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L'évaluation de l'entreprise

Il s'agit d'apprécier la valeur de l'entreprise à un moment donné, en vue de différents types


d'opérations: acquisition de l'entreprise, cession totale ou partielle des titres, liquidation, valorisation
des titres en portefeuille, information des investisseurs potentiels, introduction en bourse, calcul de
certains impôts (droits de succession, etc.).

La démarche de l'évaluation :

La difficulté réside dans le fait qu'il existe plusieurs approches de la valeur qui ne sont pas fondées
sur les mêmes principes. Certaines méthodes privilégient la valeur bilantielle, d'autres prennent en
compte les flux futurs ou encore d'autres critères.
De plus, une même méthode peut aboutir à différents résultats en fonction des options qui auront été
retenues (par exemple, pour le choix d'un taux d'actualisation) et en fonction de celui qui l'applique
(acheteur ou vendeur).

On conçoit dès lors la complexité de la notion de valeur et la nécessité de retenir une démarche
tenant compte du contexte de l'évaluation: cessation de l'activité ou cession avec poursuite de cette
activité, rachat partiel, règlement d'une succession, etc.
D'autres éléments peuvent interférer dans le choix d'une méthode: taille de l'entreprise, existence ou
non d'un marché de référence, etc.

Selon les objectifs, le contexte et les caractéristiques de l'entreprise, on privilégiera l'une ou l'autre
des méthodes, ou on choisira une méthode multicritères.

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Chapitre 1 : L'approche comptable ou patrimoniale
1. Principe
Elle privilégie le patrimoine détenu par l'entreprise au moment de l'évaluation et consiste à
déterminer l'actif net de l'entreprise :
- à partir du bilan après affectation du bénéfice,
- généralement, après avoir effectué un certain nombre de corrections destinées à se rapprocher de la
réalité.
On a alors :

Actif net comptable corrigé = Valeur réelle de l'actif -Dettes et provisions pour risques et charges

Actif Passif
Actif fictif Actif fictif
Actif net comptable
corrigé
Autres actifs
(pour leur valeur réelle) Dettes et provisions
du passif

L'actif fictif est à éliminer de l'actif et du passif.


2. Principaux retraitements :
2.1 Élimination de l'actif fictif
Tous les postes sans valeur de l'actif sont éliminés de l'actif net comptable. Il s'agit des comptes:
«Frais préliminaire », « frais de recherche et de développement» (s'ils sont sans valeur),« Charges à
répartir» et« Primes de remboursement ».
2.2 Traitement des écarts de conversion
Les écarts de conversion - actif sont en principe compensés par une provision pour perte de change
(sinon, ils font partie de l'actif fictif). Les écarts de conversion - passif (gains de change latents) sont
ajoutés à l'actif net. .
2.3 Rectification de la valeur des autres postes de l'actif
Quand la valeur comptable d'un bien est différente de la valeur vénale, on retient cette dernière.
Différentes méthodes permettent de déterminer la valeur vénale (expertise, cotation, comparaisons,
calculs).
2.4 Prise en compte de la fiscalité différée
La reprise ou l'amortissement de certains postes va se traduire par des impôts supplémentaires
(dettes fiscales latentes) ou par des économies d'impôt (créances fiscales latentes) pour les prochains
exercices.
Postes (principalement) concernés:
. Au passif
Les postes destinés à être repris sont: «Provisions pour hausse des prix », «Amortissements
dérogatoires », « Subventions d'investissement ».
L'impôt différé correspondant constitue une dette d'IS qui diminue l'actif net.
. À l'actif
Il s'agit des postes de l'actif fictif amortissables.

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ACTIF Brut Amort Net PASSIF Net
ACTIF IMMOBILISE FINANCEMENT PERMANENT
. Immob. en non-valeurs .Capitaux propres
*Frais préliminaires 20000 15000 5000 *Capital social (30 000 actions) 30000
*Charges à répatir 400 400 -Capital souscrit non
* Primes de remb. *Réserves légales 7800
. Immob. Incorporelles * Autres réserves
*Fonds commercial 13000 13000 * Résultat de l’ex 4200
. Immob. corporelles .Capitaux propres et assimilés
*Constructions 100000 72000 28000 *Subv. d’investissement 6000
*I.T.M.O 42000 28500 13500 *Provision réglementé
. Immob. financières .Dettes de financement
*Titres de participation 7000 500 6500 *Emprunts obligataires
ACTIF CIRCULANT H.T *Autres dettes de financement 21200
.Stocks . Provision D.R.C 5400
*Matières et fournitures 2500 100 2400 PASSIF C. H.T.
.Créances de l’actif circulant .Dettes du passif circulant
*Clients 24600 2400 22200 *Fournisseurs 15900
*Autres débiteurs *Autres créanciers 1300
*Comptes de régul. A *Comptes de régula. P
.Titres et valeurs placement . Ecart de conversion passif 400
.Ecart de conversion actif 300 300
TRESORERIE
Banque 900 900

Total Actif 210700 118500 92200 Total Passif 92200


L'économie d'impôt se traduit par une créance d'impôt qui augmente l'actif et l'actif net.
3. Valeur mathématique de l'action
Elle est obtenue en calculant le rapport:
Actif net comptable corrigé
Nombre d'actions
C'est une valeur « ex-coupon », calculée après distribution du dividende.
Exemple :
- Renseignements complémentaires (Montants en milliers de DH):
. La valeur estimée des constructions est de 60 000 ; celle des ITMO s'élève à 9 500.
. Les écarts de conversion-actif ont été normalement provisionnés.
. Par prudence, la valeur du fonds commercial sera considérée comme nulle.
. Le résultat de N sera distribué à 50%.
. Le taux de l'IS à considérer est de 30%.
QUESTION
Déterminer la valeur mathématique de l'action.

C) La valeur substantielle brute (V.S.B.)


La valeur substantielle encore appelée valeur fonctionnelle est un concept introduit en 1960 par les
experts allemands et repris ensuite par l'Union Européenne des Experts Comptables. La valeur
substantielle brute correspond à la valeur de continuation estimée sur la base de la valeur de
remplacement contemporaine des biens et des droits constituant le patrimoine de l'entreprise. Il s'agit
dans cette méthode de déterminer la valeur des actifs engagés dans l'exploitation de l'entreprise
indépendamment de leur mode de financement.
Le concept de valeur substantielle brute est donc essentiellement centré sur la valeur réelle de l'outil
industriel ou commercial et ajoute donc à l'actif réel total les éléments nécessaires au
fonctionnement de l'entreprise (biens en leasing ou en location) et les dépenses de remise en état des
équipements vétustes. En revanche, les actifs inutiles, financiers ou hors exploitation, ne figurent pas
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dans l'évaluation.

Valeur substantielle brute= Actif réel corrigé


+ Biens exploités par l’entreprise
+ Dépenses de remises en état des équipements vétustes
- Actifs hors exploitation

Il s'agit donc d'une valeur substantielle brute déterminée indépendamment du mode de financement
de l’entreprise, par opposition à la valeur substantielle nette qui correspond, à la valeur substantielle
brute diminuée de l'ensemble du passif exigible.
Mentionnons également que la valeur substantielle brute (V.S.B.) ne correspond aucunement la
valeur ou au prix à payer par l'acheteur éventuel, dans la mesure où elle ne constitue qu'une étape
intermédiaire dans le processus de détermination de la valeur de l'entreprise selon les méthodes
basées sur le goodwill qui seront exposées plus loin. Pour cette raison d'ailleurs, la valeur
substantielle brute est toujours déterminée indépendamment de la valeur du fonds de commerce pour
éviter tout double emploi.
D) Les capitaux permanents nécessaires à l'exploitation (C.P.N.E.)
La méthode des capitaux permanents nécessaires à l'exploitation (C.P.N.E.) relève d'une approche
financière, en retenant les immobilisations nécessaires à l'exploitation et le besoin en fonds de
roulement normal compte tenu des prévisions d'activité. Comme dans la méthode précédente, les
capitaux permanents nécessaires à l'exploitation excluent tous les éléments d'actifs inutiles, mais
prennent en considération:
. les biens exploités par l’entreprise, alors qu'ils ne figurent pas dans ses actifs (leasing,location,
prêt) ;
. les dépenses de remise en état des actifs vétustes.
À l'instar de la méthode de la valeur substantielle brute, l'évaluation selon les capitaux permanents
nécessaires à l'exploitation ne débouche pas sur une valeur ou un prix à payer par l'acquéreur
éventuel, mais permet de calculer le montant des capitaux propres et d'emprunts indispensables au
fonctionnement normal de l'entreprise, en vue de l'estimation du goodwill. L'intitulé des capitaux
permanents nécessaires à l'exploitation prête à confusion. Bien qu'il se réfère à l'origine aux capitaux
nécessaires (passif du bilan), son mode de calcul repose sur la notion de capital économique déter-
miné à partir des éléments de l'actif.
Capitaux permanents nécessaires à l’exploitation
= Immobilisations nettes d’exploitation
+ Biens exploités par l’entreprise
+ Dépenses de remise en état des équipements vétustes
+ Besoin en fonds de roulement d’exploitation

Mentionnons au passage qu'à l'instar des deux méthodes précédentes (actif net comptable corrigé et
valeur substantielle brute), on ne tient pas compte de la valeur des éléments incorporels du fonds de
commerce appelés encore survaleur ou goodwill qui font l'objet, comme nous le verrons, d'une
évaluation séparée dans les expressions mixtes de la valeur.
Application
Soit une entreprise dont le bilan se présente comme suit (Montants en milliers de DH):
Bilan comptable (en milliers de dirhams)

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Actif immobilisé 28 840(a) Actif net comptable 31820
Stocks 15 800(b) Passif exigible 23 120
Créances de l'actif circulant 10 000 (c)
Trésorerie-actif 300
54 940 54 940
a) Valeur réelle 36 600. b) Valeur réelle 15 200. c) Valeur réelle 9980.
INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES
. Dépenses de remise en état de certains actifs immobilisés: 500.
. Valeur de remplacement d'un matériel prêté par un fournisseur dans l'attente de la livraison d'une
commande: 260.
. Les immobilisations hors exploitation ressortent à 720 (valeur bilan) ou 1 460 (valeur de marché).
. Le niveau de chiffre d'affaires prévisionnel est de 60 000 DH hors taxes. Le besoin en fonds de
roulement est égal à 60 jours de chiffre d'affaires hors taxes.
Il vous est demandé de calculer:
a) La valeur substantielle brute (V.S.B.).
b) Les capitaux permanents nécessaires à l'exploitation (C.P.N.E.).

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Chapitre 2 : Évaluation par les flux de liquidités prévisionnels
On s'appuie sur la relation suivante:
n
Valeur d'un actif = ∑ Fp (1 + t)-p + Vr (1+ t)-n
p=1

Fp = Flux de liquidités de la période p


Vr= Valeur résiduelle
t = Taux de rentabilité exigé par l'investisseur

La valeur d'une entreprise est égale à la valeur actuelle de cash-flows futurs et de la valeur
finale prévisionnelle.
1. Évaluation des flux de liquidités futurs
Plusieurs possibilités se présentent quant à la nature des flux prévisionnels à considérer.
Le type de flux le plus souvent retenu correspond aux cash-flows disponibles pour l'entreprise.
La démarche suivie est la même que pour évaluer la rentabilité des projets d'investissement. Il s'agit
ici de déterminer la valeur des fonds propres selon une approche économique.
Les flux seront déterminés de la façon suivante:
Résultat d'exploitation net d'IS
+ Dotations aux amortissements
= Cash-flow « dégagé»
- ∆ BFRE
+ Cessions d'actifs (nets d'IS)
- Investissements
= Cash-flow disponible

À ces flux, il faut ajouter la valeur actualisée de l'entreprise à la fin de la durée retenue.
L'actualisation des flux et de la valeur finale de l'entreprise est effectuée au coût du capital.
Pour trouver la valeur des fonds propres, il faut retirer le montant actualisé de l'endettement du total
actualisé:
Valeur des fonds propres =Valeur totale - Valeur actuelle de l'endettement (1)

2. Évaluation de la valeur finale


Cette valeur revêt un poids non négligeable dans l'évaluation de l'entreprise, notamment si la durée
retenue pour l'actualisation des flux est courte.
La méthode la plus souvent retenue consiste à actualiser le résultat d'exploitation net d'IS (ou une
fraction de ce résultat) sur une durée infinie.
Parfois, on retient la valeur nette comptable prévisionnelle à la date fixée, cette méthode étant
considérée comme moins satisfaisante.
3. Actualisation des flux
3.1 Durée
On retient la durée sur laquelle les prévisions semblent possibles.
Le plus souvent, on considère une durée équivalente à celle des plans d'investissement, soit 5 ans.
3.2 Taux d'actualisation
L'actualisation est effectuée à partir du coût du capital, celui-ci devant tenir compte du niveau de
risque de l'entreprise. En effet, un investisseur exigera une rentabilité fonction du niveau de risque
supporté.

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Exemple
La SA Prima a réuni les informations suivantes, pour les 5 prochains exercices, dans la perspective
d'une acquisition de l'entreprise Silex (sommes en milliers de DH):
Entreprise Silex 1 2 3 4 5
Résultat d'exploitation 39 000 39 000 45 000 45 000 45 000
Dotations 15000 15000 18000 18 000 18000
∆ BFRE 1000 - 3000 - -
Investissements prévus 20 000
La valeur de l'entreprise Silex, au terme de la 5ème année, sera obtenue en actualisant sur un nom-
bre de périodes infini un cash-flow moyen estimé à 20 000 dh.
Au moment de l'évaluation, l'entreprise Silex a une dette (montant: 80 000 dh ; taux: 10%), sur une
durée de 3 ans, remboursement in fine. Le taux des dettes de même nature est de 7% sur le marché
financier.
La SA Prima a évalué le coût du capital de l'entreprise Silex à 9,5%, compte tenu du niveau de
risque inhérent à l'activité.
Taux de l'IS : 30%.
QUESTION
- Déterminer la valeur de l'entreprise Silex.

§-4- Les méthodes de capitalisation


Il s'agit de déterminer la valeur des actions composant le capital de l'entreprise à partir d'un résu1tat
par action actualisé sur un nombre infini de périodes (ce qui revient à négliger la valeur finale de
l'action).
Ce calcul reprend le raisonnement utilisé pour évaluer les fonds propres à partir des dividendes et
aboutit aux mêmes formules.
Il revient à considérer que l'entreprise vaut un multiple de sa capacité bénéficiaire, et permet
d'évaluer la valeur du titre d'une façon globale.
1. La valeur de rendement
1.1 Définition
On capitalise la part de bénéfice (B) revenant à l'actionnaire en considérant que son montant est
constant et versé indéfiniment.
Le bénéfice retenu pour le calcul de B doit être retraité de façon à éliminer les éléments
exceptionnels ou relatifs à des biens hors exploitation et à ne garder que les seuls amortissements
économiques. Autrement dit, il doit refléter le résultat courant, le résultat susceptible de se
produire dans des conditions d'activité normales.
Il est, en général, déterminé sur la base de la moyenne des derniers résultats courants connus. Si les
conditions d'exploitation doivent évoluer sensiblement, il est préférable de procéder à un calcul
prévisionnel.
1.2 Calcul :

Valeur de rendement = B 1- (1+t)-n = B quand n →∞


t t

Valeur de rendement = B
t
Le taux d'actualisation appliqué correspond le plus souvent à l'inverse du PER moyen (BNPA/cours
de l'action), on a alors:

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Valeur de rendement = B = B * Cours de l’action = B * PER
B/ Cours de l’action B

Valeur de rendement = B x PER


La valeur de l'action est alors égale à un multiple de ce bénéfice.
À condition que le bénéfice retenu soit le même que celui ayant conduit à la détermination du PER
(bénéfice courant estimé pour l'année en cours), on retrouve la valeur boursière (ou la valeur
boursière moyenne s'il s'agit d'un PER moyen).
Exemple :
Le résultat courant retraité et moyen des 3 derniers exercices s'élève à 5 152 000 DH pour la SA
Fibak dont le capital comprend 300 000 actions.
On pense que ce résultat va se maintenir au cours des prochaines périodes.
Le PER moyen des derniers mois du secteur d'activité auquel appartient la société s'élève à 12.
Question : Calculez la valeur de rendement de l'action.
2. La valeur de rentabilité (ou valeur financière)
Définition
On actualise le dividende distribué prévisionnel (on dit aussi qu'on procède à la capitalisation du
dividende) en considérant un nombre infini de périodes.
Le taux d'actualisation le plus souvent utilisé est celui du marché financier (exemple: taux des
obligations). Théoriquement, il s'agit du taux de rentabilité exigé par les actionnaires de l'entreprise.
Calcul
Deux hypothèses sont considérées quant à l'évolution des dividendes.
. Dividendes constants
Valeur financière = D/t
. Dividendes croissants
Si g est le taux de croissance du dividende (et si on a g < t) et si D1 désigne le premier dividende, on
aboutit à la formule suivante ( Formule de Gordon-Shapiro):

Valeur financière = D1
t-g

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Chapitre 3 : Les méthodes de goodwill

Les expressions mixtes de la valeur combinent à la fois des notions de valeur patrimoniale et de
valeur de rentabilité. Dans le cas classique d'acquisition d'une entreprise en vue de poursuivre son
exploitation, toute l'incertitude provient de la difficulté d'évaluer les actifs immatériels non
comptabilisés et qui mesurent « l'aptitude que possède cette entreprise à générer plus ou moins de
bénéfices dans un cadre d'exploitation donné (hommes, produits, équipement, marchés, clientèle)).
Les méthodes mixtes ont justement pour objet d'évaluer cet acquis que les experts anglo-saxons
qualifient de Goodwill (ou Badwill s'il est négatif). En pratique, le goodwill, encore appelé super-
profit ou survaleur, est représenté par l'excédent de la rentabilité dégagée par rapport à la rentabilité
virtuelle d'un placement en capitaux, équivalent à la valeur patrimoniale de l'entreprise, exclusion
faite du fonds commercial. Les méthodes combinées sont nombreuses et il est possible de les classer
en quatre catégories:
A) La «méthode des praticiens» ou «méthode allemande» ou «méthode indirecte»
Cette méthode présente une pondération égale entre la valeur d'actif et la valeur de rendement.

Le goodwill est alors égal à:

Ceci revient à capitaliser sur une durée infinie le superprofit, à un taux de capitalisation ou « taux
risqué», double du taux i ou taux non risqué qui permet de déterminer le rendement normal des
capitaux engagés.
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Application
Soit une entreprise dont l'actif net comptable corrigé (A. N.C.C.) ressort à 1 000000 DH et dont la
capacité bénéficiaire normale (B) s'évalue à 120 000 DH. Sur la base d'un taux d'actualisation de
10%, calculer successivement:
a) La valeur de rendement.
b) La valeur selon la méthode des praticiens.
c) Le goodwill.

B) La «méthode des anglo-saxons» ou «méthode directe» ou «méthode de la rente


perpétuelle du goodwill»
Cette méthode repose sur une approche directe ou explicite du goodwill et permet ainsi de dégager
le goodwill sans passer par la valeur de rendement. On oppose au profit de l'entreprise le rendement
que la valeur patrimoniale (actif net comptable corrigé, valeur substantielle, capitaux permanents
nécessaires à l'exploitation) dégagerait si elle était placée sur le marché à un taux de référence. La
différence obtenue représente donc le flux de revenu induit par la richesse immatérielle de
l'entreprise.
a) On peut substituer dans la deuxième partie de celle formule la V.S.B. à l'actif net comptable corrigé (A.N.C.C.) et retenir dans ce cas comme
bénéfice net de référence la capacité bénéficiaire liée à la V.S.B.
b) Certains auteurs suggèrent l'application d'une prime de risque de 25% à 50%.

Mentionnons que la valeur patrimoniale VP. qui représente les capitaux investis peut être
l'expression de l'actif net comptable corrigé (A.N.C.C), de la valeur substantielle brute (VS.B.) ou
des capitaux permanents nécessaires à l'exploitation (C.P.N.E.).
Dans ces conditions, la capacité bénéficiaire qui traduit le rendement financier des capitaux investis
variera en fonction du critère de capital retenu.
Capitaux investis et capacité bénéficiaire de référence
Capitaux investis Capacité bénéficiaire de référence Mode de calcul
Actif Net Comptable Corrigé Capacité bénéficiaire nette
Bénéfice net retraité
(A.N.C.C.) récurrente
Bénéfice net retraité (a) +
Valeur Substantielle Brute (V.S.B.) Profit lié à la V.S.B.
charges financières (1 - Taux I.S.)
Bénéfice net retraité (a) +
Capitaux Permanents Nécessaires à
Profit lié aux C.P.N.E. Charges financières sur le long
l'exploitation (C.P.N.E.)
et moyen terme (1 - Taux I.S.)
a) Le bénéfice net retraité qui se rapporte à la V.S.B. ou aux C.P.N.E. peut différer du bénéfice net retraité relatif à l'A.N.C.C., du fait de certains
retraitements qui peuvent être spécifiques au calcul de V.S.B. et des C.P.N.E.: élimination des actifs inutiles, prise en compte des biens exploités
par l'entreprise et qui ne figurent pas ou bilan, dépenses de remise en état des équipements vétustes.

À l'instar de la méthode des praticiens, cette méthode permet d'intégrer la fragilité du Goodwill dans
le temps, en capitalisant sur une durée infinie le superprofit à un taux risqué r supérieur au taux non
risqué i qui traduit la rentabilité de la valeur patrimoniale. On peut d'ailleurs démontrer que la

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formule des praticiens et celle des anglo-saxons sont identiques quand r = 2i:

Comme en pratique, le taux risqué r retenu est souvent inférieur à 2i, la méthode des anglo-saxons
conduit à une évaluation plus proche de la valeur de rentabilité que celle obtenue par la méthode des
praticiens.

Application 1
Valeur patrimoniale A.N.C.C. = 1 000000 ; i = 10%
r = 14%
Bénéfice net de référence B = 120000

Application 2
Soit une entreprise dont l'actif net comptable corrigé (A.N.C.C.) et la capacité bénéficiaire normale
(B) s'élèvent respectivement à 5000000 DH et à 420 000 DH.
Sachant que le taux de rémunération des capitaux investis ressort à 10% et que le taux r de
capitalisation du superprofit ou goodwill s'élève à 14 %, calculer le goodwill et la valeur de cette
entreprise selon la méthode des anglo-saxons.

C) La «méthode de la rente abrégée du goodwill »


Cette méthode consiste à actualiser la rente du goodwill sur une durée variable. La durée qui est
généralement difficile à évaluer s'obtient par une pondération de facteurs objectifs (position
concurrentielle de l'entreprise, qualité du management, etc.) et de facteurs subjectifs (personnalité
des dirigeants, etc.). La durée retenue se situe généralement entre 3 et 8 ans. Comme l'énoncent A.
BARNAY et G. CALBA «fixer à 6 ans la rente du goodwill ne veut pas dire que l'on juge que cette
entreprise ne sera pas capable de maintenir au-delà de cette période le même degré de rentabilité.
Cela signifie simplement qu'il ne sera plus alors le fait de facteurs existant actuellement, mais de
ceux qu'auront su entre-temps créer les acquéreurs nouveaux responsables du destin de l'entreprise».
On peut ajouter avec les analystes de l'Union Européenne des Experts Comptables que «de tels
délais peuvent sembler exagérément courts. Toutefois, l'on ne doit pas perdre de vue que le prestige
d'une firme est toujours fragile et que les superbénéfices correspondants disparaissent rapidement
quand font défaut les efforts nécessaires à leur maintien».
Recommandée dès 1961 par l'Union Européenne des Experts Comptables, la méthode se formule
comme suit:

V = ANCC + an(CB – i V)
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Avec:
V = Valeur de l’entreprise
ANCC = Actif Net Comptable Corrigé

En résolvant l'équation:
V (1 + i an ) =
A.N.C.C. + an C.B.
;

V= (ANCC + an CB)/ (1+ian)

Le goodwill est donc égal à:

Comme on le voit, il s'agit d'une formule qui avantage l'acheteur en réduisant abusivement le
goodwill. C'est ainsi que l'Union des Experts Comptables l'a abandonnée dans ses travaux ultérieurs
au profit de la formule suivante qui constitue une variante plus
généreuse:

Dans cette formule, on constate aisément le raisonnement adopté par l'acheteur éventuel:
. il achètera A.N.C.C. sur la base d'un rendement futur considéré comme normal pour rémunérer son
achat, soit iA.N.C.C. La valeur actuelle de iA.N.C.C. (
rente perpétuelle) sera égale à
. il achètera également une rente temporaire d'une durée n
égale au superprofit C.B. - iA.N.C.C. La valeur actuelle
de cette rente est égale à an (C.B. - iA.N.C.C.), c'est-à-dire le goodwill. A l'issue de la période n,
l'acquéreur aura ainsi récupéré son goodwill.

Application
Le bilan corrigé au 31/12/N de l'entreprise XYZ se présente comme suit: (Données en milliers de
dirhams)

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Immobilisations incorporelles 150(a) Capitaux propres 1800
Immobilisations corporelles 1500 Dettes de financement 700
Stocks 250 Dettes du passif circulant 450
Créances de l'actif circulant 550
Trésorerie-actif 500
2950 2950
a) Fonds commercial.
Sachant que le profit lié à la valeur substantielle brute (V.S.B.) de l'entreprise est de 500, et que le
taux de rémunération des capitaux investis ressort à 10%, calculer la valeur de cette entreprise,
selon la méthode de la rente abrégée du goodwill au taux de 12% sur une durée de 5 ans. Ce taux
d'I.S. est de 30%.

D) La méthode de Barnay et Calba


Cette méthode qui est identique dans son fondement à celle de la rente abrégée du goodwill se
formule comme suit:

On remarque que les auteurs BARNAY et CALBA évaluent le goodwill en retenant, comme notion
de valeur patrimoniale, les Capitaux Permanents Nécessaires à l'Exploitation. De plus, le revenu
financier (R.F) pris en considération est basé sur la rémunération des capitaux permanents
nécessaires à l'exploitation, c'est-à-dire qu'il tient compte des charges financières éventuelles liées à
une structure financière déséquilibrée. Ainsi, nous pouvons avoir diverses expressions du revenu
financier (R.F):
. R.F est égal au bénéfice net retraité si les fonds propres sont équivalents ou supérieurs aux capitaux
permanents nécessaires à l'exploitation. Dans cette dernière hypothèse, l'excédent des fonds propres
sur les capitaux permanents nécessaires à l'exploitation sera considéré comme un actif hors
exploitation.
. R.F est égal au bénéfice net retraité majoré des charges financières sur les ressources financières à
terme de l'entreprise, quand les capitaux permanents nécessaires à l'exploitation sont supérieurs
aux fonds propres. Bien entendu, il conviendra pour des raisons de rigueur de se fonder sur les
charges financières diminuées de l'impôt sur les sociétés. On aura donc:

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Le goodwill est égal à:

À l'instar de la méthode de la rente abrégée du goodwill, le facteur d'actualisation « an» est calculé
sur une durée variant entre 3 et 8 ans. S'agissant du taux i, il est recommandé de retenir le taux
moyen des valeurs à revenu fixe (bons du trésor par exemple). Quant au taux d'actualisation i, celui-
ci s'obtient en majorant le taux i d'une prime de 25 % à 75 % en fonction du risque.
Application
On vous communique les informations suivantes relatives à la société z:
. Le chiffre d'affaires au 31/12/N s'élève à 100 millions de dirhams et progresse de 10% par an.
. Le fonds de roulement net au 31/12/N est égal à 9 000 DH et le besoin en fonds de roulement peut
être estimé à 10% du chiffre d'affaires.
. Les immobilisations nettes d'exploitation au 31/12/N sont égales à 45 000 000 DH et les dotations
aux amortissements y afférentes sont de 8 000 000 DH.
. Les investissements suivants sont envisagés en début d'exercice:
Exercice N+1 N+2 N+3 N+4 N+5
Investissements prévus 20 000 000 - 5 000 000 - -
Taux d'amortissement linéaire 10% - 15% - -
. Le résultat avant amortissements, charges financières sur le long terme et impôts est égal à 20 %
du chiffre d'affaires prévisionnel.
a) Déterminer les capitaux permanents nécessaires à l'exploitation des exercices N + 1 à N + 5.
b) Calculer le profit lié aux C.P.N.E. et la rente abrégée du goodwill (Barnay et Calba) en vous
basant sur un taux de rémunération des C.P.N.E. de 10%, un taux d'actualisation de 12 % et une
durée de 5 ans.
c) Sachant que l'actif net comptable corrigé ressort à 75 000 000 DH, calculer la valeur de la
société Z selon la méthode de la rente abrégée du goodwill.
Note Taux d'I.S. 30 %.

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