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ECHEC I

Aucun impact « considérable »


sur la croissance

Si le PIB agricole a progressé à 118 milliards de dirhams, son impact sur la croissance reste très
faible. MAP

Dans ses objectifs, le PMV table pour 2020 sur «  une amélioration notoire » du PIB agricole,
pour «  un impact considérable sur la croissance ». En chiffres, il prévoit le renforcement de la
part de l’agriculture dans le PIB de 70 à 100 milliards de dirhams. Cet objectif est en fait atteint
dès 2010, deux ans après le lancement du Plan. En 2015, le PIB agricole atteint 118 milliards de
dirhams. Ce renforcement au lancement de la stratégie est permis par les investissements déjà
engagés dans l’agriculture moderne orientée vers l’export, qui n’a pas besoin de main d’oeuvres.
Dès 2009, la pluviométrie est de nouveau favorable au remplissage des barrages, qui alimentent
ce secteur, après une terrible année 2008 de sécheresse.
Malgré la politique des barrages lancée par Hassan II et poursuivie sous Mohammed VI, le
Maroc n’arrive pas toujours à s’affranchir de la pluviométrie. MAP

Un berger près de Rabat 10 Janvier 2007, les troupeaux de bovins à ses nouveaux pâturages. Le
ministre marocain des Affaires islamiques a appelé ses compatriotes à prier pour la pluie à la
prière du vendredi dans toutes les régions du Royaume. ABDELHAK SENNA / AFP

Toutefois, l’amélioration de la valeur ajoutée ne provoque pas l’impact « considérable » attendu


sur la croissance. Entre 2007 et 2014, l’agriculture ne contribue qu’à hauteur de 1,76 % à la
croissance du PIB, loin derrière les services et l’industrie. Il y a certes une amélioration par
rapport à la période 1999-2014 où l’impact été limité à 0,11 %, mais on est loin des objectifs
initiaux.
Pourquoi donc l’agriculture peine à délivrer un impact considérable sur la croissance ? Parce que
la création de richesse agricole est encore trop aléatoire. Chaque mauvaise année pluviométrique
est synonyme de destruction de richesse dans le secteur. Pour 2016 encore, les prévisions de la
Banque centrale établissent une contraction de la valeur ajoutée agricole de 4,3 %. Ces
destructions cycliques se matérialisent par une insécurité des revenus, un faible dynamisme des
investissements et des destructions d’emplois.

 Najib Akesbi : le Plan Maroc Vert ? De la pure propagande !

ECHEC II

Au lieu de créer des emplois,


le PMV les détruit
Aziz Akhannouch tablait dans son plan sur la création de 1,5 million d’emplois entre 2007 et
2020. Depuis, son lancement, le PMV a surtout détruit des postes de travail. MAP
C’est l’échec le plus notoire du PMV. L’objectif de porter l’emploi de 4,2 millions de postes en
2007 à 5,7 millions en 2020 est actuellement irréalisable. Depuis 1999, le secteur agricole n’a
cessé de perdre des emplois, au rythme de 13 600 destructions en moyenne annuelle jusqu’en
2007. A partir de 2008, la contraction s’aggrave encore plus, et on passe entre 2008 et 2014 à un
rythme de destruction de 23 700 emplois en moyenne par an.
L’optimisation du capital (tracteurs,semences, engrais...) couplée à la réduction de l’emploi
permet d’afficher un revenu agricole en croissance.
Cet exode des champs permet aux indicateurs affichés par le ministère de montrer une embellie.
Les cultures du pilier 1, moins intensives en travail, améliorent leur intensité capitalistique.
L’optimisation du capital (tracteurs, semences, engrais) mène à l’accroissement de la valeur
ajoutée agricole. De même, la réduction de l’emploi permet d’afficher un revenu agricole en
croissance. L’objectif de doubler ou tripler le revenu par tête est en passe d’être réalisé à
l’horizon 2017 ou 2020, non pas grâce, mais bien à cause du déclin de l’emploi. La réalisation
des objectifs de valeur ajoutée et de revenu par tête n’est permise ainsi que par l’incapacité à
déclencher une dynamique d’emplois dans le secteur.
Le HCP dans sa très récente analyse sur les rendements du capital physique, met en exergue la
relation entre perte d’emplois et hausse de la productivité dans l’agriculture, démystifiant ainsi
les chiffres du ministère de Aziz Akhannouch. Sa conclusion est simple : l’amélioration des
rendements de la production agricole s’est faite au détriment de l’investissement et de l’emploi.

Selon le HCP, l’amélioration des rendements de la production agricole, présentée comme une
belle prouesse, s’est faite au détriment de l’investissement et de l’emploi. MAP
L’intensité capitalistique

–  les unités de capital disponibles par tête d’emploi


–  du secteur a ralenti en quinze ans passant d’un taux de croissance de 1,5 % entre 1998 et 2007
à 0,8 % entre 2008 et 2014, quand l’ensemble de l’économie a vu son intensité capitalistique
progresser à un rythme de 5 % sur l’ensemble de la période.
La décélération de l’intensité capitalistique dissimule le recul du capital humain.
ECHEC III

Les chiffres trompeurs


de l’investissement
Lors des dernières assises de l’agriculture de Meknès, le ministre avait porté à son bilan
l’accélération des investissements depuis le lancement de la stratégie. Or, les chiffres du HCP
dévoilent une vérité tout autre. MAP

Pour parvenir à ses objectifs, le Plan Maroc Vert mise beaucoup sur l’accélération des
investissements sur le pilier 1 –  « l’agriculture moderne »

–  et le pilier 2 –  « l’agriculture solidaire  ». La feuille de route du PMV indique qu’à terme, 900
projets du pilier 1 devront générer 150 milliards de dirhams d’investissement pour bénéficier à
400 000 exploitants. Pour le pilier 2, les investissements prévus sont estimés à 15 milliards de
dirhams, devant bénéficier à 600 000 ou 800 000 exploitants.

M
ohammed VI a inauguré la première tranche de l’agropole de Berkane relative au pôle de
recherche-développement et de contrôle de qualité juin 2013. MAP
Cet objectif de 165 milliards d’investissements additionnels sur 10 à 15 ans prévu dans le PMV
signifie que l’investissement total enregistrerait une croissance annuelle moyenne de près de 7 %
sur la période 2008-2015. Le résultat est une croissance inférieure de 3 points aux alentours de
4 %. De même, alors que l’investissement agricole devait améliorer sa part dans l’investissement
total, sa contribution décline de 2,5 % en 2008-2009, à 1,6 % en 2014.

Lors des dernières assises de l’agriculture de Meknès, le ministre avait toutefois porté à son bilan
l’accélération des investissements depuis le lancement de la stratégie, lesquels ont « augmenté de
170  % depuis 2008 ». Or, les chiffres du HCP dévoilent une vérité tout autre. Certes les
investissements ont augmenté en volume par rapport à 2008. Mais ce bilan cache la faiblesse de
l’investissement par rapport à la contribution de l’agriculture à la croissance économique. Le
taux d’investissement – 

soit la part de l’investissement par rapport à la valeur ajoutée du secteur n’a cessé de décroître
depuis le lancement du PMV. La part des valeurs ajoutées allouées à l’investissement dans le
secteur agricole a ainsi baissé de 13 % durant la période 1998-2007 à 7,3 % à partir de 2008.

Autre chiffre parlant : avant le plan Maroc Vert, l’agriculture contribuait à hauteur de 6 % à la
formation brute de capital physique du pays. Depuis son lancement, ce taux est tombé subitement
à 2,9 %. Ces chiffres révèlent le détournement de la valeur ajoutée agricole au profit des secteurs
du service, puis de l’industrie. Le HCP qui livre ces chiffres, appelle d’ailleurs à
«  recapitaliser » le monde agricole, qui présente encore des opportunités de croissance
inexploités.
La surface irriguée au Maroc ne dépasse les 15%. L’essentiel des surfaces cultivées reste
tributaire de la bonne volonté du ciel. MINISTÈRE DE L'AGRICULTURE
L’agriculture solidaire est le parent pauvre de la stratégie Akhannouch.

Paradoxalement, l’agriculture dite solidaire, qui emploie l’essentiel de la population agricole, ne


bénéficie pas du renvoi d’ascenseur attendu. L’agriculture irriguée, qui représente 1,5 million
d’hectares sur les 8,7 millions de la surface agricole utile et contribue à 45 % de la valeur ajoutée
agricole en moyenne, a été la cible prioritaire des investissements.

L’hypertrophie des investissements dans l’agriculture dite moderne a laissé donc à nu


l’agriculture bour. Celle-ci continue de pâtir de l’aléa climatique et du stress hydrique, variable
structurelle du Maroc. Sa contribution à la valeur ajoutée reste pourtant forte, atteignant jusqu’à
55 %. Le problème réside dans sa volatilité. En année de sécheresse, elle peut tomber à 30 %.
Mais au lieu de limiter ces fluctuations, la stratégie du ministère a contribué au contraire à
exposer ce secteur à tous les risques, en l’absence de solutions d’irrigation pérenne pour ce
secteur.
ECHEC IV

Le Maroc ne cartonne pas


à l’export

Le raisin marocain s’exporte aussi de moins en moins, perdant 33 % de son chiffre d’affaires
entre 2008 et 2014. MAP

Les plus cyniques diront toujours que les sacrifices de l’agriculture traditionnelle permettent au
Maroc d’avoir un secteur exportateur dynamique. Les exportations décollent certes, mais
l’envolée n’est pas mirobolante. Elle reste surtout loin des objectifs de la stratégie Akhannouch.
Celle-ci prévoyait l’accroissement de la valeur des exportations de 8 à 44 milliards de dirhams
pour les filières où le Maroc est compétitif, comme les agrumes, les olives, les fruits et légumes.
Or, en 2015, les exportations agricoles totales n’ont atteint que 13,7 milliards de dirhams. L’écart
semble difficilement rattrapable en quatre ans, délai avant l’échéance du PMV.
On notera quand même la petite progression entre 2008 et 2014, une croissance de 50 %, due
essentiellement aux légumes frais qui tiennent le haut du pavé des expéditions agricoles (pour
une valeur à l’exportation de 7,7 MMDH). Quant aux célèbres agrumes, ils ne s’exportent pas
plus en 2014 qu’en 2008 (3,1 MMDH en 2014 contre 3,2 MMDH en 2008). Le raisin marocain
s’exporte aussi de moins en moins, perdant 33 % de son chiffre d’affaires entre 2008 et 2014 (95
MDH en 2014). Même l’huile d’olive n’arrive pas à cartonner comme le prévoyait le ministère :
En 2020, le Maroc doit exporter selon le PMV 120 000 tonnes (le niveau actuel de la Tunisie).
Un objectif difficile d’atteinte quand on sait que les volumes exportés en 2015 ne dépassent pas
les 24 000 tonnes. L’agriculture dite moderne, qui représente 75 % des exportations agricoles du
pays, peine ainsi à réaliser les objectifs d’Aziz Akhannouch.

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