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CHAPITRE 8 LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES RÉCENTS

1 Les changements climatiques récents


Les changements climatiques de la planète des 700 000 dernières
années sont déterminés à partir d’indices physico-chimiques retrouvés
au cours de l’analyse des carottes forées dans les calottes polaires et
les carottes sédimentaires forées dans les fonds océaniques. Ces indices
physico-chimiques correspondent à la mesure du rapport isotopique
18
O/16O (appelé delta 18O et noté d18O ou ␦18O) des glaces polaires et
des tests de Foraminifères des sédiments océaniques.

1. Les mesures effectuées sur les glaces polaires


● L’étude de la composition isotopique de l’oxygène de la glace permet
de connaître les variations locales de la température au-dessus des
calottes. En effet, dans les glaces polaires, la vapeur d’eau transportée des
plus basses latitudes vers les pôles subit un fractionnement isotopique
(appauvrissement en 18O par rapport à 16O) lors des condensations
successives, de façon d’autant plus importante que la température dimi-
nue. Sur la figure ci-dessous, des mesures de d18O des précipitations en
différentes localités, sont portées en fonction de la température annuelle.

0 8-1. Variations
δ 18Ο en ‰ Barbades de la composition
Dublin isotopique de l’oxygène
– 10 des précipitations
en fonction de la moyenne
70° N des températures annuelles.
– 20

Groenland sud
– 30
Groenland nord
– 40
85° sud
moyenne des températures
pôle sud annuelles en °C

– 40 – 20 0 20

● Il existe une relation entre les variations du d18O et de la température :


plus le d18O est négatif, plus le froid est intense. On interprète ainsi les
variations isotopiques du passé mesurées dans les glaces.

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2. Les mesures effectuées sur les sédiments


océaniques
● Les variations du d18O dans les tests carbonatés des sédiments océaniques
donnent une estimation des variations globales du volume des calottes
glaciaires liées aux changements climatiques à l’échelle de la planète.
● En effet, en période glaciaire, le refroidissement du climat diminue le
d18O des glaces et la formation de calottes de glace entraîne une augmen-
tation du d18O des océans. Or, les Foraminifères élaborent leurs tests car-
bonatés à partir de l’oxygène de l’océan. La quantité de 18O incorporée
dans la coquille au moment de sa formation dépend donc du d18O de
l’océan. Ainsi, la reconstruction des variations du d 18O des sédiments
océaniques permet de connaître les changements climatiques au cours du
dernier million d’années.
18O (SMOW) (‰)
2,0
1,5
1,0 Refroidissement
0,5
0
– 0,5
– 1,0
Réchauffement
– 1,5
– 2,0
– 2,5
0 100 200 300 400 500 600 700 800
âge (en milliers d'années)

8-2. Variations du d18O de cinq carottes de sédiments océaniques.

● La figure 8-2. met en évidence l’existence des cycles de réchauffement


et de refroidissement de la planète Terre.

L’erreur classique à éviter


Bien distinguer le d18O mesuré dans les glaces et celui mesuré dans
les tests carbonatés. En effet, l’étude de leur variation conduit
à des interprétations différentes. Par exemple, lors d’un réchauffement,
le d18O des glaces augmente alors que celui des sédiments diminue
et inversement lors d’un refroidissement.

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CHAPITRE 8 LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES RÉCENTS

2 L’origine des changements


climatiques récents
L’étude des variations climatiques durant les 700 000 dernières années
montre une alternance de périodes glaciaires et interglaciaires. Un cycle
de 100 000 ans rythme les glaciations. L’origine de ces périodes est à
rechercher dans des phénomènes de nature astronomique et géologique.

1. Les mécanismes astronomiques


● On a constaté l’existence de cycles de réchauffement-refroidissement
entre deux maxima glaciaires avec des périodes de 43 000, 23 000 et
19 000 ans. Ces périodicités peuvent être mises en relation avec les varia-
tions régulières de l’orbite terrestre : obliquité de l’axe de rotation de la
Terre, excentricité de l’orbite de la Terre, précession des équinoxes.

● L’excentricité représente l’aplatissement de l’ellipse caractérisant l’orbite


terrestre. Or l’excentricité varie de 0 (orbite circulaire) à un maximum de
6 (ellipse légèrement aplatie) avec des périodes voisines de 400 000 et
100 000 ans. Cette variation d’excentricité entraîne une variation de la
quantité d’énergie solaire. Quand l’excentricité est nulle, la distance
Terre-Soleil ne varie pas tout au long de l’année, lorsqu’elle est maximale,
les étés et les hivers sont plus contrastés.

● L’inclinaison de l’axe de rotation de la Terre par rapport au plan de


l’elliptique appelée obliquité varie entre 22° et 25°. Comme cette oscilla-
tion a une période de 41 000 ans, elle entraîne une variation de la quan-
tité d’énergie solaire reçue à chaque latitude. Lorsque l’angle est faible, le
contraste entre les hautes et basses latitudes est réduit ; lorsque l’angle est
fort, le contraste est accentué.

● La précession des équinoxes représente le mouvement circulaire au cours


du temps de l’axe de rotation de la Terre autour d’un axe perpendiculaire
au plan de l’écliptique. La période de ce mouvement est de 26 000 ans.
Cette période est en réalité ramenée à 22 000 ans du fait que ce mouve-
ment s’ajoute au mouvement de rotation de l’orbite de la Terre qui
tourne autour du Soleil.

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2. Les mécanismes géologiques


A. Les variations de la teneur en CO2 atmosphérique
● La théorie astronomique due à Milankovitch ne permet pas d’expliquer
l’amplitude observée des variations de température. Il faut donc envisager
d’autres phénomènes modulant les effets astronomiques : les mécanismes
géologiques entrent aussi en jeu.

● L’analyse des carottes de glaces forées dans les calottes glaciaires montre
une corrélation entre les variations de température déterminées par les
rapports isotopiques de l’oxygène et les variations de concentration en gaz
à effet de serre (CO2) déterminées par les bulles d’air emprisonnées dans la
glace. Les variations de la teneur en CO2 atmosphérique sont en partie
contrôlées par la température des océans. La température détermine la quan-
tité de CO2 dissous. Ainsi, lorsque l’on passe d’une période glaciaire à
interglaciaire, la température des océans augmente et du CO2 dissous dans
l’eau de mer passe dans l’atmosphère augmentant l’effet de serre.

B. Les variations de l’albédo


L’albédo représente le pourcentage de rayons solaires réfléchis par la Terre
et détermine en partie la température de surface de la Terre. Plus l’albédo
est élevé, plus la quantité d’énergie solaire absorbée par la Terre diminue ce
qui aboutit à un refroidissement. L’albédo dépend de la nature du terrain
présent à la surface de la Terre (couvert végétal, glace) et de sa proportion.
Ainsi une Terre recouverte en grande partie de glaces comme en période
glaciaire possède un albédo élevé ce qui renforce le refroidissement général.

L’erreur classique à éviter


La théorie de Milankovitch ne permet pas d’expliquer les changements
climatiques au-delà de quelques millions d’années. En effet, si l’on
remonte dans le passé, la période de ces paramètres orbitaux est modifiée.

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3 Les variations climatiques


à grande échelle
Les changements climatiques récents n’ont pas un caractère exception-
nel. En effet, depuis la formation de la Terre, différents régimes clima-
tiques se sont succédés.
D’importantes glaciations puis de longues périodes chaudes ont régné
à certaines époques. Les traces de ces régimes climatiques au cours des
temps géologiques sont conservées dans les roches sédimentaires.
Quelle est l’origine de ces variations climatiques à grande échelle de
temps ?

1. Les variations de la teneur en gaz à effet


de serre de l’atmosphère et les changements
climatiques
● Des modèles d’estimation de la teneur en CO2 atmosphérique ont mon-
tré que des fluctuations importantes se sont produites au cours des derniers
600 millions d’années.
● Or, on constate que les périodes de fortes variations de la teneur en CO2
sont corrélées à des modifications du climat. Ainsi, il y a 300 millions
d’années, au Carbonifère, le taux de CO2 atmosphérique chute brutale-
ment. À cette époque règne sur la Terre un important régime glaciaire se
traduisant par une imposante calotte glaciaire recouvrant l’Amérique du
Sud, l’Afrique du Sud, l’Australie, l’Inde et l’Antarctique.
● Au cours de l’ère secondaire (de – 205 à – 65 millions d’années), l’éléva-
tion de la teneur en CO2 est associée à une longue période chaude. Ainsi,
au Crétacé, aucune calotte glaciaire ne recouvre la Terre. L’Alaska et le
Groenland sont peuplés d’arbres caractéristiques de climats chauds.

2. Les mécanismes de variations de la teneur


en CO2 atmosphérique
La teneur en CO2 atmosphérique est contrôlée par des phénomènes qui
libèrent ou consomment du CO2.

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A. Les processus consommateurs de CO2


● Le rôle de la biosphère est important dans le contrôle de la teneur en
CO2 atmosphérique. Lorsque la croissance végétale est importante, le
CO2 est piégé sous forme de matière organique au cours de la réaction
photosynthétique.
● De même, l’altération des carbonates (dissolution) et des silicates calciques
et magnésiens que l’on retrouve dans les reliefs orogéniques consomme du
CO2 gazeux.
● L’ensemble de ces deux processus explique en partie la baisse impor-
tante du CO2 atmosphérique observée au Carbonifère contribuant ainsi à
la mise en place d’un climat froid par la diminution de l’effet de serre.

B. Les processus producteurs de CO2


● L’enrichissement du CO2 de l’atmosphère est lié à deux phénomènes
importants. D’une part, une activité volcanique accrue libère du CO2 qui
se dégage du manteau vers l’atmosphère : on parle de dégazage mantel-
lique. Cette activité volcanique renforcée permet d’expliquer notamment
l’élévation de la teneur en CO2 au cours du Crétacé. D’autre part, les réac-
tions de précipitation des carbonates transfèrent du CO 2 dans l’atmo-
sphère. L’ensemble de ces deux processus contribue à augmenter l’effet de
serre à la surface de la Terre.
● L’étude des climats passés montre l’existence d’une relation étroite
entre la teneur en gaz à effet de serre et la température moyenne de sur-
face. Cette relation peut être réinvestie dans la prévision des climats
futurs où l’impact de l’activité humaine (émission de gaz à effet de serre)
s’additionne aux variations naturelles du climat. Ainsi, on prévoit un
réchauffement de 2 à 5 °C au cours du XXIe siècle qui se superpose à un
refroidissement constant qui a débuté il y a 20 millions d’années.

L’erreur classique à éviter


Distinguer l’impact des activités humaines des processus naturels dans
les variations de la teneur en CO2 : les échelles de temps considérées
sont très différentes.

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4 Les variations passées du niveau


marin et leurs origines
Les modifications climatiques passées se sont accompagnées de varia-
tions du niveau des mers à l’échelle mondiale : c’est l’eustatisme.
Lorsque le niveau marin diminue, on parle de régression, lorsque le
niveau marin augmente, on parle de transgression. Ces mouvements
eustatiques se traduisent par une modification de la surface émergée
des plateaux continentaux.

1. Mise en évidence des variations eustatiques


au cours des temps géologiques
● Les roches sédimentaires sont des indicateurs des variations du niveau
marin à grande échelle de temps. Dans une succession de couches sédi-
mentaires, une transgression se traduit par le dépôt de sédiments caracté-
ristiques de l’océan profond sur des formations continentales ou sur une
surface d’érosion indiquant ainsi qu’une avancée de la mer s’est produite.
Au contraire, une régression se traduit au sein de couches sédimentaires
par l’existence de sédiments des mers profondes surmontés par des dépôts
typiques d’environnements côtiers ou d’une surface d’érosion aérienne.
● Les indicateurs de variations du niveau marin sur des échelles de temps
plus récentes (dernier million d’années) sont représentées notamment
par la trace des lignes de rivage.

2. Les causes des variations eustatiques


En considérant que le volume d’eau sous forme de glace, de liquide et de
vapeur a été constant à la surface de la Terre au cours des 200 derniers
millions d’années, on admet que les modifications du niveau des mers
relèvent de trois phénomènes géologiques différents : d’une part, la crois-
sance ou la fonte des calottes glaciaires lorsque le climat varie, d’autre part,
l’activité tectonique qui modifie la géométrie et le volume des bassins océa-
niques. À des échelles de temps beaucoup plus brèves, on peut ajouter
que la couche superficielle des océans peut se dilater ou se contracter ce
qui modifie ainsi le niveau marin.

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A. Le tectono-eustatisme
Le volume des bassins océaniques est contrôlé en partie par l’activité des
dorsales océaniques. Ces reliefs sous-marins modifient leur forme en fonc-
tion de l’activité magmatique sous-jacente. Lorsque les dorsales sont
actives, elles tendent à se gonfler et à occuper un volume plus important
au sein des bassins océaniques ; le niveau marin tend alors à s’élever et
réciproquement lorsque l’activité des dorsales ralentit. L’amplitude des
oscillations du niveau marin peut atteindre 200 à 300 mètres en une
dizaine de millions d’années.

B. Le glacio-eustatisme
La rétention plus ou moins importante d’eau sous forme de glace dans les
régions polaires est responsable de variations du niveau marin. Ainsi une
transgression est associée à une fonte des glaces alors qu’une régression est
associée à une croissance des calottes polaires. L’amplitude de ces mouve-
ments eustatiques est de l’ordre de quelques centaines de mètres en
10 000 à 100 000 ans.

C. Le thermo-eustatisme
La dilatation thermique de l’eau est fonction de la température moyenne glo-
bale dont les variations suivent celles du climat de la Terre. Lorsque la tem-
pérature s’élève, l’eau de surface se dilate et le niveau marin augmente ;
lorsque la température s’abaisse, l’eau de surface se contracte et le niveau
marin diminue. On estime ainsi qu’une variation de 1 °C produit un mou-
vement eustatique de 1 m. Ce phénomène serait en partie responsable de
l’élévation du niveau marin qui va se produire au cours du XXIe siècle.

L’erreur classique à éviter


Attention, on parle uniquement d’eustatisme dans le cas où les
variations du niveau marin sont observées sur l’ensemble du globe.

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