Vous êtes sur la page 1sur 15

Doc 11 : Extraits du manuel de J. LASSERRE CAPDEVILLE, M. STORCK, R.

ROUTIER,
M. MIGNOT, J-PHILIPPE KOVAR, N. ERESEO, Droit Bancaire, 1ère éd., 2017

Histoire de la banque et du droit bancaire

« Antiquité : le droit bancaire est une branche du droit ancienne. En effet, les opérations de
paiement et de crédit qui vont de pair avec l'activité bancaire sont ancestrales..On en trouve ainsi
des traces dans l’Antiquité. On peut citer les babyloniens (avec le code d'Hammourabi vers 1700 av.
J.-C). les égyptiens ou encore les Phéniciens qui connaissaient ces opérations et cherchaient à les
entencadrer.
Il en a été de même à Rome lorsque le commerce s’y est développé. Les financiers de l'époque les
Argentarii, pouvaient réaliser toute une série d'opérations à connotation bancaire : dépôts, crédits,
tenue des comptes etc. Le droit romain reconnaissait ainsi la validité du contrat de prêt sous la forme
d'une nexum ou et de la stipulatio tout en limitant le taux par crainte de pratiques usuraires. »
« Moyen Âge : Si les invasions barbares ont réduit la vie économique et donc l'importance de
l'activité bancaire, cette même économie a repris de l'importance au XIe siècle notamment dans
certaines villes de l'Italie du Nord. A cette époque, les banques jouent un rôle essentiel
d'intermédiaire pour permettre le règlement des échanges internationaux. Grâce à elle et aux outils
qu'elles créent progressivement, notamment la lettre de change, le commerce peut se développer avec
une sécurité plus grande le transport d'argent pour procéder au règlement des marchandises
devenant inutile.
Toutefois, force est de constater que les religions ont joué à cette époque un rôle essentiel sur la
pratique bancaire et les règles en résultant. C'est ainsi que le droit canonique s’est plutôt montré
hostile à l'activité bancaire et notamment en interdisant le prêt à intérêt. L'ancien trois n'a alors eu
de cesse de faire respecter ce principe (Ordonnance de Saint-Louis en 1254, de Charles IX en 1560
ou encore d'Henri III en 1579) avant que certains actes royaux ne permettent d'en contourner
l'interdiction à fin de pouvoir fixer des « placements à rente » ( Édit de Charles IX de 1572 ou
déclaration du roi Henri IVde 1609).Il faudra attendre toutefois la révolution pour qu'il soit mis fin à
cette prohibition du prêt à intérêt.
En revanche le judaïsme comme le protestantisme ne sont pas opposés à ce prêt ce qui leur aura
permis de développer leur activité bancaire à la même époque.
Enfin, et malgré ces différences d'approches, le rôle du banquier se diversifie progressivement :
d'intermédiaire dans les opérations de change de monnaie dans les foires, les banques deviennent
dépositaires des fonds qu’on leur confie puis dispensateur de crédit. »
« Renaissance : c'est néanmoins surtout à partir de la renaissance que les banques ont connu un
véritable essor. Les grandes découvertes ont ainsi permis un afflux des métaux précieux et la
prohibition du prêt à intérêt a connu des assouplissements. De grands banquiers privés ont alors fait
leur apparition à cette époque, tels Jacques Cœur en France ou les Médicis à Florence.
Au XVIIe siècle des établissements se créent sous forme de sociétés. Les billets de banque font leur
apparition en Angleterre vers 1640. »
« XIXe siècle : C'est au XIXe siècle, grâce a l'avènement du capitalisme et du libéralisme que le
système bancaire se développe réellement en France, sans qu'une réglementation soit adoptée
pour autant. Ainsi, en 1807, le code de commerce ne prévoit aucune disposition spécifique à la
matière bancaire. […] Avec le second Empire, sont créées des grandes banques privées de
dépôts, comme par exemple le Comptoir national d'Escompte de Paris (1860) le Crédit Lyonnais
(1863) ou la Société générale (1864) […] avec la IIIe République, ce sont les banques d'affaires
qui font leur apparition. On peut citer la Banque de Paris et des Pays-Bas (1872) […]Jusqu’à la
crise économique de 1929 qui va entraîner la faillite de milliers d’entreprises, le secteur
bancaire n'est soumis à aucune législation particulière. L’activité de la banque parvient à se
développer librement. Cependant suite à cette crise aux conséquences internationales s'ouvre
une période de dirigisme économique se traduisant par un interventionnisme étatique de plus en
plus marqué. La loi du 19 juin 1930 sur la profession bancaire fut ainsi l'un des premiers textes
cherchant à moraliser la profession de banquier notamment par le biais d’interdictions. Mais
ces mesures, d’ordre négatif ne constituent pas un contrôle de la profession.
Celui-ci n'existe qu'à partir du moment où l'activité de diverses banques se trouve orientée par
d'autres que la propriétaire ou encore lorsque les opérations qu’elles concluent avec leur
clientèle doivent respecter des règles de fond qui ne sont pas éditées par leurs propriétaires.
Telles sont les deux voies dans lesquelles notre droit s'est orienté avec les lois des 13 et 14 juin
1941.
Ces textes ont permis le contrôle des banques par des organismes professionnels qui édictent une
réglementation assortie de peines disciplinaires. Les organismes professionnels sont alors
composés d'un Comité permanent d'orientation professionnelle des banques, d'une Commission
de contrôle et d'une Association professionnelle des banques.
Cet encadrement juridique est important et va au-delà du simple contrôle des établissements de
crédit. Le Conseil national du crédit peut, par exemple, ordonner à une banque de fermer telle
ou telle succursale si les circonstances le justifient.
A la fin du second conflit mondial, .l'État continue à assurer la direction du crédit pour orienter
l'économie dans les activités jugés essentielles. Dans ce but est promulguée la loi du 2 décembre
1945 relative à la nationalisation et à l’organisation du crédit qui va modifier sans pour autant
les abroger ; les lois des 13 et 14 juin 1941 Ces textes seront complétés par la suite à plusieurs
reprises. […] »
« Loi bancaire de 1984 :le système ainsi mis en place par les lois de juin 1941 et de décembre
1945 a cependant fini par se révéler de moins en moins adapté à l'évolution de la profession
bancaire. La loi n°1984-46 du 24 janvier 984 relative à l'activité et au contrôle des
établissements de crédit dite « loi bancaire » a alors été adoptée.
Celle-ci vient définir un statut de base aux établissements de crédit tout en rénovant le dispositif
institutionnel de l'organisation bancaire. Ce texte est notamment à l'origine d'un concept
générique d'établissement de crédit couvrant différents types d’organisations.
Plus concrètement, cette évolution s'est traduit par la fusion des banques de dépôts et des
banques d'affaires et la banalisation des banques mutualistes et coopératives.
Beaucoup de ces établissements de crédit se sont alors retrouvés dans la possibilité d'exercer, en
plus des opérations de banque, des activités financières, d'abord à titre d'opérations connexes,
puis, par la suite, comme prestataires de services d'investissement agréés. La constitution de
«banques universelles » a donc été facilitée par la loi du 24 janvier 1984. Le contenu de ce texte,
finalement codifié dans le Code monétaire et financier, a fait l'objet depuis lors de nombreuses
évolutions. »

ACTUALITE DE DROIT BANCAIRE

V. de FILLIPIS, Shadow Banking, marchés à l’ombre, Libération, 3 août 2017.

Dix ans après la crise des subprimes, la finance parallèle a résisté aux tentatives de
régulation des Etats et banques centrales : les opérations et prêts hors des radars n’ont
cessé de croître, pour atteindre près de 100 000 milliards de dollars, menaçant de nouveau
la stabilité financière mondiale.

«Shadow banking», marchés à l’ombre


Elle est à l’origine de la déflagration financière de 2007 dont les effets se font encore ressentir
aujourd’hui. Pourtant, dix ans plus tard elle se porte à merveille. Elle, c’est la finance de l’ombre,
la finance parallèle, aussi connue sous le nom de shadow banking. La dernière étude du Conseil
de stabilité financière (CFS), parue mi-mai, dresse un tableau effrayant de cet univers financier
qui prospère à l’abri des réglementations bancaires. En 2015, la finance de l’ombre pesait 92 000
milliards de dollars selon le CFS (150 % du PIB mondial). Du jamais vu. «Elle continue sa
tendance à la hausse pour la septième année consécutive avec 3 800 milliards supplémentaires
en 2015», estiment les experts de l’organisme mandaté par le G20 depuis 2009 pour surveiller la
planète finance.

En 2002, le volume de cette véritable bombe à retardement hors de toute régulation ne dépassait
pas les 26 000 milliards de dollars. Mais cinq ans plus tard, en 2007, à la veille de la débâcle des
crédits subprimes aux Etats-Unis, le shadow banking s’est littéralement hypertrophié, approchant
les 63 000 milliards de dollars. La même année, les premières convulsions financières riment
déjà avec subprimes, titrisation, produits dérivés et surtout finance de l’ombre. Des secousses qui
annoncent une déconfiture, celle de Lehman Brothers, champion du monde de la spéculation de
haute voltige, mais qui s’écrase le 15 septembre 2008 contre le mur de la faillite. La hantise du
grand krach des années 30 est alors dans tous les esprits. Dix jours plus tard en France, à Toulon,
le président Nicolas Sarkozy promet de mettre la finance au
pas. «L’autorégulation pour régler tous les problèmes, c’est fini. Le laisser-faire, c’est fini. Le
marché toutpuissant qui a toujours raison, c’est fini», jure-t-il.
Mi-novembre 2008, les plus grands dirigeants politiques du monde se sont donné rendez-vous à
Washington le temps d’un G20. Jamais avares en déclarations, ils s’engagent dans un «plus
jamais ça». Le mythe d’une finance bienfaisante capable de s’autoréguler semble compter ses
jours. Car cette croyance s’est brisée sur les milliers de milliards engloutis par les Etats pour
sauver les banques, combattre la récession, au risque de voir s’envoler (comme ce fut le cas), le
niveau des dettes publiques et son corollaire : des politiques d’austérités pour redresser la barre
des comptes publics. Jamais la socialisation des pertes n’aura autant été le parfait reflet de la
privatisation des profits.

Boîte noire
Certes, depuis, le système bancaire est soumis à des règles, dites prudentielles, plus
contraignantes. Des prescriptions issues de «Bâle III», un ensemble de normes internationales
édictées après la crise par le comité de Bâle, ce forum qui rassemble les principales banques
centrales du monde. Des règles qui visent en particulier à obliger les banques à disposer de plus
de capitaux propres lorsqu’elles prêtent de l’argent à des particuliers ou des entreprises. Histoire
de mieux pouvoir faire face aux éventuelles pertes provoquées par le non-recouvrement de ces
prêts, sans avoir à faire appel au contribuable en cas d’insolvabilité des prêteurs.
Mais dix ans plus tard, la finance de l’ombre continue de menacer la stabilité financière
mondiale. Avec 30 000 milliards d’euros échangés en 2015, les virtuoses du shadow banking
sont européens. Les Etats-Unis (26 000 milliards de dollars) leur emboîtent le pas, suivis du
Royaume-Uni. Quant à la Chine toute puissante, boîte noire de la finance, le montant des prêts et
autres opérations financières hors des radars y atteindrait les 8 000 milliards de dollars.

La cartographie de la finance de l’ombre ne recense que 28 pays, qui représentent 80 % du PIB


mondial. Petite nouveauté : la juridiction des îles Caïmans a pour la première fois communiqué
ses chiffres. Son shadow banking (6 000 milliards de dollars) s’y révèle plus important qu’au
Canada et au Japon (4 000 milliards). Les actifs de cette planque fiscale représentent 170 000 %
de son PIB ! Qui dit mieux ? Personne, même s’il est difficile pour autant de parler de record
mondial. Par nature opaque, cette finance n’est en effet qu’imparfaitement sondée. Le
Luxembourg, patrie du président de la commission européenne, Jean-Claude Juncker, a ainsi
refusé de participer aux travaux du CSF. En toute impunité, puisque rien n’oblige un Etat à
montrer patte blanche. En attendant, les sommes brassées dans ce système financier «parallèle»,
qui fait peser des risques de stabilité du fait de son intrication avec le système bancaire
traditionnel, atteignent 34 000 milliards de dollars.

Vulnérabilité
Pour mieux saisir cet ensemble d’acteurs de la finance de l’ombre, situé aux frontières des
banques et des marchés financiers, un petit rappel s’impose. D’ordinaire, les banques
«traditionnelles» financent des prêts avec les ressources qu’elles collectent auprès de leurs
déposants et avec leurs fonds propres. Les banques font donc ce que les spécialistes appellent
«une transformation d’échéance». Les crédits qu’elles consentent sont effectués à des échéances
plus longues que leurs ressources. Le système bancaire ne tient donc qu’à la stabilité de la
confiance des déposants. Si ces derniers, pris soudainement de panique, décident en grand
nombre de retirer leur épargne, tout le système bancaire s’effondre. C’est justement pour assurer
la confiance des déposants et la stabilité du système bancaire que des règles et des institutions ont
été créées dans la plupart des pays (garantie des dépôts, banque centrale comme prêteurs en
dernier ressort ou encore supervision prudentielle).
A l’inverse, le shadow banking regroupe un ensemble hétéroclite d’institutions non-bancaires qui
échappe donc aux règles du secteur. Et ce, alors qu’elles réalisent des activités de crédit et de
transformation comparables à celles des banques. «Les acteurs du shadow banking n’ont donc
pas directement accès à une assurance de dépôts ni au refinancement des banques centrales»,
explique Laurence Scialom, professeure d’économie à l’université Paris-X. Et sont donc
potentiellement beaucoup plus vulnérables au moindre choc.
Pourtant, nombreux sont ceux qui participent à cette finance parallèle : banques d’investissement,
fonds spéculatifs (hedge funds), ou fonds d’investissement (fonds mutuels, fonds de pension,
sociétés d’assurance).
«Certes, il est indéniable qu’il existe désormais une régulation à l’échelle des banques plus
contraignante qu’elle ne l’était avant la crise. L’ennui, c’est que cette régulation est encore trop
compartimentée. Et elle n’a pas totalement coupé le lien entre les banques et l’univers des
"shadow bankers"», analyse JeanMichel Naulot, ex-banquier et ancien régulateur à l’Autorité des
marchés financiers (AMF). Soumises à la double pression des exigences toujours plus fortes de
rendement des actionnaires et des normes de supervision bancaires, les banques continuent en
effet à chercher à accroître et diversifier leur offre de financement. Pour satisfaire les exigences
prudentielles, et en particulier le ratio de fonds propres (de réserve en capital par rapport aux
crédits accordés), elles sortent donc de leurs bilans une partie des prêts les plus risqués.
C’est justement cette stratégie qui les a conduites à un usage massif des fameux produits dérivés
et des techniques financières telle la titrisation des créances. «La banque accorde des prêts et les
revend tout de suite à d’autres opérateurs financiers comme des hedge funds, des sociétés de
gestion, des fonds de pension, explique François Morin, professeur émérite d’économie à
l’université ToulouseI. C’est ainsi que des crédits bancaires sont transformés en des titres
négociables sur les marchés financiers.» A l’autre bout de la chaîne financière se trouve
l’ensemble des acteurs de la finance parallèle (fonds de pension, fonds spéculatifs…) qui ont
réussi à collecter une épargne en quête de placements juteux et qui sont prêts à prendre le risque
d’acheter les produits structurés. Il existe donc une perméabilité entre banques régulées et
shadow banking.
A lui seul, l’exemple chinois en dit long sur les risques que font courir les 8 000 milliards de
dollars brassés par la finance de l’ombre à l’ensemble de l’économie du pays. Avec des
rendements faibles du côté des banques, de plus en plus de Chinois, d’entreprises, de collectivités
locales confient une partie de leur trésorerie à des fonds spéculatifs qui investissent sur les
marchés financiers, dans des opérations immobilières ou qui accordent des crédits plus
facilement que ne le ferait le système bancaire régulé. Aucune contrainte de contrôle du risque
financier de l’emprunteur, pas de fonds de garantie, pas de soutien de la banque centrale en cas
de défaut de paiement. Pire, les prêteurs ignorent le plus souvent à quel projet est associé leur
investissement.

Exubérance
A l’image de ce qui s’est passé aux Etats-Unis avant la crise des subprimes, le secteur bancaire
de l’ombre chinois, en pleine croissance (+ 31 % l’an passé) externalise le risque vers les
marchés financiers. Ils revendent le prêt à des tiers (collectivités locales, particuliers,
entreprises…) qui toucheront les intérêts élevés, en comparaison des placements financiers
classiques.
Sous le coup de l’euphorie des rendements financiers bien plus élevés que ceux proposés par de
simples dépôts auprès du système bancaire chinois classique, les acteurs de la finance de l’ombre
oublient juste que ces placements ne sont absolument pas garantis. Qu’un accident financier
survienne dans ce monde de l’ombre et c’est la panique générale.

On connaît la suite de cette exubérance irrationnelle : dans un mouvement de mimétisme, tout le


monde voudra récupérer sa mise de départ, persuadé que le premier arrivé sera le premier servi.
Face à ce risque de débâcle générale, les fonds spéculatifs seront incapables de faire face aux
demandes de retraits des collectivités locales ou des particuliers. La défiance s’installera, et la
contagion se propagera. La crise des crédits pourris se transformera alors en crise de liquidités -
les banques refusant de se prêter les unes aux autres. Et en une nouvelle crise financière,
économique et sociale.

D. NORA, Crise des subprimes : la menace de la finance de l’ombre, Nouvel Obs, 9 août
2017

Dix ans après la crise des "subprimes", la bombe à fragmentation la plus dangereuse
du système financier mondial continue de gagner en puissance

A l’occasion de l’anniversaire de la crise de 2007, vous avez sûrement entendu - sans vraiment le comprendre - le
terme "shadow banking", le plus souvent traduit par "finance de l’ombre", "finance fantôme", ou - pour les moins
critiques - "finance parallèle". Tâchons d'éclairer ce concept obscur qui pourrait bien, à notre insu, déterminer notre
avenir économique.

De quoi parle-t-on ? Le Conseil de stabilité financière, (CSF), qui surveille l’industrie financière globale pour le
compte du G20, définit le shadow banking comme "le système d’intermédiation du crédit impliquant des entités et
des activités qui se trouvent potentiellement à l’extérieur du système bancaire".

Concrètement, il s’agit d’un ensemble d’opérateurs financiers non bancaires, ainsi que d’opérations hors bilan
d’établissements bancaires. Citons les fonds de gestion de fortune, les fonds spéculatifs ( hedge funds), les fonds du
marché monétaire, les fonds de capital-investissement, les courtiers en tous genres, mais aussi une panoplie
renouvelée de "placements structurés", comme les CDS ("credit default swaps") de sinistre mémoire, au cœur de la
crise de 2007.

Précisons que, contrairement à ce que semble suggérer son appellation, cette partie immergée de l’iceberg financier
mondial est parfaitement légale. Le Conseil de stabilité financière l’estime même utile : "Le financement par les
nonbanques fournit une alternative de valeur au financement par les banques, et aide à soutenir l’activité économique
réelle", écrivent les experts en mai 2017. Un point de vue de moins en moins partagé, cependant, en dehors de
l’industrie financière.

Dangereux vases communicants

Le CSF reconnaît tout de même que le développement du shadow banking constitue un danger latent : "Si le
financement par les non-banques est impliqué dans des activités quasi bancaires, s’il transforme la maturité/liquidité
et crée un effet de levier financier, il peut devenir une source de risque systémique, à la fois directement et à travers
son interconnexion avec le système bancaire."

De fait, son développement est à la fois métastasique et opaque. La présidente de la Banque centrale américaine, Janet
Yellen, avait déclaré en 2014 que la régulation de la finance de l’ombre posait un "énorme défi". Or l’ex-économiste
en chef du FMI, Raghuram Rajan - l’un des rares experts à avoir prédit la crise - juge dans "les Echos" :

"Rien n’a été fait contre la finance de l’ombre, vers laquelle s’est déplacé le risque."

Explication: les banques - qui font appel à l’épargne publique - sont régulées. Elles sont soumises à la supervision des
banques centrales et dépendent de diverses autorités monétaires et gouvernementales. En contrepartie de quoi, elles
bénéficient de filets de sécurité en cas de défaillance : garantie des dépôts, banque centrale prêteuse en dernier
recours, etc. Elles seules sont, en principe, autorisées à émettre directement des crédits. Mais le problème est qu’il
existe une grande porosité entre ces entités bancaires traditionnelles, les investisseurs institutionnels (fonds de
pension, fonds mutuels, sociétés d’assurance) et les "non-banques" parallèles.

Par le biais d’une ingénierie financière de plus en plus créative (titrisation, activités hors bilan, prêt de titres, produits
à terme…) les capitaux circulent sans cesse entre ces trois pôles de la finance mondiale. Et l'on assiste à un
gigantesque jeu de vases communicants : plus on serre la vis réglementaire aux banques (ratio imposé de fonds
propres, limites aux opérations spéculatives…), plus elles ont tendance à refiler leurs actifs et opérations risqués à
cette nébuleuse de l’ombre, qui n’est pas sujette aux mêmes contraintes. Pire : en cas de pépin, cette finance de
l’ombre est "pro-cyclique", c’est-à-dire qu’elle aggrave la crise, plutôt que de jouer les contrepoids.

Problème : les autorités n’ont pas profité de la crise de 2007 pour faire le grand ménage. Et l’argent déversé à flot par
les banques centrales est venu indirectement nourrir cette industrie financière de l’ombre. Alors que cette sphère
financière parallèle s’était un peu dégonflée en 2008, elle "continue sa tendance à la hausse pour la 7e année

consécutive avec 3.800 milliards supplémentaire en 2015", expliquait le CSF en mai, dans son rapport annuel sur
la question.
Résultat : fin 2015, le shadow banking représente selon le CSF 92.000 milliards de dollars, soit 150% du PIB
mondial… contre 140% avant 2007 !

Le Luxembourg, plus opaque que les îles Caïmans

L’autre révélation de cet audit du CSF est qu’avec 30.000 milliards de dollars estimés, l’Europe devance désormais
les
Etats-Unis en terme de finance fantôme. Dans la zone euro, elle excédait même 200% du PIB, avec l’Irlande et les
Pays-Bas en tête de liste. Un chiffre encore très sous-estimé, puisque le Luxembourg ne daigne même pas participer à
l’enquête du CSF. Le paradis financier continental - patrie du Président de l’UE, Jean-Claude Juncker - est à cet égard
moins transparent que… les îles Caïmans !

Ce gonflement de la finance parallèle annonce-t-il, pour autant, la prochaine crise systémique ? Dans son rapport
d’évaluation des risques, publié le 3 juillet, le Conseil de stabilité se veut optimiste, jugeant que "les aspects du
shadow banking qui sont considérés comme ayant contribué à la crise financière globale ont significativement décru,
et ne posent généralement plus de risques pour la stabilité financière."

Klaas Knot, membre du CSF et président de la Banque centrale néerlandaise est cependant circonspect :

"Même si nous avons fait de grands progrès, les autorités doivent rester en alerte, quant aux risques
générés
par le shadow banking."

Il poursuit : "Nous devons continuer à améliorer la disponibilité des données, l’analyse de risque et le partage
d’informations, pour être à même d’identifier à temps de nouvelles sources de vulnérabilités systémiques."
Comme l’expliquait le vice-président de la Fed, Stanley Fisher, en décembre 2015, dans une conférence sur les
risques de la finance de l’ombre :

"Ce que l’on ne sait pas peut nous faire mal !"

Un volcan financier chinois ?

Et la boîte noire la plus opaque, ces temps-ci, est probablement la finance zombie chinoise : la banque centrale -
People’s Bank of China - a révélé cet été que les crédits hors bilan des établissements chinois avaient fait un bond
énorme en 2016, dépassant même à présent la somme de tous les crédits traditionnels.

Selon Patrick Chovanec, du fonds de gestion Silvercrest, cité par le quotidien britannique "Telegraph" :

"Les banques ont vendu ces produits sans en assumer le risque. Les investisseurs les ont achetés sans non
plus en assumer le risque. Ils pensent tous que le gouvernement va sauver tout le monde."

Le président chinois Xi, lui-même, a récemment tiré le signal d’alarme. Car la dette globale chinoise se monte à 280%
de son PIB…

M. DAMGÉ, Le 9 août 2007, le début de la crise des subprimes, Le Monde, 9 août 2017

Le 9 août 2007, le début de la crise des « subprimes »

Il y a dix ans, la banque BNP Paribas gelait les retraits de ses clients dans trois de ses fonds
monétaires et marquait le début de la plus grande crise financière de ce début de XXIe siècle.
C’est un fait qui est souvent ignoré
: la plus grande de ce début de
XXIe siècle a Ce jour
-là, BNPParibas gèle les
retraits de ses clients dans trois de ses fonds d’investissement. La banque
tricolore car ils ne
sont plus échangeables sur les marchés.

Baudouin Prot, le directeur général de BNP Paribas, avait pourtant assuré, le 1 er août, que la
liquidité de ses produits (la capacité à être vendus ou achetés) était « totalement assurée ». Mais,
une semaine plus tard, les clients (des trésoriers d’entreprise et des grandes fortunes) ne peuvent
plus revendre leurs parts et récupérer leur investissement.
Cette décision est rarissime dans le monde de la gestion, car elle envoie un signal désastreux ;
confronté à des déboires similaires à la même période, l’assureur Axa avait choisi d’assurer la
liquidité de ses fonds en difficulté et de racheter les parts des clients qui souhaitaient vendre. «
Nous avons juste été la première banque internationale à dire que le roi était nu », confiait un
ancien dirigeant de BNP Paribas au Monde.
Où le grand public découvre les « subprimes »

A l’époque, comme pour Axa, les trois fonds BNP Paribas sont investis en grande partie dans les
« subprimes », des produits dérivés de prêts immobiliers à risque américains, dont le grand
public ne sait pas encore grand-chose.
Tout commence dans les années 2000 aux Etats-Unis. Des millions de ménages modestes y
contractent des emprunts à taux variables (les subprimes), gagés sur la valeur de biens
immobiliers, grâce à des sociétés de crédit peu regardantes sur la capacité de ces ménages à
rembourser. Lorsque les taux d’intérêt grimpent, ces ménages sont étranglés par les dettes.
Sauf qu’au même moment, les prix de l’immobilier, qui connaissent une véritable bulle, se
retournent et les créditeurs ne peuvent plus se rembourser sur la revente des maisons. Et,
entretemps, les subprimes ont été transformés (titrisés) en produits financiers complexes, eux-
mêmes rachetés par les banques du monde entier ; le risque se retrouve ainsi disséminé sur
l’ensemble de la planète.

Des signes avant-coureurs


En dehors de la décision malheureuse de BNP Paribas de pénaliser ses clients, d’autres signes
avant-coureurs peuvent être considérés comme des marqueurs des prémices de cette crise
mondiale. En février, la banque HSBC annonce des pertes liées aux subprimes. C’est le premier
« profit warning » de son histoire. Les impayés des crédits immobiliers à haut risque
amputeraient de 10,5 milliards de dollars ses bénéfices annuels. En avril, son principal
concurrent dans le secteur du subprime américain, New Century, se déclare en faillite . En
juin, deux fonds spéculatifs (hedge funds) gérés par la banque Bear Stearns enregistrent de
lourdes pertes et doivent fermer. Ces défaillances ont un effet domino, entraînant d’autres plus
petits fonds dans leur sillage, faisant craindre des pertes au sein même des établissements les
plus solides de Wall Street.
En juillet, deux banques allemandes, IKB et Sachsen LB, frôlent la faillite du fait de leurs
investissements aux Etats-Unis. Le gendarme de la Bourse allemande, la BaFin, juge alors que le
pays est « menacé de la plus grave crise financière depuis 1931 ». Le 18 août, la banque
publique de l’Etat de Saxe fait l’objet d’un plan de sauvetage exceptionnel. Pour éponger ses
pertes, une ligne de crédit de 17,3 milliards d’euros lui est accordée – deux fois plus que pour
IKB. Sans ces aides, les deux établissements spécialisés dans le financement des petites et
moyennes entreprises (PME) auraient mis la clé sous la porte.
Une prise de conscience tardive
En mai 2007, le directeur de la banque centrale américaine, Ben Bernanke, assure que la hausse
du taux de défaut sur les remboursements d’emprunts immobiliers ne sera pas préjudiciable à
l’économie américaine. Au moment même du premier choc, au début d’août, le président
américain George W. Bush estime qu’il y a « assez de liquidités » sur le marché.
Si la prise de conscience a été lente et tardive, les conséquences toutefois ne se font pas fait
attendre : un an plus tard, l’un des plus grands établissements de Wall Street fait savoir qu’il est
au bord de la faillite. Le 15 septembre 2008, le gouvernement américain laisse la banque
Lehman Brothers déposer le bilan, relançant ainsi l’onde de choc des subprimes sur l’économie
mondiale. Cette fois, les responsables politiques semblent prendre la mesure de l’événement,
Barack Obama évoquant « la crise financière la plus grave depuis la grande dépression [de
1929] ».
Le décrochage des Bourses en 2007 ne se traduit pas immédiatement par une érosion continue
des cours, mais en deux ans les places boursières perdent presque la moitié de leur valeur. Elles
ne retrouvent leur niveau d’avant-crise qu’à partir de 2012 aux Etats-Unis. Il faudra attendre
deux années supplémentaires en France.

Le 9 août 2007, en France, BNP Paribas gèle les retraits de ses clients dans trois de ses fonds
d’investissement.
La fin de la confiance

Le 9 août, c’est aussi le jour où les banques centrales entrent en scène pour éviter une
paralysie générale du marché interbancaire, celui sur lequel les banques se prêtent de l’argent
entre elles pour financer leurs opérations au jour le jour, un marché essentiel à l’activité
économique. Les banques centrales, qui leur prêtent aussi de l’argent régulièrement sous forme
d’enchères sur des montants définis à l’avance, sont cette fois obligées d’ouvrir grand les vannes
et de prêter bien plus que d’habitude : en deux jours, environ 290 milliards d’euros de liquidités
sont apportés au système bancaire international, un record.
Mais il ne s’agit pas que d’apporter de l’argent, il s’agit de restaurer la confiance, d’abord entre
les banques mais aussi avec les investisseurs que sont les entreprises, les fonds de pension ou les
nouvelles puissances financières chinoises et russes… Or, la confiance est rompue et ce
problème restera entier pendant plusieurs années, personne ne sachant combien les banques ont
investi exactement dans les subprimes, et les remèdes des banques centrales (baisses de taux,
injections de liquidités, etc.) n’étant que des pansements temporaires.
C’est d’ailleurs ce problème de confiance qui est notamment à l’origine des manipulations
frauduleuses du Libor, le taux interbancaire londonien : il s’agissait d’annoncer un taux
d’emprunt plus bas que celui des concurrents, car une banque qui reconnaissait qu’elle
empruntait (plus) cher (que les autres) risquait d’être immédiatement soupçonnée de fragilité,
alors qu’une banque saine devait réussir à emprunter à un taux bon marché.
Cette méfiance quant à la santé du système bancaire se répercutera jusque chez les particuliers,
dont certains incitent, en 2010, leurs compatriotes à retirer leur épargne des banques, à l’instar
de l’ancien footballeur Eric Cantona. Une initiative qui, si elle avait été suivie, aurait pu
provoquer une ruée aux guichets et l’effondrement de plusieurs établissements. C’est ce qui avait
conduit au sauvetage de la britannique Northern Rock en septembre 2007 : en pleine crise des
subprimes, des rumeurs courent sur son manque de solvabilité. On voit alors les déposants faire
la queue pour retirer leurs économies. Le gouvernement est contraint de nationaliser
l’établissement pour éviter sa disparition pure et simple.

Les conséquences sur l’économie réelle


En l’espace de quelques mois, la crise dépasse le cadre financier pour toucher l’économie dite
« réelle ». La crise des subprimes se mue en crise généralisée du crédit. Tout le système financier
commence à se gripper ; les banques ne se prêtent plus entre elles et ne prêtent plus aux
entreprises.
Autre conséquence, le repli des investisseurs vers des valeurs considérées moins risquées : les
matières premières, dont les cours s’embrasent. En 2008, l’indice FAO (Food and Agriculture
Organization of the United Nations, qui mesure la variation mensuelle des cours internationaux
d’un panier de denrées alimentaires) grimpe en un an de 50 %, et même de 87 % pour les
céréales, provoquant une vague d’émeutes de la faim.
L’envolée des prix des matières premières affecte directement les industriels et les
consommateurs tout en stimulant l’inflation… ou plus exactement la stagflation, combinaison
d’inflation et de stagnation de la croissance. Un phénomène apparu dans les années 1970 après le
premier choc pétrolier, qui menace à nouveau les économies occidentales.

Des Etats-Unis à la Grèce, l’effet domino


Deux ans après le début de la crise des subprimes, l’onde de choc se propage jusqu’en Europe
avec des tensions inédites sur les marchés où se financent les Etats . Certains, comme la Grèce,
voient leur prime de risque exploser sur les marchés, la confiance des investisseurs ayant été
amoindrie par la révélation des déficits publics du pays.
En 2011, Athènes doit emprunter à 18 %, six fois plus que l’ Allemagne. Après de longues
tergiversations à Bruxelles et à Francfort, c’est la zone euro qui se porte finalement au secours
d’Athènes. Mais le peuple grec paie encore aujourd’hui l’ardoise de la « crise des dettes », plan
d’austérité après plan d’austérité.
Au-delà des pays européens qui subissent cette crise du crédit de plein fouet (Grèce mais aussi
Portugal, Espagne, Italie, Irlande, etc.), c’est l’ensemble du Vieux Continent qui voit la
croissance s’éroder. Quelque 80 % des pays tombent en récession dans l’ Union européenne.
Rigueur budgétaire, envolée du chômage de masse, notamment chez les jeunes, alimentent
l’euroscepticisme et la déception de nombre d’Européens, qui se tournent dans les années
suivantes vers le populisme. Il faudra attendre 2016 pour que la zone euro retrouve
durablement son niveau de croissance d’avant la crise.

RABREAU, Shadow banking : tout comprendre sur la finance de l’ombre, Le Figaro, 26 août 2015

DOSSIER «SHADOW BANKING» - La puissante finance parallèle est devenue


indispensable au bon fonctionnement actuel de l'économie mondiale. Pourtant, elle n'est
pas réglementée. Qu'est-ce que le «shadow banking»? Comment fonctionne-t-il?
Représente-t-il un danger? Explications.

Le «shadow banking» est puissant, multiformes, évolutif, et omniprésent sur la planète finance.
À tel point qu'il est devenu essentiel au bon fonctionnement du système capitaliste dans lequel vit
le monde. Pourtant, il échappe encore à toute supervision... malgré les risques considérables qu'il
présente.

• Qu'est-ce que le «shadow banking»?


Sur la planète finance, il y a le système bancaire classique et le «shadow banking». En français,
on l'appelle la «finance de l'ombre» ou «la finance fantôme». Il s'agit en fait de tous les
intermédiaires financiers qui sont en dehors du système bancaire traditionnel, et qui participent
au financement de l'économie mondiale. Autrement dit, ce sont toutes les opérations financières
qui se font hors des bilans des banques.

• Quels sont les acteurs du «shadow banking»?


Les acteurs du «shadow banking» sont les banques d'affaires, les hedge funds, les fonds de
titrisation, les fonds monétaires, les fonds de pension, mutuels, d'assurance-vie, les fonds
négociés en Bourse... Mais aussi, les entreprises de capital-investissement, les sociétés de
garantie de crédit, les trusts de gestion d'actifs (immobiliers par exemple), les sociétés
d'affacturage (crédit inter-entreprises), etc... Dans un sens encore plus large, le «shadow
banking» peut regrouper les établissements de crédit-conso ou de crédit-auto, de micro-crédit, les
sites de crowdfunding (financements participatifs), les plateformes de monnaies virtuelles
(bitcoins par exemple).
Ces entités, à la différence des banques traditionnelles, ne reçoivent pas de dépôts de la part des
gens: elles ne fonctionnent que sur le crédit. Elles ne sont donc pas soumises à la réglementation
bancaire traditionnelle, et leurs activités ne sont pas garanties par les États et les Banques
centrales.

• Quel est le poids de cette finance de l'ombre dans le monde?


Difficile de cerner les contours du «shadow banking», donc de le mesurer parfaitement. Le
Financial Stability Board (le Conseil de stabilité financière, créé en 2010 par le G20 après la
crise des subprimes) a chiffré le marché à 75.000 milliards de dollars à fin 2013 . C'est 5000
milliards de plus qu'en 2012. À fin 2014, il devrait avoir atteint les 80.000 milliards de dollars.
Selon cette estimation, le «shadow banking» représente ainsi un quart des actifs financiers
mondiaux, la moitié du poids du système bancaire traditionnel, et l'équivalent du PIB mondial
annuel. Les États-Unis, la zone euro et le Royaume-Uni détiennent à eux seuls les trois-quarts
des actifs qui relèvent du «shadow banking». Mais dans les BRICs et les pays émergents,
particulièrement en Chine, en Inde, en Indonésie et en Russie, la «finance de l'ombre» progresse
fortement. Du côté des acteurs du «shadow banking», les fonds d'investissements immobiliers et
les hedge funds connaissent les expansions les plus fulgurantes.
Il faut bien noter que ces calculs du FSB «ne prennent pas en compte les centres financiers
offshore (les paradis fiscaux, ndlr), où la plupart des hedge funds sont domiciliés»... En réalité,
aujourd'hui, la définition du «shadow banking», de ses activités et de ses acteurs, n'est toujours
pas clairement établie et les travaux n'en sont qu'à leurs débuts.

• Quand et comment le «shadow banking» s'est-il développé?


Dans les années 1980, à l'époque de la libéralisation totale des marchés financiers - considérés
comme «auto-régulants» -, la titrisation s'est développée, a-t-on pensé, pour mieux couvrir les
risques de change et de taux. Sans cadre, ces montages financiers sont devenus complexes,
excessifs... et spéculatifs. Donc risqués et systémiques. À chaque nouvelle crise, des
réglementations bancaires sont décidées pour assurer la liquidité et la solvabilité des banques
(donc, la viabilité du système). Problème: cette régulation fait perdre des marges de manœuvre et
de la rentabilité aux banques. Ce qui les pousse, systématiquement, à la contourner.
Comment? En retirant de leurs bilans (et donc des écrans radars des régulateurs) leurs actifs les
plus risqués, en les titrisant et en les revendant en «produits dérivés» sur les marchés financiers,
par l'intermédiaire d'établissements financiers. À partir des années 2000, avec l'essor d'Internet et
de l'information, les acteurs de cette finance opaque et ultra-sophistiquée se sont multipliés.

• Concrètement, comment ça marche?


• Pourquoi le»shadow banking» est-il devenu indispensable?
Le «shadow banking» répond à des contraintes et à des besoins auxquels sont confrontés les
emprunteurs et les investisseurs, et auxquels les banques traditionnelles réglementées peuvent de
moins en moins subvenir. Le «shadow banking» est ainsi devenu donc un palliatif qui nourrit la
boucle crédit-consommation-croissance du modèle capitaliste.

• Quels sont les dangers du «shadow banking»?


Le «shadow banking» présente deux problèmes majeurs: son poids dans le financement global
de l'économie et l'interdépendance des acteurs du «shadow banking» entre eux et avec le
système bancaire traditionnel international. Ce qui signifie que si le «shadow banking» est
systémique: s'il souffre, il entraîne avec lui le système bancaire «normal». La crise des subprimes
de 2007 en est la preuve concrète.
C'est d'ailleurs en août 2007, alors que la tornade des subprimes se formait, qu'un économiste de
Pimco (le premier fonds obligataire au monde), Paul McCulley a utilisé pour la première fois le
terme de «shadow banking» et prévenu des risques majeurs de «cette finance de l'ombre endettée
jusqu'au cou». Un message alors passé inaperçu. Pourtant, un an plus tard, en septembre 2008, la
banque américaine Lehman Brothers faisait faillite.
Dans ce monde sans supervision, impossible d'anticiper sereinement les secousses et de prévenir
les crises. Selon l'économiste Christian de Boissieu, «la crainte est grande qu'une crise
immobilière en Chine, probable dans les deux à trois ans à venir compte tenu de la formation
d'une bulle immobilière depuis des années, engendre des risques systémiques à la fois dans le
système bancaire formel et dans le «shadow banking», avec un renforcement réciproque des
risques.»

• Pourquoi le «shadow banking» a encore de beaux jours devant lui?

Comme le FMI le souligne dans son dernier rapport sur la stabilité financière (2014), le
«shadow banking» «se développe quand les taux sont bas et que les investisseurs cherchent de
plus gros rendements, quand il y a une forte demande d'actifs (de la part des assurances ou des
fonds de pension par exemple) et quand la régulation bancaire se durcit». Soit, tout ce qui
caractérise notre environnement actuel! Pire, aujourd'hui, les taux ne sont même pas bas, ils sont,
pour certaines échéances courtes, carrément négatifs... Sept ans après la crise des subprimes,
pour le Shadow Banking, «business is back».

• Que font les régulateurs?


La crise des subprimes consacre l'échec des politiques de régulation financière. En 2010, le G20
s'est saisi du «problème» et instauré Financial Stability Board pour étudier le «shadow banking»
et le mesurer. Aux États-Unis, en Grande-Bretagne, et en Europe, des mesures éparses ont été
prises. Au niveau international, Bâle III (la réforme dite de «Bâle III» vise à garantir un niveau
minimum de capitaux propres afin d'assurer la solidité financière des banques) prévoit des limites
à certaines activités du «shadow banking». Mais, rien n'est vraiment ni identifié ni contraignant...

Le risque de réguler trop fort et trop directement serait de voir se développer le «shadow shadow
banking», comme l'évoquent Constantin Mellios et Jean-Jacques Pluchart dans un livre intitulé
Le Shadow Banking publié en 2015: «Le chantier de la régulation du Shadow Banking semble
devoir faire appel à un travail de l'ombre, austère, rigoureux et de longue durée, impliquant du
courage politique, de la diplomatie internationale, et de l'expertise financière et comptable».
Vaste programme.

Vous aimerez peut-être aussi