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République Algérienne Démocratique et Populaire

Ministère de l’Education Nationale


Direction de l’éducation de la wilaya de MILA

Inspection de l’éducation et de l’enseignement moyen


3° palier ; langue française
CEM Mohamed Laid El-Khalifa (Chelghoum Laid)

Séminaire (Suite)

Ordre du jour :

1- Comment évaluer les acquis des élèves ?


2- Comment corriger une copie d’élève ?
3- Comment remédier aux difficultés des élèves ?
4-Que dois-je changer dans mes pratiques de classe ?
5- Pourquoi y a-t-il tant de différences de niveau dans les classes ?
6- Avec quels élèves travailler ?

IEEM : M. HOCINE MOHAMED.

Année scolaire : 2012-2013


I/ COMMENT EVALUER LES ACQUIS DES ELEVES ?

Au lieu d’évaluer l’élève à travers une série de questions, on lui soumet une situation
complexe qui correspond à la compétence terminale à maîtriser. Il sera déclaré compétent
s’il peut la résoudre.
On peut utiliser cette situation aussi bien pour l’évaluation formative pendant les modules
d’intégration, que pour l’évaluation certificative en fin d’année ou de cycle. On peut
d’ailleurs l’utiliser pour exercer la compétence.

1- Le recours aux critères :


On se donne des critères qui vont permettre de déterminer si l’élève a réussi à résoudre la
situation, et donc s’il est compétent. Les critères sont des qualités que l’on attend de la
production de l’élève.

Voici les critères minimaux généralement utilisés :

Dans la situation, on pose 3 questions complexes et indépendantes pour donner à l’élève


trois occasions de montrer sa maîtrise de chaque critère. Il est important que :
 chaque question ait le même niveau de complexité que les autres : les trois questions ne
sont donc pas des étapes de la résolution.
 Les questions soient indépendantes, pour donner à l’élève toutes ses chances de réussir
une question, même s’il n’a pas réussi la précédente.
L’élève est déclaré compétent s’il réussit 2 occasions sur 3.

Pour la correction, on se donne une grille de correction qui comprend des indicateurs,
question par question et critère par critère.

TABLEAU RECAPITULATIF :

Critères Indicateurs
La pertinence, *la réponse correspond au contexte de la situation
adéquation de la production * respect de la consigne
à la situation * réponse à ce qui est attendu (raconter, décrire…)
* Choix des idées appropriées
La cohérence : * agencement des idées
l’utilisation d’une *enchaînement logique et chronologique de la
démarche logique production
*les informations sont successives et complémentaires
*production ayant un sens même sans lien avec la
situation
*Utilisation de mots de liaison
*Division en paragraphes
La correction de la langue *respect des règles grammaticales, orthographiques ,
Utilisation correcte des outils lexicales
de langue *construction correcte des phrases même sans lien avec
la situation
*utilisation de la ponctuation
*utilisation du vocabulaire adéquat
Le critère de complétude ou * originalité de la production
de perfectionnement : * écriture propre et lisible
caractère complet de réponse * clarté de la mise en page
Exemples de situation d’intégration :

Compétence terminale à atteindre :


«  En situation de communication, produire un écrit d’une dizaine de lignes, au passé
composé et à l’impératif présent ».

Après enseignement ponctuel des 2 temps, après 5 semaines on introduit une situation
d’intégration (à la place de la révision) dans laquelle l’élève est invité à mobiliser ses acquis
relatifs au 2 temps.

«  Tu es allé passer quelques jours chez tante Selma. Elle t’écrit cette lettre une semaine plus
tard. En dix lignes, écris à ton tour une lettre à ta tante.
1- Réponds à chacune des questions qu’elle pose à propos de ton retour
2- Explique lui ce qu’elle doit faire pour lire une K7 vidéo, en utilisant l’impératif. Utilise le
mode d’emploi ci-dessous.
3- Termine ta lettre à ta manière
NB :
a) Lettre :
Le 3 septembre …
Bonjour Mohamed
J’espère que tu es bien rentré  chez ta maman. A quelle heure es-tu arrivé  à la gare d’Alger?
Comment es-tu rentré chez toi ? Comment tes frères t’ont ils accueilli ?
Si je t’écris aujourd’hui, c’est aussi parce que je ne sais pas comment faire pour lire une K7
vidéo ? J’ai branché la TV et le magnétoscope. Que dois-je faire ensuite ?
Je t’embrasse et j’espère te revoir bientôt à la maison.
Ta tante Selma

b) Mode d’emploi :
1- Brancher la TV et le magnétoscope.
2- Les allumer tous les deux.
3- Introduire la K7 vidéo.
4- Appuyer sur le bouton « Play ».

c) La donnée « brancher TV + magnéto » est une donnée parasite que


l’élève ne doit pas utiliser ( la tante a déjà branché le magnéto).
but : * faire réfléchir l’élève
* éviter d’avoir un simple exercice de transformation (infinitif – impératif)

II/ COMMENT CORRIGER UNE COPIE D’ELEVE ?

A travers la situation « Tante Selma », on peut évaluer si l’élève est compétent pour produire
un écrit au passé composé et à l’impératif présent, en situation de communication.

Copie d’un élève :

Bonjour tante Selma


Comment va-tu ? Ta jambe est guéri ?J’ai bien rentrer à ma maison à dizeures. Je suis été à
pied de la gare. J’ai mangé le poulé.
Por voire une casset, allume le magnétoscope. Introduit la cassette et appuie sur play. Je vais
revenir ché toi biento.
Mohamed
Voici une grille de correction pour la situation «  Tante Selma »

C1 :pertinence de C2 : cohérence C3 :correction de la C4 :originalité de


la production du récit langue la production
Consigne1 L’élève reçoit le L’élève reçoit le L’élève reçoit le
point s’il répond point si les point si deux tiers des
au moins à 2 réponses qu’il formes au passé
questions de la donne ont du composé sont
lettre /1 sens /1 correctes /1
L’élève reçoit le
Consigne2 L’élève reçoit le L’élève reçoit le L’élève reçoit le
point s’il introduit
point si les point si les point si deux tiers des
dans sa lettre un
conseils sont les instructions verbes mis à
élément qui
bons, et s’il a données sont l’impératif sont
n’était pas
utilisé des formes articulées entre corrects /1
demandé dans les
à l’impératif /1 elles /1
consignes /1
Consigne3 L’élève reçoit le L’élève reçoit le L’élève reçoit le
point s’il termine point si la fin de point si 2/3 des
la lettre de la lettre est bien phrases sont bien
manière articulée au reste structurées S/V/C /1
personnelle /1 /1
/3 /3 /3 /1

On accorde en général le point lorsque la règle des deux tiers est respectée .

En résumé :

1- Pertinence : l’élève se sert des éléments des supports, il respecte les contraintes des
formes à utiliser
a) L’élève répond aux questions
b) Il donne de bons conseils à l’impératif
c) Il termine la lettre de manière personnelle
2- Cohérence : les phrases forment un récit qui a du sens
a)Les réponses ont du sens
b) Les instructions données sont articulées entre elles
c) La fin est articulée au reste
3- Correction de la langue : les formes demandées sont écrites correctement
a) Il a bien employé le passé composé
b) Les verbes à l’impératif sont corrects
c) Les phrases sont bien structurées
4- Perfectionnement : originalité de la production : l’élève est créatif, en termes d’idées,
de vocabulaire…
* Il a introduit un élément non demandé

Si l’élève réussit les critères minimaux, il est compétent. Il n’est pas obligé de réussir le
critère de perfectionnement.
En général, on se sert de trois critères minimaux et d’un critère de perfectionnement
On essaie d’avoir trois questions ou trois consignes, pour chaque situation, pour donner à
l’élève trois occasions indépendantes de montrer sa maîtrise de chacun des critères minimaux.
Exemple : évaluation de la copie de l’élève

a) consigne 1
C1 : l’élève a répondu à 2 questions sur 3. On lui donne 1 sur 1
C2 : tous les liens sont cohérents, sauf 1 (après « guéri ») 1/1
C3 : sur 3 formes au passé composé, 1 est bien écrite ( « j’ai mangé ») 0/1
b) consigne2 :
C1 : les conseils sont bons et l’élève a utilisé l’impératif ; on lui donne 1/1
C2 : les instructions sont articulées entre elles : 1/1
C3 : sur 3 formes de l’impératif, 2 sont bien écrite : 1/1
c) consigne 3 :
C1 : 1/1 C2 : 0/1 C3 : 1/1

pertinence a 1
b 1 3
c 1
cohérence a 1
b 1 2
c 0
langue a 0
b 1 2
c 1
perfectionnement a 1 1
8/10

Le recours aux critères permet d’identifier les forces et les faiblesses de chaque élève. Dans le
cas d’une évaluation certificative, il faut attribuer une note. Il y a différentes façons
d’attribuer la note finale : on peut faire la somme des points, mais on peut aussi décider
d’attribuer les points de perfectionnement seulement si tous les critères minimaux sont réussis
à 2/3.

III/ COMMENT REMEDIER AUX DIFFICULTES DES ELEVES ?

Dans le cadre d’une évaluation formative, l’évaluation est suivie d’une remédiation, qui va
permettre de corriger les faiblesses identifiées chez l’élève. Cette remédiation peut
s’effectuer :
a) collectivement, si l’enseignant détecte certaines lacunes communes à une majorité
d’élèves.
b) en petits groupes, si l’enseignant remarque que certains élèves rencontrent des difficultés
similaires.
c) au niveau de chaque élève, si l’enseignant a la possibilité de faire travailler
individuellement, soit sur la base d’un fichier accompagné de fiches autocorrectives, soit sur
la base d’exercices dans un manuel, que l’élève s’engage à résoudre.
Plusieurs types de remédiations peuvent être combinés. Par exemple, une remédiation peut
consister en une phase collective (30 minutes) et en une phase de travail en petits groupes (30
minutes).
1- Comment organiser une remédiation ?
L’organisation de la remédiation se fait à partir de l’observation du tableau des résultats de
chaque élève, pour chacun des critères minimaux.

Exemple : situation « tante Selma » :

C1(sur 3) C2(sur3) C3(sur3)


Elève 1 3 1 2
2 1 3 2
3 2 2 0
4 3 0 2
5 2 3 0
6 1 2 2
7 1 3 2
8 2 1 2
9 3 3 1
10 3 3 0

A partir de ce tableau, on peut former 3 groupes :


1- un 1er avec les élèves 2, 6, 7 pour travailler le critère 1.
2- un 2eme avec les élèves 1, 4, 8 pour travailler le critère 2.
3- un 3eme avec les élèves 3, 5, 9, 10 pour travailler le critère 3

2- Que proposer comme activités de remédiation à chacun de ces groupes ?


 Au 1er groupe, on peut proposer des activités dans lesquelles les élèves doivent travailler
le lien entre la consigne et le support : reformuler la consigne, repérer les passages
concernés dans le support….
 Pour le 2eme groupe, on peut proposer des exercices comme remettre dans l’ordre un
paragraphe à partir de phrases données dans le désordre ; ou ajouter des mots liens
entre les phrases d’un paragraphe.
 Pour le 3eme groupe, on peut voir si c’est l’impératif ou le passé composé qui pose le
plus de problèmes et proposer des exercices supplémentaires.

3- Faut-il remédier à toutes les difficultés ?


Il ne faut pas remédier à toutes les difficultés des élèves. Ce serait trop long et trop lourd pour
l’enseignant. Il suffit d’identifier une ou deux difficultés fréquentes et importantes au niveau
de la classe, et baser la remédiation sur ces difficultés.
Dans l’exemple ci- dessus, le critère C3 est le moins maîtrisé de tous. A défaut d’une
remédiation par groupes, on peut travailler collectivement ce critère-là.

IV/ QUE DOIS-JE CHANGER EN PRIORITE DANS MES PRATIQUES DE


CLASSE ?

En termes de changement de pratiques de classe, il existe 2 actions prioritaires et une action


qui peut s’étaler dans le temps.

a) Actions prioritaires :
* Pendant les apprentissages ponctuels, faire travailler les élèves individuellement, dans leurs
cahiers ou en petits groupes.
* Introduire les semaines d’intégration : apprendre aux élèves à résoudre des situations
complexes ( en petits groupes et seuls), évaluer à partir de situations complexes , remédier aux
difficultés.

b) action qui peut s’étaler dans le temps :


Pendant les apprentissages ponctuels, susciter des recherches pour rendre les élèves plus actifs
et les amener à construire leurs savoirs. C’est important aussi, mais c’est plus difficile et cela
peut venir petit à petit.
Ce n’est que progressivement que l’enseignant peut faire évoluer ses pratiques pédagogiques
dans les apprentissages ponctuels. Pour rendre ces apprentissages plus vivants et plus actifs, il
introduit des recherches à faire par les élèves, des enquêtes ou encore la pédagogie du projet.

L’enseignant a donc le choix entre 2 démarches différentes :


1- soit il va du simple au complexe, c'est-à-dire qu’il part des apprentissages
ponctuels selon ses pratiques habituelles et passe ensuite aux modules d’intégration.
2- soit il part de situations complexes pour les apprentissages ponctuels ( une
recherche, une enquête…) pour revenir au simple ( les ressources, c'est-à-dire
les savoirs, les savoir-faire, les compétences disciplinaires) et , de nouveau,
le complexe ( situations d’intégration )

V/ POURQUOI Y A -T-IL TANT DE DIFFERENCES


DE NIVEAU DANS LES CLASSES ?

Les différences de niveau dans les classes sont dues à la manière de faire l’évaluation. C’est
une situation que l’on peut changer.
Les groupes d’élèves dans les classes sont souvent très hétérogènes : il y a des élèves très
forts, mais surtout des élèves très faibles. On pense souvent que c’est une conséquence des
différences de classes sociales de départ et que c’est une situation inévitable. Ces éléments
jouent un rôle mais c’est surtout l’école qui crée ces différences. En effet, si les classes sont
tellement hétérogènes, c’est surtout parce que le système d’évaluation n’est pas adapté :
réussites abusives ou échecs abusifs..
Le système d’évaluation, basé sur la restitution à court terme, privilégie les élèves
scolaires ( qui retiennent pour le jour de l’examen) et non les élèves compétents ( qui
peuvent agir concrètement à l’aide de leur acquis).
C’est un problème pour les élèves, qui se retrouvent dans des niveaux pour lesquels ils ne
sont pas adaptés et pour les enseignants, qui sont confrontés à devoir gérer d’importantes
disparités dans les classes.

VI/ AVEC QUELS ELEVES TRAVAILLER ?

Une école qui donne le maximum de plus-value à ses élèves, c’est là où les élèves ont de
meilleurs acquis entre le début et la fin de l‘année.

- L’équité à l’école ou travailler pour tous les élèves


L’équité relève de tout ce qui est de la différence de traitement entre diverses catégories :
différences entre écoles, sexes, élèves. Ici, nous parlons surtout d’équité pédagogique qui vise
à ce que les élèves faibles progressent autant que les autres élèves.
L’équité est liée aux types d’innovations introduits dans les écoles. Quand les écoles ne sont
pas dans les conditions requises pour la bonne implantation d’une innovation, aussi
intéressante soit-elle, celle-ci est source d’iniquité, parce que seuls les enseignants favorisés,
les écoles favorisées en profitent.
Mais l’enseignant a également un rôle à jouer en matière d’équité : selon les méthodes qu’il
pratique, il peut faire en sorte que l’écart entre les plus forts et les plus faibles devienne
encore plus important, ou faire en sorte que la plus-value soit la même pour chaque élève, et
qu’elle soit même plus importante pour les élèves les plus faibles.

L’équité au sein d’une classe est liée à plusieurs facteurs :

1- Le temps de recherche individuelle par chaque élève :


Avoir l’occasion de résoudre des problèmes complexes individuellement aide les élèves forts,
mais plus encore les faibles. Pourquoi ? parce que, si un élève est fort, c’est qu’il peut
transférer plus facilement : pour lui, apprendre à résoudre des problèmes complexes est utile
pour mieux transférer, mais ce n’est pas indispensable. Par contre, pour les élèves faibles,
c’est indispensable.

2- Les contenus véhiculés à l’école :


Certains contenus développés à l’école sont également source d’iniquité. Des contenus peu
accessibles à des milieux culturels défavorisés ( comme la littérature étrangère ) sont source
d’iniquité, parce que seuls les élèves issus de milieux favorisés peuvent échanger avec leurs
parents, ont accès à internet…En revanche, des contenus à composante culturelle
traditionnelle sont facteurs d’équité, parce que plus familiers à tous les élèves et à leur
famille, qui peut mieux s’investir dans l’éducation des enfants.

3- Les mécanismes de régulation de l’apprentissage mis en place ( évaluation formative,


remédiation) : L’équité est enfin fortement liée aux mécanismes de régulation de
l’apprentissage mis en place : l’évaluation formative et la remédiation qui s’ensuit. Un
enseignant qui pratique l’évaluation formative et qui donne à l’élève les moyens de remédier,
seul, en groupe, ou avec un autre élève, est un enseignant qui favorise l’équité, parce qu’il fait
progresser les élèves qui ont des difficultés.

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