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« Ceux qui partent de nuit tentent de passer la frontière


vers 23 heures et arrivent ici à 3 ou 4 heures du
À la frontière franco-espagnole, le
matin. La voie ferrée est une voie logique quand on
renforcement des contrôles conduit les sait que les contrôles de police sont quasi quotidiens
migrants à prendre toujours plus de aux ronds-points entre Hendaye et Saint-Jean-de-Luz
risques », souligne Line, qui préside l’association Elkartasuna
PAR NEJMA BRAHIM
ARTICLE PUBLIÉ LE DIMANCHE 31 OCTOBRE 2021 Larruna (Solidarité autour de la Rhune, en basque)
créée en 2018 pour accompagner et « sécuriser »
l’arrivée importante de migrants subsahariens dans la
région.
Peio Etcheverry-Ainchart, qui a participé à la création
de l’association, est depuis élu, dans l’opposition, à
Saint-Jean-de-Luz. Pour lui, le drame reflète la réalité
du quotidien des migrants au Pays basque. « Ils
n’iraient pas sur la voie ferrée s’ils se sentaient en
M., 20 ans, et son petit frère, attendent impatiemment le bus qui sécurité dans les transports ou sur les axes routiers »,
leur permettra de rejoindre leur mère réfugiée en France. © NB
dénonce-t-il en pointant du doigt le manque d’action
Au Pays basque, après que trois Algériens sont
politique au niveau local.
morts fauchés par un train à Saint-Jean-de-Luz/
Ciboure le 12 octobre, associations et militants
dénoncent le «harcèlement» subi par les migrants
tentant de traverser la frontière franco-espagnole.
Face à l’inaction de l’État, des réseaux citoyens se
mobilisent pour «sécuriser» leur parcours et éviter de
nouveaux drames.
Saint-Jean-de-Luz (Pyrénées-Atlantiques).–
Attablés en terrasse d’un café, mardi 26 octobre, Les migrants transitent souvent par la halte routière de
Saint-Jean-de-Luz après avoir franchi la frontière. © NB
sous un ciel gris prêt à déverser son crachin, Line
et Peio peinent toujours à y croire. « On n’imagine « Ils continueront à passer par là car ils n’ont pas
pas le niveau de fatigue, l’épuisement moral, l’état le choix et ce genre de drame va se reproduire. La
de détresse dans lequel ils devaient se trouver pour responsabilité politique des élus de la majorité est
décider de se reposer là un moment », constatent-ils immense, c’est une honte. » Trois cents personnes
les sourcils froncés, comme pour marquer leur peine. se sont réunies au lendemain du drame pour rendre
hommage aux victimes, sans la présence du maire
Le 12 octobre dernier, trois migrants algériens étaient
de Saint-Jean-de-Luz. « La ville refuse toutes nos
fauchés par un train, au petit matin, à 500 mètres de
demandes de subvention, peste Line. Pour la majorité,
la gare de Saint-Jean-de-Luz/Ciboure. Un quatrième
les migrants ne passent pas par ici et le centre
homme, blessé mais désormais hors de danger, a
d’accueil créé à Bayonne, Pausa, est suffisant. »
confirmé aux enquêteurs que le groupe avait privilégié
la voie ferrée pour éviter les contrôles de police, puis Un manque de soutien, à la fois moral et financier, qui
s’était arrêté pour se reposer, avant de s’assoupir. n’encourage pas, selon elle, les locaux à se mobiliser
auprès de l’association, qui compte une trentaine de
Un cinquième homme, dont les documents d’identité
bénévoles. Son inquiétude ? « Que les gens s’habituent
avaient été retrouvés sur les lieux, avait pris la fuite
avant d’être retrouvé deux jours plus tard à Bayonne.

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à ce que des jeunes meurent et que l’on n’en parle plus, ville espagnole de Saint-Sébastien), qui leur tend
comme à Calais ou à la frontière franco-italienne. Il des documents. Il leur remet un jeune homme,
faut faire de la résistance. » arabophone, qu’ils embarquent.
Ce mardi midi à Saint-Jean-de-Luz, un migrant « Ils vont le laisser de l’autre côté du pont. Ils font
marocain avance d’un pas sûr vers la halte routière, tout le temps ça, soupire Miren*, qui observe la scène
puis se met en retrait, en gardant un œil sur l’arrêt sans pouvoir intervenir. Les policiers connaissent
de bus. Dix minutes plus tard, le bus en direction les horaires d’arrivée du topo et des trains venant
de Bayonne s’arrête et le trentenaire court pour s’y d’Irun (côté espagnol). Ils viennent donc dix minutes
engouffrer avant que les portes ne se referment. avant et se postent ici pour faire du contrôle au
Guillaume, qui travaille dans le quartier de la gare, faciès. » Depuis près de trois ans, le réseau citoyen
fait partie de ces « aidants » qui refusent de laisser auquel elle appartient, Bidasoa Etorkinekin, accueille
porte close. « Samedi dernier, j’en ai récupéré deux et accompagne les personnes en migration qui ont
tard le soir, qui étaient arrivés à Saint-Jean en fin réussi à passer la frontière, en les acheminant jusqu’à
d’après-midi. Ils étaient épuisés et frigorifiés. » Après Bayonne.
les avoir accueillis et leur avoir offert à manger, il les La bénévole monte à bord de sa voiture en direction
achemine ensuite jusqu’à Pausa à 2 heures du matin, des entrepôts de la SNCF. Là, un pont flambant neuf,
où il constate qu’il n’est pas le seul à avoir fait la barricadé, apparaît. « Il a été fermé peu après son
navette. inauguration pour empêcher les migrants de passer. »
« Il m’est arrivé de gérer 10 ou 40 personnes Des grilles ont été disposées, tel un château de cartes,
d’un coup. Des femmes avec des bébés, des enfants, d’autres ont été ajoutées sur les côtés. En contrebas,
des jeunes qui avaient marché des heures et me des promeneurs marchent le long de la baie.
racontaient leur périple. J’allais parfois m’isoler pour
pleurer avant de m’occuper d’eux », confie celui qui
ne cache pas sa tristesse face à tant d’«inhumanité
». Chaque jour, rapporte-t-il, la police sillonne les
alentours, procède à des contrôles au faciès à l’arrêt de
bus en direction de Bayonne et embarque les migrants,
comme en témoigne cette vidéo publiée sur Facebook
en août 2019.
Après avoir été en travaux, ce pont entre Irun et Hendaye a
« La semaine dernière, un chauffeur de bus a même été barricadé pour empêcher les migrants de passer. © NB

appelé la police quand des migrants sont montés Miren observe le pont de Santiago et le petit chapiteau
à bord. Ça rappelle une époque à vomir. » Face blanc marquant le barrage de police à la frontière entre
à ce «harcèlement» et cette « pression folle », Hendaye et Irun. « Par définition, un pont est censé
Guillaume n’est pas étonné que les Algériens aient faire le lien, pas séparer... » Selon un militant, il y
pris le risque de longer la voie ferrée. « Les habitants aurait à ce pont et au pont de Behobia « quatre fois plus
et commerçants voient régulièrement des personnes de forces de l’ordre » qu’avant. Chaque bus est arrêté
passer par là. Les gens sont prêts à tout. » et les passagers contrôlés. « C’est cela qui pousse
À la frontière franco-espagnole aussi, en gare de les personnes à prendre toujours plus de risques »,
Hendaye, la police est partout. Un véhicule se gare, estime-t-il, à l’instar de Yaya Karamoko, mort noyé
deux agents en rejoignent un autre,situé à l’entrée dans la Bidassoa en mai dernier.
du « topo » (train régional qui relie Hendaye à la Le 12 juin, à l’initiative du LAB, syndicat socio-
politique basque, une manifestation s’est tenue entre
Irun et Hendaye pour dénoncer la « militarisation »

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de la frontière dans ce qui a « toujours été une « Pour moi, tout le monde devrait pouvoir passer au
terre d’accueil ». « Ça s’est inscrit dans une nom de la liberté de la circulation. »« La semaine
démarche de désobéissance civile et on a décidé dernière, il y avait beaucoup de migrants dans les rues
de faire entrer six migrants parmi une centaine de d’Irun. La Croix-Rouge était dépassée. Déjà, en temps
manifestants,revendique Eñaut, responsable du Pays normal, le centre ne peut accueillir que 100 personnes
basque nord. On ne peut pas en même temps organiser pour une durée maximale de trois jours. Quand on
l’accueil des personnes à Bayonne et mettre des leur ramène des gens, il arrive que certains restent à
moyens énormes pour faire cette chasse aux sorcières, la porte et qu’on doive les installer dans des tentes à
avec les morts que cela engendre. L’accident de l’extérieur », rapporte, blasée, Jaiona.
Saint-Jean-de-Luz est le résultat d’une politique À mesure qu’elles dénoncent les effets mortifères des
migratoire raciste. » L’organisation syndicale espère, politiques migratoires européennes, un bus s’arrête,
en développant l’action sociale, sensibiliser toutes les puis un second. « Je crois que ce soir, on n’aura
branches de la société– patronat, salariés, État– à la personne », sourit Arantza. Le trio se dirige vers
question migratoire. le dernier bus, qui stationne en gare à 23h10. Un
homme extirpe ses bagages et ceux d’une jeune fille
des entrailles du car. Les bénévoles tournent les talons,
pensant qu’ils sont ensemble. C’est Jaiona, restée en
arrière-plan, qui comprend combien l’adolescente a le
regard perdu, désespérée de voir les seules femmes
présentes s’éloigner. « Cruz Roja?», chuchote l’une
des volontaires à l’oreille de Mariem, qui hoche la tête,
apaisée de comprendre que ces inconnues sont là pour
Un barrage de police sur le pont de Santiago, reliant Irun à Hendaye. © NB
elle.
Des citoyens mobilisés pour «sécuriser» le
parcours des migrants
À 22 heures mardi, côté espagnol, Maite, Arantza
et Jaiona approchent lentement de l’arrêt de bus de
la gare routière d’Irun. Toutes trois sont volontaires
auprès du réseau citoyen Gau Txori (les «Oiseaux
de nuit»). Depuis plus de trois ans, lorsque les cars
se vident le soir, elles repèrent d’éventuels exilés
désorientés en vue de les acheminer au centre d’accueil Mariem, 15 ans, a été accompagnée par le réseau citoyen Gau
Txori au centre d'accueil de la Croix-Rouge à Irun. © NB
géré par la Cruz Roja (Croix-Rouge espagnole), situé
à deux kilomètres de là. En journée, des marques Ni une ni deux, Maite la soulage d’un sac et lui indique
de pas, dessinées sur le sol à intervalle régulier et le véhicule garé un peu plus loin. « No te preocupes,
accompagnées d’une croix rouge, doivent guider les somos voluntarios» («Ne t’inquiète pas, nous sommes
migrants tout juste arrivés à Irun. Mais, à la nuit des bénévoles»), lui dit Jaiona en espagnol. « On ne te
tombée, difficile de les distinguer sur le bitume et de veut aucun mal. On t’emmène à la Croix-Rouge et on
s’orienter. attendra d’être sûres que tu aies une place avant de
partir », ajoute Maite dans un français torturé.
« En hiver, c’est terrible, souffle Arantza. Cette gare
est désolante. Il n’y a rien, pas même les horaires de Visage juvénile, yeux en amande, Mariem n’a que 15
bus. On leur vient en aide parce qu’on ne supporte ans. Elle arrive de Madrid, un bonnet à pompon sur la
pas l’injustice. On ne peut pas rester sans rien faire tête, où elle a passé un mois après avoir été transférée
en sachant ce qu’il se passe. » Et Maite d’enchaîner : par avion de Fuerteventura (îles Canaries) dans

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l’Espagne continentale, comme beaucoup d’autres ces fait le sale boulot en les aidant à poursuivre leur
dernières semaines, qui ont ensuite poursuivi leur chemin, ce qui arrange la municipalité d’Irun et
route vers le nord. Les bénévoles toquent à la porte de le gouvernement basque car on les débarrasse des
la Cruz Roja, un agent prend en charge Mariem. Au- migrants, regrette-t-il. En voulant les empêcher de
dehors, les phares de la voiture illuminent deux tentes passer, les États ne font que garantir leur souffrance
servant d’abris à des exilés non admis. et nourrir les trafiquants. »
Le lendemain matin, dès 9 heures, plusieurs exilés L’un des exilés se lève et suit une bénévole, avant
occupent les bancs de la place de la mairie à Irun. de s’infiltrer, à quelques mètres de là, dans un
Chaque jour, entre 10 heures et midi, c’est ici que immeuble de la vieille ville. Il est invité par Karmele,
le réseau citoyen Irungo Harrera Sarea les accueille une retraitée aux cheveux grisonnants, à entrer dans
pour leur donner des conseils. « Qui veut rester en une pièce dont les murs sont fournis d’étagères à
Espagne ici ? », demande Ion, l’un des membres du vêtements.
collectif. Aucune main ne se lève. Ion s’y attendait. Dans ce vestiaire solidaire, tout a été pensé pour
Fatima*, la seule femme parmi les 10 exilés, a passé la faire vite et bien : Karmele scrute la morphologie du
nuit dehors, ignorant l’existence du centre d’accueil. jeune homme, puis pioche dans l’une des rangées, où
« J’avais réussi à passer la frontière mais la police le linge, selon sa nature– doudounes, pulls, polaires,
m’a arrêtée dans le bus et m’a renvoyée en Espagne », pantalons– est soigneusement plié. « Tu es long
relate-t-elle, vêtue d’une tenue de sport, un sac de [grand], ça devrait t’aller, ça », dit-elle en lui tendant
couchage déplié sur les genoux. Le « record », selon une veste. À sa droite, une affiche placardée sous
Ion, est détenu par un homme qui a tenté de passer à des cartons étiquetés « bébé » vient rappeler aux
huit reprises et a été refoulé à chaque fois. « Il a fini Africaines qu’elles sont des « femmes de pouvoir ».
par réussir. »

Karmele, bénévole au vestiaire solidaire à Irun,


Chaque jour, le réseau citoyen Irungo Harrera Sarea tend un pantalon à un exilé subsaharien. © NB
accueille et conseille les exilés place de la mairie à Irun. © NB
Le groupe d’exilés retourne au centre d’accueil pour
Éviter de se déplacer en groupe, ne pas être trop se reposer avant de tenter le passage dans la journée.
repérable. « Vous êtes noirs », leur lance-t-il, Mariem, l’adolescente, a choisi de ne pas se rendre
pragmatique, les rappelant à une triste réalité : la place de la mairie à 10 heures, influencée par des
frontière est une passoire pour quiconque a la peau camarades du centre. « On m’a dit qu’un homme
suffisamment claire pour ne pas être contrôlé. « La pouvait nous faire passer, qu’on le paierait à notre
migration n’est pas une honte, il n’y a pas de raison arrivée à Bayonne. Mais je suis à la frontière et il ne
de la cacher », clame-t-il pour justifier le fait de s’être répond pas au téléphone. Il nous a dit plus tôt qu’il
installés en plein centre-ville. y avait trop de contrôles et qu’on ne pourrait pas
Ion voit une majorité de Subsahariens. Peu de passer pour l’instant », confie-t-elle, dépitée, en fin
Marocains et d’Algériens, qui auraient « leurs propres de matinée. Elle restera bloquée jusqu’en fin d’après-
réseaux d’entraide ». « On dit aux gens de ne pas midi à Behobia, le deuxième pont, avant de se résoudre
traverser la Bidassoa ou longer la voie ferrée. On à retourner à la Cruz Roja pour la nuit.

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Au même moment, sur le parking précédant le pont n’a plus de nouvelles depuis le jour du drame et les
de Santiago, de jeunes Maghrébins tuent le temps, amis qui l’ont connu sont sûrs d’eux », expliquait une
allongés dans l’herbe ou assis sur un banc. Tous ont militante vendredi 22 octobre. Selon le procureur de
des parcours de vie en pointillés, bousillés par « el Bayonne, contacté cette semaine par Mediapart, les
ghorba » («l’exil»), qui n’a pas eu pitié d’eux, passés victimes ont depuis été identifiées, à la fois grâce à
par différents pays européens sans parvenir à s’établir. l’enquête ouverte mais aussi grâce aux proches qui se
« Huit ans que je suis en Europe et je n’ai toujours sont signalés.
pas les papiers », lâche Younes*, un jeune Marocain La mosquée d’Irun a également joué un rôle primordial
vivant depuis un mois dans un foyer à Irun. Mokhtar*, pour remonter la trace des harragas décédés. «On a
un harraga (migrant parti clandestinement depuis les été plusieurs à participer, dont des associations. J'ai
côtes algériennes) originaire d’Oran, abonde : « L’exil été en contact avec les familles des victimes et le
nous détruit, je me dis des fois qu’on aurait mieux fait consulat d'Algérie, qui a presque tout géré. Les corps
de rester auprès des nôtres. Mais aujourd’hui, c’est ont été rapatriés en Algérie samedi 30 octobre, le
impossible de rentrer sans avoir construit quelque rescapé tient le coup moralement», détaille Mohamed,
chose... » La notion «d’échec », le regard des autres un membre actif du lieu de culte. Dès le 18 octobre, la
seraient insoutenables. page Facebook Les Algériens en France dévoilait le
nom de deux des trois victimes, Faisal Hamdouche, 23
ans, et Mohamed Kamal, 21 ans.
À quelques mètres de Mokhtar, sur un banc, deux
jeunes Syriens se sont vu notifier un refus d’entrée,
au motif qu’ils n’avaient pas de documents d’identité :
« Ça fait quatre fois qu’on essaie de passer et qu’on
nous refoule », s’époumone l’aîné, 20 ans, quatre
Deux jeunes Syriens se sont vu notifier un refus d'entrée
tickets de « topo » à la main. Son petit frère, âgé
par la police aux frontières, entre Irun et Hendaye. © NB de 14 ans, ne cesse de l’interroger. « On ne va pas
Chaque jour, Mokhtar et ses amis voient des dizaines pouvoir passer ? » Leur mère et leur sœur, toutes
de migrants tenter le passage du pont qui matérialise deux réfugiées, les attendent à Paris depuis deux ans ;
la frontière. « Les Algériens qui sont morts étaient l’impatience les gagne.
passés par ici. Ils sont même restés un temps dans
notre foyer. Avant qu’ils ne passent la frontière, je
leur ai filé quatre cigarettes. Ils sont partis de nuit, en
longeant les rails de train depuis cet endroit, pointe-t-
il du doigt au loin. Paix à leur âme. Cette frontière est
l’une des plus difficiles à franchir en Europe. » L’autre
drame humain est celui des proches des victimes,
ravagés par l’incertitude faute d’informations émanant
des autorités françaises. M., 20 ans, et son petit frère, attendent impatiemment le bus qui
leur permettra de rejoindre leur mère réfugiée en France. © NB

Les proches des victimes plongés dans Jeudi midi, les Syriens, mais aussi le groupe d’exilés
l’incertitude renseignés par Irungo Harrera Sarea, sont tous à Pausa,
« Les familles ne sont pas prévenues, c’est de la à Bayonne. Certains se reposent, d’autres se détendent
torture. On a des certitudes sur deux personnes. dans la cour du lieu d’accueil, où le soleil cogne. «
La mère de l’un des garçons a appelé l’hôpital, le C’était un peu difficile mais on a réussi, confie Fofana,
commissariat… Sans obtenir d’informations. Or elle un jeune Ivoirien, devant le portail, quai de Lesseps.

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Ça me fait tellement bizarre de voir les gens circuler derrière le parcmètre pour jouer, à l’abri du soleil, sur
librement, alors que nous, on doit faire attention. Je un téléphone. Une dernière étape, qui comporte elle
préfère en rire plutôt qu’en pleurer. » aussi son lot de risques : certains chauffeurs des cars
Si les exilés ont le droit de sortir, ils ne doivent pas « Macron » réclament un document d’identité à la
s’éloigner pour éviter d’être contrôlés par la police. montée, d’autres pas.
« On attend le car pour aller à Paris ce soir », ajoute Boite noire
M., le Syrien, tandis que son petit frère se cache * Le prénom a été modifié.

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