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Introduction :

Pierre de Ronsard est un poète français du XVIème siècle (1524-1585), qui fut le
meneur du groupe de la Pléiade. Il est notamment connu pour ses sonnets lyriques.
Le sonnet qui nous occupe ici s’intitule « Comme on voit sur la branche », est un extrait du
recueil Sur la mort de Marie publié en 1578. Il fait suite à une commande du Roi, qui vient de
perdre sa maîtresse et rappelle aussi au poète sa propre douleur suite à la mort prématurée
d’une jeune paysanne qu’il a aimée, également prénommée Marie.
Annonce de la problématique
De quelle manière la mort de Marie est-elle évoquée ?
Annonce du plan
Nous verrons dans un premier temps l’éloge de la beauté de Marie assimilée à une rose.
Dans un deuxième temps nous montrerons comment est décrite la mort de Marie. Finalement,
nous analyserons comment le poète surmonte sa douleur.

I – l’éloge de la beauté de Marie assimilée à une rose


Les procédés :

-champ lexical de la nature et de la fleur : « branche », « la rose », « fleur », « ciel », « arrose » (v. 1 à 4), «
feuille », « les jardins et les arbres » (v. 5-6), « feuille à feuille déclose » (v. 8), « la terre et le ciel » (v. 10), «
ce panier plein de fleurs »,« roses » (v. 13-14)
-la personnification : « le ciel jaloux » (v. 3), « Quand l’Aube de ses pleurs » (v. 4), « Languissante elle
meurt, feuille à feuille déclose » (v. 8)

-les rimes :vers 1 et 14 « rose, roses »

-l’homophonie : « la rose » (v. 1) et « l’arrose » (v. 4)

- le vocabulaire mélioratif : « En sa belle jeunesse, en sa première fleur », « le ciel jaloux de sa vive couleur
» (v. 2-3), « La grâce dans sa feuille », « Embaumant les jardins et les arbres d’odeur» (v. 5-6), «
d’excessive ardeur » (v. 7)

- la comparaison entre Marie et la rose

- le parallélisme entre le premier quatrain et le premier tercet

-les outils comparatifs : « Comme on voit sur la branche… » (v.1); « Ainsi en ta première jeunesse… »

I – l’éloge de la beauté de Marie assimilée à une rose : la rédaction du paragraphe

On remarque à la lecture de ce sonnet que la nature est omniprésente. Un riche champ lexical
de la nature et de la fleur se déploie en effet tout au long du poème : « branche », « la rose »,
« fleur », « ciel », « arrose » (v. 1 à 4), « feuille », « les jardins et les arbres » (v. 5-6), « feuille à
feuille déclose » (v. 8), « la terre et le ciel » (v. 10), « ce panier plein de fleurs »,« roses » (v. 13-
14).

De plus, la nature est personnifiée, ce qui la met en valeur : « le ciel jaloux » (v. 3), « Quand
l’Aube de ses pleurs » (v. 4), « Languissante elle meurt, feuille à feuille déclose » (v. 8).
La rose qui est au cœur de ce poème. Elle est évoquée dès le premier vers, et mise en valeur par
sa place à la rime aux vers 1 et 14 (soit le premier et le dernier vers) : « Comme on voit sur la
branche au mois de mai la rose » et « Afin que vif et mort, ton corps ne soit que roses ».

L’homophonie entre « la rose » (v. 1) et « l’arrose » (v. 4) insiste, à travers la redondance sonore,
sur l’importance de la rose.

Cette rose est caractérisée par la jeunesse et la beauté dans un éloge hyperbolique marqué par
un vocabulaire mélioratif : « En sa belle jeunesse, en sa première fleur », « le ciel jaloux de sa
vive couleur » (v. 2-3), « La grâce dans sa feuille », « Embaumant les jardins et les arbres
d’odeur » (v. 5-6), « d’excessive ardeur » (v. 7).

Transition : Mais en réalité, c’est la beauté de la défunte Marie que célèbre Ronsard à travers la
métaphore filée de la rose.

En effet, la comparaison entre Marie et la rose est implicitement soulignée par le parallélisme
entre le premier quatrain et le premier tercet : « En sa belle jeunesse, en sa première
fleur/Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur » (v. 2-3) « Ainsi en ta première et jeune
nouveauté/Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté » (v. 9-10).

La rose et Marie ont en commun leur jeunesse (« belle jeunesse », « première fleur » // « ta
première et jeune nouveauté ») et leur beauté (« vive couleur » // « ta beauté »).

Elles suscitent toutes deux la jalousie des éléments naturels. Ainsi, la rose rend « le ciel jaloux »
(v.3) tandis que « la terre et le ciel honoraient (la) beauté » de Marie (v.10)

La célébration de Marie est donc fondée sur une analogie entre la jeune femme et la rose. La
comparaison est d’ailleurs mise en évidence par l’emploi d’outils comparatifs : « Comme on voit
sur la branche… » (v.1); « Ainsi en ta première jeunesse… »

A la fin du poème, Ronsard dépasse la simple analogie puisque la femme se métamorphose en


rose : « Afin que vif et mort, ton corps ne soit que roses » (v. 14).

II – La mort de Marie
Les procédés :

-l’emploi de la conjonction de coordination « Mais »

- le participe passé « battue »

- L’adjectif « languissante », la redondance de l’expression « feuille à feuille », les sonorités longues et le


rythme lent.

- les allitérations en « r », « d », « t » et « p »

- l’euphémisme : « et cendres tu reposes » sommeil au lieu de parler de mort

- le parallélisme entre les v.4 et 12

- L’emploi le tutoiement et l’emploi de la première personne du singulier « ta » vers9 et « mes » vers12

- les registres lyrique et pathétique « ses pleurs » (v. 4) « languissante » (v. 8) « mes larmes et mes
pleurs » (v. 12)

- les temps verbaux : le passé composé et le présent : « La Parque t’as tuée, et cendres tu reposes » (v. 10-
11).

II – La mort de Marie : la rédaction du paragraphe

Alors que le poème « Comme on voit sur la branche » se présentait de prime abord comme une
célébration de la beauté de Marie, la mort surgit brusquement dans le deuxième quatrain,
faisant de ce poème un éloge funèbre.

La mort fait irruption de manière brutale, introduite par la conjonction de coordination « Mais »
au vers 7 marquant ainsi une rupture avec les vers précédents : « Mais battue, ou de pluie, ou
d’excessive ardeur, /Languissante elle meurt, feuille à feuille déclose » (v. 7)

De plus, le participe passé « battue » qui connote l’agressivité, renforce l’impression de brutalité
tout en soulignant l’impuissance face à la mort.

La mort de la rose qui est évoquée. L’adjectif « languissante », la redondance de l’expression «


feuille à feuille », les sonorités longues et le rythme lent du vers 8 (3/3/3/3) suggèrent une mort
lente et douce, ou bien une certaine agonie.

Les allitérations en « r », « d », « t » et « p » martèlent l’insoutenable réalité de la mort

On remarque toutefois que la mort n’est pas présentée que de manière brutale. Elle est
également atténuée à travers le recours à l’euphémisme qui suggère davantage le sommeil que
la mort : « et cendres tu reposes » (v. 11). Ces euphémismes permettent le retour au calme et à
l’apaisement.

Ronsard évoque sa douleur suite à la mort de Marie : « Pour obsèques reçoit mes larmes et mes
pleurs »

La nature partage le deuil du poète, comme le souligne le parallélisme entre les v.4 et 12.
La peine du poète qui perd un être cher transparaît dans le tutoiement et l’emploi de la
première personne du singulier dans les tercets : « Ainsi, en ta première et jeune nouveauté
(v. 9), « Pour obsèques reçois mes larmes et mes pleurs » (v. 12).

Les registres lyrique et pathétique : « ses pleurs » (v. 4), « languissante » (v. 8), « Pour obsèques
reçois mes larmes et mes pleurs » (v. 12) mettent en relief l’affliction de Ronsard.

Cette souffrance est également renforcée par les sonorités, comme les allitérations en « l »,
« r », « v ».

La souffrance du poète est également mis en évidence par les temps verbaux. En effet, le passé
composé et le présent montrent que la mort de Marie est récente et affecte toujours le poète :
« La Parque t’as tuée, et cendres tu reposes »

Transition : Le poète surmonte sa douleur en transfigurant la mort de Marie au moyen de la


poésie.
III. Le poète surmonte sa douleur.
Les procédés :

- le double champ lexical de la vie et de la mort v3 v6 v7 v8 v11 v12

- Le champ lexical de la jeunesse et du printemps v12 v9

- la reprise des mêmes mots à la rime du 1er et dernier vers du poème

- l’oxymore du dernier vers : « vif et mort » (v. 14)

- la métaphore filée de la rose

- le rythme régulier des alexandrins

III. Le poète surmonte sa douleur : la rédaction du paragraphe

Dans cet éloge funèbre, Ronsard mêle constamment la vie et la mort afin de suggérer l’idée de
renaissance et de renouveau.

On trouve ainsi tout au long du poème un double champ lexical de la vie et de la mort : « vive
couleur » (v. 3), « Embaumant » (v. 6), « excessive ardeur », « elle meurt », « déclose » (v. 7-8),
« La Parque t’as tuée, et cendres tu reposes », « obsèques » (v. 11-12), « vif et mort » (v. 13-14).

Le champ lexical de la jeunesse et du printemps évoque quant à lui la vie et la renaissance : « au


mois de mai », « jeunesse », « en sa première fleur » (v. 1-2), « en ta première et jeune
nouveauté » (v. 9).

On observe en effet la reprise des mêmes mots à la rime du 1er et dernier vers du poème
(« rose »//« roses » v. 1/v. 14, « repose »// »reposes » v. 5/v. 11, « fleur »// « fleurs » v. 2/v. 13)
et la reprise des mêmes rimes entre le premier quatrain et le second tercet
(ABBA/ABBA/CCA/BBA).

L’association entre vie et mort transparaît clairement dans l’oxymore du dernier vers : « vif et
mort » (v. 14)

En associant ainsi la vie et la mort, le poète transcende la mort à travers la métamorphose du


corps de Marie en rose. Marie renaît de ses cendres. En transfigurant la mort de Marie en
beauté, Pierre de Ronsard vise à immortaliser la jeune femme.

La mort de Marie est représentée de façon plus esthétique que tragique. En témoigne la
métaphore filée.

Le rythme régulier des alexandrins a créé une sensation d’harmonie et d’équilibre permettant
de transcender cette douleur.

Les répétitions et la reprise des mêmes rimes donnent un poème simple et facile à mémoriser,
ce qui permet d’immortaliser Marie grâce à la poésie.

Conclusion : Dans ce sonnet aux accents élégiaques, Ronsard rend hommage à la jeune et belle
défunte Marie à travers notamment l’image de la rose, symbole de vie et de mort

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