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Thèse n° 2261

LES BARRAGES
EN VOUTE MINCE
Etude de l'action de coque et de Veffet de torsion

THÈSE
PRÉSENTÉE A L'ÉCOLE POLYTECHNIQUE FÉDÉRALE, ZURICH,

POUR L'OBTENTION DU GRADE DE DOCTEUR ES SCIENCES TECHNIQUES

PAR

JEAN LOMBARDI
Ingénieur civil
de Airolo, Suisse

Rapporteur : M. le prof. D"- P. LARDY

Corapporteur : M. le prof. G. SCHNITTER

LAUSANNE

F. ROUGE & CIE S. A., EDITEUR ET LIBRAIRE


1954
ERRATA

Les erreurs figurant dans les pages désignées par un astérisque


se sont produites en de tirage et ne se trouvent que
cours
dans un certain nombre d'exemplaires.

Page 17. Formule (23), dernier terme, lire: + Tu,mt<f(x,y)- mtj(x,y) au lieu de

+ Tu, m„f(x, y) m,,f(x, y)

Page 29*. Formule (40a), lire : n'x + nyx + X = 0

Formule (40b), lire :


ny + n'xy —

myjr— mxy/r + Y = 0

Page 37*. Formule (64c), lire : nxy—mxy/r = —2 Kw'-/r = —


2 Kw'^jr —
2 Kw'^/r = 0

Page 40*. Dernière formule, lire : qx ~

m'x, qy —

my

n n—i

Page 61*. Formule 127, lire: P=P(x,y)= 2 S WijxtyJ


i=0j=0

m m—i

Q =
Q(x,y)= S S Vijx'yJ
/=0 y=0

Page 74*. Première formule, lire :

[K(fPa)% =
[Ki+Vl(fpaYi + K-Ki-K (/M'-yJ/A*

Page 79. La figure 18 se subdivise en quatre parties qui devraient être numérotées,
de gauche à droite: a. b. c. d.

Page 83. Note 2, lire : ght „,


au lieu de g1}, „

Page 103*. Fig. 30. La figure de droite est désignée dans le texte par la lettre c.

Page 108*. Fig. 33. En haut, à gauche, lire : / = 1

x = 0

Page 136*. Formule (225), troisième équation, lire :

^0 ny0lr

Wyo

mxo —

mxy0

myx0

Lombardi, Jean. —
Les barrages en voûte mince. —
Lausanne, F. Rouge & Cle S. A.,
Librairie de l'Université, 1955.
CURRICULUM VITAE

Né le 28 mai 1926 à Lugano, je suis fils d'Aldo Lombardi, originaire d'Airolo


(Tessin), et de Luigia Eugenia née Anastasi.
J'ai fait mes écoles primaires de 1932 à 1937 en partie à Izeste (B.P.) France, et en

partie à Lugano.
Entré en octobre 1937 au Lycée Louis Barthou à Pau (B.P.), j'en ai suivi les cours

jusqu'en juin 1940. En raison de la guerre, j'ai dû poursuivre mes études pendant deux ans

sous la surveillance d'un précepteur.


Rentré en Suisse en juillet 1942, je me suis préparé à l'examen de maturité fédérale
à l'Institut Rosenberg à Saint-Gall. Le certificat de maturité m'a été délivré le
20 septembre 1944 à Bâle.
Admis en octobre 1944 à l'Ecole Polytechnique Fédérale, j'ai obtenu le diplôme

d'ingénieur civil le 20 décembre 1948.

De janvier 1949 à
mars 1950, j'ai été employé dans le bureau technique de
M. H. Gicot, ingénieur-conseil, à Fribourg.
Pendant le semestre d'été de cette même année, j'ai suivi, en qualité d'auditeur, des
cours à la section de mathématiques de l'Ecole Polytechnique Fédérale. Pendant ce temps,
j'ai entrepris, sous la direction de M. le professeur Dr P. Lardy, ma thèse sur les barrages
en voûte mince.
Retourné en France, j'ai poursuivi ce travail, particulièrement en ce qui a trait aux
applications numériques. Parallèlement, j'ai établi le projet et surveillé l'exécution de
deux ponts et de diverses autres constructions en béton armé et en bois.

Depuis novembre 1952, je travaille dans le bureau technique de M. le Dr h. c.

A. Kaech, ingénieur, à Berne.


Qu'il soit permis à l'auteur d'exprimer ici sa reconnaissance
à M. le professeur Dr P. Lardy rapporteur, et à M. le pro¬

fesseur G. Schnitter corapporteur, pour l'intérêt qu'ils ont


porté à son étude, ainsi que pour leurs nombreux et précieux
conseils qui ont grandement facilité sa tâche.
AVANT-PROPOS

L'importance croissante prise par les aménagements hydroélectriques dans l'éco¬


nomie de chaque pays, ainsi que l'ampleur du développement de l'industrie électrique
sont connues de tous. Or, cette évolution implique une utilisation très poussée à des
forces naturelles et, par conséquent, une exploitation fondée toujours plus sur l'accumu¬
lation des eaux. Parallèlement, la difficulté de trouver des sites susceptibles, à tout point
de vue, d'être transformés en bassins d'accumulation croît sans cesse, de même, d'ailleurs,
que l'obligation de tirer le meilleur parti des emplacements disponibles en construisant
des barrages de plus en plus importants.
C'est dans cette nécessité, jointe à l'exigence de solutions aussi économiques que
possible, que réside la faveur grandissante dont jouit actuellement, en Europe et même

en Amérique, le barrage en voûte. Qu'il nous suffise d'ailleurs, de souligner ici la pré¬

pondérance que tend à prendre ce type de barrage, sans entrer dans le détail des avantages
qu'il offre sur les autres.

Malgré la complexité des questions de statique soulevées par le calcul des barrages
en voûte [27, 47], cette évolution se poursuit grâce aux progrès de la technique du béton.
Et, bien que les problèmes posés ne puissent être considérés ni par le théoricien, ni par
l'ingénieur, auteur de projets, comme résolus, le barrage en voûte inspire une confiance
de plus en plus grande.
De nombreuses études s'appuyant surdes méthodes de statique appliquée permettent
de se faire actuellement une idée assez précise du comportement du barrage en voûte.
Les méthodes mises en œuvre vont de la simple formule du tube jusqu'à celle du

Trial Load qui est, sans doute, la plus perfectionnée, sinon la plus exacte. Elles ne
donnent, néanmoins, pas entière satisfaction à plusieurs auteurs qui considèrent que la
théorie des coques est la seule susceptible de convenir au calcul de ces barrages.
Mais ces staticiens hésitent à croire que cette théorie puisse s'appliquer à des cas

pratiques.

2
2 AVANT-PROPOS

On ne saurait dès lors s'étonner qu'aucun moyen effectif n'ait été mis à la disposition
de l'ingénieur pour lui permettre d'étudier le barrage en voûte en tant que structure

bi ou tridimensionnelle. Les essais tentés jusqu'ici dans ce sens (cf., par exemple, [40])
n'ont eu qu'une portée très particulière. Seul, semble-t-il, Tôlke [30] s'est inspiré de cette
théorie pour mettre au point, dès 1938, une méthode de calcul des barrages en arc. Il n'a,

cependant, guère été suivi dans cette voie, en raison, probablement, de la disproportion
entre l'appareil mathématique nécessaire et les résultats obtenus.

D'un point de vue général, on ne saurait attribuer trop d'importance au choix de


la méthode servant à contrôler la stabilité des barrages en voûte. Que l'on compare,
en effet, les barrages de divers pays, on se trouvera en présence d'un certain nombre de
« styles » bien définis. Cette ordonnance, surprenante, est l'expression d'une correspon¬
dance entre le style et la méthode de calcul. On peut alors se demander si la méthode de
calcul a été déterminée par la forme de barrage adoptée ou si cette forme est fonction
du modèle mathématique choisi. En réalité, méthode et forme réagissent simultanément
l'une sur l'autre.

Certes, l'idée que son constructeur s'est faite du comportement d'un ouvrage ne

saurait échapper à un observateur attentif de l'œuvre; mais, pour les barrages en voûte,
la conception théorique est parfois tellement apparente que l'on peut supposer que des
exigences techniques et économiques lui ont été sacrifiées.

Si, tentant de répondre à cette question, on passe en revue le développement des


méthodes de calcul, on constate, d'une part, que leur progression n'a pas été la même
dans tous les pays, d'autre part, que certains constructeurs se sont arrêtés à des phases
intermédiaires ou se servent de méthodes personnelles.
Pour l'histoire de ces méthodes, on se reportera aux ouvrages de Bazant [42] ou de
Bosshard [57]. Ces auteurs nous apprennent que les premiers constructeurs de barrages
en voûte prenaient exclusivement en considération l'action horizontale du barrage. Ils

supposaient que celui-ci se composait d'anneaux horizontaux, indépendants, reportant


la pression de l'eau aux flancs de la vallée. Pena Bœuf [39] proposait même de concrétiser
cette hypothèse en prévoyant des joints glissants horizontaux; et les prescriptions ita¬
liennes n'exigent-elles pas aujourd'hui encore une vérification par arcs indépendants?
Le calcul de l'arc lui-même présente toute une série de stades. Partant de la formule
du tube, on s'est servi de la théorie de l'arc mince, d'abord en négligeant l'effort tranchant
(Ruffieux, Môrsch), puis en tenant compte de cet effet (H. Ritter [50]). Dans l'étape
suivante, on s'est efforcé de prendre en considération la déformation du terrain de fon¬
dation, tout d'abord à l'aide de simples coefficients de réaction du sol (H. Ritter), ensuite
en recourant à la théorie élastique des demi-espaces (Boussinesq [1], Cerrutti [2],
Vogt [60]). Toutefois, ce perfectionnement ne fut pas universellement admis; ainsi en

France, ne tient-on généralement pas compte de la déformabilité du terrain [33]. Paral¬


lèlement à cette tentative s'en dessinait une autre visant à substituer les méthodes de

l'élasticité à celles de la statique appliquée (Caquot [39], R. Chambaud [37, 38],


K. Hofacker [43]).
Cependant, de nombreux ingénieurs que l'hypothèse d'arcs indépendants ne satis¬
faisait pas essayaient de rétablir la continuité du barrage dans le sens vertical.
S. H. Woodgard, H. Ritter [50], F. A. Noetzli, A. Rohn [53], A. Stucky [51], H. Juillard
AVANT-PROPOS 3

[52], C. H. Howell, A. C. Jaquith, M. Ritter [55], d'autres encore ont ainsi édifié peu à

peu la méthode dite des arcs-murs, en introduisant, outre les arcs horizontaux, des élé¬
ments verticaux nommés murs ou consoles. On répartissait alors la charge externe entre

ces éléments, en postulant une égale déflection radiale dans les points de croisement.
Par la suite, et pour tenir compte de la déformabilité du terrain, M. Ritter [55] a

élargi cette méthode qui est actuellement employée dans plusieurs pays, en Suisse

notamment.

Analogue à la précédente, la méthode de Coyne [31, 33] fait intervenir des arcs

plongeants et leur attribue une part de la pression de l'eau sur la base de simples consi¬

dérations d'équilibre. Restée en dehors de la direction générale des recherches, cette

méthode est souvent employée en France.

Dernière en date des méthodes de statique appliquée, celle du Trial Load a été mise

au point par le « Bureau of Réclamation » [54, 58] de l'administration américaine, dans


le but d'éliminer les solutions de continuité que laissait subsister la méthode des arcs-

murs, notamment dans le sens des rotations et des déplacements transversaux. L'intro¬

duction de nombreuses forces hyperstatiques a permis ainsi de rétablir l'intégrité de la


coque que constitue le barrage en voûte. En raison de sa complexité, toutefois, cette

méthode n'a été appliquée qu'à l'étude d'un petit nombre de grands barrages américains.
Un procédé d'investigation fort différent est celui des modèles élastiques réduits.
Elaboré comme moyen de contrôle, il tend à devenir une méthode plus ou moins directe

d'établissement de projets.
Ces deux dernières phases des recherches portent à penser que la solution des pro¬

blèmes posés par le calcul et la construction des barrages en voûte peut être trouvée

dans la théorie des coques, malgré les grandes difficultés auxquelles se heurte son appli¬
cation à des cas pratiques.
L'emploi de la théorie des coques d'épaisseur moyenne est un premier pas vers cette

solution; nous avons essayé de le faire, dans ce travail.


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INTRODUCTION

Le barrage en voûte est un ouvrage qui prend appui sur le fond en même temps

que sur les flancs de la vallée à barrer, et qui, en plan, est plus ou moins arqué.
Bien que relativement large, cette définition ne peut être que difficilement précisée,
du moins si l'on veut désigner par ce nom des ouvrages dont les profils diffèrent autant
que ceux des barrages de Boulder et du Vajont ou qui ferment des vallées de forme aussi
différente que celles de Rossens et du Sautet. Par ailleurs, d'autres paramètres doivent
encore être pris en considération pour définir la forme du barrage.
Dans l'intention d'établir un meilleur classement, on a proposé les notions de barrage
« poids-voûte » et de barrage à « voûte pure ». Ces dénominations sont cependant
inopportunes, car elles préjugent de la solution du principal problème posé par le barrage

en voûte, c'est-à-dire de la répartition des réactions entre le fond et les flancs de la vallée.
L'épaisseur du barrage pourrait également servir de critère de classement, sans cepen¬
dant permettre de résoudre toutes les difficultés, car si l'on convient que le barrage du
Boulder est épais et celui du Val Gallina mince, on hésite devant ceux de l'Aigle ou

de Sambuco.
Dans ce travail, nous ne considérons en principe que des barrages minces, c'est-
à-dire pour lesquels il est suffisamment exact de parler de surface médiane au regard de

la théorie de la résistance des matériaux 1. Nous dirons ainsi qu'un barrage est mince si

le rapport moyen entre son épaisseur et son rayon de courbure ne dépasse pas 0,1, et

qu'il ne l'est plus, si ce rapport atteint 0,2 (cf. le chapitre VI).


Nous n'ignorons pas ce que cette définition a d'arbitraire et d'insatisfaisant; elle
suffira néanmoins à fixer les idées. En toute rigueur, il faudrait dire qu'un barrage est

mince, si l'erreur commise en rapportant son état de déformation à celui de sa surface


médiane n'excède pas une certaine limite donnée. Mais, pour que cette définition ait un

1Pour les coques épaisses voir, par exemple, [12].


6 INTRODUCTION

sens, il faudrait pouvoir estimer cette erreur et lui fixer une limite. Ceci étant actuellement

impossible, nous devrons nous contenter de la première définition.


Le problème principal posé par le calcul d'un barrage en voûte est, nous l'avons dit,
celui de la répartition de la charge entre les flancs et le fond de la vallée. Il convient, à ce
sujet, de se souvenir que le transport des forces vers la fondation a essentiellement lieu
de deux manières. Dans le sens horizontal, le transport des charges externes se traduit

par l'action dite de voûte, c'est-à-dire par l'apparition d'un état de compression axiale.
Ce premier aspect du comportement statique du barrage en voûte est appelé « effet ou

action de membrane ». D'autre part, la charge est transportée dans diverses directions
sous l'effet de sollicitations de flexion et de torsion. C'est le deuxième aspect du pro¬

blème; nous le nommerons « effet de dalle ».

Le comportement du barrage en voûte tient ainsi, à la fois, de la membrane et de la

dalle. La coque est soumise à des flexions et à des extensions axiales. Le modèle mathé¬

matique offert par la théorie des voiles épais semble dès lors particulièrement indiqué
pour aborder ce problème. Nous justifierons d'ailleurs en détail cette affirmation au cours

du présent travail.
Dans le chapitre I, nous poserons le problème du barrage en voûte sous sa forme

la plus générale, en nous référant aux propriétés des matériaux, aux conditions d'équilibre,
de continuité, de compatibilité et aux limites, enfin aux réactions du terrain.
Dans le chapitre II, nous établirons une série d'équations différentielles pour le
barrage cylindrique, en montrant les relations qui existent entre elles.

Le chapitre III expose une méthode de résolution très générale, dite méthode de la

superposition la plus adéquate.


Dans le chapitre IV, nous généraliserons la méthode des arcs-murs pour arriver à
tenir compte de l'effet de la torsion.
Le chapitre V est consacré à des exemples numériques et présente le calcul d'un

barrage en voûte en tant que coque, à l'aide de la méthode de la superposition la plus


adéquate.
Le chapitre VI résume les résultats obtenus et tire les conclusions qui en découlent.
Dans un premier complément, nous exposons la méthode dite du blocage, qui sert

essentiellement à transformer en un problème élastique tout problème de déformation


non élastique.
Dans un deuxième complément, nous étudions l'équilibre infinitésimal d'une coque,
et présentons une généralisation des cercles de Mohr.
Le troisième complément est un examen critique de la méthode de Tôlke.
Table des notations et symboles

Symboles

x, y, z Coordonnées cartésiennes ou curvilignes.


\, 7), X, Coordonnées d'intégration.
s, n Coordonnées sur le bord d'une surface.

<p Coordonnée angulaire.


r Rayon de la surface médiane.
h =
h(x, y) Epaisseur locale.
p =
r/h Elancement d'un arc.

<J> =
a/r Demi-angle d'ouverture de l'arc.

a, P Angles sur la surface médiane par rapport aux axes.

H Hauteur totale du barrage.


2L Longueur du couronnement.

u, v, w Déplacements de la surface médiane suivant x, y, z.

s Déformation spécifique normale.

w, y Déformation spécifique angulaire.


x, t Courbure et distorsion.

a„ ixy... Contraintes normales et tangentielles (+ traction).


n, nx, ny Efforts normaux dans une coque (+ pour extension) \
t, nxy, nyx Efforts tangentiels dans une coque 1.

q, qx, qy Efforts tranchants dans une coque1.


m, mx, my Moments de flexion dans une coque 1.

m„ mxy, myx Moments de torsion dans une coque l.


N Effort normal dans un arc.

M Moment de flexion dans un arc.

Q Effort tranchant dans un arc.

H Poussée « horizontale » dans un arc.

X, Y, Z Pressions externes spécifiques suivant les axes x, y, z.

p Pression normale, externe ou interne.


E Module d'élasticité.

G Module de glissement.

[i Nombre de Poisson pour la contraction latérale (jj.< %).


D =
Eh/(l—y*) Rigidité axiale (souvent D=Eh).
K =
£fis/12 (1—[x2) Rigidité de flexion (souvent K=Eh3j\2).

1
Les majuscules correspondantes représentent des efforts agissant sur un bord libre
(couronnement).
k =
Kl Dr2 Rapport de rigidité.
7]
=
y) (...) Fonction d'influence.

Wij Coefficients de déformation des consoles.

S], Sn, n
Coefficients de déformation des arcs.

fb /n, n
Coefficients de courbure des arcs.

R (...), S (.. •) Equations algébriques.


R, F, P, Q, G Fonctions, souvent polynômes.
4> Fonction principale.
S, dS, AS Surface; élément de surface.

(B) Domaine d'intégration.


n0(x) Constante d'intégration de Tôlke (fonction).
A, B, C, Q Constantes d'intégration (ou coefficients de transformation).
Q Coefficients de superposition.
Wij, Va Coefficients de polynômes.
e Base des logarithmes naturels.
e,E Erreurs.

J, Jy .. Intégrales.
S, S;, S0 Solution générale, particulière ou initiale.

*un ••'
Coefficients de déformation du terrain.

Indices

a En général arc.

t Torsion.

m Mur (console) ou moyenne.


d Différence.

i, j, n, k, q Indices de séries.

n, k, q Puissances.

i, N, J Lieu de la déformation.

j,n Lieu de la force.

o Valeur initiale.
0 Valeur prise en un endroit particulier.
e Elastique.
E Externe.

f Fondation.

b Barrage.
Sp rt-4- *fi S|C
Valeurs transformées ou valables dans un cas norme.

x, y, z Signifie: dans la direction de x, y, z, ou concernant x, y, z, jamais


une dérivation selon x, y, ou z.

Opérateurs
(...)'= 3 (...)!dx
(...)• = a (...)!dy
D(...) Opérateur différentiel appliqué à (...).
£(•••) Opérateur différentiel pour les conditions aux limites.
Chapitre premier

LE PROBLÈME MATHÉMATIQUE DU BARRAGE EN VOUTE

A. LE COMPLEXE BARRAGE-TERRAIN

Un barrage est une construction édifiée au travers d'une vallée dans le but de créer

une retenue. Cet ensemble, c'est-à-dire essentiellement le barrage à proprement parler


et le terrain de fondation, est soumis à de nombreuses forces et influences. Parmi les

forces, il y a lieu de citer:


le poids propre,
les forces d'accélération (secousse sismique),
la pression hydrostatique (en fait le poids de l'eau),
la pression hydrodynamique (secousse sismique),
la poussée exercée par le limon,
la pression des glaces,
les surcharges accidentelles,
la sous-pression, l'eau interstitielle.
Parmi les variations linéaires de la matière, on peut nommer :

la déformation élastique,
la déformation plastique [72],
le fiuage (élasticité différée) [20],
le retrait,
les variations d'origine thermique [46, 64],
les variations d'origine hygrométrique [45, 46]1.
Il y aurait en outre lieu de considérer les états de contraintes internes dus aux procédés de

construction, aux injections ou à des précontraintes.


Tous ces effets s'appliquent avec plus ou moins d'intensité tant au barrage qu'au
terrain de fondation.

1
Une communication au Congrès des Grands Barrages de Stockholm de 1947 cite le gon¬
flement du rocher soumis à l'effet de l'eau [70]. Ainsi la vallée du Drac se serait rétrécie de 3,5 mm
au droit du Sautet [71].
10 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

A l'origine de la construction et du calcul des barrages en voûte, on admettait que


le terrain était absolument rigide et soustrait à toute influence, ou tout au moins que, si
des déformations du rocher existaient, elles étaient sans aucun effet sur le comporte¬

ment du barrage1.
Par la suite, l'augmentation des dimensions des barrages construits, l'édification
de barrages en voûte sur des terrains de plus en plus déformables, l'accroissement de la
précision des mesures et le développement des études théoriques ont montré que l'on ne

peut plus raisonnablement considérer le terrain de fondation comme insensible à la

surcharge représentée par le barrage et la retenue [49, 57].


Il résulte de ce fait que l'état de sollicitation du barrage est fonction des déforma¬
tions et de la déformabilité du terrain. Il n'est donc plus question de poser le problème
du barrage seul, mais il faut énoncer celui du complexe barrage-terrain [56].
Il est à peine nécessaire de souligner combien le problème a été ainsi compliqué;
s'il peut presque être posé dans sa généralité, il est fort loin d'être résolu. En effet, non

seulement nombre de questions relatives notamment aux variations linéaires citées sont
loin d'être élucidées, mais le manque de connaissances fondamentales s'étend à bien

d'autres points2.
Dans ce qui suit néanmoins, et pour ne pas sortir du cadre de cette étude, nous

admettrons que l'ampleur de ces variations linéaires ainsi que les lois qui les régissent
sont connues ou du moins connaissables. D'ailleurs, s'il n'en était pas ainsi, force nous

serait de les négliger.


Cette hypothèse nous permet de scinder les déformations de la matière en deux

groupes: celles qui sont réversibles et proportionnelles aux forces externes, c'est-à-dire
les déformations élastiques ; celles qui ne le sont pas et que nous appellerons déformations
non élastiques 3.

B. MODÈLE ÉLASTIQUE ET CONDITIONS INITIALES

Avant d'entreprendre une étude d'élasticité, on pourrait se demander s'il est sensé

de représenter le comportement d'un barrage en béton par celui de son modèle élastique i.
Nous admettrons dans ce qui suit qu'une telle représentation est sensée et utile, bien que

nous n'ayons évidemment pas la prétention de justifier ici cette affirmation. D'ailleurs,
selon le professeur Colonetti, l'étude du modèle élastique est utile même pour un corps
non élastique, car le comportement de celui-ci peut être obtenu par superposition d'un
état de co-action à la solution élastique [20].
L'hypothèse faite n'implique donc pas qu'il faille négliger les effets non élastiques.
Au contraire, on peut aisément en tenir compte à l'aide des conditions initiales. Nous
entendons par là l'ensemble de déformations, d'efforts et de contraintes existant avant

1
II s'agit d'ailleurs d'une opinion qui a encore des adeptes.
2
Ch. Jaeger écrit [49] : « When analysing ail the most récent studies concerned with arch
dams and considering them as a whole, it appears that the gap between the respective théories is
less important than our lack of knowledge on fundamental points. »
3
Si l'on accepte la théorie linéaire du fluage, on pourra calculer celui-ci, sous certaines
conditions, comme les déformations élastiques [20].
4
C'est-à-dire par une solution des équations différentielles d'élasticité.
LE PROBLÈME MATHÉMATIQUE DU BARRAGE EN VOUTE 11

l'application des forces externes. Pour plus de commodité dans les calculs, on pourra

ajouter à celles-ci d'autres déformations qui, en réalité, sont provoquées par les forces

(par exemple, des déformations plastiques)1. Ainsi, en partant d'une première série de
conditions initiales, on pourra effectuer un calcul d'élasticité dont le premier résultat
sera de modifier ces conditions. Par un procédé d'itération, on peut, de cette manière,
tenir compte, dans certaines limites, de déformations non élastiques, tout en n'utilisant

que les équations différentielles de la théorie de l'élasticité. L'hypothèse élastique cesse

donc d'être réalité physique pour devenir simple fiction de calcul.

Pratiquement, on peut concevoir deux procédés de calcul. Le premier, celui de la


théorie des systèmes hyperstatiques, consiste à déterminer les déformations d'un certain

nombre d'éléments supposés d'abord indépendants, et à introduire ensuite des forces


internes afin de faire coïncider leurs déformations. Le deuxième, dit aussi « procédé de

blocage », consiste à choisir, dans une première étape, un ensemble de forces externes

fictives, empêchant toute déformation due aux influences non élastiques, puis à libérer

ces forces dans une deuxième étape du calcul.

En fait, il semble bien que la méthode la plus efficace résulte d'une combinaison de ces

deux procédés, à savoir l'application du premier au terrain, et celle du deuxième au barrage.

Le problème du barrage en voûte est ainsi ramené à un problème élastique comportant

certaines conditions initiales.


D'un point de vue général, ce problème consiste à intégrer les équations différen¬
tielles d'élasticité pour un corps semi-infini, limité par la surface libre du terrain, par les

parements et par le couronnement du barrage.


Une première difficulté dans la résolution de ce problème provient de la diversité
des propriétés élastiques du rocher et du béton [45, 56]. Il est donc tout naturel de séparer,
par la pensée, le barrage du terrain et d'introduire ensuite des conditions statiques et

géométriques destinées à rétablir la continuité.

C. CONDITIONS DE CONTINUITÉ ET AUX LIMITES

1. Cas général

a. Généralités. —
La figure 1 présente un barrage en voûte avec sa surface de référence
qui sert de support aux coordonnées. Leur origine est à la clef du couronnement, x est

dirigé vers le bas, y est tangent à la dite surface, et z est la normale. Le système est droit.

1
Cf. le premier complément: La méthode du blocage.
12 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

Le déplacement de' chaque point sera donné par ses trois composantes dans la direc¬

tion des coordonnées; ainsi celui du point A (x, y, z) vers A' (x + u, y + v, z —


w)
sera représenté par les équations:

(1) dir. x:u =


u(x, y, z); dir. y: v =
v(x, y, z); dir.—z: w =
w (x, y, z).

Fig. 2.

Dans la figure 2, on a séparé le barrage du terrain et indiqué les directions positives


des déplacements et contraintes de la surface de fondation.

b. Le barrage. —
Pour établir les conditions de continuité, il faut connaître, du côté
du barrage, les contraintes et déplacements des points de la surface de fondation. En
chacun de ces points, l'état de contrainte sera défini par les trois composantes :

direction normale: ab =
<sb {x, y, z),
(2) première direction tangentielle : tx b
=
tx b (.x, y, z),
deuxième direction tangentielle: t2 b
=
t2 b {x, y, z).

Ce même point subira le déplacement suivant:

(3) «6 =
ub {x, y, z), vb =
vb (x, y, z), wb =
wb (y, x, z).

Nous avons dit ci-dessus que le problème du barrage en voûte était un problème
élastique comportant des conditions initiales. Il est donc clair que chacune des contraintes
et déformations que nous venons d'écrire comportera une part ayant trait à ces conditions,
et une autre déterminée par la solution du problème élastique. Nous nommerons ces

parts « initiale » et « élastique », et les désignerons par les indices 0


et e.
Nous aurons

ainsi :

(4) ab =
cT2,0 + abe

et de même pour ^ et t2, et

(5) ub =
ubo + ube

et de même pour v et w.

c. Le terrain de fondation. —
Le terrain de fondation est soumis à des forces

externes, à des variations linéaires et aux réactions du barrage. Les déformations et con¬

traintes dues aux deux premières causes constitueront l'état initial (conditions initiales),
LE PROBLÈME MATHÉMATIQUE DU BARRAGE EN VOUTE 13

les autres feront partie de la solution élastique. On pourra donc écrire pour la fonda¬

tion, comme on l'a fait pour le barrage:

(6) ff/ =
qy (x, y, z) =
or/o + q/e

et de même pour tx et t2, et d'autre part:

(7) Uf =
Uf (x, y, z) =
Ufo + Ufe
et de même pour v et w.

Si nous supposons calculable le déplacement en une certaine direction d'un point


(x, y, z) par suite d'une force agissant en un point (£, y), 0 de la surface de fonda¬
autre

tion, nous pourrons trouver la déformation élastique du terrain par les intégrales doubles
-1
suivantes :

(8) ufe (x, y, z)


=

( ) j Jt)„, 0/(x,y, z, Ç,Y], 0 q/e (S,7), 0 dS/


+ (s )| J"ï)k, Tx/ (*, y, Z, l, Y], 0 T]/e (?, Y), QdS/
+ (j ) J |y)„ ,r2/ (X, V, Z, £, Y), 0 T2/e (£, Y), 0 dS/
et par deux autres expressions semblables pour Vfe et wy<>.
La fonction r)u,af (x,;v, z,\,t\,0 exprime, par exemple, le déplacement du point
(x, j, z) dans la direction m par suite d'une contrainte unitaire agissant au point (£, yj, 0
dans la direction de a. En fait, c'est une fonction d'influence pour une déformation qui
n'est autre qu'une intégrale particulière des équations d'élasticité, c'est-à-dire une

fonction de Green [43].

d. Les conditions de continuité. —


Ces conditions concernent la continuité statique
et géométrique qui doit exister entre le terrain et le barrage; elles consistent à égaler les
sollicitations et déformations finales des éléments en contact sur la surface de fondation.

On aura donc pour la continuité statique:

(9) <Ti =
or/, Tl6
=
T-l/, T2J
=
T^

ou, en tenant compte de (4) et (6):

(10) _
Gto + Obe =
Ofo + Ofe

et de même pour tx et t2.

Il est clair que l'on dispose d'une certaine liberté dans le choix des conditions

initiales. Il est par exemple possible d'introduire certaines forces fictives sur la surface

de fondation, à condition, bien entendu, de considérer que les déformations corrélatives

du terrain sont données par (8). En pratique, on aura avantage à choisir les contraintes
initiales égales pour le barrage et le terrain, afin que (10) puisse être simplifié et devenir:

01) Gbe =
<*fe
et de même pour tx et t2.

1
Où la sommation s'étend à toute la surface de fondation.
14 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

Pour la continuité géométrique, on aura :

(12) ub =
uf, vb =
Vf, wb =
wf,

ce qui, compte tenu de (5) et (7), devient:

(13) Ube —

Ufe
=
Uf0 —
Ub0 = û

et de même pour v et w, où u tient compte de la déformation initiale du barrage et du terrain.

Notons que si (9) est toujours satisfait, il peut arriver que (12) ne le soit pas, en

raison de décollements et de glissements possibles sur la surface de fondation. Il est

évident que la validité de cette équation peut être rétablie en introduisant ces glissements
et décollements dans les conditions initiales, si toutefois ils sont connus.

On est ainsi en droit de considérer les conditions de continuité comme toujours


satisfaites.

e. Conditions aux limites. —


Elles peuvent être énoncées en disant que les contraintes

sur les surfaces libres du terrain et du barrage doivent être égales aux pressions externes,
et que contraintes et déplacements doivent tendre à s'annuler avec la distance au barrage.

2. Cas du barrage mince

a. Généralités. —
Ainsi que nous l'avons dit dans l'introduction, nous entendons

par barrage mince un barrage pour lequel il est sensé de parler d'une surface médiane,
définie comme la surface équidistante aux deux parements1. Il est clair qu'il suffit dans

ce cas d'étudier le comportement de la surface médiane pour connaître celui du barrage.


Le problème perd ainsi une dimension, mais reste identique à lui-même, si bien qu'il
nous suffira d'indiquer les formules qui se substituent à celles du paragraphe précédent.
On a évidemment z = 0.

b. Conditions de continuité. —
La figure 3, analogue à la figure 2, permet d'établir
ces conditions. On voit que la surface de fondation est réduite à une ligne définie par :

(14) *(x,y) = 0.

Sur cette ligne, il est utile d'introduire une abscisse curviligne s et sa normale n.

Les efforts agissant sur la ligne de fondation, qui doivent être substitués aux

contraintes a, tx et t2 du paragraphe précédent, sont:

n {s), l'effort normal par unité de longueur (effort spécifique),


t (s), l'effort tangentiel spécifique,
q (s), l'effort tranchant spécifique,
m (s), le moment de flexion spécifique,
mt (s), le moment de torsion spécifique.
La figure 3 en indique le sens positif.
1
II est donc tout naturel de choisir cette surface comme support des coordonnées. Il sera

souvent question de surface médiane développée, ce qui n'a littéralement de sens que si celle-ci
est développable. Dans le cas contraire, nous maintiendrons l'expression pour désigner une
représentation plane de la surface médiane.
LE PROBLEME MATHEMATIQUE DU BARRAGE EN VOUTE 15

Forces Déformations
8

rerra/n
'
%A
?

v>

ôarrage
Fig. 3.
Surface médiane développée.

A la place de (4), nous aurons ici, pour le barrage, les relations :

(15) nb =
né (s) =
ni0 + Hfe

et de même pour tb, qb, rtib et m,,b- Pour le terrain, (6) est remplacé par:

(16) w/
=
«y (s) =
n/0 + nfe

et de même pour //, q/, m/, mt,f.


En chaque point B (s) de la ligne de fondation, la surface médiane subira un dépla¬
cement donné par les composantes u (s), v (s) et w (s) de translation, ainsi que par la
rotation de la normale interne autour de la ligne de fondation; cette rotation sera égale
à dwjdn =
w„.

Pour le barrage, les déformations pourront encore être calculées par:

(17) ub (s) =
ub =
ub0 + ube

et de même pour vj, Wb et w„,b- Celles du terrain, par:

(18) Uf(s) =
Uf= Ufo + Ufe

et de même pour v/, w/et w„,f, dans lesquelles les déformations élastiques sont exprimées
en fonction des forces agissant sur la ligne de fondation par les formules suivantes qui
remplacent (8) :

(19) ufe (x, y) =Rjt\u, nf (x, y, \, rj) nfe (£, 7]) ds + R\riUt tf (x, y, l, 7)) tfe (&, 7]) ds

+R JïJb, qf (x, y, \, Yj) qfe <&, Y)) ds + Rlr\u,mf(x, y, \, 7]) mfe (£, 7]) ds
+jj J?k mtJ,X,y, l, 7)) m,je (£.7)) ds,

où R (x, y) = 0 et R (£,, tj) =0. Des expressions semblables sont valables pour v/e, w/e

et w„t fe. Les fonctions tj sont analogues à celles de la formule (8), mais elles ne concernent
que la ligne de fondation.
16 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

Avec ces données, on peut établir les conditions de continuité qui tiennent lieu

de (9) et (12).

(20 a) nb =
nf, tb =
tf, qb =
qf, mb =
mf, mt, b
=
mt,/,

(20 b) ub =
uf, vb =
Vf, wb =
w/, w„t b
=
wn,f. (R (x, y) =
0)
Si, comme auparavant, on a eu soin de choisir les efforts initiaux égaux pour le

barrage et le terrain, (20 a) devient à l'aide de (15) et (16):

(21) nbe =
nfe

et de même pour t, q, m, mt, alors que pour les déformations, on trouve, en utilisant

(17) et (18):

(22) ub0 + ube =


ufo + ufe
ou

Ube —

Ufe
=
Uf0

Ubo =
U,

et de même pour v, w et w„ sur R (x, y) =


0, z = 0.

La continuité est donc assurée ici par les cinq conditions (21) et les quatre condi¬
tions (22).

c. Conditions au couronnement. —
Dans le cas du barrage mince, les conditions
aux limites ne concernent que le couronnement et non les parements, car les équations
différentielles tiennent déjà compte des pressions agissant sur ceux-ci. Les conditions le

long du couronnement seront étudiées dans le chapitre II.

D. LA DÉFORMABILITÉ DU TERRAIN

1. Généralités

S'il est aisé d'écrire d'une façon générale des conditions qui tiennent compte de la
déformation du terrain, il n'est actuellement pas possible de les satisfaire exactement.
En effet, les fonctions i\ qui figurent dans (8) et (19) sont des intégrales particulières des
équations d'élasticité pour le terrain. Or ces fonctions sont déterminées par la forme de
la surface libre du terrain non seulement au droit du barrage, mais aussi à l'amont et à

l'aval de celui-ci. On conçoit dès lors les difficultés que présente en général leur calcul;
on ne saurait donc s'étonner qu'elle n'aient été calculées, sauf erreur de notre part, que

pour un demi-espace limité par un plan (cf. [1, 2, 60, 57]), ni qu'on se soit contenté

d'approcher en chaque point la surface de fondation par le plan tangent, en choisissant


convenablement une surface fictive de charge. Souvent, sinon toujours, on a admis aussi

que les déformations en un point donné ne dépendent que des forces qui agissent en ce

même point [54, 55, 57]. On justifie généralement cette deuxième simplification en invo¬

quant la lente variabilité des efforts le long de la ligne de fondation. On arrive ainsi à ne
LE PROBLÈME MATHÉMATIQUE DU BARRAGE EN VOUTE 17

considérer que les déformations au droit de la surface médiane, à se placer dans le cas

du barrage mince, et à substituer à (19) l'expression suivante1:

(23) ufe (x, y) =


TUf nf (x, y) nf (x, y) + TUi
.
tf (x, y). tf (x, y) + Tu> qf
(x, y). qf (x, y)

+ TUt mf
{x, y).mf{ x, y) + TUi mtJ{x, y). m,tf(x, y)
et de même pour v, w et wn.

En réalité, cette deuxième hypothèse semble admissible, car, sous sa forme générale,
le problème mathématique serait, sans elle, extrêmement compliqué. II consisterait
dans la résolution des équations différentielles du barrage avec des conditions aux limites
de forme intégro-différentielle. En effet, si l'on exprime dans les relations (8) les contraintes
sur la surface de fondation par les déformations du barrage et leurs dérivées, on obtient
bien des relations intégro-différentielles entre ces déformations et leurs dérivées. Si, au

contraire, on se contente de l'approximation habituelle, on trouve des conditions de


continuité qui ont la forme de relations algébriques entre les déformations et leurs dérivées.
Selon que l'on voudra ou non accepter la deuxième simplification, on emploiera
l'un ou l'autre des deux procédés exposés ci-après.

2. Le calcul par itération

Si l'on ne veut pas accepter les simplifications qui viennent d'être mentionnées, et
que l'on veuille traiter le problème d'une manière plus théorique peut-être, mais plus
générale et plus exacte, on doit recourir au calcul par itération.
Cette méthode consiste à choisir, d'abord plus ou moins arbitrairement, les défor¬
mations de la surface de fondation et à résoudre les équations différentielles du barrage
pour ces conditions aux limites. On calcule ensuite les efforts internes du barrage au

voisinage de la fondation; on satisfait les conditions de continuité statique en appliquant


au terrain ces efforts; puis on détermine à l'aide de (8) ou (19) les déformations sub¬
séquentes de celui-ci. Ces déformations formeront la base de départ d'une nouvelle étape
de l'itération. Ainsi, en considérant successivement l'un et l'autre groupe des conditions
de continuité, on s'approchera de la solution finale.
On voit donc que le problème se réduit à résoudre les équations différentielles du

barrage pour des déformations imposées sur son pourtour, et à calculer les déformations

du terrain sous l'action de forces connues.

A un autre point de vue, et en se référant à la partie B du présent chapitre, on peut


dire que le procédé consiste à rejeter chaque fois les déformations élastiques du terrain

parmi les conditions initiales, et donc à les modifier à chaque étape du calcul.
On peut se faire une idée de la convergence de l'itération en étudiant un arc indé¬

pendant élastiquement encastré (cf. chapitre V, partie A). On verra que la qualité de
celle-ci diffère considérablement d'un cas à
dépend un autre et de nombreux facteurs.

Ainsi, le calcul d'un arc mince, de grande ouverture, fortement encastré, converge mieux

que celui d'un arc épais, de petite ouverture et peu encastré.

1
Les coefficients Tu, nf.... Twn, m, r ont été calculés par plusieurs auteurs [54, 55, 57, 59, 60].

3
18 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

Malgré son intérêt théorique, la méthode de l'itération ne semble guère destinée à

des applications pratiques, en raison surtout de l'importance du travail requis. Néan¬


moins, la théorie exposée au chapitre lit pourra s'en accommoder sans difficulté.

3. Vartifice de Vogt

L'influence de la déformabilité du terrain sur le comportement du barrage est

indéniable, mais nombre d'hypothèses doivent être faites pour pouvoir en tenir compte.

Or celles-ci influent sur la précision des résultats; par ailleurs la connaissance des carac¬

téristiques du terrain est elle-même incertaine. Il semble dès lors loisible d'admettre, pour
un barrage mince, que les déformations en un point de la ligne de fondation ne sont fonc¬

tion que des efforts agissant en ce même point. Pour exploiter cette simplification, un

procédé très intéressant est l'artifice de Vogt [60].


Celui-ci suppose qu'il est possible de calculer un barrage en voûte encastré élasti-

quement dans le terrain comme s'il l'était totalement à une certaineprofondeur sous la
surface réelle de fondation. Il s'agit alors de déterminer cette profondeur, de sorte que la
déformabilité de l'élément fictif ajouté au barrage corresponde à celle du terrain. Or le
terrain est soumis à diverses forces, et ses déformations ont lieu suivant plusieurs direc¬
tions. Il ne sera donc pas possible de satisfaire à toutes les conditions d'égale rigidité par
le choix d'une seule profondeur d'encastrement. Par contre, il est possible de généraliser
l'idée de Vogt, et d'admettre, pour chaque condition d'encastrement, une profondeur
appropriée. Rien ne s'oppose, non plus, à ce que les rigidités à la compression et à la
flexion de l'élément ajouté ne soient pas en relation directe avec les rigidités corres¬

pondantes du barrage au droit de la fondation, et même à ce que ces deux rigidités ne

soient pas dans le rapport donné par la résistance des matériaux.

u- o-^..
y ^ (*. v)*°
%'<>,*>„ ky)-o- fV-0

f» ky) '0

Fig. 4. b.

La figure 4 indique plus clairement ce que nous venons de dire. Si a est la profondeur
du prolongement fictif, nous admettrons qu'il est possible de représenter le comportement
du barrage élastiquement encastré, en supposant:
1° le déplacement u nul à une profondeur au,
2° le déplacement v nul à une profondeur a„,
3° le déplacement w nul à une profondeur aw,
4° la rotation dw/dn nulle à une
profondeuraW/!,
et en attribuant à ces prolongements une rigidité adéquate (fig. 4a).
LE PROBLÈME MATHÉMATIQUE DU BARRAGE EN VOUTE 19

La figure 4b montre la surface médiane développée, sur laquelle ces diverses condi¬

tions sont représentées par les lignes Ru (x, y) =


0, Rv (x, y) =
0, Rw (x, y) = 0 et

Rw (*» y) =
0, la ligne réelle de fondation étant R (x, y) = 0.

Il va de soi que la détermination de ces diverses profondeurs devrait faire l'objet


d'une étude approfondie, mais celle-ci sortirait du cadre de ce travail.

Notons, pour terminer, que la méthode exposée dans le chapitre III s'accommode

fort bien de ces différentes profondeurs, et que, pour l'exemple numérique étudié, nous

avons adopté une profondeur unique afin de limiter l'ampleur des calculs.
Chapitre II

LES ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES DES COQUES

Dans le chapitre précédent, nous avons fait allusion aux équations différentielles
des coques. L'objet du présent chapitre sera de les étudier en vue de leur application aux

barrages en voûte minces. Nous commencerons ainsi, en suivant Love [13], par exposer
la théorie des coques sous sa forme la plus générale, dans l'état actuel de nos connais¬
sances. A partir de ces résultats, il sera aisé de dériver, par simplifications successives, de
nombreux systèmes différentiels dont quelques-uns ont été établis directement par divers
auteurs en partant d'autres considérations. Nous nous limiterons cependant au cas du

barrage cylindrique, car il présente un intérêt pratique certain et n'implique pas de déve¬

loppements mathématiques exagérés, ce qui est une condition essentielle pour les appli¬
cations pratiques.

A. THÉORIE MATHÉMATIQUE GÉNÉRALE

Love établit des relations très générales pour les coques d'épaisseur moyenne en se

fondant sur la théorie mathématique des surfaces, et en faisant principalement les


hypothèses suivantes:
1° le comportement de la coque est élastique,
2° les déformations sont petites par rapport à l'épaisseur et par rapport aux rayons,
3° on peut exprimer les contraintes en termes allant jusqu'à la deuxième puissance
de la variable z (normale à la surface médiane),
4° la contrainte de compression normale (cz) est nulle sur les deux faces de la coque,

5° les produits des déformations entre elles et avec leurs dérivées sont négligeables,
6° les déformations par effort tranchant sont négligées.
Ces hypothèses appellent quelques remarques. Il est clair d'abord que l'hypothèse 4°
n'offre aucune difficulté pour les voiles minces servant de toiture, car la charge principale
LES ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES DES COQUES 21

est leur poids propre qui agit dans la masse du voile. Par contre, on pourrait penser que
cette hypothèse n'est plus admissible pour les barrages qui doivent supporter sur le pare¬
ment amont des pressions assez élevées. En réalité, il faut considérer que, conformément
à la théorie de la sous-pression et de la percolation, seule une petite part de la pression
hydrostatique est appliquée sur le parement, le reste agissant comme force massique à
l'intérieur du béton. D'autre part, il faut garder présent à l'esprit que, dans le cas des
barrages minces, il n'y a pratiquement aucune différence à appliquer la force externe dans

la masse plutôt que sur le parement; cela est d'autant plus exact que le coefficient de
Poisson est petit, comme c'est le cas pour le béton. La méthode du blocage permettrait
d'ailleurs d'éliminer, s'il le fallait, cette légère inexactitude.
Ainsi, l'hypothèse 4° ne soulève pas de difficultés. Des autres hypothèses, seule la

dernière peut entraîner quelques imprécisions dans le cas des barrages en voûte, puisqu'il
ne s'agit plus de voiles très minces. Mais il semble actuellement impossible de s'en
passer.

L'appareil mathématique mis en œuvre par Love étant relativement considérable, nous
nous bornerons ici à mentionner les principaux résultats obtenus par cet auteur1.

Considérons la surface de la figure 5. a =


const. et (3 =
const. sont les lignes ortho¬
gonales de la courbure principale, a et p définissent le point 0. Soit (x, y, z) un système
local droit de coordonnées tangent aux lignes de courbure, tel que x et a d'une part,

y et p d'autre part croissent en même temps. Nous avons donc:

(24) * =
jc(ocP), j>=v(a,(3),
d'où:
d x dy
~
=
A(m,% —
=
£(«,p),
o a o p

où A et B désignent deux fonctions positives. Les rayons de courbure principaux sont Ri


et R2 ainsi que l'indique la figure 5.

1
Cf. Love [13] p. 515 et suivantes. La notation et le signe de diverses grandeurs ont été modi¬
fiés, de façon à éviter des confusions et à rendre possible la comparaison avec la partie c du
chapitre II.
22 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

Choisissons d'autre part un système droit de coordonnées fixes (x, y, z) et soient

enfin lly l2, l3, mu w2, «3, «1, «2. n3 les cosinus directeurs du système (x, y, z) local par

rapport au système fixe (x, y, z), définis par le tableau suivant:

X y z

x k rrix «1
(Tableau I)
y k m2 «2

z h «3 «3

Chacune de ces valeurs est le cosinus de l'angle formé par les directions positives
considérées.
Dans la déformation, chaque point subit le déplacement :

(25) u (a, (3), v (a, (3), w (oc, [3)

dans le sens respectif de + x, + y et —


z. Love établit les relations suivantes entre ces

déplacements et les extensions et les courbures de la surface qui sera, dans notre cas,
la surface médiane de la coque:

1 du dA w

si = —

^ +Y ~r^ tv +
aJol ABd (3

1 3 v u dB w

1 9 v 1 du u d A v d B
G)
y
=

(26) ;I 9~ôc ~AB~d~Ç> a~bT«.'

1 9 1 dw u\ 1 dA 1 9w

A 9 a (- Ado. ~RJ
+
A~Bd~$ 'ïip
+
.)
1 3 1 d 1 35 1 3

(-
w v Vf M
x,= +
ï? 3~(3 ABd a.

19/ 13» v \ î dAdw 13v


T = + +
^4 Tu. \ B~ 3~]3 ^2/ ^B9~p 9^~ Z^9^'

Dans ces équations, £j et e2 sont les extensions de la surface dans les directions x et y;

<ï> est la variation de l'angle CCx) (fig- 5d); xt et x2 sont les variations de courbure pour
les directions x et y (fig. 5b) ; enfin t est la distorsion de la surface.

D'autre part, Love exprime les dilatations et les glissements en un point quelconque
du volume de la coque à l'aide des déformations de la surface médiane. Les relations en

question ont été obtenues en négligeant les termes en z supérieurs à la deuxième puissance :

Xt [L n
(xx + x2)
(27) Sx = E _
Z x _
Z2 —
_

/?! 2 (1 —

fA) Ri
LES ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES DES COQUES 23

X2 [X (X-i + X2)
(27) zy
=
e2_zx2-z2 -

z*
^—
-

-j~,

Par la loi de Hooke, Love obtient ensuite les contraintes à partir de ces déformations,

en tenant compte de la contrainte normale az nécessaire à l'équilibre infinitésimal:

E (x
(28a) ax =
(e, + p,)+ az,
1 —

|X2 1 —

[X

E [x
(28b) ay
=
(ey + ;x e,) + <tz,
1 —

[X2 1 —

(X

E /A2 \ /xx + ix x2 x2 + ix xx\

(28d) -Zxy =
!>, =
Gyxy.
Les contraintes de cisaillement xxz et t^ ne peuvent être calculées en fonction des déforma¬

tions, puisque, par hypothèse, elles n'en produisent pas. Il en est de même de qx et qy.
A partir des contraintes, on trouve les efforts spécifiques réduits à la surface médiane
par:

A/2 A/2

ny =
I o> ( 1 —

I dz,

A/2 —A/2

A/2 A/2

*,-f XxyY~~lïJ dz' nyx=


! '*xy\~"Rj dz'

A/2 —A/2

A/2 A/2

(
(29) qx=
j ixz 1 —

jj dz, qy = I Tw(l ——

Jdz,

A/2 —
A/2

A/2 A/2

I ( (
* =
ax z 1 —

j dz, Wy
= I ay z 1 — —

j dz,

A/2 —A/2

A/2 A/2

Txyz(l—~)-Jdzl -cxyz(
myx=J\
mxy= I dz, myx
= 1 —

) dz.
^z(l-|
A/2 —A/2
24 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

On a ainsi les deux efforts normaux, les deux efforts de cisaillement, les deux efforts

tranchants, les deux moments de flexion et les deux moments de torsion pour les directions

locales x et y. La signification de ces efforts et leurs sens positifs sont indiqués par la

figure 6. X, Y, Z sont les composantes de la pression externe réduite à la surface médiane.

Si l'on introduit maintenant (27) dans (28), on peut exprimer les contraintes en

chaque point du volume de la coque par les déformations de la surface médiane. En

reportant le résultat dans (29) et en effectuant les sommations, on trouve pour les efforts

nx, ny... myx des expressions où ne figurent que les déformations de la surface médiane
et les caractéristiques locales de la coque:

nx = D (Ej + [x Ej) + K x, —


2(1 —(A) \R! R2

V- Xi 4 [x x2 x2 + [i. *i

1-[X *i R*

1 y-
D (e, + fx ex) + TsT ii -- '
(Xi + x2)
Ri 2 Cl—jx) Rt R^I
'Xj + [X X2 X2 + (X X,

1-(X *1 tf2

D
(30) nx d |l)û) + A-(l —{!)--
._JC(1_|i)t(_ +
_

K2

D 1 /l 1
nyx =
-

(1 ji)<o + K(l —

(x) __*(1_,)t_+-
*i

mx K Xi Fî (Ex + (X£2)
R2

1
/«y = —K X2 + [X Xx + (S2 + (XEj)
*~i
co

mxy = —

K(l —

(x) t +
2~T2
w
=
—tf(l—|i) T +
2~)71
.

Dans toutes ces expressions, on a

D=Eh/(l —

(x2)
et
iî: = £ A3/i2 (i —
Lt2)

qui sont les rigidités de la coque envers des sollicitations axiales et de flexion.
Considérant l'équilibre des forces et des moments autour du point 0 à l'aide de la

figure 6, Love établit les relations suivantes:


LES ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES DES COQUES 25

9 (nx B) 9 (nyx A)
(31a) ,
+ —^ (r1nxyB + rinyA) + (q1qxB+ q2qy A) + A BX =
0,
9a
dp

9 (« B) 9 (ny A)
(31b) —

+ —~-

{Px qxB + p2 qy A) + (n nxB + r2nyxA) + ABY=0,


9a dp
9 (qx B) d(qy A)
(31c) „__
+ —^ («x nxB+q2 nyx A) + (pt nxy B + p2ny A) + A B Z =
0,
9a 9(3

9 (m B) 9 (m, ^4J
(31d) —^— +—^—+ (m^Br1 + /wJw^/-2) —^5^ =
0,
9a 9(3

9 (w* B) 9 (myx A)
(31e) —

+ ————(mXyBri + myArà —

qxAB =
0,
9a dp

(31f) m* Bp± + myAq2 + mxy Bqy + myxAp2 + (nxy —

nyx) AB=0

qui expriment l'équilibre des forces selon les directions x, y et z, et l'équilibre des moments

autour des axes x, y et z. Les coefficients figurant dans ces formules peuvent être calculés
à partir des cosinus du tableau I à l'aide des relations:

9 /2 Sfflj 9 n2
Pi =
'»r + m3^,—^n3^~>
ou. ou. o a

9 4 9 7772 9«2

9 /j 9m3 9 «3
01 =
4 J" + "h h «i —,
(32) 9 a 9 a ou.

9 4 9 tm3 9 «„

9 4 9 TWj 9 «!
^1 =
4â r- w2- 1- n2—~,
0 a 9a oa

9 4 9wi 9 «!
26 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

Les diverses relations que nous venons d'écrire suffisent pour établir les équations
différentielles des coques. En effet, (26) définit les déformations spécifiques en fonction
des déplacements u, v, w. (30) donne les efforts internes (à l'exclusion des efforts tran¬

chants) en fonction de ces déformations. Enfin (31) relie les divers efforts entre eux.

Il s'agit donc d'éliminer les efforts tranchants entre les équations (31), d'introduire dans
les relations ainsi obtenues les valeurs (30), enfin de remplacer les déformations par les

déplacements à l'aide de (26) en tenant compte de la variabilité de D et K. Dès lors, il ne

subsiste plus que trois équations ne contenant que les déplacements, les caractéristiques
de la coque et les charges externes. Ce sont les équations différentielles générales cherchées1.
Pratiquement, ces calculs se révéleraient cependant assez complexes, de sorte qu'il
convient dans chaque cas de recourir à (26), (30), (31) et (32) et d'en tirer directement les

équations différentielles particulières.


Les conditions aux limites concernant la ligne de fondation ont été considérées dans

le chapitre précédent. Love donne les conditions suivantes pour le couronnement; elles

ne sont d'ailleurs valables que si celui-ci est une ligne de courbure principale:

(33) nx =
Nx, mx =
Mx, nxy

mxy\r =
Nxy —

Mxy/r,
qx + dmxyjdy =
Qx + d Mxyjdy. (x =
0)

Elles expriment l'égalité des forces internes et des forces externes. L'avant-dernière
condition est de Basset [13], la dernière de Kirchhoff [11].

B. APPLICATION AU BARRAGE CYLINDRIQUE

En suivant Love, nous venons de dériver les relations fondamentales valables pour

les coques dans le cas le plus général. Nous pouvons maintenant les spécialiser en les

appliquant au barrage cylindrique et établir les équations différentielles relatives à ce cas.

y y Pr/1
a. Fig. 7. b.

La figure 7 représente une partie de la surface médiane d'un barrage cylindrique,


c'est-à-dire d'un barrage à courbure simple et constante. Les directions de courbure

principale coïncident avec les génératrices et directrices. Le rayon est r.

1
On notera que les inconnues du problème sont au nombre de cinq, à savoir les trois dépla¬
cements et les deux efforts trancliants, alors qu'il y a six conditions (31) à satisfaire. Mais la
contradiction n'est qu'apparente, car (31 f) est identiquement satisfait par (28 d).
LES ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES DES COQUES 27

Chaque point de la surface sera repéré par les valeurs a et P des coordonnées cylin¬

driques définies comme distance au couronnement et comme angle de longitude. En


chaque point A déterminé par <x0 et p\„ nous devons introduire un système local (x, y, z)
conformément à ce qu'indique la figure 7. Nous choisirons encore le système de coor¬

données fixe (x, y, z) tel que x soit porté sur l'axe du cylindre, et que y et z soient deux

rayons dans le plan du couronnement. Nous admettrons que z passe par l'origine 0 des

coordonnées cylindriques.
La relation entre les coordonnées cylindriques et les coordonnées locales est donnée
par:

x =
a. —

a.0, y =
$r —

(30 /-.

A l'aide de (24), on trouve aussitôt:

(34) A = 1 =
const., B =
r =
const.

Par ailleurs:

l/i?j =
0, R2 =
r =
const.

Par la suite, les dérivations selon x seront toujours désignées par un accent et celles

selon y par un point; ainsi:

9 (...) 9 (...) 9 (...) 9 (...)


(35) ——
= ——
=
(...)', ——-
=
r ——
=
r (...)•,
9a d x '9(3 dy

Avec les axes qui viennent d'être fixés, le tableau des cosinus directeurs devient:

X y z

X 1 0 0

y 0 cosP sin{3
z 0 —sin(3 cosp"
(Tableau II)

A partir de ces valeurs et en appliquant (32), on trouve:

(36) px =
qx =
?2
=
n =
r% =
0, p2 =
1.

Si l'on introduit dans (26) ces diverses valeurs, on obtient:

Si =
u', sa = v + >f /r, o =
«• + v',
(37)
Xi = —
ve", x2 = —
Vf" + v/r ,
t = —
w'- + v'/r.

En reportant ces valeurs dans (30), on aura les efforts réduits à la surface médiane en

fonction de ses déformations:


28 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

K -
2 + 2 ;x + 3 ;x!
nx = D («' + [x v + [x w/r) + -

+ w"
2(1-^0

+ w
/V(2+n)\_ v; /[x (2 + [t)\-j
V 2 (1 (x) ^ rV2(l-(i)/J*

K (2 + fx) \
ny D (v + |x u' + w/r) + + w
\L)J

2 (1 -

|x(l+2fx)\ v/(2+[A)
+ w"
2 Cl —

(*) / r\2(l—(i)
v'\
D

i» A / w'-
(l-[x) (/ + „•) + -(!- fx) I +
nxy
-J,
= -

(38)

D K I w'- v'\
n.yx- (1—1*) (/ + u-)-- (1 -

|i) + -

,
2 2 \ r r2/

2 y. v u' [X w

mx —

K\w"+\xw r2
r r

r\
mv Kl w + [x w"
r/'

3v'
mxy =
K(l-y.) [W- —
-—

2a- 2/-/'

myx = X (1 —
|x) w'-

Les conditions d'équilibre sont obtenues en simplifiant (31) à l'aide de (34), (35) et (36);
les trois premières relations sont relatives aux forces; les trois suivantes, aux moments:

(39a) "x + Hyx + X^ 0.

(39b) n'Xy + ny —

qy\r + Y =
0,

(39c) Qx + n'y + «y\r + Z =


0,

(39d) m'Xy + m'y Çy


=
0,

(39e) m'x + rriyX —

qx =
0,

(39f) myx + (nxy —

nyx) r = 0.

La dernière égalité est encore identiquement satisfaite. On s'en aperçoit en y introduisant


les expressions (38) pour les efforts de cisaillement et le moment de torsion myx. Il n'y a

donc pas lieu de la prendre en considération.


LES ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES DES COQUES 29

En éliminant les efforts tranchants des cinq relations qui restent, on trouve les trois

équations qui relient les forces externes aux efforts internes de l'effet de membrane et de
l'effet de dalle:

(40a) nx + n'y. + X =
0,

(40b) n'y + n'xy —


n
;> —

m'xy\r + Y =
0,

(40c) riyjr + my + m'x' + m[y + my'x + Z = 0.

Il ne reste donc plus qu'à y introduire les expressions (38) relatives aux efforts internes

(en considérant qus D et K sont variables) pour obtenir les équations différentielles de
la coque cylindrique qui peuvent être écrites comme suit:

(1 —

fx) (1 —

fx)
(41a) (D u'Y + (Du-)- +y.(D v)' + (D v')'
—y- —^-

[liyL + DiKvY (l-y.)(.Kvy y.


W)
2 (1 —

fx) r2 2 r» r

(-2 + 2[l + 3[l*)(Kw"Y (2fx+fx2)(tfvv)' (Kw'-Y


H •" T7i 1- (1 (a) + X =
0,
2T7i

—i
^ 2
^
(1

r (1

fi.) r 2r
;x)

(1 —ii)
(1 —
IX)
—£-
(41b) (x (D «')• + (D u-Y + -~

(K u-Y + (D r)-
2 2r2

(1 —

fx) 3 [X (K v')'

(Dw)- fx(4fx—1) 3fx* 3(1-a)


+ + "77 AKWJ+ (Kw-y K-~^-(Kw'-Y+ Y=0,
r 2 r (1 —

fx) 2 r (1 —

fx) 2 r

u' (KuT <\—V),v ,^>v- (2+fx)tfv


r (A»" 2(J>)"
/tt ^ v
(41c) jxZ) (Ku-Y- + -

r r 2/- /• 2 (1 —

fx) r3 r r

5(1 —ix) £w> (2+ ix) Kw fx(l+2fx) Zw" jx


(KvJ-
y ' + + -

+ — -

(Kw)"
2r r2 2 (1 —

jx) z-2 2 (1 —

jx) r2 r2

+ (K w)- + [i(K w")~ + (K w'J' +\i(K wY' + 2 (1 —

jx) (K >/•)'• + Z =
0.

Ces équations sont trop compliquées pour que l'on puisse les appliquer directement au

calcul des barrages. Par la suite, on verra comment on peut les simplifier convenable¬
ment, mais on peut déjà vérifier qus, pour des cas spéciaux, elles donnent bien les

expressions connues.
30 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

Ainsi, en faisant K =
0, on retrouve les équations différentielles de la membrane;
si, au contraire, on fait \\r =
0, on aboutit aux équations différentielles valables pour la
dalle d'une part, pour l'état plan de contraintes d'autre part.

Si un doute subsiste quant à la signification et au sens des divers symboles que nous

avons introduits, que le lecteur veuille bien se reporter à la figure suivante.

*
/ Moments

Fig. 8.

C. SIMPLIFICATIONS DES ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES

1. Les équations différentielles de Fliigge

La voie que nous venons de suivre pour établir les équations différentielles de la
coque est sans doute parfaite du point de vue mathématique, mais elle présente l'incon¬
vénient de ne pas permettre à l'ingénieur d'apprécier l'importance des simplifications
faites, ni de se rendre compte clairement et intuitivement du comportement statique de
la coque. Pour ces raisons, les méthodes directes d'établissement des équations diffé¬
rentielles sont très utiles, d'autant plus, peut-être, qu'elles mènent à des expressions

approchées plus simples.


Ainsi Flûgge [8] a indiqué une méthode fondée sur des considérations statiques et

géométriques pour dériver les équations différentielles de la coque cylindrique. On peut


LES ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES DES COQUES 31

considérer que celles-ci représentent la première étape de simplification des équations

générales (41).
Un excellent exposé des développements de Flùgge se trouve aussi chez

Girkmann[14]; nous y renvoyons le lecteur désireux d'approfondir cette question.


Toutefois, nous ne pouvons, comme ces auteurs, supposer l'épaisseur de la coque cons¬

tante, puisque nous avons à faire à des barrages en voûte dont l'épaisseur général est en

variable. Nous avons donc dû reprendre la dernière phase des calculs de Flugge, et nous
en donnons ci-après les résultats.

D'après Flugge, les efforts internes de la coque peuvent être calculés à l'aide de:

nx = D («' + (x v + fx wjr) —
K w"/r,

ny = D (v + w/r + fx u') + K(w~ + w/r2)lr,

nxy
=
y2 d -

|i) D (u- + v') + y2 (1 -

ii) K (v'/r -

w'-)jr,

nyx
=
y2 (1 —

fx) D («• + v') + V2 (1 —

li)K(u-lr + w'-)/r,

(42) mx = K (w" + jx w —

u'jr —
u. v/r),

my
=
K(w + w/r2 + y. w"),

mxy={\-\L)K(w'- —

v'lr),

myx
=
(\ —

\l)K {w'- + wjlr —

v'jlr).

Il est clair que les efforts tranchants ne peuvent être obtenus qu'à partir des conditions
d'équilibre (39d et e).
Si nous comparons les expressions (42) aux relations correspondantes de Love (38),
nous voyons que Flùgge ne néglige que des termes de second ordre n'intervenant

qu'à travers l'effet de Poisson. Il suffit en effet de faire [x = 0 pour que les deux systèmes
coïncident presque totalement. Une seule différence subsiste dans certains termes en

«• et v'; elle peut être expliquée par le fait que l'expression («• —

v') représente en chaque


point une rotation d'ensemble de la coque qui a lieu « presque » sans efforts. En tout état

de cause, on peut se rendre compte directement de la valeur de ces termes une fois le

système résolu. On voit alors qu'ils sont sans importance.


En partant des relations (42), en tenant compte de (40) et en généralisant comme

nous l'avons indiqué les équations différentielles de Flugge, nous avons obtenu les

suivantes:

(1—(A)
(43a) (Du')' + i/2 (1 [x) (Du-)- + fx (Dr)' + V2 (1 [x) (DvJ +
-j-f- (Kir)-

-

H-)
[A 1 (1 —

r
+ -

(Dw)' (Kw")' + „
(Kw'-y + X =
0,
r r 2 r

3 (1 —

ix)
(x) (Du-y + (Dv-y + y2 (i ^ (dvj + (Kvj
(43b) [x (Duy + y2 (i 2y
-
-

1 ix 3 (1 —

u.)
+ -

(Dw)- —
-

(Kw")- ——

(Kw'-)' + Y =
0,
r r 2r
32 - LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

1 (1 tx) 1
JX IX

(43c) -
Du' (Kuy + —-5- (Ku-Y- +-Dr~- (Kv)"
r r ri r r

3(1 _m) d K K 1

2r r2 r4 r2 ra

+ (Kw)" + [X (JSTw")" + ÇKw")" + |x (JSTw)" + 2 (1 —

fx) (XW-)'- + Z = 0.

La comparaison de ces équations aux formes exactes correspondantes (41) montre

qu'elles sont sensiblement plus simples, mais non essentiellement différentes. L'équi¬
valence pratique des deux systèmes est certaine. Il est donc intéressant de souligner
l'excellence des résultats obtenus de cette manière en partant de données très simples

sur l'équilibre et la compatibilité élastique, et en employant les procédés habituels de la


résistance des matériaux.
Les conditions aux limites sur le couronnement prennent la forme:

(44a) nx = D («' + [X v + pw/r) —

Kw"jr =
Nx,

(44b) mx = K {w" + jx w —
u'/r —

[X v/r) =
Mx,

(44c) nxy
-

mjr =
% (1 -
[x) D («• + v') + »/, (1 _

^ j^v'/r -
i/-)/' =
^ -

Mxy[r,

(44d) & + mxy


=
m'x + myx + mxy =
(AV)' + (X («w-y-(J&O'/r-(X(J»'/'

+ (1 —

fx) [2 (Kw'-y —
3 (JSV)-/2r + (Ku-yi2r] =
Qx + Mxy. (* =
0)

2. Deuxième étape de la simplification

Il n'y a pas lieu de s'étendre ici sur le danger bien connu que l'on court à simplifier
des équations différentielles, par exemple en biffant les termes qui pourraient sembler
les moins importants. Il est au contraire préférable, si l'on veut simplifier ces équations,
d'énoncer explicitement des hypothèses particulières et de dériver à nouveau le système
différentiel.
Dans notre cas, chaque simplification conduit à transgresser plus ou moins les
conditions d'équilibre et de compatibilité élastique. D'un point de vue purement mathé¬
matique, ces deux groupes de conditions pourraient sembler également importants.
Mais, si l'on considère le barrage en tant que réalité physique, et si l'on tient compte de
l'incertitude relativement grande qui entoure le comportement du béton [72], on est

amené à attribuer aux conditions d'équilibre une plus grande importance qu'aux condi¬
tions d'élasticité. C'est pour cette raison que nous respecterons, dans chaque étape de sim¬
plification, les conditions d'équilibre (40), tout en employant des expressions toujours
plus simples pour les efforts internes.
Ainsi, pour la deuxième étape de la simplification, nous supposerons que l'effet de
Poisson est négligeable et que le barrage est mince.
LES ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES DES COQUES 33

La première simplification peut être justifiée par le fait que le coefficient de Poisson
est relativement petit pour le béton (moins de 1/6). Par ailleurs, on a montré [14, 30] que
l'effet de la contraction latérale a fort peu d'influence sur la déformation des voiles et des

dalles, et point du tout sur la répartition des contraintes dans un état plan de contraintes
d'un corps simplement connexe.

D'autre part, nous avons restreint l'étude aux seuls barrages minces en admettant

que l'épaisseur moyenne ne dépasse pas le 1/5 du rayon de courbure (cf. Introduction).
Si nous calculons le rapport des deux « rigidités » K et r2D, nous trouvons:

K h2 .

k =
-rn = tti^12-52) =
1/300.
r2 D 12 r2 -

Nous pouvons donc, sans hésiter, négliger Kjr2 par rapport à D, puisque l'erreur ainsi
commise reste inférieure à quelques millièmes du terme considéré. En conséquence, nous
négligerons dans (42) :

1° le terme Kwjr3 par rapport au terme Dwjr dans l'expression de n

2° le terme Kv'/2r2 par rapport à Dv'/2 dans nxy,

3° le terme Kir/2r2 par rapport à Du/2 dans nyx.

Pour que (39f) soit satisfait, il faut encore négliger les termes en «• et V dans l'ex¬

pression de myx. Or, si ceci est loisible pour myx, il en sera de même pour mxy, puisque
les deux moments de torsion ont sensiblement la même valeur.
En tenant compte de ces diverses simplifications, les formules (42) sont remplacées
par les suivantes:

nx = Du' —

Kw"/r mx =
K(w" —

u'Ir)

ny
= D (v + Vf/r) + Kw/r Wy K(w + wlr2)
(45)
nxy= y2D(u- + v')—y2Kw'-lr mxy Kw'-

nyx
=
y2 D («• + v0 + % Kw'-jr myx Kw'-

où D = EhetK= Eh3/12. Les efforts tranchants sont toujours calculés à partir des
relations d'équilibre.
L'effet le plus sensible résultant des simplifications que nous avons faites est l'égalité
des moments de torsion pour deux directions perpendiculaires.
Les équations différentielles peuvent être obtenues en introduisant (45) dans les
conditions d'équilibre (40).

(Du'Y + y2 (Du-y + y2 (/>«')• —


(Kw"y/r + y2 {Kw'-yir + x = o

(46) y2 (Du-y + (Dv-y + l/2 {DvJ + {Dw)-lr —


3 (Kw'-yi2r + Y = 0

(Kuj'lr + Dr/r + Dw/r2 + Kwjr2 + (Kw)~lr2 + (Kw)-


+ (Kw")" + 2(Kw'-)'- + Z = 0 .

4
34 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

Les conditions le long du couronnement deviennent:

(47a) nx = Du' —

Kw"\r =
Nx, (x =
0)

(47b) mx = Kw" —

Ku'jr =
M,,

(47c) nxy —

mxylr =
y2D(w + v') —

3Kw'-/2r =
A^, —

Mxyjr,
(47d) fe + m^ =
{Kw")' -

(AJO'/r + 2(Kw'-)- =
QX + Mxy.

Si les forces externes sont nulles sur le couronnement, les deux premières conditions
sont équivalentes à:

(48) «' =
0, w" = 0. (x =
0)

Le système (46) est très sensiblement plus simple que le système (43) de Flûgge.
On peut déjà songer à l'intégrer, mais il semble que l'on puisse pousser plus loin encore
les simplifications, bien que dans certains cas les erreurs commises cessent alors d'être
insignifiantes (voir le chapitre V).

3. Troisième étape de la simplification

Si l'on étudie le comportement statique d'un barrage en voûte cylindrique, on

constate que les déplacements verticaux sont relativement petits et que l'on peut donc
songer à les négliger [30]. D'autre part la rigidité du barrage est extrême envers les défor¬

mations verticales. Par suite, si l'on empêche ces déplacements, on risque, dans certains
cas, de provoquer des efforts parasites élevés. On voit ainsi qu'il est difficile de prévoir les
conséquences de l'hypothèse qui annulerait les déplacements verticaux. Pour nous en

convaincre, nous ferons l'hypothèse :

(49) b(jc,jO =
0,

tout en nous réservant de montrer plus loinqu'il est souvent préférable de s'en abstenir.
Une autre simplification est rendue possible, dans la plupart des cas, du fait que
l'épaisseur du barrage en voûte ne varie pas dans le sens horizontal. Parfois, seules de

légères sur-épaisseurs sont prévues dans une petite zone près des fondations. Il est donc
correct ou suffisamment exact d'écrire:

D- = K- =
0.

Pour autant que les deux hypothèses que nous venons d'énoncer soient valables,
les relations du paragraphe précédent peuvent être simplifiées de la façon suivante,
pour les efforts internes :

nx = —
Kw"lr, mx = Kw" »

ny = Dr + Dwjr + Kw/r, my
= Kw + Kw/r,
(50)
«*,= V%DV-y2KW-\r, mxy
= Kw'' »

nyx
=
% Dv' + y2 Kw'-lr, myx
= Kw'-

Les efforts tranchants continuent à être donnés par les relations d'équilibre.
LES ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES DES COQUES 35

Les équations différentielles deviennent dès lors:

(51a) Dv + Dw/r + % (Dv')' —


3 (Kw'-)'\2r + Y = 0

(51b) (Dv/r + Dw/r2 + 2 Kw/r2) + Kw- + 2 (Kw'-)'- + (Kw")" + Z = 0.

Il est évident que le nombre des équations différentielles doit se réduire à deux, puisque
nous n'avons plus que deux inconnues à déterminer, v(x, y) et w{x, y). Ceci ne signifie
toutefois pas que la composante verticale de la pression externe soit automatiquement
nulle si u{x, y) disparaît. Au contraire, on trouve à l'aide de (40a) et (50) :

(52) X= —

V2 Dv'- + (Kw")'/r —

i/2 Kw'"/r,

ce qui veut dire que la solution du système (51) implique l'existence de cette pression
verticale.
Les conditions aux limites deviennent:

(53a) mx = Kw" =
Mx, (x =
0)

(53b) nxy

mxy/r =
% Dv' -
3 Kw'-\2r =
Nxy -

Mxy/r,

(53c) qx + mxy =
(Kw")' + 2 Kw'- =
Qx + Mxy. .

On constate que la condition concernant l'effort normal nx est satisfaite par nx = —

MJr
et n'est par conséquent plus indépendante des autres; ce simple fait permet de pressentir
que l'hypothèse (49) n'est probablement pas justifiée.
Si les forces externes sont nulles sur le couronnement, on aura:

(54 a) w" =
0, b) w'" + 2 w'~ =
0, c) v' —
Aw'- =
0, (x =
0)
où:
A = 3 K/Dr =
Â2/4 r.

En examinant l'équation différentielle (51b), il est aisé de discerner la signification


statique des divers termes. En effet, la pression externe Z est équilibrée un premier
par
terme (Dv/r + Dw/r2 + 2 Kw/r2) qui représente l'effet de voûte (donc l'action de
membrane) et par trois autres termes qui correspondent successivement à la flexion dans

le sens de l'arc, à l'effet de la torsion et à la flexion dans le sens vertical (donc, ensemble,
à l'effet de dalle).
Les équations différentielles (51) sont maintenant assez simples pour pouvoir être
appliquées aux barrages en voûte. Nous en montrerons un exemple au chapitre V.
Toutefois, il est intéressant de poursuivre les simplifications pour arriver au système de

Tôlke, à celui de l'arc indépendant et enfin à ceux des arcs-murs.

4. Système de Tôlke

En partant de considérations d'équilibre et de compatibilité sur un élément infini¬

tésimal, Tôlke [30] établit un système d'équations différentielles que l'on peut aussi
36 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

obtenir à partir de celui du paragraphe précédent, en négligeant les termes suivants

dans (50):

1° Kw" dans nx,

2° Kw dans ny,

3° Dv' et Kw'- dans nyx,

4° Dv' dans nxy,

5° Kw dans my.

On trouve ainsi pour les forces externes les expressions:

»* =
0, mx =
#tv",
h,
= Dv + Z>M>/r, m,
=
Kw,
nxy = —

Kw'ir, mxy
=
#w'-,
«^
=
0, /«^ = Kw'-.

(Tôlke prend nyx et myx avec le signe contraire.) On voit que les simplifications faites
par Tôlke sont importantes. En effet, si les deux premières, qui concernent les efforts
normaux, semblent licites, les suivantes, qui sont relatives aux efforts de cisaillement, sont

plus arbitraires, puisque l'on néglige ainsi entièrement l'influence de ces efforts (le terme
qui subsiste dans nxy ne servantqu'à équilibrer les moments de torsion). Quant à la der¬
nière simplification, on en comprend mal l'intérêt, car il n'y aurait eu aucune difficulté à
conserver ce terme.

Quoi qu'il en soit, on peut établir les équations différentielles en recourant, encore

une fois, aux équations d'équilibre (40), d'où l'on tire:

(56a) Dv + Dw-lr —
(Kw)-/r —
2 (Kw'-)'/r = 0 ,

(56b) Dv/r + Dw/r* + Kw" + 2 (Kw'-)'- + (Kw")" + /> =


0,

si l'on admet avec Tôlke que la pression externe est réduite à la seule compo¬
sante normale p.

Par sa forme, le système (56) présente le grand avantage de permettre l'intégration


directe selon y de la première équation. Le résultat de cette opération est:

(57) Dr + Dwjr —

Kw/r —
2 (KwJ/r —

n0 (x) =
0,

où «o (x) désigne une fonction d'intégration qui n'est autre qu'un effort annulaire ny (x).
En introduisant maintenant (57) dans (56 b), on arrive à l'équation différentielle

unique donnée par Tôlke *:

(58) Kw- + 2 (Kw'-)'- + (Kw")" + (Kw + 2 (Kw')')lr* + p + na (x)lr = 0.

Pour intégrer cette équation, Tôlke propose d'en représenter la solution par:

(59) w (x, y) =
H'„ (x) + w1 (x, y),

1
Tôlke entend appliquer ce système même aux barrages à courbure variable, alors qu'il a
été dérivé pour le barrage cylindrique.
LES ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES DES COQUES 37

où wa (x) serait la solution de (58) pour un mur circulaire fermé de même profil que le

barrage et soumis à une pression p de révolution (mur fermé ou de révolution de Tôlke).


En effet, si l'on reporte w0 (x) dans (57) on trouve l :

(60) n0 (*) =
Dwjr —
2 (Kw.Jlr

qui, introduit dans (58), donne bien l'équation différentielle des réservoirs cylindriques:

(61) (Kw'g')" + Dw0/r* +p(x) = 0.

Par ailleurs, l'équation (58), désormais homogène, peut être mise sous la forme:

(62) Kw —

+ 2 (Kw,.'-)'- + (Kw'{)" + (Kn- + 2(#Hi')')/r2 = 0.

La méthode de Tôlke consiste donc à intégrer séparément les équations (61) et (62)
à une seule inconnue. Pour la suite des calculs, il faut encore connaître le déplacement v;

on l'obtient à l'aide de (40c), (55) et (62) par:

(63) v = —

wjr + (K*ï + 2 (Kw0')/Dr


qui, intégré, donne v lui-même.
Pour ce qui est des conditions aux limites, il suffira de dire que Tôlke emploie
l'artifice de Vogt et pose:

w =
0, w =
0, v = 0

pour une ligne fictive de fondation. Le long du couronnement, l'absence de forces


externes est exprimée par:

(64a) nx = 0, (x =
0)

(64b) mx = Kw" =
Kw'0' + Kw'{ = 0

(Tôlke écrit: w'Q' =


w'{ =
0),

(64c) nxy

mxyl r = —
2 Kw'-jr = —
2 Kw'0-/r —
2 Kw^/r =
0,

donc w'i =
0,

(64d) qx + mxy
=
(Kw")' + 2 (Kw'-)' = 0

avec (Kw'0') = 0 et (Kw'{)' + 2 (Kwï)' = 0.

Notons que Tôlke ne tient pas compte de la condition (64c), et qu'il remplace la condi¬
tion (64d) par qx = 0 pour x = 0.

Après avoir brièvement décrit le système différentiel de Tôlke, il conviendrait d'en

étudier la méthode de résolution. C'est ce que nous nous proposons de faire dans
un troisième complément, en nous réservant d'ailleurs de revenir sur le système diffé¬
rentiel lui-même.

1
Tôlke néglige le terme —

2(Kwa')'lr.
38 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

5. L'arc indépendant

Toutes les méthodes de statique employées pour le calcul des barrages en voûte
faisant intervenir des arcs comme éléments porteurs, il convient donc d'établir leurs

équations différentielles. C'est ce que nous ferons ci-après pour l'arc circulaire d'épais¬
seur constante, en partant des formules de la coque.
Ainsi, nous supprimerons dans (42) toutes les dérivées selon x; en supposant en

outre que D =
const., K =
const. et [jl =
0, nous trouverons, pour les efforts de l'arc,
les expressions suivantes (fig. 9):

N =
ny
= Dv + Dw/r + Kw/rs + Kw/r,

(65) M =
my
= Kw + Kw/r\

Q =
qy =
my
= M\

A l'aide de (40), nous obtenons les équations différentielles:

(66a) Dv + Dw/r + Y =
0,

(66b) Dr/r + Dw/r2 + Kw/r* + 2 Kw/r* + Kw- + Z = 0.

Fig. 9.

Considérons maintenant le cas particulier où Y est nul, et où Z =


pa =
p =
const.

représente la pression supportée par l'arc sur son axe. En posant en outre:

k =
KjDr* =
h*/l2 r\

les équations (66) se transforment comme suit :

(67a) rv" + w =
0,

(67b) rv + w + k (w + 2 r2 w + r4- w-) + r2p/D =


0,

dont l'intégrale générale est :

w = -

r*pl(DQ. + k) ) -

CJd + k)

/<n
+ C* cos Wr) + C3 sin (y/r) + C4 (y/r) cos (y/r) + C6 (y/r) sin (y/r),
(68)

v =
C, (y/r) —

C2 sin (y/r) + C3 cos (y/r)


Q (cos(y/r) + (y/r) sin (y/r)) —

C, (sin (y/r) —

(y/r) cos
(y/r)) + C,.
LES ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES DES COQUES 39

(?!....Ce sont les six constantes d'intégration; leur signification est bien claire:

C2, C3 et C6 représentent des déplacements d'ensemble qui ont lieu sans efforts (fig. 10 a),
Ci, C4 et C6 sont les trois forces hyperstatiques de la figure 10b.

a. Fig. 10. b.

Si nous nous bornons au cas symétrique, nous aurons:

C3 =
C4 =
Cç =
0,

de sorte que les déformations de l'arc seront données par:

w =—
r*pl(D (1+k))- d/(l + k) + C2 cos (y/r) + C5 (y/r) sin (y/r),

(69) w = —
C2 -

sin (y/r) + C5 -

(sin (yjr) + (y/r) cos (yjr)),

v =
+ Ci (y/r) —

C2 sin (y/r) —

C5 (sin (y/r) —

(yjr) cos
(y/r)) .

Les conditions aux limites sont comme toujours:

(70) w =
w, w =
w-, v = v (y =
à)

où >v, w- et v sont des valeurs prescrites. Avec ces conditions, on peut donc calculer les
constantes d'intégration et déterminer l'état de sollicitation de l'arc. Nous en donnerons
quelques exemples dans la partie A du chapitre V.
Par la suite, nous aurons besoin de connaître la déformation et la courbure à la
clef de l'arc soumis à une pression constante pa. A cette fin, nous introduirons les
coefficients g et/définis comme suit:

(71a) W(y=0) r2 pJ(D (1 + k) ) -

Cx/(1 + k) + C2 =
g pa, (g < 0)

(71b) h^=0) = -
C*lr* + 2 CJr* =
—fpa. (f<0)
40 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

6. Les équations différentielles des arcs-murs

Il peut surprendre, à première vue, que l'on parle d'équations différentielles à propos
de la méthode des arcs-murs qui relève de la statique appliquée. On aura vite fait,
toutefois, de se rendre compte de l'intérêt qu'il y a à envisager cette méthode comme un
moyen d'intégration de certaines équations différentielles. C'est pourquoi nous dévelop¬
perons le système implicitement utilisé par les auteurs de la méthode des arcs-murs,

pour le généraliser ensuite en vue de tenir compte de l'effet de la torsion. Il nous sera

alors possible, en parcourant le chemin en sens inverse, d'aboutir à une même généra¬
lisation de la méthode des arcs-murs (chapitre IV).

a. Méthode habituelle. —
La méthode habituelle des arcs-murs répartit la pression
externe agissant sur le barrage entre des arcs et des murs qui doivent subir la même
déformation radiale w [50, 51, 57]. Nous avons donc:

(72) p =
pa + Pm,

où p est la charge du barrage; pa, la part supportée par l'arc horizontal et pm, celle du
mur vertical.
En considérant le mur comme une poutre d'inertie K, dont la déflection est w, nous

pouvons écrire, en tenant compte des signes admis par Love:

(73) Pm =
-(Kw'y.

D'autre part, (66b) donne la pression supportée par l'arc en fonction des déformations.
Il suffit alors d'introduire cette valeur, en tenant compte de (73), dans (72) pour obtenir

la troisième équation différentielle. La deuxième est simplement celle de l'arc, c'est-


à-dire (66a), et la première est identiquement satisfaite. Pour le cas où l'épaisseur serait
constante dans le sens horizontal, ces équations seraient:

(74a) u =
0,

(74b) Dv + Dwjr =
0,

(74c) (Dv/r + Dwjr2 + Kwjr* + 2 Kw/r2 + Kw-) + (Kw")" + p = 0.

En procédant comme nous venons de le faire, nous avons pris implicitement pour les
efforts internes les valeurs suivantes:

«* =
0, mx =Kw",

(75) ny = Dv + Dwjr + Kw/r9 + Kw/r, my = Kw + Kw/r2,

"xy =
nyx =
0, mxy =
myx = 0.

On a:

ax =
mx', qy =
n'y.

Il est naturellement possible de vérifier directement les équations (74) en intro¬


duisant (75) dans les relations d'équilibre (40). Il est clair, d'autre part, qu'en lieu et
LES ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES DES COQUES 41

place de (75) on pourrait prendre pour les efforts internes d'autres expressions, par
exemple, plus simples ; il faudrait alors modifier les équations différentielles.
Les conditions aux limites respectées sur le couronnement par la méthode des
arcs-murs sont:

nx =0, «^=0, (x =
0)

(76) mx = Kw" =
0,

qx =
m'x =
0,
c'est-à-dire:
w" = W" = 0.

Pour ce qui est des conditions le long de la fondation, il n'y a aucune remarque à faire.
Si nous comparons les équations différentielles (74) avec celles plus générales du
système (51), nous constatons que la méthode des arcs-murs néglige essentiellement:
1° les termes en (w'-)' et (w'-)'' représentant l'effet de la torsion;
2° les termes en (Dv'Y représentant les efforts tangentiels nxy et nyx.
Par contre, elle tient compte d'un terme en Kw/r* qui est insignifiant. Cette consta¬
tation corrobore le fait bien connu que la méthode des arcs-murs néglige l'influence de
la torsion et des efforts tangentiels.

b. Méthode des arcs-murs tenant compte de l'effet de torsion. —


Il ne semble pas

qu'on ait proposé de méthode simple permettant d'introduire l'effet de la torsion dans la
méthode des arcs-murs, sans la modifier profondément comme c'est le cas du Trial

Load [54]. Pour pouvoir procéder à une telle généralisation, nous allons dériver les

équations différentielles qu'il nous faudra appliquer par la suite.


Puisque nous voulons tenir compte de l'effet de la torsion, mais continuer à négliger
les efforts tangentiels, nous choisirons pour les efforts internes les expressions suivantes,
obtenues à partir de (42) en supposant u =
0, y. = 0 et en abandonnant les termes en v':

rrx = —

Kw"jr, mx =
Kw",
«„
'
= Dr + Dwjr + Kwjr + Kwjr3, m, = Kw + Kwjr2,
(77)
nxy = —
Kw */2 r, mxy
= Kw \

nyx
=
+ Kw'-[2 r , myx
= Kw'\

Nous avons selon (39):


1x =
m'x + myx, qy
=
my + m'xy .

Pour aboutir aux équations différentiîlles, il nous suffira, une fois de plus, d'introduire
ces efforts dans les relations d'équilibre (40). Si l'épaisseur du barrage est constante dans

le sens horizontal, nous trouvons:

(78a) —

(Kw")'lr + {Kw'-)-j2 r + X =
0,

(78b) Dv + Dw/r —
3 (Kw'-y/l r + Y =
0,

(78c) (Drlr + Dwjr* + 2 Kwjr1 + Kwjr1) + Kw- + (Kw")" + 2 (Kw'-)'- + p = 0.


42 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

Cette dernière équation exprime l'équilibre entre la pression externe d'une part, l'effet
de voûte, de flexion de l'arc, de flexion du mur et de torsion d'autre part. Puisque les
deux premiers termes représentent la charge supportée par l'arc, nous pourrons écrire:

(79) Pa+Pm+Pt= P,

où Pt désigne la contribution de la torsion à la charge totale.


Sur le couronnement, nous respecterons les conditions suivantes:

nx = —
Kw"lr =
0, (x =
0)

mx = Kw" =
0,
(80)
nxy

mxy/r = —
3 Kw'm/2 r =
0,

qx + mxy
=
(Kw")' + 2 (Kw'-)- =
0,

qui sont équivalentes à:


w" =
0, w'- =
0, (x =
0)
d'où, automatiquement:
w'- = 0

et donc:

w'" = 0.

Si nous comparons maintenant les équations différentielles (78) que nous venons

d'écrire au système (51), nous constatons que (78c) et (51b) sont pratiquement identiques,
puisque le terme Kw/r1 est insignifiant devant Dw/r2, d'autre part, que dans (78b) nous
ne négligeons que le terme (Dv')' qui représente l'effet des efforts tangentiels; enfin
que (78a) est analogue à (52) et revient à supposer que le barrage est soumis à une force

(81) X = —

(Kw'-)-/2 r + (Kw'Jlr

pour que la solution du système (78) soit valable.


Nous constatons aussi que l'on peut passer du système (78) au système (74) de la

méthode habituelle des arcs-murs, en abandonnant les termes qui représentent l'effet
de la torsion.

En conclusion, nous pouvons dire que le système (78) est très complet. Nous mon¬

trerons au chapitre IV comment on peut le résoudre.

7. Contraintes

Lors de l'établissement des équations différentielles, nous n'avons pas eu besoin


d'écrire chaque fois, en détail, les formules pour les contraintes. Or la connaissance de
celles-ci est éminemment importante, puisqu'en principe les dimensions du barrage sont
déterminées en fonction de contraintes admissibles.
LES ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES DES COQUES 43

Dans le cas général, les sollicitations peuvent être calculées à partir des formules (27)
et (28) de Love, les déformations de la surface médiane pouvant l'être à partir de (26).
Si le barrage est cylindrique, (37) doit tout simplement être substituée à (26).
Si l'on emploie le système de Flugge, il suffira, pour le comparer à celui de Love,
de se reporter à l'ouvrage de Flugge [8], en ayant soin, toutefois, de changer le signe de z.

Dans le cas du système simplifié du § 2, où l'effet de Poisson est négligé et où le

barrage est supposé mince, on aura:

(82) <jx(z) =
Ezx(z), ay{z) =
Esy{z), ixy (z)
= E yxy (z)/2,

les dilatations ayant les valeurs suivantes:

rzw w

sx (z) =
u'+ zw", Zy (z) = v +
r— z r —
z

lz z \
fxy (z) = «• + V + P +
j rw':
~

Cette dernière expression est aussi valable pour le troisième système simplifié (§ 3),
pourvu que l'on y annule le déplacement vertical u et ses dérivées.
Pour le système de Tôlke (§ 4), il suffit de faire:

(84) zx (z) =
+ zw", zy (z) =
v + zw + w\r, yxy (z) =
+ 2 zw'-.

Dans le calcul de l'arc indépendant (§ 5), nous avons:

/' rzw w

(85) <jx =
0, Txy
=
0, a, (z) = E v + +

En ce qui concerne les méthodes des arcs-murs, il serait, par contre, absurde d'ex¬

primer les contraintes en fonction des déformations, puisque celles-ci ne sont en général
calculées qu'à titre accessoire. Nous donnerons donc les contraintes à l'aide des efforts
spécifiques internes. Nous aurons ainsi, pour la méthode habituelle des arcs-murs:

(86) ax (z) =
+ mx zjJ, ay (z) =
ny\h —
( k —
——
\ my r/J, txy (z) =
0,

h3 h2
avec / = —

et k =
-—-, et pour la méthode généralisée:
12 12 r2

<sx (z) =
+ mxzlJ, Gy (z) =
riylh— (k —

) my r/J,

(8?)

txy (z)
=
+ ( 1 + I mxyz/2J.
j^
44 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

D. RÉCAPITULATION ET REMARQUES

1. Les divers modèles pour le barrage en voûte

Lorsqu'un problème mathématique, et notamment un système d'équations diffé¬


rentielles, est trop compliqué pour être résolu d'une façon rigoureuse, on a l'habitude de
lui substituer un problème approché que l'on résoudra le mieux possible.
Choisir le problème approché consiste, en fait, à remplacer l'objet à étudier par
un « modèle » qui, dans notre cas, peut être soit un système simplifié d'équations diffé¬
rentielles, soit un système statique, soit même un modèle réduit étudié expérimentalement.
Si l'on veut donc saisir la signification de la solution finalement obtenue et com¬

prendre les relations existant entre la réalité et le modèle ainsi qu'entre les diverses solu¬
tions, il faut comparer;

1° les équations différentielles de l'objet étudié aux équations du modèle employé,


2° les diverses solutions entre elles.

Cette dernière comparaison ne peut être faite que lors de l'étude d'un cas d'espèce;
nous y reviendrons dans le chapitre V.
Pour ce qui est dupremier point, nous nous sommes efforcé, dans les paragraphes

précédents, d'établir les équations différentielles de tout un groupe de modèles appliqués


ou applicables au calcul des barrages en voûte, et de comparer ces systèmes entre eux.

Nous avons vu ainsi que tous respectaient les conditions d'équilibre (40) et qu'ils
ne différaient que par la manière dont ils satisfaisaient les conditions de compatibilité

élastique et les conditions aux limites. Il en sera évidemment de même pour les solutions

que l'on obtiendra.

La question fort importante du choix du modèle le plus adéquat à l'étude d'un


barrage en voûte est très difficile à résoudre. Un critère en cette matière pourrait être la
plus ou moins bonne concordance des calculs et des mesures faites sur l'ouvrage en

service. Cependant, l'application de ce critère n'est pas simple, car, si l'on constate des

divergences, on pourra en attribuer la cause au choix d'un modèle inadéquat, mais aussi
au manque de connaissances fondamentales sur le comportement réel des matériaux

employés, à l'imprécision des mesures et des calculs, ou même à la méconnaissance des

charges réelles, notamment de la température.


Un autre critère permettant de comparer des solutions entre elles pourrait être fondé
sur la quantité d'énergie de déformation mise en œuvre par chaque solution. On pourrait
alors supposer qu'une répartition des forces est d'autant plus probable que l'énergie
de déformation est moindre. A nouveau, l'application de ce critère est rendue aléatoire

puisque, explicitement ou non, plusieurs méthodes de calcul font intervenir des forces
externes fictives, susceptibles de modifier les valeurs des énergies. Un autre inconvénient
de ce procédé serait la nécessité de connaître les deux solutions pour pouvoir les comparer.
Faute de mieux, nous admettrons que l'emploi d'un modèle plus complet fournira
des solutions plus exactes, à moins que des imprécisions dues à un calcul plus complexe
n'aient compromis le gain de rigueur escompté.
LES ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES DES COQUES 45

Il est aussi possible, pour comparer une solution obtenue à l'aide d'un modèle

simple A à celle que l'on obtiendrait par un modèle plus complexe B, de procéder comme

suit: le problème étant résolu sous sa forme A, c'est-à-dire les déformations du modèle A
sous l'effet des charges étant connues, on calcule, à l'aide des équations différentielles
correspondant à B, les forces externes qui provoquent les mêmes déformations que sur A.
La différence entre les forces externes des deux modèles peut alors servir de base de com¬

paraison. On peut, par exemple, rechercher une « différence quadratique moyenne

pondérée» qui exprime numériquement l'approximation obtenue avec A par rapport


à B. Ce procédé l'avantage
a de ne pas nécessiter la connaissance de la deuxième solu¬
tion pour pouvoir la comparer à la première.

2. Autres modèles ou méthodes

On aura noté qu'il n'a jamais été question jusqu'ici de deux méthodes utilisées
couramment pour l'étude des barrages en voûte: la méthode américaine du Trial Load [54]
et celle des arcs plongeants de Coyne [31].
Les auteurs de la première affirment pouvoir tenir compte, lors de l'étude d'un
barrage, de toutes les difficultés et influences qu'il leur plaira d'imaginer. Cette méthode
serait ainsi susceptible de résoudre l'un quelconque des systèmes d'équations différen¬
tielles que nous avons établis, de sorte que l'on ne peut lui en attribuer un particulier.
En ce qui concerne la méthode des arcs plongeants, la situation est différente. En

effet, la forme même des arcs et les charges qui leur sont appliquées ne sont déterminées

que par des considérations d'équilibre très simplifiées. La méthode ne tient donc aucun
compte, dans sa première phase de calcul, de la compatibilité élastique, si bien qu'il est

impossible de dériver pour cette méthode des équations différentielles dont la signifi¬
cation serait comparable à celle des autres modèles.

3. Conditions aux limites

Lors des simplifications successives effectuées dans ce chapitre sur les systèmes
d'équations différentielles, nous avons essayé de nous rendre compte de l'influence des
diverses hypothèses sur le comportement d'un point courant de la surface médiane. Par

contre, les conditions aux limites n'ont fait l'objet d'aucune discussion, de sorte que rien
ne permet d'affirmer qu'elles sont réellement possibles plutôt que physiquement absurdes.
Des conditionsaux limites simplifiées mènent parfois à des solutions qui peuvent

être accompagnées d'efforts parasites importants, et que l'on peut, pour cette raison,
nommer des « solutions forcées ». A ce point de vue, l'appui latéral du couronnement
du barrage est particulièrement intéressant à étudier, car, en cet endroit, on constate une
accumulation de conditions servant à rendre compte, d'une part, du bord libre, et,
d'autre part, de l'encastrement dans le terrain. Ilse pourrait donc qu'en ce point l'on

arrivât à quelque impossibilité physique. Chaque système d'équations différentielles


devrait évidemment être étudié sous cet aspect, mais nous nous limiterons à celui de la
troisième étape de simplification (chapitre II, C, § 3) qui fera aussi l'objet d'une appli¬
cation numérique (chapitre V, C).
46 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

Soit donc A le point d'appui supérieur du barrage (fig. 11). Prenons ce point pour

origine des coordonnées s et n, tangente et normale à la ligne de fondation (R {x, y) =


0).
Désignons encore par 90° —

a l'angle de la surface
médiane en ce point. Nous allons maintenant consi¬
dérer les conditions aux limites pour le cas d'un encas¬

trement total du barrage.


Sur la ligne de fondation, nous devons avoir,
selon (22):

w =
0, v =
0, wn = 0 (R (x, y) =
0).

Le long du couronnement il faut respecter :

(54 a) w" =
0, b) w"' + 2 w'- =
0, c) v' —
Aw'- = 0.

Nous désignerons toujours par un trait chaque dérivation selon x, par un point
celle effectuée suivant y, et par l'indice nous celles faites selon la normale ou la tangente
à la ligne de fondation.

Puisque, par définition, w et wn disparaissent le long de R, leurs dérivées selon s

seront nulles sur cette ligne ainsi qu'en A :

w =
ws =
wss= wsss =
0, w„= wm =
wnss =
0.

De ve„ = 0 et ws =
0, on tire w' = 0 et w =
0 sur la ligne de fondation et donc en A.

D'autre part, il existe entre les dérivées secondes les relations :

wSs —
w" sin2 a —
2w'- sin a cos a + w" cos2 a =
0,

w„s =
(w" —
w) sin a cos a + w'- (cos2 a —
sin2 a) = 0.

Or, d'après (54a), w" = 0 pour x = 0 ; il en résulte si a jt. 0:

w'- = 0 ,
w =
0,
et si a = 0 :

w'- =
0, w quelconque en A.

De même, on démontre à l'aide de (54b) que, pour a ;z£ 0, on a en A :

W" = w"- = w'- =


w- =
0.

Enfin, on voit qu'en raison de (54c), v' doit s'annuler en A, puisque w'- = 0. Par

ailleurs, v est nul sur iî; on a donc v, = 0 en A. Mais la relation suivante vaut toujours:

vs = —
v sin a + v' cos a =
0,

de sorte qu'en A, v = 0 si a ^ 0, et qu'il est quelconque si a = 0.


LES ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES DES COQUES 47

Si nous reportons ces divers résultats dans (50), nous trouvons que tous les efforts

internes disparaissent en A si a ^ 0, et que, dans le cas où a =


0, seuls les efforts suivants
peuvent subsister:

tiy
=
Dr + Kw/r, qx =
Kw'~,

triy
=
Kw, qy = Kw\

Si ce dernier résultat semble plausible, celui obtenu pour a rpt 0 est inadmissible. On a

pour le moins quelque difficulté à se représenter que le point A soit totalement exempt

d'efforts, quelles que soient les charges envisagées. Ce qui choque surtout, c'est la brusque
transition que l'on constate dans les efforts suivant que a est très petit ou nul. Il semble donc

que l'on se trouve devant une difficulté purement mathématique due probablement à ce

que le système d'équations différentielles présuppose nul le déplacement vertical u.


Nous reviendrons sur ce point dans la partie C du chapitre V, au moment d'envi¬

sager des applications numériques.


Chapitre III

LA MÉTHODE DE LA SUPERPOSITION LA PLUS ADÉQUATE

La méthode de résolution que nous allons développer dans ce chapitre est très

générale; elle ne se fonde, en effet, que sur les quatre hypothèses suivantes, celle du

comportement élastique du barrage n'étant plus mentionnée explicitement:

1° le barrage est assez mince pour que son comportement puisse être représenté
avec une approximation suffisante par celui de sa surface médiane;

2° la surface du terrain ou de fondation est suffisamment régulière pour que la ligne de


fondation développée puisse être assez bien approchée par une courbe analytique simple;

3° l'épaisseur, les rayons- de courbure et leurs dérivées (jusqu'au deuxième ordre)


sont connus numériquement en un nombre assez grand de points x ;

4° les équations différentielles pour cette forme de barrage peuvent être établies
avec assez de précision.

En principe donc, toutes les lois de variation de l'épaisseur et de la courbure peuvent

être étudiées. D'autre part, toutes les influences pourront être prises en considération
à l'aide de l'artifice des conditions initiales et de la méthode du blocage (voir premier
complément).
Notons enfin que cette méthode n'est qu'un cas d'application de la méthode dite

de Ritz, et que M. Ritter a utilisé un procédé semblable pour le calcul des dalles. Il s'agit
d'une méthode mi-analytique, mi-numérique, susceptible de fournir l'approximation
qu'on lui demande et de s'adapter à de nombreuses conditions.

1
A fortiori, une définition analytique de l'épaisseur et des rayons de courbure suffirait,
mais elle n'est pas nécessaire.
LA MÉTHODE DE LA SUPERPOSITION LA PLUS ADÉQUATE 49

A. THÉORIE GÉNÉRALE

1. Le problème

Considérons la figure 12. Elle représente un élément de la surface médiane d'un


barrage. Chaque point de cette surface subira un déplacementl:

u =
u(x,y), v=v(x,y), w = w (x, y).

ix
Fig. 12.

Sur cet élément agit une pression externe dont les composantes sont:

X =
X(x, y), Y=Y(x,y), Z=Z (x, y).

Les équations différentielles que l'on doit intégrer ont la forme:

X(x, y) =
Dx (x, y, u, v, w),

(89) Y (x, y) =
D, (x, y, u, v, w),
Z (x, y) =
Dz (x, y, u, v, w).

Elles mettent en relation les forces externes (X, Y, Z) avec les déformations {u, v, w)

par des opérateurs différentiels (D*, D^,, D^ linéaires en u, v, w. Ceux-ci tiennent compte
des propriétés locales du barrage, c'est-à-dire de l'épaisseur, des rayons de courbure et
de leurs dérivées qui sont tous fonction des coordonnées. Ainsi donc les opérateurs
eux-mêmes sont fonction de celles-ci2.

1
Dans ce chapitre, nous n'utiliserons pas l'indice b qui a servi à désigner les valeurs concer¬
nant le barrage, car aucune confusion n'est possible.
a
II est clair que les opérateurs que nous venons d'introduire et les équations différentielles
sont deux aspects de la même réalité. La différence ne réside que dans leur emploi. En effet, les
opérateurs servent à calculer les forces externes nécessaires à la réalisation de déformations
connues, alors que les équations différentielles permettraient de déterminer les déformations
provoquées par des forces données. Cette différence est cependant essentielle, puisque, dans le
premier cas, il suffit de procéder à des dérivations, ce qui est relativement facile, alors que, dans
le deuxième cas, il faudrait intégrer un système d'équations différentielles simultanées fort
compliquées, ce qui est souvent impossible.

5
50 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

Les conditions aux limites concernent d'une part le couronnement, d'autre part
la ligne de fondation. Sur le couronnement, nous exprimerons l'égalité entre les forces

internes et les forces externes par quatre conditions différentielles linéaires de la forme
suivante:

(90) Lj (y, u, v, w) =
Lj0 (y) (x =
0; j =
1, 2, 3, 4)

où Lj0 désignent les forces externes données.


Conformément à ce qui a été dit dans le chapitre I, et en utilisant les expressions (22),
on aura le long de la fondation les conditions suivantes :

« (x, y) =
ube =
ufo + ufe

ubo = û (x, y), (Ru (x, y) =


0)
v (x, y)=v (x, y), (Rv (x, y) =
0)
w (x, y)=w (x, y), (Rw (x, y) =
0)
w„ (x, y) =
w„ (x, y). (R„n {x, y) =
0).

Dans le cas de Vogt, on aura naturellement:

"fe
=
vfe
=
*>fe
=
W»,/e
=
0.

Pour le calcul par itération, u/e, v/e, w/e, w„y /e représentent les déformations élastiques
du terrain sous les réactions du barrage, obtenues à l'étape précédente du calcul (voir (19)) ;
de plus, on a Ru =
Rv =
Rw =

RW/i = R =
ligne réelle de fondation. De toute façon,
dans ce qui suit, m, v, w, wn seront des fonctions données sur les lignes R correspondantes.
En résumant, nous pouvons dire que le problème du barrage en voûte consiste à

intégrer les équations différentielles (89) pour des charges données:

(92) X=XE, Y=YE, Z=ZE.

La solution doit respecter les conditions aux limites (90) et (91).

2. La méthode

Comme il ne faut pas songer à intégrer explicitement le problème tel qu'il vient
d'être énoncé, nous allons chercher à en approcher la solution à l'aide d'une série finie
de fonctions. Nous choisirons, par la suite, les coefficients de cette série de manière à
résoudre le problème avec la plus grande précision possible. Ceci veut dire que, parmi
toutes les solutions que peut représenter cette série, nous allons choisir la plus adéquate,
celle donc qui donne l'erreur moindre.
Cette série peut être écrite sous la forme suivante:

(93) S=S0+ S Q Su
i= 1
LA MÉTHODE DE LA SUPERPOSITION LA PLUS ADÉQUATE 51

Puisque tous les opérateurs différentiels ou non que nous aurons à employer sont

linéaires, la forme (93) ne sera pas modifiée par l'application de l'un de ces opérateurs,
mais une fonction devra simplement être substituée à l'autre. Ceci peut être traduit en

mathématique de la façon suivante: si

S =
S0 + 2 C(St
/= 1

et que

Tj = D (Sj),
on a:

r=D(5) =

D|s„ + S QSt\ =D(S0) + S C,D (Si),

d'où:

T=T0+ S d Tt.
i=\

Le symbole S que nous avons introduit aura le sens d'une fonction statique ou

élastique quelconque. Il sera successivement une déformation, un effort, une pression,


une contrainte ou une autre valeur statique. Il suffira alors d'écrire les diverses formules

pour ce seul symbole en se rappelant ses diverses significations.


A un autre point de vue, on pourra interpréter la fonction S comme l'ensemble de

toutes ces valeurs, et dire qu'elle représente un état de charge du barrage, accompagné
de l'état de sollicitation et de l'état de déformation correspondants. A cet ensemble, nous
donnerons le nom de « solution ». Ainsi, S sera symboliquement la solution recherchée,
S0 sera la solution initiale, et les St seront des solutions particulières. "4

Choisissons S0 (c'est-à-dire k0 (x, y), v0 (x, y), w0 {x, y)) de façon que les conditions

(91) et (90) soient satisfaites. Nous aurons donc:

Ko (x, y) =
u (x, y), (Ru(x,y) =
0)
m.s
v0 (x,y) = v {x, y), {Ry(x,y) =

0)
(94)
>n> {x, y) =
w (x, y), (Rw (x, y) =

0)
w„,o (x, y) =
w„ (x, y) (RWn(x,y) =
0)
et, d'autre part:

(95) Lj [y, k„ (x, y), v„ (x, y), w0 (x, y)] =


Lj0 (y) (x = 0;j =
1, 2, 3, 4.)

D'après (89), les charges correspondantes à cette solution seront:

X0 =
T>x [x,y, K0 (x,y), v0 (x,y), w0 (x,y)] =
T>x (S0),

Y0 -
D, (S0),
Z0 =
Dz (5„).
52 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

Définissons ensuite une série de n fonctions Si de façon que les déplacements u, v, w

et w„ soient nuls sur les lignes de fondation et qu'aucune force externe ne soit nécessaire
sur le couronnement pour établir l'équilibre. Nous aurons ainsi:

(96) ui(x,y) = 0 (Ru(x,y) =


0)
et de même pour vt, wit w„t,-; d'autre part:

(97) Lj (y, uh vit wd =


Lj (S,) = 0 (x =
0;/ =
1, 2, 3,4; i =
1, 2,..«.)

A ces solutions correspondent les forces:

Xi^T>x(x,y,u,,v,,w,) =
Dx{Si), Y, =
Dy(.Sd, Z^D^S1,).

Nous montrerons dans la partie B du chapitre III la manière d'obtenir ces solutions.
Ceci dit, on voit que, calculée d'après (93), S satisfait à toutes les conditions (90)
et (91), quelle que soit la valeur des coefficients Q. A chaque groupe de valeurs Q
correspond donc une « solution » S qui remplit bien les conditions aux limites; cependant
rien ne permet de dire qu'une de ces solutions est celle qui constitue la solution cherchée
des équations différentielles. En effet, étant donné (93), les forces externes doivent être
calculées à l'aide de:

(98) X=X0 + S dXt


i=l

et de même pour Y et Z, alors qu'elles devraient vérifier (92), ce qui normalement n'est
pas possible. (Cela pourrait être le cas, si la série était infinie; mais, pratiquement ce

procédé n'est pas applicable.)


Il s'agit donc de satisfaire le mieux possible la relation (92), en choisissant conve¬

nablement les coefficients Q. Le critère qui servira à ce choix peut être fixé avec une

certaine liberté; il sera suffisamment justifié si la solution finale obtenue par son appli¬
cation est adéquate au problème statique à résoudre. Cette question devra être tranchée
du point de vue de l'ingénieur, et non d'un point de vue purement mathématique.

3. Les moindres carrés de Gauss

Puisque l'on ne peut satisfaire exactement (92), on commettra, en chaque point


de la surface médiane, une erreur sur la pression externe dont les composantes seront:

(99) ex =
X—XE, ey=Y—YE, ez = Z —
ZE (e, =
et (x, y)).
Il ne saurait être question pour réduire autant que possible l'importance de l'erreur de
l'annuler en un nombre n/3 de points, comme c'est le cas dans la méthode des arcs-murs. On

emploiera donc la méthode, d'ailleurs bien plus élégante, qui fait un minimum de l'erreur

quadratique moyenne convenablement pondérée. Cette condition présente d'abord

l'avantage d'exclure la possibilité d'erreurs localisées énormes. Elle en offre un second,


LA MÉTHODE DE LA SUPERPOSITION LA PLUS ADÉQUATE 53

qui n'est pas négligeable non plus, à savoir qu'elle permet un calcul relativement facile.

Notons, cependant, que rien ne s'oppose, en principe, à l'adoption d'un autre critère,
celui de l'énergie minimum de déformation par exemple.
Nous avons parlé de moyenne pondérée, car il est évident qu'une erreur sur les forces
externes en un certain point influe sur la précision du résultat final, aussi bien par son

intensité que par le lieu où elle a été commise. Ainsi, une erreur dans la partie centrale
du barrage aura vraisemblablement plus d'importance que si elle avait été commise près
de la fondation. Nous pouvons donc introduire une sorte de fonction d'influence ou

poids des erreurs Y) (x, y). Celle-ci ne peut être déterminée mathématiquement, car
l'influence de l'erreur en question varie suivant l'effort ou la déformation que l'on
considère. Il sera par contre logique de donner à cette fonction une forme semblable aux

surfaces d'influence pour certaines sollicitations du barrage. On lui prescrira ainsi des
valeurs maxima vers la partie centrale du barrage, et des valeurs minima le long de la
fondation, étant entendu que cette fonction sera constamment positive1.
Le choix de cette fonction reste, cependant, plus ou moins arbitraire. Il sera influencé

par de nombreuses conditions particulières problèmeau à étudier, et sera surtout déter¬

miné par des considérations pratiques d'efficacité des calculs. Si l'on attribue quelque
signification à l'erreur relative, c'est-à-dire au quotient de l'erreur par la force externe

qui agit au même point, on pourra prendre pour fonction d'influence l'inverse de la force

externe, en ayant soin, toutefois, d'éviter qu'elle ne prenne des valeurs trop
importantes.
Il y a lieu, d'autre part, de déterminer ici l'importance relative à attribuer aux
diverses composantes de (99). Faute de pouvoir choisir convenablement un poids différent
pour chaque composante, nous leur donnerons la même importance, d'autant plus qu'en
procédant ainsi, nous prenons en considération l'erreur vectorielle e sur la pression
externe, dont la valeur absolue est, au carré:

(100) e2 =
e% + e2 + e\.

Si nous désignons par v\ (x, y) le poids attribué aux erreurs (0 <


Y)
<
1), nous pourrons
construire la fonction d'erreur de la façon suivante:

(101) E =
j\rt(x,y)e*dS,
(D)

où (D) désigne le domaine d'intégration, c'est-à-dire la surface médiane. La condition


de Gauss est alors exprimée par:

(102) E = Min.

4. Application de la condition de Gauss

En introduisant les expressions (99) dans (100), on trouve:

(103) e2 =
{X—XEY + (Y— YEY + {Z—ZEY

1
II suffit que la seule valeur numérique de cette fonction soit donnée en un assez grand
nombre de points.
54 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

qui, compte tenu de (98), devient:

(104) e* =
{x0-Xe + £ Ci-Xi)1 + (ïo— Yb+J^Q F,)2 + (Z0-ZE + ^QZ,)2,
n n n

valeur qui, introduite dans (101), donne:

(105) E=jjri(x,y)(x0-XE+YJQ^y^+ jj^ (x,y)(Y0-Ye+^QY^ÛS


(D) n (D) n

+ J }t) (x, y) (Z0 -Ze+Y, Q Z,)2 AS.


(D) «

Les seules variables de cette fonction sont les coefficients Q, donc E = E (Q); en raison
de (102), il faut faire:

(106) d E\d Cj = 0. (j =
1, 2...H.)

Ce sont les n relations qui permettent de déterminer les n coefficients Q.


En tenant compte de (105) et du fait que la dérivation et l'intégration sont permutables,
on trouve:

(107) T==2JJ(X0-XE +£ C,x) Xjrtix, y) dS


j
(D) n

+ 2 J" J" (y« -


ye + E c* y<) >51 (*. y)ds

+ 2 J J (z„ -

ZE + £ Q Z,) Zj yj (x, 7) dS. U =


1,2- ».)
(D) «

Cette expression peut être écrite symboliquement comme suit:

(108) JQj + S C, J,j =


0, 0=1, 2... n.)
n

si l'on désigne par /les intégrales suivantes:

(109) /„,- =
JX0J + Jlj + J%,
J Jji,
Jy y + Jy

-r J =
y

4 =
I h (*, y) (*» -

xE) Xj as,
(D)

Jlj =\\i\ (x,y) (Y„ -

YE) Yj dS,
(D)
LA MÉTHODE DE LA SUPERPOSITION LA PLUS ADÉQUATE 55

4 =
jfa (*, y) (Z. -

ZE) Zj àS, (y=l, 2... ri)


CD)

et Jfj= jJTi0c,y)X,XjiS =
4,
0)

J,u=lfa(x,y)Y,YjàS=J%,
CD)

JU =
Ifa C*. y) zi ZJ *s =
Jff U =
1... n; i = 1... ri)

Par ailleurs, on aura besoin de:

>M>0

'00 T Joo "T •'OOi

avec:

Joo =
j jn (x, y) (x0 -

xEy as,
iD)

JÏo =
jjrl(x,y)(Y0-YEydS,

•^00 =
\\r\{x,y){Za-ZEYAS
(P)
et enfin

J =lfa(x,y)dS.
V>)

Dès que les forces externes et la solution initiale sont connues, que les fonctions Si

ainsi que la forces d'erreur r\ sont choisies, toutes les intégrales (109) sont calculables, soit
analytiquement, soit numériquement. Dès lors, tous les coefficients du système d'équations
linéaires à n inconnues que représente (108) sont connus. Il ne reste donc plus qu'à
résoudre ce système pour obtenir les valeurs des Q et, partant, la solution S à l'aide de
l'équation (93).
Par des séries analogues à (93), on trouvera les expressions relatives aux déforma¬
tions, aux efforts et aux contraintes de la solution finale, en partant des valeurs corres¬

pondantes de la solution initiale et des solutions particulières. Le problème sera ainsi


résolu pour autant que la solution obtenue soit satisfaisante1.
Pour ce faire, on calculera naturellement l'erreur quadratique moyenne pondérée
des forces externes; puis l'on vérifiera qu'elle est inférieure à une certaine limite prescrite.
En effet, en raison de la régularité des opérateurs employés, il y a lieu de penser que, si
l'approximation des forces externes est suffisante, l'erreur commise sur les efforts, les
déformations ou les sollicitations restera inférieure à une certaine valeur, elle-même

1
Les efforts et contraintes finals peuvent aussi être obtenus directement par dérivations
(analytiques) des déformations finales.
56 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

fonction de la limite précédente. En réalité, si l'erreur quadratique moyenne pondérée


sur les forces externes est nulle, la solution obtenue sera exactement la solution élastique
unique; aucune erreur n'aura été faite ni sur les sollicitations ni sur les déformations. Cette
affirmation pourrait être démontrée par l'application du théorème de Kirchhoff sur

l'unicité de la solution élastique [9].


Le calcul de l'erreur des forces externes peut être fait en employant directement la
formule (105); l'erreur quadratique moyenne pondérée sera égale à:

(110) e*m =
E(J,

où / est donné par (109). Le quotient de chaque intégrale de (105) par l'intégrale / donne
l'erreur quadratique moyenne commise sur chacune des composantes X, Y, Z de la
force externe.
II est plus simple par contre d'introduire (109) dans (105); on a alors:

(111) ejm =
(j£ + 2 S Q Jf, + S Q S q JÏ)/J
i i j

et deux expressions semblables pour eym et e^. En faisant la somme des trois compo¬
santes (100), et en tenant compte du fait que les Q satisfont à (108), on trouve:

(112) -
e*m =
(/oo + 2 d /„,)//.
i

La limite que l'on fixe à e%, dépendra de nombreux facteurs qu'il n'est pas possible
de passer en revue ici, mais dont il faudra tenir compte dans chaque cas particulier.

5. Compléments.

a. Fonctions orthogonales. —
Notre première remarque sera relative à l'orthogo-
nalité des solutions particulières. En effet, si les S,- étaient orthogonales, c'est-à-dire si:

(113) Jy = 0 (i^j)
et

le système (108) pourrait être simplifié et l'on pourrait calculer directement les Q par:

(114) Q =
—Joi.

Dans ce cas, les Ci ne seraient plus fonction des autres solutions Si. La solution serait

alors analogue à celle que Navier a donnée pour la dalle plane, par exemple.
Mais, en général, il n'est pas possible d'indiquer à priori les conditions que doivent

remplir les Si pour que (113) soit satisfait1. On pourra, cependant, toujours trouver, par

1
En effet, on choisit les déformations u, v, w, et ce sont les forces Y, X, Z qui doivent satis¬
faire à des conditions d'orthogonalité.
LA MÉTHODE DE LA SUPERPOSITION LA PLUS ADÉQUATE 57

combinaisons linéaires des S„ des fonctions Sf qui soient orthogonales. En pratique,


toutefois, le travail nécessaire à cette transformation n'est pas compensé par des avan¬

tages suffisants, aussi continuerons-nous à employer des fonctions S,- non-orthogonales.

b. Convergence. —
Une question très importante est relative au nombre n de fonc¬
tions Si nécessaires à une approximation suffisante, mais elle ne peut être résolue théori¬
quement, car ce nombre est fonction de plusieurs facteurs, notamment du choix, fort
arbitraire en fait, des solutions particulières Si et de l'approximation demandée.
On peut néanmoins montrer que l'adjonction d'une fonction 5,- à un groupe donné
diminue l'erreur quadratique moyenne finale. Il sera donc possiblex d'obtenir l'appro¬
ximation désirée par l'emploi d'un nombre suffisant de solutions St. Supposons en effet

que les S,- soient orthogonales; en raison de (112) et (114) nous avons:

(115) £-__2j_
i

Chaque terme de la somme étant positif ou nul, on voit que la fonction e2m, toujours
positive, décroît d'une façon monotone avec n. Sauf si le choix des Si est trop particulier,
l'erreur deviendra aussi petite que l'on voudra pourvu que n soit assez grand.
Cette conclusion reste valable même si les solutions particulières ne sont pas ortho¬

gonales, car l'adjonction d'une fonction Si équivaudrait, à travers la combinaison


linéaire énoncée, à l'adjonction d'une fonction S* au groupe des fonctions orthogonales2.
Disons, à titre indicatif, que, dans l'exemple étudié au chapitre V, nous avons n = 22

et que l'erreur finale est de 6 % environ.


Notons encore que le procédé général du paragraphe 4 est susceptible d'adaptations.
Dans certains cas, en effet, il pourrait être préférable de procéder comme suit: choisir un

groupe de N solutions particulières et, à l'aide de la méthode générale, déterminer une

Solution finale provisoire appelée S^f. Créer ensuite un deuxième groupe de M solutions
particulières, parmi lesquelles figure la solution finale du premier groupe. Obtenir ainsi
une deuxième solution, dite finale Sm, qui puisse éventuellement être améliorée par

l'adjonction d'autres solutions initiales.


D'autres procédés sont aussi praticables; il faudra dans chaque cas choisir le plus
adéquat. Il est évident, par ailleurs, qu'en adoptant ces procédés, il faudra, pour obtenir
la même précision finale, davantage de solutions particulières Si qu'avec la méthode

générale; mais le travail de calcul des intégrales Jy et de résolution des divers

systèmes (108) pourra être considérablement réduit. Ces procédés permettent, d'autre
part, un choix plus judicieux des Siy puisque, chaque fois, on connaîtra l'erreur commise

avec le groupe précédent.

c. Conditions accessoires. —
Dans certains cas, il est utile d'adjoindre des condi¬
tions accessoires à la condition (102). On peut par exemple demander que la pression
normale totale finalement supportée par le barrage soit exactement égale à la pression

1
Sauf dans des cas exceptionnels.
2
II va de soi que l'on suppose les S,- linéairement indépendantes.
58 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

totale externe donnée; ou bien qu'en certains points, l'erreur soit nulle; ou encore poser

d'autres conditions semblables.


Dans ces cas, on construira la fonction principale de Lagrange:

(116) 4> =
E+ SX,-F/= Min
/

où E est l'erreur (101), les Fi =


0, les conditions accessoires, et les X/, les multiplicateurs
de Lagrange. Il suffira alors de reproduire les calculs du paragraphe précédent en rem¬

plaçant E par <I>.

d. Choix de la solution initiale. —

Indiquons un moyen pour construire la solution


initiale S0 introduite au paragraphe 2, bien qu'il soit en général possible de la trouver

directement.

D'après (94) et (95), la déformation recherchée doit satisfaire à certaines condi¬

tions sur la ligne de fondation et sur le couronnement, mais ne doit respecter aucune
équation différentielle. Nous séparerons les deux groupes de conditions en posant:

(117) S0 =
Sn + S„2

où Soi satisfait à (94), c'est-à-dire à:

(118) «„i (jc, y) = û {x, y) (Ru (x, y) =


0)

et de même pour v, w, w„. On aura cependant:

h (y, «oi, voi, w01) =


Lj (S01) =
Lj, oi
=
quelconque. (x =
0; j =
1, 2, 3,4)

Par ailleurs, on choisira 502 telle que:

(119) «„2 (x, y) = 0 (Ru (x, y) =


0)

et de même pour v, w, w„, avec:

Lj (y, «02» v02, w02) =


Lj0 —

Lj, oi (x =
0; 7=1.2, 3,4).

On voit aussitôt que la superposition de Sn et de 502 satisfait bien aux conditions

imposées à S0. Il est facile de trouver Soi, car il suffit que des fonctions indépendantes
u, v, w (et wn) prennent sur le pourtour de la surface médiane une valeur prescrite. Si on
rencontrait des difficultés, on pourrait représenter cette solution par une série et appliquer
le principe de Gauss.
D'autre part, S02 représente une déformation du barrage totalement encastré en

raison d'efforts donnés, agissant sur le couronnement, et de forces X02, Y02, Z02 abso¬
lument quelconques agissant sur la surface médiane. On voit donc qu'il n'est pas difficile

de déterminer Soî, d'autant que les développements faits pour calculer les Si pourront
servir ici de base. Si l'on se heurtait à des difficultés, on procéderait par superposition en

employant une fois de plus le critère de Gauss.


LA MÉTHODE DE LA SUPERPOSITION LA PLUS ADÉQUATE 59

e. Remarques sur le calcul pratique. —


La méthode que nous venons d'exposer est
tout aussi bien applicable à un calcul numérique qu'à un calcul analytique. On voit,
par contre, que de nombreuses opérations, notamment les sommations (109), deviennent
rapidement compliquées. En fait leur calcul analytique est exclu; c'est pourquoi, on aura

recours aux méthodes numériques en les combinant avec les méthodes analytiques. En

principe, on calculera analytiquement tout qui possible, puis


ce est on traitera le reste

par voie numérique. L'ensemble des opérations à effectuer consiste essentiellement en

des dérivations (application des opérateurs), des superpositions, des intégrations et des
résolutions de systèmes linéaires.
Pour obtenir le maximum de précision, on aura intérêt à effectuer les dérivations par
voie analytique, car on sait que les dérivations numériques sont facilement inexactes.

Par contre, il y aura fort peu d'inconvénients et beaucoup d'avantages à intégrer numé¬
riquement. La résolution des
systèmes d'équations aura linéaires lieu de préférence
numériquement; les superpositions seront, selon le cas, analytiques ou numériques.
Cette succession de démarches implique que les solutions initiales et particulières
soient exprimées analytiquement. Pour que cela soit possible, il faut que les diverses

lignes R le soient à leur tour. C'est la deuxième hypothèse sur laquelle se fonde la méthode

envisagée. En réalité, cette condition n'est pas très restrictive, car il va de soi qu'il suffit
que la ligne de fondation soit assez bien approchée par une courbe analytique. Il y a lieu
de rappeler à ce sujet que la pratique de la construction des barrages en voûte veut que
la ligne de fondation soit une courbe régulière, ce qui est ici avantageux. On pourrait
aussi envisager une transformation de variables qui permette de tenir compte de cette
condition plus facilement avec les variables transformées que ce n'était le cas avec les
variables initiales [17,18]. Nous ne pouvons évidemment traiter ici cette question.
En conclusion, nous voyons que le nombre et l'importance des hypothèses faites
sont réduits. La plus restrictive est naturellement la première qui exclut les barrages épais
du champ d'application de la méthode.

B. APPLICATIONS

1. Généralités

Dans cette section, nous nous proposons d'indiquer sur deux cas spéciaux la marche
à suivre pour établir des solutions particulières. Nous devrons cependant nous contenter

de ne donner qu'un bref aperçu des calculs.


Nous étudierons le cas d'une vallée «triangulaire» symétrique, puis celui d'une
vallée « parabolique ». Nous entendons par là, non une vallée dont la section droite
serait réellement triangulaire ou parabolique, mais une vallée telle que la surface médiane
du barrage présente ces formes une fois développée.
Il est peut-être utile de rappeler que nous recherchons des solutions particulières (S,)
et non la solution générale. Ainsi, si nous considérons un encastrement total du barrage,
ce n'est pas que nous supposons nulle la déformabilité du terrain, mais simplement que
nous admettons que les conditions initiales en tiennent compte.
60 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

La forme des solutions particulières est déterminée par celle des conditions aux

limites le long du couronnement. Ainsi, pour l'exemple que nous allons traiter, nous

prendrons le système différentiel du chapitre II, C, 3, pour lequel les conditions (97)
seront, en vertu de (53):

Lx 0>, v, w) = w" =
0, C* =
0)

Li (y, v, w) = v' —
Aw'- =
0, (x =
0; A =
const.)
(120)
U (y, v, w) = w'" + 2w'- =
0, (* =
0)
Li(y,v,w) =
0.

Rappelons encore que le système différentiel retenu suppose u = 0. Nous n'aurons donc

plus que les deux déplacements v et w à considérer.

2. Vallée « triangulaire »

a. Situation. —
La figure 13 représente la surface médiane du barrage développée.

La section de la vallée est approximativement donnée par la figure 14. Elle peut être
considérée comme la projection de la surface médiane.

Fig. 13.

Nous ne restreignons pas la généralité de la solution en admettant:

H=L= 1.

En effet, s'il en était autrement, il suffirait de remplacer dans les calculs qui suivent
x par xjH et y par yIL. Pour chaque dérivation, il faudrait alors tenir compte d'un fac¬
teur \[H ou 1/L.
Compte tenu de ces hypothèses, on trouve que la ligne de fondation a pour équation:

(121) R (x,y) =
(x + y-l)(x —

y—l) =
[(1 -
x)' —
y*l = 0.

Le couronnement est comme toujours:

* = 0.
LA MÉTHODE DE LA SUPERPOSITION LA PLUS ADÉQUATE 61

b. Conditions aux limites. —


En tenant compte de ce qui a été dit dans le paragraphe
1, les conditions aux limites sont l'encastrement total le long de la ligne R (x, y) = 0 et
l'absence de forces sur le couronnement. Donc, dans notre cas:

(122a) w =
0, (*(*, >-) =
<>)

(122b) w =
0, (tf(*,v) =
0)

(122c) v =
0, (R(x,y) =
0)

(122d) w" =
0, {x =
0)

(122e) v' —
Aw'- =
0, (x =
0)

(122f) w'" + 2 w'- =


0. {x =
0)

c. Recherche de déformations satisfaisant aux conditions aux limites. —


La forme
de la vallée pouvant être exprimée par des polynômes, il semble opportun de choisir ces

mêmes fonctions pour représenter les déformations, bien que d'autres fonctions puissent
être envisagées. Nous écrirons dès lors:

(123) w, =
P? U, y), v, = P"* (x, y).

Puisque le barrage et les forces externes sont symétriques, on ne recherchera que des
déformations qui sont paires en y pour w, et impaires en y pour v. D'autre part, wi et vi
doivent s'annuler sur la ligne de fondation; wi doit même y avoir une double racine pour

que wi s'y annule. Si l'on met en évidence ces diverses racines, on trouve:

(124) Ht =
Pf (x, y) = R (x, yy Pi (x, y) =
[(1 -
*)* -y*]*P (x, y)
et
*
(125) v, =
Pf {x, y) =
yR (x, y) Q, (x, y) =
y [(1 -
x)* -
y*] Q (x, y).

Pour simplifier les écritures, nous désignerons R*(x, y) Par F(x, y) = F et yR {x, y) par
G (x, y) =
G; nous aurons donc:

(126) w =
FP, v =
GQ,

car nous pourrons nous dispenser d'écrire l'indice / dans ce qui suit.
Dès lors, quelle que soit la fonction P (x, y), la déformation w définie par (126) rem¬

plira les deux premières conditions (122). De même, quelle que soit Q (x, y), (122c) sera

satisfaite. Nous admettrons, ainsi que nous l'avons dit, que P et Q sont des polynômes
pairs en y et quelconques en x. Nous désignerons par n le degré de P et par m celui de Q.
Sous leur forme la plus générale, ces deux polynômes seront définis comme suit:

P =
P(pc,y)= S S Wqxyl, ^.= l'^3"'"'* ., .
lV>
7 =
2,4,6...n —

i, {n—i—ï))
;=0 /=0
(127)
0-1.2.3...».
Q=Q(x,y)= S S VijX\y.
i=0 j=0
y =
2,4,6...m —i, (m —/
—1))
62 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

Il s'agit donc de choisir les coefficients Wy et Vtl de sorte que les conditions (122d, e

et f ) soient également satisfaites.


Considérons d'abord la relation (122d) ; en tenant compte des règles de la dérivation
partielle, elle peut être écrite comme suit:

w" =
(PF)" = F"P + 2 F' P' + FP" = 0. (x =
0)

Si nous dérivons les fonctions F et P définies par (124), (126) et (127) et que nous les

introduisions dans la relation ci-dessus, nous trouvons pour x = 0:

n n—1

(128) w"x = 0
=
(l2-4y*) S Wt>jyJ + 2 (— 4 + 4y) S W^y1
7=0 7=0
n—2
+ (1— 2y*+y*) S 2Wijyi =
0.

7=0

Pour que cette identité soit satisfaite, il faut que le coefficient de chaque puissance de y
soit nul; on trouve donc pour les coefficients Wy les conditions suivantes :

(129) 6W9,q —

2W%q-.i—4Wi,q + 4Wi,t-t+ W%q—2W%q^ + ^2,?_4=0

pour q =
0, 2, 4,..« + 2 ou q =
0, 2, 4,..« + 1. Si n est pair, on aura ainsi (2 + w/2)
conditions pour les (1 + 3 «/2) coefficients WiA, où / =
0,1,2 et q =
0, 2, 4, .. « —
*

(# étant toujours pair). Si, par contre, n est impair, on trouve de même (3 + «)/2 condi¬
tions pour les (1 + 3 «)/2 coefficients W\t q,
dont i =
0,1, 2 et g =
0, 2, 4,.. n —
i.

Par ailleurs, on voit que les coefficients Wtj pour lesquels / est plus grand que 2 ne sont

pas touchés par ces conditions.


En procédant de la même manière pour la condition (122e), on obtient:

Y —
Aw'- =
G'Q + GQ' —

A(F'P + F'P- + FP' + FP'-) =


0, (x =
0)

d'où l'on tire:


m m—1

(130)(v'-^'-)x=o=-2yS VUJy> + (y —

y*) S Vuy>
7=0 7=0
n n

SAy 2 wOJyJ —
A(-4 + 4y*) S j W9Jy*-1
7=0 7=2
n—1 n—1

—A(—4y + 4y3) 2 Wljy'—A(\—2yi-\-yi) Si^y-^O


7=0 7=2

Dans cette expression, le coefficient de y9+1 doit disparaître; on a donc:

(131) (— 2 V0, q + Fl ,

n, 9_2)/(^ (^ + 2))-4WM + 4 W0< q+2

+ 2Whq— Wlt ?_2


Wi, q+%
= 0
LA MÉTHODE DE LA SUPERPOSITION LA PLUS ADÉQUATE 63

pour q =
0, 2,4...m + 1 ou q =
0, 2,4,..« + 1. En général, /n sera plus petit ou égal
à «, de sorte que (131) représente:
si n est pair, (n + 2)/2 conditions pour les n + 1 coefficients W^- pour lesquels
i =
0,1, et j =
0, 2,4 ... n —
i et- les m + 1 coefficients Vy pour lesquels / =
0, 1 et

/'= 0,2,4 ... m —


i;
si est impair, (m + 3)/2 conditions pour les + 1 coefficients et les
n n Wy m + 1
coefficients F#.
Si nous passons enfin à l'équation (122f), nous obtenons:

w'" + 2 w'" =
(F'" + 2 F'") P + (3 F" + 2 F") F' + 3 F' F"

+ FF'" + 4F'- F + 4F- F'- + 2F' F •

+ 2FF'- =
0, (x =
0)

qui peut aussi être mise sous la forme:

n n—1
(132) (w'" + 2 */•)*=„ = —
8 S WOJyt + (28 + 12y) S H^y
;=o y=o

H—2 K—3
+ (—12 + 12 y) s 2 Wy y + a —
2 y + y> s 6 w3jyJ
j=0 j=0

n—1 n

+ (- 16 y + 16 y) S y FFW y-1 + 32 y S 7 FT„; y-1


7=2 j=2

n n—1
+ (—8+8y> Sx/—D^y-'+G—4y+2y> s 70—Dw^y-^o
7=2 7=2

d'où l'on tire, en annulant le coefficient de y:

(133) 4 W0,q(q* + 3<7-l)-4 ^„, 3+2 fe + 2)fo + D + Wx, ,_. (« -


1) {q + 4)

+ 2 ^ ( -

<?2 -
3 q + 7) + Wlt q+2 (q + 2) (<? + 1)

+ 12 Wxq-i—12W2,,+ 3^9_4 —
6 WK ^a + 3 ^3, ,
= 0

pour q =
0,2,4,...« ou # =
0, 2,4....« + 1.
Si n est pair, on a ainsi (rt + 2)/2 conditions pour les 2n coefficients Wty où
q

i =
0,1,2, 3 et q =
0, 2,4,... « —
i (ou n —
i —
1); si n est impair, le nombre des
conditions est (n + 3)/2 pour les mêmes coefficients.
En résumé, nous pouvons dire que les coefficients Wy et Vy des polynômes (127)
doivent remplir (129), (131) et (133) afin que toutes les conditions (122) soient satisfaites.
Pour que le système représenté par (129), (131) et (133) ait au moins une solution, il faut
64 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

que le degré des polynômes soit suffisamment élevé; en effectuant le calcul, on constate

que l'on doit avoir:

(134) 2m + n>8

si n est pair, et

2m+»>9
si n est impair.
Si cette condition est remplie, on peut démontrer que le système en question aura

le nombre suivant de solutions:

(135) /= («2 —
2n + m2 + 4m —

8)/4
si « et m sont pairs, et

/= («s —
2n + m2 + 4m —
12)/4

si n et m sont impairs.
Ainsi /représente le nombre de solutions initiales qu'il est possible de trouver avec

des polynômes (127) de degré net m donnés. Il est clair que l'on aura pour ces diverses

solutions des combinaisons Si =


(ve,-, v,) et des combinaisons 5/ =
(wit 0) ou 5< =
(0, v,).
Toutes ces solutions ne sont déterminées qu'à un coefficient constant près, que l'on choi¬
sira en raison des commodités de calcul.
Nous n'avons jusqu'ici étudié que des déformations symétriques du barrage, mais
il est facile de concevoir le même calcul pour les déformations asymétriques. Il n'y a

cependant pas lieu de s'étendre sur ce point.


Une question importante à résoudre est celle de la valeur à donner à n et m. En effet,
si (134) fixe un minimum pour celle-ci, le maximum n'est pas déterminé. Or le travail de
calcul augmente rapidement avec le degré des polynômes, de sorte qu'il y a intérêt à
choisir pour leur degré la valeur la plus basse compatible avec la précision exigée pour les
résultats. A ce point de vue cependant, seules des applications numériques permettent
de se faire une idée valable. A titre
indicatif, on peut dire qu'en général, une vingtaine de
solutions particulières pourront suffire, si bien que, pratiquement, n et m devront être
choisis entre 4 et 8.
Notons qu'il faut encore calculer les forces externes X, Y, Z pour que les solutions

particulières soient entièrement connues. A cet effet, il suffira d'appliquer les opéra¬
teurs (89) aux déformations obtenues par (126) et (127) à partir des coefficients que nous
venons de trouver.

3. Vallée « parabolique »

a. Situation. —
En procédant de la même manière que dans le paragraphe précédent,
nous allons rechercher des solutions particulières pour le cas d'une vallée «parabolique»,
c'est-à-dire telle que la surface médiane du barrage soit limitée par la parabole:

(136) R (x, y) =
x + yi —
1 =
0.

Ici encore, le couronnement est donné par x = 0. Nous avons fait de nouveau H' = L =
1,
ce qui ne restreint pas la généralité de la solution. Pour les conditions aux limites, nous
LA MÉTHODE DE LA SUPERPOSITION LA PLUS ADÉQUATE 65

prendrons encore (122), qui correspond au système différentiel du chapitre II, C, § 3.


A titre d'exemple, nous rechercherons d'abord des déformations symétriques
représentées par des polynômes, puis des déformations données par un produit de fonc¬
tions exponentielles et de polynômes.

b. Polynômes. —
Comme pour la vallée triangulaire, nous poserons que les défor¬
mations du barrage sont données par (126):

w =
FP, v=GQ,

où P et Q sont toujours les polynômes (127), mais où F et G sont, cette fois, définis par:

(137) F=R*(x,y) =
(x + y* —

l)a
et

G =
yR(.x,y) =
y(x + y* —
1).

Il s'agit donc de choisir les coefficients de (127) de sorte que w et v satisfassent à (122).

Le calcul peut être développé exactement comme dans le paragraphe précédent, de sorte
qu'il nous suffira d'en donner le résultat.
Pour que (122d) soit remplie, il faut en premier lieu que les coefficients Wy res¬

pectent les conditions suivantes:

(138) W0,g —

2Wltt + 2Wltll-2+ fV2>g~2W2rg__i+ ^2;9_4 = 0

pour q —

0,2,4.... n + 2 ou q =
0, 2,4....n + 1, qui sont au nombre de (2 + n/2),
respectivement (3 + «)/2, selon que « est pair ou impair, et qui concernent les (2 + 3«)/2,
respectivement (1 + 3«)/2 coefficients Wy dont les i sont 0,1 ou 2 et les q—j sont pairs.
De même, pour satisfaire à (122e), il faut faire:

(139) (Ko, ,
+ Vu <,-*
-

Vu g)l(A (q + 2)) —

2Wll,q + 2 W% ,+a
-
Wt, ^

+ 2W1„-Wu+!=0

pour q —

0,2,4...«, (n + 1) ou q =
0, 2,4...m, (m + 1) .

Comme pour (131), il s'agit ici de (n + 2)/2, respectivement (« + 3)/2 conditions pour
les n + 1 coefficients Wy où i =
0,1, et les m + 1 coefficients Vy où / =
0, 1, selon
que n est pair ou impair.

Enfin, pour remplir la condition (122f), on doit avoir:

(140) 2(q + l)(q + 2)W0,q —


2(q+l)(q + 2)W0tg+î + (q+l)(q+2)W1,q-t

(2q* + 6q+ 1) Wx, q
+ {q + 1) (q + 2) Wh q+i

pour q 0,2,4...n ou q
=
0, 2,4,..« + 1, qui représente (n + 2)/2 si
= n est pair et

(n + 3)/2 conditions si « est impair, pour les 2n coefficients Wit q où i =


0,1,2, 3 et

q =
0, 2,4 n —
i (ou n — i —
1).

fi
66 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

En résumé, nous voyons que les coefficients des polynômes (127) doivent satisfaire
à (138), (139) et (140), et que le nombre total de conditions reste le même que pour le cas

de la vallée triangulaire. Ainsi (135) donne encore le degré de liberté du système et donc

le nombre de solutions particulières de la forme (126) que l'on peut obtenir avec les

valeurs de « et m choisies.

c. Produits de polynômes et d'une fonction exponentielle. —


Bien qu'il soit théori¬
quement possible d'obtenir l'approximation prescrite en utilisant un nombre assez grand
de solutions particulières de forme polynomiale, il est parfois avantageux de représenter
ces déformations par d'autres formes. En particulier, des expressions contenant des
facteurs exponentiels peuvent être fort appropriées, car les déformations considérées

restent plus ou moins localisées dans une certaine zone de la surface médiane. Il en est

donc « presque » de même des forces externes correspondantes. Supposons, par exemple,
que nous voulions avoir des déformations, et donc des forces, importantes sur le cou¬

ronnement, mais diminuant rapidement avec l'accroissement de la variable x. Il suffira

alors d'exprimer les déformations sous la forme des produits de polynômes par une fonc¬

tion exponentielle en —
x.

Le calcul peut en principe être développé comme ceux que nous venons d'exposer;
nous pouvons donc nous contenter d'en donner les résultats.

Ecrivons les déformations sous la forme:

w = R2 (x, y) ë~kx P (x, y) = Fe~kx P,

v =
y R (x, y) e~kx Q (x, y) = G e~kx Q.

PetQ sont toujours les polynômes définis par (127), alors que F et G sont encore donnés

par (137). On voit immédiatement que les conditions (122a, b


et c) sont satisfaites quels

que soient les coefficients des polynômes P et Q. D'autre part, la fonction e~kx garantit
la diminution rapide des déformations vers le bas du barrage.
En appliquant (122d), on trouve:

(142) (2 + 4k + &2) Wo, g



(4k + 2k*) W0> ?_2
+ k* W0, 9_4

(4 + 2le) Wu q

+ (4 + 4k) Wlt q_2


2kW1, ,_4 + 2 W2, q



4 W% ,_2 + 2 W% ?_4
= 0

pour q =
0,2,4...n + 3 (ou n + 4), ce qui représente (« + 6)/2 ou (« + 5)/2 conditions

pour les (3 n + 2)/2, respectivement (3 n + l)/2 coefficients Wy qui interviennent avec


l =
0,1, 2, selon que n est pair ou impair.
De même, pour tenir compte de (122e), on arrive aux conditions suivantes:

(143) ((1 + k)V0,q-k V0t ?_2


-

Vlt q
+ Vu ç^/ÇA(q + 2))-2(1 + k) W0, q

+ (2 + k) Wo, q+i + * W% Wu + 2 W!, Wl^+t 0


— — =
9_2 ?_2 ,

pour q =
0,2, 4...n + 1 (ou n + 2) ou q =
0, 2, 4.... m + 1 (ou m + 2). On a donc

(« + 4)/2 ou (k + 3)/2 conditions, selon que n est pair ou impair, pour les m + 1 coeffi¬
cients Vy (i =
0, 1) et les n + 1 coefficients Wy (i =
0, 1).
LA MÉTHODE DE LA SUPERPOSITION LA PLUS ADÉQUATE 67

En opérant de la même manière, on voit que pour satisfaire (122f), il faut avoir:

(144) (8 + 2 * —
6 k* —
k3 + 4 (1 + k) g (q + 3)) W0, q

+ 2k(—12 +6k+ k*—(q—2) (q+5)) W0,q-_2—2(2 + k)(q + 2) fa + 1) W%q+%


k3W0,q_i + (—2+l2k + 3k2 —

4q(q + 3)) Wlt q

+ 2(3 (4-2&-À:2) + {q-2){q —

5)) ^1;9_2 + 2 {q + 2) (q + 1) ^ î+2

+ 3 À:2 ^ ,_i

6(2 + k) W2,q+ 12(1 + k) W2,q_2 —
6k ^2;<7_4

+ 6 W3t q—
12 1^3, g-2 + 6 »V ,_4
= 0

pour q =
0,2, 4..(« + 3), ou (n + 4). Il s'agit de (n + 6)/2 ou (« + 5)/2 conditions
concernant les 2n coefficients Wy pour lesquels / =
0,1,2,3 selon que n est pair ou impair.
Nous voyons ainsi que les coefficients de (127) doivent remplir, dans notre cas, les
conditions (142), (143) et (144). L'ensemble de celles-ci représente un système de
(3k + 16)/2 ou (3n + 13)/2 équations, selon que n est pair ou impair, à condition, toute¬

fois, que n soit plus grand que m. Pour que ce système ait une solution non-triviale, il
faut que:

(145) 2m + «>16
si n est pair, et

2 m + n >; 13
si n est impair.
Le nombre de solutions indépendantes possibles est alors de:

(146) /= (k2 —
2« + w2 + 4 m —

24)/4
si n est pair, ou

/= (ra2 —
2« + w2 + 4 m —

20)/4
si « est impair.
On pourra donc choisir la valeur de n et de m en fonction du nombre de solutions indé¬

pendantes que l'on désire obtenir.

4. Remarques

a. Les calculs précédents montrent qu'il est relativement aisé de trouver des solutions

particulières dans les cas simples de la vallée triangulaire ou parabolique. On conçoit


aussi que de nombreuses autres fonctions puissent être utilisées en lieu et place des poly¬
nômes (par exemple des fonctions harmoniques, hyperboliques, de Bessel, etc.). Il est
clair aussi que diverses autres formes de vallées pourront être étudiées sans grandes
difficultés (par exemple, des vallées en forme de paraboles de divers degrés, de trapèzes,

d'hyperboles, de demi-ellipses, etc.).


Notons encore que les solutions particulières que nous avons trouvées sont valables

quelles que soient les lois de variation de l'épaisseur et des rayons de courbure, pourvu

que les conditions aux limites sur le couronnement soient celles que nous avons admises.
68 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

b. On dispose d'une liberté très grande dans le choix de la forme des solutions parti¬

culières, puisqu'il suffit de remplir certaines conditions sur le bord de la surface médiane.
On disposera ainsi d'un lot très important de ces solutions. Il importe donc, pour réduire
au minimum l'ampleur des calculs, de choisir celles qui conviennent le mieux
au problème

à résoudre, c'est-à-dire celles qui permettent d'obtenir la plus grande précision sur les
forces externes résultantes pour un même nombre de solutions particulières. S'il n'est
pas possible de donner une recette permettant de procéder à ce on peut, cependant,
choix,
faire quelques remarques à ce sujet. On aura intérêt, en premier lieu, à retenir les solu¬
tions particulières dont la charge externe est le plus proche possible de la charge externe

donnée. Pour dépasser facilement cette première approximation, il est utile de disposer
de solutions particulières dont les forces sont concentrées en des zones limitées. Ainsi,
des solutions, telles que celles étudiées en dernier lieu, c'est-à-dire des produits de poly¬
nômes et d'une fonction exponentielle, permettront d'améliorer la solution finale dans
la zone du couronnement. Il suffira pour cela de choisir le coefficient k assez grand*.
En étudiant en détail chaque cas particulier, on pourra procéder à ce choix en toute

connaissance de cause.

c. Toute fonction de la forme (126) qui ne satisfait pas aux conditions (122d, e et f)
comportera des forces externes agissant sur le couronnement. Il est donc visible que de
telles fonctions seront utiles lors de la recherche de la solution initiale partielle Sei.

d. Nous avons toujours supposé la puissance de v inférieure à celle de w, donc m < n.

Ceci est justifié parce que w doit satisfaire à un bien plus grand nombre de conditions
que v, et que le nombre de coefficients libres de w doit être supérieur à celui de v.

e. Remarquons encore que le nombre de solutions particulières réellement indé¬

pendantes peut parfois être plus grand que ne l'indique (135) ou (146), car plusieurs des
conditions pour les W$ et Vy peuvent coïncider.

1
Pour tenir compte du fait que les forces sont essentiellement le produit des déformations
par les rigidités du barrage, il faudra faire en sorte que le produit e—kx.K diminue assez rapidement
vers le bas du barrage.
Chapitre IV

CALCUL
DE LA TORSION PAR LA MÉTHODE DES ARCS-MURS

A. CAS D'UNE CONSOLE CENTRALE

1. Généralités

On reproche souvent à la méthode habituelle des arcs-murs de négliger l'effet de la


torsion; ce n'est pas sans raison, car certaines considérations font penser qu'il s'agit d'un
effet relativement important. Nous avons l'intention de développer dans ce chapitre un

procédé simple tendant à généraliser cette méthode pour y introduire l'effet de la torsion.

La méthode généralisée que nous obtiendrons est essentiellement caractérisée par le fait

que le nombre des inconnues hyperstatiques n'est pas augmenté par rapport à la méthode
habituelle. Elle est donc nettement distincte du Trial Load [54, 58] qui, on le sait, tient aussi
compte de la torsion. Les auteurs de cette méthode partent, en effet, d'un système sta¬

tique préconçu et cherchent à y introduire ensuite, à force d'inconnues hyperstatiques,


les effets qu'ils ont d'abord négligés. Nous partirons au contraire de la théorie des

coques et n'introduirons les arcs et les murs qu'à titre de moyen permettant de résoudre

les équations différentielles1.


Afin d'alléger l'exposé, nous traiterons d'abord le cas d'une seule console dans l'axe
du barrage, supposé symétrique; nous passerons ensuite au cas de plusieurs consoles et

donc au barrage dissymétrique.


Une remarque doit être faite à propos du signe du déplacement radial w. En effet,
il est d'usage, dans la méthode des arcs-murs, de prendre pour positif ce déplacement
s'il est dirigé vers le centre de l'arc, alors que dans la théorie des coques on avait admis le
contraire [14]. Dans ce chapitre nous nous conformerons aux habitudes de la méthode
des arcs-murs, afin que la comparaison avec les divers ouvrages traitant cette question
soit plus aisée. Il nous suffira donc de changer w en —
w dans les formules que nous avons

établies dans les chapitres précédents, et notamment dans le chapitre II.


équations différentielles de la méthode habituelle des arcs-murs ont été obtenues
Les
à partir des équations générales des coques cylindriques, en négligeant l'effet de Poisson,

en question a été inspirée par la thèse de Ch. Dubas [22]. Il s'agit ici toutefois
1
La méthode
d'un cas plus complexe, puisque l'épaisseur de la coque est en général fortement variable.
70 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

2. Rappel de la méthode habituelle

le déplacement vertical, l'effet de la torsion et celui des cisaillements tangentiels. (Voir


le chapitre II, C, § 6 a.)
Le principe de la méthode des arcs-murs dans le cas d'une seule console consiste à

considérer que la charge de l'arc est constante le long dedéveloppement, et à répartir


son

la pression externe entre les arcs et le mur en égalisant leurs déplacements radiaux aux
points de croisement [50]. Cet équilibre peut être exprimé comme suit en vertu de (72) :

(147) P=Pa+Pm. (y =
0.)

Avec le changement de signe que nous avons annoncé, la charge du mur peut être calculée
comme suit au lieu de l'être par (73) :

(148) pm= +(Kw")".

L'arc, pour sa part, est chargé par une pression radiale constante; on pourra donc recourir
au chapitre II, C, § 5 et écrire comme en (71a):

(149) pa (y=o) =
Wa (,= (,)/# (x),

où g (x) est maintenant un coefficient de déformation positif variable d'un arc à l'autre.

Introduisons (148) et (149) dans (147) pour obtenir l'équation suivante, fonction de
la seule variable verticale x:

(150) (Kw'0')" + w0lg—p =


Ù,
où:

w0 =
w (x,y =
0), K= K (x), g =
g (x), p=p (x),

On remarquera, en passant, la similitude de cette équation avec celle des réservoirs

cylindriques; la seule différence réside dans le coefficient g (x). Cette équation pourrait
être intégrée par un procédé numérique quelconque en choisissant les déplacements w

en divers points comme inconnues. Il est par contre beaucoup plus précis de prendre les^a
ou les pm pour inconnues. Calculons donc les déformations des divers éléments en fonc¬
tion des charges qu'ils ont à supporter.
Pour le mur, on pourra appliquer la loi de superposition afin d'exprimer en chaque
point i la déformation due aux charges agissant sur lui aux divers niveauxy:

(151) wmi = S Wijpmj. (j =


1, 2,... ri)
j

Les Wy sont les coefficients de déformabilité de la console, calculés par les méthodes
habituelles de la statique appliquée.
Pour l'arc, il suffira de
reprendre (149).
En chaque point de croisement i d'un arc avec la console, nous pouvons écrire

l'égalité des déplacements radiaux sous la forme:


CALCUL DE LA TORSION PAR LA MÉTHODE DES ARCS-MURS 71

(152) Wmi =
Wai, (/ =
1, 2, 3,...«)

d'où l'on tire, compte tenu de (149) et (151):

(153) S wypmj =
gipai. (i =
1, 2, 3...m)
7=1

Il suffit maintenant d'éliminer à l'aide de (147) l'un ou l'autre des deux groupes d'in¬

connues (les pmi ou les pat), pour obtenir le système d'équations linéaires dont la résolu¬

tion livre la répartition de la pression externe entre les éléments porteurs.


Ainsi, lorsque l'on choisit les/>„,,• pour inconnues, on trouve:

(154) S WijpmJ + pmi gt —Pigt


= 0. (i =
1, 2, 3...h)
7=1

Si, par contre, on prend les pai pour inconnues, on obtient le système:

n n

(155) Paigi+ 2 Wijpaj— S WiPj=0. 0'= 1, 2, 3...M)


7=1 7=1

Une fois l'un de ces systèmes résolu, les calculs seront poursuivis en déterminant

séparément les sollicitations des éléments chargés par les pressions qui leur reviennent.

3. Principe de la généralisation envisagée

Pour tenir compte de l'effet de torsion, nous devons remplacer le système d'équations
différentielles (74) par les expressions correspondantes (78) qui font l'objet du cha¬

pitre II, C, § 6, b, et que nous écrivons à nouveau en changeant, comme nous l'avons dit,
le signe de w:

(156a) {Kw")'jr —

(Kw'-yjlr + XE =
0,

(156b) Dv —
Dw/r + 3 {Kw'-)'l2r + YE =
0,

(156c) Dvjr —
Dw/r* —
2 JSTw/r2 —

Kwjr* —
Kw- —

(Kw")" —
2 (Kw'-)'- + ZE = 0.

Dans ce système, XE, YE, ZE sont les charges externes données. En général nous avons:

(157) xE=o, y£ =
o, ZE =
p.

Pour résoudre le système différentiel (156), nous procéderons comme dans le para¬

graphe précédent, en considérant toutefois qu'en faisant l'hypothèse pa = const. le long


de l'arc, la méthode habituelle établit une relation linéaire entre la déformation de l'arc

à la clef et la charge qu'il supporte. On peut ainsi se borner à étudier l'équilibre et la


72 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

déformation de la seule console centrale. De même, si nous voulons introduire l'effet


de la torsion, il nous faudra trouver une relation semblable entre la charge supportée
par la torsion et le comportement des arcs à la clef.
Pour cela, il faut pouvoir calculer les divers arcs indépendamment les uns des autres;
or, si nous considérons les équations (156), nous voyons que cela n'est pas possible sans

avoir recours à un artifice. En effet, l'équation (156a) n'est pas identiquement nulle,
comme c'était le cas dans la méthode habituelle; d'autre part, l'équation (156b) contient
un terme 3 (Kw'-)'I2 r qui, étant obtenu par double dérivation selon x, n'est pas exclusive¬
ment fonction de l'arc considéré. Pour contourner cette difficulté, il nous suffira cependant
d'introduire en plus des forces externes données (157) les forces fictives suivantes:

X, =
(Kw'-)-llr —

(Kw'Jlr + XE,
(158)
y„ = —
3 (Kw'-)'l2r + YE,

où Xe= Ye= 0, afin d'obtenir le système différentiel simplifié:

(159a) XE =
0,

(159b) Dv —

Dw/r =
0,

(159c) (Dvjr —
Dw/r1 —

Kw/r1 —

IKwjr^—Kw-) —
(Kw")"—2(Kw'-)'- + p = 0.

Le procédé que nous venons d'appliquer n'est justifié que si l'on tient compte par la suite
des forces fictives (158). (Cf. à ce sujet le premier complément.)
Il s'agit maintenant d'intégrer le système (159). On voit que, compte tenu du chan¬

gement de signe de w, identique à (67a) qui est valable pour l'arc


l'équation (159b) est

indépendant. On constate aussi que la


première partie de (159c) correspond, sous la
même réserve, à (67b). On peut donc remplacer le premier terme de cette équation paxpa.
Si d'autre part on se souvient de (148), et si l'on définit par:

(160) p, = 2 (Kw'-)'-

la charge supportée par la torsion, on peut écrire à la place de (159c) la relation suivante:

(161) pa + Pm + Pt —P =
0,

qui exprime l'équilibre réalisé entre la charge externe, d'une part, charge supportée
et la

par l'arc, celle du mur et celle qui correspond à l'effet de la torsion, d'autre part.
Puisque nous considérons une seule console, nous devons rapporter
l'équation (161)
à cette seule section (y —
0). Cette condition est automatiquement satisfaite pour pm.
Par (149), il en est de même pour/>a. Pour/;, par contre, nous devons procéder comme suit.
Si nous étudions (160), nous voyons qu'il existe une certaine difficulté, due à la pré¬
sence de dérivations selon y qui ne peuvent pas être calculées aussi longtemps que l'on
CALCUL DE LA TORSION PAR LA MÉTHODE DES ARCS-MURS 73

considère une seule console. Si nous nous rappelons, cependant, que nous n'étudions pour

l'instant que des barrages dont l'épaisseur est constante le long des arcs, nous pourrons
écrire:

(162) />, = 2 (Kw'-Y- = 2 {Kw'"Y =


(21 {w)')' = 2 (K (irç )')',
en désignant par l'indice 0
la valeur de w et de w prise à la clef de l'arc1.
Il est clair maintenant que la courbure à la clef de l'arc est directement propor¬
'

w'0
tionnelle à la charge de celui-ci. Cette charge reste toujours constante le long de l'axe
de l'arc. Nous pouvons avoir recours ainsi à la formule (71b) qui donne ce coefficient

de proportionnalité, et introduire celui-ci dans (162); nous obtenons ainsi:

(163) P, =
2[K (-fpa)7,

où maintenant/est un coefficient positif, déterminé par les caractéristiques de chaque arc,


dit coefficient de courbure 2.
Avec cette dernière formule, nous trouvons que (161) devient:

(164) pm + Pa + 2 [K {-fpa)'Y -p = 0.

Le problème consiste donc à présent à résoudre l'équation différentielle (164) qui


ne concerne plus que le comportement des arcs et de la console dans la section centrale.

4. Résolution de l'équation différentielle

Pour que cette résolution puisse être faite à l'aide des méthodes de la statique, il

convient tout d'abord de transformer l'équation (164) de telle manière que n'y figurent plus
de dérivations. Il faut donc exprimer [K (fpa)7 en fonction

des pai qui sont les pressions supportées par les arcs que nous I ,

' '"'
choisissons pour le calcul du barrage. Cette transformation •

peut être faite très facilement à l'aide de la méthode des diffé- 4-A
rences finies.
Limitons-nous d'abord au cas de distances égales entre

les arcs (fig. 15); désignons ceux-ci par 1, 2, ...


i —

1, /',
AX
i + 1,... n, et les milieux des intervalles par 1Y2, 2%,... i— %,
» + %>—• En appliquant la méthode des différences finies, -i !*!
nous avons: \x
lg"
(fPaYi+K =
(fi+1 Pa,i+l —fiPai)/& *

1
Une justification entièrement correcte de ce dernier passage peut être obtenue en déve¬

loppant w (x, y) en puissances de y selon Mac-Laurin, et en passant seulement après à la limite


y =
0, c'est-à-dire en se bornant à considérer la console centrale.
Remarquons que si l'on calcule l'arc par les méthodes de la statique appliquée, il faut se
*

rappeler que wô n'est pas le quotient du moment de flexion à la clef par la rigidité de l'arc, mais
'

qu'au contraire selon (65):


w'd MjK + wjr2,
— =
(w changé en w) —

d'où, selon (149):


/ =
M/(pa K) + wj(pa r2) =
MUpa K) + g/l».
En ce qui concerne les signes, nous dirons qu'avec les conventions de la méthode des arcs-murs,
on aura pour un arc chargé radialement par une pression convergente constante p:

p>0, w0>0, w'0' < 0, M0 > 0.


74 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

et de même :

[K(fPa)7 =
[Ki+% (/M'+a —-8+-K (f»y-yMx-

En combinant ces expressions, nous trouvons aussitôt:

(165) —

Pti = 2 [tf (/>„)'# =


+ 2 Ki+y2 fi+1 paj+1IA x2
- 2 (AJ+H + Ki-yJfiPaj/A X* + 2 Kt-y2 ft-tPa.l-J* X*

que nous pouvons transformer en:

(166) —p,i =
AiPa, i"+i —

BiPa, i + CiPa, i—i,

si nous désignons par A, B et C les coefficients suivants que nous appellerons coefficients
de torsion:

Ai =
2Ki+y2fi+1IAx\
(167) Bt = 2 (Ki+Vi + Kt-yJfilA x\
Ci =
2Ki-yJi_1IAx\

Ces coefficients sont toujours positifs, car il en est de même du coefficient de courbure /.

Reportons à présent la relation (166) dans (164) qui devient:

(168) pmi —

Aipa> i+1 + (1 + Bi)pa> i


Cipat /_!

p = 0. (j =
1, 2,... n.)

Cette relation a la même signification que (147) pour la méthode habituelle des arcs-murs.
D'autre part, l'égalité des déformations pour les arcs et la console est toujours
exprimée par (152) et (153), c'est-à-dire par:

(169) wm> i
=
wa, i,

donc:
n

S WijpmJ =
gipai. ((i =
1, 2,...n.)
7=1

Il suffira maintenant d'éliminer les pmi entre (168) et (169) pour obtenir le système
d'équations linéaires suivant, dont la résolution donnera la répartition des charges:

n n n

(170) 2 wijpmJ= S WijPj+ S Aj^Wij-iPaj


y=l y=i ;=i
n n

— S (l+Bj)wijpaJ+ S CJ+1Wij+1paj =
gipaj. (/=1,2,...«.)
y=i y=i

L'écriture de ce système peut être considérablement simplifiée, si l'on transforme les


coefficients de déformation de la console wu comme suit:
CALCUL DE LA TORION PAR LA MÉTHODE DES ARCS-MURS 75

(171) Wfj = —

4_! WiJ-! + (1 + Bj) Wy —

Cj+1 Wi,j+1. (i,j =


1, 2,... H.)

On trouve ainsi, finalement, le système suivant:

n n

(172) S Wfjpaj + giPai— 2 0, 0=1,2... K.)


WijPj =

y=i 7=1

qui permet de déterminer les n valeurs des pressions supportées par les arcs (pai). Il
remplace le système (155) de la méthode habituelle des arcs-murs.

Une fois connues les charges des arcs, on calcule la part de la torsion en appliquant
(166), et celle de la console en tenant compte de (161). A partir de ce moment, les calculs
se poursuivent comme par la méthode habituelle.

5. Conditions aux limites

Les formules (166) et (167) ne sont évidemment valables que pour des points courants

de la console, à l'exclusion des points extrêmes qui doivent faire l'objet d'un calcul
particulier.

a. Couronnement. —
Le long du couronnement, il faut respecter les conditions (80)
qui expriment l'absence de forces externes. Celles qui concernent le moment de flexion (mx)
et l'effort tranchant (qx) sont automatiquement satisfaites, puisque les coefficients de défor¬
mation de la console ont été établis dans cette hypothèse.
La condition qui a trait à l'effort tangentiel conduit, par contre, à annuler le moment
de torsion sur le couronnement. Cette dernière condition n'est pas rigoureusement exacte,
ainsi que Kirchhoff l'a montré. Elle conduit, en effet, à une absurdité géométrique, car

elle impose w'- = 0 et partant w' =


const. le long du couronnement, ce qui est impos¬
sible. On voit mal, cependant, comment on pourrait éviter de faire cette simplification,
puisque, si l'on voulait suivre exactement Kirchhoff, il faudrait introduire le long du
couronnement des efforts tranchant et tangentiel fictifs que l'on aurait quelque difficulté
à reprendre par la suite. Nous pouvons accepter cette simplification, car, d'une part,
l'effet de torsion est relativement faible dans la partie haute du barrage (c'est un effet de
dalle dont l'importance augmente avec l'épaisseur), et, d'autre part, nous avons la pré¬
tention de prendre en considération l'effet de torsion, mais non celui du cisaillement tan¬

gentiel. Il serait donc absurde de perdre trop de temps à tenir compte de ce cisaillement le

long du couronnement, alors que nous en négligeons les effets sur tout le reste de la surface

médiane1. Remarquons encore que, pour des raisons diverses, l'épaisseur au couronne¬

ment sera en général supérieure au minimum statique, de sorte que les sollicitations
seront inférieures aux valeurs admissibles.

1
Le fait d'écrire dans (77) des expressions pour les efforts tangentiels nxy et nyx ne signifie
pas que l'on tienne compte effectivement de ces efforts. Les termes conservés ne servent, en effet,
qu'à équilibrer les moments de torsion, alors que les termes principaux (w + v') ont été négligés.
76 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

Nous accepterons donc, sans hésiter, la condition simplifiée:

mxy = 0 (x =
0)
et donc:

w'- = 0 . (x =
0)

Dès lors, la charge portée par torsion est nulle le long du couronnement. Nous avons:

(173) p, = 2 (Kw'-)'- = 2K'-w'- + 2K'(w'-y + 2K- (w'J + 2K{w")" =


0, (x =
0)

puisque w" et w'- ainsi que toutes leurs dérivées selon y disparaissent. Ceci nous conduit
immédiatement à poser dans (167):

(174) Al =
B1 =
Cx =
0,

si l'arc i = 1 est celui du couronnement (x =


0). Il faudra naturellement annuler aussi
le coefficient A0 qui apparaît si l'on applique formellement les expressions (171) (fig. 16).

b. Fondation de la console. —
Supposons d'abord que le pied de la console soit
totalement encastré. Au point d'encastrement «, les déformations de l'arc et du mur,
ainsi que leurs déformabilités sont nulles. La méthode des arcs-

murs ne permet donc pas d'indiquer la répartition de la pression


1 '
à ce niveau. On admet en général que toute la pression externe
est supportée par la console, ce qui s'est d'ailleurs avéré inexact.
A 2
(Cf. chapitre V, C.) Pour l'arc n, nous avons, cependant, le
coefficient de courbure nul:

—w&—"'' fn =
0,

d'où nous déduisons immédiatement:

Fig. 16.
(175) AH_X = 0.

Cette c ondition suffit onc avec (167) et (174) pour déterminer tous les coefficients
Ai, Bi et Ci dans le cas d'un encastrement total.

Si, par contre, on veut tenir compte de la déformation du terrain, on pourra utile¬
ment avoir recours à l'artifice de Vogt pour calculer les coefficients de torsion (167) \
On prolongera alors la console en dessous de la surface du terrain, ainsi qu'il a été dit
au chapitre I, D, § 3.
Si l'on désigne par n —
1 le niveau de la fondation réelle, et par n le niveau de l'en¬
castrement fictif, on pourra procéder comme ci-dessus, en se souvenant, toutefois, qu'il
ne faut pas faire agir la pression externe sur le prolongement fictif.

1
II n'est pas nécessaire, pour autant, d'employer ailleurs le même artifice. On peut fort bien
se servir des formules exactes pour la déformabilité du terrain dans le calcul des coefficients de
la console et des arcs, et ne recourir à l'artifice de Vogt que pour déterminer les coefficients de
torsion au voisinage de la ligne de fondation.
CALCUL DE LA T0RI0N PAR LA MÉTHODE DES ARCS-MURS 77

6. Compléments et remarques

a. Applications. —
La méthode que nous venons de développer repose sur l'hypo¬
thèse d'une surface médiane cylindrique, mais peut être étendue, sans trop d'inconvé¬
nients, au cas plus général où le rayon de courbure est variable d'un arc à l'autre. L'im¬

précision qui pourrait en résulter dans certains cas serait due au principe même de la
méthode des arcs-murs et non au complément que nous venons d'exposer. Par ailleurs,

il va de soi que si l'épaisseur du barrage est variable le long des arcs, il suffira d'en tenir
compte dans le calcul des coefficients/et g propres à ceux-ci. Ainsi, là où la méthode
habituelle des arcs-murs est applicable, on peut employer avantageusement le procédé
qui vient d'être étudié.

b. Moments de torsion. —
A la part de charge supportée en raison de l'effet de
torsion correspondent des moments de torsion. Leur calcul ne pourra, cependant, être
fait que dans la deuxième partie de ce chapitre. En effet, pour des raisons de symétrie, ils
sont nuls dans l'axe du barrage, c'est-à-dire sur la console centrale. Dans les zones laté¬

rales, on ne tient pas suffisamment compte de la continuité élastique, pour que les expres¬
sions que l'on pourrait donner aient un sens.

c. Forces fictives. —
On se souviendra que nous avons introduit à l'aide de (158)
des forces externes fictives \ qui seules rendent possible le procédé examiné ici. Une fois
la solution trouvée, il faut donc se rendre compte de l'importance de ces forces. Dans
le cas d'une seule console, ceci ne peut être fait qu'approximativement. En effet, la pres¬
sion Ya est nulle sur la console centrale par raison de symétrie, et il en est de même du

premier terme de X0. On voit alors que le deuxième est égal au quotient de l'effort tran¬

chant par le rayon de courbure, et que, dans le cas d'un barrage cylindrique, cette charge
produit un effort axial égal à:

(176) nx =
mjr,

qui donne des contraintes insignifiantes par rapport à celles provoquées directement par
le moment de flexion; elles sont en effet h/6r fois plus petites.
D'un point de vue théorique, pour que la solution obtenue ne soit plus grevée par

l'hypothèse (158), il suffit de faire agir sur le barrage les forces fictives avec leur signe
négatif. Comme il ne s'agit que de petites forces, on pourra se contenter d'un procédé

approché, consistant, par exemple, à attribuer à la seule console la pression Xa, et aux
seuls arcs les forces YB.
Dans le cas présent, cependant, il semble loisible de négliger entièrement X0 et Y0.
Cette simplification est, néanmoins, sujette à caution, car nous ne pouvons rien dire de

l'importance de ces forces dans les parties latérales du barrage. Ce n'est que dans le cas

de plusieurs consoles que cette question pourra être tranchée.

Ou de blocage (cf. le premier complément).


78 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

d. Intervalles inégaux. —
Nous avons établi les résultats précédents dans l'hypothèse
d'intervalles Ax égaux. Mais dans certains cas, il y a lieu de considérer que les arcs sont

séparés par des distances différentes. Soit i—1, /, i + 1 trois arcs consécutifs (fig. 17),
dont les intervalles sont successivement A xt et A xi+1. Par rapport au cas des intervalles

égaux, seule la forme des coefficients Ai, Bt, Ci (167)


change. Plusieurs voies sont possibles pour dériver
les nouvelles formules. La plus simple est celle qui

consiste à introduire un arc supplémentaire dont


on ne tiendra plus compte par la suite. On choisira
cet arc j de sorte que i se trouve être équidistant
du nouvel arc y et de l'arc i— 1. Il suffit alors de
calculer les coefficients Ai, Bi et Q à partir des
"a, i*f arcs i —

1, i et j par les formules habituelles (167).


Il faut encore considérer que la pression supportée
Fig. 17.
par le nouvel arc ne peut être connue que par

interpolation entre les charges des arcs i et i + 1.

(La méthode des arcs-murs suppose, en effet, une variation linéaire des pressions entre

un arc et le suivant.) On trouve ainsi:

(177) pa, j
=
pa, i (A Xl+1 —
A Xi)/A Xi+1 + pa, f+i A Xi/A Xi+1.

On a, d'autre part, selon (165) :

(178) —pu i
= 2 Kj-i/JjPaj/A x]-2 (Kj_y2 + Ki-.yJfiPa, il A x]
+ 2Ki_y2fi_1pa,i_jAxl
qui, en vertu de (177), donne:

(179) —pt> i
= 2 Kj^/JjPa, /+i/(A Xi A xi+1)

(A xi+1

A xd
2 (#;_% + Ki-yjfi-
A
K)-Vjj\Pa,il^4
xi+1

+ 2Ki^/Ji_1pati_xjAx),
d'où l'on tire aussitôt:

A, =
2Kj_yJjl(AxiAx,+1\
(180) Bt = 2 {(Kj_y2 + Ki_y2)fi —

(A xl+1
-
A *,) Kj^.% fj/A
*,+1}/A x),
Ci =
2Ki_y2fi_1lAxl

Ces dernières formules seront simplement substituées à (167), et le calcul poursuivi


comme dans le cas normal.

e. Précision de la méthode. —
Les imprécisions de la méthode en question auront

deux origines. La première est l'insuffisance qu'il y a à n'introduire dans les calculs

qu'une seule console centrale. On procéderait dans ce cas comme l'indiquent les para-
CALCUL DE LA TORSION PAR LA MÉTHODE DES ARCS-MURS 79

graphes suivants. Notons à ce sujet que la répartition entre les divers effets de la charge
externe obtenue par (172) n'est valable que pour la section de clef. Dans les parties laté¬
rales du barrage, par contre, la répartition de la pression externe et, notamment, la part

de la torsion restent inconnues.


La deuxième source d'imprécision réside dans l'emploi des différences finies. L'erreur

sera d'autant plus grande que le nombre d'arcs considérés sera moindre. Nous avons

vérifié, pour un cas particulier, où l'intégration analytique de (159) était possible, que
5 ou 6 arcs suffisaient à donner une approximation très satisfaisante au point de vue de

la torsion. (Cf. chapitre V, B, § 5 et C, § 9.)

f. Calcul pratique. Il est d'usage, dans la méthode des arcs-murs, de choisir pour

les inconnues hyperstatiques des charges unitaires « triangulaires » 1. En procédant de


la sorte, on opère cependant avec une matrice des coefficients de déformabilité de la

console qui n'est plus symétrique {wy^±wji dans (151)). En pratique, ces coefficients

peuvent être calculés à partir de ceux qui sont valables pour des charges concentrées,
en remplaçant les charges triangulaires par les trois forces nodales correspondantes
au droit des trois arcs intéressés. On procède ainsi à une transformation de matrice. Or,

l'opération indiquée par (171) est aussi une transformation de matrice. Il importe
de ne pas intervertir les deux opérations, aussi croyons-nous utile de préciser que (171)

1
La force réelle agissant sur la console dans
en voûte est une pression répartie,
un barrage
variant selon une loi assezcomplexe. Une méthode appliquée, telle que la méthode des
de statique
arcs-murs, s'accommode difficilement de cette loi et cherche à l'approcher plus simplement, de
manière qu'il suffise de connaître la valeur numérique de cette pression au droit de chaque arc
considéré. Au début de la méthode des arcs-murs, on adoptait une répartition en escalier, chaque
palier correspondant à un arc. On représentait donc la charge de la console par la superposition

Fig. 18.

d'un certain nombre de charges rectangulaires, ainsi que le montre la figure 18 a. On choisissait
pour inconnues hyperstatiques unitaires les charges rectangulaires de la figure 18 b. Par
la suite,
on a cherché à mieux approcher la réalité, en utilisant une ligne brisée, et en représentant la charge

de la console par superposition de charges dites triangulaires (fig. 18 c). Dans ce cas, les incon¬
nues hyperstatiques sont des charges triangulaires dont l'intensité est unitaire au droit de l'arc
considéré et décroît linéairement jusqu'à devenir nulle au droit des arcs adjacents (fig. 18 d).
80 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

est applicable aux coefficients de déformation pour charges triangulaires, donc aux

coefficients déjà transformés une fois1.

Remarquons, pour terminer, que le surcroît de travail procuré par la méthode des
arcs-murs généralisée ne dépasse pas 5 ou 10 % du travail exigé par la méthode habituelle.

g. Graphiques. Les graphiques des figures 19 et 20 facilitent l'application de la


méthode qui vient d'être exposée. On lira sur ces graphiques les valeurs normées/* et g*
pour les arcs circulaires d'épaisseur constante, totalement encastrés et chargés par une

Fig. 19.

pression radiale unitaire sur l'axe de l'arc,


fonction du rapport p
en =
r\h et du demi-angle
d'ouverture if. On trouvera les coefficients g et/à l'aide de:

(181) / =
/*/(*£), g =
g*'IE,

où E désigne le module d'élasticité du béton, que l'on peut d'ailleurs poser égal à l'unité.
1
On peut évidemment développer aussi des formules incorporant les deux transformations.
CALCUL DE LA TORSION PAR LA MÉTHODE DES ARCS-MURS 81
82 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

Notons que ces tableaux ont été calculés à partir des formules habituelles de la

résistance des matériaux et non à l'aide des formules du chapitre II, C, § 5. Des contrôles

ont montré une concordance parfaite en ce qui concerne le coefficient g, mais des diffé¬

rences pour /, qui peuvent aller jusqu'à 10 %. La raison en est que, par les méthodes

statiques, on tient compte de la déformation par effort tranchant, négligée dans le


calcul du chapitre II, C, § 5. (Voir le chapitre V, A, § 2.)
Il est clair que ces graphiques ne sauraient être utilisés que pour le calcul d'un avant-

projet.

B. CAS DE PLUSIEURS CONSOLES

1. Généralités

La méthode développée sous A peut être généralisée et appliquée au cas de plusieurs


consoles.
Nous supposerons d'abord que l'épaisseur du barrage ne varie qu'en fonction de la
distance au couronnementl, et nous montrerons dans le paragraphe 7 comment il est

possible de tenir compte de la variation dans le sens horizontal.


Dans ce qui suit, nous nous bornons à développer brièvement les calculs, puisque
l'essentiel a été dit dans la première partie de ce chapitre.
Considérons la surface médiane développée d'un barrage; elle est représentée par
la figure 21. Soit n =
1, 2,... n,... N,... les axes des consoles choisies, j =
1, 2,...j,... /,...,
ceux des arcs envisagés.

Fig. 21.

1
Cette hypothèse n'implique pas que l'on ne puisse employer le procédé proposé sans autre
modification et avec une précision suffisante dans nombre de cas où la variation de l'épaisseur
n'est pas très importante dans le sens horizontal. On calculerait alors les arcs en tenant compte
de l'épaisseur réelle, mais on pourrait négliger cette variation en ce qui concerne l'effet de torsion.
CALCUL DE LA TORSION PAR LA MÉTHODE DES ARCS-MURS 83

En utilisant les mêmes notations que ci-dessus, nous indiquerons la répartition de la


pression radiale au point {N, J), croisement de la console N avec l'arc /, par:

(182) />m> NJ + Pt, NJ + Pa, NJ


~

PNJ-

L'égalité des déformations radiales de l'arc et du mur au même point est exprimée par:

(183) wm< NJ
=
wa> NJ.

Par ailleurs, la part de la torsion continue a être donnée par (160) où K- = 0:

Pt =
2(Kw~y,

2. Calcul des murs et des arcs

Murs.
a. Pour le calcul des murs, on introduit des charges unitaires triangulaires

(fig. 18) auxquelles correspondent les coefficients de déformation suivants, que nous
supposerons connus 1:

La déformation résultante de la console N au point J est obtenue par la loi de super¬

position:
(184) wm% Nj
= 2 wNJt j pm, Nj,
j

où j décrit tous les points de croisement de la console N avec les arcs, et où pm> n est
l'intensité de la charge du mur N au niveau de l'arc/'.

b. Arcs. —
Comme pour les murs, on introduit dans le calcul des arcs des charges
triangulaires unitaires, dont l'intensité est « 1 » au point considéré et « 0 » aux points
de croisement avec les consoles adjacentes. Chaque charge supportée par l'arc peut être

représentée par la superposition de ces charges unitaires [57]. Nous supposerons égale¬
ment connus les coefficients de déformation et de courbure des arcs aux divers points.
Par superposition, nous obtenons alors la valeur de la déformation et de la courbure des
arcs en chaque point (N, J). Nous avons ainsi2:

(185a) wa, NJ
= 2 gNi „ pa, nJ

et

(185b) wa\ NJ
= —

S/^, „pa, „j,


n

si pa, m est l'intensité de la charge de l'arc / au point n, et si, dans les sommes, l'indice n

parcourt tout l'arc J.

1
w^,j exprime la déformation radiale (ou le coefficient de déformation) de la console N
au point J pour charge triangulaire unitaire au point/ de la même console.
une
2
gf, n est la déformation radiale de l'arc J au point N pour une charge triangulaire unitaire
agissant au point n du même arc. Il en est de même pour le coefficient de courbure fN, „. Ces deux
derniers coefficients ont la signification de ceux donnés par (149) et (163).
84 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

3. La pression supportée par torsion

Nous déterminerons la pression due à la torsion en appliquant à nouveau le calcul

par différences finies à l'expression analytique (160) de p,. Nous choisissons sur la
console A1 les trois points consécutifs de croisement y— l,j,j+ 1 et les milieux y— y2
et7 + Vt des intervalles que nous supposerons égaux. Nous pouvons alors écrire:

(186) (K(w~)')'NJ =
{KK j+% (w)n< j+Yi —

KN< /_v2 (w'%, j-%}/Ax


et

(w")jv, /+y2
=
(wAf,/ +i

Hv>y)/A x.
En combinant ces expressions et en y introduisant la relation (185b), nous obtenons la

pression due à la torsion au point (N, J):

(187) p,t nj— 2 {— Kn, j+y2 S /j^+ij paA< j+x + (Kn, j+y2 + Km, j—yj 2/^ „ pa,n,j
n n

KNi j-y2 S/J-» pa, „, j_x }/A X\


n

expression qui peut être écrite plus simplement:

(188) p,, NJ
= — 2 ANi „ pa, n, J+l + 2 BN „ paf n> j

2 CN „ p„, n, J—1»

n n n

si l'on désigne par A, B, C les coefficients* suivants qui remplacent (167):

(189) BJK „
= 2 («jv, /+y2 + Aiv, /-%)/£ /A x\ „

CJKn =
2KN,j-ytfJ-ljAx\

4. Les équations d'élasticité

En introduisant (188) dans (182) qui exprime l'équilibre entre les diverses pressions,
on trouve une première relation ne contenant que les pressions des arcs et celles des murs.
Au point (N, J), on aura ainsi:

(190) pmt Nj + pat NJ


— 2 ANt „pa, „, j+t + 2 BNy „pa,nJ
— 2 CN> „ pa, n, J—i

PNJ = 0.
n n n

L'équation d'élasticité (183), postulant la coïncidence des déformations radiales de l'arc


et de la console en leur point de croisement, conduit, avec (184) et (185a), à une deuxième
relation entre ces pressions:

(191) 2 gNf npa,nJ=^ WNJ, jPm, Nj-


n j

1
AN sera appelé le premier coefficient de torsion au point (/, N) pour une charge triangulaire
au point n de l'arc J + 1. De même, B et C seront les deuxième et troisième coefficients de torsion.
CALCUL DE LA TORSION PAR LA MÉTHODE DES ARCS-MURS 85

Il nous suffit maintenant d'éliminer les pm d'entre les relations (190) et (191) pour
aboutir au système d'équations linéaires qui remplace (172) et dont l'équation au point
(N, J) est1:

(192) 2 gf,tnPa<„j = 2 wNjjpN} — 2 wnjjpa< Nj


n j j


^ *"!;{—^^N,nPa,n,j+\ + 2/3^, npa,nj— 2 Cjy; „Pa, n, j—lf-
j n n n

Ce système peut être considérablement simplifié si l'on introduit les coefficients


composés w^*^ définis comme suit:

(193)
<*/ =
^**+^,n. (n^N; ./ =
/)

^*nj=^*nj+<j + Sjn,n, (n =
N; j =
J)
où wy[** signifie:
WJ, nj "V.y-X AN. n
+ WfJBN. n
~

WJJ+l CN.n'

Le système d'équations linéaires (192) est finalement remplacé par le suivant:

(194) 2 2 <%• Pa, nj~?> W%pNj = 0.


n j j

Cette équation doit être établie pour chaque point (N, /) du barrage. On obtient ainsi le
système qui permet de déterminer toutes les valeurs des pa, nj- et donc de résoudre le
problème posé.
Les valeurs que doivent prendre les indices dans les sommes du système (194)
appellent la remarque suivante. L'indice j parcourt tous les arcs qui coupent la console
et celui qui est immédiatement en dessous de la fondation de celle-ci. L'indice n d'autre

part parcourt toujours toutes les consoles du barrage. Ainsi le point (n,j) désigne suc¬

cessivement tous les points de croisement se trouvant à la même hauteur ou plus haut que
l'arc immédiatement inférieur à la fondation de la console considérée.
En annulant les coefficients de torsion A, B,C, il est aisé de vérifier que le système
(194) redevient bien celui de la méthode habituelle des arcs-murs avec plusieurs consoles.

5. Conditions aux limites

Le calcul qui vient d'être exposé concerne chaque point intérieur de la surface
médiane. Il faut donc étudier encore les points situés sur les limites.

1
Dans cette équation, y parcourt tous les points de la console N; n, tous les points de l'arc
intéressé. Cet arc est l'arc J pour la somme se trouvant à gauche du signe d'égalité, y +1,7 res¬
pectivement y —
1 pour les trois sommes doubles de la partie droite de l'égalité. (N, J), à son tour,
parcourt tous les points de la surface médiane.
86 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

a. Couronnement. —
Les considérations faites pour le cas d'une seule console
restent valables pour le couronnement. Nous annulons donc les moments de torsion et
la pression due à la torsion, ce qui conduit à poser:

(195) A\n =
B\'N,n C-N,n ~

AN „

0

si 1 est le nombre ordinal de l'arc du couronnement (174).

b. Fondation. —
Le problème est ici un peu plus complexe que dans le cas d'une
seule console.
Encastrement total. —
Etudions d'abord le cas de l'encastrement total; supposons
à cet effet que la fondation de la console ne soit pas, en même temps, un point de croise¬
ment avec un arc.

La figure 22 montre que la difficulté réside dans le fait qu'au point (N, J) les coeffi¬
cients de torsion (189) ne peuvent être calculés directement. En effet, la console N ne

coupe pas l'arc / + 1. Pour tourner cette


N+t n i difficulté, introduisons deux arcs supplé¬
Pa,n,3-i mentaires i —
1 et i + 1 équidistants de
^ Pa,nj-I l'arc / =
i et tels que i + 1 soit le point de
base de la console. Ces arcs ne seront plus
considérés par la suite, notamment lors du

Pani+i calcul de la répartition des charges. Dési¬


Pa,nM gnons donc par A x les intervalles des arcs

i —
1 et / =
i d'une part, et de / = / et

Fig. 22. / + 1, d'autre part. Si —


et rien ne nous

empêche de le supposer —
les coefficients
de courbure des arcs supplémentaires sont connus, il suffit d'appliquer l'expression (187)
aux trois points i— 1, / et i + 1 pour obtenir la charge de torsion au point (N, /):

(196) Pt,nj—2{— -KJv,;+ y2 ^f'^lPa, n, i+i

+ (KNj+y2 + KN,l_yjXf^nPa,nJ-KN<i_%-Lf£1npa,n,i_1}/AX\

Les charges des arcs supplémentaires peuvent être calculées par interpolation linéaire
à partir des charges des autres arcs; nous avons donc:

Pa, n, i—i
=
Pa, n, J-l
A x/A Xj + pa, n J (A Xj —
A *)/A Xj,
(197)
Pa, n, t+1 =Pa,nj(&X J+1 —
A *)/A Xj+1 + pa> „, /+,
A */A X/+1,

que nous introduisons dans (196) pour trouver finalement les coefficients de torsion
au point (N, J):

AJKn =
2KN,,+ y2/^/(Axbxj+ù,

BJN, n
= -
2 (A x J+1 - A x) KN, i+ % fj+lKA x' A xJ+1)
CALCUL DE LA TORSION PAR LA MÉTHODE DES ARCS-MURS 87

(198) + 2 (KS, i + y2 + KN, ,-_y2)/£, „/ A xa


-
2 (A xj -
A x) KN< t_y2 /+-J/(A x* A x,\
Ci„ = 2 KNy ,-_y2 /*-J/( A x A */).

Avec ces coefficients, nous pouvons revenir au cas général. Il va sans dire que le coeffi¬
cient ANJ<N qui apparaît si l'on emploie littéralement (198) doit être annulé, puisque le
point (N, J + 1) n'existe pas *. Pour le point le plus bas du barrage, nous pourrons
utiliser (175). Nous avions supposé que la base de la console n'était pas un point de

croisement avec un arc,- en effet, dans ce cas, le système d'équations linéaires (191) ne
peut plus être appliqué, tous les coefficients étant nuls, et l'équation étant identiquement
satisfaite. Ceci ne signifie pas qu'en ce point il n'existe aucune répartition de la pression
externe, mais simplement que la méthode des arcs-murs est incapable de nous renseigner.
Encastrement élastique. —
Si l'on veut tenir compte de la déformabilité du
terrain, on pourra employer l'artifice de Vogt et revenir ainsi au cas déjà traité. Sinon, on

doit renoncer à connaître la répartition de la pression pour les points situés sur la ligne
réelle de fondation; pour les points qui en sont à quelque distance, on aura recours au

procédé des arcs supplémentaires exposé ci-dessus. Les coefficients propres aux arcs et aux

consoles peuvent alors être calculés en tenant compte de la déformabilité du terrain, à partir
des formules de Bosshard ou des tableaux du « Bureau of Réclamation » [54,55,57,60].

6. Moments de torsion

La résolution du système (194) livre les pressions qui sont supportées en chaque
point de croisement par les arcs. A l'aide de (188), on détermine la part de charge
correspondant à l'effet de la torsion, et par (182), celle des murs. Dès lors, on peut
obtenir les sollicitations des arcs et des murs selon les méthodes habituelles; seul le
calcul des moments de torsion vient s'ajouter aux autres. Ce calcul peut être fait soit
par dérivation, soit par sommation.

a. Calcul par dérivation. —

D'après (77), les moments de torsion sont2:

mxy =
myx = —
Kw'\

1
Cette remarque attire l'attention
sur la question de la répartition de la pression dans la

zone comprise entre les derniers


points de croisement (iV, J) et la ligne d'encastrement réel. La
méthode des arcs-murs ne peut pas fournir cette répartition; mais ceci importe peu, car les forces
agissant sur les arcs ou les murs, près des appuis, ne provoquent que des déformations insigni¬
fiantes des éléments. On est donc en droit de supposer, qu'au-delà des derniers points de croise¬
ment, la charge des divers éléments reste constante. Pour le calcul de ceux-ci, il faut alors généra¬
liser quelque peu la notion de charge triangulaire et choisir, près des appuis, une charge de forme
trapézoïdale, unitaire entre le point d'encastrement et le dernier point de croisement, et décroissant
linéairement jusqu'à devenir nulle au point suivant.
2
Après avoir changé le signe de w.
88 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

Pour calculer la dérivée mixte w'-, on pourrait employer la méthode des différences finies
en partant des déformations radiales w qui sont connues en chaque point de croisement

des arcs et des consoles. Il est, par contre, plus exact de se servir des pentes des diverses
consoles que l'on peut déterminer par intégration à partir
de la part de charge qui revient aux consoles. Soit à cal¬
culer le moment de torsion au point T (N + %, /),
milieu d'un intervalle (fig. 23). Nous considérons donc

O-l les deux consoles N et N + 1 dont nous connaissons


la charge. Par intégrations successives, nous trouvons

l'effort tranchant, le moment de flexion et la pente de la

ligne élastique w'N< j, w^+i, /.

Le moment de torsion au point T pourra alors être


3*1
approximativement déterminé par:

Fig. 23.
(199) 1^
=
1%
-

KN+y2, j (wn+i, j

wjv, /)/A y.

Cette méthode peut être étendue par l'introduction de consoles supplémentaires ainsi
que cela a été fait pour les arcs, et permettre de déterminer les moments de torsion en

chaque point.
Notons que la formule (199) ferait apparaître des moments de torsion même sur le

couronnement. Pour respecter les conditions aux limites, il faut, cependant, annuler ces

moments, ainsi que nous l'avons dit sous A, § 5.

b. Calcul par intégration. Une méthode plus élégante de calcul des moments de

torsion a son point de départ dans (187) qui exprime la pression due à l'effet de torsion,
c'est-à-dire la quatrième dérivée mixte de la déformation w. En effet, d'après (160),
nous avons:

(200) (Kw'-y=p,k.

Intégrons cette valeur selon x à partir du couronnement:

x x

(201) % \pt dx =
J" (&/•)'• dx =
(KW'-y -
(Kw'-y (*=„).
x=0 x=0

Le dernier terme de cette expression est nul, puisque, par définition, les moments de tor¬
sion disparaissent sur le couronnement. Nous intégrons maintenant (201) selon y, à

partir de y =
0; nous trouvons:

y x y

(202) % j jptdxày= j(Kw'-y ày = Kw'- -


Kw'- &.0) =
mxy (,=0) mx

_y=0 x=0 y=0


CALCUL DE LA TORSION PAR LA MÉTHODE DES ARCS-MURS 89

d'où nous tirons :


y x

(203) mxy =
myx
=
mxy (,=„>

x/2 J" j p, dx ày.


y=Q x=0

Ces intégrations s'effectueront naturellement par voie numérique. Si le barrage est

symétrique, le moment de torsion est nul sur l'axe y =


0; dans le cas contraire, nous

aurons recours à la méthode par dérivation pour en déterminer la valeur. Une fois les

moments de torsion connus, les contraintes correspondantes sont obtenues à partir


de (77) et (87).

7. Remarques

a. Forces fictives. —
Maintenant que la solution du problème est trouvée, il convient
de se souvenir qu'elle a été rendue possible par l'introduction des forces fictives (158). Il
faut donc calculer ces forces pour se rendre compte de leur importance. La répartition
des charges donne directement les valeurs (Kw")" et (Kw'-)'- qu'il s'agit d'intégrer conve¬

nablement afin d'obtenir les pressions fictives cherchées. Nous n'insisterons pas sur ce

calcul qui est aisé à concevoir.

Ces pressions fictives étant déterminées, elles seront soit estimées négligeables et
donc négligées, soit libérées, c'est-à-dire appliquées en sens inverse sur le barrage.
Comme elles seront, en général, peu importantes, on pourra se contenter d'un calcul

approché, consistant à attribuer la composante verticale de la pression en question aux


seules consoles, et la composante horizontale aux arcs supposés indépendants. Pour ce

faire, les méthodes de la statique suffisent. En procédant de la sorte, on commet de

petites erreurs sur la concordance des déformations des arcs et des consoles, qui ont

d'autant moins d'importance, que, par principe, la méthode des arcs-murs ne tient pas

compte de l'égalité des déformations verticales et tangentielles des deux systèmes


d'éléments.

b. Variation de l'épaisseur dans les deux sens. —


Pour simplifier l'exposé, nous

avions supposé que l'épaisseur du barrage restait constante le long de chaque arc; il

peut, cependant, arriver que cette simplification ne soit pas licite. Dans ce cas, il suffirait

de calculer les arcs et les consoles avec les épaisseurs réelles, et de procéder comme suit

pour l'effet de la torsion. Reprenons la relation (160) qui doit être mise, cette fois, sous

la forme:

(204) p, = 2 (Kw'-)'- = 2 {Kw'")' + 2 (K'w'-y = 2 (K(w)y + 2 (K-(w)J.

Par rapport au cas précédent, nous avons à faire ici, non seulement à la courbure de la

déformée de l'arc w, mais encore à la pente de celle-ci w. Nous poserons donc que cette

pente peut être calculée en fonction des charges de l'arc par la superposition suivante:

(205) wa, NJ
— ^ ?jv_ „ Pa, n ]>
n
90 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

où <?jv, n
est le coefficient de pente de l'arc J au point AT pour une charge triangulaire
agissant au point n, et où la somme s'étend à tout l'arc considéré. -

Conformément à ce que nous avons déjà fait, nous appliquerons à cette expression

le calcul par différences finies. Les coefficients de torsion A, B, C (189) doivent être alors
remplacés par les suivants, et le calcul se poursuivra comme précédemment. En nous

bornant au cas d'intervalles égaux, nous avons:

Ai „
= 2 (KK J+ a f+l + Kk, j+ Vi <^)/A x\
(206) Bj,, n
= 2 ((KN, J+1/2 + KN> j-y2)f& „
+ (Kjf, ,+ y, + KN, ,_%) qJN, „)/A x\
Chapitre V

APPLICATIONS NUMÉRIQUES

Dans la première partie de ce chapitre, nous traiterons l'arc indépendant à l'aide


de quelques-unes des méthodes exposées dans les chapitres précédents. Les résultats
que nous obtiendrons ainsi auront non seulement une valeur par eux-mêmes, mais aussi
une signification plus générale car, dans une certaine mesure, l'arc peut servir de modèle
au barrage en voûte.
La deuxième partie de ce chapitre sera consacrée à la méthode des arcs-murs, compte
non tenu et compte tenu de l'effet de la torsion.

La dernière partie, enfin, concerne le calcul d'un barrage en voûte en tant que coque,
à titre d'application de la méthode de la superposition la plus adéquate.

a. l'arc indépendant

1. L'arc mince totalement encastré

Nous disions, dans l'introduction, qu'un barrage peut être tenu pour mince si
l'erreur que l'on commet ainsi n'excède pas certaines limites. Or, pour le barrage en

voûte, il est actuellement impossible d'indiquer l'importance de cette erreur, puisqu'une


solution exacte n'existe pas. En revanche, K. Hofacker a donné dans sa thèse [43] la

solution rigoureuse pour l'arc circulaire d'épaisseur constante dans l'hypothèse d'un

comportement élastique1. Nous allons donc comparer à cette solution la solution simplifiée
du chapitre II, partie C, § 5 pour un des exemples traités numériquement par Hofacker.
Considérons l'arc de la figure 24 dont le demi-angle d'ouverture est ij; = 40° et le

rapport hjr =
0,2/1,1 =
0,1818; nous le supposerons totalement encastré et chargé
radialement sur son axe par une pression constante p.

1
Voir aussi [34, 35, 37, 38, 39].
92 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

Le rapport des rigidités est:

k =
KI(Dr*) =
fc2/(12r2) =
1/363.

Fig. 24.

Selon (69), la déformée de l'axe de l'arc s'écrit:

w =
-r*p/(D(l+k)) —
CJ(l+k) + C2cos(y/r) + Q (y/r) sin (y/r),

(207) r. w = —
C2 sin (y/r) + C6 [sin (y/r) + (y/r) cos (y/r)],
v =
Cx O/r) —
C2 sin (y//-) —

C6 [sin (y/r) —

(y/r) cos (y/r)],

où Ci, C2 et C6 sont des constantes d'intégration à déterminer à l'aide des conditions (70)
qui, dans notre cas, sont:

v? =
h>- = v = 0
pour
y/r =
a/r =
0,698 13.

En résolvant ce système à trois inconnues, on trouve:

Cx= 116,662 97pr*/D,

C2= 116,063 95 pr2/D,

Cs= 63,353 86pr*/D.

Introduites dans (207), ces valeurs donnent en chaque point les déformations de l'arc.
A l'aide de celles-ci et de leurs dérivées, on peut calculer les efforts internes d'après (65),
et les sollicitations d'après (85). Pour la question qui nous occupe, il suffira de se limiter
à la section de clef; nous trouvons ainsi pour la flèche de l'arc1:

h>=0
= —
1,275 68 r2p/D = —
7,01 62 rp/E,

1
D'après le graphique de la figure 20 (p. 81), le coefficient g* serait égal à 7,2, soit à 2,6 %
près, à la valeur obtenue ci-dessus.
APPLICATIONS NUMÉRIQUES 93

pour la courbure à la clef1 :

wy=a =
10,643 p/Z) =
10,643 pl{hE)
et de même, pour la compression axiale:

vv=0 =
0,599 02 prjD.

En partant de ces valeurs, on calcule d'après (85) les contraintes dans la section y =
0:

o>tF=o) =
P P,295 + 58,540 z/(r—z) —
7,016 /•/(>—z)].

Si nous considérons le point d'extrados (z = —

0,090 9r), le point sur l'axe (z =


0) et
le point d'intrados (z =
+0,090 9/-), nous obtenons successivement:

ay,e = —

8,015/> = —
8,144 pe,

Gy.a —

—3,721 p =
—4,059 pe,

<Ty, «
=
+ 1,431 p =
+ 1,561 pe.

Pour pouvoir comparer ces résultats à ceux de Hofacker, nous devons nous rappeler
que celui-ci fait agir la pression externe sur le parement amont et non sur l'axe. On a

donc p =
pe rjr =
1,090 9pe.

Dans la figure 25, nous indiquons la répartition des contraintes au travers de la


section de clef pour les diverses méthodes de calcul.
La courbe I est celle de Hofacker dans l'hypothèse d'un coefficient de Poisson nul.
La courbe II représente les contraintes que nous venons de calculer.

xLe graphique de la figure 19 (p. 80) donnerait/* 10,0, résultat qui présente =
une
différence d'environ 6 %, qui sera expliquée dans le paragraphe suivant.
94 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

La droite III donne la répartition des contraintes pour le calcul de l'arc effectué

d'après l'hypothèse de Navier sur la répartition linéaire de celles-ci.


La courbe IV est obtenue à partir du calcul que nous avons exposé ci-dessus, mais
compte tenu de la déformation due à l'effort tranchant, ainsi que nous le montrerons
dans le paragraphe suivant.
On voit que si l'allure de la courbe II est semblable à celle de la courbe I, l'écart n'est
pas négligeable, puisqu'il atteint +4 % pour les contraintes de compression et même

+ 118% pour les contraintes de traction. Nous montrerons dans le paragraphe 2 que

l'origine de cette différence réside en ce que les équations employées négligent, comme

toutes les équations différentielles des coques, la déformation due à l'effort tranchant.

<*elPe GilPe

I 8,445 100% 0,715 100%


(Tableau III)
II 8,744 104% 1,561 218%
III 8,898 105% 0,478 67%
IV 8,328 99% 1,060 148%

2. La déformation par effort tranchant

D'après (65), l'effort tranchant peut être calculé à partir de :

qy = Kw- + Kw/r* .

Si nous y introduisons l'expression (69) pour w, nous trouvons:

Q =
qy =
—2KC,sm{ylr)lr*.

Considérons à présent sur la figure 26 un élément infinitésimal de l'axe. Nous pouvons


écrire que l'effort tranchant Q provoque une défor¬
mation de cet élément, égale à:

Qdy
d8, = .

Ghx.'
où G est le module de glissement et x le coeffi¬
cient qui tient compte de la répartition non-

linéaire de la contrainte de cisaillement sur la


section de l'arc. En introduisant dans cette der¬
nière relation la valeur de l'effort tranchant, nous

avons:

d8q =
2^rsm(y/r)d(y/r) =
LC5sin(y/r)d(ylr),

Fig. 26. si L désigne l'ensemble des constantes.


APPLICATIONS NUMERIQUES 95

Sous l'effet de l'effort tranchant, chaque point A de l'arc effectue un déplacement supplé¬
mentaire dont les composantes « horizontales » et « verticales » sont, selon la formule
de Bresse:
ylr
L
8X =
/ LC, sin (y/r) sin {ylr) d (ylr) = -

C, [(ylr) —
sin (ylr) cos (ylr)]
0
et
ylr

S2 =
J LC5 sin (y/r) cos (y/r) d (y/r) =
-Cs sin2 (y/r).
Z
0

A partir de ces composantes, il est aisé de trouver les déplacements radiaux et tangentiels
du point A grâce aux relations :

wq
=
$! sin (yfr) + 82 cos (ylr) , vq
=
\ cos (y/r) —
82 sin (y/r)

qui donnent aussitôt:


L
wg=—C5 (ylr) sin (ylr),

(208)
L
v,
=
Cs [(ylr) cos (y/r) —
sin (y/r)].
-^

En ajoutant ces composantes du déplacement à celles que nous avions écrites au para¬

graphe précédent et qui représentaient la déformation due à l'effort axial et au moment

de flexion, nous obtenons la déformation résultante de l'arc:

"W = y + w, =
-r*pl(D(l+k))
-

C,/(l +*) + C2 cos (y/r) + C5 (1 + L/2) (y/r) cos (y/r) ,

(209)
"tôt.
=
v + v, =
d Cc/r) —
C2 sin (y/r)

C6 (1+L/2) [sin (y/r) —

(y/r) cos (y/r)].

Il est surprenant que ces expressions ne diffèrent de celles précédemment employées


que par le fait que la constante d'intégration C5 est accompagnée ici du facteur (1+L/2).
Il suffit donc de substituer C5 =
C*/(l+L/2) à C*, valeur précédemment déterminée,
pour que (209) satisfasse aux mêmes conditions d'encastrement que (207). Nous voyons
ainsi que le fait de tenir compte de l'effort tranchant ne modifie pas la déformée de l'arc
totalement encastré chargé par une pression radiale uniforme, mais qu'il influe en revanche

sur les sollicitations.


Revenons avec ces résultats à l'exemple numérique du paragraphe précédent. La

constante L peut être calculée à partir de :

L =
2K/(r*Ghx.) =
h*E/(6r*Gx.) = A2 (l + ji,)/(3r2x) .

En négligeant l'effet de Poisson, et en prenant pour une section rectangulaire x =


5/6,
on trouve, dans notre cas:

L =
2A2/(5/-2) =
0,013 22 .
96 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

La constante C5 est à présent:

C5 =
C*/(l+L/2) =
62,937 1 pr^D ,

alors que les constantes C5 et C2 ne changent pas. Nous trouvons ainsi dans la section
de clef1:

wy=0 = —

7,016 2pr/E, v;=0 =


0,599 02prl(Eh), wy'=0 =
9,811 43p/(Eh)
et

Gy,e = —
8,328pe , ffy, a
= —

4,059/>e, a,,, ,•
=
+ 1,060a. .

Ces dernières valeurs sont représentées par la ligne IV sur la figure 25. Si nous comparons
cette solution à la solution exacte de Hofacker (ligne I), nous constatons que la contrainte

maximum est exacte, à 1,4 % près, et que la contrainte de traction diffère de 48 %, sans

que l'erreur ne dépasse cependant le 4 % de la contrainte ayt e.

En conclusion, nous pouvons donc affirmer que la solution obtenue pour l'arc

d'épaisseur constante est admissible si l'on tient compte de la déformation par effort
tranchant. Cette constatation n'est valable que si l'arc n'est pas plus épais que celui que
nous venons de calculer, c'est-à-dire que si r/h est plus grand que 5. On voit, par ailleurs,
que l'influence de l'effort tranchant est négligeable
dès que l'élancement dépasse 5 ou 7, mais qu'elle
croît très rapidement avec l'épaisseur. L'erreur com¬

mise en faisant la simplification en question n'est


cependant pas dangereuse, puisqu'elle conduit à sur¬
estimer les sollicitations.

3. La déformation du terrain. Calcul direct

Afin de pouvoir prendre en considération la


déformabilité du terrain dans le calcul des barrages
en voûte, nous avons décrit au chapitre I deux pro¬
cédés : le calcul par itération et l'artifice de Vogt.
Ces deux méthodes fournissent des approximations
dont il est intéressant d'étudier la qualité en les

appliquant au cas de l'arc indépendant


pour lequel
le calcul direct est possible. Envisageons donc l'arc de
la figure 27. Nous admettrons qu'il est élastiquement
encastré dans un terrain de même module d'élasticité et dont le coefficient de Poisson
est nul. L'élancement de l'arc sera r/h =
10, et le demi-angle d'ouverture, un radiant.
Habituellement l'état de tension de l'arc est considéré comme plan, ce qui permet
de ne pas tenir compte de sa troisième dimension. Le cas du terrain est autre, car l'état

1
La différence entre cette valeur pour la courbure et le coefficient /* donné par le graphique
de la figure 19, n'est plus que de 2 %; elle semble donc admissible. Il est évident que w est
calculé à partir de w et non de vnot..
APPLICATIONS NUMÉRIQUES 97

de tension est tridimensionnel; il dépend des deux dimensions de la surface de charge,


en l'occurrence de l'épaisseur et de la largeur de l'arc normalement au plan de la figure.
Nous supposerons, à titre d'exemple, que le rapport largeur/épaisseur est de 5/1.
Les tableaux publiés par le Bureau of Réclamation des Etats-Unis d'Amérique [54]
donnent directement les coefficients de déformation du terrain qui relient les déformations
moyennes de la fondation aux forces agissantes1. En utilisant ces coefficients et en se

conformant aux signes indiqués par la figure 27 b, nous trouverons les relations suivantes:

Ewf =
+1,82 q + 0,79 mjh =
+1,82 q + 7,9 m/r,

(210) Ewj- = —

0,79 q\h —

5,43 m/h" =
—7,9 q/r —

543,0 w/r2,

Evf =
—1,82 n.

Pour simplifier les calculs, nous négligerons la déformation de l'arc due à l'effort tranchant

et prendrons pour les déformations de l'arc les expressions (207). Les efforts internes
sont obtenus à partir de (65); tous calculs effectués, nous trouverons:

n =
—/>/• + 2£ (h/r)kCs cos (yIf) ,

(211) q = —

2E(hlr)kQsm(y/r),

m =—
r2pkl(l +k)—E (h/f) rkCJ(l +k) + 2E (h/f) rkC5 cos (yIf) .

Dans notre exemple, nous avons:

hfr =
0,1 et k =
A2/(12r2) =
1/1 200.

A la section d'appui, c'est-à-dire pour y[r =


1, les efforts de l'arc seront donc:

„ =
—pr + 0,090 052-10-3 ECh,

q =—0,140 245-10-3£CB,

m =
—pr2 0,832 639-10-» —
0,083 264 £O10-3 + 0,090 052-10-3 ErCh.

En reportant ces valeurs dans (210), nous pouvons exprimer les déformations du terrain
en fonction des constantes d'intégration par:

Wf= —6,577 85-10-3/>/•/£ —

0,657 785-10—3 d + 0,456 16510—* C5 ,

rwf
=
452,123-10-3/>/•/£ + 45,212 310—3 d —

47,790 310—3 C6,

v/= + 1,82^/^—0,163 894-10-3 C5.

1
Voir aussi [1, 2, 55, 57, 60 et 66].

8
98 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

Il s'agit maintenant de faire coïncider les déformations de l'arc et du terrain en leur point

de contact (22). Nous obtenons ainsi, pour y/r =


1, le système suivant qui permet de
déterminer les constantes d'intégration:

„, =
—9,991 61Apr/E —
0,999 167Q + 0,540 31C2 + 0,841 47CS

=
—6,577 85- 10-3pr/E —

0,657 785-10~3 C1 + 0,456 16510—3 CB,

(212) rw =
—0,841 47C2 + 1,381 78C6 =
452,123-10-3/>r/£

+ 45,212 310—3 Q —47,790 3-10~3 C6,

v =
Q —0,841 47C2 —0,301 16 C6 =
1,82^/^ —

0,163 894-10~3 Ch.

La résolution de ce système donne:

Q =
+ 333,846/>/-/£, C2 =
+ 322,734pr/E, C5 =
+ 200,849pr/E .

Avec ces valeurs, nous trouvons, pour la déformation et les efforts dans la section de clef:

wy=0
= —
20,825pr/E, my==0 =
+0,004 867pr2,

ny=0 = —

0,966 5pr,

et pour les déformations et les forces dans la section d'appui:

w = —

0,135 pr/E, n = —
0,981 9pr ,

w =
+ 5,950 plE, q = —

0,028 2pr ,

v =
+1,787 pr/E, m = —

0,010 54 pr%.

Ces valeurs nous serviront à apprécier les résultats du calcul par itération.

4. Calcul par itération

Reprenons le même exemple et traitons-le par la méthode d'itération indiquée au

chapitre I, partie D, § 2. Nous pourrons ainsi nous une faire idée de la convergence
qui
peut être obtenue dans le cas plus complexe, mais semblable, du barrage en voûte. Consi¬
dérons le système (212) et supposons, en première approximation, que l'arc soit totale¬
ment encastré. Ceci revient à annuler les deuxièmes membres des équations (212). Nous
trouvons alors:

Cl =
+ 356,473 pr/E, C\ =
+ 347,825pr/E, Cl =
+ 2lî,$17pr/E.
APPLICATIONS NUMÉRIQUES 99

Avec ces constantes, calculons les déformations et les efforts dans la section de clef:

w = —

18,34 prjE, w = —

0,964 1 pr, m =+ 0,004 82 pr2,

puis dans la section d'appui:

n = —

0,980 9pr, q =
—0,029 1 pr, m = —
0,011 43pr*.

Passons maintenant à la seconde étape de l'itération. Appliquons donc les efforts


de l'arc au terrain; calculons sa déformation et imposons-la de nouveau à l'arc. En termes

mathématiques, cette opération consiste à introduire les valeurs C\, C\ et C\ dans la

partie droite des équations (212) et à résoudre ainsi le système. Cette deuxième appro¬
ximation fournit les valeurs:

C\ =
+ 328,987 pr/E, C\ =
+ 318,283 pr/E, C\= + l9S,488pr/E.

En poursuivant de la sorte, nous obtiendrons la série de résultats indiqués dans le


tableau IV sous forme de valeurs relatives exprimées par rapport à la solution directe
du paragraphe précédent:

Section de clef Section d'appui

Etape c, c, Q wy=0 ny=0 »V=o ny=r my=t Qy=r

1 106,78 107,77 105,46 88,08 99,81 98,87 99,90 108,44 105,32


2 98,54 98,62 98,82 99,71 100,04 100,22 100,02 98,48 98,58
3 100,24 100,28 100,23 99,75 99,99 100,18 100,00 100,38 100,20
4 99,82 99,87 99,84 99,80 100,01 99,94 100,00 99,91 99,70

Exact 100,00 100,00 100,00 100,00 100,00 100,00 100,00 100,00 100,00

(Tableau IV)

En étudiant ce tableau, nous constatons que l'étape 2 donne déjà des erreurs infé¬

rieures à 2 %; il ne serait donc pas utile d'aller plus loin. La convergence est excellente,
mais il faut se garder d'une généralisation trop hâtive. Nous avons en effet choisi un

arc mince, de grande ouverture, encastré dans un terrain assez rigide, c'est-à-dire un cas

où la déformabilité du terrain a relativement peu d'importance.


Il nous a donc paru utile de calculer deux autres arcs plus épais et de moindre

ouverture. Pour caractériser la convergence du procédé, il suffira d'indiquer les

variations de C5 d'une étape à l'autre. En effet, le comportement de cette constante,


100 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

qui a une signification statique simple (fig. 10), per¬


met de se faire une idée suffisamment exacte de la

convergence des autres constantes d'intégration.


Le deuxième arc étudié (fig. 28a) est défini par:

r/h =
7,5 , ty =
a/r =
0,75 =
42°58',

^béton =
^terrain • Largeur/Epaisseur = 5.

C6 est donné dans ces conditions par la suite:

C5/Qex =
108,5 % - 93,5 % ->
103,3 % ...

La convergence est ici moins bonne que dans le pre¬

mier cas, mais encore suffisante.


Pour le troisième arc (fig. 28 b), nous avons:

r/h =
5,0, <|) =
ajr =
0,6 = 34° 22',

£béton =
^terrain • Largeur/Epaisseur = 5 .

Nous avons dès lors trouvé:

Q/C6ex =
111,44%-90,51 %- 108,32 %-92,19%- 107,09% ...

Dans ce dernier exemple, la suite converge encore, mais très mal. Néanmoins, puisque les
diverses valeurs oscillent autour de leur limite, il est possible d'accélérer considérablement
la convergence en formant la moyenne de deux étapes successives, la valeur ainsi obtenue
étant bien meilleure que chacune des deux valeurs primitives. Dès lors, si nous prenons,
par exemple, la moyenne entre le deuxième et le troisième terme de la suite comme troi¬
sième approximation et que nous calculions la quatrième, nous trouverons:

C6/C5ex =
111,44%-H.90,51%-108,32%-92,19% ...

99,42 %-* 100,18%

En conclusion, nous pouvons dire que la convergence du calcul par itération est

particulièrement bonne pour des arcs élancés et de grande ouverture, mais qu'elle est

franchement mauvaise dans le cas d'arcs relativement épais (par exemple, r/h =
5) et

de petite ouverture (par exemple, <\i =


30°), restant entendu que la qualité de cette

convergence est fonction du rapport des modules d'élasticité du béton et du terrain, et

que, si celui-ci augmente, elle diminue rapidement.


On conçoit dès lors aisément l'intérêt d'une méthode susceptible de fournir une

première approximation assez bonne pour être éventuellement améliorée à l'aide d'un
calcul par itération. L'artifice de Vogt peut rendre de grands services dans ce but.
APPLICATIONS NUMÉRIQUES 101

5. L'artifice de Vogt

Reprenons donc le dernier exemple traité et étudions-le par cette méthode qui,
nous le savons, consiste à remplacer la déformabilite du terrain par un prolongement de
l'arc. Ceci revient à supposer un encastrement fictif total à une certaine profondeur sous

s„/r^ofo fncasfremenf ficfff pot/riv

sv/r. o26 ,
£nc3sfremenf pûur v

Encastrement fictif pour w'

Fig. 29.
102 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

la surface du sol. Nous avons vu au chapitre I, partie D, §3, que le choix de profondeurs
différentes permettait de satisfaire aux diverses conditions d'encastrement et d'obtenir
une plus grande généralité.
La figure 29 montre la déformée élastique exacte de l'arc en question. Nous sup¬
poserons, par exemple, que le prolongement fictif ait la même épaisseur que l'arc, et
prolongerons donc les expressions analytiques des déplacements et de la rotation à l'in¬
térieur du terrain, afin de nous rendre compte des possibilités d'approcher la solution
exacte en fixant convenablement la position des encastrements fictifs. Un regard à la
figure 29 nous amène aussitôt à constater que, dans notre cas, il n'est pas possible d'ob¬
tenir une solution rigoureuse, quelle que soit la position des encastrements, car les dépla¬
cements w et v ne s'annulent en aucun point. Malgré cette imprécision, la solution obtenue
peut être très suffisante en pratique. A titre d'essai, nous avons fixé les encastrements,
ainsi que l'indique la figure 29, en prenant:

aw =
0,10 r, av =
0,26 r, aw. =
0,07 r ;

dans ces conditions, les valeurs obtenues pour les constantes d'intégration ne différent
pas de plus de yz % des valeurs exactes1. Dans ce cas particulier, nous pourrons donc
obtenir une excellente approximation par l'emploi de l'artifice de Vogt, à la condition
de choisir convenablement la profondeur des divers encastrements.
La voie que nous avons suivie est évidemment toute théorique, puisque nous sommes

partis de la solution exacte pour aboutir à une approximation assez bonne. Nous voyons
ainsi que la question du choix des profondeurs fictives reste entière et qu'elle mérite
attention. Nous ne pouvons cependant entrer ici dans le détail de ce problème; il nous a

suffi de justifier, par l'exemple précédent, la conviction qu'il doit être possible d'obtenir
une approximation fort satisfaisante à l'aide de l'artifice de Vogt, même dans le cas plus
complexe du barrage en voûte.
Notons enfin que l'exemple traité pourrait servir, si besoin était, à montrer l'im¬

portance de la prise en considération de la déformation du terrain, puisque la flèche


élastique de l'arc croît dans la mesure de 1 à 1,6, bien que le module d'élasticité du terrain
ait été choisi très grand.

B. LA MÉTHODE DES ARCS-MURS

Les paragraphes suivants présenteront une application numérique de la méthode

généralisée des arcs-murs et compareront ses résultats avec ceux obtenus par la méthode
habituelle. En ce qui concerne celle-ci, on consultera utilement les ouvrages indiqués
dans la bibliographie [50, 51, 55, 57].

1
Nous avons supposé implicitement que la pression de l'eau agissait aussi sur la partie
fictive de l'arc; en réalité, cette dernière ne devrait pas être chargée; cette simplification n'influe
cependant pas sur la nature de nos conclusions.
APPLICATIONS NUMÉRIQUES 103

1. Barrage étudié

Représenté par la figure 30, le barrage étudié est un barrage cylindrique d'un rayon
de 100 m dont l'épaisseur varie selon la loi:

A =
4,0e1'ïx/l00m.

La surface médiane développée est parabolique, du deuxième degré; elle a au

couronnement une longueur de 200 m et une hauteur de 100 m.

Il s'agit, on le voit, d'un barrage mince, puisque (A//-)max =


0,13<0,2. L'angle au

couronnement est de deux radiants et approche l'angle optimum pour l'arc. Dans la
partie inférieure, par contre, il diminue assez rapidement et serait en pratique insuffisant.

Mais il s'agit ici d'un cas théorique à définition simple, destiné entre autres à mettre en
évidence l'effet de la torsion *.
Pour simplifier les calculs, nous admettrons que l'encastrement sera total le long de

la parabole limitant la surface médiane. Cette hypothèse peut correspondre à l'un ou


l'autre des trois cas suivants:
1° soit que l'on néglige la déformation du terrain;
2° soit que l'on ait l'intention de tenir compte de cette déformation au moyen d'un
calcul par itération; dans ce cas, on étudierait ici uniquement la première étape;
3° soit enfin que l'on utilise l'artifice de Vogt et que la surface médiane définie par
la figure 30 a comprenne déjà les divers prolongements fictifs qui seraient ici égaux
entre eux.

Par la suite, il ne sera question que d'encastrement total, restant entendu que l'on

traitera les trois cas énoncés.

Fig. 30.

Encore une remarque concernant le profil dans l'axe du barrage. Nous avons sup¬
posé que la section radiale était droite (fig. 30 b), alors qu'en pratique nous devrions plutôt
adopter un profil dont l'axe serait incurvé comme l'indique la figure 30 c, et dont la ligne

1
La qualité actuelle des bétons ne permettrait pas la réalisation d'un barrage aussi mince
d'une hauteur de 100 m, mais ceci n'a aucune importance, puisque les résultats obtenus sont
applicables à des barrages géométriquement semblables, mais de moindre hauteur, et donc
réalisables (cf. lois de similitude [16]).
104 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

des centres subirait la même incurvation. L'avantage de cette disposition est de créer

dans la console des moments de flexion par charge permanente de sens contraire à ceux

dus à la pression hydrostatique. Nous admettrons, ainsi que le veut l'habitude, que le

comportement des deux barrages est le même pour tout autre cas de charge que le poids
propre et les charges verticales.
Dans notre exemple, nous nous limiterons au cas de charge représenté par la pres¬
sion hydrostatique maximum, le plan d'eau se confondant avec le couronnement.

2. Méthode habituelle des arcs-murs

a. Arcs. —
Le tableau suivant caractérise les arcs introduits dans les calculs et donne,
pour une charge radiale constante, les coefficients de déformation et de courbure à la

clef tirés des graphiques des figures 19 et 20.

1
X h h3/l2 * r/h Pi gt fi
J
m m m3 o 1 t/m2 m m-1

1 0,0 4,00 5,333 57°17' 25,0 0,00 4700 2,188


2 12,5 4,65 8,364 53°38' 21,51 12,79 4015 2,108
3 25,0 5,40 13,117 49°36' 18,52 25,675 3425 2,037
4 37,5 6,27 20,573 45°17' 15,95 38,67 2905 2,018
5 50,0 7,29 32,265 40°30' 13,72 51,82 2430 2,058
6 62,5 8,47 50,601 35»12' 11,81 65,144 1880 2,031
7 75,0 9,84 79,358 28°38' 10,16 78,68 1200 1,865
8 87,5 11,43 124,46 20°14' 8,75 92,505 457 1,294
9 100,0 13,28 195,19 0°00' 7,55 106,63 0 0,000

(Tableau V)

p est la pression hydrostatique rapportée à la surface médiane; elle peut être


calculée par la formule:

P =
fx(l+hl2r)
où y = 1 t/m3.

b. Console. —
Les coefficients de déformabilité de la console pour des charges
triangulaires unitaires, calculés par les méthodes numériques de la statique appliquée \
sont donnés par le tableau VI. Il s'agit des coefficients wy définis par (151) et dont la

figure 31 indique la signification. Nous posons E 1, de sorte que le tableau en question


donne en réalité les valeurs de Ewy.

1
Voir, par exemple, [23, 7,10, 21, 55].
APPLICATIONS NUMÉRIQUES 105

1 2 3 4 5 6 7 8 9

1 31645 50 883 34 597 21872 12 646 6 433 2640 708 80,0


2 23 422 38890 27 553 17 932 10 583 5 465 2 267 613 69,5
3 16107 27 531 20560 13 993 8 521 4 497 1895 518 59,0
4 10 252 17 891 13 972 10 086 6 458 3 529 1529 423 48,6
5 5 941 10 521 8 479 6437 4 417 2 561 1 150 327 38,2
6 3 006 5 381 4434 3 487 2 540 1606 777 232 27,8
7 1 199 2163 1811 1460 1 108 756 413 137 17,4
8 269 488 414 339 265 190 116 47,2 7,0
9 0 0 0 0 0 0 0 0 0

(Tableau VI)

Les coefficients de déformation wy sont donnés en m.

c. Répartition initiale et finale. —Nous considérons la charge de la console au niveau

de chaque arc comme inconnue. Il faut donc résoudre le système d'équations linéaires (154),
dont les membres de charge sont normalement les déformations des arcs indépendants qui
seraient soumis à toute la pression externe. Nous admettons, par contre, qu'au point d'en¬
castrement, toute cette pression est supportée par la console. Ainsi, les membres de charge
du système seront formés par la différence des déformations des arcs indépendants et de

celles delà console chargée par/?m9 =


p9. La matrice du système d'équations linéaires (154)
est obtenue en ajoutant simplement aux coefficients du tableau VI qui sont sur la diagonale
descendante ceux des arcs (gi). La résolution de ce système donne la répartition de la pres¬

sion externe entre arcs et console, qui fait l'objet du tableau VII et de la figure 31c.

j 1 2 3 4 5 6 7 8 9

Pm —6,246 —3,804 —2,227 + 1,503 + 10,57 +25,08 +43,71 +65,11 + 106,63

Pa +6,246 16,594 27,902 37,167 41,25 40,06 34,97 27,40 0,00

P 0,000 12,790 25,675 38,670 51,82 65,14 78,68 92,51 106,63

(Tableau VII)
106 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

Avec les charges que nous venons de trouver, il est facile de calculer les déformations

et les sollicitations des éléments. Nous y reviendrons pour les comparer aux résultats que

nous obtiendrons ci-dessous en appliquant au même exemple la méthode généralisée


des arcs-murs.

3. Méthode des arcs-murs avec effet de la torsion

a. Coefficients de torsion. —
Le tableau VIII résume le calcul des coefficients de

torsion définis par la formule (167). Les intervalles entre les arcs sont de A x =
12,5 m.

Puisque nous posons le module d'élasticité égal à l'unité, nous avons K = J =


A3/12.

/1 fi Ji+Yi Ai Bt Q

1 2,188 0,0000 0,0000 0,0000


6,679
2 2,108 0,273 1 0,462 9 0,1870
10,475
3 2,037 0,424 3 0,701 4 0,282 6
16,427
4 2,018 0,678 7 1,089 8 0,428 3
25,765
5 2,058 1,050 5 1,743 1 0,665 5
40,407
6 2,031 1,512 8 2,697 9 1,0644
63,371
7 1,865 1,6461 3,885 3 1,647 4
99,384
8 1,294 4,227 7 2,372 5
155,863

(Tableau VIII)

Pour le premier arc, les trois coefficients de torsion sont nuls en raison de (174);
pour le point 8, il faut tenir compte de (175).
Avec ces coefficients, la relation (171) permet de transformer le tableau VI et d'ob¬

tenir le tableau IX qui donne les coefficients w*j.

<V 1 2 3 4 5 6 7 8

1 22130 64 660 35 599 22 613 12997 6155 1485 —1056


2 16150 49106 28 577 18 741 11043 5 356 1355 —
886
3 10959 34465 21469 14 849 9 090 4 557 1225 —
717
4 6906 22224 14 566 10851 7114 3 757 1096 —
548
5 3 974 12 994 8 796 6916 5 020 2 936 966 —
379
6 2000 6 619 4 581 3 715 2 890 1991 816 —
209
7 794 2652 1866 1544 1244 952 550 —
54
8 178 597 425 357 293 235 167 + 19,6

(Tableau IX)

b. Répartition initiale et finale. —


Dans le cas présent, nous devons prendre les pd,
c'est-à-dire les charges des arcs, comme inconnues et résoudre le système (172). Les
membres de charge sont les déformations de la console soumise à toute la pression
APPLICATIONS NUMÉRIQUES 107

externe. Celles-ci peuvent être trouvées par superposition à partir des coefficients wy, ou,
avec plus d'exactitude, par un calcul direct. La matrice des coefficients est obtenue en

ajoutant, dans la diagonale descendante du tableau IX, les coefficients de déformation


des arcs gï à ceux de la console.

La résolution de ce système livre les pressions supportées par les arcs. A l'aide de

(166), on trouve la part de la torsion et, par différence avec la pression hydrostatique, la
charge du mur. Le résultat de ces opérations est donné par le tableau X et représenté
dans la figure 32. On voit que la part de charge supportée par torsion est loin d'être

négligeable et qu'elle est particulièrement importante dans la partie basse du barrage.

j 1 2 3 4 5 6 7 8

Pa +7,36 + 16,87 +26,90 + 34,48 + 37,00 + 34,92 +29,90 +23,43


Pt 0,00 —
0,91 —
0,53 + 0,94 + 4,87 + 9,60 +20,06 +28,13
Pm —7,36 —
3,17 —
0,69 + 3,25 + 9,95 +20,62 +28,72 +40,94

P 0,00 + 12,79 +25,68 + 38,67 +51,82 +65,14 + 78,68 +92,51

(Tableau X)

Cet exemple montre que l'effet de la torsion est de reporter une part de la charge du
centre du barrage vers la fondation de la console et vers les appuis des arcs. Dans l'en¬

semble donc, l'effet de torsion semble favorable, bien qu'il tende à surcharger quelque
peu les arcs supérieurs.

4. Comparaison des résultats

a. Répartition des pressions. —


Sur la figure 32, valable pour la méthode généralisée,
nous avons, à titre de comparaison, reporté par des points la répartition obtenue avec la

méthode habituelle. En mettant en relation les valeurs des tableaux VII et X, nous
108 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

constatons qu'en raison de la prise en considération de la torsion, l'arc au couronnement

est soumis à une pression de 18 % supérieure à l'ancienne, mais qu'à partir du point 3,
la charge de l'arc est réduite dans une mesure variable, allant jusqu'à 15 % de l'ancienne
valeur. De même, dans la zone inférieure du
barrage, la charge de la console est diminuée

jusqu'à 37 %. Notons enfin que sur un intervalle


égal au huitième de la hauteur du barrage, la
part de la torsion dépasse celle de l'arc.

b. Déformations. —
La figure 33 montre
les déformées de la console centrale dans les
deux cas envisagés. On voit nettement que
la prise en considération de la torsion tend
à raidir le barrage. La flèche du couronnement
est augmentée de 18 %, alors que celle de tous
les autres arcs est diminuée, cette réduction

\murs\am\ pouvant atteindre 15 %. La déformation maxi¬


Coque mum est réduite de 8 %.
x-foon rS/te
La même figure représente les lignes élas¬
tiques obtenues par la méthode de Tôlke et par
Fig. 33. le calcul du barrage en tant que coque, exposé
ci-après.

c. Sollicitations. —
En vertu de l'hypothèse d'une pression constante le long
du développement de chaque arc, les sollicitations des arcs sont modifiées dans la
même mesure que la charge. Par la prise en considération de la torsion, elles seront
donc augmentées de 18 % sur le couronnement,
alors que, dans la partie inférieure, elles seront
réduites parfois jusqu'au 85 % de l'ancienne
valeur.
La figure 33 permet de supposer que les
efforts de la console seront aussi plus petits;
ceci est confirmé par la figure 34 qui donne les
contraintes de flexion trouvées par les deux
méthodes. La réduction due à la prise en
considération de l'effet de la torsion est de
10 % à mi-hauteur du barrage et de 15 % dans
la section d'encastrement. Ces chiffres ne

donnent cependant pas une idée correcte de

l'importance du phénomène, car, les contrain¬


tes de flexion se combinent avec celles dues à
la charge permanente qui, par suite de l'in¬
curvation de l'axe du barrage, sont justement de
signe contraire. La réduction relative des efforts
Fig. 34.
APPLICATIONS NUMÉRIQUES 109

résultants sera donc beaucoup plus grande, surtout pour les efforts d'extension qui
peuvent même disparaître entièrement.
Aux sollicitations que nous venons de décrire s'ajoutent naturellement celles dues
aux moments de torsion. Elles sont nulles dans l'axe du barrage, et ne peuvent être connues

dans les parties latérales, puisque notre calcul ne fait intervenir qu'une seule console
centrale.
En résumé, on voit que l'effet de la torsion n'est pas négligeable et que, dans le cas

présent, les sollicitations dues à la pression hydrostatique maximum sont en général


réduites de 10 à 15 %. Il serait cependant hasardeux de vouloir tirer des conclusions de ce

seul exemple, en particulier avant d'avoir entrepris des


calculs avec plusieurs consoles et comparé ces résultats
avec le calul du barrage en tant que coque. C'est ce que

nous ferons dans le chapitre suivant.

5. Remarque sur le calcul par différences finies

Une partie des imprécisions de la méthode que

nous venons d'employer peut provenir du calcul par


différences finies que l'on utilise pour déterminer la

part de charge de la torsion. Nous avons donc appliqué


la méthode à un cas de barrage cylindrique d'épaisseur
Fig. 35.
constante (h/r =
1/10, H= r, <J/ =
60°), situé dans une

vallée rectangulaire, pour lequel l'intégration analy¬

tique de l'équation différentielle (159) est possible. La figure 35 indique la part de


charge de la torsion ainsi obtenue et celle qui résulte d'un calcul statique avec six arcs.

On voit que l'approximation est ici très bonne.

C. CALCUL D'UN BARRAGE EN TANT QUE COQUE

Nous avons exposé dans le chapitre III la méthode de la superposition la plus


adéquate pour calculer les barrages en voûte en tant que coques. Dans les pages qui
suivent, nous appliquerons cette méthode au barrage dont nous nous sommes occupés
dans les paragraphes précédents (fig. 30), en ne donnant d'ailleurs qu'un bref aperçu de
la marche suivie et des principaux résultats.

1. Le problème

Le barrage à étudier est un barrage mince, cylindrique, dont l'épaisseur ne varie que
dans le sens vertical. La surface médiane développée est de forme parabolique; nous

admettons que l'encastrement est total le long de la ligne de fondation. Afin de simplifier
les formules, nous choisirons la hauteur du barrage pour unité. La longueur du couron¬

nement est alors de 2.


110 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

Avec les notations introduites dans le chapitre I, les conditions le long de la fonda¬

tion sont données par :

(213) w (x,y) =
v (x,y) =
w„ (x,y) = 0

pour:
Rw (x,y) =
Rv (x,y) =
R„n (x,y) = R (x,y) =
x + y* —
1 = 0 .

Le long du couronnement, nous n'avons aucune force externe à considérer.


La méthode de la superposition la plus adéquate est applicable à tous les systèmes
d'équations différentielles que nous avons rencontrés dans le chapitre II. Parmi ceux-ci,
nous choisirons celui du chapitre II, C, § 3 qui représente la troisième étape de simplification.
Il s'agit donc d'intégrer les équations différentielles (51), en tenant compte des conditions
(53) le long du couronnement et des conditions (213) le long de la fondation. Les efforts

internes sont calculables d'après (50) et les contraintes d'après (82) et (83). Nous étudierons
le cas de charge représenté par la pression hydrostatique maximum.

2. Choix des solutions particulières

Selon (93), la solution finale peut être obtenue par la superposition adéquate de

solutions particulières à la solution initiale. Cette dernière est nécessaire pour respecter
des conditions aux limites comportant des déformations le long de la fondation ou des
forces externes sur le couronnement. Dans notre cas, la solution initiale sera identique¬
ment nulle; il n'y a donc pas à s'en occuper. La solution finale est alors représentée par
une somme de solutions particulières. Pour le cas de la vallée parabolique, nous avons

montré dans le chapitre III, B, § 3 la voie à suivre pour trouver un nombre quelconque de

ces solutions. Il nous suffira ainsi de nous reporter aux résultats de cette étude.

D'après (137), les composantes radiales et tangentielles du déplacement de chaque


point peuvent être exprimées par:

(214) wi =
F(x,y)Pi (x,y), vt=G (x,y) Q, (x,y),

où:

F(x,y) = if2 (x,y) =


(x+y* -l)2, G (x,y) =
yR (x,y) =
y (x+y2—1).

Les deux fonctions P {x,y) et Q (x,y) sont en principe quelconques et doivent servir à

satisfaire aux conditions le long du couronnement.

a. Polynômes. —
Donnons d'abord aux Pt et Q,- la forme de polynômes, dont les
degrés n et m sont déterminés en fonction du nombre de solutions indépendantes que nous

désirons obtenir. Si nous allons jusqu'à la sixième puissance (« = m =


6), la relation (135)
indique que 19 solutions sont possibles. Ce nombre suffira provisoirement; nous pouvons
cérire les P,- et Qt comme suit:
APPLICATIONS NUMÉRIQUES 111

(215) P(x,y) =
Wm + W0iy* + W0iy* + WMy*
+ W10x + W12xy* + W^xy*
+ Wwx* + Wnx*y* + W2ixY
+ WwX* + Wnxty2
+ W^x* + W^y*
+ W50x*
+ Wmx«

Pour avoir Q(x,y), il suffit de remplacer dans cette formule Wy par Vy. Dans ces

polynômes, nous n'introduisons évidemment que les termes pairs en y, puisque le pro¬
blème et sa solution sont symétriques.
Les 32 coefficients Wm... Wm et V00— K60 sont liés entre eux par le système d'équa¬
tions linéaires (138), (139) et (140) qui expriment les conditions d'absence de forces

externes le long du couronnement. Ce système contient 13 équations linéaires homogènes


dont la matrice est donnée par le tableau XI. On voit qu'un certain nombre des incon¬
nues W et V ne figurent pas dans ce système. Chacune de celles-ci, prise isolément, fournit
donc une solution particulière. En l'occurrence, il s'agit de coefficients Wy dont le pre¬
mier indice est plus grand que 3, et des coefficients Vy dont le même indice est 2 ou plus.
On a ainsi 13 premières solutions particulières. D'autre part, les 19 coefficients restants

sont liés entre eux par 13 équations; on pourra par conséquent trouver encore 6 autres

solutions linéairement indépendantes. Elles sont indiquées symboliquement au bas du


tableau XI. Au total, on aura bien les 19 solutions prévues, soit:

1. Pj =
100*6, Si =0;
2. P2 = IOOjc5 , 02 =0;
3. Ps =
lOOxV , Q3 =0;
4. P4 =
lOOx4, Q* =0;
5. P6 =
0 , g5 = 100*«.

6. P6 =0, g, = 100*5 ;

7. P7 =0, q7 =
100a:V ;
8. P8 = 0 , Qa = 100x« .

9. P9 = 0 , Q„ =
100x*y* ;
10. P10 =
0, <2i„ = lOOx* ;

(216) 11. P„ =
0, Qn =
100*V ;
12. Pia =
0, g12 =
100*V ;
13. P13 =
0, Q13 = ÎOO*2 ;

14. Pi4 =
0, Qli= lQO(y^-y»+xyt);
15. P» = 0 , g15 = 100 by*—y*+y*) ;
16. Pi, =
0, qx,= 1000c-^+l);
17. P17 = —5 +I0y* —5y* —Ux Gît =
P-^J'2 +2r4)/625
+14xy* —
23x2 —40x>,
6
18. 69 222y* +237y* —S4y« +43
P18 gis
^C15-44^2
= — =

—42xy* +42xyi —
69x2

—498x3 +2352x*y*,
112 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

4
19. P19 = —30 + 60/ —

30/ -42x Q„ =

(— 4+15/ —18/ +7/)


(216 suite) +42x/ —
54*2 —84*1/
—2a:3 —784x3/,

Les déformations wt et v,- correspondant à ces polynômes peuvent être obtenues par (214).
Notons encore que toutes ces solutions ne sont déterminées qu'à un facteur constant près
qui, pour des commodités de calcul, a souvent été choisi égal à 100.
Si l'on étudie les diverses solutions (216), on constate que seules trois d'entre elles

(17, 18 et 19) contiennent des Pet, partant, des w qui ne s'annulent pas sur le couronne¬

ment. Il semble donc que ce choix de 19 fonctions ne puisse suffire à représenter avec

assez de précision la déformation du barrage dans la partie supérieure. Pour cette raison,
nous introduirons encore quelques fonctions qui peuvent être, par exemple, des produits
de fonctions exponentielles par des polynômes.

b. Fonctions exponentielles. —
Nous avons montré dans le chapitre III, B, § 3, que
ces produits peuvent être substitués aux polynômes simples. Un problème surgit, cepen¬
dant, quant à la valeur de l'exposant k de la fonction exponentielle. Du point de vue

mathématique, ce coefficient peut être choisi librement, mais il est clair que la qualité de
la solution dépendra beaucoup de ce choix. Le critère à employer est donc un critère

d'adéquation. Dans le cas présent, nous avons intérêt à donner à k une valeur telle que
les pressions externes correspondant aux solutions en question diminuent vers le bas du

barrage. Il faut alors faire en sorte que les produits Der~kx et Ke~kx n'augmentent pas
avec x. La valeur k = 3 satisfait à peu près cette condition ; cependant la solution
gagnerait en précision, surtout sur le couronnement, si l'on prenait k plus grand.
Le degré du polynôme sera de 10 pour P et de 6 pour Q (n 10 et m 6). D'après

=

(146), nous devrions avoir 29 solutions possibles linéairement indépendantes. En réalité,


deux des conditions (142), (143) et (144) s'avèrent dépendantes des autres, si bien qu'il
peut exister 31 solutions. Parmi celles-ci, 25 ne présentent pas d'intérêt dans notre cas,
puisque leur déformation radiale est nulle à l'origine des coordonnées et petite le long
du couronnement, alors que nous cherchons justement des déformations importantes
sur le couronnement et plus petites ailleurs. Des six autres solutions possibles, seules les
trois suivantes semblent adéquates:

20. P20 =
+2— 6/ + 6/—2/ +x2 (—23+53/ —

39/+9/)
+ x3(—338/3 + 1274//3 —270/ +18/)
Q20 =
(108 —

88/ —20/ +*(340 —192/))/7-500


21. P21 =
+10—30/ +20/ +x (28—28/)
+ jc2(25 —24/ +311/ —174/)
(217) + x3 (— 48 —

768/ + 3-438/ —306/)


fin =
(+46 +250/ —956/ +660/ +*(76 —394/))/16'875
22. P2a =
+10—30/ +20/ +*(84/— 84/)
+x2 (—115 —

80/ +675/ —342/)


+x3 (—1-390/3 —4-208//3 +5-832/ —558/)
Q22 =
(_32 +252/ —700/ +480/ + x (—288 —4/))/7>500 .
1 AT/1 1 TJV
""
j rr00 ^o2 »0i ww ww W'ii *u ww f22 wu W3o Wn M» M>2 ^04 MP6 Vy> Pu Vu No
|


î + 1 2 + 1 1

— —
(172) 2 + 1 + 2 2 2 + 1 2

2 — 1 —
3 + 1 + 2 + 2 +1 3

Conditons 4 + 1 + 2 + 1 —2 4

5 +1 5
1

— 2 —
6 2 + 2 + 1 +3-750 —3-750 6
(174)
— — 2 —
7 2 + 2 1 + 1 + 1-875 + 1-875 —1-875 7

— —
8 2 + 2 1 + 2 + 1-250 + 1-250 —1-250 8

— —
9 2 1 9
Condit s
1
+937,5 +937,5
4 — — —
10 + 4 1 + 2 6 + 3 10
(177)

24 — 6 —
11 + 24 + 12 —21 + 12 + 6 6 +3 11

60 —
12 + 60 + 30 —57 + 6 —6 + 3 —6 12

13 + 112 + 56 +6 +3 13
Condit s
1

I + 100 —100 + 100 I

II + 100 —100 + 100 II

III + 100 —100 + 100 III

— — — —

Solutions IV 5 + 10 5 —14 + 14 —23 40 + 2/625 4/625 + 2/625 IV


V +69 —222 +237 84 —42 +42 —69 —498 +2-352 +54/375 —264/625 +258/625 —84/625 V

— —
60 — 2 —784
VI —30 + 30 —42 +42 —54 —84 —16/625 + 60/625 72/625 +28/625 VI

(Tableau XI)
Matrice du système d'équations linéaires, reliant les coefficients de P* et de Qi, et solutions possibles.
114 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

Pour obtenir les déformations correspondantes à ces polynômes, il faut écrire:

Wi = F (x^e-v Pi (x,y), v,- = G (x,y)&-3x Q, (x,y) .

Ces fonctions sont très sensiblement plus compliquées que celles citées sous (216).

3. Forces externes

Pour que ces solutions particulières soient entièrement connues, il faut encore déter¬
miner les pressions externes qui provoquent les déformations que nous venons de trouver.
Les composantes Yt et Z,- de ces pressions peuvent
être obtenues en introduisant simplement w et v

ainsi que leurs dérivées dans les équations diffé¬


rentielles (51) que nous employons maintenant dans
leur signification d'opérateurs différentiels (89). Nous

ne calculerons provisoirement pas Xt, puisque le


système différentiel choisi néglige les déplacements
verticaux qui sont le plus directement en relation
avec ces forces.
Les opérations nécessaires au calcul des pres¬
sions externes sont des dérivations et des superpo-
1 sitions. Nous avons fait les premières par voie

PI 36 analytique et sommes passés au calcul numérique


pour les dernières. Nous avons obtenu ainsi pour
les 69 points de la demi-surface médiane indiqués par la figure 36, les pressions cor¬

respondantes à chaque solution particulière. Ce calcul, assez long, représente environ


le quart du travail numérique total.

4. Recherche de la superposition la plus adéquate

Nous disposons à présent d'un ensemble de 22 déformations compatibles avec les


conditions aux limites, et nous connaissons les forces qui les produisent1. Il s'agit donc
de les superposer de manière à approcher au mieux la déformation réelle du barrage.
En réalité, nous superposons les 22 pressions externes afin d'obtenir, à l'aide du principe
des moindres carrés de Gauss, la meilleure approximation possible pour la charge donnée.
Dans le cas de la pression hydrostatique maximum, nous avons:

(218) XE =
YE = 0 , ZE =
p =
y x(l +h/2r) .

L'erreur E définie par (100) et (101) doit être minimum. Ceci nous conduit au système de
22 équations linéaires (108) pour les 22 coefficients de la série (93). La matrice de ce sys¬
tème est formée par les intégrales (109), qui dans notre cas sont:

Jaj =
Joj.
1
Nous verrons par la suite que, parmi cessolutions, quelques-unes sont inutiles ou peu
utiles, et que nous aurions pu obtenir une solution presque aussi bonne à moindres frais.
APPLICATIONS NUMÉRIQUES 115

puisque J$j =
Jlj = 0 par suite de X0 =
XE =
Y0 =
YE = 0 .
D'autre part:

J^ =
—jjri(x,y)ZjpdS
car Z0 =
0, et enfin:

J& =
* =
0, /„ =
JSo=j\vi (.x,y)p*dS.
(D)

Nous avons évidemment posé Jfj =


0, puisque nous ne considérons pas la composante
verticale de la pression externe.
Pour pouvoir calculer ces intégrales, il faut décider du poids à attribuer aux erreurs

commises aux divers points de la surface médiane, c'est-à-dire choisir la fonction d'in¬
fluence 7](X,}>).
A nouveau, nous sommes du point de vue mathématique entièrement libres dans ce
choix, mais nous devons songer qu'il influe sur la qualité de la solution. Nous avons

intérêt à rejeter les erreurs sur les forces externes vers la ligne de fondation, car nous

savons que leur influence sur le comportement du barrage sera ainsi atténuée. Sans autre

justification, nous avons admis pour ri(x,y) la fonction suivante, qui est égale à l'unité
à la clef du couronnement et à 1/3 sur la ligne d'encastrement:

(219) ti(x,y) =
2R/3 + 1/3 = 1—2 (x+y*)/3 .

Par la suite, nous avons pu constater qu'il y aurait eu intérêt à diminuer encore la valeur
de 7) dans les angles supérieurs de la surface médiane, mais à ce moment le choix ne pou¬
vait plus être modifié.
Avec cette définition de tj, nous pouvons passer au calcul numérique des intégrales /

qui a lieu en substituant une somme finie à la sommation. Nous choisissons les 69 élé¬
ments de la demi-surface médiane, correspondant aux 69 points de la figure 36 pour
lesquels les valeurs numériques des pressions sont connues. Ainsi, nous avons, par
exemple:

69

(220) Jfj=\h (x,y) Zi (x,y) Zj (x,y) dS = 2 ij (?) Z, (?) Z, (?) A S (?) J


(D) q=]

l'élément de surface As étant pour un point central AS = Ax Ay =


0,12 =
0,01, et

pour les points se trouvant près de la fondation, une valeur réduite comme l'indique la

figure 36.
L'exécution pratique de ces opérations est assez laborieuse. On s'en rend compte en

songeant que nous avons 22 fonctions et donc 22 x 22 == 484 coefficients dans le système
(108). Chacun de ces coefficients se compose de deux intégrales (Jy Jfj + J\\, il faut
=

encore calculer 22 membres de charge. Si l'on tient compte de la symétrie de la matrice,


le nombre total de sommes à effectuer se réduit à 528. Ce calcul représente environ

le 1/5 du travail total.


116 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

En substituant des sommes aux intégrales, on commet une petite erreur sur les
coefficients du système (108), qui se répercute sur la solution. Ainsi, au lieu d'obtenir la
meilleure solution possible, nous en trouverons seulement une qui l'approche. Mais,

puisque nous opérons au voisinage d'un minimum, l'erreur quadratique moyenne


selon (101) ne sera que peu affectée par cette
imprécision. En réalité, si l'erreur moyenne
finalement obtenue est jugée admissible, l'emploi des sommes au lieu des intégrales sera
automatiquement justifié. Le seul inconvénient de cette manière de procéder est l'aug¬
mentation qu'elle entraîne du nombre de solutions particulières au-delà du minimum
strictement nécessaire à l'obtention d'une précision donnée; elle tend donc à accroître

l'ampleur des calculs.

5. Superposition obtenue

La résolution du système (108) fournit les valeurs suivantes pour les coefficients Q
de la superposition:

Q =
+ 0,196 073 C„ = —
0,075 838 C18 =
+ 0,035 498

c2 = —

0,420 502 C10 =


—0,318 264 C17 = —

0,784 544
c3 = _

0,419 179 Cn = —
0,001 729 C18 = —

0,032 578
c4 = —

0,229 791 C1S = —


0,061 414 C„ =
—0,181839
Cs =
+ 0,172 362 Clt =
+ 0,177 565 C20 = —

1,055 460
c. = _
0,374 577 Cu =
+ 0,018 564 C21 =
+ 0,071 619
c, =
+ 0,122 512 C16 = —
0,027 602 C22 = —

0,085 738.
c. =
+ 0,304 509

Avec ces coefficients, nous calculerons en premier lieu, par superposition de 22 termes,
les pressions externes agissant sur le barrage dans la solution finale. Le résultat de cette

opération est exposé par la figure 37 pour la composante normale Z et par la figure 38
pour la composante tangentielle Y.
L'étude de ces deux figures montre que l'approximation obtenue est excellente dans
l'axe du barrage pour la pression radiale, mais moins bonne vers les parties latérales.
Il en va de même de la pression Y, qui devrait s'annuler en tous les points. Elle n'est
cependant vraiment importante que dans l'angle supérieur de la surface médiane.
Le calcul direct de l'erreur quadratique moyenne pondérée donne les valeurs sui¬
vantes, qui concordent bien avec celles que l'on trouve à partir de (111) et (112):

(221) ez>moyen
=
0,036, ey< moyen
=
0,048 , emoyea =
Vo,036» + 0.0482 =
0,06 ,

avec pour unité la pression hydrostatique agissant à la base du barrage:

GW =
Ï#= U =
l).

Relevons la régularité des pressions obtenues, ce qui exclut toute erreur importante
entre les points considérés. Elle montre aussi que le nombre de soixante-neuf points choisis
pour calculer les intégrales est plus que suffisant, et que nous aurions pu nous contenter
APPLICATIONS NUMÉRIQUES 117

d'un nombre plus petit. Nous verrons ci-après que les erreurs subsistantes ont une cause
systématique et non fortuite. Si nous parvenons à la déceler et à l'éliminer, nous obtien¬
drons facilement une meilleure approximation.

»
y=o.6S

pression hydrostatique
approximation obtenue

Fig. 37.

6. Cause de Veneur

La figure 38 indique littéralement l'origine de l'erreur. En effet, celle-ci reste localisée


dans l'angle supérieur de la surface médiane, où la présence d'une grande pression
tangentielle dirigée l'intérieur du barrage peut être constatée. Ainsi l'effort normal ny
vers

est repris par cette pression avant d'arriver à la fondation. Nous avons vu dans le cha¬

pitre II, D, § 3 que la raison de cet état de choses est due à ce que le déplacement vertical u

a été annulé.
118 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

Fig. 38.
Composante horizontale y de la pression externe et pression hydrostatique à la même échelle.

Si l'on considère la figure 39, on comprend en effet qu'une compression axiale hori¬
zontale ny produit dans la zone A un « soulèvement » du barrage. Si l'on bloque ce

soulèvement, on ne peut donc plus avoir d'effort ny au point A et l'on en arrive à intro¬
duire une pression externe Y donnée approximativement par Y =
—ny.

Fig. 39.

Cette constatation est confirmée par le fait que la composante verticale de la pres¬
sion externe (calculée par l'opérateur Dx (52) à partir de la déformation trouvée) est assez

importante et dirigée vers le bas (fig. 40) ; avec la force Y dont on vient de parler, elle

empêche donc le barrage de se soulever.


Ce fait semblerait confirmer les vues de Coyne [31, 33] sur l'existence d'arcs plon¬

geants, mais il s'agit évidemment ici d'un phénomène totalement étranger à l'intervention
du poids propre du barrage.
APPLICATIONS NUMÉRIQUES 119

7. Améliorations possibles

En suivant l'idée directrice de la méthode adoptée, on peut améliorer la solution


qui vient d'être trouvée, en adjoignant de nouvelles solutions particulières au lot de celles

qui ont été employées. De cette manière, on arrive à réduire les erreurs dans la
partie
centrale du barrage, mais on ne modifie pratiquement pas la répartition des pressions
tangentielles dans l'angle supérieur de la surface médiane, car il faut toujours équilibrer,
par une force externe Y, l'effort ny avant la fondation.

Fig. 40.

Composante verticale X et pression hydrostatique à la même échelle.

Une amélioration plus sensible pourrait être obtenue en modifiant la fonction de

poids des erreurs (chap. III, A, § 3). On concentrerait ainsi les forces Y dans une zone

plus restreinte de la surface médiane, en choisissant une fonction r\ qui s'annule dans une

certaine zone autour du point A. Sur le reste de la surface médiane, la solution serait
améliorée.

D'autre part, en se fondant sur les considérations du chapitre II, D, § 3, on s'aperçoit


que la question qui nous occupe ne se poserait pas, ou se poserait avec force,
moins de

si la ligne de fondation coupait le couronnement sous un angle droit. En effet, l'effort


normal ny pourrait arriver sans encombre à la fondation, au moins dans la zone supé¬
rieure. Dans certains cas, on peut alors modifier la ligne de fondation pour qu'elle abou¬
tisse perpendiculairement au couronnement. L'influence de cette intervention sur le

comportement d'ensemble du barrage est insignifiante, alors que, du point de vue mathé¬

matique, elle peut représenter une amélioration sensible de la solution. Dans le cas d'un

encastrement élastique, ces difficultés pourraient probablement êtr.e réduites.


120 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

En conclusion, nous croyons cependant pouvoir recommander la prise en considé¬


ration dans les calculs de la composante verticale du déplacement, donc au moins l'em¬

ploi du système d'équations différentielles de la deuxième étape de simplification (chap. II,


C,§2.).

8. Remarque sur le choix des solutions particulières

Le choix des solutions particulières fait au paragraphe 2 de ce chapitre était très


arbitraire et incertain, car nous n'avions aucune expérience en la matière. Une fois le
calcul terminé, il nous reste à nous rendre compte de l'importance relative que prennent

ces diverses solutions particulières dans la solution finale.


Ce classement est établi en partant de l'idée (un peu arbitraire, il est vrai) qu'une
solution particulière prend dans la solution finale une place d'autant plus importante

que la part de charge externe qu'elle représente est plus grande. En effet, à la solution Si
correspondent les pressions externes QXj, CiYt et CjZt. Comme critère mathématique

d'utilité, choisissons alors l'expression suivante qui est la moyenne quadratique pondérée
de cette pression, où, toutefois, nous négligeons la composante Xi verticale:

U,= CfJa.

Nous voyons ainsi que les six fonctions les plus importantes sont celles portant les
nos 10, 6, 8, 12, 16 et 5, qui ne concernent qu'une déformation tangentielle et aucune

déformation radiale. Suivent les six solutions particulières nos 17, 2, 19, 1, 4 et 18 qui
représentent des déformations radiales ou des combinaisons des deux déformations. Enfin,
les solutions n08 11, 21, 3, 14 et 9 s'avèrent particulièrement inutiles. Relevons que parmi
ces dernières, les nos 3, 9, 11 et 14 sont des produits mixtes en x et y qui s'annulent donc
sur l'axe de symétrie et sur le couronnement.

Il est clair que ce classement est très relatif, car la place prise par une solution dépend
de la forme de toutes les autres et est fonction du cas de charge envisagé. Ainsi, les
déformations à facteur exponentiel sont défavorisées, car elles ne représentent que des
forces dans la partie supérieure du barrage qui sont qualitativement très utiles, bien que

quantitativement peu importantes.


En résumé, constatons que les solutions qui représentent une déformation s'annulant
en même temps sur le couronnement et sur l'axe de symétrie sont inutiles, d'autre part
que dans la série des solutions particulières admises il y a trop de fonctions ne concernant

qu'une déformation tangentielle.

9. Résultats des calculs

Par la superposition des 22 fonctions particulières, on trouve, sans difficulté, l'ex¬

pression analytique des déformations radiales et tangentielles du barrage. A l'aide de


dérivations successives, on calcule tous les efforts, contraintes ou pressions internes qui
peuvent s'avérer utiles. Voici quelques-uns des résultats ainsi obtenus.
APPLICATIONS NUMÉRIQUES 121

a. Déformations. —
Les déformations radiales font l'objet de la figure 41, les défor¬
mations tangentieiles celui de la figure 42. A titre de comparaison, nous indiquons aussi les
valeurs obtenues par la méthode généralisée des arcs-murs, appliquée à une seule console.

Fig. 41.
Déformations radiales.

Fig. 42.

Déformations tangentieiles.
Coque. Arcs-murs avec effet de torsion.
122 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

Dans l'ensemble, on note ainsi une bonne concordance, bien que le calcul du
barrage en tant que coque le fasse apparaître plus rigide ; les déformations radiales pouvant
être réduites d'environ 5 %. Dans la zone du couronnement, on constate toutefois un

certain écart, imputable probablement aux erreurs commises sur la pression externe dans

le calcul du barrage en tant que coque. Pour ce qui est des déformations tangentielles,
on voit nettement l'influence du cisaillement tangentiel existant entre les divers arcs,

qui intervient pour en égaliser les déformations.

b. Répartition de la pression radiale. —


La pression radiale externe Z —

p est

répartie entre le mur (pm), l'arc (pa) et l'effet de torsion (p,). La figure 43 donne cette

répartition pour quatre sections verticales. Elle montre que la pression supportée par

Répartition de la pression radiale.

les arcs reste sensiblement constante le long de leur développement, et que la part de la

torsion ne varie que peu dans le sens horizontal. Il est aussi intéressant de noter que la

charge de l'arc n'est pas nulle au pied du barrage, comme on l'admet souvent dans la
APPLICATIONS NUMÉRIQUES 123

méthode des arcs-murs. En effet, bien qu'aucune action de voûte ne soit possible, une

certaine pression peut être supportée par flexion horizontale. Cette constatation ne vaut

évidemment pour un barrage cylindrique que si le fond de la vallée est de forme para¬
bolique (quadratique), ainsi que cela a été admis dans l'exemple (fig. 30 a)1.
Afin de pouvoir apprécier l'approximation que la méthode généralisée des arcs-
murs permet d'obtenir, on a reporté dans la figure 43 la répartition qu'elle avait fournie

pour la section de clef. On voit que cette approximation est très satisfaisante.

Fig. 44.
Effort normal de l'arc ny.

c. Efforts internes. —
L'allure des efforts de membrane ressort des figures 44 et 45*
La première donne les efforts axiaux des arcs, la deuxième, les cisaillements tangentiels.
On constate que l'effort normal varie avec y. Vers la mi-hauteur du barrage, il diminue
depuis l'axe jusqu'à la fondation, alors que pour un arc indépendant chargé par une
pression constante, c'est le contraire qui se produirait. On retrouve ainsi l'influence des
cisaillements tangentiels. Ceux-ci, de leur côté, augmentent à partir du couronnement
et ne sont importants que dans la partie inférieure de la surface médiane. Notons enfin

que la différence entre les deux efforts nxy et nyx est maximum au point p, où elle
atteint 8 %.

1
II est "courant de constater des irrégularités dans la moitié inférieure des diagrammes de
répartition des pressions établis par la méthode habituelle des arcs-murs. Ces irrégularités
proviennent de l'hypothèse erronée qui consiste à attribuer au pied du barrage toute Ja pression
de l'eau à la seule console. L'influence de cette erreur s'atténue vers le haut, si bien qu'elle n'est
pratiquement plus sensible à partir de la mi-hauteur.
124 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

La figure 46 représente la variation des moments de flexion pour les deux directions

principales x et y. Il n'y a rien de remarquable dans ces efforts qui correspondent bien aux

résultats habituels.

oloS
nyx-

"/7xy*o.o97

Fig. 45.

Efforts tangemiels de cisaillement.

Fig. 46.

Moments de flexion.
APPLICATIONS NUMÉRIQUES 125

Les moments de torsion font l'objet de la figure 47. Ils sont importants dans la partie
basse du barrage et pratiquement insignifiants dans la moitié supérieure. Ceci signifie
que, dans la méthode généralisée des arcs-murs, on ne commet pas une grande erreur en

supposant qu'ils s'annulent sur le couronnement.

X
126 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

d. Lignes isostatiques. — En utilisant les cercles généralisés de Mohr auxquels est

consacré le deuxième complément, on construit les trajectoires pour les divers efforts.
La figure 48 reproduit celles relatives aux efforts de membrane1. On voit comment
les lignes principales de compression sont de plus en plus incurvées et inclinées vers la
partie basse du barrage.

Fig. 49.
Cercle de Mohr généralisé, appliqué aux forces de membrane pour le point p
(voir le deuxième complément).

Fig. 50.
Trajectoires relatives aux moments.

1
On a dessiné le réseau des directions pour les efforts extrêmes, pour lesquels les efforts
tangentiels, rappelons-le, ne sont pas nuls.
APPLICATIONS NUMÉRIQUES 127

A titre d'exemple, la figure 49 représente le cercle de Mohr excentré, valable au

point p, où les directions libres d'efforts tangentiels forment entre elles un angle d'en¬
viron 88°. Dans ce cas, il semble que l'on puisse considérer ces directions comme normales.
En ce même point, les efforts tangentiels maximum et minimum ne diffèrent que de
7 % environ, ce qui est peu. La raison en est la faible épaisseur du barrage étudié.
Les trajectoires relatives aux moments de flexion sont données par la figure 50.
Elles sont normales entre elles, puisque nous avions admis l'égalité des moments de
torsion mxy et myx. Elles sont aussi perpendiculaires à la ligne de fondation en raison de

Fig. 51.
Lignes isostatiques pour les efforts tranchants.

l'encastrement total supposé. On constate un point singulier situé aux 45/100 de la hau¬

teur, où les moments de flexion pour les directions x et y sont égaux et les moments de
torsion nuls. Les directions principales y sont donc indéterminées.
L'irrégularité des
lignes le long du couronnement est due au fait que les moments de flexion de l'arc changent
de signe entre la clef et les appuis.
La figure 51 reproduit les lignes isostatiques des efforts tranchants qui sont normales
entre elles et à la fondation. Dans l'axe du barrage, il existe un point singulier, approxima¬
tivement situé à mi-hauteur, où l'effort tranchant de la console est nul et les directions

principales indéterminées. Ces lignes montrent le cheminement des charges transportées


par l'effet de dalle. Dans la zone située sous le point singulier, elles se dirigent assez

rapidement vers la fondation. Au-dessus de ce point, par contre, les pressions sont

reportées vers le haut et reprises par les arcs(effet de


membrane). C'est le phénomène
qui, dans la méthode des arcs-murs, fait s'appuyer les consoles sur les arcs supérieurs.
128 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

e. Contraintes et trajectoires en surface. —


Au moyen des formules (82) et (83),
on trouve les sollicitations sur les deux parements. A l'aide du cercle habituel de Mohr,
on trace lestrajectoires de la figure 52, qui rappellent quelques-unes des particularités
des lignes isostatiques décrites ci-dessus. 11 peut surprendre à première vue que ces

| X F'g- 52.
Trajectoires des contraintes en surface.
APPLICATIONS NUMÉRIQUES 129

trajectoires ne soient pas normales au couronnement. La déviation constatée est due

aux cisaillements qui subsistent le long de celui-ci par suite des moments de torsion qui
eux-mêmes équilibrent des efforts tranchants (condition de Kirchhoff). La théorie des

coques n'est donc pas applicable en toute rigueur au voisinage d'un bord libre; en fait,
cette erreur est due à l'hypothèse de Bernoulli qui exclut le gauchissement des sections
normales à la surface médiane.

10. Comparaison avec des essais sur modèles

11 est instructif de comparer les résultats que nous venons de rappeler à ceux obtenus
au cours d'essais sur des modèles réduits [67]. Le barrage de Salza, par exemple, a fait
l'objet d'essais sous la direction du professeur Tschech et du Dr Jaburek [68]. La forme
de la surface médiane développée de ce barrage est à peu de chose près la même que celle
que nous avons adoptée dans l'exemple précédent. La loi de variation des épaisseurs est
peu différente de la nôtre, encore que ce barrage soit un peu plus épais; la variation de
courbure d'un arc à l'autre n'est pas très importante. En bref, ces deux barrages sont

comparables, à cette différence près, toutefois, que le barrage du Salza a été étudié avec

un encastrement élastique, alors que nous avons admis un encastrement total.

La comparaison révèle une concordance très satisfaisante entre les résultats des
deux méthodes. Les isostatiques en surface présentent notamment une similitude frap¬
pante, et les variations des contraintes sont très semblables. Le point singulier des tra¬
jectoires du parement aval est, toutefois, situé plus bas dans les essais sur modèles que dans
les calculs, ce qu'explique la différence d'encastrement déjà signalée.
Pour terminer, relevons que le calcul fournit, en général, des résultats plus étendus
que l'essai sur modèle, lequel ne livre pratiquement que les déformations et les contraintes
en certaines zones des parements. D'autre part, de nombreux cas de charge, tels que retrait
et variations thermiques, peuvent faire l'objet d'un calcul, non d'un essai.

11. Ampleur des calculs effectués

Les quelques résultats dont on vient de prendre connaissance ne laissent pas soup¬

çonner l'ampleur des calculs qui ont été nécessaires à leur élaboration. Bien que l'exemple
traité soit simple et incomplet, il n'a pas exigé moins de 2000 heures de calculs numé¬
riques 1. Ce chiffre est sans doute susceptible d'effrayer plus d'un calculateur, mais il ne
surprendra pas les ingénieurs rompus aux exigences de la méthode des arcs-murs avec
plusieurs consoles, ou à celles du Trial Load. Ces méthodes ne donnent pourtant pas des
résultats aussi complets que ceux que nous venons d'établir.
D'autre part, il est certain que l'emploi de moyens de calcul mécanographiques ou

électroniques peut réduire considérablement la durée du travail, car la méthode en ques¬


tion s'accommode fort bien de ces procédés. Mais, sans y avoir recours, nous pouvons dès

maintenant tirer de cette première étude quelques enseignements. Le travail pourra être
simplifié:

1
Et cela malgré l'aide d'une machine de bureau entièrement automatique et fort rapide.

10
130 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

1° en choisissant plus convenablement les solutions particulières et en éliminant

les fonctions inutiles (cf. chap. V, C, § 8) ;


2° en réduisant le nombre d'éléments utilisés pour le calcul des intégrales /, sans

que, pour autant, l'exactitude diminue sensiblement;


3° en modifiant les conditions dans l'angle supérieur de la surface médiane ou en
choisissant un système d'équations différentielles plus adapté au problème à résoudre;
4° en réduisant le nombre de chiffres significatifs dans les calculs (cinq chiffres
semblent suffire, alors que, par mesure de prudence, nous avions admis huit à dix

chiffres).
En conclusion, nous pouvons affirmer que la méthode de la superposition la plus
adéquate permet de calculer les barrages en voûte mince en tant que coques, et qu'elle
doit pouvoir être perfectionnée sur de nombreux points, notamment en ce qui concerne

les conditions le long du couronnement.


Chapitre VI

CONCLUSIONS ET RÉSUMÉ

1. Conclusions

En résumant les divers résultats obtenus au cours de cette étude, il est possible de
conclure comme suit:
a. Théorie des coques et barrages minces. —
La théorie des coques semble apte à

représenter l'état de sollicitation et le comportement statique d'un barrage en voûte,


si celui-ci n'est pas trop épais Dans l'état actuel de la question, il paraît opportun de
fixer le rapport limite entre l'épaisseur et le rayon de courbure à environ 1/5.
Il y a lieu cependant de mentionner certaines difficultés rencontrées au sujet des
conditions aux limites, notamment le long du couronnement; mais on devrait pouvoir
les éliminer en développant les études théoriques.
b. Effort tranchant. —
Les équations différentielles des coques négligent les défor¬
mations dues aux efforts tranchants; c'est sans doute leur principale faiblesse. Il ne
devrait pas être impossible de généraliser ces équations, encore que le problème ne soit

pas des plus simples. Faute de pouvoir le résoudre, on pourrait chercher à tenir compte
des déformations dues à l'effort tranchant par des artifices de calcul.
On a pu voir lors de l'étude de l'arc indépendant que l'influence de cet effort n'est
plus négligeable dès que le rapport entre l'épaisseur et le rayon atteint 1/5.
c. Effet de torsion. —
L'effet de torsion semble être particulièrement important et

statiquement favorable. Il croît avec l'épaisseur du barrage, c'est-à-dire avec le rap¬

port K/D r2, le rapport h\r ou hjH ou encore hjr tj;. Cela tient au fait que la torsion est

un effet de dalle.

Lorsqu'il s'agit de tenir compte de l'effet de la torsion, la méthode des arcs-murs


généralisée donne d'excellents résultats, comme le montre l'exemple numérique traité,
et son application est aisée. Par rapport aux résultats du calcul habituel, on constate une

diminution générale des sollicitations dans la région centrale du barrage ; celui-ci apparaît,
d'ailleurs, plus raide. Par contre, dans les régions latérales, les contraintes principales
sont généralement plus grandes que celles que donne le calcul habituel.
132 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

d. Efforts tangentiels. —
Les efforts tangentiels jouent un rôle assez important dans
le comportement statique du barrage. Ils tendent eux aussi à raidir le barrage. On voit

ainsi que, dans l'ensemble, le barrage paraît d'autant plus rigide que la méthode de calcul
est plus complète.
Par ailleurs, la différence, due aux moments de torsion, existant entre les efforts

tangentiels pour deux directions perpendiculaires reste faible. Les trajectoires relatives à
l'effet de membrane peuvent donc être rendues orthogonales.
e. Equations différentielles. —

L'exemple étudié indique que, même pour des

barrages cylindriques, il convient de tenir compte des déplacements verticaux; bien que

petits, ceux-ci ont, en effet, une influence certaine sur le comportement du barrage.
Notons que de nombreuses questions restent à résoudre; elles sont en particulier
relatives à l'établissement des équations différentielles pour les barrages non cylindriques,
au choix du système différentiel le plus adéquat et aux conditions aux limites. Rappelons
enfin le danger qu'il y a à se servir de systèmes abusivement simplifiés (cf. le troisième
complément).
f. Méthode de la superposition la plus adéquate. —
Bien qu'elle puisse être perfec¬
tionnée et développée, la méthode de la superposition la plus adéquate s'avère applicable
au calcul des barrages en voûte.

g. Déformations non élastiques. —


La méthode du blocage (cf. le premier complé¬
ment) semble être particulièrement efficace pour tenir compte des déformations non

élastiques. Elle doit être susceptible de nombreuses applications.


h. Déformations du terrain. —
L'influence de la déformabilité du terrain sur le

comportement du barrage est en général très sensible. Bien que ce sujet sorte du cadre

de cette étude, nous nous livrerons ici à quelques considérations relatives aux méthodes
de calcul.
La méthode de l'itération ne semble applicable que si le barrage est très mince et
le terrain peu déformable. Dans les autres cas, il est préférable d'avoir recours à l'artifice
de Vogt, encore que ce procédé laisse de nombreuses questions en suspens. En effet, la
théorie des déformations du sol a été établie pour servir aux méthodes de statique
appliquée, et ne s'adapte que malaisément au calcul des barrages par la théorie
des coques.
i. Trajectoires. On constate que toutes les trajectoires sont incurvées vers le bas,

surtout dans la partie inférieure du barrage. Ce fait semblerait confirmer les vues de
Coyne sur les arcs plongeants. Il n'est pas nécessaire, relevons-le, de faire intervenir la

charge permanente pour qu'il en soit ainsi.


On aura aussi remarqué combien les divers réseaux diffèrent les uns des autres, ce

qui rend extrêmement difficile, sinon impossible, le choix d'arcs indépendants qui se

substitueraient convenablement au barrage.


k. Développements. —
S'il a été possible de présenter ici une ébauche du calcul des

barrages en voûte en tant que coque, il n'est pas moins vrai que les méthodes employées
restent éminemment perfectibles et qu'elles sont loin de leur forme définitive.

Dès maintenant, il est, en effet, possible d'entrevoir de nombreux développements,


portant sur l'établissement des équations différentielles relatives aux barrages à courbure
variable, sur la prise en considération de l'effort tranchant ou de l'effet de Poisson, sur
CONCLUSIONS ET RÉSUMÉ 133

un meilleur accord entre le calcul concernant le terrain et celui de la coque, sur l'appli¬
cation du calcul mécanique et enfin sur le perfectionnement de la méthode de la super¬
position la plus adéquate.
1. Conclusion générale. —
Pour conclure, relevons que si le calcul des barrages
minces comme coques est théoriquement possible, il n'enlève pas leur importance aux

autres méthodes de calcul et de contrôle, et notamment aux méthodes de statique


appliquée ainsi qu'aux essais sur modèles réduits.
Bien plus, conformément à la tendance actuelle, cette méthode de calcul doit être
utilisée concouramment avec les divers procédés mis à la disposition de l'ingénieur;
ainsi seulement une solution suffisamment exacte des problèmes très complexes que
posent les barrages en voûte pourra être obtenue.

2. Résumé

Cette étude envisage tout d'abord le problème statique posé par le barrage en voûte
d'une manière aussi générale que possible, sous le double aspect du complexe barrage-
terrain et de celui de la théorie des coques. Grâce à l'emploi d'une solution initiale et de
la méthode du blocage, le calcul d'un barrage en voûte est ramené à un problème de
déformations élastiques.
A l'aide d'un calcul d'itération et de l'artifice de Vogt, on réduit alors le problème
du barrage mince à celui d'une coque dont les charges sont connues et les déformations
aux limites imposées.
On établit ensuite les systèmes d'équations différentielles susceptibles de s'appliquer
au calcul d'une coque cylindrique d'épaisseur variable.
Pour intégrer ces équations, la méthode de la superposition la plus adéquate est

proposée. Elle peut être appliquée à tous les cas de barrages sous réserve de quelques
conditions fort peu restrictives.

Parallèlement, la méthode des arcs-murs a été généralisée en vue de la prise en

considération de l'effet de torsion.


Dans un dernier chapitre, on donne quelques exemples d'applications numériques
des théories développées précédemment.
Un premier complément expose la méthode du blocage, méthode permettant le
calcul des déformations non élastiques.
Un deuxième complément contient une étude de l'équilibre des forces autour d'un

point de la surface médiane d'une coque, et généralise la notion des cercles de Mohr.
La représentation des efforts qui en résulte s'avère particulièrement utile.
Un dernier complément est consacré à la discussion de la méthode de Tôlke.
Premier complément

LA MÉTHODE DU BLOCAGE

1. Généralités

Les méthodes dites de blocage ont été souvent utilisées pour faciliter la résolution

de systèmes hyperstatiques, notamment de cadres et de poutres continues [25, 26].


Elles se sont avérées très utiles pour tenir compte des contraintes internes dues, par

exemple, à des précontraintes [20, 65]. Mais, à notre connaissance, elles ne semblent

pas avoir été proposées pour l'étude de structures à deux dimensions, plaques ou

coques.
Dans ce qui suit, nous allons montrer le parti que l'on peut tirer de l'application de
ces méthodes au cours de l'étude des barrages en voûte en tant que coques.

Le principe de la méthode consiste à introduire, dans une première étape des calculs,
des forces fictives ou de blocage destinées à empêcher certaines déformations ou à équi¬
librer certaines charges et à les libérer dans une deuxième phase. Plus que d'un procédé
de calcul, il s'agit en réalité d'une tournure d'esprit tendant à se servir largement des
forces externes fictives afin soit de transformer un problème en un autre plus simple,

soit de sérier les difficultés de la résolution. Il faut naturellement se garder d'introduire


ici des forces ou des couples concentrés pour immobiliser tel ou tel point de la coque, et

envisager au contraire des


pressions réparties sur la surface
médiane, des forces et des
couples infinitésimaux agissant le long des limites pour bloquer telle ou telle déformation
d'ensemble de la coque.
Nous exposerons d'abord la manière de procéder à la transformation d'un problème
l
de déformations non élastiques en un problème élastique. Dans une deuxième partie,
nous appliquerons cette méthode à la résolution par itération d'un système d'équations
différentielles.

1
Rappelons que par déformation non élastique nous entendons toute déformation non
réversible ou non proportionnelle aux forces.
LA MÉTHODE DU BLOCAGE 135

2. Déformations non élastiques et blocage

a. Variations linéaires de la matière. —


Soit à étudier l'état de sollicitation d'une

coque par suite de dilatations linéaires et de distorsions angulaires données, dont la


cause n'est pas une force.

Imaginons un premier cas limite pour lequel la matière serait « libre » en chaque
point. Elle subirait une dilatation et une distorsion, dont les composantes seraient:

E* =
£jc0 ^'y' ^ ' Zy= Zya (*'y'Z^' Zz =
Sz0 ^' y' ^ '

Yxy =
Yxyo (x, y, z), Y*z =
y«o (x, y, z), yyz =
yyzB (x, y, z).

Le deuxième cas limite est celui où la déformation est entièrement empêchée; l'état
de contraintes internes ainsi réalisé serait représenté par:

E V-Gz<>
i ^ _l
<*xo = —

(e*o + [A h») + z .

(223) 1 —

[j.2 1 —

(i.

et des expressions semblables pour les autres composantes. Nous appellerons ces

contraintes «contraintes de blocage». En effet, rien n'empêche de supposer qu'elles


existent si des forces externes fictives convenablement réparties bloquent toute déforma¬
tion du barrage1. Ces forces peuvent être des forces massiques ou des pressions agissant
sur la surface médiane.

En réalité, l'état de sollicitation est compris entre ces deux cas limites. Considérons
alors les trois stades suivants:
Premier stade. —
Des forces fictives immobilisent entièrement la coque et produisent
en chaque point les contraintes (223).
Deuxième stade. —
Un système de forces externes de signe contraire à celles du pre¬
mier stade est appliqué au barrage désormais libre et élastique.
Troisième stade. —

Superposition des deux stades précédents. Le barrage sera

exempt de forces externes, puisque par définition les deux systèmes s'annulent. Par
ailleurs, chaque point aura subi l'effet des variations linéaires données, et le comporte¬
ment élastique aura été considéré.
Le problème se trouve ainsi scindé en deux: la recherche des forces de blocage, et

le calcul du barrage élastique pour des charges données.

b. Premier stade. Les forces de blocage. —


Dans ce qui suit, nous nous limiterons

au cas du barrage cylindrique mince, les autres cas pouvant être traités de la même
manière. Puisque l'état de déformation de la surface médiane suffit à caractériser l'état

1
En toute rigueur, il faut imposer à ces déformations certaines conditions de régularité pour
que leproblème soit soluble par la méthode du blocage. En pratique, ces conditions sont cependant
toujours satisfaites.
136 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

de sollicitation de tout le barrage, il est logique de penser que le blocage de cette surface

est suffisant pour empêcher toute déformation du barrage lui-même. Ceci devient évident
si l'on considère l'hypothèse faite sur les sections planes normales à la surface médiane
et si l'on néglige la variation de la distance de chaque point à cette surface. Le
blocage
du barrage se réduit ainsi à un choix convenable des pressions rapportées à la surface
médiane et des efforts agissant le long des limites.
Les efforts internes qui correspondent à ces pressions doivent équilibrer les contraintes
de blocage. Introduisons donc (223) dans (29); nous trouvons immédiatement ces efforts
dans le cas du barrage cylindrique à l'aide de:

A/2
(224) nx0 =
J" ax0 (x, y, z) (1 —

z\r) dz

h/2

et d'expressions analogues pour les autres efforts.


Ces efforts internes doivent à leur tour être en équilibre avec les pressions externes.

Les relations (40) étant valables, nous pouvons écrire aussitôt les formules donnant ces

pressions:
-*i) =
nxo nyxo >

(225) Y„ = —

«^ —

n'xya + niyjr + m'xyJr,


2T0 = —

V —

m'/o —

m'xo —

m*yo

m'y'xo •

Les forces de blocage sont donc connues; leur calcul numérique n'offre en général pas
de difficulté *.

c. Deuxième stade. Libération des forces de blocage. —


Ce stade consiste à appliquer
au barrage les pressions (225) changées de signe. Il s'agit d'un cas de charge dont nous
n'avons rien de particulier à dire.

d. Troisième stade. Superposition. —


La superposition des deux stades précédents
fournit la solution du problème. Bien entendu, elle doit s'étendre à toutes les valeurs
statiques et élastiques. Ainsi, par l'artifice des forces de blocage, on peut transformer un

état de sollicitations non élastiques en un problème de sollicitations élastiques, ce qui


permet d'introduire toutes sortes de variations linéaires dans le modèle élastique.

e. Conditions aux limites. —


Si l'on emploie la méthode du blocage, on ne saurait

porter trop d'attention aux conditions aux limites. Certaines erreurs rencontrées dans la
littérature technique nous incitent à faire quelques remarques à ce sujet.
Si les pressions (225) sont substituées aux efforts de blocage (224) sur la surface

médiane, ces mêmes efforts doivent cependant continuer à agir le long des limites. Sur le
couronnement, nous aurons simplement à tenir compte des forces (224), ce qui fournira,

1
Les conditions de régularité dont nous parlions pour les dilatations de la matière équivalent
donc aux conditions d'existence de ces dérivées.
LA MÉTHODE DU BLOCAGE 137

lors de la libération, les conditions énoncées par la formule (90) et conduira à une solu¬
tion initiale, ainsi que nous l'avons exposé au chapitre III, A, § 5. d.
Le long de la fondation, par contre, il y a lieu de considérer plusieurs cas:
Si nous admettons que le barrage est totalement encastré, les efforts rapportés à la
surface médiane, le long de la fondation, seront simplement repris par le terrain; il n'y
a rien à noter.
Si nous recourons à l'artifice de Vogt, nous devrons garder présent à l'esprit que le

prolongement fictif introduit doit servir exclusivement à représenter la déformation du


terrain et ne doit pas être soumis à des variations linéaires autres qu'élastiques. Les dila¬
tations (222) ne doivent donc affecter que la portion de la surface médiane se trouvant à
l'intérieur de la ligne réelle de fondation. Si nous admettons cependant que les contraintes
de blocage cessent brusquement sur cette ligne, les dérivations nécessaires à (225) n'ont

plus de sens; ceci signifie que, pour sauvegarder l'équilibre, il faut introduire des forces
concentrées le long de la ligne de fondation, donc à une certaine distance de l'encastre¬
ment total fictif. Comme il serait difficile d'opérer avec ces forces lors du déblocage,
nous admettrons que les dilatations données par (222) diminuent progressivement d'am¬

plitude à partir d'une certaine distance de la fondation, pour s'annuler sur celle-ci ou
éventuellement légèrement au-delà. Cette hypothèse revient à substituer aux forces
concentrées sur la ligne de fondation une pression convenablement répartie sur une

certaine zone autour de celle-ci. Nous revenons ainsi au cas normal.

Si,au contraire, nous tenons à prendre en considération la déformabilité du terrain

par le procédé d'itération du chapitre I, D, § 2. en respectant les conditions de continuité (9)


et (13), nous procéderons comme ci-dessous. Supposons connus les efforts de blocage
qui doivent agir sur le bord de la surface médiane; à ces efforts correspondent des
contraintes initiales du côté du barrage (atà), alors que la déformation initiale du barrage
est nulle par définition (ub0 =
0). Lors de la libération, les contraintes et déformations
varieront d'une valeur élastique (dbe, ube).
Du côté du terrain, par contre, les sollicitations et déplacements initiaux (<s/0, u/0)
sont nuls, mais non les déformations et contraintes élastiques (u/e, oye.). Nous serions

ainsi obligé d'introduire une discontinuité dans les contraintes le long de la fondation.
Pour éviter cet inconvénient, nous reporterons sur le terrain, avant le déblocage, la
réaction des contraintes initiales du barrage (<Ji0) °u des efforts initiaux (nx0), et nous
calculerons la déformation de celui-ci (uf0) due à ces forces par (8) ou (19). Ainsi les
conditions de continuité statique se réduiront à (11), c'est-à-dire à l'égalité de la part
élastique des contraintes sur les deux faces de la fondation. Pour les conditions de
continuité géométrique, nous n'aurons qu'à prendre les équations (13) et à y annuler la
déformation initiale du barrage (hj0). De cette manière, le problème est ramené au cas

normal, où il ne faut considérer que des déformations le long de la fondation, mais


aucune force.

3. Blocage et solution par itération

Nous avons avancé que la méthode du blocage était susceptible de justifier la réso¬
lution par itération d'un système d'équations différentielles à l'aide d'un système simplifié.
138 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

Supposons donc que nous ayons à intégrer le système d'équations différentielles


suivant:

Dx(x, y, u, v, w) —
XE{x, y) = 0

(226) D, Or, y, u, v, w) —
YE (x, y) = 0

Dz U, y, u, v, w) —
ZE {x, y) =
0,

où Djc, D,, et Dz sont les opérateurs différentiels que nous avons introduits par (89);
Xe, Ye&. Ze, les composantes de la charge donnée; u(x, y), v(x, y) et w(x, y), enfin, les
déplacements des points de la surface médiane qui sont les inconnues du problème.
Pour simplifier l'exposé, nous ne transcrirons chaque fois que la première des trois
équations, restant entendu que les deux autres ont une forme semblable.
Admettons que les opérateurs D* apparaissent trop compliqués, et décidons de
négliger certains termes. Désignons par Dx la partie conservée et par D" la partie
négligée des opérateurs. Ainsi:

(227) Dx =
D^ + D;\

Au lieu du système libre (226), considérons un système partiellement bloqué, c'est-


à-dire un barrage soumis aux forces externes données et à des forces fictives XF, que nous

déterminerons plus tard. Le premier stade de la méthode consiste à écrire à la place


de (226):
(228) D; + D" -
XE —
XF = 0

qui équivaut à:
(Dx~XE)+(Px-XF)^0.

Cette égalité peut être remplie en annulant les deux membres séparément. Nous avons
ainsi :

(229) D; (x, y, h, v, w) —

XE {x, y) = 0
et

(230) D" (x, y, u, v, w) —

XF (x, y) = 0 .

Or (229) n'est autre que le système simplifié que nous nous proposons de résoudre.
Supposons que la solution soit connue, et désignons-la par:

(231) uu vu w1.

La relation (230) permet alors de calculer les forces fictives du blocage partiel, qui sont:

(232) XF> j
= D" (x, y, uu vlt wx) .

Le deuxième stade consiste à libérer ces forces, c'est-à-dire à les introduire en sens

inverse sur le barrage, donc dans le système (226). Maintenant, il faut intégrer:

(233) ^>x(x,y, u, v, w) + XFyX = 0 .


LA MÉTHODE DU BLOCAGE 139

Nous procédons comme précédemment, en.supposant connue la solution du système


partiellement bloqué par un deuxième groupe de forces fictives, Xp, 2. Nous résolvons
donc:

(234) D; (jc, y, u, v, w) + XF,, = 0

qui donne:
«2, v8, w2,

solution au moyen de laquelle nous calculons le deuxième groupe de forces de blocage :

Xf, 2
= D" (x, y, «2) v2, w2)

qu'il faut maintenant libérer.


En poursuivant ainsi, et à condition que les termes négligés D" ne soient pas trop
importants par rapport aux termes conservés D*, il arrivera un moment où le groupe de

forces fictives sera négligeable. La solution du système complet (226) sera alors obtenue

par superposition des solutions du système simplifié et vaudra:

(235) u =
ux + «2 + «3 + ... u„ •

Nous pouvons vérifier l'exactitude de cette solution en l'introduisant dans (228):

Djc ("i + «2 + «s + • ««) =


D* («! + m2 + «3 + •• Un) + D" («1 + «2 + "a + •• u„)

=
(Xe —

Xp,i —

Xpt 2

Xft 3

..
XF,n—ù

+ (Xf, i + Xf, 2 + -XV, 3 + — Xf, n) =


Xe + A>, „,

ce qui est bien le système (226), si Xf, «


est négligeable.
Le procédé que l'on vient de suivre n'est autre chose qu'un calcul par itération. Il

peut être appliqué directement, mais l'intérêt essentiel de la démonstration précédente


réside dans l'interprétation que l'on peut désormais donner à la simplification d'un
système d'équations différentielles, prendre
en signification d'un blocage
lui faisant la

partiel. Résoudre un système simplifié consiste ainsi à ne retenir que le premier terme de
la série (235). Cette simplification n'est justifiée que si les autres termes sont insignifiants
ou du moins négligeables.
Sur cette base, on peut donc juger de la qualité d'approximation d'une solution
obtenue à partir d'un modèle simplifié; on rejoint par ce détour l'argumentation déve¬
loppée dans le chapitre II, D, § 1.

Terminons par une remarque sur la manière dont les conditions aux limites doivent
être respectées par la solution du système complet (226) et par celle du système simplifié
(229). Il faut examiner avec beaucoup d'attention la nature de ces conditions, déterminer
s'il s'agit de conditions homogènes ou non, et dans quelle mesure elles sont modifiées

par la simplification en question.


140 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

4. Exemple d'application

Pour mieux comprendre le fonctionnement de la méthode du blocage, nous allons


traiter un cas concret1.
Considérons un barrage cylindrique mince (fig. 53) dont le profil est donné par:

(236) h (x) =
A„ e+kx,

et admettons que l'épaisseur ne varie pas dans le


sens horizontal.

Supposons ce barrage soumis à une différence de


température entre les deux parements, de manière que
le parement amont s'échauffe de + Af/2, que le pare¬
ment aval se refroidisse de la même quantité, et que
la variation de température soit linéaire d'un parement
à l'autre. Si la matière était « libre », nous aurions en

chaque point les dilatations suivantes:

Fig. 53. s^o =


ej>o
=
£zo = —
<> A/ z/h,
(237)

où to désigne le coefficient de dilatation thermique.


Nous pouvons supposer que la dilatation a lieu librement dans la direction z,
normale à la surface médiane. Posons donc azn =
0; à l'aide de (223), nous trouvons les

contraintes de blocage:

(238) aM =
a,„ =
+
_
JT <> Ar z\h s0zjh, Og, =
0, T^0 = 0

où, pour simplifier, nous avons représenté par s0 l'ensemble des constantes.
Intégrons ces contraintes le long de l'épaisseur selon (224) et (29). En tenant compte
de (236), nous obtenons les efforts de blocage suivants:

nx„ = —
s0 A»/12 h r = —

s0 h*0 eîkxl\2 r,
tlyO
= 0 ,

'xya ~

"yxo

(239) + s„ *»/12 + 4, hl eifc*/12,


my0
my0
mx0 = = =

fflxvo
=
IMvxO
= 0 J
"xyo "yxO

qyo = 0.

1
La méthode du blocage s'appliquerait avantageusement aux cas de variations thermiques
ou hygrométriques traités par M. Ritter [64] ou par A. Mériaux [46].
LA MÉTHODE DU BLOCAGE 141

Comme il fallait s'y attendre, ces efforts sont essentiellement des moments de flexion

qui, d'après (225), sont équilibrés par les pressions:

Ai=+j,A;*e,fat/6r,
(240) r„ =
o,

^o = —

s0hlk*eikxl3.
Sur le couronnement, les forces externes à considérer sont:

nxo =—s0hH12r, (x =
0)

(241) mx0=+SohH12,
Çx» + m-xyo =
+ s0hl k/6.
Le long de la fondation, il faudra reprendre en chaque point les forces (239), en tenant

compte de ce que nous avons dit plus haut \


L'étude du premier stade est ainsi terminée. Le deuxième stade consiste à faire agir
avec des signes contraires les pressions (240) sur la surface médiane, les forces (241)
sur le couronnement et les forces (239) sur la ligne de fondation. Ce problème est un cas

de charge normal.

1
Nous verrons dans le deuxième complément comment l'angle que fait la ligne de fondation
avec les axes des coordonnées peut être pris en considération.
Deuxième complément

L'ÉQUILIBRE EN UN POINT DE LA SURFACE MÉDIANE


LES ISOSTATIQUES DU BARRAGE EN VOUTE

1. Généralités

Il est d'usage de représenter l'équilibre des contraintes dans un plan, pour diverses
directions autour d'un même point de la matière, par le cercle dit de Mohr [16, 23].

Conçue pour l'état plan de contraintes, cette représentation a été étendue à l'étude de

l'équilibre des forces d'une paroi plane et des moments d'une dalle fléchie [11].
Love [13] a incidemment remarqué que les relations habituelles entre les efforts pour
diverses directions étaient modifiées dans le cas d'une coque. Il semble cependant que l'on
n'ait pas tiré toutes les conséquences de cette remarque et proposé une représentation
graphique de l'équilibre en un point de la coque, ni même établi les relations entre les
efforts pour les diverses directions autour de ce point.

L'objet de ce complément sera de généraliser la notion de cercles de Mohr, afin de


l'appliquer aux coques. Nous nous bornerons au cas de la coque cylindrique, les autres

pouvant en principe êfre traités de la même manière.


Par rapport à celui des dalles et des parois, le problème se complique un peu du fait
que la coque se comporte simultanément comme une dalle fléchie et comme une paroi
supportant des efforts axiaux. On verra toutefois que, dans une certaine mesure, il est

possible de dissocier les deux effets x.


Les relations que nous établirons ont deux applications principales. La première
est de déterminer les efforts agissant sur la fondation à partir des efforts connus pour les
directions des axes du barrage2. La deuxième application a trait à la détermination des
directions privilégiées et, partant, à celle de diverses trajectoires ou lignes isostatiques.

1
Les cercles en question sont valables pour les efforts de la coque réduits à la surface médiane
c'est-à-dire pour des valeurs intégrales des contraintes; il est évident que, pour les contraintes
elles-mêmes, c'est le cercle de Mohr habituel qui doit être utilisé.
2
Réciproquement, il faut transformer les déplacements et rotations de la surface du terrain
afin d'obtenir les valeurs correspondantes pour les axes du barrage. A cet effet, on aura recours
aux formules habituelles pour la transformation des coordonnées [54, 57].
L'ÉQUILIBRE EN UN POINT DE LA SURFACE MEDIANE 143

L'intérêt de celles-ci réside, d'une part, dans une meilleure compréhension du jeu des
forces, d'autre part en ce qu'elles fournissent une base pour apprécier la perturbation
introduite dans le comportement statique du barrage par le choix d'arcs supposés
indépendants, destinés à se substituer à la coque en tant que système porteur.

2. Equilibre en un point

a. Forces internes de la coque cylindrique —


Considérons l'élément infinitésimal

triangulaire de la surface médiane représenté par la figure 54 a. a sera l'angle compris


entre l'hypothénuse et la direction y. Toutes les forces et tous les moments agissant dans
la coque peuvent être répartis dans quatre groupes de forces, à savoir:

1° les forces de paroi ou de membrane:

nXt ny : forces normales dans la direction des axes;

nxy, nyx : forces tangentielles dans la direction des axes;


« : force normale sur la section a;
t : force tangentielle sur la section a;

2° les forces de dalle:

mXt my : moments de flexion dans la direction des axes;

mxy, myx : moments de torsion dans la direction des axes;


m : moment de flexion sur la section a ;

my : moment de torsion sur la section a;

3° les efforts tranchants:

qXr qy : efforts tranchants dans la direction des axes;

q : effort tranchant pour la direction a;

4° les forces externes:

X, Y, Z : pressions dans la direction des axes.

Remarquons qu'en général nous aurons:

(242) nxy ;z£ nyx , mxy -^ myx .

b. Equilibre en un point de la coque. —


Les figures 54 b et 54 c représentent, dans
leur sens positif, les efforts que nous venons d'énumérer et qui agissent sur les côtés de

l'élément triangulaire dont la figure 55 donne les projections.


Nous désignons toujours par r le rayon de courbure et par 9 =
yjr l'angle de
longitude. Si ds est la longueur de l'hypothénuse, nous avons:

(243) àx = ds sin a, r d <p =


dy = ds cos a .
144 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

/ / /

a. Valeurs géométriques. b. Forces. c. Moments

Fig. 54.

^ t X
/n

\ .g


ny»
ds-eosat °v\

fyy

n*

a. Projections de la figure 54 b. b. Projections de la figure 54 c.

Fig. 55.

En se servant de ces figures, il est aisé d'établir les trois conditions d'équilibre relatives
aux forces, ainsi que celles relatives aux moments.
l'équilibre en un point de la surface médiane 145

Nous avons ainsi :


1° pour l'équilibre des forces dans la direction x,

ds2

nxds cos a —

nyx dssinot. + nds cos a + t as sin a + X— sin a cos a = 0

d'où, en passant à la limite à?-» 0, nous déduisons:

(244) n cos a + t sin a —

nx cos a —

nyx sin a =
0;

2° pour la direction y,

(245) n sin <x f cos a ny sin a n^ cos a 0 ;


— — — =

3° pour la direction z,

(246) q qy sin a + ?* cos a 0 ;


— =

4° pour l'équilibre des moments autour de l'axe x au point A,

dr2
qy
——

sin a cos a + m,, ds sin a + w^ ds cos a + m, ds cos a —


w ds sin a =
0;

donc, à la limite:

(247) —
m sin a + m, cos a + my sin a + mxy cos a = 0 ;

5° dans la direction y pour le point A,

(248) m cos a + m, sin a m* cos a myx sin a 0 ;


— — =

6° enfin, pour la direction z au point A,

(249) m,* + r (nxy —

«,,*) = 0 .

Remarquons que cette dernière condition est identiquement satisfaite par les valeurs des

efforts calculés par (29). Il n'y a donc aucune contradiction dans le fait que les cinq forces
et moments de la section a suffisent à satisfaire aux six conditions d'équilibre.

3. Calcul des forces et cercles généralisés.

a. Forces. —
Les forces de paroi sont régies par les relations (244) et (245). Les

efforts tranchants n'apparaissent que dans (246); les moments enfin sont reliés entre eux

par (247) et (248). Ces trois groupes ne sont qu'apparemment indépendants, car (249)
relie le premier au troisième.
146 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

A partir de (244) et (245), nous obtenons par combinaisons linéaires les forces de

paroi de la section oc:

(250) n =
nx cos2 a + ny sin2 a + (nxy + nyx) sin a cos a

et

(251) t —
(nx —

ny) sin a cos a —

nxy cos2 a + nyx sin2 a .

Pour les efforts tranchants, nous trouvons:

(252) q =
qy sin a + g* cos a .

Les efforts de dalle de la section oc peuvent être calculés à partir de (247) et (248) par:

(253) m —

mx cos2 a + my sin2 a + {m xy+ myx) sin a cos a

et

(254) m, =
(mx —

my) cos a sin a —

mxy cos2 a + m,,* sin2 a.

Ces deux dernières expressions sont parfaitement semblables à (250) et (251).

b. Premier cercle de Mohr généralisé pour l'effet de paroi. Etudions d'abord —

l'équilibre des forces de paroi, c'est-à-dire les équations (250) et (251). Dans une paroi
plane, les efforts tangentiels nxy et nyx sont égaux entre eux; il n'en est plus de même ici.
Nous pouvons toutefois simplifier le problème en introduisant les valeurs nm, nd, tm et td
définies comme moyenne et demi-différence des efforts normaux et tangentiels pour les
deux directions des axes. Nous avons alors:

(255) ny
=
nm + nd, nx =
nm —

nd,

nxy =
tm —

td, nyx —
tm + td.

Si nous introduisons ces valeurs dans (250) et (251), nous obtenons:

n —

nm = —

nd cos2 ce + tm sin2 a

et de même

t —

td = —

tm cos2 a —

nd sin2 a .

Il suffit maintenant d'additionner les carrés de ces deux égalités pour arriver à l'équation
cherchée du cercle généralisé. Nous trouvons en effet:

(256) {n -

nmY + (t -
tdY =
nd + t\, = const.

Dans le plan (n, t), cette équation est celle du cercle de la figure 56, dont le centre est
situé en; Ca (nm =
{nx + ny)j2, td =
(nyx —

»^)/2) et dont le rayon est égal à:

(257) R, =

\Jnd + fm =
% ^ (ny -

nxY + (nxy + nyx)*.


l'équilibre en un point de la surface médiane 147

Ce cercle peut être construit à partir du centre et du rayon, ou plus simplement à partir
des points représentatifs des directions x et y, qui sont diamétralement opposés. Il faut
toutefois remarquer que pour a =
0, la relation (251) donnerait t ce qui est
—nxy,
=

dû à la convention de signe. 11 faut donc représenter la direction x par le point (nx,—nxy).


Le point correspondant à la direction « se trouve sous un angle au centre de 2 a à partir

du diamètre (x) —
(y), dans le sens indiqué par la figure 56.

Fig. 56.

La différence existant entre ce cercle et le cercle de Mohr pour la paroi plane réside
dans le fait que le centre du premier cercle est déplacé de la quantité ta par rapport à l'axe
des n. Ce déplacement est causé par les moments de torsion. En effet, selon (249):

(258) td =
(riyX —

nxy)l2 =
myx \lr .

Dans le cas d'une paroi plane même fléchie, le cercle revient à sa position normale,
car 1/r s'annule. On peut montrer qu'il en est de même dans le cas de la sphère. Pour
les voiles minces, on peut aussi employer le cercle de Mohr habituel, à condition
qu'il soit licite de négliger l'effet des moments de torsion (et de flexion) par rapport
aux efforts de membrane. Dans le cas des barrages en voûte, il semble au contraire
qu'il faille tenir compte de cette excentricité, car les moments de torsion sont loin
d'être insignifiants.
En étudiant le cercle de la figure 56, on distingue plusieurs directions privilégiées.
Ainsi les directions (3) et (4), pour lesquelles les efforts tangentiels disparaissent. Elles
ne sont plus perpendiculaires entre elles, mais se trouvent à l'intérieur du quadrant
formé par les directions (1) et (2), pour lesquelles l'effort normal atteint ses valeurs
extrêmes. On notera aussi que les efforts de cisaillement sont maximum et minimum aux

points (5) et (6) diamétralement opposés, mais que ces extrêmes diffèrent en valeur
absolue.
On a vu au chapitre V un exemple qui permet de se faire une idée de l'importance du
déplacement ?d et des obliquités des directions privilégiées.
148 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

c. Deuxième cercle généralisé pour l'effet de dalle.



Nous avons noté que les for¬

mules (235) et (254) pour l'effet de dalle avaient exactement la même structure que les
formules (250) et (251) pour l'effet de membrane. Ceci nous permet, après avoir introduit
les valeurs :

mm =
(my + mx)/2 , t, m
=
(myx + mxy)j2 ,

(259)
d
=
(my —

mx)l2 , m,, d
=
(myx —

mxy)/2 ,

d'écrire directement les expressions suivantes pour les efforts de la section a:

(260) m =
mm —

ma cos 2 a + m,t m
sin 2 a

et m, =
mt< a

mt> m cos 2 a —

ma sin 2 a ,

ainsi que l'équation du deuxième cercle généralisé pour l'équilibre des moments de la

coque:

(261) (m —

mm)2 + (m, —

mt> dY =
m2d + m%m =
const.

Le centre de ce cercle, représenté par la figure 57, est situé au point C2 (mm, mt, d); son

rayon est:

(262) Ri =

\jmd + ml m
=
y2
y (my

mxy + (mxy + myxY

Fig. 57.

Le déplacement du centre C2 par rapport à l'axe des m est dû à la différence des deux

moments de torsion mxy et myx. On peut montrer, en partant, par exemple, du système
de Flûgge (42), que cette différence est essentiellement fonction des efforts de cisaillement.
En effet:

(nxy + nyx)r
(263) m,,d =
(yx —

mxy)j2 =-

2 (1 + 24/-2//î2)
l'équilibre en un point de la surface médiane 149

Cette relation est moins simple que la relation correspondante (258) pour l'effet de mem¬

brane. Si le rayon augmente indéfiniment ou si l'épaisseur devient petite, la différence


entre les deux moments de torsion tend encore à s'annuler. Dans le cas de la dalle plane
et du voile mince, le cercle des moments occupe donc sa position habituelle.
Comme pour le premier cercle, il faut représenter la direction x par les coordonnées

(mx, —mxy). D'autre part, on distingue à nouveau six directions favorisées, à savoir:
les directions orthogonales (9) et (10), où les moments de flexion atteignent leurs
valeurs extrêmes sans que les moments de torsion disparaissent;
les directions (7) et (8), pour lesquelles les moments de torsion sont nuls; ces direc¬
tions sont comprises dans un des quadrants formés par les deux directions précédentes;
enfin les directions (11) et (12), perpendiculaires entre elles, pour lesquelles les
moments de torsion sont extrêmes, sans que leurs valeurs absolues soient égales.
Dans le cas d'une dalle plane, les directions (7) et (9) de même que (8) et (10) coïn¬

cideraient.

d. Relations entre les deux cercles. —


En résumant ce qui vient d'être exposé, on

peut affirmer que l'équilibre des efforts autour d'un


point de la surface médiane d'une

coque peut être représenté par les deux cercles généralisés de Mohr. Ceux-ci sont conju¬
gués, en ce sens que le déplacement du centre de l'un est fonction de forces représentées
par l'autre. Pour la coque cylindrique, l'interaction entre l'effet de dalle et celui de
membrane se révèle, entre autres, par ce fait.

Dans le cas de la coque sphérique et de la dalle, par contre, les deux cercles rede¬
viennent indépendants et symétriques par rapport à l'axe horizontal.

e. Efforts tranchants. Pour être complet


cherchons encore à représenter l'équi- libre des


efforts tranchants, c'est-à-dire l'équation (246)
ou (252) par un cercle. Nous y parviendrons en

effectuant la construction suivante (fig. 58). A

l'origine d'un système cartésien d'axes, dessinons

un cercle de rayon:

(264) R,
Vql + 1y

Représentons la direction x par un point de coor¬


données (qx,qy). Le point du cercle se trouvant
Fig. 58.
sous un angle au centre a à partir du rayon

0 (x) correspond alors à la direction a, et la


(oc) est égale à l'effort tranchant de cette section.


projection horizontale du rayon 0 —

La démonstration en est simple.


En effet:

OA = R cos (a —

(i) =
(R cos (3) cos a + (R sin (3) sin a

=
qx cos a + qy sin a =
q

il
150 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

selon (252). En raison de la convention de signes, il ne faut utiliser que la moitié du cercle
de la figure 58, pour laquelle:

0 ^a < 180° .

Ce cercle permet de définir deux directions privilégiées orthogonales: la direction (13)


pour laquelle l'effort tranchant disparaît et la direction (14) où il atteint son maximum.

4. Les lignes isostatiques

a. Grâce aux cercles généralisés de Mohr, nous avons trouvé


Lignes d'efforts. —

en chaque point de la surface médiane d'une coque au moins 14 directions pri¬


vilégiées 1. Il est donc logique de construire pour l'ensemble du barrage autant de lignes
isostatiques.
On peut ainsi avoir:

1° le réseau des trajectoires principales orthogonales pour l'effet de paroi tangent


aux directions (1) et (2), pour lesquelles les efforts normaux sont extrêmes;
2° le réseau secondaire non orthogonal pour l'effet de paroi tangent aux directions (3)

et (4) libres d'efforts de cisaillement;


3° le réseau des efforts de cisaillement extrêmes correspondant aux directions (5)
et (6). Ce réseau est en chaque point bisecteur du premier réseau;
4° le réseau principal pour l'effet de dalle formé par les lignes tangentes aux direc¬
tions (9) et (10), où les moments de flexion sont maximum et minimum;
5° le réseau secondaire non orthogonal pour ce même effet, c'est-à-dire l'ensemble
des directions (7) et (8), pour lesquelles les moments de torsion s'annulent;
6° le réseau orthogonal des directions (11) et (12) pour les valeurs extrêmes des
moments de torsion. Ce système est bisecteur du quatrième réseau ;
7° le réseau pour les efforts tranchants nuls en (13) et maximum en (14).
On a vu au cours du chapitre V quelques exemples de ces réseaux.

b. Trajectoires en surface. —
Il ne faut évidemment pas confondre les lignes isosta¬
tiques que nous venons d'énumérer avec les trajectoires des contraintes en surface, telles
qu'elles résultent par exemple d'essais sur modèles réduits. Celles-ci, toujours orthogonales,
diffèrent entièrement d'un parement à l'autre, et ne coïncident pas avec les lignes de force
en question.

c. Remarque. —
Pour rendre possible le calcul des barrages en voûte, H. Ritter [50]
a introduit la notion d'arcs horizontaux. Coyne [31, 33, 49] prétend, par contre, pouvoir
mieux approcher la réalité en choisissant des arcs plongeants. L'idée de découper le
barrage en arcs plongeants trouve une certaine justification dans la forme incurvée des

1
Ce chiffre considérable montre bien la difficulté des problèmes de calcul des coques. Ces
diverses directions sont cependant inégalement importantes, et en général, il ne sera pas nécessaire
de les prendre toutes en considération.
l'équilibre en un point de la surface médiane 151

isostatiques, telle que nous l'avons obtenue dans le chapitre V, C. Mais il est évident que,
quelle que soit la méthode employée pour ce découpage, il ne pourra jamais s'agir que
d'une approximation. En effet, en raison de la forme différente des divers réseaux, il est

impossible de trouver des arcs tels qu'aucune force


n'agisse entre eux. Ce qui à la rigueur
serait concevable pour une membrane, où seul l'effet de paroi subsiste, ne semble plus
l'être pour une coque fléchie. Etant donné, néanmoins, qu'une certaine similitude existe

entre les divers réseaux, il n'est pas exclu que dans des cas particuliers, des arcs plongeants
soient susceptibles de fournir une bonne approximation.
Troisième complément

DISCUSSION DE LA MÉTHODE DE TÔLKE

1. Les équations différentielles de Tôlke

Dans le chapitre II, C, §4, nous avons exposé le système différentiel de Tôlke [30], en

le considérant comme une quatrième étape de simplification des équations générales des

coques. Nous avons ainsi abouti aux deux équations différentielles (56) qui, sous réserve
de la validité des simplifications faites, sont exactes. A partir de ce moment, nous avons

suivi fidèlement cet auteur dans ses calculs, sans douter provisoirement de leur rigueur.
Or, bien qu'il soit malaisé de s'en rendre compte à première lecture, le procédé suivi
par Tôlke est mathématiquement illicite et les équations qu'il obtient sont inutilisables.

Pour établir cette affirmation, il suffit d'essayer de calculer un arc indépendant en partant
des équations différentielles (61), (62) et (63) convenablement simplifiées. On constate
alors que ce calcul est impossible, car le système de ces équations est d'un degré trop
bas, de sorte que les conditions aux limites ne peuvent être respectées. Implicitement,
Tôlke a d'ailleurs reconnu cette déficience, car il proposait d'autres équations différen¬
tielles pour le calcul de l'arc indépendant. Par contre, il n'a pas tiré les conclusions qui
s'imposaient. En effet, il est évident que, si le système d'équations différentielles n'est
pas applicable à l'arc simple, il ne le sera pas davantage au barrage en voûte.
Il convient donc d'étudier d'un peu plus près le calcul de Tôlke. Cet auteur part du
système (56), intègre (56 a) et introduit le résultat de cette opération dans (56 b). Il

obtient ainsi une équation différentielle unique (58), qu'il scinde ensuite en une équation
homogène (62) et en une équation inhomogène (61). Ce procédé n'est pas correct, car il

faudrait plutôt dériver (56 b) selon y, et y introduire (56 a) en vue d'éliminer le déplace¬
ment tangentiel. On obtiendrait ainsi au lieu de (58) :
(265) Kw + 2 (Kw'-y- + (Kw")"- + (Kw-y/r* + 2 (Kw'-y/r* + p- = 0 .

D'autre part, on calculerait directement v par l'expression suivante, qui remplacerait (63) :
(266) y =
—w\r —
r Kw-jD —
2r (Kw'-y-/D —
r (Kw'J'jD —

rpjD.
Ces deux dernières équations forment le système différentiel qu'il faut intégrer.
DISCUSSION DE LA MÉTHODE DE TÔLKE 153

Remarquons en passant qu'ilest aisé de prouver que ce dernier système résoud

parfaitement le problème de l'arc indépendant; Tôlke l'utilise d'ailleurs dans ce cas.


Nous pouvons arriver au même résultat que précédemment en suivant une autre voie.

Si nous nous reportons au procidé d'intégration employée par Tôlke, nous voyons qu'il
est abusif de choisir la constante d'intégration n0 (x) comme fonction de h>0 seulement,
et qu'il faudrait écrire:

(267) n0 (x) =
n00 (x) + n01 (x) =
(Dw^jr —
2 (K^)'/r)
+ (Dv + Dwjr —

Kwï/r —
2
{Kw[)'jr) .

Les équations de Tôlke deviendraient alors:

(268) {Kw'oy + Dwjr* +p(x)— n01 (x)/r = 0 ,

(269) (#<)" + 2 (*<)' + Kw{- + (Kwi + 2 {Kw[)')lr* + n01 (x)/r = 0 .

Mais ces équations, qui remplacent (61) et (62), ne sont plus indépendantes; elles ne

peuvent donc plus être intégrées séparément.


Par ailleurs, la formule (63) reste valable, et nous avons :

(270) v = —

wjr + (Kwi + 2 {Kw[)')IDr


wjr ({Kw[T + 2 {Kw'r)'- + Kw{ )/£» (x)/D
' •

= _ _
r -

«01 .

Pour bien saisir la différence qui existe entre le système de Tôlke et celui que nous

venons d'établir —
(268) et (269) —
il faut se rendre compte qu'il est possible de passer
de celui-ci à celui de Tôlke en posant:

Koi (x) = 0 .

Les deux équations deviennent alors indépendantes et nous pouvons recourir à la fiction

du mur fermé. Mais, comme nous l'avons vu, le système est inutilisable puisqu'inapte à

remplir les conditions aux limites. Nous pourrions aussi interpréter ce processus en

remarquant que les équations (61) et (268) représentent essentiellement l'effet de mem¬

brane, alors que (62) et (269) concernent plutôt celui de dalle. A l'aide de la valeur n0l,

une certaine partie de la charge externe peut être transférée de l'une à l'autre de ces

équations, c'est-à-dire de l'un à l'autre de ces effets. Cette possibilité laisse à la solution
sa généralité, tandis que le fait d'annuler «01 (x), comme doit le faire Tôlke, revient
en quelque sorte à bloquer les deux effets entre eux et, partant, à rendre la solution
impossible.
Nous pouvons donc conclure qu'il faut abandonner la fiction agréable du mur

fermé si nous tenons à respecter les conditions aux limites.

2. Méthode de résolution de Tolke

a. Méthode générale. —
Faisons abstraction pour un instant du fait que les équa¬
tions différentielles de Tôlke sont fausses et étudions sa méthode de résolution dont le

principe reste mathématiquement correct.


154 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

Nous avons dit que Tôlke se propose d'intégrer les deux équations différentielles (61)
et (62) dont la première, inhomogène, concerne l'état de déformation d'un mur fictif de

révolution, et la deuxième, homogène, devrait représenter la différence de déformation


existant entre ce mur et le barrage.
Tôlke a donné la solution de l'équation du mur fermé pour un certain nombre de

cas où l'épaisseur variait selon une loi simple. Nous renvoyons le lecteur à son ouvrage [30].
Pour intégrer la deuxième équation, Tôlke écrit la déformation w sous forme de
série infinie de fonctions harmoniques de la variable horizontale y. Les coefficients de
ces harmoniques sont eux-mêmes des fonctions de x, variable verticale. Pour celles-ci,
cet auteur donne une équation différentielle totale du quatrième degré. En principe,
nous avons donc une quadruple infinité de constantes d'intégration, ce qui, selon Tôlke,
devrait permettre de satisfaire à toutes les conditions aux limites. Il est cependant évident

qu'en pratique, il faudrait se contenter de remplir ces conditions seulement en un petit


nombre de points.
On peut remarquer à ce sujet que c'est justement cette abondance de constantes

d'intégration qui masque l'insuffisance fondamentale du système différentiel employé.

b. Méthode abrégée. —
La complexité des calculs analytiques découlant de l'appli¬
cation de la méthode générale n'a pas échappé à Tôlke qui a proposé une méthode
simplifiée.
Il considère qu'intégrer l'équation (61) pour le mur de révolution revient à déterminer
une répartition des pressions externes entre des anneaux fermés faisant fonction d'arcs
et une sorte de mur soumis à flexion. Il affirme, bien gratuitement d'ailleurs, qu'il est

loisible d'admettre la même répartition des pressions, que l'on étudie un mur fermé

ou un barrage en voûte. Il suffirait donc de reporter la charge des anneaux sur les arcs,
et de calculer ceux-ci pour cette pression radiale supposée constante le long de leur
développement. Les sollicitations de la console seraient les mêmes dans les deux cas.

Finalement, Tôlke renonce à l'idée de l'intégration analytique même pour l'équa¬


tion (61) et reconnaît qu'en pratique il conviendrait d'avoir recours à la méthode des
différences finies1.

3. Discussion de la méthode de Tôlke

a. Méthode générale. —
Tôlke cherche à donner une solution analytique à l'équa¬
tion (58) ; dans ce but, il utilise le procédé classique consistant à superposer une série de
solutions de l'équation homogène à une solution particulière de l'équation inhomogène.
Il est amené ainsi à intégrer les équations différentielles linéaires à coefficients variables
(61) et (62). Or, si la forme de l'une de celles-ci est telle que l'intégration en est possible,
rien ne permet d'affirmer qu'il en est de même de l'autre. En réalité, les cas où les deux

équations sont explicitement intégrables sont rares et très particuliers.


Ici se présente donc la question de l'opportunité d'une intégration analytique dans
le cas des barrages en voûte. En effet, il ne faut pas perdre de vue que chaque barrage

1A notre avis, la résolution serait plus facile et plus exacte si l'on employait la méthode des
charges nodales du professeur Stiissi [24], ou même la méthode habituelle des arcs-murs.
DISCUSSION DE LA MÉTHODE DE TÔLKE 155

est, et doit être un cas d'espèce, fonction des conditions locales. Une méthode permettant
le calcul strict de certains cas types peut certes avoir
quelque théorique, mais estintérêt
néfaste si elle conduit l'ingénieur à choisir la forme de son barrage en raison de possibilités
d'intégration plutôt qu'en fonction des conditions techniques, statiques et économiques.
Bref, il faut que la méthode de calcul reste toujours et uniquement un procédé de contrôle
à posterioril.
Un barrage en voûte n'a pas en général une forme simple; nous n'en voulons pour

preuve que le barrage de Pacoïma, donné en exemple par Tôlke, qui montre combien
sont irrégulières les dérivées de l'épaisseur, alors que celle-ci ne semble pas différer
beaucoup d'une fonction linéaire.
Nous voyons ainsi que l'existence, assez rare en elle-même, d'une solution analy¬
tique, n'assure pas la possibilité d'applications pratiques, ou conduit à des solutions
inadéquates. La méthode de Tôlke ne présente donc qu'un intérêt purement théorique,
et n'est apte qu'à servir de base de comparaison aux autres méthodes de calcul.
Cette constatation nous amène à considérer de plus près la méthode abrégée de Tôlke.

b. Méthode abrégée. —
En supposant que la répartition des charges soit la même
pour le barrage que pour le mur de révolution, et en attribuant aux arcs la part de pres¬
sion des anneaux, Tôlke se place à un point de vue fort semblable à celui sur lequel
repose la méthode habituelle des arcs-murs dans le cas d'une seule console. En effet, il
néglige l'action de la torsion et celle des efforts de cisaillement; de plus, il admet que la
pression agissant sur un arc reste constante le long de son développement. On peut
montrer dès lors qu'il n'y a aucun intérêt à intégrer analytiquement l'équation (61), et

qu'au contraire cette opération a lieu bien plus simplement et rapidement à l'aide de la
méthode des arcs-murs, qui est susceptible de fournir la solution exacte du problème du
mur de révolution.

Ainsi, le procédé abrégé de Tôlke revient à appliquer la méthode des arcs-murs à


un mur fermé et à supposer ensuite que la répartition des charges ne se modifie pas si
l'on substitue aux anneaux les arcs réels du barrage. En réalité, on voit mal comment
justifier une telle manière de procéder, puisqu'il est naturellement plus exact d'appliquer
directement la méthode des arcs-murs au barrage.
Une seule chose importe cependant, c'est de savoir si réellement la répartition des
pressions est la même pour le barrage que pour le mur de révolution. S'il s'agit d'un
barrage étroit et très haut, l'influence de l'encastrement à la base, c'est-à-dire l'effet du

mur, sera négligeable à partir d'une certaine hauteur, et dans la partie supérieure du
barrage, toute la pression externe sera supportée par les arcs, indépendamment de leur
angle d'ouverture. Dans cette zone donc, la répartition est identique pour le mur fermé
et pour le barrage réel, des différences sensibles n'existant que dans la partie inférieure.
Mais, tous les barrages en voûte ne sont pas étroits et très hauts. La tendance moderne [47]
est, au contraire, d'adapter ce type de barrage à des vallées de plus en plus ouvertes.
Dans ce cas, et des calculs comparatifs l'ont montré, la répartition des pressions est

fonction de la déformabilité relative des arcs et des murs. Mais seule la première, et non

1
La situation est ici tout autre que pour les dalles planes, pour lesquelles les formes simples
correspondent en général aux solutions les plus économiques et les plus courantes.
156 LES BARRAGES EN VOUTE MINCE

la seconde, dépend de l'angle d'ouverture des arcs. Il nous suffira alors de remarquer qu'un
arc totalement encastré d'une ouverture de 180° est deux fois plus déformable à la clef
que l'anneau correspondant, et que ce rapport peut varier entre y2 et 10, pour comprendre
que la répartition des charges externes peut différer très sensiblement entre le mur fermé
et le barrage1.
Bien que la répartition fournie par la méthode des arcs-murs relève de certaines

hypothèses et simplifications plus ou moins arbitraires, on ne voit cependant pas comment

on l'améliore, en négligeant encore l'influence de l'angle d'ouverture et celle de la défor-


mabilité du terrain sur la flèche des arcs.

Mais, même dans le cas d'un encastrement total du barrage, la différence entre la
méthode de Tôlke et celle des arcs-murs est importante. A titre d'exemple, nous avons

repris le barrage étudié dans le chapitre V, B et C et l'avons calculé comme mur de révo¬

lution, selon la méthode abrégée de Tôlke.


La figure 59 indique la répartition obtenue de cette façon, et la compare à celle

fournie par la méthode habituelle des arcs-murs (fig. 31, tableau VII). La différence est
sensible et va dans les deux sens.

Fig. 59.

Pour ce qui est de la sollicitation de la console, il suffira de regarder la figure 33, qui
se passe de commentaires. Ainsi, la méthode de Tôlke conduit, dans notre cas, à sous-

estimer les sollicitations delà console et de certains arcs, et à surestimer celles d'autres arcs.

Cet exemple est cependant un de ceux divergence


où la entre la méthode des arcs-murs

et celle de Tôlke est des plus petites, d'une part, parce que la vallée n'est pas tellement
large, d'autre part, parce que la déformation du terrain n'a pas été prise en considération.
En conclusion la méthode 2
abrégée de Tôlke ne saurait être préférée à celle des
arcs-murs.

1
Ceci signifie aussi que la solution de Tôlke ne respecte pas, et de loin, la compatibilité
élastique de la coque.
2
La justification que Berio tente d'en donner [48] n'est pas convaincante.
DISCUSSION DE LA MÉTHODE DE TÔLKE 157

4. Méthode de Tôlke et méthode de la superposition

Pour terminer, nous allons comparer la méthode générale de Tôlke à celle de la

superposition la plus adéquate.


Tôlke cherche à représenter la solution finale par superposition d'une intégrale
particulière à une série d'intégrales de l'équation homogène, puis à déterminer les coeffi¬

cients de la série en tenant compte des conditions aux limites. Le principe de la méthode
de la superposition la plus adéquate (ou méthode de Ritz) est complémentaire de celui
de Tôlke, en ce sens que l'on rend d'abord les conditions aux limites homogènes, et que

l'on emploie la loi de la superposition pour résoudre les équations différentielles. On

superpose donc, à une solution initiale respectant les conditions aux limites inhomogènes,
une série de solutions particulières remplissant ces conditions désormais homogènes.
Ainsi, alors que Tôlke essaie d'intégrer rigoureusement le système différentiel, et se

contente de satisfaire approximativement les conditions aux limites, dans le cas de Ritz,
on respecte exactement ces conditions et résoud au mieux le système différentiel.
Dans les deux cas, il ne s'agit évidemment que d'approximations, mais la différence
reste essentielle même dans cette perspective, car, s'il est facile de saisir l'importance d'une
erreur sur les charges dans le cas de Ritz, il est presque impossible de juger de l'influence
qu'auront, sur le comportement du barrage, les erreurs commises par Tôlke sur les
conditions aux limites, surtout si celles-ci amènent à annuler des déformations.

Un autre avantage de la méthode de Ritz réside dans le calcul par sommations

qu'elle implique, permettant ainsi de ne pas recourir à des dérivations; on sait combien
ces dernières opérations sont plus sensibles que les premières aux inévitables imprécisions

numériques. D'autre part, des écarts fortuits inadmissibles sont exclus par la méthode

des moindres carrés de Gauss, tandis que rien ne permet de dire que, même si les condi¬
tions aux limites sont exactement satisfaites en unnombre donné de points, on ne com¬

mette pas, dans les intervalles, des erreurs dépassant les valeurs tolérées 1.
Mentionnons enfin la faculté qu'offre la méthode de la superposition de procéder à

une approximation successive par l'introduction de fonctions supplémentaires, sans que

pour autant le travail déjà fait ne soit rendu inutile. Cette possibilité n'existe pas dans le

procédé de Tôlke, car l'adjonction d'une nouvelle intégrale influe pratiquement sur les
conditions aux limites, dans tous les points choisis.

1
On pourrait, il est vrai, appliquer également la condition de Gauss aux erreurs commises,
le long des limites, dans la méthode de Tôlke.
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TABLE DES MATIÈRES

AVANT-PROPOS 1

INTRODUCTION 5

TABLE DES NOTATIONS 7

CHAPITRE PREMIER. —
LE PROBLÈME MATHÉMATIQUE DU BARRAGE EN VOUTE

A. Le complexe barrage-terrain 9

B. Modèle élastique et conditions initiales 10

C. Conditions de continuité et aux limites 11

1. Cas général 11

2. Cas du barrage mince 14

D. La déformabilité du terrain 16

1. Généralités 16

2. Le calcul par itération 17

3. L'artifice de Vogt 18

CHAPITRE H. —
LES ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES DES COQUES

A. Théorie mathématique générale 20

barrage cylindrique 26
B. Application au

30
C. Simplifications des équations difFérentielles
1. Les équations différentielles de Flugge 30

2. Deuxième étape de la simplification 32

3. Troisième étape de la simplification 34

4. Système de Tôlke 35
162 TABLE DES MATIÈRES

5. L'arc indépendant 33

6. Les équations différentielles des arcs-murs 40

7. Contraintes 42

D. Récapitulation et remarques 44

1. Les divers modèles pour le barrage en voûte 44

2. Autres modèles ou méthodes 45

3. Conditions aux limites 45

CHAPITRE III. —
LA MÉTHODE DE LA SUPERPOSITION LA PLUS ADÉQUATE

A. Théorie générale 49

1. Le problème 49

2. La méthode 50
3. Les moindres carrés de Gauss 52
4. Application de la condition de Gauss 53
5. Compléments 56

B. Applications 59
1. Généralités 59

2. Vallée «triangulaire» 60

3. Vallée «parabolique» 64

4. Remarques 67

CHAPITRE IV. —
CALCUL DE LA TORSION PAR LA MÉTHODE DES ARCS-MURS

A. Cas d'une console centrale 69

1. Généralités 69

2. Rappel de la méthode habituelle 70

3. Principe de la généralisation envisagée 71


4. Résolution de l'équation différentielle 73
5. Conditions aux limites 75
6. Compléments et remarques 77

B. Cas de plusieurs consoles 82

1. Généralités 82
2. Calcul des murs et des arcs 83

3. La pression supportée par torsion 84

4. Les équations d'élasticité 84


5. Conditions aux limites 85
6. Moments de torsion 87

7. Remarques 89

CHAPITRE V. —
APPLICATIONS NUMÉRIQUES

A. L'arc indépendant 91
1. L'arc mince totalement encastré 91
2. La déformation par effort tranchant 94

3. La déformation du terrain. Calcul direct 96

4. Calcul par itération 98

5. L'artifice de Vogt 101


TABLE DES MATIÈRES 163

B. Méthodes des arcs-murs 102

1. Barrage étudié 103

2. Méthode habituelle des arcs-murs 104

3. Méthode des arcs-murs avec effet de la torsion 106


4. Comparaison des résultats 107

5. Remarque sur le calcul par différences finies 109

C. Calcul d'un barrage en tant que coque 109

1. Le problème 109

2. Choix des solutions particulières 110

3. Forces externes 114

4. Recherche de la superposition la plus adéquate 114

5. Superposition obtenue 116

6. Cause de l'erreur 117

7. Améliorations possibles 119

8. Remarque sur le choix des solutions particulières 120

9. Résultats des calculs 120

10. Comparaison avec des essais sur modèles 129

11. Ampleur des calculs effectués 129

CHAPITRE VI. —
CONCLUSIONS ET RÉSUMÉ

1. Conclusions 131

2. Résumé 133

PREMIER COMPLÉMENT. —
LA MÉTHODE DU BLOCAGE

1. Généralités 134

2. Déformations non élastiques et blocage 135

3. Blocage et solution par itération 137

4. Exemple d'application 140

DEUXIÈME COMPLÉMENT. —

L'ÉQUILIBRE EN UN POINT DE LA SURFACE MÉDIANE

1. Généralités 142

2. Equilibre en un point 143

3. Calcul des forces et cercles généralisés 145

4. Les lignes isostatiques 150

TROISIÈME COMPLÉMENT. —
DISCUSSION DE LA MÉTHODE DE TÔLKE

1. Les équations différentielles de Tôlke 152

2. Méthode de résolution de Tôlke 153

3. Discussion de la méthode de Tôlke 154

4. Méthode de Tôlke et méthode de la superposition 157

BIBLIOGRAPHIE 158

TABLE DES MATIÈRES 161

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