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Analyse et perspectives

énergétiques mondiales
par Christian NGÔ
Edmonium Conseil

1. De l’énergie : pour quoi faire ? ............................................................. BE 8 515 - 2


2. Évolution de la demande énergétique ................................................ — 2
3. Pétrole, gaz naturel et charbon : la dépendance............................. — 3
4. Énergie et effet de serre......................................................................... — 4
5. Qu’en est-il des réserves de pétrole, de gaz naturel
et de charbon ? ......................................................................................... — 6
6. Le défi énergétique .................................................................................. — 7
7. Toujours plus d’énergies renouvelables ............................................ — 7
8. Quel futur pour l’énergie nucléaire ?.................................................. — 10
9. Électricité ................................................................................................... — 11
10. Stocker l’électricité et l’énergie thermique...................................... — 12
11. Sobriété et efficacité énergétique....................................................... — 12
12. Trop d’énergie pour l’habitat ................................................................ — 13
13. Transports et pétrole............................................................................... — 13
14. Hydrogène : du rêve à la réalité ........................................................... — 14
15. Imaginer le futur ....................................................................................... — 14
Pour en savoir plus ........................................................................................... Doc. BE 8 515

’énergie est indispensable au développement économique. Les civilisations


L modernes se sont développées depuis environ deux siècles grâce aux
combustibles fossiles qui ont permis de disposer de sources d’énergie
concentrées et peu chères. Ils couvrent environ 80 % des besoins énergétiques
mondiaux mais sont en quantité finie. De plus, l’utilisation des combustibles
fossiles rejette du gaz carbonique ce qui augmente l’effet de serre. Le défi
énergétique auquel l’humanité est confrontée aujourd’hui dans le domaine
énergétique est de réduire les émissions de CO2 et, progressivement, de subs-
tituer les combustibles fossiles par d’autres sources d’énergie n’émettant pas
de CO2 (dites décarbonées). Pour répondre à ce défi, il faut faire des écono-
mies d’énergie, utiliser des dispositifs plus efficaces et utiliser à grande échelle
des sources d’énergies décarbonées (renouvelables et nucléaire). Les princi-
paux usages de l’énergie sont, par ordre de consommation décroissante, la
production d’énergie thermique, les transports et l’électricité.
L’électricité est produite, au niveau mondial, majoritairement avec du
charbon mais ce vecteur énergétique peut néanmoins être généré pratique-
ment à partir de toutes les sources d’énergie, notamment les sources
décarbonées. En revanche, les transports dépendent presque entièrement du
pétrole. Pour ce qui est de la chaleur ou du froid, on pourrait, dans le principe,
se passer dans le futur de combustibles fossiles.

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ANALYSE ET PERSPECTIVES ÉNERGÉTIQUES MONDIALES __________________________________________________________________________________

Le stockage de l’énergie est le point faible de la filière énergétique et de gros


progrès restent à faire dans ce domaine qui est notamment essentiel pour
exploiter les sources d’énergie intermittentes. L’habitat et les transports
consomment une bonne part de l’énergie mondiale. Des gains importants en
matière d’énergie sont possibles dans l’habitat. Par contre, pour les transports,
le problème est plus difficile. L’hydrogène, vecteur énergétique sur lequel
beaucoup pariaient à court terme pour les transports, sera surtout utile pour
fabriquer des carburants liquides et pour la pétrochimie. Il faut aussi noter que
la quantité d’énergie que peut délivrer une source n’est pas le seul paramètre
important et que l’on a parfois aussi besoin de grandes puissances dans cer-
taines applications industrielles, fortes puissances continues que beaucoup de
sources renouvelables sont incapables de fournir.
Dans ce dossier, un panorama du domaine énergétique introduit les nom-
breux dossiers des techniques de l’ingénieur relatifs à ce sujet.

1. De l’énergie : pour quoi L’unité d’énergie est le joule avec tous ses multiples :
1 kJ = 103 J ; 1 MJ = 106 J ; 1 GJ = 109 J ; 1 TJ = 1012 J ;
faire ? 1 PJ = 1015 J ; 1 EJ = 1018 J.
On utilise aussi souvent le kWh (1 kWh = 3,6 106 J
L’énergie est indispensable au développement économique de = 3,6 MJ = 103 Wh) et ses multiples 1 MWh = 103 kWh ;
l’humanité et à l’élévation du niveau de vie des êtres humains. 1 GWh = 106 kWh ; 1 TWh = 109 kWh.
Cette énergie est principalement consommée sous forme ther- 1 kWh d’électricité peut être produit à un coût de l’ordre de
mique (chaleur ou froid), pour les transports ou pour produire de 0,03 € avec des sources d’énergie comme l’hydraulique ou le
l’électricité utilisée dans de multiples applications de la vie nucléaire. 1 kWh représente l’énergie cinétique d’un camion
courante. La nourriture est aussi une forme d’énergie mais elle de 10 t roulant à 100 km/h ou l’énergie qu’il faut fournir pour
n’est pas comptabilisée dans les bilans énergétiques. C’était la remonter 3 600 L à une hauteur de 100 m.
source principale d’énergie de l’homme primitif dont l’alimentation
était beaucoup plus pauvre que celle que nous avons aujourd’hui
dans les pays développés. Le contenu énergétique de la nourriture Accéder à l’énergie a permis de faire des progrès dans de nom-
ne représente plus aujourd’hui que de l’ordre de 5 % de l’énergie breux domaines. Cela s’est traduit par une augmentation
consommée au niveau mondial. considérable de l’espérance de vie depuis un peu plus de 200 ans.
En France, par exemple, l’espérance de vie était de moins de 30
ans avant la révolution de 1789, d’une cinquantaine d’années en
Il faut environ 2,7 kWh de nourriture par jour pour assurer le 1900 et elle atteint maintenant 80 ans. Les habitants des pays qui
métabolisme de base d’un être humain moyen. Cela corres- n’ont aujourd’hui pas accès à l’énergie ont malheureusement une
pond à une puissance moyenne de 110 W, soit celle d’une espérance de vie bien inférieure à celle des pays développés : elle
lampe à incandescence assurant un bon éclairage dans une peut être de l’ordre d’une quarantaine d’années seulement.
pièce. Cela montre la grande efficacité énergétique des êtres
vivants. Le fonctionnement du cerveau d’un être humain
consomme environ 20 % de cette énergie. Une femme
enceinte à besoin d’un supplément d’environ 90 kWh pour
2. Évolution de la demande
concevoir un bébé pendant 9 mois. À titre de comparaison, un
litre d’essence a un contenu énergétique d’environ 10 kWh.
énergétique
L’énergie primaire correspond à de l’énergie avant transforma-
tion. C’est par exemple le cas du pétrole brut, du charbon ou de
On réalise l’importance de l’énergie dans la civilisation moderne l’eau d’un barrage. L’énergie secondaire est obtenue après
lorsque l’on en est privé : panne d’électricité générale dans une transformation : essence ou gasoil à partir du pétrole, charbon de
maison ou un immeuble, absence de transports en commun à bois à partir du bois, électricité à partir du gaz naturel, etc. L’éner-
cause d’une grève, s’il faut monter 10 étages à pieds lorsque gie finale est celle utilisée par le consommateur comme l’électricité
l’ascenseur est en panne, lorsqu’il n’y a pas de chauffage dans un arrivant au domicile, où le fioul domestique. Enfin, l’énergie utile
logement par temps froid, etc. Le consommateur des pays riches a est celle utilisée réellement pour l’usage requis.
aujourd’hui pris l’habitude d’avoir de l’énergie quand il le veut et Exemple : si nous utilisons une perceuse électrique alimentée par
de plus en plus où il le veut avec les équipements nomades. Cette de l’électricité d’origine nucléaire, l’énergie primaire correspond à
situation est néanmoins récente et vient du fait que nous dispo- l’énergie potentiellement contenue dans l’uranium, l’énergie secon-
sons de sources d’énergie abondantes depuis près de deux siècles daire est l’électricité produite dans la centrale nucléaire (environ le
dont la majeure partie vient des combustibles fossiles. Actuel- tiers de l’énergie primaire), l’énergie finale celle qui arrive au
lement, avec 10 centimes d’euros, on peut acheter assez d’énergie compteur électrique du consommateur (après les pertes dues au
(sous forme d’électricité ou de pétrole) pour produire plus de tra- transport) et l’énergie utile est l’énergie mécanique utilisable par le
vail mécanique que ne peut en fournir un travailleur manuel dans foret de la perceuse (elle peut être environ la moitié de l’énergie
une journée. finale).

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La tonne équivalent pétrole (tep) permet de comparer des

2000
énergies de natures différentes comme l’éolien avec le
pétrole, par exemple. C’est une quantité définie par 6

Population mondiale (milliards d’habitants)


convention qui n’est pas à proprement parler une unité.

1987
Le baril de pétrole est un volume correspondant à 159 litres.

1975
La demande énergétique augmente régulièrement pour deux
4
raisons :

1960
– la première est liée à l’augmentation de la population mon-
diale. Il y a, chaque jour, presque 200 000 habitants supplémen-
taires sur la Terre [un peu plus de 350 000 naissances (4 par
seconde) pour presque 160 000 décès] ;

1930
– la seconde est l’augmentation du niveau de vie des pays en
2
voie de développement qui ne peut se faire sans consommer de
plus en plus d’énergie. Or, presque 2,8 milliards d’habitants vivent

1800
avec moins de 2 $ par jour et la croissance de la demande énergé-
tique se trouve et va surtout avoir lieu dans les pays en dévelop-
pement.

0
Ainsi, en une vingtaine d’années la Chine a augmenté sa
1800 1850 1900 1950 2000
consommation de pétrole de 190 % alors que cette augmentation n’a
été que de 16 % aux États-Unis pour la même période. Année

a années où la population mondiale augmente d’un


La consommation mondiale d’énergie primaire est passée nouveau milliard d’habitants (données de Wikipédia)
d’environ 1 Gtep en 1900 à 10 Gtep en 2000 (11,7 Gtep en 2006).
On estime qu’elle devait être de 0,2 Gtep en 1800. L’augmentation
de la consommation mondiale d’énergie est bien supérieure à celle

2006
de la population qui est passée d’environ 1 milliard d’habitants en 12
Énergie primaire mondiale (Gtep)

1800 à 6,7 milliards aujourd’hui. La figure 1a montre les années où


la population mondiale a franchi un milliard d’habitants en plus et 11

2000
la figure 1b la consommation mondiale d’énergie primaire pour
quelques années choisies. 10

Entre 1900 et 2000 la population mondiale a été multipliée par 9


environ 3,6 alors que la consommation d’énergie a été multipliée

1985
par 10. Cette différence vient de ce qu’il y a eu simultanément une 8
augmentation de la population mondiale et un accroissement du
7

1973
niveau de vie d’une grande partie des habitants de la planète.
6

Avec une croissance énergétique comme celle que l’on 5


connaît depuis le début du siècle, d’environ 2 %/an, on devrait
consommer ≈ 7 fois plus d’énergie en 2100 qu’en 2000. Cela ne 4

1960
peut être possible dans une civilisation utilisant majoritaire-
ment les combustibles fossiles comme c’est le cas aujourd’hui. 3
1950

2
1925
1900
1800

3. Pétrole, gaz naturel 0


1800 1850 1900 1950 2000
et charbon : la dépendance Année

b consommation mondiale d’énergie primaire


Depuis environ deux siècles, le monde a connu une croissance
importante en exploitant des ressources énergétiques concentrées
Figure 1 – Augmentation de la population mondiale
et peu chères : les combustibles fossiles. La révolution industrielle et de la consommation mondiale d’énergie primaire entre 1800 et
a démarré grâce au charbon et l’évolution s’est poursuivie avec le 2006
pétrole et le gaz. Ce n’est que vers le début du 20e siècle que les
combustibles fossiles ont supplanté les énergies renouvelables.
Avec une énergie peu chère et abondante, l’Homme a pu constate que les combustibles fossiles (charbon, pétrole et gaz
consacrer toute son énergie à développer des domaines qui ont naturel) représentent 80 % de cette consommation.
eut une importance capitale pour l’accroissement du niveau de vie
En évaluant la contribution d’une source d’énergie en tep, il y a
de la population mondiale et sur ses conditions de vie.
une part d’arbitraire dont il faut prendre garde. Ainsi, au niveau de
Pour ce qui est de l’énergie, le monde actuel repose en grande l’énergie primaire, le nucléaire contribue presque 3 fois plus que
partie sur les combustibles fossiles. Cela est illustré par la figure 2 l’hydraulique (6,2 % contre 2,2 %). Or, l’hydraulique et le nucléaire,
qui montre, au niveau mondial pour l’année 2006, la répartition de toutes deux utilisées pour générer de l’électricité, en produisent à
l’énergie primaire entre les différentes sources d’énergie. On peu près la même quantité (16 % de l’électricité mondiale est

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Autres renouvelables Usages non énergétiques


0,6 % 6,3 %
Pertes
Hydraulique 31,1 %
2,2 % Autres
Nucléaire 21,0 %
6,2 %
Charbon
26 %
Biomasse
10,1 %

Industrie
11,2 %
Électricité
Gaz 11,5 %
20,5 % Transports
18,8 %

11,7 Gtep utilisés en 2005


Pétrole
34,4 % L’industrie, les transports et autres (habitat, agri-culture, etc.) sont
comptabilisés hors électricité

Figure 2 – Répartition de la consommation mondiale d’énergie a énergie primaire mondiale


primaire en 2006 (données de Keyworld Energy Statistics, 2008,
Agence internationale de l’énergie)

Industrie et usages non énergétiques


36 % Transports
28 %
Autres renouvelables
Nucléaire 3,6 %
2,5 %

Hydraulique Charbon/tourbe
2,7 % 15,4 %

Biomasse et déchets
13,1 %

Résidentiel, tertiaire, agriculture


36 %

b énergie finale

Gaz naturel Pétrole Figure 4 – Répartition de l’énergie en 2006 entre différents usages
18,7 % 44 % (données calculées à partir de Keyworld Energy Statistics, 2008, Agence
internationale de l’énergie)

Figure 3 – Répartition de l’énergie finale mondiale en 2006 selon les


sources d’énergie (données calculées à partir de Keyworld Energy cation du bitume des routes, par exemple. Il convient de noter que
Statistics, 2008, Agence internationale de l’énergie) pour ce qui concerne l’industrie, les transports et les autres appli-
cations, qui sont pour l’essentiel la production de chaleur ou de
froid pour l’habitat, l’usage de l’électricité n’a pas été comptabilisé.
produite par l’hydraulique contre 14,8 % par le nucléaire). Ce fac- On note aussi l’importance des pertes entre l’énergie primaire et
teur 3, au niveau de l’énergie primaire, vient de ce qu’une centrale l’énergie finale dont une bonne part a lieu lors de la production
hydraulique a un rendement de production électrique proche de d’électricité. Même si l’on peut en partie réduire ces pertes, une
100 % alors qu’il n’est que de l’ordre du tiers pour les réacteurs grande part vient de lois physiques comme le principe de Carnot.
nucléaires actuels.
La consommation d’énergie finale était de 8,1 Gtep en 2006 alors
que la quantité d’énergie primaire consommée était de 11,7 Gtep.
Cela représente une perte de 3,6 Gtep soit 30 %. La figure 3
montre la répartition de la consommation d’énergie finale selon
4. Énergie et effet de serre
les sources d’énergie.
Si l’effet de serre n’existait pas, la température moyenne à la
L’ensemble des combustibles fossiles représente encore 78 % de surface de la Terre serait de – 18 oC. L’eau serait sous forme de
l’énergie finale. glace et la vie ne pourrait exister telle que nous la connaissons.
La figure 4 montre la répartition de l’énergie primaire et de Heureusement l’effet de serre naturel, qui résulte de la présence
l’énergie finale en fonction des usages. Une petite partie des sour- de gaz en faibles quantités dans l’atmosphère, comme la vapeur
ces d’énergie sert à des usages non énergétiques comme la fabri- d’eau ou le gaz carbonique (CO2), augmente la température

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Autres Procédés industriels


Gaz naturel 0,4 % (hors énergie) Déchets
19,4 % 6,6 % 0,1 %
Charbon/tourbe
41,7 %
Transports
Industrie
22,5 %
15,9 %

Autre
combustion
d’énergie
7,4 %

Pétrole
38,5 % Résidentiel-tertiaire Production d’électricité
15,7 % et de chaleur
28 Gt de CO2 émis en 2006 31,8 %

a Europe
Figure 5 – Répartition des émissions mondiales de CO2 provenant
du secteur de l’énergie en 2006 (données de Keyworld energy
statistics, 2008, Agence internationale de l’énergie)
Procédés industriels
(hors énergie) Déchets
moyenne de 33 oC. Elle est donc de 15oC ce qui rend notre planète 5,1 % 0,4 %
habitable pour la vie telle que nous la connaissons. Si l’effet de
serre est essentiel, sa légère augmentation à cause des activités
Transports
humaines est préoccupante. Une grande part de cet accroissement Industrie
33,8 %
vient de l’utilisation des combustibles fossiles à des fins énergé- 19,7 %
tiques. Le CO2 est le gaz qui a la plus forte contribution à l’effet de
serre d’origine humaine mais d’autres gaz ont aussi un effet
comme le méthane, CH4 (23 fois plus nocif que le CO2 si l’on Autre
considère son effet à un siècle), les oxydes d’azote, etc. L’eau est combustion
aussi un puissant gaz à effet de serre et a une part importante d’énergie
dans l’effet de serre naturel, mais les émissions de vapeur d’eau 7,4 %
d’origine humaine, sont heureusement négligeables par rapport
celles issue du milieu naturel (évaporation des océans, par
exemple) et ne jouent aucun rôle dans l’accroissement de l’effet de
Résidentiel-tertiaire Production d’électricité
serre. Environ 28 Gt de CO2 ont été émis en 2006 lors de l’usage 22,4 %
des combustibles fossiles. La contribution de chacun d’entre eux et de chaleur
est indiquée sur la figure 5. 11,1 %

Le CO2 représentait, en 2004 (source IEA), 76,7 % des émissions b France


mondiales de gaz à effet de serre (CO2, CH4, N2O…). Le secteur
énergétique contribue quant à lui à presque 85 % des émissions de Figure 6 – Répartition des émissions de CO2 par secteur en 2005 en
CO2. La figure 6 montre, pour l’Europe et la France, la répartition France et en Europe
des émissions de CO2 selon les différents secteurs : seuls les
procédés industriels (hors énergie) et les déchets ne sont pas
comptabilisés dans le secteur énergie. Grâce à l’énergie nucléaire combustibles fossiles. Avec les connaissances actuelles, les
et l’hydraulique, la France émet peu de CO2 dans le secteur électri- experts du GIEC (Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évo-
cité et chaleur, ce qui a pour conséquence d’augmenter en pour- lution du climat ou Intergovernmental Panel on Climate Change)
centage les autres secteurs. prédisent une augmentation de la température comprise entre
1,8 K et 4 K (en moyenne car la fourchette peut être un peu plus
large) d’ici la fin du siècle. La valeur haute représente une variation
Rappelons qu’un Français émet, en moyenne, 40 % moins analogue à celle correspondant à la transition d’une période gla-
de CO2 qu’un Allemand et 75 % fois moins qu’un Luxembour- ciaire à une période interglaciaire. Le changement climatique est
geois. donc énorme.
Tous les combustibles fossiles émettent du CO2 en brûlant. Mais
Actuellement, les activités humaines émettent environ deux fois plus le rapport du nombre d’atomes d’hydrogène sur le nombre
plus de CO2 que ce que les processus naturels peuvent absorber. d’atomes de carbone qu’ils contiennent est élevé, moins ils en
Chaque année la moitié du gaz carbonique émis par les activités émettent par unité d’énergie produite. Par ailleurs, pour un même
humaines reste donc dans l’atmosphère terrestre et augmente la combustible, un meilleur rendement d’utilisation réduit les émis-
concentration en CO2, donc l’effet de serre. sions. Ainsi, une installation électrogène à cycle combiné à
gaz-vapeur, avec un rendement électrique de l’ordre de 55 %, émet
Cette augmentation a pour conséquence d’augmenter la tempé- moins de CO2 par kWh d’électricité produit qu’une centrale à
rature moyenne de la planète. Cela peut induire un changement vapeur simple ayant un rendement de 45 %.
climatique dont l’ampleur n’est pas encore prédite de manière pré-
cise car les modèles ne prennent pas complètement en compte La valeur précise de la production de CO2 varie bien sûr selon la
tous les effets qui interviennent dans le phénomène. De plus, cela technologie utilisée et la qualité du combustible lorsqu’il s’agit du
dépend de la manière dont l’humanité consommera les charbon, mais les ordres de grandeur sont les suivants : produire

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1 kWh d’électricité avec du charbon émet environ 1 000 g de CO2,


avec du pétrole environ 750 g et avec du gaz 500 g. La France
produit son électricité à 90 % sans émettre de CO2 (hydraulique et
nucléaire) aussi un français émet en moyenne 1,8 fois moins de Fédération de Russie
CO2 qu’un Allemand et 2,9 fois moins qu’un habitant des
États-Unis. Vénézuela

Émirat Arabes Unis


La quantité de CO2 émise en moyenne pour produire 1 kWh
électrique est différente selon le pays puisque les moyens de Koweït
production sont différents. La France, qui ne produit que 10 %
de son électricité avec des centrales thermiques, émet 80 g de Irak
CO2/kWh. C’est beaucoup moins que l’Allemagne (600 g/kWh),
le Danemark (840 g/kWh) ou l’Espagne (480 kg/kWh) qui Iran
disposent d’un parc éolien important mais qui produisent une
grande part de leur électricité avec des combustibles fossiles. Arabie Saoudite

0 10 20 30 40
Réserves prouvées (Gt)
Une voiture, qui émet 140 g de CO2/km (soit une consommation
d’essence de 6 L/100 km) rejette 2,1 t de CO2 par an si elle parcourt Figure 7 – Pays ayant les plus grandes réserves de pétrole
15 000 km (ce qui est l’ordre de grandeur de la distance moyenne conventionnel fin 2007 (données de BP Statistical review of world
parcourue dans l’année par un automobiliste français). energy, 2008)

Les émissions de CO2 sont directement proportionnelles à


la consommation de carburant. Les facteurs de conversion
sont les suivants :
Vénézuela
1 litre d’essence ⇔ 2, 35 kg de CO 2
Nigéria
1 litre de gasoil ⇔ 2,69 kg de CO 2
États-Unis

Émirat Arabes Unis


Les valeurs d’émissions annoncées dans les brochures des
véhicules ont été mesurées dans des conditions normalisées qui Arabie Saoudite
n’ont rien à voir avec un usage courant. Aussi, dans la pratique,
ces émissions, et donc les consommations, sont toujours sensible- Qatar
ment supérieures. Iran
Fédération de Russie

5. Qu’en est-il des réserves 0 10 20 30 40 50


de pétrole, de gaz naturel Réserves prouvées (Tm3)

et de charbon ? Figure 8 – Pays ayant les plus grandes réserves de gaz naturel
fin 2007 (données de BP Statistical review of world energy, 2008)

Les combustibles fossiles ont été formés il y a des centaines de


millions d’années par la nature à partir de biomasse marine ou ter- Les réserves de gaz naturel sont du même ordre de grandeur
restre. Malheureusement, ils sont en quantités finies et seront un que celles du pétrole, mais comme on en consomme moins, elles
jour pratiquement épuisés. Cela peut être rapide si on les peuvent durer plus longtemps. Notons qu’il est possible de fabri-
consomme abondamment ou plus lent si on est économe, mais, quer du pétrole à partir du gaz naturel. La Fédération de Russie et
dans tous les cas, ils deviendront rares un jour. Notre civilisation l’Iran sont les pays qui ont les plus grandes réserves comme le
reposant largement, en matière énergétique, sur de tels montre la figure 8.
combustibles, il va falloir progressivement s’en passer et les rem- C’est le charbon qui a les réserves les plus importantes. À ce
placer par d’autres ressources. Aurons-nous fait cette transition titre c’est un combustible fossile d’avenir car il sera le dernier utili-
avant qu’ils soient complètement épuisés (au sens économique du sable lorsque le pétrole et le gaz seront rares. Par ailleurs, il est
terme) ou irons-nous jusqu’à leur épuisement complet ? Nous important de noter qu’il est et qu’il sera possible de fabriquer du
n’avons pour le moment pas assez d’éléments pour répondre à pétrole à partir du charbon mais au prix d’une pollution impor-
cette question où d’autres facteurs que scientifiques et techno- tante. La répartition du charbon dans le monde est différente de
logiques interviennent. celle des hydrocarbures et du gaz naturel comme le montre la
figure 9 qui indique les 8 pays possédant les plus grandes
Nous sommes sans doute très près d’avoir épuisé la moitié du
réserves.
pétrole dit conventionnel. Il en reste environ 140 Gt ce qui, au
rythme de la consommation actuelle, représente une quarantaine Il existe aussi des pétroles non conventionnels comme les
d’années. La planète va être de plus en plus dépendante du extra-lourds, les schistes bitumineux ou les sables asphaltiques.
Moyen-Orient où se trouve une grande partie des réserves. La Les réserves sont considérables, mais leur extraction demande
figure 7 illustre cela en montrant, par ordre décroissant, les 7 pays plus d’énergie que pour le pétrole traditionnel et génère plus de
qui possèdent les plus grandes réserves. pollution.

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Compte tenu de ces deux contraintes, le défi énergétique du


XXIe siècle a deux volets :
– réduire les émissions de CO2 ;
Kazakhstan – remplacer progressivement les énergies fossiles par des
sources d’énergie décarbonées.
Ukraine

Afrique du Sud

Inde
7. Toujours plus d’énergies
Australie
renouvelables
Chine

Fédération de Russie Les énergies renouvelables ont été, avec les animaux et parfois
les esclaves, les sources d’énergie qui ont été exploitées le plus
USA longtemps par les civilisations humaines. On pourrait croire, à tort,
que nous utilisons moins d’énergie renouvelables aujourd’hui que
0 50 100 150 200 250
nos ancêtres. Or, il n’en est rien. On estime qu’en 1800 l’humanité,
Réserves prouvées (Gt) composée d’environ 1 milliard d’habitants, consommait environ
0,2 Gtep d’énergie primaire. C’était essentiellement de la
Figure 9 – Pays ayant les plus grandes réserves de charbon fin 2007 biomasse ; l’énergie du vent ou de l’eau étant marginales.
(données de BP Statistical review of world energy, 2008)
Aujourd’hui, environ 3 milliards d’habitants utilisent la biomasse
comme source principale d’énergie, ce qui représente un peu plus
de 1 Gtep. À cela il faut rajouter l’hydraulique qui produit près de
On a encore plusieurs décennies de pétrole conventionnel et 17 % de l’électricité mondiale et les autres sources d’énergie
sans doute jusqu’à la fin du siècle de pétrole non convention- renouvelables qui, bien que moins importantes, contribuent au
nel (off-shore profond, sables asphaltiques, schistes bitumi- bilan énergétique mondial. Les énergies renouvelables ont donc
neux…, à un prix qui sera supérieur à celui que l’on connaît loin d’avoir disparues mais elles ont été complétées par une utili-
aujourd’hui. C’est important à savoir en ce qui concerne les sation massive des combustibles fossiles. Ce sont ces derniers qui
transports qui dépendent presque exclusivement du pétrole. ont fait la richesse de l’humanité et c’est sans doute grâce à eux
(directement et indirectement) que la population mondiale a autant
augmenté depuis 2 siècles.
Pour répondre au défi énergétique, il va falloir petit à petit subs-
tituer une partie des combustibles fossiles par des énergies décar-
6. Le défi énergétique bonées, dont les énergies renouvelables. Cela va prendre du
temps car certaines énergies renouvelables ne sont pas encore
rentables économiquement et des subventions sont souvent
Comme cela a été mis en évidence ci-dessus, nous sommes nécessaires pour assurer leur développement. De plus, les éner-
confrontés aujourd’hui à un défi énergétique qui a deux volets gies renouvelables sont des énergies peu intenses (3 600 litres
avec des échelles de temps différentes pour répondre à deux d’eau à une hauteur de 100 m représentent 1 kWh alors que cette
contraintes de nature différente. quantité d’énergie est contenue dans 85 g d’essence) et certaines
sont intermittentes.
La première est la possibilité d’un changement climatique
important dû à l’émission de gaz à effet de serre provenant des Mises à part la géothermie et certaines énergies des mers,
activités humaines. Il faut donc rapidement réduire les émissions toutes les énergies renouvelables ont pour origine l’énergie solaire
de CO2 en ayant de plus en plus recours à des sources d’énergie qui apparaît comme une énergie d’avenir.
décarbonées, c’est-à-dire qui n’en n’émettent pas en fonction-
nement. Pour le moment, ces sources se réduisent à l’énergie La chaleur solaire peut être utilisée directement ou de manière
nucléaire et aux énergies renouvelables. Ces dernières ont concentrée pour atteindre de fortes températures. Le rayonnement
aujourd’hui une contribution mineure au bilan énergétique. Une solaire peut aussi être transformé en électricité en utilisant l’effet
autre solution consiste en la capture et le stockage de CO2 dans photovoltaïque. De nouvelles technologies utilisant des couches
des installations centralisées utilisant des combustibles fossiles. minces organiques ou inorganiques permettront, à une date
Cette solution est à l’étude et quelques démonstrateurs en vrai encore indéterminée, de produire de l’électricité à un coût
grandeur existent mais cela restera quantitativement marginal car compétitif avec celui des autres sources d’énergie, ce qui n’est
il faudrait, pour simplement stocker une dizaine de pour cents des malheureusement pas encore le cas aujourd’hui.
émissions en surplus par rapport à ce que la nature peut absorber, L’énergie solaire est aussi responsable de l’évaporation de l’eau,
être capable de construire environ 1 400 centrales de capture et de notamment des océans et des mers qui représentent 71 % de la
stockage de CO2 d’une capacité de 1 Mt de CO2/an. Capturer et surface terrestre. Cette eau, en retombant sur la surface terrestre
stocker quelques pour cents du CO2 mondial émis à l’horizon 2050 sous forme de pluie, de neige ou de grêle, peut être concentrée. En
serait déjà un succès mais c’est insuffisant pour résoudre le pro- utilisant l’énergie de gravitation, on peut alors produire de l’électri-
blème des émissions auquel nous sommes confronté à l’échelle de cité. L’hydraulique est un des moyens les plus efficaces et
la planète. économique de produire de l’électricité et c’est une des premières
sources utilisées lorsque la configuration d’un pays le permet.
La deuxième contrainte vient du fait que l’économie mondiale
repose en grande partie sur les combustibles fossiles qui sont
épuisables. À la fin du siècle, le pétrole et le gaz seront plus rares
puis ce sera plus tard le tour du charbon. Il faut donc progres- En France, en 1960, 56 % de l’électricité était produite par
sivement apprendre à se passer des combustibles fossiles mais l’hydraulique. Malheureusement, les sites possibles sont limi-
l’échelle de temps pour le faire est plus longue que celle liée à la tés et c’est une des raisons pour laquelle il a fallu développer
problématique de l’augmentation de l’effet de serre. de nouveaux moyens de production.

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L’énergie du vent vient aussi de l’énergie solaire puisque la sur- des océans. C’est donc un concentré de l’énergie du vent qui a
face de la terre n’en reçoit pas la même quantité en chaque point, pour origine l’énergie solaire. Des études sont en cours pour
ce qui crée des différences de température et donc des mouve- l’exploiter. Une des difficultés des dispositifs correspondants est
ments d’air. de pouvoir résister aux tempêtes. Dans les régions chaudes, la
La géothermie a deux origines. La première vient de l’énergie température de l’eau des mers ou des océans chauffée par le soleil
d’accrétion dégagée lors de la formation de notre planète, il y a peut être de l’ordre de 28 oC alors que l’eau à 1 000 m de profon-
environ 4,5 milliards d’années, la seconde, qui contribue pour deur est à une température de 4 oC. Il est donc possible de mettre
environ 90 % à l’énergie de géothermie, vient de l’énergie libérée en œuvre une machine thermique fonctionnant avec ces sources
lors de la décomposition radioactive de certains noyaux qui sont de chaleur qui sont à des températures différentes : c’est l’énergie
présents depuis l’origine de la Terre. Celle-ci et le reste du système thermique des mers. Le rendement est bien entendu faible et l’on
solaire, dont le Soleil, se sont formés à partir de poussières de est encore loin de la rentabilité mais c’est une ressource d’avenir
vieilles étoiles massives dans lesquelles des éléments lourds considérable. La biomasse marine sera aussi amenée dans le futur
comme le thorium ou l’uranium, ainsi que d’autres noyaux à jouer un rôle important qu’elle soit exploitée en mer ou dans des
radioactifs, ont été synthétisés. réacteurs dédiés sur terre. On pourrait par exemple produire des
agrocarburants (dits de 3e génération) avec des rendements d’un
La biomasse végétale pousse grâce à l’énergie solaire mais il ordre de grandeur supérieur à ce qui peut être produit avec les
faut aussi de l’eau et du gaz carbonique pour le processus de pho- agrocarburants (biocarburants) terrestres. La mer, près des côtes,
tosynthèse. La biomasse conduit aussi à des déchets organiques peut aussi accueillir des éoliennes off-shore. Enfin, à beaucoup
qui sont des sources possibles d’énergie. plus long terme, on pourrait imaginer exploiter l’énergie osmoti-
La mer est aussi source d’énergie même si, pour le moment, la que issue de la différence de pression osmotique qui existe entre
plupart des sources d’énergies d’origine marine ne sont pas de l’eau salée et de l’eau douce séparées par une membrane
encore rentable économiquement ou sont loin d’un stade indus- semi-perméable.
triel. Ce n’est pas le cas de l’usine marémotrice de la Rance, qui, Les ordres de grandeur du bilan annuel en énergie sont indiqués
avec une puissance de 240 MW, est la plus puissante au monde. dans la figure 10 en exajoules. La quantité d’énergie que l’on
Elle permet de produire entre 500 et 600 GWh/an. Les marées pourrait réellement récupérer est bien sûr beaucoup plus faible.
résultent des forces de gravitation que la Lune et le Soleil exercent
sur les mers et océans. Il est aussi possible d’utiliser l’énergie des Les énergies renouvelables comme l’hydraulique et la biomasse
courants marins à l’aide d’hydroliennes qui fonctionnent selon le sont largement utilisées car elles sont économiquement rentables.
même principe que les éoliennes mais où l’eau, 1 000 fois plus D’autres le sont dans certaines niches de marché ou sont sur le
dense que l’air mais aussi beaucoup moins rapide, remplace l’air. point de l’être à grande échelle. Certaines, comme le photo-
Les vagues sont issues du vent qui souffle à la surface des mers et voltaïque, ont un fort potentiel mais des ruptures technologiques

Énergie reçue du Soleil


5,62 × 106 EJ

Réflexion dans l’espace


Gravitation (Lune, Soleil)
(Albedo)
Force centrifuge
1,96 × 106 EJ

Conversion en chaleur
2,6 × 106 EJ
Énergie des marées
95 EJ

Cycle de l’eau
1,26 × 106 EJ

Chaleur
Énergie cinétique (Convection et conduction)
(Vent, vagues, courants) 100 EJ
1,17 × 104 EJ

Photosynthèse
1,26 × 103 EJ

Surface terrestre (consommation anthropique d’énergie primaire 2006 : 490 EJ)

Combustibles fossiles Énergie terrestre


0,4 TJ (géothermie, nucléaire, gravitation)

Figure 10 – Ordre de grandeur du bilan annuel d’énergie venant du Soleil complété par celui d’autres sources moins importantes

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Déchets non renouvelables


0,2 % Renouvelables

Nucléaire
6,5 % Autres 0,5 %

Hydraulique 2,2 %
Renouvelables
13,1 %

Biomasse et déchets 10,6 %


Combustibles fossiles
80,2 %

0 5 10
Énergie (%)

Énergie primaire mondiale


Autres renouvelables

Marées 0,0004 %

Solaire 0,039 %

Éolien 0,064 %

Géothermie 0,414 %

0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5


Énergie (%)

Figure 11 – Contribution des énergies renouvelables au bilan des énergies primaires mondiales en 2004
(données de l’Agence internationale de l’énergie)

sont encore nécessaires pour les rendre rentables. Enfin, d’autres, initialement conçu pour alimenter des consommateurs à partir
comme certaines énergies des mers demandent encore de gros d’installations centralisées.
efforts de recherche et de développement pour atteindre un stade
d’industrialisation. Certaines sources ont l’inconvénient d’être intermittentes comme
l’éolien ou le solaire, par exemple. Il faut donc des moyens de stoc-
La figure 11 montre la contribution des énergies renouvelables kage ou des sources d’énergie alternatives pour fournir de l’électri-
au niveau mondial en 2004. Elles représentent 13,1 % de l’énergie cité quand il n’y a pas de vent ou lorsque le soleil est occulté par des
primaire mais la plus grande partie vient de la biomasse et des nuages. Ainsi, l’éolien doit la plupart du temps être complété par
déchets (le bois représente un peu plus de 50 % de la biomasse). une centrale thermique démarrant rapidement si on veut l’utiliser
Les « autres » énergies renouvelables sont en pleine expansion, comme source d’énergie de base et non comme complément. En
certaines étant fortement soutenues avec des aides, des tarifs de Allemagne, où il n’y a qu’un seul régime de vent ; les rendements
rachat de l’électricité produite avantageux, etc. Ces aides sont sont assez faibles : environ 15 % en 2003. Un pays comme la France
nécessaires pour développer une filière et doivent donner à est plus intéressant car il y a 3 régimes de vent principaux si bien
l’exploitant une visibilité sur une échelle de temps suffisante avant qu’il y a plus de chances qu’il y ait du vent quelque part. Dans un
de disparaître lorsque la compétitivité économique est atteinte. pays qui a des centrales thermiques, comme le Danemark par exem-
Mais, même si leur croissance est très rapide, le point de départ ple, l’éolien est intéressant car lorsqu’il y a du vent il permet d’arrê-
représentant une très faible contribution du bilan total, elles ont du ter des centrales thermiques et donc de réduire les émissions de
mal à contribuer de manière notable au bilan énergétique même si CO2. Par contre, dans un pays comme la France, son intérêt est
aujourd’hui leur contribution est certainement supérieure à ce limité. Si l’on remplaçait une centrale nucléaire, qui n’émet pas de
qu’elle était en 2004, notamment en ce qui concerne l’éolien. On CO2 en fonctionnement, par des fermes éoliennes, il faudrait
notera la bonne contribution de la géothermie qui, bien qu’on en compléter celles-ci par des centrales à gaz pour les jours où il n’y a
parle moins que certaines autres énergies renouvelables, a une pas de vent. Ces dernières émettent du CO2 en fonctionnement. Il y
contribution honorable au bilan mondial d’énergie primaire. aurait au total des émissions de CO2. Il faut noter que l’intermittence
Les énergies renouvelables peuvent être utilisées de façon cen- du vent est un fort handicap. La production d’électricité est erratique
tralisée, comme la grande hydraulique par exemple, ou de et peut déstabiliser le réseau lorsque de grandes quantités sont
manière décentralisée comme c’est le cas pour un chauffe-eau injectées de manière aléatoire (on estime à environ 30 % la quantité
solaire installé chez un particulier. Elles peuvent faire office de maximale d’électricité de ce type que l’on peut injecter dans le
stockage comme la biomasse. La possibilité d’injecter de grandes réseau sans le déstabiliser). Par ailleurs, il peut y avoir production
quantités d’électricité de manière décentralisée dans le réseau d’électricité alors qu’il n’y a pas de consommateur si cela se produit
électrique pose de nouveaux problèmes puisque celui-ci avait été aux heures creuses.

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Les investissements à faire dans le domaine des énergies renou-


velables sont considérables. Dans les pays développés, il va falloir
mettre en œuvre des mécanismes financiers analogues à ceux qui
existent dans les pays en voie de développement. Le principe est Autres
de faire du leasing où le consommateur rembourse progressive-
ment son installation, et la consommation d’énergie associée Fédération de Russie
lorsque c’est le cas (pour une pompe à chaleur, par exemple), mais Niger
de telle manière que le montant qu’il paye soit inférieur à ce qu’il
payait avant en utilisant des combustibles fossiles. Brésil
La technologie, l’éducation et la formation sont importants pour
Namibie
développer les énergies renouvelables. La formation des installa-
teurs est en particulier un point critique. Il faut qu’il y ait une for- Afrique du Sud
mation commune pour assurer une continuité dans le temps. Si un
système installé aujourd’hui ne peut être réparé dans 10 ans parce États-Unis
que l’artisan aura disparu pour quelque raison que ce soit et que le
nouvel artisan ne connaît pas la technologie installée, on courre à Canada
une catastrophe et cela risque de stopper le développement des
énergies renouvelables. Kazakhstan

Enfin, il faut utiliser les énergies renouvelables qui sont écono- Australie
miquement intéressantes pour le pays qui les utilise. Il ne faut pas
céder aux modes et développer des sources d’énergies où il est
nécessaire d’importer la technologie et d’utiliser une main- 0 5 10 15 20 25
d’œuvre externe. Réserves mondiales (%)

Figure 12 – Réserves d’uranium dans le monde


(données de World Nuclear Association)

8. Quel futur pour l’énergie


réserves actuelles. Ainsi, le combustible utilisé pendant 40 ans
nucléaire ? dans un réacteur à neutrons lent actuel permettrait de fournir de
l’énergie pendant plus de 5 000 ans avec une technologie à neu-
L’énergie nucléaire est une source d’énergie concentrée, typi- trons rapides. Par ailleurs, si l’on développe le cycle du thorium,
quement 1 million de fois plus concentrée que le pétrole. Son inté- élément 2,5 fois plus abondant que l’uranium, on aura des
rêt est de produire de l’électricité peu chère par rapport aux autres réserves pour plusieurs dizaines de milliers d’années. L’autre inté-
sources d’énergie avec un coût qui reste stable dans le temps. Il rêt de développer une nouvelle filière de réacteurs à neutrons
est donc intéressant pour la population et l’industrie de quelque rapides, dont Superphénix était un prototype utilisant du sodium
pays que ce soit. Cependant, cette énergie demande de gros inves- comme fluide caloporteur, est de pouvoir opérer à plus haute tem-
tissements (analogue d’ailleurs, par kilowatt installé, à d’autres pérature et d’avoir un meilleur rendement de production d’électri-
énergies renouvelables) et des délais assez long de mise en cité. On pourrait espérer atteindre des rendements proches de
œuvre. La maîtrise de l’énergie nucléaire demande aussi un niveau 50 % si bien que pour 1 kWh d’électricité produit on ne rejettera
technologique élevé et nécessite la gestion des déchets nucléaires que 1 kWh de chaleur dans l’environnement. Ce type de réacteur
associés. devrait se développer vers le milieu du siècle lorsque le prix de
l’uranium aura augmenté et qu’il faudra mieux exploiter les res-
La stabilité du prix du kilowatt-heure nucléaire au cours du sources. Le coût de l’électricité sera toutefois plus élevé qu’avec
temps vient de la faible part du prix de l’uranium naturel. Une mul- les réacteurs nucléaires actuels. Par ailleurs, pour démarrer cette
tiplication par 10 du prix de l’uranium naturel augmente ce coût de filière, il est nécessaire de disposer de plutonium, donc d’avoir fait
moins de 40 %. Une augmentation analogue du prix du gaz naturel fonctionner une filière à neutrons lents avant.
conduirait à une multiplication par 7 du prix du kWh électrique.
Dans les réacteurs nucléaires actuels, on libère de l’énergie en
fissionnant des noyaux d’235U par des neutrons lents. Ces derniers Si la France avait choisi le pétrole dans les années 1970 plutôt
sont obtenus par ralentissement des neutrons rapides émis lors du que le nucléaire pour produire son électricité, cela coûterait
processus de fission. Comme il n’y a que 0,7 % d’235U dans l’ura- aujourd’hui 1 000 € par Français et par an avec un baril de
nium naturel, on n’exploite qu’une faible part de l’énergie poten- pétrole à 80 $ en moyenne – comme cela a été le cas lors de
tiellement contenue dans l’uranium naturel. Avec la l’année 2008 – pour acheter le pétrole nécessaire pour produire
consommation actuelle et les réserves connues, on a de l’ordre l’électricité dont le pays a besoin. Pour l’ensemble de la France,
d’un siècle de réserves mais il faut reconnaître qu’il n’y a pas eu cela représente environ le budget de l’éducation nationale.
pendant longtemps de gros efforts de recherche de minerai d’ura-
nium. La figure 12 montre les 10 pays ayant les plus grandes
réserves mondiales d’uranium. La fusion thermonucléaire fait l’objet d’intenses recherches avec
une forte coopération au niveau international depuis des décennies.
Le rendement électrique des centrales actuelles n’est aussi pas Le nouveau réacteur international ITER, en construction à Cadara-
très bon, limité par le principe de Carnot. Il est d’environ 1/3 si bien che, près d’Aix-en-Provence, permettra de faire avancer les
que 2 kWh de chaleur sont rejetés dans l’environnement pour connaissances sur le plasma de fusion mais on est encore loin d’une
1 kWh d’électricité produit. Les nouvelles centrales, comme l’EPR application industrielle. Ce sera au mieux pour la fin de ce siècle, ou
par exemple, sont prévues pour durer 60 ans et ont un rendement plus certainement pour le début de l’autre sauf si l’on décrétait qu’il
légèrement meilleur. y a urgence à accélérer les recherches. Au moins 2 nouveaux réac-
La technologie des réacteurs à neutrons rapides permet de teurs seront nécessaires après ITER pour aboutir à un résultat indus-
mieux utiliser l’énergie contenue dans l’uranium naturel en valori- trialisable. Le premier pour montrer que l’on peut produire un
sant l’238U qui représente 99,3 % de ce dernier. Les réserves seront plasma pratiquement en continu (cela sera limité à 400 s au maxi-
alors supérieures à la dizaine de milliers d’années. En effet, en uti- mum sur ITER) et que l’on a un gain d’au moins 40 (10 pour ITER)
lisant l’238U, on multiplie par un facteur de l’ordre de 140 les entre l’énergie injectée et celle que l’on récupère (condition

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nécessaire à une production rentable d’électricité). Le second réac-


teur serait un prototype industriel. L’intérêt de la fusion thermonu-
483 478 480
cléaire est de ne produire que des déchets à vie courte 500

Électricité (TWh)
480
contrairement à la fission dont certains ont une vie très longue.
441

414
9. Électricité 400 397

350
L’électricité n’est pas une source d’énergie mais un vecteur éner-
gétique de plus en plus utilisé dans les sociétés modernes. Le 303
grand nombre d’appareils électriques et électroniques, ou utilisant 300
de l’électronique, et les nombreux moteurs électriques présents
dans la vie moderne ont besoin d’électricité pour fonctionner. Cet 249
engouement pour l’usage de l’électricité se traduit par une crois- 236
sance annuelle de la demande électrique supérieure à celle de 200 180
l’énergie primaire. La figure 13 montre, pour la France, la crois- 171
sance très importante de la consommation d’électricité après la 140
fin de la seconde guerre mondiale. En un demi-siècle, elle a été
multipliée par un facteur d’environ 25.
100 72
Il faut de l’énergie pour fabriquer l’électricité, mais le gros avan-
tage de ce vecteur énergétique est de pouvoir être produit avec 33
19
pratiquement toutes les sources d’énergie : combustibles fossiles,
nucléaire, énergies renouvelables. Son utilisation n’est pas pol- 0
luante mais sa production peut, par contre, l’être. 1940 1960 1980 2000
Pour répondre au défi énergétique, il va falloir produire de plus Année
en plus d’électricité sans émission de CO2, c’est-à-dire en utilisant
le nucléaire et les énergies renouvelables. Or, la plus grande partie
de l’électricité mondiale est produite à partir de combustibles fos- Figure 13 – Évolution de la consommation d’électricité en France
(données de « Électricité », Eyrolles, 2000 et de la DGEMP)
siles, notamment à partir du charbon qui est le plus polluant
d’entre eux. La contribution des différentes sources d’énergie à la
production d’électricité est montrée dans la figure 14. L’ensemble
des combustibles fossiles produit encore 67 % de l’électricité au
niveau mondial. Ainsi, pour satisfaire ses besoins énergétiques et Autres
notamment fabriquer des produits manufacturés pour les pays 2,3 %
occidentaux, la Chine mettait en service, en 2008, une centrale au Nucléaire
charbon en moyenne tous les 5 jours. 14,8 %

Les besoins en électricité vont augmenter dans le futur car aux


usages déjà existants aujourd’hui vont s’ajouter un développe-
ment important de certains d’entre eux et de nouveaux vont appa-
raître. Il s’agit en particulier du développement massif des pompes Charbon/tourbe
à chaleur pour l’habitat. Il s’agit aussi de l’électrolyse de l’eau pour 41 %
produire de l’hydrogène sans émission de CO2. Ce dernier sera uti- Hydraulique
lisé en pétrochimie pour transformer des pétroles bruts lourds ou 16 %
non conventionnels en produits pétroliers facilement utilisables.
L’hydrogène sera aussi utilisé lors de la production d’agrocarbu-
rants de deuxième génération pour valoriser tout le carbone
contenu dans la biomasse lignocellulosique utilisée. Il s’agit enfin
de l’électricité qui sera nécessaire pour charger les batteries des Pétrole
véhicules hybrides rechargeables sur le réseau électrique et des 5,8 %
véhicules électriques.
Un des inconvénients de l’électricité est que la production doit
Gaz naturel
être à chaque instant égale à la demande. Bien que l’on sache
20,1 %
stocker l’électricité il n’est pas facile d’en stocker de grandes quan-
tités et cela coûte cher. Or, la demande électrique varie en fonction
de l’heure et dépend aussi de la saison. La figure 15 montre un Figure 14 – Contribution des différentes sources d’énergie
exemple de variation de la consommation électrique dans la jour- à la production mondiale d’électricité en 2006 (données de Key world
energy statistics, 2008, Agence internationale de l’énergie)
née. Elle est maximale vers 8 h du matin et le soir vers 20 h. Elle
est minimum au petit matin.
Il y a donc lieu de distinguer la puissance moyenne qui est de moyens de production de base comme le nucléaire qui n’émettent
l’ordre de 56 GW pour la consommation intérieure (hors exporta- pas de CO2 en fonctionnement. Les chauffe-eau électriques (cumu-
tions) en France, de la puissance installée qui est le double lus) participent déjà au lissage de la consommation puisque l’eau
(117,7 GW fin 2008) car il faut pouvoir satisfaire le consommateur est chauffée le soir, lorsque la demande faiblit, ce qui permet d’uti-
à n’importe quel moment de l’année. Aux heures de pointes, il est liser l’eau chaude le lendemain sans avoir à consommer de l’éner-
nécessaire de démarrer les centrales hydrauliques et, lorsque ce gie pour la chauffer. C’est la raison pour laquelle l’utilisation de
n’est pas suffisant, des centrales thermiques utilisant des véhicules hybrides rechargeables ou électriques sera un moyen
combustibles fossiles, donc particulièrement polluantes. Il est donc important pour lisser la consommation électrique puisqu’une
important de lisser la courbe de consommation d’électricité car bonne partie de ceux-ci seront rechargés durant la nuit, aux heures
cela permet de diminuer la puissance installée et d’utiliser des creuses.

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11. Sobriété et efficacité


Puissance (GW)

énergétique
80 L’énergie est peu chère dans les pays développés par rapport
aux revenus des habitants. Cette ressource est donc souvent utili-
sée sans chercher à l’économiser, sauf au niveau de l’industrie qui
fait souvent figure de modèle dans ce domaine. Ce n’est que lors
des crises énergétiques, comme par exemple le choc pétrolier des
années soixante dix, que des efforts d’économie sont mis en
70 œuvre. Ceux-ci ont bien vite été balayés par le contre-choc pétro-
lier et un retour à un baril de pétrole pas cher. Nous entrons main-
tenant dans un monde où l’énergie va être de plus en plus chère. Il
va donc falloir modifier nos comportements, devenir sobre et utili-
ser les sources d’énergie le plus efficacement possible. Cela va
devenir d’autant plus nécessaire avec les énergies renouvelables
60 qui sont des sources de faible densité énergétique.
2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 22 24
Heure
Sobriété et efficacité énergétique sont deux choses différentes
mais complémentaires. Être sobre en énergie, c’est par exemple
Figure 15 – Évolution typique au cours de la journée éteindre la lumière en sortant d’une pièce qu’on laisse vide ou
de la consommation d’électricité en France marcher pour aller chercher son pain à la boulangerie située à
(données de RTE) 300 m plutôt que de prendre sa voiture. Utiliser une petite voiture
pour circuler en ville plutôt qu’une grosse cylindrée ou s’éclairer
avec des lampes fluorocompactes plutôt qu’avec des ampoules à
incandescence relève de l’efficacité énergétique. On peut avoir des
10. Stocker l’électricité équipements efficaces et ne pas être sobre : laisser une lampe
fluorocompacte allumée 24 heures sur 24 consomme plus d’éner-
et l’énergie thermique gie que d’utiliser une lampe à incandescence pendant 1 heure.
Notons que réduire sa consommation d’énergie ne veut pas néces-
sairement dire réduire ses émissions de CO2. En effet, si les instal-
Le stockage de l’énergie est le point faible de la filière énergé-
lations utilisant des combustibles fossiles émettent du CO2 en
tique. Il est toutefois d’une grande importance stratégique et éco-
fonctionnement, ce n’est pas le cas des installations utilisant des
nomique. Alors que 85 g d’essence contiennent 1 kWh, il faut
sources d’énergie décarbonées.
environ 25 kg de batterie au plomb pour avoir la même énergie ou
disposer de 3 600 litres d’eau à une hauteur de 100 m pour obtenir La puissance utilisée par les veilles et les appareils électriques
1 kWh en turbinant celle-ci. ou électroniques éteints n’est pas négligeable comme le montre la
Le stockage de l’électricité est important pour lisser la courbe de figure 16 pour quelques pays. Sur l’année, cela peut représenter la
consommation électrique. La grande hydraulique, comme le bar- consommation d’un réfrigérateur typique, par exemple.
rage de Grand Maison par exemple, permet de stocker l’électricité
d’origine nucléaire produite aux heures creuses pour l’utiliser aux
heures de pointes. Le stockage de l’électricité est aussi crucial pour Les veilles des appareils électroniques en Europe et la
mieux utiliser les sources d’énergie intermittentes. En effet, dans consommation des appareils électriques à l’arrêt ont repré-
un site isolé alimenté par des panneaux solaires photovoltaïques, senté 47 TWh en 2005. Cela correspond à 1 % des émissions
on peut avoir besoin d’électricité la nuit alors qu’il n’y a pas de mondiales de CO2 et presque 10 % de la consommation élec-
soleil. De même, lorsque l’on utilise une éolienne, les besoins ne trique des foyers européens. En 2010, la règlementation euro-
sont pas toujours en phase avec la disponibilité du vent. péenne prévoit de descendre la puissance des appareils à
l’arrêt à 1 W et à 2 W pour les veilles. Si l’on alimentait ces
Stocker l’électricité est aussi intéressant car le prix de l’électricité veilles avec des panneaux solaires, il faudrait environ
est faible aux heures creuses et élevé aux heures de pointes. Le 31 millions de kWc (kW crête) de panneaux solaires, soit
stockage peut aussi s’avérer nécessaire pour disposer d’une élec- 220 km2 de panneaux en silicium cristallin ou 250 km2 de pan-
tricité de bonne qualité ou éviter les coupures. neaux en silicium polycristallin. Cela représente de l’ordre de
Le stockage de la chaleur est aussi un objectif important, notam- 150 G€ au coût du photovoltaïque d’aujourd’hui sans compter
ment le stockage intersaisonnier. Il s’agit de stocker la chaleur l’été les moyens de stockage pour la nuit.
pour l’utiliser l’hiver. Malheureusement, c’est encore très coûteux
et demande des volumes considérables de stockage. Par contre,
comme nous l’avons vu plus haut, le stockage de la chaleur est uti- Les équipements énergétiques sont de plus en plus efficaces et
lisé tous les jours par les gens possédant un cumulus. Le stockage les réglementations imposés par l’État ou l’Europe visent à accroî-
de la chaleur peut utiliser la chaleur sensible des matériaux, les tre encore cette efficacité énergétique.
chaleurs latentes lors d’une transition de phase (solide ↔ liquide
ou liquide ↔ gaz, par exemple), ou des réactions chimiques. L’eau Par exemple, les voitures d’aujourd’hui consomment moins de
est un bon matériau pour stocker la chaleur et l’encadré donne carburants et polluent beaucoup moins que celles qui étaient
quelques ordres de grandeur correspondant à une énergie ther- construites il y a 20 ans tout en offrant un bien meilleur confort.
mique de 1 kWh.
On peut vivre mieux tout en consommant moins aussi ne faut-il
Avec 1 kWh on peut : pas s’en priver. On pourrait également citer de très nombreux pro-
cédés industriels dont l’efficacité énergétique a été très nettement
– faire fondre 10 kg de glace ; améliorée au cours des dernières décennies. Malgré toutes ces
– porter 10 kg d’eau de 20 oC à 100 oC ; améliorations, des progrès doivent encore être faits dans de très
– faire bouillir 1,5 kg d’eau. nombreux secteurs de l’économie.

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Industrie
Suède Transports 23,1 %
31,5 %
Royaume Uni

Nouvelle Zélande

Japon

France

États-Unis
Agriculture
Danemark 1,8 %

Australie

Allemagne Résidentiel, tertiaire


43,6 %

0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
Figure 17 – Répartition de la consommation énergétique française
en 2006 entre différents secteurs (données de L’énergie, édition 2007
Puissance de veille par logement (W) de la DGEMP)

Figure 16 – Puissance moyenne de veille par logement


dans quelques pays (données de « things that go blip in the night »,
standby power and how to limit it, IEA-OCDE, 2001)
889 millions de véhicules
Océanie Particuliers (72,9 %)
Utilitaires (27,1 %)
12. Trop d’énergie Afrique
pour l’habitat
Asie
L’habitat est un très gros consommateur d’énergie. En France,
plus de 43 % de l’énergie primaire est utilisée pour chauffer ou cli-
Amérique
matiser les bâtiments et produire de l’eau chaude sanitaire. Environ
1/3 concerne le secteur tertiaire et 2/3 le résidentiel. Pour ce dernier,
1/3 correspond aux immeubles collectifs et 2/3 aux maisons indivi- Europe
duelles. La figure 17 montre la répartition de la consommation
d’énergie pour l’année 2007. On note que les trois-quarts de l’éner-
gie sont utilisés pour l’habitat et les transports. 0 100 200 300
Le secteur de l’habitat émet aussi 21 % des gaz à effet de serre. Millions de véhicules
Il y a, en France, environ 30 millions de logements alors que l’on
n’en construit que 300 000 à 400 000 par an. Le renouvellement se Véhicules particuliers Véhicules utilitaires
fait donc à l’échelle du siècle. Si les nouveaux standards de
construction permettent de faire des logements économes en
énergie, les efforts doivent porter sur la rénovation de l’ancien qui Figure 18 – Répartition des véhicules particuliers et utilitaires selon
les différentes régions du monde pour l’année 2005
constitue la majeure partie du parc immobilier. Les bâtiments (données du CCFA)
construits avant 1975 consomment en moyenne 330 kWh/m2 par
an alors que ceux respectant la réglementation thermique de
l’année 2000 consomment de l’ordre de 100 kWh/m2 par an. On principale source d’énergie utilisée est le pétrole. Il y a presque
sait maintenant construire des logements consommant moins de 900 millions de véhicules dans le monde et ce chiffre ne fait
50 kWh/m2 par an. Toutefois, le coût pour passer de 100 kWh/m2 à qu’augmenter. La figure 18 montre la répartition de ces véhicules
50 kWh/m2 par an est supérieur à celui pour passer de 350 kWh/m2 selon leur type dans les différentes régions du monde.
par an à 200 kWh/m2 par an dans un logement ancien. Ce qui est
important c’est de faire des améliorations à grande échelle : il vaut Les véhicules hybrides ayant un moteur à combustion interne et
mieux gagner 20 % de consommation d’énergie sur des millions un moteur électrique couplé à une batterie sont sans doute une
de logements que de passer de 50 kWh/m2 par an à une bonne solution à court et moyen terme. Ce type de véhicule
consommation zéro sur quelques milliers d’habitations seulement. complètement autonome existe d’ores et déjà. La batterie a une
autonomie très faible mais elle sert surtout de tampon énergétique
et se recharge dès que le conducteur freine ou lève le pied. On
réduit ainsi considérablement la consommation de carburant, sur-
13. Transports et pétrole tout en ville (consommation d’environ 5 l/100 km aux heures de
pointes à Paris avec une Prius, par exemple).
Les transports dépendent pour environ 98 % du pétrole. En D’autres solutions moins coûteuses sont actuellement mises en
France, environ 50 Mtep de pétrole sont utilisés chaque année œuvre à plus grande échelle sur les véhicules classiques comme le
pour fabriquer les carburants pour les transports. Cela correspond « stop and start » qui permet de stopper un moteur à essence
à environ 1 million de barils de pétrole par jour. Le problème éner- lorsque le véhicule est à l’arrêt à un feu rouge ou dans un embou-
gétique posé par les transports est un problème difficile car la teillage (environ 5 % d’économie de carburant) ou la technologie

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du « downsizing » qui consiste à avoir un moteur de cylindrée correspondent à un avenir plus lointain car il reste de nombreux
inférieure ayant les mêmes performances qu’un moteur de cylin- problèmes à résoudre au niveau des piles à combustible ainsi
drée supérieure. qu’au niveau du réseau de distribution de l’hydrogène.
Dans le futur, ces véhicules seront rechargeables sur le réseau L’hydrogène sera important dans le futur mais pour préparer
électrique. Si la batterie a une autonomie de 30 ou 40 km la majorité des carburants liquides qui sont les seuls à avoir une densité éner-
des gens rouleront à l’électricité car cette autonomie est suffisante gétique suffisante pour les transports routiers. Cela concerne à la
la majeure partie de l’année. Pour la ville ou de courtes distances, la fois la valorisation des pétroles non conventionnels ou des frac-
voiture électrique est aussi une solution. Les batteries Li-ion permet- tions lourdes des pétroles conventionnels mais aussi la prépara-
tent d’avoir des densités d’énergie bien supérieures aux anciennes tion des agrocarburants de deuxième génération. Toutefois, pour
technologies comme les batteries au plomb ou Cd-Ni. L’inconvé- le transport aérien on pourrait imaginer des avions utilisant
nient de certaines est de pouvoir prendre feu ou d’exploser. Même l’hydrogène liquide. Des essais ont déjà eu lieu.
si le risque est très faible cela n’est pas acceptable. Heureusement,
de nouvelles technologies de Li-ion phosphate n’ont pas cet incon-
vénient même si leur capacité énergétique est plus faible.
15. Imaginer le futur
Habitat et transports sont intimement liés. Il ne faut pas que Nous sommes confrontés à deux échelles de temps pour
ce que l’on gagne sur l’habitat soit annulé par des transports répondre au défi énergétique. Nous devons rapidement réduire les
plus consommateurs d’énergie. Ainsi, choisir d’habiter loin de émissions de CO2 pour réduire l’accroissement de l’effet de serre et,
son lieu de travail peut sembler intéressant car l’habitat peut à une échelle de temps plus longue, il nous faut peu à peu substituer
être moins cher et on peut avoir un budget suffisant pour en les combustibles fossiles par d’autres sources d’énergie là où ils
améliorer les qualités thermiques. Un gain de 80 kWh/m2 par peuvent être remplacés à un coût économiquement acceptable.
an peut toutefois être annulé si l’on doit faire 20 km de plus en L’énergie va devenir de plus en plus chère. Il faut l’économiser
voiture pour aller à son travail. et l’utiliser au mieux. Pour cela l’éducation et la formation sont
indispensables. On aura besoin de toutes les sources d’énergie et
il est possible que cela ne suffise pas. Pour une application donnée
il faut choisir la source d’énergie qui est la plus efficace. Il n’y a
14. Hydrogène : du rêve pas de solution universelle et l’on va vers du sur mesure où l’intel-
ligence est tout aussi importante que la technologie.
à la réalité On va avoir besoin de plus en plus d’électricité mais celle-ci doit
être produite sans émission de gaz à effet de serre dans l’atmos-
L’hydrogène est, tout comme l’électricité, un vecteur énergé- phère. Les pompes à chaleur vont jouer un rôle de plus en plus
tique. Tout comme l’électricité il faut de l’énergie pour le produire. grand dans l’habitat puisque avec 1 kWh d’électricité consommé
En effet, si les atomes d’hydrogène sont très fréquents sur la Terre elles peuvent produire de 3 à 4 kWh de chaleur ou 2 à 3 kWh de
(on les trouve dans l’eau ou les hydrocarbures et la biomasse, par froid. L’électricité sera aussi utile pour produire de l’hydrogène par
exemple, mais associés à d’autres atomes de ces composés), les électrolyse de l’eau pour la pétrochimie et les agrocarburants de
molécules d’hydrogène (dihydrogène) sont par contre très rares et deuxième génération. L’objectif est en effet de valoriser tous les ato-
ce sont elles qui sont utilisées dans les applications énergétiques. mes de carbone présent dans la plante car le carbone organique va
La majorité (96 %) de l’hydrogène produit actuellement vient des devenir rare à long terme et la biomasse en est une source renouve-
combustibles fossiles : gaz naturel (48 %), pétrole (30 %) et char- lable. Il va falloir plus d’électricité enfin pour recharger les batteries
bon (18 %). Cette production se fait en émettant du CO2 et des véhicules hybrides rechargeables ou électriques. Ces batteries
contribue donc au réchauffement climatique. Seulement 4 % de serviront à lisser la consommation d’électricité et donc à réduire les
l’hydrogène est produit par électrolyse car c’est un procédé beau- moyens de production. Pour l’habitat à énergie positive, les batte-
coup plus cher. ries des véhicules permettront de stocker l’excédent d’électricité
produite qui pourra être utilisée pour le transport ou dans la maison
Il faudra produire l’hydrogène dans le futur par électrolyse ou lorsque les sources intermittentes ne produiront pas.
voie biochimique si l’on souhaite ne pas émettre de CO2. Le pro-
Il faut toujours avoir une approche globale des problèmes,
blème de l’hydrogène est son stockage car quelle que soit la
notamment en ce qui concerne l’environnement. Ainsi un véhicule
méthode utilisée (hydrogène comprimé, hydrogène liquide, stoc-
électrique n’émet pas de CO2 localement. Globalement tout dépend
kage sous forme d’hydrures), la masse d’hydrogène stockée dans
de la manière dont on fabrique l’électricité. En France, où seulement
un volume donné est faible.
10 % de l’électricité est produite avec des combustibles fossiles, la
quantité de CO2 émise est d’environ 15 g/km et sans doute moins si
Exemple : 1m3 ne contient que 14 kg d’hydrogène comprimé à la batterie est rechargée pendant les heures creuses. Dans un pays
200 bar (20 MPa) alors qu’il y a 100 kg de gaz naturel dans le même produisant entièrement son électricité avec des centrales au char-
volume. Pour donner un ordre de grandeur, il faut environ 1 kg bon, les émissions seraient supérieures à 150 g de CO2 par km
d’hydrogène pour parcourir 100 km avec une voiture à pile à c’est-à-dire plus que certains véhicules classiques d’aujourd’hui.
combustible.
La recherche a un rôle important à jouer pour améliorer les
L’hydrogène peut être utilisé directement dans les applications technologies existantes mais aussi pour innover. Disposer de res-
énergétiques (comme combustible, dans un moteur thermique, sources énergétiques peu chères et respectueuses de l’environ-
etc.) ou il peut alimenter une pile à combustible pour produire de nement est un défi pour tous les chercheurs du secteur. Il faut que
l’électricité et de la chaleur. Les mini et micropiles à combustibles les habitants des pays en voie de développement puissent dispo-
peuvent alimenter les dispositifs nomades et seront sans doute le ser d’une énergie peu chère pour augmenter leur niveau de vie et
premier marché des piles à combustible. Les piles à haute tempé- leur niveau d’instruction.
ratures pour des applications stationnaires sont intéressantes car Il faut se préparer à progressivement remplacer les combus-
elles peuvent utiliser dans un premier temps du gaz naturel puis tibles fossiles par d’autres sources d’énergie dans presque tous les
un mélange de celui-ci avec de l’hydrogène avant d’utiliser de usages énergétiques. Le passage d’une civilisation reposant sur les
l’hydrogène pur plus tard. Comme elles opèrent à haute tempéra- combustibles fossiles vers une civilisation pouvant en grande
ture (700-800 oC), elles n’ont pas besoin de catalyseur pour réfor- partie s’en passer va prendre du temps, sans doute de l’ordre de la
mer le gaz naturel. Les applications dans les transports moitié du siècle.

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