appelait « la victoire des
faits » la laïcité intangible n'existe que dans les textes les deux
pouvoirs, civil et religieux, qui commandent aux hommes ne peuvent
coexister dans une ignorance volontaire et réciproque. Il n'y a pas,
pour exprimer les rapports de l'Église et de
l'État, de solution plus
irréelle et plus instable que la solution séparatiste.

M. Claude HUE. –U Régime in pétrole en Francs. Thèse pour le


doctorat soutenue devant la Faculté de Droit. Paris, 1928.
L'auteur s'attache à faire une large synthèse du problème que pose
le ravitaillement en pétrole de notre pays. Il se place, à cet effet, non
seulement au point de vue économique et financier, mais aussi au
point de vue politique et national qui la guerre l'a montré doit
dominer toute la discussion.
Après bien des hésitations, nous sommes entrés depuis 1933 dans
la voie d'une « politique nationale du pétrole », dont la réalisation
n'a encore été que fragmentaire et incomplète et dont l'auteur précise
quels devraient etre les différents aspects
t« Réduire la consommation (utilisation des forces hydrauliques,
emploi de combustibles liquides de remplacement et de pétroles de
synthèse)
a» Accroitre notre production nationale grâce à un régime douanier
bien aménagé;
3» Acquérir des gisements étrangers situés dans différents pays,
dont les frontières ne puissent toutes nous être fermées en cas de
crise ou de guerre (voie dans laquelle rien n'a été fait sinon du coté
des pétroles de Mossoul situés en territoire soumis à l'Empire
britannique);
4* Faire renattre l'industrie du raffinage tuée en ioo3 par le légis-
lateur (régime fiscal) et qui nous permettrait d'échapper à la loi des
grands raffineurs étrangers
S* Développer notre flotte pétrolière commerciale.
Le point le plus discuté a été le régime légal du commerce d'impor-
tation. En 1918, sous la pression des circonstances de la guerre, l'État
avait dû supprimer la liberté complète de 1914, centraliser les besoins
et faire fonctionner un monopole d'achat assisté d'un Consortium des
importateurs.
La loi du to janvier 199$ avait réglé la question dans le sens d'une
u liberté sous conditions » les importateurs devaient obtenir une
autorisation générale et constituer certains stocks de réserve.
Cette liberté a été vivement critiquée au Parlement où l'idée de
monopole avait été émise des 1892, en se plaçant sur le terrain écono-
mique et social, pour mettre fin aux profits jugés exagérés des impor.
tateurs. De nouveaux arguments furent trouvés en faveur du monopole
dans le fait que des filiales des trusts se sont installées en France à
partir de 1920 et ont conquis la majeure partie de notre marché.
L'auteur procède à une critique détaillée des divers projets de
monopole contre lesquels il s'élève vivement. Il estime qu'il n'y a pas
de monopole de fait et que les bénéfices des importateurs ne dépassent
pas un taux normal pour un commerce prospère. Même géré par une
société concessionnaire, un monopole d'État n'aurait pas la souplesse
voulue dans les affaires de pétrole, ferait naitre des difficultés inter.
nationales et rencontrerait des obstacles considérables à l'acquisition
de gisements étrangers.
Un régime de concessions d'importation ne peut pas non plus amé-
liorer notre situation. 11 obligerait l'État à contingenter des sociétés
françaises et étrangères et ferait nattre, sans aucun profit, des diffi.
cultés intérieures et extérieures.
Il ne faut pas vouloir nationaliser notre commerce extérieur du
pétrole, mais compléter le régime actuel de la « liberté sous condi.
tions par la constitution sous forme d'omnium d'une société pétro-
lière mixte à majorité d'État.
L'auteur étudie comment devrait fonctionner cet omnium pour per.
mettre à la Société mère (où l'État, propriétaire de la majorité des
actions, serait représenté par des administrateurs)de fixer la politique
générale des filiales qui seraient de pures sociétés commerciales. Ces
filiales devraient être créées dans chacune des branches du commerce
et de l'industrie du pétrole. Elles permettraient à l'État d'activer notre
production nationale, dé nous faire acquérir le contrôle de gisements
étrangers, d'amplifier la renaissance du raffinage et, enfin, de déve-
lopper notre flotte pétrolière. Elles De seraient pas destinéesà con-
currencer nos sociétés pétrolières purement françaises, mais bien à les
compléteret à renforcer leur résistance contre toute tentative d'absorp-
tion de notre marché par les trusts.
Les capitaux nécessaires à l'omnium pourraient être trouvés aisé-
ment et sa constitution serait facile. L'auteur estime que cette colla-
boration de l'État et de l'industrie privée est la seule voie féconde
dans laquelle il aurait fallu s'engager pour réaliser notre politique du
pétrole en évitant de recourir à de dangereuses expériences de
nationalisation.
LETTRES
Mlle Ida Stauf. – Recherches sur « ne » redondant {IX* ait
XV II9 siècle). Thèse pour le doctorat soutenue devant la Faculté
des Lettres. Paris, 1928.
L'introduction, divisée en trois parties, offre une étude très som-
maire sur la négation dans l'ancien français; quelques remarques sur
« ne » (nec)du onzième au dix-septième
siècle et une revue rapide du
développement de « personne », pronom indéfini, suivie de quelques
remarques sur d'autres pronoms indéfinis.
L'étude de la négation nous permet de remarquer que, d'abord,
nous trouvons que la langue populaire (sermo flebeius) a déveltfppé
une double négation dans la langue parlée. Après quelque temps,
cette double négation est introduite dans la langue écrite Ab
Ludher nul plaid nunqua prindrai. Puis nous voyons des mots néga-
tifs substantifs, adjectifs et adverbes comme ni4l, nule, nuls, nettls,
neient, et d'autres d'origine positive comme onques, onc, mais, jamais
et rien, etc., s'approprier, par analogie, la négation qui, au temps de
« la Vie de saint Alexis » s'était déjà affaiblie en ne. Après
le dixième
siècle ou après « la Vie de saint Alexis », peu à peu le m* affaibli se
renforce d'abord avec mie, puis viennent pas et foint qui se disputent
le champ bien longtemps. (P. 33.)
La deuxième partie de l'introduction nous montre « ne » (nec) sous
sa forme dubitative qui remplaçait « et » aussi bien que « ou » jus-
qu'au dix-septième siècle. Les plus anciens monuments montrent
qu'on se servait de ce « ne » avec le sens de « et, ou » quand il y avait
la moindre idée de négation ou de doute. Il renforçait alors l'idée
négative contenue dans la phrase. Ce petit mot, écrit de la même
façon que ne (non), a certainement aidé à l'emploi de « ne » redon.
dant. (Onzième siècle, p. 36,37. Douzième siècle, p. 38, 39. Trei-
zième siècle, p. 40, après aine que; p. 4', après ainçois que. – Quator-
zième siècle, p. 42, après avant que; p. 43, trois exemples avec a faine.
Quinzième siècle, p. 44 et 4$, après sans. Seizième siècle, p. 47,
après sans ce que.) Ces exemples répétés nous prouvent qu'on sentait
que la double négation avait une force plus grande que la négation
simple; et comme « ne » (nec) ajoute lui aussi une force négative sup-
plémentaire, nous trouvons que ce mot est un précédent à l'usage de
« ne <> redondant, qui en encourage
l'emploi.
Dans la troisième, partie de l'introduction, nous avons suivi le
développement de « personne », pronom indéfini, et d'autres pronoms
indéfinis, car il nous semble que l'emploi des formes dubitatives des
pronoms indéfinis comme si jamais personne est assez hardi, faites-le
sans qu'il en sache rien, sans voir personne, créent un précédent à
l'emploi d'un mot négatif après avant que, tant que et à moins que.
Suivent alors les locutions distinctes qui prennent un ne pléonas-
tique du dixième au dix-septième siècle I. « Ne » après « craindre »
et ses synonymes. II. « Ne » après les verbes d'empêchement. –
UI. u Ne i) après les verbes exprimant un doute, une contradiction.
– IV. Remarques sur « Ne »> après a a poi » et variantes, « à bien
petit ». V. Remarques sur « sans que » et variantes. VI. « Ne »
dans le second terme d'une comparaison. VII. Remarques sur « Ne »
après « avant que ». VIII. « Ne » après et à moins que ». (Quin-
zième et dix-septième siècle.) IX. Remarques sur « tarder ».
X. Remarques sur « laisser ». – XI. « Remanoir ». XII. « Demo-

rer ». XIII. « Oublier » et « ne mentir ». XIV. « Ne » après des
expressions diverses.
A la base de l'emploi de notre ne pléonastique, nous avons trouvé
deux causes principales l'influence du latin dans certaines expres-
sions, et celle de la double négation par analogie, ou par réflexe psy-
chologique, ou encore par euphonie.
On a parlé souvent de l'influence du latin, mais on ne s'est pas
arrêté longuement au deuxièmepoint de l'analogie.
Après de longues lectures, nous sommes arrivée à cette certitude
que le ne redondant est employé, surtout en français moderne, par
analogie à la double négation mais, comme nous l'avons montré dans
la deuxième partie de l'introduction, cet emploi est aussi analogue à
celui de ne (nec); et, enfin, il est influencé par les formes dubitatives
des pronoms indéfinis.
Ne vient directement de la construction latine après craindre, et
ses synonymes; les verbes d'empêchement; ceux qui expriment un
doute et des expressions telles que a poi et variantes.
Sans que est tout d'abord soumis à l'influence du latin qttin ou ut
non. Mais, lorsque les pronoms indéfinis aucun, -personne et rien sont
devenus négatifs en combinaison avec ne {ne. aucun, ne. personne,
ne. rien), et que dans l'expression sans que personne, le mot personne
prend un sens négatif, il est très naturel qu'il y ait tendance à dire
sans que personne ni vous parle et de là, il n'y a qu'un pas à la forme
sans que j, ne vous voie.
La comparaison offre une caractéristique linguistique toute fran-
çaise le désir d'être clair. Ce désir est évident dans une phrase
comme celle-ci Il parle mieux qu'il n'écris, où le ne fait partie de
ne. pas de la langue moderne. Au commencement de l'histoire de
notre langue, ne suffisait à nier; puis le mot ayant perdu sa force, on
dut lui adjoindre un autre mot négatif. Ne dans la comparaison citée
avait primitivement toute sa valeur de négation (il parle mieux qu'il
n'écrit pas); mais, de nos jours, bien que son emploi se justifie, ce
n'est plus pour nous qu'une syllabe euphonique. Il est tout naturel
que nous trouvions ne seulement dans les comparaisons d'inégalité.
Avant que s'est adjoint la négation d'abord sous l'influence du latin;
puis par analogie avec la comparaison; et enfin, avant que subit les
mêmes influences que sans que. Avant que et sans que, toutes deux des
exclusives qui impliquent une négation, n'ont pu résister à toutes ces
influences.
Il en est de même pourà moins que, dernière locution à entrer en
lice, mais que des constructions analogues nous forçaient à rappro-
cher de sans qtit, de la comparaison et d'avant que.
Tarder, marquant ce qu'on trouve trop long à venir, fait naître un
ne pléonastique dans la proposition dépendante pour exprimer la
crainte qu'un certain événement ne se réalise pas.
Les formes négatives de Laisser, remanoir,demorer, oublier, mentir
et autres expressions diverses, appellent le ni en raison même de
leurs formes négatives.
Chronique de l'Université

DISCOURS PRONONCÉS
A L'INAUGURATION DE L'INSTITUT HENRI -POINOABÉ

A LA FACULTÉ DES SCIBNCBS, LE SAMEDI 17 NOVEMBRE I938

Discoure de M. MAURAIN
DOYEN, PEOFISSKU* A U FACDLTJt DES SCIBKCES

Messieurs LES PRÉSIDENTS,


MONSIEUR LE Ministre,
Monsieur LE RECTEUR,
Mesdames, MESSIEURS,
Nous vous recevons dans un bâtiment qui n'est pas terminé, bien
qu'il se soit élevé très vite sous l'habile direction de M. l'architecte
Rolet. Je dois, en vous priant de nous en excuser, vous dire pour-
quoi nous vous avons conviés maintenant à cette inauguration. Nous
avons voulu que les donations magnifiquesde l'International Edu-
cation Board, auxquelles s'est associé M. le baron Edmond de
Rothschild, et avec lesquelles est fondé l'Institut Henri-Poincaré,
rendissent le plus vite possible les services qu'on en peut attendre
pour le développement de la science, et, pour cela, que les ensei.
gnements créés fussent commencésdès le début de cette année sco-
laire. Il nous a paru qu'il était bon que la cérémonie d'inauguration
eût lieu au même moment, et nous donnât l'occasion de rendre
hommage aux donateurs et de faire connaître au public studieux
l'œuvre dont ils ont permis la création. Pendant quelque temps,
les nouveaux enseignements seront donnés dans les amphithéâtres
et les salles, depuis longtemps trop petits, où se fait actuellement
l'enseignementdes mathématiques de la Faculté des sciences, puis,
le jour très prochain où l'organisation intérieure de l'Institut
Henri-Poincaré sera achevée, nos maîtres anciens et les maîtres
nouveaux quitteront les combles de la Sorbonne et trouveront ici
un vaste domaine où ils pourront, avec les maîtres qui nous vien-
dront du dehors, accueillir une nombreuse jeunesse, avide de
profiter d'un tel ensemble.
Nous mettrons tous nos soins à assurer et à maintenir à cette
fondation le caractère qui est dans l'esprit des donateurs, c'est-
à-dire à faire de l'Institut Henri-Poincaré un centre largement
ouvert pour l'enseignement et les études de mathématiques et de
physique mathématique. Nous demanderons à des maîtres de tous
les pays de venir y exposer leurs travaux. Les mathématiciensdu
Collège de France, qui sont nos voisins, et des autres établissements
scientifiques de Paris, et ceux qui y seront de passage, trouveront
ici une bibliothèque, établie dans la salle où nous nous trouvons
en ce moment, et des salles de réunion, où ils seront chez eux. Nous
espérons qu'ils prendront l'habitude d'y venir, de s'y rencontrer et
d'y échanger leurs idées, et de faire réellement ainsi de cet institut
la maison des mathématiciens.
Les enseignements nouveaux créés à la Faculté des sciences com-
prennent une chaire et une maîtrise de conférences de « Théories
physiques », et une maîtrise de conférences de « Calcul des proba.
bilités et Physique mathémalique ». Ces enseignements sont confiés
à des maîtres jeunes, que leurs travaux ont mis déjà en évidence
MM. Léon Brillouin, Louis de Broglie et Fréchet. Les profonds
travaux de M. Léon Brillouin, en particulier sur la théorie des
quanta et son application à la théorie des solides et des liquides,
l'ont fait connaître en France et à l'étranger, et plusieurs universités
des États-Uniset du Canada lui ont demandé un enseignementqu'il
a été donner l'année dernière.
M. Louis de Broglie est le créateur de cette mécanique ondula-
toire qui, née d'hier, joue déjà dans l'évolution de la physique
mathématique un rôle de premier plan et a suscité de toutes parts
des travaux qui renouvellent l'aspect de cette science. 11 a fait à la
Sorbonne des cours libres où il a exposé ses idées et ses travaux, et
qui ont eu le plus grand succès.
M. Fréchet nous vient de l'Université de Strasbourg où il diri-
geait l'Institut de mathématique. Ses travaux sur les ensembles
abstraits lui ont acquis une grande réputation et l'enseignement
élevé qu'il a donné sur le calcul des probabilités a été très remarqué.
A ces jeunes maîtres nous souhaitons la plus cordiale bienvenue,
leur court passé, si fructueux, nous est garant de leur avenir et du
succès de leur enseignement.
Nous sommes très reconnaissants à M. le Président du Conseil
d'avoir accepté de nous faire l'honneurde présider cette cérémonie.
De chers souvenirs s'y évoquent pour lui celui du grand homme
Ank. Unit. jy. –6
dont l'Institut portera le nom, et dont je salue avec respect-la
famille qui a bien voulu se joindre à nous aujourd'hui, cetui aussi
de Lucien Poincaré, qui, après avoir dirigé l'enseignementsupérieur,
lot à la tête de l'Université de Paris, et auquel t'Université conserve
un profond et reconnaissant souvenir. M. Raymond Poincaré est
plein de sollicitude pour l'Université de France, dont il a été le
grand maître, et en particulier pour l'Université de Paris. 11 fait
à son Conseil, dont il est membre, l'honneur de participer à sea
travaux; il préside la Société des Amis de l'Université de Paris qui
nous apporte constamment une aide matérielle et morale bien pré.
cieuse. Nous sommes heureux de le recevoir dansjces terrains de la
rue Pierre-Curie où la Faculté des sciences, trop à l'étroit dans la
Sorbonne, a essaimé; elle y a établi déjà un grand Institut de
chimie, l'Institut de radium, le laboratoire de chimie physique, le
laboratoire de géologie appliquée, l'Institut de physique du globe;
en ce moment s'y élève l'Institut de biologie de la Fondation Edmond
de Rothschild, l'Institut Henri-Poincaré va achever d'en faire une
cité de la science dont nous sommes très fiers, et où je suis heureux
aussi de saluer respectueusement le grand maître actuel de l'Uni-
versité, M. Pierre Marbaud, ministre de l'Instruction publique.
M. le président du Sénat a bien voulu manifester, par sa présence
à cette cérémonie, l'intérêt avec lequel il suit le développement des
institutions scientifiques.
M. le ministre de la Guerre, le président Painlevé, souffrant d'une
bronchite, n'a pas pu assister à cette réunion; je me proposais de
l'y saluer comme un des maîtres dont les travaux et l'enseignement
ont jeté le plus d'éclat sur la Faculté des sciences.
Je remercie M. le préfet de la Seine, M. le président du Conseil
général, Messieurs les représentants de la ville de Paris qui ont
bien voulu assister à cette inauguration; la Faculté des sciences
sait qu'elle peut compter sur la bienveillance de la ville de Paris,
dont elle a reçu déjà tant de preuves; elle en a bien besoin pour
continuer à s'étendre en dehors de la Sorbonne, rendue trop petite
par le développement de la science et l'accroissement du nombre
des étudiants.
Et je remercie toutes les personnalités ici présentes; beaucoup
d'entre elles appartiennent à des établissements scientifiques; elles
peuvent se considérer comme chez elles en cet institut, qui est
remis à la garde de la Faculté des sciences, mais sera la maison de
tous les mathématiciens.
L'histoire de sa création est brève. L'origine en remonte à des
entretiens qui eurent lieu lors d'un séjour à Paris, il y a un peu
plus de deux ans, du grand mathématicien américain
Bitkhoff II
apparut, à lui et à ses compatriotes, qu'il y aurait intérêt le
progrès des sciences à remettre entre les mains de lêcole pour
mathé-
matique française, dont le renom dans le monde
institut qui serait ouvert à tous les mathématiciens, est très grand, un
d'enseignements nouveaux orientés et à le doter
vers le domaine de la physique
mathématique,qui se prête à notre époqueà développement
un d'une
extrême importance. C'est M. Emile Borel qui fut
appelé à étudier
le projet et en poursuivit le développement
les autorités de
l'International Education Board. Grâce à la avec haute bienveillance
du Board, les choses allèrent très vite, et les libéralité»
magnifiques,
rappelées sur la plaque de marbre qui décore le vestibule
Institut, permirent bientôt d'en commencer la construction.de cet
Nous
ne pouvions le mettre sous une invocation plus haute
l'illustre mathématicien qui a consacré que celle de
partie de ses travaux
à la physique mathématique, et dont la une prématurée
mort a été une
perte si cruelle pour la science en même temps
Nous joindrons au nom d'Henri Poincaré que pour les siens.
ceux d'Hermitte et de
Darboux, en donnant aux deux amphithéâtres les noms de ces
grands mathématiciens..
J'aurais été particulièrement heureux de pouvoir saluer
ici mon
cher mattre, M. Paul Appell, dont le rôle été si
a grand dans le
développement de la Faculté des Sciences,
comme professeur,
comme doyen et comme recteur. La création de l'Institut Henri-
Pomcaré lui est très chère, parce qu'elle est précieuse pour
la Faculté
des Sciences à laquelle il a consacré partie de
une vie, et pour
le développement de la science dans laquelle il s'estsa
illustré Au
moment où ce projet prenait corps, c'est lui qui fait part à
M. le baron Edmond de Rothschild des généreuses aintentions
l'International Education Board, auxquelles M. de Rothschild de
s'est
aussitôt associé. Les ménagements
que réclame en ce moment sa
santé ne lui ont pas permis de se rendre ici, mais il est de coeur
avec nous.
Il me reste àdire la reconnaissance de l'Universitéde Paris
Faculté des Sciences envers l'International Education etdela
Board; nous
savons très bien que nous sommes en quelque sorte les dépositaires
de ses libéralités, et que c'est le développement de la science qu'a
en vue le Board, mais nous pouvons lui exprimer notre reconnais.
sance et notre fierté que ce soit à la Faculté des Sciences de Paris
qu'il fasse cet honneur et cette confiance. Le Board
représenté officiellement dans ne veut pas être
une cérémonie telle que celle-ci. Il
veut rester comme un bienfaiteur lointain et
un peu mystérieux. Je
ne dirai donc pas les noms de ceux de ses représentants qui ont bien
voulu venir à titre personnel dans cette salle, et je ne trahirai pas
leur incognito en me tournant vers eux. Il me sera permis au moins
de dire que les marques de haute sympathie et d'amitié dont cette
fondation a donné l'occasion de la part des États-Unis nous ont
été bien précieuses et dépassent de beaucoup le cadre de l'Univer.
sité. L'International Education Board peut être assuré que nous
mettrons tous nos soins à faire fructifier l'œuvre qu'il nous a confiée.
Je voudrais cependant citer un nom, celui d'un absent. M. le pro.
fesseur Trowbridge, qui a été pendant plusieurs années directeurde
l'International Education Board pour l'Europe, et dire la recon-
naissance personnelle que je lui ai vouée pour l'amicale bienveil-
lance que j'ai toujours rencontrée près de lui. Il a été rappelé aux
États-Unis, où il est maintenant doyen de l'Université de Prin-
ceton; notre fidèle souvenir l'y suivra. Je suis heureux de pouvoir
annoncer une bonne nouvelle, dont j'exprime notre reconnaissance
au gouvernementM. Trowbridge, qui a reçu la croix de la Légion
d'honneur au titre militaire pendant la guerre, vient d'être promu
officier de la Légion d'honneur.

Discours de M. EMILE BOREL


DX L'INSTITUT, PBOmSÏUR A LA FACULTÉ MS SCIBMCBt

MESSIEURS LES PRÉSIDENTS,


MONSIEUR LE MINISTRE,
MESDAMES, MESSIEURS.
Je dois l'honneur de prendre la parole à cette circonstance que
j'occupe depuis bientôt dix ans la chaire de calcul des probabilités et
de physique mathématique, qui fut occupée pendant de nombreuses
années par Henri Poincaré, dont j'ai suivi l'enseignementetrédigé les
leçons lorsque j'étais élève à l'École normale.
Le calcul des probabilités et la physique mathématiquesont deux
sciences dont l'origine est pour une grande partie française. Faut-il
nommerpour le calcul des probabilités t Fermât, Pascal, d'Alembert,
Buffon, Laplace, Cournot, Joseph Bertrand, Henri Poincaré, et
pour la physique mathématique d'Alembert, Poisson, Ampère,
Cauchy et encore Henri Poincaré? C'est seulement dans la seconde
moitié du dix-neuvième siècle que le progrès de la science amena
à comprendre les liens étroits qui existent entre ces deux sciences,
au premier abord distinctes, et à se rendre compte que les propriétés
de la matière et de l'énergie qu'étudie la physique mathématique,
sont soumises à des lois de probabilité, à des lois statistiques.
L'importance des travaux modernes sur ces sujets dans tous les
pays civilisés faisait regretter que la Faculté des Sciences de Paris,
dont l'enseignement mathématique attire un si grand nombre d'étu.
diants étrangers, possédât seulement une chaire dont le titulaire
devait consacrer tour à tour son enseignement au calcul des proba-
bilités et à la physique mathématique.
Cette lacune avait été partiellementcornblée, ces dernières années,
par la création de la chaire de physique théorique et de physique
céleste. Elle l'avait été également par le cours libre qu'un jeune
savant, M. Louis de Broglie, avait demandé et obtenu de professer
à la Faculté des Sciences. La lacune subsistait cependant;aussi,
lorsque les représentants de l'International Education Board
me
firent l'honneur de me demander mon avis sur la manière la plus
efficace dont cette admirable institution pouvait aider la science
française, je leur ai suggéré l'idée de développer à la Faculté des
Sciences l'enseignement du calcul des probabilités et celui de la
physique théorique.
Cette idée fut immédiatementacceptée et M. le doyen Maurain
a
indiqué dans quelles conditions généreuses M. le baron Edmond de
Rothschild s'est associé aux donateurs américains. L'idée que je
suggérai également de placer cet Institut sous le patronage du
nom
d'Henri Poincaré, recueillit immédiatement l'adhésion unanime.
Nul, plus que le grand savant qui honora pendant tant d'années la
science française et en particulier la Faculté des Sciences de Paris,
ne pouvait symboliser aux yeux du monde entier cette école mathé-
matique française dont le rayonnement a été si grand depuis des
siècles.
Indépendammentdes chaires et enseignements dont vous parlé
a
M. le doyen Maurain, et dont vous savez qu'ils sont bonnes mains,
en
les revenus de la fondation nous permettront d'appeler chaque
année à faire des cours et conférences un certain nombre de savants
français et étrangers. Pour le choix de ces conférenciers et
pour
tout ce qui touche à l'organisation scientiffque, le Conseil de la
Faculté des Sciences a créé un Conseil de direction dont ont bien
voulu faire partie mes amis, M. Jean Perrin, professeur à la Faculté
des Sciences, et M. Paul Langevin, professeur au Collège de France.
Je tiens à profiter de cette occasion pour les remercier l'un et
l'autre de l'aide qu'ils nous ont déjà donnée et de celle qu'ils
nous
donneront. Leurs noms sont un sûr garant que notre Institut restera
digne du nom d'Henri Poincaré.
Parmi les savants étrangers que nous désirons appeler à faire des
conférences à cet Institut, notre première pensée été de
a nous
adresser à M. Albert Einstein, dont les conférences au Cotlège de
France ont eu, il y a quelques années, un si grand et si légitime
succès. Malheureusement, M. Einstein vient de nous écrire que
l'état de sa santé ne lui permettait même pas de sortir pour aller à
l'Académie de Berlin et nous devons ajourner à une année prochaine
l'espoir de le voir venir enseigner dans cette maison.
Par contre, nous avons déjà la promesse de conférences sur l'appli-
cation du calcul à des phénomènes d'hérédité et de lutte pour la vie
par l'éminent savant italien, mon ami M. le professeurVolterra, qui
a tenu à venir de Rome pour assister à cette inauguration et que je
suis heureux de saluer,
Je salue également l'éminent savant belge, M. Th. de Douder,qui
a déjà enseigné à la Faculté des Sciences de Paris et ne refusera
certainement pas d'y revenir.
D'autres savants de premier ordre nous ont laissé espérer leur
concours. Grâce à eux, l'Institut Henri-Poincaté sera véritablement
international, non seulement par les élèves qui suivront son ensei-
gnement, mais par les professeurs qui y donneront descours et con-
férences. Il ne contribuera pas seulement au progrès de la science,
mais au rapprochement des peuples en permettant à des savants de
tous les pays de collaborer, de se connaître et de mieux se com-
prendre.
Tous ceux qui collaborerontici pour la recherche de la vérité qui
ne connaît point de frontières, s'attacheront à rester dignes de la
pensée et des exemples d'Henri Poincaré, qui a consacré toute sa
vie à la recherche pure et désintéressée du vrai.

Discours de M. EMILE PICARD


Dft L'ACADÉMIE FRANÇAIS»,SKCRÉTAIRB PEBPêTUBU PK t/ACAOSMIt DES SCI8NCES,.
PROFESSEUR A LA FACOLTft DES 8CIKNCB8

L'Académie des Sciences a tenu à se faire représenter à l'inaugu.


ration de l'Institut de Mathématiques et de Physique mathématique,
dont la générosité américainevient de doter la Faculté des sciences.
L'heure est propice à une telle fondation, où vont vivre côte à côte
les mathématiques pures et leurs applications aux grands problèmes
de la physique moderne. Dans notre vision actuelle du monde,
l'analyse mathématique apparaît en effet de plus en plus comme
un instrument indispensable aux progrès des théories physiques.
De ce point de vue, la mathématique n'est plus la science étrange
et mystérieuse que se représentent encore tant de gens; elle est une
pièce essentielle dans l'édification de la philosophie naturelle. Sans.
doute, depuis trois siècles, le contact a été intime entre les spécu-
lations mathématiques et les théories physiques, et le Livre des
Principesde Newton en reste, au dix-septième siècle, le plus mémo-
rable exemple. Mais pendant longtemps, il y eut surtout juxtapo-
sition, les mathématiques étant l'instrument avec lequel on tentait
de classer les phénomènes étudiés par le physicien, et de résoudre
les problèmes qu'il posait. Aujourd'hui, pour certaines écoles
au moins, la pénétration est autrement profonde. Le reve de
Descartes, affirmant que l'étendue est l'essence des choses maté-
tielles, ne serait plus chimérique, et la physique se ramènerait à une
géométrie d'ailleurs singulièrement généralisée. Il, n'y a pas à se
demander si les choses sont plus intelligibles pour nous en recourant
à des images et à des modèles de type plus ou moins usuel, ou en
envisageant dans un espace à quatre et peut-être cinq dimensions
une matière dont l'existence serait la conséquence de la courbure
de cet espace. Les théories physiques, on l'a souvent rappelé, ont
seulement pour objet de nous donner des représentations qui
coordonnent, tant qu'elles sont fécondes, les phénomènes connus,
et en font prévoir de nouveaux.
Les théoriesmodernes de la physique ont été l'origine d'importants
travaux d'analyse et de géométrie infinitésimale, et elles sont bien
faites pour ravir les mathématiciens. L'élément analytique, posé a
priori, est le plus souvent à leur base, qu'il s'agisse d'équations
différentielles d'une certaine forme, de points singuliers de leurs
solutions, d'intégrales jouissant de propriétés particulières, comme,
par exemple, d'être stationnaires. A lire maints mémoires renommés
écrits dans ces dernières années, la nature apparaît comme un vaste
réseau de symbolesmathématiques. De telles théories, dans le déve-
loppement desquelles n'apparaît au début aucune représentation-
sensible, se prêtent mieux aux transformations ultérieures que celles
plus imprégnées d'images et d'un caractère moins analytique; c'est
ce que montre assez l'histoire des théories optiques. Or, l'heure des
transformations nécessaires sonne un jour ou l'autre, et il arrive
toujours un moment où des faits nouveaux viennent montrer l'insuf-
fisance d'une théorie. Claude Bernard exprimait, il y a longtemps,
cette pensée sous laforme suivante « Quand nous faisonsdes théories
dans nos sciences, a écrit le grand physiologiste, la seule chose dont
nous soyons certains, c'est que toutes ces théories sont fausses,
absolument parlant. Elles ne sont que des vérités partielles et provi.
soires. »
Sous combien de formes a développé aussi la même idée le grand
géomètre sous le vocable duquel est placée la maison où nous
sommes rassemblés! Ceux qui ont approché de près Henri Poincaré
peuvent se rappeler qu'il voyait sans trop de regrets les théories
succéder aux théories; il semblait même trouver un malin plaisir à
en signaler les difficultés et les contradictions. C'est une des carac-
téristiques de son génie qu'il réunit un prodigieux esprit d'invention
à un esprit critique extrêmement aiguisé. Et même dans ses heures
de détente, il ne craignait pas de pousser jusqu'au paradoxe, comme
quand il écrivait que, en thermodynamique, « la loi Meyer est une
forme assez souple pour qu'on puisse y faire rentrer presque tout ce
qu'on veut ». D'aucuns ont vu dans de tels propos la marque d'un
certain scepticisme scientifique. Il n'en était rien. Poincaré, au
contraire, admirait que, avec les représentationslointaines et déco-
lorées des choses que sont nos théories, l'esprit humain ait pu
débrouiller le chaos de tant de phénomènes, et enfermer tant de faits
dans un petit nombre de formules. Les transformations successives
des théories étaient pour lui l'annonce de progrès préparant de nou-
velles conquêtes, et nul n'eut moins que lui la notion statique d'une
science reposant sur des bases à jamais fixées. Dans la philosophie
des sciences qu'if cultivait avec l'éclat que l'on sait, il ne fut jamais
l'esclave d'aucune opinion, pas même de celles qu'il avait antérieu-
rement émises, et il est instructif au plus haut point de suivre dans
ses écrits philosophiques les variations de sa pensée, où on voit
s'atténuer peu à peu ce qu'on avait appelé son nominalisme.
Les maîtres éminents, déjà connus par d'importants travaux, qui
ont été proposés pour les nouveaux enseignements de physique
théorique à donner dans cet institut, sauront dans leurs cours
joindre à l'audace que donne la jeunesse l'esprit critique auquel
Henri Poincaré a dû tant de belles découvertes en physique mathé.
matique. Les contacts qui s'établiront ici entre les mathématiciens
et les théoriciens de la physique ne pourront manquer d'être féconds.
Une critique sévère est plus que jamais nécessaire à une époque où
tant de points de vue nouveaux ont été introduits dans les sciences
physico-mathématiques.
Nombre de théories physiques sont aujourd'hui en une continuelle
évolution, et d'utiles suggestionssont parfois à tirer de leurs contra-
dictions. Les mathématiciensont eux aussi leurs pacifiquesquerelles.
II y a en mathématiques des idéalistes et des empiristes, ne s'en-
tendant pas sur la notion d'existence quand il s'agit de ces ensembles
j
infinis qui ont été matière à tant de paradoxes on croirait presque
voir renattre, avec quelques transpositions, la lutte célèbre au moyen
âge sur les universaux. Des démonstrations valables pour les idéa-
listes sont insuffisantes pour les empiristes, et ceci donne à réfléchir
sur l'opinion que l'on se fait eh général de la rigueur en mathéma-
tiques, La logiqueclassique elle-même a subi des attaques. L'opinion
a été soutenue, non sans vigueur, que de deux propositions con-
tradictoires l'une n'est pas nécessairementvraie, ou, si on aime mieux,
qu'on ne doit pas croire qu'une proposition quelconque est néces-
sairement vraie ou fausse, l'origine de ces énoncés singuliers est
encore dans des questions où intervient l'infini, qui en tout domaine
est décidément le tourment de l'humanité. Devrat-on se demander
un jour s'il y a pour tes mathématiciens plusieurs logiques? Les
physiciens n'hésiteront pas, je pense, à opter pour la logique tradi-
tionnelle.
Les difficultés de diverses natures rencontrées sur leur route
n'arrêtent pas les savants; les contradictions stimulent au contraire
leur activité. Quoiqu'il doive sans doute rester toujours 'quelque
irrationnel dans nos explications, et que bien des choses doivent
nous demeurer incompréhensibles, la science progresse sans cesse.
Le labeur prodigieux dont nous sommes les témoins montre quelle
vie intense anime la pensée scientifiqueà notre époque, et autorise
pour l'avenir de grandes espérances. Les hardiesses de certaines
spéculations seront, s'il y a lieu, tempéréespar les expériences qui,
comme l'a dit depuis longtemps Pascal pensant peut-êtreà Descartes,
Maistres qu'il faut suivre dans la physique ».
« sont les véritables
Le nom d'Henri Poincaré couvre de sa gloire le nouvel institut.
Nous avons été heureux d'apprendre que la Faculté des Sciences se
propose de donner aux deux amphithéâtres de cette maison les noms
des deux savants qui, avec Henri Poincaré, ont le plus honoré les
mathématiques françaises dans la seconde moitié du siècle dernier
Hermite, que ses admirables mémoires sur l'algèbre et la théorie des
nombres placent dans ce domaine au rang des Gausz et des
Dirichlet; Darboux, à qui une oeuvre d'une rare perfection, où l'ana-
lyse et la géométrie sont étroitement associées, assure une place
éminente dans l'histoire de la géométrie infinitésimale. Sous l'égide
de ces grands noms, l'Institut Henri-Poincaré, continuant les tra-
ditions d'ordre et de clarté de l'école mathématique française, con-
tribuera aux progrès des mathématiques pures et de la physique
mathématique par les travaux de ses maîtres et de ses élèves, et l'Aca-
démie des sciences lui apporte avec confiance ses meilleurs vœux
de prospérité.
Discours de M. PIERRE MARRAUD
ministre De l'mrbuctiok ftfbi.iq.ub bt obg 8mox-ajts
MONSIEUR LE Président DU SÉNAT,
MONSIEUR LE PRÉSIDENT DU CONSEIL,
MESDAMES, MESSIEURS,

La générosité de l'InternationalEducation Board n'a d'égale que


la modestie de ses membres; nous voudrions les désigner à la grati-
tude de nos compatriotes, à la reconnaissance des savants et de
leurs disciples; une règle à laquelle ils désirent qu'il ne soit point
dérogé nous l'interdit.
Ils permettront pourtant au ministre de l'Instruction publique,
au nom du gouvernement et de l'Université de France, de les
remercier du don magnifique dont ils ont fait bénéficier la Faculté
des Sciences de l'Université de Paris. Grâce à eux, non seulement
l'enseignement des mathématiques et de la physique mathématique
aura un asile digne de son importance, mais encore de nouvelles
libéralités enrichiront cet Institut de chaires confiées à des maîtres
d'une haute valeur et permettront à l'établissementque nous inau-
gurons aujourd'hui de fonctionner dans les conditions les plus
favorables au progrès de la science et à la formation des étudiants.
Nos remerciements s'adresseront aussi aux Français qui ont tenu
à associer leur effort personnel à celui de nos amis d'outre-mer.
Notre reconnaissanceva en particulier à M. Edmond de Rothschild
qui vient ainsi d'ajouter un nouveau bienfait à ceux dont l'Univer-
sité de Paris lui est déjà redevable.
Né d'une collaboration franco-américaine, l'Institut Henri-Poin-
caré est une nouvelle marque de l'amitié qui unit les deux peuples.
L'Université de Paris est heureuse de lui faire place parmi les
établissements qu'elle a édifiés depuis vingt ans au cœur de notre
vieux Quartier latin pour compléter son organisation scientifique.
Il est, Messieurs, indispensable à une époque où nous sommes
étreints par des préoccupations utilitaires, de réagir contre des ten-
dances qui risquent de nous opprimer et de stériliser l'effort de
l'esprit humain.
On a souvent marqué, depuis Auguste Comte, le rôle éminent
de la science pure. Les théories scientifiques répondent à un besoin
impérieux de la pensée; il faut s'efforcer de systématiserharmonieu-
sement les faits que l'expérience nous révèle. La mathématique sera
donc toujours la clef de voûte de l'édifice scientifique; et les théories
qu'elle permet de construire resteront le but ultime des efforts des
savants.
Sans doute, elles ne sont point définitives et ne représentent
qu'une approximation de la vérité. Le savant doit, comme Antée,
reprendre parfois contact avec la terre, c'est-à-direavec l'expérience,
modifier, pour y faire entrer de nouveaux phénomènes, les cadres
que son imagination a créés. En s'y efforçant d'ailleurs loyalement,
l'accord finit toujours par s'établir entre la pensée et les choses.
Messieurs, l'Institut HenriPoincaré entretiendra avec les instituts
voisins des relations amicales. Il s'élève parmi ses frères, il leur
prêtera appui et leur demandera conseil.
Mais une coopération plus large doit encore s'instituer entre lui
et les organisations scientifiques du monde entier. Ce n'est pas
seulement sur le territoire de la vieille Europe que se développe la
science, le Nouveau Monde la cultive avec passion en Amérique,
au Japon, aux Indes nous avons des rivaux pacifiques, ou plutôt
des émules, dont l'effort s'apparente au nôtre et qui ne demandent
qu'à nous apporter leur collaboration. L'Institut Henri-Poincaré
pratiquera avec eux une entr'aide bienfaisante. Il leur demandera
de venir à Paris exposer le résultat de leurs travaux; il mettra
à leur disposition toutes ses ressources et spécialement les res-
sources de sa bibliothèque. De plus en plus se fait sentir le besoin
de centres d'études internationaux nous espérons que, pour tous
les peuples, le nouvel établissement deviendra la Maison des Mathé-
maticiens.
Je me réjouis donc que l'International Education Board en ait
favorisé la création à Paris. Nul choix n'était plus légitime. Est-il
une ville qui, plus que notre capitale, ait, en gardant son origina.
lité, pris le caractère international? Ne maintenons-nous pas une
tradition qui remonte au moyen âge, au temps où les « Nations » se
pressaient sur la Montagne Sainte-Geneviève,poury recevoir l'ensei.
gnement des maîtres de nos Facultés? En notre vingtième siècle, les
registres de l'Université de Paris, les édifices qui se construisent
sur les terrains de la Cité universitaire fournissent encore le témoi-
gnage de l'élan qui, de tous les points du globe, porte la jeunesse
studieuse vers nos établissements scientifiques. Une autre raison
encore justifie ce choix c'est l'importance, c'est la qualité des
travaux de l'École mathématiquefrançaise. Il me faudrait citer trop
de noms si je voulais les citer tous, mais nul ne brille d'un plus vif
éclat que celui d'Henri Poincaré, à qui l'on a, à bon droit, dédié
cet institut.
Il ne m'appartient pas, après les orateurs que vous venez
d'entendre, d'énuraérer ses titres scientifiques à cette consécration.
Un profane ne peut s'avancer qu'après une vénération un peu
anxieuse sur un terrain qui ne lui est pas Tamilier. Il doit se borner
à admirer avec humilité la grandeur d'une ceuvre dont 11 ne lui est
pas permisde discerner clairement les détails. Une peut qu'éprouver
« ce frémissementde la haute intelligence » dont parlait le successeur
d'Henri Poincaré à l'Académiefrançaise, et rappeler avec lui que
« la valeur unique de Poincaré n'était contestée ni à l'étranger ni
même dans son propre pays ». Et Alfred Capus ajoutait « Si, un jour,
surgit quelque autre Descartes ou quelque autre Newton, il devra
mettre au fronton de son œuvre le nom d'Henri Poincaré. » Vous
avez donc bien fait, Messieurs, de l'inscrire au fronton de l'édifice
que nous inaugurons.
Mais, comme tous les grands savants, Henri Poincaré n'a pas
seulement été un spécialiste. Cette science que son génie déve-
loppait, il s'est attaché à en critiquer les fondements. Ne pas pour
l'ébranler comme certains ont voulu le faire, qui, s'appuyant sur
quelques-unes de ses formules, ont cherché à promouvoir je ne sais
quelles conceptions où le scepticisme se dissimulait sous l'appa-
rence de la foi, mais, au contraire, pour lui découvrir, sous le mou-
vement incessant des théories, un fondement solide dans les exi-
gences essentielles de l'esprit humain. Nul plus qu'Henri Poincaré
n'a cru à la valeur de la pensée dont il a dit qu' «elle n'est qu'un
éclair au milieu d'une longue nuit, mais c'est cet éclair qui est
tout ». Nul plus que lui n'a goûté « la splendide harmonie des lois
naturelles >, nul n'a plus aimé et cherché la vérité. « La recherche
de la vérité, écrit-il, doit être le but de notre activité, c'est la seule
fin qui soit digne d'elle. » Cette vérité, comme l'a noté Jules
Tannery, « il l'aime passionnément pour elle-même, non pour les
applications qu'on en peut tirer. Il aime la vérité, d'abord parce
qu'elle est vraie, puis parce qu'elle est belle. la beauté scientifique
l'émeut et le réjouit profondément ».
Dans cette recherche, dans cette contemplation de la vérité,
Henri Poincaré trouve les principes de l'action morale de cette disci-
pline indispensable à l'humanité en lutte « contre des forces
aveugles et pourtant redoutables » qu'elle ne peut contenir et
dominer que par un incessant effort. « La science nous met en
rapport constant avec quelque chose de plus grand que nous Ili
elle nous apprend à faire peu de cas de nos petits intérêts égoïstes,
à subordonner notre conduite à un idéal que nous aimerons mieux
que nous-mêmes, à coordonner notre action avec celle de nos com-
pagnons de lutte. u La science, a dit Henri Poincaré, nous donne
le sentiment de la coopération nécessaire, de la solidarité de nos
efforts et de ceux de nos contemporains, et même ceux de nos
devanciers et de nos successeurs. On comprend qu'on n'est qu'un
soldat, qu'un petit fragment d'un tout. » Trois semaines avant sa
mort, à la séance inaugurale de la Ligue pour l'action morale, il
prêchait, en des paroles presque prophétiques, la collaboration
nécessaire de tous les efforts « Pourquoi donc, se demandait-il à
propos du conflit des morales, tous ces hommes qui, avec des armes
différentes, combattent le même ennemi, se rappellent-ils si rare.
ment qu'ils sont des alliés? Nous avons trop besoin de toutes nos
forces pour avoir le droit d'en négliger aucune. Même de peuple
à peuple, la haine est néfaste et ce n'est pas elle qui fait les vrais
héros. Faire du patriotisme avec de la haine. est contraire aux
instincts de notre race et à ses traditions. Les armées françaises se
sont toujours battues pour quelqu'un ou pour quelque chose et
non pas contre quelqu'un. Elles ne se sont pas moins bien battues
pour cela. »
Je dois donc vous approuver hautement, Messieurs, en présence
de la famille de ce grand homme, famille qui, dans des domaines
divers, a donné d'éminents serviteurs à la France et dont je salue
respectueusement les représentants, je dois vous approuver d'avoir
mis sous son invocation le temple que vous avez élevé à la science,
édifié grâce à l'accord de tant de dévouements et où vous vous
proposez de convier toutes les bonnes volontés. Nul plus qu'Henri
Poincaré n'était digne de ce.magnifique hommage; je souhaite de
tout cœur que sa mémoire, toujours vivants parmi les continuateurs
de son œuvre, préside à la communion féconde des chercheurset les
guide à la conquête des sommets vers lesquels nous entraîne, d'un
élan sans cesse renouvelé, la poursuite du progrès des idées,
condition de la prospérité et du bonheur des hommes.

SERVICE COMUBMORATIF

Conformément à sa décision du ig décembre 1 921 et en exécution


de la transaction passée le 28 mai 1646 entre MM. de Sorbonne et
Mme la duchesse d'Aiguillon, le conseil de l'Université de Paris a
commémoré,par un service religieux, la mort du cardinalde Richelieu.
Ce service, auquel assistaient des représentants du corps ensei-
gnant de l'Universitéet des étudiants, a été célébré le 4 décembre
dernier, à dix heures du matin, dans la chapelle de la Sorbonne.
CONFÉRENCES FAITES PAR DBS PROFESSEURS
D'UNIVERSITÉS ÉTRANGÈRES

Faculté de Droit
M. Z. I. Loutfi bey, docteur en droit, ancien consul général de
Turquie à Paris, fera un cours libre à la Faculté chaque mercredi à
seize heures trente, à partir du mercredi 3o janvier 1929, sur le sujet
suivant la Nouvelle législation tommttiêt de la République turque.
M. MiRKiNB-GvÉTZEViTCH, ancien professeur agrégé à' la Faculté
de Droit de Pétrograd, fera un cours libre à la Faculté chaque mardi,
à quinze heures trente, à partir du mardi 29 janvier 1939, sur le sujet
suivant les NouvellesConstitutions turopétnnes d'après guerre.
M. B. Shatzky, ex-professeur de Droit constitutionnel à l'Uni-
versité de Pétrograd, fera un cours libre à la Faculté chaque lundi à
dix-sept heures, à partir du lundi 14 janvier 1929, sur le sujet
suivant le Droit constitutionnelaméricain et la politique extérieure des
États-Unis,
Faculté DB Médecine
M. le professeurHaruo H ayashi, doyende la Faculté de Médecine
de l'Université impériale de Tokio, a fait deux conférences en fran-
çais les mardi 8 et jeudi 10 janvier 1929, à dix-sept heures, au petit
Amphithéâtrede la Faculté.
La première conférence avait pour sujet les Hormones génitales;i
et la deuxième l'Action du phosphore sur les os.
M. J. Maisin, professeur à l'Université de Louvain, a fait les i5,
16 et 18 janvier 1929, à la Faculté, trois conférences sur les sujets
suivants
I. Étude analytique et critique des principaux cancers expérimentaux.
– II. La maladie générale du cancer. III. Le déterminisme local du
tancer.
Faculté des Sciences
M. Nicolas KomoFP, directeur de l'Institut de biologie expé.
rimentale de Moscou, a fait deux conférences sous les auspices du
Comité français des relations scientifiques avec la Russie, sur les
sujets suivants
T. Za nature physico-chimique de V excitation des

organes effecteurs.
II. les travaux de ^Institut de Biologie expérimentale de Moscou.
Ces conférences ont eu lieu les 17 et 21 janvier, à dix-sept heures.
M. Kyrille Popoff, professeur & l'Université de Sofia, agréé à
l'Université de Paris, fera une série de conférences sur le Pro.
èlime des trois corps. Étude des points singuliers de Vintégrde des trois
corps par les méthodes de Poirrcaré~Pïcard, approf~dïss par N. Drrdac.
Ces conférences auront lieu les lundis, à dix heures trente,
Amphithéâtre Chasles. La première conférence a eu lieu le lund
14 janvier 1939.
M. Vito Volterra, associé étranger de l'Académie des Sciences,
professeur à l'Université de Rome, donnera une série de dix leçons
sur le sujet suivant Dynamique biologique et énergétique héréditaire.
Ces leçons auront lieu dans l'Amphithéâtre Cauchy, à la Sor.
bonne, les lundis et jeudis, à dix heures quarante-cinq. La première
leçon a eu lieu le jeudi 34 janvier 1929.
M. Albert Betim, professeur à l'École polytechnique de Rio de
Janeiro, fera un cours sur: l'État des connaissances zoologiques sur le
Brésil. (Rapports avec la théorie de Wegener sur la dérive des con.
tinents.)
Ce cours, qui est fait sous le patronage de l'Institut franco-brési-
lien, aura lieu les 9, ix et i5 février, à dix-sept heures, à l'Amphi.
théâtre de géologie, à la Faculté des Sciences.

Faculté des Lettres


M. Joeca, professeur à l'Université de Bucarest, agréé à l'Uni-
versité de Paris, a fait, du 5 au 19 janvier 1929, deux séries de confé-
rences sur les sujets suivants
Première série La France dArménie.
Deuxième série La création religieuse du Sud-Est européen.
M. VINAS, professeur à l'Université de Séville, a fait, sous les
auspices de l'Institut d'Études hispaniques, le Il janvier 1929, la
leçon d'ouverture de son cours d'Histoire d'Espagne. Il a traité dans
cette leçon de l'Espagne et Philippe IL
M. ALTAMIRA, professeur à l'Université de Madrid, fera prochai.
nement, sous les auspices du même Institut, un cours sur l'Histoire
de la pensée espagnole.
CONFÉRENCES DE LA SOCIÉTÉ DES AMIS
DE L'UNIVERSITÉ DE PARIS
1829

Les conférences dont le programme est donné ci.dessous auront


lieu aux dates indiquées, les jeudis, à u haruas, d lo SarLonne,
dans l'Amphithéâtre Richelieu, sauf celles des a8 février et
28 mars qui auront lieu dans le Grand Amphithéâtre de la Sor-
bonne.
14 février. M. Grosukr, directeur des Beaux-Arts au Cam-
bodge, correspondant de l'École française d'Extrême.Orient.
Le Théâtre et la Danse au Cambodge (avec projectionset film ciné-

matographique).
21 lévrier. M. SERGENT, professeur à la Faculté de Médecine,
membre de l'Académie de Médecine. – Impressions rapportées de
missions médicales à l'étranger.
28 lévrier, –M. Georges Ricou, directeur de l'Opéra-Comique,
ancien secrétaire général de la Comédie-Française. La vie inté-

rieure de la Comédie-Française. La conférence sera suivie de s
L'Impromptu de la Sorbonne on 1640, pièce en un acte de
M. Georges G. Toudouze, interprétée avec danses et chants
par les
artistes du Théâtre classique universitaire. (Grand Amphithéâtre).
14 mars. M. H. Roger, doyen de la Faculté de Médecine,
membre de l'Académie de Médecine. Un voyage au Paraguay
(avec projections et auditions musicales).
2,r mars. M. J. Barthoux, chef de la Délégation archéo-
logique en Afghanistan. Les fouilles de la Délégation archéolo-
gique française en Afghanistan (avec projections).
28 mars. – M. le docteur Charcot, membre de l'Institut. A la
recherche du Latham-tf (avec projections et film cinématogra-
phique). (Grand Amphithéâtre).

Le titrant i. de B-taor. Imprimeriei. Dtmovuii, i Pari».


LES ARTS
A L'UNIVERSITÉ DE PARIS
IVv

LES ELEMENTS

Tapisseries des Gohkuxs décorant


LA Sau.e ut; Conseil

DE la Faculté DE Médecine DE Paris

Lu suite des ÊUmaiti en quatre grandi sujets et quatie entre-fenêtresforme


les premières pièces exécutées en 10(4 aux (jobelins sur des mudèles faits spé.
l'iulcment pour la Manufacture Koyale.
Le peintre Charles I.c Urun, premier directeur de la Munuiaiiuie, dessina
en même temps que les modèle» de l'<i/w* du Roi, les modèles littÊlimtnlt,
comme le prouve une lettre de Ca>sagne à Culbert de 16(14.
Ces mauniiiques tapisseries ont élu fournies pat la ^mie-meublenational,
•1 un exécution des ordres de la commission des revenus nationaux », et en.
\<iy«e* le 7 pluviôse an IV '(pour le service de l'École <le Senir. rue des Cor-
deliers (1)

(Ij Les Cvlltttions attitlbiurt île h hit<iU< <lt UMerliitit l'aris. Iwtnlolrt tahoniif,
'
par M..Nui' l.f^riind. tiHitlottiû^tri.' la Kai ullé do Mt'fïeiitii*, puMir pat le> ^<lins fin
jir(.>fc»*«urt.. I.and'ni7>, <ifj>en ik la l-'ariiltf. l'.iri». IC-Oî.
Annales
de
l'Université de Paris

Faculté de Médecine
RAPPORT ANNUEL DU DOYEN
Année SCOLAIRE 1927-1928

PERSONNEL
Professeurs aidais. – M. Édouard-Francis Kirmisson, décédé
le aa septembre 1927 à Binic (Côtes-du-Nord), avait été désigné
en 1901 pour occuper la chaire de clinique chirurgicale infantile et
d'orthopédie, fondée par la Ville de Paris; il en fut le premier
titulaire.
Né à Nantes, le 8 juillet i858, il y commença ses études médi-
cales. Prosecteur et lauréat de l'École de médecine (1868-1871),
interne des hôpitaux de cette ville (1869), il vint à Paris où il fut
reçu interne des hôpitaux en 1873, aide d'anatomie en 1877, pro.
secteur en 1879 et docteur en médecine avec une thèse sur les
Opérations préliminaires en général (1879).
Chirurgien des hôpitaux en 1881. Il fut nommé professeur agrégé
en i883; sa thèse d'agrégation portait sur les Modifications modernes.
de la lithotritie.
M. Kirmisson s'était spécialisé de bonne heure dans le domaine
de la chirurgie infantile et de l'orthopédie. Chef de service à l'hôpi.
tal des Enfants-Assistés en 1889, puis à l'hôpital Trousseau en 1897
et, de là, aux Enfants.Malades, il avait été chargé d'un cours de

il fut retraité. f/£y\ V,


clinique annexe (1897). H profess>dft.igoi à 1919, époque à laquelle
7X
Membre titulaire de la Société de chirurgie depuis i885, membre
de l'Académie de njédecipe^enjioo3i,.îl plaida le Congrès de chi-
rurgie en 191} et le Congrès d'orthopédie en 1924. Il était officier de
la Légion d'honneur.
Ses travaux ont été énumérés dans le Rapportde 1920. Rappelons
que ses premières publications ont trait à la chirurgie générale.
Citons notamment une thèse d'agrégation sur l'Anémie consécutive
aux hémorrhagies traumatiques (1880), sa collaboration au Manuel de
pathologie externe (tome a Maladies de la tête et du rotins, 188S),
puis au Traité de chirurgie de Duplay et Reclus (Maladies du reehis et
Maladies des membres).
En i8go, il publiait ses leçons cliniques sur les maladiesda l'appareil
locomoteur; en 1898, le Traité des maladies chirurgicales d'origine
congénitale; en 1902, les Difformités acquises de l'appareil locomoteur
pendant l'enfance et l'adolescence; en 1906, un Précis de chirurgie
infantile (2' édition en 1911). Ces ouvrages sont demeurésclassiques
et sont encore consultés avec fruit.
L'œuvre du professeur Kirmisson pour le développement de
l'orthopédie en France est fort importante. En 1890, il fonda la
Revue d'orthopédie dans laquelle il inséra de nombreux articles.
En 1919, avec le concours de ses collègues de Paris et de province,
il fonda la Société française d'orthopédie, dont il fut le président plu-
sieurs années de suite.
Il a fait un grand nombre de communications à l'Académie de
médecine et à la Société de chirurgie sur ses sujets de prédilection.
Parmi les articles qu'il a donnés aux revues spéciales, nous relève-
rons ses études sur la scoliose, le pied-bot, le spina-bifida, le bec-
de-lièvre, la paralysie infantile, les luxations de la hanche, la coxa
vara, l'ostéomyélite, les affections tuberculeuses ostéo articulaires,
les luxations congénitales, les vices de conformation de l'anus et du
rectum, les corps étrangersde l'œsophage, l'invagination iléo-colique
chez l'enfant, etc.
L'orthopédie française a perdu en lui l'un de ses représentants les
plus autorisés.
M. Louis- AuoustbPrenant,décédé à Neuilly le 28 septembre 1 927,
avait été désignéen 1907 pour occuper la chaire d'histologie devenue
vacante après la mort du professeur Mathias Duval.
Il était né à Lyon, le 5 novembre 1861, et avait fait ses études
médicales à la Faculté de Nancy, où il fut reçu docteur en 1887.
Licencié es sciences naturelles (1882), il remplit les fonctions d'aide
d'histoire naturelle médicale de i883 à 1886 et celles de chef des
travaux pratiques d'histologie de 1886 à 1891. Il fut nommé chef des
travaux anatomiques en 189^ et l'année suivante il était reçu agrégé
dans la section d'anatomie et de physiologie (1892).
Il occupa ensuite la chaire d'histologie de la Faculté de Nancy
de 1894 à 1907, époque à laquelle il fut appelé à Paris. Il fut élu
membre de l'Académie de médecine en 1911, dans la section des
sciences biologiques.
L'œuvre qu'il a laissée est considérable; elle embrasse à la fois le
domaine de l'embryologie et celui de l'histologie. On lui doit
surtout un important Traité d'Aistologie dont la première partie,
Cytologie générale et spéciale, a paru en 1904 et a été récompensée
par l'Académie des sciences (prix Barbier), et la seconde, rédigée
en collaboration avec M. Bouin, Histologie et anatomie microscopique,
a été publiée en içi3.
Signalons, en dehors de ses Conférences autographiées d'embryo4
logie, un traité publié en 1896 sous le titre Éléments d'embryologie
de l'homme et des vertébrés; son Élude sur la structure du tube simini.
fin des mammifères et la signification des éléments qiti le constituent,
thèse de doctorat, Nancy, (1887), et ses mémoires ou ses articles
exposant les résultats de ses recherches sur le développement orga.
nique et histologique du thymus et de la glande thyroïde, sur la
spermatogénèse, sur l'interprétation des faits de karyokinèse, sur
les mitochondries et l'ergastoplasme, les théories physiques de la
mitose, les méthodes de la microchimie, la base cellulaire de l'héré-
dité, les cellules géantes, les problèmes cytologiques suscités par
l'étude des cellules musculaires, les appareils ciliés, les cellules
pigmentaires et les pigments, le corps jaune, etc.
Il fut l'un des fondateurs de la Réunion biologique de Nancy,
qu'il dirigea plusieurs années. A la Société de biologie de Paris, il a
donné de nombreuses communications touchant aux grands pro-
blèmes de la cytologie, de la physiologie ou de la biochimie. On lui
doit un certain nombre de procédés techniques de fixation et de
coloration qui ont été adoptés dans la pratique histologique cou»
rante.
M. Prenant laisse le souvenir d'un savant consciencieuxet désin-
téressé, dont la réputation était universelle et dont les recherches
fécondes ont honoré l'histologie française.

Retraites.– M. Bernard- Antonin MARFAN, professeurd'hygiène


et de clinique de la première enfance, été admis,
a par décret du
25 mars 1928, pour cause d'ancienneté d'âge et de services, à faire
valoir ses droits à la retraite, et nommé professeur honoraire.
Né à Castelnaudary (Aude), le 23 juin i858, M. Marfan commença
ses études médicales à Toulouse et les poursuivit à Paris, où il
devint interne des hôpitaux en 1881 (médaille d'argent, 188S). Reçu
docteur en médecine en fut moniteur aux travaux P«tjq««*
1887, il
méd cale
d'anatomie pathologique de 1887 à 1889, chef de clinique clinique
àÏÏpital N«terde 1889 à iSp. chef du laboratoire de
médicale (1891-1892)..
hôpitaux la même
Il fut nommé agrégé en 1892, médecin desprofesseur Grancher
année. On lui confia dès lors la suppléance du
date sa spécia-
à l'hôpital des Enfants-Malades; de cette époque il était
lisation définitive dans la pathologie infantile. En 1901,Enfants-
chargé d'un cours de clinique annexe (diphténe) aux devenue
Malades et, en 1910, il obtint la chaire de thérapeutique
professeur Gilbert à la
vacante à la Faculté lors du passage du novembre 1914,1!
chaire de clinique médicale de l'HÔtel-Dieu. En

première enfance..
prit possessionde la nouvelle chaire d'hygiène et de clinique de la

Parmi ses nombreux travaux, dont la majeure partie a


été signalée
particulier sa thèse de
dans le Rapport de 1920, nous citerons en -plume pulmo-
doctorat intitulée Troubles et Uùom gastrites dans la
guérison d'une
noire (1887), une étude sur Ummunité conférée par la
Essai sur l elto-
tuberculose locale four la phtisie pulmonaire (1886), un
mémoire sur
logie et la pathologie génitale des bronchites (1891), un troubles
les Eczémas des nourrissons dans leurs rapports. avec les étude
digestifs (1894), un traité de V Allaitement artificiel (1896), une
les Infections congénitales des nouveau-nés (1897), un Trotté de
sur (1899), un
l'allaitement et de l'alimentation des enfants du premier âge
mémoire sur les Gastro-entérites des nourrissons (1900), des
Leçons
Rachitisme et sa
cliniques sur la diphtérie (190S), une étude sur le
des voies
pathoginie (191 1), une Introduction à l'élude des affections
digestives dans la première enfance (*• édition, 1920),
des mémoires
les Vomissements périodiques avec acétonimie (1921). sur le Rachi-
sur première enfance
tisme (1923), les Affections des voies digestives dans la
(deux séries,
(192$) et sa Clinique des maladies de la première enfance
1926.1928).
M. Marfan a publié dans les traités médicaux et dans le revues
de nombreux articles concernant surtout les maladies de l'enfance
bron-
(fièvre typhoide, rachitisme,
et sur les sujets les plus variés infections,
chites, méningites, péritonite tuberculeuse, purpura,
sérothérapie dans les paralysies diphtériques, etc.).
aussi
Membre de l'Académie de médecine depuis 1914, il est
commandeurde la Légion d'honneur.
miladies
M. Edouard Jeanseime, professeur de clinique des
d'ancienneté
cutanées et syphilitiques, a été admis, pour cause
d'âge et de services, à faire valoir ses droits à la retraite et nommé
professeur honorairo.
Né à Paris, le 14 juin i858, interne des hôpitaux en i883, M. Jean-
selrae a été reçu docteur en 1888. Chef de laboratoire à l'hôpital
Saint-Louis de 1888 à 1894, assistant de consultation
au même
hôpital de 1894 à 1896, il se spécialisa durant cette période dans le
domaine de la dermatologie et de la syphitigraphie.
Il fut nommé médecin des hôpitaux en J896 et professeur agrégé
à la Faculté de médecine en 1901. Après avoir été délégué à la Con-
férence internationale de la Lèpre, à Berlin, en 1897, il fut chargé
de mission en Extrême-Orient;il y resta de 1898 à 1900 et, tout en
étudiant l'organisation des léproseries en Indochine française, il se
consacra à l'observation détaillée des affections des pays exotiques.
A son retour en France, il fut nommé professeur à l'Institut de
médecine coloniale de Paris (1903). En octobre 1918. il fut désigné
pour occuper la chaire de clinique des maladies cutanées et syphi-
litiques en remplacement du professeur Gaucher, décédé.
Les travaux de M. Jeanselme ont été énumérés dans le Rapport
de 1920. Nous rappellerons sommairement ici, au nombre de ses
publications didactiques, les articles Pneumothorax, Hydrothorax,
Thromboses et embolies, Phlébite des sinus, Stltrodtrmie, Typhdita et
appendicite, Lèpre, Chancre mon, écrits pour le Manuel de médecine
de Debove et Achard; Séméiologie générale des maladies des reins
(1898), Mycêlome, Pied de Madttra, Pian, Verruga, pour le Traité de
médecine de Brouardel et Gilbert; Pian, Lèpre, Aplasie monili-
forme, pour le Traité des maladies de l'enfance de Grancher et
Combyj – Lèpre, Pian, Tokelau, pour la Pratique dermatologique;
Étiologie et prophylaxie des maladies vénériennes, du béribéri, de la
lèpre, pour le Traité d'hygiène de Cbantemesse et Mosny; Exa.
men de la peau et ses dépendances, pour le Manuel de diagnostic
médical de Debove et Achard (1909); Maladies de la peau (en
collaboration avec Hutinel), pour le Traité des maladies des enfants
(1899); Thérapeutique des maladies cutanées « vénériennes, pour le
Formulaire thérapeutique de Gilbert et Y von;– Le Traitementde la
syphilis par le « 606 », monographie de l'Œuvre médico-chirurgical
(1914), etc. Il a encore publié un ouvrage sur le Béribéri, dans la
la collection des Aide-mémoire Léauté (1906); un Précis de patho-
logie exotioue (en collaboration avec M. Rist)
paru en 1909; un
Cours de dermatologie exotique (1904); un volume sur la Syphilis, son
aspect pathologique et social (1925); un Précis de syphiligraphie et des
maladies vénériennes(en collaboration avec M. Sézary, 192s), et
une
série d'articles intéressant l'histoire de la médecine.
M. Jeanselme est membre de l'Académie de médecine depuis
1919; il fait également partie de la Société anatomique,de la Société
française de dermatologie et de syphiligraphie, de la Société médi-
cale des hôpitaux, de la Société d'hygiène et de médecine colo-
niales, de ta Société de thérapeutique, de la Société française
d'histoire de la médecine, de la Société de pathologie exotique, de
la Société française de prophylaxie sanitaire. Il est officier de la
Légion d'honneur.

Mutation de chaire. –M. Léon BERNARD. Par décret du


i3 mars 1928, M. Léon Bernard, professeur d'hygiène et médecine
préventive, a été désigné pour occuper la chaire de clinique de la
tuberculose nouvellement créée (fondation du département de la
Seine).
Né à Paris, le 19 mai 1873, interne des hôpitaux en x895, médecin
des hôpitaux en 1904 et chef de service en 1911, professeur agrégé
en 1910, M. L. Bernard avait été nommé professeur d'hygiène à la
Faculté en 1919. Il est membre de l'Académie de médecine
depuis 1920.
Conseiller technique sanitaire du ministère de l'Hygiène, membre
du Conseil supérieur d'hygiène publique de France et du Conseil
départemental d'hygiène de la Seine, membre du Comité d'hygiène
de la Société des Nations, il est vice-président du Comité national
de la défense contre la tuberculose et président de la Commission
des dispensaires de l'Office public d'hygiène sociale de la Seine.
A l'hôpital Laënnec et au dispensaire Léon-Bourgeois, il a orga-
nisé un centre hospitalier antituberculeuxet créé l'Œuvre de préser-
vation du nourrisson contre la tuberculose.
Il a fondé l'Institut d'hygiène en 1921 il y a présidé à la formation
de nombreux techniciens spécialistes complètement préparés aux
multiples fonctions que réclame l'hygiène publique. L'enseignement
donné à cet Institut a été résumé dans le Cours d'hygiène qu'il a
publié en 1927 avec la collaboration de M. R. Debré.
Ses nombreux travaux ont été énumérés dans le Rapport de 1920;
rappelons simplement que la plupart concernent la tuberculose,
tant au point de vue clinique qu'au point de vue expérimental, et
surtout dans le domaine de la prophylaxie sociale.
Sa thèse était une étude sur les Fonctions du rein dans- les niphtitts
chroniques (1900); elle a été suivie d'un travail sur les Méthodes
d 'exploration de la perméabilité rénale (1904). Citons encore ses publi-
cations sur les Résultats comparés des différents traitements de la tuber-
culose rénale (en collaboration avec Heitz-Boyer) en 1912; sur le
Pneumothoraxartifitiel dans le traitement de la tuberculose pulmonaire
(i9i3)j sur la Tuberculose pulmonaire études de fhthiologie clinique
et sociale (1921); la traduction du Traité de diagnostic médical
d'Eicbhorst (deux éditions, 1902 et 1905) en collaboration avec
M. Marfan; l'article Tuberculose (en collaboration avec M. Mosny),
dans le Traité de médecine de Brouardel et Gilbert (1906 et 1910);
les Éléments d'anatomie et de physiologie médicales (en collaboration
avec Landouzy, iqi3), etc.
Grâce à son activité et à ses efforts inlassables, l'organisation de
la lutte contre la tuberculose a pris un développement considérable
et a-réalisé de grands progrès.
M. Léon Bernard est, en outre, secrétaire général de l'Union
internationale contre la tuberculose et commandeur de la Légion
d'honneur.
Nominations. M. Christian Champ y, agrégé, a été désigné, par
décret du 7 janvier J928, pour occuper, à compter du i" jan-
vier 1928, la chaire d'histologie, en remplacementde M. le professeur
Prenant, décédé.
Né le 18 avril i885, à Uzemain (Vosges), M. Champy a commencé
ses études scientifiques et médicales à l'Université de Nancy où il
fut reçu licencié ès sciences naturelles en igo5 et où il travailla au
laboratoire de M. Prenant. Arrivé à Paris, il poursuivit ses premières
recherches de cytologie et de physiologie au laboratoire du profes-
seur Gley, au Collège de France.
Reçu docteur en médecine en 191 avec une thèse intitulée
Recherches sur l'absorption intestinale et le rôle des mitochondries dans
l'absorption et la sécrétion, il fut nommé agrégé en 1913. Dès cette
époque, il dirigea un laboratoire à la Clinique gynécologique de
l'hôpital Broca; il y organisa un centre d'enseignement et de
recherches expérimentales portant sur la morphogénèse et la bio-
logie cellulaire.
En 1922, il soutint sa thèse de doctorat ès sciences naturelles
Élude expérimentale sur les différences sexuelles chet les tritons. Il
étudia ensuite les cultures de tissus qu'il réalisa pour la première
fois en France, utilisant les procédés microscopiques pour appro-
fondir les lois de la croissance cellulaire et tissulaire, tant à l'état
normal que pathologique. Il démontra ainsi l'automatisme des
phénomènes de cicatrisation et la régression des différenciations
dans les tissus cultivés. Il a mis en lumière les résultats nouveaux
que l'on pouvait espérer de cette méthode de culture pour l'étude
du déterminisme des caractères sexuels et celle de la genèse du
cancer.
M. Champy a publié en 1921 un Manuel aVembrytlogie et, en 1938,
un Précis d'histologie en deux volumes. En 191$, il avait donné une
adaptation française de Y Atlas des maladies du sang de Schleip.
Dans les Archives de morphologie ont été insérés ses mémoires
concernant l'Action de l'extrait thyroïdien sur la multiplication cellu-
laire et les Hormones sexuellesfemelles (en collaboration avec T. Kel-
ler). En 1924, il fit parattre un travail important sous le titre s
Sexualité et hormones. Les caractères sexuels considérés comme phéno-
mines de développementet dans lelirs rapports avec l'hormone sexuelle.
Il est membre titulaire de la Société de biologie, à laquelle il a
fait souvent d'intéressantes communications.
M. MAURICE VILLARET, agrégé, a été appelé, par décret du
26 février 1928, à occuper la chaire d'hydrologie thérapeutique et de
climatologie nouvellement créée.
Né à Paris, le 7 décembre 1877, interne des hôpitaux en 1903,
M. Villaret a été reçu docteur en médecine en 1906. Chef de labora-
toire à la faculté (clinique médicale de l'HÔtel-Dieu, 1910-1911),
chef de clinique en 1912, il fut nommé agrégé en 1913 et médecin
des hôpitaux en 1919. Pendant la guerre, après un séjour au
XXI* Corps et à Zuydcoote, il devint directeur du Centre neurolo-
gique de la XVIo Région, puis adjoint technique et consultant
neurologique au gouvernement militaire de Paris. Il est lauréat de
l'Institut (prix Montyon) et de l'Académie de médecine.
Ses travaux portent sur les diverses branches de la pathologie
médicale; les affections du foie et du tube digestif, des troubles de
la nutrition et de l'appareil circulaire et les maladies du système
nerveux ont fait spécialement l'objet de ses recherches.
Dans sa thèse de doctorat, il a étudié le Syndrome d'hypertension
portale (1906). Elève du professeur Gilbert, dont il fut un collabo-
rateur assidu, il est l'auteur de plusieurs mémoires sur la circulation
hépatique, sur l'origine syphilitique des cirrhoses, sur la tension
veineuse, sur la cytologie du liquide céphalo-rachidien, sur les
réactions chimiques comparées des exsudats et des transsudats, sur
le signe de la flexion du gros orteil dans la sciatique (191 7), sur le
syndrome de l'espace rétroparotidien (iç>i5), sur les séquelles des
traumatismes cranio-cérébraux (1916), sur les cures de diurèse, sur
le traitement hydro-minéral des lithiases, etc.
A la clinique de l'Hôtel-Dieu, il a organisé avec succès des cours
de vacances qui ont été très suivis. Dans le domaine de l'hydrologie,
il a maintes fois exposé les ressources thérapeutiquesde nos stations,
notamment dans des conférencesfaites au cours des voyages d'études
qu'il a dirigés.
En collaboration avec Terrien et Moucbet, il a écrit en 1920 un
ouvrage sur les séquelles des blmurts de guerre. Il fait partie du
Comité de direction des Archives des maladies de l'appareil
digestif.
Il est membre de la Société médicale des hôpitaux depuis 1920,
de la Société de neurologie (1922), de la Société de médecine légale,
de la Société de thérapeutique, de la Société de médecine de Paris,
de la Société française d'histoire de la médecine.
M. HENRI GOUGEROT, agrégé, a été appelé à occuper, par décret
du 26 juin 1928, la chaire de Clinique des maladies cutanées et
syphilitiques, devenue vacante par suite de l'admission à la retraite
de M. le professeur Jeanselme.
Né à Saint-Ouen (Seine), le 2 juillet 1881, interne des hôpitaux de
Paris en 1904, médaille d'or (1908), moniteur d'anatomie patholo.
gique et chef de clinique (1908-1909), M. H. Gougerot a été reçu
docteur en médecine en igo8, agrégé à la Faculté (section de méde-
cine générale) en 1910, spécialisé aussitôten dermato-syphiligraphie;
il devint chef du laboratoire de photothérapie à l'hôpital Saint.
Louis (1910-1914), et médecin des hôpitaux en 1921.
Dès le début de sa carrière médicale, il s'est consacré à l'étude
des affections cutanées et de la syphiligraphie. Membre de la Société
de dermatologiedepuis 1909, il fait parti de son Comitéde direction
depuis 1925. Organisateur de la Consultation dermato-syphiligra-
phique du soir à l'hôpital Saint-Antoine depuis janvier 1922, il est
deveuu chef de service à l'hôpital Broca en décembre 1927.
Délégué à la Conférence internationale de la tuberculose à Rome
en 1912, rapporteur au VII' Congrès international de dermatologie
(191 2) et au XVII* Congrès international de médecine à Londres
en iqi3, il fait partie de la Société médicale des hôpitaux, de la
Société de pathologie comparée, de la Société de médecine légale
de France et de diverses sociétés médicales étrangères.
Il s'est toujours particulièrement intéressé à l'étude des grands
problèmes de l'hygiène sociale. Il a pris une part très active dans les
commissions et aux œuvres de propagande pour la lutte antivéné-
rienne. Il est encore secrétaire général de la Ligue nationale contre
le péril vénérien et de la Société française de prophylaxie sanitaire
et morale.
Durant la guerre, il servit d'abord dans une ambulance, puis devint
chef d'un centre dermato-vénéréologique.
M. Gougerot, lauréat de la Faculté et de l'Assistancepublique, a
aussi obtenu diverses récompensesde l'Académie des sciences et de
l'Académie de médecine.
Ses premiers travaux datent de 1904; depuis cette époque Ua a
donné un grand nombre de publications dont la majeure partie
concerne la spécialité dermato-syphiligraphique. Citons d'abord sa
thèse sur la Bacillose non folliculaire (1907) et parmi ses ouvrages:
la typàilis expérimentale dans ses rapports avec la clinique (dans
l'Œuvre médico-chirurgical) le traitement de la syphilis en clientèle
(1914, et quatrième édition en 1927); La dermatologie en clienttle
(19175 quatrième édition en 1927); les sporoirickoses (en collabo-
ration avec de Beurmann, 1912); les nouvelles mycoses (avec de
Beurmann, 1910). Signalons enfin ses articles dans les traités ou
dans les revues sur les tuberculides cutanées, l'anaphylaxie en
dermatologie, les infections cutanées pyogéniques, les dermatoses
exotiques, la lèpre, la syphilis cérébrale, le bubon chancrelleux,
la réaction de Wassermann, etc.
M. Pierre Lbreboullet, agrégé, a été désigné, par décret du
26 juin 1928, pour occuper la chaire d'hygiène et de clinique de la
première enfance, devenue vacante par suite de l'admission à la
retraite de M. le professeur Marfan.
Né à Paris, le 18 juillet 1874, interne des hôpitaux en 1897,
médaille d'or en 1901, M. Lereboullet a été reçu docteur en méde-
cine en 1902, médecin des hôpitaux en 1907, et nommé agrégé à la
Faculté en 1913 (pour l'hygiène jusqu'en 1917 et pour la pathologie
interne jusqu'en 1920). Chef de service à l'hôpital des Enfants.
Malades, il fonctionna à partir de ce moment en qualité d'agrégé
spécialisé à la Clinique médicale de cet hôpital. Il fut chargé du
service du Pavillon de la Diphtérie, où il organisa un enseignement
périodiquecomportantsurtout l'étude biologique et clinique, théra-
peutique et prophylactique de cette maladie.
Lauréat de l'Académie de médecine (prix Oulmont, 190 1) et de
l'Institut (Académie dessciences, prix Bellion, 1902), M. Lereboullet
s'était d'abord occupé de médecine générale (maladies nerveuses,
affections du cœur et des voies respiratoires, tuberculose et maladies
infectieuses).
Sous la direction de son maître le professeur Gilbert, il orienta ses
recherches dans le domaine de la pathologie du foie et des voies
biliaires. Sa thèse inaugurale constitue un travail important pour la
connaissance anatomo-clinique des Cirrhoses biliaires (1902). Men-
tionnons en passant ses études sur une série de types morbides
rattachés aux ictères chroniques simples et à la cholimie familiale,
affection qu'il décrivit d'une façon très précise avec le professeur
Gilbert. Rappelons aussi ses travaux sur l'opsiurie, la stéatose
latente des alcooliques,lescirrhosesalcooliques avec ictère, l'explo-
ration fonctionnelle du foie, la pathogénie des diabètes, les
cirrhoses hypertrophiquespigmentairesdiabétigènes, l'hypertension
portale, etc.
En pédiatrie, à côté des recherchesapprofondies qu'il a faites sur
la diphtérie, tant au point de vue clinique que social, et du rôle
important qu'il a joué dans la propagande de la vaccination par
l'anatoxine, nous citerons ses travaux sur les glandes endocrines
chez les enfants, les dystrophies de la puberté, l'ictère des nouveau-
nés, l'hérédo-sypbilis, les nourrissons vomisseurs, le diabète sucré
infantile et l'insulinothérapie,etc.
Pour différentes revues et en particulier le Paris médical dont il
est un collaborateur assidu, il a rédigé une foule d'articles originaux
concernant les sujets les plus divers. Il a encore écrit les articles
Gangrène pulmonaire pour le Manuel de thérapeutiquede Debove et
Achard; Infections chroniques, Paludisme, Rhumatisme pour le tome III
des Maladies de l'enfance; Tuberculose, Phtisie, Scrofule, Sanatoriums
pour la Pratique médico-chirurgicale il a publié un ouvrage sur
Les maladies du foie et leur traitement, un mémoire sur Les syndromes
hypop/tysaires et épiphysaires en clinique infantile (1924), un travail
surZJtf grippe; clinique, prophylaxie, traitement, et tout récemment un
Manllel clinique et thérapeutique de la diphtérie (1928). Il a en outre
fait un grand nombre de communications à la Société anatomique,
à la Société de biologie, à la Société médicale des hôpitaux, à la
Société de pédiatrie.

M. Louis TANON, agrégé, a été appelé à occuper, par décret du


26 juin 1928, la chaire d'hygiène et médecine préventive, devenue
vacante par suite de la nomination de M. le professeur Léon Bernard
à la chaire de Clinique de la tuberculose.
Interne titulaire des hôpitaux en 1903 et diplômé de l'Institut de
médecine coloniale, médecin sanitaire maritime la même année,
M. L. Tanon a été reçu docteur en médecine en 1908 avec une
thèse sur les Artères de la moelle dorso-lombaire considérationsanalo-
miques et cliniques. Il fut nommé agrégé à la Faculté en 1913.
Préparateurà l'Institut de médecine coloniale (1903) et à l'Institut
supérieur de vaccine (1906}, il s'est consacré depuis longtemps à
l'hygiène, à la pathologie des maladies tropicales.
Il a été chargé de plusieurs missions officielles au Congo, au
Mozambique, au Maroc, en Syrie, etc.; il en a rapporté des obser-
vations intéressantessur les affectionscoloniales.
Parmi ses travaux, nous signalerons en particulier ses recherches
sur la fièvre de Malte, sur la variole et la vaccine, sur les trypanoso-
miases. Pendant la guerre, il a surtout étudié l'hygiène et répidé-
miologie des troupes en campagne.
M. Tanon est un hygiéniste de carrière, dont les travaux sur la
prophylaxie des maladies contagieuses font autorité. Directeur du
Laboratoire des épidémies de la Préfecture de police, médecin
inspecteur des épidémies, médecin en chef des services d'hygiène
et de salubrité du département de la Seine, il a joué un r8le impor.
tant, à maintes reprises, dans l'application des méthodes de
prophylaxiegénérale et dans la pratique de l'hygiènesociale (crèches,
nourrissons, pouponnières, contrôle du lait, etc.).
Secrétaire de la Société de médecine et d'hygiène tropicales,
secrétaire du Congrès international de médecine en 1912, membre
de la Société française d'histoire de la médecine, M. Tanon a
apporté sa collaboration à un grand nombre de revues et a donné
plusieurs communications à la Société anatomique, à la Société de
dermatologie,à la Société de biologie, à la Société de neurologie, à
la Société médicale des hôpitaux, à l'Académie de médecine, etc.
En collaboration avec M. Bourges, il a publié des Tableaux de
diagnostic bactériologique et cytologique5 notions alimentaires pour
l'examen du sang et des humeurs. Rappelons enfin les conférences
qu'il a faites sur les infections des plaies de guerre, les ictères aux
armées, etc., et ses rapports sur les maladies épidémiques, notam-
ment sur la grippe du mois de mai 1918.
ÉTUDIANTS
Le nombre des étudiants de première année, qui était de y36
en 1924-1925, est monté à 902 en I926-.I927 et a atteint 987 en 1927-
1928. Le nombre des étrangers est resté à peu près stationnaire
3oo en première année.
Cet accroissement de la population scolaire n'est pas sans avoir
des inconvénients. Les locaux de la Faculté avaient été prévus pour
recevoir chaque année trois cents nouveaux élèves; actuellement,
ce chiffre est plus que doublé et nous avons de grandes difficultés
pour organiser les travaux pratiques. Au défaut d'espace s'ajoute le
défaut de crédits. Les droits des travaux pratiques ont été triplés,
alors que les produits utilisés ont quintuplé; chaque étudiant coûte
plus qu'il ne rapporte. La prospérité scolaire de la Faculté, loin
d'améliorer sa situation financière, ne fait que l'aggraver.
Les préparateurs et les moniteurs ne sont pas assez nombreux
pour la lourde tâche que leur impose l'augmentation des étudiants.
L'enseignement est assuré grâce au dévouement et au zèle de nos
collaborateurs, mais, comme les élèves augmenteront encore
l'année prochaine, il serait temps d'envisager une amélioration.
Sur les 987 nouveaux élèves qui sont entrés à la Faculté, 690 sont
titulaires du baccalauréat 55o ont obtenu le baccalauréatde philo-
sophie et 140 le baccalauréat de mathématiques. Nous avons déjà
indiqué les inconvénients de cette dualité d'origine nous y avons
insisté dans une Commission nommée pour la réforme, depuis si
longtemps attendue, du P. C. N. Il serait urgent d'introduire, pen-
dant l'année préparatoire passée à la Faculté des sciences, des cours
complémentaires pour les élèves qui sortent de la classe de philo-
sophie et qui n'ont pas une éducation scientifique suffisante.
Cette lacune fait un obstacle à la poursuite des études médicales.
Les professeurs de physique, de chimie et de physiologie sont
constamment forcés, dans leur enseignement, d'user de formules
mathématiques la plupart des auditeurs sont incapables de les
comprendre, ils ne peuvent saisir une loi logarithmique, car ils ne
savent pas ce qu'on entend par logarithme.
Quand ils arrivent à la Faculté, les étudiants sont répartis entre
les diverses cliniques générales, médicales et chirurgicales. Ils y
reçoivent l'enseignement de maîtres éminents et sont ainsi initiés à
à la médecine dans d'excellentesconditions. Mais, dès leur entrée à
la Faculté, les meilleurs élèves sont détournés des programmes
scolaires, par la préparation du concours de l'externat. Négligeant
tout ce qui leur semble inutile pour le concours, ils s'astreignent à
apprendre des questions par cœur; ils découpentdans l'anatomie et
la pathologie de petites tranches répondant au programme qui leur
est proposé. L'année suivante, les élèves nommés externes sacrifient
leur scolarité à la préparation de l'internat. Une fois internes, ils
apprendront par cœur les questions pour le concours des hôpitaux.
Toutes les sciences fondamentales,dont la connaissance est indis-
pensable pour comprendre la médecine et contribuer à ses progrès,
sont systématiquementlaissées de côté.
Cette dualité entre l'enseignement de la Faculté et les concours
des hôpitaux pèse très lourdement sur l'éducation rationnelle de
nos élèves. Ajoutons que les externes et les internes, devant con-
sacrer leurs matinées au service auquel ils sont attachés, sont forcé-
ment dispensés des stages de spécialités, ils ne sont astreints qu'à
un stage obstétrical.
Nous ne faisons que" signaler ce défaut de notre organisation, qui
nécessiterait une étude approfondie.
Malgré les difficultés qu'éprouvent nos étudiants à se transporter
des hôpitaux excentriques à la Faculté, les travaux pratiques ont été
suivis fort régulièrement.
Comme les années précédentes, le nombre des examens a été fort
élevé et a imposé une lourde tâche aux professeurs et agrégés. Un
récent décret a permis de faire siéger dans les jurys les chefs de
travaux ne possédant pas le titre d'agrégé. Cette mesure, qui a eu

R.
l'avantage d'augmenter l'autorité des chefs de travaux, a facilité la
constitution des jurys et a donné d'excellents résultats.
Le nombre des examens a atteint le chiffre de 7 894, se répartissant
ainsi

Examen
E
A.
lamendededoctorat.
doctorat.

• • •
Soutenance deetthèses.
Rt~.K.
Étudiants en médecine

[( | £" ?
î XT
A.

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dentaire. Total Ni K>


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sages-femmes
Étudiants en art
Élèves
doctorat)
Vétérinaires (thèse de
1 695
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général.
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Total 7-894

1
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1__ J_
mobilisés, étaient, l'année passée, au nombre de 695. Cette année-ci
il atteint encore 354. Quelques étudiants de l'ancien régime ne sont
qu'au début de leur scolarité; nous pouvons donc prévoir qu'il
faudra encore, pendant quatre ou cinq ans, organiser des examens
spéciaux pour les démobilisés. Ceux qui ont été retardés dans leurs
études par leur état de santé éprouvent une certaine difficulté à se
remettre au travail. Le nombre des ajournements s'est élevé au
premier examen à 57,1 p. 100 et au second à 53,3.
Le tableau que nous avons dressé donne, pour les autres caté-
gories d'étudiants, un pourcentage d'ajournements à peu près sem.
blable à celui des années précédentes

POURCENTAGEDES AJOURNEMENTS
Étudiants en médecine (S 441)

bcleu régimo

examen.
Nou veau régime
(3U). (5197).

a*exa.tnen.
Ier

3*eMmen(N.R.).
5;,1
53,3
»
3o,5
41,7
23,7
30 examen (A.R.) et 4* (N. R.). 36 33
40 examen (A. R.) et 5" (N. R.) 13,5 33,11
Cliniques
Totaux. 3,8
~M,3
7
27,$
stage
examen
Validation de

examen
Étudiant* en art dentaire (1695)

40,1

examen
i»r 25,6
a' 14
3*
Moyenne.
ÉRves sages-femmes. (84)
17,4
36,3
10,7
On peut constater, tout d'abord, que le deuxième examen est
celui qui donne les moins bons résultats, ce qui tient sans doute à
ce qu'il porte sur la physiologie, la. chimie et la physique. Or, ces
sciences, qui sont actuellement à la base de toutes nos connais.
sances médicales, sont négligées par la plupart des élèves parce
qu'elles ne figurent pas aux programmes des concours d'externat et
d'internat.
Comme les années précédentes, les examens de clinique ne
semblent pas bien rigoureux, ce qui tient simplement, comme il
a été dit dans le dernier rapport, à la difficulté de les bien organiser.
Les thèses, au nombre de quatre cent quatre-vingt-cinq, ont été
toutes acceptées. Beaucoup sont médiocres, quelques-unes sont
remarquables. Les thèses pour le doctorat vétérinaire continuent à
être très satisfaisantes. Les professeurs de l'École d'Alfort exa-
minent de très près les travaux présentés et refusent d'accepter les
manuscritsqui leur semblent insuffisants.
Les examens des étudiants en art dentaire sont un peu meilleurs
que l'année dernière. Le nouveau décret qui ne permet plus de
commencer les études dentaires avec les certificats de la section
agricole, ou ménagère va certainement faire remonter le niveau;
c'est une excellente mesure, mais une mesure insuffisante, une
réforme complète s'impose.

LOCAUX KT Matériel
Nous avons signalé, dans tous nos rapports annuels et dans une
série de rapports spéciaux, la nécessité d'augmenter nos crédits et
spécialement nos crédits de chauffage, de gaz, d'électricité et d'en-
tretien des bâtiments. Nous avons fait ressortir leur insuffisance
qui ne nous permettrait pas de régler les factures de nos fournis*
seurs. La situation, qui était devenue très grave, vient d'être heu-
reusement rétablie. Un crédit supplémentaireva nous permettre de
liquider le passé et d'apurer nos comptes. Mais l'augmentation
est encore insuffisante. Les crédits alloués aux laboratoires de
recherches ne permettentpas de couvrir les dépenses des travailleurs,
ceux-ci sont forcés de payer de leurs propres deniers les expériences
qu'ils entreprennent. Je connais de jeunes savants qui n'ont pour
toutes ressources que leur traitement d'agrégé et qui dépensent
chaque année plus de 10000 francs dans leur laboratoire. Heureu.
sement, la Caisse des recherches scientiliques vient à leur secours et
les prélèvements sur ta taxe d'apprentissagepermettent d'améliorer
notre outillage. Mais il serait temps d'envisager un vaste plan de
réforme. La Faculté est trop à l'étroit dans sa vieille école pratique,
il est indispensable d'aménager les bâtiments qu'elle possède rue de
Vaugirard. Déjà, grâce à la générosité d'un donateur anonyme, un
laboratoire expérimental fonctionne depuis dix-huit mois. Des tra-
vaux ont été commencéspour l'aménagement
d'un Institut d'hygiène;
abandonnés faute de crédits, ces travaux devraient être repris, car
il est inadmissible que Paris soit la seule grande ville du monde
entier qui ne possède pas un Institut d'hygiène.
L'aménagement de Vaugirard permettra d'y transporter un certain
nombre de services et libérera une partie de notre Faculté nous
pourrons augmenter les salles de travail et
d'études et fournir à la
Bibliothèque les locaux qui lui sont indispensables.
Le rapport de M. le Bibliothécaire en chef fait ressortir, en effet,
la nécessité d'agrandir la bibliothèque et d'élever son crédit. A la
Bibliothèque, comme pour tous les services de la Faculté, il est
urgent d'envisager des installations nouvelles. Partout c'est la même
formule insuffisance des locaux, insuffisancedes crédits de travail
et d'entretien, insuffisance du personnel.

COURS DE Perfectionnement
Comme les années précédentes, le personnel enseignant de la
Faculté ne s'est pas contenté de faire les leçons réglementaires; de
nombreux cours de perfectionnement ont été organisés qui ont attiré
un grand nombre d'auditeurs et de
travailleurs français et
étrangers.
A. D. R- M. E.

L'Association pour le développement des relations médicales


des relations
avec l'étranger, en étroite liaison avec le Bureau
médicales, a continué son oeuvre si utile; elle a facilité la venue et
le séjour des étrangers et leur a fourni tous les renseignements
nécessaires elle a organisé plusieurs réceptions en l'honneur des
savants qui viennent en France.
Missions
Nos échanges avec les Universités étrangères continuent à être
fort actifs; plusieurs professeurs de France ont accompli des mis.
sions à l'étranger et de nombreux savants étrangers ont fait des
conférences laFaculté de médecine.

EXAMENS
STATISTIQUES

Au début de l'année scolaire 1927-1928, 1448 nouveaux étudiants


> sont entrés à la Faculté
torat
Candidats auen méde- Étudiantes.
doc- Français
Étudiants 607 8o
687
987
torat ea Étrangers.
$trangers. Étudiants 265 300
ciae.
C3T*"£ di-
Candidats au *"* Étudiants*|».
Étudiantes. 35 S 3°°
)t SEL a6t ) t
Ï2U-'»-*–
rurgieo.den- ..|È£1: A,
rançais
(Étudiant!.
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M
«
404
8

Élèves sages-femmes.
«•-<«»«
*»<–
Françaises. "“]
} \>7
Sur ce nombre, ont pris la première inscription; 68 ont
S97
obtenu une équivalence d'études; 9 étudiants ont été réintégrés en
cours d'études.
Voici, au point de vue des titres universitaires, la situation des
987 élèves qui sont entrés la
Faculté en vue d'obtenir le diplôme
de docteur en médecine

Diplôme d'État, 69o titulaires du P. C. N. sont en outre pourvus


d'un des baccalauréats suivants
j l 'hil°S0Phie
Série A. Mathématiques.. s57

N.
1S7

Série B. j
(
J«»°»PW« «44
Mathématiques 4

Série C.
C.
|
Mathématiques
Mathématiques..
*«»«OPW«
{ Mathématiques
·
24
.55
~55

Série
Série Mathématiques
D.
™l°*°Ph.ie
| Mathématiques · 84
W
28
Pharmaciens dispensés du P. C. 2
Titulaires du baccalauréatayant obtenu la dispense du P. C. N. is
Titulaires du P. C. N. ayant obtenu la dispense du baccalauréat. 3
P. C.

P. C.
N.
N.
t8 aoQt tgay
Di~lb»se universitaire
Titulaires du P. C. N. ayant obtenu l'équivalence ou la dispense
du baccalauréat
Candidats ayant obtenu l'équivalence du baccalauréat et du

Candidats ayant obtenu la dispense du baccalauréat et du


'.1 1
Dentistes alsaciens ayant obtenu le bénéfice de la loi du

FIN DES ÉTUDES

Docteursen médecine. Diplôme d'État.


138

~38

53

433
• Chirurgiens -dentistes

i chirurgiens-dentistes
– universitaire
(
a«8
Sz
Ont été reçus –

d'État
Sages-femmes
i ~88
*S
Ont quitté la Fa. Étudiants le doctorat en vue du
préparant
culte pour pas- diplôme 55
Études préparant le doctorat en vue du
ser dans une
universitaire.

j ••
autre Faculté, diplôme 1»
École ou Mater-
nité. Sages-femmes
d'État
Chirurgiens-dentistes
Doctorat. Diplôme
14
1
7
Ont renoncé aux – – universitaire 11
études. Chirurgie dentaire 2
Sage-femme <
Décèdes 9
En résumé r 449 élèves sont entrés à la Fatuité, 883 l'ont quitté».
485 ont été reçus docteurs
F'f*»
(.“““,“
~'ra»fais
Étudiants
} Étudiantes
d'État(
Étudiantes
Étudiants
jÊtudiantes
356
356
47
436
«»
Diplôme a,* Étudiantes. 4
Étrangers
Etrangers Étudiants
Diplôme unj 47
versitaire Étudiantes. S

Fronça».
F J(( étudiantes
Étudiants
tiSonl été refus chirurgiens-dentistes

Étudiants
141
60
Étrangers,
,« j Étudjantes 9
8

Françaises
Étrangères
3$ élèves
'3
ont été reçues sagts~f«mmes

a
EXAMENS

DOCTORAT

a*?
20 examen
I° fInCiBft régiri(e

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Thèses u
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131
sa
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Totaux 77 398 4'7'i

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2'examen de fin
d'année.
a° Nottvsau régime

d'année.
Alotimés.
-297
368
Reçut.
586
513
Totaux.
883
881
3' examen de fin d'année 16g 543
d'année. 712
4' examen de fin
S' examen de fin d'année. 384 SoU 8a8
6u
clinique
203 409
t" examen de clinique n 445 457
2' examen de 30 377
3' examen de clinique 407
40 377
Thèses 354
417
354
Totaux. 1403
Il
4148 5 55.
CatRURGtEHS.DEMTtSTES

Validation destage.
d'année.
t"'examen de fin
2' examen de.fin d'année
Ajoaraft.
222
t o3
Reçus.
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Totaux.
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40a

t`° partie.
38 a33 27t
3' examen dee fin a6 180 206
n d'année
ann 20 partie 56 aey a63
Totaux 445 1250 t 6gS

examen.
SAGeS-FEMMES

A)oarn<tt. Reçoi». Tolaux.


ter r
2' examen. Totaux. "'9
4
5
50
25
75
S4
30

Thèses. 9
84
VËTËRHtAtRES

Il 89 89
BIBLIOTHÈQUE
Nous avions signalé l'année dernière une diminution assez accen.
tuée du nombre de nos lecteurs, mais cette année, au contraire, une
de lec-
reprise sérieuse dans l'activité journalière de notre service
ture sur place peut être constatée. inférieures
Les ressources de la Bibliothèquerestent toujoursbien
des sciences biologiqueset
aux exigences que luI créent les progrès de
médicales. Les publications de cet ordre se multiplient dans
dans la mesure des
vastes proportions, et les crédits ne s'élèvent pas
besoins nouveaux. Les travaux étrangers récents notamment, ne
lacune
figurent plus qu'en nombre infime sur nos rayons et c'est une
regrettable.
Cette situation porte un préjudice certain aux
études et à 1 en-
les achats
seignement. Notre budget est rapidement absorbé par particulier
indispensables et nos collections de périodiques en
souffrent de cette situation.
Toutefois, grâce à la Fondation Rockefeller, nous sommes par-
prix élevé, une série de jour-
venus depuis peu à acheter, malgré leur
en aucun autre dépôt.
naux étrangers que l'on ne pouvait trouvernombre de périodiques, en
Nous avons aussi reçu un assez grand
mais notre
séries plus ou moins complètes, par voie de dons;
pénurie n'en parait que plus manifeste, et la crise que nous traver.
dans un relèvement sérieux
sons ne trouvera vraiment de solution que
de nos crédits.
solution pro-
D'autre part, nos locaux sont très insuffisants une
visoire, puisque nous sommes limités de toutes parts,
serait de cons-
des pério-
tituer un magasin où l'on transporterait des ouvrages ou
diques anciens, de consultation relativement restreinte.
D'une façon générale, malgré les imperfections que nous venons
service de la
d'exposer et auxquelles il serait urgent de remédier, le
Bibliothèque s'est effectué avec une régularité fort satisfaisanteet
étaient plus
d'autant plus méritoire que les moyens dont il disposait
limités. Le zèle et la sagacité du personnel, en présence
d'une tâche
situation,
parfois ingrate par suite des difficultés inhérentes à cette
ont été souvent mis à l'épreuve.
Statistique

thèque ••
Nombre de lecteurs ayant fréquenté la Biblio-

Nombre des volumes communiqués aux séances


de lecture

1mS38

"SS6<>
prunteurs
Nombre des volumes prêtés

province
au dehors à
Nombre des volumes prêtés à des Facultés de
394 em-
3877

3go

Paris. Dons

Thèses de l'École vétérinaire d'Alfort


Thèses et écrits académiques des Facultés et
Écoles de médecine et de pharmacie et des
»
Thèses de doctorat en médecine de la Faculté de
47S
89

Écoles vétérinaires deprovince.


Thèses et écrits académiques des Universités
490

étrangers
particuliers.
Établissementsfrançais et
1 820
426

tultement
Dons
Nombre des publications périodiques reçues gra>
1473

406
[Parmi celles.ci figurent 58 revues étrangères, dont l'abonnement
est réglé grâce à une allocation de la Fondation Rockefeller.]
En résumé, pour l'année scolaire 1937-1938, la Bibliothèque de la
Faculté de médecine s'est accrue, par des dons, d'une collection
d'ouvrages, de brochures ou de plaquettes dont le nombre s'élève à
5 178 volumes.

TRAVAUX DE L'INSTITUT MÉDICO-LÉGAL


DANS LE COURS DE L'ANNÉE 1927-1928
M. le professseur Balthazard a poursuivi ses recherches sur les
pigments sanguins modifiés par l'étude spectrométrique des dérivés
sulfurés de l'hémoglobine. Il a établi que ces sulfhémoglobines, qui
peuvent se former spontanément dans le sang au cours de la putré-
faction, ne peuvent pas être caractérisés dans le sang de l'homme
ou des animaux ayant succombé à l'intoxication sulfhydrique (ils se
trouvent, en effet, dans le sang en proportion beaucoup trop faible).
M. PiâDELièvRE, en collaboration avec M. le général Journée, a
étudié le transport des crasses par les balles cylindro.coniqueset la
pénétrationdes plombs de chasse et des chevrotines dans le corps
humain; avec M. Biancalini, il a étudié la collerette contusive des
orifices de sortie.
M. Philippe, préparateur,s'est attaché à préciser, au point de vue
médico-légal, le diagnostic de la gonococcie chez la femme.
Enfin, une série de recherches, dues au professeur et à tous ses
collaborateurs, ont visé les accidents de travail
M. Baithazard. – Formule de calcul de l'incapacité globale con-
sécutive aux blessures multiples. Essai d'établissement d'un barème
rationnel des incapacités. Expertises dans les lois sociales.
MM. Balthazard et Dervieux. Etude critique du projet de
loi Gros.
M. Duvom. – Coefficient professionnel dans les expertises d'ac.
cident du travail et dans les expertises de droit commun. Hernie
accident du travail. Le pretium doloris. Les maladies causées par la
manipulation des hydrocarbures.

INSTITUT DE MEDECINE COLONIALE


xxii' SESSION (octobre-décembre x928)
La XXII* sessionde l'Institut de Médecine coloniale, commencée
le 3 octobre, s'est terminée le i5 décembre. Le programme, très
chargé, a compris, comme les années précédentes, x36 cours théo-
riques et leçons cliniques et 63 séances de travaux pratiques.
Cet enseignement intensif a été suivi avec la plus grande assiduité
par les 51 élèves inscrits dès le début; 5i se sont présentés à l'exa-
men final, tous ont été reçus dans des conditions satisfaisantes et
ont mérité de recevoir le diplôme de l'Institut.
Liste des élèves classés par nationalités
France: 22, dont: Métropole, 12; Algérie, 1; Cochinchine, ij
Guadeloupe, 2; Liban, 3; Martinique, z; Syrie, 1.
Étranger 3o, dont Belgique, 1; Chine, 1; Colombie, 3;
République Dominicaine, 3; Egypte, 4; Guatémala, i; Irak, ij
Italie, x; Luxembourg, ij Ile Maurice, 4; Palestine, 2; Pérou, 1;
Perse, 2; Roumanie, Ii Russie, 2; Salvador, 1; Suisse, 1,
Ce chiffre porte à 747 le nombre des élèves ayant suivi les cours
de l'Institut de Médecine coloniale depuis sa fondation, dont
534 Français de la métropole ou des colonies et pays de protectorat,
et 393 étrangers. Ces derniers se répartissent de la façon suivante
Argentine, 8; Arménie, 6; Autriche, 1; Belgique, 7; Brésil, 8;
Chili, 1; Chine, 4; Colombie, 66; Costa Rica, 4; Cuba, a; Domi-
nicaine (République), 8; Egypte, 3o; Equateur, 5; Espagne, 3;
Esthonie, 1; États-Unis, 5; Georgie, 2; Grande-Bretagne et colo-
nies, 14; Grèce, 28; Guatémala, 11; Haïti, 11; Hollande, 3; Irak,
1; Italie, 10; Luxembourg, 2; Maurice (Ile), 4; Mésopotamie, 2;
Mexique, 8; Nicaragua, 6; Palestine, 5; Panama, 1; Paraguay, 4;
Pérou, i3, Perse, 9; Pologne, 2; Porto-Rico, 2; Portugal, S; Rou.
manie, 5j Russie, 19; San Salvador, 12; Suisse, 2; Syrie, 18;
Tchécoslovaquie, 1 j Turquie, 11; Vénézuela, 29; Yougoslavie, t.
L'ENSEIGNEMENT DE L'ÊLECTRO-RADIOLOGIE
MÉDICALE A LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE PARIS
PENDANT L'ANNEE SCOLAIRE 19271928
Le nombre des élèves qui suivent les cours préparatoires au
certificat de radiologie et d'électrologie médicales continue à pro-
gresser rapidement. Pendant l'année scolaire 1927-1928, il y a eu
85 élèves inscrits, contre 56 l'année précédente;57 se sont présentés
à l'examen de fin d'année et 53 ont obtenu le certificat d'études
préparatoires de Radiologie et d'Êlectrologie médicales.
Le nombre des étrangers est toujours élevé, à peu près égal à la
moitié des élèves. Les examens de fin d'année,dont le niveau parait
s'élever progressivement, montrent que les auditeurs tirent un réel
profit de l'enseignement qui leur est donné. Dans l'ensemble, les
exercices pratiques et les stages sont suivis avec une grande assi-
duité, exigée d'ailleurs pour la présentation à l'examen.
A la fois théorique et pratique, cet enseignement assure la forma-
tion de spécialistes éclairés et prépare le recrutement des services
d'électro.radiologie des hôpitaux dont l'extension continue est en
rapport avec les progrès de la thérapeutiquepar les agents physiques:
électricité et radiations.
Les candidats au diplôme ont été de deux, comme l'année précé-
dente. Mais les inscriptions aux stages préparatoires à cet examen
sont de plus en plus nombreuses, et, dès l'année prochaine, on est
en droit d'espérer que les postulants au diplôme
de radiologie vont
aller en augmentant comme ceux du certificat.

ÉCOLE DE PUÉRICULTURE
DE LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE PARIS
Au cours de l'année scolaire 1927-2928, l'tcole de puériculture a
délivré un double enseignement l'un, aux infirmières et sages-
femmes candidatesau Diplôme universitaire d'infirmières visiteuses
d'hygiène maternelle et infantile et, l'autre, aux médecins candidats
au Diplôme de puériculture.
Le premier enseignement qui s'étend sur l'année entière a réuni
68 élèves postulant le premier degré du Diplôme (Certificat élémen-
taire de puériculture) et 41 élèves postulant le Diplôme.
53 élèves ont obtenu le Certificat, et 41 le Diplôme.
En dehors des cadres de l'enseignement régulier, l'École a
accueilli 10 stagiaires étrangères, dont 2 adressées par la Ligue
des Sociétés de la Croix.Rouge, et 7 par la Fondation Rockefeller.
Ces élèves appartiennent aux nationalités les plus diverses et font
un séjour d'un ou plusieurs mois, et peuvent ainsi se familiariser
avec l'esprit et la méthode particuliers à l'Ecole de puériculture.
Il est à noter que l'Scole reçoit comme internes, suivant les
périodes, 28 à 3o élèves de province ou de l'étranger.
L'enseignement complémentaire destiné aux étudiants en méde-
cine en fin de scolarité et aux médecins français et étrangers a lieu
du 18 juin au 19 juillet; il est complété par des stages s'échelon-
nant sur une période d'une année dans différentes cliniques de la
Faculté de médecine.
Seize élèves, dont huit français, ont suivi le cours; quinze candi-
dats se sont présentés aux épreuves pour l'obtention du Diplôme de
puériculture et ont été reçus.
Faculté de Pharmacie

RAPPORT ANNUEL DU DOYEN

ANNÉE SCOLAIRE 1927-1928

PERSONNEL
I. Retraites, L'année scolaire qui vient de se terminer a vu la
fin des services actifs de M. Cousin, chef des travaux pratiques.
M. Cousin appartenait à la Faculté depuis vingt-neuf années;
docteur ès sciences physiques, pharmacien en chef des hôpitaux, il
avait dirigé avec compétence tes manipulations de nos étudiants
tout en poursuivant personnellement des travaux de recherches.
M. Cousin a publié dans les comptes rendus de l'Académie des
Sciences diverses notes, qui dénotent l'érudition de leur auteur. Ce
n'est pas sans regret que nous nous séparons de cet excellent et
dévoué fonctionnaire.
II. Décès. J'exprimais, l'an dernier, le regret que causait à
le professeur
tous nos collègues, comme àmoi-roême, le départ de M. .devait
Guxgnard qui, atteint par l'inexorable limite d'âge, aban.
donner ses fonctions.
J'ai cette année à déplorer sa mort subite.
Je ne crois pas pouvoir mieux faire que de reproduire ici, en
partie tout au moins, ce qu'écrivait sur notre regretté maître et
collègue, M.le professeur Coutiere
« Le professeur GUIGNARD et la
Faculté de Pharmacie ne faisaient
qu'un. Il l'a voulue opiniâtrement plus grande, plus considérée,
déplaçant plus d'air: tout son labeur d'un demi-siècle a été tendu
pendant
vers ce but, où s'est incorporée sa notoriété propre. Soit
conseils et
son long et fructueux décanat, soit après, dans les grands
les commissions o chronophages », qui disputaient à la recherche
qui
son temps précieux. Il y a dans l'œuvre de GUIGNARD une partpréci-
méritetait d'être approfondie et louéecomme il convient, celle
sément qu'il consacra aux questions d'apparence terre à terre et
banate, à ce <' pain quotidien M de la vie universitaire, d'importance
capitale en reatité, qui demande une réflexion et une prudence
constante:.
« Le petit laboratoire du fond du jardin a vu passer d'innombrables
visiteurs, et tes propos qu'il entendit formeraient un document non
négtigeabte pour l'histoire de ce que TtMBAUCET appelle avec esprit
la Républiquedes Professeurs )). Candidats pleins de superbe ou
«
de crainte, essayant de supputer leurs chances dans le petit oeil vif <
et comme doré, tout chargé d'intelligence et parfois de malice
amusée savants venant confronter leurs idées à cette érudition si
profonde et si sure: confrères en proie à quelques-uns des tracas
professionels que dispensent si généreusement les faiseurs de lois, i
tous partaient ectairés d'une remarque sagace, d'un conseil judicieux,
touchés par la bienveillance, la simplicité, presque la timidité de
l'accueil. Nul ne mit plus de choses dans moins de mots sans
apprêt, nul ne fut plus en'acé, ne sollicita moins cette universelle
réputation de science, cette auréote de sagesse, de prudence et de
bonté qui émanaient de lui et rendaient ~son commerce d'un charme
si profond.
« Léon GutGNARC aura été l'un des premiers savants de son temps.
Il nous devait quelque grand et solide ouvrage, qui eût Sxé pour
un long intervalle tes idées directrices en biologie végétale. Cette
honnêteté rigoureuse et ce scrupule qui sont générateurs de doute,
cette timidité des 'grands esprits à franchir )'à peu près relatif et le
« cliché M, l'auront jusqu'au bout empêché de t'écrire. Avec une
allure foncièrement différente, il m'a plus d'une fois rappelé GtARD,
autre puissant animateur et chef d'écote, qui n'aura taissé, lui aussi,
que. de minces traces écrites d'une personnalité si forte et si
attachante.
« Par ailleurs, il est vrai, les quelque cent cinquante notes ou
mémoires originaux laissés par L. GUIGNARDreprésentent une œuvre
de tout premierordre. Elle est le fruit de quarante ans d'unerecherche
ininterrompue et passionnée,dont tes jours égaux et pleins n'ont pas
connu de plus pure joie. Elle fut commencée à Lyon où le jeune
docteur es sciences fut appelé comme professeur à la Faculté des
sciences, et, à partir de tM?, continuée dans notre Facutté, ou elle
donna ses plus beau fruits.

a La conversation de GutGNAM, t'éctair de ses yeux en évoquant


des aperçus possibles, ses ruses et sa longue patience d'expérimen-
tateur, sa stupénante érudition, étaient un~précieuxréga), dont je
garde le trop rare souvenir.
« Notre doyen honoraire était membre de l'lnstitut dès ï8o5. Ii
présidaitla savantecompagnie en iciS'ioto. L'Académiede médecine
t'avait accueilli en 1897. C'est une très noble vie de savant qui
se clôt, une gloire très pure de notre chère profession s'ajoutant à
à tant d'autres dont nous sommes justement tiers. Le touriste que te
hasard d'un voyage amenéà Mont-sous'Vaudray ne lit pas sans fierté,
s'il est pharmacien, le nom de Léon GutCNAM), donné à la rue prin-
cipale de l'aimable bourg, son pays natal, en cette Franche-Comté
qui donna déjà CuvtER et PASTEUR. Espérons qu'un buste consacrera
ses traits en bonne place, dans le vestibule où se dressentnos dieux
lares en terre désormais sacrée. »
III. Activité M/M. Le nombre des chercheurs qui fré-
quentent tes laboratoires particuliers des professeurs continue à
s'accrottre. Ce nombre est actuellement de soixante-dix.
Mais les professeursne se contentent pas de diriger les travaux
de ceux qui viennent rechercher leurs conseitséctair6s,detes orienter
vers un but détermine, ils poursuivent eux-mêmes des recherches
personnelles.
C'est ainsi, pour parler tout d'abord, du laboratoire de crypto-
gamie-microbiologie,que M. LuTZ, agrégé du cours de cryptogamie,a a
continué ses recherches sur tes ferments solubles sécrétés par les
champignons Hyménomycètes et plus particulièrement sur les
ferments catalyseurs d'oxygène.
It a montré que le tanin, dont le rôle en biologie végétale est si
controversé, possède à un très haut degré le pouvoir de s'opposer
aux oxydations provoquées par les ferments fongiques. Cette pro-
priété' est si fortement accusée qu'elle constitue la caractéristique
biologique dominante de cette substance,qui apparaîtdès lorscomme
un puissant régulateur de l'activité cellulaire.
D'autre part, cultivant purement le polypore du bouleau sur un
rondin de bois de chêne, partiellement privé de ses tanins pour
devenir vulnérable par ce champignon, et stéritisé, il a obtenu une
fructification dont les caractères, notamment celui de coloration,
étaient profondément modifiéspar l'imprégnation de sa trame par le
tanin provenant du bois et par l'oxydation de celui-ci au contact
de t'air et des oxydases fongiques. Il a ainsi fourni un exemple très
net de l'influence exercée par la composition chimique du support
sur tes caractères morphologiques des champignons.
M. BACH, agrégé, a poursuivi ses recherches antérieures sur les
ferments sécrétés par tes champignons et particulièrement sur l'As-
paraginase.
M. RÉGMER, préparateur, et Mtte LAMBM étudient, par des
méthodes nouvelles, le pouvoir antiseptique de certaine agents
chimiques.
Mlle LEStECR a présenté sous forme de thèse de doctorat d'Uni.
versité (mention pharmacie) tes résultats des recherches qu'eUe a
poursuivies pendant deux années sur le développementdes cham-
pignons inférieurs en relation avec l'ionisation des milieux.
M. DAVtp, préparateur, a entrepris, en collaboration avec
M. RÉGMER,une série de recherches sur la végétation des bactéries
en relation avec tes éléments nutritifs rigoureusement dosés d'un
bouillon type.
Mme KAPLAN poursuit des recherches analogues sur la poussée
microbienne dans un milieu type en fonction du nombre des
éléments de la semence.
Mlle SANSONKTTï a étudié la flore microbienne lactique dans ses
rapports avec la maturation des fromages.
M. SptUMAMNa recherchétes conditions du développement de la
fonction indotigène dans tes cultures de &K<M«~ Coli.

M. LBBEAU, professeur de pharmacie chimique, a étendu considé-


rablement ses recherches concernant la pyrogénation des combus.
tibles, et tes résultats acquis sur cette importante question ont fait
l'objet, à la seconde Conférence internationale, qui s'est réunie a
Pittsburg en novembre dernier, d'une communicationsur le charbon
bitumineux.
En collaboration avec M. DAMiENS, professeur agrégé, il a continué
l'étude du fluorure d'oxygène et des divers composés Nuorés du
carbone.
M. PICON, professeur agrégé, a eNectué dans ce laboratoire
d'intéressants travaux sur la façon dont se comportent, aux tempé.
ratures étevées, tes principaux sulfures métaitiques. Il a poursuivi
ses recherches sur tes composés organiques du bismuth,susceptibles
d'être utilisés en thérapeutique.
M. Wtt-MKT a préparé le phosphure d'hydrogène dans un grand
état de pureté, et il en a précisé tes constantes physique. Il a fait
connattre le mécanisme de l'action de ce gaz sur les solutions
aqueuses d'acide séténieux. Avec t'aséniurc d'hydrogène, dont il a
aussi déterminé, à nouveau, tes constantes physiques, il a préparé
un arséniure détint de cadmium AS' Cd'. Ce composé se produit
quand t'arséniure d'hydrogène réagit sur une solution d'acétate de
cadmium. M. W!t.MEf a, en outre, été conduit, au cours de ses
trecherches sur l'analyse dm gaz, à reprendre, dans des conditions
un peu diSérentesd'ailleurs,l'étude de Reboul sur la relation entre
la courbure des surfaces métattiques et la répartition de leur attaque
par tes gaz.
M. TptVtMC a étudie l'absorption de l'iode, du brome et de
quelques sels halogénés dissous dans dinérents liquides par tes
charbons actifs. Ce travail a fait l'objet d'une thèse de docteur
d'Université, soutenue à la Faculté de Pharmacie au cours de l'année
scolaire. M. TtUVtDic a obtenu un certain nombre de résultats
interessants,en particulier il a montre que la fixation de l'iode et du
brome par le charbon actif, au sein de dissolvants purs (alcool,
carbures chlorés satures, carburesaromatiques, ou de leurs mélanges
deux à deux), était régie par la formule de Freundlich. contrairement
à ce qui était admis précédemment par divers.auteurs. ïi a mis en
évidence que tes quantités d'halogènes retenues par l'absorption
sont fonction des poids moléculaires et des densités de ces liquides.
D'autres remarques importantes ont pu être faites, et it a constaté,
en particulier, qu'il existait bien, malgré les opinions contraires
émises, une relation entre les quantités d'hatogënes absorbées par
un charbon au sein des mélanges de dissolvants et les quantités
retenues dans les liquides purs, constituants de ces mélanges.
t
Pendantl'année qui vientde se terminer, MM. FLEURY, agrégé, et
BoYELDtEU, ont'poursuivi, au laboratoire de chimie biologique, sous
la haute direction de M. le professeurGRIMBERT, diverses recherches
qui ont donné lieu à de nombreuses publications au cours de l'année
scolaire et à la soutenance, par M. BovELDtEU, d'une thèse de
doctorat,intitulée « Recherches sur le dosage du glucose en présence
de protides. Application à l'étude analytique des farines, des pains
et des pains de régime H.
Au cours de cette même année, M. le professeur GMMBBRT a
terminé avec M. FLEURY les recherches entreprises précédemment
sur la composition chimique des sucs gastriques d' « histamine M.
Cette étude a été l'amorce d'un travail exécuté par M. FLEURY et
son élève M. AMBERT sur l'alcalinisation des cendres aux dépens des
chlorures alcalins, travail qui a été publié dans divers périodiques.
D'autre part, M. Ft.EURY, continuant ses études sur l'action de
l'acide molybdique sur tes gtycérophosphates, a pu isoler, à t'état
cristallisé, un certain nombre de molybdogtycérophosphates qui
feront l'objet de prochaines publications. Il a étudié avec L. BmzT
les variations du fer sanguin au cours de l'asphyxie. Il conduit les
travaux d'un certain nombre d'élèves du. laboratoire qui y préparent
tes éléments d'une thèse de doctorat en pharmacie, en particulier
ceux de M. AMBERT, sur l'isolement de divers sucres & l'état de com-
binaisons cupro-barytiques, et de M. MARQUE, sur de nouvettet
applications analytiques du réactif de NessutR.
D'autres travaux sont également en cours. M. CUNY poursuit des
recherches sur le dosage des acides biliaires dans le suc duodénal.
M. LEGRAND met au point une étude sur les divers modes d'essais
de la pepsine. M. G. FotROT continue son travail sur le dosage des
pentoses et M. MALMY son étude du dosage de l'acide ~.oxybutynque.
M. G. PoiROT, avec M. LAMBBRT, étudient la recherche du sang
dans les matières fécales.

Au laboratoire de toxicologie, dirigé par M. le professeur


GuERBET, M. Lupu.phamacien de l'Universitéde Jassy (Roumanie),
a étudie l'action du glucose sur l'acide cyanhydriqueet les cyanures
aux points de vue chimique et toxicologique. Cette action très
rapide avec les solutions concentrées de glucose, fait disparattre en
quelques minutes leur toxicité. Elle devient au contraire très lente
pour les faibles concentrations de glucose que l'on rencontre dans le
sang des animaux et ne permet pas d'expliquer la disparition de
l'acide cyanhydrique du sang des victimes de ce poison, si souvent
constatée dans les expertises. D'autre part, les expériences de
M. Lupu ne confirment pas l'opinion que le glucose injecté dans le.
sang ou dans les muscles du cobaye ait une action immunisante ou.
préventiveà l'égard de l'acide cyanhydrique. Ces recherches ont fait
l'objet d'une thèse de doctorat de l'Université soutenue en juillet
dernier.
M. TuROBMSKt,de l'Université de Chicago, a étudié sur le pigeon le-
métabolismedu carbone au cours de l'avitaminose B. Les expériences
ontconnrmé celles de Mme RAMDOM, en montrantque la proportion
de carbone incomplètement oxydé augmente au cours de la
polynévrite expérimentale produite par cette avitaminose et que les.
vitamines B jouent un rôle important dans la désintégration des
substances carbonées, vraisemblablementdes glucides. Ce travail a
fait également l'objet d'une thèse de doctorat de l'Université
soutenue en 1928 devant la Faculté.
M. EooAR RosA a commencé des recherches sur tes pertes en
mercure que l'on observe au cours de l'analyse toxicologique, en
particulier lors de la destruction des matières organiques en vue de:
rechercher quel est le meilleurprocédé de destruction.
M. CouMCHOux a entrepris t'étude de l'essence do eanta) d'Aus-
tralie, en vue surtout de déterminer la nature des alcools qu'elle
renferme.
M. RoBiNEAu cherche à isoler le principe toxique de t'œnanthe
safranée. It a pu déjà retirer de l'oléorénine de cette plante un
produit cristallisé qui se montre extrêmement toxique pour te
cobaye.
Enfin, M. CHERAMY, préparateur du cours de toxicologie, a pour-
suivi ses recherche! sur l'action des aldéhydes et des chlorures
d'acides, sur les dérivés magnésiens mixtes des camphres.
Il étudie égaiem'ent l'action des matières protéiques et de leurs
dérivés sur certains sels minéraux insolubles.

<"<

Au laboratoire de botanique, M. le professeur GuÉMN, ét&vo et


successeur de notre si regretté cottegue M. GuiCNAM, a entrepris la
recherche de l'acide cyanhydrique chez les légumineuses du
genre
lotus et a publié, sur ce sujet, une première note dans les comptes
rendus de l'Académie des Sciences, to décembre ï~tS.
M. MASCRÉ, agrégé, continuant ses études de cytologie, a publié
ses observations sur le tapis staminat et le grain de pollen de ~w~
maculatun (C. Sciences, tt juin 10~).
M. SouMBS, chef de travaux, poursuit ses études sur le déve-
loppement de l'embryon et a faiteonnattrecelui du Papaver Rhceas
(&<M. bot. de FY<MM, ~5 mai ï~8).
M. MAHRU a donné une contribution à la tichenographie du Rif
(Maroc) (CeMM/~MM, vol. I, fasc. IV, t{):8, p. 53), fait une étude
botanique de i'Ocinum camum, plante à camphre (~t~.
Z~<MM, aï décembre 1927) et indiqué une méthode de différenciation
et de détermination de la valeur des rhubarbes, basée sur i& Cuo.
rescence (&< Se. ~A<M'M<mai 1928).
M. R. GuMKARD et M. GuiTTER ont soutenu leur thèse de doctorat
d'Université te premier, sur la Structure <MM<M<M~M ~~tMf
~<M, le second, sur la Structure du ombellifèrs,. de
France.
M. MAtiRE a poursuivi ses recherches sur le Z~M~~N~
tissu <W<~M<««~ <<« style fAM les Dialypétales.
Les sujets suivants sont actuellement à l'étude, en vue de thèses
de doctorat d'Université.
M. Duaots étudie les Urticacées <f/~MAMf, M. WïMY les <lw-
<M~M <<7«~C<A<W, M. Ct-OSME les Z~MM ~apM du <M~
africain. M. GMt-v le Développement et la ~M<«<ft <M~<MH<
fruit f~«/~«, M. 1'IPAULT la Structure eM<<'M~< /!T«« <fM
M<~tw~, etc.
Enfin, M. ETTENXE, professeur suppléant & t'Ecote de Médecine
et de Pharmacie de Tours, a commencé ses recherches sur la Structure
anatomique des M~M C'a~~M, pour l'obtention du diplôme
supérieur de pharmacien.
·
to
<

Au laboratoire de physique, M. le professeur TASStnv, directeur


du laboratoire, en voulant établir la CM~«- M~M'~<'<!<«'M~«
~a~M~M~M~ d'éthyle a été amené à étudier cette réaction au
point de vue chimique. Il a pubtié sur ce sujet une note aux
C<w~ 'w«fM de /<<!<~K<' des Sciences, en collaboration avec
MM. BBt.OT et DESCOMBES, et dans la suite, une deuxième note
relative à une ~A<'<~ M~</t«t~Mdes
alcalis solides, applitable ~<«~<M~< aux M<M M~M~/MM
or~< (camphorate d'éthyte) ou <~<M'M< (phénytéthytma)onate
d'étbyte)(C.J!<<).
M. FABRB, professeur agrégé, a poursuivi t'JS~<' de l'absorption
des stérols <M~. <"< ~MK/ ~'MM technique de détermination de
l'absorption ultra-violette, et ~M applicationM«~ des stérols.
H a fait connattre le résultat de ses recherches dans tes Annales de
P~M~M PA~M-CAtM~ biologique, dans tes Comptes Rendus
.~M'~ Biologie, dans le Bulletin de la ~<~ Chimie bio-
logique et dans le /c<~M~ Pharmacie et de Chimie.
ïi a pubtié dans le Journal de PA<M'w!«f de Chimie une note sur
la ~f< au Poing de <«Aw~M électrolytique et ~~o~~M~~M <~
dosage du M~~A, en ~w ~M~<« bismuth.
Et dans tes Comptes ~M la .S'M<~ une autre note
Sur l'Application des phénomènes de ~W<MM à /'<~<- ~M~.
bution, dans ~M~~e, de M«</<' injectée dans le ~~M< artériel.
M. RtMATTZ! poursuit ses recherches sur l'Application de la
~M~~w colloides, en vue d'une thèse de pharmacien
supérieur.
De même, M. LETELLIER, en vue d'une thèse de pharmacien
supérieur, poursuit t'A«~ ~~A<M'<MM~ <a~<'M~« de
f~~f acétylacétique.
M. ANDANT poursuit au laboratoire des recherches sur t'~<~
la ~<MMW<K< ~<!M~, en vue d'une thèse de docteur en phar.
macie.
M. P!.E étudie t'/M/!<WM< «)H~~M<MM en <<MM hydrogènesur la
~t/tco~'M de la pep,cirre, en vue d'une thèse pour te diplôme de
docteur en pharmacie.
M. F«0!DEVAUXpoursuit )'<~ de la ~o//w ~A~c~M'aM,
avec tracé ~~o~f/pw~~w </c w<t~A~ de /w~ en vue d'une

~M
M. BESNiER étudie la
<<~A. <d~M~M
dans~<r~<Mf/
thèse pour te diplôme de doctt'uren pharmacie.

~AM~w
/'<<7M/twf, /w/Ma/<M
<~<
du M~M~A. Variation des f<W!/O~M ~M~K~t (indice de
(~ ~M,
M'W~) ~fM/~MM <!«'/<! ~/<~w) du sang au cours de
~o~M~CM ~M~A/M, en vue d'une thèse pour le diplôme de
docteur en pharmacie.

~/<'Aww et de M/
M. GOURSAT poursuit ses études sur la Dissociation des sels de
la </<?/ww'w//(w < pll.
<

Dans son laboratoire de chimie analytique, M. le professeur


BOUGAULT poursuivant ses travaux a publié, en collaboration avec
Mite B. LEROY, une méthode permettant de doser le camphre syn-
thétique sous forme de camphoroxine dans les préparations phar-
maceutiques (/M~<. PAa/m. et ÇA. (8) t. 8, p. 49. tf~S).
M. le professeur BouGAULT, avec M. E. CATTE!.A!f, a effectué de
nouvelles recherches sur les octolides de Conifères et mis au point
une nouvelle technique pour séparer et isoler les acides junipérique
et sabinique (C. /?., t. t86, p. 1746, 1928).
MM. J. BOUGAULT et L. DAXtEL ont fait connaître une nouvelle
série de composés organiques, les sulfoxytriazines analogues aux
dioxytriazines. Ces sulfoxytriazines sontobtenues par déshydratation
et cyclisation des thiosemicarbazones des acides cétoniques (C. R.,
t. t86, p. ï5t, i$:8).
MM. J. BouGAULT et J. LEBOUCQ ont fixé les caractères diffe'
rentiels des phénylsemicarbazides substituées en eten 2. Ils ont
mont~ que faction des cyanates alcalins sur les hydrazines pouvait
donner naissance à des semicarbazides substituées en i ou en 3
suivant que le groupe hydrazineétait fixé directement, ou non, sur
le noyau beMénique(C. R., t. 186, p. ~7, tp~8).
M. CATTELAM a publié une monographie du Celtium (/<'«<'H.
P~M. et ÇA. (8), t. 6, p. 5i5, 19~7) et signalé l'intérêt que pré-
sentait, en analyse biologique, l'utilisation de plaques filtrantes en

Soc. de ÇA. F/
en verre poreux (/o/< fA~M. et ÇA. (8), t. 8, p. 5~o, ~28 et Z?«~.
t. to, p. ï~8S, ï<)!8). En collaboration avec
M. L.BuECQ, il a présenté une revue critique des méthodes actuel.
lement utilisées pour caractériser le mouillage des laits et pîus par"
ticutierement de la constante motécutaire simptinée (/omw. PAefM,
ÇA. (8), t. S, p. 4~5 et 5io, )[~8).
M. CORDIER a obtenu deux acides bibasiques nouveaux, t'acide
.pbénytëthytmatéique et son isomère cis.trans, l'acide phénytéthyt.
Armique (C. J! t. <86, p. 869,1928).
MM. H~MSSEY et CHAtMETA ont fait ressortir les difficultés
résultant de la présence d'acide cyanhydrique dans le dosage des
donné l'explicationdu
sucres par la tiqueut cupro-alcaline. Ils ont
mécanisme de la réaction parasite troublant les résultats du dosage
et fixé les conditions opératoires observer
dans ce cas particulier
(/<w~. PA<t~<. ÇA. (6), t. 8, p. 393, ï~B).
Deux thèses pour l'obtention du diplôme de docteur de t Uni.
versité (Pharmacie) ont étë présentées au cours de l'année
t?~,
des thio-
l'une par M. L. Daniel « Sur les sulfoxytriazines dérivées
semicarbaMnesdes acides «-cétoniques l'autre par M. L. BuseQ:
« Sur la constante
moléculaire simptiCée et les laits de la région de
Sées H.
ËLËVES

Le nombre de nos étudiants continue à s'accroître de en


~5-1926,11 était passé a888en 19:6.1927 et it aatteinten ~a~.t~S
le chiffre de 948.
Il s'agit uniquement ici du nombre des étudiants ayant pris
inscriptions.
Sur ces 948 étudiants, a seulement appartiennent a l'ancien régime
d'études; celui-ci a donc bien, en fait, cessé d'exister.
Parmi les 946 éteves soumis au nouveau régime d'études, nous
comptons 334 étudiantes, soit 36.26 p. joo.
En outre 3 étudiants poursuivent le diplôme supérieur de phar.
macien et 6, dont 2 femmes, préparent le diplôme universitaire.
Aux 948 étudiants ayant pris inscriptions, il y a tieu d'ajouter
a) 197 étudiants qui ont été seulement immatriculés, et valida-
b) 3oz qui, en vertu d'inscriptions antérieures, ou pour la
tion de stage, ont subi des examens.
Le nombre total des étudiants ayant fait acte de scolarité s'élève
ainsi à r
Ce nombre était de i 291 en I926.J927 et de ï ro7 en ~-tf~'
447.

Le tableau ei.après donne la répartition de ces ï 447 étudiants


dans les diverses catégories prévues par la statistique officielle
A. B. C.
A
Etudiant, ayant pri.
l'année
~~dudi~e~'État 9:9
dans une EavoedadipMmesapericor.
oa plusieurs iot. Ea diplôme uD'¥enltaire
v,ue du d.ipJ&me
EI1 vue ua~ersitaire 6
eriptions
B
Etudiante En vue du certificat d'herboriste. t3o )
.mm~ncu!
nt dip!&me universitaire. 58 t~

C
Étudiants ayant subi En vertu d'inscriptions ante. t
dans l'année des < rieures 9~ 3M
examens.( Pour la validation de stage.
Totat. 2o7
'447

Ew/~ cours de l'année scolaire qui vient de se


sortie.– Au
terminer, 2tt nouveaux se sont fait inscrire. Ce nombre est
élèves
seulement
en augmentation sur celui de l'année précédente,qui était
de !y6.
~f~ /~M<MM.
– Comme l'an dernier, je suis obligé de constater
t'étëvation sensible du nombre de nos élèves femmes.
Je ne reviendrai pas sur les raisons d'ordre économique et social
~ui, aujourd'hui, obligent la femme à apporter au foyer sa contri-
bution personnelle. ni sur tes motifs particuliers qui t'attirent vers
la profession pharmaceutique.
Je me borne à conttater, sans commentaire aucun, la progression
constante de l'élément féminin.
De 58 en lOtp-tpM, le nombre de nos étudiantes, après être passé
par des-paliers intencédiaires, a atteint 25$ en t~S.t~ô; 3tï en
1926 10:7 et~en t~y-to~S.
Je constatais, l'an dernier, une légère recrudescence du nombre
des aspirantes au titre d'herboriste. Cette recrudescence s'accentue
encore cette année.
En t025-to26, le nombre des candidates au certificat d'aptitude a
la profession d'herboriste était de 57 sur un total de 84, en 1~0.
to~, ce nombre s'étevait à y~ sur un total de to5, alors qu'il139.est,
cette année (année scolaire 1027.1928),de ir2 sur un total de
Stagiaires. Le nombre des stagiaires ayant pris inscriptionsqui
était, en !o:S 1926, de 166 et s'était abaissé à 124 en t~6.t9~,
s'est relevé cette année d'une façon très sensible, puisqu'il atteint le
chiffre de zor.
Ce chiffre ne représente qu'une partie seulement du total de nos
futurs étudiants; nombreux sont, en effet, ceux qui prennent leurs
inscriptions de stage, soit auprès des greffiers de justice de paix,
soit dans les secrétariats des Facultés ou Écoles secondaires.
/NK~<MM de ~<tM~. L'accroissement du nombre de nos
étudiants a pour conséquence l'augmentation du chiffre des inscrip.
tions.
En !926.t$z7,it a été délivré 28~3 inscriptions à 876 étudiants,
soit en moyenne 3,z8 par étudiant. Moyenne inférieure à celle de
l'année précédente (i~tS-t~O) qui était alors de 3,~6 p. toc.
Je faisais alors remarquer que cette différence provenait de
l'application du décret de novembre tpzS qui nous a contraints
d'accorder toï de nos étudiants des dispenses de droits qui ont
atteint le chiffre de 3:8 inscriptions.
Cette année t~y-ta~S, le nombre total des étudiants dispensés
s'est élevé & 82 seulement pour 3~8 inscriptions.
Le nombre d'inscriptions délivré aux autres étudiants est de
35o3.
Savoir 8inscriptions, ancien régime, pour 2 étudiants, soit 4 par
étudiant; et 3 4~5 inscriptionspour 946 étudiants du nouveau régime
d'études, soit en moyenne, 3,68 par étudiant.
Travaux ~<w. – Les <)3p étudiants postulant le diplôme
d'Ëtat et qui, au cours de l'année scolaire, ont pris inscriptions, ont
également suivi les travaux pratiques réglementaires.
Ils se répartissent ainsi par année d'études
t" année 24!: 2" année zSp, 3" année 22~ 4' année 213.

EXAMENS
Le tableau ci-après indique, avec la nature de t'cxamen subi, le
nombre des candidats examinés, celui des candidats admis, enfin, la
proportion des ajournés
PMeorUM)
ProuorUon
t'MporUM)
KaturedM tMmen*. Régime. t:Mmtnf<. A<)mtt.A)'K<mf<. dettfoufnti.
(P.*iM.)
stage
Validation de
Fin d'année (A. R.)
)56 4z !<
2 2 »
– – (N.R.) 909 643 266
Fin d'études (A. R.) 24 13 Hr 4S,8o
– (~.R.) 654 458 )~ ~ao
Diplôme supérieur
Herboristet.
»
Il » »
M
139 78 61 44,60
Doctorat t6 t6
Totaux. '942 '~66 5y6 :9,66
St, d'autre part, on juge la valeur des examens d'après tes notes
obtenues par les candidats, on trouve, par nature d'examen, les
indications suivantes

XotM.
lioçln*
F)nd'M))<f. t')n!U'<tutt<
Stitffe. A.K.X.R.A.M.n. rats.
Il.r!Jo.
ttttm. Totaux.

Bien.
Très bien
Assez bien
28
47
H
).
M
65
M8
~2 M
ï
7
ur
3s
5~
)6
M
H
4
~S
M
~t
Passable 2 448 36t
Ajoufo~s. 72
4: H !66 n
4
t~
65
6t
çS!
576
Totaux. ~8 z 909 24 6!4
a
16 t~ ~4:
Grades et ~M< Le nombre des grades et diptëmes conférés
par la Faculté s'était élevé en !926.i92y ~43jit atteint, cette

R.
année, le chiffre de z65, se répartissant ainsi
Diplôme de pharmacien N.


A.
supérieur..
R. <66 au lieu de ttt en t~û.tg~
8
t


34 –

Diplômes Pharmacien.
)<

universitaires. ( Docteur.
2 – 20 – t

d'herboriste. 2o – 67 –
Certificats
Totaux. 68 – –
26! au Ueu de :43en i~S-to~S.

TRAVAUX
Ainsi que je le faisais remarquer l'an dernier, le goût de la
recherche se développe chez nombre de nos étudiants et beaucoup
parmi eux, ayant achevé leur scolarité, sollicitent des professeurs
l'autorisation de travailler sous leur direction.
Le nombre de ces chercheurs était l'an dernier de 6t, il atteint
cette année celui de 70.
Les travaux que poursuivent ces chercheurs sont très divers, ainsi
qu'on peut s'en rendre compte en parcourant la liste des thèses
qu'ils ont soutenues
M. DEBREUmE. Procédé rapide de dosage-limite des atca-
toïdes dans les préparationsdu Codex.
M. GUIGNARD. Contribution t'étude anatomique de la feuille
des Myrtacées.
M. BovEi.DtEU. – Recherches sur le dosage du glucose en pré-
sence de protides.
M. TuttOBiNSKt. – Contribution à l'étude du métabolisme du
carbone au cours de l'avitaminose B.
M. GALAM. – Sur quelques trMtspositi~M moMctttatresau ctWM
de la desamiaationde plusieurs amines aromatiques.
M. NARODZTZM. Le rentëde secret. Légisiation-etjurisprudence,

de la loi du z< germinal an XI au décret du t3 juillet ï9<:6.
M. ADAM. – Cachets azymes et cachets médicamenteux.
M. BoiviK. Recherches sur la formation et le dosage de
l'essence sulfurée dans la Moutarde noire et dans l'Alliaire ofn'
cinale.
M. LE GARREC. Sur quelques amines dérivées d'alcools ter-
tiaires.
M. Cpouï.– Étude botanique, chimique et pharmacodynamique
de la Tanaisie commune.
M. VtOLLE. Applications du pouvoir toxique de l'acide cyan'
hydrique.
M. BENASSAYAG. Farine de moutarde et farine de lin déshuilées.
M. DucuE. – Étude de la digitine.
M. Bt.A9t. – Le safran. Sa culture. Ses altérations.
M. GUITTER. Contribution à l'étude anatomique du fruit des.

ombellifères de France.
M. BuECQ. – La constante moléculaire simplifiée et les laits de
la région de Sées (Orne).
Mttc LESMUR. Sur la nutrition du Mycélium de quelques
champignons hyménomycëtes.
M. Lupu. –Contribution à l'étude de faction du glucose sur
l'acide cyanhydrique et les cyanures au point de vue chimique et
toxicologique.
M. DARDAK~B. Sur quelques ténias de l'homme et des ani-

maux communs.
M. DANIEL. Sur les sulfoxytriazines dérives des thiosemicar.
bazones des acides e-cétoniques.
M. BoutHAT. Étude botanique et pharmacologique d'une
saxifragacée indochinoise,« le Thuong.Son B (/?~<M /<o).
MATERIEL
Budget de la Faculté. –manifeste
S'il y a lieu de se féliciter de l'accrois.
dans les laboratoires de la Faculté
sement d'activité qui se
de Pharmacie et qu'attestent les publications scientifiqués qui en
sont l'immédiate manifestation, il faut reconnattre que les ressources
qui doivent en permettre l'entretien et l'extension ont laissé appa-
rattre des besoins qui sont loin d'être satisfaits. Si les moyens
tMtétiets mis à. la disposition des chercheurs ont reçu un sérieux
appoint des premières attributions de subventions empruntées à la
taxe d'apprentissage, il est nécessaire d'escompter pour l'avenir la
consolidation de ces ressources nouvelles en tenant compte d'une
répartition proportionnée aux résultats obtenus par un établisse-
ment qui ne le cède à aucun autre par la valeur et la portée
pratique des recherches qui y sont poursuivies.
D'autre part, tes dépense)! générâtes de chauffage, d'éclairage et
d'entretien s'étëvent de plus en plus. avec l'accroissement de la
population scolaire.
Or, te total du budget de la Faculté s'étëve à 80~4' francs, mais
de ce chiffre il y a lieu de déduire celui de 838~ représentant
tes revenus des dons, legs, fondations et, en outre, une somme de
yoooo francs, représentant la dotation de la Bibliothèque. Il reste
pour tes cours, collections, travaux pratiques et dépenses générales
de chauffage 648 y~ francs.
Déjà la somme de )oooo francs pour la Bibliothèque ne peut
suffire aux besoins de ce service. Nombreuses sont, en effet, les
revues dont nous avons dQ abandonner l'achat, malgré leur grande
utilité, en raison de leur prix élevé.
H est donc de toute nécessité que des crédits plus importants
que ceux dont nous disposons nous soient alloués.
Sans doute, et, comme tes années précédentes, des secours extra-
ordinaires nous ont permis d'amé)iorer la situation et nous savons
combien le Conseil de l'Université reste attentif à nos demandes.
Mais je dois de particuliers remerciements, soit à la Société des
amis de l'Université qui a doté certains de nos laboratoires de
subventions importantes, soit à la Société des amis de la Faculté
de Pharmacie dont la sollicitude s'est affirmée sous la forme de
dotations pour Bourses et Prix de Travaux pratiques en faveur de
les
nos étudiants, concours pour lesquels je suis heureux de relever
noms de donateurs tels que MM. Antoine Girard et
Ferdinand
Roques, Henry Rogier, Adrian et C", l'Office commercial pharma.
ceutique, le Comptoir national de la Pharmacie française, et enfin
la Coopération pharmaceutique de Melun et son dévoué directeur,
M. Salmon, dont tes subventions ont permis d'aider deux labora-
toires de recherches.
Enfin, le fonds de souscription recueilli pour la construction et
l'aménagement du Laboratoire de contrôle des médicaments a
permis de continuer tes travaux qui sont en voie d'achèvementet
yont doter notamment le Laboratoire mis à la disposition de la
Commission du Codex des moyens de travail qui lui faisaient défaut.
BIBLIOTHÈQUE – COLLECTIONS
A. F<M<p<A~w. En raison de sa spécialisation même, notre
Bibliothèque est toujours celle qui est la plus fréquentée par ceux
que les travaux et les questions de chimie intéressent, – travail-
leurs étrangers ou industriels, fabricants de produits chimiques
ou pharmaceutiquesou même simples étudiants. Tous savent qu'ils
trouveront là le renseignement nécessaire, l'indicationindispensable
et que vainement ils chercheraient ailleurs.
Le nombre des étudiants étrangers qui, l'an dernier, avait atteint
ta chiffre de 5 017, sur un total de ï5 ~i lecteurs, s'est accru cette
année (n~-fpzS) dans une faible proportion il s'élève en effet &
6 ooo, sur un total de 29049 lecteurs.
Le mouvement général des livres communiqués et des lecteurs
s'établit ainsi
Ett A(Mtt)u'n<h!t

Étudiants en pharmacie.
tetteun.

Faca!të.
Étudiants étrangers à la
)6!?-tMS.
:3 409
6000
en tMMt!7.

:o )04
i'ot?
99409 t!)!t
Volumes communiquéssur place
Aux étudiants en pharmacie 5o340 42~7
Aux étrangers à la Faculté ? t0)o8 8070
Aux professeurs M3oo a: )o6
Prêts au personnel de la Faculté 6 ~35 4 ~)5

88a83 76:08
Le nombre des ouvrages reçus en dons s'est élevé à 65o.
Ce nombre avait été de 6z3 durant l'année scolaire 1026.
B. Collections. – M. le professeur GuÉMN continue à enrichirles
admirables collections du Jardin Botanique constituées par les
soins de son maître M. le professeur GUIGNARD et où les étudiants
et les chercheurs trouvent toujours les renseignements précis et les
matériaux indispensables à l'étude des problèmes dont ils pour-
suivent la solution.
De même, le Musée de matière médicale, constitué par les soins
de M. le professeur PERROT, s'est encore enrichi cette année de
nouveaux spécimens de drogues de nos diverses colonies. Ce musée
présente, pour nos étudiants, un intérêt de plus en plus puissant.
Je ne rappelle ici que pour ordre la superbe collection de produits
de pharmaciechimique constituée par les soins de M. le professeur
L&BEAU, grâce aux dons généreux de la plupart de nos fabricants de
produits pharmaceutiques et même de ta Société du gaz de Paris.
Cette collection présente pour nos étudiant: le complément de
l'enseignement donné par le professeur.
Les collection de zoologie et de physique auxquelles MM. les
professeurs CouTtÈREet TASSILLY donnent tous leurs soins, se sont
enrichies de nouveaux spécimens; ces collections sont toujours très
visitées.
OBSERVATIONS ET VŒUX

Je ne terminerai pas mon rapport sans exprimer le vœu qu'une


augmentation sensible des crédits mis à notre disposition nous
permette d'envisaget un régime financier assez stable pour satisfaire
à la bonne marche de nos services, tant dans l'intérêt de la
recherche scientifique que dans celui de l'Enseignement supérieur
en généra).
J'ai dit plus haut que, grâce à la générosité des <' Amis de ta
Faculté de Pharmacie )), nous avions pu enfin édifier le local destiné
au futur laboratoire d'essais physiologiques des médicaments qui
intéresse à la fois la Commission de la pharmacopée et l'enseigne-
ment didactique de la pharmacodynamie.
Cette création contribuera aux progrès de l'art pharmaceutique.
Mais il va falloir songer à l'installation et à l'aménagement de ce
laboratoire et envisager son fonctionnement normal. It n'est pas
téméraire de penser que t'Ëtat, directement intéressé à cette oeuvre,
voudra bien nous venir en aide pour nous permettre de parachever
un ouvrage dont l'initiative privée a, jusqu'à présent, assuré la plus
grande partie des frais.
RADAIS.
École de Médecine et de Pharmacie de Reims

RAPPORT DU DIRECTEUR

(ANNÉE SCOLAIRE 1927-1928)

PERSONNEL
Aucune création nouvelle n'a été faite à i'Ëcote dans le cours de
cette année.
M. BiLLARD, professeur suppléant des cliniques chirurgicale et
obstétricale, a été nommé professeur titulaire de pathologie externe
et de médecine opératoire, en remplacement de M. le professeur
StMON, admis à la retraite.
M. LEFtvRE, chef des travaux anatomiques, a été nommé, après
concours, suppléant des chaires d'anatomie, d'histologie et de phy-
siologie.

Inscriptions. Les étudiants, au nombre de roi (parmi lesquels
ï2 étrangers), ont pris 478 inscriptions.
Nous comptons 47 élèves pour le P. C. N., 34 pour la médecine
et 2o pour la pharmacie.
Eiët'es sages.femmes t5.
Le nombre des étudiants est en augmentation croissante 6: en
io25-!oa6, 70 en to:6-t027 et tor pour cette dernière année scolaire.
I) a été délivré i~ certificats ou diplômes au lieu de 93 l'année
précédente, savoir
35 pour le P: C. N.; 28 certificats pour le doctorat; 15 certificats
de validation de stage; 10 certincats pour la pharmacie,8 certificats
pour les sages-femmes (cannée); 8 certincatspour les sages femmes
(2~ année); 9 certificats d'herboristes.
Parmi les élèves qui ont quitté t'Ëcote, il y a lieu de signaler le
succès de M. Mencière, nommé interne titulaire des hôpitaux de
Paris au dernier concours.
L'enseignement de la pharmacie n'a subi que des modifications
de détail. It serait désirable que, dans les nouveaux emplois qui
peuvent être créés dans les écoles préparatoires, un soit réservé à un
chargé de cours de chimie analytique. Les travaux pratiques de
chimie pour tes pharmaciens ont été réorganises sous la direction de
M. MIART et le droguier a été complété.
Une nouvelle création est demandée a t'Ecote (ette existe déjà
dans un certain nombre d'écoles préparatoires), c'est celle de cours
avoir
de chirurgie dentaire. Cette question est at'étude, espérons en
prochainementla solution.
Plusièurs personnes ont demandé à suivre à titre d'auditeurs libres
des cours de P. C. N. L'autorisation leur a été presque toujours
accordée.
L'Administration hospitalière, en la personne de son vice-prési-
dent, témoigne d'une grande bienveillance pour notre Ecote et pour
profondémentreconnaissante. C'est
nos étudiants, t'Ecote lui en est
ainsi que le stage hospitalier a été organisé dans les services de
médecine et de chirurgie générale pour les élèves qui ne sont ni
externes ni internes.
L'an dernier, je disais qu'àt'J~ M~M instituée près
de t'Ëcote de médecine a l'Hôpital civil de Reims, il était fait
envi.
dans ces conditions les élèves
ron goo accouchements par an, et que
y trouveraient le moyen
d'acquérir des connaissances complètes
qu'elles auraient peine à acquériraiiteurs.
Malheureusement, si les ressources scientifiques sont abondantes,
t'exigutté des locaux ne permet d'accueillir qu'un nombre restreint
d'élevés, le régime d'études étant en principe celui de l'internat. Au
de t'Ecote, il
regret commun de l'Administration des Hospices et nouvelles
n'a été possible d'accueillir à t'Ëcote que huit élèves
internes en 1" année. H a bien fallu admettre le régime de l'externat,
être le
qui est adopté dans d'autres écoles, mais qui ne semble pas
régime idéal pour ces études spéciales.
de
Les chiffres indiqués plus haut montrent le progrès constant
de grande
notre École c'est une contribution au relèvement notre
cité champenoise. Ecote
Ce progrès a pu être obtenu grâce au grand appui que notre
l'avenir de la
trouve près d'une municipalité éclairée, soucieuse de
ville, et qui, malgré ses charges, ne lui ménage ni son concours
matériel ni son grand appui moral.
H est dû aussi au :ete, à la régulante, à la
contribution de travail
actif de tout le personnel enseignant.
JACQUINET.
École normale supérieure

RAPPORT ANNUEL DU DIRECTEUR

(Année SCOLAIRE 1927-1928)

PERSONNEL

lettres.Professeurs M. Esteveeremplacé M. Gustave Cohen,


pour le français; M. Méridier, M. DALMEYDA, pour le grec;i
M. TONNELAT, M. ANDLER, pour l'allemand.
Sciences. Professeurs M. Viilat a été chargé, pour toute
l'année, de la conférence de mathématiques que MM. CARTAN et
DRACH avaient donnée, chacun pendant un semestre, en 1926-1927.
Agrégés-préparateurs M. Dubreil a remplacé M, BARBOTTE, pour
les mathématiques; M. SOLEILLET, M. Laffay, pour la physique.
Le dixième poste d'agrégé-préparateur, créé par l'arrêté ministériel
du 21 septembre 1926, a été affecté jusqu'à nouvel ordre au labora-
toire de physique et occupé en 1927-1928 par M. ESCLANGON.

ÉLÈVES
Statistique
A la rentrée de 1927-1928, l'École comptait 179 élèves, dont
173 français et 6 étrangers (2 Belges, 1 Luxembourgeois, 2 Rou-
mains, i Yougoslave).
Un décès et une mise en congé ont réduit le nombre des élèves
français à 171. Cinq ayant été envoyés à l'étranger, le nombre des élèves
français présents à l'Ecole a été de 166. Section des lettres 95;
section des sciences 71; pensionnaires 114; boursier interne 1;
boursiers externes 44; externes sans bourse y.

Concours d'entrée

tpaj, La promotion de 1927 (lettres) a compris 28 jeunes gens


et 3 jeunes filles. La moyenne des notes étant représentée par le
chiffre 280, le premier a été admis avec 379,5 (t3,5S sur 20), le
trente et unième avec 3o8,5 (u sur zo) et la moyenne générale des
admis a été de 336, c'est-à-dire i> sur 20.
La promotion de 1927 (sciences) a compris *o élèves. Par suite
des démissions de candidats reçus également à l'École polytech.
nique, il a fallu descendre jusqu'au 34» du classement définitif pour
constituer la section normale. Des 20 de la première liste, 8 ne sont
l'École
pas entrés. Dans l'ensemble, il y a eu 14 démissions de
normale pour l'École polytechnique et 16 démissions de l'Ecole
polytechniquepour l'École normale.
La moyenne des notes étant représentée par le chiffre i ooo, le
premier de la première liste avait 1 716 (17,16 sur 20) et le vingtième
1 299 (12,99 sur 20). La moyenne générale était
de 14, ï3. Le premier
de la liste définitive était classé second sur la première liste; le
dernier (34* de la première liste) a eu 1219 (12,19) sur 20. La
moyenne générale a été ramenée à 12,34.
Les élèves de la section des lettres se sont partagés ainsi

Histoire
Philosophie.
Littérature et

vivantes j^
Langues
grammaire
·
18
5
4

3i

Mathématiques
Physique et chimie
Les élèves de la section des sciences se sont partagés ainsi

Sciences naturelles
· 7
Il
j!_
20

Des deux élèves belges, l'un appartenait à la section des lettres et


l'autre à celle des sciences; l'élève luxembourgeois et l'élève yougos-
lave appartenaient à la section des lettres; des deux élèves rou-
mains, l'un appartenait à la section des lettres, l'autre à celle des
sciences.
jçaS. Au concours de 1928, 29 élèves, dont une jeune fille, ont
été admisdans la section des lettres et 20 dans la section des sciences,
le vingtième de cette dernière catégorie étant classé vingt-neuvième
de la première liste avant les démissions d'élèves reçus à l'École
polytechnique.
Bxamtas et concours
I. – SECTION des lettres
Certificats de licence
Can-
didats. R«çm. “ Mentions.
Mars et juin ici?
Lettres

Études latines
Études grecques

française
Littérature
philologie
Grammaire et
5
3
3
3
j
tB,
2 B. 4 A.B.
1 B. 5 A.B.
3 -A.B.
a A.B.

17 17
Philosophie
Psychologie a 2 2 A.B.
Morale et sociologie 5 5 1 B. j A.B.
Philosophie générale et logique 6 6 2 T.B. 1 B. A.B.
Histoire de la philosophie 7 7 3 B.
2
2 A.B.

âge
Histoireet géographie
Histoire ancienne
Histoire du moyen
3 3 1 B, 3 A.B.
A.B.
22 2 2
Histoire moderneet contemporaine. 11 1 i B.
Géographie (enseignement)
Géographie générale 4
t
3
1
2 B.
1 A.B.
Langues vivantes
Études littéraires et classiques. 4 A.B.
Littérature
Philologie
allemande
allemande 1 1
1 B.

1 B.
2
1 A.B.
t
Littérature anglaise
d'anglais 4
1

4 1 B. 2 A.B,

anglaise
Études pratiques

arabe.
1 1
Philologie
Études pratiquesd'arabe. 4 1
A.B.
Philologie
Résumé 1 1

"lô
1

*74~
2 T.B. 16 B. 33 A.B.
1

1 A.B.

soit 5i mentions
Difilùmes d? éludes supérieures
classiques
Langues
Philosophie 18 18
3
H.
T.H. 4 H.
8

Allemand
9 9
géographie
Anglais.
Histoire et

Résumé
4

33
1

t
4
1

*33
t
2 T.

5
Il.

T.H. 14 H.
1

i H.
H.

soit 19 mentions
/0<tMt
Lettres.
Crammaire.
Philosophie
10

5
8
'premier
3
le premier
le premier
Histoire 5 4 le premier
` Résumé. 2i"' 16 (7~9P')
II. – SBCTNS DES SCIENCES
CestJjtcats de licence
Cano
didat', Reçut, Mention*.
Mart et julH tpa8
CatcuIdiSerentiet.
rationnelle ·
17
15
16
3 T.B. B.
4A.B.
3 A.B.
Mécanique ra
Mécanique céleste 2 a
Mécanique analytique 1 o
Géométriesupérieure 7 5 4 B. 1 A.B.
Physique générale 17 13 3 B. 3 A.B.
Chimie générale 7 3 1 B.
Zoologie.. 1 1 A.B.

Géologie.
1
Botanique 3 1
1 A.B.
3 a A.B.
Physiologie.
P.C.N.(Physique).
1
a

5
t

Analyse supérieure. 7
a 1 r J3.

Résumé. 83 6:a 3 T.B. 10 B. 15 A.B.


soit t8 mentions
Octobre 1938 <

Calcul différentiel et intégrât. 3 3 B.


Physique générale. 4 4 :3 A.B.
Mécanique
Mécanique céleste.
rationnelle.
Analyse supérieure
Il
1
2
0
8 2 B- 4A.B.
1 A.B.
Géométrie supérieure
1
t A.B.
Cateaidesprobabititcs. B.
générale.
Chimie 4
2 a
3
1
A. 13.
Géologie
Zoologie.
Minéralogie
1
:3
2

o
2 1 T.D.
= r !3.
Résume. 33 25 1 T.B. 5 B. 9 A.B.
soit 15 mentions
nqf naw.cuaraap ara, ar vasara:aWaa~ uas a-esasa

Physique
Sciences naturelles
Diplâmts d'études supérieures

y
1
7
1
7 T.B.
1 T.B.
Résume 8
*~8~
g T.B.

/l gré gâtions
Mathématiques
Physique. y 6 les 5 premiers
Sciences naturelles 7
2
y
1
les 4 premiers
le deuxième
Résumé 16 14 (87,5 p. 100)
Trois auditeurs libres préparés par l'École ont, en outre, été reçus,
l'un à l'agrégation des sciences naturelles, les deux autres à 1'agrC-
gation de physique.
MATÉRIEL
Budgtl
Budget général
Chapitre jS Chapitre 34
l>eationetp«itile Chapitre 33 IndemnitésChipltre 35
desilcvc». Personnel. «Hoc. Sec. Matériel.
Crédits alloués pour 1928. ioSoooo 683 2 5o 116600 234000
Total 2o83 85o
Budget farliculier
Recettes autorisées pour l'exercice
Dépenses autorisées pour l'exercice
Excédent des recettes sur les
1928
dépenses.
1928
977900
894398
"iHôâ

DONATIONS
S

Les fonds légués par M. visse à l'École normale supérieure


La
(testament du 28 janvier 1922^ ont produit, en 1928, une somme de
37 3*9 fr. 70. Conformément aux volontés exprimées par le dona.
taire, cette somme a été divisée en deux parts égales, dont l'une a
été attribuée à la bibliothèque et l'autre, portée à 20364 fr. 7S par
l'adjonctiontdu reliquat de l'année précédente, répartie entre trente-
quatre élèves et préparateurs, sous forme d'allocations aux excur.
sions (historiques, géographiques, archéologiques, artistiques, géo-
logiques, botaniques, etc.), de bourses d'études et de bourses de
voyage.
M. et Mme Louis Ignace, par donation du 29 mars 1928, ont
fondé, en mémoire de leur fils Roger, ancien élève de l'École
normale supérieure (promotion spéciale 1919), un prix annuel de
1 000 francs attribué, sur décision du directeur de
l'École, à l'auteur
du meilleur mémoire de diplôms d'études supérieures de Géographie
ou d'Histoire de l'art.
Ce prix sera attribué pour la première fois en 1929.

BIBLIOTHÈQUE
Le nombre des ouvrages entrés à la Bibliothèque en 1928 par
suite d'acquisitions, de dons ou d'échanges, n'atteint pas deux mille,
quoique les crédits aient été portés de 52640 francs en 1927 à
62640 francs en 1928. C'est que, pendant cette période, le prix
moyen des livres de science ou d'érudition s'est élevé sensiblement
en France comme à l'étranger. Pour les travaux allemands, nous
avons l'espoir que, grâce aux prestations en nature, nous pourrons
compléter la plupart des séries interrompues en 1914.
Les travaux de reliure ont, cette fois encore, été réduits aux plus
urgents. Mais, sur ce chapitre, nous ne pourrons différer plus long-
temps une dépense considérable.
La Bibliothèque souffre du manque de place. Il a fallu, dans la
plupart des salles, disposer deux rangées de livres sur. un seul
rayon. Seule l'extension des bâtiments de l'École pourra permettre
une organisation satisfaisante.

RELATIONS INTERUNIVERSITAIRES
Les élèves étrangers dénombrés plus haut ont été envoyés à
l'École par leurs gouvernements respectifs, à la suite d'accords
intervenus entre le ministère de l'Instruction publique et ces gou-
vernements. Ils versent eux-mêmes à l'École le prix de leur pension
et jouissent de tous les avantages réservés aux élèves français entrés
par la voie du concours.
ÉDUCATION PHYSIQUE
M. LAFFITTE, professeur diplômé de l'Université, dirige des
séances hebdomadaires de gymnastique (méthode Hébert).
Des sections de tennis, de rugby, de natation, d'aviron, d'alpi.
nisme et d'escrime groupent, au total, une centaine d'élèves.

PRÉPARATION MILITAIRE SUPÉRIEURE


Les épreuves du brevet de préparation militaire supérieure ont été
subies en aodt 1928 par 44 élèves de l'École. Les résultats ont été
les suivants
Infanterie «4 candidats, 21 reçus; artillerie 20 candidats,
16 reçus.
CENTRE DE DOCUMENTATION SOCIALE
Le Centre de Documentation sociale a continué à augmenter ses
collections. Elles ont été utilisées pour des diplômes d'études supé<
rieures et des thèses de doctorat. Plusieurs séances d'initiation à la
documentation sociale ont été tenues (problèmes du logement
ouvrier, de la rationalisation industrielle, de t'organisation agricole).
On a donné plusieurs conférences dans la salle des Revues aux
élèves stagiaires de Saint-Cloud et de Fontenay, pour les orienter
dans les recherches sociologiques. On a aidé des candidats à l'agré-
gation d'histoire à utiliser les documents, journaux et revues de la
période de 1848, que possède le Centre.
VESSIOT,
Directeur de l'École normale sufirieurt.
Observatoire de Nice'

RAPPORT DU DIRECTEUR
ANNÉE 1938

PERSONNEL
Depuis 1919, M. H. Chrétien, astronome.adjoint,est
en congé
tet chargé d'un Enseignement à l'Institut d'optique de Paris. Au
3i décembre 1938, notre personnel se trouvait donc réduit à
MM. Faybt, directeur; Schaumasse, astronome.adjoint;RAPIAN et
Patrv, calculateurs.
En outre, M. É. Fantapïb, aide-météorologiste à l'Observatoire
du Puy-de-Dôme, mais maintenu à la disposition de notre établis.
sement, a assuré le service météorologique et collaboré, surtout
pendant les deux derniers mois de 1928, à des travaux de calcul.
TRAVAUX ET PUBLICATIONS DE L'OBSERVATOIRE
I. Observations
ÉTAT DU CIEL
En ne retenant que les nuits pendant lesquelles les observations
courantes ont été possibles durant un minimum de trois heures
consécutives, on a profité, au Mont-Gros, en 1928, de i83 belles
soirées ainsi réparties janvier, i3; février, 17; mars, 6; avril, 1$;
mai, i3j juin, 19; juillet, 27; août, 24; septembre, iï; octobre, 11;
novembre, 14; décembre, i3.
Ce nombre est un peu inférieur à la moyenne. Le mois de mars
a été particulièrementdéfavorable.
équatorial coudé (o m. 40 d'ouverture)
Observateur M. SCHAUMASSE
La comète périodique Taylor a été recherchée le matin, en
octobre et novembre. Bien que les investigations aient porté sur
une région céleste très étendue, l'astre n'a pu être retrouvé.
Le 17 novembre, M. Schaumasse a découvert la petite planète
1928 WA, alors de grandeur ia,î.
M. Schaumasse, qui a obtenu deux cent soixante mesures de
petites planètes, a communiqué immédiatement, à l'Institut astro-
nomique de Leningrad, trente et une de ces observations se rappor.
tant à des astéroïdes qu'étudie spécialement cet Institut de calcul.
En avril 1928, on a procédé à un réglage de la partie mécanique
de l'équatorial coudé et on a apporté quelques modifications des-
tinées à rendre plus aisée la manœuvre de l'instrument diminution
de l'épaisseur des galets qui supportent l'axe horaire et remplace-
ment des pignons de la manivelle qui commande cet axe.

petit équatorul (o m. 38 d'ouverture)


Observateur M. A. Patry
M. Patry a poursuivi, pendant l'année 19z8, la recherche des
astéroïdes, avant leur retour à l'opposition, à l'aide du comparateur
photo.visuel.
En cent trois nuits, il a réussi à retrouver ainsi 209 petites pla-
nètes, dont les éclats se répartissent de la façon suivante
19 plus brillantes que la grandeur 10,0.
40 de grandeurs comprises entre 10,0 et 10,9.
77 de grandeurs comprises entre 1 1,0 et 11,9.
73 plus faibles que la grandeur 11,9.

La recherche a été effectuée, le plus souvent, à l'aide des éphé-


mérides publiées dans le Bulletin de l'Observatoirede Niée. Je tiens à
souligner le résultat particulièrement intéressant que, parmi les
209 astéroïdes retrouvés par mon jeune collaborateur, 187 d'entre
eux ont été identifiés à l'aide de notre petit équatorial avant d'être
retrouvés dans un quelconque des autres observatoires poursuivant,
soit visuellement, soit photographiquement, ce même genre de
recherches.

II. Calculs concernant les petites planètes


Publication des Bulletins
Le service de calculs concernant les petites planètes et la publi.
cation des Bulletins correspondants, dont nous nous sommes
chargé depuis avril 1926, ont fonctionné régulièrement. En 1929, on
a publié 11 Bulletins (N" 43 à 53) fournissant 281 éphémérides et
indiquant, en outre, les corrections d'éphémérides déduites des
observations faites à Nice, ainsi que les corrections qu'ont bien
vbulu nous communiquer les autres observateurs, en particulier nos
collègues de l'Observatoire d'Alger.
Pour quelques astéroïdes, dont la position observée s'écartait très
notablement de celle assignée par le calcul, on a établi une nouvelle
éphéméride corrigée.
Sur les 373 éphémérides approchées, fournies par le Bulletin,
M. Rapian en a calculé 356. MM. Schaumasse et Patry en ont
calculé chacun 6 et les 5 autres nous ont été obligeammentadressées
par M. H. Blondel, astronome à l'Observatoire de Marseille.
Les 8 éphémérides corrigées sont dues à MM. Schaumasse (3) et
Patry (5).
Nous avons généralement publié des éphémérides comportant
5 lieux, espacés de huit en huit jours et dont le premier précédait
d'au moins quarante jours la date prévue pour l'opposition.
L'Académie des Sciences nous a fait l'honneur de nous accorder, ï
sur le Fonds Loutreuil, une nouvelle subvention destinée à couvrir j
les frais d'impression des Bulletins parus en 1928. Nous osons c,
espérer que cette aide précieuse nous sera continuée à l'avenir. `

III. Service météorologique


Jusqu'à la fin d'octobre, M. E. Fantapie a effectué trois obser- j
vations quotidiennes (7 heures, t3 heures et 18 heures, T. U.)
qu'il a transmises immédiatement, par téléphone et télégraphe, à
l'Office national météorologique. En outre, chaque mois, il a établi
et adressé à ce même Office un tableau détaillé dans lequel inter.
venaient également les relevés fournis par les enregistreurs,
A partir du i*r novembre, le service a été restreint depuis lors, il
n'est assuré que les jours non fériés et il comporte uniquement deux
observations quotidiennes (7 heures et 18 heures) que l'on transmet
immédiatement à l'Office national météorologique.
De cette manière, il est devenu possible à M. FANTAPit de nous
consacrer régulièrement plusieurs heures, chaque jour, pour des
travaux de calcul intéressant le service des petites planètes.

IV. – Publications. Travaux personnels


Le catalogue formé avec les observations d'étoiles intermédiaires
(zone –5° à + 5°) que j'ai effectuées, de 1917 à 1920, à l'aide du grand
cercle méridien Brünner, et que j'ai complété ensuite par une
détermination très complète de tous les mouvements propres corres-
pondants, est en cours d'impression sur trente-cinq feuilles prévues,
vingt-septsont actuellement composées et je compte que le vôlumel
sera achevé. pour avril 1929.
M. Schaumasse a publié, en 1928
Revue des travaux astronomiques Petites planètes (Astronomie,
juillet 1928);
Observations de comètes (Journal des Observateurs, vol. XI, p. 8).
Les résultats des observations que j'ai effectuées, à la lunette mé*
ridienne et à l'astrolabe, à Zi-Ka Wei, en 1926, lors de la détermi-
nation des longitudes mondiales, ont été publiés, d'une part, dans
le tome XVI des Annales de l'Observatoire astronomique de Zâ-Si
(Chine); d'autre part, et sous forme succincte, dans le Rapport d'en'
semble sur cette opération, dont la rédaction a été confiée par le
Bureau des Longitudes à M. A. Lambert, astronome à l'Obser.
vatoire de Paris.
Ce dernier travail, intitulé la participation française à la revision
des longitudes mondiales, a été présenté au Congrès que l'Union
Astronomique internationale a tenu à Leyde en juillet 1938.
J'ai assisté à ce Congrès et, d'autrepart, j'ai eu l'occasion d'y faire
quelques communications, soit à la Commission de l'Astronomie
méridienne, soit à celle des comètes et astéroïdes.
M. P. HELBRONNER a bien voulu insérer, dans le magnifique
volume (tome IX) qu'il consacre à une partie de son oeuvre géo.
désique, le mémoiredans lequel j'exposeles résultats des nombreuses
observations que j'ai faites en 1924, 1925, 1926, avec l'astrolabe à
prisme, en vue de la déterminationdes coordonnées astronomiques
de huit stations des Alpes françaises et de six stations de Corse,
figurant dans le réseau géodésique de M. HELBRONNER. Ce volume
doit paraître dans quelques mois.
Je viens d'achever une recherche (qui comporte d'ailleurs des
applications numériques assez nombreuses) sur le caractère futur
des orbites cométaires, dont l'excentricité diffère excessivement peu
de l'unité pendant la période des observations. Je pense que le
mémoire correspondant pourra paraître vers la fin de 1929.
Pour chacune des quelque huit cents petites planètes, dont les
éléments sont basés sur un minimun de deux oppositions, j'ai
entrepris le calcul approché des coordonnées héliocentriques
écliptiques qui correspondent à trente-six valeurs équidistantes
(o», io°,35o°) de l'argument/(longitude béliocentrique).
Les tables ainsi obtenues permettront de déduire, rapidement,
pourchacundes astres considérés, la date approchéed'une opposition
quelconque et les valeurs approximatives des coordonnées hélio-
centriques (ou géocentriques)de la planète lors de cette opposition.
D'autre paît, j'espère que leur usage donnera la possibilité d'aborder
plus aisément quelques problèmes intéressant l'ensemble des
astéroïdes.
Il s'agit naturellementd'un travail de calcul très considérable qui
exigera probablementtrois années, car MM. Rapian et Patry, à
la collaboration desquels je dois surtout avoir recours, ne disposent
que d'un temps fort limité, absorbésqu'ils sont déjà, celui-ci par son
service d'observation à l'équatorial et celui-là par le calcul de la
presque totalité des éphéméridesdestinées à notre Bulletin.
Mont-Gros, le 18 janvier 1929.

G. Favet.
Directeur de l'Observatoirede Niee.
Victor Hugo de 1843 à 1853

MESDAMES ET MESSIEURS,

Nous nous sommes arrêtés l'an dernier à la date de 1843, à


la chute des Burgraves et à la mort de Léopoldine. Nous
pousserons cette année l'étude biographique et critique
jusqu'à la publication de Napoléon le Petit en 18S2 et des
Châtiments en i853, en d'autres termes, jusqu'à l'installation
de Victor Hugo à Jersey. Période assez courte, vous le voyez,
mais période très remplie, très agitée même, et très atta-
chante, quoique d'ailleurs dans l'histoire: de sa vie littéraire
elle forme une sorte d'entr'acte.
Nous savons ce qu'avait été jusqu'alors l'abondance de sa
production. Il ne suffit pas de dire qu'il avait le travail facile;
il faut dire qu'il aimait son travail. Il aimait à créer de belles
oeuvres en prose et en vers, à les donner au public, à s'entendre
louer, à sentir les sympathies venir à lui de toute part. I
avait, depuis 1823, publié sept recueils de poésies, dix pièces
de théâtre, cinq romans, un volume d'essais {Littérature et
philosophie mitées), un récit de voyage (le Rhin). A dater de
l'exil, sa faculté créatrice et son pouvoir d'expressionallaient
encore s'accroître, puisque de 18S2 à 188 il a fait paraître
trente-six autres ouvrages.
Or, des Burgraves à Napoléon le Petit, neuf années s'écoulent
sans qu'il publie rien.
Je ne dis pas sans qu'il écrive rien. Il écrit moins qu'avant
1843 ou qu'après 18S2, mais encore bien des pages et qui

1. Troisième année du cours public professé à ta Sorbonne sur la vie


et les oeuvres de Victor Hugo leçon d'ouverture (22 janvier 1929).
comptent parmi les plus belles, qui sont comme la première
esquisse des chefs-d'œuvrefuturs. Les unes entreront dans les
Contemplations, d'autres dans la Légende des siècles, dans
Toute la lyre, dans les Quatre Vents de l'esprit, dans le Théâtre
en liberté, d'autres, enfin, intitulées les Misères, contiennent
déjà presque tout le livre des Misérables. Nous feuilletterons
ces pages à mesure que nous les lui verrons écrire, car elles
sont des éléments de sa vie intellectuelle et morale, et la
meilleure façon de les goûter, de les comprendre,n'est-ce pas
de les rattacher à sa biographie, aux circonstances qui les lui
ont suggérées? Et peut-être serons-nous amenés ainsi à nous
demander si ce moment de son existencen'est pas un moment
unique dans l'histoire de son génie. Par la suite, il y aura, je
crois, chez lui plus de puissance encore, mais une puis-
sance poussée parfois jusqu'à l'excès, jusqu'à l'abus, et,
comme dans ses œuvres de jeunesse, des outrances d'imagi-
nation aussi bien que de style. Aux environs de 1845, le génie
de Victor Hugo me semble à son point d'équilibre.
Et lui-même, certes, il a pleine conscience de son génie; il
sait bien ce que valent les pages qu'il rédige. D'où vient donc
qu'il les garde en manuscrit, qu'il les tienne cachées dans
quelque tiroir? Voilà le petit problème qui se pose à nous
tout d'abord et qu'aujourd'hui il faut essayer de résoudre.

Est-ce découragement de sa part ? La chute des Burgraves


l'a-t-elle amené à douter sinon de lui-même, du moins du
public ? A-t-il crainte de n'être plus compris?
Il est incontestable qu'aux dernières années du règne de
Louis-Philippe il s'était fait de notables changements dans
les esprits. Qu'il y eût toujours des délicats pour goûter le
beau sous toutes ses formes, cela va de soi. Mais, dans
l'ensemble, la société française s'était un peu embourgeoisée
sous le gouvernement du roi-citoyen. Elle s'intéressait encore,
et même plus vivement que jamais, aux questions sociales, à
tout ce qui concernait ses intérêtset ses droits, aux discussions
déjà violentes entre les défenseurs de l'ordre et les disciples
de Saint-Simon, de Fourier, ou de Proudhon qui rêvaient
d'un monde nouveau. Mais elle ne se passionnait plus comme
dix ou quinze années auparavant pour les questions d'esthé-
tique, eten matière d'art et de littérature il faut avouer qu'elle
faisait preuve de peu de goût.
Tous nous pouvons de temps à autre entrevoir dans
quelque vieux logis des spécimens de l'ameublement Louis-
Philippe, ces raides et gauches fauteuils de velours cerise qui
sont la banalité même et semblent faits pour l'arrière-boutique
de César Birotteau. Siffler les Burgraves, qui ne valent ni
Ruy-Blas, ni Manon de Lorttte ou Bernant, peut-être après tout
n'était-ce pas un très grand crime; et, à plus forte raison,
n'en était-ce pas un que d'applaudir Rachel quand elle rendait
la vie aux vieux chefs-d'œuvre de Corneille ou de Racine.
Mais c'était bien un crime, vraiment, que de porter aux nues
la Lucrèce de Ponsard, si platement sensée, si lamentablement
prosaïque,ou de faire fête aux mélodrames de Frédéric Soulié
et aux comédies-vaudevilles de Bayard. Les opéras-comiques
d'Adam ou de Clapisson étaient en vogue, tandis que Berlioz
avait peine, en 1846, à faire exécuterdeux fois sa Damnation de
Faust. Il y avait acheteur pour des gravures sentimentales qui
représentaient l'aveugle conduit par son chien ou l'orpheline à
bandeaux plats et manches bouffantes agenouillée auprès d'un
mausolée; mais Corot et Millet en étaient réduits à vendre
leurs toiles 200 ou 3oo francs. La presse à bon marché, que
venait de fonder Émile Girardin, travaillait allégrement à là
déformation du goût. On ne lisait plus guère que les romans
feuilletons, chaque jour imprimés au bas des grands quoti-
diens. Au lendemain de la mort de Chateaubriand, on ne se
scandalisait pas de voir les Mémoires d' outre-tombe, découpés
en petites tranches, alterner dans la Presse avec un roman
d'Alexandre Dumas, ou plutôt on délaissait Chateaubriand
pour Dumas. Et quant aux grossiers Mystères de Paris d'Eugène
Suë, publiés eux aussi en feuilletons, on peut dire que, tant
que la publication s'en prolongea, la France entière vécut
pantelante dans l'attente du prochain numéro.
Il est certain que, si Hugo gardait beaucoup d'anciens et
fidèles admirateurs, il lui en venait peu de nouveaux. En voici
la preuve matérielle. Parmi ses recueils lyriques, tous
jusqu'alors plusieurs fois réimprimés, seules les Feuilles
d'automne ont eu une édition nouvelle de 1841 à i853 de ses
romans, seuls Notre-Dame de Paris et Claude Gueux en ont eu
également une'et une seule, et de ses drames il n'y avait plus
qn'Hernaniet Marion de Lorme qui fussent repris quelquefois.
Ayant, dans les années précédentes, gagné avec sa plume
environ 5ooooo francs, il avait pu en mettre de côté et en
placer 3ooooo dont le revenu le faisait vivre, lui et les siens.
Mais pour l'instant ses droits d'auteur se réduisaient à très
peu de chose.
Est-ce cette résistance ou cette indifférence du public qui
l'a longtemps empêché de publier de nouvelles œuvres? En
vérité, je n'en crois rien. Il n'était pas, comme Racine ou
Vigny, de ces sensitifs qu'un échec blesse au cœur et qui pour
un rien se replient sur eux-mêmes. Jamais il n'a eu peur de
la lutte il l'aimait, au contraire, comme Molière ou Balzac,
et il était de taille, s'il l'eût voulu, à ramener à lui les lecteurs.
Il n'avait pour cela qu'à terminer et à faire parattre les
oeuvres auxquelles il travaillait déjà en secret et dont je viens
de rappeler les titres. Quand elles ont paru plus tard, sous le
Second Empire, et l'on sait avec quel succès triomphal, en
quoi les circonstances étaient-elles plus favorables? Aux
environs de 1860, à une époque où le positivisme d'Auguste
Comte et le déterminisme de Taine, la poésie scientifique des
Parnassiens, le roman réaliste de Flaubert, la comédie bour-
geoise de Dumas fils et d'Émile Augier semblaient proclamer
la mort du romantisme, en quoi était-il plus aisé pour Hugo
de ressaisir les âmes et de s'imposer à l'admiration de tous ?
Si pourtant il y a réussi, soyons sûrs qu'il l'eût tout aussi
bien pu quinze ans plus tôt.
Il faut chercher ailleurs la principale raison de son silence.
Il faut la chercher dans l'ambition d'espèce nouvelle qui
venait de s'éveiller en lui. Dès sa jeunesse, je ne l'oublie pas,
il s'était intéressé à la vie publique, aux grandes agitations du
siècle, au progrès social, et ce n'était pas sa moindre origi-
nalité, son moindre titre de gloire, que d'avoir écrit/* Dernier
iour d'un condamné, Claude Gueux et tant de beaux vers des
Chant du crépuscule ou des Voix intérieures que lui inspiraient
les événements contemporains. Mais il ne lui suffit plus à
présent de servir la cause humaine dans de vivantes et
durables œuvres d'art hélas! hélas! et trois fois hélas il veut
être homme politique, et ce n'est pas « la faute à Voltaire »,
comme dira son petit Gavroche, mais c'est bien en grande
partie, je pense, la faute à Chateaubriand et à Lamartine.
La carrière politique de Chateaubriand a commencé en
mars 1814 par une retentissante brochure que je voudrais bien
pouvoir retrancher de son œuvre, car c'en est la seule page
indigne de lui. C'est celle qui est intitulée De Buonaparte et
des Bourbons, celle avec laquelle il a poignardé Napoléon
dans le dos à l'heure où celui-ci, n'ayant plus que soixante-
dix mille soldats, des petits conscrits, les (c Marie-Louise »,
tenait tête victorieusement à trois cent cinquante mille Autri-
chiens, Allemands et Russes, et eût pu encore sauver la
France, si de misérables intriguesn'avaient hâté la capitula-
tion de Paris qui pourtant ne demandait qu'à se battre.
Tâchons d'oublier cela, quoique ce ne soit pas facile. Dès
lors le rôle de Chateaubriand prend une importance de plus en
plus grande. Il suit Louis XVIII à Gand pendant les Cent
jours et rentre avec lui à Paris après Waterloo. Il remplit de
hautes fonctions, tour à tour ministre d'État, pair de France,
ambassadeur à Berlin et à Londres, représentant de la France
au Congrès de Vérone, ministre des Affaires étrangères,
ambassadeur à Rome. Le pouvoir qu'il a dans l'opinion, il ne
le doit pas à des succès de tribune. La Chambre à laquelle il
appartient, la Chambre des pairs, est une somnolente assem-
blée de vieillards où sa parole est sans échos. « Un jour,
raconte-t-il lui-même, le premier rang des fauteuils, tout près
de la tribune, était rempli de respectables pairs plus sourds
les uns que les autres, la tête penchée en avant et tenant à
l'oreille un cornet dont l'embouchure était dirigée vers la
tribune. Je les endormis, ce qui est bien naturel. Un d'eux
laissa tomber son cornet; son voisin, réveillé par la chute,
voulut ramasser poliment le cornet de son confrère il tomba.
j
Le mal fut que je me mis à rire, quoique e parlassealors pathé-
tiquement sur je ne sais quel sujet d'humanité. » Son succès,
son influence, il les doit à des opuscules tels que celui de 1816,
La Monarchie selon la Charte, à ses articles du Conservateur et
du Journal des Débats; il les doit aux luttes qu'il soutient
contre les ministres de Louis XVIII ou de Charles X.
Quelles étranges contraditions dans son attitude Né gentil-
homme, jadis soldat dans l'armée des princes, il reste à
quarante-cinq et cinquante ans le loyal défenseur de la monar-
chie légitime il donnerait sa vie pour la sauver. Mais il est
un trop grand esprit pour ignorer que le passé ne se recom-
mence pas, pour ne pas comprendre que dans l'œuvre de la
Révolution tout n'a pas été stérile, et que la royauté ne peut
revivre qu'en s'adaptant aux besoins de la France nouvelle.
Il défend donc la charte constitutionnelle qui a reconnu les
droits de la nation; il défend la liberté de pensée et la liberté
de la presse; il querelle les ministres aveugles qui mènent la
royauté aux abimes, il s'efforce de sauver la royauté malgré elle
et au risque de la discréditer elle-même en attaquant ses mi-
nistres, au risque de hâter la révolution qu'il prévoit. Attitude
assez contradictoire, il est vrai, mais qui a sa noblesse. Elle
lui vaut mainte disgrâce; les écrits qu'il publie sont saisis par
la police; un jour, on lui ôte son titre et son traitement de mi-
nistre d'État; un autre jour, on le chasse brutalement des
Affaires étrangères. Que lui importe? Il a toujours préféré
l'honneur aux honneurs, toujours eu pour unique souci de vivre
en beauté. Il persiste dans son attitude parce qu'elle est belle,
et que si sa fortune y perd, sa gloire y gagne. Sa popularité
devient immense. La grande foule, qui depuis quinze ou vingt
ans a vu tant de renégats, tant de transfuges d'un parti à
l'autre, la grande foule, toujours sensible à la beauté, l'honore
pour sa fidélité au trône, pour son loyalisme; et d'autre part,
ne voulant à aucun. prix d'un retour à l'ancien régime, à la
monarchie de droit divin, elle lui sait gré de n'en pas vouloir
plus qu'elle et de le dire éloquemment. En 1820, quand après
l'assassinat du duc de Berry sa veuve met au monde le duc
de Bordeaux, les dames de la halle de Bordeauxqui veulent
offrir un berceau à l'enfant choisissent Chateaubriand pour
présenter ce berceau à la duchesse, et du même coup elles le
comblent de fruits, de marrons, dont il les remercie galam-
ment. A partir de 1824, il est vrai chef de l'opposition libérale;
La Fayette lui envoie une feuille de laurier; les futurs mi-
nistres de Louis-Philippe, Guizot, Thiers, saluent en lui leur
maître vénéré. Et en juillet i83o, quand se produit la révo-
lution qu'il a prévue, que de tout son cœur il eût voulu empê-
cher, à laquelle cependant il a beaucoup contribué, comme
il passe dans la rue, devant la colonnade du Louvre, il est
reconnu, aussitôt entouré, acclamé par des milliers de jeunes
insurgés qui lui font escorte jusqu'au Palais Royal finalement
le voilà porté en triomphe sur leurs épaules jusqu'au palais
du Luxembourg.
Tout cela, pour Victor Hugo, c'était hier; tout cela, il avait
pu le voirde ses yeux. Il avait pu se dire, en entendant accla-
mer Chateaubriand, que le succès a pour l'homme politique
des ivresses que l'homme de lettres ne connaît pas.
Et maintenant il avait devant lui, tout près de lui, un autre
exemple plus frappant encore, plus entraînant, celui de son
rival illustre et très cher ami Lamartine.
Lamartine était en train de faire une fortune politique
tout à fait extraordinaire. Député depuis i833, mais au début
isolé parmi ses collègues, se mêlant peu à leurs discussions,
siégeant, selon son mot, au plafond, se plaisant encore à
faire des vers, à publier Jocelyn, la Chute d'un auge, les
Recueillements, le voici en 1843 qui descend de son plafond; il
se jette à corps perdu dans la mêlée, déclare la guerre au gou-
vernement de Louis-Philippe, et en un rien de temps tous
les coeurs sont avec lui. Jusqu'où s'élèvera-t-H ? Qui sait?
« C'est une comète, constate Royer-Côllard, dont on ne peut
mesurer l'orbite, Il a tout pour plaire. Si vous avez vu à
Versailles son portrait peint par Gérard, vous savez ce qu'il
y avait de séduction dans sa personne, dans son élégante et
haute silhouette, dans son regard inspiré, dans son front
rayonnant de génie. Dès longtemps on le savait grand poète;
il se révèle soudain grand orateur, aussi capable d'improviser
d'amples et magnifiques discours que de trouver la réplique
foudroyante. Il est celui qui, un jour d'émeute, apaisera,
domptera avec une seule phrase toute
une populace en furie.
Avec cela, autant ou plus d'orgueil que Chateaubriand, un
égal besoin de domination, une foi sans bornes en lui-même.
Il se croit chargé d'une mission divine « On n'est jamais
sur, écrit le même malicieux bonho.nme Royer-Collard, que
lorsqu'on vient de l'entendre et qu'on le félicite d'avoir si
bien parlé, il ne vous réponde à l'oreille Cela n'est pas éton-
nant, voyez-vous, car, entre nous, je suis le Père éternel. Son
programme, quel est-il au juste ? En a-t-il un ? Il n'en a pas
d'autre que d'obéir à ses généreux instincts, aux impulsions
de son cœur, que de vouloir et de pramettre à tous non seule-
ment ces libertés que réclamait Chateaubriand, mais l'égalité,
la fraternité, la réconciliation des classes sociales et des na-
tions, le bonheur universel, et certainement c'est un beau pro-
gramme.
Il y a bien çà et là des railleurs qui se refusent à le prendre
au sérieux, qui l'accusent de n'avoir aucun sens des réalités,
de n'être encore et toujours qu'un poète ils lui crient, s'il
parle de l'agriculture, qu'il plante des betteraves dans les
nuages, ou s'il parle de finances, que la conversion des rentes
qu'il propose ne vaut pas la conversion de Jocelyn, et autres
plaisanteries plus ou moins bonnes dont s'indigne Mme de Gi-
rardin dans ses chroniques de la Presse. Plaisanteries qui
restent sans effet. Il se grise et grise tout le monde de ses
sublimes et dangereuses chimères. En 1847, il publie son His-
toire des Girondins, huit gros volumes écrits en dix-huit mois,
publiés coup sur coup en moins de trois mois, histoire qui
n'est pas de l'histoire, mais du roman, du drame, de l'épopée,
du chant, une Marseillaise, et qui se lit d'un bout de la France
à l'autre, achevant de faire de lui le maître de l'heure. Et
bientôt, en effet, éclate une nouvelle révolution, celle de 1848,
qui est son oeuvre, qui est son apothéose, mais qui en l'es-
pace de quelques mois ou même de quelques semaines va être
sa ruine, sa ruine totale et irrémédiable.
Il était presque à l'apogée de sa renommée quand de 184s
à 1848 Victor Hugo s'est à son tour aventuré dans la vie poli-
tique avec l'espoir d'y réussir aussi bien que lui. Et si à cette
époque Hugo n'a rien publié de ce qu'il écrivait à ses minutes
de loisir, c'est, n'en doutons pas, qu'il craint de s'entendre
lui aussi traiter de poète à la Chambre des pairs ou à la
Chambre des députés, de se voir jeter sa lyre au nez, comme à
Lamartine, c'est qu':1 n'a pas voulu que son génie d'écrivain
pût être un obstacle à ses ambitions d'homme d'État.

«
Mais tenons compte aussi de l'épreuve qu'il avait subie en
1843, de cette terrible après-midi de septembre où, revenant
d'Espagne et attendant à Rochefort le passage de la dili-
gence, il avait appris à l'improviste la mort de sa fille bien-
aimée. Souvenons-nous de l'état de prostration où le jeta
l'affreuse nouvelle. Son ami Victor Pavie, allant le voir quelque
temps après place Royale, le trouvait assis, muet, accablé, en
face de sa femme dont les cheveux étaient devenus tout
blancs, et qui tenait entre ses doigts la chevelure de Léopol-
dine. Peu à peu, sans doute, comme il nous arrive à tous, le
temps a fait pour lui son oeuvre c'est la loi de nature nous
ne pouvons ni ne devons nous ensevelir avec nos morts; il faut
vivre toute sa vie et pour un homme comme celui-là, doué
d'une puissance vitale qui tenait du prodige, c'était une néces-
sité plus impérieuse que pour personne. Le jour devait fata-
lement venir où, sans rien oublier, sans jamais se consoler de
la perte irréparable, il se reprendrait à vivre, à vivre
intensé-
ment, ardemment. Mais sachons bien que la période de
morne
tristesse, de découragement silencieux, été longue. En
a
examinant ses manuscrits qui sont
presque toujours datés, on
constate qu'il n'a écrit à peu près aucun vers de septembre
J843 à 1845, sauf, en 1844, à la funèbre date anniversaire du
4 septembre, les strophes immortelles intitulées A Villequier et
composées après une visite à la tombe de
son enfant. En 184S,
il commence les Misères mais
ne faut-il pas dire que ce livre
de pitié est aussi né de son deuil, qu'il
ne s'est si miséricor-
dieusement penché sur tous
ceux qui souffrent que parce qu'il
souffrait lui-même ? Sa douleur était si loin d'être apaisée
qu'en 1846 et 1847 la plupart des
vers qu'il écrit sont encore
consacrées à la jeune morte. Ces
vers, comme ceux de Ville-
quier, n'ont été imprimés qu'en t856, dans les Contemplations,
au quatrième chant qui porte en titre Pauca meœ. Mais n'est-ce
pas aujourd'hui qu'il convient de les relire, tandis que
nous
revivons l'époque de sa vie où ils ont jailli de
son cœur ? Ainsi
nous pourrons sentir ce qu'a été en effet sa douleur, combien
elle l'avait, au moins pour de longs mois, rendu indifférent
à
la gloire littéraire, et nous
saurons en même temps à quelle
perfection son art pouvait alors atteindre,
sans presque même
qu'il s'en souciât.
Relisons en suivant l'ordre des dates.
Le premier de ces petits poèmes est donc daté de Ville-
quier; ce n'est autre chose qu'une prière
sur une tombe, dans
la paix d'un cimetière de
campagne, une prière murmurée à
voix sourde, à travers les larmes. J'en rappelle seulement
le
début et la fin
Maintenant que Paris, ses pavés et
ses marbres,
Et sa brume et ses toits sont bien loin de mes yeux
Maintenant que je suis sous les branches des arbres,
Et que je puis songer à la beauté des cieux.
Je viens à vous, Seigneur, père auquel il faut croire,
Je vous porte, apaisé,
Les morceaux de ce coeur tout plein de
votre gloire,
Que vous avez brisé.
Voyez-vous, nos enfants nous sont bien nécessaire»,
Seigneur; quand on a vu dans sa vie, un matin,
Au milieu des ennuis, des peines, des misères,
Et de l'ombre que fait sur nous notre destin,
Apparaître un enfant, tête chère et sacrée,
Petit être joyeux,
Si beau, qu'on a cru voir s'ouvrirà son entrée,
Une porte des cieux¡

Quand on a vu, seize ans, de cet autre soi-même


Croître la grâce aimable et la douce raison
Lorsqu'on a reconnu que cet enfant qu'on aime
Fait le jour dans notre âme et dans notre maison,
Que,c'est la seule joie ici-bas qui persiste
De tout ce qu'on rêva,
Consfdére* que c'est ui.e chose bien triste
De le voir qui s'en valt

Il mainte-
Deux années s'écoulent. Nous voici en 1846. a
la force de s'analyser, de revenir sur le passé, ou plutôt
nant
lui est un besoin d'y revenir, de se soulager un peu en
ce
criant sa souffrance.
Il revit les premiers jours de son deuil
Oh je fus comme fou dans le premier moment,
Hélas et je pleurai trois jours amèrement.
rêve,
Il me semblait que tout n'était qu'un affreux
Qu'elle ne pouvait pas m'avuir ainsi quitté,
Que je l'entendais rire en la chambre à
côté,
Que c'était impossible enfin qu'elle fut morte,
Et que j'allais la voir entrer par cette porte
l'arracher à son
Ou bien il répond aux amis qui voudraient
alors qu'il
désespoir cn le ramenant au travail, à l'action,
n'aspire plus qu'à l'éternel repos
Il est temps que je me repose i

Je suis terrassé par le sort.


Ne me parlez pas d'autre chose
Que des ténèbres où l'on dort.

Puis c'est l'afflux des souvenirs à la fois doux et déchi-


mata, le souvenir des jours bénis où sa fille grandissait auprès
de lui
O souvenir printemps 1 aurore1
Doux rayon triste et réchauffant I.
Quand nous habitions tous ensemble
Sur nos collines d'autrefois.

Elle était pâle et pourtant rose,


Petite avec de grands cheveux.

Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin


De venir dans ma chambre un peu chaque matin.

Et, de nouveau, c'est l'appel de la morte, une fois encore


te départ pour Villequier. La pièce est du 4 octobre 1847;
des devoirs inéluctables l'ont apparemment retenu, il est en
retard d'un mois, mais demain il sera là-bas, au bord du
fleuve où elle a péri, devant la tombe où elle dort auprès de
son jeune époux
Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je.sais que tu m'attends.

Dans Hatnlet, à la scène du cimetière, quand devant le


corps inanimé d'Ophélie Laertc gémit en se tordant les bras et
en apostrophant le ciel « Douleur de théâtre » murmure
la voix ironique d'Hamlet. Qui oserait parler ainsi des vers
que je viens de rappeler? Parce que ce sont des vers, et des
vers incomparables, s'ensuit-il que la douleur qui s'y exprime
ne soit pas vraie ? Non, non, il y a là des accents auxquels on
ne peut se tromper; il y a là les larmes d'un père. Quel amer
plaisir prenons-nous si souvent à suspecter la bonne foi de
l'artiste ou du poète? S'ils ont leur langage à eux, différent
du nôtre, plus beau que le nôtre, ils souffrent comme nous et
même probablement davantage, étant des créatures d'une
sensibilité plus vive et plus vibrante qu'aucune autre. Est-il
vrai, comme on le raconte, que le Tintoret ait peint sa fille
sur le lit de mort? Je n'en conclus pas qu'il ne l'aimât point,
qu'il n'eût pas le cœur brisé, mais que jusque dans ses pires
d'expression.
douleurs son pinceau demeurait son moyen
s'apercevant
Ou bien rappellerai-je l'aventure de Beethoven
que la charmante et coquette
Julia Guicciardi ne l'aime pas,
trois
qu'elle se moque de lui? Il sort de Vienne trois jours et
fossé;
nuits il erre à travers champs; il tombe épuisé dans un
des paysans qui passent ont pitié de lui,
l'étcndent sur leur
s'assied
charrette, le ramènent chez lui il se secoue un peu,
oit
à son piano, et improvise cette Sonate en ut dièse mineur
chante et pleure son pauvre amour bafoué est-ce là un jeu
de sa part? En est-ce un que la Nuit d'octobre de Musset, cette
l'amour
autre Sonate en ut dièse mineur, cet autre chant de
trahi qui s'achève aussi sur un pardon? Pour un Victor Hugo,
le vers est le moyen d'expression naturel, instinctif. Le
jour
de
même où, à Rochefort, il a soudainement appris la mort
Beethoven à travers les
sa fille, errant jusqu'au soir comme
possédons il avait
rues et les champs, sur un carnet que nous
inscrit plusieurs vers, parce qu'involontairement, instinctive-
effroyables se
ment, ce qu'il éprouvait même en ces heures
traduisait en lui sous la forme du vers. Il en était de même
évoquait le doux fantôme
encore en 1846 et 1847, quand il
de Léopoldine ou s'agenouillait sur son tombeau; et je
dis
qu'en lisant ses vers personne n'en peut nier la sincérité.
Mais personne non plus n'en peut méconnaître la beauté
parfaite. C'en est la sincérité même qui en fait la beauté. Par
la suite, en les publiant, il y en a joint quelques autres de
date ou plus ancienne ou plus récente qui ne procédaient pas
les Contempla-
tous du même souvenir, et il les a classés dans
tions non pas selon leurs dates, mais selon ses instincts
de
grand artiste, selon un ordre dramatique et plus conforme
peut-être à la logique de la vie. D'abord les vers qu'il avait
adressés en février 1843 à Léopoldine le jour de son mariage
feuillet blanc qui ne
avec Charles Vacqueric; ensuite, un
porte rien qu'une date, celle de la catastrophe, 4. septembre 1843;
aussitôt après, les vers qui traduisent ses impressions de
stupeur et de découragement puis le rappel des jours heu-
reux; puis des méditations sur le néant humain; enfin le
départ pour Villequier, et la prière, en réalité écrite la pre-
mière, qui le montre sinon résigné, du moins soumis à la
volonté de Dieu. Ainsi, il est vrai, se passent ordinairement
les choses; après les sanglots et les révoltes vient l'apaise-
ment. Je reconnais que ce procédé de composition est d'un
grand effet; je reconnais aussi que les poésies ajoutées aa
texte primitif ne le déparent pas, sauf peut-être celle qui est
intitulée A quoi songeaient les deux cavaliers dans la nuit,
poésie symbolique et dans le goût des ballades allemandes,
antérieure de deux ans à la mort de sa fille, et qui me semble
ici faire un peu fausse note. Mais, somme toute, dans Pâma
met* les vers composés de 1844 à 184; restent les plus beaux;
et dans leur état primitif, dans leur désordre où se peint le
trouble de son cceur, où après la résignation on voit renattre
le désespoir, ils constituent le plus complet, le plus touchant
poème de deuil qui ait jamais été écrit.
Quoi de semblable dans notre littérature classique? Au dix-
septième siècle, vous le savez bien, l'art est et veut être
impersonnel l'écrivain ne se croit pas le droit de mêler son
moi, sa vie intime à ses œuvres il n'y parle pas plus de ses
deuils que de ses amours. Il est, d'ailleurs, profondément,
ingénument chrétien, chrétien à la manière du vieux temps,
soumis à la volonté divine il accepte la mort, celle des siens
comme sa propremort; il ne se plaint pas, du moins en public;
il ne se plaint qu'à Dieu, dans le tête-à-tête avec Dieu, dans la
prière au pied d'une croix. Nos aïeux honoraient et chéris-
saient leurs morts autant que nous chérissons et honorons les
nôtres, mais ils les honoraient en silence. Ou si ces morts
étaient des hommes illustres, si on se faisait un devoir de
raconter leur vie, de dire tout ce qu'on en pouvait savoir, ah 1
comme en le faisant on évitait de se mettre en scène, de laisser
voir son affliction, de parler de soi
L'exemple le plus significatif à cet égard est la Vie de Pascal
par Mme Périer. Bien qu'elle aimât son frère de toute son
âme, quel soin elle prend de cacher ses larmes, de ne jamais
attirer sur elle l'attention du lecteur 1 A peine y a-t-il deur
courts passages où elle dise je, et le récit s'achève sans une
plainte, sans un soupir; récit admirable, du reste on croirait
lire un passage de la Vie des Saints. Mais ce n'est en aucune
manière un poème du deuil domestique. Rien là où non»
heures funèbres
nous retrouvions, rien qui nous rappelle les
de notre vie, et qui puisse nous en consoler un peu.
Est-ce à Montaigne que nous demanderons des consolations
Les pages de ses Essais où il a raconté la mort de son ami
La Boétie sont célèbres; ses biographes ne les citent qu'avec
attendrissement. Je m'attendrirais quant à moi davantage s'il
s'était un peu moins paré de son amitié pour La Boétie, si
je sentais moins en lui le désir de bien prouver à tous qu'il a
un cœur excellent et capable même,
dans ses affections, des
dévouements les plus héroïques. « II me dit, raconte-t-il, que
sa maladie était un peu contagieuseet
qu'il me priait de n'être
avec lui que par boutées, mais le plus
souvent que je pourrais.
le ne l'abandonnai plus. » Trait sublime, nous dit-on. Je le
veux bien; j'en serais plus sûr si
c'était un autre que Mon-
taigne lui-même qui nous eut dit cela de lui. Et comment
va-t-il pouvoir vivre après la perte d'un ami si cher? « Je pris
à ma douleur. » A la
une maîtresse pour faire diversion
bonne heure voilà une douleur qui ne se refusait pas aux
agréables diversions.
En réalité, jusqu'au dix-neuvième siècle, les seules pages
à comparer aux vers de Hugo, et encore pour y marquer
surtout des différences, ce sont celles où Grétry a évoqué
les ombres gracieuses de ses trois filles, Jenni, Lucile, Antoi-
nette, toutes trois mortes entre seize et vingt ans. On ne lit
plus ses Mémoires qui datent du Directoire et n'ont pas été
réimprimés. Peut-être me saura-t-on gré d'en citer quelques
lignes où il s'agit d'Antoinette
« Le jour où,
semblable à un ange, je la vis partir pour
aller danser, un de mes amis, Rouget de Lisle, qui était chez
moi, me dit que j'était bien heureux d'être le père de cette
belle enfant. -Oui, lui dis-je à l'oreille, elle est belle, encore
plus aimable, elle va au bat. et dans quelques semaines. elle
sera dans la tombe. Quelle idée
affreuse 1 me dit. il. J'ai
vu ses deux sœurs, lui
dis-je, et mon malheur n'est que trop
certain. Tous les secours de l'art ne purent la sauver: après
quelques jours de fièvre, un délire aussi aimable qu'il était
effrayant l'occupait nuit et jour; elle était au bal, aux prome-
nades, aux spectacles avec ses sœurs, et elle leur rendait
meilleur
compte de ses sensations, toujours décentes et du
ton. Elle eut quelques instants de sérénité avant de
mourir
elle prit ma main, celle de sa mère, et, avec un doux sourire
– Je vois bien, dit-elle, qu'il faut prendre mon parti je ne
crains point la mort mais vous deux, qu'allez-vous devenir ?
Elle était assise sur son lit, en nous parlant ainsi pour la der-
nière fois; elle se coucha, ferma ses beaux yeux, et fut
rejoindre ses sœurs. »
C'est bien joli il y a là toute la grâce du dix-huitième siècle,
lagrâce de Florian ou deSedaine oui, s'est du Sedaine, c'est
Sedaine à Villequier. Mais j'ai choisi mes citations. A côté
des traits charmants viennent les fadeurs, les mièvreries, et
les tirades emphatiques dans le goût Louis XVI, les apos-
trophes aux âmes sensibles. Cela est trop « daté », trop
suranné, pour nous émouvoir jusqu'au fond de l'âme.
En définitive, les deux oeuvres les plus voisines de Pauta
meas me semblent bien être
le poème de Tennyson, In Memo-
riam, et la mince brochure de Renan, Ma sœur Henriette.
Deux œuvres exquises, aussi tendrement douloureuses que
celle de Hugo. Renan n'a rien écrit de plus beau que les
dernières lignes de Ma sœur Hemietle où il affirme son
espérance de retrouver dans une autre vie l'âme de cette
dans /» Memoriam des
sœur si justement aimée et il y a
mots profonds qui ne s'oublient pas, entre autres les
deux
vers:
ris bettes te hâve lovei and Zost
Than never to hâve loved ai ail.

Eh bien, non, pourtant, et dût-on m'accuser de partialité, je


crois pas que Renan ni Tennyson nous aient donné l'équi-
•ne
valent de Pauca mea, non plus que Lamartine dans ses très
faibles vers sur la mort de sa fille Julia. Tennyson et Renan
ne nous ont donné qu'une expression tout individuelle de la
souffrance. Chez le poète anglais l'Anglais se trahit sanscesse,
le chant tourne au sermon, le poète au clergyman; et quant à
la Vie de ma sœur Henriette, c'est, comme l'annonce son titre,
une biographie, c'est le portrait ûdèle d'une femme digne de
tout notre respect et à qui Renan devait beaucoup; mais il
est douteux qu'en cette figure de vieille institutrice nous
reconnaissions aucun des êtres chéris qui peuplaient jadis
notre foyer.
Ce qui fait la valeur à nies yeux sans égale des vers de
Hugo, c'en est la large signification. Les circonstances par-
ticulières de son deuil sont à peine indiquées. Il n'y a là qu'un
père pleurant son enfant, et l'enfant ressemble à tous les en-
fants, le père à tous les pères. Victor Hugo aura le droit de
nous dire dans la préface des Contemplations: « Quand je
vous parle de moi, je vous parle de vous. »
Voilà ce qu'il y avait de tout à fait supérieurdans son art
à l'époque où nous nous reportons cette année. Ce n'est plus
le romantisme de 1S2S ou de t83o qui était souvent un déver-
gondage d'imagination ce ne sont pas encore les amplifica-
tions verbales, magnifiques, certes, mais un peu trop riches
tout de même et un peu creuses, où il lui arrivera de se com-
plaire dans sa vieillesse. Cette poésie intime, cette poésie du
foyer, est vraie d'une vérité universelle. C'est de l'art classique
élargi, classique par des moyens nouveaux, classique dans un
domaine où le classicisme avait le tort de ne pas pénétrer i
c'est du grand art français, parce que c'est de l'art profon-
dément humain.
Et sans doute, en voyant ce qu'il était alors capable d'écrire,
à quel point de parfaite maturité, de parfait équilibre, il était
parvenu, on ne peut s'empêcher de regretter que la politique
soit venue le détourner de sa mission véritable. Pour lui
comme pour Chateaubriand et Lamartine ses discours de tri-
bune ou de réunions électorales sont la partie morte de son
œuvre. J'espère néanmoins vous montrer que cette époque de
sa vie n'en est pas la moins intéressante. Non seulement il a
écrit presque en cachette de très belles pages que nous lirons
ensemble, mais il a été très mêlé à la vie contemporaine.
Nous aurons à le suivre dans des milieux fort divers, à l'Aca-
démie, aux Tuileries, à la Chambre des pairs, devant les bar-
ricades defévrier et de juin 1848, à l'Assemblée constituante et
à l'Assemblée législative, à l'Elysée chez le prinée-président,
sur d'autres barricades encore, celles de décembre t85t, dans
l'exil enfin, à Bruxelles et à Jersey. Nous ne ferons pas de
politique, nous n'en faisons jamais ici pour toute sorte de
raisons, et d'abord parce que c'est très ennuyeux. Mais nous
ferons de l'histoire, et l'histoire n'est jamais ennuyeuse.
André LE BRETON,
Professeur tA la Sorbonne (chaire Victor Hugo).
Vie Scientifique

TRAVAUX ET PUBLICATIONS
PHILOSOPHIE
M. André Lalande, Membre de l'Institut, Professeur à la Faculté
des Lettres. Les théories de l'induction et de l'expérimentation*.

Cet ouvrage se compose de deux parties l'une historique, qui est
la plus étendue l'autre proprement logique, actuelle, qui est d'ail-
leurs l'aboutissement de la première.
Partant d'une analyse de l'induction aristotélicienne,et du raison-
de
nement bien connu sur les animaux « sans fiel », l'auteur passe
là à l'étude de l'hypothèse telle qu'on la concevait généralement au
Moyen Age et jusqu'à la Renaissance,« fart de tirer le vrai du faux »
A cette
et, comme on disait alors, de «sauver les apparences».
conceptions'oppose celle de Bacon, souvent mal comprise, et beau-
méthode moderne;
coup plus voisine qu'on ne le dit en général de la hypothèses,et
ses tables sont surtout un moyen de suggérer des son
choses,
intetpretatio nat tirât, une conjecture sur les lois mêmes des
telles qu'elles existent dans la nature.
Entre ces deux conceptions opposées, hypothèse réduite à un lan-
gage commode, hypothèse anticipatricede la
réalité même, il s'éta-
blit depuis lors et jusqu'à nos jours une sorte d'oscillation sur
laquelle viennent s'insérer des discussions corollaires, telles que la
de la
controverseentre les partisans de la prudence maxima, et ceux
plus grande hardiesse dans la généralisation, entre les purs physico-
mathématiciens et les défenseurs des hypothèses de structure.
Hobbes, Boyle, Leibniz, Hooke, donnent les règles fondamentales
de la critique des hypothèses; Newton, dans ses Reguloe philo-
sophandi, semble presque vouloir s'en passer: et l'on sait quel écho
jusqu'à la fin du
sa formule, mal interprétée peut-être, a rencontré
dix-neuvième siècle. Au contraire, Huyghens, Herschel, Whewell,
pour ne parler que des hommes les plus marquants, sont des parti-
sans décidés du guessing, du droit à devinerpour
savoir. L'épistémo-

Un volume petit in-8« carré de vi-387 pages. Paris, Boivin, édi-


teur, 1929.
logie de Wheweil, en particulier, beaucoup moins connue en France
qu'elle ne mériterait de l'être, est l'objet d'une étude détaillée.
On en vient ainsi à l'époque de j. S. Mil), dont l'effort pour créer
une théorie formelle de l'induction causale est discutée du point de
vue indiqué par M. Lalande, il y a longtemps dêjk.d&mses Remarques
sur le principe de causalité 1. Avec l'étude du Système de logique finit
la partie historique et commence la partie constructive de l'ouvrage.
Celle-ci se compose de trois chapitres le premier est consacré à la
structure technique de la méthode expérimentale, telle qu'elle a été
solidement définie quant au fond, mais bizarrementexprimée dans la
forme par la célèbre Introduction de Claude Bernard; l'auteur y
apporte les éclaircissements et les compléments nécessaires; le
second concerne les principes de l'induction, au sens strict, c'est-à-
dire la discussion de ce problème la validité du raisonnementexpé-
rimental étant admise en droit, quels sont les postulats qu'il
implique, et qui constitueraientla législation logique minima néces-
saire à le formuler? -Enfin, le dernier chapitre distingue nettement
de ce problème celui du fondement de l'induction, qui s'y trouve
ordinairement mélangé de quel droit concluons-nous du passé à
l'avenir? Si notre confiance dans le savoir expérimental est ébranlée
par le scepticisme, à quoi nous attacher pour la rétablir ? Et sur ce
point comme sur le précédent, les réponses proposées, une fois
devenues indépendantes et clairement dégagées l'une de l'autre,
permettent de sortir des cercles vicieux où la science se croyait
souvent enfermée.
Le fond de cet ouvrage est un cours professé à la Faculté des
Lettres par M. André Lalande en 1 921-1922; il est complété par un
appendice utilisant certains travaux parus depuis cette date, notam-
ment les livres de Nicod et de M. Dorolle sur les problèmes de
l'induction.

Mlle P. Lascaris. – L'Education esthétique de l'enfants. Thèse puor


le doctorat soutenue devant la Faculté des Lettres. Paris, 19?$.
Ce travail, ainsi que l'indique son titre, traite d'une question
d'esthétique appliquée, question fort complexe et qui telle qu'elle
se pose actuellement recouvre un conflit de valeurs. Le problème est
donc plus large qu'il ne le paraît à première vue et demande à eue
abordé de plusieurs côtés et par les méthodes les plus diverses.
Sa solution s'il est permis d'employer ce terme ne saurait être
que la synthèse de solutions partielles, concernant la position actuelle
du problème et le mouvement contemporain de pédagogie artistique,
la nature psychologique de l'enfant, la nature psychologique et le rôle
social de l'art, le mécanisme et l'évolution des techniques artistiques.

1. Revue philosophique,septembre 1890.


2. In-8* de 5o8 pages, de la Bibliothèque de philosophie contompo-
saine. Alcan, Paris, 1928.
L'examen historique de la question s'imposait. Il s'agissait de savoir
comment, sous la poussée de quelles circonstances, par le concoars
de quels facteurs cet intérêt croissant pour l'éducation esthétique,
qui est visible dans tous les pays, pouvait nattre dans un siècle
de machinisme dans nos sociétés industrielles et industrialisées.
L'auteur étudie donc le problème tant sous sa forme culturelle qu'à
travers la tradition pédagogique et essaye de démêler les courants
particuliers qui ont contribué à former le mouvement contemporain.
Il conclut à un élargissement moderne de l'utilitarisme qui fait que
l'éducation esthétique apparaît de plus en plus comme la culture
a nécessaire » de ressources inexploitées.
Mais l'enfant se prCte-t-il à cette éducation esthétique ? Est-il artiste
à quelque degré? Pour répondre à cette question il faut partirde deux
faits d'une première opposition entre l'enfant et l'adulte et du fait
que c'est par l'œuvre que se détermine l'artiste et qu'il se définit.
La recherche devra être transposée du domaine de la critique à celui
de la création. Sans négliger l'étude du jugement esthétique, l'auteur
cherche avant tout à pénétrer la nature et le mécanisme de l'imagi-
nation créatrice de l'enfant, telle que celle-ci se révèle dans le jeu,
mais par un «art de jouer » où le plaisir est en fonction des joueurs.
Cela lui permet de distinguer chez l'enfant deux types fondamentaux:
l'artiste et V artisan de discerner également dans les formes du jeu des
formes utilitaires et des formes artistiques; d'arriver enfin à une com-
paraison entre l'art et le jeu, l'enfant et l'artiste.
Comparé à l'artiste, l'enfant présente certaines des conditions favo-
rables et nécessaires à la création artistique. Il peut être regardé
comme un type indifférencié moyen et normal, acteur, poète et manu-
tencier, comme un créateur souvent habile au geste adapté. Mais
artiste trop inconscient, il subit la loi de son imagination. Incapable
de saisir la règle de son travail, il ne sait ni la parfaire ni la refaire.
La troisième partie de l'ouvrage traite des conditions générales
et des conditions particulières de l'éducation esthétique. En exami-
nant is rôle des facteurs esthétiques dans la vie de l'enfant, l'auteur
montre que les besoins évoluent tandis que les procédés se survivent,
mais qu'il y a entre des limites variables un optimum de conditions
à réaliser pour l'enfant. Il essaye de définir en second lieu le caractère
et les modes de l'éducation esthétique d'après le caractère complexe
et variable de l'art, la versatilité du goût, la complexité et la varia-
bilité de l'attitude esthétique. Enfin, abordant la question des rapports
de la maturation progressive de l'enfant il l'apprentissage des
techniques artistiques, il met en relief la part d'un facteur central
l'attention, et des entraves internes les inaptitudes qui posent des
limites à l'éducation esthétique.
La conception d'ensemble qui se dégage de cet ouvrage est une
théorie fonctionnelle (dans le sens mathématique) de l'éducation
esthétique qui, loin de prôner les méthodes stylisées où l'on cherche
dans l'exercice préparatoire l'objet virtuel, vise au contraire à établir
entre les méthodes d'enseignement et l'art des différences de degré,
mais non pas de nature,
Mlle P. Lascakis Les Korakistiqius ou amendement d. la langue
grecque moitrne, par J. R. Neroulos. Texte et traduction avec
introduction et notes (thèse complémentaire). In-8" de i34 pages,
Paris, 19381.
Cet ouvrage, qui sort de la plume d'un lettré et d'un diplomate, est
uae Comédie sur la querelle de la langue en Grèce et date de 1812.
L'auteur, s'inspiiant d'Aristophane et de Molière, s'en servit comme
d'une arme, « l'arme du ridicule », pour arrêter a les progrès d'une
épidémie ». La pièce, sans être d'une grande valeur littéraire, 'ne
manque pas d'une certaine finesse. Mais elle est surtout intéressante
comme document linguistique et par les faits historiques qu'elle sert
à mettre en relief. C'est ce qui justifie d'ailleurs la traduction et la
réédition. La question de la langue ou la querelle des anciens et des
modernes,à cetteépoque ouïes Grecs se trouvaient sous la domination
ottomane, présentait, en effet, un intérêt vital, voire même angoissant.
C'est qu'il ne s'agissait pas d'une simple question de goût. Il fallait
avant tout conserver la langue, garder les traditions intactes, opérer
le réveil intellectuel du peuple grec et préparer l'unité nationale par
l'unification linguistique, ce qui explique l'ardeur et l'ampleur des
polémiques.
LETTRES
M. F.-P. BarrièRK. – Honoré de Balzac et la Tradition littéraire
classique*. Thèse pour le doctorat soutenue devant la Faculté des
Lettres. Paris, 1920.
Balzac a voulu, en plein romantisme, continuer la tradition clas-
sique. 11 n'est pas un imitateur servile, son tempérament ne le lui
aurait pas permis; d'autre part, pour peindre son époque, il doit la
comprendre, sympathiser avec elle, la porter en quelque sorte en lui.
même. D'autre part, il n'est pas le seul en son temps chez qui puissent
apparaltre des survivances classiques, il n'existe pas de cloisons
étanches en littérature mais il est peut-être le représentant le plus
complet et le plus volontaire de cet effort pour renouveler l'art tradi-
tionnel. Pour s'en rendre compte on considérera donc
A) La Formation de Balzac. B) L'Humanité balzacienne. –
C) L'Art de Balzac.
A) La Tradition français» avant Baltae.– Elle peut se résumer 8a
deux tendances essentielles, la première prédominante au dix-sep-
ticme siècle, la seconde qui tend à la supplanter au dix-huitième
étude de l'âme et peinture de la réalité. Les littératures étrangère et
populaire au début du dix-neuvième siècle n'offrent à peu près rien
qu'il soit impossible de découvrir chez les maîtres français.
La Formation de Balzac. – Balzac est préparé à recueillir cette
tradition par son caractère bourgeois, par son éducation dans la
famille et surtout au collège de Vendôme (intérêt du Catalogue de la
bibliothèque), par l'expériencede la vie qu'il acquiert peu à peu.
La Critique du Romantisme. Du commencement à la fin de sa
carrière il prend position contre le romantisme, critiquant la personne

t. Belles Lettres.
2. Un volume in-8, de 2tS p. Hachette,
Paris, iaaq.
même de l'artiste romantique, tes sentiments et t'ait de l'école,
jugeant sévèiement *es plus illustres contemporains.
Les Sources classiqurs. Par contre, il affirme son admiration
pour les classiques, admiration qui se manifeste par de multiples
emprunts; les citations ou réminiscencespullulent, de plus en plus
nombreuses à mesure que l'œuvre avance. Ce sont les derniers romans
qui en contiennent le plus. Elles concernent les sujets, les situations,
les caractères et forment, en quelque sorte, l'armature mCme du roman.
B) la Philosophie. Alors que le Romantismeexalte la passion,
Balzac la condamne, montrant qu'elle ruine à la fois la société et
l'individu. La société a toujours raison contre elle, et la rai -on
humaine trop faible pour lui résister doit faire appel au catholicisme.
Toule passion appelle une expiation matérielle ou morale.
L'Homme et la Société. Comme les écrivains classiques, Balzac
s'efforce de ne jamais séparer l'homme de son milieu, et, spéciale-
ment, de son milieu naturel, la famille; le roman de Balzac est
d'abord un drame de famille. Ce milieu est également la vie bour-
geoise qui est le cadre habituel de la comédie et aussi, àvrai dire, de
la tragédie classiques.
La Psychologie.– La préoccupation des grands classiques est de
créer des personnages représentatifs et de tout subordonner à l'étude
de l'âme. Cette préoccupation est également celle de Balzac, il ne
s'intéresse aux faits que daus la mesure où ils font connaître les âmes.
Le ressort de l'action est d'ordre psychologique, le hasard n'inter-
vient d'ordinaire que pour ce minimumdont n'ont pu se dispenser les
classiques eux-mêmes. L'action est déterminée par le jeu logique et
nécessaire des caractères.
Le Type. -Comme Molière, La Bruyère, etc., Balzac se propose
de créer non des individus mais des types, et dans ce but il met en jeu
deux facultés principales la sympathie qui lui permet de vivre la, vie
de ses héros, la faculté de choix, éminemment classique, qui lui fait
éliminer l'accessoire et condenser en un seul personnage des éléments
empruntés à divers modèles. C'e't là surtout ce qui le distingue de
ses successeurs réalistes ou naturalistes. B^hac nous fait connaître
ses héros par l'analyse, par leur nom et leur langage, mais surtout par
leur portrait et leurs artes.
C) Le PI m et l'Action. – Au même titre que la psychologie, l'art de
la constru,tion est une qualité classique. Balzac porte partout le
besoin de construire, dans son art comme dans sa philosophie. Il
indilue 1-s grandes assises de la Comcaie humaine, édifice incomplet
mais dont l'intention est très nette. Elle < emporte, d'autre part, des
groupes constitués autour d'une idée philosophique ou d'une caté-
gorie de caractères; il y a, enfin, des cycles retraçant, à travers plu-
sieurs romans, l'histuire d'un personnage, le cycle de Vautrin, par
exemple.
La Composition dramatique. – Si certains romans présentent du
désordre ou de la dispersion, la plupart sont composés avec la rigueur
d'une pièce de théâtre, en trois, quatre on cinq actes subdivisés eux-
mêmes en scènes. C'est là l'une des transformations essentielles que
Balzac introduit dans le roman. Cette composition est également
visible dans le détail de chaque paragraphe.
Procédés de composition. – Balzac au cours de l'œuvre, multiplie
les indications de place, surtout pour l'exposition et le dénouement.
L'art de la préparation et de la progression est chez lui particulière-
ment savant.
Style. Balzac, sur ce point, s'en tient à la doctrine classique
soumission absolue de l'expression aux besoins de l'idée, le style
«'existe qu'en fonction de l'objet à exprimer, d'où la vulgarité fré.
quente du style quand l'objet est vulgaire. Balzac est là encore le
disciple de Molière. Le vocabulaire technique, si abondant chez lui,
trouve de nombreux modèles dans la littérature classique.
En résumé, Balzac imite les classiques comme eux-mêmes ont imité
les anciens, avec une grande liberté, et le souci continuel d'appro.
prier ses modèles aux nécessités de son temps.

M. P.-F. Barrière. – Honoré de Balnac. Les Romans de /eunesse1.


Thèse complémentairepour le doctorat soutenue devant la Faculté
des Lettres.
Il ne s'agit pas de réhabiliter des œuvres oubliées, quoiqu'elles ne
soient pas sans intérêt, mais de chercher en elles les germes de la
Comédiehumain*, de voir naître et se former le grand B<*kac, et cela
d'autant plus que cette période de formation est assez mal connue.
Les Influences. littératures étrangères et le mélodrame ou
Les
le roman populaire sont des sources certaines mais qui ne fournissent
rien qui ne soit déjà chez les écrivains français; si Balzac juge déjà
sévèrement ces sources étrangères ou populaires, il se tourne déjà
vers les classiques.
La Composition, – Dès ses premiers romans on remarque un
sensible progrès sur les romans antérieurs, plus de cohésion et de
force dramatique. Il s'efforce de réduire la part du hasard, de donner
aux événements plus de nécessité et de coordonner les romans en
séries.
L'Observation réaliste. Ce penchant que révèle la correspon-
dance se montre déjà dans les romans historiques mais surtout dans
les romans contemporains (le Vicaire, Argow, fane) où il met en
scène des choses vues et dont certaines pages (Vie de village, de petite
ville) annoncent la Comédie humaine.

La Psychologie. Il s'intéresse déjà au drame de famille, il crée
des êtres bien vivants et vrais. Le souci psychologique apparaît parti-
culièrement dans l'emploi du fantastique. On voit s'ébaucherles pro.
cédés utilisés dans la Comédie humaine noms, langage, portraits.
La Philosophie. Encore peu distincte, mais c'est déjà la condam-
nation de la passion et de la révolte de l'individu contre la société.
En résumé, nous trouvons un effort de composition, une philoso-
phie en germe, une tendance très nette à l'observation réaliste, une
psychologiedéjà sûre et pénétrante parce qu'apprise près des maîtres
classiques. Balzac n'aura plus qu'à perfectionner son instrument, et
du reste bien des pages de ces romans seront reprises dans la Comédie
humaine.

r. Un volume in-8, de 8g p. Hachette, Paris, 1929.


M. Gabriel BOVSSACOI. –Angtl de Saavudra, duc de Rivât sa vit, ton
œmite poétique – Angtl de Saavedra, duc de Rivas estai de biblio~
graphie erittqut*. Thèses pour I» doctorat, soutenues devant la
Faculté des Lettres. Paris, 1926.
Ces deux ouvrages font un tout indivisible et se rattachent à une
même conception d'ensemble.
Il ne s'agit pas d'une monographie au sens classique du mot. Ce
travail a été fait par M. E. Allison Peers, le savant professeur de
l'Université de Liverpool. M. G. Boussagol s'est interdit l'analyse lit-
téraire il suppose connues les oeuvres de Rivas. Ce qu'il s'est proposé,
c'est d'expliquer l'évolution et l'essence d'un tempérament poétique
de première importance dans l'histoire de la littérature espagnole.
Rivas, en effet, après avoir beaucoup écrit selon des formules suran-
nées, devient le principal et le plus audacieuxIntroducteur du roman-
tisme européen en Espagne; puis, il renonce à ses audaces et semble
rétrograder.
Comment suivre cette évolution et en déterminer les raisons pro-
fondes si l'on ne sait pas exactement quelle fut la vie du poète et si
l'on ne fixe pas aussi exactement la chronologie de ses œuvres ?l
De là un travail prolongé de recherches dans les archives de France
et d'Espagne. Le résultat, c'est, d'une part, une rédaction nouvelle de
sa biographie, où sont corrigées un certain nombre d'erreurs, où le
rôle militaire, politique ou diplomatique du poète est étudié sans
parti pris et mis au point de la critique sereine et impartiale et,
d'autre part, une bibliographie qui passe en revue les documents d'ar-
chives, les manuscrits, les œuvres imprimées et les études qu'a sus-
.citées Rivas.
Ces travaux préliminaires terminé.4, M. G. Boussagol s'est préoc-
cupé d'expliquer la genèse de l'œuvre poétique il ne s'est pas borné &
déterminer le mieux possible les sources écrites utilisées par le poète;
il a recherché les causes diverses qui président à la naissance et au
développement d'un poème, et il a été amené à établir l'interdépen-
dance presque absolue de la vie et de l'œuvre, à telles enseignes que
bien des sujets, bien des personnages, bien des détails de toute sorte
ne sont dans l'œuvre qu'en raison de liens de parenté entre la famille
du poète et quelques-unes des plus grandes familles de la péninsule,
Les rapports entre l'art du peintre (car Rivas fut peintre aussi) et du
poète sont étudiés méthodiquement,ainsi que les idées esthétiques de
Rivas. L'étude des sources écrites fait apparattre l'importance excep-
tionnelle de textes comme la Matltilde, de Mme Cottin; VEs-pagnt
romantique, de Truebay Cossio, et las Navet de Cortis dettruidat, de
Moratin.
Une dernière partie de la thèse principale étudie synthétiquement
l'inspiration et l'art de Rivas en trois chapitres l'inspiration (idées et
thèmes), l'artiste et l'écrivain (.le mot, la phrase, le vers et le travail du
style).

1. t volume in-»0, de XU-481 pages. Paris, Didier, et Toulouse,


Privat. 1026.
3. N° 1 du Bulletin hispaniquede l'année 1927, pages t îi 100 avec un
fac-similé du manuscrit autographe d'un sonnet inédit.
Les quinze dernières pages sont consacrées à la reproduction des
principaux documents d'archives destinés surtout à préciser certain
points intéressants de la biographie du poète.
De l'ensemble de ce travail, il ressort que Rivas ne fut pas un chef
d'école, mais qu'il donna le premier à ses compatriotes les exemples
les plus typiques et les plus marqués du romantisme européen. La
sensibilité poétique et sa mémoire prodigieuse ont fait de lui un
reflet de bien des tendances diverses. Il eut le bonheur de se trouver
en Angleterre (ou en terre anglaise Alaltc) et en France au moment
du romantisme triomphant, et il fut romantique l'excès comme il
avait été néo-classique fervent.
M. l'abbé D. Tardi. Fortunat. Étude sur un dernier représentant
de la poésie latine dans la Gaule Mérovingienne. Thèse pour le
doctorat soutenue devant la Faculté des Lettres. Paris, 1929.
Au sixième siècle, trois éléments en Gaule se trouvaient en présence
la société romaine corrompue et la littérature de la décadence; les Bar-
bares et leur civilisation primitive; le christianisme et son influence:
ces trois éléments ont réagi les uns sur les autres. D'où l'intérêt d'une
étude sur Fortunat qui tient au monde romain par son origine et sa
formation littéraire, qui se rattache aux Barbares par son voyage en
Germanieet à la société mérovingiennedont on voit évoluer les repré-
sentants à travers son œuvre,– qui enfin est d'Église, par la sincérité
doses sentiments chrétiens et, plus tard, par son entrée dans les ordres.
Une fusion singulière s'est opérée en lui entre l'italianisme raffiné de
la décadence, la rudesse barbare et la douceur chrétienne.
Il complète Grégoire de Tours, comme peintre de la société méro-
vingienne.
Le livre premier est consacré aux influences qui se sont exercées sur
Portunat.
L'influence italienne du milieu où il est né et où il a grandi,i
L'influence chrétienne qui a formé en lui la sentiment religieux et qui
constitue, en quelque sorte, la source principale de sa poésie sacrée;
L'influence romaine qui s'est exercée par la culture classique reçue
dans les Universités italiennes
L'influence barbare que son voyage de plusieurs mois en Germanie
a rendue possiblei
L'influence mérovingienne qui le saisit dès son arrivée en Gaule;
Enfin, l'influence de la reine Radegonde, qui va désormais devenir
la grande inspiratrice dela vie de Fortunat fixé à Poitiers.
Le livre second traite des Sources d'inspiration:
D'abord, Fortunat poète de Cour et panégyriste des rois.
Puis Fortunat peintre de la société de son temps, avec cette galerie
si curieuse de personnages et de tableaux mérovingiens que l'on ren-
contre dans son œuvre.
Puis Fortunat peintre de l'Église mérovingienne, avec les princi-
pales figures d'évêques et de moines qui »e détachent dans ses poésies.
Dans le chapitre suivant sont bloqués, sous le nom de poèmes
d'occasion, les compositions épigraphiques,.les épitaphes et les des-
crip:ions de la nature.
Fortunat est ensuite examiné comme poète religieux, le seul aspect
Ahk. Ukiy. IV.– 'j
de son talent qui soit encore un. peu connu, grâce aux hymnes conser-
vées dans la liturgie catholique.
de Poitiers met an
Le ch.p.tre sur la vie journalière au couvent siècle
point les critiques formulées par les historiens du dix-neuvième
sur le caractère et le rôle
du poète.
Martin, et un
Quelques pages analysent le poème sur la Vie de saint
poèmes contestés,
dernier chapitre expose en détail la question des du poète les trois
maintenir dans l'teuvre
eo concluant qu'il faut
poésies dont on a voulu lui dénier jusqu'à l'inspiration.
traite des /W-
Le livre troisième, plus technique et philologique, siècle: analyse
dis d'expression: État de la langue latine au sixième
du vocabulaire, d- la morphologie, de la syntaxe,
du style et de la versi-
fication de Fortttnal.
On montre ensuIte, par des rapprochementsimité de textes assez minu- 1

tieux, que Forlu»at a été très étudié et très par les poètes de
époque carolingi nne, et l'on conclut enfin qu'il constitue un des
chalnons du lien intellectuel qui relie le passé gallo.romain au moyen
âge commençant.
Essai de
M. l'abbé D. TARD!. Les Epitomaede Virgilt de Toulouse.
traduction critique, avec une bibliographie, une introduction et
des noies. Thèse complémentaire pour le doctorat soutenue
devant la Faculté des Lettres. Paris, 1929.
L'introduction présente d'abord en raccourci les théories littéraires
et grammaticales étranges, effarantes
même de ce grammairien latin n
homme de génie ou un
du sixième siècle que certains ont pris pour un mystificateur.
précurseur, d'autres pour un illuminégrammaticales
ou un
En étudiant ensuite les théories des grammairiens
de Vir-
de l'Age précédent, on essaie de montrer que l'enseignement
gile de Toulouse ne constitue pas une innovation à proprement par.
antérieurs.
1er, mais seulement une dé.orraation des
ensdgnements
déformation? La société
S.,us quelles influences s'est opérée cette habitants
barbare e.ivuonnante, le désir d'éblouir les de sa province,
du secret, appliquée
la Kabbale juive aussi, peut-être, et la discipline
à l'enseignement de la grammaire. précieux de ces
En tout cas, il y a à tirer plus d'un renseignement
théories étranges, pour l'histoire des lettres latines au moyen age.
de l'édition
La traduction est donnée en regard du texteconclusions
Huemer
de Stangl
(Leipzig, tK8i). légèrement modifié d'après les successive.
Virg.liana, Munich, .89.). Chacun des Epitomae traite du
ment de la science, de la lettre, de la
syllabe, des mètres, nom. du
conjonction, de la
prénom, du verbe, de l'adverbe, du participe, de la des étymo-
préposition. de l'interjection, de l'art de couper les mots,
grammairiens de
liste des
logi. desao,,s et des v.roes. et enfin de la nulle
l'école de Toulouse, dont on ne retrouve part ailleurs ni les
noms ai les théories.
M. P. Vidal.– Charles-Albertet le RUorgimento
italien (1831-1848).
Lettres.
Thèse pour le doctorat, soutenue devant la Faculté des
Paris, 1928.
à la
Cette thèse a pour objet l'étude des événements qui aboutirent
première guerre d'Indépendance italienne, guerre que l'on peut con.
sidérer comme une des principales causes de la formation de l'Unité
de la nation voisine. En essayant de préciser la figure un peu énigma-
tique de Charles Albert, on s'est efforcé d'éclairer l'enchaînement des
faits qui devaient conduire la Maison de Savoie à Rome et lui per-
mettre de grouper, sous son sceptre, les divers États de la péninsule.
Résumé. – La personnalité de Charles-Albert fut longtemps une
énigme qui, jusqu'à ces dernières années, préoccupa les historiens.
En effet, la vie et le caractère de ce prince présentent tant de singu-
larités et de contradictions I Né à Turin le 2 octobre 179g, le père du
premier roi d'Italie connut une vie aventureuse, puisque nous le
retrouvons, tour à tour, élève d'un modeste pensionnat parisien,
pupille d'un ministre protestant à Genève et lieutenant de dragons à
Bourges. Les défaites de Napoléon I" le firent héritier du trône de
Savoie et le ramenèrent à Turin. Ce jeune homme, élevé dans l'am-
biance des victoires de l'Empire, ne pouvait que difficilement
s'adapter aux mœurs désuètes de la Cour de Sardaigne. C'est vers lui
que les libéraux de \%n tournèrent leurs regards. Ce malheureux
prince eut connaissance du complot des conspirateurs, mais, pour ne
pas trahir ses amis, il ne les dénonça pas. Lorsque, malgré lui, la
sédition éclata, légitimistes et libéraux se déchargèrent de leurs res.
ponsabilités sur l'héritier présomptif que l'abdication de Victor-
Emmanuel I" venait de faire régent. En voulant remplir scrupuleuse-
ment ses devoirs de prince du sang, sans trahir ceux qui l'avaient
initié à leurs projets, Charles-Albert se rendit suspect aux deux partis,
qui l'accusèrent de trahison. Son oncle Charles-Félix, élevé soudaine-
ment à la royauté, se montra particulièrement haineux à l'égard de
l'héritier désormais soupçonné de carbonarisme. L'Autriche, qui, à ce
moment, rêvait d'assurer sa prépondérance en Italie, en faisant passer
dans la famille d'Este les domainesde la Maison de Savoie, encouragea
les méfiances du vieux roi. Sans l'intervention de la France, Charles-
Albert eût été déshérité et privé de ses droits à la couronne de ses
ancêtres lors du Congrès de Vérone. Dans la suite, les menées de
Metternich amenèrent encore Charles X à parler haut et ferme à Turin
(juillet 18*9) et le pape Pie VIII à invoquer le droit divin pour éviter
l'accession d'un archiduc autrichien (le duc de Modène) au trône de
Sardaigne. Malgré ces intrigues, la mort de Charles-Félix permit à
Charles-Albert de succédera son oncle sans difficultés le zj avril t83t.
Le nouveau roi avait l'idée bien arrêtée de se venger de l'Autriche a
laquelle il reprochait les humiliationsde 1821, et de faire de la petite
armée piémontaise l'instrument de la libération de l'Italie. Tout son
règne allait être dominé par cette double espérance. C'est elle qui
l'amena & doter le royaume de Sardaigne de solides institutions
militaires et de finances bien équilibrées, afin de le mettre à même
d'entreprendre un jour de « grandes choses ». Bien servi par son
ministre Solaro della Margherita, Charles-Albertse nt en Orient et en
Amérique du Sud le champion de l'idée italienne pour s'imposer à ses
compatriotes en même temps, comme un véritable conspirateur, il
mina sourdement la domination autrichienne en Lombardie et les
trônes chancelants des satellites de l'Autriche par une diplomatie
secrète dont M. dAzeglio fut l'âme. La rivalité austro-sarde, long-
temps confinée dans le secret des chancelleries, éclata brusquement
la querelle le tracé des
en 1846, lors de l' « Affaire des sels » et defaire pièce à pour
la diplomatie de
grandes voies ferrées alpines. C'est pour
Metternich, qui voulait drainer vers Tneste le traic entre la mer du
Nord et la Méditerranée, que Charles Albert fit étudier le percement
du Mont-Cenis et du SaintGothard. Les événements de 1848
devaient
laisser à d'autres le soin de réaliser ces projets hardis, dont l'initia-
tive revient entièrement à ce monarque peu connu (voir à ce
sujet les
curieux documents conservés aux Archives du quai d'Orsay, Turin, F.
année 1847). Mais, tandis que Charles-Albert croyait s'acheminer len-
tement vers son double but, l'Italie, jusqu'alors somnolente, s'était
éveillée il l'appel de Gioberti, de Balbo et de ses Congrès de savants
perdre à
le «• Risorgimento Il commençait. L'élection de Pie IX fit
l'Autriche un de ses meilleurs atouts le protectorat qu'elle exerçait
depuis t8i5 sur le Saint-Siège. Vienne, par un coup de force, voulut
reconquérir le prestige perdu dans la nuit du 16 juillet 1847 ses troupes
occupèrent Ferrare en vertu d'une interprétationtrès élastique de l'ar-
ticle io3 du traité de Vienne. Ce « coup de Ferrare » n'eut d'autre
résultat que de cimenter l'unité morale des peuples d'Italie. Charles-
Albert, croyant que le « grand jour » était venu, mit son épéeà la dis.
position du Pape outragé et fit savoir publiquement à ses sujets qu'il
était prêt « à faire pour la cause guelfe ce que Schamyl faisait contre
l'immense empire russe » (a septembre 1847) mais Pie IX n'osa de
pas
six
paroles de qui retarda
prononcer d'irrémédiables guerre, ce
mois la levée de boucliers contre l'Autriche.
A partir d'octobre 1847, les événements se précipitent dans tous
les États de la Péninsule des minorités hardies réclament
des
garanties constitutionnelles,l'union des princes et la préparation de
la guerre. Si ces deux derniers objectifs souriaient particulièrement
au roi de Sardaigne, il n'en était pas de
même pour les institutions
représentatives.Ce monarque, en effet, pensait que le parlementarisme
affaiblirait l'ttat au moment où toutes les énergies devraient être
emp oyées au succès de la lutte contre l'étranger.
Ne voulant pas user
de nu sures répressives contre ses sujets, Charles- Albert, sur les con-
seils de Palmerston, concéda les réformes du 3o octobre 1847, qui
étaient un premier pas vers la monarchie constitutionnelle, puis il
ébaucha avec Rome et Florence un projet de Ligue douanière
(novembre 1847). Cette ébauche de fédéralisme devait échouer devant
les prétentions piémontaises qui visaient à l'hégémonie politique en
Italie. Néanmoins, l'Autriche s'en alarma et répondit au pacte de
novembre par le traité secret du 34 décembre 1847, qui créait sous son
patronage une véritable Ligue Empire.Parme-Este
militaires.
et en concentrant
C'est dans cette
en Lombardie d'importantes forces
atmosphère de guerre que commença l'année 1848, dont les premières
journées furent marquées par les tragiques incidents de Milan
(3 janvier). Soutenu par l'Angleterre. Charles-Albert se
prépara ouver-
de Guizot. Rompant
tement à la guerre, malgré les conseils pacifiquesRégime, il sacrifia son
irrémissibiement avec les traditions de l'ancien
autorité absolue en concédant, sans arrière-pensée, le Statut consti-
tutionnel du 7 février 1848, qui, jusqu'à nos jours, devait servir de
Charte à l'Italie libérée. A un ultimatum de l'Autriche, il répondit en
appelant Balbo au ministère,ce qui, selon les parolesdu baron Hainer,
« étaitpresque une déclaration de guerre ». Enfin, lorsque la révolu-
tion de Milan précipita les destinée» de la Péninsule, Charles-Albert,
passant outre aux craintes de ses ministres timorés, assuma la respon-
sabilité de la déclaration de guerre à l'Autriche, déterminant ainsi la
retraite de Radetzky derrière le Mincio (a3 mars 1848). L'histoire pié-
montaise était terminée celle de l'Italie, unie à la Maison de Savoie,
commençait.
GÉOGRAPHIE
M. Maurice Baumoht. – La grosse industrie allemande et le charbon.
la grosse industrie allemande et le lignite1. Thèse pour le doctorat
soutenue devant la Faculté des Lettres. Paris, 1928.
Frappé de l'importance acquise en Allemagne par le problème de la
production charbonnière, qui ne cesse de dominer la question des
réparations et les rapports franco.allemands, même quand les tour.
meates politiques semblent le reléguer à l'arrière-plan, M. Baumont
a été amené à rechercherles étapes suivies par ce problème,
vif
à remonter
l'aboutissement.
sa longue évolution, dont il devait étudier suréconomique
le
allemande.
Le charbon se trouve au cœur de toute la vie
Depuis le milieu du dix.neuvième siècle, il est ft la base du dévelop-
pement économique. Avec la potasse, c'est presque la seule des
matières premières que l'Allemagne, gigantesque usine de trans.
formation, n'ait pas besoin d'acheter au dehors. On ne peut contester
l'importance primordiale du rôle joué par l'accroissement de la
production houillère, dans l'essor si remarquable de l'industrie alle-
mande ;cet essor Industriel a été dirigé par les gisements de houille.
Parmi tant de tendances contradictoireset de pressions hostiles, qui
de stable, de
se sont exercées sur le Reich, c'est là quelque chose géographique,
solide, qui a l'avantage de tenir étroitement à la base
aux conditionsnaturelles c'est une réalité ferme, presque immuable,
incessants
à
laquelle on peut s'accrocher pour résister aux soubresauts
de la politique, qui laissent parfois aux témoins directs le sentiment
lassant d'un piétinement chaotique et désordonné, d'une perpétuelle
imprévisibilité. Même si l'histoire du charbon se confond souvent
– il y a intérêt
avec celle de la grosse industrie tout entière, et souventd'étude
à les confondre, l'industrie houillère forme un objet bien
délimité, bien précis, vraiment central dans son cadre national.
Par une enquête méthodique, M. Baumont a voulu retracer l'histoire
allemande de la mine, du mineur et de l'industrie minière. C'est un
vaste sujet qui dans son ensemble n'a jamais été abordé,totalité, même
en Allemagne. 11 l'a envisagé dans toute son ampleur, dans sa
avec tous ses aspects économiques et sociaux. Il s'est efforcé d'exposer
de vue légis.
avec précision l'organisation des entreprises, au point employeurs
latif, financier, commercial; les rapports qui unissent et
employés; la vie et les revendications des ouvriers;dc montrer où et
par qui le charbon est extrait, ce qu'il devient une fois extrait, à qui
1. G. Doin et C-, éditeurs. Paris, 1938. Un volume de 7$4pagesavcc
a cartes et 70 pages de bibliographie, complété par un
volume d,
i58 pages avec 4 cartes.
-et par qui il est vendu, à quel prix et avec quel bénéfice, où et par qui
il eit consommé, comment il est transporté. En examinant ainsi les
questions nombreuses et variées, relatives au transport, au commerce
et à l'extraction de la houille, aux mines et aux mineurs, il a été
amené à poser la grande question de l'économie générale du charbon.
« Penser en charbon », « Agir en charbon », comme on dit en allemand,
peut offrir le danger d'une exagération romantique, dont l'excès dans
certains cas risque de mener assez loin. Il importait de déterminer
comment la question du charbon et d'une politique houillère apparaît
au point de vue national, au point de vue de l'économie générale
de l'Allemagne.
La géographie est non seulement le cadre, mais la base de l'histoire
minière. Elle groupe notamment ce qu'on peut appeler les circons-
tances physiques de la production sur la nature, la situation et la
valeur des gisements la disposition, l'importance et la qualité des
couches, les caractères de la roche encaissante. M. Baumont
s'est préoccupé de situer géographiquement la production
houillère.
Désireux de suivre dès l'origine chacune des phases du dévelop-
pement des bassins houillers dans leur histoire économique, sociale
et industrielle, il est remonté au temps où, faute de moyens de com-
munication, faute de canaux et même de routes, chaque région devait
vivre sur ses ressources propres et ne pouvait songer à les accroître
grandement, en l'absence de consommateurs réguliers. A cette
première période succède une seconde période marquée par la nais-
sance simultanée de l'industrie lourde et des moyens de transport.
L'histoire f.iit assister à un développement croissant de la production
et de la consommation houillères. Enfin, vient une troisième
période. Des ententes régionales entre producteurs apparaissent;i
il s'agit d'éviter les accumulationsinconsidéréesde stocks, entraînant
l'altération des productions entassées sans suffisante prévoyance et iet
ruineuses dépréciationsqui en étaient la conséquence. En même temps,
la concentration des sociétés houillères s'opère, ainsi que leur asso-
ciation avec les grandes industries consommatrices et les grandes
entreprisesde transport. L'action patronaleaboutit à un aménagement
plus habile et plus avantageux de l'exploitation, à une organisation
du travail meilleure et plus productive, à un emploi plus grand et plus
économique des machines.
M. Edouard Gruner, l'éminent savant qui, dès 1887, avait attiré
l'attention du public industriel français sur l'importance des syn-
dicats miniers en Allemagne, a écrit uue préface qui signale l'utilité
de cet ouvrage « M. Baumont a profité des circonstancesqui mettaient
à sa disposition une documentationdes plus complètes pour élever
un magistrat monument.
« Au fur et à mesure de ses recherches sur les questions houillères
et la grosse industrie allemande, il a été amené à envisager toutes les
grandes questions économiqueset sociales qui se sont posées devant
l'Aitemagne du dix-neuvième et du premier quart du vingtième siècle.
« Mine inépuisable de documents sûrs, méthodiquement classés,
son ouvrage fera époque en offrant tout au moins un aperçu de toutes
les questions soulevées dans les cinquante dernières années par l'évo-
l'
lution industrielle et sociale de Allemagne. Il
Tkise {«mpiémtntairt Ls uesiTB. Vindustrlo da lignite, qui
depuis la guerre a pris eu Allemagne un formidable développement,
du cltarbon;elle est marquée
ae se confond pas avec l'industrie
de traits didérents, elle a sa per»onn.lité. Elle méritait d'-utant plus
pour le prochain avenir les plus
une étude spéciale qu'elle susciteméthodiquement de tirer du lignite
vastes espérances, Le Reicb essaie
des combustible; liquides, et il est arrivé dès maintenant à des résul.
tats d'une réelle portée industrielle.
SCIENCES NATURELLES
Travaux et publications du laboratoire de botanique
C. P. N. PENDANT L'ANNÉE SCOLAIRE IO27'1928
M. Guiiliermond, directeur du Laboratoire, a continué ses
recherchessur trois formes d'Ascomv(.-étesinférieursisolés par Ashby
et Nowell de la stigmatomycose des graines de Cotonnier.
La plus intéressante, le Spermophlhora Gossypii, présente un
mycelium primaire ou gamétophyte dépourvu de toute cloison et
tout à lait semblable à celui des Siphomycètes avec de nombreux
eristalloïdes de protéine et parfois des bouchons de callose obstruant
les filaments. Les extrémités des filaments forment des renflements
fusiformes et sinueux se transformant en gamétanges qui se déli-
mitent par deux cloisons transversales dont l'une sépare, à l'extré-
mité du gamétange, un petit article stérile. Le gamétange renferme
qui subissent deux mitoses
un nombre variable de noyaux (5 à 8)
successives; puis les noyaux qui en résultent se placent au milieu
dans un sporoplasme dense qui se décompose bientôt en autant de
gamètes fusiformes qu'il y a de noyaux. Ceux-ci s'accroissent peu
à peu en absorbant le reste du cytoplasme ou épiplasme. Les
gamètes une fois formés sont fusiformes et munis sur la moitié de
leur longueur d'un épaississement de leur membrane formant une
ligne saillante ils offrent un seul noyau. Dès la déhiscence du
gamétange, ils s'unissent deux à deux par un canal au milieu duquel
s'opère la fusion nucléaire (copulation isogamique). La zygospore
ainsi formée germe immédiatement en produisant un court, myce-
lium secondaire ou sporophyte constitué par des cellules uninu-
cléées les cellules qui occupent les extrémités des rameaux se trans-
forment en asques typiques à huit ascospores. Celles-ci transportées
dans un milieu frais reproduisent un mycelium primaire ou gamé-
tophyte.
Deux autres formes ont été rapportées par Ashby et Nowell au
Coryli (Peglion), l'autre
genre Mmatospora; l'une correspond au N.
est une espèce nouvelle, le N. Gottypii.
Le N. Coryli végète sous forme de levures uninucléées qui donnent
des asques dont les ascospores sont généralementau nombre de 8,
fusiformes et pourvues d'un long appendice flagelliforme. Ce Cham-
pignon présente tous les caractères des levures.
Le N. Gossypii, au contraire, végète exclusivement sous forme
d'un mycelium à articles plurinucléés les extrémités des filament»
donnent des sacs sporifères qui renferment de 8 à 32 spores sem-
blables à celles de N. Coryli. Ces sacs sporifères diffèrent des
asques par le fait qu'ils dérivent toujours d'articles pturinucléés. Les
spores germent en reproduisant un mycélium. M. Guilliermond
sépare le N. Gossypii du genre Ncmaiospota en raison des caractères
de ses sacs sporifères qui ne peuvent être assimilés à de véritables
asques et crée pour cette espèce le genre Ashbya.
M. Guilliermond esquisse une théorie phylogénétique des Asco-
mycètes. Il considère le Sptrm. Gossypii commeune forme archaïque
d'Ascomycètes, intermédiaireentre les Sipbomycèteset les Ascomy-
cètes et admet que les Ascomycètes supérieurs dérivent de cette
forme par l'intermédiaire des formes du type Monascus et Pyromma
dans celles ci la copulation des gamètes formés dans des gamétangea
se serait transformée en gamétangie, c'est-à-dire en fusion des gamé.
tanges eux-mêmes dont les gamètes seraient réduits à des énergides.
L'oeuf composé qui en résulte par suite d'un retard dans la caryo-
gamie aurait donné un sporophyte constitué par 2 noyaux à » chro-
mosomes et la fusion nucléaire ne se produirait que dans l'asque.
Etant donné qu'on trouve dans le Sftrmophtfiora des cas où le spo.
rophyte est très réduit, la zygospore pouvant donner une seule
cellule qui se transforme directement en asque, M. Guilliermond
suppose que les Protoascées dériveraient d'une branche détachée
aussi du Spermophthora, mais dans laquelle le sporophyte serait
supprimé. Quant au genre Ashbya, il tend à le considérer comme
une forme voisine du Dipodaseus aans laquelle le gamétange réduit
à l'état d'énergide se transformerait en asques par parthénogenèse.
M. Guilliermond a publié, en outre: Sur la cytologie des Ntmato-
spora. (C. R. de l'Atad. des Se., t. i85, 1927.)
Quelques faits nouveaux relatifs au développement du Sptr-
mophthora Gossypii. (C. R. de PAcad. des Sc., t. 186, 1928.)
Remarques sur la phylogénie des Ascomycètes. (C. R. de VAcad.
des Se., t. 186, 1928.)
Recherches sur quelques Ascomycètes inférieurs isolés de la stig-
matomycose des graines de Cotonnier et essai sur la phylogénie des
Ascomycètes, 12 planches, 42 figures de texte. (Rev. gtn. Bot.,
t. XL, 1928.)
Clef dichotomique pour la détermination des Levures. (Le Fran-
çois, éditeur, Paris, 1928.)
M. Manoenot,assistant, a poursuivises recherches sur les vacuoles
des végétaux et montré (2) que les « granulations péroxydasiques »
sont des précipités vacuolaires beaucoup de granulations oxyda-
siques sont sans doute aussi localisées dans les vacuoles et, chez.
certaines plantes (pétales d'Acacia), on observe côte à côte, dans les
mêmes cellules, des granulations oxydasiques au sein de vacuoles à
composéa phénoliques, et des granulations péroxydasiques au
sein
d'autres vacuoles.
C'est dans les vacuoles que sont localisés les iodures chez les
Algues marines. M. Mangenot a montré que le bleu de crésyl estdes un
réactif microcbimique de ces sels il forme, en leur présence, qui
cristaux rouges caractéristiques; au moyen de cette réaction, la
a lieu dans
présente une signification chimique incontestable etrépartition
cellule encore vivante, M. Mangenot a étudié la
des
iodures dans la thalle des Laminaires et décelé la présence de ces
sels chez des Algues où celle.ci n'était pas soupçonnée.
Au cours d'un séjour au Portugal, M. Mangenot a observé la
flore
marine des environs de Lisbonne; il a montré que Fueus vtstculosus
se comporte, dans ces parages, comme au Maroc (cf. Mangenot,
1937) il abandonne les rochers exposés pour se
réfugier dans les
stations vaseuses; il peut alors s'accommoder à la vie limicole et,
présente des morphoses
sous l'influence du changement de milieu, des herbiers, avaient été
qui, connues jusqu'alors exclusivement par
considérées, à tort, comme répondant des variétés d'une espèce spé-
ciale (F. axillaris).
Certaines Algues présentent une iridescence dont sont respon-
épider-
sables des corpuscules particuliers contenus dans les cellules Svede-
miques malgré de nombreux travaux (Kny, von Faber,
énigma-
lius, etc.), la signification de ces corpuscules demeurait très Algues
tique. M. Mangenot a montré que ces corps sont, chez les selon
rouées, des précipités vacuotaires, protéiques ou tanniques,lipoidiques,
les espèces, et, chez les Algues brunes, des éléments
comparables aux élaïoplastes des Hépatiques; il a établi un parallé-
dispositifs
lisme entre l'action physique de ces corps et celles des de
responsables des vives couleurs que présentent les ailes nom.
breux insectes.
Enfin, sur l'invitation de la Réunion biologique de Lisbonne<. ett
Mangenot adonné, dans
sur celle de l'Université de Coïmbra, M.récents progrès de la Cyto-
ces deux villes, une confèrent- sur les poursuivis dans le labora-
logie végétale et, notamment, les travaux
toire de M. A. Guilliermond.
Sur la signification des cristaux rouges apparaissant, sous
l'influence du bleu de crésyl dans les cellules de certaines Algues.
(C. R. de l'Acad. des Sc., 186. 93, 1928.)
Sur la localisation cytologique des péroxydases et des oxydases.
(C. R. de l'Acad. des Se, 186. 710, 1928.)
Sur la localisation des iodures dans les cellules des Algues.
(Bail. Soc. de France. 75. S19S40, 1928.)
Sur les Fucus vesiculosus des côtes portugaises. (C. R. Sac. de
Biol.) (Réun. biol. de Lisbonne, novembre 1928.)
Sur les corpuscules qui provoquent l'iridescence de certaines presse.)
Algues marines. (Bull. de Fimt. scient, chirifien, 1928.) (Sous
M. Chaze, assistant des travaux pratiques, a continué ses
teche.xhes sur la nicotine dans la plante de Tabac, et grâce aux
méthodes cytologiques et à l'étude vitale, il a pu apporter des pré-
cisions sur certains points que ni la chimie, ni la microchimie,
n'avaient pu aborder. {Bull, d'/iist. appliquée à la Physiologie et à h
Pathologie, t. V.juin 1928, p. aS3.)
Il a d'autre part fait entrevoir les possibilités du rôle que pourrait
jouer la connaissancemicrographique de la feuille sèche des diverses
variétés de Tabac dans l'industrie du tabac, rôle analogue à celui des
analyses micrographiques en pharmacie et dans beaucoup d'indus-
tries. (Rev. de Bot. appliquée et d'apiculturecoloniale, vol. VIII, n»8i,
mai 1928.)
M. Milovidov, docteur es sciences de l'Université de Prague,
s'est attaché à l'étude cytologique des nodosités des Légumineuses.
Il a montré que les cellules du tissu bactéroïdien de la racine de
Lupin conservent pendant longtemps le pouvoir de se diviser par
mitose, malgré les nombreuses Bactéries qu'elles renferment et que,
pendant la mitose, ces Bactéries se placent aux deux pôles du fuseau
pour se répartir ensuite entre les deux cellules-filles les mitochon-
dries se distribuent également entre les deux cellules-filles, mais
d'une manière moins régulière, et entourent le fuseau, alors que les
Bactéries se rangent aux deux pôles.
M. Milovidov a cherché en outre à obtenir une méthode de double
coloration qui permette de colorer simultanément et d'une manière
différente, dans une même cellule, les Bactéries et les michondries.
L'emploi d'une méthode spéciale lui a permis d'obtenir dans une
même cellule les Bactéries colorées en bleu par le bleu de Unna et
les mitochondries teintes en rouge par la fuchsine.
La même méthode appliquée aux cellules des corps adipeux de
la Blatte (Btattela germauica) dans lesquels se trouvent d'une manière
constante des bâtonnets désignés sous le nom de bactéroïdes et dont
la signification est encore contestée lui a permis également de colorer
ces éléments de la même manière et d'apporter de nouvelles preuves
en faveur de leur nature bactérienne.
M. Milovidov a fait, d'autre part, une série de recherches sur les
mitochondries. Il a trouvé une méthode permettant d'obtenir la diffé-
renciation des grains d'amidon dans l'intérieur des chondriocontes
chez diverses plantes par unedoublecoloration les grains d'amidon
apparaissent teints en vert dans l'intérieur des chondriocontes
colorés en rouge. Enfin, M. Milovidov a montré que les mitochon-
dries des végétaux, de même que les plastes qui ne sont qu'une caté-
gorie de mitochondries, offrent toutes les réactions des protéides
et peuvent être considérés comme constitués par des lipropro-
téides.
Recherches sur les tubercules de Lupin. (Rev. gén. de Bat.,
t. 40, 1918.)
Sur la question de la double coloration dos bactéries et des chon-
driosomes. (C. R. Soc. Mol., t. XCVIII, 1928.)
A propos des bactéroïdes de la Blatte (Slalteh
gtrmanica). (C. R.
Soc. biol., t. XCIX, 1928.)
Sur les méthodes de double coloration du
chondriome et des
grains d'amidon. (Arch. Anat. microscopique,t. XXIV, 1928.)
Coloration différentielle des Bactéries et des chondriosomes.
(Arc/i. Anat. microscopique, t. XXIV, 19*8.)
Sur la constitution des chondriosomes et des plastes chez
les
Végétaux. (C. R. de l'Acad. des Se, t. 187, 192.)
Sur les caractères différentiels des Bactéries symbiotes et des
chondriosomes. (Bull, d'hist. appliquée à la Physiologie, 1928.)
M. Doknesco, assistant au Laboratoire de morphologie de
l'Uni-
Golgi
versité de Bucarest, a cherché à démontrer que l'appareil de
constitue une
se superposeexactementaux canalicules de Hol mgren et des cellules
formation correspondant à un vacuome analogue à celui
végétales et colorable par le rouge neutre, selon l'opinion soutenue
par Guilliermond, Parat et Corti. Recherches sur les constituants
morphologiques des cellules fibrillaires de l'hépato-paneréas de
l'Êcrevisse, et en particulier sur les relations de l'appareil de Golgi
et du vacuome. (C. R. de l'Acad. des Se, t. 186, p. i652, 1928.) étudié
M. EICHHORN, poursuivant ses recherches caryologiques, a
la mitose somatique de YHyacinthus qu'il a montré être identique,
sur bien des points, à celle de l'Allium. C'est un type tout à fait dif.
férent qu'il a rencontré chez les Pinacées où le clivage, nettement
métaphasique, constitue un caractère caryologique différentiel qu'il
Gymnospermes.Il
sera peut-être possible d'étendre à l'ensemble des
constate, toutefois, que la division somatique chez le Ginkgo se rap-
proche beaucoup du type propre aux Angiospermes,ce qui, outre la
présence d'un satellite chez la plante femelle, contribue à faire
mettre à part le Ginkgo parmi les Gymnospermes.
Sur divers stades de la mitose de VHyacinihus orientales et, compa-
rativement, de V Alton* Cepa.{C. R. de l'Acad. des Se, t. 186, .928.)
Sur le clivage métaphasiquedes Pinacées. (Ibid., 1928 )
Sur la mitose somatique du Ginkgo biloba et la présence d'un satel.
lite chez la plante femelle. (C. R. Soc. Biol., t. 99, 1928.)
M. Ghimpu, ingénieur-agronome de l'Universitéde Jassy, a étudié
le nombre des chromosomes dans les espèces Medicago. Ces études
l'ont conduit à répartir les 14 espèces étudiées de ce genre en quatre
dimension des chromo.
groupes d'après le nombre (16 et 3a) et la du genre Meditago.
somes Contribution à l'étude caryologique
(C. R. de l'Acad. des Se., t. 186, p. 245-*47. '9*8)
M. Tsen-Cheno a étudié les phénomènes cytopathologiques
qui
caractérisent la maladie de l'enroulement de la Pomme de terre qui
se traduisent par une hypertrophiedes cellules et une augmentation
de leur pouvoir osmotique et du pH vacuolaire, par une production
anormale d'amidon et de tannoides, ainsi que par des phénomène*
de nécrose.
Sur les modifications histopathologiques contractées chez ia
Pomme de terre (Soltmum tubtromm) atteinte de dégénérescence
(maladie de l'enroulement.) (C. R. de lacad. dis Se, 1928.)
Sur les phénomènes nécrotiques de la pomme de terre atteinte
d'enroulement. (C. R. de l'Acad. des Se., 1928.)

MÉDECINE
Travaux du Professeur ROUSSY et de ses Collaborateurs
Initient du Caneer.de la Fatuité dt Médecine à Paris
PROFESSEUR Roussy, directeur DE L'INSTITUT DU Cancer
Hypophyse et région infundibulo-tubértenne, avec M. GOURNAY.
Extrait du Traité de -physiologie normale et pathologique, tome IV,
1918. – A propos de la classification des tumeurs des méninges, avec
L. Cornu. Revue neurologique, n° «, janvier 1928. A propos de
la radio-résistance des épithéliomas cutanés irradiés antérieurement,
avec Mme S. Laborde. Journal de radiologie et d!ileetrologie, n» a,
tome XII, février 1928. Cancer et traumatisme. La Vit médicale,
n° 10, a5 mai 1938. – A propos de la nouvelleclassification des gliomes
de Percival Bailey. Annales d'anatomie pathologique, n» 6, tome V.
juin 1928. Neurotomie et rétrogassérienne dans les cancers de la
bouche, avec T. DE Martel. Revue neurologique, n° 1, juillet 1928.
A propos de la conception et de la classification des tumeurs céré-
brales. Revue neurologique, n° 1, juillet. – La conférenceinternatio-
nale du cancer à Londres. Presse médicale, n" 73, 8 septembre 1938.
L'orientation actuelle des idées sur le cancer. Annales de médecine,
n° 4, novembre 1928. Quelques points discutés de l'étiologie du
cancer. Annales de médecine, n° 4, novembre 1938. La fréquence du
cancer d'après les récentes statistiques de mortalité, avec Héraux.
Annales de médecine, n° 4, novembre 1938. – La Culture des tissus et
ses applications à l'étude du cancer. Annales de médecine, n* 4,
novembre 1938.

Travaux publiés par le docteur R. LEROUX


agrégé, chef des travaux
Deux cas de tumeurs du rein à type blastèmerénal, avec Mlle Kocan.
Société anatomique, 29 mars 1938. Ulcérations intestinales et réac-
t
tions ganglionnaires par Œsophagostomie » chez le singe, avec
M. Lavier. Société anatomique, 39 mars 1928. Un cas de périartérite
noueuse, avec Mlle Gauthif.r-Viu.ars, MM. Debré et Le&ono. Société
médicale des hôpitaux, février 1938. La périartérite noueuse (Revue
générale), avec Mlle Gacthier-Villars, MM. Debré et LsiONC.
Annales d*anatomie pathologique, novembre 1918. A propos de la
classification pronostique des cancers du sein, avec M. Perrot, Asso-
ciation française pour l'étude du cancer, avril 1928. – Tumeur épithé-
Haie de la parotide. Discussion pathogénique. Société anatomique,
Membre '928. Cellule pour réactions histo-chimiques. avec
M. CIRACIVU. SocïétE' de
biodagta, 15 décembre 1938.
HUOUENM, préparateur
Travaux publiég par le docteur
Un cas de « pseudo.granulie a à
gt0.ut.É et P. FOULON.
évolution subaiguë, avec MM.
Sosifté médicale des hdpltaux, n° 3, '9~
très torpide terminée par des
Tumeur bilatérale du sein à évolution
janvier
métastases multiples, avec N. KYRtACO. Sotiftë a><atomique,6 de la
1928, in Anaades d'anatomie
~atholog:q:ee, n° i, '928. A propos
primitives du poumon, avec
structure histologique des tumeurs fiaoeatomie
M. LrsLtkvas. Sociftë anatomique, 3 février '928, in Annales
¢athodogigi~e,n° a, février rga8.-Cancer oesophagien à cellules cylin-
J. DEI.ARUE. Annales
driques. Son origine bronchique possible, avec
d'anatomie pathologique, n° 2. février 1928. Cancer du poumon, avec
'928.-
~rfdicale des hGpitaax,
MM. flABONNEJXet WlptRZ..Sociftf
nO 4,
Le goitre endémique. Presse médicale, n° ~8. 7 avnt'9~. Le dia-
Pr<as< mfdical<,
gnostic des sténoses bronchiques, avec A. SOULAS.
nO 39, 1928. Influence de la
radiothérapie sur quelques cas de can-
Bulletin dit cancer,
CE.-r primitif du poumon, avec Mme S. LABORM.
Do ,~8
primitif du poumon, avec G. ALBOT. A~males d'anatomie
d'un cancer
Grangrène excavée à spiroclibtes au courspathologique,
des tumeurs primitives
n.6, juin 1928. A propos de la classification Granulie et tuberculose
du poumon. Budletfn du canrer, n° 6, 1928.
p8~~ttLZ: Annales d'anatomie
miliaire à topographie lobaire. avec M. Le
pathologlqrre, tome V, n° y, juillet 1928. <ancee prinriti/ du ~ou·
Étude anatomo-cdinigrre, vol. de 3~o pages. Masson et C". Les
mon. 1
Bulletin du' car:cer,
aspects tumoraux de la lymphogranulomatose. du poumon sclérose syphili-

~«"<?~
janvier '939. Une forme de syphilis pulmonaire, avec MM. ALUOT el
tique nodulaire avec panartérite
pn~$. Annales rt'anatomis pathologique, n° 8. novembre '928. Les
digestifs, avec Mlle GAUTMER-
métastases ovariennesdes épithéliomas 1928. Kyste du vagin.
IvecSi.V.u.~set M. MONnoa. Sociétf anatomique, 2 fé-
vrier 1928.
préparateur
~ravany publié. par le docteur FOULON, aide
d'urémie à évolution rapide, néphrite
Colique de plomb suivieavec Ch. Avura'rtN. So<rété mfdlcale des
saturnine subaiguë latente, d'oblÏtératiofi
hdpitaux de Paris, n° 3, 3 février 1928. Processusprimitive gauches
incomplète del'artère sous clavière et de la carotide
et incomplète de l'artère sous clavière droite chez un aortique, avec
E. I1ERNARD et G. DseYpüS. Socïfté anatomique de Paris, 29 mars 1928.
tricuspidien et des
Disparition rapide de la cyanose, du souffle abondante hémor-
œclèsnes ches un cardiaque noir k la suite d'une rnédicale, 'y avril
rbagie intet1le, avec AU8PTIN et R. Lgvy. Presse anatomique, 6 dé.
1928. Épithélioma et tuberculose du foie. Société
cembre 1928.
préparateur
irravaps publiés par le docteur GRANDCLAt1DB,
Nouveau précis de bactériologie, avec DELATER. Gauthier-VUlars,
WUeur, 1928. Les vaccins par vole digestive, avec M. Lesbre.
Société de biologie, janvier 19*8. Tumeurs épithéliomateuses déve-
loppées sur ulcères variqueux, avec L. Corhil. Société anatomique,
janvier 1928. Cholécystites d'origine distomienne (Distomatose à
fasciola gigantea), avec Couvelle et VANLANDB. Annales d'auatomie
pathologique, n° 4. avril 1938. Volumineux fibrome du cubital, avec
Nanorot. Société anatomique,juillet 192S. Lesstrepto.entérococcies
et le« tuso-spirochiîtoses dentaires chroniques, avec LESBRE. Bulletin
du Congrès pour l'avancement des Sciences. Communication faite le
a5 juillet t<)t&. – Un cas de distomatose humaine à fasciola gigantea
avec lésions de la vésicule biliaire, avec GODVELLE et Vanianoe. Soe;éU
médicale des hôpitaux, juillet 1928. Les agents microbiens de l'infec-
tion dentaire chronique, avec Lesbre. Revue odtfntologique,n° 6, juin-
juillet 1928. –Contributionà l'étude bactériologique des états infec-
tieux surajoutés dans le cancer du col de l'utérus, avec Liégeois.
Presse médicale, 6 octobre 1928,
Chronique de l'Université

CONFÉRENCES FAITES PAR DES PROFESSEURS


D'UNIVERSITÉS ÉTRANOBRE3

FACULTÉ DES SCIENCES


commission polaire de l'Académie
M. SAMOÏtoviTCH,membre de la
février x9*9 à
desSciences de Russie, a fait une conférence le 27
Krasstne » dans les mers
l'Institut de Géographie sur l'Expéditiondu «
polaires à la rtchtrelit de l' « Italia ».

M. Hans Przibram,
directeur de l'Institut de Biologie «péri,
deux conférence 8
mentale de Vienne, a fait, les 27 et 28 février 19*9.
sur la Théorie Apogénêtique.
I. – Du développement individuel.
II. De l'évolution spécifique,
G. Polya, professeur à
l'École polytechnique fédérale de
M
Zurich, a donné.en mars i929, à l'Institut Henri.Poinc«ré,unesérie
Quelques points de la théorie des
probables.
de six leçons sur
l'Université de Rome, donnera
M. Enrico Febmi, professeur à
les .0 » et i3 avril i9>9,dan*
l'Amphithéâtre Darboux, à l'Institut
Questions
Henri-Poincaré,trois conférences sur le sujet suivant
générales relatives à l'interprétation de la
mécanise quanttque.


Faculté DES Lettres
M. P. Valkhof*. professeur à
l'Université d'Utrecht, a fait, en
les sujets suivants i» Con d œtl
mars 1020, un COURS PUBLIC sur
au
sur les relations intellectuellesentre la France et
*«*££
les
seuil dudx-hut-
huit siècles. 2" Influences françaiseset
français. 3» Voltaire
tiime àecU Juste van Effen et ses périodiques
et Rousseau en Hollande. 4» l'initiative intelUctutllt de Benjamin
Constant Madame do Ckarriire [d'après des documents inédits).
M. P. Valkhoff a fait, en outre, les conférences suivantes aux
étudiants 1° Un chapitrede l'histoire du libertinage en Hollande les
Voyages extraordinaires de Simon Fyssot do Patot (i655-i738).
a* Le réalisme français et la renaissance do la littir"; «*t hollandaise
tontemporaine.–VTJnwman hollandais sur EXar' i.àuh Couper m
et la littérature française.
M. G. H. Edgell, professeur d'histoire û>: l'art à S JnivcrsJte
Harward, commencera,après les vacances de Fâquc-s 1939, un cours
public sur l'Histoire de l'Architecturemvdfrnt aux États-Unis.

lt Citait J. de Bmov. Imprimerie J. DuMotHm, à Paiis.


Annales
de
l'Université de Paris

Faculté de Droit

I. – Séance solennelle de rentrée

La séance solennelle de rentrée de la Faculté de Droit a eu lieu le


vendredi 6 décembre 1928.
Une assistance nombreuse composée de parents et d'amis des
lauréats de la Faculté et d'étudiants, leurs camarades, se trouvait
réunie à cette cérémonie au cours de laquelle ont été distribuées les
récompenses des concours de licence et de doctorat.
M. le doyen H. Berthélemy, dans le discours d'ouverture, après
avoir constaté le progrès des études juridiques, retrace la vie de la
Faculté pendant l'année écoulée et rend hommage à la mémoire de
deux professeurs éminents décédés au cours de l'année.
On lira ci-après le discours de M. Berthélemy.
M. Rouast, professeur à la Faculté de droit de Grenoble, chargé
de la Direction d'études de capacité, et M. Génestal, professeur
d'Histoire du droit public, ont ensuite donné lecture de leurs
rapports, le premier sur les résultats des concours de licence, le
second sur les résultats du concours de thèses de doctorat.
Enfin, sur la lecture du palmarès, par M. le secrétaire de la Faculté,
tes livres de prix, diplômes et médailles ont été distribués aux
lauréats.
Discours prononcé par M. le Professeur H. BBMHÊLBMY
doyen de la Faculté de Droit

La cérémonie qui nous rassemble n'a pas l'apparat d'une


solennité publique. C'est une réunion familiale, reprise de
contact entre les maîtres et les étudiants. Elle nous offre
l'agréable occasion de proclamer les mérites de nos lauréats
des concours de juillet. Elle nous permet de faire, devant
espérons
nos meilleurs élèves, ceux parmi lesquels nous
trouver des disciples, une sorte d'examen de conscience, un
inventaire des faits qui ont marqué dans la vie de la Faculté
à
au cours de la dernière année. Elle nous invite porter un
jugement réfléchi sur les progrès que nous avons pu réaliser
dans le récent passé, sur ceux auxquels nous devons aspirer
dans le prochain avenir.
Nous redoutons d'autant moins cette sorte de confrontation
qu'un regard d'ensemble sur la place occupée de nos jours
dans la vie publique par l'enseignement du droit peut nous
inspirer, mers chers amis, un sentiment de légitime orgueil.
Les progrès des études juridiques que j'ai déjà eu le
plaisir de constater en semblable occasion s'affirment, se
précisent, je pourrais dire, empruntant à la finance une
expression qui nous est devenue familière, se stabilisent.
Nos étudiants sont beaucoup plus nombreux que jadis; ils
sont plus assidus; ils s'appliquent davantage; nos biblio-
thèques, accrues de nos salles de travail, ne leur suffisent
plus; le nombre des publications juridiques s'étend chaque
jour; l'édition de nos productions est devenue un métier
prospère que n'a pas ralenti l'obligatoire ascension des prix.
Mais ce qui nous réjouit surtout, c'est la conscience cou-
ramment répandue non seulement au Palais, mais dans le
monde des affaires, que nos diplômes ont une valeur très
supérieure à celle qu'on leur reconnaissait dans le passé.
Combien de fois n'en ai-je pas reçu le témoignage, non
seulement de ceux qui nous en louent, mais encore de ceux
qui seraient plutôt disposés à s'en plaindre!
«Mais, monsieur te Doyen, me disent des mères éplorées,
les examens de droit sont devenus extrêmement difficiles!
Nos enfants ont trop à faire. Vous voulez en faire des savants;
vous ne leur laissez pas le temps de respirer t » Les pères,
moins sensibles, regrettent que les études juridiques soient
plus malaisément conciliables avec des métiers lucratifs, ou
avec d'autres études également intéressantes et très dignes
d'encouragement.
Bien que singulièrement facilitées par le perfectionnement
et la multiplicationdes instruments de travail, les études de
droit ne sont plus de simples formalités. Elles sont devenues,
disons substantielles, sinon difficiles, et leurs sanctions

nos diplômes en sont d'autant plus rares et plus recherchés.
Cette faveur croissante se montre même hors de France, où
nos livres reçoivent l'accueil le plus flatteur, où notre parole
est de plus en plus écoutée, où nos conseils sont de mieux en
mieux appréciés.
Sur notre contingent, à peu près stable (légèrement en
hausse), de gooo inscrits en cours d'études, nous n'avons
pas moins de 2000 étudiants étrangers beaucoup de Rou-
mains, beaucoup d'Égyptiens, mais aussi beaucoup d'Alle-
mands, de Polonais, de Russes, de Grecs, d'Asiatiques, de
Suisses, de Belges, de Serbes, de Bulgares, etc.
Et, je fais la remarque, nous ne devons pas encore cet
accroissement d'hôtes très désirés (puisqu'ils seront dans le
monde des véhicules certains des idées françaises) à l'œuvre
admirable dont nous ne saurions avoir trop de gratitude
envers M. Deutsch, la Cité universitaire nos étudiants étran-
gers tes plus nombreux ne sont pas ceux que les nouveaux
pavillons abritent. La plupart des nationalités que j'ai citées
comme nous fournissant le plus fort contingent de futurs
jurisconsultes n'ont pas encore asile au boulevard Jourdan.
J'ai eu maintes fois l'occasion de constater que l'enseigne-
ment que donnent nos écoles s'adresse à trois catégories de
jeunes gens. Ceux qui recherchent la science pure; ceux qui
considèrent le droit comme l'apprentissage d'un métier; ceux
qui tiennent notre enseignement pour le complément normal
des études classiques. Il me semble bien que c'est aux deux
dernières catégories qu'appartiennent nos nouvelles recrues.
Il ne faut pas nous en plaindre. Il ne faut pa»> davantage nous
en louer.
Il ne faut pas nous en plaindre, parce que les progrès
constatés sont tout profit pour les professions juridiques et
louer, parce
pour la culture générale. Il ne faut pas nous en
que nous aimerions voir une affluence
plus grande de candi-
dats à nos concours d'agrégation.
Si vous saviez, mes jeunes amis, combien sont enviables les
situations auxquelles ils conduisent! Et quelles admirables
occasions perdent ceux qui avec un peu plus d'effort –
verraient s'ouvrir devant eux, et de très bonne heure, de
magnifiques perspectives d'avenir!
Il nous est vraiment pénible – quand on nous offre des
traitements royaux pour de bons docteurs français ou pour
de jeunes professeurs désireux d'aller semer à l'étranger les
idées claires de la science française, d'être obligés de
répondre nous n'avons pas preneurs; nous ne pouvons
exporter aucun de nos jeunes savants L'offre est par trop
inférieure à la demande. Il est vrai qu'il y a là des occasions
ignorées. Mais on ne les laisserait pas échapper si plus grand
était le nombre de ceux qui se disent qu'on ne perd jamais
son temps à acquérir plus de science et
à le prouver par se
procurer plus de titres.
Tenant compte, toutefois, des tendances et des vœux de
ceux qui ont surtout en vue l'utilisation
pratique et immédiate
de leurs études, la Faculté s'est efforcée de faciliter certaines
spécialisations. A cette fin ont été créés et se sont développés
chacune de nos disciplines a
ces exercices pratiques par où
cherché à se fortifier.
Nous nous félicitons du succès et da progrès marqué de nos
annexes j'appelle ainsi l'Institut de
criminologie, le certi-
ficat d'études administratives et financières, l'Institut des
hautes études internationales. Évitez seulement de prendre
ces études annexes pour autre chose que ce qu'elles sont, des

suppléments ou des compléments aux enseignements prin-
cipaux de l'école. Les hors-d'oeuvre et le dessert ne consti-
tuent pas à eux seuls de bons repas.

Nous avons reçu, au cours de l'année, la visite d'un certain


nombre de professeurs étrangers.
M. le professeur AnSIAUX, recteur de l'Université de
Bruxelles, a fait à la Faculté trois conférences très remar-
quables sur Les Problèmes monétaires.
M. le professeur H. DE KOSCHENSBACH LIKOWSKI, de l'Uni-
versité de Varsovie, a fait deux conférences sur Le Code civil
polonais.
M. le professeur PERITCH, de l'Université de Belgrade, a
consacré six conférences à l'analyse de La Nouvelle Constitu-
tion de l'Étal yougoslave.
Des cours libres ont été faits avec succès par M. Jousse-
LIN, ancien président de la Chambre des Notaires, et depuis
longtemps notre très utile et très dévoué collaborateur
volontaire, sur Le Droit civil dans ses rapports avec le
notariat.
Imitant cet excellent exemple, M. D'AYGURANDE, ancien
juge au tribunal de commerce, a mis son expérience à la dis-
position de nos élèves. Il leur a fait dix leçons sur L'appli-
cation pratique des institutions commerciales en matière de
transports et de faillite.
M. MlRKINE-GuETZEVITCH, ex-professeur agrégé à la
Faculté de Droit de Pétrograd, a continué devant un audi-
toire attentif et vivement intéressé son exposé du Droit public
fusse au vingtième siècle.
M. LoUFTI, ex-consul général de Turquie et docteur en
droit a donné d'intéressantes conférences sur Les Nouvelles
lois de la République turque.
Enfin, M. SCHATZKY, ancien professeur à l'Université de
Pétrograd, a fait un cours sur Le Droit constitutionnel améti-
cain et la politique extérieure des États-Unis.

La science française a été représentée à l'étranger par


M. TRUCHY, qui a pris part au Congrès de statistique du
Caire; par MM. RlPPERT et G. DE LAPRADELLE, qui ont assisté
au Congrès juridique de navigation aérienne à Madrid; par
M. AFTALION, qui a fait à Bruxelles des conférences très
suivies; par MM. COLLINET, OUVIER-MARTIN, GENESTAL, qui
ont assisté au Congrès des études historiques tenu à Oslo.
M. CAPITANT a fait à Luxembourg une conférence sur Les
Transformationsdu Droit civil depuis la guerre.
M. HlTIER nous a représentés en Belgique au Congrès des
unions professionnelles agricoles; enfin, j'ai été moi-même
chargé de mission scientifique en Grèce.


m

Les mouvements dans notre personnel ont été peu nom-


breux.
Nous avons été privés du concours de deux maitres très
éminents, élus députés aux dernièresélections de M. GERMAIM-
MARTIN, qui tenait une si grande place dans l'enseignement
de l'Économie politique, et dont l'influence sur nos étudiants
laborieux est attestée par le nombre énorme des thèses rédi-
gées sous sa direction et soutenues sous sa présidence. Notre
cher collègue parait appelé à jouer au Parlement et dans les
sphères gouvernementales un rôle aussi brillant que celui
qu'il avait à l'école. Il est aujourd'hui chargé du sous-secré-
tariat d'État des P. T. T. Nous l'en félicitons de tout cœur et
nous nous réjouissons comme citoyens de voir ici the right
man in the right place. Je crois bien que toutes les places
auront ce caractère pour notre cher collègue dont l'activité a
si souvent fait notre admiration.
Les électeurs de Maine-et-Loire nous ont, d'autre part,
enlevé notre très dévoué fit très aimé professeur de droit
public, M. ROLLAND.
En revanche, l'école a fait une très heureuse récupération
dans le retour de M. Joseph-BaRTHÉLEMYqui avait légitime-
ment pris une situation très en vue dans la Chambre précé-
dente. On dit que l'amour est aveugle. Le suffrage universel
partage avec lui cette absence totale de discernement. Plai-
gnons l'arrondissement coupable d'une si lourde bévue. Plai-
gnons la Chambre d'être privée du concours d'un mattre qui
était et reste marqué pour devenir un excellent homme
d'État. Son beau talent, son expérience et son savoir en
feront l'une des illustrations de notre maison. Les qualités
du professeur ont d'ailleurs déjà reçu leur consécration par
son élection récente à l'Académie des Sciences morales.
Notre école a fait une autre acquisition très précieuse en la
personne de M. GENESTAL, professeur d'histoire du droit à la
Faculté de Caen.
M. GENESTAL s'est distingué par les plus remarquables
qualités d'enseignement information très étendue, méthode
rigoureuse, netteté et fermeté de l'expression. Il s'est montré,
près des étudiants, un maître dévoué et a su gagner leur
affection.
Je signale encore, pour les en féliciter à nouveau, les élec-
tions à l'Institut de deux de nos collègues M. GERMAIN-
MARTIN, déjà nommé, et M. RlST, notre professeur
d'économie sociale, temporairement détaché dans les fonc-
tions de sous-gouverneur de la Banque de France.
Le titre de professeur sans chaire a été donné à nos col-
lègues MM. Maurice PICARD, Fliniaux et PIROU.
Nous avons été privés du concours très dévoué de M. CHA-
PUIS qui, atteint par la limite d'âge, a été admis à faire valoir
ses droits à la retraite.
M. CHAPUIS a exercé dans cette école, durant dix-sept
années, les fonctions de secrétaire; il s'en est acquitté avec
un zèle qui lui a mérité notre gratitude, et qui lui a valu
notre unanime amitié.
II a été très heureusement remplacé par M. SÈBE, sous-chef
de bureau au ministère de l'Instruction publique, à qui je
renouvelle publiquement mes souhaits de bienvenue et qui
nous a déjà montré qu'il prenait à cœur ses nouvelles fonc-
tions.
Il me reste, Messieurs, un pieux devoir à remplir. Deux de
nos professeurs honoraires sont morts M. ALGLAVE et
M. WEISS.

ALGLAVE est né à Valenciennes en 1842. Doué d'une puis-


sance de travail incomparable, aiguillonné par une curiosité
qui ne connaît pas de limites et ne sait ou ne veut pas choisir,
il s'adonne simultanément aux études les plus variées, his-
toire, médecine, sciences, droit, théologie. A vingt-deux ans
il partage avec Young la direction de deux revues impor-
tantes, la Revue des cours scientifiques et la Revue des cours
littéraires. L'une porte aujourd'hui le nom de Revue scienti-
fique, l'autre est la Revue bleue. Cette double occupation ne
l'empêche pas d'achever son instruction supérieure à l'École
des Chartes, à l'École de Droit, à l'École de Médecine, à la
Faculté des Sciences. Lorsqu'on le charge, en 186g, d'ensei-
gner provisoirement le droit administratif et le droit romain
à la Faculté de Droit de Douai, il s'y présente avec les titres
de docteur en droit, cela va sans dire, mais aussi de
docteur en médecine, de docteur ès sciences, et d'archiviste
paléographe.
En 1870, il est reçu au concours d'agrégation de nos
Facultés. Surviennent à ce moment la guerre et la révolution.
Alglave n'a pas trente ans, mais il a tant appris, tant agi, il a
été le témoin actif de tant d'événements et fréquenté tant de
gens que sa personnalité s'est accusée.
Farouchement indépendant, il est à l'avant-garde du parti
de Gambetta. Il étonne par son expérience autant qu'il en
impose par son savoir. On dit déjà de lui « Alglave sait tout
et parle de tout; il connaît tout le monde et parle de tout le
monde. » Cela devait suffire pour qu'on le redoute, lui qui
ne redoute rien ni personne. Sa franchise trop libre effa-
rouche le gouvernement de Mac-Mahon. II est suspendu. de
ses fonctions. Les ministres républicains les lui rendent
en 1878 et l'appellent à la Faculté de droit à Paris.
II nous y enseigne la science des finances avec
un succès
dont tous ses élèves de cette époque ont gardé le souvenir.
Vous pouvez m'en croire. J'en faisais partie.
Alglave pouvait être un excellent professeur.
C'est dans cet enseignement, érigé en chaire magistrale
en i885, que s'est poursuivie toute sa carrière.
Il s'y trouva cependant à l'étroit, la théorie ne lui suffit
pas; il s'attache tout entier à la réalisation d'un projet qui lui
a valu une réputation européenne bien qu'il ne soit pas
parvenu à en assurer le triomphe dans notre pays l'institution
du monopole de l'alcool.
Cette réforme, que tant de raisons d'ordre très divers pou-
vaient recommander, devint sa préoccupation exclusive, on
peut dire son idée fixe.
Il s'y consacre avec une ténacité d'apôtre. Il exporte ses
idées à l'étranger, les défendant par la plume et par la parole
en Suisse, en Autriche, en Prusse, exposant les avantages et
les formes possibles du monopole. En France, il croit un jour
toucher le but. Le 14 juillet 1895, un de nos grands quotidiens
consacre un article à notre collègue « Connaissez-vous le
triomphateur du jour? écrit Cornély dans le Matin; c'est le
professeur Alglave, de la Faculté de droit de Paris. »
La Chambre a voté la réforme de l'impôt des boissons. La
loi contient un article invitant le gouvernement à lui présen-
ter, dans les six mois, tout ce qu'il faut pour organiser le
monopole.
Ce ne fut, hélas qu'un rêve. Les bouilleurs de cru veil-
laient. Alglave ne se consola pas de cet échec; ïl s'obstina,
il s'épuisa sans convaincre le Parlement, oubliant que, pour
obtenir la plus justifiée des réformes, il ne suffit pas d'avoir
raison si cette raison contrarie les électeurs.
Aiglave a laissé d'assez nombreux ouvrages, très divers,
naturellement,et tous antérieursà sa campagne pour le mono-
pole quelques ouvrages d'ordre scientifique, les leçons de
Claude Bernard sur les propriétés des tissus vivants; un
mémoire sur la lumière électrique, écrit au moment où elle
apparaissait en pratique comme une nouveauté.
Sa thèse de l'École des Chartes est consacrée au droit
mérovingien d'après la loi des Francs Ripuaires.
Ses thèses à l'École de Droit portent l'une sur l'action du
ministère public, l'autre sur la théorie des droils d'ordre public,
et sur la juridiction civile des Romains jusqu'à l'introduction
de judicia exiraordinaria.
Il faut y ajouter une monographie sur les principes des
constitutions politiques et une étude sur la personnalité de
l'État en matière d'emprunt.
En dernier lieu, il collabora à la publication des cours de
droit civil de Valette.
A ceux qui l'ont fréquenté, Alglave laisse le souvenir d'un
causeur infatigable, spirituel, toujours courtois, bien que
volontiers caustique.
« Nous avons causé assez longtemps, écrit un de ses inter-
locuteurs, pour oublier tous deux l'heure de notre dîner, et il
a éveillé en moi plus d'idées en deux heures que je n'en
caresse habituellement pendant une huitaine de jours. Il m'a
positivement émerveillé. » Les amis d'Alglave reconnaîtront
tous la parfaite exactitude de ce portrait.
On peut regretter que notre collègue se soit occupé de trop
de choses, et de choses trop diverses, avec une activité trop
éparpillée pour avoir acquis la réputation d'un grand profes-
seur. Il fut cependant un des maîtres le plus prodigieusement
instruits de son temps et il eut ces rares mérites d'unir à la
culture la plus vaste la loyauté la plus sûre, la sincérité la
plus entière, le désintéressement le moins contestable. Ce
grand semeur d'idées ne sera pas oublié de ceux qui ont été
les témoins de ses efforts toujours généreux et de son activité
toujours honorable.
E. Alglave appartenait à la génération de nos maîtres.
André Weiss était mon contemporain. Il fut l'excellent
camarade des plus anciens d'entre nous, et le fidèle ami de
ceux qui eurent l'occasion de le fréquenter.
Né à Mulhouse en 18S8, il venait d'avoir vingt-deux
ans
quand il fut reçu au concours d'agrégation de t88t. C'est
un
record qui n'a pas été battu semblable précocité ne se
retrouve pas dans les annales de nos concours.
A. Weiss fut d'abord chargé d'enseigner à Dijon,
en même
temps que le droit constitutionnel, le droit international privé.
Ce dernier enseignement devait avoir une influence prépon-
dérante sur son orientation scientifique.
Il dut cependant s'en écarter lorsqu'en 1893 on le désigna
pour remplir à Paris les fonctions d'agrégé. Il eut alors la
charge de professer le droit civil. C'est seulement en 1909,
après la mort de notre regretté collègue Armand Lainé, que
Weiss put retrouver à Paris l'enseignement qui avait ses pré-
férences et pour lequel il était particulièrement désigné non
seulement par ses goûts, mais aussi par ses travaux. C'est, en
effet, entre 1892 et 190S qu'avaient paru les cinq premiers
volumes du Traité théorique et fra tique de droit international
privé. Les quatre premiers volumes avaient reçu de l'Académie
des sciences morales, en 1902, l'intégralité du prix Wolowski.
Le traité élémentaire sur la même matière remonte à 188S;
la 9* édition en a été publiée en iqi3.
C'est dans ces livres et dans les nombreux articles consacrés
à la même discipline que réside l'œuvre scientifique à laquelle
André Weiss dut une grande renommée.
Au début de leur carrière, nos jeunes agrégés se bornent
habituellement à transmettre à leurs premiers auditeurs les
préceptes qu'ils ont reçus de leur dernier maître.
A. Weiss, en t88t, n'avait pas cette ressource. Il dut créer
de toutes pièces l'enseignement nouveau qui, dans nos pro-
grammes, venait d'être détaché du droit civil pour constituer
une discipline particulière. Il se mit à l'ouvrage avec ardeur,
sans se préoccuper toutefois de construire une doctrine ori-
ginale. Sur la question qui domine, en définitive, le droit
international privé, celle du conflit des lois, la thèse que
préconisait la science italienne et dont Mancini s'était fait le
protagoniste à l'Université de Turin, lui avait paru satisfai-
sante. I! s'applique cependant à la transformer et à la perfec-
tionner il en justifie les fondements, en adapte les appli-
cations aux nécessités de la pratique. Elle prend sous cette
nouvelle forme l'aspect d'une doctrine spécialement française.
Mancini lui donnait pour base la théorie politique des
nationalités. Weiss y substitue un fondement plus solide en
la rattachant à l'équité. Il en tempère les conséquences, en
même temps, en la conciliant avec une judicieuse obervation
de la règle « locus regit actum », avec le respect de l'auto-
nomie de la volonté, avec le maintien de l'ordre public. C'est,
dans le monde civilisé, sous l'habit à la française dont Weiss
l'a revêtue que la thèse de l'école italienne s'est rapidement
et largement vulgarisée,
Avec le temps, la critique juridique, ayant à son service des
applicationsjurisprudentielles de plus en plus nombreuses et
de plus en plus délicates, s'est aiguisée; l'on a vu se raréfier
les adeptes des solutions de l'école italienne.
Il n'en est pas moins resté l'idée fondamentale que la pré-
férence de la loi personnelle sur la loi territoriale s'impose
toutes les fois qu'elle apparaît comme conforme à la justice.
La carrière d'André Weiss ne s'est pas bornée à l'ensei-
gnement à partir de 1908, elle s'est dédoublée. Ses travaux
de droit international l'avaient fait adjoindre à notre maître
Louis Renault comme jurisconsulte du ministère des Affaires
étrangères. Il fut, en plusieurs occasions célèbres, l'agent du
gouvernement français près les tribunaux d'arbitrage de La
Haye, notamment dans le litige franco-allemand relatif aux
déserteurs de Casablanca, dans le litige franco-anglais relatif
à l'affaire Savarkar.
Président des Commissions de droit international privé
instituées, l'une au Quai d'Orsay, l'autre au ministère de la
Justice, membre très hautement estimé de l'Institut de droit
international, membre de l'Académie des sciences morales, où
il avait, en 1914, succédé à notre mattre Esmein, Weiss était
au plus haut point qualifié pour siéger à la Cour permanente'
de justice de La Haye. Il y fut appelé par le vote de la Société
des Nations en 1921. Il en fut le vice-président en 1922; puis
réélu en 1923 et en 1926. Il en aurait été président s'il n'avait
décliné cet honneur, afin de ne pas accroître la charge déjà
lourde qui pesait sur lui au moment où sa santé était malheu-
reusement ébranlée.
Il avait été élu, en 1922, président de l'Institut de droit
international; en 1924, président de l'Académie internatio-
nale de Droit comparé; en février 1927, il fut promu au grade
de commandeur de la Légion d'honneur.
Dans toutes les hautes et délicates fonctions qu'il a rem-
plies, André Weiss a apporté une conscience, une loyauté qui
lui ont acquis un très haut prestige. Une grande part en
rejaillit sur notre maison la mémoire du regretté professeur
y sera pieusement conservée par ceux dont il fut l'irrépro-
chable ami. Elle ne sera oubliée d'aucun de ceux qui furent
ses collègues ou ses disciples.

II. Rapport annuel du doyen


ANNÉE SCOLAIRE 1927-1928

PERSONNEL
Décès. La Faculté a eu à déplorer la perte de deux professeurs
honoraires éminents M. Alglave, né à Valenciennes en 1842, reçu
agrégé en 1870, professeur de Science financière, décédé à Paris,
le 16 juillet 1928.
M. Weiss, né à Mulhouse en i858, reçu agrégé en t88o. Profes-
seur de Droit international privé, vice.président à la Cour perma.
nente de justice de La Haye, membre de l'Institut, décédé le
26 août 1928.
Promotions. Ont été promus de la 2« à la 1" classe M. Per-
cerou, professeur de Droit commercial;
de la 30 à la 2" ctasse M. Nogaro, professeur de législation et
économie coloniale; M. Lescure, professeur d'économie sociale
comparée.
Distinctions et titres. – M. E. Perrat, professeur de Droit romain,
a été nommé chevalier de la Légion d'honneur.
Titres. Ont reçu le titre de professeur sans chaire MM. les
agrégés Maurice Picard, Fliniaux et Pirou.
Nomination.– M. Génestal, professeur d'Histoire du droit à la
Faculté de Caen, a été nommé directement professeur d'Histoire du
droit public français à la Faculté de Droit de Paris en remplacement
de M. O. Martin, nommé professeurd'Histoire générale du Droit
français, en remplacement de M. Cbénon, décédé.

Secrétariat.
M. A. Sèbe, sous-chef de bureau au ministère de
l'Instruction publique, été nommé
a secrétaire de la Faculté de
Droit de Paris, en remplacementde M. Chapuis, admis à faire valoir
ses droits à la retraite et nommé secrétaire honoraire.
Élections. Ont été élus membres de l'Institut
en 1928
M. Rist, professeur d'Économie politique.
M. Germain Martin, professeur de Législation industrielle.
M. J. Barthélémy, professeur.
Ont été élus à la Chambre des députés
M. Germain MARTIN, député de l'Hérault.
M. Rolland, député de Maine-et-Loire.
ÉTUDIANTS
STATISTIQUE
A. Nombre des étudiants
Le nombre des étudiants s'est élevé, en 1927-1928, à 9007, dont
7 973 hommes et 1 034 femmes.
B. Scolarité
Les inscriptions trimestrielles prises en 1937-1928 ont atteint le
chiffre de 21959.
Les présences aux cours ont accusé un total de 3oz 046.
Les conférences facultatives ont été suivies, pendant le premier
semestre, par 1 117 étudiants et par 893 pendant le deuxième
semestre.
L'assiduité aux cours et aux conférences se maintient toujours à
un niveau très élevé.
EXAMENS
L'ensemble des examens subis devant la Faculté, en 1937-1928,
donne le chiffre de 13064.
Pour
Pour
Pour le
droit.
Le nombre des candidats a été

doctorat
le certificat de
la licence en
capacité en droit. 6046
6i3
1 3i5

La proportion des candidats ajournés s'établit de la manière sui.


vante
Certificat de
Licence en
capacité.
droit 42 p. 100
35 p. ioo
Doctorat 28 p. 100

LICENCE EN DROIT
Nouveau régime. Compositions écrites
Sessions de juin-juillet et octobre-novembre 1928
Les matières tirées au sort ont été
i" année. Juin. Histoire générale du Droit fran.
çais.
Octobre Économie politique.
2"
2,1 année
année Juin. Économie politique.



année Juin.
Octobre Droit administratif.
Droit international privé.
Octobre Législation financière,

Ira ANNÉE DE LICENCE

Écrit. 21 57 étudiants ont subi l'examen écrit de fin d'année


1 ont été déclarés admissibles et 1 137 ajournés; 755 se sont
020
représentés à la session d'octobre-novembre; 41 ont été déclarés
admissibles, 340 ajournés.


Oral. 1 009 étudiants se sont présentés à l'examen
oral 735 ont
été reçus, 274 ajournés;679 étudiants se sont représentés à la session
d'octobre-novembre Sio ont été reçus, 169 ajournés.

2* ANNÉE DE LICENCE


Ecrit. 35i étudiants ont subi l'examen écrit de fin d'année
1
899 ont été déclarés admissibles et 4S2 ajournés; 35i se sont repré-
sentés à la session d'octobre-novembre 148 ont été déclarés admis-
sibles, 203 ajournés.
Oral. 882 étudiants se sont présentés à l'examen oral 632 ont
été reçus, 25o ajournés; 394 se sont représentésà la session d'oc
tobre-novembre 296 ont été reçus, 98 ajournés.
3* ANNÉE DE LICENCE

Ecrit. 1024 étudiants ont subi l'examen écrit de fin d'année


583 ont été déclarés admissibles, 441 ajournés; 38 se sont repré-
sentés à la session d'octobre-novembre 3o6 ont été déclarés admis-
sibles, 75 ajournés.
Oral. Les étudiants de 3« année de licence doivent subir deux
examens oraux. Les résultats ont été les suivants
Pour la session de juillet
i° Oral Examens subis: admis 53o, ajournés 87
z" Oral – – 617
614; – 44$, – if>9

Pour la session d'octobre-novembre


l'Oral Examens subis: 388; admis 286, ajournés 102
2° Oral 452
– 35<), 93

La proportion des étudiants ajournés est de en i" année,

libres
65 p. iooj en a* année, 56 p. 100; en S* année, 33 p. 100.
Nombre des examens subis par les étudiants 1
des Facultés 3o6
Proportion des
Admis ,8, ajournés:
ajournés:
Ajournés 25 4o p. 100.

DOCTORAT
I) a été soutenu, au cours de l'année 1927-1928, 198 thèses de
doctorat 69 ont obtenu la mention très bien; 6t la mention bien-
49 la mention assez bien; 33 la mention passable.
Ont été retenues en vue du Concours 3a thèses.

ACTIVITÉ SCIENTIFIQUE
TRAVAUX ET PUBLICATIONS DES PROFESSEURS. COMPTES RENDUS
ET RÉSUMÉ DES THÈSES

On trouvera dans le présent numéro une liste de ces travaux à la


rubrique Vie scientifique. Leur publication en sera continuée dans
le numéro suivant.
MATÉRIEL

à
Le budget de la Faculté de Droit été arrêté,
la somme de a
'
BUDGET ET BUDGET ADDITIOXNEt

pour i<«8
Le budget additionnel de l'exercice ioj8 s'élève •
en recettes, à la somme de
en dépenses, à la somme de 2704^4,82
Ft
*'•
°'a°
,,fi

a78~3q,8z
SITUATION DE LA BIBLIOTHÈQUE
I. Les crédits alloués pour l'exercice 1928
ont atteint le chiffre
net de 110800 francs.
Savoir S0800 pour les achats de livres
(réserve comprise);
3oooo pour les abonnements; 34000
"5
i-Ji -.4
i" décembre
pour les frais de reliure.
volumes sont entrés du i« décembre
r927 au
1928.
Savoir 289 thèses françaises et étrangères.
1 8*6 ouvrages isolés;
Les revues, les collections, les annuaires
ou rapports se sont
accrus de 724 volumes.
i5 collections nouvelles ont été acquises, soit
66 périodiques nouveaux, soit 79 volumes;
70 volumes; 17 annuaires nouveaux,
soit 18 volumes.
Au total 5006 volumes.
JILZ BIiOJî51flChe8eOnt été rédigées 4324 ont été insérées
catalogue général; 1045 au catalogue numérique; au
479 fiches ont été
retirées comme usées ou périmées.
Tout le catalogue sur fiches des périodiques été
a revisé et remis
à jour 3 200 fiches y ont été pointées corrigées;
et 2019y fiches nou.
velles y ont été insérées.
IV. Les deux salles de lecture, qui
268 places, sont manifestement insuffisantes.
ne donnent au total que
Au fort de l'année
scolaire, de décembre à Pâques, la
moyenne quotidienne des lecteurs
approche de ioooj la moyenne des
demande dépasse 600; la moyenne desouvrages communiqués sur
ouvrages usuels, librement
consultés et déplacés, atteint 3 000.
V. Le service du prêt, réservé
en principe aux professeurs, a
enregistré 1414 prêts d'ouvrages
aux professeurs de la Faculté-
1 484 aux professeurs du dehors, assistants
et autorisés; 247 aux
bibliothèques universitaires; enfin, S 268
aux candidats des quatre
concours d'agrégation, pendant la durée des épreuves (contre 4467
pour le concours de 1926).
VI. Le service des thèses a reçu
i91 thèses de Paris, chacune
à T"A_
de l'étranger,
en trois exemplaires «oo thèses de province et,
été rédigées et
1992 thèses ou écrits académiques; 471? fiches ont
insérées aux catalogues des thèses.
870 thèses ont été distribuées aux ao Universités françaises,
à 44 Universités étrangères, à la Bibliothèque de la Sorbonne, il
l'École normale, à la Bibliothèque nationale, aux Écoles françaises
de droit du Caire et de Beyrouth; 21 thèses ont été envoyées à la
Bibliothèque du Bureau international du Travail; 26 à celle de la
Société des Nations; 42 à celle du ministère des Affaires étrangères;
23 à celle du Palais de la Paix, à La Haye.
VII. Enfin, le service de dépouillement des revues a poursuivi
l'analyse de 28 périodiques, chaque article étant relevé au nom de
l'auteur et aux mots de matière qu'il intéresse; 4^00 fiches ont été
ainsi rédigées et insérées au catalogue spécial.

SALLES DE TRAVAIL. TRAVAUX PRATIQUES

Les salles de travail, au nombre de dix, réservées particulièrement


très grande
aux étudiants en Doctorat, connaissent toujours une
activité. Elles ont été fréquentées, chaque jour, par une moyenne
de trente à quarante travailleurs chacune, et ont offert, sous la
direction des professeurs.directeurs, et avec l'aide des assistants,
d'utiles centres d'entratnement aux concours.
Les travaux pratiques de terminologie juridique allemande,
anglaise et espagnole ont fonctionné, sous la direction de M. le
professeur Lêvy-Ullmaxn, et de M. le professeurJ. de la MORAN.
diére, au moyen de leçons données par trois docteurs en droit,
spécialisés dans ces législations.

CENTRES D'ÉTUDES DÉPENDANT DE LA FACULTÉ


ÉTUDES ADMINISTRATIVESET FINANCIÈRES

Les conférences préparatoires au Certificat d'études administra.


tives et financières ont été dirigées, en 1987-1928, par MM. Berthé-
ixm, doyen; Jkzz, MESTRE, Pirou, professeurs à la Faculté de
Droit; M. ALIBERT, maître des requêtes honoraire au Conseil
d'État; M. CHASLES, conseiller référendaire à la Cour des Comptes
et M. FÊnx, sous-directeur à la Préfecture de la Seine.
Le nombre des élèves inscrits s'est élevé à i65.
Le nombre des diplômes délivrés a été de 3o.
INSTITUT DE CRIMINOLOGIE
Section du droit fend
Pendantcette année scolaire, 3a étudiants ont suivi l'enseignement
de cette section, dont n Français et 21 étrangers
93 cours ou conférences ont été faits par MM. Huguenev et Don-
nedieu DE VABRES, professeurs de droit pénal à la Faculté de droit
pour le droit pénal spécial;
M. Gustave LE Poittevw, président honoraire à la Cour d'appel
de Paris pour la procédure criminelle;
M. le docteur Dervikux, médecin légiste pour la médecine légale;
M. Laignel-Lavastine, professeur agrégé à la Faculté de Méde-
cine pour la psychiatrie criminelle.
14 candidats ont obtenu le diplôme de cette section à l'examen de
fin d'année.
Section pénitentiaire
7 étudiants se sont fait inscrire pour cette section, dont 4 ont
obtenu le diplôme. Outre les cours ci.dessus, communs aux deux
sections, des conférences ont été faites par M. MossE, inspecteur
général du service administratif, sur « la science pénitentiaire ».
MM. Dufour, directeur des prisons de Fresnes; You, directeur de
la prison de la Petite-Roquette, sur « le régime pénitentiaire
»;
M. BAYLE, directeur des services de l'identité judiciaire de la Préfec-
ture de police, sur « la police scientifique ».
En cours d'année, des visites aux prisons de Fresnes, au Dépôt, à
la Santé ont été organisées pour les élèves de l'Institut.

INSTITUT DES HAUTES ÉTUDES INTERNATIONALES


Nombre de professeurs ayant fait des leçons 20.
Nombre de leçons faites 328 heures de cours.
Nombre d'étudiants inscrits 13z. Nationalités iz.
Nombre de diplômes et certificats délivrés pendant l'année sco<
laire 19271928 Diplômes 22. Certificats 3.t.

COURS LIBRES PROFESSES A LA FACULTÉ


PENDANT L'ANNÉE SCOLAIRE 1927-1928
M. Jousseun, notaire à Paris Le Notariat dans ses rapports avec
le droit civil.
M. Mirkine-Guetzevitch, ex-professeur agrégé à la Faculté
de Droit de Pétrograd le Droit publie russe au vingtième siècle.
M. SHATZKV, de l'Université de Pétrograd Le Droit constitutionnel
américain et la Politique extérieure des États-Unis.
M. Charles d'AvGURANDE, docteur en droit, ancien juge au
tribunal de commerce de la Seine Étude critique sur l'application
pratique des institutions commerciales françaises, en matière de trans-
ports et faillites.
M. Laignel-Lavastine, professeur agrégé à la Faculté de Méde-
cine de Paris Psychiatrie médico-légale.
M. MORAND, doyen de la Faculté de Droit de l'Université d'Alger
Le Mariage en droit mrrsrrlmarr, à l'égard des t~orrx at à l'égard des
enfants qui en sont nés.
M. LOUFTI, ex-consul général en Turquie, docteur en droit Les
Nouvelles lois et la République turque.

RELATIONS INTERUNIVERSITAIRES
Conférences faites à la Faculté par des professeurs étrangers
pendant l'année scolaire 1927-1928
La Faculté de Droit se félicite d'avoir reçu un certain nombre de
professeurs ou savants étrangers qui sont venus faire des cours ou
des conférences, ce sont
M. Ansiaux, professeur, recteur à l'Université de Bruxelles, qui a
fait à la Faculté trois conférences sur les problèmes monétaires.
M. Koschensbach Likowski, professeur à l'Université de Var.
sovie, qui a fait deux conférences sur le Code civil polonais.
M. Peritch, professeur de l'Université de Belgrade, qui a con.
sacré six conférences à l'analyse de la nouvelle Constitution de
l'État yougoslave.
Missions, Congrès et Conférences à l'étranger
par des professeurs de la Faculté
M. Berthélemy. – Chargé de mission en Grèce.
M. Truchy. – Congrès de statistique du Caire.
MM. Ri?ert et G. de Lapradelle. – Congrès juridique de navi-
gation aérienne à Madrid.
M. Aftauom. – Conférence à Bruxelles.
MM. Colunet, Olivier Martin, GENESTAL. Congrès des études

historiques tenu à Oslo.
M. CAPITANT. Conférence sur les transformations du Droit
civil depuis la guerre au Luxembourg.
M. Hitier. Congrès des unions professionnelles agricoles en
Belgique.
Le Romantisme musical

N'est-ce pas une chose étrange que, dans la solennelle com- s


némoration qui a été faite, l'an dernier, à la Sorbonne, du
rentenaire du Romantisme, nulle place n'ait été faite à la
nusique? On a parlé copieusementet savamment de la poésie à
yrique, du drame, de la peinture et de la sculpture. Seul, a
:té oublié l'art musical, comme s'il était inférieur aux autres,
:omme si un Berlioz n'était pas aussi représentatif de la révo-
ution romantique qu'un Victor Hugo, un Rude ou un Dela-
roix, comme si c'était par un pur hasard que l'année fati-
tique t 83o a vu parattre à la fois Hernani et la Symphonie
antastique, comme si Théophile Gautier n'avait pas eu raison
l'écrire, dès 1846, que Berlioz constituait avec Hugo et
)elacroix « la trinité » de l'art romantique.
Cette omission cependant s'explique.
Tout d'abord parce que même les hommes les plus haute-
ment cultivés parmi nous ne conçoivent pas l'art comme un
out dont les parties arts plastiques, arts du son, arts du
îouvement, arts de la parole ne sont que des manifesta-
ions, ayant, sans doute, chacune des caractères distincts,
îais appartenant néanmoins à un même groupe, à un même
ystème, à une même fonction de l'esprit.
Parce que, en second lieu, il est plus malaisé d'analyser une
suvre musicale qu'une oeuvre plastique ou une œuvre litté-
aire, que le langage musical n'est vraiment compris que par
n certain nombre d'initiés, et que ces initiés eux-mêmes
prouvent quelque pudeur à traduire les signes mystérieux
ont ils se servent par des signes dont ils savent que, s'ils sont
ompris universellement, ils trahissent ce. qu'ils ont la préten-
ion de rendre.
Parce que, enfin et surtout, l'on pourrait soutenir, sans para-
doxe, que toute musique, dans son essence profonde et
intime, est romantique, que, partant, la différence entre musi-
ciens classiques et musiciens romantiques est beaucoup moins
tranchée n"'«ntre artistes plastiques et littérateurs classiques
et romantiques et que, pour prendre un exemple concret, les
disparités entre un Bach et un Schumann sont beaucoup
moins sensibles qu'entre un Racine et un Shakespeare.
Et cependant, au sein de cet universel romantisme musical,
il y a des degrés et des nuances, et si les frontières entre les
manifestationsmusicales divergentes sont moins précises,elles
n'en existent pas moins.
Nous allons donc essayer de montrer tout d'abord en quoi
toute musique est romantique puis nous tenterons de déter-
miner en quoi consiste le romantisme musical proprement
dit, tel qu'il a éclaté, en même temps que le romantisme des
arts-frères, dans le premier tiers du dix-neuvième siècle et
enfin d'esquisser brièvement la physionomie artistique des
représentants les plus typiques de ce romantisme.

Avant tout, quels sont les caractères essentiels du roman-


tisme en général?
Certes, il n'est pas aisé à définir ce concept du romantisme
dont vainement tant d'esthéticiens et d'historiens de la litté-
rature ont tenté de fixer les traits fuyants. Il constitue, d'une
part, une catégorie esthétique générale dont on découvre les
traces jusque dans les œuvres lyriques et dramatiques des
artistes classiques par excellence les poètes et les tragiques
grecs. Il exprime, d'autre part, une révolution artistique
déterminée, celle qui, née en Angleterre dans le dernier tiers
du dix-huitième siècle, a fermenté ensuite puissamment en
Allemagne, pour éclater, vers i83o, en France, révolution à
la fois sociale, politique et surtout psychologique,qui a trans-
formé profondément l'atmosphère affective dans laquelle
vivaient, sentaient, créaient les artistes et à laquelle parti-
cipèrent des tempéraments aussi profondément différents que

pour nous en tenir à l'art littéraire Southey, Wordsworth
et Byron, que Gœtlie, Schiller, Tieck et les Schlcgcl, que
Vigny, Dumas père, Victor Hugo et Musset.
Et cependant il faut qu'il y ait dans ce concept du roman-
tisme, quelque riches et divergentes qu'en soient les mani-
festations, quelque chose de commun, d'identique, puisque
c'est sous le même vocable que nous désignons les forgeurs de
Beau dont nous venons de citer les noms. Ce sont ces carac-
tères communs qu'il s'agit de dégager par opposition à ceux
du classicisme.
Irrésistible aspiration à l'Infini, à ce qui dépasse les niveaux
moyens, à ce qui excède les dimensions et les forces ordinaires
de la réalité, l'instinct le plus noble du génie humain de
se surpasser, de se maximiser, par opposition à l'optimiste
modestie classique de s'en tenir aux formes déterminées,
rigoureusement circonscriteset closes.
Le clair-obscur, l'auroral, le crépusculaire, épandu comme
un halo sur l'œuvre d'art par opposition à la claire lumière
dans laquelle baignent les chefs-d'œuvres du classicisme.
Prééminence du sentiment, de l'élément aberrant de E

l'âme où seul le Moi, tel qu'il est affecté par le choc du


monde extérieur et par la guerre que se livrent en lui les élé-
ments dont il est constitué, prend vraiment conscience du
plus profond et du plus intime de lui-même, sur la raison
qui, planant loin au-dessus de toute joie et de toute douleur,
suit impeccablement, dans l'esprit de tous les hommes, à
quelque époque historique, à quelque race qu'ils appar-
tiennent, son orbite, raison à laquelle obéit en dernière ana-
lyse toute œuvre classique.
Prééminence, dans ce monde du sentir, sur les sentiments
universels qu'incarnent les œuvres classiques, des sentiments
singuliers, uniques qui fleurissent dans l'âme de toute monade
humaine, et qui retentissent avec une intensité si véhémente
dans les âmes des artistes qu'ils ne peuvent pas ne pas
éclater et s'exprimer par des œuvres.
Prééminence enfin, parmi ces sentiments singuliers, de
a,~ aaavau
l'exaltation sur le calme, de la mélancolie sur la joie, de la
nostalgie sur la béatitude, des tempêtes sur les embellies, de
la bataille non résolue par une victoire
ou une défaite sur
cette réconciliation, cette xatocpmç dans laquelle s'achèvent les
œuvres classiques même les plus pathétiques.
t

II t

Ce sont là, si je ne me trompe, les maîtres-caractères du


romantisme en général. Et ce sont là les caractères mêmes de
la musique par rapport aux autres arts.
Et, en effet, dans toute musique, la plus humble comme la
plus complexe, il y a cette tendance à l'infini
ou, si l'on pré-
fère, à l'indéfini qui est l'âme même du romantisme. Une
œuvre
plastique, une œuvre littéraire, un mouvement de danse même
est délimité, fermé, fixe. Une phrase musicale n'a pas de
bornes, n'a pas de frontière, n'a pas de mur. Elle flotte, elle
tend vers on ne sait où, gonflant le cœur de ceux qui
l'entendent d'un désir qui, jamais, ne peut se satisfaire
pleinement puisque, jamais, il n'est clairement exprimé.
De là, la lumière incertaine dont elle est éclairée des
rayons
qui se brisent, des taches de pourpre posées à côté de flaques
de bistre, des jeux de lueurs incertaines au lieu du grand
soleil placide parmi lequel vivent, en pleine sécurité, les êtres
et les choses représentés par les classiques.
De même, si la raison organisatrice et ordonnatrice n'est,
certes, pas absente de l'œuvre musicale, qui contestera que
c'est de sentiments que vit avant tout la musique, de senti-
ments – j'ai essayé de le démontrer ici même » – dont elle
est incapable d'exprimer clairement la nature, mais dont elle
a pour tâche propre de rendre le processus, les montées et
les descentes, les accroissements et les diminutions, les fuites
rapides ou les lentes retraites, les mariages et les divorces,
l'allure saccadée ou les transitions sinueuses, en d'autres
termes, le dynamisme.

i. Cf. Annales de l'Université de Paris, juillet 1926.


La vie facile ou entravée, hâtive
ou circonspecte, puissante
ou débile des sentiments, c'est donc là ce qu'exprime la
musique. De quels sentiments? Les sentiments de l'artiste,
tels qu'il les éprouve en face d'un spectacle de la nature, d'un
événement historique, d'un événement, avant tout, de
son
cœur. Et sur la trame sentimentale, créée par l'artiste, l'audi-
teur le plus humble brode les fragments de sa vie sentimen-
tale qui lui paraissent s'ajuster aux formes et
aux couleurs
qui lui sont offertes. Et souvent,
presque toujours quand il
s'agit de non-initiés, l'interprétation
que donne l'auditeur
aux mélodies et aux harmonies. qu'il entend est erronée. Mais
peu lui importe, et peu importe, en effet, puisque, même mal
interprétée, la musique permet aux moins initiés de revivre,
de vivre avec plus de force leur propre vie émotionnelle.
Quoi d'étonnant enfin, étant acquis
que c'est le dyna-
misme du sentiment que la musique
a pour tâche propre
d'exprimer, si ce sont les moments de plus haute tension, les
sommets et les abîmes de la vie sentimentale que le musicien,
voulant agir sur l'âme de ses auditeurs, pénétrer elle, la
en
modeler et la sculpter, choisit de préférence
aux états psy-
chiques étales qui ne méritent pas d'être magnifiés
par l'art.
III
Voilà les caractères communs au romantisme général
en et
à la musique. Voici ceux du romantisme musical
proprement
dit, tel que les a révélés l'ère historique dont, l'an dernier,
nous avons célébré le centenaire.
Elle est dominée, cette ère, par une conception du monde
dans laquelle les traits essentiels de la catégorie du
roman-
tique que nous venons d'énumérer, tout en demeurant iden-
tiques dans leurs grandes lignes, ont pris, modelés qu'ils ont
été par de profondes transformations politiques, sociales
et
psychologiques, des formes particulières.
Ces transformations culminent dans
un grand fait l'affran-
chissement de la personne humaine de toutes les chaînes qui
avaient pesé sur elle, chaîne des dogmes religieux,
chaînes de la tyrannie des monarques et des aristocraties de
naissance, – la royauté de l'individu, libéré de tous les liens
qui l'attachaient à une place, une fois pour toutes fixée, dans
la collectivité, mais privé aussi des étais que la classe à
laquelle il appartenait avait offerts à sa faiblesse, fier de pou-
voir se frayer sa voie à travers tous les inconnus de la vie,
mais exposé aussi à tous les risques d'une marche solitaire et
aventureuse vers laconquéte de la puissance et de la richesse.
Cet individu, enivré tout d'abord des perspectives illimitées
qui s'ouvrent devant lui, est pris de vertige, constate les
résistances qu'opposent à l'infini de ses désirs la dure réalité
et la médiocrité à laquelle sont condamnés les plus doués
d'entre les amants de la gloire, ne sent plus vivre dans sa
conscience que la profonde désharmonie entre lui et le monde
et s'abandonne à cette « douleur cosmique », ce IVeltschmers
qu'ont chanté, avec un incomparable lyrisme, les poètes de
Viertker, de René, de Childe Harold,
C'est cette désharmonie, cette brisure que la musique
romantique a essayé d'exprimer avec les moyens propres à
l'art des sons.
Puis, rebuté par la réalité rétive à ses aspirations, l'indi-
vidu cherche des refuges un moyen âge artificiel, la magie
des pays de beauté magnifiés par la fantaisie nostalgique des
poètes, l'Italie, l'Espagne, l'Orient, puis tente des pèle-
rinagcs plus lointains encore vers les régions auxquelles
n'atteint pas la raison claire et distincte, mais qu'entrevoit,
dans un halo de mystère, l'intuition baignée de sentiment.
Lequel d'entre les arts, plus et mieux que la musique, est
capable, sinon d'exprimer, du moins de suggérer cet au-delà,
sphère élue du sentiment religieux dans lequel se fondent,
d'après la mystique romantique, toutes les manifestations
de l'âme humaine ?
Tout en se perdant ainsi dans les régions supra-terrestres,
l'individu ne peut se déprendre de lui-même. C'est lui, c'est
son élan, son appel, sa prière il en a fièrement conscience
qui crée les iles heureuses vers lesquelles cingle la grande
voile de ses désirs. Incessamment, il scrute ce moi, maître de
tous les enchantements comme de toutes les détresses, il en
compte les pulsations, il en décrit toutes les manifestations,
même les plus humbles, les plus quotidiennes, ennoblies
qu'elles sont toutes par la source dont elles jaillissent.
La musique – et c'est là la plus grande nouveauté peut-
être du romantisme musical-suitce mouvement.Elle s'attache
à ne plus exprimer seulement -indirectement toujours, sym-

boliquement les grands contenus de vie auxquels s'étaient
attachés les musiciens classiques, mais les sentiments fugitifs,
momentanés, frissons éphémères de la grande marée mon-
tante des émotions universelles.
Ces sentiments singuliers, fugaces, réaction instantanée au
torrent des impressions qui viennent incessamment nous
assaillir, se traduisent le plus aisément dans de petites formes,
de courtes pièces instrumentales, des Lieder que, sans doute,
les musiciens classiques avaient connus, mais auxquels ils
avaient hautement préféré les grandes formes et les amples
constructions.
Ces grandes formes, ces amples constructions, les musi-
ciens romantiques y ont aspiré, eux aussi. Mais ils ont tenté,
quand ils les ont choisies, de s'affranchir de la rigueur des
canons auxquels, chez les classiques, elles étaient soumises.
Ils ont tenté surtout de les baigner dans la grande onde senti-
mentale qui sourdait de leur cœur et d'y faire une place,
au milieu de l'universalité que ne peuvent pas ne pas incarner
de grands édifices sonores comme des Symphonies ou des
Oratorios, à la singularité, la fugacité, l'unicité du sentiment
individuel.
IV
Le maître de tout ce mouvement est Beethoven.
Trois grands moments dans son évolution créatrice.
Les oeuvres de jeunesse les deux premièresSymphonies,
les premières Sonates, les six premiers Quatuors la divine
harmonie de Mozart, la jeune lumière des matins se jouant
sur les lignes transparentes des mélodies et les unions heu-
reuses des harmonies, les haltes dans la fraîcheur des clai-
rières, les candides parfums des fleurs des champs.
La maturité: les Symphonies de 3 à g, avec, comme sommets,
l'Héroïque, la Pastorale et la Symphonie en ut mineur, Fidelio,
Egmont. Harmonie encore avec l'univers, mais non plus
mozartienne. Harmohie entre un Moi, creusé par la douleur
mais aussi infiniment enrichi parelle, et un Univers, non plus
idyllique, mais déchiré par les luttes que s'y livrent sans répit
les forces innombrables des choses et les âmes inquiètes des
hommes deux colosses qui s'affrontent, se mesurent des yeux
et qui, reconnaissant leur puissance réciproque, tentent de
composer.
Les dernières oeuvres les cinq dernières Sonates, les cinq
derniers Quatuors, la Missa Solemnis, la Neuvième. Un
chaos d'escarpements profondément fissurés et plongés dans
des ténèbres qu'illuminent brusquement les rouges zigzags
des éclairs. Un Titan qui, formidablement, secoue les piliers
sur lesquels repose l'univers, emmêle les genres, les espèces et
les familles, brise d'une main irrésistible les Tables des lois,
les Tables des valeurs, les canons et les règles, qui ouvre
sous nos pieds des abîmes insondables où sombre la vie tout
entière, mais qui, par une brusque tension de ses énergies
surhumaines, se remet debout et s'élance, maisen y emportant
tout l'énorme fardeau de ses détresses, vers la sphère éthérée
de l'amour du Divin et de l'Humain, vers les vals sacrés de
l'expiation, de la rédemption, de la réconciliation.

De cette grande source s'élancent, comme des fleuves


incessamment nourris de ses eaux, les musiciens romantiques.
Je distingue parmi eux trois groupes
1° Les Semi-Romantiques.
Weber, avec ses trois oeuvres significatives, parmi tant
d'autres, charmantes le Freischiits, Euryanthe et Obéron. Les
forces démoniaques du mal venant s'aheurter
aux forces du
bien. La poésie de la forêt, de la mer et des
cours médiévales.
Les nuits de tempête où les âmes démontées s'ouvrent
au
crime; les soirs voluptueux où, dans les
cours, regorgeant'
d'or et de pierreries, paradent seigneurs parés et demoiselles
coquettes; les nuits où, au clair de lune, dansent, dans l'atmo-
sphère limpide, les elfes graciles. Tentative de rendre,
par
des combinaisons rares de rythmes et surtout de timbres, le
décor des choses et l'apparence des êtres plutôt
que leur
essence profonde.
Schubert. L'éternel adolescent de l'âme duquel jaillit la
musique avec une force et une spontanéitési irrésistibles et si
inépuisables qu'elles excluent toute idée de travail et d'effort,
et qu'elles masquent, tant elles paraissent naturelles, la
grandeur des oeuvres dans lesquelles elles sont cristallisées.
Un monde de Lieder innombrable où le musicien
a su si bien
s'infuser dans le plus profond des poètes qu'il élus
a pour les
illustrer, si bien capter l'âme musicale de leurs
vers qu'il
nous est impossible de concevoirdésormais ceux-ci sans leur
vêtement sonore. Puis, le monde de sa musique
pure, lui
aussi immense, mais lui aussi facile d'accès, ouvert, hospi-
talier les Quatuors pour cordes, les deux grands Trios, le
Quintette en ut majeur, les Sonates pour piano, et, avant tout,
les deux Symphonies, l'Inachevée et la Symphonie en ui majeur,
la puissance cyclopéenne de Beethoven mariée à la grâce
ensorcelante et au juvénile élan du Viennois, le tout couvert
de rosée matinale, imprégné de tendresse et de douceur naïve,
un jaillissement du mélos et une richesse de motifs, non entiè-
rement organisés, comme l'histoire de la musique n'en a pas
connu de pareils.
Mendelssohn.– Le mattre des émotions tempérées, des souf-
frances dominées, des tableaux de nature sur lesquels plane
une lumière dont les rayons vifs nous chauffent doucement
sans jamais nous brûler, des Oratorios dont s'exhale le haut
souffle des collectivités religieuses. Venu tout droit de Weber
dont il a la chevaleresque élégance et l'exaltation modérée
par la souveraine raison, il a été le féal disciple de Bach, dont
il a comme redécouvert les Passions, et dont il a su faire
passer dans ses œuvres, les plus romantiques quant au contenu,
l'impeccable logique et l'équilibre parfait.
Semi-romantiques, ai-je appelé ces trois musiciens, parce
que tous trois, en dépit de leur inspiration romantique, ont
une santé, une clarté, une alacrité, une possession d'eux-
mêmes qui les apparentent au lumineux génie des classiques.
¡
2" Les Romantiques intimistes.
Chopin. Et voici venir du fond de la Pologne le pâle jeune
homme qui prend dans le sortilège de ses arpèges le cœur
des jeunes femmes et des jeunes filles et de tant d'hommes
dont l'âme est aussi tendre et aussi fragile que l'âme fémi-
nine. Il a écrit, avant tout, des danses, mais des danses d'une
espèce singulière. Les mouvementsque dessinent leurs motifs
et scandent leurs rythmes ne sont pas ceux d'un corps qui se
déploie et s'épanouit, mais ceux d'un cœur qui s'ouvre et se
replie, qui se dilate et se contracte, ascende vers les cimes
de l'amour couronné de triomphes et retombe vers la détresse
des abandons. Langueur des voluptés mélancoliques, morbi-
desse, frémissements, tièdes contacts, molles étreintes, une
végétation de sons si frêle, si délicate, si veloutée, aux sen-
teurs si capiteuses dans leur douceur, que nous nous sentirions
comme mortellement assoupis à trop toucher ces tiges et à
trop respirer ces haleines, si parfois, dans les Ballades et
dans telle Polonaise, nous n'entendions éclater soudain les
cris farouches des révoltes et les malédictions haletantes d'un
esprit passionnément épris de liberté.
Schumanti. – Frère de l'élégant Polonais parisianisé, coque-
luche des salons et de leurs belles hôtesses, c'est un Allemand
joies de
au cœur simple, à l'âme candide, ouvert aux petites
la vie quotidienne, professant pour la musique le religieux
respect d'un prêtre pour sa foi. Il a été le plus vraiment,
le plus sincèrement, le plus profondément romantique, non
seulement des musiciens, mais des artistes romantiques
en
général. C'est que, chez lui, la désharmonie fondamentale,
l'intime brisure, signe du romantisme, n'était
pas une atti-
tude artistique, un thème pour lequel il se serait donné
pour
tâche de trouver des variations, mais une tare physiologique
profondément enracinée dans sa constitution mentale et
que son génie a transmuée en éclatante vertu. C'est elle
qui explique l'inquiétude angoissée, l'aspiration déçue, les
élans entravés, la marche hésitante vers des buts jamais atteints,
les appels désespérés restés sans réponse, l'inguérissable
nos-
talgie qui caractérisait son œuvre. Parfois, des éclats de voix,
de la fantaisie gamine, des images versicolores, mais, jetant
vite un voile sombre sur cette allégresse, fille d'une excitation
morbide, réapparaît la mélancolie, son inséparable
compagne.
C'est sa voix tremblante que nous entendons chanter dans le
Carnaval aussi bien que dans les Davidsbündier, dans la
Fantaisie que dans les Trios, les Quatuors et le Concerto pour
piano et orchestre, dans les Symphonies aussi bien
que dans la
Péri, le Faust et Manfred et dans les plus beaux, enfin, de
ses
Lieder où son art, qui tendait incessamment à transgresser
les frontières de la musique, à faire dire
aux sons purs ce
qu'ils sont incapables de rendre, a trouvé le domaine élu où
son génie a pu le plus entièrement se révéler.
3* Les romantiques dramatiques et épiques.
Berlioz.– Quoi de plus dissemblable à l'intimisme de Chopin
et de Schumann, à leur douceur et à leur tendresse,
que l'art
de Berlioz dont nul cependant n'a plus vite reconnu et n'a plus
hautement exaltél'éclatant mérite que l'auteur du Carnaval. Art
extérieur plutôt qu'intérieur,art dont l'âme est la lutte drama-
tique, alors que celle de l'art de Chopin et de Schumann
est
la vie du sentiment, art qui, au languide et
au frêle, sub-
stitue le colossal, au bleu d'arur, au mauve et
au gris-perle,
le pourpre, art qui, au lieu d'amollir, d'énerver, d'attendrir,
tend les muscles, revigore et tonifie, art dont les créations
sont, au dire de leur auteur lui-même, « épouvantables »,
« terriblement affreux », « grandement féroces » et d'une
Il horrible grandeur ».
Il est, lui, non pas l'homme des aban-
dons, des défaites et des résignations, mais l'homme de la
révolte contre les petitesses et les bassesses de la vie, de la
révolte contre les entraves qui s'opposent à la marche du
génie, de la révolte contre les choses, contre les hommes et
contre Dieu lui-même. Ses préférences vont, comme celles
d'Hugo, aux antithèses violentes, aux contrastes fulgurants,
aux antinomies irrésolubles. Lui aussi, comme Schumann,
plus que Schumann, veut briser les cadres de la musique,
faire d'elle non seulement une caresse pour l'oreille, mais une
nourriturepour l'esprit, faire exprimer aux sons « des pensées
poétiques », faire du musicien, grâce aux programmes, le rival
du poète, un rival qui, sans posséder les armes de son anta-
goniste, arrive, par ses armes à lui, mieux employés,à l'égaler
sinon à le vaincre. Et c'est là le sens de ses Ouvertures, de
ses Symphonies dramatiques et de ses œuvres dramatiques
proprement dites.
Liszt. Avec moins de passion, moins d'ardeur inté-
rieure, moins de tension, avec, dans ses premières œuvres, les
Rhapsodies et les Fantaisies hongroises, plus d'éclat, plus de

brillant trop d'éclat extérieur et trop de brillant artificiel-
avec, dans les œuvres de sa vieillesse, plus de sérénité, plus
de méditation, plus de maîtrise de lui-même et de son art, le
Titan du piano s'apparente à l'auteur de la Damnation. auquel
il a témoigné une si généreuse et si fraternelle amitié.

VI

Et le mouvements'achève ou du moins, non, il ne s'achève


pas. Car, nous l'avons dit, toute musique est romantique et,
parmi les musiciens de la fin du dix-neuvième et du commen-
cement du vingtième siècle, quels sont les maîtres – en
dehors des polytonalistes comme Schonberg, Bartock et les
Six qui ne soient pas des romantiques de la stricte obser-
vance ? Les Russes comme Moussorgsky, Rimsky-Korsakow,
Borodine, les Allemands comme Richard Strauss, les Espa-
gnols comme Granados et Albeniz, les Français enfin
comme
l'exquis Gabriel Fauré, si proche, dans tant de
ses œuvres, de
Schumann, comme le douloureux Chausson, comme le poétique
Déodat de Séverac, comme enfin et surtout notre divin Debussy
dont le Pelléas el Mélisande, né de la double fantaisie d'un
grand poète et d'un grand musicien, est comme l'expression
la plus complète du génie romantique germanique affiné,
attendri, subtilement et exquisement poétisé
par le génie
latin.
Le mouvement ne s'achève donc pas, mais il culmine dans
l'œuvre ydu plus grand, du plus vaste, du plus titanique des
romantiques de tous les temps, je veux dire Richard Wagner.
Tous les éléments que nous avons distingués dans l'art
e romantique musical se retrouvent chez lui, mais intensifiés,
élargis, exaltés et manifestés avec une puissance si
souve-
raine qu'il s'égale aux maîtres des maîtres, Bach et
Beethoven. La désharmoniefoncière, la brisure intime, la fuite
vers les ailleurs, le refuge vers le moyen âge légendaire, la
fusion enfin de toutes les passions humaines dans le sentiment
religieux tout cela vit et vibre dans Tannkâuser, dans
Lohengrin, dans Tristan, dans la Tétralogie, dans Parafai.
Mais nous trouvons plus un orchestre qui exprime
ce que
la voix humaine est incapable de rendre, qui,
par delà les
pensées, les désirs, les volontés conscientes que disent les
paroles chantées, traduit les voix innombrables, inaccessibles
à la geôle des mots, des insondables abtmes de l'Inconscient.
Puis et par ce trait Wagner incarne un caractère
que l'on
peut constater chez nombre de poètes romantiques allemands
la musique de Wagner scelle en quelque sorte le mariage de
la sensualité et de la mystique religieuse, de l'amour humain
avec toutes ses voluptés charnelles et de l'amour divin avec
toutes ses célestes béatitudes.
L'âme de la musique wagnérienne, comme l'âme de toute
musique, comme l'âme de tout romantisme, est l'élan nostal-
gique, la Sohnsucht. Mais c'est une nostalgie colossale qui
· Y'f.
aspire à la satisfaction de tous les instincts de l'homme, les
plus bas comme les plus élevés, qui vise à s'emparer aussi
bien du royaume de la terre que des sphères illimitées de
l'au-delà, qui ne se refuse pas à boire le philtre qu'Yseult verse
à Tristan, mais qui sait goûter aussi la volupté suprême des
renoncements auxquels, hautainement, se résignent l'âme
rédimée de Kundry et l'âme intangiblement pure de Parsifal.
La « leur bleue » du romantisme, elle n'est pas absente de
l'oeuvre de Wagner, mais elle est devenue une fleur géante, un
arbre tropical dont les immenses baies de pourpre éclatent
dans l'atmosphère, dont les branches abritent des peuples
d'oisea.x et dans le tronc duquel coule une sève capable
d'étanefeer toute l'inassouvissable soif de beauté et d'amour
dont brûle l'âme des hommes.
Victor BASCH,
Professeur à la Faculté des Lettres
de l'Université de Paris.
Vie Scientifique

TRAVAUX ET PUBLICATIONS
PHILOSOPHIE
M. André Lalande, membre de l'Institut, professeur à la Faculté
ées Lettres. Logique normative et vérités de fait. Revue philoso.
phique, mars 1929, 161-173.
La première partie de cet article est consacrée à faire voir que si
• l'on reconnaît à la logique un caractère normatif, c'est-à-dire si
on
la fait consister en un systèmede jugements de valeur, et si l'on reste
fidèle à ce point de vue dans toutes les questions qu'elle embrasse,
on peut résoudre plusieurs problèmes très discutés encore de nos
jours le « fondement de l'induction. », la portée des principes
d'identité et de contradiction, la légitimité du syllogisme, la théorie
de l'erreur, etc.
La seconde partie applique cette idée à la distinction classique
des jugements de valeur, ou de droit, et des jugements de réalité,
ou de fait. On a souvent essayé de ramener les premiers aux seconds,
mais sans succès, et il est bien démontré maintenant qu' « on
ne
peut pas déduire un impératif d'un indicatif ». Mais l'opération
inverse n'a rien d'impossible; les jugements de valeur peuvent très
bien impliquer des jugements de réalité, et cela de deux manières
i» ils supposent une certaine situation de fait à laquelle ils s'appli.
quent et sans laquelle ils n'auraient pas de sens; 20 ce qu'on appelle
réalité est le produit logique de toutes les assertions conformes
lois normatives de la pensée, et la solidité du fait dépend deaux la
valeur que l'on reconnaît à ces lois.
LETTRES'1
M. l'abbé Jules Gaixerand. – Les évites sous la Terreur en Loir-et-
Cher*. Thèse pour le doctorat, soutenue devant la Faculté des
Lettres. Paris, 1939.
Une histoire des cultes sous la Terreur comporte normalement trois
r. Les résumés des thèses ont été établis par les auteurs eux-mêmes
la rédaction des Annales ne prend pas plus que les Facultés la respon-
sabilité des opinions émises dans ces thèse» et dans ces résumés.
2. Un volume in-8, XXXVII-802 pages. Blois, «939.
parties le culte non-conformiste ou réfractaire, le culte constitu-
tionnel, les cultes révolutionnaires. L'encadrement le plus simple de
cette histoire est, d'une part, la loi de déportation du 36 août 179s
d'autre part, la loi de liberté du 3 ventôse an III (ai février 179S).
A la date de la loi du 36 août 1792, les cent cinquante et un prêtres
réfractaires du département se répartissent en trois groupes inégaux.
Les déportés c'est la grosse majorité; et la plupart d'entre eux se
réfugient en Angleterre. Les reclus, c'est-à-dire les prêtres figés ou
infirmes, qui passent toute la Terreur dans les maisons de détention
de Blois, puis d'Orléans, puis de Pontlevoy, puis, à nouveau, de Blois.
Enfin, troisièmement, des prêtres cachés. Il y a beaucoup de cohésion
dans ce petit groupe de réfractaires. Le principe général qui com-
mande l'ensemble de la vie chrétienne, c'est l'abstention absolue de
toute relation in divinis avec les prêtres assermentés. L'évêque de
Blois restera sur ce point d'une inflexible intransigeance.
Les fidèles non-conformistes sont relativement peu nombreux en
Loir-et-Cher. Les paroisses ne sont formellement ni schisraatiques,ni
orthodoxes; elles sont tout bonnement pour la religion tradition.
nelle.
Les administrations, tout en appliquant à la lettre contre les réfrac.
taires les décrets, ne furent pas animées d'un esprit terroriste. L'or-

V Eglisede
ganisme terroriste, ce fut surtout le Comité de surveillance du dépar-
tement ou Comité central, créé dès le 21 mars 1793 par les représentants
Tallien et Goupilleau et composé de trois membres, dont un prêtre,
véritable artisan de la Terreur en Loir-et-Cher.
Loir-et-Cher. – Le présent travail essaye
de préciser et de décrire les étapes de la rapide évolution qui fit passer
cette Église de la condition privilégiée d'Église d'État à une profonde
déchéance politique et morale.
Le pouvoir civil se reconnaît le droit de s'ingérer dans le domaine
proprement religieux et l'Église constitutionnelle luil'Églisereconnaît ce
droit. Puis l'autorité civile conçoit son alliance avec d'une
façon tout intéressée, en ce sens qu'elle prétend que le rôle de l'Église
est de servir l'État. Toute l'histoire religieuse du département, en
t793, se résume dans l'application de ces principes, application d'une
logique rigoureuse, poussée jusqu'à ses conséquences extrêmes. Et
donc cet ensemble de faits ne peut encore recevoir le nom de persé-
cution.
Mais, à partir des derniers mois de 1793, des faits nouveaux se pro-
duisent, auxquels convient, cette fois, ce terme de persécution on
veut parler de la déchristianisation violente. L'initiative en est prise
dans la première quinzaine de novembre, par la Société populaire de
Blois e', particulièrement, par celui qui en est alors le chef tout-puis-
sant, le vicaire épiscopal Rochejean. Les administrationsvont-elles
suivre la Société populaire dans la voie de la déchristianisation?
Peut-être n'oseront.elles pas, car elles n'ont pas l'esprit terroriste.
Mais voici que, juste en ces jours, éclate la grande panique causée par
l'approche de l'armée vendéenne. Les autorités blésoises, à demi
affolées par la perspective de l'invasion, ratifient la décision prise par
la Société populaire de fermer les églises (4 et 5 décembre 1793).
Cependant l'arrêté relatif à la fermeture des églises est loin d'avoir
partout son exécution.
Durant des semaines, le culte continue dans les paroisses comme
auparavant. Cet échec tient à diverses causes résistance des popu-
lations, des municipalités; tolérance relative de certaines administra.
tions de districts; directives modératrices transmises par le Comité
de salut public lui-même. Bref, la déchristianisation n'est point
généralisée dans le département.
Mais, de même que, au début de décembre, un excitant est venu de
l'extérieur fouetter le «èle des autorités locales, à savoir la menace
vendéenne; de même, au début de février, un excitant nouveau va leur
venir de l'extérieur, qui les fera pousser à fond l'œuvre de déchristia-
nisation, à savoir la présence du représentant Garnier, de Saintes, en
mission dans le département.
Le programme déchristianisateur de Garnier est triple organiser
partout de brillantes fêtes de la Raison, afin de gagner le peuple;
fermer toutes les églises, sans aucune exception;obtenir des prêtres
qu'ils livrent leurs lettres d'ordination. L'exécution de ce programme
est assuré par un double moyen Garnier visite en personne les six
chefs-lieux de districts, y convoque les délégués de toutes les
communes à des solennités imposantes, au cours desquelles il tonne
violemment contre les prêtres; il épure toutes les administrations,
toutes les municipalités, dont il bannit impitoyablement tous les
éléments modérés ou Il fanatiques ».
En face de cette politique de déchristianisation,quelle fut l'attitude
du clergé constitutionnel de Loir-et-Cher?
La proportion des défaillants, de ceux qui abdiquent leurs fonctions
et livrent leurs lettres de prêtrise, est considérable sur près de trois
cents constitutionnels, trente-deux seulement, semble-t-il, demeurent
fidèles.
Un petit nombre de ces déprêtrisations ont été spontanées; la
majorité des prêtres n'ont fléchi que par l'effet de la crainte; en second
lieu, un petit nombre ont été des actes formels d'apostasie; le plus
souvent, elles semblent n'avoir que la valeur d'une formalité, remplie
par contrainte, mais ne correspondant pas à un reniement inté-
rieur.
L'enquête a signalé une autre défaillance le mariage. Un dépouille-
ment minutieux des registres de mariages des communes du départe-
ment et de diverses autres sources permet de conclure qu'au moins
soixante-quatre membres du clergé constitutionnel se sont mariés,
sans compter treize ecclésiastiques non fonctionnaires.Il est certain
que bon nombre de ces mariages furent contractés par l'effet de la
crainte. Mais il est certain aussi qu'en Loir-et-Cher la contrainte
morale des circonstances fut moins forte pour pousser les prêtres au
mariage que pour les pousser à l'abdication. Le mariage fut donc une
défaillance moins excusable, plus spontanée que la déprêtrisation
une défaillance plus consentie aussi et plus définitive.
Les cultes révolutionnaires, – Le culte révolutionnaire, tel qu'il se
manifesta en l'an II, fut le fruit d'une évolution relativementprolongée,
surtout au sein des sociétés populaires. Ce culte s'était peu à peu
développé en prenant le caractère d'un vrai fanatisme religieux; et cer.
tains esprits avaient conçu le dessein, pour faire triompher leur culte,
d'anéantir le christianisme, dont la rivalité rendait leur culte non
viable.
Dès avant le signal général de déchristianisation, dès ayant l'inau-
guration de ce qu'on appela Je» fêt«s de la Raison, on constate, en
Loir-et-Cher, le double fait suivant d'une part, un culte intérieur
s'exprimant en un rituel copieux, à peu près uniforme partout, avec
emblèmes sacrés, autel, cortèges symboliques, hymnes chantés, dis-
cours imprégnés d'exaltation quasi mystique, d'autre part, un culte
intérieur, ardent, passionné, fanatique; or, ce sont là les caractéris.
tiques d'une religion véritable, d'une religion sans objet nettement
déûni, Liberté, Patrie, Raison, Être suprême, Nature, mais, en
tout cas, d'une religion purement naturaliste, sans dogmes, sans
mystères et sans sacerdoce proprement dit.
Le culte de la Raison çonstitue donc, non pas une création, mais
simplement une phase nouvellede l'évolution du culte révolutionnaire,
phase spécifiée par ce triple caractère le culte adopte un objet plus
précis, la Raison, qu'il représente par un emblème vivant le culte,
qui, depuis plusieurs mois, a déserté les églises, y rentre, non plus en
allié du culte chrétien, mais en vainqueur qui prétend y occuper seul
la place; le culte est animé d'un esprit d'antichristianismeplus pro-
noncé, qui se traduit par la violence blasphématoire des discours et,
ça et là, par le déploiement de mascaradesimpies.
A cause de ces violences antichrétiennes, et aussi parce que cette
forme cultuelle laissait Dieu trop h l'arrière.plan, le culte de la Raison
n'eut, en Loir-et-Cher, qu'un succès très restreint les populations
avaient besoin d'une plus forte dose de religion.
De ce besoin, le culte de l'Être suprême bénéficia. Il n'était, lui
aussi, qu'une phase nouvelle dans l'évolution de la religion révolu-
tionnaire. Aucune différence essentielle ni dans l'objet, ni dans le
rituel. Seulement, Dieu, très estompé dans la précédente forme cul-
tuelle, revenait au premier plan de là, en Loir-et-Cher, le caractère
plus grave, plus sérieux, plus religieux de la fête du 20 prairial, et
l'empressement plus général qu'on mit à la célébrer.
Mais cet empressementne devait pas être durable. Le présent ttavail
recueille des faits nombreux qui montrent que, en dépit des moyens
de propagande mis en cause par les sociétés populaires et les admi-
nistrations éparées, les populations de Loir-et-Cher se désintéressent
rapidement, au cours de 1794, de toutes les formes du culte révolution-
naire. Or, en môme temps, les faits témoignent d'un élan irrésistible,
absolument spontané, qui porte ces populations à ressusciter, même
sans la collaboration des prêtres, le culte chrétien.
Voici quelle est la situation en Loir-et.Cher, à la fin de la Terreur.
Église non conformiste, réduite en nombre, mais vivante, fervente,
active et unie, en progrès sensible au début de 179.5. Église consti-
tutionnelle, profondémentdéchue au point de vue politique, débandée,
démoralisée, pratiquement annihilée au point de vue religieux,
donnant le spectacle d'une grave défaillance du courage sacerdotal et
même de l'esprit chrétien. Culte révolutionnaire, accusant un sérieux
échec, à peu près totalement abandonné par le peuple, qu'un mouve-
ment spontané entraine vers le culte chrétien. Si l'on a le droit de
mesurer la valeur de fond des organismesà la façon dont ils réagissent
aux heures de crise et sous les orages, on doit reconnaître que seule
l'Église non conformisteavait en elle un principe de vitalité vraiment
robuste et fécond.
M. Roger Mauduit. – Auguste Comte et la Science économique.
Thèse pour le doctorat, soutenue devant la Faculté des Lettres.
Paris, 1929

L'auteur, après nous avoir exposé comment Auguste Comte en est


venu à critiquer la science économique et quels reproches ii lui
adressa, nous montre les différences de points de vue qui existent
entre l'économie politique et la sociologie positive, ensuite il insiste
sur les services éminents que la critique de Comte a rendus à la
science des richesses.
Auguste Comte, comme beaucoup d'hommes de sa génération,fut
ému par la misère très grande des ouvriers français au moment de la
naissance de la grande industrie. La période chaotique que traversa
notre pays en ce qui concerne les phénomènes économiques au temps

de la Restauration et tout spécialement la crise de chômage sou-
ligna pour lui l'insuffisance de cet ci ordre spontané », si cher aux
fondateurs de la science économique et à leurs successeurs.Mais alors
que beaucoup d'écrivains du temps, comme Saint-Simon, Louis Blanc
et Proudhon, par exemple, proposaient des remèdes matériels aux
maux qu'ils constataient, Auguste Comte qui, en même temps,
concevait tout un système philosophique – avant de résoudre la
question sociale et d' « intégrer l'ouvrier à la société », voulut mettre
un terme au désarroi des idées et des sentiments, et créer une philo-
sophie acceptée de tous, capable de reconstituer l'unité organique
intellectuelle de la nation. Avec cette intention, il lutta contre l'indi-
vidualisme qui, pour Jui, depuis la Réforme et plus encore depuis la
Révolution, sapait inlassablement la société or, l'économie politique,
tout comme la philosophie de Rousseau lui paraissait un produit de
l' « esprit métaphysique » et de l'individualisme anarchique. Auguste
Comte ne se contenta donc pas, comme tant d'autres, de montrerque la
« convergence » des intérêts privés n'était pas toujours parfaite et de
faire voir qu'il y avait des désharmonies à corriger dans la société
il porta le débat plus haut et attaqua l'économie politique à l'endroit
où une science est le plus vulnérable, c'est-à-dire dans sa méthode.
La critique de l'économie politique par Auguste Comte est, avant
tout, une critique méthodologique. La philosophie positive, au lieu
d'une science limitée à l'étude des phénomènes de richesse, veut
constituer une sociologie générale considérant l'homme social sous
tous ses aspects. N'étudier que le producteur ou le consommateur,en
écartant délibérément chez l'homme les aspects religieux, artistiques
et tous les sentiments du groupe, c'est mutiler la réalité et se con-
damner volontairement à une connaissance imparfaite. Au surplus, il
y a dans la société, comme dans un organisme individuel, une inter-
dépendance entre les parties, qui nous interdit d'étudier isolément un
organe indépendamment de l'organisme; le ci consensus » condamne
toute science sociale isolée. Et Auguste Comte, avec le clair regard
du génie,avait bien vu, dès i83o, à quelle médiocrité devait être vouée,
en effet, une littérature économique n'étudiant que la production-
consommation, non pas même dans l'hommesocial mais dans l'homme
individuel. De quels moyens d'investigation, au surplus, usent les

t. Paris, Alcan, éditeur, 1929.


défenseurs d'une science ainsi malencontreusement délimitée? Au
lieu de procéder par l'observation et la méthode historique qui con-
viennent à la science sociale, ils raisonnent abstraitement et déducti-
vement, comme Euclide lorsqu'il fonda la géométrie; et l'économie
politique entière est déduite abstraitement de l'intérêt personnel
supposé seul moteur de l'action des hommes. Ce n'est pas tout, les
économistes nous donnent leur science comme universelle, c'est-à-dire
qu'ils nous présentent leur construction comme valable pour tous
les temps et toutes les civilisations. Or, nous dit Auguste Comte,
nous ne connaissons que le relatif et non l'absolu et ce fut la gloire
de la philosophie positive, avant l'école historique allemande, de
nous montrer que les lois économiques sont variables et contingentes
et qu'elles se transforment comme les sociétés elles-mêmes. La notion
du progrès ou de l'évolution était, en effet, à peu près étrangère aux
fondateurs de la science économique le relativisme historique ne fut,
comme l'on sait, dans tous les domaines qu'une lente acquisition du
dix-neuvième siècle.
Pendant bien longtemps l'économie politique, en France surtout,
fut réfractaire aux directives d'Auguste Comte-, et la science des
richesses chez nous, du moins la science officielle enseignée dans les
Facultés de Droit, ne dépassa guère le point de vue des premiers
vulgarisateurs J.-B. Say et Dunoyer. Cependant, l'école historique
allemande, s'inspirant du même point de vue relativiste qu'Auguste
Comte, jetait les bases d'une science sociale générale, qui voulait
étudier corrélativement à tous les autres phénomènes sociaux les faits
de production de circulation et de consommation des richesses, et
proclamait que les lois économiques sont relatives aux civilisations
et variables comme elles. Grâce aux influences réunies
est malaisé de faire la part
– et dont il
des écoles allemande et positive, l'éco-
nomie politique, aujourd'hui, a une tendance plus nette à devenir
une science d'observation et à ne proclamer, pour les phénomènes de
richesse, que des lois relatives et variables comme les sociétés. S'il
existe encore une économie politique abstraite et déductive, cela tient
à ce que certains esprits se plairont toujours à la confrontation les
concepts et au jeu brillant des idées; mais cette Il économie pure »
n'est légitime qu'à condition de ne se donner que comme un jeu de
l'esprit. L'école sociologique française, héritière des idées d'Auguste
Comte, a su mettre au point une méthode définitive pour étudier des
phénomènes sociaux, grâce à laquelle l'économie politique tend
aujourd'hui à n'être plus, comme disait Auguste Comte, « une science
d'avocats », mais tend, au contraire, à devenir une science de vrais
savants.
M. A. PLASSART. Les sanctuaires et les cultes du Mont Cyulhe à
Délos. Thèse pour le doctorat, soutenue devantlaFaculté des Lettres.
Paris, 1928».
L'étude de M. Plassart tire son origine de trois campagnesde fouilles

t. Un volume grand in-4, de vni-3to, pages, illustré de 260 figures


dans le texte et hors texte et de 6 planches finales. Paris, E. de Boc-
card, 1928.
auxquellesl'auteur procédadans cette région de Délos, sur mission de
l'École française d'Athènes. Aux données par lui recueillies, Il a joint
celles qu'avaient obtenues sur plusieurs points du mont délien, à
diverses occasions entre 1873 et 1920, A. Lebègue, A. Hauvette,
Mm. P. Roussel et R. Démange); certaines de leurs trouvailles
n'avaient été que sommairement signalées; les publications les plus
anciennes appelaient une utile revision.
La somme de ces résultats intéresse l'archéologie grecque et en
même temps l'histoire religieuse d'un des lieux les plus vénérés de
l'Hellade, cette petite Ile de Délos qui dut à la foi religieuse son pres-
tige initial, source première de la prospérité qu'elle connut durant
plusieurs siècles.
Dans le premier domaine, le fait le plus digne de remarque est sans
doute la mise au jour d'un habitat préhcllénique au sommet duCynthe;
c'est le plus ancien qui ait été jusqu'à présent reconnu dans l'île. Le
remblai de la terrasse hellénistiquea préservé les restes d'une douzaine
de cabanes, où sont juxtaposés murs rectilignes et curvilignes; l'outil-
lage recueilli là comprend des objets de pierre petites meutes pour
la mouture à bras, mortiers, pilons, disques-couvercles,hache polie, etc.,
des vases d'argile cuite non peinte (de la grande jarre, cerclée de bour-
relets, à la pyxis qu'ornent mamelons et chevrons incisés) du plomb
a été importé, ainsi que des lames d'obsidienne. Par comparaison
avec deux autres habitats des Cyclades préhclléniques,celui de Pyrgo
à Paros, celui de Kastri à Syros, il semble qu'on doive dater des der-
niers siècles du troisième millénaire cette première occupation de la
cime.
En contraste avec ces documents nouveaux, il est remarquable que
non seulement le Cynthe, mais toute la partie centrale de Délos, soi.
gneusement explorés, n'ont livré à peu près nul vestige de l'activité
humaine pour toute une série de siècles du second millénaire, ceux
précisément où une civilisation brillante se développait en Crète, à
Mélos, à Thêta. On sait que, d'après Thucydide, Minos chassa des îles
les pirates Cariens. Ne faut-il pas voir dans l'abandon de l'habitat du
Cynthe un des premiers succès de la thalassocratie crétoise ? Les
occupants de la guette délienne auraient été de ces « Cariens » peut-
être le Cynthe leur a-t-il dû son nom, de type préhcllénique.
Les documents archéologiques ne redeviennent nombreux à Délos
et ne reparaissent au sommet du Cynthe qu'avec les tessons peints de
style mycénien. Ce semble l'indice du repeuplementde l'île au temps
où, après l'occupation de la Crète par les envahisseurs continentaux,
cette céramique se répand dans les Cyclades, au cours du dernier quart
ou, au plus tôt, du troisième quart du second millénaire.
Ces conclusions ne sont pas sans conséquences pour l'histoire reli-
gieuse de Délos. Avant de le montrer, il y a lieu, passant aux monu-
ments des temps historiques, d'indiquer brièvement ce qui, dans cette
étude, doit retenir encore l'attention de l'archéologue c'est principa-
lement la série des édifices et parvis sacrés aménagés, au cours de six
à sept siècles, sur les versants et au sommet du mont. La plus antique
de ces constructions, la petite chapelle d'Hèra, une simple chambre
d'environ 3X3 mètres, au pied du versant nord-ouest, remonte au
moins jusqu'au septième siècle. Elle fut ensevelie, vers la fin du
sixième ou le début du cinquième, dans le soubassement d'un nouvel
Hèraion de marbre, de t3 X y mètres. Cet édifice, formé d'un naos que
précède un pronaos à deux colonnes doriques in antis, est ici l'objet
de l'étude architecturale attentive qu'il méritait.
Pour le sanctuaire du sommet, le Kynthion, il est possible de con-
fronter avec les restes découverts les renseignements que les comptes
annuels des hiéropes d'Apollon fournissent sur les travaux exécutés
dans l'Ile au troisième siècle c'est après 280, en effet, qu'en fut amé-
nagée la terrasse carrée, de %f> mètres de côté, soutenue par de forts
murs de granit au-dessus desquels s'élevait un péribole de marbre; elle
ioniques, de Zeus et d'Athena.
a porté les demeures, les oikoi à façadesordonnés,
Les inventaires, topographiquement des administrateurs
athéniens, successeurs des hiéropes, ont permis à l'auteur de localiser,
deuxième siècle
outre le sanctuaire officiel d'Eileithyia, celui que le qui
connut sous le nom de temple d'Agathè Tychè, ma.s tout d'abord
avait été, au siècle précédent, le Philadelpheion. A la même période
que cet édifice, à la même influence ptolémaîque estde par lui rapporté
le fameux antre du Cynthe, caverne factice couverte dix gros bloc*
granitiques curieusement disposés; la statue qu'il a abritée figurait
Héraklès; un autel, des tables de marbre s'élevaient sur la terrasse qui
précède l'antre.
La seconde domination athénienne a été marquée non seulement
de deux
par d'importants travaux au Kynthion, par la construction
nouvelles rampes sur les versants abrupts, mais aussi par l'établisse.
ment, au milieu de ces chaos de roches, d'une douzaine de nouveaux
sanctuaires: de médiocre étendue et de médiocre appareil, ils sont
d'un type assez uniforme et curieux à ciel ouvert, avec une terrasse
plus ou moins haute bordant l'espue où s'élève un autel.
Si divers d'âges et d'aspects, ces sanctuaires illustrent l'histoire reli-
gieuse de Délos, tantôt h l'époque archaïque, – plus haut même peut-
être, tantôt aux temps hellénistiques. Si rien ne décèle les croyances
de la population d'abord établie sur la cime du Cynthe, le lieu qu'elle
avait occupé était apparemment devenu déjà un lieu sacré lorsque,
après plusieurs siècles d'abandon, on commença à y apporter des
vases mycéniens. Il n'y a plus à douter pour les vases archaïques,
lyrique
avec
donnait
leurs dédicaces à Zeus. Au oinquième siècle, un poète
comme témoin à la délivrance de Lèto Zeus « assis au-dessus de la
cime » des le même temps, les cultes du Cynthe passaient à Paros.
Assuré dès le septième siècle au moins, le culte de Zeus Cynthien
présente divers traits qui paraissent révéler ses origines; la loi sacrée
du Kynthion, qui remplaça au deuxième siècle avant notre ère un
règlement liminaire antérieur, reuouvelle des prescriptions qui peuvent
être fort anciennes; or, on constate de remarquables analogies avec
le culte du Zens de l'Ida crétois de part et d'autre, vêtements blancs,
chasteté, abstinence de viande d'autres détails, comme l'hoplopnoric,
orientent du même côté. Là se retrouverait la conclusion que suggère
l'enquête archéologique puisqu'aux temps « minoens sa la Crète ne

semble pas avoir exercé sur Délos une action profonde se conten-
tant de faire place nette au Cynthe, c'est de la Crète récemment
hellénisée, occupée par les continentaux, que serait venu à Délos ce
culte de Zeus qui se fixa sur le mont délien.
Ce culte, et sans doute aussi ceux de deux déesses que rapprochait
l'une de l'autre, que rapprochait aussi de Zeus la légende de la
nativité détienne d'Apollon Eileitbyia, au nom préhellénique, et
Leto, de qui, au cinquième siècle, un rochet du Cynthe porta le nom
soigneusement gravé. Il est regrettable de n'avoir pas d'aussi valables
indices pour Athfena, à l'époque archaïque déjà Cynthienne et Organè
sur le Cynthe, et plus tard étroitement associée là à Zeus (l'in-
fluenceathéniennedans l'Ile y dut accroître le prestige de cette déesse),
ni pour Hfcra, vénérée dès le septième siècle au pied du mont comme
déesse du mariage, ainsi que M. Plassart l'a montré en étudiant les
offrandes archaïques du précieux dépôt de l'Hèraton. Si plus tard le
culte de Lèto ne s'est pas développé sur le Cynthe, les fidèles ont
continué du moins à fréquenter les sanctuaires reconnus comme
officiels d'Héra, de Zeus et Athèna, d'Eileithyia celle-ci était devenue
une Artémis Eileithyia sur les reliefs qu'on lui consacrait, elle
apparaît comme protectrice des progénitures humaines,vénérée par les
femmes qui attendaient d'elle le secours jadis obtenu par Lèto.
Aux temps hellénistiques, bien d'autres cultes trouvèrent place au
voisinage de ces antiques sanctuaires. Ainsi, celui d'Arsinoè Phila-
delphe Agathè Tychè, en qui bientôt l'on ne vit plus que la déesse
Tychè; près de son temple, dans l'antre factice, le culte d'un Héraklès
qui peut être l'ancêtre de Ptolémée II, époux d'Arsinoè. Et puis, ceux
de divinités orientales sur la cime sud, Zeus Hypsistos, aux parèdre»
anonymes, n'a d'hellénique que son nom; de même, ailleurs, Zeus
Mégistos, qui voisine avec des Dieux Premiers non moins énigwa-
tiques que le Dieu Aérien du Cynthe. Des gens de Gaza, d'Ascalon,
de Séleucie, de Gerrha ont fréquenté les temples du sommet prin-
cipal mais non loin de là, Aphrodite Ourania et Poseidon d'Ascalon
eurent leur téménos spécial, un autel fut élevé à Héraklès et Aurona,
divinités d'Iamneia de Palestine; même la plus lointaine Arabie est
représentée dans ce panthéon un fidèle originaire du Hadramaut a
consacré un monument, avec dédicace dans sa propre langue, au dieu
lunaire Sîn de Alam. Sans doute l'afflux des cultes sur cette sainte
montagne hellénique se fût-il prolongé jusqu'à la fin du paganisme, si
l'insécuritédes mers n'avait, en peu d'années, amené l'abandon presque
complet tout d'abord des régions suburbaines de l'lie et bientôt de
Délos entière.
M. Barthélémy Pocquet ov Haut-Jussé. – Les Pafes cl les Dues de
Bretagne. essai sur les rapports du Saint-Siège avec État. Thèse
un
pour le doctorat soutenue devant la Faculté des Lettres. Paris, 1929

L'histoire du duché de Bretagne, depuis Nominoé jusqu'au mariage-


de la duchesse Anne, s'étend sur sept siècles, mais elle les remplit très
inégalement du point de vue étudié par l'auteur. Du neuvième au
douzième siècle la Bretagne, encore primitive, n'eut que des rapports
espacés avec le Saint-Siège. Dans les bouleversementsreligieux opérés
par Nominoé, l'institution qui couronnait son œuvre, la métropole
bretonne,fondée par lui à Do), ne fut jamais acceptée par la Papauté
et, après avoir végété trois siècles, s'écroula définitivement.
Si cette initiative ducale échoua, une initiative romaine sous Gré-

1. Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de Rome. Fasci-


cule t33.
goire VII, tendant a faire de la Bretagne une principauté vassale de
Rome, avorta plus vite encore. Le treizième siècle ouvre une période
plus riche de faits et plus féconde. Les ducs capétiens que Philippe
Auguste installa en Bretagne montrèrent un sincère dévouement aux
croisades entreprises par la Papauté. En revanche, à l'intérieur de
leurs domaines, ils soutinrent de longues et après luttes avec l'dpis-
copat contre lequel ils revendiquaient le droit d'imposer leurs sujets
et de fortifier leurs cités. Le Saint-Siège prit, comme c'était son devoir,
la défense des ecclésiastiques, mais il était bien éloigné du champ de
bataille pour intervenir avec l'opportunitédésirable. Aussi la plupart
de ces litiges furent-ils résolus en dehors de lui par des transactions
amiables entre les puissances civile et religieuse du pays. L'accrois-
sement du pouvoir ducal avait provoqué ces conflits; c'est par réaction
contre lui que certains évèques bretons, dès la fin du treizième siècle,
émirent la prétention d'être pleinement indépendants des ducs et de
ne relever que du Pape, même au temporel. C'est en vertu de cette
théorie qu'un pape avignonnais, durant le grand schisme, se crut auto-
risé à faire don de sa ville de Saint-Malo au roi de France. Stimulée
par les rois dans la mesure où elle émancipait les évêques de l'autorité
des ducs, cette tendance créa à diverses reprises, dans le duché, une
agitation difficile à apaiser.
Après la crise sanglante que fut la guerre des Deux Jeanne, et
pendant laquelle la Papauté réussit, au prix d'inlassables efforts, à
faire conclure, sinon la paix, du moins quelques trêves, la dynastie
victorieuse des Montfort s'appliqua à fonder en Bretagne une petite
monarchie quasi autonome. Favorisée par les circonstances qui, à la
fin et au lendemain de la guerre de Cent ans, paralysaient la France, où
régnait un fou, l'Angleterreoù régnait un autre fou, et l'Église divisée
par le grand schisme d'Occident, l'indépendance de la Bretagne fut
directement encouragée par les papes du quinzième siècle. Con-
damnant la Pragmatique Sanction, règlement unilatéral de la question
religieuse, que s'était imposé la France, ils voulurent, pour empêcher
qu'elle ne s'étendtt à la Bretagne, creuser un fossé infranchissable
entre celle-ci et la France. Ainsi s'explique qu'ils aient adopté si
absolument les thèses les plus ambitieuses de la chancellerie ducale
et qu'un grand pape, Pie II, ait pu répéter ces paroles d'un sénéchal
de Nantes « De même qu'on dit que le roi de France est empereur
en son royaume, de même on dit que le duc de Bretagne est roi en son
duché. » Mais les Papes ne se contentèrent pas d'efforts négatifs. Par
une série de bulles ils dotèrent la Bretagne de sages institutions éla-
borées d'accord entre eux et les ducs et habilement adaptées aux
besoins des fidèles et du clergé. L'ensemble de ce statut politico-
religieux était si bien compris que la Bretagne le conscna même
après son union à la couronne et qu'il resta en vigueur et régit le
clergé breton jusqu'à la fin de l'Ancien Régime.
La théorie de l'indépendance politique de la Bretagne n'était con-
ciliable ni avec la vassalité qui la liait à la France ni avec le déve-
loppement de cette puissance. De là un duel fatal que l'auteur étudie
dans sa thèse complémentaire. Le pacifique duc François 11 se fût
volontiers accommodé d'un modus vivendi laissant la Bretagne vivre
en amie aux côtés de la France. Si Charles VII n'y contredit pas,
Louis XI fut moins patient. En réclamant du duc une soumission
humiliante et passée de mode, il le contraignit h chercher du secours
au dehors, en Bourgogne et en Angleterre notamment.Mais c'était pour
la Bretagne une politique périlleuse et aléatoire, car aux rois d'Angle-
terre, après l'échec final de la guerre de Cent ans, 11 répugnait de rouvrir
les hostilités contre la France. Aussi le jour où les Français se lan-
cèrent de toutes leurs forces sur la Bretagne, celle-ci ne reçut de ses
alliés que des promesses ou des secours insuffisants et fut écrasée.
M. J. Sirvbn. – Les Années d'apprentissage de Descartes (i5çô-i6g8).
Thèse pour le doctorat, soutenue devant la Faculté des Lettres.
Paris, 1928 >.
Avant de se prononcer sur l'originalité de la philosophie de Des-
cartes, il a semble à l'auteur qu'il fallait d'abord préciser un certain
nombre de détails historiques, restés encore dans l'ombre et dont
quelques-uns présentent un grand intérêt. Il suffira, pour s'en rendre
compte, d'étudier les « années d'apprentissage » de notre philosophe
(1596-1628).
La méthode à suivre, puisqu'il ne s'agit pas d'une construction doc-
trinale, est dictée par le but à atteindre. Elle consiste Il replacer
Descartes dans son milieu et à suivre les diverses tentatives qu'il a
faites pourassimilerles idées qu'il a reçues du dehors. En mettant ainsi,
en face l'un de l'autre, le point de départ et le point d'arrivée de la
pensée cartésienne, on recueille divers « matériaux » qui peuvent être
utiles à ceux qui étudient le cartésianisme. En tout cas, il est permis
de suivre par ce moyen l'évolution des premières idées philosophiques
et scientifiques de notre auteur, car la science et la philosophie réa-
gissent sans cesse l'une sur l'autre dans son esprit.
La formation intellectuelle de Descartes a commencé au collège de
La Flèche, qui venait d'être fondé par les Pères Jésuites en i6o4. C'est
là que notre jeune élève prit contact avec la philosophie scolastique,
sous la direction du P. Noël. On connaît d'ailleurs le jugement que
Descartes a porté sur l'enseignement de ses maitres dans quelques
pages célèbres du Discours de la Méthode et il est aisé d'en retenir les
grandes lignes pour juger de son état d'ûme à cette époque de sa vie.
Dès 1618, notre adolescent entre comme volontaire dans l'armée
hollandaise. Malgré les distractions inévitables de son métier, il se
met à réfléchir sous l'instigation de son ami Beeckman. Il se consi-
dère surtout comme « physicien-mathématicien » et chercheà préciser
une « algèbre géométrique » qu'il espère développer bientôt dans un
ouvrage complet. Mais le désir de voyager l'entraîne vers l'Allemagne,
où l'orientation décisive de ses idées va s'affirmer.
La nuit du to novembre 16 ig, dont on a voulu faire une nuit mys-
tique, nous montre seulement la confirmationdes découvertes que le
philosophe venait de réaliser, par des songes qui lui semblent un
signe du ciel. Désormais sûr de la vérité de ses conceptions, il s'at-
tribue la mission de constituer cette science admirable » ou science
universelle, dont il précise certains détails en se basant sur un symbo-
lisme inspiré de saint Augustin. D'ailleurs, Descartes était arrivé à
«ne pareille conception, après avoir découvert l'idée de « l'unité de la
1. Paris, Vrin, édit., 1928.
science », qui devait diriger dans l'avenir toutes les démarches de son
esprit et qu'il semble avoir puisée dans Suaresi, oit elle est attribuée à
Antoine de la Mirandole.
Cette science unique n'est possible que grâce à l'emploi d'une
méthode unique, dont le philosophe a trouvé dès cette époque les
quatre règles, comme l'affirme expressément le Discours A* la
Méthode, corroboré sur ce point par le témoignage du P. Poisson et
l'examen de la deuxième partie des Régulât. Ces règles sont dérivées
de la logique et des mathématiques. On peut dire à ce propos que,
parti des considérations scolastiques sur la méthode, Descartes a
précisé ses idées sous l'influence de l'analyse des anciens et de l'al-
gèbre des modernes.
L'instrument qu'il venait de forger sert aussitôt à notre auteur pour
aboutir à une « mathématique universelle », constituée par l'étude
des rapports ou proportions c'est l'objet commun à toutes les mathé-
matiques, comme nous l'apprend aussi son ancien professeur de La
Flèche, te P. Jean François. Au point de vue technique, cette étude se
précise par des recherches algébriques,qui aboutissent à la solution des
problèmes du 3° et du jp degré. Mais ce n'était là qu'un premier pas vers
la conquête de la science admirable et Descartes aperçoit la nécessité
d'adopter une morale provisoire, dont il puise les éléments dans le
deuxième livre De la Sagesse de Charron. Ces maximes de la morale
étant mises à part avec les vérités de la foi, le philosophe entreprend
de se défaire de toutes les autres opinions qui ne sont pas « ajustées
au niveau de sa raison ». Il n'en continue pas moins ses recherches de
savant et découvre en novembre 1620, sous l'influence de Kepler, le
fondement mathématique de la théorie des lunettes il trouve ainsi le
moyen de soumettre « les mystères de la nature » aux lois mathéma-
tiques.
Descartes poursuit ses tentatives à son retour en France,ou il com-
pose peut-être d'abord le Stuiium bonae mentis. Après un voyage en
Italie, il séjourne à Paris et l'on peut noter ses préoccupationsmorales,
qui aboutissent en 1628 à un traité sur la Divinité. En outre, ses
préoccupations scientifiques, en optique surtout, lui font concevoir le
Thaumantis Regia, où il soutient dès lors sa théorie de l'automatisme
des bêtes. L'entretien chez le Nonce, en novembre 1628, nous découvre
enfin une « méthode naturelle », dont les idées fondamentales coin-
cident très bien avec celles des Regulae.
Les Régulât nous montrent, dans leur première partie, comment
Descartes avait approfondi, en 1617-1628, ses idées antérieures. Les
quatre premières règles pourla directionde l'esprit correspondent au pré.
cepte de l'évidencedans le Discours et lamanièredontil faut comprendre
la méthode nous est ensuite indiquée dans les trois règles auxquelles il
est souvent nécessaire de réfléchira à la fois: celle de l'ordre, celle de la
constitution de séries déductives et celle de l'énumération. Le carac-
tère pratique de cet ensemble de recherches est nettement accentué
dans les règles VIII-XI, car la méthode doit nons donner le moyen
d'augmenter le pouvoir de notre esprit. Cette conclusion est légi-
timée, dans la règle XII, par l'examen de nos facultés de connais-
sance et des objets sur lesquels elles portent.
La deuxième partie des Regulae aborde l'étude des « questions par.
faitement comprises » et prouve l'excellence de la méthode dans le
domaine des mathématiques. Le plan primitif du Discours y est net-
tement visible et les préceptes que Descartes avait formulés pour
suppléés,
terminer son étude des équations peuvent être facilement
en tenant compte du troisième livre de la Géométrie, dont la plupart
des matériaux se trouvaient, dès 1627, entre les mains de notre auteur.
Si nous parlons maintenant de la troisième partie des Régulât ou des
« questions imparfaitement
comprises n, bien qu'il ne nous en reste
rien, c'est en utilisant les quelques indications jetées çà et là dans
l'ouvrage. En les réunissant, on voit que notre savant aurait voulu se
servir des mêmes règles qu'avait utilisées la deuxième partie, mais

entière. “
entendues d'une façon plus large. il aurait eu recours, par exemple, a
des comparaisons ou analogies pour résoudre les problèmes de lu
physique et appliquer « la mathématique universelle » à la nature
Les Rtgulae résument l'activité intellectuelle de Descartes jusqu'en
163&. Avec les essais. qui les précédèrent, elles nous permettent
de
replacer le cartésianisme naissant dans son milieu et de saisir parfois
quelques-unes des influences qui ont mis en branle l'esprit de notre
philosophe. Ainsi, peu peu, se prépare l'examen des liens qui
unissent sa doctrine aux penseurs qui l'ont précédé et dont il a incor-
poré certaines théories dans un vaste ensemble qui leur a donné une
valeur nouvelle.

SCIENCES JURIDIQUES
Publications récentes
Droit romain et Histoire du droit
MM. COLLINET et Giffard. Droit romain. Petit précis Dalloi.t vol.
M. Ernest Perrot. – Bibliographie d'histoire juridique et écono-
mique (année «9*7) dans Revue historique de droit, 1937.
M. André LECOMTE. De la pluralité des tutlurs ln Droit romain.
Thèse pour le doctorat soutenue devant la Faculté de Droit.
Paris, 1927. (Thèse retenue.)
Cette thèse est le premier ouvrage étudiant dans son ensemble la
gestion par plusieurs tuteurs des intérêts d'un même pupille, en Droit
romain.
Les manuels, notamment en France ceux de MM. Cuq et Girard,
s'examinent cet aspect de la tutelle qu'incidemment, à l'occasion de
la tutelle unique qu'ils considèrent comme étant la règle, et ne lui
consacrent que peu de mots.
Il n'y a guère qu'un auteur allemand, M. Ernst Lévy, qui ait étudié
de très près la pluralité des tuteurs.
Il a consacré à cette question une assez longue monographie parue
en 1916 dans la Zeitsehrift der Serigny
Stiftung lür Rechttgwhichte,
cotutelle.
tome XXXVII. Mais encore n'étudie-t-il qu'un aspect de la de vue
Le savant professeur n'a rien dit, sinon en se plaçant au point
de la responsabilité, des différents modes de gestion, des conditions
d'application de la pluralité des tuteurs aux différentes formes de la
tutelle, toutes questions que la thèse de M. André Lecomte examine
en elles-mêmes et successivement, de telle sotte que son ouvrage se
présente comme une étude d'ensemble de l'institution.
L'absence quasi complète de documentation sur la pluralité des
tuteurs que l'on relève dans les manuels aussi bien que dans les
ouvrages spécialement consacrés à la tutelle peut étonner.
En effet, la gestion simultanée par plusieurs tuteurs d'une même
tutelle n'est pas, en Droit romain, un cas d'exception comme elle
l'est dans notre Droit et dans presque toutes les législations modernes,
bien au contraire. Le nombre relativement considérable de textes s'y
rapportant le prouve.
A Rome, dans les trois formes de tutelle tutelle testamentaire,
tutelle légitime du parent de degré le plus rapproché, tutelle dativc,
déférée par le magistrat, on rencontre la pluralité des tuteurs.
Bien plus, en matière de tutelle légitime, elle est obligatoire. Au
cas où le pupille a plusieurs parents au plus proche degré, ce n'est pas
l'un d'eux seulement, mais tous ces parents qui doivent assumer la
charge de la tutelle. Tel est, par exemple, le cas où un père de famille
décède laissant un fils mineur et trois frèrqj ces trois frères seront
tous trois tuteurs de leur neveu.
Enfin, il semble bien, comme l'auteur en émet l'hypothèse, que
primitivement les intérêts du pupille étaient pris en main par la
famille tout entière, que par conséquent la pluralité des tuteurs est
historiquement antérieure à la tutelle unique.
M. André Lecomte s'est astreint à rassembler le plus de textes pos-
sible, pour ensuite les disséquer minutieusement un à un. 11 n'émet
pas une idée sans l'appuyer de références. Sans doute, biencontraint
souvent
l'obscurité de certains fragments ou leur insuffisance l'ont
d'échafauder des hypothèses. Il l'a fait sans hésiter, mais aussi sans
perdre de vue l'esprit général de l'institution.
En outre, les déductions qu'il a su tirer des textes, les principes
qu'il en a dégagés et les hypothèses qu'il a construites révèlent un sens
juridique certain.
Mais en se faisant un devoir de ne rien laisser dans l'ombre,
d'élucider toutes les difficultés, de suivre pas à pas le fragment
examiné et d'en donner une traduction presque littérale, il a malheu-
reusement fait tort à la clarté de l'ouvrage.
Il eût été préférable que les idées fussent exposées d'une façon plus
schématique, plus abstraite et partant plus nette, que toutes les ques.
tions de second plan fussent rejetées en note pour laisser à la question
principale son relief et sa force.
Il faut reconnaltre d'ailleurs que l'auteur a pris soin de mettre au
terme de chaque chapitre une conclusion résumant en quelques
phrases claires l'idée générale déduite des textes et que ce soin t
tempère en partie l'inconvénient résultant de sa trop scrupuleuse et j
trop minutieuse analyse.
Peut-être lui fera-t-on également grief d'avoir négligé l'étude de la
pluralité des tuteurs dans l'ancien Droit français.
Mais c'eût été demander à l'ouvrage une importance considérable,
puisque, à elle seule, l'étude de la question en Droit romain forme un
travail de près de trois cents pages. t:
Droit criminel
M. L. HUGUENEY. – Des notes au Sirey (1927.1,337 et 36 1 1938.
i.S. et sa5) sur des questions de droit civil et de droit fiscal. Une
81
chronique judiciaire dans la Revue pénitentiaire (nov.-déc, 1937). –
Le projet de Code pénal fasciste. Éludes criminologiques, 1928, n» 2.
Une chronique judiciaire dans les Études crimlnologiques, t928,

n°" 4-5). -La législation française sur l'abandon de famille et son
application possible aux familles polonaises. Revue -pénitentiaire de
Pologne. – La responsabilité du fait des choses dans son application
à la médecine. Annalesde médecine légale, février 1938.

Droit civil
M. CAPITANT. – Comment il faut faire la thèse de doctorat en droit.
a» édition. – Édition du traité de Droit civil (en collaboration avec
Colin).
MM. CAPITANT et ARDER. Législation industrielle. La cause
dans les obligations. 3* édition.
M. RlPERT. Dijon, 21 janvier 1926 Dubost, D. 1928.2.48. Cass.
civ., 2t juin 1937; Solin, D. 1928.1.$.
M. Rouast. – Note sous les arrêts de la Chambre civile (Ollier et
autres) des 12 juillet 1936 et 3 janvier 1937, D. «928.1.137. -Tribunal
civil du Pas-de-Calais (Boulogne), 26 mars 1927; Baignai, Dalloz, 1938.
2.87. Cass. civ., 16 nov. 1927 j Lutter, Dalloz, 1938. 1.33. Cass. civ.
26 oct. 1927; Carvin, Dalloz, 1928. t. 65.

Droit commercial
M. Wahl. – La question des Optants Hongrois et le Conseil de la
Société des Nations. Revue politique et parlementaire, nov. 1927. Tome
CXXXIII, p. 305.
M. CAPITANT. Sur l'abus des droits Revue trimestrielle de droit

civ., 1928, p. 365 à 376. Un projet de Code international des obliga-
tions et des contrats Bulletin de da classe des lettres et dos sciences
morales et politiques de l'Académie royale de Belgique. De l'effet de
la suppression du cours forcé sur les clauses de payement en or ou en
monnaies étrangères Recueil hebdomadaire Dalloz, Chronique,p. 53.
Les emprunts internationaux et le cours forcé journal du Droit
international privé, 1928. 3» livraison. – Collaboration au Recueil
périodique Dalloz De la renonciation a l'hypothèque garantissant le
payement d'une pension alimentaire note sous civ., 11janvier 1937.
1.129. Des droits de la femme commune en biens à la dissolution
de la communauté sur la commandite apportée à une société par le
mari durant le mariage note sous Paris, 29 juin 1927, D. P., 1937.3.
161. –
Le locataire français d'un immeuble sis en Algérie et appar-
tenant àun étranger ne peut être condamné à exécuter la clause du
bail qui stipule le payement du loyer en livres sterling à Londres ou
à Alger, au choix du bailleur. Cette clause est contraire aux lois qui
ont établi le cours légal et le cours forcé des billets de la Banque de
France et de la Banque d'Algérie note sous eiv., r7 mai 1928, D. P.,
1928. i.35. –Droit de la femme, à la dissolution de la communauté,
Ahh. Univ. IV. «6
sur le fonds de commerce acquis et exploité en commun par le mari
et un tiers note sous Paris, janvier 19Î7, û. P., f9*8,r45.
18
M. Mestre. – Études et étudiants. t vol., 1928.
Droit public
MM, Le FUR et Ch. Planes. – Recueil de textes de droit interna-
tional public.
U. Mestre. – Annecy, jô juillet 1927. Société d'Electrochimie
d'Ugines. Sirey, 2.105.1938.
Droit international
M. H. Do.NNEUtEU DE Vabrbs, professeur à la Facultéde droit. Les
principes modernes du droit pénal international,470 pages. Librairie du
Recueil Sirey, Paris, 1928.
De la réciprocité en matière d'extradition, d'après la loi françaisedu
ro mars 1937 Il le noweau projet attrmand, extrait de la Revue générale
de droit internationalpublie, Paris, Pedone, 1928.
loi française
Les tendances actuelles du droit ex traditionnel, d'aprèsla
du 10 mars 1927 et le projet allemand sur l'extradition, dans la Revue
internationall1 dl droit pénal, 1928, p. 327.
La Crise du Jury, dans le Monde Nouveau, numéros de décembre 1928
et mars 1929.
La Réforme du Jury, dans la Revue de la gendarmerie, iS mars tgag.
La Justice-pénale d'aujourd'hui, 32» pages, dans la Collection Armand
Colin, Librairie Armand Colin, 1929.
Collaboration à l'Annuaire de législation française et à V Annuaire de
législation étrangère.
M. André Gardes. Le désarmement devant laSociélédes Nations1.
Thèse pour le doctorat soutenue devant la Faculté de droit. Paris, 1929.
La question du désarmement avait été jusqu'ici abandonnée aux
polémiques de partis et n'avait pas encore fait l'objet, en France, du
moins, d'une étude systématique conçue d'un point de vue élevé et
purement scientifique.
En se plaçant au point de vue du juriste, M. Gardes s'est efforcé de
remédier à cette lacune. Il a donc examiné les problèmes soulevés par
la réduction des armements et les différentes solutions qui ont été
proposées devant l'organisme de Genève, depuis 1920.
Pour faire œuvre utile, l'auteur a dû accomplir un très important
travail de documentation et de recherches personnelles. Négligeant
tous les travaux de seconde main, il s'est reporté constamment aux
sources, c'est-à-dire aux publications officielles de la Société des
Nations.
L'effort à accomplir, pour condenser en quelques centaines de pages
tout ce qui a été tenté ou réalisé à Genève en faveur du désarmement
et rendre claires des questions à propos desquelles les opinions les
plus divergentes pnt été émises, était très grand. Il ne pouvait étre

r. Pédone, éditeur, Paris, 1929.


fructueux sans une connaissance approfondie de toute l'activitéinter-
nationale de la S. D. N.
C'est ce qu'a bien va M. Gardes qui, à plusieurs reprises, situe les
différents problèmes du désarmement dans les cadres plus généraux
du nouveau droit international, en voie d'élaboration.
L'abondance même de la documentation officielle (procès-verbaux
du Conseil, de l'Assemblée et de ses commissions, rapports et
procès.verbaux des nombreuses commissions techniques, documents
de la Commission préparatoire au désarmement, journal officiel,
annuaires, etc.), ajoutait à la difficulté du sujet. Mais on se rendra
compte, à la lecture de l'ouvrage, que l'auteur a su dégager l'essentiel,
et mettre en relief les seuls points importants.
Le Covenant de 1919 avait esquissé le programme a réaliser en
matière de réduction des armements et il avait même créé un orga-
nisme spécial la Commission permanente consultative.
Mais le désarmement n'est pas seulement une question de tech-
nique militaire; il a des aspects politiques, économiques et sociaux.
On le comprit rapidement et, pour en étudier les multiples aspects, la
Commissiontemporaire mixte fut créée en 1921. M. Gardes a longue-
ment étudié les travaux de cette Commission, car on peut dire que
c'est elle, jusqu'au moment de sa tranformation en commission de
coordination, qui a élaboré tous les projets qui ont été discutés par la
troisième commission de l'Assemblée et l'Assembléeelle-même.
La période de recherches et tâtonnements s'étend de l'année 1920 à
l'année ign. Elle est marquée par des enquêtes techniques sur les
armements des Puissances. On demande aux gouvernements quelles
sont les forces de police et les forces militaires qu'ils estiment indis-
pensables pour leur sécurité intérieure et les dépenses qu'ils y con-
sacrent. Cette première période aboutit au projet de désarmement de
lord Esher que l'auteur examine. 11 ne fut pas retenu par la Commis-
sion permanente consultative. Il devait être repris, sous une autre
forme, par la délégation soviétique en 1928.
La seconde période pourrait être appelée la période dogmatique du
désarmement. Elle est caractérisée par la Résolution XIV (191s), le
traité d'assistance mutuelle de 1923 de lord Robert Cecil et par le Pro-
tocole. C'est aussi la période des grandes controverses. Désarmer
d'abord pour aboutir à l'état de sécurité, affirment les délégués des
puissances scandinaves et anglo-saxonnes. Le désarmement doit être
concomitant avec les mesures prises pour donner la sécurité, soutient
M. de Jouvenel qui finit par rallier à son point de vue le délégué
anglais et la majorité des autres délégations. La responsabilité d'une
réduction des armements ne peut être prise que si elle a pour contre-
partie une garantie satisfaisante.
Le traité d'assistance mutuelle M. Gardes y insiste longuement
reposait sur l'interdépendance entre la garantie et le désarmement. Il
combinait le jeu des garanties générales et des traités particuliers. Il
faudra lire les discussions passionnées auxquelles il donna lieu. « Vous
voulez ressusciter les anciennes alliances, vous négligez tout le déve.
loppement juridique reposant sur l'arbitrage et le fonctionnement de
la Cour permanente de justice internationale», objectaient MM. Lange,
Loudon, Branting et le comte Tosti.
Lord Robert Cecil et le délégué français, M. Lebrun, faisaient valoir
que le Traité n'était qu'au prolongement du Pacte et visait à renforcer
l'action préventive de la guerre. Sur le rapport de M. Benès, qui
marquait la liaison logique des idées qui avaient présidé à son élabo-
ration avec les dispositions de l'article 8 du Pacte et les principes
affirmés par la Résolution XIV, l'Assemblée demande au Conseil de
soumettre le projet à l'examen des gouvernements. On verra comment
échoua le traité de lord Robert Cecil.
C'est alors qu'aux idées de désarmement et de sécurité, on associa
l'idée d'arbitrage et ce fut le Protocole. Voilà vraiment la période des
grands espoirs. On condamnait solennellement la guerre le traité
de 1923 l'avait déjà fait mais le protocole y mettait un accent plus
humain.
Ce n'était pas tout on rendait la guerre impossible. Comment?
L'auteur nous le dit très minutieusement. Le Protocole échoua par
l'opposition de l'Angleterre. Mais les idées qu'il avait mises en évi-
dence ne pouvaient disparattre. Elles devaient inspirer les travaux du
Comité d'arbitrage et de sécurité de 1917 et de l'Assemblée de 1928.
La troisième période est celle des réalisations. Elle commence avec
la création de la Commission préparatoire du désarmement en 1926.
M. Gardes nous conduit jusqu'au mois de mai 1929 et relate les travaux
et les résolutions de la dernière session. C'est dire que nous avons une
mise au point complète- et unique jusqu'à présent de la question.
C'est surtout dans la dernière partie de son livre qu'il convient de î
rendre justice à l'auteur. Le travail se compliquait de questions tech- l
niques. Il fallait s'assimiler les rapports longs et minutieux des com- [
missions et sous-commissions militaires, navales, aéronautiques et
économiques de manière à souligner les points importants des projets
et contre-projets en présence. M. Gardes y a parfaitement réussi et
cela seul suffirait à donner de l'intérêt à son ouvrage. 1

,i
Économie politique r
»
MM. Olalid et Piquenard. – Salaires et tarifs. t vol. Presses uni- 3
versitaires.
M. AlUX. – Le Monopole des pétroles. Revue Politique et parle-
mentaxre, to avril 1918, t. CXXXIV, p. i3. – Une théorie psycholo-
gique de la monnaie et du change. Revue politique et parlementaire, ?

to juin 1938, t. CXXXV, p. 462. Comment améliorer la loi des assu-


rances sociales ? Revue -politique et -parlementaire, to juillet 1938,
t. CXXXVI, p. S. Le Monopole des tabacs. Revue folitique et -parle-
mentaire, to septembre 1928, t. CXXXVI, p. 417.
M. Truchy. – L'élite et la fonction publique. Revue politique et
parlementaire, 10 décembre 1927, t. CXXIII, p. 33a.
1

Droit administratif
M. Berthélëmy. – Les lois inconstitutionnelles devant les juges.
Revuepolitique et parlementaire, 10 novembre 1927, t. CXXXIII, p. 1 83.

1
Enregistrement
M. Eustache Filon, professeur de législation fiscale à la Faculté de
Droit de Paris. – Principes et techniquedes droits d'enregistrement
Tome I.
Si beaucoup de gens ignorent le bond formidable que la recette des
droits d'enregistrement au budget de l'État a fait en cent ans, passant
de i54millions en i83o,à plus de6 milliards en 1928, tout le monde sait
qu'il n'est pas une seule manifestation de la vie juridique des indi.
vidus ou des sociétés qui ne soit atteinte, et très lourdement, par cet
impôt.
Surtout depuis une dizaine d'années, pour des raisons impérieuses,
puisque touchant au salut du pays, les droits d'enregistrement sont
passés au premier plan de l'actualité juridique.
Pas une matière du droit, civil, commercial, administratif, qui soit
complètement connue si l'on ignore ses répercussions fiscales.
Pratiquement,la connaissance des droits d'enregistrement n'est plus,
comme autrefois, réservée à un petit nombre de spécialistes. Elle
s'impose tant aux étudiants en droit, qui se préparent à la vie des
affaires, qu'à tous ceux qui, à un titre ou à un autre, y sont déjà mêlés:
magistrat< avocats, officiers ministériels, industriels, commerçants,
agriculteurs, sociétés d'assurances, établissements de crédit, admi-
nistrations publiques.
Pratiquement, tout contribuable, individu ou société) doit payer à
l'État tout ce qu'il doit, mais rien que ce qu'il doit.
Or, pour ce qu'on doit savoir,ilne suffit pas de connaître les tarifsde
l'impôt; il faut, d'abord, et surtout, savoir quand et à quelles con-
ditions ces tarifs sont exigibles. Dans ce domaine de la fiscalité plus
qu'en tout autre, jura vigïlantibus non dormientibusproswtt. Et pour
défendre son droit avec vigilance, il n'y a pas d'autre moyen que de se
familiariser avec les principes,à condition toutefois que ces principes
soient tirés du droit vivant, c'est-à-dire de l'étude de la loi et des
applications qui en ont été faites par la jurisprudence et par l'Admi.
nistration de l'enregistrement.
Telle est précisément la caractéristique de l'ouvrage de M. E. Pilon.
Avant d'étudier (ce qui sera l'objet d'un second volume) la technique
des droits d'enregistrement, c'est-à-dire l'application des tarifs aux
différentes opérations juridiques, l'auteur consacre un premier volume
aux Principes.
Mais ces principes, loin d'être une œuvre purement doctrinale et
théorique, ont un caractère éminemment pratique, car ils procèdent
d'une analyse méticuleuse de la loi, des décisions de la jurisprudence
et des solutions de la Régie.
C'est à tort que l'on a fait aux droits d'enregistrement la réputation
d'être, parmi les matières du Droit, la plus aride peut-être et la plus
obscure. Elle s'anime, dès que, par l'étude de la jurisprudence, on la
tient en contact avec les faits. Elle s'éclaire, dès que, de ces faits, sont
dégagés les principes qui, dans la pratique quotidienne des affaires,
permettent de résoudre aisément les difficultés.
1. Librairie Dalloz. Paris, 1920.
Dans son livre célèbre sur la Richesse des Nations, l'une des quatre
maximes formulées par Adam Smith, en matière d'impôts, était celle
de la clarté et de la simplicité. C'est la mise en œuvre de cette maxime
que M. E. Pilon s'est efforcé d'atteindre, en ce qui concerneles droits
d'enregistrement.

SCIENCES PHYSIQUES
Travaux et publications du laboratoire Curie
Année scouirb 1927-1928
Nombre de publications, y compris les résumés des communications
scientifiques. Publications 29, dont trois thèses de doctorat.
Mme Curie, professeur. Complément au rapport du professeur
Compton au Conseil de physique Solvay, Bruxelles, 1937.
M. Holweck, chef de travaux.
– Production et absorption des
rayons K de l'aluminium. C. R. 186 (1928), 1203. Essai d'une inter.
g
prétation énergétique de l'action *des rayons K de l'aluminium sur les a,
microbes. C. R. 186 (1928), |3|8.

M. M. Laporte, assistant. – Étude


Joliot). v.
Mme Irène Curie- JfouoT, assistante. Sur le nombre d'ions produit
par les rayons a de RaC' dans l'air. C. R. 186 (1928), 1723 C. R. 187
(1938). 43 (en collaboration avec M. F.
critique des différentes méthodes
de mesure des mobilités des ions dans les gaz (suite de la rédaction
n
?
le
de thèse). Ann. dl Phys. 8 (1027), 710.
M. P. Bonet-Maury. – Sur la vaporisation dans le vide du polo-
umm. C. R. 187 (1928), uS.
Mlle C. Chamie. – Sur lc phénomène de groupements d'atomes T
de radioéléments. C. le. 18S (1927), 1277. Sur le phénomène de grou-
pements d'atomes pour les émanations et pour les mélanges de radio-
éléments. C. R. 186 (1928), i838.
M. G. Fournikr. Alimentation sur le secteur à courant alternatif
d'une installationélectrométrique de mesures radioactives. Ph. Rad. Lt
0(1928), 71.
M. o'Espihe. Sur le ralentissement des rayons
Ph. Rod. 8 (1927), 5oa (travail fait en 1925).
par la matière.
i:
M. FaiiXEY. – Spectrographie des rayons f par diffraction
talline. C. R. 186 (1928), 137. – Spectrographie des rayons y par
cri v-

diffraction cristalline. C. R. 186 (1928), 425. – Spectrographie des


rayons y du RaB et du RaC par diffraction cristalline. Communica-
tion à la Société de Physique, le a mars 1928. Spectrographie des
rayons par diffraction cristalline. C. R. /WU928), 1614. – Spectro-
graphie par diffraction cristalline des rayons yde la famille du radium.
Thèse de doctorat. Paris, 2S octobre 1928.
M. Jouot. L'électrochimie des radioéléments. Conférence à la 'r
Société de chimie.physique,le 28 mars 1928. Sur la résistivité des îl
couches métalliques minces obtenues par pulvérisation cathodique.
C. R. 7^(1928), JS26. – Sur le nombre d'ions produit par les
rayons
a de RaC' dans l'air. C. R, 186 (1928), 1722 (en collaboration avec
Mme Irène Curie-joliot). C. R. 187 (1928), 43 (en collaboration avec
Mme Irène Curie-Joliot). Courbe d'onisation dans l'hydrogène
pur
relative aux rayons s du polonium. Pk. Rad., ç (1928), 175 (en colla-
boration avec M. Onoda).
Mme Lattes. – Élimination du polonium injecté dans l'organisme.
de Radiol. et d'EUctrol. n (1928), 1 (en collaboration avec M. Lacas-
sagne).
M. Jkdrzejowski. – Recherches sur la charge des rayons « émis par
un gramme de radium par seconde. Thèse de Doctoral. Paris,
8 décembre 1937, Ann.de Phy$. ç (1938), 128-18S). Sur le phénomène
d'inversion dans la biotite soumise à J'action des rayons x. C. R. 186
(.928), i3S.
M. Onoda. – Courbe d'ionisation dans l'oxygène pur relative aux
rayons a du polonium. Phys. Rad. ç (1928;, iS5, Courbe d'ioni-
sation dans l'hydrogène pur relative aux rayons « du polonium.
Phys, Rad. ç (1928), t75 (en collaboration avec M. Joliot).
M. PROCA. – Interférence des quanta de lumière. Phys. et Rad.g 9
(1928), 73.– Quelques réflexions sur les fondements de ladynamique.
La cinquième dimension. C. R. 1S6 («928), j3g.
sur la dynamique. Interférences. C. R. 186

(1928),
Autres réflexions
1097.
M. S. Rosembix'm. – Sur les pouvoirs de ralentissements par atome
relatif aux rayons a. C. R. i85 (1927), 127$. Recherches expérimen.
tales sur le passage des rayons « à travers la matière. Thèse de Doe*
lorat. Paris, 3 juillet 1928,
M. MARIO DA SILVA. Sur l'affinité de l'oxygène pour les électrons,
C. R. 186 (1928), 583. Électrons et ions positifs dans l'argon pur.
C. R. 187 (1928), 32.
Chronique de l'Université

a
CITÉ UNIVERSITAIRE

INAUGURATION DE LA MAISON DES ÉTUDIANTS JAPONAIS


(FONDATION SATSUMA)

L'inauguration de la Maison des Étudiants japonais, Fondation


Satsuma, à la Cité universitaire, a eu lieu le vendredi 10 mai 1929,
sous la présidence de M. le Président de la République.
Aux côtés de M. Gaston Doumergue, qu'accompagnaitM. Jules
Michel, secrétaire général de la Présidence de la République, avaient
pris place
S. E. M. Adatci, ambassadeur du Japon à Paris, président du
Conseil d'administration de la Fondation Satsuma; MM. Paul
Doumer, président du Sénat; Raymond Poincaré, président du
Conseil. Marraud, ministre de l'Instruction publique; François
Poncet, sous-secrétaire d'État de l'Enseignement technique et des
Beaux-Arts; S. E. M. de Chlapowski, ambassadeur de Pologne le
sénateur Honnorat, président de la Fondation nationale pour le
développement de la Cité universitaire; Renard, préfet de la Seine;
Fleurot, président du Conseil général; Lemarchand, président du
Conseil municipal Gouraud, gouverneur militaire de Paris; M. et
Mme Satsuma.
Des discours ont été prononcés par MM. Satsuma, le fondateur de
la Maison japonaise; André Honnorat, le recteur Charléty; le pro.
fesseur Yaraaila, !e savant juriste japonais, administrateur de la
Maison franco-japonaise de Tokio; Souhart, président de la Société
franco-japonaise; S. E. Adatci et M. Marraud, ministre de l'Ins-
truction publique.
Discours de M. le Sénateur HONNORAT
Monsieur LE Président DE LA RÉPUBLIQUE,

Nous n'aurions pas osé nous flatter de l'espoir, quand, au mois de


juillet 1925, vous gravissiez pour la première fois les pentes de
Montsouris,que nous vous verrions désormais refaire, chaque année,
le même pèlerinage.
Quelque profonde que fût notre foi dans l'avenir de l'œuvre dont
nous avions assumé la charge, nous n'aurions alors jamais supposé
qu'elle pût nous réserver cette joie et cette fierté.
La vérité nous oblige à le dire il y a eu plus d'âmes généreuses
pour répondre à notre appel que les plus téméraires d'entre nous ne
l'avaient escompté.
Quelle gratitude n'en devons-nous pas à ceux de qui nous sont
venus les premiers concours 1
Sans eux, jamais nous n'aurions récolté en aussi peu de temps une
aussi magnifique moisson d'incomparables libéralités Sans eux,
jamais nous n'aurions vu se dessiner si vite les grandes lignes de la
Cité nouvelle dont nous avions rêvé d'embellirces hauteurs de Paris.
Reconnaissons-le pourtant. Ce qui a peut-être le plus frappé les
imaginations et déterminé l'intérêt croissant qu'on n'a, depuis, cessé
de porter à nos projets, c'est l'initiative qu'a prise en 1926 mon jeune
et cher ami M. Satsuma d'associer le Japon à notre œuvre, comme
M. Philippe Roy et M. Wilson, M. et Mme Biermans et M. Bemberg
y avaient successivement, l'année précédente, associé le Canada, la
Belgique et l'Argentine.
Jusqu'à lui, on demeurait encore quelque peu sceptique, quand
nous faisions entrevoir quelles espérances on pouvait fonder sur cette
oeuvre. A partir du jour où, du plus lointain pays de la lointaine
Asie, il accourut vers nous les mains pleines et le cœur enthousiaste,
chacun se rendit compte que ces espérances n'étaient pas aussi chi-
mériques qu'on l'avait cru d'abord et, bientôt, des concours vinrent
à nous de plus en plus nombreux.
Comment pourrions-nous oublier ce service? Et comment pour-
rions-nous négliger de lui en exprimer devant vous toute notre
reconnaissance?
Nous nous y sentons d'autant plus engagés que la façon dont il a
été conduit à associer ses efforts aux nôtres ajoute aux sentiments
que sa générosité nous inspire.
Il ne savait de nos projets que ce que lui en avait dit, à son
retour à Tokio, un des plus zélés défenseurs de la culture française
Matsuoka, qui nen
que nous ayons au Japon, M. le professeur lui faire entrevoir
savait lui-même que ce que nous avions pu en
il
quand tout ici ou à peu près était encore à faire. Sans hésiter,
décida de nous apporter sa collaboration, fit part de ses intentions à
hésiter davantage, mit à sa
son père, M. Jihei Satsuma, qui, sans
disposition toutes les ressources qui lui étaient nécessaires. Quelques
il
semaines plus tard, il s'embarquait pour la France et, bientôt,
E
amis
arrivait à nous, simple et modeste, en compagnie d'un de nos • r
premier secrétaire de la
communs, M. Miyakoshi, aujourd'hui
Légation du Japon à Athènes.
notre jeune
Je le vois encore me dire la joie qu'il aurait à dotercontre-partie
Cité d'un a Collège japonais » qui pût être à Paris la
intime
de notre « Maison de France » de Tokio, quelle satisfaction active u
plus
il éprouverait si, grâce à son initiative, une sympathie
v

pouvait se développer entre nos deux peuples.


posions
Dix mois plus tard, en présence de S. A. le prince Ri, nous
aujourd'hui
la première pierre de la gracieuse maison qui nous vaut “
offrir
l'honneur de vous retrouver au milieu de nous et de vous
l'expressionde notre respectueux attachement. i
de la
Avec quel art le goût japonais a su s'y adapter aux exigencesétudié
vie de Paris Comme on sent que tout y a été minutieusement
pour aidernotre jeunesseàpénétrerce qu'il y adont encore de mystérieux,
les fils viendront
pour nous, dans l'âme de la grande nation esprits
ici, côte à côte avec les nôtres, ouvrir leurs aux vérités éter.
r
nelles et leurs coeurs à la douceur de l'amitié!
Mieux qu'un autre, Monsieur le Président de la République,
pensée à laquelle a obéi
vous apprécierez la délicate et touchante l'accom.
g
M. Satsuma, lorsqu'il a demandé à son père de l'aider dans
connaissant
plissement de cette grande et sainte tâche. Car,
l'Extrême-Orient comme vous le connaissez, vous pouvez mieux
qu'un autre mesurer tout ce qu'apporte de force, de prestige et de
bienfaits à notre jeune Cité la Fondation dont nous lui sommes
redevables.
Je n'ai garde d'oublier, Monsieur l'Ambassadeur,que cette Fonda- rf
tion est un peu votre œuvre, à vous aussi, puisque c'est vous qui pré-
sidez à ses destinéeset que c'est à votre zèle éclairé qu'elle doit d'être “
à présent assurée de l'aide et de l'appui du gouvernementimpérial. 3
N'en doutez pas, ce sera une des fiertés de ma vie d'avoirdû à une
aussi heureuse circonstance d'être devenu votre collaborateur et
d'avoir pu ainsi apprécier les éminentes qualités qui ont fait de vous
l'un des diplomates les plus justement respectés de l'Assemblée de
Genève.
Qu'il me soit permis de vous dire et de dire a tous ceux que j'ai
appris près de vous à connaître et à estimer, que je n'ai jamais
mieux compris que,depuis les liens qui se sont établis entre nous,
les raisons de l'attachement profond qu'inspire votre grand pays à
tous ceux qui y ont vécu.
Sans sa participation, la Cité universitaire n'aurait pas répondu à
son but. Car, quel peuple plus que le vôtre méritait d'avoir sa place
chez nous 1
M. Marcel Revon nous a appris que votre première Universitéest
de deux siècles plus ancienne que la nôtre. Il nous a appris que ce
qui explique la curiosité d'esprit de votre jeunesse, c'est qu'elle s'est
formée sur une tradition dont on trouve les origines dans certaines
maximes des manuels scolaires du neuvième siècle, qui enseignaient
qu' u un millier de pièces d'or étaient moins précieuses qu'un seul
jour d'études » ou que ci les trésors qu'on entasse dans un grenier
périssent, quand ceux qu'on recueille dans l'esprit durent toujours ».
Noyj souhaitons que ce ne soient pas seulement ses élèves et ceux
de M. Sylvain Lévi qui aient le privilège d'être initiés à tout ce
qu'une civilisation plusieurs fois millénaire a développé en vous des
vertus civiques et familiales, de sens affiné du goût et de désir
impérieux de comprendre.
Puisse la Fondation Satsuma exaucer ce vœu et puisse la Cité
universitaire, en apprenant à la jeunesse qui y prendra place à
dépouiller son cœur de tous les vains préjugés que le passé y a
déposés, mériter un jour de recevoir, comme Kyoto, au temps le plus
brillant de son ancienne splendeur, le beau nom de Héian-Jô ou de
« Cité de la Paix».
Nous ne déclarerons nos ambitions satisfaites qu'à cette condition
et nous sommes bien sûrs, en exprimant ce sentiment, de répondre à
la propre pensée du représentantdu Souverain respecté qui a fait de
son règne l'ère du Showo ou de la Paix resplendissante 1

Discours de M. le Recteur CHARLÉTY


MONSIEUR LE Président DE LA RÉPUBLIQUE,
La vue de cette gracieuse maison nous reporterait naturellement
vers nos souvenirs ou nos nostalgies asiatiques, si nous n'avions une
autre raison et meilleure de nous émouvoir. En ce moment même, ou
presque, une autre cérémonie, comme parallèle à la nôtre, est
célébrée à l'autre bout du monde, dans ce Japon, lointain sur la
carte, et chaque jour plus proche de nous. Tandis que nous inau-
gurons le Collège des Étudiants japonais en France, la Maison
franco-japonaisé de Tokio célèbre l'ouverture de sa nouvelle
libéralité
demeure. Ici, c'est le Japon qui prend racine, grâce à la
d'un Satsuma, sur la terre de l'Université de Paris; le vieux Quartier
Latin, taillé jadis à la mesure des humanités latines, a dû, après les
celles de Mont-
pentes de la Montagne Sainte-Geneviëve, escalader
souris il y accueille des nations et des civilisations que ne con.
naissaient ni le moyen âge ni l'antiquité. Là-bas la Maison franco.
japonaise affirme la volonté d'un effort commun, en s'installant
dans
universitaire, à
le Quartier Latin de Tokio. Au cœur de la ville
libre
faible distance de l'Université Impériale, à côté de l'Université
de Meiji, elle semble réclamer le patronage du souverain glorieux,
qui, en changeant en Extrême-Orient le cours de l'histoire du monde,
fut sans doute un des grands artisans du destin des hommes. Nos
jeunes savants y travaillent silencieusement à l'œuvre de rappro-
chement spirituel que nos deux pays poursuivent avec une égale
ardeur; de grandes entreprises s'y organisent pour l'honneur et le
profit de la culture universelle.
Sans doute serait-ce au savant illustre, créateur de cette œuvre,
qu'il conviendrait de le dire, et non pas à moi. Mais personne
n'ignore le rôle d'un Sylvain Lévi qui a ajouté cette gloire à d'autres.
Et voici grâce à lui, après notre premier missionnaire M. le Faculté
recteur
Joubin, des Français comme le professeur Foucher de notre
des Lettres; comme le docteur Acbard, secrétaire perpétuel de l'Aca-
démie de Médecine; M. Lacroix, secrétaire perpétuel de l'Académie
des Sciences; M. René Berthelot, digne continuateur d'une tra-
dition fraternelle, qui ont consenti à interrompre leurs recherches,
leurs occupations, leurs fonctions pour aller représenterau Japon la
science française. Par un juste retour, nous avons aujourd'hui la
bonne fortune d'accueillir ici M. Yamada, professeur et ancien
doyen de la Faculté de, Droit à l'Université Impériale de Tokio,
membre de l'Académie impériale, comme nous avions hier reçu le
docteur Hayashi, doyen de la Faculté de Médecine à l'Université
Impériale de Tokio, comme lui membre de l'Académie Impériale;
l'un et l'autre, avec la fine et parfaite courtoisie de leur pays, sont
qu'ils en avaient reçues. La
venus rendre à nos savants les visites
présence au milieu de nous d'un membre du Comité de la Maison
franco-japonaise de Tokio évoque l'image d'autres amis qu'on ne
saurait tous nommer sans risquer d'oublier les meilleurs; c'est
l'énergie obstinée de ces hommes qui, au lendemain du cataclysme,
difficile, soutenus par leur foi
a réalisé une ceuvre qui semblait
dans leur pays et par leur affection pour le nôtre.
Lorsque cette Maison n'avait encore qu'une première pierre, je
saluais dans M. l'ambassadeur Adatci un des pionniers de cette
collaboration. Ëlève de nos universités françaises, il a mis la même
ténacité, la même fidélité, le même charme à en demeurer l'ami. Je
veux encore au moins nommer respectueusement Son Altesse
Royale le prince Kanin, que notre École Militaire de Saint.Cyr est
fière de compter parmi ses Anciens, et t'illustre vicomte Shibusawa,
presque nonagénaire, qui peut comparer dans ses souvenirs la France
d'aujourd'hui à la France de Napoléon III, visiteur de notre Expo-
sition Universelle de 1867, en qui le Japon tout entier glorifiait, il
y a quelques mois, à l'occasion de ses quatre-vingt-huit ans, une vie
consacrée tout entière au devoir, à la fidélité, à la bonté, à l'exercice
des plus nobles vertus humaines. Qu'ils veuillent bien agréer
aujourd'hui l'expression de notre reconnaissance.

Discours de M. le Doyen YAMADA


Monsieur tE Président DE LA République,
II m'incombe l'honneur de prendre la parole en qualité de repré-
sentant de la Maison franco-japonaisede Tokio et je suis vivement
touché d'avoir été choisi pour exprimer ici ses félicitations à l'occa-
sion de l'inauguration du Collège des Etudiants japonaisde la Fon-
dation Satsuma.
Permettez-moi tout d'abord de témoigner ma profonde recon-
naissance à l'égard de MM. Satsuma. Ils ont compris la grande idée
qui présida à la création de la Cité universitaire où se manifeste avec
éclat la personnalité même de M. Honnorat, président de la Fon-
dation nationale pour le développementde la Cité universitaire de
Paris. C'est grâce à leur générosité conjuguée que fut édifié ce
superbe pavillon, partie intégrante de la Cité et que nous avons
l'allégresse d'inaugurer aujourd'hui.
Au mois d'août 1919, la mission officielle de M. Paul Joubin,
alors recteur de l'Université de Lyon, arrivaità Tokio. Le vœu fut
émis d'un échange intellectuel entre nos deux pays; cette propo-
sition fut accueillie avec enthousiasme et un groupe d'amis de la
France réunit les fonds nécessaires pour l'organisation d'un centre
d'études. Le Gouvernement impérial, de son côté, alloua une sub-
vention annuelle de 36 ooo francs et, en 1924, la Maison franco-
japonaise de Tokio était fondée. Comme l'indique son nom, cette
Maison est une institution où les savants français et les nôtres col-
laborent dans le domaine scientifique et, par ce fait même, aboutissent
à un échange efficace des deux civilisations. Nous avions été dési-
reux de voir une institution semblable à Paris. A présent, grâce à la
générosité de MM. Satsuma, une maison japonaise peut être inau-
gurée ici et je suis heureux de penser que, dès maintenant, les jeunes
savants japonais qui viendront se pencher sur la civilisation française
auront maintes occasions d'entrer en relation avec l'élite des étudiants
français et étrangers, qu'ils pourront vivre auprès d'elle et se fami-
liariser avec le génie français. Le nombre de mes compatriotesqui y
demeureront augmentera, j'espère, d'année en année. L'influence de
la civilisation française au Japon en deviendra plus importante
encore, tandis que les jeunes savants et les étudiants japonais ser-
viront en quelque sorte d'ambassadeurs de notre culture, qui n'est
pas assez connue en France.
Je partage enfin entièrement les idées de M. la sénateur Honnorat
sur l'importance de cette Cité et sur le rôle que la Fondation Sat.
suma jouera dans l'avenir. Je souhaite en même temps et suis bien
sûr que cette fondations'agrandira et deviendra florissante, formant
un centre européen, pénétré des bienfaits de la jonction de nos deux
civilisations.

Discours de S. B. M. ADATGI

Monsieur LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE,


MESDAMES, Messieurs,

Au cours de ma mission en France, il ne pouvait m'être procuré un


plus vif honneur que de saluer Votre Excellence, Monsieur le Pré-
sident de la République, à l'heuresolennelle où Satsuma fait remise
du Pavillon japonais à la Cité universitaire de Paris.
La présidence de Votre Excellence rehausse d'un éclat suprême
l'inauguration du foyer de l'élite intellectuelle japonaise; elle atteste
en même temps l'intérêt et la sympathie que le gouvernement
français porte à la Fondation Satsuma.
De même que le gouvernement français, le gouvernement
japonais se félicite hautement d'une telle institution où la com.
préhension mutuelle de nos âmes s'exercera en permanence et gran-
dira encore la traditionnelle amitié entre nos deux pays.
Je m'associe de grand coeur aux éloges à l'adresse de M. Satsuma.
Vous êtes, en effet, venu spécialement en France, prodiguant vos
efforts sous les auspices de M. Honnorat, l'éminent président de la
Cité universitaire, pour mener à bonne fin l'œuvre dans laquelle
votre père, en ami éprouvé de la France, sert la noble cause de la
diffusion de nos cultures. Encore fallait-il, pour traduire dans le
monumentet allier les conceptions de l'esthétique de nos deux pays,
rencontrer un architecte doué d'un prodigieux talent et entouré de
remarquables collaborateurs.
Monsieur Sardou, je joins mes félicitations personnelles à toutes
celles qui vous ont été décernées.
L'inauguration de ce monument symbolise la voie du rappro-
chement intellectuel dans laquelle le Japon et la France se sont
déjà sensiblement engagés. Une nouvelle page illustre s'inscrit dans
les annales des relations de plus en plus étroites et suivies entre
nos
deux nations. Que de réalisations heureuses pour amplifier ce rap-
prochement, telle la nouvelle inauguration de la Maison franco-
japonaise à Tokio, qui a précédé de quelques jours à peine, l'inau-
guration de ce pavillon.
Et demain, grâce à l'hospitalité qui sera offerte dans ce foyer, après
avoir puisé aux sources mêmes de la pensée humaine, les intel.
lectuels japonais auront l'occasion d'imprégner la France des apports
de la culture japonaise et emporteront de cette terre d'immortels
génies une image fidèle.
La Fondation Satsuma contribuera, je le gage, à développer la
coopération harmonieuse des deux civilisations et, ainsi, nos deux
nations seront rendues plus à même de poursuivre leur idéal commun
de participation au progrès de la science et à l'élévation de l'âme
humaine.

Discours de M. SATSUMA

MONSIEUR LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE,


LEURS EXCELLENCES MESSIEURS LES MINISTRES,
MONSIEUR LE RECTEUR,
Mesdames,
MESSIEURS,

Vous comprendrez sans doute la grande émotion que j'éprouve en


prenant la parole à l'inauguration de cette maison que mon cher père
a voulu élèvera la gloire de l'enseignement français.
Je parle en effet devant ceux qui tiennent aujourd'hui le flambeau
magnifique, éclatant, qui répand ses lumières sur le monde entier
depuis de longs siècles. N'est-ce pas un écrivain latin qui, il y a
treize cents ans, écrivit ses ouvrages en français parce que « la par-
leure des Français est plus délectable et plus commune à toutes
gens » ? Langue admirable de charme, de douceur, de netteté, mais
si difficile Il faut m'excuser.
Heureusement, je connais l'indulgence de M. Honnorat dont le
nom est si populaire dans le monde des étudiants en France et à
l'étranger, de M. Honnorat qui fut grand mattre de l'Université et
qui, sous l'inspiration d'une idée géniale, va lui donner un prestige
comparableà celui qu'elle eut aux plus grandes époques.
On peut comparer M. Honnorat à une bonne fée qui, frappant la
terre de sa baguette magique, en a fait surgir cette merveilleuse Cité
universitaire, véritable phare intellectuel composé des lumières de
toutes les nations sous l'égide et la direction de votre éminente
Université.
Et comment ne pas associer à ces éloges M, le recteur Charléty,
qui a bien voulu honorer de sa présence cette cérémonie et que nous
remercions de tout coeur. Quoi d'étonnant qu'un pays qui possède
de tels hommes pour occuper les plus hautes fonctions, soit au tout
premier rang! Quoi d'étonnant si les étudiants y accourent, comme
jadis, de toutes les parties du monde
Mais une autre émotion m'étreint, c'est quand je pense à mon
pays, à mon pays que je vais retrouver après trois ans d'absence,
ayant le bonheur d'avoir pu laisser ici un petit coin de notre patrie,
où nos compatriotes trouveront mêlée à l'aimable atmosphère
française, si fortifiante pour l'esprit et les talents, un peu de notre
chère atmosphère à nous.
La réalisation de cette œuvre est due au dévouement, au zèle des
membres du Conseil d'administration de la Fondation Satsuma
auxquels je tiens à dire toute ma gratitude.
Je veux aussi exprimer de nouveau ici toute ma profonde recon.
naissance à Leurs Altesses le Prince et la Princesse Ri qui, il y a dix-
huit mois, voulurent bien me faire le très grand honneur de poser la
première pierre de cette maison que vous venez inaugureraujourd'hui.
Merci à M. le vicomte Shibusawa, président de la Maison franco-
japonaise et président du Comité consultatif de la Fondation
Satsuma à Tokio.
Merci à M. le vicomte Soga, président de la Société franco-
japonaise à Tokio.
Merci à M. Miyakoshi, aujourd'hui chargé d'affaires du Japon à
Athènes, qui m'a particulièrement aidé dans cette tâche que j'ai eu
tant de plaisir à remplir et à mener à bien.
Merci à M. Utchiyama, parti à Buenos-Aires où il est secrétaire
à la Légation du Japon.
Merci à tous.
Et merci aussi à M. Sardou qui a fait de notre Maison du Japon
un chef d'oeuvre c'est toute la grâce japonaise conçue avec l'esprit
français, c'est l'alliage de deux goûts, probablement les plus fins et
les plus délicats qui soient au monde.
Et que dire des fresques de Foujita, peintes avec amour et qui
resteront parmi les œuvres les plus belles et les plus significatives de s
ce grand artiste, si japonais dans l'âme et si aimé de la France 1 Et y

que dire de la décoration, de Navarre, exquise et si appropriée à sa


destination 1 i
Les principaux caractères de notre race sont la bonne humeur,
la gaieté, l'amour des palabres et une certaine ironie. Dans notre
Olympe japonais, il y avait huit millions de dieux qui discouraient
ayant déjà jeté les bases du régime parlementaire.
Ces traits de caractère, ne sont-ils pas aussi un peu les vôtres,
mes chers amis Français?
Et c'est pour cela que nous nous comprenons si bien et que,
lorsque nous arrivonschez vous, malgré la différence des races et des
langues, nous reconnaissons en vous des frères avec lesquels s'éta-
blissent aussitôt les plus vifs courants de sympathie.
Telle est l'impression que je garde de la France et des Français,
une impression inoubliable.
Au nom de mon cher père, je vous remercie, M. le Président de
la République, d'avoir bien voulu honorer de votre présence l'inau-
guration de la Fondation Satsuma, œuvre créée pour sceller la frater-
nité qui existe entre nos deux peuples, fraternité d'esprit, d'intelli-
gence et de cœur.

POSE DE LA PREMIÈRE PIERRE DU COLLÈGE SUÉDOIS

Le 24 avril 1929 a eu lieu la pose de la première pierre du Collège


suédois à la Cité universitairede Paris, sous la présidence du prince
Eugène de Suède.
Le prince, accompagné du comte Erhensvard, ministre de Suède
à Paris, a été reçu par MM. MARRAUD, ministre de l'Instruction
publique; CHARLÉTY, recteur, président du Conseil de l'Université
de Paris, HONNORAT, président de la Fondation nationale pour le
développementde la Cité universitaire.

Discours de M. le Recteur CHARLÉTY


Cette première pierre de la maison qui s'élèvera sur notre sol uni-
versitaire nous invite à des souvenirs anciens. L'union des esprits
entre nos deux pays ne date pas.d'hier; il y a des siècles que des
hommes travaillent à créer entre nous une hospitalité. La reconnais-
sance que nous leur devons nous ramènerait, s'il fallait tout dire,
aux origines mêmes de notre vie universitaire. Dans notre histoire
commune une longue succession d'événements prouverait que la
cérémonie d'aujourd'hui n'est point une exception ni une nouveauté ¡
elle continue une grande oeuvre ininterrompuede fraternité et d'affec.
tion qui nous trouve aujourd'hui, vous et nous, dévoués, et liés par
le plus naturel et le plus agréable des attraits.
Ne redoutez point que je remonte jusqu'à l'an 846 et à l'arrivée des
Normands, quoique leurs barques soient venues tout près d'ici
menacer les rives de la Montagne Sainte-Geneviève, ni même
jusqu'à l'apôtre Ansgaire, et aux colonies que fondèrent en retour
dans votre pays les frères de Ctteaux ou les Prémontrés.Je n'ai point
tant d'ambition; mais comment oublier que, vers le temps où des
poèmes français, comme le Roman du Chevalier au TZion, de Chrestien
de Troyes, furent traduits dans votre langue et prirent rang parmi
vos premiers poèmes en langue nationale, les étudiants suédois
étaient assez nombreux à l'Université de Paris pour que des statuts
particuliers leur fussent donnés ? Et ce fut vers le même temps que
le chanoine d'Upsal, Andréas And, leur faisait don d'un collège qu'il
avait acquis dans la rue Serpente; et plus tard furent créés le Colle.
gium Linkonime, au coin de la rue des Carmes, et tout près, au clos
Bruneau, le Collègede Skara. Vos jeunes gens y vivaient, y prenaient
leurs repas en commun sous une discipline sévère. Les jeux de
hasard leur étaient interdits, il ne leur était point délivré de permis
de chasse et ils se couchaient au couvre.feu. En retour, on vit des
maîtres suédois enseigner à Paris, maître Laurent de Suède et maître
Andréas, dont la célébrité fut grande vers l'année 1348 et aussi ce
Martin de Dace dont l'oeuvre juridique resta classique jusqu'au
seizième siècle. Faut-il rappeler encore que le premier livre imprimé
en langue suédoise fut peut-être une traduction de la «Tentation du
Diable mde Gerson?
S'il nous plaît de répéter ces vieilles choses, ce n'est point que
nous les craignions abolies dans vos mémoires. Vos archives en con.
servent les témoignages et vous aimez à les faire parler. Un de ceux
qui a prêté le plus ardemment son concours à l'œuvre qui nalt
aujourd'hui, l'archevêque d'Upsal, Mgr Sôderblom, en faisait état
dans le sobre et ferme plaidoyer qu'il fit lui-même en faveur d'un
nouveau rapprochemententre votre jeunesse et la nôtre. « C'est pré-
cisément, disait-il, parce que la culture française et latine ne nous est
pas aussi facilement accessible que la culture germanique, qu'il me
parait nécessaire de prendre des mesures spéciales et même, s'il le
faut, de faire des sacrifices financiers pour ménager aux étudiants et
aux savants suédois la possibilité d'approfondir leurs connaissances
à la première université du monde latin. » Et il y ajoutait un com-
pliment si cordial que nous avons plaisir à le répéter, même si nous
ne le méritons pas « Nous avons besoin, disait-il, pour notre déve-
loppement intellectuel, d'être éduqués par le véritable esprit français
si clair et si sévère, où nous trouvons tant de qualités excellentes
telles que l'idéalisme, l'énergie, le charme et le goût. »
Ce patronage illustre nous donne confiance. Nous aimons à penser
que renaissent entre nous des relations intellectuelles plus régulières
et mieux organisées. Nous renouons la chaîne des temps. Sans
doute, même après la décadence des vieux collèges suédois à Paris,
ne fut-elle jamais brisée, puisque des alliances politiques et des
amitiés survécurent, histoires célèbres et éclatantes où notre jeunesse
apprit et apprend toujours à aimer comme des héros d'une épopée
somptueuse les noms héroïques, magnifiques,d'un Gustave- Adolphe
et d'un Charles XII. Quand un Gaston Paris enseignait ses jeunes
disciples venus de chez vous la langue et la littérature du moyen âge
– et avec quel éclat soyez sûrs qu'élèves et mattre communiaient
dans la même orgueilleuseadmirationd'un passé où vous aviez votre
place. A votre tour, vous nous appreniez bien des choses. Le fonds
scandinave de la bibliothèque Sainte-Geneviève date de 1868 et
s'enrichit chaque jour. L'Institut d'Études scandinaves remonte à
ioo5et prospère sous la direction de M. Paul Verrier. Nos étudiants
y apprennent votre langue et votre civilisation en nombre sans cesse
croissant. Et vous nous avez donné pour nos enfants de France un
exemple à suivre, parce qu'il est plein de nouveauté et de charme.
Vous avez demandé « aux plus glorieux écrivains d'écrire pour les
écoles primaires, pour les fils et les filles de paysans, pour les
enfants des cités ouvrières, bref des livres de pauvres, c'est-à-dire
de les faire participer à une incomparable moisson spirituelle qui
procurait un grand bienfait national ». (Lucien Maury.) Et c'est
ainsi que poètes et romanciers firent pour vos enfants des récits où
revivait le passé merveilleux leurs livres traduisirent en beauté
votre vie nationale, si bien que nous, nous donnons aux nôtres les
petits volumes admirables de Verner von Heidenstam et de Selma
Lagerlôf. Ainsi une haute leçon d'idéal et de vérité, de poésie et de
morale nous est une fois de plus venue du nord. Et malgré nos habi-
tudes sédentaires nons allons chez vous. Nombreux sont ceux d'entre
nous qui ont eu le privilège d'entendre autrefois les leçons d'un

MittagLeffler pour ne citer qu'un nom parmi les plus illustres
et reçu l'hospitalité des Acta Malhemalka.
Échange harmonieux, par-dessus les mers et les glaces, de poésie
et de science, qui prépara l'œuvre d'aujourd'hui. Lorsqu'en 1924 le
ministre de France à Stockholm, M. Armand Bernard, recommandait
au bienveillant accueil de M. le recteur Rystedt, correspondant en
Suède de l'Association pour le développement des relations médi-
cales avec la France, la création éventuelled'une Maison suédoise
à la Cité universitaire de Paris, il le décida sans peine et M. Rystedt,
qui vint à Paris, constata que l'entreprise était réalisable. S. E. le
comte Ehrensvard appuya de toutes ses forces notre ministre de
France et tout un comité se forma pour grouper les bonnes volontés
M. A. Curman, M. G. Lagercrants, MM. A. Lindblom, B. Nerman,
E. Staaff, A. Blanck, M. Starck, M. E. Febvrel, trésorier de
l'Alliance française de Stockholm. Des sous-comités se formèrent
en province, dont l'activité fut telle qu'un nouveau comité sous la
présidence du baron Adelsvard, président de l'Amitié franco-sué-
doise, dut coordonner toutes les bonnes volontés, et, réuni au pre-
mier groupement du Dr Rystedt, recueillit en 1926 les signatures des
personnes qualifiées susceptibles de s'intéresser à cette grande
ceuvre. Et l'on put lire dans le manifeste que nous envoya notre
ministre à Stockholm, au-dessus des signatures d'hommes politiques
considérables, des recteurs des Universités d'Upsal et de Lund, de
l'archevêque d'Upsal, de Selma Lagerlôf, de diplomates, d'indus-
triels, de directeurs des grands journaux suédois, les signatures de
Leurs Altesses le prince royal et le prince Eugène.
L'Université de Paris en eut un bien naturel accès d'orgueil. Elle
ne forme qu'un vœu. Xous savons la tendre fidélité que gardent les
étudiants suédois à leurs souvenirs d'université. « Quand nous étions
à Upsal », disent-ils avec émotion. Nous souhaitons qu'il leur arrive
de dire un jour, quelle que soit leur destinée dans la vie; avec un
regret amical « Quand nous étions à Paris ».
Discours de M. BONNORAT
Monseigneur,
Il n'y a pas tout à fait trois ans que M. le ministre de Suède à
Paris, mon cher et éminent ami, M. le comte Ehrensvard, me conviait
à l'honneur de faire visiter àVotre Altesse Royale notre Cité naissante.
Quel spectacle désolé n'offrait pas alors le vaste domaine qui
s'étend des deux côtés de cet enclos 1 Et quelle foi ardente ne fallait.
il pas porter au cœur pour imaginer que de ce désert aride dont la
Fondation Deutsch de la Meurthe constituait la seule oasis, nous
pourrions, sous l'effort convergent de quelques âmes généreuses,
dispersées à travers le monde, faire surgir la plus belle des villes
celle de la jeunesse, celle des cœurs qui se cherchent et des intelli.
gences qui s'ouvrent, celle des peuples et celle des élites 1
Cette foi, vous l'avez eue, Monseigneur. Vous l'avez même
la première heure, si vive et si profonde eue dès
faire partager à tous ceux qui que vous avez réussi à la
vous entourent et qu'elle
d'assister aujourd'hui à la plus miraculeuse résurrection nous vaut
donné aux hommes d'accomplir.
qu'il ait été
Qui eût pu croire, en effet, quand Paris,
au lendemain de l'affreuse
tourmente qui a bouleversé l'Europe, se décidait à briser les
murs de
son enceinte, qu'un jour prochain viendrait où, sur le sol libéré de
cette enceinte, la Suède redresserait les ruines de
de la rue Serpente et de la ses anciens collèges
rue des Deux-Portes, du clos Bruneau et
de la rue du Mont-Saint.Hilaire.
Cinq siècles avaient passé depuis
que sa jeunesse les avait désertés.
C'était à peine si quelques-uns de
ses érudits plaisaient à évoquer
le souvenir des temps lointains où, à côté se des étudiants qui les
peuplaient, des maîtres suédois enseignaient
concurremment avec les
nôtres sur la Montagne Sainte-Geneviève et où
quatre d'entre eux
étaient même appelés à occuper, chez les hautes fonctions de
nous;
rector magnifiât s.
Et pourtant, voici qu'à l'appel de Votre Altesse Royale,
1 active impulsion de M. le sous
comte Ehrensvard, grâce au 'concours
enthousiaste de M. le baron Adelsward, de M. le professeur Staaff,
de M. Lindberg et de quelques autres nobles esprits qui
ont, comme
eux et comme nous, le culte de l'amitié franco-suédoise, tout ce vieux
passé va renaître et nouer entre l'Université de Paris les vôtres des
et
liens plus étroits encore que ceux qui les avaient unies
leur commune histoire. au début de
Qui donc, devant ce magnifique
renouveau, pourrait méconnaître
tout ce que contient de promesses l'œuvre qui se réalise ici? Et qui
donc, devant les merveilleuses perspectives qu'elle
ouvre à l'huma-
nité, pourrait persister à refuser de lui apporter son aide
et son appui?
Voyez d'ailleurs, Monseigneur, à quels résultats trois
ans d'efforts
nous ont conduits.
II n'y avait, quand Votre Altesse Royale
nous a fait l'honneur de
sa première visite, que trois cent cinquante étudiants logés à la Cité
universitaire. C'étaient ceux qui occupaient les gracieux bâtiments
de la Fondation Deutsch de la Meurthe.
Aujourd'hui, la Fondation Canadienne, la Fondation Belge Bier-
mans-Lapôtre, la Fondation de l'Institut Agronomique reçoivent
déjà un contingent d'à peu près égale importance.
Dans quelques jours, nous inaugurerons la Fondation Satsuma
dont vous apercevez devant vous la silhouette pittoresque. Soixante
Japonais et Français y seront logés cet automne. A la même époque,
la Fondation Argentine fera occuper les soixante-quinzechambres
de ses bâtiments. Dès J'an prochain, la Fondation des États-Unis
abritera deux cent soixante-quinze étudiants du nouveau monde.
Sur le terrain qui avoisine celui-ci, l'Espagne, dans un mois,
mettra en adjudication les travaux de son bâtiment. En face, c'est le
Danemark qui va bientôt faire construire son « Collège ». Plus loin,
c'est la Grande-Bretagne qui aura le sien. Plus loin encore, c'est la
Hollande et c'est Cuba qui auront les leurs.
Que sera-ce dans quelques années?
De toutes parts, des projets nous sont soumis. De toutes parts, des
concours s'offrent à nous.
Bientôt, – nous en avons la conviction, tous les peuples ou
peu s'en faut auront donné à l'élite de leur jeunesse droit de cité
parmi nous et, bientôt, grâce à cette coopération, un esprit nouveau
se répandra à travers le monde qui, plus sûrement que les traités les
mieux conçus, épargnera aux générationsappelées à nous remplacer
dans la vie les douleurs que la nôtre a connues.
La paix que nous entendons servir, ce n'est pas, en effet, celle qui
s'élabore dans une méfiance réciproque, c'est celle qui se prépare
librement, spontanément, sans avoir à tenir compte des nécessités
du temps présent, sous la seule influence des contacts et des rap-
prochements.
Car il ne nous suffit pas, à nous, que la guerre soit hors la loi. Ce
que nous voulons, c'est que la haine soit hors des cœurs. Et ce que
nous prétendons, c'est que, pour les en délivrer, il n'est que de leur
apprendre à battre près les uns des autres.
Je ne sais, Monseigneur, si cette profession de foi trouvera par- f

tout l'écho que nous souhaiterions. Mais ce que je sais bien, c'est
que nulle part elle ne recevra plus d'approbation que dans le noble
pays qui est le vôtre. Car où notre pensée pourrait.elle être mieux
comprise qu'au sein du peuple qui, après avoir conquis dans le passé
tant de lauriers sur les champs de bataille, met aujourd'hui sa
fierté à tresser des couronnesauxgrandsbienfaiteurs de l'humanité? ]
Nos vœux ne seront, en tout cas, exaucés que si la cérémonie que ~j
Votre Altesse Royale nous fait l'inappréciable honneur de présider
peut attester qu'entre la France et la Suède, l'amitié ne se fonde :
plus seulement sur la tradition, mais sur la communauté des aspira- c
tions. ·
Il nous plaît d'espérer, Monseigneur, que vous trouverez dans
l'expression de ces vœux le gage le plus sûr de l'étendue de notre
gratitude. <
Qu'il nous soit seulement permis, pour en laisser un témoignage l!
près de vous, de vous offrir ce modeste album. Il contient la repro-
duction du seul parchemin qui nous reste de nos anciens collèges
suédois. Il n'a pas par lui-même un grand intérêt, puisqu'il se borne
à apprendre que le 8 février 1342 maître Suno Karioli de Suède était
élu ici procureur de sa « nation ». Mais il nous a semblé qu'en ce
jour, il prendrait, pour vous comme pour nous, la valeur d'un sym-
bole et que peut-être, mieux que de vaines formules, nous permet-
trait-il de traduire à Votre Altesse Royale les sentiments de respect,
d'admiration et de reconnaissanceque nous inspire le Prince artiste
dont nous avons appris à apprécier et l'âme délicate, et le talent sûr,
et la bienveillante sympathie.

INAUGURATION DE L'INSTITUT D'ÉTUDES HISPANIQUES


DE L'UNIVERSITÉ DE PARIS

L'Institut d'études hispaniques a été inauguré le 29 mai 1929, par


M. Gaston Doumergue, président de la République; M. Pierre
Marraud, ministre de l'Instruction publique, et M. Charléty, recteur
de l'Université de Paris, en présence de M. Quinones de Leon,
ambassadeur d'Espagne.
Etaient présents MM. Martinenche, directeur de l'Institut, pro-
fesseur à la Faculté des Lettres; Ibafiez de Ibero, fondateur et
secrétaire général de l'Institut; Gonzalez Oliveros, directeur général
de l'Enseignementsupérieur au ministère de l'Instruction publique
d'Espagne; Eusebio Diaz, recteur de l'Université de Barcelone;
Maurice Croiset, administrateur du Collège de France; Cavalier,
directeur de l'Enseignement supérieur; Lemarchand, président du
Conseil municipal; Maurice Guyot, secrétaire général de l'Univer-
sité Delacroix, doyen de la Faculté des Lettres; de Martonne,
Schneider, professeurs à la Faculté des Lettres; Petit-Dutaillis,
directeur de l'Office national des Universités; Henri Goy, directeur
du Bureau des renseignements scientifiques de l'Université de
Paris; A. de Falgairol, Charles Lesca, Drago, M. le marquis de Casa
Valdes, donateur et membre du Comité de direction de l'Institut;
Dr de Sard, membre du Comité; Lambla de Sarria, architecte de
l'Institut; Mateos, décorateur.
Parmi les personnalités de la colonie espagnole le consul général
d'Espagne, M. de Cubas; le président de la Chambre de commerce
d'Espagne, M. de Goiri; M. de la Huerta, ministre résident;
M. Juan Pajol, M. Ossorio Camille Fidel. Citons également plu.
sieurs ministres des Républiques sud-américaine» et, parmi les
donateurs, MM. Lesca, Sidney Benaim, Gil Moreno de Mora.

Discours de M. CHARLÉTY, Recteur de l'Université


MONSIEUR LE Président DE LA RÉPUBLIQUE,
La première pierre de cet Institut fut posée il y a deux ans. Le zèle
obstiné d'un Ibaiiez de Ibero, le talent de l'architecte, M. Lambla
de Sarria; la générosité attentive et éclairée du principal donateur,
M. le marquis de Casa Valdes, ont permis de l'inaugurer aujourd'hui.
La brièveté de ce délai nous étonne et nous réjouit.
L'Université de Paris a offert au nouvel Institut le terrain
sur
lequel il s'élève. Elle s'en félicite, obligée par sa prospérité croissante
de sortir de ses murs anciens, elle cherche tous les jours des labo.
ratoires plus vastes et de nouveaux centres d'études. Celui-ci lui est
particulièrementcher.
Une maison consacrée aux études hispaniques, née d'une colla.
boration cordiale entre Espagnols et Français, n'oubliera
origines. Institut de la Sorbonne, elle s'attachera à former àpas ses
la fois
des professeurs et des érudits. Les portes ouvertes
aux Espagnols
comme aux Français qualifiés, elle devra répandre la connaissance
de toute la civilisation de nos voisins. Sa bibliothèque
ne sera
réservée aux seuls étudiants} tous les travailleurs y trouveront pas les
ressources nécessaires à leurs études et à l'accomplissement de leurs
missions. Nous veillerons à ce que ses cours et conférences
heurtent pas à l'horaire surchargé de notre Faculté des Lettres.neNos se
travaux y modèleront au cours des années une image de l'Espagne;
il n'y en a pas de plus noble, et la plus honorable des sympathies¡
intellectuelles déjà affirmée par tant d'oeuvres qui nous enorgueil.
lissent grandira ici dans le libre culte de la vérité.
A travers une très longue histoire où nous nous sommes mesurés
sur des champs qui n'étaient pas toujours pacifiques, la collaboration
des esprits a été féconde.
Pas plus hier, au temps de Corneille et de Hugo qui symbolisent
notre dette à l'égard de l'Espagne, qu'aujourd'hui dans les lettres,
dans les sciences et dans les arts, l'Espagne n'a rien abdiqué de
vigueur créatrice. N'en faudrait-il citer qu'un exemple, je sa
me bor-
nerai à rappeler celui qui est le plus proche de notre amitié.
Sans doute, les docteurs espagnols honoris taidsa de notre Univer-
sité ne comprennent ni ne limitent toute la gloire intellectuelle de
l'Espagne savante; mais ils en donnent une heureuse image. Celui-ci
a renouvelé l'histoire littéraire de son pays ai.je besoin de nommer
Ramon Menendez Pidal? Nos mathématiciens ont rendu le plus bel
hommage au génie inventifde Torres Quevedo. Nos médecins savent
tout ce qu'ils doivent à l'illustre Ramon y Cajal. De Rafaël Altamira
je ne dis qu'un mot, mais plein de promesses c'est ici même qu'il
viendra faire pendant plusieurs années un cours sur l'histoire de la
pensée espagnole.
L'ambassadeur qui possède, avec un élégant éclat, le double pri-
vilège de la culture espagnole et française, se plut à être l'animateur
ardent et discret de l'œuvre d'aujourd'hui il continuera d'en être le
témoin et l'ami. Qu'il agrée notre sincère et tout cordial remer.
ciement.
Monsieur le Président, en ce jour de naissance de l'Institut
d'études hispaniques, vous avez voulu apporter à une belle œuvre
la consécration de votre autorité et à ses collaborateurs l'encoura.
gement de votre sympathie pour elle. Nous vous en disons notre
respectueusegratitude.Sans doute n'est-ce pas dépasservotre pensée
que d'affirmer que les plus anciens et les plus illustres de nos col-
lèges universitaires qui ont tant de fois éprouvé votre sympathie
ne l'ont pas épuisée et laissent à cette maison neuve la part d'affec.
tion qui, dans les grandes familles, est naturellement réservée aux
derniers nés. N'est-ce pas eux qui tiennent pour un moment, avant
de le passer à d'autres, le Bambeau de la jeunesse et de la vie?

Discours de M. EU8BBIO DIAZ,


Recteur de l'Université de Barcelone

J'ai senti rarement autant qu'aujourd'hui l'orgueil de ma pro-


fession. C'est un orgueil noble qui, à l'image de saint Paul fier de
sa patrie et affirmant Civis romanus sum, me pousse à proclamer
que je suis professeur espagnol.
Si je n'ai point d'autre mérite qui me donne un relief particulier
dans le domaine scientifique, je viens en cette auguste assemblée
avec le prestige de mes collègues et de leurs travaux et, en fin de
compte, avec l'auréole de l'Université espagnole que je m'honore de
représenter dans cette fête de culture et de fraternelle sympathie.
Il serait inutile de vanter la signification intellectuelle de la céré-
monie qui nous réunit. Il s'agit d'inaugurer un nouveau local adapté
pédagogiquement,sous ta direction de la Faculté des Lettres de la
vieille Université de Paris, pour abriter dignement l'Institut d'études
hispaniques, foyer spirituel de savants distingués qui, en une tâche
silencieuse mais profonde et efficace, exhument le noble passé de la
vie espagnole pour dérouler les aspects puissants de la contribution
de ma patrie à la masse de la civilisation dans la littérature, les arts
et dans les diverses branches de la science.
Je présente à ces chercheurs éminents un salut d'admiration et de
respect, et je sens pour eux la plus vive gratitude pour l'hommage
qu'ils offrent à ma Patrie en lui consacrant leurs veilles fructueuses
et la prédilection de leurs efforts.
L'édifice qu'on inaugure aujourd'hui sera certainementune pépi-
nière d'bispanophiles bien documentés mais, au moment de marquer
en cet acte solennel (que rend plus solennel encore ta présence du
plus haut magistrat de la grande France, M. le Présidentde laRépu-
blique), au moment, dis-je, de donner tout son relief à ce jour de fête,
il faut rendre la justice qui leur est due aux illustres précurseurs de
ce mouvement d'hispanisme ceux qui sont présents parmi nous et
ceux qui le demeurent dans notre souvenir. Ils furent toujours l'ai-
guillon et le guide, les maîtres et directeurs, modèles admirables de
travail et de loyauté, élite généreuse qui s'est chargée de la belle
entreprise de rendre sa valeur légitime au nom espagnol enveloppé
parfois fallacieusement des ombres de la légende noire forgée par
des esprits pervers, recueillie par des oreillesfrivoles et acceptée par
le troupeau nombreux des sots et des esclaves de l'ignorance.
Ce n'est pas le lieu de rappeler les services rendus par les maîtres
français des universités qui, à Paris et le long des Pyrénées, con.
sacrent le meilleur de leur effort à cette tâche désintéressée et féconde.
Nous connaissonstous les noms de MM. Martinenche, Cirot, Bous-
sagol, et nous savons apprécier les services rendus par M. Bertrand
à notre Université de Barcelone. Je ne veux pas prolonger en ce
moment mon discours, en disant tout le bien que nous pensons de
ces hispanistes. Je ne veux cependant pas négliger de dire que
l'Espagne tout entière sait reconnaître ces efforts par son adhésion
cordiale à la France de généreuse noblesse, à la grande nation, terre
classique de gentillesse, qui a lutté pour tous et a triomphé pour
tous.
Le plus érudit des Espagnols contemporains, Menendez y Pelayo,
a étudié et chanté avec émotion le romantismefrançais en une forme
magistrale où s'exaltent les vertus vigoureuses de son idéalisme, et
les deux Espagnols qui se détachent aujourd'hui au premier plan de
la vie publique sont aussi un excellent exemple de l'affection, je
pourrai dire passionnée, que nous éprouvons pour la France.Je veux
parler du roi Alphonse XIII, grand esprit et franc cœur, et du général
Primo de Rivera, illustre président du gouvernement. Dans les
heures d'angoisse de la France, ils ont manifesté hautement leurs
sympathies pour vous et pour votre cause. J'en ai publié, à ce
moment-là, des témoignages significatifs dans le Bulletin d'études
hispaniques
Nous n'arrêtons pas là notre dette d'affection. L'amitié ne se solde
pas comme un compte. Elle se renouvelle. C'est ce que nous faisons
ces jours-ci. On vient d'inaugurer en Espagne les deux grandes
Expositions internationales de Barcelone et de Séville. Dans la belle
capitale andalouse, toute fleurie de souvenirs et de poésie,
l'Espagne a donné une embrassade fraternelle aux peuples amé-
ricains qu'elle a découverts et pénétrés de son esprit. Dans la cité
catalane, la France a fait preuve dans le plus grand des pavillons
étrangers de sa puissance industrielle et artistique, scellant ainsi de
nouveau l'amitié qu'établirent la race, le voisinage et ta sympathie.
Vos compatriotes ont pu constater que l'Espagne d'aujourd'hui
comme celle d'hier apporte à la civilisation un rythme en accord
avec la vie, l'efficacité de sa culture, de son travail et de son ardeur.
C'est pourquoi, Monsieur le Président de la République, en
renouvelant pour terminer l'hommage de l'Université espagnole à
l'Université française et à la France entière, je puis affirmer que des
derniers échos d'une légende morte surgit vigoureux aujourd'hui le
chant épique d'un peuple qui a retrouvé toute sa force de vie et de
progrès.

Discours de M. GONZALEZ OLIVEROS,


Directeur de l'enseignement supérieur d'Espagne
Si je n'étais un modeste professeurde l'Université de Grenade, je
n'oserais certainement pas vous demander toute votre indulgence
pour un bref moment. Mais la solennité de l'acte est si émouvante
pour tout bon Espagnol et plus particulièrement pour ceux qui
peuvent en dégager la profonde signification, que ce serait, à mon
sentiment, manquer au plus élémentaire devoir si, représentant avec
mon digne collègue, le docteur Diaz, l'Université espagnole, et
chargé en outre d'y associer le gouvernement et le ministère de
l'Instruction publique d'Espagne, je ne vous offrais pas le témoi-
gnage de la cordiale reconnaissancede mon pays.
Monsieur le Président, vous avez voulu, comme sa Majesté le roi
d'Espagne pour l'inauguration de la Casa Velasquez, donner par
votre présence toute sa portée à cette nouvelle manifestation des
liens d'amitié qui unissent nos deux pays dans le culte d'un même
idéal de civilisation.
Vous apprendrez sans doute avec plaisir que le gouvernement que
préside le général Primo de Rivera vient d'ordonner d'ajouter une
troisième année aux deux cours de français qui figuraient auparavant
au début des études de notre enseignement secondaire. Un autre
décret établit dans nos Universités un baccalauréat
en langues
vivantes. Dans cet examen spécial pour la formation de
nos profes-
seurs, le français occupe une place prépondérante. Je me permets
aussi de vous rappeler que dans le vaste projet de notre Cité univer-
sitaire de Madrid est comprise la Casa Velasquez. Laissez.moi
ajouter que notre gouvernement s'apprête à bâtir dans votre Cité
universitaire de Paris un collège espagnol dont nous
verrons demain
l'emplacement et dont les plans sont déjà prêts. Nous étudions
enfin les moyens de faciliter les échanges scolaires entre
nos deux
pays pour enrichir ainsi ce patrimoine commun qui nous est un
palladium sacré. C'est un nouvel épisode, dont
vous sentez l'im-
portance, qui s'ouvre dans l'histoire de nos relations intellectuelles.
Nous aurons tout profit à renouveler notre dette
envers vous,
illustres professeurs de la Sorbonne. Le mouvement actuel de la
pensée et de la science française, peut être pour
nous un des meil-
leurs moyens de mettre mieux en lumière l'essence profonde de
l'Espagne, les élans originaux de l'âme espagnole, toujours rebelle
à des constatations purement conceptuelles, retrouvantgrâce à
leur légitimité. Grâce à vous, l'Espagne peut rétablir vous
sa confiance
en elle-même et redresser ses énergies affaiblies ou détournées de
leur véritable sens. L'esprit national désorienté est
revenu désormais
sur son chemin.
C'est le point de vue auquel il faut se mettre
pour juger des évé-
nements intellectuels espagnols. Ce point de vue est celui auquel se
place l'Institut d'études hispaniques. Il est destiné à [
scruter et à
éclairer les profondeurs de la véritable Espagne, celle qui dérobe
se
sous les apparences de ce pittoresque superficiel qui va de la
pourpre des fêtes populaires à la tache sombre des légendes d'into-
lérance et de cruauté. Il y a d'autres couleurs
sur la palette d'un
Velasquez ou d'un Goya. La France a toujours
eu des hommes pour
s'attacher à l'Espagne profonde et goûter son charme pénétrant. A
tous ces Français morts et vivants, amis désintéressésde l'Espagne,
je fais mon plus cordial remerciement au nom de
mon pays en
l'adressant à la personne du directeur de l'Institut d'études hispa. tJ
niques, M. le professeur Martinenche.
Je peux vous donner l'assurance que bientôt, de toutes les uni.
versités espagnoles, surgiront d'efficaces collaborations. Nos Uni.
versités jouissent maintenant d'une autonomie pédagogique, scien-
tifique et économique, qui permet d'élargir le cadre de leurs études
et, par conséquent, leur angle visuel. Un vaste horizon s'ouvre
devant elles. Leurs ressources ont triplé et leurs
cours ont une c
variété chaque fois plus étendue. La jeunesse qui frappe à leurs
portes a une préparation plus complète et leur permettra un rythme
plus accéléré. On reconstruit les Facultés et les anciens collèges
universitaires. On est en train d'ériger, sous la direction personnelle
du roi, des bâtiments qui leur offriront tous les moyens nécessaires
à leur féconde expansion. Ce renouveau est assuré des promesses de
l'avenir, parce qu'il repose sur les espoirs renouvelés des professeurs
et des étudiants, et sur le sentiment de leur propre respon-
sabilité.
En ce moment, plein d'espérances pour nos Universités, elles
sont certaines de pouvoir compter sur votre collaboration. L'élé-
ment immanent du génie espagnol dans la culture occidentale sera
mis en valeur s'il réussit à s'accorder en une polyphonie parfaite
avec les notes vibrantes que fait entendre la France immortelle dans
le concert de la civilisation latine.

Discours de M. le Marquis de CASA VALDES


Mon étonnement est grand et mon émotion plus grande encore
à la seule pensée de prendre la parole, moi humble parmi les humbles
disciples de l'Université de Paris, au milieu des professeurs les plus
éminents de cette même Université, devant les maîtres de l'élo.
quence française. Aussi, Mesdames et Messieurs, n'abuserai-je pas
de votre patience et me contenterai-je d'indiquer le motif et le but
de notre présence en cet hôtel.
Nous sommes ici parce que nous aimons profondément la France,
et cette affection ne date pas, comme pour certains, des jours
heureux de la victoire, non, elle est née avec nous et, par consé-
quent, elle n'a fait que grandir, puisqu'elle est espagnole.
Mais, comme tous sentiments sincères et véritables, c'est pendant
les heures sombres que nous l'avons surtout éprouvée. Pendant la
guerre nous avons été témoins de toutes les douleurs et de toutes
les souffrances de la nation, nous avons partagé ses angoisses, mais
nous avons partagé aussi l'inébranlable foi dans l'avenir de la
France et, partant, de la civilisation latine. Voilà pourquoi nous
sommes ici.
Mais il ne suffit pas que quelques amis et nous éprouvions ces
sentiments et soyons instruits de ce qui concerne nos deux patries.
il faut que chaque jour plus de Français connaissent les choses
d'Espagne, plus d'Espagnols connaissent les choses de France. Il y
a tant de raisons pour cela D'autres plus autorisés que moi vous
diront les raisons politiques, économiques, géographiques qui
incitent au rapprochementchaque jour plus étroit des deux pays.
Un grand poète français a dit un jour « Dieu a mis la tête au-
dessus du cœur afin que fa raison dominât la passion. » Eh bien,
nous, Latins, et nous, Espagnols, en particulier nous mettons
souvent, trop souvent même peut-être, le cceur au-dessus de la tête
et, malgré cette anomalie anatomique, nous ne nous en portons pas
plus mal.
D'autres peuples, d'autres races sont surtout occupes à multiplier
ce qu'on appelle « les affaires », à chercher par tous les moyens à
augmenter les trésors de numéraire, les richesses matérielles, c'est
le u business ». Certes, chez nous on n'a pas la naïveté de mépriser
les satisfactionsprocurées par l'argent, mais depuis des siècles, par
l'union du cœur et de l'esprit, on s'est occupé surtout et on s'occupe
encore d'accumuler les trésors des lettres et des arts sous toutes
leurs formes; la terre rouge d'Espagne, âpre mais généreuse, en est
remplie. C'est la connaissance et la jouissance morale de toutes ces
richesses que nous voulons mettre à votre disposition et c'est par là
que, sortant de la monotonie de la vie quotidienne, nous voulons
nous élever, vous estimer et vous aimer davantage chaque jour.
Voilà pourquoi nous sommes ici.
Je voudrais encore. mais non, je veux me souvenir à temps que
nous devons travailler beaucoup plus que parler, c'est ce que nous
nous efforcerons de faire. Encouragés par la bienveillante présence
de M. le Président de la République, patronnés par notre bien-aimé
souverain, forts de l'appui des gouvernements français et espagnol,
forts aussi du souvenir de ceux de nos camarades et de nos amis,
hommes jeunes et hommes mûrs, qui, dans la dernière guerre, sont
montés vers l'immortelle gloire d'où ils font descendre sur nous
leurs lumières, nous irons de l'avant, heureux si nous pouvons faire
quelques pas vers cet idéal divin que tout homme digne du nom
d'homme porte au fond de son coeur, vers le Juste, vers le Beau,
vers le Bien.

Discours de M. MARTINBNCHB, Professeur à la Faculté des


Lettres de l'Université de Paris, Directeur de l'Institut d'études
hispaniques.
L'an dernier, au mois de novembre, fut inaugurée l'Ecole française
de Madrid, la Casa Velasquez. Ce palais a devant lui l'horizon qu'a
magnifié le plus grand peintre d'Espagne. On y entre par une porte
où s'affirme la beauté du classicisme espagnol. Aucune de ces splen-
deurs ne vous est révélée aujourd'hui notre Institut est une petite
demeure qui n'avance sur la rue qu'un portique étroit. Des fenêtres
de nos salles de conférencesou de notre Bibliothèque, nos étudiants,
a'ils pouvaient être distraits, ne verraientqu'un jardin minusculeet
des bâtiments consacrés à des sciences qu'on n'accuse guère de
frivolité. Mais ce modeste hôtel est aussi une couvre de bonne volonté.
Ses donateurs et ses collaborateurs, réunis sous le double patronage
de l'Espagne et de l'Université de Paris, sont également convaincus
que l'amitié franco-espagnole a des vertus efficaces, et qu'elle ne
dépend pas moins d'une connaissance méthodique que de l'élan
d'une sympathie naturelle.
La liste serait longue des reproches qu'au cours des âges on s'est
jetés par-dessus les Pyrénées! Que de fois ils ne reposaient que sur
une ignorance ou un malentendu 1 Si en enseignant l'Espagne, sa
langue et sa civilisation, il arrivait à notre Institut d'étouffer dans
l'œuf quelque petite sottise grosse d'un grave dissentiment, sans
sortir de son rôle universitaire, il ne servirait peut-être pas trop mal
les plus hauts intérêts.
Il n'ignore pas d'ailleurs qu'au plus fort de leurs oppositions
l'Espagne et la France se sont toujours gardéau plus profond d'elles-
mêmes une estime où l'on sentait battre les ailes de l'affection.
Quand notre La Fontaine cite de l'une un trait de folie, il y trouve
plus de grandeur encore. Et lorsqu'à leur tour les Français du dix-
huitième siècle connaissent les attaques qu'avaient subies les Espa-
gnols au siècle précédent, Cadalso proteste contre les préjugés dont
ils sont victimes, il préfère leur raillerie, qui n'empêche point leur
générosité, à des compliments sans sincérité, et il applique à la
bataille" de Fontenoy les mots mêmes dont s'était servi Bossuet pour
exalter l'ennemi que rencontra à Rocroy le prince de Condé.
C'est que, 'par une fatalité précieuse, l'Espagne et la France se
sentent nécessaires l'une à l'autre. Une des tâches de notre Institut
sera naturellementde préciser les services qu'elles se sont rendus.
Pour n'en donner que deux exemples fameux, ne sait-on point le
parti que l'Espagne a tiré de notre art gothique, et n'est-il pas
remarquable, d'autre part, qu'à chacune des époques de notre
théâtre, du Cid à Hernani, éclate d'abord un nom espagnol?
Cette histoire comparée n'absorbera pas cependant le meilleur de
notre effort. Avant tout, nous étudierons l'Espagne pour elle-même.
Nous la chercherons dans les contrastes de son génie. Nous pour-
suivrons son secret sans nous flatter de le trouver, mais avec le sen-
timent de la fécondité de cette recherche.
La terre d'Espagne ne s'est jamais laissée conquérir. C'est elle, au
contraire, qui a toujours conquis ses envahisseurs. Qu'ils vinssent
du Nord ou du Midi, de l'Orient ou de l'Occident, tous ils ont subi
son empreinte. Auxaccentsles plus étrangers elle a fait rendre le son
le plus castillan. N'est-ce pas à un Grec que notre Barrès demandait
des lueurs sur Tolède? Je ne snispassi, comme le proclamait la
chronique d'Alphonse le Savant au treizième siècle, l'Espagne est
« comme le paradis de Dieu baigné par cinq grands fleuves », mais on
dirait qu'entre toutes les terres du monde s'y conserve plus forte
l'irradiation du souffle créateur. Sa saveur est incomparable et son
originalité ne s'épuise point. Quand on parle de sa décadence, elle
donne naissance aux plus belles écoles d'art, en musique comme en
peinture, pour ne rien dire des oeuvres qui exigent la connaissance
de la langue.
En ce moment même, elle atteste sa vigueur avec cette prodigalité
qui fut toujours la marque de cette très grande dame. Jusqu'à quel
point elle est capabled'apporterà la civilisation européenne sa contri-
bution personnelle, allez l'admirer à Barcelone. Une fois chez elle,
vous ne vous contenterez pas de la regarder sous cet aspect, vous
vous voudrez aussi la contempler à Séville dans le cadre éblouissant
que lui font les filles qu'enfanta son génie par delà la mer Océane.
Vous comprendrez mieux alors ses puissances de vie et de ré sur*
rection.
C'est à cette Espagne éternelle que notre Institut veut consacrer
toute sa modeste activité. Au-dessus de sa porte, il- aurait pu inscrire:
Xul n'entre ici s'il n'est hispanophile. Il n'enseignerapas seulement,
en effet, la langue et la littérature, mais aussi l'amour de l'Espagne.
Ce n'est pas, après tout, la moins bonne façon de servir la France.
Je ne crois pas que l'Espagne souhaite de devenir le plus grand
drapeau commercial du monde, mais, comme, sans négliger les res.
sourcesquelui fournit son redressementéconomique, elle ne vendra
jamais son âme, elle nous offrira toujours les plus beaux châteaux
spirituels. C'est une force en même temps qu'une douceur de pou-
voir compter sur la loyale amitié de celle qui a su donner du senti-
ment de l'honneur de sublimes interprétations.
Ilne manquait à notre petite maison qu'un sourire de bon augure.
Vous avez bien voulu le lui apporter, Monsieur le Président de la
République. Laissez-moi vous en exprimer toute notre respectueuse
reconnaissancp.
PROFESSEURS DE L'UNIVERSITÉ DE PARIS
EN MISSION A L'ÉTRANGER
LETTRES

M. Diehi, professeur àla Facultédes Lettres.- En décembre 1928,


mission en Portugal, pour l'Institut français en Portugal. – Confé.
rences à l'Université de Lisbonne. (Constantinople byzantine; les
monuments chrétiens de Salonique; Mistra; série de six leçons sur
l'histoire monumentale de Constantinople byzantine.)
Conférences aux Universités de Coimbre et Porto.
En avril-mai 1929, mission en Roumanie pour l'Institut français
de Bucarest. Conférences à l'Université de Bucarest (la société
byzantine à l'époque des Comnènes).
Conférences aux Universités de Jassy, Cluj et Cernauti.
Sur invitation très aimable de l'Université de Belgrade, confé-
rences à Belgrade et voyage d'études en Serbie.
Conférence à l'Université de Zagreb.
(L'Université de Belgrade a décerné le titre de docteur honoris
causa et S. M. le Roi a daigné conférer le grand cordon de l'Ordre
de Saint-Sava.)
M. R. SCHNEIDER, professeur il la Faculté des Lettres. En mis-
sion en Suède, a fait le 6 mai, à Stockholm, et le 8 mai, à LlnkBping,
deux conférences sur le sujet suivant « Les effets artistiques du
retour au sentiment dans la peinture française à la fin du dix-hui-
tième siècle. »

CONFÉRENCES FAITES PAR DES PROFESSEURS


D'UNIVERSITÉSÉTRANGÈRES
FACULTÉ DES Sciences
M. A. Demouun, professeur à l'Université de Gand, membre de
l'Académie Royale de Belgique, a fait du to au i3 avril 1929 quatre
conférences sur la Théorie des Équations de Moutard et
ses appli-
cations à la gêomilrit,
M. C. G. Darwi.v, professeur à l'Université d'Édinburgh, adonné,
les 2, 4 et 6 mai 1929, sous les auspices de l'Institut Henri-Poincaré,
trois conférences sur le sujet suivant Qudquts aspects de la théorie
ondulatoire de la matière.
M. Ho Chanc-Ping, ingénieur-agronome, professeur à l truver-
site de Nankin, conseiller technique du ministère de l'Agriculture
et des Mines, a fait en mai 1919, sous les auspices de l'Institut des
Hautes Études chinoises de l'Université de Paris, une série de cinq
leçons sur i les Progris techniques da l'agriculture en Chine. (Sélection
des semences et des graines. Mise en valeur des terrains. Technologie
agricole. Culture des plantes industrielles.)

M. V. A. Kostïtzw, professeur à la Faculté des Sciences de


Moscou, adonné les 27 et 29 mai 1929, sous les auspices de l'Institut
Henri-Poincaré, deux conférences sur Quelques applications der
équations intégrales.

M. Robert Chambers, professeur de biologie à l'Université de


New-York, a fait les 21 et 23 mai 1929, deux conférences sur les
sujets suivants I. – Structure du protoplasma d'après les méthodes
de microdissection, II. Le PH intracellulaire.

M. Serge Bernsteik, professeur à l'Universisé de Kharkov, a


fait les 22 et 36 mai 1920, sous les auspices du Comité français pour
les relations scientifiques avec la Russie, deux conférences sur le
sujet suivant les Polynômes orthogonaux.
M. Zeeman, professeur à l'Université d'Amsterdam, agréé à l'Uni-
juin
versité de Paris, a fait le 1929 une conférence sur les Progrès
récents dans notre connaissance de la résolution magnétique des raies
spectrales.

Faculté DE Médecine
M. J. Maisin, professeurà l'Université de Louvain, a fait, les 14,
16, 18 janvier 1929, trois conférences sur les sujets suivants
Étude analytique et critique des principaux cancers expéri-
I. – La maladie générale du cancer. III. – Le déterminisme
mentaux. II.
local du cancer.
M. J. Chagas, professeur à la Faculté de Médecine de Rio de
Janeiro, a fait en mai et juin 1929, à la Faculté de Médecine de
Paris, à l'hôpital de la Pitié, à la Salpêtrière et à l'Institut Pasteur,
une série de conférences sur les sujets suivants maladie de Chagas
(ses formes cardiaques, ses formes nerveuses), recherches sur la
fièvre jaune.
FACULTÉ des Lettres
M. Frederik Poulsen, directeur de la GlyptothèqueNy-Carlsberg,
ancien membre de l'gcole d'Athènes, membre correspondant de
l'Institut, a fait le 17 avril 1929, sous les auspices de l'Institut d'art
et d'archéologie de l'Université de Paris, une conférence sur
la Famille Jacobsen et les grandes Fondations scientifiques du Danemark.
M. AGNE Beijer, conservateur de Musée en Suède, a donné deux
conférences, sous les auspices de l'Institut d'Études scandinaves.
L'une, le 27 avril, sur Un théâtre français en Suède an XVIII* siècle;
l'autre, le 3o avril, sur Ze théâtre de la Cour en Suède sous Gus-
tave tu.
M. Lauritz Wmbuu, professeur à l'Université de Lund, a fait,
le ao avril, sous les auspices de l'Institut d'études scandinaves, une
conférence sur La mort de Cllarles XII.
Mlle A. Soderhjelm, professeur à l'Université suédoise d'Abo
(Finlande), a fait le 1" juin 1929, sous les auspices de l'Institut
d'études scandinaves, une conférence sur le sujet suivant Fersen et
Marie- Antoinette.

U Gérant }. it B*»or. Imprimerie J. Uimoutw, » Paris.


DECOUVERTES PR ^HISTORIQUES

DANS LES CHARENTKS

.Article de M. L. Joi.k.ud, p. 293


Annales
de
l'Université de Paris
Eugène Delacroix
Critique d'art à la « Revue de Paris » (1829-1830) j

Parmi les manuscrits de Delacroix offerts par M. David j

Weill à la Bibliothèque d'art de l'Univcrsité de Paris, se trouve I

un lot composé d'une trentaine de feuillets in-folio couverts


d'une grande écriture rapide, pressée, ardente, contenant des
paragraphes entiers rédigés, à côté de phrases ou même de
lambeaux de phrases hachées, interrompues et séparées l'une
de l'autre par de grands traits, comme des coups de sabre.
Ces feuillets tumultueux sont accompagnés d'un petit carnet
d'une vingtaine de pages, d'une écriture beaucoup plus sage;
sur la couverture, on lit Ébauche de (étude sur Raphaël.
L'ensemble de ces manuscrits représente les notes pour les
articles de critique donnés par Delacroix à la Revue de Paris
en 1829 et t83o.
La Revue de Paris avait été fondée en 1829 par le docteur
Louis Véron, le futur directeur de l'Opéra et auteur des
Mémoires d'un bourgeois de Paris. C'était une revue de jeunes,
comme sa contemporaine illustre la Revue des Deux Mondes,
fondée la même année le docteur Véron était décidé à l'ouvrir
Il à tous les jeunes talents encore obscurs, comme à tous les
écrivains déjà célèbres ». Lié avec Delacroix qu'il appréciait
comme artiste, il n'était point fâché d'enrôler dans sa revue
un maître déjà notoire, qui faisait figure de chef d'école et
dont le dernier tableau, le fameux Sardanapale, avait fait
scandale au Salon de 1827, excellente condition pour lancer
une revue nouvelle.
En 1829 et i83o, Delacroix donna cinq articles à la Revue
de Paris. Ils sont intitulés, dans l'ordre de leur publication
Des Critiques en matière d'arts (mai 1 839) Portrait de Pie Vil,
de Sir Thomas Lawrence (juillet 1829); Essais sur les artistes
célèbres, Raphaël (février 183o),et Michel- Ange (juin-juillet 1 83o,
en deux articles). Ces études furent recueillies après la mort
de Delacroix par son ami et légataire universel Piron, dans
l'ouvrage si rare intitulé Eugène Delacroix, sa vie et ses œuvres,
Paris, i865. Elles ont été réimprimées récemment par M. Élie
Faure dans les Œuvres lilléraiies de Delacroix, deux volumes,
Paris, Crès, 1923. Malheureusement, l'éditeur a eu la fâcheuse
idée de rompre l'ordre chronologique adopté par Piron et de
le remplacer par un ordre historique en conséquence,l'article
sur les Critiques en matière d'arts se trouve dans le premier
volume, parce que c'est un article didactique, et les trois autres
sur Raphaël, Michel-Ange et Lawrence sont reportés dans la
deuxième volume et séparés les uns des autres par des études,
publiées ailleurs, sur Poussin, Puget ou Gros, suivant l'ordre
historique. Ainsi dispersées, ces études offrent beaucoup moins
d'intérêt. Non pas que l'opinion de Delacroix sur Raphaël ou
Michel-Ange ne mérite toujours notre attention. Mais ce n'est
pas faire injure à Delacroix de dire que ce qui nous intéresse
surtout dans ces articles, c'est bien moins ce qu'il nous apprend
sur Raphaël ou Michel-Ange que ce qu'il nous y révèle sur
lui-même. Or, dans les études de la Revue de Paris, datées de
1829-i83o, c'est Delacroix romantique qui apparait devant
nous, un Delacroix violent et frénétique que nous ne rever-
rons plus, passé i83o et surtout i832, après le voyage au
Maroc.
A vrai dire, les articles de la Revuede Paris paraissent plutôt
calmes et nous surprennent par la modération du langage.
Comment! voilà donc l'opinion du chef des romantiques, des
forcenés, sur Raphaël, –leur Raphaël, comme dira plus tard
Courbet, opinion si sage, si mesurée, que M. Quatremére
de Quincy lui-même, cette perruque, n'y trouverait
pas grand'-
chose à redire! L'impression change, si on se reporte
aux
notes préparatoires de ces articles, au premier jet sorti de la
plume de Delacroix c'est un tout autre ton et une tout autre
attitude. Delacroix écrit quelque part dans son Journal (partie
inédite de l'année 1857) « Ceux qui ont écrit ou peint savent
le cas qu'il faut faire du premier jet en général. Il est informe.
Il s'y trouve quatre lignes à conserver au milieu de quatre
pages. » Je le trouve un peu sévère pour lui-même. Si, dans
sa première ébauche, tout n'est pas à conserver, du moins on
voudra sauver plus de quatre lignes dans ces pages « semblables
au verre en fusion, à la matière ardente qui bouillonne dans ce
gouffre dévorant », – comme disait Delacroix dans sa lettre
à Balzac,
– « et dans lesquelles il se hâte de jeter ses idées
avant qu'elles ne soient refroidies ».

En t829, lorsque Véron enrôla Delacroix comme critique


à la Revue de Paris, la situation de l'artiste paraissait des plus
précaires. Son Sardanapale, comme il le racontait plus tard à
Véron, avait été son Waterloo. « Pendant cinq
ans, ajoutait-il,
plus de commandes reçues, plus de tableaux achetés. Vous
jugerez ce que fut pour moi ce chômage, alors
que je me
sentais capable de couvrir de peintures une ville entière.
»
C'était le moment où il faisait, à cent francs l'un, le portrait
des élèves de la Pension Goubaux qui avaient remporté le prix
d'honneur. Il avait essayé aussi de la lithographie il venait
en 1828 de publier cette extraordinaire illustration de Faust,
chef-d'œuvrequi ne lui rapporta pas cent francs et n'excita
pas
même l'indignation de la critique bien pensante. Faust, qui
lui valut l'approbation de Gœthe, sombra dans l'indifférence du
poblic. Forcé de faire flèche de tout bois, privé des ressources
de la peinture et de la lithographie, il accepta d'écrire à la
Revue de Paris. Il y gagnerait toujours quelques louis,
sans
parler de la revanche à prendre sur ces Messieurs de la cri-
tique et leurs gentillesses.
C'étaient ses premières armes en littérature, rêve depuis
longtemps caressé. « Que je voudrais être poète! .>, s'écrie-t-il
dans son journal, dès 1822. Et de fait, il avait essayé des
vers et même du théâtre, sans insister du reste. 11 aimait écrire,
témoins son journal et son admirable Correspondance, dont
Burty n'a pas publié même la dixième partie. Il aurait souhaité
la gloire littéraire; mais le Livre ne convenait pas à son tem-
pérament. La composition d'un livre exige du temps, qu'il n'a
jamais trouvé, et aussi un certain métier, qu'il n'avait pas
appris. Il préférait le genre d'articles ou-d'essais, à la manière
de Montaigne, dans lesquels il pouvait exposer rapidement
ses idées. Son génie ardent, fiévreux, passionné, se plaisait
aux discussions, au choc des idées. Il craignait l'ennui et la
longueur des expositions didactiques. Avec de la verve, du
mouvement et de la vie, il possédait toutes les qualités néces-
saires à un bon journaliste. Ses articles de critique dans la
Revue de Paris sont de l'excellent journalisme.
Après avoir accepté les propositions de Véron, Delacroix
dut se trouver fort embarrassé. Ses notes en font foi. Par où
commencer? Il avait tant à dire et tant de rancunes en même
temps à exhaler. Son premier mouvement, c'est de se défendre
et de défendre avec lui la jeune école de peinture, ces roman-
tiques si violemment combattus pour se défendre, il faut
attaquer. Il a lu la Préface de Cromwell il en est hanté et il
pense certainement à jouer en art le rôle de Victor Hugo dans
la littérature. « Les romantiques littérateurs se sont défendus
eux-mêmes, écrit-il dans ses notes; mais les pauvres peintres! »
Ils ne savent pas écrire, ni parler; ils sont obligés de prendre
des avocats, les critiques, qui les trahissent ou ne les com-
prennent pas. Alors lui, tout inexpérimenté qu'il soit, il va
se dévouer; Delacroix relèvera le gant, au nom de ses cama.
rades, les pauvres peintres, bafoués et traînés dans la bouc.
Il va se faire leur champion et défendre les idées nouvelles,
sans grande illusion du reste. « Mais que les critiques se ras-
surent, ajoute mélancoliquement Delacroix, l'artiste sera
longtemps entre leurs mains »je
Pour son premier article, Delacroix paraît avoir hésité entre
plusieurs sujets. Il a songé certainement à un article retentis-
sant sur Gèricaull. « L'article sur Géricault, écrit-il dans ses
notes, finir par les vers de Voltaire César n'a point de
tombe. i> II en avait envisagé un autre « qui serait intitulé
Sur la gloire et la réputation 'de la gloire et de la vogue) », pour
lequel il a fixé de longs passages. Sa pensée s'est arrêtée
encore au problème du beau en art; il reprenait, après Hugo,
la question du beau et du laid et marquait à ce propos l'oppo-
sition entre les classiques et les romantiques. Il s'est décidé
finalement à intituler son article Des Critiques en matière
d'arts, dans lequel il a utilisé une partie de ses notes sur le
beau en art, après en avoir apaisé les violences et atténué les
couleurs. On va pouvoir juger de la différence de ton entre le
premier jet et la rédaction définitive.
La destinée tragique de Géricault, disparu à trente ans, sans
avoir donné sa mesure, avait, le jour même de sa mort, vivement
ému Delacroix. Cinq ans après, cette injustice du sort,
aggravée par l'incompréhension des hommes, le révoltait
encore. L'aveuglement du public qui ne sait pas reconnaître
la valeur des artistes qui l'entourent, la vulgarité de son goût,
quelle disgrâce pour le génie!

1 Souscripteurs de toutes couleurs, s'écrie Delacroix, gens


qui encouragez les arts, qui envoyez à Rome, tous les ans, une
demi-douzaine de Raphaël et de Phidias en herbe, si vous
voulez encourager véritablement l'artiste, si vous voulez qu'il
soit dévoué au beau, car il faut l'être, (il lui faut, pour
cela, négliger et sacrifier tout esprit de fortune,). faites un
tombeau à Géricault! Que celui qui aura consumé sa vie sans
autre fruit qu'un faible espoir de renommée, sans autre appui
qu'une voix intérieure et heureusement infatigable, qu'il sache
qu'après sa mort, faible espérance, un laurier lui sera con-
sacré I
« Il y a plus d'un moyen d'encourager. Un peu de cet argent
que vous employez tous les ans à faire de nouveaux artistes,
mettez-en à honorer la mémoire de ceux qui se sont faits tout
seuls, hélas! aux dépens de leur repos. Que, si l'envie ou la
basse intrigue a découragé la meilleure partie de leur courte
vie, vous ne refusiez pas à leur ombre ce frêle espoir, ce
laurier! »

On dirait que Delacroix, faisant un retour sur lui-même,


craint que le même sort ne lui soit réservé à lui, conscient de
son génie méconnu, et préoccupé de sa santé qu'il sait si
fragile. Aussi revient-il avec insistance sur la triste destinée
de Géricault et trouve, pour le plaindre, des accents vraiment
déchirants

« Qui resterait froid et insensible devant un sort si triste?s


Quoi! passer sa vie à ne désirer qu'un laurier et ne pas le
cueillir! Ce qui rend peu de gens friands de la gloire, c'est
le nombre effroyable des martyrs du beau.
« Hélas! le beau, vous le cherchez sans cesse, dites-vous;
vous l'encouragez et le cherchez! Pauvres gens, que de fois
le méconnaissez-vous! L'aveugle fortune qui dispense les
réputations comme les trônes et les empires, n'a pas permis
que le plus grand artiste de notre époque jouit de sa gloire
Pas un éloge public n'a été fait d'un si beau génie par vous-
mêmesqui êtes les maitres de la plume. N'avons-nous pas assez
de fois prêté l'oreille à vos discours? N'avons-nous pas assez
de fois dormi sur les bancs de l'Institut au bruit des éloges de
gens!
« Courir après le beau? et pour qui, après le beau? Pour
qui veiller et battre en tous sens son intelligence? Pour les
gens obtus dont les sens grossiers sont incapables de saisir le
beau, c'est-à-dire le fin, le choisi C'est pour eux que semble
avoir été fait Oculos liabenl et non vident.
a Jeunes artistes, pensez-y bien! La gloire coûte
cher! Pour-
tant, la gloire est une si belle chose qu'elle vous séduit. Et
cependant, la carrière qu'elle déroule devant l'ambition qui ne
veut qu'elle, est si effrayante qu'il est incroyable qu'on ne
recule pas épouvanté Chose étrange, des hommes médiocres
peuvent être embrasés de ce feu, ce qui n'est plus qu'un tra-
vers. D'autres, nés pour elle et prédestinés à être ses favoris,
ou la dédaignent, ou la rencontrent sans la chercher et comme
par hasard. Pour un ouvragesur lequel on ne compte pas, elle
y jus arrive. »
Delacroix avait déjà parlé ailleurs de la « gloire, l'ambroisie
des grandes âmes ». C'était là peut-être une boisson un peu
capiteuse pour les lecteurs de la Revue de Paris. Delacroix
n'utilisa point ce premier jet, ce cri du cœur révolté par « l'in-
justice, l'inconstance et l'extravagance » du public et de ses
guides. Il préféra discuter avec eux la question du beau.
« Le beau! Est-il un cœur assez dur, une âme assez sèche
pour ne pas s'ouvrir d'aise à ce mot Le beau, c'est comme si
on disait le bonheur; et le laid, comme si on disait le mal, la
douleur, tout ce qu'il y a de triste au monde. Par malheur,
quand on en vient à vouloir s'entendre, on ne sait où poser le
pied. En effet, de quel beau voulez-vous parler? Car il y en a
plusieurs, que dis-je? il y en a mille; il y en a pour tous les
yeux, pour toutes les âmes, et approprié à leurs inclinations, à
leurs constitutions particulières ».
Et voici que se pose, comme dans la Préface de Cromwell,
la question du beau et du laid en art, la grande querelle qui
divise classiques et romantiques ou « frénétiques », écrit iro-
niquement Delacroix.
<<
Quelle question est plus digne de préoccuper les bons
esprits? Sous vos noms de romantiques et de classiques, c'est
la grande affaire du beau qui se pose et s'agite de toutes
manières quand vous adoptez l'un ou l'autre de ces noms res-
pectables, c'est comme si vous disiez « Je suis pour le beau,
« celui-là est pour le laid Il et en passant, nous reprochons
aux classiques une erreur extrême ils ont, plus que leurs
adversaires, cette idée fixe qu'ils sont pour le beau. Il semble
qu'ils n'ont qu'à naître. Pourtant, – observeDelacroix, leurs
adversaires, loin d'être des espèces de sauvages qui sont hors
de toute loi humaine, des espèces d'adorateurs de fétiches
informes, les romantiques ou frénétiques, comme on voudra,
auront réellement une espèce de bon sens qui leur fera dis-
tinguer un certain laid et un certain beau; ils seront reconnus
appartenir réellement à la famille des bipèdes doués plus ou
moins de raison et de la manie de raisonner. Ils distingueront
à merveille entre un ouvrage ennuyeux et un ouvrage intéres-
sant. Ils ont vraiment une âme, des passions, du goût, comme
les Juifs dont parle ce personnage de Shakespeare « Les
« Juifs n'ont-ils pas des mains, des yeux? » Voilà justement la
prétention des romantiques. »
Suit toute une série de traits ou d'images pittoresques qu'il
notait pour les utiliser
« Nous sommes comme Pourceaugnac poursuivi par les
seringues. On veut le guérir malgré lui. On veut nous donner
du beau, et celui-là nous ennuie.
« – Dans la recherche du beau, il faut éviter ce qu'on
appelle écoles, académies, lieux connus pour l'enseignement,
hommes patentés pour expliquer, développer les causes de
l'admiration. L'inspiration qui porte au beau, elle visite
Shakespeare dans une taverne, par hasard presque, au retour
d'une promenade où il causait avec ses amis de cent autres
choses que du beau.
« L'esprit vraiment inspiré a des sources vives à lui seul
connues, quoique tout le monde passe à côté. Il tire le nou-
veau de ce qu'il y a de plus rebattu. Les hommes vulgaires
passent auprès de trésors; ils sont au spectacle de la nature
comme des convives à un banquet où ils n'ont ni faim ni soif.
« Ne confondez pas avec le beau ce que chaque époque
appelle le beau. Faites mieux appelez hardiment presque
toujours le laid ce qui était le beau il y a quelque trente ou
quarante ans. Supportez, si vous pouvez, la peinture de Van
Loo et celle de Boucher qui ont ravi nos grand'mères, qui
faisaient l'admiration de gens qui pouvaient être difficiles, de
Voltaire par exemple et autres grands esprits du temps. Il faut
qu'une autre Révolution ait encore changé les idées pour qu'on
démêle dans tout cela tous ceux qui ont un vrai mérite. »
Et pour finir, cette amusante boutade
Si on amenait ici un Chinois, à qui on aurait toutefois fait
comprendrece que c'est que le beau pour nous, il dirait: « Quelle
Il drôle de nation êtes-vous! Vos arts ne sont que des contra-
it dictions avec votre vie et vos moeurs. Que peignent-ils donc?
«' A quoi font-ils allusion? Tout cela, sans doute, ce sont des
« emblèmes ingénieux. Ce temple magnifique où j'ai cru bon-
« nement qu'on allait adorer Dieu, c'est l'antre de l'agio, c'est
« une halle de marchandsd'argent en vérité, vous m'étonnez 1
« Vous êtes le peuple le plus gai de la terre et tout cela ne va
« que par grandes lignes de vastes et raides colonnes, enfi-
» lades monotones où toutes se ressemblent, à en mourir

« d'ennui, majestueuses, je n'en disconviens pas, mais dont


« l'invention, soit dit en passant, ne vous appartient pas plus
Il qu'elles ne sont dans votre génie et qu'elles ne rappellent

« vos mœurs.
« A voir vos arts, on vous'croirait des colombes. Que vous
« manque-t-il pour être des loups? Des dents et des ongles.
« Vous vivez comme des loups et vos arts sont comme des «
» colombes. »

Tel est le premier jet. des idées que Delacroix utilisa dans
son premier article de la Revue de Paris. La mesure de l'ex-
pression et la tenue du style dissimulent mal la violence des
sentiments de l'artiste passionné. On a coupé les griffes du
lion. Adieu les images pittoresques, l'évocation de Pour-
ceaugnac poursuivi par les seringues, les imprécations contre
l'École et l'Institut, l'appel déchirant vers la gloire Il eût été
dommage de perdre tant de propos truculents, lyriques ou
émouvants, toute cette frénésie romantique du peintre de Sar-
danapale.
L'article sur Lawrence, à propos du portrait de Pie VII, qui
comprenait cinq pages seulement, parut en juillet suivant. Il
remplaçait l'étude projetée sur Gêrkault, définitivement aban-
donnée. Des notes sur Lawrence nous n'avons rien conservé
que cette indication, relevée parmi les réflexions sur le beau en
art « Jamais nation n'a paru plus précautionneuse [que la
nôtre] contre le mauvais goût. Qu'on se figure l'invasion d'un
portrait de Sir Thomas Lawrence au Salon de 1806? C'était
déjà un mets de dure digestion quand nous l'avons eu pour la
première fois en 1824. » Voilà qui nous étonne aujourd'hui.
Comment cette peinture élégante, aristocratique, un peu molle,
a-t-elle pu paraître de digestion difficile aux gens de 1824?
Delacroix en aimait le naturel et l'éclat qui contrastaient
avec la sécheresse et la froideur du style davidien; les por-
traits qu'il a exécutés après son voyage en Angleterre, en
portent l'empreinte, témoin le portrait de son ami le baron
Schwiter, aujourd'hui à la National Gallery. En présentant
Lawrence aux lecteurs de la Revlte de Paris, Delacroix faisait
montre d'opinions avancées.
Son incursion dans l'art contemporain s'arrêta là II n'est
plus question ni de Géricault, ni des romantiques, ni des
grandes querelles que soulevaient les idées nouvelles. Je me
demande si, dès i83o, Delacroix n'a pas douté de la valeur des
peintres qui s'intitulaient romantiques, dont les meilleurs ne
furent en somme que de petits maîtres, s'il ne s'est pas senti
isolé parmi eux, par le génie d'abord, et s'il n'a pas, dès lors,
compris la vanité de ces distinctions entre classiques et
romantiques. Il se considérait comme différent des uns autant
que des autres et il se rangeait déjà, sans s'en douter, dans la
compagnie des grands esprits et des maîtres éternels. Il
étudie maintenant les artistes célèbres du passé, et son troi-
sième article de la Revue de Paris, en février 1 83o, (la date
d'Hernani, 25 février) fut consacré à Raphaël, le Raphaël
de M. Ingres, le Raphaël de Quatremère de Quincy! Le choix
du sujet parait significatif il marque, je crois, la rupture de
Delacroix avec le milieu romantique, avec les bousingots et
autres gens tapageurs et vulgaires, qui ont toujours inspiré à
Delacroix une véritable répulsion.
Parler de Raphaël! Pour lui, que de difficultés D'abord, il
ne le connaissait pas, ou plutôt il le connaissait mal. En i83o,
il n'avait vu de lui que les tableaux du Louvre et de la National
Gallery. Il n'était jamais allé, il n'ira jamais en Italie; il ne
pouvait juger les Loges ou les Stanse que par les gravures ou
les études que ses amis, plus heureux, avaient rapportées. En
1S24, il va voir chez le graveur Demeultmeestcr des copies à
l'aquarelle qu'il venait de faire des Loges du Vatican (Journal,
t. I", p. 78). Il avait admiré aussi celles de son ami M. Auguste.
Mais qu'était-ce que cela, au prix des originaux? Aussi, l'ar-
ticle s'en ressent. Tout ce que Delacroix peut dire de la vie
ou des œuvres de Raphaël paraît peu personnel; toute ou
presque toute sa documentation est empruntée aux Discours
de Reynolds sur la peinture, qu'il admirait j'ai noté des idées,
des phrases entières de Reynolds incorpores par Delacroix
dans son étude.
Le jugement de Delacroix sur Raphaël n'apporte donc,
pour la connaissancede ce maître, aucune nouveauté, mais il
marque pour la première fois la position de Delacroix dans
l'école, en rendant manifeste son adhésion sans réserves aux
modèles classiques, qu'il professa jusqu'à la fin de sa vie.
Rappelez-vous la réponse qu'il fit plus tard à cet admirateur
qui, devant le plafond de la Bibliothèque de la Chambre, lui fit
ce compliment « Vous êtes le Victor Hugo de la peinture ),

Vous vous trompez, Monsieur, lui répondit Delacroix, je
suis un pur classique. » Ainsi, Delacroix restait fidèle aux
humanités dont il avait sucé le lait dans son enfance au Lycée
Impérial.
Ne croyez pas pourtant que l'admiration pour Raphaël ait
ralenti son élan ou diminué son entrain. Mais, ce qu'il y a de
plus intéressant dans l'article de Delacroix, ce ne sont pas les
passages où il parle du divin maître, mais bien ceux où le jour-
naliste, entraîné par l'actualité, s'abandonne à sa verve mor-
dante. L'Introduction,très atténuée et apaiséedans la rédaction
définitive, est dans son premier jet écrite avec toute la fougue
et la violence d'une âme passionnée
« Quand on songe combien il est difficile de réussir auprès
de tant de juges, prévenus ou distraits, ou indignes de juger
de quoi que ce soit, on est surpris qu'une carrière hérissée de
tant de difficultés n'ait pas rebuté la plupart des grands
artistes dont nous admirons les ouvrages. Quand on songe
surtout combien sont instables les goûts, les fantaisies qui
règnent despotiquement pendant chaque quart de siècle, on
ne sait ce qu'on doit le plus admirer, ou de la beauté de leurs
ouvrages, ou de leur constance à les produire au milieu des
clameurs de la foule des jugeurs. C'est sans doute qu'il y a,
à côté d'un grand esprit, la conscience énergique de sa force
et que de ce sentiment doit sortir
la plus douce récompense
des travaux de sa vie. Ces travaux, chez un artiste, sont eux-
mêmes jouissance pure; le plaisir de céder à l'inspiration et
de s'entourer des créations de l'imagination est le bonheur le
plus pur et le plus exempt d'amertume.
« Le spectacle le plus triste est de voirle génie (voir Reynolds,
fin d'un chapitre du XIII* discours; forcé de mendier les suf-
frages de la multitude et de mettre le talent aux gages de la
sottise et du caprice. Ce doit être le sacrifice le plus pénible
c'est celui de la meilleure partie de soi-même. Il lui faut
étouffer lui-même ce don total dont les rayons éblouissent les
faibles yeux qu'ils devaient éclairer; pareil à Roger voilant
l'éclat du bouclier magique dont les rayons causaient un
éblouissement.
« alors, le premier, victime de cette force intérieure, et
JI est
il n'y a presque point de milieu il faut dominer le goût du
jour ou être son esclave. On a vu, en revanche, quelques
hommes fouler aux pieds le public, le dominer, jouer avec, etc.
Autant il est un mattre capricieux, cruel, implacable, autant,
sous l'ascendant une fois pris d'un homme éminent, etc., il
faut le vaincre, enchaîner son caprice sous toutes ses formes
et, nouvel Aristée, contenir sous ses pieds vainqueurs les voix
hurlantes du monstre de la critique, forcer les éloges, lui
arracher son approbation. Heureux les êtres privilégiés! Plus
heureux encore les contemporains forcés à avoir du plaisir!
« Qu'on me pardonne
ici de porter l'attention de mes lecteurs
sur les vicissitudes de quantité d'artistes célèbres j'y com-
prends peintres, musiciens, poètes, même famille pour l'envie
de briller et de faire éclat, plus fiers encore par les persécu->
tions qu'ils souffrent et par celles que leur suscite l'imagina-
tion. Encore un coup, je ne parle pas de ceux qui ont vécu
rentés, choyés, pensionnés. D'abord ceux-là sont les moins
nombreux, ensuite ce ne sont probablement ni les plus fiers,
car tout le mérite possible ne suffit pas pour arriver à la for-
tune, sans quelques concessions dont il faut quelquefois rougir r
et sans complaisances (qui ressemblent à de l'intrigue) pour
le goût du jour, ni les plus tourmentés d'une inspiration
particulière, puisqu'ils ont fait plier la leur au goût dominant,
au goût du jour.
« D'ailleurs, la postéritéadmire leurs ouvrages.sansse soucier
de leur existence que l'on sait avoir été brillante et heureuse.
On est plus curieux des détails de la vie de ceux qui ont eu
ce qui accompagne généralement la vocation pour une chose
un héritage de tempête (des tempêtes à traverser), un chemin
à se frayer au milieu de la foule, des opinions établies et des
préjugés, avec le seul flambeau de leur intelligence et la seule
force résistante de leur originalité. »

L'article sur Michel-Ange, le dernier et le plus long de tous,


en est aussi le moins personnel. C'était encore une marque
d'indépendance et d'originalité d'admirer le fier génie du
maître, comme celui de Dante. Tout de même, depuis quinze
ans, l'opinion s'y était habituée et ne se cabrait plus comme
elle aurait pu le faire au temps du président de Brosses. En
célébrant Michel-Ange, Delacroix s'adressait à un public pré-
paré de longue main à s'incliner devant un des maîtres con-
sacrés.
Pour parler de Michel.Ange, Delacroix se trouvait aussi
embarrassé que pour Raphaël. Il ne le connaissait pas, moins
encore que Raphaël. A la rigueur, pour celui-ci, les tableaux
conservés à Paris et à Londres, les gravures de Marc-Antoine,
permettent de s'en faire une idée. Mais Michel-Ange,
comment le juger sans avoir vu ni la Sirtine, ni le Moïse, ni les
Tombeaux des Médicis? Aussi, rien de plus froid et de plus
terne que l'article de Delacroix. Comme un simple journaliste
forcé de traiter un sujet qu'il connaît mal, il en est réduit à
se documenter. Or, le document tout neuf, il le trouvait jus-
tement sous la main c'était l'Histoire de la peinture en Italie,
de son ami Stendhal, qui avait paru en 1827. Dans les manus-
crits de Delacroix, je conserve un assez gros cahier qui con-
tient, écrits de sa main, de nombreux extraits du tome II de
la Peinture en Italie, toute la documentation pour son Michel-
Ange il les a copieusement utilisés, sans même les démarquer,
au point que l'article pourrait aussi bien être signé de Stendhal
que de Delacroix. J'ai noté des concordances étroites entre
le texte de l'un et celui de l'autre c'est à peine si Delacroix
introduit à côté de ces emprunts une ou deux vues person-
nelles, qui, du reste, n'ont point trait à Michel-Ange. L'article
sur Michel-Ange n'est qu'un papier de journaliste qui n'est
pas dans ses bons jours.
La collaboration de Delacroix à la Revue de Paris prit fin
sur cet article, soit lassitude, soit plutôt préoccupation nou-
velle il travaillait alors à son grand tableau de la Liberté.
Delacroix attendit plusieurs années avant de reprendre sa
plume de journaliste. Du reste, pendant la période de ses
grands travaux, de i832 à 1847, il écrivit fort peu. Pendant
quinze ans, son génie se manifesta exclusivementpar la pein-
ture heureusement pour lui et pour nous. Sa petite campagne
de polémiste en prend d'autant plus d'intérêt. Ce grand esprit,
incapable de repos, a toujours eu besoin d'action. Ne pouvant
pas peindre, en 1829 et en t83o, faute de commandes, il
écrivit; dans cette improvisation il montra de la verve, de
l'esprit, de l'éloquence, le sens du mouvement et de la vie,
c'est-à-dire quelques-unes des plus brillantes qualités d'un
journaliste français. Mais surtout, ses articles et ses notes
fixent pournous un point important dans J'évolution des idées
de Delacroix, celui où, s'écartant du groupe romantique, il
retrouve dans l'étude des maitres du passé les grandes lois de
la tradition classique.
André Joubin,
Directeur de la Bibliothèque d'Art
et d'Archéologie de l'Université de Paris.
Le Laboratoire de Paléontologie humaine
de la Quina
et les récentes découvertes préhistoriques
du docteur Henri Martin, dans les Charentes

Le Laboratoire de Paléontologie humaine du la Quina. Nos


grands établissements scientifiques possèdent aujourd'hui,
pour l'étude des Sciences de la Nature, des laboratoires de
recherches édifiés en des points particulièrement favorables-àà
l'observation de la vie animale ou végétale tels sont les
laboratoires de zoologie ou de botanique maritimes de Ros-
coff, Banyuls, Wimcreux.Concarneau, Saint-Scrvan, Luc-sur-
Mer, Arcachon, Sctc, Endoume, Antibes, Villcfranche,
Alger, etc.
Par contre, aucune organisation similaire n'existait en
matière de paléontologie humaine ou de préhistoire jusqu'à
ces dernières années. Le docteur Henri Martin, anthropo-
logiste français dont les travaux font autorité à l'étranger, a
comblé cette lacune en créant au Peyrat, non loin de Ville-
bois-Lavalette,en Charente, un laboratoire de recherches, situé
dans la région la plus riche de notre pays en stations préhisto-
riques.
Dès 190S, le docteur Henri Martin entreprit des fouilles
méthodiques dans cette région, fouilles qu'il n'a jamais cessé
de poursuivre et qui ont mis à jour des documents de la plus
haute importance pour le développement de nos connaissances
sur les origines de l'humanité. A côté des matériaux recueillis
au cours de ses prospections, cet anthropologiïte réunit un
ensemble d'ossements d'hommes et d'animaux actuels,
per-
mettant de confronter des observations, et groupa ainsi les
éléments essentiels d'un centre de recherches de paléontologie
comparée. Pour arriver à une réalisation pratique et rapide de
ces études, une double série de documents ont été assemblés,
les uns disposés suivant la classificationzoologique,
les autres
répartis suivant la position anatomique des os dans le
sque-
lette.
Une très intéressante collection expérimentale complète cette
précieuse documentation. De longue date, le docteur Henri
Martin s'est en effet attaché à la reconstitution des procédés
employés par nos lointains ancêtres pour désarticuler et frac-
turer les os des animaux dont ils faisaient leur nourriture
des ossements actuels ayant subi des percussions variées
nous
font voir comment ont été obtenus les innombrables éclats de
nos gisements quaternaires.
Dans une série de vitrines et de tiroirs du laboratoire de la
Quina ont été classés systématiquement les
os fossiles ayant
subi, soit des déformations accidentelles
sur l'être vivant, soit
des accidents fost mortem-, ainsi peut être clairement établie
l'attribution à telle ou telle cause de la morphologie des débris
osseux trouvés dans une station préhistorique.
La partie fondamentaledu véritable petit musée organisé
par
le docteur Henri Martin consiste dans l'incomparable
ensemble
des pièces quaternaires de la Quina et du Roc, les deux
principaux points de la région fouillés par notre éminent
con-
frère. Tout ce qui a été rencontré au cours des travaux métho-
diques poursuivis ici depuis près de vingt-cinq
ans a été
conservé et déterminé par le docteur Henri Martin. Aucune
idée de sélection n'a, a priori, guidé
ce préhistorien dans la
récolte de ces matériaux d'études. 11 a simplementeffectué, dans
les nombreuses pièces provenant de
ses fouilles, un groupe-
ment, répartissant les documents en une première série exposée
en vitrine pour le public, en une seconde série plus abondante
disposée dans des meubles correspondant à chaque vitrine, et
en une troisième série constituant des réserves. Tout chercheur
qui voudra entreprendre une étude d'anatomie comparée préhis-
torique trouvera à la Quinaune réunion de documents unique.
A côté de l'outillage osseux figurent, dans les collections du
Peyrat, des séries très complètes d'instruments en silex, les
uns de provenance locale, les autres
d'origines variées.
Un laboratoire, tel que celui de la Quina, correspond à une
véritable nécessité scientifique. Il permet, dans une région où
les restes préhistoriques abondent, de sauver d'une destruc-
tion certaine quantité de pièces importantes grâce à lui, il
est possible d'effectuer, au voisinage immédiat des gisements,
les travaux de consolidation indispensables et urgents pour des
objets délicats; il favorise en outre la conservation de stocks
importants d'outils et d'ossements provenant des fouilles.
L'expérience montre qu'un centre scientifique, comme celui
organisé par le docteur Henri Martin, provoque des recherches
régionales qui peuvent être particulièrement fécondes dans
l'état actuel des études préhistoriques; de telles initiatives,
orientées selon les directives d'un organisme technique établi
dans le pays, auront un rendement tout autre que si elles
étaient abandonnées à elles-mêmes, loin d'un guide éclairé.

Le gisement moustetien de la Qui/ta. Contrairement aux


méthodes classiques, les fouilles de notre confrère ont porté,
mais sur les
non pas sur le remplissage intérieur des grottes,
talus du pied des abris sous roche, entaillés dans les falaises
de calcaires crétacés qui encadrent les thalwegs actuels. En
effet, l'observation tend à établir que, faute de place, l'homme
rejetait, en contre-bas des abris où il vivait, les détritus de sa
vie quotidienne. Dans les cavernes, au contraire, les anciens
troglodytesn'expurgeaientque par intermittencesleurs habitats
des résidusjournaliers; aussi lasuccession des dépôts humains
dans les grottes est-elle souvent plus difficile à définir avec
précision que celle des déjections accumulées au pied d'abris
sous roche.
Le long des falaises qui dominent le vallon de la Quina
s'observent, à des hauteurs variables, quantité de stations en
plein air, dont les emplacements sont encore aisément discer-
nables sans doute jadis la protection des hommes contre les
intempéries y était-elle assurée, non seulement par les creux
naturels de la paroi calcaire, mais encore par une organisa-
tion complémentaire extérieure consistant en clayonnages
recouverts de branches ou de dépouilles d'animaux.En contre-
bas, se formaient alors des talus d'éboulis constitués par des
lits de couches préhistoriques, sur lesquelles s'affaissaient
accidentellement des blocs plus ou moins considérables, pro-
venant des saillies en corniche dominant les abris. Ces gros
quartiers de roc ont protégé les strates archéologiques sous-
jacentes et établi des coupures stratigraphiques bien marquées
dans l'ensemble de détritus ainsi accumulés.

L'homme tnoustérien de la Quina. Les recherches pour-


suivies par le docteur Henri Martin à la Quina ont fourni des
restes humains provenant de plus de vingt individus diffé-
rents. Tous appartiennent à un même type morphologique,
l'homme de Néanderthal. Parmi eux, un squelette de femme
est remarquable par l'état de conservation du crâne. Il révèle
un être de taille moyenne, à la stature relativement trapue,
au corps un peu voûté, soutenu par des membres légèrement
arqués; la tête, assez franchement portée en avant et notable-
ment allongée en arrière, accuse une face proéminente, ter-
minée par de larges mâchoires, que deux pommettes peu sail-
lantes séparent de grands yeux masqués sous d'énormes
arcades sourcilières. Entre les orbites, à la racine du nez,
se creuse une concavité bien marquée, rappelant celle encore
observable chez les Australiens. Les deux traits essentiels de
la physionomie de l'homme de Néanderthal, qui contribuent
à lui donner un aspect si spécial, consistent en l'absence de
menton et de front.
Mais la trouvaille de paléontologie humaine la plus intéres-
sante réalisée à la Quina a été celle d'un crâne d'enfant de
huit ans environ. Ce crâne apparaît relativement moins éloi-
gné de celui de l'adulte que le crâne d'un enfant actuel ne dif-
fère de celui de l'homme il est donc permis de supposer que
le type de Néanderthal avait acquis au paléolithique moyen
un remarquable degré de fixation de la morphologie squelet-
tique de sa tête.
Les études minutieuses du docteur Henri Martin ont permis
d'apporter des précisions nouvelles sur les conditions de vie
de l'homme moustérien et en même temps d'émettre d'utiles
suggestions sur son stade de développement social. L'homme
de la Quina possédait à la fois un outillage lithique et des
instruments en os. Il se servait des peaux de rennes, de bœufs
et de chevaux pour se vêtir, après avoir dépouillé fort habile-.
ment ces bêtes, comme le prouvent les incisions relevées
autour de la base des bois, sur le sternum et sur les pha-
langes. Ses outils en silex lui permettaient également d'évis-
cérer les animaux qu'il avait tués, puis d'en désarticuler
notamment la mandibule, le cou, l'épaule, le coude, la hanche,
le genou, les pieds, les doigts. Les muscles étaient ensuite
séparés des os par coupures et raclages, toujours grâce aux
silex. La viande était mangée généralement crue et la moelle,
précieusement recueillie, servait aussi à l'alimentation. Cepen-
dant les Moustériens connaissaient le feu, ainsi que le
démontrent les faibles traces de foyers relevées dans les petites
grottes de la falaise. Enfin, ces mêmes hommes recouraient à
la poudre de manganèse, sans doute pour se teindre le corps.
Les Néanderthaliens étaient essentiellement des chasseurs
ils utilisaient, dans la poursuite des animaux sauvages, des
frondes, des bolas, des haches, des lances, des sagaies, tous
instruments où la pierre jouait le rôle essentiel. Les os étaient
employés par eux comme compresseurs pour la retouche des
silex et comme billots pour la taille de pointes en bois. Sans
doute se servaient-ils également de pointes d'os provenant
des éclats provoqués par le bris des os longs en vue de
l'extraction de la moelle.
Pendant la durée du Moustérien, l'homme de la Quina n'a
cessé de perfectionner son outillage, qui, par une évolution
locale, arrive, à la fin de la période, à rappeler étonnamment
celui du début de l'Aurignacien en général ce dernier se pré-
sente pourtant comme un apport de civilisation étrangère.
Le cheval, le renne, le grand bœuf et le bison étaient cou-
ramment chasssés par l'homme de la Quina qui s'attaquait
plus rarement au mammouth. Les animaux poursuivis étaient
rabattus en direction de la station d'habitat et les captures
effectuées à proximité immédiate de celle-ci, car les bêtes
étaient dépecées tout entières sur l'emplacement même des
groupements humains. Peut-être y avait-il, au voisinage des
villages paléolithiques, des fosses et des pièges. En tout cas
il semble bien que des bêtes demi-sauvages, pour ne pas
dire domestiques, étaient amenées au centre humain, peut-
être par ruse, pour servir à la nourriture des habitants.
Des dents de cheval, trouvées en Charente dans le Mous-
térien, portent des lésions analogues à celles produites
aujourd'hui par le tic, manie particulière aux bêtesattachées et
qui ne s'observe pas chez les chevaux marrons d'Amérique.
Le plus souvent, les phalanges de renne que l'on trouve à la
Quina présentent des perforations dues incontestablement à
la morsure d'un canidé sur des animaux vivants ayant survécu
à leur blessure les impressions ainsi laissées sur les ossements
révèlent, en général, la dentition d'un animal moins fort qu'un
loup actuel et cependant il s'agit bien là de dépressions pro-
duites par les dents d'une bête adulte.
Ces curieuses observations du docteur Henri Martin sou-
lèvent une question capitale, l'ancienneté de la domestication,
qui remonterait ainsi au Moustéricn, alors que la plupart des
préhistoriens la font dater seulement du début du Néolithique
cette domestication aurait alors été réalisée pour le cheval, le
renne et le chien. Je rappellerai, en ce qui concerne ce dernier
animal, que des peintures espagnoles représentent des chiens
suivant des chasseurs magdaléniens. Le thème de l'origine
locale multiple de la domestication, qui me parait clairement
établi par toute une série de faits humains reconnus dans
le Proche-Orient, 'acquerrait une nouvelle base de démons-
tration dans les faits reconnus à la Quina.
Les recherches poursuivies dans ce gisement semblent bien
démontrer, contrairement à l'idée généralement admise, que
l'homme de Néanderthal n'enterrait pas ses morts. Il en reje-
tait les cadavres dans les déblais accumulés au pied de ses
abris, où aujourd'hui les os de leurs squelettes se trouvent
mélangés à des débris variés. Parmi ceux-ci, subsistent de
nombreux outils lithiques ou osseux, probablement jugés trop
usagés pour continuer à servir; quelquefois, cependant, il peut
s'agir d'ustensiles abandonnés à la suite d'évacuation brusque
de l'abri, tandis que se produisaient des éboulements dans la
falaise. La plus grande partie des cônes de déblais de la
Quina est constituée par des os de rennes, chevaux, bœufs et
bisons l'extraordinaireabondance des restes de ces animaux
révèle à la fois la richesse en gibier de la région et la nourri-
ture essentiellement carnée de ses habitants au Paléolithique.
Les recherches du do:teur Henri Martin n'ont pas permis
de suivre sur place le passage du Moustérien à l'Aurignacien,
dont, cependant, une station est toute proche des abris du
Paléolithique moyen de la Quina. Les résultats des fouilles
de notre confrère dans ce gisement du début de l'âge du renne
n'ont pas encore été publiés.

Le gisement solutréen du Roc. Du milieu de l'âge du renne,



du Solutréen, date la station du Roc, située à i5 kilomètres au
sud-est d'Angouléme. Là encore nous sommes en présence
d'un abri paléolithique en plein air, partiellement protégé
jadis par les rocs d'une falaise calcaire, elle-même creusée au
voisinage de grottes deux de ces cavernes, dites du Roc et
de la Vierge, dominent un talus, où les blocs éboulés s'en-
castrent dans des couches solutréennes avec foyers, abondants
restes d'outillage lithique (pointes de jet en feuilles de laurier,
pointes de jet à cran, grattoirs, burins, scies), ossements de
renne (abondants), de cheval (dé petite taille), de saïga (assez
communs), de bison, de sanglier (rares), etc., ossements
ayant en partie servi à fabriquer des instruments (pointes,
lissoirs); parfois s'observent des plaquettes gravées figurant
des mammouths, chevaux, bisons, ours.
En contre-bas de l'entrée de la grotte du Roc et sous de
gros blocs, une sépulture a fourni trois squelettes, l'un d'un
homme d'une cinquantaine d'années, le second d'une femme
ayant atteint environ la quarantaine, le troisième d'un ado-
lescent de dix-huit ans; les crânes de ces squelettes se
rapportent à la race de Chancelade et sont assez comparables
à ceux des Esquimaux et surtout des Tchoutches actuels de la
Sibérie nord-orientale (crânes en hutte ou à crête sagittale).
Les corps, peut-être des membres d'une même famille, avaient
été pelotonnés dans cette sépulture fort exiguë et, après
l'inhumation, recouverts de pierres; aucune trace de manifes-
tations rituelles ayant accompagné l'ensevelissement ne sub-
sistait auprès des squelettes.
Contre un des crânes se trouvait un fragment de poterie qui
ferait croire, contrairement aux idées théoriques habituel-
lement admises, à une ancienneté des débuts de la céramique
remontant au Solutréen, au lieu du Néolithique.
Les hommes du Roc utilisaient l'ocre rouge et l'ocre jaune.
Ils faisaient des marques sur les os, surtout en forme de traits
parallèles et de quadrillages, et portaient des ornements
(canines de renard, de loup, avec trous de suspension), peut-
être en guise d'amulettes.

La frise solutréenne du Roc.


remarquable de la
– Mais le témoignage le plus
civilisation solutréenne du Roc consiste
en une merveilleuse frise sculptée d'un réalisme impression-
nant. Sur cette oeuvre d'art sont représentés en champlevé des
juments gravides au nombre de quatre au moins (de race cel-
tique d'après leur morphologie générale), puis une laie encore
gravide, enfin un boeuf musqué chargeant un homme nu qui
fuit, un bâton sur l'épaule. L'avant-train de ce bovidé corres-
pond à une véritable sculpture en ronde-bosse. Sur l'une des
juments pleines est estompé un étalon dont la tête est super-
posée au cou de la jument, une patte antérieure se détachant
sur l'ensellement de cette bête et une patte postérieure se
moulant sur la croupe de ladite jument, qui a la queue légè-
rement relevée. Une autre jument est sommairement indiquée
avec, au-dessus et en arrière d'elle, un cheval et en dessous
d'elle vraisemblablement un poulain tétant devant cet
ensemble figure un homme masqué, aux cuisses fléchies et
aux membres inférieurs inachevés, peut-être aussi dans une
attitude de fuite.
Tout dernièrement, le docteur Henri Martin a mis à jour de
nouveaux blocs sculptés; l'un d'entre eux a fait l'objet d'une
communicationà l'Académiedes Inscriptions et Belles-Lettres,
en sa séance du tg juin 1929. Deux bouquetins mâles, qui
s'affrontent dans une attitude de lutte, sont sculptés en champ-
levé dans le calcaire ils révèlent une connaissance
remar-
quable des positions que prennent, en pareil cas, des caprins.
L'emplacement de la station du Roc correspondait incon-
testablement à un atelier de taille de silex solutréens, en
raison de l'extrême abondance des éclats jonchant le sol de
l'ancien habitat. Auprès de cet atelier, des galets calcinés,
des os carbonisés, des cendres révèlent un ancien foyer de cui-
sine. Enfin, il ne fait pas de doute que c'est sur place que fut
sculptée la frise d'exécution si remarquable,malgré l'archaïsme
de l'outillage de burins en pierre seul utilisé à sa ciselure.
L'âge solutréen de cette œuvre artistique nous apprend que
l'évolution psychique des hommes du milieu de l'âge du renne
était bien-plus avancée que nous ne le pensions. Les manifes-
tations de l'art ont donc, dans la préhistoire humaine, pré-
cédé de beaucoup toutes les autres manifestations de la pensée
Il est infiniment probable que la puissante œuvre sculptu-
rale du Roc est due à des Mongoloïdes de même race que ceux
dont lcs restes ont été trouvés auprès de la frise. Le sens
général de celle-ci est, sans doute, un hommage rendu à la
fécondité, peut-être même à la fécondation. Les blocs décou-
verts par le docteur Henri Martin, la face sculptée renversée
sur le sol, se dressaient jadis sur des socles, dont les vestiges
encore visibles dominent le paysage environnant.
Il .est aisé de reconstituer le cadre de cet ancien lieu de
culte. Entre des grottes d'habitation en contre-bas d'une cor-
niche, au-dessus d'un atelier de pierres, s'élevait la frise des
femelles gravides. Une révolution, en quelque sorte religieuse,
provoqua, sans doute vers la fin des temps solutréens, le ren-
versement des blocs rocheux, dont les sculptures se trou-
vèrent ainsi protégées. Sur ces blocs, de nombreuses généra-
tions vécurent, comme en témoigne la patine de leur face
arrière, sans doute dans l'ignorance de l'origine et de la
signification de ce substratum rocheux.
Le culte de la fécondité se conçoit d'un peuple possédant
déjà une véritable organisation sociale. Peut-être se lie-t-il à
l'ébauche de quelques-unesdes idées qui conduisirentl'homme
à développer la domestication des chevaux et des bovins la
capture des jeunes, puis la recherche des femelles pleines.
La présence sur la frise d'un homme fuyant devant un bœuf
musqué qui le charge n'évoque point une conception de
magie sympathique, telle que celle habituellement attribuée
aux œuvres artistiques des Paléolithiques bien au contraire,
ce tableau sculpté est la négation d'une pareille idée.
Le caractère essentiel de l'art du Roc, comme d'ailleurs,
d'une façon générale, de toutes les manifestations artistiques
de l'âge de la pierre taillée, est le réalisme des scènes vécues,
dont l'image a été intentionnellement fixée par les artistes de
l'âge du renne.
Rendant hommage à la fécondité des bêtes qui constituaient
l'essentiel de sa nourriture, et dont, sans doute déjà, il
capturait vivants les jeunes ou les femelles pleines pour se
constituer des réserves alimentaires sur pied, l'homme mon-
goloïde du Roc avait des lieux de réunion, objet d'une com-
mune vénération tel devait être le cas du lieu dit aujourd'hui
le Roc.
D'ailleurs, cette station solutréenne n'est plus actuellement
unique par ses œuvres artistiques reconnues en Charente. Un
jeune collaborateur de notre confrère a récemment relevé sur
la paroi d'une grotte de Mouthiers, toujours au sud d'Angou-
lêmc, des sculptures d'équidés de facture identique à celles
du Roc: M. Pierre David a dégagé dans cette caverne l'image
sur champlevé de trois juments gravides, masquées par un
revêtement stalagmitique contenant des pointes solutréennes.

Conclusion. Tels sont les principaux résultats scienti-


fiques acquis jusqu'à maintenant par le laboratoirede laQuina.
Les sites archéologiques fouillés sont aujourd'hui protégés
grâce à l'acquisition faite par le docteur Henri Martin des
terrains où ils se trouvent. Ces terrains sont devenus la pro-
priété de l'État par suite du geste généreux de notre confrère,
qui a également fait don au musée de Saint-Germain des
pièces les plus importantes trouvées par lui dans ces gisements,
où il a fait édifier en place des moulages.
L'entretien et la surveillance de ces stations préhistoriques
incombent désormais à nos Services nationaux, qui sauront
certainement consacrer les crédits nécessaires à leur conser-
vation et à la continuité des recherches de notre savant
confrère.
Je dois à l'affabilité du directeur du laboratoire de la Quina
d'avoir pu faire profiter nos élèves de l'Institut d'Ethnologie
de l'Université de Paris de cette documentation si instruc-
tive par la proximité des chantiers de fouilles et du centre
d'études utilisant les collections rassemblées au Peyrat. Cer-
tains des participants de notre excursion de mai ig2g se pro-
posent d'aller poursuivre, pendant les grandes vacances, des
recherches de préhistoire sous la direction de notre confrère;
je ne doute pas que leur exemple soit suivi et ainsi le but envi-
sagé par la création du nouvel organisme scientifique sera
pleinement atteint.
L. JfOLEAUD,
Professeur à la Sorbonne.
La Pédagogie d'Ëmerson

Critique de la littérature et de la vie, réformateur moral et


social, Émerson ne pouvait pas se désintéresser des problèmes
de l'enseignement et de la formation de la jeunesse aux
tâches de l'âge mur. Ses réflexions sur ce sujet sont disper-
sées un peu partout dans son œuvre, le plus souvent sous
forme d'observations fragmentaires, mais si nettes et de
forme si provocante qu'elles produisirent, au moment où
elles furent émises, une grande sensation. Aujourd'hui, les
Américains ne s'en préoccupent plus guère. La raison en est
qu'elles se rattachent étroitement au « transcendantalisme »
du philosophe (doctrine désuète), et, plus encore peut-être,
qu'elles ont pénétré les esprits, au point de paraître le plus
naturelles du monde et de n'avoir plus besoin d'être répé-
tées. Tenu de son temps pour un novateur dangereux, Émer-
son a fini par être absorbé dans le mouvement qu'il avait
créé. Il est dépassé et quelque peu oublié. L'histoire des
idées et des mœurs lui doit de rétablir l'importance de sa
contribution, dans la mesure où elle peut être discernée. Ce
n'est que justice à l'égard du penseur qui considérait l'ensei-
gnement et l'éducation comme la source essentielle du déve-
loppement de l'individu, comme le levier pour mettre en
branle les énergies de l'esprit, et comme un véritable rac.
courci de la vie à l'âge des impressions ineffaçables.
De son vivant, Émerson fut plus apprécié comme confé-
rencier que comme écrivain. La gravité austère de son visage
et de son aspect, le détachement tout spirituel de son regard
et de son sourire, la qualité profonde et mélodieuse de sa
voix en imposaient à l'auditoire et le charmaient à la fois,
enveloppant sa pensée et son tangage d'une atmosphère de
grandeur. A la lecture, le public se trouvait déconcerté par
le caractère abstrus de ses Essais, le décousu de leur com-
position et les contradictionsqui y abondaient. Le philosophe
ne se cachait pas de dédaigner la logique, qu'il considérait
comme une démarche inférieure de l'esprit et un obstacle à la
révélation de la vérité par l'intuition. Sans se recommander
de Hégel, il était frappé, comme lui, des contradictions dans
l'ordre moral et social, que l'observateur des choses humaines
ne peut manquer de constater. Au lieu d'essayer de concilier
les contraires, il les admettait tels qu'ils se présentent,
posant l'alternance ou « l'oscillation » comme la loi du monde
intellectuel. Pour comprendre le moindre de ses écrits, il faut
embrasser son œuvre entière et ramener les détails à sa con-
ception d'ensemble de l'univers et des relations de l'homme
avec le Tout. Rebuté par le travail d'exégèse qu'exigeait la
compréhension des Essais, le lecteur moyen se contentait de
les admirer de loin. Par l'intermédiaire de l'élite, cependant,
les préceptes d'Émerson exercèrent une influence diffuse,
qui serait plus généralement reconnue si de nouvelles préoc-
cupations et de profonds changements dans les modes intel-
lectuels n'avaient momentanément détourné de lui à la fois
lescritiques et la foule. 11 nous semble utile pour la juste
appréciation de sa pensée et, aussi bien, pour la solution de
problèmes encore pressants de nos jours, en France comme
en Amérique, d'exposer et d'interpréter les passages d'Émer-
son sur la pédagogie. Ils n'esquivent pas les difficultés; ils
sont empreints d'une généreuse hardiesse, riches comme au
premier jour.de frappantes et stimulantes affirmations.
Ne nous effrayons ni de quelques contradictions ni de cer-
tains excès de pensée et d'expression. Les contradictions
deviennent choses naturelles lorsqu'on réfléchit qu'Émerson –
idéaliste visionnaire, qui ne manquait pas cependant du sens
pratique d'un bon Yankee menait alternativement la vie sur
deux plans, tantôt aspirant à la perfection qui est la nourri-
ture céleste de l'âme, tantôt s'adaptant tant bien que mal à la
médiocrité de l'existence corporelle et relative. Le besoin
d'exaltation spirituelle, qui était en lui, l'entraînait à séparer
ces deux aspects de la personne humaine et à s'abandonner à
la partie divine, conçue par l'imaginationtranscendante, comme
s'il était possible d'en faire une réalité en soi. Avec une impé-
tuosité toute romantique, il se laissait aller à décrire les facul-
tés supérieures de l'esprit humain sous des couleurs merveil-
leuses et à leur tracer une destinée dont rien ne pouvait voiler
la splendeur. Ces élans poétiques revêtent son œuvre d'une
incomparable beauté. Ils lui donnent une force de contagion,
qui contient en puissance les progrès de l'avenir, comme
l'idéal est le flambeau de la vérité. Que si le lecteur veut
reprendre pied et rétablir l'équilibre, menacé par tant d'en-
thousiasme, il cherchera ailleurs dans l'oeuvre la contre-partie
des brillantes envolées. Émerson dédaigne le plus souvent de
poser face à face le pour et le contre à la manière des dispu-
teurs d'école. L'âge pourtant l'assagit. Après la cinquantaine,
nous le voyons se préoccuper de plus en plus d'interpréter le
monde tel qu'il est et discuter les problèmes avec moins de
dédain pour les faiblesses humaines. L'essai sur l'Éducation,
écrit après 1870, expose avec une pondération inusitée des
idées dispersées dans d'autres essais sous une forme beau-
coup plus intransigeante. C'est une bonne fortune, qui nous
aidera à reconstituer la pédagogie d'Émerson dans son inté-
grité, avec ses audaces et quelques prudentes réserves intro-
duites çà et là pour l'apaisement de nos doutes. A tout prendre,
1
la prudence n'est pas son fait. C'est la vigueur de son défi
aux préjugés et à la routine qui constitue son originalité.
A nous de ressaisir ensuite ce qu'il nous semblera indispen-.
sable de conserver de la sagesse de l'expérience. Il semble
penser, lui, qu'il restera toujours assez de timidité dans la
pensée humaine. En fait de conformité à la tradition, le trop
lui semble plus dangereux que le trop peu.
Au début de sa carrière, lorsqu'il s'agissait pour Émerson
de libérer sa génération de l'intolérance puritaine, aussi bien
que de ce qu'il considérait comme l'intolérable étroitesse du
rationalisme anglo-français,il s'est insurgé contre la tyrannie
des livres,.Serions-nous donc mal venu à indiquer ce qu'il doit
à des ouvrages qu'il avait lus, en dépit de l'ostracisme pro-
noncé par lui-même? Nullement. Car, après avoir produit
l'effet de surprise et de choc qu'il cherchait, il est revenu à la
question des livres et il l'a résolue avec beaucoup moins d'in-
transigeance. Grand liseur, commentateur avisé des pro-
ductions philosophiques et littéraires qui marquent les
étapes de la pensée humaine, il en est venu à déclarer que
la lecture est bonne, indispensable, à condition d'être sou-
mise à un choix, et de servir de stimulant à l'intelligence, au
lieu de l'écraser sous le poids de jugements empruntés. Sa
réputation d'écrivain ne repose-telle pas en partie sur la
notoriété de ses « Représentants de l'Humanité », où nous le
voyons proposer à notre admiration des « héros tous grands
par leurs écrits? Parmi ces créateurs d'idées ou ces dispensa-
teurs des joies de l'esprit, il accorde une des premières places
à Montaigne, dont il fit toute sa vie son auteur de chevet.
Montaigne n'est pas seulement pour lui le représentant de
l'intelligence pénétrante et pondérée (dont les mystiques
mêmes, comme lui, ont besoin, il le proclame, pour se garder
de la divagation); c'est aussi un grand éducateur. Il est d'ac-
cord avec lui sur le principe « qu'une tête bien faite vaut
mieux qu'une tête bien pleine ». Montaigne avait devancé son
temps, posant une méthode de Il l'institution » des enfants à
laquelle devait beaucoup emprunter la pédagogie des roman-
tiques. Rousseau, premier interprète des idées nouvelles,
exerça aussi une influence notable sur Émerson. Il n'était ni
dans le tempérament ni dans les désirs de celui-ci de cons-
truire une utopie; mais sa doctrine est, en partie, une adap-
tation des vues de l'Emile à la réforme des écoles et des
collèges, dans la mesure où il était possible de les faire péné-
trer dans la pratique courante.
Comme Rousseau, Émerson réhabilite le corps et reven-
dique les droits de la vie physique. Son mysticisme, s'il rejoint
en fin de compte l'extase des plus exaltés des visionnaires
chrétiens, n'a pas pour point de départ l'ascétisme qui macère
la chair et réduit les besoins aux plus strictes nécessités.
Il pratiqua toute sa vie la sobriété et l'abstinence, en tant
qu'il est nécessaire d'éviter les excès, mais non pour mettre
les nerfs et le sang à la portion congrue au profit de la spi-
ritualité. La plénitude du ton vital, au contraire, lui semblait
être la condition préalable des activités supérieures de l'es-
prit. Pour lui, c'est aux moments de santé débordante –
lorsqu'une course dans les bois ou à la montagne lui avait
fouetté le sang qu'il se sentait capable de ces élans de
vision transcendante, où l'unité et la splendeur de l'ordre cos-
mique et psychique se révélaient à lui dans un éclair. La béa-
titude qu'il éprouvait alors, en corrélationavec l'allégresse phy-
sique, affermissait en lui la croyance fondamentaleà l'étroite
parenté et à l'interpénétration du naturel et du surnaturel.
D'oit l'importance que la vie libre en plein air et les ébats dans
les champs prennent dans son système d'éducation. S'il avait
élevé contre lui avec
connu l'internat français, il se serait
véhémence. Même l'école américaine lui semblait trop con-
finée. Tout au moins fallait-il contre-balancer les heures de
classe par de longues heures de jeu sur les pelouses et sous
les arbres. A l'époque où les sports commençaient à devenir
une des institutions
essentielles du système scolaire de l'Amé-
rique, il les défendit et en recommanda l'extension. L'étude
assidue ne devait pas s'établir trop tôt dans la vie de l'enfant;
même lorsqu'elle devenait nécessaire, elle devait être coupée
par de larges contacts avec
la vie des choses.
On reconnaît là les éléments des enfances romantiques
d'un Rousseau, d'un Wordsworth,
d'Émerson lui-même.
Émerson fut romantique par plus d'un trait, en particulier par
la prédominance dans sa pensée de la conscience
du moi.
Moraliste, philosophe, éducateur, il part de son expérience
personnelle et y rapporte toutes ses méditations. Qu'il cons-
truise le système du monde ou légifère pour les écoliers, il
s'absorbe dans son moi. Il était poète. La connaissance de la
lui
nature, les émotions éprouvées en sa présence étaient pour
la révélation de la Puissance infinie, qui se manifeste dans la
grâce d'une fleur ou l'éclat d'un papillon aussi clairement que
dans les révolutions des astres ou les mystères de la pensée.
Les êtres et les objets sont, de plus, le langage dont l'homme
a besoin pour exprimer les valeurs insaisissables de la vie spi-
rituelle. Sans la familiarité avec la nature, pas d'expression
nuancée ni profonde, pas de métaphores ni de tropes, qui
sont les matériaux de la poésie, c'est-à-dire de la vérité supé-
rieure. Préparons chez l'enfant l'épanouissement de l'homme.
Il nous vient à l'esprit l'objection que c'est beaucoup augurer
de l'humanité que de faire fond sur l'universalité des facultés
suprêmes. Émerson n'est pas sans éprouver parfois des doutes.
L'observation et la raison pratique lui imposent, à de certains
moments, des réserves. Mais le critique de la réalité s'efface
le plus souvent, chez lui, devant le voyant. Il faut le prendre
tel qu'il est et faire trésor de ce qu'il nous donne. S'il serait
dangereux de le suivrejusqu'au bout, il y a beaucoup à prendre
parmi ses intuitions. Son intention est nettement d'organiser
l'école pour favoriser le développement des esprits d'élite.
La démocratie qu'il veut faire prévaloir en Amérique est le
régime de l'égalité sociale, non pour perpétuer la médiocrité,
mais pour ouvrir la carrière au talent, pour préparer l'ascen-
dant intellectuel et spirituel des personnalités fortes. Sa doc-
trine, toute pénétrée de virilité anglo-saxonne, annonce celle
du « surhomme » -avec cette différence entre Nietzsche et
lui que la solidarité et l'humanité entrent, à titre d'éléments
dominants, dans sa conception du génie. Emporté par un
idéal démocratique, qui se souvient de l'idée française du
« progrès indéfini » et qui s'inspire
de l'idée américaine de
« l'énergie conquérante », il a une
tendance à exagérer les
possibilités de la race humaine au moins dans les conditions
exceptionnelles que lui offrent les États-Unis. Il ne veut pas
s'arrêter au spectacle de la société telle qu'elle est. Il prévoit,
à la faveur de la renaissance spirituelle effectuée par le
« transcendantalisme » et de la renaissance
sociale réalisée
par la démocratie, un merveilleux renouvellementdes facultés
individuelles. Le génie, à quelque degré, est
en puissance
chez l'enfant. Toute l'œuvre d'Émerson découle de
cette illu-
sion romantique de la quasi-universalitédu génie. Sans elle, il
n'aurait pu construire sa philosophie mystique de la révéla-
tion » individuelle. Sur elle s'appuie sa théorie de «l'éduca-
tion.
Les systèmes ambitieux, les idéaux de grande
envergure
ne sont pas sans utilité pratique pour les démarches de la vie
quotidienne. Si Émerson s'est proposé un but trop lointain,.
dans l'effort qu'il a fait pour l'atteindre, il rencontré des
a
vérités dont la valeur ne doit pas être négligée. Il est pénétré,
et cherche à pénétrer ses contemporains, d'un sentiment
fond de révérence pour l'enfant. En cela, il pro-
est encore le
continuateur des romantiques, qui attribuaient à l'enfant,
« tout proche des régions de splendeur », la divination des
grandes et belles choses qui chantent dans la musique des
sphères. Comme eux, Émerson caresse l'idée platoniciennede
la « réminiscence »; comme eux, il
accuse la société de déflorer
l'innocence primitive et de substituer à la fraîcheur des
miers mouvements de l'âme l'endurcissement de l'égoïsraepre-
ou
des faux raisonnements. Mais il réussit, mieux qu'eux, à tirer
de ces prémisses des conséquencesfécondes.
Si la personnalité de l'enfant doit être respectée,
à titre
d'émanation du surnaturel, il faut tout mettre
en œuvre pour
la conserver. Les parents, pendant les premières
années,
s'abstiendront de tout ce qui pourrait entraver la spontanéité
ou ternir la joie. La spontanéité, c'est le jaillissement intuitif
de l'imagination, du sentiment ou de l'idée, qui, dans l'ordre
mental, dérive directement de la source infinie du beau du
et
bien, comme la vie dans l'ordre corporel dérive de l'inépui-
sable source de force et d'harmonie. C'est le mystère
de la
création contiauée. Sous la forme naïve des premiers émer-
veillements, c'est la manifestation du divin. Comment des
parents éclairés commettraient-ils le crime d'étouffer
sous
une discipline rigide ou stéréotypée la merveilleuse élasticité
de l'âme qui s'éveille? Comment, à plus forte
raison, la
Ahw. Uwv.
jV( ao
3ioo • ANNALES DE L'UNIVERSITÉ DE PARIS
seraient-elles pas odieuses?
menaceou la répression violente ne
Émerson moraliste, qui a consacré le meilleur de ses efforts
à détruire l'erreur puritaine de la « chute de l'homme», vient
soutenir la « bonté
au secours d'Émerson pédagogue pour
naturelle » de l'enfant. Pour lui, le mal n'est qu'une illusion.
Le langage vulgaire et l'expérience irréfléchie n'ont introduit
la notion de méchanceté ou de vice que par suite d'une obser-
vation incomplète. Il est vrai qu'à considérer les conséquences
individuelles ou sociales de certaines formes de conduite,
nous sommes tentés de les qualifier
de coupables. Mais, s'il
de dispositions mauvaises
y a des actes mauvais, il n'y a pas
(sauf dans le cas d'anomalies mentales, aussi exceptionnelles
que les malformations physiques).
L'instinct, dans son
où, même dévoyé
essence, est bon. Il faut trouver le point
momentanément, il s'appliquera pour le bien de l'individu et
de ceux qui l'entourent. Tout se réduit à une question de
direction. Les natures en apparence les plus dangereusement
fougueuses sont celles qui sont capables de la plus grande
somme de bien. La vertu n'est pas le
résultat d'austères pra-
tiques de contrainte; c'est une impulsion généreuse qui
s'élance et s'épanouit.
Si résolu qu'il soit à formuler ses préceptes à l'usage de
l'élite, si fortementque l'influencent, devrions-nous dire, la
candeur et la pureté de sa propre conscience, dont il ne sait
^uère se dégager, Émerson ne peut rester complètement
aveugle aux cas difficiles. Il les admet, mais déclare aussitôt
qu'on en vient à bout par la patience et la bonté. C'est pour-
quoi la femme, à ses yeux, estl'éducatrice née. C'est elle qui,
pendant les années d'enfance, applique le mieux aux enfants
rebelles, grâce à ses dons de sympathie et d'intuition, la
méthode indirecte qui tourne l'obstacle, revient à la charge avec
douceuret persévérance, sait mettre de son côté le temps et le
hasard des moments heureux. C'est elle qui réussit le mieux
à captiver l'imagination et à faire appel aux sentiments. Elle
enseigne par la joie. Or, après la spontanéité, la joie est la
grande force. Toute sa vie, Émerson a cultivé l'allégresse de
l'âme. Assez peu doué de sensibilité, c'est dans la contempla-
tion mystique, dans la vision intermittente et soudaine de
« l'ordre infini » et de « la splendeur ineffable » qu'il trouvait
la béatitude. Par sympathie, il étendait cette capacité d'exal-
tation aux émotions communes. Chez l'enfant, en attendant
l'éveil de la raison, il recommandait de développer la nature
affective. Chez les adultes, il ne lui déplaisait pas de décou-
vrir des passions fortes. De même qu'il a entrevu le « sur-
homme » (qu'il appelait plus-man), il a eu l'aperception de la
« vie dionysiaque ». Les Américains de l'Ouest, les pionniers,
grands chercheurs d'aventures et fondateurs de cités, rudes
buveurs et ministres de justice, étaient ceux en qui il mettait
son espoir, lorsqu'il pensait à l'Amérique rénovatrice des
vieilles civilisations. Avec sa tendance à « osciller » d'un
pôle à l'autre de la pensée, il faisait égale confiance, d'une
part, aux hommes d'élan et de volonté, portés par la joie
physique, d'autre part, aux poètes et aux sages, illuminés de
belles visions, apôtres de la « gaie science ».
Cette exubérance inspirée, cette suprême tension des nerfs
et du cerveau, ce sont des qualités viriles qui ne peuvent être
.amenées de la puissance à l'acte que par des éducateurs
masculins. A l'âge convenable, le jeune garçon passe entre
les mains des hommes. Nous avons indiqué la place considé-
rable qu'Émerson accorde aux sports dans l'éducation. Ils ne
servent pas seulement à asseoir la santé et à aguerrir les
muscles, ils forment le caractère. C'est l'école de la volonté,
tempérée par la coopération et le fait play.
Pour ce qui est de la formation intellectuelle et de l'acqui-
sition des connaissances, Ëmerson insiste sur la nécessité de
tenir compte de l'originalité propre de chaque enfant. Il
n'entre pas dans le détail. Les paragraphes dispersés où il
touche à la question ne sauraient constituer, si on les rap-
proche, un manuel méthodique. Il ne se préoccupe que des
principes sans se soucier même, comme nous l'avons dit, des
contradictions. Les professionnels, semble-t-il penser, sauront
faire les accommodements,qu'on appelle compromis, dont la
pratique ne peut se passer. Il y a contradiction entre sa
culture à lui, qui était solide et étendue, et le peu d'estime
qu'il professe pour la culture traditionnelle, codifiée dans les
« programmes ». Si nous
le comprenons bien, ce n'est pas la
culture qu'il dédaigne, mais les méthodes par lesquelles on
croit l'inculquer dans les collèges. Il a horreur de tout ce qui
est formel; il ne veut que la substance de la vertu et de la
science.
En matière de morale, pas d'enseignement des belles
manières il y a une politesse naturelle, qui procède d'un
jugement droit ou d'une âme délicate; c'est la seule qui vaut.
Pas de distinctions sociales, qui tendent à plier les uns et à
donner aux autres une raideur usurpée. Laissez agir les faits
et l'expérience dans la démocratie des jeux, où s'affirme le
mérite et où s'impose le caractère. Il n'y a qu'une supériorité
celle qu'Émerson appelle « l'héroïsme », par quoi il entend la
fécondité d'idées soutenue par la générosité de sentiments,
qui aboutit à l'action créatrice. L'héroïsme a ses racines dans
l'âme de l'enfant si on l'étouffé, il ne restera plus que l'am. t
bition du succès facile ou la passion du gain. i
En matière de développement intellectuel, Émerson
demande l'adaptation de l'enseignement aux dispositions
naturelles, sinon de chaque esprit, au moins des divers types
d'esprit. Il ne voudrait imposer ni le latin, ni le grec, ni les
mathématiques à personne. Il recommande un minimum de
grammaire et d'arithmétique. Les études latines élémentaires
et les premiers livres d'Euclide sont peut-être les disciplines
les plus propres à assurer la possession des méthodes et des
instruments de travail indispensables à toute activité de
pensée. Pour le reste, sauf dans le cas d'esprits qui semblent
r
destinés par des dons exceptionnels à la production ou à la
recherche originales, qu'on mette l'enfant en contact avec la e

vie par le moyen des sciences de la nature et des oeuvres


littéraires, graduées selon les étapes de son développement.
Émerson est le premier théoricien du pragmatisme et du î
modernisme en Amérique. r
L'acquisition des connaissances 'exactes peut être allégée
faisant appel le plus possible à la vision concrète et à
en
l'expérience quotidienne. Sur ce point, qu'on tire profit de la
faufilent
leçon que nous donnent les gamins des rues. Ils se
partout, se glissent dans les ateliers, se mêlent aux attrou-
pements, se postent aux côtés des mécaniciens, montent sur
les chevaux de ferme, et, en exerçant simplement leur instinct
de curiosité et d'imitation, acquièrent un bagage pratique
considérable, sans peine. On voudrait voir Émerson pousser
plus loin son enquête et présenter lui-même l'application de
abstraites. Peut-être
ce principe à des disciplines quelque peu
trouvé ébranlé. Mais, sans le
son optimisme s'en serait-il
prendre tout à fait à la lettre, on voit combien il y a à retenir
Il
de ses idées, à condition de les tempérer et de les adapter.
l'institution des boys.scouts,
y a en germe dans son système
l'école de plein air, l'école « réale », l'école professionnelle,
l'école d'économie domestique, les promenades botaniques,
les jardins scolaires, la « junior republic », et toutes les
méthodes qui introduisent dans l'enseignement la manipula-
tion d'objets, l'imitation des occupations des adultes,
la
pratique simplifiée des institutions de la cité.
Il faut envisager le moment où, l'enfant grandissant et
la
pression des nécessités de l'existence se faisant sentir, il faut
avoir recours à des « classes », c'est-à-dire à l'enseignement
Émerson
collectif, de nature surtout intellectuelle. Ici encore,
voudrait qu'on ouvrît l'intelligence par l'intermédiaire du
sentiment et de l'imagination. Son dessein est toujours d'en-
tretenir ce qu'il y a de vibrant et de frémissant dans la nature
juvénile, d'aviver l'étincelle divine, sans laquelle l'âme est en
monde reste
torpeur et la représentation qu'elle se fait du
inanimée. Tout ce qui a été acquis de connaissance concrète
les
dans les premières années doit être employé à figurer
réalités de l'esprit au moyen de symboles empruntés à la
impossible
nature. L'univers est un système de symboles. Il est
à l'homme de comprendre l'économie intérieure de son moi et
hommes ou avec le Cosmos sans
ses relations avec les autres
employer les figures qui traduisent la correspondance
mystérieuse entre le monde des choses et le monde de l'esprit.
L'enseignement sera-t-il donc surtout une initiation à la
poésie Pourquoi pas? La poésie, non pas vague, non pas
superficielle, mais conçue comme la prise de possession de
la conscience par elle-même au contact de la nature et de la
vie sociale, dans le rayonnement de la lumière émanée de
l'éternel, voilà la grande source d'illumination et de vérité.
La poésie part du fait et, par le symbole, l'élève à l'idée.
« Le fait est une épiphanie de Dieu. » Voilà prononcé le mot
qui révèle le fond de la pensée d'Émerson. Le but ultime de
l'enseignement doit être de préparer les jeunes esprits à
aborder, le moment venu, les « livres éternels », ceux qui con-
tiennent tout ce que l'homme a conçu de grand dans le
domaine de la morale et de l'adoration mystique des
forces spirituelles. Il faudra une initiation. On s'approchera
peu à peu de la pensée du Bouddha, de Confucius, de Platon,
du Christ, par l'étude, sous la direction du maître, de pas-
sages choisis d'écrivains qui, plus proches de nous, ont uni
la beauté à la vérité par la divinationinspirée. Émerson, pour
son compte personnel, fut un dévoreur de livres. Il demande
à l'éducateur de choisir, d'après le principe qui écarte le
talent et va droit au génie. Comme il s'est abstenu de rédiger
aucun programme, nous ne pouvons que conjecturer les
auteurs qu'il aurait sans doute retenus, d'après les préférences
qu'il a souvent manifestées. Son choix serait allé certainement
pour ne citer que les plus grands à Plutarque, à Shake.
speare, à Milton, à Wordsworth; parmi les Français, à Mon-
taigne et à Pascal; parmi les Allemands, à Gœthe..
1
Quant à l'esprit dans lequel l'enseignement serait donné, à
la distribution des tâches, aux règles de discipline, nous
pouvons en juger par le passage, suivant qui est un des plus
explicites
o Naturellement, vous ordonnerez comme il faut la lecture,
la composition, la grammaire, l'arithmétique rien de plus j
aisé. Mais introduisez en contrebande quelques digressions,
où l'esprit, la fantaisie, l'imagination, la réflexion
trouvent
réprimer
leur compte. S'il vous a fallu, dans votre jeunesse,
entourage, dites-le à vos
un goût que ne partageait pas votre qu'on ne doit ni
élèves. Bien entendu, vous établirez la règle
dit
chuchoter ni parler en classe; mais si l'un de vos élèves
quelque chose de juste ou de fin, acceptez-le avec empresse-
ment, et que les autres applaudissent. On ne