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FISCALITE

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L’impôt : définition, caractéristiques, rôles, classifications, établissement, et sources.

Introduction

La notion d’impôt est beaucoup plus vieille que celle de droit fiscal. En effet, d’après les
historiens, on trouve des traces de prélèvement qu’on qualifie aujourd’hui d’impôt depuis
l’ancien Empire égyptien, plus de trois millénaires avant notre siècle (Ardant, cité par Martin
Collet, Droit fiscal, 2007, p. 25).

En fait, nous pouvons dire que l’impôt est né dès les moments où les hommes ont commencé à
vivre en communautés. Il y a eu des besoins de sécurité et d’hégémonie qu’il faut couvrir.
Très vite, les conquérants ont aussi compris qu’au lieu de spolier les vaincus de leurs biens, il
valait mieux les soumettre au paiement d’un « tribut » nécessaire pour entretenir les armées en
vue d’autres conquêtes.

Partout, l’impôt a pris diverses formes qui ont évolué dans le temps et l’espace : corvée, nature,
travaux forcés, argent.

Au Mali, l’impôt a connu les mêmes évolutions. Du temps des grands empires aux royaumes,
plusieurs formes de contributions ont été exigées des populations. Les revenus de l’Empire du
Mali consistaient essentiellement en impôts prélevés sur les récoltes et les bestiaux. Il faut ajouter
à cela les tributs, les réquisitions de pépites d’or, les taxes douanières et les dépouilles de guerre.

Le « farba royal», Ministre résident du roi était chargé de ramasser les tributs dus par les roitelets
des royaumes vassaux (Le Mali, Attilio Gaudio, Khartala, p 38). Particulièrement pendant la
période coloniale, les paysans ont payé l’impôt par des récoltes, les travaux forcés ou collectifs,
etc.

De nos jours, les impôts se sont diversifiés et ont pris des formes multiples. Ceci est consécutif à
l’évolution même de la notion d’Etat et de son rôle, aux besoins croissants de celui-ci en
ressources pour faire face à ses nombreuses politiques. Il est apparu nécessaire, voire
indispensable d’organiser et d’encadrer la perception de l’impôt. Des règles sont alors fixées en
ce qui concerne sa création, son assiette, ses taux et toutes les procédures à suivre pour le
percevoir d’où le droit fiscal.

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Définition classique de l’impôt

Gaston JEZE dans son cours de finances publiques (Cours de F.P, LGDJ, 1936) a défini l’impôt
de la manière suivante : « L’impôt est une prestation pécuniaire, requise des particuliers, par
voie d’autorité, à titre définitif, et sans contrepartie, en vue de la couverture des charges
publiques ».

Cette définition demande à être complétée aujourd’hui avec la multiplication des diverses formes
de prélèvement et le développement de l’Etat-providence. En effet, l’impôt, en plus de la
couverture des charges publiques, est utilisé de nos jours pour la réalisation d’objectifs
économiques, sociaux et culturels des gouvernements et présente des caractéristiques proches
avec d’autres prélèvements.

Cependant, la définition classique conserve le mérite de faire ressortir les caractéristiques


essentielles de l’impôt qui permettent de le distinguer des autres prélèvements effectués par la
puissance publique.

Principales caractéristiques de l’impôt

Les caractéristiques suivantes permettent de définir l’impôt et de le distinguer des autres


prélèvements.

L’impôt : un prélèvement pécuniaire

C’est un prélèvement sous forme monétaire. L’impôt ne peut pas être payé en nature ou sous
forme de service national sauf exceptionnellement dans les « dations en paiement » qui consiste,
en matière de succession à autoriser les débiteurs à s’acquitter de leurs dettes par la remise d’une
œuvre d’art.

L’impôt : un prélèvement obligatoire, effectué par voie d’autorité

C’est un prélèvement obligatoire, fondé sur la légitimité de la puissance publique et le


consentement à l’impôt contrairement à une souscription.

Selon l’article 23 de la Constitution du 25 février 1992 « Tout citoyen doit œuvrer pour le bien
commun. Il doit remplir ses obligations civiques et notamment s’acquitter de ses contributions
fiscales. »

De ce fait, le contribuable n’a ni le droit de se soustraire à sa dette d’impôt, ni celui de vouloir


fixer librement ou d’en négocier le montant. Des sanctions sont prévues en cas de manquements
pouvant aller jusqu’à la contrainte par corps.
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L’impôt : un prélèvement effectué à titre définitif

Contrairement à l’emprunt, l’impôt n’est pas à restituer. C’est un prélèvement définitif. Il est
payé une fois pour toute et constitue une ressource définitive pour l’Etat, les collectivités
territoriales et les établissements publics bénéficiaires.

L’impôt : un prélèvement sans contrepartie directe ou immédiate servant à


couvrir les dépenses publiques

L’impôt n’est pas le prix d’un service rendu. Le contribuable ne peut donc pas se prévaloir de la
mauvaise utilisation des deniers publics pour se soustraire au paiement de son impôt. De même, il
ne peut exiger son affectation à tel ou tel service ou invoquer son utilisation contraire à ses
principes.

L’impôt en tant que moyen de couverture des dépenses publiques ne peut plus être retenu de
façon restrictive du fait de l’évolution du rôle des Etats modernes. L’Etat ne se cantonne plus à
ses fonctions régaliennes (défense, justice, monnaie…). Il assume des fonctions économiques,
sociales et culturelles qui l’amènent à modifier ou asseoir des impôts.

C’est pourquoi depuis le début du XXème siècle, les formes de prélèvements se sont multipliées
avec de nouvelles considérations à intégrer dans la notion d’impôt telle que la progressivité, la
capacité contributive du contribuable, la justice, l’équité, l’égalité.

Au regard du droit positif, la nature de l’impôt est énoncée à l’article 70 de notre Constitution
précitée : « La loi fixe les règles concernant :……… le régime d’émission de la monnaie,
l’assiette, le taux et les modalités de recouvrement des impôts ». Elle ne définit pas de façon
exhaustive les prélèvements obligatoires qualifiés de fiscaux ou non. C’est donc de façon
pragmatique que le juge qualifie les prélèvements.

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Les différents rôles de l’impôt

La structure du système fiscal d’un pays est intimement liée à son histoire sociologique,
économique et politique. C’est ainsi que les pays fortement développés ont des systèmes fiscaux
plus complexes que les pays en développement en raison du niveau des dépenses à couvrir et des
diverses orientations politiques.
Nous pouvons ainsi distinguer le rôle classique de l’impôt de ses rôles modernes.

Rôle classique de l’impôt

L’objet traditionnel de l’impôt est d’alimenter les caisses du Trésor Public. C’est une des
caractéristiques mêmes de l’impôt qui permet de le définir et de le distinguer des autres
prélèvements obligatoires. De nos jours, tous les Etats modernes tirent l’essentiel de leurs
ressources de l’impôt. Dans les pays en développement comme le Mali, on parle de « transition
fiscale », c’est-à-dire, le passage de la prédominance des recettes douanières à celle des recettes
fiscales intérieures dans les ressources de l’Etat.

Le Mali est aujourd’hui sur une bonne voie au regard des résultats atteints par la DGI de 2003 à
nos jours. En effet, la DGI qui réalisait à peine 41% des recettes budgétaires en 2003, est à 53%
en 2008, améliorant ainsi fortement les résultats vers l’atteinte de l’objectif de taux de pression
fiscale de 17% fixé par l’UEMOA.

Les Rôles modernes de l’impôt

Le Rôle économique de l’impôt

En plus de la couverture des dépenses publiques, l’impôt est utilisé pour des interventions
publiques. C’est le rôle économique de l’impôt. Elément de politique économique, l’impôt est
utilisé dans le cadre de mesures fiscales structurelles ou conjoncturelles pour orienter l’activité
économique. On peut retenir comme principales actions menées le plus souvent par les Etats :

- Les mesures fiscales incitatives pour aider telle ou telle région défavorisée
- Les mesures fiscales dissuasives pour décourager la consommation de certains biens ou
limiter l’accès à certaines activités ;
- L’incitation à la création ou à la délocalisation d’entreprises ;
- Intervention directe à travers la TVA pour circonscrire la hausse des prix ;
- La prise en compte des politiques d’harmonisation ; etc.

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Le rôle de justice sociale

Afin de réduire les inégalités sociales, l’Etat entreprend des opérations visant à mieux répartir les
charges fiscales, à réduire la fraude fiscale et mieux appréhender les revenus des contribuables.
La recherche de la justice sociale à travers l’impôt passe par certaines opérations, notamment :

- La réduction des exonérations ;


- Le renforcement du contrôle ;
- L’information des contribuables pour une meilleure acceptation de l’impôt ;
- Le respect des procédures garantissant les droits des contribuables ;
- La lutte contre l’évasion fiscale internationale ;
- L’harmonisation des taux d’imposition des revenus ;

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Différentes classifications des impôts

La diversité des impôts et taxes et leurs mécanismes rendent particulièrement difficile une
classification nette et absolument pertinente. Aussi, dans la pratique l’utilisation de l’expression
« taxe » pour des prélèvements qualifiés d’impôts (TVA : Taxe sur la Valeur Ajoutée) ou de
redevances, est source de confusion. Cependant, nous pouvons retenir deux grandes
classifications : la classification administrative et la classification économique.

La classification administrative

Cette classification distingue les impôts directs des impôts indirects.

Les impôts directs

Les impôts directs sont ceux recouvrés par voie de rôles. Le rôle est un document administratif
comportant la liste des contribuables, les éléments d’imposition et le montant des impôts dus. Il
est approuvé et rendu exécutoire par voie règlementaire. Un avis de paiement est adressé au
contribuable après émission et mise en recouvrement du rôle et un délai lui est accordé.
Exemples : l’impôt sur le bénéfice, l’impôt sur le revenu foncier.

Les impôts indirects

Les impôts indirects sont ceux recouvrés sans émission de rôles préalables. Ils sont liquidés par le
contribuable lui-même, déclarés et payés spontanément.

Cette classification a longtemps été à la base de la séparation des services de recouvrement. Les
impôts directs étaient recouvrés par le Trésor et les impôts indirects par le Service des Impôts.

De nos jours, c’est le Service des Impôts qui a en charge le recouvrement de tous les impôts et
taxes émis par la DGI. Aussi, cette classification est mise à mal par le fait que des impôts directs
sont assimilés aux impôts indirects de par leur mode de déclaration et de recouvrement.

La classification économique

Cette classification est fondée sur des aspects économiques à savoir l’origine de la richesse ou
son emploi. Il existe de ce fait :

L’impôt sur le revenu

L’impôt frappe le revenu dès qu’il est acquis quelle que soit son utilisation ultérieure. Ce revenu
peut être un salaire, un loyer, un bénéfice, etc.

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L’impôt sur la dépense

L’impôt frappe le revenu au moment de son utilisation. C’est le bien ou le service qui est en fait
taxé. C’est essentiellement la TVA et les droits d’accises ou ISCP. Ces impôts sont
particulièrement sensibles aux fluctuations économiques et sont d’un bon rendement. On dit
d’ailleurs qu’ils sont indolores.

L’impôt sur le capital

Cette imposition est réalisée principalement à l’occasion de la transmission du capital qui peut
être à titre gratuit (succession ou donation) ou à titre onéreux (vente de biens immobiliers) et
aussi à raison de sa détention même (cas de l’ISF en France : Impôt de Solidarité sur les
Fortunes, ou de la taxe foncière). Cependant, bien que calculé sur le capital, cet impôt est prélevé
sur le revenu.

Autres classifications

Il existe d’autres classifications des impôts et taxes parmi lesquelles nous pouvons retenir celles
qui suivent.

L’impôt réel et l’impôt personnel

L’impôt réel frappe le bien d’une personne sans tenir compte de sa situation personnelle (I/BIC,
IRF) c’est –à- dire à revenu égal, impôt égal tandis que l’impôt personnel prend en compte cette
situation personnelle (ITS, droit de succession) c'est-à-dire à revenu égal, impôt différent si
situation personnelle différente.

La terre étant considérée comme la richesse principale, au temps des physiocrates (F


QUESNAY), le principal impôt était la contribution foncière dont le montant était proportionnel
l’importance des biens possédés (d’où son caractère réel et non personnel). Il est vite apparu
assez injuste de ne pas tenir compte de la situation particulière du contribuable, par exemple ses
charges de famille. C’est précisément ce souci de personnaliser l’impôt qui a présidé à la mise
en place de l’impôt sur le revenu en 1914 : cf Droit fiscal de Martin Collet, PUF P.29

Les arguments qui ont milité en faveur de l’impôt réel ont été « la liberté » en ce sens qu’il
ignore la personne du contribuable

L’impôt proportionnel et l’impôt progressif

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L’impôt proportionnel consiste à appliquer un taux fixe à la base d’imposition quel que soit le
montant de celle-ci (I/BIC, I/RF) et quant à l’impôt progressif, le taux croît en fonction de
l’importance de la base d’imposition (ancien IGR, ITS, droits de succession).

Il a fallu 30 ans de débat entre les parlementaires français (entre 1887 et 1917) pour passer du
principe de l’impôt sur le revenu à son application en France. Les arguments développaient
contre cet impôt étaient son atteinte à la liberté et son caractère inquisitoire. Mais les arguments
en sa faveur, justice et rendement, redistribution des richesses on fini par l’emporter avec les
socialistes.

L’impôt spécifique et l’impôt ad valorem

Les impôts spécifiques sont calculés en appliquant un taux à une surface, un poids, une quantité
(100F/litres) et les impôts ad valorem sont déterminés par application d’un tarif à une base
(baseX10%), plus fréquent.

L’impôt analytique et l’impôt synthétique

L’impôt analytique frappe isolement les éléments imposables et aboutit à plusieurs impôts pour
une même personne tandis que l’impôt synthétique regroupe l’ensemble des impôts dus par une
personne en un seul impôt dû une seule fois (patente vignette, impôt synthétique).

Il faut souligner que dans la fiscalité « moderne », la notion d’impôt synthétique vise plutôt une
taxation globale de l’ensemble des revenus du contribuable (ancien IGR) au lieu de taxer
séparément chaque type de revenu selon ses propres modalités. C’est ce souci de synthétisation
qui est à la base de l’impôt sur revenu en 1914 et de l’impôt sur les sociétés et même de la TVA
instaurée en 1954. Mais pour des raisons de simplification, le Mali a opté pour la taxation
analytique des revenus pour les contribuables réalisant plus de 30 millions de chiffre d’affaires
et réserver l’impôt synthétique aux petits exploitants individuels. Il faut reconnaître que cette
évolution de la fiscalité malienne va à l’encontre des principes de rendement de l’impôt et de
justice fiscale à travers l’abandon de la prise en compte des capacités contributives réelles des
contribuables (situation de famille et progressivité.

L’impôt indiciaire et l’impôt déclaratif

L’impôt indiciaire frappe le contribuable au regard d’indices extérieurs censés refléter


l’importance de ses capacités contributives (nombre de machines, valeur locative, nombre
d’ouvriers ou d’apprentis, etc.) C’est le cas de la vieille contribution des portes et fenêtres où le
contribuable était taxé en fonction du nombre de portes et fenêtres de son immeuble. Ces
techniques indiciaires ont le mérite de la simplicité, mais sont considérées comme injuste au
regard de leur incapacité à prendre en compte la valeur économique réelle des biens évalués ou
la capacité contributive des personnes et des entreprises. C’est pourquoi, le système déclaratif
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s’est généralisé et même pour les petits exploitants individuels, il est exigé un minimum de
déclaration (Système minimal de trésorerie). A côté, le contrôle fiscal qui est le corollaire du
système déclaratif s’est fortement développé.
L’impôt de répartition et l‘impôt de quotité

L’impôt de répartition est celui dont le produit est connu à l’avance et réparti entre les
contribuables (impôts locaux) et l’impôt de quotité est l’inverse c'est-à-dire le produit dépend du
taux et de la base d’imposition.

A titre d’exemple, la contribution des portes et fenêtres (une des quatre vieilles, impôts directs en
vigueur avant 1914 : la contribution foncière, la contribution personnelle mobilière, la patente, la
contribution des portes et fenêtres) fut d’abord un impôt de quotité puis de répartition en 1832.

Elle était payée selon le nombre d’ouvertures de la maison et le nombre d’habitants de la


commune.

Il est à noter que chacune de ces classifications est à la base d’une polémique et parfois les
limites ne sont pas toujours évidentes et pertinentes.

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Etablissement de l’impôt

L’établissement de l’impôt consiste à déterminer la base d’imposition (assiette), calculer son


montant (liquidation) et procéder à son recouvrement.

Détermination de l’assiette :

La détermination de l’assiette de l’impôt consiste à cerner la matière imposable et à fixer ses


règles d’évaluation. L’évaluation vise à déterminer la base d’imposition. Il existe trois types
d’évaluation :

1. L’évaluation réelle

Elle vise à connaître le montant réel de la base imposable, ce qui suppose dans la plupart des cas,
la tenue d’une comptabilité précise et détaillée suivant les normes exigées. Le plus souvent,
l’administration fiscale se réfère à la déclaration du contribuable. C’est le système déclaratif. La
déclaration peut être faite par le contribuable lui-même (confession fiscale) ou par un tiers
(délation fiscale).

2. L’évaluation forfaitaire ou approchée

Elle permet de contourner les contraintes de l’évaluation réelle parfois trop coûteuse et difficile à
observer par les petits contribuables. La base imposable est déterminée de façon approximative
par l’administration fiscale en se basant sur des éléments connus et jugés suffisamment
révélateurs de la capacité contributive (par exemple CA pour un commerçant au synthétique,
nombre de machines à coudre pour un tailleur). L’avantage de ce procédé est sa simplicité, mais
aboutit toujours à une sous évaluation de la base imposable.

3. L’évaluation indiciaire ou par comparaison

Elle est basée sur des éléments extérieurs à la matière imposable et de ce fait encore plus
approximative que la méthode forfaitaire. Il s’agit par exemple, de l’évaluation de la valeur
locative des immeubles loués en matière d’impôt sur les revenus fonciers en l’absence de
déclaration réelle ou de minoration flagrante ou de la taxation à l’impôt sur le bénéfice au regard
du train de vie.

La liquidation de l’impôt

La liquidation de l’impôt consiste à calculer le montant de l’impôt une fois la base déterminée. Il
s’agit en fait d’appliquer un taux (30% I/BIC), un barème (barème progressif d’ITS) ou un tarif
(impôt synthétique). Cette liquidation peut être effectuée par le contribuable lui-même (cas des

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impôts spontanés : TVA, ITS) ou par l’administration fiscale à partir des informations dont elle
dispose soit du contribuable (déclaration) soit d’elle-même (cas des impôts directs). La
liquidation aboutit à la confection de rôles ou états de liquidation dont l’approbation confère à
l’administration fiscale ses pouvoirs et devoirs d’action.

Le recouvrement de l’impôt

C’est la dernière phase qui consiste à procéder à l’encaissement réel de l’impôt. Ce recouvrement
peut avoir :

- Suite à un avis de paiement adressé au contribuable après liquidation et émission du rôle


(cas des impôts directs)
- De façon spontanée quand le contribuable déclare et paye simultanément (cas des impôts
indirects)
- Suite à une retenue à la source effectuée par un tiers qui devient de ce fait le redevable
légal.

On parle souvent de droits au comptant lorsque la détermination de la base imposable et le


paiement sont simultanés et de droits constatés lorsque le paiement est différé. Le recouvrement
est effectué à l’amiable, mais en cas de dépassement du délai de paiement, l’administration à un
recouvrement forcé pouvant aller jusqu’à la contrainte par corps.

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Les sources de l’impôt et du droit fiscal

Comme toutes les branches du droit, le droit fiscal tire sa source des différents textes législatifs et
règlementaires que sont : la loi, les règlements, la doctrine administrative et la jurisprudence.

La loi

L’article 70 de la constitution du 25 février 1992 du Mali stipule que : « La loi fixe les règles
concernant :…… l’assiette, le taux et les modalités de recouvrement des impôts ».

Ainsi, la première source du droit fiscal reste la loi. Aucun impôt ne peut être prélevé sans une
autorisation préalable par la loi. L’ensemble des lois relatives à l’impôt est regroupé dans le Code
Général des Impôts (CGI) et le Livre de Procédures Fiscales (LPF).

Il faut noter que les lois fiscales sont des lois impératives d’ordre public et doivent être
interprétées de façon restrictive et non supplétive. Chaque cas est un cas et doit être analysé sans
analogie.

Les règlements

Si la loi est la première source du droit fiscal, elle n’en constitue pas moins la source exclusive.
En effet, le législateur ne rentre pas généralement dans tous les détails et les modalités
d’application des dispositions qu’il fixe par la loi. Ces tâches reviennent aux Décrets et aux
Arrêtés ministériels qui doivent être strictement conformes aux lois sous peine d’être annulés
pour non-conformité.

La doctrine administrative : instructions, circulaires, réponses aux


consultations fiscales

Par ailleurs, l’Administration fiscale est amenée très souvent à préciser ou à développer certaines
dispositions fiscales à l’intention de ses agents pour une meilleure application. Elle procède de
ce fait par des instructions ou des lettres circulaires.

Aussi, l’Administration fiscale peut être saisie par les contribuables ou les conseils fiscaux à
travers des questions écrites pour préciser des divergences d’interprétation qu’ils peuvent avoir
avec des tiers.

Ainsi, les instructions, les lettres circulaires ou les réponses aux contribuables s’imposent aux
agents de l’Administration fiscale. Elles lui sont opposables. Cependant, ces documents ne sont
pas opposables aux contribuables et surtout si les dispositions qu’ils apportent sont mieux
avantageuses.
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La jurisprudence

Il s’agit de l’ensemble des jugements rendus en matière fiscale. Dans ces jugements, le juge
interprète la loi et tranche le litige. La solution adoptée s’impose dorénavant à tous. La
jurisprudence n’est pas encore une source de droit au Mali car les litiges apportés devant le juge
fiscal sont peu nombreux.

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Les grands principes du droit fiscal malien
L’objet essentiel du droit fiscal est l’impôt. Le droit fiscal en tant que branche du droit public
peut se définir alors comme « l’ensemble des règles et des principes relatifs au droit de lever
l’impôt ». Plusieurs principes gouvernent effectivement la levée de l’impôt dont certains
découlent même des dispositions constitutionnelles et de ses implications et d’autres des
principes généraux du droit fiscal. Ainsi, à la suite Michel BOUVIER, nous pouvons retenir les
grands principes suivants :

Les principes fondés sur les dispositions constitutionnelles

Il s’agit des principes qui tirent leur source de la loi fondamentale, à savoir la constitution. Au
Mali, ce sont les articles 23 et 70 de la Constitution du 25 février 1992 qui posent ces grands
principes. Il est loisible de constater que chacun de ces principes ci-après a des limites et parfois
ils découlent l’un de l’autre.

Le principe de légalité de l’impôt

La source principale de l’impôt est la loi. C’est elle qui fixe l’assiette, le taux et les modalités de
recouvrement de tout impôt comme le stipule l’article 70 de la Constitution citée plus haut. A
l’origine se trouve le consentement du peuple à travers ses représentants. En principe, il n’y a pas
d’impôt sans loi sauf l’autorisation faite aux autorités décentralisées pour certaines taxes locales.

Le principe d’égalité devant l’impôt

Selon l’article 2 la Constitution du Mali, « tous les maliens naissent et demeurent libres et égaux
en droits et en devoirs… ». Le droit fiscal ne fait pas exception à cette règle de portée universelle.

Cependant, le droit fiscal admet des traitements différents compte tenu des particularités de
l’activité ou du contribuable (capacités contributives, situations de famille, profession…). Il ne
s’agit donc pas d’une uniformité de traitement, mais toute discrimination doit être justifiée et
fondée sur des aspects autres que la race, la religion, l’opinion, etc. C’est cela un peu de
particularisme du droit fiscal.

Le principe de liberté

L’impôt n’est pas un frein à la liberté individuelle ou d’exercice comme cela peut apparaître de
prime à bord. C’est une forme de prélèvement qui laisse libre les individus à choisir leur activité
en toute connaissance de cause. Aussi, il est le mode de prélèvement obligatoire préservant le
mieux la liberté individuelle.

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Le principe de nécessité de l’impôt

Ce principe découle du fait qu’il y a des dépenses publiques et qu’il faut couvrir avec la
participation de tous. Chacun doit participer à la prise en charge des dépenses publiques selon ses
capacités.

L’article 23 de la Constitution du Mali annonce que « tout citoyen doit œuvrer pour le bien
commun ». L’impôt est nécessaire pour assurer une vie collective. Ce principe permet de
légitimer la levée de l’impôt et de justifier les droits exceptionnels permettant au fisc de lutter
contre la fraude fiscale.

Le principe de l’annualité de l’impôt

Le budget étant annuel, il faut des ressources annuelles. C’est à cet effet que la perception des
impôts est autorisée pour une année, l’année civile. A l’origine de ce principe, se trouve la loi de
finances qui détermine les ressources et les charges de l’Etat est adoptée annuellement.

Le principe d’imposition en raison des facultés contributives du contribuable

Ce principe découle du fait que l’impôt vise la justice sociale fondée sur l’équité et une
contribution aux charges publiques en fonction des facultés contributives. « De chacun selon ses
capacités, dit-on ».

Le principe de progressivité de l’impôt

C’est pour un meilleur respect du principe d’imposition en raison des facultés contributives et de
celui de l’égalité devant l’impôt que la progressivité de l’impôt a été adoptée comme un principe
majeur grâce à sa capacité de personnalisation : « Plus on est riche, plus on paye ».

Il y a lieu de signaler qu’en abandonnant l’IGR (Impôt Général sur le Revenu) qui frappait
globalement l’ensemble des revenus du contribuable à des taux progressifs, le Mali s’est éloigné
de ce principe. Seuls les salariés restent soumis au principe avec l’ITS (Impôt sur les Traitements
et Salaires).

Le principe du respect des droits de la défense

Le contribuable doit être informé de toutes les sanctions envisagées à son encontre avant de les
arrêter afin qu’il puisse préparer sa défense en toute connaissance de cause. Ce principe set
consacré dans les procédures de rectification. Toute rectification doit être précédée d’une
notification préalable. Le contribuable dispose de voies de recours bien indiquées pour toutes ses
réclamations.

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Les principes sans portée constitutionnelle

Ce sont les principes d’ordres généraux relatifs à l’application de la législation fiscale. Nous
pouvons retenir essentiellement :

Le Principe de territorialité

La loi fiscale n’est applicable en principe qu’à l’intérieur du territoire national. C’est ainsi que
toutes les lois relatives à un impôt définissent sa territorialité sauf disposition expresse de
limitation ou d’extension en vertu de conventions fiscales internationales.

Le principe de non-rétroactivité de la loi fiscale

Une loi n’est valable que pour le futur ; la loi fiscale ne déroge pas à cette règle de base sauf en
cas de dispositions expresses prévoyant la rétroactivité.

Le principe du contradictoire

Tout redressement fiscal basé sur des déclarations préalablement faites par le contribuable doit
donner lieu à une procédure contradictoire. Les reproches faits au contribuable doivent être
suffisamment détaillés et précis avec le temps de réponse nécessaire pour lui permettre de jouir
de ses droits de contradiction et de défense.

Le principe de la compétence liée de l’administration.

L’administration ne peut agir que dans le respect des dispositions contenues dans les lois et
règlement régissant le droit fiscal, notamment, le Code Général des Impôts, le Livre des
procédures fiscales et leurs textes d’application.

Comme signaler plus haut, tous ces principes souffrent de certaines limites et peuvent susciter
des discussions. Ces limites n’en font pas moins les principaux principes qui sous-tendent le droit
fiscal ailleurs et au Mali.

En fait, tous ces principes visent à conférer à la fiscalité des valeurs cardinales à savoir, la
justice, la neutralité et le consentement à l’impôt qui guident les politiques fiscales des pays.

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La structure du système fiscal malien
Le système fiscal malien est constitué de trois grands groupes d’impôts :

1) Les impôts directs


2) Les impôts indirects
3) Les droits d’enregistrement et de timbre

Certains impôts ou taxes sont assimilés ou aux impôts directs, ou aux impôts indirects à travers le
mode d’émission ou de perception. Les différents impôts et taxes actuellement en vigueur au
Mali se répartissent entre les trois groupes comme suit :

Les impôts directs et taxes assimilées

Les impôts sur le revenu

Depuis la reforme de 1999, le Mali a abandonné l’imposition globale des revenus pour adopter le
système cédulaire. Chaque catégorie de revenu est imposée suivant ses propres modalités à des
taux proportionnels sauf pour l’ITS où un barème progressif est appliqué avec la prise en compte
de la situation familiale. C’est ainsi que nous retrouvons :

- L’impôt sur les bénéfices industriels et commerciaux (I/BIC- IS)


- L’impôt sur les traitements et salaires (ITS)
- L’impôt sur les revenus de valeurs mobilières (IRVM)
- L’impôt sur les revenus fonciers (IRF)
- Les bénéfices agricoles (non encore appliqué)
- La taxe sur les plus-values de cession réalisées par les particuliers

La contribution des patentes et licences


Les impôts forfaitaires sur le revenu

- La taxe de voirie (TV)


- La taxe de développement régional et local (TDRL)
- La taxe sur le bétail

Les impôts assimilés aux impôts directs

- La contribution forfaitaire à la charge des employeurs (CFE)


- La taxe sur les armes à feu
- La taxe sur les véhicules automobiles (vignettes)
- La taxe sur les bicyclettes
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- La taxe sur les transports routiers (TTR)
- La taxe de formation professionnelle (TFP)
- La taxe emploi-jeunes (TEJ)

Les impôts indirects

- La taxe sur la valeur ajoutée (TVA)


- L’impôt spécial sur certains produits (ISCP)
- La taxe sur les activités financières (TAF)
- La taxe intérieure sur les produits pétroliers (TIPP)
- La contribution de solidarité sur les billets d’avion (CS)

Les droits d’enregistrement et de Timbre

- Les droits d’enregistrement


- Les droits de timbre

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L’organisation de l’administration fiscale au Mali
Les principales Directions en charge la gestion de la fiscalité au Mali sont :

- La Direction Générale des Impôts (DGI) : fiscalité intérieure


- La Direction Générale des Douanes (DGD) : fiscalité de porte
- La Direction Nationale du Trésor et de la Comptabilité Publique (DNTCP) : recouvrement
de certains impôts directs ;
- La Direction Nationale des Domaines et du Cadastre (DNDC) ; fiscalité immobilière

Nous n’examinerons ici que Direction Générale des Impôts.

C’est en 2002 qu’il a été créé la Direction Générale des Impôts en lieu et place de la Direction
Nationale des Impôts avec toutes les conséquences sur le plan fonctionnel et organisationnel à la
base. Ce changement est devenu nécessaire au regard des objectifs de modernisation, d’efficacité
et d’efficience de l’administration fiscale pour accompagner les reformes fiscales en vue d’une
meilleure mobilisation des recettes fiscales.

La DGI a comme missions principales :

L’administration fiscale est ainsi organisée et déconcentrée selon trois niveaux :

- Au niveau central ou national : Une Direction Générale dépendant directement du


Ministère chargé des Finances ;
- Au niveau régional : Des Directions Régionales et du District dépendant techniquement
de la Direction Générale et administrativement des Gouvernorats de Région ou du
District ;
- Au niveau local (Cercle) : Des Centres des Impôts relevant techniquement des Directions
Régionales ou du District et administrativement des Circonscriptions locales.

C’est donc une organisation à la fois géographique et hiérarchique avec comme exception la Sous
Direction des Grandes Entreprises ayant une compétence nationale.
La Direction Générale des Impôts est organisée comme suit :

Au niveau central : Cinq (5) Sous Directions

- La sous Direction Législation fiscale et contentieux ;


- La sous Direction Organisation et Contrôle des Services ;
- La Sous Direction Recherches et Appui à la Vérification ;
- La Sous Direction Informatique ;
- La Sous Direction des Grandes Entreprises.

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Trois Cellules

- La Cellule Affaires Générales et Communication ;


- La Cellule Planification et Suivi ;
- La Cellule Communication.

Au niveau Régional

- Huit Directions Régionales : Kayes, Koulikoro, Sikasso, Ségou, Mopti, Tombouctou, Gao
et Kidal ;
- Une Direction des Impôts du District.

Chaque Direction Régionale ou du District comprend :

Trois Divisions

- Division Affaire Générale et Communication ;


- Division Planification Comptabilité ;
- Division Contentieux.

Et des Centres par Cercle ou Commune


 Centres.

Au niveau local

- Six Centres des Impôts à Bamako (1 Centre par commune) : Centre I, Centre II, Centre
III, Centre IV, Centre V et Centre VI ;

Un Centre des Impôts dans chacun des 49 Cercles du Mali :

- Région de Kayes : 7 Centres (Kayes, Bafoulabé, Diéma, Kéniéba, Kita, Nioro,


Yélimané) ;
- Région de Koulikoro : 7 Centres (Koulikoro, Banamba, Dioila, Kangaba, Kati, Kolokani,
Nara) ;
- Région de Sikasso : 7 Centres (Sikasso, Kadiolo, Yorosso, Kolondiéba, Yanfolila,
Koutiala, Bougouni) ;
- Région de Ségou : 7 Centres (Ségou, San, Niono, Barouéli, Tominian, Bla, Macina) ;
- Région de Mopti : 8 Centres (Mopti, Bankass, Koro, Bandiangara, Youwrou, Djenné,
Douentza, Tènenkou) ;
- Région de Tombouctou : 5 Centres (Tombouctou, Diré, Goundam, Niafunké, Gourma-
Rharous) ;
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- Région de Gao : 4 Centres (Gao, Bourem, Ansongo, Ménaka) ;
- Région de Kidal : 4 Centres (Kidal, Abéibara, Tin Essako, Tessalit).

Le Centre des Impôts comprend trois Sections :

- Section Gestion et Documentation ;


- Section Recensement et Service à la Clientèle ;
- Section Recouvrement.

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Bibliographie

1) Code Général des Impôts - Livre des procédures fiscales du Mali, 4ème édition – 2008 ;
2) Michel BOUVIER ; Introduction au droit fiscal général et à la théorie de l’impôt – 4ème
édition L.G.D.J ;
3) Gervais MOREL ; La fiscalité des entreprises – 9ème édition – BANQUE éditeur – CFPB ;
4) Pierre P TREMBLAY – La politique fiscale à la recherche du compromis – 2ème édition-
Presses de l’Université du QUEBEC ;
5) Emmanuel DISLEY – Jacques SARAF : DECF 1 ; Droit fiscal – Manuel & Applications-
Cours complet & corrigés ;
6) Maurice COZIAN : Les grands principes de la fiscalité des entreprises – LITEC ;
7) Maurice COZIAN : Précis de fiscalité des entreprises et exercices de fiscalité des
entreprises ;
8) Jacques GROSCLAUDE – Philippe MARCHESSOU ; Cours – Procédures fiscales –
DALLOZ
9) Martin COLLET : Droit fiscal – PUF.

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