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INTRODUCTION GÉNÉRALE.

LES POLITIQUES ÉDUCATIVES EN


AFRIQUE : DÉFIS ET ENJEUX

Vanessa Casadella

L'Harmattan | « Marché et organisations »

2018/2 n° 32 | pages 11 à 16
ISSN 1953-6119
ISBN 9782343146539
Article disponible en ligne à l'adresse :
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https://www.cairn.info/revue-marche-et-organisations-2018-2-page-11.htm
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INTRODUCTION GENERALE
LES POLITIQUES EDUCATIVES EN AFRIQUE : DEFIS ET
ENJEUX

Vanessa CASADELLA
UPJV, CRIISEA
vanessa.casadella@u-picardie.fr

Depuis les théories du Capital Humain (Becker, 1962 ; Schultz, 1961)


et de la croissance endogène (Lucas, 1988 ; Romer, 1986), il est
largement admis que l’éducation est un facteur de croissance et un
moyen de lutter contre toutes les formes de pauvreté. Plus une
population est éduquée, plus elle est productive, ce qui a en retour un
impact positif sur la croissance économique. L’éducation conditionne la
modification des comportements sociaux et des modes de production,
elle est le jalon de la compétitivité des Etats. Ce rôle paraît renforcé dans
la nouvelle économie de l’information, de la connaissance et de
l’innovation et du capitalisme cognitif (Hugon, 2005). Mais si la théorie
économique a bel et bien appuyé le rôle de l’éducation comme facteur de
croissance économique par fertilisation des initiatives individuelles et
surtout collectives, les politiques économiques, notamment dans les
économies africaines, n’ont pas toujours été à la hauteur des
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recommandations réalisées par les organisations et instances
internationales. Par « fertilisation de l’économie » via l’éducation et la
formation professionnelle, nous entendons le développement de toutes
sortes de compétences et de qualifications qui intégreront
potentiellement les processus de production, d’échanges et de
consommation tout en créant des nouvelles activités économiques.

Pourquoi l’Afrique ?

Depuis le Forum mondial de Dakar sur l’Education Pour Tous (EPT),


en 2000, une forte mobilisation internationale a eu lieu en faveur de
l’éducation en direction des pays les plus en retard. Ces pays se
localisaient pour la plupart en Afrique Sub-saharienne. Cette région
cumule les handicaps. Elle est partie d’une situation très particulière, celle
de sociétés sans écriture qui n’ont découvert l’écrit qu’au travers du
Coran pour une petite partie d’entre elles mais surtout dans le sillage de
la colonisation. L’école était une invention des « Blancs » et initialement

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considérée comme un outil de la domination coloniale (Pourtier, 2010).
Les systèmes éducatifs étaient des systèmes totalement importés dans
leurs structures comme dans leurs finalités par les différents
colonisateurs (Martin, 2006).
Avec 58 millions d’enfants non scolarisés en 2012 (Unesco, 2015),
l’Afrique Sub-saharienne a été la plus touchée par les difficultés
inhérentes à la réalisation des objectifs de l’EPT. La réalisation de ces
objectifs a été très laborieuse malgré les sommes investies ces dix
dernières années permettant une scolarisation sans précédent. En effet, il
ressort de l’édition 2015 du Rapport mondial de suivi sur l’Éducation
Pour Tous (EPT) que les taux nets de scolarisation dans le primaire se
sont sensiblement améliorés en atteignant 93 % en 2015, contre 84 % en
1999. Mais en 2015, date clé pour les Objectifs du Millénaire du
Développement (OMD), grand nombre de pays d’Afrique subsaharienne
sont toujours loin d’avoir généralisé l’accès à l’éducation primaire. Des
franges entières de la population demeurent exclues du système éducatif.
L’Éducation pour tous semble être un mirage qui se déplace au fur et à
mesure que l’on croit s’en rapprocher.
Malgré tout, le continent africain est loin d’être uniforme. La grande
diversité des situations à l’intérieur du continent est la règle et non
l’exception, y compris entre des pays géographiquement proches,
culturellement similaires ou de niveaux économiques comparables.
Considérés comme un droit et un moteur du développement par
fertilisation des processus économiques, l’accès, la qualité et le
financement de l’éducation posent encore un très grand nombre de
questions, sur lesquelles la recherche est amenée à travailler pour
envisager l’atteinte des Objectifs du Développement Durable (ODD) en
2030.
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Quelles politiques éducatives ?

L’éducation doit occuper une place prépondérante dans l’élaboration


des politiques économiques et les gouvernements africains doivent
s’assurer que ceux qui restent exclus et marginalisés sont pris en compte
à travers des politiques plus ciblées. A ce titre, force est de constater un
net développement des investissements dans l’éducation en Afrique. Les
pouvoirs publics ont déployé de considérables efforts au cours de la
dernière décennie pour accroître l’enveloppe de leur budget national
alloué à l’éducation. Toutefois, les résultats liés à la mise en place de
politiques éducatives interrogent sur leur réelle consistance. En effet, le
bilan réalisé à Dakar en 2000 fait l’état de la faiblesse globale des résultats
obtenus par la politique de l’EPT dans les pays sous-scolarisés. Les pays
sub-sahariens sont démunis économiquement. Ils sont dépendants,
endettés et trop peu aidés pour maintenir et développer de réelles
politiques éducatives. Vivant principalement de l’agriculture, ils sont pris

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dans une détérioration irréversible des termes de l’échange des produits
primaires, ce qui génère un cercle vicieux de la pauvreté. Par ailleurs, ces
pays ont été soumis par le FMI aux programmes d’ajustement structurel
dont l’un des aspects comportait une réduction des dépenses publiques
dans les secteurs sociaux, dont l’éducation. Dans beaucoup de pays
africains, ces programmes ont eu pour effet de freiner, voire de faire
régresser la scolarisation (Martin, 2006).
Lorsqu’elles sont mises en place, les politiques éducatives introduisent
de nombreuses orientations stratégiques telles que l’élargissement et la
continuité de l’offre éducative, l’amélioration de l’efficience du système
éducatif, le dynamisme de l’enseignement technique et la formation
professionnelle ou la promotion de la culture de l’éducation. Très
souvent, elles s’accompagnent de dispositifs institutionnels leur
permettant d’atteindre plus rapidement leurs objectifs à moyen terme.
Ces politiques éducatives sont très hétérogènes d’un contexte à l’autre,
d’un territoire à l’autre et d’une région à l’autre. Pour autant, et
globalement, l’analphabétisme reste très important et la scolarisation
primaire encore loin d’être démocratisée. Doit-on en conclure sur
l’inadaptation de ces dernières ? Leur pertinence reste largement discutée
malgré leurs enjeux, trop peu valorisés.

Quels enjeux autour des politiques éducatives ?

Cette question a été débattue lors du premier Séminaire A.D.U.


(Afrique Développement Université) organisé par le Réseau de
Recherche sur l’Innovation le 14 novembre 2016. Ce thème, autant large
qu’ambitieux, mobilise plusieurs problématiques abordées pour la plupart
lors de cette journée de débats. Il part d’un état des lieux de l’éducation
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en Afrique Sub-Saharienne aux conditions de l’efficacité de la
coopération internationale, au rôle des acteurs privés, jusqu’à la réflexion
de l’enjeu démographique sur les systèmes éducatifs. Mais loin d’être
exhaustif, il interroge aussi le rôle de l’innovation et des systèmes
productifs autour de la question éducative tout comme - plus
spécifiquement et entre autres - les causes d’abandon de la scolarisation
des jeunes filles au Niger.
Dans ce numéro spécial, cinq contributions sont généralistes tandis
que quatre ciblent des terrains empiriques spécifiques : le Niger, l’Algérie,
le Gabon et la République Démocratique du Congo.
Le premier article, écrit par Françoise Cros et Laurène Prigent, intitulé
« Les conditions d’efficacité de la coopération internationale au service du
développement de l’éducation en Afrique » pose la problématique des
conditions spécifiques afin qu’une coopération internationale contribue à
augmenter les chances de réussite dans le domaine de l’éducation et de la
formation. Selon ces auteurs, qui montrent une logique d’acteurs
démultipliée et parfois désarticulée, l’efficacité de l’aide à l’éducation en

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Afrique passe nécessairement par une expertise aux méthodes
renouvelées, centrées sur la pratique et sachant opportunément tirer les
leçons des expériences infructueuses des dernières années.
Le second article, proposé par Rohen d’Aiglepierre, aborde le thème de
l’ « Enseignement privé et du développement de l’éducation en A.S.S ». Cet auteur
revient d’abord sur la difficulté à tracer une limite précise et immuable
entre enseignement public et privé, malgré l’importance du phénomène.
Selon ce dernier, l’enseignement privé est un acteur ancien et
incontournable de la scène éducative de la plupart des pays de l’Afrique
Sub-Saharienne. Dès lors, il n’est pas opportun de bloquer toutes les
initiatives privées ou de les laisser se développer sans véritable contrôle
ni incitation, malgré le danger particulièrement important de voir se
mettre en place un système éducatif dual.
Le troisième article, rédigé par Marc Pilon, « Démographie, éducation et
développement en Afrique », revient sur le thème, tant évoqué ces dernières
années, du défi du nombre et dividende démographique en Afrique Sub-
Saharienne. Marc Pilon montre que les relations entre démographie,
éducation et développement sont fortes, mais aussi très complexes. Le
niveau élevé de la croissance démographique de la plupart des pays
subsahariens va constituer, pour de nombreuses années encore, une
véritable contrainte nécessitant toujours plus de ressources financières
pour parvenir enfin à atteindre la tant attendue scolarisation primaire
universelle.
Le quatrième article, écrit par Jacques Kiambu Di Tuema, « Politiques de
l’éducation et développement du capital humain : Le cas de la République
Démocratique du Congo (RDC) », revient sur l’étude des politiques
éducatives appliquées en RDC, à l’époque coloniale et postcoloniale.
Selon ce dernier, les politiques libérales, qui prônent la marchéisation de
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l’éducation dès 1987 dans ce pays, sont contre-productives et portent de
graves menaces sur l’avenir des personnes et des communautés qui se
retrouvent au bas des hiérarchies sociales.
Le cinquième papier, de Rédha Younes Bouacida, « Quelle place de
l’économie de la connaissance en Algérie ? La transition du modèle de croissance en
question » s’interroge sur le rôle de l’économie de la connaissance en
Algérie. L’auteur en déduit notamment que l’enjeu de son
développement réside dans l’absorption de connaissances plutôt que
dans leur production. Pour cela, la capacité d’absorption des savoirs
extérieurs en Algérie est essentielle, tout comme l’insertion dans les
chaînes de valeur mondiales.
Le sixième papier, rédigé par Vanessa Casadella, « Le Système National
d’Innovation et les systèmes éducatifs en Afrique Subsaharienne : de la légitimité
conceptuelle aux nouveaux challenges actuels », analyse le rôle entre les systèmes
productifs et d’innovation et les enjeux éducatifs. Les systèmes éducatifs,
à travers l’enseignement supérieur, mais également à travers les politiques
d’apprentissage et de formation, sont essentiels dans la problématique

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des systèmes d’innovation africains. Les institutions de la connaissance et
tous les dispositifs institutionnels de formation et d’apprentissage
doivent être en connexion permanente avec les systèmes productifs pour
générer de l’innovation et produire des connaissances. Cette connexion
n’est pourtant pas assez reconnue actuellement, freinant l’émergence de
pôles d’innovation.
La septième proposition, d’Emmanuel Moussone et Prosper Metougue
Nang, « Le renforcement de la formation technique et l’industrialisation en Afrique
Sub-Saharienne : le cas du Gabon » montre que les processus économiques
de rente et de coopération postcoloniaux en place depuis les
indépendances n’ont pas permis de favoriser de véritables transferts de
compétences et la création des filières industrielles. Or, face aux
mutations actuelles de l’environnement international, la formation
technique apparait comme une condition nécessaire à l’acquisition des
compétences indispensables à l’appropriation des innovations et à la
création des filières industrielles.
Le huitième papier, écrit en anglais par Daniel Perlman, Fatima Adamu,
et Quentin Wodon, « Why Do Adolescent Girls Drop Out of School in Niger ? »,
revient sur les causes selon lesquelles les jeunes femmes au Niger
abandonnent l’école prématurément dans les zones rurales. Dans la
région de Maradi au Niger, il semble y avoir un consensus selon lequel si
l’éducation en milieu rural était de qualité suffisante pour être un moyen
efficace d’assurer un avenir pour les filles, l’investissement serait réel.
Mais l’éducation est souvent considérée comme une obligation religieuse
d’une qualité si médiocre qu’elle offre peu de possibilités pour l’avenir.
Enfin, la dernière contribution, écrite dans la rubrique « témoignages
et récits d’experts » : Politiques éducatives et développement en Afrique, par
Philippe Hugon, analyse les dynamiques éducatives, les effets de
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l’enseignement sur la croissance ainsi que le rôle des politiques
éducatives vis à vis du développement. Selon Philippe Hugon,
l’éducation a pour finalité de transmettre et de construire de génération
en génération le patrimoine culturel, de reproduire et transformer les
rapports sociaux et de contester les structures sociales.
L’ensemble de ces contributions montre combien l’éducation dans ce
continent est importante, bien que mal menée et controversée dans ses
enjeux par la diversité des acteurs, des pratiques, des territoires, des
savoirs et des savoir-faire.

BIBLIOGRAPHIE

HUGON, P., Codirection avec MICHALET, C., 2005, Les nouvelles


régulations de l’économie mondiale, Karthala, Paris.
MARTIN, J.Y, 2006, « Quelles politiques éducatives pour quelle éducation dans les
pays pauvres ? » In : PILON, M. (ed.), « Défis du développement en

15
Afrique subsaharienne : l’éducation en jeu », CEPED, Nogent-sur-
Marne, p.147-161.
POURTIER, R., 2010, « L’éducation, enjeu majeur de l’Afrique post-
indépendances. Cinquante ans d’enseignement en Afrique : un bilan en
demi-teinte », Afrique contemporaine, vol. 235, no. 3, p. 101-114.
UNESCO, 2015, Rapport de suivi sur l’Education Pour Tous, Unesco,
Paris.
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