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Le contentieux électoral devant les

tribunaux administratifs

Master droit des contentieux


Contentieux administratif
Année : 2019-2020

Réalisé par : Amrani joutei Jihane

Zine Zouhair

Encadré par : Pr Ennaciri khadija

Introduction

Le droit de vote est un fondement de notre démocratie, il est consacré par l’article 2
de la constitution du 29 juillet 2011, qui dispose que « La souveraineté appartient à
la nation qui l’exerce directement par voie de référendum, et indirectement par
l’intermédiaire de ses représentants. La nation choisit ses représentants au sein des
institutions élues par voie de suffrages libres, sincères et réguliers. »
Le vote est l’acte par lequel les électeurs s’expriment sur une question (referendum)
où désignent leurs gouvernants. Toutes les opérations de vote sont prises en
considération, l’acceptation du verdict des urnes est toute aussi importante, elle
rend compte à la fois de l’intégrité du processus électoral et de la capacité des
candidats à se soumettre au choix exprimé par les électeurs.
Les élections occupent une place importante dans les débats politiques, ce sont à la
fois le moyen par lequel les citoyens font parvenir leur voix aux plus hautes
instances, le moyen par lequel ils choisissent leurs représentants.
Les opérations électorales donnent naissance aux contentieux, le contentieux
électoral a pour objectif de vérifier la régularité des actes et la validité des résultats,
il peut aboutir à la confirmation, à la réformation ou à l’annulation des élections.
En effet le contentieux électoral s’analyse comme un ensemble de normes et
d’institutions qui organisent et gouvernent les procédures de règlements des conflits
électoraux, ces normes et institutions sont multiples et complexes et font du
contentieux une matière contraignantes.
Parmi les cas d’ouverture du contentieux électoral on peut citer par exemple la
propagande électorale et toute distribution de programme le jour du scrutin, parce
qu’il est interdit de faire diffuser par tout moyen de communication tout message
ayant le caractère de propagande électorale le jour du scrutin, la compagne
électorale prend fin la veille du scrutin. On cite également parmi les cas d’ouverture
de ce contentieux, l’incitation à s’abstenir de voter ; inciter les citoyens à s’abstenir
de voter sur un tel ou tel parti, ou telle ou telle personne.
Le contentieux électoral désigne l’ensemble des litiges relatifs à l’organisation des
élections ainsi qu’aux résultats des scrutins. Ce contentieux repose sur un corpus de
règles, rassemblées notamment au sein du code électoral.
Ainsi la loi 9-97 formant le code électoral a réservé une quarantaine d’article aux
volets du contentieux électoral.
De ce fait plusieurs juridictions sont concernées par le contentieux électoral ; quand
il s’agit des litiges électoraux en matière législative, c’est la cour constitutionnelle qui
intervient, mais quand il y’a des litiges électoraux au niveau des collectivités
territoriale, c’est le juge administratif qui doit intervenir. Mais on va se contenter de
présenter uniquement le rôle des juridictions administratives en matière du
contentieux électoral.
Pour mieux cerner ce sujet du contentieux électoral, nous allons essayer de répondre
aux questions suivantes :
Quels sont les types des contentieux relatifs aux opérations électorales ?
Quelle est la juridiction compétente en la matière ?
Le juge administratif peut-il annuler les élections si une irrégularité a pu influencer
les résultats ?
Pour répondre à ces questions nous allons traiter dans une première partie les types
des contentieux relatifs aux opérations électorales, et dans une seconde partie on
traitera la juridiction compétente en la matière, et enfin dans une dernière partie
nous verrons les pouvoirs du juge administratif.

I- Types de contentieux relatifs aux


opérations électorales

A- Recours relatif aux inscriptions sur les listes électorales

Les demandes d’inscription sur les listes électorales sont examinées par une
commission administrative présidée par le président du conseil communal ou par
toute autre personne élue.
Le contentieux du dépôt des candidatures est réglée selon les termes suivant, sous
réserve des autres dispositions prévues par la présente loi, tout candidat dont la
candidature a été rejeté peut pendant un délai de 4 jours qui commence à partir de
la date de sa notification déférer la décision de rejet au tribunal administratif dont il
relève la circonscription où le requérant a présenté sa candidature. Autrement dit ; le
législateur donne le droit à tout candidat dont la candidature a été rejetée de
soumettre cette décisions au tribunal administratif dont dépend la circonscription
auprès de laquelle il a déposé sa candidature, et cela dans un délai de 4 jours à partir
de sa notification.
Le recours est enregistré sans frais et le tribunal administratif statue en premier et
dernier ressort dans le délai imparti, selon le cas, à partir de la date de son dépôt au
greffe. La décision du tribunal est aussitôt notifiée à l’intéressé et à l’autorité chargée
de recevoir les déclarations de candidature qui doit immédiatement enregistré les
candidatures déclarées acceptable par le tribunal et les porter à la connaissance des
électeurs.

B- Recours relatif aux opérations électorales

Les décisions prises par les bureaux de vote, les bureaux centralisateurs, les
commissions préfectorales et provinciales de recensement ou de vérification et les
commissions régionales de recensement des votes et de proclamation des résultats
peuvent faire l’objet d’un recours exercé au greffe du tribunal administratif.
Ce recours doit à peine de nullité être formé par une requête écrite dans un délai de
8 jours à compter du dépôt du procès-verbal constatant la proclamation des résultats
du scrutin.
Le tribunal administratif statue dans un délai de 40 jours à partir de la date du dépôt
du recours au greffe. Autrement dit, la loi donne droit aux candidats dont l’élection
est contestée de consulter les procès-verbaux des opérations électorales et d’en
prendre copie. Pour que ce recours puisse être examiné, à peine de nullité, il doit
être transmis par écrit dans un délai de 8 jours à partir du dépôt du procès-verbal
portant proclamation des résultats du scrutin, et afin de garantir l’équité, le
législateur prévoit la désignation d’un juge qui se charge de mettre les concernées au
courant de la requête déposée et recueille leur observation.

II- Compétence judiciaire en matière du


contentieux électoral
Depuis la création des tribunaux administratifs et l’entrée en vigueur de la loi 9.97
formant le code électoral, tel qu’il est modifié et complété par les lois 64.02, 23.06,
36.08 et 43.15 nous avons constaté une répartition des compétences au niveau du
contentieux électoral.
Conformément à l’article 8 de la loi 41-90 dans le chapitre II relatif à la compétence,
les tribunaux administratifs sont compétents pour connaitre les litiges nés à
l’occasion de l’application de la législation et de la réglementation en matière
électorale.
Mais l’article 26 de la même loi qui concerne les recours en matière électorale
devant les tribunaux administratifs a limité les recours électoraux dans les cas
suivants :
− L’élection des conseils communaux (loi organique 59.11)
− Les recours relatifs à l’application de la loi organique n° 112.14 sur l'organisation
des préfectures et des provinces et de leurs assemblées
− Les recours relatifs à l’application de la loi formant statut des chambres de
commerce et d'industrie et statut des chambres d'artisanat et les chambres
d'agricultures
− Des litiges nés à l'occasion des élections des représentants du personnel au sein
des commissions administratives paritaires prévues par le dahir n° 1-58-008 du 4
Chaâbane 1377 (24 février 1958) portant statut général de la fonction publique et les
statuts particuliers du personnel communal et du personnel des établissements
publics
Alors on peut déduire que le contentieux électoral qui ne fait pas l’objet de l’article
26 de la loi 41.90 est exclu de la compétence des tribunaux administratifs ,et même
si l’article 8 de la loi 41.90 permet au tribunal administratif d’être compétent pour
connaître les litiges nés à l'occasion de la législation et de la réglementation en
matière électorale , la compétence effective du tribunal administratif reste ambigüe
tant que ce dernier n’est pas le seul à intervenir en cette matière.
La cours constitutionnelle est compétente également sur une certaine catégorie des
litiges nés à l’occasion du contentieux électoral, à ce fait le législateur a joué un rôle
majeur dans la clarification de la compétence effective du tribunal administratif et
des recours qui peuvent faire l’objet de sa compétence à travers l’article 26 de la
même loi qui détermine les recours qui peuvent être inclus dans la compétence de
cette juridiction, notamment ceux qui relèvent des élections communales et des
élections du conseil provincial ,aussi bien que les chambres d’artisanats et le
personnel au sein des commissions administratives paritaires, et c’est là où elle
réside la répartition des compétences au niveau du contentieux électoral qui se
présente avec une nature protéiforme qui se change en fonction de la catégorie du
litige, et ce changement-là qui construit le pont d’accès au tribunal comptent, c’est à
dire que même si le litige découle de la matière du contentieux électoral, si il est né à
l’occasion des élections nationales ceci suscite la compétence de la cour
constitutionnelle, et si le recours est relatif aux contentieux motionnés dans l’article
26 c’est le tribunal administratif qui sera compétent. A noter que le tribunal de
première instance se trouve compétent lorsque le recours est relatif à l’inscription
sur les listes électorales ou aux candidatures portées devant le tribunal de première
instance. Alors que, les recours contre les décisions des tribunaux de première
instance au sujet de l’inscription sur les listes électorales, sont formées devant la
cours d’appel administrative. La répartition des compétences au niveau du
contentieux électoral peut d’une part donner l’apparence d’un manque d’autonomie
de la matière du contentieux électoral puisqu’elle comprend l’intervention de
plusieurs tribunaux dont leurs compétences dépendent de la catégorie du litige. Mais
d’une autre part, ceci revêt une meilleure qualité de justice en faveur du justiciable,
du simple fait que cette répartition permet aux tribunaux d’apprécier et trancher
selon leur spécialités en évitant toute confusion disciplinaire dû aux différences de
chaque litiges.

III- Les pouvoirs du juge administratif

Le juge administratif est tout d’abord compétent pour rectifier les résultats de
l’élection en procédant à la neutralisation des erreurs et des irrégularités, lorsqu’elles
peuvent être déterminées avec certitude. Lorsqu’il ne peut déterminer comment les
suffrages ont pu se répartir régulièrement et sincèrement entre les différents
candidats, notamment en raison de manœuvres, le juge peut être conduit à annuler
l’élection.
Dans certaines hypothèses, le juge a le pouvoir de déclarer un candidat comme
inéligible.

A- Pouvoir de rectification
La rectification peut avoir lieu lorsque le juge peut identifier avec certitude les
bénéficiaires des suffrages écartés à tort ou mal décomptés, dans ce cas il procède à
la réattribution de ses suffrages et corrige les résultats de l’élection (CE, 20 février
2002, Elections municipales de Saint-
Elie, n° 235473).
Il peut aussi déclarer nullité des bulletins validés à tort par le bureau de vote. Cela
peut le conduire soit à confirmer les résultats, lorsque les candidats proclamés élus
conservent la majorité après la rectification opérée, soit à annuler l’élection de ces
candidats et à proclamer élus ceux qui obtiennent la majorité des suffrages
régulièrement après les résultats de la rectification, (CE, 22 octobre 1979, Elections
des représentants à l’Assemblée des communautés européennes, n° 18449).

B- Pouvoir d’annulation

La commission des irrégularités ou des manœuvres ne conduit pas automatiquement


à l’annulation de l’élection. Le juge apprécie, au cas par cas, pour voir si la sincérité
du scrutin a été affectée. Afin d’apprécier cette incidence, il met en regard la gravité,
l’ampleur et les répercussions potentielles de ces irrégularités avec l’écart des voix.
Lorsque, l’écart des voix ainsi que la nature et l’ampleur de la manœuvre, et
l’irrégularité ou l’abus de propagande en cause, sont faible, le juge estime que la
sincérité du scrutin a été viciée, il annule en principe l’élection.
A titre d’illustration, la diffusion d’un tract mensonger, diffamatoire ou injurieux
excédant les limites de ce qui est admissible dans le cadre de la polémique électorale
et auquel il n’a pu être utilement répondu, ont pu entraîner l’annulation du scrutin
en France lors des élections municipales « d’Aulnat le 13 décembre 1989 ».
A noter que l’annulation d’élection, qu’elle soit partielle ou absolue, n’est prononcée
que si l’élection en question n’a pas suivi les procédures formulées par la loi, si le
scrutin n’a pas été libre ou si celui-ci a été entaché par «des manœuvres
frauduleuses», ou si un ou plusieurs élus tombent sous le coup de l’incapacité légale
ou judiciaire.
De fait, si la faille touche les procédures fixées pour le déroulement des élections,
que le vote a été fait en contradiction avec les conditions de sa validité, ou que la
personne de l’élu est à l’opposé de ce qui est cité dans les articles 41 et 42 de la loi 9-
97, l’annulation des élections est automatique.
Conclusion

Les règles du contentieux électoral sont strictes et contraignante. Leur ambition


reste cependant de préserver la confiance des électeurs dans les résultats de
l’élection.
Le juge administratif dispose du pouvoir de confirmation, d’annulation et de
réformation des résultats, en la matière, il dispose d’une liberté d’appréciation
extrêmement large.

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