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Notes sur La Bonne Chanson et l’abbé Gadbois

Martin Gladu

Je veux compléter mon œuvre


et faire chanter les miens
dans du beau et du bien, après quoi,
je laisserai à d'autres générations
après moi le devoir impérieux de sauvegarder
notre langue et, partant, notre Foi.
Charles-Émile Gadbois

Qui l’a fondée? L'abbé Charles-Émile Gadbois

Qu’était-ce? Une maison d’édition de musique maskoutaine qui publia dix albums de
500 chansons françaises que tout le monde pouvait chanter en groupe, dans les écoles
ou en famille. Par exemple, Cent plus belles chansons, la Série des jeunes, et La Bonne
Chanson à l'école, Cantiques choisis, Vingt chœurs à voix égales, etc.

Où et quand a-t-elle été fondée? À Saint-Hyacinthe, le 14 octobre 1937

Qui en a été l’instigateur? Mgr Camille Roy, qui était à l’époque recteur de l'université
Laval à Québec et président du Comité de la Survivance française en Amérique. Roy
souhaitait promouvoir la chanson d’expression française et recruter des adeptes par
des processus de socialisation multiples, dont la famille, et le plus important, l'école

Pourquoi Mgr Roy en a-t-il été l’instigateur? Au cours de la conférence qu’il donna au
Séminaire de Saint-Hyacinthe à l'occasion du deuxième Congrès de la Langue
Française au Canada en juin 1937, il affirma que « l’un des meilleurs moyens de
conserver et de cultiver l'esprit français c'est de chanter et de faire chanter le plus
possible nos belles chansons canadiennes ou françaises. » En présence du supérieur
du Séminaire de Saint-Hyacinthe, le chanoine Jean-Baptiste-Olivier Archambault, il
dit à l’abbé Gadbois : « Vous, vous devriez faire quelque chose pour propager nos
belles chansons. Vous feriez là une œuvre magnifique! » Et l'abbé Gadbois de lui
répondre : « Monseigneur, je vous promets que je vais faire tout mon possible »

D’où lui vint l’idée d’une maison d’édition musicale? Il fût influencé par l'exemple du
barde breton Théodore Botrel en France, duquel il a d’ailleurs acquis les droits
d’auteur de trente des œuvres de son répertoire. Botrel cherchait à moraliser la
chanson en valorisant le terroir

Pourquoi a-t-elle été fondée? Le clergé souhaitait actualiser une stratégie de


résistance face à l’américanisation et aux nouveautés provenant d’une forte
urbanisation de la société ainsi que protéger la langue française. Gadbois estimait

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qu'il fallait agir pour contrebalancer l'influence des postes de radio qui diffusaient à
longueur d'année les chansons anglaises et américaines, de la musique de jazz et aussi
les chansonnettes populaires françaises de Maurice Chevalier, Édith Piaf, Tino Rossi
et autres vedettes de l'heure. Il était convaincu que mettre à disposition des élèves
des chants en français de bonne qualité allait non seulement les faire chanter
davantage et mieux mais arriver à perpétuer chez eux l’esprit français et le sentiment
patriotique

Quelle était sa mission? « La Bonne Chanson est une œuvre éducative, moralisatrice
et patriotique. Mon but a toujours été de fournir à mes compatriotes des chansons
honnêtes et bien faites pour lutter contre les chansonnettes françaises et le jazz
américain, » expliqua t’il. L’œuvre développa donc trois volets. Le premier est relatif
à l'éducation, « pour que la jeunesse étudie la beauté. » Le deuxième volet, patriotique,
« crée des liens de sympathie très forts entre les Canadiens français de partout » et,
enfin, un volet moralisateur porte inévitablement le chant à l'action catholique

D’où vient le nom? On doit l’appellation à Botrel. « Non seulement Botrel participe-t-
il à un mouvement chansonnier en associant son œuvre à l’esprit catholique et au
régionalisme littéraire, mais il crée un mouvement régionaliste, la Bonne Chanson,
dont l’influence sera marquante en France jusqu’à la fin des années quarante et au
Québec jusqu’à la fin des années cinquante ». Botrel fut le directeur de la revue
française La Bonne Chanson¸ « une revue artistique et littéraire qui est à l’origine d’un
mouvement d’éducation de la jeunesse par la chanson ». Pendant la Première Guerre
mondiale, il se rend sur le front afin d’encourager les troupes françaises et il devient
alors le « chansonnier de l’armée »

Quels furent ses tout premiers débuts? En octobre 1937, avec l’autorisation
du chanoine Archambault, il débuta l’impression de chansons qu’il distribua aux
élèves du collège. Au cours des premières semaines, 300 étudiants s’abonnent pour
l’année scolaire 1937-1938. Assez rapidement, les demandes de copies parvinrent
des autres écoles de Saint-Hyacinthe, puis des localités avoisinantes. « Ensuite, quand
j’ai vu que cela répondait à un réel besoin, comme la plupart des canadiens français
aiment à chanter, mais qu’ils ne pouvaient pas facilement alors se procurer des
chansons, alors j’ai annoncé La Bonne Chanson dans toutes les écoles du pays ainsi
que dans celles de la Nouvelle-Angleterre, » expliqua t’il. En quelques semaines, le
nombre d’abonnés avait augmenté à 1 800. À la fin de l’année 1937, il atteint son
objectif de publier une chanson par semaine : dix chansons sont alors disponibles. En
mars 1938, à peine cinq mois après la fondation de l’entreprise, toutes les écoles du
Québec ainsi que les institutions d’enseignement francophone du Canada et du nord-
est des États-Unis connaissaient La Bonne Chanson. Après avoir publié cinquante
chansons, l’abbé Gadbois les regroupa dans un premier cahier

Combien de copies ont été distribuées la première année? 600 000

Est-il vrai que le pape donna son aval à La Bonne Chanson? Oui. En juillet 1938, il se
rendit en Europe (monastères bénédictins en Belgique, Solesmes et Paris) afin de

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solutionner le problème des droits d’auteur. Lors de ce voyage, il fit une escale au
Vatican où il rencontra le cardinal Pacelli (grâce aux bons offices du cardinal
Villeneuve), qui offrit le premier cahier à Pie XI. Il reçut alors les bénédictions papales
pour la poursuite de son œuvre. Il revint d’Europe avec plus de 250 autorisations dans
ses bagages

Les œuvres ont-elles été endisquées? Oui. En 1939, Gadbois et RCA Victor lancèrent,
sur étiquette Bluebird, les premiers d'une cinquantaine de disques consacrés à La
Bonne Chanson

Avec qui négocia-t-il chez RCA Victor? Albert Hugh Joseph, directeur général de RCA
Victor pour le Canada, s’associa très tôt au mouvement de La Bonne Chanson. De 1939
à 1948, le label commercialisera plus de soixante 78 tours pour le compte de la
maison. Joseph a été responsable de la mise sous contrat et d’une part des succès de
nombreux artistes dont Oscar Peterson, Hank Snow, Willie Lamothe (de Saint-
Hyacinthe), Monique Leyrac, Jacques Normand, Victor Martin (de Saint-Hyacinthe),
Hal Lone Pine (de son vrai nom Harold J Breau, père du guitariste jazz Lenny Breau),
Paul Brunelle, Wilf Carter, Jen Roger, Hank Rivers, Tex Cochrane, et Alys Robi

Comment promouvait-il les cahiers? Énergique et déterminé, Gadbois était un


infatigable promoteur. Il a utilisé plusieurs outils de promotion. 1) En octobre 1938,
le Conseil de l’Instruction publique de la province de Québec accepta que l’on
distribue le premier album dans les écoles, 2) À la radio de la Société Radio-Canada
et à l'émission de radio « Le quart d'heure de la Bonne Chanson » (1939-1952) de
CKAC, 3) Les Amis de La Bonne Chanson, association fondée en 1942 et qui comptait
12 000 adhérents en 1945, 4) sa revue mensuelle Musique et Musiciens, à partir
d'octobre 1952 (lancée en collaboration avec Conrad Letendre, Raymond Daveluy et
Gilles Lefebvre), 5) différents concours, congrès et festivals organisés par la maison
(au Colisée de Québec, au Forum de Montréal et dans le Maine), 6) aux émissions du
poste de radio CJMS, lequel fût fondé par lui et ses partenaires Paul Leduc et Raymond
Robert le 23 avril 1954, 7) le Quatuor de La Bonne Chanson, 8) Plusieurs entreprises,
telles que Proctor & Gamble, Kellogg’s et le Bulletin des Agriculteurs, remettaient en
prime des recueils de chansons à leurs clients

Quand l’abbé Gadbois a-t-il cédé l’entreprise? Le 25 mai 1955, après des difficultés
financières et sous l’ordre de Mgr Arthur Douville, il céda tous les droits et l’entreprise
elle-même à Mgr Jean-Charles Leclaire (vicaire général du diocèse de Saint-
Hyacinthe). La Corporation épiscopale de Saint-Hyacinthe la vendit ensuite aux
Frères de l'Instruction chrétienne de Laprairie, lesquels adoptèrent le nom Les
Entreprises Culturelles Enr. Les Frères demandèrent aussitôt au maître-
graveur Christian Lefort de l’administrer et d’en assumer la direction artistique. En
1956, il mena une enquête dont les résultats confirmèrent le déclin de La Bonne
Chanson

Pourquoi Mgr Douville exigea-t-il de lui qu’il cède l’entreprise à Mgr Leclaire? Gadbois
écrit dans son curriculum vitae :

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Après beaucoup de fatigues, d’inquiétudes et de tracas surtout financiers, comme La
Bonne Chanson et le poste CJMS avaient tendance à devenir des entreprises un peu
trop commerciales, Son Excellence Mgr Arthur Douville, au printemps 1955 me
demande de cesser toutes mes activités à La Bonne Chanson et au poste CJMS et de lui
donner tous mes biens meubles et immeubles sans exception, c’est-à-dire une valeur
que j’estimais à 300 000$

Quand la vente a-t-elle eu lieu et à quel montant? En février 1956 et pour 125 000$
(1 176 370$ en 2021)

Pourquoi les Frères de l'Instruction chrétienne de Laprairie? Le cardinal Paul-Émile


Léger recommanda aux Frères de l'Instruction chrétienne de Laprairie de continuer
l’œuvre de La Bonne Chanson du fait qu’ils disposaient déjà d’une imprimerie et que
leur situation de religieux-enseignants le leur permettaient

L’entreprise était-elle endettée? Oui. « Avec des ateliers bien outillés d’une façon
moderne et des employés payés grassement, il est indéniable qu’une entreprise de ce
genre soit parfois endettée. C’est que M. l’abbé Gadbois aime autant faire gagner de
l’argent aux autres que d’en gagner lui-même (…) Les ateliers de la Bonne Chanson
sont outillés pour imprimer un million de chansons par semaine. » Le Petit Journal du
27 juin 1948

Qui était les créanciers? La Corporation épiscopale de Saint-Hyacinthe, le notaire


Ernest L'Heureux, Mgr Leclaire et d'autres personnes. Ils ont, pour la plupart, réussi
à récupérer leur capital

Qui a conclu la vente et réglé les dettes? Mgr Leclaire lui-même et son délégué,
mandataire et procureur, Joseph Herménégile Saint-Louis. Le règlement final eut lieu
en 1989

Gadbois a-t-il perçu des redevances après la vente? Oui. Les Frères de l'Instruction
chrétienne de Laprairie acceptèrent de lui verser 30% de toutes les ventes directes
ou indirectes au détail et 10% de toutes les ventes directes et indirectes au gros de
toutes les marchandises faisant partie des éditions de la Bonne Chanson

Pourquoi la maison a-t-elle connu des problèmes financiers? Selon les archives du
Séminaire de Saint-Hyacinthe, ce serait à cause de ses placements dans des titres de
mines (dont Theresa Gold Mines) et de produits pétroliers

Quel était son slogan? « Un foyer où l'on chante est un foyer heureux »

Quels étaient ses marchés? Le Québec, l'Ontario, les provinces maritimes et de l'Ouest
canadien, en Nouvelle-Angleterre, en Louisiane ainsi qu’en plus de 25 pays

Quels pseudonymes Gadbois utilisait-il? Do Mi Sol. Paul Arel

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Quel était le profil idéologique de l’œuvre? Selon les recherches effectuées par Ruth
Chamberland, on peut découper le profil idéologique de l’œuvre en huit thèmes
majeurs : la patrie, la guerre, la religion, l’amour, la maman, Noël, le village et le chez-
soi natal, les us et coutumes. La plupart des chansons ont donc un contenu moral et
portent sur des valeurs comme la famille, la mère, la patrie, la nature. On a souvent
qualifié à tort le répertoire de folklorique. Il comporte moins de 10% de chansons
dites de tradition orale

Quels genres d’œuvres la composaient? airs d'opéras, aubades, ballades, berceuses,


chansons folkloriques, chants militaires, chants religieux, complaintes, mélodies
populaires, poèmes célèbres mis en musique, etc.

Que faisait Gadbois avant sa fondation? En plus de sa prêtrise et de sa charge


d’enseignant (solfège, chant, grammaire, liturgie et morale en rhétorique) au
Séminaire de Saint-Hyacinthe, il avait dirigé la fanfare et l’orchestre de cette
institution de 1930 à 1937. Il dirigea aussi, à cette époque, la chorale des Saints-Anges

Quelle fut l’année la plus fertile de son histoire? Au printemps 1942, le Comité des
Fêtes pour le 3e Centenaire de Montréal demanda à l’abbé Gadbois de présenter un
festival de chansons dramatisées. Cet événement se déroula au Forum de Montréal le
1e juin 1942. Une foule estimée à plus de 10 000 personnes assista au festival. La
musique fut exécutée par l’Orchestre des Concerts Symphoniques de Montréal et
un chœur de 500 voix accompagna les comédiens-chanteurs. L’année 1942 fut aussi
fertile en bonnes nouvelles puisqu’à l’automne, la Commission des Écoles Séparées
de l’Ontario prévoit incorporer plusieurs chansons du répertoire à son programme
officiel dès la rentrée scolaire 1943

Son plan d’un Centre Musical Canadien a-t-il, effectivement, inspiré Jean Drapeau?
Avec la publication de Musique et musiciens, il proposa la création, à Montréal, d’un
Centre Musical Canadien. Plans à l’appui, il ajouta une maquette de l’édifice qui
abritait une salle de concerts, une bibliothèque, une discothèque et des studios de
pratique pour les musiciens. Le Centre Musical de l’abbé Gadbois ne s’est jamais
réalisé, certains ont affirmé que le maire Jean Drapeau s’est inspiré du projet pour
réaliser la Place des Arts quelques années plus tard

Où était situé l’atelier de production? Au début, il était dans un petit local au deuxième
étage du Séminaire, dans un ancien local de la procure. Le 15 novembre 1938, il fut
déplacé dans des locaux plus vastes (25’ X100’), situés sous la chapelle, au sous-sol du
Séminaire. C’est à cet endroit que certains étudiants s’intéressèrent au métier
d’imprimeur, dont Roland Provençal et Aldéo Archambault qui, au terme de leurs
études, montèrent un atelier qui devint l’Imprimerie La Providence. Voici une
description des lieux :

C'est d'abord la « réserve », salle ceinturée d'armoires où sont classées les chansons. Il
y en a là des milliers, et pourtant c'est encore trop petit puisqu'on a dû utiliser le reste
du sous- sol où s'aligne une longue théorie de tables chargées de ces copies qui

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partiront dans quelques jours et seront remplacées par d'autres qui subiront le même
heureux sort d'aller chanter par tout le continent la pensée française.

Entrons dans la chambre photographique. Un monstre noir, flanqué deux yeux


puissants, deux réflecteurs, est campé sur un pied chromé : c'est l'appareil qui agrandit
ou rapetisse les dessins à volonté et qui obtient les négatifs requis.

On y voit également plusieurs caméras et ciné-caméras de grande valeur et de


précision hors ligne. Ici, un sécheur de films, là un classeur à plaques. Dans un coin, un
coffre-fort garde jalousement des centaines de précieux clichés De là, on passe à la
chambre noire. L'installation est complète et moderne. Agrandisseur, bassin rotatif,
châssis pneumatique pour l'impression des plaques de zinc, sécheur, table à retoucher,
acides, etc., rien ne manque, car « La Bonne Chanson » photographie et développe ses
propres clichés. La grande salle d'impression. Il y a d'abord le service graphique :
clavigraphe pour écrire la musique, dactylographe électrique comportant près de
trente caractères différents. Le service d'impression : c'est le Multilith, appareil
photolithographique d'une capacité de 5 200 copies à l'heure; et le service d'expédition
: tranche à papier, brocheuses, adressographe électrique comportant 12 000 adresses.

Nous passons au bureau de « La Bonne Chanson ». Tout l'ameublement est en chêne


sculpté, depuis le magnifique bureau jusqu'à la patère. La sculpture est l'œuvre de
l'abbé Raoul Martin, artiste bien connu du Séminaire.

Un appareil enregistreur équilibre une bibliothèque et une discothèque renfermant


une magnifique collection de disques. Près d'un violon, qui n'est nul autre qu'un Kaul,
un élégant lutrin fait garde fièrement. On sait que le violon Kaul, a remporté, en
Europe, le premier prix dans un concours de sonorité déclassant même le Stradivarius.

« C'est à dessein, nous dit l'abbé Gadbois, que j'ai fait beau et grand. Il faut vivre dans
une atmosphère de beauté pour s'élever; un milieu sombre et froid déprime le meilleur
homme. Aussi, je ne néglige rien pour que notre travail soit le plus parfait possible : Je
vis au mieux et dans l'outillage et dans la papeterie, car comme vous le remarquez sur
la sentence murale que l'on fait pour le Bon Dieu n'est jamais trop bien fait » et en
outre la culture française mérite d'être bien habillée! SOURCE :
https://mondieuetmontout.com/Charles-Emile-Gadbois-Naissance-de-La-Bonne-
Chanson.html

Qui y travaillait?

- Raymond Robert B.A., I.C.S. (contremaître);


- Bernard Wiseman B.A., C.C.S. M.A. (secrétaire et comptable);
- Christian Lefort (maître-graveur de musique);
- Aldéo Archambault (photo-lithographe et président diocésain de Jeunesse Ouvrière
Catholique) Ph. D.;
- Réal Perreault (imprimeur-lithographe);
- Roland Provençal (imprimeur-lithographe);

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- Ignace Gendron (expéditeur);
- Marcel Lemieux (relieur);
- soeur Marie Sainte-Hortense-Rose-de-Lima Desfossées (illustrations)

Au départ, l’abbé Gadbois sollicite les étudiants afin de l’aider à produire les premières
chansons. Mais assez rapidement, il doit embaucher des techniciens professionnels
pour assurer la qualité et la continuité de la production. Les étudiants, quant à eux,
prêtent main forte afin d’assembler les albums avant qu’ils ne partent pour la reliure.
Après la Seconde Guerre mondiale, dix ouvriers s’activent dans les ateliers. Parmi eux,
trois célibataires qui reçoivent 70 cents/heure. Lors du mariage d’un employé, l’abbé
Gadbois verse une prime de 100.00$ et le salaire est augmenté à 75 cents/heure. À la
naissance de chaque enfant, le directeur accorde une autre augmentation de 5 cents
l’heure et une offre nouvelle prime de 100.00$. Ces encouragements au mariage et à la
famille sont conformes à l’idéologie transmise par l’œuvre de l’abbé
Gadbois. SOURCE :
https://www.histoiredemaska.com/bc/section3/production.html.

Combien les employés gagnaient-ils? En 1953, les huit employés gagnaient entre 50
et 100$ (487-974$ en dollars de 2021) par semaine. Au besoin, l'atelier employait un
certain nombre d'étudiants, qui recevaient une rémunération supérieure à celle que
l'on accordait pour des travaux similaires dans les imprimeries. En fait, il payait les
étudiants assez pour défrayer le coût de leurs études et les dix employés le salaire
maximum. L’ex-journaliste et député Yves Michaud fût d’ailleurs un des étudiants qui
y travailla. Cette année-là, l’entreprise était évaluée à un million de dollars

La maison publiait-elle des arrangements et des adaptations d’œuvres du domaine


public? Oui. Faisant œuvre d’éducation, l’abbé Gadbois et certains autres auteurs
adaptèrent des musiques de grands compositeurs du répertoire classique afin d’en
faire des chansons. Citons les Bach, Beethoven, Brahms, Chopin, Faure, Franck,
Gounod, Massenet, Mehul, Mendelssohn, Mozart, Offenbach, Schubert, Schumann et
Tchaikovsky. Les textes de certains poètes tels Alphonse Daudet, Alfred de Musset,
Louis Fréchette, Victor Hugo et plusieurs autres étaient également utilisés afin de
créer des chansons

Environ combien de paroliers et de compositeurs ont été répertoriés dans ses


albums? 363

Qui a fait des recherches sur La Bonne Chanson? Ruth Chamberland, Guy
Desruisseaux, Jean-Nicolas de Surmont, Manuel Maître, Paul Foisy, Gérard Ouellet

Quand a-t-il obtenu sa licence pour fonder CJMS? Le 1er juin 1953, le Bureau des
gouverneurs de Radio-Canada approuvait une demande en vue d'exploiter une
station AM présentée par La Bonne Chanson inc. Selon l'abbé Gadbois, directeur de
l'entreprise titulaire, la station aurait une vocation culturelle, serait calquée sur les
stations de radio à New York, WNYC et WQXR, et diffuserait des émissions en langue
française à la fréquence 1280 kHz avec 5000 watts de puissance

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Pourquoi le folkloriste Marius Barbeau avait-il été critique envers lui? Parce qu’il
pouvait aller jusqu'à altérer les paroles des chants traditionnels pour les rendre
conformes à sa conception des bonnes mœurs

Combien de cahiers furent vendus? Les données varient : plus de vingt millions de
cahiers de musique ou trente millions d’albums. Quinze millions en 1948, selon Le
Petit Journal. L’édition du 27 novembre 1954 du Devoir rapporte que « 150 millions
de chansons ont été distribuées dans notre pays et le monde entier. »

Qu’a-t-il dit aux autres actionnaires de la Theresa Gold Mines pour les motiver?

« Aujourd’hui, je ne viens pas vous parler comme actionnaire de la Theresa mais


comme prêtre. La mine, ça va marcher comme la Bonne Chanson. Vous savez, nous
avons vendu plus de 20 millions de cahiers de chansons. Personne n’a fait pareil au
Canada. C’est un immense succès. On va faire la même chose avec la mine. M. Caouette
a toujours dit dans ses assemblées qu’il voulait faire de sa mine une mine catholique.
Alors, il ne faut pas être surpris si le Bon Dieu exige plus des actionnaires de la Theresa
que de ceux d’une autre mine ayant à sa direction des gens qui ne partagent pas nos
croyances. Pour continuer à nous aider, la Divine Providence exige maintenant
davantage de nous tous. Les clubs fonctionnent très bien. C’est un grand succès. Mais,
ce n’est pas suffisant. J’ai un plan. Un projet qui pourrait assurer pour des années le
financement de la mine. Ici même, près de St-Hyacinthe, on pourrait construire un
vaste centre de cinéma, avec un théâtre, une station de radio et des salles
d’enregistrement. On a trouvé un terrain tout près d’ici à Upton. Ça pourrait devenir le
plus grand centre de la Province. Le Club thérèsien pourrait investir dans ce projet et
en retour, tous les profits iraient à la mine. On pourra ainsi compter sur une source
permanente de financement. » SOURCE : Les enfants de la Theresa Gold Mines par
Jean-Louis Fortin

Avait-il un bras droit? Oui. Il en a eu deux. Au début, c’était Raymond Robert, un de


ses premiers collaborateurs, puis ce fût, de 1942 à 1954, l’organiste et compositeur
Conrad Letendre, auprès de qui il avait perfectionné ses connaissances en harmonie
quelques années auparavant. Ce dernier fut aussi rédacteur en chef de Musique et
musiciens

Y a-t-il eu des précurseurs à La Bonne Chanson? Oui. La revue Le Carillon de Charles


Marchand et Maurice Morisset. « Sauf erreur, c’est la plus importante collection
enregistrée au Canada français depuis le regretté Paul Dufault, » écrit Eugène
Lapierre. Enfin, la mère de Charles-Émile Gadbois copiait les mots des chansons
qu’elle apprenait et le soir toute la famille se réunissait pour les chanter

Combien coutaient les droits d’auteur? En 1948, 25 000$ avait été dévolu à ce poste
de dépenses à date. L’édition du Petit Journal du 1er mars 1953 mentionne que
« Charles-Émile Gadbois peut se vanter d’avoir versé $600,000 en cachets, salaires et
droits d'auteur pour le succès de La Bonne Chanson au pays et à l'étranger. »

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Gadbois a-t-il été reconnu de son vivant? Oui. Il a été nommé Directeur à vie de la
Société du Bon Parler Français, et Chevalier pontifical décoré de la Croix d'or de Saint-
Jean de Latran en 1947. Il reçut aussi l'Ordre des Chevaliers de Sinaï, l'Ordre de
Sainte-Croix de Jérusalem et fût fait Chevalier de l'Ordre équestre du Saint-Sépulcre

Quelle était la mission de la revue Musique et musiciens? Selon Gadbois, « Contribuer


à l'éducation musicale de l'enfant, à l'amélioration de l'enseignement et à la recherche
des moyens les plus propres à faciliter l'étude de la musique. Cette revue sera pour
tous, enfants, parents, élèves et professeurs, une source d'encouragement et un
facteur de progrès. »

A-t-il été impliqué dans l’administration de CJMS? Non. Voici la lettre qu’il a fait
publier dans les journaux en décembre 1953 :

J‘ai demandé de bonne foi, et obtenu, malgré certaines oppositions connues,


l’autorisation d'établir et d'opérer un poste de radio privé et commercial à Montréal
au nom de La Bonne Chanson Inc. Aujourd’hui pour me conformer aux exigences du
Droit canonique qui ne permet pas aux clercs de faire partie d'une compagnie à but
lucratif et pour me soumettre à la demande de mon évêque, je donne ma démission et
je ne fais plus partie de la compagnie. Je donne toutes mes parts à mon frère Raoul D.
Gadbois qui sera désormais président du poste CJMS de La Bonne Chanson Inc. Je
continue cependant à m'occuper de la Bonne Chanson Enregistrée, c’est-à-dire l'œuvre
que j'ai fondée à St-Hyacinthe il y a 16 ans. Puis le sacrifice que je fais contribuer au
succès du nouveau poste CJMS!

Quand La Bonne Chanson Inc. a-t-elle été fondée? Le Lieutenant-gouverneur de la


province de Québec a accordé des lettres patentes, en date du quatorze janvier 1953,
constituant en corporation : Monsieur l'abbé Charles-Émile Gadbois, Marcel Caron,
agent, Raphaël Beaudette, avocat, pour les objets suivants : Éditer, publier et vendre
des revues et publications musicales et artistiques de tous genres, avec un capital de
1 000 000$ divisé en 3 000 actions privilégiées de 100$ chacune et en 7 000 actions
ordinaires de 100$ chacune

Qui était Raoul Donat Gadbois? Après avoir fait des études classiques au Séminaire de
Saint-Hyacinthe de 1924 à 1932 et de comptabilité à l'École des Hautes Études
Commerciales, il est nommé chef comptable du Syndicat national de l'électricité en
1939. Il est secrétaire fondateur, avec les pères Albert Roger et Maurice Lafond, de
Boscoville en 1939. Le 13 août 1945, il fonde la Société canadienne de courtage inc.,
une corporation dont il est le président actif. Il est élu, en 1947, conseiller municipal
de la Ville de Montréal et établit un record de motions présentées au conseil
municipal (de 1947 à 1950). En 1953, il cofonde, avec son frère, le poste de radio CJMS
qu'il vend en 1955. La Fédération des clubs nautiques du Québec et le Conseil de
sécurité nautique du Québec, successivement fondés en 1960 et 1961, font partie de
son œuvre. En 1962, il contribue à faire passer la loi du Courtage Immobilier au
Québec. Il fonde, en 1968, Spiritex inc., compagnie importatrice de vin français, et la
Commanderie des Vinophiles du Canada. Il crée, en 1986, la Fondation Abbé Charles-

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Émile Gadbois. Celle-ci attribue des bourses de chant pour les jeunes de 16 à 29 ans
désirant chanter en français et contribue ainsi à la survivance de la culture
canadienne française. Jusqu'en 1996, année du dernier concert annuel de la
Fondation, cette dernière aura auditionné 407 candidats et versé 151 712 $ en
bourse. Le 13 octobre 1993, Raoul Gadbois est décoré par le Président de la
République française, M. François Mitterrand, par l'intermédiaire du Consul général
de France à Montréal, M. Jean-Pierre Beauchataud, pour sa contribution au
rayonnement de la culture française au Canada. Il fût aussi propriétaire de l'auberge
le Canard blanc du lac Simon et de l’entreprise Flogamar inc. Il a doté la Fondation
Do-Mi-Sol des aînés de Montréal un montant qui génère annuellement un montant à
gagner de 12 000$ (concours Chante en français)

A-t-on chanté La Bonne Chanson à Boscoville? Fort probablement. Louise Bienvenue


écrit : « Au son de l’accordéon du père Roger, les garçons confiés par la Cour des
jeunes délinquants de Montréal se réunissent le soir autour du feu lors des premières
saisons estivales consacrées à l’œuvre rééducative. La note est ainsi donnée de ce qui
se voudra un air plus vibrant et chaleureux. Le jour, l’atmosphère est bruyante et
joyeusement désordonnée. Les chants en chœur à la levée du drapeau, les cris de
garçons au moment des jeux forains et des baignades réconfortent les visiteurs
philanthropes, émus à la vision d’une jeunesse des ruelles initiée aux plaisirs
simples. »

Qui furent les meilleurs amis de l’abbé Gadbois? Me Gérard Delage (président de
l’Union des artistes de 1941 à 1954), Dr L.-J. Bachand, l'honorable Omer Côté, c.r.,
l'abbé Albert Brodeur, Me Paul-Émile Lafontaine, l’honorable Me Daniel Johnson Sr,
c.r., Dr Aldéo Archambault, Me T.A. Fontaine (juge), Dr Jules Tétreault, Dr Donat
Voghel, Jules Massé (fondateur de la Société du Bon Parler Français), Albert Viau
(chanteur), Arthur Leblanc (violoniste), Arthur Blaquière (chanteur), Mgr Conrad
Chaumont, Yvon Tremblay (curé), Mgr Albert Sanschagrin, cardinal Paul Grégoire

Pourquoi a-t-il vendu Titus, son célèbre violon fabriqué par Paul Kaul? Sur le conseil
de René Guibord de Ed. Archambault, inc., il acheta Titus en 1943 et en profita jusqu’à
ce que Mgr Douville lui demande de se départir de tous ses biens. L'abbé Gadbois fit
la promesse de le vendre dès qu'il trouverait quelqu'un de sérieux et méritoire, ce
qu’il fit en 1960

Était-il amer de devoir se départir ainsi de tous ses biens? Non. Voici un extrait de la
lettre qu’il écrit à ses parents :

Le 25 mai dernier, à l'Évêché de Saint-Hyacinthe, j'ai signé un document par lequel je


donnais l'administration de tous mes biens meubles et immeubles sans exception à Mgr
Leclaire, non seulement pendant le temps nécessaire pour payer mes dettes mais pour
toujours.

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Vous dire combien j'ai lutté avant de me résigner, il n'est pas possible. J'aurais voulu
poser quelques conditions, mais Mgr Leclaire, suivant la volonté de Mgr Douville,
exigeait le don total.

La nuit qui a précédé mon rendez-vous à l'Évêché, je n'ai pas pu dormir, je me disais : «
Faudrait que je signe » et un peu plus tard, en songeant à toutes les exigences de
Monseigneur, je me disais « Je ne signerai pas. »

J'ai lutté ainsi jusque vers cinq heures du matin alors qu'à un moment donné, j'ai
compris clairement que c'était la volonté du bon Dieu que je signe. C'est alors que je
me suis levé, j'ai éclaté en sanglots et j'ai dit au bon Dieu : « Je vous donne tout ce que
j'ai. »

À partir de ce moment-là, j'étais heureux et j'avais hâte de signer, ce qui se fit vers dix
heures de l'avant-midi.

Après avoir signé, j'avais $304.00 dans mon portefeuille, je l'ai vidé complètement sur
le bureau de Mgr Leclaire et j'ai même vidé ma petite poche de soutane qui contenait
$0.51 je crois, Monseigneur ne voulait pas; il prit $10.00 de son argent et me les offris.
Je l'ai remercié et je lui ai dit : « Vous ne pouvez pas me refuser le bonheur que je vais
avoir de m'en retourner au Séminaire, à pied, sans un seul sou dans mes poches. »

En m'en revenant, je me disais : « Si je rencontrais un pauvre sur le chemin ce serait la


première fois de ma vie que j'aurais même pas un sou à lui donner. » Mais comme
j'étais heureux d'avoir tout donné au bon Dieu.

Je comprends maintenant ces desseins de la Providence, c'est pourquoi je dis au bon


Dieu : « J'ai fait La Bonne Chanson pour Vous, elle est maintenant terminée, je Vous la
remets! »

Je me souviens, il y a quelques mois, j'avais dit au bon Dieu : « Si en réunissant le Centre


Musical, La Bonne Chanson et le programme Vive la Canadienne, je m'expose à être
damné, arrangez cela pour que cela ne réussisse pas. » Eh! bien, j'ai été exaucé. Je suis
maintenant certain que le bon Dieu ne voulait pas que je réussisse et que c'était pour
mon plus grand bien.

Jusqu'au mois de mars j'ai eu confiance, avec l'aide du bon Dieu, que je réussirais. Je
suis même convaincu que le bon Dieu m'a aidé et Il a fait pratiquement des miracles
pour m'encourager à continuer la lutte avec espoir de réussir jusqu'au jour où, par
Mgr Douville, Il m'a fait dire : « C'est fini. » Cela a donc pris dix-sept ans au bon Dieu
pour venir à bout de moi. Si j'avais réussi, Il aurait manqué son coup!

Il n'y a donc qu'une seule chose que je désire maintenant : c'est d'être sauvé. C'est
pourquoi j'ai dit au bon Dieu : « Faites- moi souffrir physiquement ou moralement tout
ce que Vous voudrez pourvu que je sois sauvé. »

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C'est ainsi que, mercredi dernier lorsque j'ai signé, j'ai dit au bon Dieu : « Je Vous donne
ma Bonne Chanson et tout ce que j'ai, si ce n'est pas suffisant dans le Ciel, prenez cela
tout de même en acompte, je Vous paierai la balance par versements.

Si vous saviez, mes chers parents, combien je suis heureux depuis ce jour-là. Je vous
écris pour vous faire part de cet immense bonheur et surtout pour vous dire merci,
merci de tout mon coeur, de ce cœur qui vous aime encore plus que jamais.

Mots-clés : Saint-Hyacinthe, Mgr Camille Roy, Séminaire de Saint-Hyacinthe, chanoine Jean-Baptiste-


Olivier Archambault, Théodore Botrel, Pie XI, RCA Victor, Albert Hugh Joseph, Conseil de l’Instruction
publique, Le quart d'heure de la Bonne Chanson, Musique et Musiciens, Conrad Letendre, Raymond
Daveluy, Gilles Lefebvre, CJMS, Paul Leduc, Raymond Robert, Quatuor de La Bonne Chanson, Mgr
Arthur Douville, Mgr Jean-Charles Leclaire, Corporation épiscopale de Saint-Hyacinthe, Frères de
l'Instruction chrétienne de Laprairie, Christian Lefort, Theresa Gold Mines, Centre Musical Canadien,
Dr Aldéo Archambault, Raoul D. Gadbois, Me Gérard Delage, Paul Kaul

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