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COURS DES PSAUMES

OBJECTIFS DU COURS

 Connaissance globale et rigoureuse du livre des psaumes


 Compréhension des psaumes comme prières du peuple d’Israël et de l’Eglise (cf. St Benoît :
« Lorsque nous prions avec les psaumes, notre esprit doit s’harmoniser avec notre foi »). Le
cours doit favoriser notre prière personnelle, car les Ps ont été composés pour être priés et
non pour être récités machinalement (cf. S.C. 90).
 Mise en valeur de la dimension poétique des psaumes qui est indissociable de la dimension
spirituelle

BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE

 Aletti J. N. – Trublet J., Approche poétique et théologique des


psaumes. Analyses et méthodes, Paris, 1983.

 Auwers J. M., La composition littéraire du psautier. Un état de la


question, (Cahiers RB 46), Paris, 2000.

 Brueggemann W., The Message of the Psalms. A Theological


Commentary, Minneapolis, 1984.

 Fokkelman J. P., The Psalms in Form. The Hebrew Psalter in its


Poetic Shape, Leiden, 2002.
 Girard M., Les psaumes redécouverts. De la structure au sens, 3 vol.,
Montréal, 1994-1996.

 Gunkel H., The Psalms: a Form-Critical Introduction, Philadelphia,


1967.

 Keil .C. F. – Delitzsch F., Psalms, (COT V), Grand Rapids, 1980.

 Ondoua Omgba J.P.R., « L’incomparabilité de Dieu ». Etude exégétique de la centralité du


Psaume 86 dans la seconde collection des psaumes des fils de Coré (84-88), Jérusalem,
2013.

1
 Rimaud D., Les psaumes. «Poèmes de Dieu, prières des hommes»,
(Vie chrétienne, Supplément 454), Paris, 1998.

 Tournay R. – Schwab R., Les psaumes, Paris, 1955.

 Vesco J. L., Le psautier de David traduit et commenté, 2 vol., Paris,


2006.

2
PLAN DU COURS

Le cours suivra trois approches essentielles du psautier : approche technique ; approche


poétique ; approche théologique. A la fin il sera question d’étudier quelques psaumes.

I- APPROCHE TECHNIQUE DU PSAUTIER


1.1. L’attribution davidique des psaumes
1.2. Les titres des psaumes
1.3. La datation
1.4. Formation et rédaction des psaumes
1.5. Structure du psautier
1.6. Les styles des psaumes (ou genres littéraires)

II- APPROCHE POETIQUE DU PSAUTIER

2.1. Le langage des psaumes et ses trois fonctions

2.2. Les mécanismes poétiques (signaux sonores et rythmes)

2.3. Le parallélisme

2.4. La symbolique psalmique

III- APPROCHE THEOLOGIQUE DU PSAUTIER

3.1. Le psautier comme prière d’un peuple

3.2. Le psautier comme mémorial de l’histoire d’un peuple (Exode – Royauté)

3.3. Les psaumes : prière du Christ

3.4. Les psaumes : prière de l’Eglise

IV- ETUDE CONCRETE DES PSAUMES SELON LES STYLES

Introduction : la prière d’écoute

A. Etude du Ps 1
B. Les psaumes sapientiaux : Ps 73
C. Les psaumes de lamentation – psaume de pénitence : Ps 51
3
D. Les psaumes de justice : Ps 82
E. Les psaumes de supplication – Ps de confiance : Ps 4 et Ps 23
F. Les psaumes d’action de grâce : Ps 30
G. Les psaumes de louange : Ps 117
H. Les psaumes de pèlerinage : Ps 121

4
I- APPROCHE TECHNIQUE DU PSAUTIER

1.1. L’attribution davidique du psautier

Des 150 psaumes que composent le psautier hébreu, 73 portent la mention « Le-David » (à ou de ou
pour David)1. Cette attribution davidique des psaumes est encore plus notable et plus élargie dans la
LXX qui en compte 842. Et encore, le psautier dans son ensemble comme livre de prière a été placé
sous le patronage de David, tout comme la loi fut attribuée à Moïse et la sagesse à Salomon selon
un certain procédé midrashique3. Même dans les manuscrits de Qumran, l’attribution davidique des
psaumes est très perceptible. Nous en avons d’ailleurs qui y sont attribués à David, sans qu’il en soit
ainsi pour le TM. Les documents 4QPsq, 11QPsa E, I,6 et 11QPsa III,15 font des psaumes 33, 104 et
123 des psaumes davidiques4.

Cette attribution traditionnelle du psautier à David peut être liée à deux facteurs importants: son
histoire et son rôle dans l’organisation du culte du Temple. Tout d’abord, le texte biblique nous
présente David comme un artiste, un poète et un excellent musicien. Le prophète Amos, dans une
discussion contre les grands de Samarie, présente David comme un excellent chanteur à imiter (Am
6,4-5). De même le premier livre de Samuel (1Sam 16,14-23) nous montre David comme un brave
musicien. Et ceci dans un contexte où la musique apparaît comme une thérapeutique efficace pour
la guérison des mauvais sorts et des mauvais esprits (2R 3,15; 1Sam 16,21-23; 18,10; 19,9). Le
second livre de Samuel lui aussi nous présente David faisant une élégie sur Saül et Jonathan (2Sam
1,17-27) ou encore sur Abner, le chef des troupes d’Israël (2Sam 3,33-34). En outre, en 2Sam 6,5,
nous avons clairement une mention du roi David qui participe joyeusement à la liturgie de transfert
de l’arche de l’alliance à Jérusalem. Et en 2Sam 23,1, David est le compositeur et le chanteur des
psaumes d’Israël. Cette tradition scripturaire est répercutée dans le premier livre des Chroniques
(1Ch 15,16), où s’affirme le rôle de David comme organisateur de la liturgie, en prévision de la

1
Lamed de dédicace, d’attribution ou d’auteur ?
2
A. PIETERSMA en parle longuement dans son article intitulé, «David in the Greek Psalms», in VT 30 (1980), 213-226.
Pour la différence quantitative, des indications intéressantes se trouvent dans l’article de G. D ORIVAL, «Les titres des
psaumes en hébreu et en grec: les écarts quantitatifs», in L’Ecrit et L’Esprit 214 (2005), 58-70.
3
Voir pour cela l’article de J. M. AUWERS, «Le David des psaumes et les psaumes de David», in L. D ESROUSSEAUX – J.
VERMEYLEN, Figures de David à travers la Bible (1999), 187-224. Cf aussi, M. COLLIN, Comme un murmure de
cithare. Introduction aux psaumes, 28.
4
L’étude sérieuse sur cet aspect à été faite par: J. T. M ILIK, «Deux documents inédits du désert de Juda», in Bib 38
(1957), 246; J. A. SANDERS, The Dead Sea Psalms Scroll, New York, 1967, 37-38.136.160; C. COULOT, «David à
Qumran», in L. DESROUSSEAUX – J. VERMEYLEN, Figures de David à travers la Bible, (1999), 315-343.

5
construction du temple. Il institue les lévites et leur confie la composition et l’exécution des chants
et des hymnes destinés à la louange du Dieu d’Israël (1Ch 16,1-36; Esd 3,10-11). David est donc
pour ainsi dire le maître organisateur et orchestral de la liturgie du culte du temple5. En cela il lui est
attribué le psautier d’Israël.

Ainsi dit, David serait-il véritablement l’auteur des 150 psaumes ? L’opinion la plus récente
est de ne pas se cantonner à penser absolument à une paternité davidique de tous les psaumes. Il y a
eu une certaine davidisation des psaumes dans le processus historique et culturel du peuple d’Israël.
Mais la davidisation des psaumes n’autorise pas d’exclure à tort la possibilité que des psaumes
soient antiques et puissent remonter clairement au roi David. Il y a des psaumes qui font écho de
l’histoire de David, de son élection, de son onction, de sa royauté, de ses épreuves, de sa vie comme
serviteur de Dieu, etc. (par exemple les Ps 3 ; 7 ; 18 ; 29 ; 30 ; 34 ; 51 ; 59 ; 63 ; 142 et autres).

1.2. Les titres des psaumes

Plusieurs psaumes sont précédés des notes techniques ou titres qui orientent la prière du psaume.
Parfois on y suggère le genre littéraire, l’air à suivre, les indications historiques ou les circonstances
de composition des psaumes (exemple du Ps 3). Mais qu’en est-il de la fiabilité historique de ces
titres ? Il y a des titres différents selon les traditions : massorétique, septante, latine et Cyriaque. Ces
titres sont rédactionnels et non rigoureusement historiques. Mais le rédacteur propose des
circonstances idéales où le psaume trouverait bien sa place, en même temps qu’il donne une
orientation sur son interprétation théologique.

1.3. La datation

Connaître la datation d’un texte littéraire favorise son intelligence et sa compréhension. Ce principe
est surtout valable dans le domaine de la prophétie d’Israël. Les oracles des prophètes visent
d’abord une situation historique concrète. Ils sont des paroles de Dieu en situation dans une époque
et un contexte donnés. En ce qui concerne les psaumes, la liaison est forte. Il y a sans doute des
psaumes qui portent les marques de leur époque de composition. Beaucoup de psaumes de
lamentation, par exemple, sont composés au lendemain de la chute de Jérusalem et de la
destruction du Temple. Il y a des psaumes qui réfèrent clairement à des situations concrètes de
l’histoire du peuple d’Israël. Bon nombres d’auteurs insistent sur le caractère tardif des psaumes

5
Il s’agit évidemment ici du premier temple de Jérusalem. Il a été construit par Salomon, le fils de David (1R 6,1ss).
David lui-même eut l’idée de construire un temple pour abriter l’arche du Dieu d’Israël, mais ne put malheureusement
réaliser son somptueux projet parce que le Seigneur ne le voulut pas (2Sam 7,1-11). Cependant, David a édifié ce
pourquoi le temple avait été fait, ce à quoi sert le temple.

6
dont ils situent la rédaction durant la période postexilique (fin du Ve s. jusqu’au IIe s.). Par ailleurs,
il faut ajouter que les psaumes ne sont pas une littérature isolée, ils font partie d’un corpus littéraire
qui englobe aussi bien les livres prophétiques que les livres sapientiaux et rejoignent les écrits
d’inspiration deutéronomique et de tradition sacerdotale6. Toutefois, il reste difficile en général de
déterminer la date ou l’époque précise de composition des psaumes. Leurs références historiques
sont faibles. On se fie aux hypothèses7. Aussi peut-on conclure que s’il est intéressant d’avoir une
idée sur la situation historique des psaumes, il ne reste pas moins vrai que le débat sur la datation
des psaumes, s’il n’est pas dépassé, est néanmoins considéré aujourd’hui comme un problème
secondaire.

1.4. Formation et rédaction des psaumes

Une étude du psautier montre une formation par étape, une croissance progressive. On pourrait
parler de trois phases dans la formation du livre des psaumes :

1. Les compositions individuelles d’un auteur, d’une école ou d’un milieu littéraire.
2. Les recueils ou collections partiels. Pour le faire (critères d’assemblage), on met ensemble
les psaumes qui sont l’expression d’une même école, d’une même situation, d’une même
perspective théologique, liturgique ou historique (par exemple les psaumes des montées, les
psaumes alléuiatiques, les psaumes de Yahvé-Roi, etc).
3. L’assemblage des collections. Les collections ont été regroupées progressivement à partir
d’instances particulières. Par exemple les Ps 2 et 89 encadrent les trois premières collections du
psautier dans une ambiance messianique. Les Ps 1 et 119 encadrent tout le reste du psautier en
soulignant l’amour pour la loi du Seigneur.

Et pour ce qui est de la rédaction finale du psautier : à quand remonte-t-elle ? Les avis sont partagés
à ce propos.

 Il y a des écoles exégétique qui défendent une rédaction très récente du psautier qui
remonterait à l’époque maccabéenne (1ère moitié du 2nd siècle av J.C). Pour ces écoles, l’argument
est la découverte à Qumran d’un recueil de psaumes qui présente une numérotation différente des
psaumes par rapport au TM.

6
Cf R. J. Tournay, Voir et entendre Dieu avec les psaumes, CRB 24, 1988, 184.
7
Cf M. MILLARD, Die Komposition des Psalters. Ein formgeschichtlicher Ansatz, Tübingen, 1994.

J. M. AUWERS, La composition littéraire du psautier. Un état de la question, (Cahiers RB 46), Paris, 2000.

7
 Cependant la plupart des exégètes soutiennent plutôt une rédaction postexilique du psautier
à partir de la construction du 2nd temple en 515.
 Il y a la figure d’ESDRAS, poète et scribe. Il serait responsable de la rédaction du
pentateuque mais aussi du livre des psaumes. ESDRAS est à cheval entre le 4ème et le 5ème siècle
avant J.C.(398).

1.5. Structure – plan du psautier

Dans son état actuel, le psautier hébreu est divisé en cinq livres comprenant les Ps 1-41 ; 42-72 ; 73-
89 ; 90-106 ; 107-150. Cette quintuple partition du psautier repose, dans une certaine mesure, sur le
parallèle avec les cinq livres de la Torah, mais surtout sur des critères littéraires, en l’occurrence la
présence des doxologies en finale des Ps 41, 72, 89 et 106. Chacune de ces doxologies est
reconnaissable, parce que présentée sous forme d’une bénédiction juive classique :

- Ps 41,14 : `!mea'w> !mea' ~l'A[h' d[;w> ~l'A[h'me laer"f.yI yhel{a/ hw"hy> %WrB' (béni soit
le Seigneur, Dieu d’Israël, depuis toujours et pour toujours, amen et amen).
- Ps 72,18-19 : `!mea'w> !mea' #r<a'h' lKo-ta, AdAbk. aleM'yIw> ~l'A[l. AdAbK. ~ve
%Wrb'W ADb;l. tAal'p.nI hfe[o laer"f.yI yhel{a/ ~yhil{a/ hw"hy> %WrB' (béni soit le Seigneur
Dieu, le Dieu d’Israël qui seul fait des merveilles ; béni soit le nom de sa gloire pour toujours ;
et que soit remplie de sa gloire toute la terre, amen, amen).
- Ps 89,53 : `!mea'w> !mea' ~l'A[l. hw"hy> %WrB' (béni soit le Seigneur pour toujours, amen,
amen).
- Ps 106,48 : `Hy"-Wll.h; !mea' ~['h'-lK' rm;a'w> ~l'A[h' d[;w> ~l'A[h'-!mi laer"f.yI yhel{a/
hw"hy>-%WrB' (béni soit le Seigneur, Dieu d’Israël, depuis toujours et pour toujours ; et que
dise tout le peuple : amen, alléluia).
Il manque une formule doxologique à la fin des Ps 107-150, et qui corresponde vraiment aux quatre
autres ci-dessus citées. Cependant, on peut aussi se demander si la fin du cinquième livre ne serait
pas le dernier verset du Ps 145 dont la formule (`d[,w" ~l'A[l. Avd>q' ~ve rf'B'-lK' %rEb'ywI yPi-

rB,d;y> hw"hy> tL;hiT. = que ma bouche dise la louange du Seigneur, et que toute chair bénisse son
saint nom pour toujours et à jamais) est peu ou prou proche des doxologies précédentes. Dans ce
cas, les Ps 146-150 formeraient, avec leur marque « alléluiatique », la finale du psautier. Toutefois,

8
le Ps 150, pris comme un tout, reste encore considéré comme la louange finale du cinquième livre
voire de tout le psautier8.

Par ailleurs, à l’intérieur du psautier se trouvent des micros unités textuelles, aujourd’hui identifiées
comme des collections mises sous le patronage de David ou d’autres personnages comme par
exemple Coré et Asaf, ou alors obéissant à des styles indiqués par les titres. Ainsi, avons-nous en
gros :

- les collections davidiques (Ps 3-41 ; Ps 51-72.86 ; 108-110 ; 138-145) ;


- les collections lévitiques composées des psaumes des fils de Coré et des psaumes d’Asaf (Ps 42-
49.84-85.87-88.[89] pour les fils de Coré ; 50.73-83 pour Asaf) ;

- les psaumes du Règne de Yahvé (Ps 93-99) ;

- les psaumes des montées (Ps 120-134) ;


- les psaumes « alléluiatiques » (Ps 104-106 ; 111-118 ; 135-136 ; 146-149). Le long Ps 119
pourrait être considéré comme une collection de psaumes alphabétiques9.

1.6. Les styles des psaumes (ou genres littéraires)


H. Gunkel à qui revient le mérite de la recherche sur les genres littéraires des psaumes, avait
classifié les psaumes en cinq catégories : les hymnes, les lamentations individuelles, les
lamentations collectives, les hymnes d’action de grâce et les psaumes mixtes qui n’ont pas un seul
genre10. Depuis lors jusqu’à la moitié du siècle dernier à peu près, on s’est attelé à classifier les
psaumes selon leurs genres et leurs caractéristiques.
La dénomination « styles » des psaumes est une évolution de ce qui était appelé jadis « genres
littéraires » des psaumes11. Aujourd’hui on s’attèle plus à définir les styles présents dans les
psaumes – car un psaume peut renfermer plusieurs styles –, qu’à les classifier selon le genre

8
Cf J. M. AUWERS, Recherches sur la division du Psautier en cinq livres, passim ; M. HEREDIA, « Los cinco libros del
Salterio », in Carthaginensia 7 (1991), 3-17 ; M. COLLIN, « Le livre des psaumes », in Cahiers Evangile 92 (1995), 28 ;
E. ZENGER, « Komposition und Theologie des 5. Psalmenbuchs 107-150 », in BN 82 (1996), 97-116 ; J. M. AUWERS,
La composition littéraire du psautier, 78-86.

9
Cf J. M. AUWERS, La composition littéraire du psautier, 27-31.
10
Cf H. GUNKEL, The Psalms: a Form-Critical Introduction, Philadelphia, 1967, 30-39.
11
Selon Gunkel, les psaumes pouvaient être classés en plusieurs catégories, selon leur genre littéraire : les hymnes, les
lamentations individuelles, les lamentations collectives, les hymnes d’action de grâce et les psaumes mixtes qui n’ont
pas un seul genre : cf H. GUNKEL, The Psalms: A Form-Critical Introduction, 30-39.

9
littéraire. Et ainsi peut-on avoir fondamentalement quatre styles dans le psautier à savoir, la
supplication, la lamentation, l’action de grâce (ou remerciement) et la louange.
Style fondamental des psaumes, la supplication est composée des éléments suivants : l’appel ou
l’invocation du nom de Dieu, l’exposition du cas, l’appel au secours, le remerciement ou la louange
pour le bienfait reçu. Dans les psaumes de supplication, on supplie pour le pardon des péchés, pour
la guérison d’une maladie, pour la persécution, ou encore pour chercher asile dans le temple 12. Au
niveau grammaticale et syntaxique, les psaumes de supplication abondent des impératifs
supplicatifs et leurs motivations souvent exprimées par la conjonction de subordination hébraïque
« Ki » (parce que). Le thème dominant des psaumes de supplication est la confiance. Les principaux
psaumes de confiance : Ps 3, 4, 11, 16, 23, 27, 56, 62, 91, 115, 121, 125, 129, 131.
Proche de la supplication (surtout au niveau de la structure littéraire et syntaxique), se trouve
la lamentation qui se caractérise spécifiquement par la référence à un événement ou une situation
qui a eu lieu dans le passé. On se lamente généralement pour la mort, pour une disgrâce, pour une
défaite ou encore un échec grave et irréparable13. Parmi les psaumes de lamentation nous avons les
psaumes de pénitence. Dans le psautier nous avons ce qui est appelé le « septénaire pénitentiel » :
Ps 6, 32, 38, 51, 102, 130 et 143.

L’action de grâce consiste à reconnaître en de termes joyeux les bienfaits de Dieu, par exemple le
pardon des péchés, la guérison, la justification et la libération. Les psaumes d’action de grâce
semblent avoir comme milieu d’origine, une cérémonie liturgique. Après avoir été exaucé, le fidèle
monte au Temple entouré de ses amis pour accomplir ses vœux et offrir le sacrifice d’action de
grâce. La victime offerte à la divinité est ensuite partagée par les participants au sacrifice →
Sacrifice de communion et de paix. La structure de ces psaumes est tripartite : - invitation à rendre
grâce au Seigneur ; description du motif d’action de grâce (guérison d’une maladie ; salut ;
relèvement du Shéol ; bonté de Dieu, son amour qui est de toujours...) ; reprise de l’invitation à
rendre grâce. Quelques psaumes d’action de grâces : 9, 10, 30, 40, 65, 66, 67, 92, 107, 116, 118,
138.

La louange représente le sommet de la prière, c’est pourquoi le psautier est appelé dans le judaïsme,
Sepher Tehilim et chaque partie du psautier se termine par une doxologie, un cri de louange à
Dieu. La louange est basée fondamentalement sur trois principes : l’invitation à louer Dieu
(exprimée par des impératifs invitatifs), la motivation qui donne l’objet de la louange et le

12
Cf E. S. GERSTENBERGER, Psalms, 12.
13
Cf H. GUNKEL, Einleitung in die Psalmen, 117.

10
développement de cet objet, la conclusion reprend souvent la formule d’introduction14. Ceci peut se
résumer en deux expressions : affectus laudis et themata laudis. L’affectus laudis a trait à
l’attitude de louange qui traverse la prière. Tandis que la themata laudis fait référence à la raison, au
motif pour lesquels on célèbre Dieu. L’affectus laudis ressort en particulier au début et à la fin des
hymnes. Tandis que la themata laudis constitue le corps central des hymnes.

La louange a deux orientations : la louange narrative ou expositive qui consiste à raconter les
bienfaits de Dieu et la louange descriptive qui consiste à décrire Dieu dans son être profond et dans
la largesse de son agir. La louange a deux motivations : la gratuité et l’émerveillement. La gratuité
consiste à louer Dieu pour lui-même, pour ce qu’il est ; tandis que l’émerveillement jaillit de la
contemplation de la beauté des œuvres de Dieu. Quelques psaumes de louange : Ps 8, 33, 48, 63, 71,
93-99, 103, 104, 108, 117, 136, 145-150.

En accointance à ces styles, il ya des thèmes qui ressortent dans le psautier : la confiance,
l’adoration, la pénitence, le refuge, l’écoute, la sagesse, la réflexion, la méditation, etc.

Enfin, il est à souligner que la supplication et la louange sont les formes littéraires qui caractérisent
le psautier dans son ensemble ; elles constituent les deux pôles essentiels de la prière psalmique.
Elles sont les deux gammes importantes de l’introduction de la symphonie du psautier. Sur 150
psaumes, 1/3 est représenté par les supplications ; 1/3 par les louanges et le reste se partage la 3ème
partie. A la polarité louange-supplication, appartiennent donc 2/3 des psaumes. Louange et
supplication sont deux attitudes fondamentales de la prière de l’homme comme le jour et la nuit
dans l’existence humaine. Elles tendent à englober toute l’existence humaine, depuis la naissance
jusqu’à la mort : la louange définit Dieu, celui qui est à l’origine de l’existence humaine et dont
dépend celle-ci, tandis que la supplication rappelle que l’existence humaine ne peut se réaliser en
bonheur que dans l’appel de Dieu. La louange est le langage de la joie, tandis que la supplication est
le langage de la souffrance et de la précarité : les deux expriment la réalité de l’homme devant
Dieu15. Sans la supplication, l’homme échappe à sa condition d’homme qui ne peut être sans
souffrance puisqu’il reste pécheur ; sans la louange, l’homme oublie qui est son Dieu, son créateur

14
Cf H. GUNKEL, Einleitung in die Psalmen, 33.
15
Cf C. WESTERMANN, Praise and Lament in the Psalms, 11.

11
et son sauveur. Supplication et louange sont donc les deux modes inséparables et indispensables du
dialogue de l’homme avec son Dieu16.

16
Cf M. COLLIN, Le livre des psaumes, Cahiers Evangiles 92, 41.

12
II- APPROCHE POETIQUE DU PSAUTIER

Les psaumes sont à la fois des prières et des poèmes. Les deux dimensions sont indissociables et en
même temps indispensables : elles nourrissent la foi en Dieu. Par conséquent l’exégèse doit
respecter voire valoriser la composante poétique de la prière biblique. Le message religieux passe à
travers la forme poétique de ces textes.

1- Le langage des psaumes et ses trois fonctions

On distingue les fonctions informative, impressive et expressive.

a. Fonction informative ou cognitive

Le langage nous sert pour transmettre des informations ; donner des vérités, faire connaitre : le
langage de la science, de l’école, le reportage, la communication. C’est un langage à la troisième
personne, descriptif. Dans la fonction informative du langage, les mots sont utilisés comme une
monnaie de change. Les mots désignent des choses. On parle alors de fonction référentielle.

b. Fonction expressive

Nous parlons pour exprimer notre état d’esprit, notre univers intérieur ; notre intimité, notre
confidence. L’intériorité de la personne a besoin du langage expressif (langage de la communion).
C’est la poésie lyrique, riche en émotion, en sentiment. On parle ici en JE-TU– MOI-TOI.

c. Fonction impressive ou interpellatrice :

A travers le langage, je produis des changements chez mon interlocuteur. La langue peut
influencer, obliger, presser l’autre. C’est le langage de loi, de code, de l’exhortation, de conseil ; ici
on parle à la deuxième personne et à l’impératif ; c’est le langage dramatique.

Chaque fonction du langage peut se déployer à trois niveaux :

a- La langue courante : c’est le plus bas niveau du langage ; style familier ; relations informelles ;
langue de la route. C’est une langue très pratique et efficace qui vise l’efficacité ; vocabulaire
pauvre, limité, banal.
b- Le langage technique : les mots quotidiens peuvent assumer un sens technique dans les
différents domaines de la science. Chaque discipline a son vocabulaire. La langue technique est

13
tirée du langage commun par un processus de simplification. Elle se caractérise par son
exactitude, sa sobriété, sa concision.
c- La langue littéraire ou poétique : le registre soutenu de la langue : c’est la langue de la poésie.
La langue littéraire est tirée de la langue commune par un processus de condensation. Elle
donne de l’épaisseur aux expériences humaines. C’est un langage créatif, recréatif, performant.
Il représente la réalité et la fait vivre. Tandis que dans la langue technique les mots servent le
sens, dans la langue littéraire, les mots constituent le sens.

PAR RAPPORT A LA BIBLE :

La Bible emploie toutes les trois fonctions du langage. Dans la narrative prévaut la fonction
informative du langage. Dans les textes législatifs, on a la fonction impressive. Les textes poétiques
exploitent beaucoup plus la fonction expressive. Mais toutes les fonctions traversent indifféremment
le texte biblique.

→ Pour ce qui est des niveaux de langage, le premier niveau n’est pas présent dans la Bible malgré
la présence des pages arides. On utilise parfois la langue technique avec un vocabulaire propre
(langage des codes). La plupart des textes bibliques rentrent dans le niveau littéraire ou poétique du
langage. Le texte biblique ne se limite pas à transmettre des vérités mais il associe aussi la beauté
du langage. Dieu a voulu associer à son message, la beauté même de ce message.

LA TRADITION CHRETIENNE :

Dans la tradition chrétienne, on avait une attitude méfiante à l’égard de la valeur poético-littéraire
de la Bible. On s’arrêtait plutôt au message spirituel. Deux exemples de témoignages à ce propos :

1. St THOMAS dans la Somme Théologique, I, 9 1er art. Il veut savoir si la Bible doit utiliser
le langage poétique, métaphorique. Pour répondre à cette interrogation, il constate d’abord la
présence du langage imagé dans la Bible. Pour lui, l’approche intellectuelle est préférable pour
saisir le mystère de Dieu. Mais il accepte qu’on utilise le langage métaphorique pour les esprits
faibles.
2. L’imitation du Christ 1,v, chef d’œuvre de la spiritualité du Moyen-âge. Il faut rechercher la
vérité dans la Bible et non la beauté littéraire et poétique afin de ne pas faire substituer la Parole de
Dieu en des approches esthétiques, en des émotions littéraires.
3. Cependant, cette mise en garde contre la beauté littéraire de la Bible ne respecte pas la
volonté de Dieu. Car Dieu nous approche, il nous parle et se révèle à travers cette beauté littéraire
du texte biblique. Respecter la Parole de Dieu c’est mettre en valeur la dimension esthétique de la

14
page biblique. C’est ce qui a été l’originalité de l’investigation moderne de la Bible. A ce propos,
nous avons un pionnier : ROBERT LOWTH. Il était évêque anglican, professeur de littérature à
Oxford en Angleterre. En 1753, il a composé un ouvrage intitulé : La poésie sacrée des hébreux.
C’est un ouvrage qui a découvert et valorisé la loi du parallélisme qui est une règle fondamentale de
la poésie sémitique. LOWTH ROBERT est donc le premier à mettre vraiment en valeur la qualité
littéraire et esthétique de la page biblique.

Examiner un texte biblique du point de vue esthétique : qu’est-ce à dire ?

Il s’agit de mettre en valeur deux aspects ou deux composantes de la parole poétique à savoir le
tissu verbal et l’univers symbolique ou langage métaphorique du texte.

1. 1ere composante de la poésie biblique : Le tissu verbal

Remarque : La poésie n’existe pas indépendamment des paroles. Ce sont les paroles qui composent
la poésie. Comme l’art figuratif (peinture) a besoin de couleurs pour se réaliser et l’art musical, des
notes et des rythmes, ainsi l’art poétique a-t-il besoin des mots sélectifs, interpellatifs, percutants et
performants. La poésie est un tissu verbal des mots qui s’entrelacent.

→ ELEMENTS CONSTITUTIFS DU TISSU VERBAL :

- Le rythme : Dans la poésie sémitique, il n’existe pas la rime mais le rythme. A la différence de la
prose, la poésie utilise un langage cadencé, harmonieux, qui charme l’oreille. Le rythme de la
poésie sémitique est fondé sur l’accent tonique. Un vers se compose de deux membres qu’on
appelle stiques ou colons. Le rythme le plus fréquent consiste en trois accents sur chaque stique. Le
but est de créer une sorte de musique verbale faite à la fois de sonorité auditive et d’évocation
affective.
- Le parallélisme : C’est la caractéristique fondamentale de la poésie sémitique. Le parallélisme
consiste à énoncer une même pensée en deux ou trois stiques équilibrés et parallèles. Ces stiques
sont intimement liés par le sens. Autrement dit, c’est une sorte de balancement des membres du vers
rythmant la pensée. Depuis R. LOWTH, on a souvent distingué trois formes de parallélismes :
- Le parallélisme synonymique où le second stique fait écho au premier ; on dit la même
chose avec deux expressions équivalentes. Ex : Les cieux proclament la gloire de Dieu // le
firmament raconte l’ouvrage de ses mains (Ps 19,2) ; louez le Seigneur tout le peuple // fêtez-le tout
le pays (Ps 117,1)

15
- Le parallélisme antithétique où le second stique exprime l’idée opposée à celle du premier.
Ex : Des riches ont tout perdu ils ont faim // qui cherche le Seigneur ne manquera d’aucun bien (Ps
34,11).
- Le parallélisme synthétique ou complémentaire où le second stique développe et complète
l’idée exprimée par le premier : Chantez au Seigneur un chant nouveau ; chantez au Seigneur, terre
entière ; chantez au Seigneur et bénissez son nom (Ps 96,1-2).
- Aujourd’hui on distingue d’autres parallélismes dans la poésie biblique : le parallélisme
grammatical qui tient compte des temps des verbes, des personnes, des nombres, etc ; le
parallélisme lexical qui s’intéresse au vocabulaire, aux mots et à leur récurrence ; le parallélisme
sémantique qui s’intéresse au sens des mots et le parallélisme sonore qui regarde le son des mots
(allitération – mêmes consonnes – et assonances – mêmes voyelles)17.
- D’autres techniques de composition :
 La répétition. Le psaume utilise en permanence ce procédé littéraire. Ce n’est pas un signe
de misère de vocabulaire, bien au contraire la répétition est intentionnelle pour insister sur une idée
ou une expression. Les refrains qu’on trouve dans beaucoup de psaumes sont une forme particulière
de répétition pour la prière du peuple (Ps 8,2.10 ; 42,6.12 ; 43,5 ; 46,8.12 ; 57,6.12 ; 136…).
 L’allitération. Il s’agit d’une répétition des mêmes voyelles.
 L’assonance. C’est la répétition des mêmes consonnes.
 Les acrostiches. C’est l’alphabet hébraïque avec ses 22 consonnes qui structurent le texte.
Chaque verset commence avec une lettre de l’alphabet. C’est un procédé pneumo technique des
sages d’Israël pour favoriser la rétention par cœur du texte (Ps 119).
- La structure du texte poétique. Un poème n’est pas une simple juxtaposition d’idées ou une
succession de mots, mais une pièce littéraire bien agencée. La structure confère à un texte son unité
et son harmonie. Elle consiste dans la disposition harmonieuse des éléments. Dégager la structure
d’un texte littéraire ne signifie pas diviser le texte ou le démembrer. La structure est principe d’unité
et d’harmonie qu’il faut rechercher. La structure donne la clé de lecture du texte, elle en révèle le
sens et la théologie.

17
Cf A. BERLIN, « Grammatical Aspects of Biblical Parallelism », in HUCA 50 (1979), 17-43 ; E. L. GREENSTEIN,
« How does Parallelism mean », in S. A. GELLER – E. L. GREENSTEIN, A Sense of Text. The Art of Language in the
Study of Biblical Literature, Wino Lake, 1982, 41-70 ; A. BERLIN, « Parallel Word Pairs: A Linguistic Explanation », in
UF 15 (1983), 7-16 ; W. G. E. WATSON, Classical Hebrew Poetry, 114-159 ; R. ALTER, The Art of Biblical Poetry, 3-
26 ; A. NICCACCI, « Analysing Biblical Hebrew Poetry », 78-80.

16
Le texte poétique biblique se structure en trois parties : la stichométrie qui est la division en
stiques (le stique est une unique ligne d’un poème) ; la strophie ou division en strophes (la strophe
est un ensemble de un ou plusieurs stiques) ; la division en stances (la stance est une partie du
poème. La strophe n’est pas une stance, pourtant une stance peut être composée d’une seule strophe.
En réalité, le mot stance peut être défini comme une sous-section d’un poème. En effet, le poème
est composé de stances, et chacune d’elle comprend une ou plusieurs strophes et chaque strophe est
composée de stiques.

Ainsi, pour arriver à cette division on se base sur ces éléments essentiels : le parallélisme ; les
indications textuelles à savoir la syntaxe, la grammaire, le vocabulaire, les répétitions, les
inclusions, les unités poétiques, les refrains, les mots clefs, les genres, les formules introductives,
les word-pairs, les changements de personnages. A ces éléments internes du poème, il faut ajouter
un autre externe qui revient dans beaucoup de psaumes : le « selah » qui peut jouer le rôle de pause
majeure. En outre, il faut tenir compte des formes pausales présentes dans le TM. Ces formes
pausales, souvent mues par le sens et le contenu du verset, non seulement aident à la cadence
compréhensive d’une bonne lecture du texte poétique, mais aussi marquent la séparation entre les
différents stiques formant une unité poétique. En rapport direct avec les formes pausales, nous
avons les accents du TM, en particulier les accents disjonctifs qui peuvent marquer de façon non
moins notoire la fin d’un stique ou la séparation de deux stiques18. Parmi ces accents disjonctifs, les
plus caractéristiques sont : le Sillûq (ː ̩), le ‘Ôlêwejôrēd ( ̗ ‫) ۦ‬, l’’Atnāh ( ˰ ), le Rebia’magnum /
parvum ( ̇ ) ou mūgrāš ( ̇ ΄ ).

2- 2e composante de la poésie biblique : l’univers symbolique

Dans l’atelier du penseur, du philosophe, du théologien, la matière à traiter ce sont les concepts.
Tandis que chez le poète la matière est donnée par les symboles. Nous avons deux approches
différentes pour saisir la réalité :

- L’approche intellectuelle : concept, définition, idée.


- L’approche des beaux arts (artistique et esthétique) : imagination, sentiment, affectivité.

Ces deux approches sont nécessaires et complémentaires. Tout artiste exploite la nature symbolique
de la création. L’univers est un chantier vivant de symboles, une mine inépuisable d’images. Toute
création possède une double valeur, une valeur physique et fonctionnelle et une valeur symbolique

18
Cf E. J. REVELL, « Pausal Forms and the Structure of Biblical Poetry », 187.

17
et esthétique, métaphorique et sacramentelle : les choses ont la capacité de renvoyer au-delà d’elles-
mêmes.

Quelques exemples :

- Ps 8. Le poète contemple l’immensité du ciel nocturne qui renvoie à la grandeur incomparable de


Dieu.
- Ps 19. Le soleil : symbole de puissance, de la vie, de la divinité.
- Ps 90. La terre : symbole de limite et de précarité mais aussi de fécondité et de maternité.
- Ps 42-43. Les eaux : symbole de vie et de mort.
- Le feu : symbole de purification, de châtiment, de destruction mais aussi symbole de l’amour.
- Le corps – visage – face : relation personnelle avec quelqu’un.
- L’œil – le regard ou la présence de Dieu.
- Le cœur : intériorité de la personne, de la conscience de l’individu.
- Les entrailles : affectivité, sentiment, émotion.
- L’âme : la vie.
- La main : l’activité, la virilité, et le guide.
- Les positions du corps humain : l’homme debout, l’homme assis ou couché et l’homme en
marche.
 L’HOMME DEBOUT :
C’est l’homme qui apparait face à l’univers. Position verticale qui signifie la montée ou la descente.
Les symboles correspondants sont le ciel et la terre ; le soleil et la lumière ; le temple, le trône du
roi.
 L’HOMME ASSIS OU COUCHE :

C’est lui qui accueille dans l’intimité et la quête du repos. A cette position est liée l’expérience de
sortie ou d’entrée. Le symbole engendré par cette position de l’homme : la maison, le refuge, la
mère ou épouse, la coupe, la nourriture, la vigne, la terre, la ville.

 L’HOMME EN MARCHE :

C’est lui qui conquiert l’espace. Le symbole associé se rattache à l’orientation vers un but. Il s’agit
en particulier de la symbolique liée à la route, au chemin et à la temporalité.

En conclusion, on peut dire que l’imaginaire des psaumes est à la fois universel et culturel. Il rentre
dans la logique de l’imaginaire biblique qui a été façonné par l’expérience historique d’Israël. C’est
l’imaginaire d’un peuple marqué par une histoire singulière : l’expérience semi-nomade des pères

18
d’Israël ; la servitude en Egypte ; les eaux de la mère rouge ; la marche et la traversée du désert ;
l’alliance du Sinaï ; l’entrée dans la terre promise de Canaan.

19
III- APPROCHE THEOLOGIQUE DU PSAUTIER

1- Le psautier comme prière d’un peuple

Le livre des psaumes est un recueil de 150 poèmes, expression de la foi et de la spiritualité d’Israël.
Le psautier est livre de la prière du peuple de la première alliance. Dans le can. juif des Ecritures, le
livre des psaumes occupe la première place de la troisième collection (KETOUBIM). En hébreu, le
livre des psaumes porte le titre SEPHER TEHILLIM (livre des louanges). Car la louange est le
sommet de la prière biblique, le point d’arrivée d’une relation avec Dieu. De ce point de vue, le
psautier est avant tout le carnet de prière d’Israël, le lieu et le moment de sa rencontre avec le Dieu
des Pères. Le peuple d’Israël est donc propriétaire et destinataire de ce livre. C’est dans ce sens
qu’écrit CHOURAQUI ANDRE : « Nous les juifs naissons avec le livre des psaumes dans nos
entrailles »19. Cela exprime une existence viscérale du psautier à Israël. Israël est plongé dans les
psaumes depuis les débuts de son histoire.

Pour comprendre le psautier, il faut le situer dans le cadre de la Révélation biblique, dans le cadre
de l’histoire du salut de l’Ancien Testament. Or la Révélation a une structure dialogique c’est-à-dire
une Parole de Dieu adressée à quelqu’un. Dieu prend l’initiative et établit une relation avec
l’homme. Le psautier représente la réponse de l’homme à l’initiative de Dieu dans son histoire.
Lorsque la communauté constate que Dieu est présent dans son histoire, elle réagit par la prière, la
louange. Le psautier a grandi avec le peuple. Le psaume le plus antique semble être le psaume 29
appelé psaume des 7 tonnerres. Car le psaume reprend sept fois le mot qôl = voix, tonnerre. Ce
psaume porte les traces de la poésie cananéenne. Le plus récent semble être le psaume 149 qui est
imprégné de la spiritualité des combattants de YAHVE.

2- Le psautier comme mémorial de l’histoire d’un peuple (Exode – Royauté)

Le psautier est le miroir de l’histoire biblique d’Israël et le microcosme de l’Ancien Testament, une
synthèse orante de la première alliance. Le psautier reflète les grandes étapes de l’histoire biblique
d’Israël surtout dans les psaumes historiques et dans les hymnes. Par exemple :

- L’époque patriarcale devient objet de méditation et de prière dans le Ps 105.

19
A. CHOURAQUI, Les Psaumes, Paris, 1956, 1.

20
- L’évènement fondateur qui est l’exode imprègne plusieurs psaumes (78 ; 80,9 ; 105-106 ;
114 ;135 ; 136).
- L’alliance de Dieu avec la maison de David. Cet épisode est évoqué dans les Ps 78,67-72 ;
89 et 132 ;
- La chute de Jérusalem et l’amère expérience de l’exil (74 ; 137)
- Le retour inattendu de l’exil (Ps 126)
- L’attente de la venue définitive de Dieu pour sceller l’histoire humaine (Ps 96 ; Ps 98).

Le psautier est également l’écho priant de la vie d’Israël au quotidien. Il témoigne le rythme de la
vie de tout homme. Il actualise la semaine, il interprète l’existence humaine. Par exemple la fragilité
de l’homme qui s’envole (Ps 90) ; le scandale de la souffrance qui questionne Dieu (Ps 73) ; le
bonheur d’un foyer de paysans à table (Ps 128) ; l’expérience commune de la maladie qui mène à la
mort (Ps 22 ; 41 ; 88) ; l’expérience de la guérison inattendue (Ps 30) ; la réalité de la vieillesse (Ps
71) ; le temps des semailles ou psaume des paysans (Ps 65) ; le bonheur de la récolte (Ps 67).

En tout ceci, on retient que le psaume est un grand interprète de la prière quotidienne de l’homme :
les joies et les larmes, les forces et les faiblesses constituent le corps vivant de la prière d’Israël.
D’autre part, le psautier est une prière inspirée. D’où sa place dans le canon biblique. Les psaumes
représentent la prière que Dieu place dans notre bouche. C’est une prière dont Dieu lui-même est à
l’origine. Cette vérité est exprimée dans le texte psalmique : « Seigneur ouvre mes lèvres… » (Ps
51 ; Ps 40,4). L’Esprit de Dieu en tant que auteur de fond de la Bible, a fait jaillir la prière d’Israël.
Les psaumes représentent les cris de louange et de détresse que Dieu aime entendre parce que les
ayant lui-même suscités.

Bien plus, les psaumes sont à la fois la prière du peuple qui s’adresse à Dieu et la Parole de Dieu
dans la bouche d’un peuple. Ceci a une influence dans leur interprétation herméneutique : en priant
les psaumes, il faut respecter leur humanité, leur historicité, leur littéralité. Car dans la tradition
chrétienne, il y a eu risque de trop spiritualiser les psaumes et d’en faire une lecture christologique
précipitée. Il faut d’abord être fidèle à l’historicité de la Parole de Dieu. Il faut s’approprier des
sentiments et des idées des psalmistes. Il faut tenir compte de leur sensibilité et de leur culture.

3- Les psaumes : prière du Christ.

Jésus a partagé la prière des psaumes : « Après avoir chanté l’hymne » (Mc 14,26 ; Mt 26,30).
L’hymne dont il est question ici est le grand HALLEL (Ps 136) qui clôture la célébration de Pâques.
Donc Jésus a prié les psaumes. Mais cela n’est pas le plus important. Car il faut seulement retenir le
sens nouveau que Jésus introduit dans la prière des psaumes. Jésus accomplit les Ecritures, les
21
amènent à leur achèvement, à leur maturation. Ainsi en est-il de la prière d’Israël (psaumes). Il
apporte au psautier une croissance de sens, une perspective nouvelle, un enrichissement
herméneutique. Le portrait du Christ esquissé dans les psaumes trouve en lui sa maturation : c’est ce
qu’on appelle la semence christique des psaumes.

Accablé par la souffrance, le Christ sur la croix prie le Ps 22 dans sa forme araméenne. En priant ce
psaume, le Christ devient l’Innocent souffrant qui représente l’humanité toute entière (Mt 27,46 ;
Mc 15,34) ; Lc 23,46).

En utilisant le Ps 31 : « En tes mains Seigneur je remets mon esprit », le Christ définit et oriente la
destination finale de l’humanité en Dieu.

Dans une apparition pascale, Jésus parle expressément de son accomplissement des psaumes (Lc
24,44 : « Il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans…les psaumes… »). C’est donc
en Jésus Christ le psautier trouve son plein accomplissement.

D’après la lettre aux Hébreux (Sermon Sacerdotal), le Christ ressuscité prie encore les psaumes (He
2,12).

St AUGUSTIN dans son commentaire des psaumes a saisi cette idée de la perspective
christologique du psautier en disant : « Notre Seigneur Jésus Christ prie en nous, pour nous, est prié
par nous. Il prie en nous en tant que notre chef ; il prie pour nous en tant que notre prêtre ; il est prié
par nous en tant que notre Dieu. Reconnaissons donc en lui nos propres voix et sa voix en nous ».

Cette vérité a des conséquences au plan herméneutique du psautier. Désormais la compagnie


d’Israël ne nous suffit plus. Il faudra maintenant prier les psaumes avec Israël et surtout avec Jésus
Christ, l’Unique Médiateur. Il faudra prier les paumes dans la perspective nouvelle que le Christ
leur donne. L’exégèse des psaumes exige maintenant leur transposition chrétienne. L’événement
pascal devient la source de lumière qui projette dans les psaumes un sens nouveau. Priés par les
juifs et les chrétiens, les psaumes ont une résonnance différente dans la bouche des juifs et dans la
bouche des chrétiens.

4- Les psaumes : prière de l’Eglise

En continuité avec ses racines juives, l’Eglise apostolique a prié les psaumes, à la lumière de la
Pâques de Jésus et dans cette perspective nouvelle. Le livre des Actes nous relate une prière de la
première communauté de Jérusalem, qui reprend les termes du Ps 2 et les actualise. Il l’applique
également aux circonstances que la communauté est entrain de vivre (Ac 4,24-30).

22
Deux lettres de l’Apôtre Paul parlent de la prière des psaumes par la première communauté
chrétienne (Col 3,16 ; Eph 5,19) : « Que la Parole de Dieu habite en vous en abondance… ».

Depuis toujours les psaumes constituent la composante la plus riche de la prière quotidienne de
l’Eglise. L’office du peuple de Dieu est riche en psaumes. Les psaumes accompagnent les fêtes et
les solennités dans l’année de l’Eglise. L’Eglise elle-même a individualisé les psaumes les plus
appropriés pour les différentes circonstances de l’année liturgique. Chaque solennité a ses psaumes
ainsi que chaque temps liturgique.

L’Eglise a pris ses distances par rapport à la liturgie juive mais elle a intégré le psautier dans sa
prière. Ce dernier est copropriété d’Israël et de l’Eglise. Dans le dessein de Dieu, Israël a joué le
rôle de FILS AINE (BEKOR → Ex 4,22). Or dans la famille de Dieu il y a d’autres enfants (les
nations). L’ainé est souvent parent dans l’éducation des cadets. En laissant prier le psautier à
l’Eglise, Israël accomplit en profondeur sa mission d’ainé. Mais en utilisant les psaumes l’Eglise
garde une double attitude :

 Attitude de fidélité. Elle ne veut pas s’en passer. Elle prie de bon cœur dans la perspective
christique.
 Attitude de liberté : les psaumes n’épuisent pas la prière de l’Eglise. Cette liberté vis-à-vis
des psaumes s’exprime aussi dans une certaine sélection opérée par l’Eglise. La prière officielle de
l’Eglise met entre parenthèses quelques psaumes et quelques versets. Il y a des apories (limites)
dans la prière des psaumes :
1. La doctrine de la rétribution terrestre : vision de la vie selon laquelle le bonheur est toujours
la récompense de la vertu et le malheur la conséquence du péché. Vision simple et naïve de la
morale et de la justice de Dieu (Ps 37).
2. L’absence d’une perspective eschatologique : manque d’un horizon éternel. Tout se passe
dans l’horizon de la vie terrestre de l’homme. Il n’y a pas espérance d’une communion de Dieu avec
l’homme dans la mort. Dans le psautier, on est seulement au niveau de l’intuition et non d’une
conviction sur cette communion (Ps 16 ; 49 ; 73).
3. L’appel à la vengeance : le langage agressif ; propos de vengeance ou de haine contre
l’adversaire ; le psalmiste souhaite le malheur de l’ennemi. On les appelle les psaumes
imprécatoires (Ps 58 ; 59 ; 109).

Il y a une double réaction face à ces limites théologiques de prière d’Israël :

23
i. Purger le psautier. Passer le psautier à travers le filtre du Nouveau Testament. Par exemple
le Ps 109 est exclu de la liturgie de l’Eglise ; on enlève certains versets qui font problème : Par
exemple le Ps 63 a été dénudé des versets 10 et 11. De même le Ps 70 a été dépouillé du verset 6.
ii. Certains contestent la première réaction. Prendre les psaumes tels qu’ils se présentent à
partir du fait que l’Ancien Testament est une étape chronologique et surtout théologique de
l’histoire du salut.

24
IV-ETUDE CONCRETE DES PSAUMES SELON LES STYLES:

INTRODUCTION : LA PRIERE D’ECOUTE

L’écoute est la première forme de prière selon la Bible. La prière est d’abord écoute du Seigneur qui
nous parle avant d’être dialogue. Car la révélation est avant tout Parole de Dieu qui nous est
adressée et qui sollicite notre réponse. Cette réponse dépend de notre écoute : « Parle Seigneur ton
serviteur écoute ». Prendre une attitude d’écoute et de silence c’est reconnaitre la primauté de Dieu
dans l’alliance. L’appel à l’écoute revient plusieurs fois dans la littérature biblique (Dt ; Sg ;
Prophètes) → Dt 6, 4 ss

Dans le livre des psaumes, le terme de l’ECOUTE revient en forme d’invitation ou de lamentation.
Dieu exhorte son peuple à l’écoute de sa Parole ou se plaint du fait qu’Israël n’écoute et n’obéit pas
à sa voix (Ps 50, 7 ; Ps 78, 1). En particulier deux psaumes renferment la plainte de Dieu contre le
manque d’écoute de la part d’Israël. Il s’agit des psaumes 81, 9.12.14 ; Ps 95, 5.

Une véritable écoute demande une attitude de silence. Le silence est un élément nécessaire dans la
vie de relation avec Dieu. Pour écouter les autres, il faut se taire. La communication authentique est
précédée d’un silence. Elle a besoin d’un silence. Même dans la communication – communion
trinitaire, le Père est le silence, le fils est la Parole, l’Esprit est la rencontre. Et d’après St Paul,
l’histoire du Salut est Révélation d’un mystère enveloppé de silence depuis les siècles éternels (Rm
16, 25).

Dans la théologie biblique, deux notes expriment le silence :

- Shéqèt : c’est le silence extérieur, l’absence de bruit.


- Dummia : silence intérieur comme attitude de l’esprit, concentration.

Le silence a toujours été valorisé comme vecteur de la formation spirituelle et moyen de la


rencontre avec Dieu : Ps 65 : « Tibi Silentium laus » (Pour toi le silence est louange). Il y a le rappel
au silence dans le livre de psaumes : Ps 4, 5 ; Ps 37, 7 : « Fais silence pour le Seigneur, attends-le ».

25
1- EXEGESE DU PSAUME 1
A- Forme du psaume

Le psaume 1 débute en forme de béatitude. Celle-ci est une déclaration de bonheur, une sorte de
félicitation. Après cela, le psaume se poursuit par une sobre description de l’homme juste à partir de
ce qu’il ne fait pas (triple négation) et surtout à partir de ce qu’il aime.

 Au V.3, comparaison végétale. Le juste est assimilé à un arbre fleurissant.


 Au V.4, nette antithèse : « tel n’est pas le sort du méchant ». Les impies ne sont pas décrits
mais l’auteur parle plutôt de leur mépris. Cette opposition entre le juste et l’impie constitue le corps
du psaume. Il y a là un parallélisme authentique, une sorte de dytique.
 Au V.6, sentence sapientielle de récapitulation du psaume, verdict final en forme
d’antithèse : « le Seigneur connaît le chemin des justes mais celui des méchants se perd ».

On peut remarquer aussi que le psaume commence par la première lettre de l’alphabet hébreu tandis
les derniers mots du psaume commencent par la dernière lettre. Ces procédés littéraires visent à
présenter le psaume comme un résumé de la totalité de la loi. Le psaume 1 est ainsi un texte
programme, un bréviaire de sagesse religieuse. Très probablement la composition de ce psaume est
récente. Il a été placé comme préface ou portail du psautier.

B- Valeur littéraire du psaume (univers symbolique)

Le psaume 1 ne jouit pas d’une bonne réputation parmi les exégètes en tant que texte poétique.
AUVRAY dit de ce psaume : « travail honnête d’un débutant ; un portique de stuc à l’entrée d’un
riche musée ». Cet avis n’est pas partagé car le psaume présente des richesses poétiques :

La symbolique de la route (chemin). Le psaume nous propose deux chemins en opposition.


La route symbolise le comportement humain. De plus elle représente une option fondamentale, un
choix de vie.
La symbolique cosmique. Trois éléments cosmiques sont évoqués ici : terre, eau, vent. Ces
trois éléments cosmiques sont organisés autour d’un double axe :

1er axe : Opposition stabilité/instabilité : le juste est stable, cohérent, ferme tandis que le méchant
est instable. La terre est le maximum de stabilité [juste → arbre planté] ; la bale (le vent) est instable
[impie → bale qui disperse le vent] ; l’eau est intermédiaire.

26
2e axe : Opposition fécondité/stérilité : l’eau est symbole de la fécondité ; le vent est image de la
stérilité ; la terre est intermédiaire. Le juste est fécond comme l’arbre planté au bord d’une source
d’eau ; l’impie ne produit rien.

La temporalité du psaume. Il y a un temps cyclique, jour et nuit. Il y a un temps ponctuel, le


jour du jugement ; il y a un temps intermédiaire, la saison. Dans le texte hébreu du psaume, les
verbes sont à l’indicatif pour le comportement et au futur pour le résultat.

C- Analyse du contenu
1) La béatitude

Le psaume exhorte en forme de béatitude. Dans tout le psautier il y a 26 béatitudes, la plupart des
fois en début de la prière : Ps 1,1 ; Ps 32,1 ; Ps 41,1 ; Ps 112,1 ; Ps 119,1. D’autres fois la béatitude
clôture le psaume. Ps 1 ; Ps 2 ; Ps 84.

La béatitude est un genre littéraire qui appartient au genre sapientiel. C’est une déclaration de
bonheur. Elle consiste en la réussite de la vie : si tu veux réussir ta vie, suis ce programme.

2) Le portrait du juste

Il y a dans le psaume les trois positions du corps humain génératrices de symboles : debout, assis,
couché. C’est la totalité de la vie humaine qui est envisagée. Le juste se caractérise par une nette
prise de position par rapport à un style de vie courant, désordonné. Le juste selon le psaume est
celui qui a le courage de nager à contre courant. C’est l’homme anticonformiste habité par des
convictions profondes. Positivement le juste est celui qui fait de la Parole de Dieu son projet de vie,
son désir et son plaisir.

Dans le psaume, nous avons le mot Hèpes (désir, plaisir, projet). La loi du Seigneur représente le
plaisir et le projet de vie du juste. Il murmure (hagah) sa loi jour et nuit.

 Relation entre 1er et 2ème verset : relation de cause à effet. Le juste est capable de résister
parce qu’il tire sa conviction et sa force de la Parole de Dieu. Ce psaume sapientiel partage la
doctrine commune aux sages d’Israël : la rétribution terrestre. Le psalmiste affirme que toutes
œuvres du juste réussissent. Tandis que les impies échouent. Il y a liaison entre engagement
spirituel éthique et bonheur. La vie honnête est toujours féconde. Or cela n’est pas toujours vrai
dans l’horizon terrestre de la vie. Mais cela se réalise au centuple → Espérance.

27
 Aboutissement de la vie du juste et du méchant : On parle de jugement de Dieu. Le verdict
final de Dieu sur l’histoire humaine. Lors du jugement, les méchants ne se lèveront pas ni les
pécheurs au rassemblement des justes autour du Seigneur.
 Sentence finale : Elle clôture le psaume en forme de parallélisme antithétique. Le juste sera
récompensé et le méchant se perdra.
 Doctrine fondamentale du psaume : C’est la doctrine des deux voies. Dans l’Ancien
Testament, on peut rapprocher le psaume 1 à Dt 30,15-20 ; Jr 17,5-8 ; Pv 9.

D- La transposition chrétienne du psaume1


Le symbole de la route. Jésus reprend la doctrine des deux chemins en Mt 7,13-14 (cf aussi
Didachè 1-5). Le symbole de la route trouve son accomplissement en Jésus qui se définit comme
chemin, vérité et vie (Jn 14,6 ; cf He 10,20 ; Ac 9,2). Jésus pour le peuple de la Nouvelle Alliance
est le chemin véritable qui mène à la vie véritable.
Jésus nouveau Maître de sagesse et nouveau Moïse nous présente les béatitudes comme le
nouveau chemin pour rencontrer le bonheur. En particulier, le psaume annonce la béatitude
évangélique : « heureux ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la gardent » (Lc 11,28).
Le juste planté près du ruisseau symbolise le chrétien de la Nouvelle Alliance qui plonge ses
racines dans les eaux du baptême et dont la vie fructifie.

En définitive, le psaume nous permet de prendre au sérieux notre vie de foi en défiant le milieu qui
nous entoure et à trouver dans la Parole de Dieu une source d’inspiration et de force, un réservoir
d’inspiration et d’énergie.

28
2- PSAUMES SAPIENTIAUX OU DIDACTIQUES :

On les appelle aussi psaumes d’instruction. Ce sont les prières du psautier ayant une parenté avec
les thèmes et problèmes de la sagesse biblique. Ce qui les caractérise c’est d’abord une attitude
méditative, un état d’esprit marqué par la réflexion et la recherche imprégnées de foi en présence du
Seigneur.

Les psaumes de sagesse sont aussi des psaumes d’instruction ou didactiques car ils sont marqués
par une intention pédagogique. Le but d’instruire se manifeste dans le fond et dans la forme, les
sujets abordés et les procédés littéraires. Le mot technique du psautier employé pour désigner cette
prière est maskil (pour instruire).

PRINCIPAUX PSAUMES DE SAGESSE

1. Psaume des deux voies (Ps 1)


2. Le sort du juste et de l’impie (Ps 37 ; 73)
3. L’illusion de la richesse, incapable de sauver ou de racheter l’homme (Ps 49)
4. Méditation sur le temps qui dévore l’existence humaine (Ps 90)
5. L’éloge du juste (Ps 112)
6. Méditation sur la loi du Seigneur et sa mise en pratique (Ps 119)
7. Inefficacité de l’activité humaine sans la grâce (Ps 127)

EXEGESE DU PSAUME 73

Ce psaume est sans doute l’un des plus remarquables du psautier, en raison de sa profondeur
psychologique et théologique et de la vigueur des images. Il est rangé parmi les psaumes de sagesse
car il s’agit d’une méditation sur le sort de l’homme, d’une réflexion au sujet de la rétribution des
justes et des méchants ; c’est le poème de Job en miniature.

1) Forme littéraire

Mais moi → vv 2 ; 22 ; 23 ; 28.

Vraiment → vv 1 ; 13 ; 18.

a- Introduction programmatique : vv 1-3


b- 1e partie : le portrait des impies : v 4-12
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c- 2e partie : la situation personnelle du psalmiste : 13-17
d- 3e partie : le sort des impies dans le dessein de Dieu : 18-22
e- 4e partie : le sort personnel du psalmiste : 23-26
f- Conclusion/récapitulation : 27-28

a) Introduction programmatique : v. 1-3

Ici se pose un problème de critique textuelle. Aujourd’hui la plupart des exégètes changent le
premier verset : « En vérité Dieu est bon pour les justes, Dieu pour les hommes au cœur pur ». Cette
version alternative est plus cohérente avec l’ensemble du psaume. Ce verset est un résumé de la
sagesse traditionnelle au sujet du rétributionisme. Ce texte original a été nationalisé par Israël.
Cependant pendant la prière, Israël n’était pas mentionné.

b) Portrait des impies : v. 4-12

Ils brossent le portrait des impies en contraste avec la tradition. Il ressort les traits suivants :

- Ils sont des personnes rassasiées ; ils ne se privent de rien. Leur forme physique révèle
l’assurance de l’esprit, ils parlent de l’abondance des biens matériels ;
- L’arrogance et la violence du langage. Ils parlent de tout et de tous. Ils s’arrogent le droit de
juger Dieu et les hommes, ils baladent leur langue au ciel et sur la terre ;
- Ils se moquent de Dieu, ils le soupçonnent d’ignorer l’histoire humaine.
- Au v. 12, on les voit qui croissent et sont riches alors que Dieu aime les bons.

c) La situation personnelle du psalmiste : v.13-17

Face à la richesse des impies, le psalmiste entre en crise de foi. Il s’interroge sur le sens de son
engagement spirituel, de sa vie de foi. Il est frustré et déçu. Au v.15 on parle de la « Race de tes
fils » : c’est la communauté de foi. Dans l’Ancien Testament, Dieu est Père du peuple et non des
individus. D’où le psalmiste pense qu’il aurait trahi la communauté de foi s’il avait suivi les impies.
Le sentiment d’avoir une communauté de foi l’a aidé à surmonter sa frustration. Cependant, la
solution du problème se produit lorsque le psalmiste abandonne le chemin de la réflexion pour
s’abandonner à la contemplation et entrer dans la perspective de Dieu.(v. 16-17). L’entrée dans le
mystère de Dieu permet au psalmiste de surmonter la crise qu’il vivait.

d)- Le sort des impies : v. 18-22

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Le psalmiste est spectateur de l’échec des impies. Au 1er volet, les impies apparaissent plein
d’assurance et d’orgueil. Ici les impies sont plutôt décrits comme des êtres sur un terrain glissant et
anéantis par l’épouvante. Ils sont des êtres inconsistants pareils à un songe. Aux v. 21-22, le
psalmiste fait un retour en arrière pour évaluer l’étape de sa vie caractérisée par la réflexion, la crise
expérimentée, l’envie pour le sort des impies. Il qualifie cette expérience de sa vie comme une
expérience animale par rapport au mystère de Dieu qu’il vient de découvrir.

e)- Le sort personnel du psalmiste : v. 23-26

Une intimité profonde s’établit entre le psalmiste et Dieu. Il contemple son avenir. Les v. 23-26
représentent le point d’arrivée (sommet) de son expérience. Le psalmiste envisage son avenir avec
Dieu en terme de communion définitive, irréversible. Le Seigneur est celui qui le prend par sa main,
l’accompagne sur le chemin et l’accueille dans sa gloire. Près du Seigneur qui habite dans les cieux,
la terre pour le psalmiste perd sa valeur. Pourtant la terre est le don fondamental dans la théologie
de l’Exode. L’entretien personnel avec le Seigneur relativise et dépasse tous les biens de la terre.
Même si le psalmiste expérimente en lui un processus de vieillissement, Dieu est le roc de son
cœur, son héritage. Le v. 26 nous rappelle St Paul (cf 2 Co4, 16-17).

 Il y a deux autres interprétations possibles des v. 23-26.

Pour certains exégètes, le psalmiste dépasse la doctrine de la rétribution terrestre, pour envisager
une vie de communion avec Dieu au-delà de la mort. Le psalmiste a une intuition lorsque l’intimité
avec Dieu est profonde, la mort n’y peut rien. Autrement dit le Ps 73 représente un témoignage de
l’effort d’Israël de surmonter une vision terrestre de l’existence pour accéder à l’idée de la vie
éternelle avec Dieu. Ce psaume est en parallèle avec le Ps 16,10-14 et le Ps 49,14. Ces trois
psaumes représentent un facteur de promotion de l’eschatologie biblique vétérotestamentaire.

Pour d’autres exégètes, le psalmiste reste dans le cadre presque terrestre de l’existence. Mais il
remplace l’idée de la temporalité par la valeur de l’intensité c’est-à-dire ce qui est typique de
l’homme, c’est sa capacité de vivre intensément des expériences (la qualité de la vie) : passer du
χϱόνος au χαιρός.

f)- récapitulation finale : v. 27-28

L’idée finale est que le bonheur des impies est seulement apparent. La communion avec Dieu,
comme la valeur suprême, constitue le bonheur par excellence. Le psalmiste annonce les œuvres du
Seigneur. Il partage l’expérience qu’il a vécue avec ses frères de foi. Il remercie la communauté de
l’aide à lui apportée au moment de la crise. L’expérience devient partage-narration. Le point de
31
départ du Ps 73 est anthropologique : la crise de l’homme de foi face au bonheur apparent des
impies, au scandale de la souffrance innocente. Si Dieu est juste, d’où vient le mal ? La réponse à
cette question se situe au niveau d’une nouvelle relation avec Dieu. Abandonner le chemin de la
simple rationalité pour embrasser le chemin de la foi (cf Jb 42,5).

32
3- PSAUMES DE LAMENTATIONS

Pourquoi l’abondance des psaumes de lamentations ? Parce que la souffrance est un ingrédient
ordinaire de la vie humaine. C’est dans ce sens que le psautier compare la vie humaine à un pain
trempé dans les larmes (cf Ps 42,4 ; Ps 80,5).

A- Dignité de la prière de lamentation

Le mot « lamentation » peut susciter une réaction négative de refus tant la lamentation peut être
considérée comme le signe d’une psychologie fragile. Dans la spiritualité biblique, la lamentation
est une prière très digne. C’est la prière de l’homme en souffrance. Elle représente l’expression
légitime de son chagrin. C’est la forme de prière que la douleur s’est créée. De ce point de vue, les
larmes de celui qui se lamente peuvent constituer une thérapie. Le fait de se lamenter est une forme
de défoulement, de libération voire de décompression devant Dieu qui relève. La lamentation place
donc l’existence humaine face à Dieu. L’homme garde sa dignité d’interlocuteur de Dieu.

B- La violence du langage

Ce qui frappe dans les prières de lamentation c’est la virulence du langage, l’agressivité des mots, la
vigueur des expressions et des images. Comme Job, le psalmiste emploie les paroles folles pour
s’adresser à Dieu (cf Jb 7,11 ; Ps 88). Cette agressivité du langage s’explique à partir de deux
raisons :

 La situation de détresse dans laquelle le psalmiste est plongé. Sous la pression de la douleur,
l’homme ne contrôle plus le langage. La prière alors devient une espèce d’encre de salut, une bouée
de sauvetage ;
 La conviction de l’homme biblique d’avoir Dieu de son côté, comme confident et allié. Ce
Dieu est le Dieu libérateur, celui de l’Exode.

Parfois sous la pression de la violence, l’homme questionne Dieu (Ps 22). Cette interrogation peut
arriver au stade d’une plainte contre Dieu.

C- Deux types de lamentations


1- Lamentation personnelle : c’est la forme la plus riche. Elle est à la première personne et
exprime la souffrance d’un individu. Mais parfois, l’individu représente le groupe (prière
corporative).

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2- Lamentation collective : un groupe, une nation entière adresse sa plainte à Dieu. A ce
propos, nous avons comme exemple type, le livre des lamentations qui renferme cinq lamentations
du peuple d’Israël au lendemain de la prise de Jérusalem et de la destruction du temple. Voici
quelques situations qui déterminent les lamentations collectives : la famine, les catastrophes, les
épidémies, la défaite, l’invasion de l’ennemi. Quelques psaumes de lamentations collectives :
- Ps 44 : Elégie nationale après la défaite
- Ps 60 : Prière nationale après la défaite
- Ps 74 : lamentation après le saccage du temple
- Ps 79 : lamentation nationale après la destruction du temple
- Ps 83 : lamentation contre les dix ennemis d’Israël.

D- Structure des lamentations

La plupart des psaumes de lamentation obéissent à une structure tripartite :

i. Le début du psaume est une vocation, un appel au secours, un cri d’imploration (Ps 4,2 ;
5,2 ; 6,2 ; 12,2…).
ii. Le corps central est axé sur deux éléments : plainte et supplication : exposé de la situation,
demande adressée à Dieu afin qu’il intervienne. Le psalmiste peut se plaindre de ses malheurs. Là le
psaume devient un gémissement. Le psalmiste peut se plaindre de ses ennemis. Là le psaume
devient un acte d’accusation. Le psalmiste peut se plaindre de Dieu lui-même. Là c’est le reproche.
Souvent la plainte est composée d’un questionnement. On demande une explication avec
l’expression typique des lamentations, jusqu’à quand Seigneur ? Cette question implique un
sentiment d’impuissance face au malheur. Les raisons évoquées par le psalmiste pour que Dieu
intervienne sont :
- Evocation des qualités de Dieu : sainteté, toute puissance, fidélité, miséricorde, etc.
- Les actions de Dieu dans le passé du peuple (Ps 22 ; Ps 85).
- L’innocence du psalmiste (Ps 17,3-4 ; Ps 26 ; Ps 44,18-22).
- La confession des péchés pour rétablir le cours de la justice (Ps 51).
iii. Le 3ème élément de la structure des lamentations est une prière de confiance en Dieu. Le
psalmiste exprime la certitude d’être exaucé. Il prend même des engagements pour remercier Dieu
de la faveur et du salut futurs. Les exceptions à ce troisième élément sont rares : Ps 39,14 et Ps
88,19.

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E- La pénitence : les Ps 50-51

On appelle psaumes de pénitence, un ensemble de prière biblique ayant comme thème commun le
péché de l’homme et l’appel à la miséricorde. Dans cette prière, Israël reconnait ses fautes et
évoque le pardon de Dieu. Le psaume de pénitence est une appellation d’origine ecclésiale. Car ce
genre littéraire n’est pas traité dans les introductions classiques du psautier. Mais depuis l’antiquité
chrétienne, l’Eglise a repéré dans le psautier un ensemble de prières particulièrement adaptées à la
pratique publique de la pénitence. Concrètement, il s’agit du septénaire pénitentiel : Ps 6 ; 32 ; 38 ;
51 ; 102 ; 130 ; 143. Cet ensemble de psaumes était donné au public pour préparer leur
réconciliation avec l’Eglise.

Pour mieux cerner les psaumes de la pénitence, on parcourra :

1) La misère morale de l’homme

Les psaumes de pénitence surgissent d’abord de la conséquence du péché commis : péché du


monde et péché de l’homme. En ce qui concerne la vision de l’homme, nous pouvons constater dans
la Bible une anthropologie dialectique, une vision bipolaire de l’homme. Il y a des pages bibliques
marquées par l’optimisme anthropologique ; des passages qui exaltent la dignité (responsabilité) de
l’homme dans l’univers. C’est la doctrine de l’homme homo imago Dei (Ps 8 ; Si 17. On peut
regarder la perspective bien différente du Ps 144 par rapport au Ps 8 : Qu’est-ce-que l’homme pour
que tu penses à lui ? Le Ps 8 répond en exaltant l’homme. Tandis que le Ps 144 répond en
assimilant l’homme à du vent et ses jours à une ombre qui passe). Par contre, il y a l’autre pôle
négatif des pages bibliques qui respirent un climat anthropologique pessimiste, des pages qui
soulignent la misère, la faiblesse morale de l’homme et la dégradation de la société (Jb 15,16). Dans
le Nouveau Testament, nous avons Rm 1-2 où Paul décrit l’humanité entière (juifs et païens) sous la
colère de Dieu. Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu (Rm 3,23).

Le pessimisme anthropologique émerge en particulier dans trois psaumes de la prière d’Israël. Par
exemple les Ps 14.54 : chant de l’athée du fou. Il ne s’agit pas d’un athéisme théorique mais plutôt
d’un athéisme pratique c’est-à-dire des gens qui se conduisent comme si Dieu n’existait pas. Le
psalmiste constate une aberration généralisée, la corruption générale de la société ; le Ps 116,11 :
constat de la fausseté des hommes : « tous les hommes sont des menteurs ».

2) La parole contestatrice de Dieu

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Ps 90,8 : « tu as placé nos fautes en ta présence, nos secrets… ». Face aux exigences de l’Alliance,
l’homme reconnait sa misère morale. Il faut une source toujours grande de lumière pour
s’apercevoir de ce qui est petit, ce qui implique que la Parole de Dieu illumine la course morale de
l’homme. Le sens du péché est proportionnel au sens qu’on a de Dieu. La première tâche de la
Parole de Dieu est de faire prendre conscience à l’homme de ses péchés. La Parole de Dieu
démasque l’homme, lui révèle sa faiblesse morale. Avant de proclamer la miséricorde de Dieu, la
Parole de Dieu proclame la misère de l’homme. Voilà pourquoi l’une des images de la Parole de
Dieu dans la Bible est l’épée tranchante (cf He 4,12-13).

3) L’appel à la miséricorde

La Parole de Dieu conteste l’homme non pour le déprimer mais pour l’amener au salut. Démasqué
par la Parole de Dieu, l’homme confesse ses péchés et fait appel au pardon du Seigneur. La colère
du Seigneur vise le Salut de l’homme. Parler de colère de Dieu est un anthropopathisme pour
exprimer l’incompatibilité entre Dieu et le mal, l’indignation de Dieu qui ne peut pas accepter le
mal. L’ira Dei est plutôt l’expression de l’amour de Dieu. Dieu a une pédagogie pour amener
l’homme à prendre conscience de sa faiblesse. La colère de Dieu n’est pas sans fin. Sa miséricorde
est plus grande que sa colère. Le psautier exalte le caractère inépuisable de la miséricorde de Dieu
face au pécheur qui se repent (Ps 85 ; cf Lam 3, 22-23 : les bontés du Seigneur ne sont pas épuisées,
ses tendresses ne sont pas achevées).

Le Ps103 est le texte le plus beau qui exalte la miséricorde de Dieu (8-14). Le passage célèbre les
dimensions cosmiques et familiales de la miséricorde de Dieu. La miséricorde de Dieu est plus
grande que les cieux. La miséricorde reste toujours une grâce que l’homme en tant que tel ne mérite
pas. Mais l’homme biblique comprend bien que les critères de la justice rétributive ne peuvent pas
épuiser la relation de Dieu avec lui. Autrement dit, la miséricorde va au-delà de la justice. Elle se
comprend dans la logique de l’amour (Ps 103,10 ; 130,3 ; 143,2).

Un article du Credo chrétien proclame la foi en la miséricorde de Dieu : « Je crois en la rémission


des péchés ». Cette conviction puise ses racines dans l’Ancien Testament. Israël professe à maintes
reprises, sa confiance absolue dans la miséricorde de Dieu. Dieu est par définition miséricordieux et
fidèle ; lent à la colère et grand dans l’amour (Ex 34,6-7 ; Ps 86,5.15 ; 103). Et la miséricorde de
Dieu ne se limite pas à effacer le péché de l’homme mais le recrée, le relève, le rebâtit. Le péché
peut être vaincu. Personne n’en est victime.

4) La liturgie pénitentielle en Israël

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A partir de ses références bibliques, on peut reconstruire le rite pénitentiel en Israël. La liturgie
pénitentielle en Israël a une structure triple :

1- RIB : dispute, contestation, réquisitoire. Le RIB est un genre littéraire majeur de la prophétie
d’Isaïe et depuis le domaine prophétique, il est entré dans la liturgie d’Israël. Le RIB liturgique est
l’acte de contestation de la Parole de Dieu contre les péchés du peuple. Dieu vient contester à Israël
ses fautes. Ce qui est typique du RIB c’est sa structure bilatérale. Il y a deux acteurs, Dieu et
l’homme. Dieu est à la fois juge et partie car nous sommes dans une relation d’Alliance. Si un
membre trahit les clauses de l’Alliance, la partie fidèle a droit de contester la partie infidèle. Or face
à Dieu l’homme a toujours tort.
2- TODAH : ce mot signifie deux choses : louange, confession des péchés. L’homme reconnait
ses péchés et de cette manière loue le Seigneur.
3- TEHINNAH : concession de la grâce, l’acquittement, l’absolution. Dieu accueille celui qui
revient à lui.

La structure de la liturgie pénitentielle en Israël nous aide à comprendre le rite pénitentiel dans
l’Eglise.

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ETUDE DES PSAUMES 50-51
A- PSAUME 50

Pour bien saisir le psaume 51, il faut d’abord examiner le psaume 50 car les deux forment une unité.
Il faut les prendre ensemble pour deux raisons : raison littéraire à savoir les correspondances
verbales et lexicales entre le 1er et le 2ème ; raison fonctionnelle : le Ps 50 joue le rôle d’acte
d’accusation de la Parole de Dieu, le RIB liturgique tandis que le Ps 51 est l’acte de réponse, la
confession des péchés (TODDAH).

 Structure du psaume50
Exorde : ouverture solennelle du procès. Dieu comme juge d’Israël (1-6)
2ème partie : le corps central du psaume. Le réquisitoire de Dieu contre son peuple ; le chef
d’accusation ; la contestation divine (7-21)
3ème partie : Il y a l’appel final, une solennelle mise en garde (22,23).

 Contenu du psaume 50
1. Exorde

L’Exorde nous présente l’arrivée de Dieu en juge de son peuple. La psalmiste emploie un double
registre des images à savoir le langage de la théophanie historique (feu dévorant, ouragan) et la
liturgie en particulier la mention de SION, le temple où Dieu est lumière pour son peuple.
Cependant, il ne faut pas matérialiser ces images. Quelle est l’intention du poète ? Le psalmiste veut
souligner le sérieux du rendez-vous entre Dieu et Israël. A cela contribue aussi la mention du ciel et
de la terre que Dieu convoque. Ceci est un décor cosmique. Ciel et terre représentent les témoins
qui assistent au débat entre Dieu et Israël. Du point de vue théologique, l’accent est mis ici sur le
fait que Dieu parle, il accuse son peuple. Le Dieu biblique voit, écoute et conteste l’homme
pécheur. Dieu en personne juge. Et cela à partir de la relation d’alliance. Avant même que le débat
ne commence, l’un des témoins (le ciel) proclame l’innocence de Dieu (JUSTICE = INNOCENCE).

2. Le corps central du psaume : chef d’accusation

Dieu demande d’abord une attitude d’écoute pour Israël. « Je vais témoigner, exhiber les péchés
d’Israël, montrer sa culpabilité ». Le chef d’accusation ne conteste pas le culte car la liturgie
d’Israël est plus florissante qu’abondante (v. 8). La contestation ne concerne plus une vision
grossière du sacrifice (Dieu tire profit du sacrifice de l’homme). Ici Dieu revendique sa totale liberté

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face au sacrifice de l’homme. Il n’en a pas besoin car il est Maitre de la création et tout l’univers lui
appartient (cf 2 Ch 29,14 : tout vient de Toi Seigneur…). La contestation de Dieu concerne
véritablement la tension entre culte et justice. Dieu conteste la vision du culte selon laquelle le culte
remplace la vie. Israël tente d’apprivoiser le Seigneur avec sa liturgie florissante et se réserve la
liberté de tout faire en dehors de la liturgie. Le Seigneur propose un examen qui touche à trois
domaines : le respect de la propriété (septième commandement) ; l’amour (sexualité comme
trahison de l’amour et infidélité) ; l’honneur (v. 19-20). Face à ce spectacle d’immoralité, Dieu
réagit, il accuse (v. 22).

3. Appel final – mise en garde

Si Israël persiste dans cette pratique faussée du culte, Dieu devient le fauve qui déchire son peuple
(v. 22). Mais la conversion ouvre au Salut de Dieu (dernier mot du psaume). Le RIB vise à
retourner avec l’homme dans le chemin du salut en se reconnaissant pécheur.

B- PSAUME 51
1- Structure du psaume51
 1ère partie : Dans le Royaume du péché (3-11)
 2ème partie : Dans le Royaume de la grâce (12-19)
 Le dernier couplet (20-21) représente un ajout qui ne rime pas avec la théologie du psaume
50. L’auteur demande la reconstruction des murs du Temple et de la Muraille de Jérusalem afin de
rendre à Dieu un culte sacrificiel. Cet appendice (20-21) s’explique bien en la faisant remonter à
l’époque de Néhémie. Ce dernier a été envoyé par l’autorité Perse en Israël en vue de rebâtir la
muraille d’Israël en 52 jours (cf Ne 6,15).

2- Le titre historique qui précède le psaume

Le psaume est placé sous la paternité de David, pécheur et pénitent. Le psaume se présente comme
la prière formulée par David après la révélation par le prophète Nathan de son double péché :
l’adultère avec Bethsabée et le meurtre d’Urie son mari (2 Sam 11-12). Le récit historique présente
la confession de David : « J’ai péché contre le Seigneur ». Le psaume élargit cette confession
essentielle. Mais il est peu probable que le psaume appartienne à David car la théologie de ce
psaume ressemble plutôt à celle d’Ezéchiel (temps de l’exil à Babylone). En tout cas l’Eglise aussi
bien que la synagogue ont toujours prié le Miserere (Ps 51) en ayant en esprit la figure de David
pécheur et pénitent.

3- Analyse de la première partie : Dans le royaume du péché


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Le mot péché revient ici six fois et six fois aussi des termes synonymes tels que fautes, révoltes,
torts, etc. Le chiffre 6 veut dire ici une quasi-totalité. Le psalmiste se sent presque obsédé par les
péchés. Il est devenu lui-même péché. Le psaume exprime une conscience aigüe du péché : « Ma
faute est toujours devant toi ». Il somatise presque cette expression : « les os broyés, l’esprit brisé,
le cœur contrit… ». Il s’agit d’une expérience spirituelle qui se répercute dans le physique.
Toutefois on est loin du sens de culpabilité comme on le présenterait en psychologie, une culpabilité
qui engendre l’angoisse et même la dépression ; il n’en est rien de tout cela ici. Le psalmiste ne se
renferme pas en soi-même, il n’est pas désespéré. Mais il s’ouvre à Dieu et lui remet sa situation. Le
psaume se présente formellement comme une lamentation individuelle. Mais ce qui fait souffrir le
psalmiste ce n’est pas la douleur physique ou l’hostilité de l’ennemi, mais la douleur d’avoir brisé
l’alliance avec Dieu. De ce psaume ressort une vision très nette de la valeur spirituelle du péché :
« Ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait ». Dans l’anthropologie biblique, les yeux représentent le
siège de l’évaluation, du discernement moral. Donc faire ce qui est mal aux yeux du Seigneur, c’est
faire ce qu’il réprouve.

Pour exprimer la conscience aigüe du péché, le psalmiste parle de sa nature de pécheur (v. 7). Ce
verset a reçu différentes interprétations dans la tradition. D’abord on y a vu une allusion en la nature
fautive de l’acte sexuel. Ensuite, on a utilisé ce verset pour appuyer la doctrine du péché originel.
En tout cas l’auteur biblique veut tout simplement exprimé une vérité fondamentale : le péché est
enraciné en nous (cf Ps 58,4).

V. 6b : On comprend bien ce verset dans le RIB latéral. Le Seigneur a raison et le pécheur a tort :
« Tes sentences te donnent raison et dans le jugement tu t’en sors innocent ». Ici le psalmiste ne fait
pas appel à l’impartialité d’un juge mais plutôt à la miséricorde d’un Dieu innocent.

4- Deuxième partie : Dans le royaume de la grâce

« Créé en moi un cœur pur… ». Le verbe « créer » marque une césure dans le psaume et ensuite
revient le nom de Dieu. Ce verbe (bara’ en hébreu) est toujours appliqué à Dieu et non à l’homme.
Lorsque Dieu pardonne, il ne se limite pas à enlever le péché. Ce pardon est surtout une nouvelle
création de l’homme, la redonation de son identité originelle d’image de Dieu. En termes
néotestamentaires, on parlera de justification.

Ensuite le psalmiste invoque le souffle de Dieu. Il lui donne trois adjectifs (triple épiclèse) :

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1- Esprit Ferme : Du point de vue littéraire, il y a l’oxymore (ici les deux mots sont
inconciliables). Un esprit (ruah = souffle, vent) ne saurait être ferme. Mais ici, le psalmiste évoque
l’Esprit de Fidélité (cf Is 11,1ss).
2- Esprit Saint : Esprit du Saint, Esprit qui appartient à Dieu et qui nous divinise (cf Jn 20,22-
23).
3- Esprit Généreux : Esprit de la noblesse, de la gratuité (v. 14 → polémique dans l’histoire de
l’Eglise →ordination des évêques.)

Et continuant la lecture du psaume, on trouve les effets de la réconciliation :

i. Le bonheur, la joie, signe de salut accordé (cf Ps 32,34-35).


ii. Le partage, la mission : v. 15
iii. La louange (16 - 17). Le psalmiste a la conscience que Dieu peut ouvrir sa bouche afin que
la louange monte vers lui d’une manière digne de lui.

Enfin les v. 18-19 résument la théologie du psaume. L’accent est mis sur l’intériorité (humilité,
confiance au Seigneur) de l’homme et non sur l’extériorité du sacrifice.

Le texte biblique cohérent aux Ps 50-51 c’est Ez 36,25-28.

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4- LES PSAUMES POUR LA JUSTICE

Cette catégorie de psaumes n’est pas rangée parmi les styles classiques du psautier. Mais elle a droit
d’existence. Elle est caractérisée par deux éléments :

 En ce qui concerne le fond : ces prières sont marquées par la rébellion du psalmiste face à
l’injustice accompagnée de la demande pressante adressée à Dieu afin que justice soit faite.
 Pour la forme littéraire : le langage est violent, agressif. Les mots donnent corps à un état
d’esprit révolté.

Trois psaumes entrent en particulier dans cette catégorie : Ps 58, 82 et 94. Le mot « Justice » est
polyvalent en hébreu : Sédèq ou Sedeqah (parfois Sédèq a le sens de salut et dans ce cas ne
s’applique qu’à Dieu seul qui peut donner le salut ; mais nous prenons justice ici dans le sens de
justice sociale, vie de relation entre les hommes).

La passion pour la justice habite l’Ancien Testament tout entier. Il s’git de l’un des fils conducteurs
qui traversent la littérature d’Israël. Le point de départ de cette passion pour la justice est la foi en
Dieu libérateur. L’Exode a donné à Israël la vision du visage authentique de Dieu. Le Dieu de
l’Exode est le Dieu qui aime la justice, partisan des opprimés et tombeur des oppresseurs. Le Dieu
de la Bible est le refuge des pauvres. Cette foi fermente les divers domaines de la vie du peuple.
Elle a alimenté en Israël les besoins de la légalité, le respect des droits de l’homme, l’exigence
d’une société honnête et solidaire. Le domaine de la législation en Israël est marqué par un sens vif
de la fraternité, de la justice, du respect entre les hommes (cf Ex 23,9 ; Lv 19,13). La passion pour
la justice inspire la prophétie d’Israël. Les Nevïm ont soulevé une véritable question morale, ils ont
souligné la liaison entre la foi et la vie des relations en société. Ils sont les interprètes du
monothéisme éthique en Israël. La prédication pour la justice est partie intégrante de la prophétie.
Même le Seigneur d’Israël est sensible au thème de la justice malgré les faibles liaisons avec
l’histoire du peuple (Si 4,28). Par ailleurs, la recherche de la justice fait partie de la prière d’Israël.
Il y a l’invitation à prier et à s’engager pour l’instauration de la justice. Tout en sachant que la vraie
justice sera implantée dans les cieux nouveaux et la terre nouvelle, celle d’ici-bas sera toujours
défaillante (cf 2 P 3,13-14).

1- LA JUSTICE DANS LES PSAUMES

La justice est un élément essentiel de la figure de Dieu dans le psautier. Il y a en particulier trois
verbes appliqués à Dieu par rapport à la justice :

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1. Aimer (Ahav): Dieu aime le droit et la justice (cf Ps 33,5 ; Ps 89,4). Pour l’homme de la
Bible, justice et droit sont la base du trône de Dieu (Ps 97,2).
2. Faire ( Asah) : Le Seigneur fait la justice, il la pratique (cf Ps 146,7).
3. Juger (Saphat) : Dieu est le seul juge en tant que seul roi et seul décideur (cf psaumes du
règne de Dieu ou psaumes en l’honneur du Seigneur juge : Ps 93-99).

L’engagement pour la justice est théologique. S’engager en faveur de la justice c’est rendre
témoignage au véritable Dieu. Où la justice est pratiquée et honorée, Dieu se rend présent ; il y a là
une révélation de Dieu, une forme de salut. Par contre, la pratique de l’injustice ternit l’image de
Dieu et empêche sa révélation (cf Ps 9,17 ; Ps 58,12 ; Ps 94,1-2). S’engager derrière la justice c’est
répandre une véritable image de Dieu.

Concrètement on parle de Dieu qui fait la justice, mais de quelle manière ? Dieu fait la justice à
travers les hommes justes, inspirés par leur foi. La tâche de pratiquer la justice est confiée avant tout
aux détenteurs du pouvoir. Les rois, les magistrats et les juges doivent être des hommes droits et du
droit. On leur demande l’honnêteté et la transparence. Lorsque les magistrats ne s’acquittent pas de
leurs devoirs, Israël les conteste dans la prophétie et demande au Seigneur de régler la situation (cf
Ps 58,1 ; Ps 94,20-21). La bonne gouvernance est tout d’abord l’administration correcte de la chose
publique. C’est en cela que la louange est rendue à Dieu et il n’y a pas de louange digne de Dieu
sans l’exercice de la justice en faveur du peuple (cf Ps 101 qui est un programme de l’homme
politique). Lorsque la réalité concrète est décevante, Israël projette son espérance dans les rois de
l’avenir et rêve d’un messie comme un souverain de justice et de paix solidaire des opprimés du
pays (cf Ps 72).

2- RELATION CULTE – JUSTICE

La pratique de la justice n’est pas réservée aux détenteurs du pouvoir seulement, mais tout croyant y
est impliqué. La foi d’Israël en Dieu demande l’engagement pour la justice. Culte et justice ne sont
pas juxtaposés comme deux cloisons étanches. Mais ils sont interdépendants. Il n’existe pas un culte
véritable sans engagement pour la justice. La vérité d’un domaine est authentifiée par la présence
active de l’autre. L’homme de toute religion est tenté souvent de séparer ces deux domaines. On
pense que le Seigneur se contente seulement des rites, des sacrements. Le Dieu d’Israël n’accepte
pas un culte séparé de la justice.

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ETUDE DU PSAUME 82 :

 Structure du psaume

On commence par la présentation de la séance judiciaire présidée par Dieu (82,1). Puis Dieu prend
la parole, s’adresse aux magistrats et leur rappelle leur devoirs (82,2-4). Ensuite les commentaires
du psalmiste. Il constate un tremblement de terre causé par l’injustice des magistrats (82,5). Après,
la sentence capitale émise par Dieu contre les magistrats (82,6-7). Enfin, l’invocation finale
adressée à Dieu afin qu’il soit Maître de justice sur toute la terre (82,8).

 Contenu du psaume

Pour saisir exactement la portée de ce psaume, le problème à résoudre est celui de l’identité de
Dieu. Il y une double identité qui correspond à deux étapes de la vie du psaume. A l’origine, les
dieux sont les divinités païennes (Canaan) incapable d’assurer l’exercice de la justice au milieu de
leurs fidèles. Le Dieu d’Israël conteste ces divinités. Il fait justice en les chassant de leur pouvoir.
Dans l’après-exil, l’identité change. Les dieux dont il est question sont les magistrats, les
responsables de la justice qui trahissent leur rôle de juges.

Le modèle employé ici est celui de la cour royale où le roi préside le conseil des ministres. Dieu
nous est présenté comme le juge suprême. Ici il y a un acte de contestation contre la pratique
malhonnête des magistrats de la justice qui favorisent les coupables (v. 2). Les v. 3-4 reprennent les
termes qui concernent l’exercice correct de la justice : appuyer l’innocent ; défendre les faibles. Et à
cause de cette défaillance de la magistrature, la société est ébranlée et toutes les assises de la terre.
Les v. 6-7 présentent la sentence capitale. Dieu condamne à mort le juge injuste. Dans cette
sentence est reconnu le pouvoir divin du magistrat. Administrer la justice, c’est partager un pouvoir
qui revient à Dieu. D’où la dignité de la fonction des magistrats. Cependant cette dignité ne les
épargne pas de la justice du Seigneur. En cela le psaume est une contestation menée contre toute
pratique injuste qui se couvre du manteau du pouvoir divin.

Le v. 8 est une invocation au Seigneur, juge de l’univers. C’est comme une acclamation de
l’assemblée qui reconnaît l’existence d’un Dieu qui assure la justice. Par cette invocation, Israël
exprime l’espoir que la justice de Dieu advienne au-delà des manquements de la justice humaine.

Le message du psaume est clair : il met en garde contre tout pouvoir qui profite de son influence
pour s’imposer de manière injuste.

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5- LES PSAUMES DE CONFIANCE

Authenticité et confiance sont deux piliers de la relation avec les autres. Pour instaurer des réponses
profondes, il est indispensable de faire confiance aux autres, c’est-à-dire pouvoir compter sur eux,
investir pour eux et se remettre à eux. L’attitude de la confiance exprime une vision positive de
l’homme, une anthropologie optimiste. Croire à la bonté foncière de l’homme malgré ses limites. La
confiance est une exigence de la vie de foi. La relation avec Dieu se nourrit d’une telle attitude. En
effet, le visage de la foi dans l’Ancien Testament a les traits essentiels de la confiance. La foi dans
l’Ancien Testament n’est pas avant tout accepter des vérités, mais confier sa vie au Seigneur. C’est
Dieu d’abord qui nous fait confiance en remettant à nos mains sa création. Car l’homme est placé au
jardin pour le cultiver et le garder (cf Gn 2,15). Dieu nous fait confiance dans le chemin de
l’histoire. Il nous fait de nous ses partenaires dans l’Alliance. Avec Dieu, nous faisons des
merveilles (Ps 108,14). La confiance surgit de la conviction que Dieu n’est pas un père distrait mais
il veille sur sa création. Ses yeux observent le monde, ses paupières scrutent les humains (Ps 10,4).
La confiance nous est nécessaire surtout aux jours difficiles de la vie. D’où la foi devient remise de
sa vie à Dieu. La foi véritable élimine la méfiance et chasse la peur. Parmi les béatitudes du
psautier, une félicite l’homme de confiance : « Seigneur de l’univers, heureux celui qui met sa
confiance en toi » (cf Ps 84).

Etant donné la valeur de cette attitude dans la vie de foi, on n’est plus étonné du nombre abondant
des psaumes de confiance dans le livre de la prière d’Israël. Les psaumes de confiance représentent
une évolution littérale des psaumes de lamentations. La confiance constitue l’attitude de fond qui
explique l’appel au secours divin. La confiance qui est le ressort des appels au secours passe au
premier plan et constitue le thème dominant de quelques psaumes, par exemple : Ps 3 ; 4 ; 11 ; 16 ;
23 ; 27 ; 62 ; 84 ; 91 ; 121 ; 131. Ces psaumes nous sont assez familiers. Ce sont des perles du
psautier. Ce sont des prières d’une haute portée spirituelle. Ces psaumes proviennent très
probablement des milieux lévitiques. Dans ces psaumes généralement, on chante la sécurité dans la
paix et la joie du Seigneur, on professe la en Dieu foi et on invite les compatriotes à imiter cette
expérience. La joie et la sécurité que procure la communion avec Dieu sont toujours associés au
temple où Dieu se manifeste et d’où il exauce les fidèles qui cherchent refuge en lui.

Par ailleurs, il y a trois psaumes qui expriment particulièrement la confiance de la communauté


entière : Ps 115 ; 125 ; 129.

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A- ANALYSE DU PSAUME 4

1. Trois difficultés liées au psaume 4 :


 La première dérive de la situation textuelle. Il y a des divergences entre le texte hébreu et la
septante
 La deuxième difficulté est l’identification des deux groupes, les fils d’homme (3) et les
Rabïm (7)
 Le genre littéraire de ce psaume. On place ce psaume parfois dans l’appel au secours ; dans
la prière de confiance ou dans la prière d’action de grâce.

2. Mouvement du texte :

Cette prière commence en forme d’invocation. « Quand j’appelle, réponds-moi… ». Suit un


constat : « Dans l’angoisse tu m’as mis au large ». Au verset 3, on a une interpellation. Le psalmiste
reproche une catégorie indéterminée et propose un itinéraire de conversion en 7 impératifs. Au
verset 7, le psalmiste écoute un autre groupe en attitude de plainte. Enfin aux versets 8 et 9, le
psalmiste interpelle le Seigneur et lui redit sa confiance.

3. Langage symbolique du psaume :

On remarque la présence de deux symboles. Le premier est celui de l’espace (v. 2) : « Tu m’as
donné du large ». Ici il y a l’expérience de l’espace clos. C’est une expérience physique qui se
répercute sur l’esprit. La largeur exprime au contraire l’expérience de la liberté, du soulagement. De
ce symbole, il ressort que Dieu est Celui qui donne à l’homme, espace, liberté, souffle (cf Ac
17,28). Et dans la littérature rabbinique, Dieu est parfois appelé maqom (lieu, espace).

A la fin du psaume, il y a un deuxième symbole, celui du sommeil. Le psalmiste n’a pas besoin de
position pour dormir. Mais dans la paix, il se couche et il s’endort. Le sommeil rapide et profond
est l’image d’un esprit paisible ; les soucis de la vie ne lui enlèvent pas le repos parce qu’il place sa
confiance en Dieu. L’attachement au Seigneur lui donne la tranquilité. Cette mention du sommeil à
la fin du psaume suggère l’utilisation de cette prière le soir.

4. Message du psaume :

L’image de Dieu qui ressort de ce psaume c’est celle de la liberté et du Repos. Il reste qu’au début
du psaume, Dieu est appelé Justice. Cela signifie qu’il est un Dieu défenseur.
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Au v. 3 il est question des personnes nobles marquées d’un pessimisme envers Dieu et qui se
moquent de la foi du psalmiste. A cette catégorie d’hommes, le psalmiste oppose son expérience
personnelle ; il a été exaucé. Le Seigneur l’a écouté. Voilà pourquoi il leur propose un chemin de
retour à Dieu, un itinéraire de conversion à savoir : reconnaitre l’action de Dieu ; la crainte de Dieu
et l’engagement à éviter le péché ; la méditation en silence ; le culte légitime et surtout la confiance
en Dieu.

Au v. 7 il est question des Rabiim ? Qui sont-ils exactement ? Ce sont des gens découragés, minés
par le doute. La lumière de leur face ne peut briller que par le retour dans la confiance en Dieu.

Le v. 8 proclame la supériorité de la joie spirituelle, de la communion avec Dieu par rapport à la


joie extérieure de la moisson et de la vendange. Pour l’homme de foi, il existe une expérience
profonde de bonheur incomparable aux joies terrestres.

→ L’Eglise utilise le psaume 4 comme typique du repos du Christ le Samedi Saint.

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B- ANALYSE DU PSAUME 23

Ce psaume est l’un des plus communs du psautier. Il est connu et souvent prié grâce à son langage
immédiat et simple et grâce aussi à la transparence de ses images. Il est connu comme le psaume de
Dieu berger de son peuple. Mais ce titre couvre seulement la première partie du psaume. Car dans la
seconde partie il y a une autre image qui ressort à savoir Dieu qui abrite, qui héberge : Dieu hôte.

1- Dieu Berger

Le thème du Berger revient très souvent dans les traditions bibliques. Les ancêtres d’Israël
pratiquaient l’élevage. Ils étaient nomades et conduisaient leur troupeau au pâturage (Gn 13,2).
David était un humble berger de Bethlehem avant d’entrer au service de Saül. Et on lui rappelle
toujours ses humbles origines (1 Sam 16,11 ; 2 Sam 7,8). Le devoir du berger est celui de paitre le
troupeau, de le garder. L’image du berger a donc un double volet. D’abord elle rappelle la conduite,
le guide, le gouvernement ; elle rappelle aussi la sollicitude, la tendresse.

L’emploi du mot berger est bidirectionnelle dans l’AT. Il est d’abord employé dans le sens
politique. Les bergers d’Israël sont des guides politique, des responsables du temporel. Notamment
le roi est berger d’Israël. Et le sceptre du roi est une illustration du bâton du berger. Le mot berger
est aussi employer dans le sens religieux. C’est Dieu qui invoqué comme le vrai berger d’Israël.
Dans la bouche de Jacob mourant, est placée cette prière : « Dieu qui fut mon berger depuis que
j’existe jusqu’à ce jour… » (Gn 48,15). De même les prophètes utilisent souvent cette image,
notamment Jérémie. Mais le texte le plus riche qui nous présente Dieu comme Berger d’Israël, c’est
le chapitre 34 d’Ez : c’est une prière de théologie politique de l’Ancien Testament.

2. Genre littéraire et composition du psaume 23

Ce psaume appartient aux psaumes de confiance par la tonalité qui le marque. D’abord le psalmiste
parle de Dieu et témoigne de Lui. Au v. 4, il s’adresse personnellement à Dieu (moment de
l’épreuve). L’image de Dieu berger domine la première partie du psaume (1-4). L’image du Dieu
hôte (accueillant) domine la seconde (5-6). Ces deux images sont à lire ensemble car elles sont
unies. Cette union s’explique à partir de l’histoire d’Israël. Pendant la traversée du désert, Israël a
fait l’expérience de Dieu comme guide, berger de son peuple. Tandis qu’à l’entrée de la terre de
Canaan, Israël fait l’expérience d’un Dieu accueillant qui abrite son peuple.

3. Quelques mots d’Exégèse

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V. 1 : Plénitude. Avec Dieu rien ne me manque.

V. 2 : Les prés et herbages ne sont pas synonymes de nourriture mais plutôt de repos. Les eaux du
repos contrastent les eaux de litige. (Déluge → évocation du repos, de la tranquillité et du bonheur).

V. 3b : Dieu mène le troupeau sur le droit chemin. Il fait ainsi honneur à son titre de Berger.

V. 4-5 : Image de Dieu hôte. Nous trouvons ici les signes de l’hospitalité orientale à savoir la table
(v. 5) qui est une nappe étalée à même le sol pour placer les vivres ; il y a aussi l’huile parfumée qui
est un élément de l’hospitalité orientale contre les brûlures du soleil. Cet élément revient plusieurs
fois dans les psaumes avec différentes significations. Dans le Ps 45,8 est évoqué l’onction royale,
c’est l’huile d’allégresse pour le roi tandis que dans le psaume de la communauté (Ps 133), on
évoque l’onction de la consécration sacerdotale. En général, l’onction désigne dans la Bible la
profondeur de l’onction de l’Esprit en nous, sa pénétration. Le troisième signe est celui de la coupe
débordante ou enivrante.

V. 5 : « Face à mes adversaires » : c’est l’unique note négative du psaume. Voir contexte de
composition du psaume (après l’exil : le psalmiste loue l’abondance dans laquelle il se trouve par
rapport au manque du temps de l’exil).

V. 6 : « Bonheur et fidélité me poursuivent tous les jours de ma vie ». Bonheur et fidélité de Dieu
accompagnent le fidèle tout au long de sa vie. Le point d’arrivée est la maison du Seigneur. On
passe de l’attente (provisoire) à la maison de Dieu (définitif).

4. Psaume 23 dans l’unité de la Bible.

→ Le mot Berger revient dans d’autres psaumes :

→ Dans la perspective néotestamentaire, le psaume 23 prépare la révélation et l’autodéfinition du


Christ. Jésus s’approprie le symbole du bon berger. Il revendique le titre messianique. Car dans la
prophétie d’Isaïe, l’image du berger est messianique (Is 23,3 ; cf Ez 34). Aux traits de l’image de
berger de l’Ancien Testament, Jésus ajoute un contenu nouveau. Le berger garde son troupeau. Le
psaume 23 n’est pas cité dans le Nouveau Testament mais son emploi liturgique remonte à
l’antiquité chrétienne. On utilise le psaume 23 comme approprié à l’initiation chrétienne car en
filigrane de ce psaume, on trouve la matière des sacrements de l’initiation : les eaux tranquilles
(baptême), l’huile vivifiante (baptême, confirmation), la table et la coupe débordante (eucharistie).

Le psaume23 est utilisé dans le contexte de la liturgie des morts pour exprimer l’espérance en la vie
éternelle dans la maison de Dieu : « Je resterai dans la maison du Seigneur tout au long des jours ».
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6- LES PSAUMES D’ACTION DE GRACE.

La famille des psaumes d’action de grâce donne corps à la prière de reconnaissance. Le fidèle
reconnait la bienveillance de Dieu dans sa vie. Le peuple célèbre la bienveillance de Dieu dans
l’histoire.

→ La reconnaissance est d’abord une attitude exigeante de la vie de relation. La gratuité exprime
l’état d’esprit de celui qui est sensible au bien qu’il reçoit. C’est la capacité de dire MERCI. Par
contre le manque de cette attitude révèle l’attitude mesquine, grossière de l’individu, incapable de
reconnaitre le bien à lui fait. Quand l’attitude de reconnaissance est sincère, elle participe de la
logique de l’Amour. Notre relation à Dieu a besoin de puiser à cette attitude de la gratitude : "Je
regarde les mains de Dieu pleines de grâces et je remercie le bienfaiteur des hommes". Toutefois les
psaumes de reconnaissance sont peu nombreux. Cette catégorie de psaumes est même objet de
débat par exemple entre GUNKEL et WESTERMANN. Car dans la Bible, il est difficile de faire la
différence entre louange et remerciement. La louange tend à dépasser ou à absorber le
remerciement. Les deux attitudes sont presque inextricables.

→ On peut voir dans les psaumes de reconnaissance, une évolution de la plainte. En même temps
que les fidèles se plaignent contre Dieu, ils expriment aussi l’attitude d’être exaucés et s’engagent à
remercier Dieu. Les psaumes d’action de grâce semblent avoir comme milieu d’origine, une
cérémonie liturgique. Après avoir été exaucé, le fidèle monte au temple entouré de ses amis pour
accomplir ses vœux et offrir le sacrifice d’action de grâce. Il s’agit d’un sacrifice de communion où
la victime offerte à la divinité est ensuite partagée par les participants au sacrifice → Sacrifice de
communion et de paix. → Les psaumes de reconnaissance : Ps 9 et 10 ; 30 ; 40 ; 92 ; 107 ; 116 ;
118 ; 138. On recense ainsi trois psaumes d’action de grâce : 65 – 66 – 67.

STRUCTURE DE CES PSAUMES

1- Introduction ou proclamation qui parfois développe des thèmes hymniques. Le fidèle y


exprime sa volonté d’action de grâce au Seigneur par une louange performante.
2- Corps central. Il a un caractère descriptif et narratif. Le psalmiste évoque le danger connu ;
sa prière dans l’épreuve et le changement de la situation grâce au secours divin.

Conclusion : Le psaume se termine par une invitation adressée à l’assistance.

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ANALYSE DU PSAUME 30 :

Le psaume 30 est une action de grâce après un danger mortel. Il fait penser à un homme sauvé d’un
péril extrême, qui monte au temple pour le sacrifice en s’acquittant du vœu fait pendant le danger.
Devant l’autel, il raconte le danger vécu et il exprime sa prière de reconnaissance entouré de ses
proches (les fidèles). Peut-être est-il un simple fidèle ou un lévite grâce à la profondeur de la prière.

Articulation du psaume :

La prière d’écoute en forme d’action de grâce adressée au Seigneur : "Je t’exalte Seigneur car Tu
m’as repêché". Cette image est très belle et efficace. Au moment de tomber dans le ravin, le fidèle
est sauvé par la main du Seigneur.

V5-6 : Le psalmiste interpelle les fidèles et les convie à la louange en donnant son témoignage.

V7-12 : Le psalmiste s’adresse encore au Seigneur et raconte son expérience à savoir le sens de
sureté naïve au moment du bonheur (cf. image de la montagne) ; le changement de la situation ; la
prière dans la détresse et la libération espérée. La prière s’achève par une résolution à la louange
perpétuelle : "Je t’exalterai pour toujours" (v13).

→ Le temps des verbes dans ce psaume est l’INACCOMPLI. Donc la valeur temporelle n’est pas
toujours certaine. Toutefois la prière reste concrète ici.

La facture littéraire du psaume :

→ Le premier élément ici c’est le procédé de polarité. Tout le psaume se présente comme une
semence articulée en pôles antithétique (positif ou négatif).

V4 : Tomber dans la fosse est différent de remonter des enfers.

V6a : La colère d’un instant diffère de la faveur de toute la vie

V6b : Au soir les larmes diffère de au matin la joie

V12 : deuil différent de danse ; robe de vacances est différent de habit de fête ; dénouer diffère de
ceindre.

V13 : chanter différent de se taire.

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Ces phénomènes littéraires ne sont pas un artifice pour enjoliver la prière. Mais ils expriment
l’existence même de l’homme habité par les contrastes. Derrière ces contraires, il y a une opposition
plus radicale encore à savoir l’opposition entre la mort et la vie. C’est le couple antithétique
primordial. La vie est synonyme de montée, joie, bonté, matin, stabilité, danse, habit nuptial. Tandis
que la mort entraine descente, colère, larmes, soir, enfers, robe funèbre, instabilité.

→ Au niveau du message, on n’ajoute rien par rapport à cette opposition mort contre vie.
Seulement, on peut dire quelque chose sur la conception du Shéol.

Dans la cosmologie hébraïque, le Shéol est le séjour des ombres (Refaïm). C’est le lieu et le règne
de la mort, identifié au monde souterrain et considéré comme un puits immense et obscure. C’est
une indéfinissable terre des personnes où il existe les pleurs funèbres. Les défunts y mènent une
existence larvale. Le shéol n’est pas seulement le règne de la mort pour défunts mais il presse de
tout côté les vivants.

→ Dans l’anthropologie biblique, mort et vie représentent un processus. La mort est déjà présente
dans la vie par des signes préliminaires tels que la maladie, la haine, la famine… De plus le SHEOL
est totalement coupé de Dieu. Pas de relation avec Dieu. Les défunts sont coupés de la louange de
Dieu et du culte d’espérance d’Israël (Cf. Ps6,6 ; 115,17-18 ; Is38).

ACTUALISATION NEOTESTAMENTAIRE

CASSIEN, un Père de l’Eglise, voit en le psaume 30, la prière du christ ressuscité. Le christ assume
la totalité et la polarité de l’existence humaine avec toutes ses contradictions. Le Christ pénètre
aussi la dernière polarité de la vie et de la mort. Le Père repêche son Fils du puits de la mort grâce à
la résurrection. Grâce à Jésus Christ. Le terme de l’existence humaine est désormais le MATIN
(matin de Pâque). ALONSO SCHÖKEL fait une relecture totale du psaume en Jésus Christ. Il
projette le psaume à la lumière de Jésus Christ. Jésus Christ assume toute l’existence humaine
jusqu’à la polarité de la mort et de la vie. Ce n’est plus le shéol ou le soir qui est la fin de l’existence
humaine, mais plutôt le MATIN, la JOIE.

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