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N ous entendons souvent des discours sur l’humanitaire et le développement qui

malheureusement ne montrent qu’un seul aspect des choses. S’adressant en priorité au monde
occidental dans lequel vit l’auteur, ces discours tentent de clarifier la relation aidant-aidé,
sauveteur-sauvé, nous-eux. L’agent de développement devient un moralisateur pernicieux, roi
de la vertu et défenseur des plus faibles.

2Ces discours ne sont-ils pas ceux d’un occidental blasé des campagnes de publicité et de
pétitions organisées par les organisations non gouvernementales en Europe ? Ne sont-ils pas
les « sanglots d’un homme blanc [1][1]D’après l’ouvrage de Pascal Bruckner, Les Sanglots de
l’homme… » regardant les habitants du tiers-monde comme des moitiés d’homme, des
enfants incapables de s’exprimer et de se défendre ?
3Le rapport sur le développement 2000-2001 édité par la Banque mondiale, Combattre la
pauvreté, est éloquent sur l’état des pays en voie de développement, où 2,8 milliards de
personnes, soit la moitié de la population mondiale, vivent avec moins de 12 francs français
par jour.

4On peut se demander si le travail de développement a réellement son utilité dans la manière
dont il a été accompli jusqu’au début des années quatre-vingt-dix. Ces dernières années ont vu
l’émergence de nouvelles démarches, fondées sur la participation des populations. Qu’en est-
il aujourd’hui de leur impact ? Peut-on déjà en tracer un bilan et en tirer les premières leçons ?

La participation des populations, un indicateur


incontournable, à la base de l’évolution du travail social dans
les pays du Sud

5À Lomé, au Togo, lors d’une table ronde organisée par le PNUD en 1985, les bailleurs de
fonds et l’État dressent un bilan des actions initiées depuis dix ans dans le pays. Les résultats
obtenus sont très mitigés et amènent tous ces opérateurs à repenser leur approche. Le concept
de « développement local participatif » apparaît alors. Il s’agit de mettre en place des projets
destinés aux populations conçus et réalisés avec les communautés.

6Comme l’explique M. Alain Pliez [2][2]Les citations ne faisant pas référence à des


publications ou à…, coordinateur national du Projet pluriannuel des microréalisations (PPMR)
du Fonds européen de développement (FED) : « Il ne reste actuellement aucune trace des
projets mis en place dans les années quatre-vingt, alors qu’ils ont nécessité énormément de
ressources financières et de ressources humaines. Sur le terrain, c’était un déploiement
d’“experts”, de véhicules. Mais qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Les rapports d’évaluation ont
montré que les projets étaient conçus par des conseillers économiques et financiers qui ne
tenaient pas compte des mentalités et du contexte local. Dans plusieurs régions, on réalisait
les mêmes projets avec les mêmes méthodes et approches. On les imposait aux populations. »
7La reconnaissance des échecs précédents et l’évolution du contexte politique togolais ont
amené les différents opérateurs du développement à travailler de plus en plus avec les
populations. En 2000, malgré l’arrêt de la coopération européenne bilatérale [3][3]L’Union
européenne a vivement critiqué le gouvernement togolais…, des actions continuent et
s’intensifient, tournées vers le développement de la société civile.
8Actuellement, plusieurs projets de ce type sont en cours au Togo : le Programme pluriannuel
de microréalisations du FED, le Fonds social de développement de la coopération française,
le RCC (Renforcement des capacités communautaires) de l’UNICEF, le FENU (Fonds
d’équipement des Nations Unies) du PNUD, le PPFS (Projet pilote de fonds social) de la
Banque mondiale. Ces projets menés par les organismes internationaux sont conçus
globalement sur le même schéma. L’objectif est commun : satisfaire les besoins des
populations en activités génératrices de revenus et en infrastructures collectives. La démarche
est également similaire : un groupe de personnes, tel qu’un groupement de paysans ou
d’artisans ou bien encore une association de parents d’élèves, a une demande à formuler. Il
peut s’agir de la construction d’un poulailler, d’un grenier à céréales, d’un puits pour le
maraîchage, d’un pont ou bien encore d’un dispensaire ou d’une école. « Un agent d’ONG,
explique Mme Rita Agbenda, Présidente du groupement Handicapés sans frontières de
Sotouboua, vient nous aider à réfléchir à tous les tenants et aboutissants du projet, avec
plusieurs réunions du groupe, l’agent de développement nous aide encore à remplir le
formulaire de demande de financement. » Puis des conseillers techniques des organismes
internationaux vérifient sur place l’existence du groupe, son organisation et le bien-fondé du
projet.

9Un critère essentiel est le niveau de participation du groupe à cette action. Par
« participation », ces organismes entendent notamment une « participation contributive »,
c’est-à-dire financière. En effet, l’organisme financeur impose au groupe de participer à
hauteur de 25 % de la valeur totale du projet. La forme de cette contribution varie : de
l’argent, des matériaux de construction, de la main d’œuvre. « En réalité, ajoute M. Alain
Pliez, avec un projet réellement bien monté et une population bien mobilisée, les
communautés ne peuvent fournir que 10 % de la valeur globale. » Dans ce cas, les organismes
s’arrangent pour ajouter la contribution de l’État dans le fonctionnement des projets, telle que
le salaire