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Spécial Colloque International

Recherche en Sciences
de Gestion
Contexte, Benchmark et
Nouvelles Tendances

27-28 Février 2014 à l’ISCAE-Casablanca


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EDITORIAL

P r. R a c h i d M ’ R A B E T
Directeur de l’Ecole Doctorale du Groupe ISCAE

L
dans ce domaine, d’où l’importance
’Ecole Doctorale du Groupe
de mener une réflexion sur comment
ISCAE a ouvert ses portes à la
améliorer la qualité des travaux de
rentrée universitaire 2011-
recherche, tant sur le plan de la
2012. Elle y développe un cursus de
méthodologie, des systèmes de mana-
formation doctorale constitué d’un
gement de la recherche, des moyens
ensemble de formations et de travaux
et des dispositifs mis en place, que
de recherche ayant pour objectif de sur le plan des thématiques les plus
faire acquérir aux doctorants des pertinentes au regard des besoins de
connaissances, des aptitudes et des l’entreprise et du monde de l’ensei-
compétences pour entreprendre et gnement.
mener à terme une recherche scienti-
fique de haut niveau. Elle comprend L’ingénierie de la recherche s’impose
la recherche en gestion, domiciliée au donc comme une approche intégrée
niveau du Centre d’études et de permettant à partir des référentiels
recherche en gestion (CERGI), et un théoriques, alimentés par les différents
programme de formation doctorale. courants de pensées épistémologiques,
de dégager le cadre théorique de
A côté des séminaires techniques et de travail du chercheur en définissant les
réflexion méthodologique et épistémo- lignes directrices de la méthodologie
logique et dans le cadre de ses activi- ainsi que les outils appropriés en vue
tés de recherche, d’ouverture et de d’aboutir à des résultats scientifique-
partage, l’Ecole doctorale, a organisé ment acceptables.
plusieurs activités de recherche :
Deux doctoriales en Mars 2013 et Le colloque a reçu une trentaine de
Avril 2014, la publication de quatre propositions de communications ;
cahiers de recherche et surtout l’or- vingt d’entre elles ont été présentées.
ganisation les 13 et 14 décembre Ces recherches ont permis de faire un
2013, à l’ISCAE-Casablanca, de son état des lieux des différents référen-
premier colloque international tiels de recherche en sciences de ges-
autour du thème : «Recherche en tion, d’observer le retour d’expé-
gestion : état de l’art». rience ainsi que les modèles existants
et de tirer des enseignements clés
Le choix de ce thème part de l’idée permettant d’améliorer le processus
que le développement des sciences de de recherche. Par ailleurs, et au
gestion est fondamentalement lié à regard des enjeux économiques et
l’avancée des travaux de recherche managériaux au Maroc et à l’étran-

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ger, le colloque a permis d’identifier que de l’efficacité et de la pertinence


les domaines de recherche les plus de la méthodologie et des résultats
pertinents. de ces travaux de recherche.
Dans ce numéro de la RMSM sont
regroupées quelques communica- • Nouvelles tendances dans la
tions présentées lors du colloque recherche en management, thème
autour des thèmes suivants : qui traite de la globalisation des éco-
nomies et l’accentuation de la
• Recherche en management : concurrence et leurs implications sur
contexte, méthodes et principes, les exigences en termes de perfor-
thème axé sur l’exploration des réfé- mance des entreprises et de l’impor-
rentiels en matière de recherche en tance de l’apport de la recherche
sciences de gestion qui met en exer- comme vecteur de changement et
gue les différents courants de pensée d’amélioration de leurs performances
épistémologiques, leur évolution managériales.
dans le temps ainsi que l’apport de
chaque courant de pensée à la métho- Le colloque organisé par le groupe a
dologie de recherche de manière été l’occasion de discuter de la
générale. recherche en gestion et de son évolu-
tion. Nous présentons dans ce
• Retour d’expérience et explora- numéro quelques-unes des communi-
tion des modèles existants en cations présentées lors de cette mani-
recherche en management, qui festation. En les diffusant, nous
traite de l’importance des travaux de sacrifions a la sacro-sainte règle de
recherche en sciences de gestion partage en matière de recherche
dans l’évaluation du retour d’expé- scientifique et souhaitons engager le
rience sur la pertinence des modèles débat sur ces questions de recherche
de management de la recherche ainsi en gestion ■

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SOMMAIRE

FOCUS
La performance de l’investissement socialement
responsable (ISR) au Maroc ...................................................................... 5
Asmae FELLAJI, Omar BELKHEIRI

DOSSIER
Les nouvelles tendances de la recherche en comptabilité :
Revue des articles publiés entre 2003 et 2012 dans
les revues scientifiques catégorisées par le CNRS ................................ 31
M’hammed EL HAMZA

Postures épistémologiques dans les sciences de gestion :


Cas de l’école doctorale du “Groupe ISCAE” .......................................... 47
Issam EL MAGUIRI, Zakaria BENHAR

De l’observation participante comme méthode de recherche ................ 72


Ibtissam ABARAR, Azzouz ELHAMMA, Hasnae RAZGANI

Contexte et contextualisation dans les recherches


en Management au Maroc ...................................................................... 85
Abdenbi LOUITRI, Doha SAHRAOUI

Le Balanced Scorecard : outil de pilotage stratégique ; Recherche action


au Centre Hospitalier Régional de Kenitra ......................................... 101
Zakaria BELRHITI, Abderehmane MAAROUFI

Directeur de la publication : Mohamed EL MOUEFFAK - Rédacteur en Chef : Mohamed SABAR


Comité de lecture : Adil BAMI, Abdelmounim BELALIA, Abdelhaye BENABDELHADI,
Fouad BENSEDDIK, Mohamed BOUMESMAR, Fawzi BRITEL, Karim CHARAF, Dounia DAHAB,
Fadel DRISSI, Bachir EL BOUHALI, Inass EL FARISSI, Younes LAHRICHI, Fouad MACHROUH,
Tarik EL MALKI, Siham MEKNASSI, Mohamed SABAR, Jaâfar SKALLI, Ouafaa ZAIM.
Responsable Communication : Samira ALAOUI
Secretaire de la rédaction : Leïla EL MOUALIJ
Diffusion auprès des partenaires : Lamia MAKROUM
Réalisation : Ouragan Communication
Distribution : SOCHEPRESS
Dépôt légal 2012/PE0088 / ISBN 2028/8840

GROUPE ISCAE : Km 9,500, Route de Nouasseur - B.P. 8114 Oasis- Casablanca - Maroc
Tél. : (+212) 05 22 33 54 82 à 87 - Fax : (+212) 05 22 33 54 96
Site web : www.groupeiscae.ma

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FOCUS

La performance de l’investissement
socialement responsable (ISR)
au Maroc
Résumé. L’investissement socialement responsable est la traduction financière
des principes de développement durable dans la gestion de portefeuille. Le
débat sur la performance de l’ISR ne permet pas à ce jour de définir objective-
ment quelle est la nature de l’effet de l’ISR sur la performance boursière. Le
Maroc ne fait pas exception et la question est de savoir si les placements ISR
obtiennent de meilleures performances que leurs pairs conventionnels.
Pour ce faire, nous allons procéder, tout d’abord, par une étude de comparaison
de fonds ISR et fonds conventionnels, pour comparer, ensuite, la performance
des titres de sociétés « bien notées » à celle des titres de sociétés « mal notées
» sur la base de la notation extra-financière de l’agence Vigeo.

Mots-clés. Investissement Socialement Responsable, Performance financière,


Performance extra-financière, Fonds ISR
Asmae FELLAJI
Doctorante
à l’ENCG Abstract. Socially responsible investment is the incorporation of sustainable
Tanger development principles into portfolio management. Until today, the debate on
the performance of SRI does not allow to objectively define what is the nature
Omar of SRI effect on market performance. Morocco is no exception and the question
BELKHEIRI is whether the SRI investments perform better than their conventional peers.
Professeur de First, we will proceed by a comparison study of SRI funds and conventional
l’Enseignement funds, to compare, then, the performance of a “highly rated companies”bench-
Supérieur mark with“poorly rated companies” benchmark, using the VigeoESG ratings.
à l’ENCG
Tanger
Key words. Socially Responsible Investment, financial performance, non-finan-
cial performance, SRI Fund

Introduction de l’Homme et de son environ-


nement.Faisant face aux nouveaux
Le modèle du capitalisme financier contre-pouvoirs, la santé à long
occidental, faisant de la création de terme d’une organisation dépend de
valeur pour l’actionnaire le seul plus en plus de l’image qu’elle se con-
critère de performance, est aujour- struit, des valeurs et de la culture
d’hui remis en cause. La logique qu’elle véhicule, des effets directs et
économique et financière n’est plus indirects de son activité sur la
spontanément ordonnée au service société.

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DOSSIER

Dans ce contexte, on assiste à l’émer- la responsabilité sociétale de l’entre-


gence d’un nouveau mode de gestion prise. Ces entreprises sont dans la
qui s’efforce de prendre en charge majorité des cas des filiales de
cette équation conjuguant rentabilité sociétés internationales. Le bilan de
et responsabilité : l’investissement l’ISR au Maroc reste donc très maigre
socialement responsable (ISR). Ce et son développement ne sera assuré
dernier se définit comme la com- qu’une fois le débat sur la qualité de
posante financière du concept de ses performances clos.
développement durable par lequel
l’investisseur, au lieu de s’intéresser
limitativement aux critères finan-
La question de la performance
ciers - rentabilité et risque - utilise de l’ISR a fait l’objet de plusieurs
également dans sa décision d’in- études aux résultats divergents.
vestissement des critères extra-finan-
ciers à caractère éthique, de gouver-
nance, social et environnemental. La question de la performance de
Certes, ce concept est encore très flou l’ISR a fait l’objet de plusieurs études
et méconnu. Cependant, il connaît un aux résultats divergents. Au Maroc, il
développement considérable. paraît que cette question n’a pas
Au niveau mondial, l’ISR est une «dis- encore eu de réponse. Cet article a
cipline» en évolution et en cours de pour objet d’apporter des éléments de
maturation. Sa structuration est rela- réponse à cette problématique. Pour
tivement récente. Les thématiques ce faire, la première partie sera con-
couvertes sont nombreuses, souvent sacrée à la présentation de la défini-
peu explorées sous un angle finan- tion du concept, de son origine, de
cier, elles font appel à des compé- ses différentes stratégies et fonds et
tences précises. Ces expertises sont de ses performances. La deuxième
en train de s’affiner. Les données partie, quant à elle, présentera les
(provenant aussi bien des entreprises résultats de notre étude comparative
elles-mêmes que des agences spécial- sur la performance de l’ISR au Maroc.
isées), à partir desquelles les opin- Cette dernière a pour objet de faire le
ions peuvent être formées, les déci- parallèle entre lesperformances de
sions d’investissement prises, sont l’investissement socialement respon-
encore en cours de stabilisation. sable et l’investissementtraditionnel.
Au Maroc, l’ISR est très peu connu
pour ne pas dire « inconnu ». Ses I - Approche conceptuelle
acteurs se comptent sur les doigts et
leurs actions sont limitées et man- et théorique
quent de politique de communication
vigoureuse. Du côté des gestion- 1. Une multitude de définitions
naires d’actif financier, il n’existe L’ISR est une notion ambiguë qui n’a
quetrois fonds éthique basé sur des pas encore fait l’objet de définition
critères d’exclusion et quelques fonds universelle. Il est, à l’instar des con-
de partage. Du côté des entreprises, il cepts économiques contemporains,
n’y a qu’un nombre limité qui s’in- directement traduit de l’expression
téresse aux questions sociales et américaine « Socially Responsible
environnementales et à la pratique de Investment » (SRI). Le mot anglo-

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saxon « social » a un sens plus large Environnementaux, Sociaux et de


que son homologue français, qui fait Gouvernance.
référence implicitement aux seuls Ce mode de gestion se définit essen-
«partenaires sociaux» (Pérez, 2002) tiellement par ses modalités d’exerci-
et aux relations employeurs-salariés ce consistant à intégrer des critères
et non à l’ensemble des partenaires extra-financiers regroupant des élé-
de l’entreprise (clients, fournisseurs, ments environnementaux, sociaux et
pouvoirs publics, collectivités locales, de gouvernance d’entreprise (ESG)
société civile, etc.). C’est ainsi que dans l’analyse financière effectuée
l’adjectif « sociétal » est souvent pour sélectionner les titres (Durand,
utilisé pour différencier ce qui relève 2008a). Ceux-ci n’ont pas vocation à
de la société au sens large de ce qui se substituer aux variables et ratios
relève des relations employeurs- financiers classiques, mais seulement
salariés. Cependant, l’usage courant à constituer un filtre supplémentaire
tend de plus en plus à comprendre le pour construire un portefeuille
terme « social » dans son sens orig- (Durand, 2008b).
inel tiré de l’anglo-américain qui
englobe les aspects sociétaux
L’ISR est l’application à la gestion
(Capron et Quairel-Lanoizelée, 2007)
et l’ensemble des partenaires con- de portefeuilles des principes du
cernés par l’activité de l’entreprise. développement durable
Ces divers partenaires, nés de cet
élargissement des relations sociales,
sont regroupés dans la terminologie Cette démarche provient de l’applica-
anglo-saxonne, sous le vocable tion à la gestion de portefeuilles
«stakeholders» (traduction française : des principes du « développement
« détendeurs de pouvoir » ou « par- durable », selon lesquels tout modèle
ties prenantes ») par opposition aux de croissance économique à long
« shareholders » ou « stockholders » terme doit aussi respecter l’Homme
(Pérez, op. cit.) (traduction française et son environnement. Autrement
« détenteurs d’actions »). exprimé, l’ISR se définit comme la
Ainsi, l’ISR concerne des opérations composante financière du concept de
d’investissement prenant en consid- développement durable par lequel
ération les différentes « parties l’investisseur, au lieu de s’intéresser
prenantes » concernées par ledit limitativement aux critères finan-
investissement (Pérez, op. cit.). Il est ciers — rentabilité et risque — utilise
à signaler qu’il s’agit d’un investisse- également dans sa décision d’in-
ment financier et non d’un investisse- vestissement des critères extra-finan-
ment réel. Il s’agit d’investir sur les ciers à caractère éthique, de gouver-
marchés financiers en achetant des nance, social et environnemental
actions ou des obligations en sélec- (Schneider-Maunoury, 2007). Investir
tionnant les entreprises non pas de façon socialement responsable,
uniquement sur la base de critères c’est faire l’hypothèse que son
financiers (rentabilité, risque, …), investissement peut changer le
mais en intégrant à son choix des monde, mais c’est aussi investir avec
critères extra-financiers, également un espoir de rentabilité (Landier et
appelés des critères « ESG » — Vinay, 2008).

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DOSSIER

Dans le présent papier, nous allons al., 2004 ; El Khamlichi, 2012 ;


retenir la définition donnée en 2013 Renneboog, Ter Horst, et Zhang,
par l’Association Française de la 2008 ; de Brito et al., 2005) consid-
Gestion financière et le Forum pour èrent que l’ISR prend sa source dans
l’Investissement Responsable. Selon les textes religieux (la Bible, le
ces derniers, « L’ISR est un place-
ment qui vise à concilier performance
économique et impact social et envi- l’ISR prend sa source dans
ronnemental en finançant les entre- les textes religieux
prises et les entités publiques qui
contribuent au développement
durable quel que soit leur secteur Coran, le Torah) et font remonter
d’activité. En influençant la gouver- son origine à plusieurs siècles.
nance et le comportement des Cependant, l’ISR commence réelle-
acteurs, l’ISR favorise une économie ment chez les Quakers1 au XVIIe siè-
responsable ». cle (Ferone et al., 2004). Ces derniers
Cette nouvelle définition met l’accent refusaient de tirer profit de l’indus-
sur le lien existant entre l’ISR et le trie de la guerre et de l’esclavage
développement durable. Elle insiste, (Renneboog, Ter Horst, et Zhang,
pour la première fois, sur l’influence 2008). Dans le prolongement des
exercée par l’ISR sur le comporte- Quakers, l’ISR se développe dans un
ment des acteurs, d’une part, et sur le besoin d’adéquation entre conduite
développement d’une économie personnelle et investissement.C’est
responsable, d’autre part. ainsi qu’au début des années 1900,
Malgré les différentes définitions les communautés religieuses vont
données à l’ISR, ce concept reste permettre l’institutionnalisation de
ambigu et de plus en plus complexe ce mouvement, notamment sous la
au regard de la pluralité non seule- forme de fonds commun de place-
ment de son origine mais également ment, excluant de leurs univers d’in-
de ses objectifs et ses pratiques. vestissement tout ce qui concerne
l’armement, l’alcool, le tabac, le jeu et
2. De l’investissement éthique à la pornographie.
l’investissement socialement
responsable : une histoire courte 2.2. … à l’activisme actionnarial…
Le phénomène de l’ISR dans sa ver-
2.1. De l’investissement éthique… sion moderne et tel que nous le con-
Il paraît difficile de dater l’origine de ce naissons aujourd’hui, a pris nais-
mouvement avec certitude (Ferone et sance aux États-Unis à la fin des
al., 2004). Cependant, plusieurs spé- années 1960. On assiste à l’appari-
cialistes (Frédérique Déjean, 2005 ; tion de nouvelles pratiques sociale-
Campeau et al., 2011 ; Ferone et ment responsables et formes de

1. Les « Quakers », ou « Société religieuse des Amis », est un mouvement religieux fondé en Angleterre au
XVIIe siècle par des dissidents de l’Église anglicane. Les membres de ce mouvement sont communément connus
sous le nom de quakers mais ils se nomment entre eux « Amis » et « Amies ». Les historiens s’accordent à
désigner George Fox comme le principal fondateur ou le plus important meneur des débuts du mouvement.

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placements éthiques, notamment responsables et des critères plus spé-


pour lutter contre la guerre au cifiquement sociaux viennent s’a-
Vietnam ou contre la discrimination jouter aux critères environnemen-
raciale. La lutte contre la politique de taux. En effet, la taille des entrepris-
l’Apartheid en Afrique du Sud a es devient plus grande que celle de
également été un terrain fertile pour quelques Etats et les grandes firmes
les investisseurs responsables. À commencent à user partout où elles
cette époque, « les critères retenus le peuvent de leur influence politique.
reposent plus sur des convictions C’est ainsi qu’on commence à s’in-
politiques et éthiques que sur téresser à la justice sociale — condi-
des considérations religieuses » tions de travail au niveau interna-
(Wiedeman-Goiran et Pfister, 2006). tional, travail des enfants, droits
Durant cette période, un nouveau humains, équité entre hommes et
scénario de l’ISR apparaît où l’action- femmes, etc. – en plus de la protection
naire tient le rôle principal (Revelli, de l’environnement (Campeau et al.,
2011). Ce dernier va jouer un rôle 2011). Les critères de sélection posi-
prépondérant dans l’influence sur les tive sociaux et environnementaux
décisions des entreprises à travers viendront alors compléter les critères
l’activisme actionnarial.Il s’est donc de sélection négative moraux, et aux
réellement construit autour des con- objectifs « double bottom line »
flits sociaux et politiques majeurs qui (impact financier et impact social /
ont marqué les années 1960 et 1970 éthique) va succéder le « triple bottom
(Revelli, 2011). line » ou « triple résultat », basé sur
des préoccupations environnemen-
2.3. … à l’intégration de critères tales, sociales et économiques (Igalens
sociaux et environnementaux… et Joras, 2002 ; In Revelli,2011).
A partir de la fin des années 1980,
l’ISR a connu un nouveau souffle avec 2.4. … à l’intégration de critères
l’intérêt croissant accordé au thème de gouvernance et de transparence
de l’environnement, qui s’est pro- Depuis 2000, la succession des scan-
gressivement imposé comme le dales financiers fait que les
critère dominant des fonds éthiques épargnants n’ont plus confiance aux
(Gendron et Bourque, 2003). On marchés financiers (Campeau et al.,
assiste, durant cette période, à la 2011). Cette méfiance envers les
mise en application des principes du offres d’investissement tradition-
développement durable (rentabilité nelles s’est fortement alourdie avec
économique, cohésion sociale, inté- l’éclatement de la crise financière
gration de l’environnement) et à la mondiale déclenchée par la faillite
naissance de fonds d’investissement des subprimes en 2008. Des critères-
dont les filtres ne sont plus concen- tels que la transparence et la gouver-
trés sur des critères d’exclusion mais nance sont à prendre en compte par
également sur des critères de sélec- les investisseurs dans la sélection de
tion sociaux et environnementaux. À portefeuille socialement responsable.
partir des années 1990, les con- Au «triple bottom line» va succéder le
séquences de la mondialisation ont «quadruple bottom line» ou le
changé les préoccupations des «quadriptyque», basé sur des préoccu-
bailleurs de fonds socialement pations environnementales, sociales,

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économiques et de gouvernance approche d’exclusion qui consiste à


(Revelli, 2011). exclure de l’univers d’investissement
des secteurs d’activité pour des
raisons morales ou religieuses.
l’ISR s’est développé progressivement • Exclusion de secteurs d’activité
en réponse à l’évolution des jugés immoraux : Alcool, tabac,
armement, jeu, pornographie,
préoccupations des investisseurs.
nucléaire, production d’OGM…
• Exclusion de pratiques jugées
Le développement de l’ISR a connu immorales : Corruption, blanchi-
plusieurs étapes pour servir à chaque ment d’argent, violation des droits de
fois des causes différentes qui ne l’homme, violation des droits soci-
s’excluent aucunement. Il s’est aux, violation des droits syndicaux,
développé progressivement en discrimination raciale, discrimina-
réponse à l’évolution des préoccupa- tion sexuelle, travail des enfants, tra-
tions des investisseurs. C’est ainsi vail forcé, pollution, fraudes fiscales,
que l’ISR est maintenant « composé maltraitance des animaux…
de tous ces courants de pensée et ne De cette stratégie de sélection néga-
peut être défini sans que l’on y fasse tive découle les fonds d’exclusion qui
référence et en intègreles objectifs se basent exclusivement sur des
dans la manière de le représenter » critères d’exclusion (ou critères
(Campeau et al., 2011). En con- négatifs).
séquence, les manières d’être sociale-
ment responsable ont évolué pour don- 3.2. …à l’engagement actionnarial…
ner naissance à diverses stratégies. Apparu aux États-Unis à la fin des
années 1960 pour lutter contre la
3. Stratégies et fonds : entre guerre au Vietnam ou contre la dis-
stratégie d’exclusion et stratégie crimination raciale, l’engagement
de sélection positive actionnarial, appelé également
Au fil du développement de l’ISR, de «activisme sociétal ou actionnarial», est
nouvelles stratégies socialement l’expression du pouvoir des action-
responsables se sont développées, ces naires sur les dirigeants. On parle d’ac-
dernières ont donné naissance à dif- tivisme sociétal lorsque «des action-
férents fonds socialement responsables. naires font valoir leurs droits de vote
pour promouvoir une cause» (Rolland
3.1. De la stratégie d’exclusion… et Tremblay, 2004). Plus développée
Il s’agit de la « vision historique » aux Etats-Unis qu’en Europe, elle se
(Bayser et Brafman, 2006) de l’ISR, définit notamment comme « l’exercice
du fait qu’elle est historiquement la des droits de dialogue, de vote et de
première méthode à prendre en con- proposition habituellement conférés à
sidération les critères extra-finan- un actionnaire comme moyen d’influ-
ciers dans la sélection de titres en encer le comportement des dirigeants
portefeuille. Apparue aux Etats-Unis d’une entreprise en faveur d’une
dans les années 1920, la « sélection responsabilité sociale plus forte »
négative » (dans la terminologie
(Durand, 2008b).
européenne) ou « décision d’exclu-
Ainsi, l’actionnariat responsable pré-
sion » (en termes américains) est une
conise « d’engager un dialogue avec

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les entreprises afin de les convaincre défavorisées, où les capitaux ne sont


de suivre de bonnes pratiques dans pas facilement disponibles et ce dans
les domaines de la gouvernance, de la un objectif de créer des emplois, des
gestion des risques environnemen- logements abordables et d’autres serv-
ices nécessaires. Ce type d’investisse-
ment a plus d’importance aux Etats-
L’activisme actionnarial a pour but Unis qu’en Europe. Deux types de
d’orienter le comportement de fonds découlent de cette stratégie :
• Les fonds de partage : une partie
l’entreprise vers une RSE plus élevée
de leurs bénéficies est reversée à des
associations caritatives ou à des
ONG. Il s’agit d’investir sans tenir
taux et sociaux » (Wiedeman-Goiran compte de critères ISR mais redis-
et Pfister, 2006). Il a pour but « d’ori- tribuer (partager) une partie des
enter le comportement de l’entreprise bénéfices.
vers un niveau de responsabilité • Les produits financiers solidaires :
sociale et environnementale plus ce sont des produits d’épargne des-
élevée » (Rosé, 2006). L’activisme tinés à financer des projets d’économie
actionnarial reste donc un moyen solidaire. Ils apportent des capitaux à
pour les gérants de fonds socialement des secteurs en difficulté et qui ne peu-
responsables, comme pour les action- vent trouver un moyen de financement
naires individuels, de pousser l’entre- sur le marché classique.
prise vers une meilleure prise en
compte du développement durable. 3.4. … à la stratégie de sélection
Les fonds qui pratiquent un positive.
activisme actionnarial sont des Contrairement à la sélection néga-
«fonds socialement responsables». tive, la sélection positive (aux termes
L’exigence de responsabilité sociale européens) ou qualitative (dans le
s’exerce non plus dans le processus vocabulaire américain) (« positive
de sélection des titres du portefeuille, screening ») se fonde sur des critères
mais dans la relation avec les sociétés qualitatifs permettant de juger la per-
qui le composent. formance de l’entreprise sur la base
des trois critères : financiers, soci-
3.3. … et l’investissement com- aux et environnementaux. Il s’agit de
munautaire… « sélectionner les entreprises dont
Contrairement aux autres stratégies les pratiques sociales et environ-
ISR considérant « la performance nementales sont meilleures que celles
financière et la performance sociale et de leurs pairs » (Louche et
environnementale sur un même pied Ledenberg, 2006).
d’égalité » (Rosé, 2006), l’investisse-
ment communautaire «délaisse la per-
formance financière en privilégiant
L’approche par la sélection positive est
des valeurs de solidarité» (Rosé, 2006). essentiellement fondée sur la RSE
Apparu dans les années 1970, c’est la
composante la plus discrète de l’ISR. Il L’approche par la sélection positive,
permet aux investisseurs d’investir plus développée en Europe Continen-
leur argent dans les communautés tale, n’est apparue que récemment à la

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fin des années 1980. Elle est essen- niveau de questionnement que cette
tiellement fondée sur la responsabilité communication aspire à ajouter une
sociale de l’entreprise et vient en valeur ajoutée à travers une démarche
réponse aux préoccupations environ- comparative.
nementales, sociales, économiques et
de gouvernance2 des investisseurs. 4. La performance de l’ISR : Qu’en
Cette méthodologie consistera à « priv- est-il ?
ilégier dans le portefeuille, les sociétés Dans la littérature, les opinions
affichant un comportement sociale- divergent quant à la relation entre
ment responsable de qualité, performance financière et perform-
respectueux des différentes parties ance extra-financière. Pour notre
prenantes (salariés, société civile, envi- étude, on s’intéresse à la performance
ronnement, actionnaires...), et ira boursière puisqu’on mesure la per-
jusqu’à sous-pondérer, voire exclure les formance de fonds / portefeuilles
moins bons élèves » (Bayser et d’actions socialement responsables
Brafman, 2006). Trois types de sélec- dans le cadre du marché financier.
tion se développent au sein de cette Nous interpellerons successivement
stratégie : (1) l’approche « best in la littérature et les études anté-
class » qui consiste à sélectionner les rieures.
entreprises qui répondent le mieux aux
critères sociaux et environnementaux 4.1. Explications théoriques
par rapport à leurs concurrents, (2) Nous analyserons, tout d’abord, le cas
l’approche « best effort » qui repose, spécifique de l’ISR dans la théorie mod-
quant à elle, sur la sélection des entre- erne du portefeuille et l’efficience des
prises qui marquent le plus leur volon- marchés. Ensuite, nous exposerons les
té d’améliorer leur situation sur le plan différentes théories expliquant la
social, environnemental, de gouverne- sous/sur-performance de l’ISR.
ment d’entreprise, (3) et l’approche thé- Le principe de base de la théorie mod-
matique qui consiste à investir dans erne de portefeuille, développée par
des entreprises d’un secteur donné ou Markowitz en 1952, veut qu’un porte-
favorisant certaines pratiques : éner- feuille, pour offrir une rentabilité
gies renouvelables, eau, réduction maximale ou optimale (par rapport à
d’émissions de gaz à effet de serre, un risque donné), doit être diversifié
emplois… dans plusieurs actifs. Autrement dit,
Les fonds ISR connaissent un «il ne faut pas mettre tous ces œufs
développement considérable à travers dans le même panier». On parle alors
le monde. Cependant, comme pour tout d’optimisation du couple «rentabilité
autre placement, l’optimisation du cou- – risque» ou de la fonction «espérance
ple rendement/risque est de mise. La – variance».
question est de savoir dans quelle Les opposants de l’ISR trouvent donc
mesure la prise en compte de critères leurs arguments dans la théorie mod-
extra-financiers dans la décision d’in- erne de portefeuille. Pour eux, l’ISR
vestissement contribue à l’appréciation réduit l’univers d’investissement et
de la performance financière. C’est à ce offre donc une diversification beau-

2. Comme c’est déjà évoqué, cette stratégie est apparue dans la phase de l’intégration de critères sociaux et envi-
ronnementaux et la phase de l’intégration de critères de gouvernance et de transparence.

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DOSSIER

coup moins importante par les con- sectorielle équivalente à celle de son
traintes de sélection et d’exclusion indice de référence en sélectionnant
qu’il impose. Or, un portefeuille doit les meilleures entreprises de chaque
être bien diversifié pour être effi- secteur d’activité sur des critères
cient, d’où l’existence d’une sous-per- ESG. De la sorte, et étant donné que
formace du portefeuille ISR. Cela est la frontière efficiente regroupe les
d’autant vrai dans le cas de la portefeuilles efficients dans un cadre
stratégie de sélection négative où la espérance-variance, l’ISR peut offrir
restriction à un plus petit nombre de une meilleure rentabilité que certains
secteurs d’investissement augmente portefeuilles conventionnels.
le risque du portefeuille tout en Egalement, il existe différents fonde-
diminuant sa rentabilité. ments et théories pouvant agir
Dans le cas de la stratégie de sélec- comme des facteurs explicatifs de la
tion positive, et plus particulièrement sous/sur-performance de l’ISR. Les
de la stratégie « best-in-class », le tableaux suivants exposent ces dif-
gérant du fonds d’investissement férentes théories.
responsable conserve une répartition

Tableau 1 : Théories expliquant la sous-performance de l’ISR

Théorie Auteur Arguments

Théorie Friedman La seule responsabilité de l’entreprise est


néolibérale 1962 ; 1970 d’augmenter ses profits.La prise en compte
de considérations sociales et environ-
nementales génère des coûts supplémen-
taires externes qu’il faut internaliser ce qui
provoquera une perte de la valeur de l’en-
treprise et de son action.
L’introduction de contraintes sociales et
environnementales au sein des porte-
feuilles d’investissement pourrait jouer un
rôle négatif sur leur performance.

Théorie des Luther et Lescritères de filtrage ISR diminueraient


« coûts al. 1992 sur le long terme laliquidité moyenne des
financiers » actifs (et augmenteraient donc l’impact du
marché sur chaque futuretransaction) et
provoqueraient également une gestion
d’actifs plus complexe et plus chère car
générant plus de recherche pour savoir si
un titre satisfait ou non les critères ISR.
L’ensemble de ces coûts diminuera à terme
la performance.
Source : Revelli 2011

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DOSSIER

Tableau 2 : Théories expliquant la sur-performance de l’ISR

Théorie Auteur Arguments

Hypothèse de la Porter 1991 Uneamélioration de la performance envi-


performance ronnementale de l’entreprise serait à l’orig-
environne- ine d’une meilleure productivité et donc
mentale d’une création de richesse pour l’entreprise
(amélioration de la performance
économique).

Théorie des Freeman 1984 L’activisme actionnarial permet de « créer


parties prenantes Gompers et de la valeur » pour l’entreprise.
ou de l’activisme al. 2003 Lesparties prenantes « actionnaires », par
actionnarial Core et al. 2006 la pression qu’elles exercent sur les entre-
Smith 1996 prises, permettent de modifier les com-
portements de ces dernières en les orien-
tant sur les valeurs qu’elles défendent.
Cela se répercute plus rapidement sur le
prix des actions. Ce dernier augmente dès
lors que les entreprises acceptent les réso-
lutions de structure de leur gouvernance.

Théorie de Bauer et al. L’ISR aurait tendance à sous-performer à


«l’effet d’ap- 2005 ; 2006 court terme des investissements dits trad-
prentissage» tionnels, puis à réduire cet écart à moyen
terme jusqu’à l’inverser à long terme.

Théorie de Kurtz 2002 L’ISR génère de la valeur à terme, dans le


«l’effet sens où « la notation extra-financière peut
d’information» être interprétée comme le reflet d’une cer-
taine maîtrise des risques auxquels est con-
frontée l’entreprise. Dès lors, les sociétés
qui gèrent au mieux leurs enjeux socio-
environnementaux limitent les risques de
conflits sociaux ou encore industriels, sus-
ceptibles de nuire notamment à leur image,
et sont ainsi appelés à terme à surper-
former leurs concurrents ». A l’inverse, les
entreprises ne prenant pas en compte ce
type d’intérêts s’exposent à un risque plus
élevé de faillite et de retrait des capitaux
par les investisseurs.

Source : Revelli 2011

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DOSSIER

4.2. Etudes antérieures celles traitant de la relation perform-


Les études traitant du lien entre ISR et ance sociale et performance écono-
performance financière ne sont pas mique. Le tableau suivant retrace les
nombreuses comme dans le cas de études pionnières dans ce domaine :

Tableau 3 : Etudes sur la performance de l’ISRaux Etats- Unis

Auteurs Champs de recherche Résultats

Moskowitz 14 actions d’entreprises Ces actions surperforment le


(1972) notées sur des critères RSE et marché de manière significa-
recommandées par les ana- tive.
lystes comme étant « sociale-
ment responsables ».

Vance (1975) 51 actions jugées comme Les performances affichées


socialement responsables. sur l’année 1974 sont très
négatives et plus faibles que
le marché.

Alexander et Reprendre les données issues La performance de ces titres


Buchholz de l’étude de Vance en obser- est similaire à celle du
(1978) vant la performance sur deux marché de manière générale.
périodes plus longues et en
utilisant l’alpha de Jensen
comme mesure de perform-
ance financière.
Source : Revelli 2011

Ces études restent très simples en • Elaboration de portefeuilles ad hoc :


termes de méthodologie. Cependant, il s’agit de créer, par certains
elles vont servir de véritables chercheurs, de leurs propres porte-
déclencheurs d’autres études feuilles socialement responsables selon
analysant la performance des actions des critères éthiques définis par des
et portefeuilles ISR. Les méthodes
expérimentales principales choisies Ces études vont servir de véritables
par les chercheurs dans le cadre de déclencheurs d’autres études
leurs investigations empiriques sont
les suivantes : sociétés d’analyse extra-financière ; et
• Comparaison de fonds : il s’agit d’é- de comparer la performance des
tudes de comparaison de fonds ISR et portefeuilles ISR « bien notés » à
de fonds conventionnels en termes de celle des portefeuilles ISR « mal
performance. notés » et/ou des portefeuilles con-
• Comparaison d’indices : il s’agit ventionnels.
d’études comparant la performance La diversité des résultats de ces dif-
d’indices ISR avec celle d’indices con- férentes études ne permet pas de con-
ventionnels. clure à une performance positive ou

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DOSSIER

négative de l’ISR par rapport à l’in- S= Rp - Rf


vestissement traditionnel. Cependant, σp
elles montrent en générale que les
fonds ISR ont des performances com-
parables à celles du marché. Avec :
Rp : la rentabilité du portefeuille
4.3. Mesures de performance Rf : le taux sans risque
La performance financière d’un point σp : l’écart-type du portefeuille
de vue boursier implique systéma-
• L’indice de Jensen : il sert à évaluer
tiquement la mesure de la perform-
la performance d’un fond ou porte-
ance d’un titre, d’un fonds ou d’un
feuille d’actifs financiers. Basée sur le
portefeuille. En cela, elle s’apparente à
CAPM (MEDAF), cette méthode d’é-
la gestion de portefeuille. Pour mesur-
valuation compare le portefeuille à
er la performance financière de l’ISR,
analyser à une combinaison de l’actif
on peut utiliser les mêmes techniques
sans risque et du portefeuille de
de mesure de performance mobilisées
marché.
dans la finance traditionnelle.
αp = Rp - Rf + βp (RM - Rf)
Avec :
Pour mesurer la performance financière Rp : la rentabilité du portefeuille
de l’ISR, on peut utiliser les mêmes Rf : le taux sans risque
techniques de mesure de performance RM : la rentabilité du marché
mobilisées dans la finance αp : l’alpha de Jensen
traditionnelle βp : le beta du portefeuille

• l’indice de Treynor : c’est un indi-


La façon la plus simple pour mesurer cateur financier utilisé pour évaluer
la rentabilité de l’ISR est d’utiliser les la rentabilité d’un portefeuille.
techniques issues d’un cadre
«Moyenne-Variance » type « rentabil- T= Rp - Rf
ité». Cependant, ce type de mesure βp
n’est pas ajusté au risque. Les mesures
ajustées au risque sont privilégiées Avec :
afin d’affiner ou d’isoler encore plus Rp : la rentabilité du portefeuille
l’influence de l’ISR sur la performance. Rf : le taux sans risque
Il s’agit essentiellement de : βp : le bêta du portefeuille
• L’indice de Sharpe : il mesure
l’écart de rentabilité d’un portefeuille En conclusion, nous allons nous
d’actifs financiers (actions par baser dans notre étude sur le ratio de
exemple) par rapport au taux de ren- Sharpe pour étudier la prime de
dement d’un placement sans risque risque par unité de risque total. Ce
(autrement dit la prime de risque, choix est justifié par le fait que cet
positive ou négative), divisé par un indice se base sur le risque total, par
indicateur de risque, l’écart type de contre les deux autres prennent en
la rentabilité de ce portefeuille considération le seul risque systéma-
(autrement dit sa volatilité). tique (bêta). En effet, si les fonds

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DOSSIER

éthiques s’avèrent moins diversifiés, responsables dans le marché maro-


le risque total est une mesure plus cain. Aussi, leurs actions ne touchent
adaptée que le bêta. pas un public large.

Le nombre des entreprises qui


II - La performance de adhèrent au Label RSE de la CGEM
l’ISR au Maroc a significativement augmenté

1. Le marché marocain de l’ISR Du côté des entreprises, le nombre


L’ISR demeure un concept peu connu des entreprises qui adhèrent au Label
au Maroc. En fait, le marché maro- RSE de la CGEM3 a significativement
cain de l’ISR reste un marché jeune. augmenté en passant de 10 entrepris-
Cela est perceptible à travers certains es en 2008 à 40 entreprises en 2011,
indicateurs : le nombre réduit des pour atteindre 55 entreprises label-
acteurs de l’ISR aux actions limitées, lisées en mai 20134.
l’absence de fonds socialement Concernant la notation extra-finan-
responsables proprement dits, l’appli- cière, quarante sociétés cotées en
cation d’une stratégie ISR basée sur Bourse ont été notées en 2011 par l’a-
des critères d’exclusion et le faible gence de notation extra-financière
encours comptabilisé par ce marché. Vigeo. Huit seulement ont été
primées : BMCE Bank, BMCI,
1.1. Desacteurs peu nombreux Centrale Laitière, Cosumar, Lafarge
aux actions limitées Ciments, Lydec, Managem et Maroc
Les acteurs de l’ISR ne sont pas nom- Telecom. Elles ont été identifiées
breux et leurs actions et projets dans comme les plus performantes parmi
le cadre du développement durable les 40 plus importantes capitalisa-
restent minimes et manquent tions de la Bourse de Casablanca5.
d’une politique de communication En ce qui concerne les investisseurs,
vigoureuse. On ne compte que La CDG (Caisse de dépôt et de ges-
quelques ONG, syndicats et associa- tion) est la grande pionnière dans le
tions ayant pour objectif de promou- domaine de l’ISR. C’est le premier
voir les pratiques socialement organisme à avoir établi son rapport

3. Le label CGEM est attribué pour une durée de trois ans aux entreprises membres de la CGEM. Toute entreprise
postulant à ce cadre doit se soumettre à une évaluation, menée par un cabinet d’experts indépendants accrédités par
la CGEM.
4. Voir la liste des entreprises labellisées au site de la CGEM : www.cgem.ma, Liste mise à jour le 28 Mai 2013 ;
consultée le 07/12/2013.
5. On constate que 4 sociétés (Brasseries Du Maroc, SMI, Auto Hall, HPS) ont été mal notées par Vigéo alors
qu’elles ont eu le « Label RSE » de la CGEM, sachant que c’est Vigéo qui évalue les sociétés labellisées pour le
compte de la CGEM. Il y a là donc une contradiction entre les données ! Cette contradiction peut s’expliquer par
le décalage temporaire qui existe entre la notation extra-financière (réalisée en 2011) et l’octroi du Label RSE
(Société des Brasseries du Maroc : le 27/11/2012, HPS Maroc : le 17/01/2013, SMI : le 08/05/2013). Cependant,
pour la société Auto Hall, qui a eu le Label RSE en 12/6/2009 et renouvelé le 20/3/2013 alors qu’elle était en 2011
parmi les entreprises mal notées, l’incompatibilité s’explique par l’utilisation de données internes dans le cas de
l’audit social (effectué pour avoir le « Label RSE »), alors que dans le cas de la notation extra-financière (le rat-
ing), Vigéo utilise des données publiques (absence d’information = score égal à 0).

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social. La Caisse s’investit dans disposait également de deux fonds de


plusieurs fonds ISR (pour le micro- partage «FCP CAP Solidarité» et «FCP
crédit, pour les mécanismes de CAP Générosité». Cependant, suite à
développement propre, pour la for- l’échec de ces derniers, ils ont changé
mation des administrateurs indépen- de dénomination et de vocationen avril
dants…). Les autres investisseurs 2012.Les fonds «CAP Solidarité» et
sont des investisseurs religieux6 qui «CAP Générosité» sont devenus respec-
représentent une grande part des tivement «WG Obligations» et «WG
placeurs dans le fonds éthique CAP Al Actions», et leur vocation s’est transfor-
Moucharaka qui respecte les mée de «caritative» à «grand public»,
principes islamiques. Ces investis- c’est-à-dire qu’ils ne font plus partie des
seurs ne sont pas seulement des fonds de partage mais plutôt de FCP
investisseurs marocains mais égale- obligations ou actions dont les revenus
ment des investisseurs étrangers. sont distribués aux porteurs de parts7.
BMCE Bank a choisi aussi un terme
1.2. Des fonds basés sur des arabe pour son fonds de partage
stratégies d’exclusion «Medersat.com» — Votre Ecole — qui
Le premier fonds ISR au Maroc a été renvoie à la vocation de ce fonds à
lancé par Attijari WafaBank. Cette savoir la construction d’écoles dans
dernière occupe jusqu’à présent la pre- le milieu rural.
mière position sur le marché de l’ISR
avec trois fonds socialement respons- La création de fonds socialement
ables : deux fonds éthique et un fonds
de partage.Attijari WafaBank a choisi
responsables permet aux sociétés
d’utiliser le terme « éthique » pour de gestion de capter une nouvelle
désigner les fonds islamiques (qui clientèle
excluent de leurs univers d’investisse-
ment les entreprises opérant dans Le terme «solidarité », quant à lui,
l’armement, l’alcool, le tabac, les jeux, fait référence à des fonds créés pour
la pornographie, les produits alimen- le compte de la Fondation
taires à base de porc, le prêt à intérêt et Mohammed V pour la Solidarité. C’est
la distribution de crédits) et a privilégié le cas notamment du «FCP MSIN
le terme « humanitaires » pour Solidarité» géré par MAROGEST,
désigner les fonds de partage. «Upline Solidarité» géré par Upline
Egalement, Attijari WafaBank a su Capital Management, et «FCP
attirer une nouvelle catégorie d’in- Solidarité » géré par CD2G.
vestisseurs avec l’emploi de terme Plus récemment, on assiste à la créa-
arabes comme « Attakafoul », « Al tion d’un nouveau fonds socialement
Moucharaka » et « Al Moussahama » responsable : Al Badil Chaabi
pour marquer le côté moral et religieux Asshoum, créé en 2009 et géré par
de ces fonds et adapter cette offre au Upline Capital Management. La créa-
contexte marocain. Attijari WafaBank tion de fonds socialement respons-

6. Il s’agit des investisseurs qui s’interdisent tout financement d’entreprises opérant dans les secteurs d’activité
suivants : l’armement, l’alcool, le tabac, les jeux, la pornographie, les produits alimentaires à base de porc, le prêt
à intérêt et la distribution de crédits.
7. Source : Communiqué de presse de Wafa Gestion paru dans Aujourd’hui le Maroc n°2657, le lundi 9 avril 2012

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ables permet aux sociétés de gestion critères extra-financiers dans la déci-


de capter une nouvelle clientèle. En sion d’investissement a un impact
effet, le lancement en 1996 par positif, négatif ou neutre sur la per-
Attijari WafaBank du fonds éthique formance financière ?
«CAP Al Moucharaka» a reçu un Pour répondre, nous procédons par
grand succès et une grande demande
de la part des investisseurs aussi bien
nationaux qu’étrangers. Cela est dû l’ISR est-il plus performant que
au manque que connaissait le marché l’investissement traditionnel ?
marocain au niveau des fonds respec-
tant les principes islamiques et à l’ex- une étude comparative dont l’objectif
istence d’une demande forte de ce principal est de déterminer si les
type de fonds. placements ISR obtiennent de
On constate donc que la stratégie meilleures performances que leurs
appliquée par les gestionnaires de pairs conventionnels. Le but est ainsi
fonds est une stratégie de sélection de mesurer si la prise en compte de
négative, et par conséquent, les critères extra-financiers dans les
sociétés de gestion d’actif n’offrent choix d’investissement induit une
que des fonds d’exclusion (de « pre- meilleure performance boursière.
mière génération ») et des fonds de Pour ce faire, nous allons procéder,
partage (« pas de génération »)8. Le tout d’abord, à une étude de compara-
développement d’autres stratégies ison de fonds ISR, basés sur une
socialement responsables, et plus stratégie de sélection négative, et
spécialement de la stratégie de sélec- fonds conventionnels pour déterminer
tion positive, est tributaire de la per- lequel est plus performant. Ensuite,
formance de l’ISR et du développe- nous allons mesurer la performance
ment de la notation extra-financière9. d’une stratégie de sélection positive en
comparant la performance des titres
2. Problèmatique et méhtodologie de sociétés « bien notées » à celle des
Le débat sur la performance de l’ISR titres de sociétés « mal notées » sur la
ne permet pas à ce jour de définir base de la notation de l’agence extra-
objectivement quelle est la nature de financière Vigeo.
l’effet de l’ISR sur la performance
boursière. Notre problématique de Comparaison de fonds (stratégie de
recherche s’énonce comme suit : l’ISR sélection négative)
est-il plus performant que l’investisse- Il s’agit de comparer la performance
ment traditionnel ? Autrement dit, financière des fonds ISR (FCP CAP
est-ce que la prise en compte de Almoucharaka, FCP Attakafoul, FCP

8. Dans le fil de développement des fonds ISR, ils ont connu trois grandes générations. La première génération cor-
respond aux fonds d’exclusion, la deuxième génération correspond aux fonds SR qui pratiquent un activisme
actionnarial, la troisième génération, quant à elle, correspond aux fonds de sélection positive. Cependant, les fonds
de partage et les produits financiers solidaires ne correspondent à aucune génération, de ce fait ils sont classés dans
la catégorie « pas de génération ».
9. En fait, pour pouvoir adopter une stratégie de sélection positive, l’investisseur doit disposer d’information extra-
financière pour construire ainsi son portefeuille composé d’entreprises socialement responsables. Cette informa-
tion est délivrée par une agence de notation extra-financière.

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Patrimoine Al Moussahama)10 et celle Q2 : Les portefeuilles ISR «bien


des fonds conventionnels pour répon- notés» surperforment-ils les porte-
dre à la question de recherche suiv- feuilles ISR «mal notés» ?
ante : Les fonds ISR marocains Q3 : Les portefeuilles ISR «bien
surperforment-ils les fonds conven- notés» surperforment-ils le marché ?
tionnels ? (Q1). Ces fonds pratiquent
une stratégie de sélection négative en 3. Analyse de données
excluant de leurs champs d’in- Nous avons deux populations à étudi-
vestissement les titres de sociétés er : d’abord les Fonds Commun de
jugées immorales. Placement (FCP), ensuite les sociétés
cotées. Afin d’arrêter une liste défini-
Elaboration de portefeuilles ad hoc tive des éléments à retenir et des élé-
(stratégie de sélection positive) ments à écarter, on se base sur cer-
Il s’agit, tout d’abord, de construire tains critères.
un portefeuille socialement respons- Pour les FCP, on retient seulement
able sur la base de la notation extra- ceux appartenant à la catégorie
financière donnée par l’agence Vigeo, «Actions», destinés au «Grand pub-
et de comparer, ensuite, la perform- lic» et ayant un historique supérieur
ance des sociétés « bien notées » (les à 5 ans, ce qui porte notre population
«bons élèves») à celle des sociétés étudiée à 30 FCP Actions.
«mal notées» (les «mauvais élèves»),
d’une part, et à celle du marché, Pour les sociétés cotées, les porte-
d’autre part. feuilles des sociétés «bien notées »
De la sorte, nous allons essayer d’ap- etdes sociétés «mal notées» se présen-
porter des éléments de réponse aux tent ainsi :
questions de recherches suivantes :

Tableau 4 : Portefeuilles des sociétés

Portefeuille des sociétés Portefeuille des sociétés


«bien notées» «mal notées»

BMCE Bank, BMCI, Centrale Laitière, Afriquia Gaz, Alliances, Brasseries Du


Cosumar, Lafarge Ciments, Lydec, Maroc, CGI, Ciments Du Maroc,
Managem et Maroc Telecom Colorado, Delta Holding S.A, Douja
Prom Addoha, Fenie Brossette, Holcim
(Maroc), Lesieur Cristal, Miniere
Touissit, Samir, SMI, SNEP, Sonasid,
Sothema, Unimer, Atlanta, Attijari
Wafa Bank, Auto Hall, BCP, CDM, CIH,
CNIA Saada, Disway, Eqdom, HPS,
Label Vie, Risma, Salafin, Wafa
Assurance.

10. Nous avons exclu de notre étude les fonds de partage parce que les investisseurs qui placent leur argent dans
ce type de fonds ISR n’ont pas un objectif de rentabilité. Nous avons choisi donc 2 fonds éthiques et un fonds de
partage (qui a une stratégie de sélection négative). FCP Al Badil Chaabi Asshoum n’a pas été retenu dans l’étude
à cause de son court historique (4 ans), alors que l’historique des autres fonds dépasse largement 5 ans.

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DOSSIER

3.1. Analyse de la performance cart type de 30 FCP « Actions » cal-


des fonds éthiques culés sur une période de trois ans
Le tableau suivant présente la allant du 15/10/2010 au 15/10/2013.
rentabilité moyenne mensuelle et l’é-

Tableau 5 : Rentabilité moyenne mensuelle et écart-type des FCP


Actions classée par ordre décroissant de rentabilité.

Dénomination Rentabilité Ecart type


moyenne
1 FCP KENZ ACTIONS -0,2662% 0,023204
2 CAM STRATEGIE -0,3862% 0,013498
3 FCP CAPITAL PARTICIPATIONS -0,4215% 0,024977
4 ATLAS PREMIUM -0,4566% 0,015484
5 CDG PERFORMANCE -0,4649% 0,014067
6 ATTAKAFOUL -0,5001% 0,018954
7 FCP ALISTITMAR CHAABI ACTIONS -0,5241% 0,023246
8 PROFIL DYNAMIQUE -0,5507% 0,015293
9 FCP CAPITAL SELECTION -0,5583% 0,021835
10 AFG DYNAMIC FUND -0,5639% 0,016370
11 CDM PROFIL DYNAMISME -0,5639% 0,019542
12 ATTIJARI AL MOUCHARAKA -0,5964% 0,019838
13 UPLINE ACTIONS -0,5979% 0,019715
14 ATTIJARI ACTIONS -0,6315% 0,020014
15 EMERGENCE EQUITY FUND -0,6692% 0,018615
16 SG ACTIONS PLUS -0,6773% 0,019522
17 CFG PERFORMANCE -0,6994% 0,019211
18 FCP CAPITAL IMTIYAZ EXPANSION -0,7103% 0,020862
19 FCP CAPITAL ACTIONS -0,7219% 0,023140
20 FCP MAROC INVESTISSEMENT -0,7297% 0,019438
21 CFG EMERGENCE -0,7391% 0,022389
22 PATRIMOINE ACTIONS -0,7485% 0,019025
23 PATRIMOINE AL MOUSSAHAMA -0,7724% 0,022180
24 FCP CAPITAL INDICE -0,7887% 0,024733
25 CFG VALEURS -0,7959% 0,023461
26 PATRIMOINE MULTIVALEURS -0,9183% 0,020970
27 FCP MAROC ACTIONS -0,9664% 0,024077
28 EMERGENCE PERFORMANCE -1,2886% 0,022044
29 UPLINE VALEURS PLUS -1,8071% 0,033886
30 FCP CAPITAL MAGHREB -6,2881% 0,078774

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DOSSIER

Sur la base de ce tableau, on remarque tivement une rentabilité de -0,6% et -


que le fonds «Attakafoul» occupe la six- 0,77% et occupent respectivement la
ième position en matière de rentabilité 12ème et 23ème position sur 30.
Toutefois, afin de mieux comparer
ces fonds éthiques par rapport aux
Le fonds Attakafoul occupe la sixième autresfonds classiques, il convient de
position en matière de rentabilité calculer la rentabilité moyenne du
marché en général. Il s’agitlà d’une
moyenne arithmétique des différents
qui est de l’ordre de -0,5%. Concernant fonds composant la population
les deux autres fonds éthiques «Cap Al étudiée. Aussi,doit-on calculer la
Moucharaka» et «Patrimoine Al rentabilité moyenne des fonds
Moussahama», ils enregistrent respec- éthiques.

Tableau 6 : Moyennes des performances historiques et des écarts-types


des moyennes des fonds éthiques par rapport aux autres fonds
et au marché

Moyennes Fonds éthiques (3) Autres fonds (27) Marché (30)


Rentabilités -0,6230% -0,9087% -0,8801%
Ecart types 0,020324 0,022866 0,022612

Comparons d’abord les fonds donc quel’activité financière éthique


éthiques pris individuellement avec – même si composée de trois fonds
la moyenne du marché. Ensuite, on seulement – permet de dégager une
verra la moyenne des fonds éthiques rentabilité supérieure au marché.
par rapport à la moyenne du marché, S’agissant du risque (l’écart type), le
d’une part, et par rapport à la marché enregistre un risque de 0,022612
moyenne des autres fonds d’autre qui est supérieur au risque des
part. fonds éthiques (Attakafoul : 0,018954 ;
En effet, la rentabilité mensuelle Al Moucharaka : 0,019838 ; Al
moyenne du marché s’élève à-0,88% Moussahama : 0,022180). Ces
qui est inférieure à la rentabilité des derniers présentent donc un risque
fonds éthiques (Attakafoul : -0,50% ; inférieur par rapport au marché.
Al Moucharaka : -0,60% et Al Nous constatons également que le
Moussahama : -0,77%). Ces dernier- risque moyen des fonds éthiques
sprésentent doncune rentabilité- (0,020324) est inférieur au risque
supérieure par rapport au marché. moyen des autres fonds (0,022866),
Nous constatons également que la de même qu’au risque moyen de tous
rentabilité moyenne des fonds les fonds composant notre population
éthiques (-0,62%) est supérieure à la (0,022612).
rentabilité moyenne des autres fonds
(-0,91%), de même qu’à la rentabilité 3.2. Analyse de la performance
moyenne de tous les fonds composant du portefeuille des sociétés cotées
notre population (-0,88%). Il s’avère Pour mesurer de la performance du

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DOSSIER

portefeuille des sociétés cotées, nous 15/10/2013, pour en déduire la


avons opté pour la démarche suiv- rentabilité du portefeuille des
ante : sociétés «bien notées» et celle du
1. Construire un benchmark sur la portefeuille des sociétés «mal notées».
base de l’indice MASI en suivant les 3. Calculer le risque des deux porte-
étapes suivantes : feuilles sur la même période.
• Délimiter les sociétés appartenant à 4. Comparer les rentabilités et les
notre portefeuille ; risques des deux portefeuilles.
• Calculer le poids de chaque société 5. Comparer le couple «rentabilité –
dans l’indice MASI ; risque» des deux portefeuille avec
• Pondérer le poids de chaque société celui de l’indice «MASI rentabilité»
à notre benchmark. sur la même période d’étude.
2. Calculer la rentabilité mensuelle Le calcul de la rentabilité11 et du
moyenne des sociétés sur une période risque des portefeuilles a aboutit aux
de trois ans allant du 15/10/2010 au résultats suivants :

Tableau 7 : Rentabilité des portefeuilles

Portefeuille des sociétés Portefeuille des sociétés


«bien notées» «mal notées»

-0,6791% -0,6852%

Tableau 8 : Risque des portefeuilles

Portefeuille des sociétés Portefeuille des sociétés


«bien notées» «mal notées»

0,0614 0,0727

On constate que le portefeuille des notées » tout en ayant moins de risque.


sociétés « bien notées » enregistre une En comparant ces résultats à l’indice
«MASI Rentabilité» (dont la rentabil-
Le portefeuille des sociétés «bien notées» itémoyenne mensuelle est de
enregistre une rentabilité légèrement 0,7740%, et le risque est de 0,0318)
on constate que les deux portefeuilles
supérieure à celle du portefeuille des
sont plus rentables que l’indice mais
sociétés « mal notées » tout en ayant représentent plus de risque.
moins de risque.
4. Résultats et discussion
rentabilité légèrement supérieure à Les principaux résultats dégagés
celle du portefeuille des sociétés « mal sont :

11. Pour plus de détails, voir annexe 3.

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• Les fonds ISR présentent une ments à moyen et long terme tels que
rentabilité supérieure avec un risque l’épargne salariale et retraite, les
inférieur par rapport aux autres fonds fonds de pension, …
conventionnels (27 FCP Actions). Cependant, l’observation de la
• Les fonds ISR présentent une rentabilité des placements et leur
rentabilité supérieure avec un risque niveau de risque n’est pas suffisante.
inférieur par rapport au marché. Il convient de faire recours à des out-
• Le portefeuille des sociétés « bien ils adaptés qui permettent de calculer
notées » présente une rentabilité la performance de chaque portefeuille
légèrement supérieure avec un tout en prenant en considération le
risque inférieur par rapport au porte- couple « risque-rentabilité ». Il s’agit
feuille des sociétés « mal notées ». dans notre cas du ratio de Sharpe qui
• Le portefeuille des sociétés « bien permet de mesurer le rapport entre la
notées » et celui des sociétés « mal prime de risque du portefeuille et son
notées » présentent une rentabilité niveau de risque global, sur la péri-
et un risque supérieurs par rapport à ode observée. Plus ce coefficientest
l’indice « MASI Rentabilité ». élevé, et plus le portefeuille est per-
formant, puisqu’il gagne plus pour
une unité de risque. Les calculs ont
La prise en compte des critères extra-
aboutit à un ratio de Sharpe négatif
financiers contribue à l’appréciation qui est délicat à interpréter.
de la performance financière. Egalement, comme les nombreuses
études traitant du lien entre la perform-
L’intégration d’une politique sociale ance sociale et environnementale et la
et environnementale renforce, pour performance financière, cette étude
beaucoup d’investisseurs, l’attractiv- présente les limites suivantes : échantil-
ité d’une entreprise dans son secteur. lon des fonds ISR trop restreint (deux
En effet, la prise en compte des fonds éthiques et un fonds de partage),
critères extra-financiers contribue à horizon temporel trop court (trois ans),
l’appréciation de la performance existence de biais de notation extra-
financière. Cela se traduit essentielle- financière (notation d’une seule année,
ment par les bonnes performances 201112), échantillon des sociétés « bien
réalisées par les sociétés engagées notées » trop restreint (huit sociétés).
dans le développement durable.
Du côté des fonds socialement Conclusion
responsables, leur performance
financière est légèrement supérieure Cette étude s’est proposée de déter-
voire comparable à celle des place- miner la nature de la relation qui
ments classiques. L’ISR peut être existe entre « investir socialement
intéressant pour les placements qui responsable » et « la performance
valorisent plutôt le long terme que le financière » dans le cas du Maroc. Il
court terme. De ce fait, ce type d’in- s’agit de répondre à trois questions.
vestissement est particulièrement La première porte sur la perfor-
conseillé pour la gestion de place- mancedes fonds ISR basés sur une

12. La deuxième notation extra-financière relative à l’année 2013 sera annoncée le 14 janvier 2014. Cette commu-
nication a été arrêtée à la date du 30 novembre 2013.

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stratégie d’exclusion, et ce à travers qui ne vendent pas leurs titres à la


la comparaison entreles fonds ISR et première averse. Ils sont moins
conventionnels. La deuxième et la enclins à retirer leur capital dans les
troisième question ont pour but de périodes de chute boursière ce qui
mesurer la performance d’unes- assure une stabilité des cours de l’ac-
tratégie de sélection positive, à tra- tion des sociétés dans lesquelles ils
vers la comparaison : (1) entre deux investissent (Bollen, 2007).
portefeuilles (celui des sociétés «bien Prouver l’existence d’une sur-perform-
notées» et celui des sociétés «mal ance de l’ISR par rapport à la finance
notées») construits sur la base de la traditionnelle aiderait au développe-
notation extra-financière de Vigeo, ment d’outils permettant l’épanouisse-
d’une part ; et (2) entre le porte- ment d’échanges socialement respons-
feuille des sociétés « bien notées » et ables. Il s’agit essentiellement (1)
d’aider à la création de nouveaux fonds
socialement responsables basés sur des
La finance éthique surperforme
critères de sélection positive, (2) de
légèrement la finance classique, contribuer dans le développement des
surtout en période de crise. critères de notation extra-financière,
(3) de participer dans la création d’un
le marché (représenté par l’indice indice socialement responsable sur la
«MASI Rentabilité») d’autre part.On place financière marocaine, et, par con-
peut conclure que la finance éthique séquent, (4) de promouvoir les pra-
surperforme légèrement la finance tiques socialement responsables de la
classique, surtout en période de part aussi bien des investisseurs que
crise. Cela s’explique par la loyauté des entreprises marocaines. Tout cela
des investisseurs socialement respon- pour «assurer une croissance durable
sables. Ces derniers sont typique- pour les générations présentes et à
ment des investisseurs de long terme venir» ■

Annexes
Annexe A
Tableau 9 : Les fonds ISR marocains

Fonds Nature Société Date de Caractéristiques


ISR de gestion création
FCP CAP Al Fonds Wafa 1996 La politique d’investissement de ce
Moucharaka éthique Gestion Fonds consiste à exclure du porte-
feuille de celui-ci tout titre n’étant pas
éligible par rapport aux préceptes de
l’islam: les secteurs des banques, des
sociétés de financement, des assur-
ances et des spiritueux. Attijari Al
Moucharaka est composé à hauteur de
100% en actions sélectionnés selon
des critères éthiques.

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DOSSIER

Fonds Nature Société Date de Caractéristiques


ISR de gestion création
FCP Fonds de Wafa 2001 C’est un fonds à vocation caritative.
Attakafoul partage Gestion Les souscripteurs aux parts émises
par ce Fonds s’engagent irrévocable-
ment à verser à des œuvres caritatives
et/ou d’intérêt général :
- L’ensemble des dividendes distribués
par le FCP,
- Toutes plus-values dégagées par les
parts dudit Fonds à l’occasion de tout
rachat.

Patrimoine Fonds Wafa 2000 Le FCP s’interdit d’investir dans des


Al éthique Gestion titres de sociétés ayant une activité
Moussahama financière (Banques et Sociétés de
financement) ou dont l’activité n’est
pas conforme à la morale islamique.

Al Badil Fonds Upline 2009 Les titres acquis par ce FCP seront émis
Chaabi éthique Capital par des sociétés ayant des activités
Asshoum Mana- industrielles et commerciales, à l’exclu-
gement sion des sociétés opérant dans les
secteurs financiers traditionnels, hold-
ing, brasseries, hôtelleries, jeux, arme-
ment, spectacle, tabac et biotechnologies.

Medersat. Fonds de BMCE 2002 L’objectif du FCP est d’affecter ses


com partage Capital revenus à la Fondation BMCE, dans le
Gestion cadre du programme des écoles com-
munautaires Medersat.Com. Ce pro-
gramme, qui est une réponse à l’appel
Royal pour la mobilisation en faveur
de l’éducation, a pour ambition l’im-
plantation de 100 écoles communau-
taires par an, sur un horizon de 10
années, en milieu rural. Le but ultime
de cette action est de contribuer à
l’amélioration du niveau de vie des
populations.

FCP MSIN Fonds de Marogest 2006 L’objectif de ces FCP, OPCVM tech-
Solidarité partage niques crées par les sociétés de ges-
tion partenaires du projet de la
Fondation Mohammed V pour la soli-
darité, est de recevoir et gérer la
quote-part des fonds collectés par le
fonds mère « Fonds Commun de
Placement Solidarité » dont la gestion
est assurée par CD2G. Le fonds mère
est un fonds solidaire de partage dont

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Fonds Nature Société Date de Caractéristiques


ISR de gestion création
les produits générés que ce soit à tra-
vers les frais de gestion, les droits de
sortie, ou les dons, seront rétrocédés à
la Fondation Mohammed V pour la sol-
idarité. Le fonds mère sera commer-
cialisé par la CDG, CD2G, les agences
postales et tous les réseaux bancaires
et sociétés de gestion partenaires du
projet.

Upline Fonds de Upline 2006


Solidarité partage Capital
Management

FCP Fonds de CD2G 2006


Solidarité partage

Annexe B
Tableau 10 : Rentabilité du portefeuille des sociétés « bien notées »

Sociétés Poids dans Poids dans le Rentabilité Rentabilité


l’indice (%) portefeuille (%) mensuelle du portefeuille
(1) moyenne (1) x (2)
(2)

BMCE Bank 7,06 19,57 -0,1559% -0,0305%


BMCI 2,04 5,65 -0,6312% -0,0357%
Centrale Laitière 0,65 1,80 -1,9913% -0,0358%
Cosumar 1,58 4,38 0,6425% 0,0281%
Lafarge Ciments 5,44 15,08 -1,7671% -0,2665%
Lydec 0,41 1,14 -0,4827% -0,0055%
Managem 2,46 6,82 2,8361% 0,1934%
IAM 16,44 45,57 -1,1557 % -0,5267%
Total 36,08 100 -0,6791%

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Tableau 11 : Rentabilité du portefeuille des sociétés «mal notées»

Sociétés Poids dans Poids dans le Rentabilité Rentabilité


l’indice (%) portefeuille (%) mensuelle du portefeuille
(1) moyenne (1) x (2)
(2)

Afriquia Gaz 1,37 2,22 0,5680% 0,0126%


Alliances 1,69 2,74 -1,5088% -0,0413%
Brasseries
Du Maroc 0,68 1,10 0,2989% 0,0033%
CGI 1,87 3,03 -2,4044% -0,0729%
Ciments
Du Maroc 2,08 3,37 -1,4981% -0,0505%
Colorado 0,14 0,23 -1,9152% -0,0044%
Delta Holding
S.A 0,63 1,02 -2,3978% -0,0245%
Douja Prom
Addoha 8,09 13,10 -1,6837% -0,2206%
Fenie Brossette 0,06 0,10 -3,0472% -0,0030%
Holcim (Maroc) 2,66 4,31 -1,4373% -0,0619%
Lesieur Cristal 0,40 0,65 -2,6477% -0,0172%
Miniere Touissit 1,03 1,67 0,5021% 0,0084%
Samir 1,10 1,78 -1,8501% -0,0329%
SMI 1,23 1,99 3,0920% 0,0615%
SNEP 0,19 0,31 -1,3626% -0,0042%
Sonasid 0,88 1,42 -0,9877% -0,0140%
Sothema 0,46 0,74 0,2940% 0,0022%
Unimer 0,41 0,66 -1,3279% -0,0088%
Atlanta 0,77 1,25 -0,8262% -0,0103%
Attijari Wafa
Bank 16,49 26,70 0,0862% 0,0230%
Auto Hall 1,08 1,75 -0,5233% -0,0092%
BCP 9,76 15,80 -1,3386% -0,2115%
CDM 0,89 1,44 -0,5179% -0,0075%
CIH 1,48 2,40 -0,1518% -0,0036%
CNIA Saada 1,03 1,67 -0,3661% -0,0061%
Disway 0,14 0,23 -2,7389% -0,0063%
Eqdom 0,69 1,12 0,2971% 0,0033%
HPS 0,13 0,21 -1,5768% -0,0033%
Label Vie 1,24 2,01 0,5650% 0,0114%
Risma 0,27 0,44 -0,3611% -0,0016%
Salafin 0,25 0,40 -0,4941% -0,0020%
Wafa Assurance 2,57 4,16 0,1620% 0,0067%
Total 61,76 100 -0,6852%

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DOSSIER

Bibliographie et des fonds d’investissement en finance


islamique ». Thèse de Doctorat en
Sciences de Gestion, Université
• Association Française de la Gestion d’Auvergne-Clermont-Ferrand I, 2012.
financière, et Forum de l’Investissement http://tel.archives-ouvertes.fr/tel-
Responsable. « Définition de l’ISR ». 00773171/.
Communiqué de Presse. 1 juillet 2013. • Ferone, Geneviève, Dominique Debas,
http://www.frenchsif.org/. Consulté le Anne-Sophie Genin, Guy Hervier, Jihane
03/09/2013. Bezzari et Hervé Pailhole. « L’origine et le
• Bayser, Xavier, et Lionel Brafman. développement de l’ISR ». In Le développe-
«L’ISR est-il un style ?» Revue d’Économie ment durable. Paris : Ed. d’Organisation :
Financière 85 (septembre 2006) : 257-261. ENSAM, 2004.
• Bollen, Nicolas. « Mutual fund attribu- • Gendron, Corinne, et Gilles L. Bourque.
tes and investor behavior ». Journal of « Une finance responsable à l’ère de la
Financial and Quantitative Analysis 42, n° 3 mondialisation économique ». L’Économie
(2007) : 683. politique n° 2 (2003): 50–61.
• Burlacu, Radu, Isabelle Girerd-Potin, et • Gollier, Christian, et Alain Leclair.
Denis Dupré. « Y a t’il un sacrifice à être «Pourquoi l’ISR a-t-il besoin de recherche
éthique? Une étude de performance des universitaire ? Regards croisés ». Revue
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5–13. • Hamilton, S., H. JO, et Meir Statman.
• Campeau, Louise, André Lacroix, «Doing Well While Doing Good ?
Allison Marchildon, Pascale Chavaz, et Performance of Socially Responsible
Claude Dostie. « Historique et définitions Mutual Funds». Financial Analysts Journal
de la finance socialement responsable » (1993) : 62-66.
(2011). http://www.pages.usherbrooke.ca/ • Landrier, Augustin, et B. Nair Vinay.
cea/contenu/FSR-note_1-2012.pdf. «ISR une approche efficace et rentable».
• Capron, Michel, et Françoise Quairel- En Temps Réel n° Cahier 34 (juin 2008).
Lanoizelée. La Responsabilité Sociale de • Le Saout, Erwan, et Corinne Buscot.
l’Entreprise. Editions La Découverte, «Comment expliquer la performance de l’in-
2007. vestissement socialement responsable ?»
• De Brito, César, Jean-Philippe Management & Avenir n° 3 (2009) :
Desmartin, Valéry Lucas-Leclin, et 153–169.
François PERRIN. L’investissement sociale- • Loiselet, Éric. « Investissement sociale-
ment responsable. Paris : Economica, ment responsable: l’âge de la diffusion ».
2005. L’Économie politique n° 2 (2003) : 62–74.
• Deheuvels, Thierry. « ISR : un concept • Louche, C., et S. Ledenberg. «Investis-
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85, n° 4 (2006): 19–28. rences entre Europe et Etats-Unis ».
• Dejean, Frédérique. L’investissement Revue d’Économie Financière 85 (septembre
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çais. FNEGE. Paris: Vuibert, 2005. • Perez, Roland. « L’actionnaire sociale-
• Durand, C. « Glossaire ». ment responsable ». Revue française de
L’Hebdomadaire Agefi ACTIFS, 29 février gestion n° 141 (2002) : 131-151.
2008. • Renneboog, Luc, Jenke Ter Horst, et
———. « Investissement socialement Chendi Zhang. « Socially responsible
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ble pour séduire les particuliers ». formance, and investor behavior ».
L’Hebdomadaire Agefi ACTIFS, 29 février Journal of Banking & Finance 32, n° 9 (sep-
2008. tembre 2008).
• El Khamlichi, Abdelbari. « Éthique et • Revelli, Christophe. « La performance
performance: le cas des indices boursiers financière de l’ISR approche méta-analyti-

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DOSSIER

que ». Thèse de Doctorat en Sciences de liorer l’analyse financière», Analyse


Gestion, Université Montpellier 1, 2011. Financière n° 24 (2007) : 15-16.
• Rolland, David, et Diane-Gabrielle • Vermeir, Wim, et Catherine Friedrich.
Tremblay. Responsabilité sociale d’entreprise «La performance de l’ISR ». Revue d’éco-
et finance responsable quels enjeux ? Sainte- nomie financière 85, n° 4 (2006) : 107–120.
Foy [Que.] : Presses de l’Université du • Voisin, Stéphane, et Valéry Lucas-
Québec, 2004. http://site.ebrary.com/ Leclain. « L’ISR à la croisée des chemins :
id/10226016. pour une performance responsable ».
• Rosé, Jean-Jacques. Responsabilité Responsabilité et Environnement n° 50
sociale de l’entreprise pour un nouveau (2008). http://www.annales.com/re/2008/
contrat social. Méthodes & recherches. re50/Voisin.pdf.
Bruxelles : De Boeck, 2006. • Wiedeman-Goiran, Thierry, et Servane
• Schneider-Maunoury, Grégory, «Dossier Pfister. « Modèles sociaux et ISR ». Revue
- ISR, un engagement durable - l’analyse d’économie financière 85, n° 4 (2006) :
extra-financière peut compléter ou amé- 29–40.

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DOSSIER

Les nouvelles tendances de la recherche en


comptabilité : revue des articles publié
entre 2003 et 2012 dans les revues
scientifiques catégorisées par le CNRS
Résumé. De la fiscalité à l’audit, de la comptabilité générale à la communication
financière, l’identification du sujet de recherche reste l’étape la plus importante
pour les jeunes chercheurs, et plus particulièrement pour les chercheurs en
comptabilité. Le processus classique de la réflexion qui devrait aboutir à l’iden-
tification du sujet de recherche en comptabilité comprend trois étapes: le choix
du champ de la recherche (la comptabilité financière, la comptabilité de gestion
ou la comptabilité publique), la définition du thème à l’intérieur du champ
choisi et enfin le choix du sujet. Partant de notre propre expérience, le choix
d’un sujet de recherche dans le domaine de la comptabilité n’est pas une tâche
facile. C’est vrai que l’évolution technologique a simplifié l’accès à l’information
et à la documentation disponible au niveau international, mais pour les jeunes
chercheurs, la méconnaissance du développement de la recherche et des ten-
dances au niveau international risque de les envoyer vers des sujets consom-
més ou des thèmes sans valeur ajouté pour la recherche scientifique.
L’objectif de notre article est d’apporter au chercheur en comptabilité des don-
nées concrètes sur l’évolution de la recherche dans ce domaine particulier, à
travers une démarche historique (niveau 1) qui devrait nous permettre de
dégager la tendance de la recherche en comptabilité (niveau2). Notre analyse
sera basée sur les articles publiés entre 2003 et 2012 par les revues scien-
tifiques spécialisées dans ce domaine particulier et qui sont catégorisées par le
Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS version 3.03 de juin
2012),dans la catégorie N°1. Le résultat escompté de ce travail et de mettre à la
disposition des chercheurs en comptabilité une cartographie des sujets de
M’Hammed recherche en comptabilité. Le présent travail devrait permettre une économie
EL HAMZA de temps précieuse pour les chercheurs en comptabilité dans la première phase
Doctorant à de leur travail de recherche.
l’Ecole
Doctorale du Mots-clés. Recherche, Comptabilité, Tendance, Articles, Revues scientifiques.
Groupe ISCAE
mhamza_3@hotmail.com

Abstract. The main difficulty in starting an accounting research is to identify a


clear subject of research, due to the multiplicity of topics available for resear-
chers (Accounting, Management control, Audit,…).
In this paper, we present the results of reviewing 1.727 articles published in 5
reviews classified in the first category by the “CNRS”. The list of topics given
by this research constitutes, in our opinion, an important guide for beginner
researches in accounting.
Key words. Research, Accounting, trend, Scientific review, CNRS

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DOSSIER

Introduction l’économie ou encore à la vision


économique et sociale que la comptabil-
La recherche en comptabilité couvre ité traduit au travers de ses modèles...
des sujets très variés. Si la limitation • Gouvernance et responsabilité
du champ de ce domaine de sociale des entreprises : les recherch-
recherche n’est pas une tâche facile, es menées dans cet axe ont en commun
nous proposons de l’appréhender à une conception partenariale de la gou-
travers les thèmes de recherche pro- vernance pour traiter des sujets tels
posés par des centres de recherche que ceux de la responsabilité sociale
universitaires reconnus. des entreprises (RSE), de la perform-
Ainsi, le CERGE (Centre de recherche ance sociale, ou de l’investissement
en gestion de l’université de Paris- socialement responsable (ISR)...
Dauphine) propose aux chercheurs • Management des organisations
en gestion comptable et financière de non marchandes : ce troisième axe
traiter des thèmes portant sur : constitue depuis longtemps un champ
• Les travaux concernant la gestion privilégié de recherche des membres
financière de l’entreprise portent sur du CRC. Initialement centré sur le
le diagnostic financier, la corporate secteur public, le périmètre des
finance, la création de valeur action- travaux du CRC a été élargi aux asso-
nariale, l’ingénierie financière, l’inté- ciations notamment dans une perspec-
gration de la politique financière et tive interdisciplinaire (économie, soci-
du management stratégique des ologie, gestion)...
entreprises et des groupes, les poli- • Évaluation et pilotage des per-
tiques de financement, les politiques formances des entreprises : ces
de dividendes, la prévision des défail- travaux portent notamment sur les
lances d’entreprises ; outils du pilotage (le contrôle de ges-
• Les travaux sur la modélisation de tion, les systèmes d’information, les
l’information comptable et son inter- systèmes de planification) et leurs
prétation traitent des choix de poli- liens avec la stratégie de l’entreprise.
tique comptable, de la structure des Les différentes recherches dévelop-
systèmes comptables d’entreprise, de pées dans cet axe empruntent à des
l’analyse comparative des normalisa- courants de recherche variés et
tions nationales, du renouvellement notamment à ceux qui connaissent
des méthodes de diagnostic ; un développement important ces
• L’audit comptable et financier. dernières années en comptabilité et
Le centre de recherche en comptabil- en management (« critical studies » et
ité (CRC) du CNAM propose 5 axes de « strategy as practice »)...
recherches : • Information financières, comporte-
• Normes et régulation comptable ments des acteurs et prix de marché
nationale et internationale : : cet axe s’inscrit dans la perspective
regroupe des travaux traitant de des nouvelles approches de la finance
questions de recherche multiples et en relation avec les problématiques
touchant aux systèmes de régulation de valorisation comptable...
comptable, nationaux et interna- Les axes de recherche proposés par
tionaux, à la diffusion et à l’utilisa- les deux centres de recherche univer-
tion de l’information comptable et sitaires rejoignent les thèmes pro-
financière par les différents acteurs de posés par Maurice Gosselin (2005), et

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qui serviront de base pour la deux- par ces organismes sont sérieuses et
ième partie suite de ce travail. offrent une garantie de qualité certifiée.
- Les meilleures publications au
niveau international, passent néces-
La difficulté du choix du sujet de sairement par ces revues et le con-
la recherche fait perdre au jeune tenu est sérieusement vérifié.
chercheur en comptabilité un temps Plusieurs organismes internationaux
précieux qu’il pourrait exploiter pour proposent des listes de revues « recon-
nues » dans plusieurs domaines,
améliorer la qualité de son travail
notamment dans les sciences de ges-
tion. Les liens historiques, l’influence
La difficulté du choix du sujet de la des lois et des pratiques françaises et la
recherche fait perdre au jeune proximité en matière de la recherche
chercheur en comptabilité un temps avec la France nous ont orientés vers le
précieux qu’il pourrait exploiter pour choix des organismes de catégorisation
améliorer la qualité de son travail. De français. Et dans ce pays, la commu-
ce fait, et dans un souci de permettre nauté scientifique dispose de deux
aux jeunes doctorants une bonne organismes qui veillent au développe-
gestion de leurs planning de produc- ment et à la qualité de la recherche sci-
tion scientifique, notre travail perme- entifique :
ttra d’identifier les thèmes d’actual- - Le CNRS (Comité National de la
ités qui attirent l’attention des Recherche Scientifique) : c’est un étab-
chercheurs actuellement et les lissement public à caractère scien-
thèmes qui sont délaissés, pour une tifique et technologique, placé sous la
raison ou une autre, et qui peuvent tutelle du Ministère de l’Enseigne-
aussi offrir un champ de recherche ment supérieur et de la Recherche
intéressant. Une analyse statistique Français. Avec près de 34 000 per-
de la tendance par thème de sonnes (dont 25 300 statutaires —
recherche permettra de compléter ce 11 300 chercheurs et 14 000
travail en proposant un chiffrage des ingénieurs, techniciens et adminis-
tendances constatées. tratifs), un budget pour 2013 de
La recherche documentaire en 3,415 milliards d’euros dont 802 mil-
matière de comptabilité se fait, en lions d’euros de ressources propres,
premier lieu, à travers l’analyse des une implantation sur l’ensemble du
revues spécialisées en la matière. territoire français, le CNRS exerce
D’autres sources d’informations sont son activité dans tous les champs de
disponibles notamment à travers l’in- la connaissance, en s’appuyant sur
ternet. Elena BARBU (2003) a recen- plus de 1100 unités de recherche et
sé l’ensemble des ressources docu- de service (Source : Site du CNRS)
mentaires nécessaires pour les - AERES (Agence d’Evaluation de la
chercheurs en comptabilité. Recherche et de l’Enseignement
Pour la réalisation de notre travail, Supérieur) : Autorité administrative
nous avons choisi de travailler sur indépendante (AAI) mise en place en
des revues catégorisées par des 2007, l’AERES est chargée de l’évalu-
organismes scientifiques interna-
ation des établissements d’enseigne-
tionaux pour les raisons suivantes :
ment supérieur et de recherche, des
- Les revues catégorisées ou classées
organismes de recherche, des unités

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de recherche, des formations et anglais car nous estimons que la tra-


diplômes d’enseignement supérieur, duction réduit la qualité du contenu :
ainsi que de la validation des procé-
dures d’évaluation de leurs person- - The Accounting Review (TAR) is an
nels (Source : Site de l’AERES). academic accounting journal with a
La recherche en comptabilité a fait scope encompassing any accounting-
l’objet de plusieurs publications sci- related subject and any research
entifiques. L’Autorité des Normes methodology. It was first published in
Comptables (organisme français) a 1926, and is ranked as one of the top
publié un rapport faisant suite aux academic accounting journals.
Premiers Etats Généraux de la According to the Journal Citation
Recherche Comptable Francophone Reports, The Accounting Review’s
(tenus en décembre 2010) et dans 2012 impact factor was 2.319, making
lequel plusieurs auteurs ont fait le it the 2nd-ranked accounting journal
point sur l’état actuel et aussi sur and the 6th-ranked business or finance
l’avenir de la recherche francophone journal by impact factor, and it is also
en matière comptable. Gérard CHAR- one of the journals used by the
REAUX & Alain SCHATT ont conduit Financial Times to compile its business
une étude sur « Les publications school research rank. According to a
françaises en comptabilité et contrôle 2006 meta-analysis of studies of
de gestion sur la période 1994-2003 : accounting journals, The Accounting
un état des lieux ». Au Maroc, un Review was one of the five accounting
seul travail a été publié par Khalifa journals to be consistently ranked
AHSINA(2012) sur la recherche en top accounting journals (Source :
comptabilité, sous le thème « Dix ans Encyclopédie WIKIPEDIA).
de recherche en Comptabilité,
Contrôle et Audit au Maroc: une - Accounting, Organizations &
approche bibliographique ». Society is a major international jour-
nal concerned with all aspects of the
relationship between accounting and
1. Méthodologie human behaviour, organizational
structures and processes, and the
1.1 La base de notre travail : changing social and political environ-
Revues internationales catégorisées ment of the enterprise. Its unique
Le travail présenté consiste en une focus covers such topics as: the social
revue de la littérature. Plusieurs role of accounting, social accounting,
sources étaient à notre disposition social audit and accounting for
mais le choix a porté sur les revues scarce resources; the provision of
spécialisées en comptabilité et qui accounting information to employees
sont catégorisées par le CNRS (Juin and trade unions and the develop-
2012 / Version 3.03).Le dernier ment of participative information
classement regroupe 32 revues scien- systems (…) (Source : Site de
tifiques au niveau international. Accounting, Organizations & Society).
Nous avons choisi de travailler sur
les revues de la catégorie 1, qui sont - The Journal of Accounting and
au nombre cinq (voir Annexe I). Nous Economics encourages the applica-
avons maintenus les définitions en tion of economic theory to the expla-

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nation of accounting phenomena. It experimental tests should relate prin-


provides a forum for the publication cipally to accounting issues. (Source :
of the highest quality manuscripts Site officiel de la revue).
which employ economic analyses of
accounting problems. A wide range 1.2 Démarche du Travail : Thème et
of methodologies and topics are résumé des articles
encouraged and covered : Nous avons procédé à une lecture des
• The role of accounting within the titres puis des abstracts (résumés) de
firm ; tous les articles publiés entre 2003
• The information content and role of et 2012 dans les cinq revues sélec-
accounting numbers in capital mar- tionnées (1.727 articles en comptabil-
kets ; ité et gestion). Chaque fois que le
• The role of accounting in financial résumé porte à confusion, nous avons
contracts and in monitoring agency effectué une lecture approfondie des
relationships ; articles pour une meilleure identifica-
• The determination of accounting tion du thème. En effet, un article
standards ; peut traiter de deux aspects de la
• Government regulation of corpo- comptabilité.Nous avons retenus
rate disclosure and/or the l’aspect principal traité dans chaque
Accounting profession ; cas de figure. Par exemple,l’article
• The theory of the accounting firm. «How does internal control regula-
tion affect financial reporting ?»
- The Journal of Accounting Research (2011) de Jennifer Altamuro, Anne
is a peer-reviewed academic journal asso- Beatty (publié dans The Journal of
ciated with the University of Chicago. It accounting & Economics) a été classé
was established in 1963 and is published dans la rubrique« communication
by Wiley-Blackwell on behalf of the financière » et non pas dans la
Accounting Research Center (Formerly rubrique de l’audit.Un autre article
the Institute of Professional Accounting) «Does eliminating the Form 20-F rec-
at the University of Chicago Booth onciliation from IFRS to U.S. GAAP
School of Business.(Source : Encyclopédie have capital market consequences ? »
WIKIPEDIA) (2012) de Yongtae Kim, Haidan Li, Siqi
Li, a été classé dans la rubrique
- Review of Accounting Studies pro- «marchés financiers», car même si le
vides an outlet for significant aca- titre fait référence à la comptabilité
demic research in accounting includ- internationale, l’article s’intéresse plus
ing theoretical, empirical, and exper- à l’impact sur le marché financier.
imental work. The journal is commit- La revue de littérature que nous avons
ted to the principle that distinctive effectuée a permis d’établir une liste des
scholarship is rigorous. While the thèmes qui ont intéressé les chercheurs
editors encourage all forms of au cours des 10 dernières années.
research, it must contribute to the Maurice Gosselin (2005) dans son article
discipline of accounting. Theoretical «Un bilan de dix ans de publication dans
models need not speak directly to Comptabilité, contrôle et audit » qui a
current practice, but accounting porté sur les publications de la revue
information must surface in a major Comptabilité, Contrôle, Audit (CCA)
way. Similarly, empirical analysis and avait retenu les 9 thèmes suivants :

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DOSSIER

Contrôle de gestion Droit & Fiscalité


Comptabilité financière Méthode de recherche
Comptabilité internationale Eduction
Audit Association francophone de comptabilité
Histoire de la comptabilit

Nous avons retenus 4 des 9 thèmes relevés lors de la revue des articles
de Maurice Gosselin, et nous avons publiés. La liste des thèmes qui a fait
ajouté 6 autres que nous avons l’objet de notre étude est la suivante :

Audit& Contrôle interne Rémunération des Dirigeants


Communication financière Fiscalité
Comportement des Dirigeants Marchés Financiers
Contrôle et Comptabilité de gestion Normes IFRS
Evaluation des entreprises Comptabilité Général& Théories

Pour chaque rubrique, nous avons comptable, publiés par les cinq
affecté des catégories de sujets revues objet de notre travail, a enreg-
traités selon le détail présenté dans istré une évolution permanente entre
l’Annexe II. 2003 et 2012. Le graphique suivant
confirme le rang accordé par le CNRS
aux cinq revues sélectionnées, qui est
2. Résultats fonction, entre autres, du nombre
d’articles publiés :
2.1 Une évolution du nombre
d’articles publiés
La production scientifique en matière

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DOSSIER

Le nombre d’articles publiés sur les suivant donne l’évolution du nombre


sciences comptables a passé de 180 d’articles par revue :
en 2003 à 202 en 2012. Le graphique

The Accounting Review se distingue 1.727 examinés (23%). Le deuxième


par le nombre de publications et aussi centre d’intérêts est la comptabilité &
par l’intérêt croissant des chercheurs les théories comptables avec 307 arti-
pour cette revue depuis 2007. cles (18%). L’Audit & le contrôle interne
(15%) et l’évaluation des entreprises
2.2 La concentration des sujets (9%) occupent respectivement la
traités : Analyse par revue troisième et la quatrième place parmi
Entre 2003 et 2012, les articles pub- les thèmes privilégiés des chercheurs.
liés par les cinq revues on été très Nous avons aussi constaté que des
diversifiés. Quatre thèmes ont sujets comme la fiscalité ou les normes
retenus l’attention des chercheurs
sur les 10 dernières années : Les IFRS occupe la troisième place
- La communication financière
parmi les thèmes les plus traités par
- La comptabilité & les théories
comptables les chercheurs (principalement
- L’Audit externe et l’Audit interne français) qui publient dans la revue
- L’évaluation des entreprises CCA.
Les quatre thèmes précités ont été
traités dans 1.111 articles sur les 1.727 IFRS ont été délaissés par les
examinés (64%). La communication chercheurs des cinq revues. Toutefois,
financière a été la plus prisée par les et d’après Maurice Gosselin (2005), les
chercheurs avec 392 articles sur les IFRS occupe la troisième place parmi

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les thèmes les plus traités par les pas « nouvelles » (création de l’IASC en
chercheurs (principalement français) 1972), et ont fait l’objet de plusieurs
qui publient dans la revue CCA. Cette travaux de recherches depuis les
tendance dans la revue française s’ex- années 70.
plique par la nouveauté d’instauration Le tableau ci-après récapitule les sta-
des IFRS en Europe (2005), alors qu’au tistiques des thèmes traités dans les
niveau international, les IFRS ne sont cinq revues sélectionnées :

Tableau 1 : Synthèse des publications par thème


et par revue scientifique
Thèmes The Accounting, Journal Journal Review of Total %
Accounting Organization Accounting Accounting Accounting
Review and Society & Research Studies
Economics

Communication
financière 120 31 101 88 52 392 23

Comptabilité et théories
comptables 70 124 41 32 40 307 18

Audit & Contrôle


interne 113 59 30 38 11 251 15

Evaluation
des entreprises 48 5 41 31 36 161 9

Marchés Financiers 27 8 27 33 20 115 7

Comportement
des Dirigeants 54 7 20 22 10 113 7

Contrôle et comptabilité
de gestion 17 72 3 3 5 100 6

Rémunération
des dirigeants 39 6 23 11 7 86 5

Fiscalité 43 5 22 7 7 84 5

Finance d’entreprise 40 13 4 16 6 79 5

normes internationales
(IFRS) 14 6 3 8 8 39 2
Total des articles
examinés 585 336 315 289 202 1 727 100

Entre 2003 et 2012, l’intérêt des majeurs a évolué de la manière


chercheurs pour les quatre thèmes suivante :

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Si la communication financière et Parmi les quatre thèmes préférés des


l’Audit externe/Audit interne sont les chercheurs, nous estimons que l’Audit,
thèmes préférés des chercheurs de la la Comptabilité ou encore l’évaluation
revue The Accounting Review, la des entreprises sont relativement clairs
comptabilité et les théories compta- pour les chercheurs. La communica-
bles ont été privilégiés par les tion financière, qui occupe la première
chercheurs qui publient dans la revue place des thèmes traités par les
Accounting, Organizations & Society. chercheurs, nécessitent de notre part
De 2008 à 2012, en plein crise finan- un complément d’informations.
cière internationale, les chercheurs Plusieurs définitions ont été données
se sont intéressés plus à la communi- à la communication financière dans
la littérature. Bompoint et Marios
(2004) dispose que la communication
Cet intérêt trouve son explication dans financière est «un programme d’in-
l’intérêt porté par les investisseurs à formations financières, de promotion
l’information financière en période de de l’image financière et de l’image de
l’entreprise tout court». Teyssier
crise, et la nécessité de s’assurer que (1998) stipule qu’il s’agit d’un «exer-
cette information et ses sources sont cice qui participe au dynamisme de la
fiables. relation entre l’entreprise et ses dif-
férents publics et donc, dans une cer-
taine mesure, à sa propre pérennité».
cation financière et au contrôle des L’influence du marché financier sur la
entreprises (Audit externe & Audit communication financières a été
interne). Cet intérêt trouve son expli- retenue par Schmutzr (2000) qui
cation dans l’intérêt porté par les pour lui, la communication finan-
investisseurs à l’information finan- cières est « la mise en œuvre,
cière en période de crise, et la néces- développement, amélioration de tech-
sité de s’assurer que cette informa- niques destinées à augmenter la
tion et ses sources sont fiables. marge de manœuvre d’une entrepris-

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es cotée sur des marchées financiers qui permet de favoriser et d’accroître


soumis à une forte concurrence ». la transparence, ce qui permet d’in-
Stéphane O.& Rahma C. (2005) ont staurer une bonne gouvernance.
fait la synthèse de ces définition en
confirmant que « la communication 2.3 La concentration des sujets
financière est un processus intégré traités : Analyse par année
dans la stratégie qui vise à mieux faire Entre 2003 et 2012, la publication
connaître l’entreprise et ses dirigeants, d’articles scientifiques en sciences
promouvoir son image et exprimer ses comptables a varié en fonction des
valeurs auprès des investisseurs et thèmes choisis. Si des thèmes ont
autres parties prenantes, en dévelop- maintenus la cadence de nombre d’ar-
pant des outils de communication qui ticles publiés sur les dix années (con-
permettent d’entretenir avec eux des trôle de gestion & comptabilité de
relations à long terme ». Le rôle de la gestion), d’autres thèmes ont enreg-
communication financière dans la gou- istré des hauts et des bas en fonction
vernance des entreprises n’est pas à de variables qui restent à déterminer.
démontrer. Dans son article intitulé Le tableau ci-après récapitule les sta-
«Gouvernance d’entreprise : que cache tistiques des thèmes traités dans les
le discours sur la transparence ?», cinq revues sélectionnées, par année
Bessire D (2003) a placé la communi- de publication :
cation financière comme un facteur

Tableau 2 : Synthèse des publications par thème et par année


2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 TOTAL %
Communication
financière 35 30 36 32 45 44 23 51 46 50 392 23
Comptabilité
et théories
comptables 18 29 21 34 23 36 48 41 30 33 307 18
Audit & Contrôle
interne 22 20 24 16 25 20 28 38 33 25 251 15
Evaluation
des entreprises 21 17 19 12 15 15 19 9 19 15 161 9
Marchés financiers 15 7 8 13 8 10 14 7 14 19 115 7

Comportement
des dirigeants 11 7 6 11 6 14 19 10 15 14 113 7
Contrôle et
comptabilité de
gestion 13 6 10 10 12 10 10 11 10 8 100 6
Rémunération
des dirigeants 12 12 5 10 9 6 8 8 8 8 86 5
Fiscalité 14 9 8 6 2 12 4 14 3 12 84 5
Finance d’entreprise 11 9 7 2 3 5 15 10 9 8 79 5
Normes inter-
nationales (IFRS) 8 0 0 1 3 3 2 7 5 10 39 2
Total des articles
examinés 180 140 144 147 151 175 190 206 192 202 1 727 100

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La recherche en communication (sinon une baisse) des nombres d’ar-


financière (35 articles en 2003 et 50 ticles publiés. Les travaux de
articles en 2012), et en comptabilité recherches sur les marchés finan-
& théories comptables (18 articles en ciers et le comportement des
2003 et 33 articles en 2012) a contin- dirigeants ont enregistré une aug-
uellement progressée entre 2003 et mentation moyenne entre 2003 et
2012. La recherche en matière 2012 et auront certainement plus
d’Audit externe & Audit interne a d’adeptes si la crise financière inter-
enregistré une évolution mitigée (22 nationale continue à peser sur le
articles en 2003 et 25 articles en monde des affaires.
2012). Le nombre d’articles qui trait- En France, une autre étude réalisée
ent de l’évaluation des entreprises sur la revue CCA peut apporter un
continues à baisser et cette tendance complément d’orientation pour les
baissière est confirmée par l’analyse jeunes chercheurs. Cette étude a été
graphique de la page 37. réalisée entre 1994 et 2004 et les
Pour les autres thèmes, nous avons résultats sont les suivants :
constatée une stagnation relative

Tableau 3 : Résultat de l’étude de Maurice Gosselin publié


dans la revue CCA

Domaines Nombre d’articles %

Contrôle de gestion 75 37,3


Comptabilité financière 57 28,4
Comptabilité internationale 23 11,4
Audit 18 9,0
Histoire de la comptabilité 15 7,5
Droit et fiscalité 5 2,5
Méthodes de recherche 4 2,0
Education 2 1,0
Association francophone
de comptabilité 2 1,0
Total 201 100

Le contrôle de gestion était le thème dans le même ordre d’idée car la


préféré pour les chercheurs francoph- disponibilité de données chiffrées
ones entre 1994 et 2004, car elle offre permet aux chercheurs de recourir à
un champ très large pour les études des études statistiques et par con-
empiriques et quantitatives. La séquent à des travaux plus scien-
comptabilité financière s’inscrit aussi tifiques.

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Conclusion Bibliographie
Le choix d’un thème de recherche en •Ayadi S.D et Klibi M F. (2006), « Etat de
matière de comptabilité reste une l’art des recherches en sciences compta-
tâche relativement difficile. Les bles en Tunisie » 27ème congrès de
recherches au niveau international l’Association Francophone de Comptabilité -
privilégient les « grands sujets » Tunsie.
comme la communication financière, •Berland, N., & Dreveton, B. (2012), «
les théories comptables ou encore Mesurer la performance des chercheurs,
au risque de la bureaucratie : In la
l’audit. Les jeunes chercheurs auront
comptabilité, la société et le politique ».
intérêt, à notre avis, à suivre cette
•Berry M. (2003), « Classement des
tendance pour plusieurs raisons : revues : le CNRS va-t-il perdre son âme ?
- L’abondance d’articles de recherches », Lettre ouverte au CNRS, 24 septembre.
sur ces sujets apportera aux jeunes •Bessire D. (2009), « Etat des thèses en
chercheurs une ressource bibli- comptabilité contrôle audit », 30ème
ographique inestimable. Congrès annuel del’Association
- Le nombre important de chercheurs Francophone de Comptabilité,
dans ces domaines privilégiés offre Strasbourg.
des possibilités de collaboration et •Bessire D. (2004), « Etat des thèses
d’encadrement précieux pour les récemment soutenues en Comptabilité,
Contrôle et Audit », XVIIèmes Journées des
jeunes chercheurs.
IAE, Lyon, 13 et 14 septembre.
Les autres thèmes qui n’ont pas fait •Brown L. (1996), «Influential
l’objet d’une « orientation positive » Accounting Articles, Individuals, Ph.D.
de la recherche offrent un champ Granting Institutions and Faculties : a
vierge pour les chercheurs. Citational Analysis», Accounting
Toutefois, le risque et de se retrouver Organizations and Society, vol. 21, n° 78,
à court de ressources bibli- pp. 723-754.
ographiques. •Bompoint P. et Marios B. (2004),
Au Maroc, la recherche en science de Gouvernement d’entreprise et communi-
gestion, et plus particulièrement en cation financière, Economica.
comptabilité, est encore jeune. Les •Chan K., Chen C. et Steiner T. (2004),
«Who is Publishing ? An Analysis of
doctorants peuvent privilégier la ten-
Finance Research Productivity inthe
dance internationale en matière de European Region», Journal of Business
recherche comptable et disposer ainsi Finance and Accounting, vol. 31, n° 3-4, pp.
d’une bibliographie riche et diversifié 401-437.
(en anglais bien sûr). La communica- •Chtioumi T. et Soulerot M. (2005),
tion financière des groupes maro- «Quelle structure des connaissances dans
cains, les aspects liés à l’audit ou à la recherche en comptabilité,contrôle et
l’évaluation des entreprises maro- audit ? Une étude bibliométrique de la
caines sont des champs à explorer revue CCA sur la période 1995-2004 »,
par la recherche, et les résultats papier soumis au Congrès AFC, Lille, Mai
2005.
seront d’une très forte valeur ajoutée
•Colasse, (2010), « Cinq questions à pro-
pour la recherche dans notre pays.
pos de la recherche comptable francopho-
Les articles publiés seront ainsi des « ne » Intervention auxÉtats-généraux de la
articles d’actualité » qui auront plus recherche comptable organisée par l’Autorité
de chance à être remarqués par les des Normes Comptables (ANC) à la Maison de
revues internationales ■ l’Amérique Latine le 16 décembre 2010.

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DOSSIER

•Dupuy, Y (1994), « Une lecture des contrôle de gestion sur la période 1994-
recherches actuelles en comptabilité », 2003 : un état des lieux» publié dans
Anales du management,12èmes journées “Comptabilité et Connaissances”, France
nationales des IAE, Montpellier 1994, p. (2005).
38. •Gosselin M. (2005) « Un bilan de dix ans
•Elena M. Barbu (coordinatrice) (2012) de publication dans Comptabilité, con-
«La recherche documentaire en Finance trôle et audit » Revue Comptabilité,
et en Comptabilité : Trouver son chemin Contrôle, Audit Paris
dans le labyrinthe des ressources élec- •Khalifa Ahsina (2012) « Dix ans de
troniques » Cahier de recherche n°2011-10 recherche en Comptabilité, Contrôle et
E2 du CERAG. Audit au Maroc : une approche bibli-
•Jean-Louis Malo (2001). “6 Années de ographique » – 11/2012
recherche comptable”- Association •M’Rabet,R. (2000), «Réflexions sur la
Francophone de Comptabilité | Comptabilité - recherche en gestion », Journée d’étude
Contrôle - Audit 2001/1 - Tome 7 pages 3 à 23-02-2000 ISCAE,Management 2000
4 Paroles d’enseignants.
•Jean-Louis Malo et Robert Teller «Vingt •Mangematin V. (2004), « L’influence
ans de thèses en comptabilité et contrôle» internationale de la recherche en gestion
Association Francophone de Comptabilité produite en France », Gérer et Comprendre,
(1999). n° 77, pp. 76-98.
•Gerdron, Y. & Baker, R.C (2001) « Par- •Maurice Gosselin (2005) « Un bilan de
delà les frontières disciplinaires et lin- dix ans de publication dans Comptabilité,
guistiques : l’influence des penseurs contrôle et audit » Manuscrit auteur,
français sur la recherche en comptabil- publié dans “Comptabilité et
ité». Revue CCA, 2, 5-23 Connaissances”, France (2005).
•Gérard Charreaux & Alain Schatt « Les •Schmutze M. (2000), « Communication
publications françaises en comptabilité et financière et efficience des marchés ».

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Annexes
Annexe I
Liste Septembre 2011 par domaine

Nom ISSN Domaine Cat

Comptabilité et contrôle de gestion/


Accounting and Auditing
The Accounting Review 0001-4826 CPT 1g
Accounting, Organization and Society 0361-3682 CPT 1
Journal of Accounting and Economics 0165-4101 CPT 1
Journal of Accounting Research 0021-8456 CPT 1
Review of Accounting Studies 1380-6653 CPT 1
Auditing, A Journal of Practice and Theory 0278-0380 CPT 2
Comptabilité Contrôle Audit 1262-2788 CPT 2
Contemporary Accounting Research 0823-9150 CPT 2
European Accounting Review 0963-8180 CPT 2
Financial Accountability and Management 0267-4424 CPT 2
Journal Accounting and Public Policy 0278-4254 CPT 2
Journal of Business Finance and Accounting 0306-686X CPT 2
Management Accounting Research 1044-5005 CPT 2
Abacus 0001-3072 CPT 3
Accounting and Business Research 0001-4788 CPT 3
Accounting Auditing and Accountability Journal 0951-3574 CPT 3
Accounting Horizons 0888-7993 CPT 3
Advances in international Accounting 0897-3660 CPT 3
Behavioral Research in Accounting 1050-4753 CPT 3
British Accounting Review 0890-8389 CPT 3
Critical Perspectives on Accounting 1045-2354 CPT 3
International Journal of Accounting 0020-7063 CPT 3
International Journal of Auditing 1090-6738 CPT 3
Journal of Accounting Literature 0737-4607 CPT 3
Journal of Accounting, Auditing and Finance 0148-558X CPT 3
Journal of Applied Accounting Research 0967-5426 CPT 3
Journal of International Accounting Research 1542-6297 CPT 3
Journal of Management Accounting Research 1044-5005 CPT 3
Accounting and Finance 0810-5391 CPT 4
Management Accounting Quarterly 1528-5359 CPT 4
Managerial Auditing Journal 0268-6902 CPT 4
Review of Accounting and Finance 1475-7702 CPT 4

44 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


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DOSSIER

Annexe II

Rubrique Principaux sujets traités

Audit & Contrôle interne - Les cabinets d’audits


- Les rapports d’audits
- La relation auditeur/client
- Sarbane Oxley
- Le contrôle interne
- Le comité d’audit

Communication financière - Rapports financiers annuels


- Les déterminants du contenu, de
la périodicité et du moyen de
la communication

Comportement des Dirigeants - La gestion du résultat


- La relation Dirigeants/Actionnaires
- L’image de l’entreprise à travers
l’équipe dirigeante

Contrôle et Comptabilité de gestion - Budgets


- Méthodes et techniques de la comptabilité
de gestion
- La gestion prévisionnelle

Evaluation des entreprises - Techniques d’évaluation


- Le coût du capital et ses différents aspects
- Les variables qui impactent la valeur de
l’entreprise (ou de l’une de ses composantes)

Rémunération des Dirigeants - Lien entre les chiffres communiqués et


les avantages des dirigeants
- Types de rémunérations des dirigeants
- Les indémnités de fin de contrat
des dirigeants
- Impact du niveau de rémunération
sur plusieurs aspects de la gestion

Fiscalité - Fiscalité des dividendes


- Fiscalité des sociétés
- Fiscalité différée
- Fiscalité des groupes
- Fiscalité des rémunérations des dirigeants

Marchés Financiers - Réactions du marché à un événement


- Les recommandations du SEC
- L’impact de la régulation sur le marché
- Le relation entre le marché financier et
les communications des entreprises
- Les marchés financiers internationaux

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DOSSIER

Rubrique Principaux sujets traités

Normes IFRS - Première adoption du référentiel


- Cadre conceptuel
- Comparaison des IFRS et des US GAAP

Comptabilité Général & Théories - Les règles d’évaluation


- Le traitement comptable d’opérations
spécifiques
- Le lien entre la comptabilité et la finance
- Les théories comptables

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DOSSIER

Postures épistémologiques dans


les sciences de gestion : Cas de l’Ecole
doctorale du «Groupe ISCAE»
Résumé. Un travail de recherche que ce soit, mémoire, thèse ou article est une
entreprise de dur labeur qui nécessite non seulement beaucoup de rigueur et
de détermination de la part du chercheur, mais également de méthode. Ce tra-
vail de rigueur consiste en l’inscription dans un cadre épistémologique appro-
prié et justifié, la spécification de l’objet d’étude, l’élaboration d’un plan de
recherche, la précision du protocole de collecte des données (par enquête,
observation et/ou expérimentation) puis leurs analyses (exploratoire, explica-
tive, qualitative, spécifique et/ou causale, quantitative), et enfin la présentation
des résultats (Gavard-Perret et al, 2008).
Cependant, la recherche ne suit pas toujours une ligne droite. Elle est faite sou-
vent d’allers et retours permanents, d’itérations, de remises en cause, parfois,
de l’objet même sur lequel le chercheur travaille (Berry, 2000).
Dès les premières étapes de leurs projets, les chercheurs sont amenés à se poser
une multitude de questions avant d’attaquer le terrain. Parmi ces questions et
non des moindre : Quels sont les grands paradigmes qui peuvent inspirer les
chercheurs ? Dans lequel chacun se sent-il le plus à l’aise ? La démarche sera-
Issam t-elle plutôt inductive que déductive ? Quelles sont les méthodes appropriées
EL MAGUIRI pour répondre à la question de recherche ou pour cueillir et analyser les don-
nées ? Il est évident que les décisions les plus fondamentales sur la méthodolo-
Zakaria gie doivent être prises par le chercheur avant de commencer le travail
BENHAR empirique proprement dit (D’Amboise, 1996). Cette communication se propose
dans un premier temps d’aborder les grands paradigmes épistémologiques à
l’œuvre dans la recherche en sciences de gestion et leurs implications
méthodologiques. Dans un seconde temps, une enquête qui vise à dresser, à la
lumière des nouvelles tendances des méthodologies de recherche en manage-
ment, un bilan des postures épistémologiques utilisées au sein de l’école doc-
torale du Groupe ISCAE.

Mots-clés. épistémologie, positivisme, constructivisme, interprétativisme,


modes de raisonnement.

Introduction faire. En effet, les différentes visions


du monde des chercheurs se trouvent
A la lumière des grandes perspectives transposées dans les activités de
de recherche, nous assistons à une recherche. Les plus grandes princi-
prise de conscience de la part des pales tendances sont : le positivisme,
chercheurs des grands débats épisté- post-positivisme, constructivisme et
mologiques sous-tendant les choix à interprétativisme.

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DOSSIER

Le statut épistémologique des sci- implications méthodologiques de ces


ences de gestion suscite, encore choix épistémologiques seront présen-
aujourd’hui, de nombreux débats. Il tées dans un deuxième temps en abor-
n’existe pas une seule et unique dant les formes de raisonnement
(déduction, induction ou abduction)
Il n’existe pas une seule et unique ainsi que les méthodes de recherche
bonne manière de faire de susceptibles à adopter. Finalement,
une enquête menée auprès des doctor-
la recherche. ants du groupe ISCAE fera l’objet de la
partie empirique de cette communica-
bonne manière de faire de la tion. Cette étude nous a autorisé à
recherche. A propos des méthodolo- dresser, à la lumière des nouvelles ten-
gies à privilégier, tout chercheur dances des méthodologies de recherche
devrait être à même d’aborder son en management, un bilan des postures
terrain d’étude avec un esprit à la fois épistémologiques utilisées au sein de
ouvert et critique. Il est évident que l’école doctorale du Groupe ISCAE.
les deux types de données quantita-
tives et qualitatives que le terrain
fournit, sont le fruit de deux 1. Cadre et réflextion
épistémologique
approches complémentaires. Les
choix à faire lors d’une démarche de
recherche devraient toujours être
aiguillés en premier chef par les Les sciences de gestion font partie
objectifs eux-mêmes de l’étude. des nouvelles sciences qui ont
Nonobstant, les chercheurs notam- émergé dans le courant du XXe siècle
ment ceux de l’école doctorale du et rencontrent toujours des diffi-
Groupe ISCAE doivent obligatoire-
ment clarifier la différenciation entre Les sciences de gestion font partie
le souci théorique et le souci
des nouvelles sciences qui ont
méthodologique. La théorie peut : soit
être exposée a priori, améliorée ou non émergé dans le courant du XXe siècle
en cours de projet, ou soit émerger et rencontrent toujours des
d’une étude. La méthodologie doit difficultés à identifier ce qui
cependant être clairement exprimée au les fonde et les légitime en tant que
début d’un projet, même si elle peut
sciences
également être améliorée en cours de
route. Il en va de la rigueur d’un tra-
vail ainsi que de sa validité aux yeux cultés à identifier ce qui les fonde et
du futur lecteur de préciser dés le les légitime en tant que sciences. Le
départ son positionnement épisté- développement de ces sciences a sus-
mologique (D’Amboise, 1996). cité un certain renouvellement de la
Nous présentons ainsi dans un pre- réflexion épistémologique.
mier temps, en quoi consiste l’épisté-
mologie, le questionnement et les 1.1. Qu’est ce que l’épistémologie ?
principaux paradigmes épisté- Terme apparu au début du XXe siècle,
mologiques, positivisme, construc- il désigne une branche de la philoso-
tivisme et interprétativisme. Les phie spécialisée dans l’étude des

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REVUE RMSM N°3 ok 9/10/14 14:36 Page 49

DOSSIER

théories de la connaissance. Selon - les nouvelles conceptions (XX et XXI


Piaget (1967), l’épistémologie est l’é- siècles) chères à Bachelard et Piaget
tude de la constitution des connais- dont le constructivisme. Les tendances
sances valables. Elle s’intéresse aux actuelles sont orientées plutôt vers une
questions telles que : Qu’est ce que position aménagée ou une triangula-
la connaissance ? Comment est-elle tion entre plusieurs paradigmes.
élaborée ? Quelle est sa valeur ? La contribution de Popper ainsi que
Bachelard et puis de Piaget reste
1.2. L’épistémologie au fil du temps ? majeure dans ce cadre. Ils offrent des
Nous pouvons distinguer deux types de conceptions ainsi que des lectures
paradigmes : le paradigme scientifique des sciences et de leur évolution au
et le paradigme épistémologique. XX siècle qui sortent du paradigme
e

• Le paradigme scientifique : c’est scientifique conventionnel. Par


un système de croyances relatives à ailleurs, deux courants majeurs ont
ce qu’est une science, à ce qu’elle traversé l’histoire des sciences à
étudie et à la manière dont elle l’é- savoir (voir annexe 1), le rational-
tudie. On distingue deux paradigmes isme (dont les défenseurs de
scientifiques contemporains : Pythagore à Platon en passant du
- le paradigme des sciences naturelles Kant ou Descartes) et l’empirisme
ou exactes (conventionnel depuis qui fonde la validité des conclusions
trois siècles pour la physique et près scientifiques sur la vérification dans
de deux siècles pour les sciences un grand nombre de cas, au moyen
sociales) ; de l’expérience et notamment de l’ex-
- le paradigme des sciences de l’artifi- périmentation d’une hypothèse.
ciel (sciences autre que naturelles,
phénomènes façonnés par l’homme 1.3. Le questionnement et
(Sciences humaines et sociales). paradigme épistémologique ?
• Le paradigme épistémologique La finalité d’une recherche étant
(G.Perret & coll, 2008), est un sys- l’élaboration des connaissances, il est
tème d’hypothèses relatives aux crucial de s’interroger auparavant
questions qu’étudie l’épistémologie. sur ce qu’est la connaissance, sur les
Ces hypothèses concernent ce qui est hypothèses fondamentales sur
considéré comme connaissable, ce lesquelles la conception de la con-
qu’est la connaissance, et comment naissance repose, sur ce qui fonde la
se constitue la connaissance. On valeur des connaissances que le
reconnait différents paradigmes chercheur développe.
épistémologiques contemporains : Selon les propos de Wacheux (1996) «
- les anciennes conceptions (conven- Dans le quotidien du chercheur, c’est
tionnelles) chères à K. Popper dont le simplement pouvoir à tout moment
positivisme. La rigueur requise s’est légitimer sa recherche sur le
assouplie récemment et on parle phénomène étudié ». En effet, la spé-
plutôt du post-positivisme qui recon- cification du positionnement épisté-
nait qu’il n’est pas toujours possible mologique adopté par le chercheur
de saisir pleinement et parfaitement est fondamentale en ce sens qu’elle
la réalité dans sa globalité (exemple : lui permettrait de conférer une
réalités liée aux comportements soci- légitimité à son travail et aux choix
aux contingents et historiques). qui le sous-tendent en méthodologie.

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DOSSIER

Aussi le questionnement épisté- L’approche scientifique positiviste


mologique est devenu indissociable permet, en observant les faits de
de la pratique de la recherche scien- manière empirique, en éclairant les
tifique dans le domaine des mathéma- causalités et en construisant des
tiques, de la physique, de la biologie règles, de découvrir et comprendre
et de diverses sciences établies. Ce ces formes de détermination.
mouvement s’est engagé en sciences • H3 : Epistémologie objectiviste
de gestion à partir des années 1980. dualiste. C’est le postulat d’indépen-
Nous nous limitions dans cette com- dance entre l’observateur et son objet
munication aux trois principaux par- d’étude qui stipule que le chercheur
adigmes contemporains : positiviste, peut et doit faire preuve d’objectivité,
constructiviste et interprétativiste. de neutralité et travailler dans des
conditions contrôlées.
1.3.1. Paradigme épistémologique La démarche défendue par les parti-
positiviste / la validation sans de ce paradigme est l’approche
Le paradigme positiviste trouve son hypothético-déductive.Cette
inspiration dans les sciences exactes. approche part du général vers le par-
Même si cette approche a la faveur ticulier. Elle consiste à formuler une
d’un nombre non négligeable de question de recherche en s’inspirant
chercheurs en sciences de gestion, il d’une théorie de portée générale, à
n’en demeure pas moins qu’il ne fait émettre des hypothèses concernant
pas l’unanimité chez toute la commu- une situation particulière et à les
nauté des chercheurs. tester afin de les infirmer ou con-
Selon ce paradigme, la nature des firmer pour conforter ou enrichir in
organisations est objective : il n’ex- fine la théorie initiale. Cette approche
iste qu’une seule réalité concrète, est appropriée dans la mesure où le
indépendante de toute opinion, qui chercheur croit qu’il n’existe qu’une
attend d’être découverte et explorée réalité, que cette réalité répond à des
(D’Amboise, 1996). Les organisations lois naturelles récurrentes et donc
sont perçues telles qu’une composi- prévisibles et que c’est en testant dif-
tion d’objets observables et férentes hypothèses à la recherche de
mesurables, ayant des corrélations à régularités qu’il découvrira cette
la fois identifiables et attendues. Le réalité (D’Amboise, 1996).
défi réside alors dans le fait de décou-
vrir et/ou d’expliquer cette réalité.
Qualifié également de réalisme scien- L’aboutissement scientifique d’une
tifique par certains auteurs, le para- recherche conduite sous cette bannière
digme positiviste repose sur des dépend de la pertinence du soubassement
hypothèses (plus tard H) fortes que théorique des hypothèses, de la précision
sont :
• H1 : Ontologie réaliste. Il existe un
des instruments de mesure et de
réel objectif, unique, connaissable et la validité des analyses statistiques
le chercheur est capable de l’étudier,
de le cerner et de le comprendre en L’aboutissement scientifique d’une
toute neutralité. La vérité est recherche conduite sous cette bannière
obtenue par l’observation. dépend de la pertinence du soubasse-
• H2 : Détermination naturelle. ment théorique des hypothèses, de la

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DOSSIER

précision des instruments de mesure et


de la validité des analyses statistiques. Ce n’est pas donc l’existence d’un réel
Enfin, pour noter la valeur scien-
tifique des connaissances dans le qui est contestée, mais l’impossibilité
paradigme épistémologique posi- de le connaitre indépendamment
tiviste, il faudrait débattre de la des perceptions qu’il induit
validité de sa recherche. On dis-
tingue : de le connaitre indépendamment des
• Validité interne : qui correspond perceptions qu’il induit. La réalité
au fait de s’assurer que le chercheur, étudiée n’est donc pas considérée
par le biais des instruments de comme forcément unique. De même
mesure retenus et de la méthode mis l’expérience du chercheur peut lui
en œuvre, a bien été capable de défaire une complète objectivité vis-à-
mesurer ce qu’il souhaite mesurer. vis du sujet étudié. Cette position est
(Phénomène saisi dans sa totalité). considérée comme une source d’en-
• Validité externe : qui concerne la richissement de la connaissance et
généralisation des résultats le plus savoirs qui sont élaborés grâce à l’ex-
largement possible. Cela soulève la périence et la connaissance du con-
question de la qualité des échantil- texte des processus constitutifs de la
lons. réalité étudiée.
• Fiabilité : qui renvoie à la question Pour ce courant de pensée, la réalité
de la stabilité des résultats (aptitude de est donc à la fois plurielle et subjec-
la technique employé à recueillir les tive dans la mesure où elle dépend de
mêmes données d’une fois sur l’autre). la manière dont un chercheur com-
prend et construit une situation ou
1.3.2. Paradigme épistémologique un phénomène donné. À la limite,
constructiviste / La légitimation pour le même objet de recherche il y
Selon ce paradigme, les individus aurait autant de réalités que de
construisent leur propre réalité du chercheurs différents, à moins qu’ils
monde qui les entoure (D’Amboise, ne partagent la même idée de com-
1996). Par conséquent, il n’existe pas préhension et de construction de la
une seule réalité. Les hypothèses fon- réalité. Il est vrai aussi que les para-
datrices en sont : digmes qu’épousent les chercheurs
• Il n’y a pas, pour une question, des dans le cadre de leurs travaux de
réponses uniques ou dont on peut recherche les influencent aussi bien
faire la preuve. dans leur façon de comprendre que
• Pas de réalité ontologique objective celle de construire la réalité.
mais plutôt un monde constitué par A travers cette grille de lecture de la
notre expérience. réalité, le challenge pour le
• Nul être humain ne dispose de chercheur est de réussir à appréhen-
critères absolus permettant de savoir der un phénomène selon l’angle de
avec certitude s’il existe un réel et un vue des sujets observés et de tenter
seul, et dans le cas où un tel réel d’y découvrir des aspects communs
existe, si celui-ci est semblable aux de compréhension et par la suite de
perceptions qu’il induit. construction de « sa réalité ».
Ce n’est pas donc l’existence d’un réel Pour ce faire, l’approche holistico-
qui est contestée, mais l’impossibilité inductive s’avère le mode de raison-

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DOSSIER

nement ad hoc pour ce paradigme. À en sciences de gestion ne se retrou-


l’opposé de l’approche déductive, l’ap- vent pas complètement dans l’un ou
proche inductive va du particulier l’autre des paradigmes évoqués
vers le général. Selon cette approche, précédemment.
le chercheur tente initialement de Tout d’abord, l’approche hypothético-
faire complètement abstraction de la déductive peut s’avérer trop contraig-
théorie existante pour aborder le nante pour certains. Tout doit en
phénomène particulier qu’il a choisi effet être prévu par le chercheur dès
d’étudier avec le moins d’idées pré- le début de sa recherche (D’Amboise,
conçues possible (D’Amboise, 1996). 1996). Par conséquent, le chercheur
A partir du terrain, le chercheur col- n’a plus cette souplesse d’étudier des
lecte auprès des acteurs concernés faits nouveaux ou imprévus – même
par l’objet de recherche des descrip- s’ils sont pertinents – qui peuvent
tions, impressions ou explications émerger en cours de recherche. Par
des événements qu’ils vivent. De ces ailleurs, les recherches en manage-
témoignages, il essaie de comprendre ment sont confrontées à un défi de
et de construire des concepts com- taille lié à la garantie d’une certaine
muns qui expliqueraient certains validité externe de l’étude quantita-
comportements par exemple. C’est à tive qui respecte des exigences statis-
l’issue de ce processus souvent long tiques de généralisation en vigueur
et difficile qu’émergent éventuelle- dans les approches scientifiques con-
ment du terrain les principes d’une ventionnelles. Pour des raisons de
théorie. Cette théorie au départ parti- profondeur dans l’observation,
culière serait en mesure de prendre l’usage d’un échantillon comportant
une dimension plus générale si la un grand nombre de sujets engendre
dynamique de recherche est pro- de facto des soucis liés au temps et
longée sur d’autres terrains et tran- aux ressources.
scende ainsi le cadre du phénomène Ensuite, et en raison du peu d’indica-
particulier initialement étudié. teurs dont disposent les chercheurs
En matière de validation, on parlera dans un projet de recherche conduis
plutôt de légitimation. En effet, le
chercheur est tenu en permanence de
s’assurer de l’adéquation de la méth- Nous sommes donc en présence d’un
ode qu’il mobilise avec le projet de
recherche qu’il poursuit, de veiller à
dilemme difficile à appréhender : soit
la rigueur du travail effectué, et d’ex- avoir plus de structure et moins de
pliciter finement le processus suivi. flexibilité ou bien moins d’ossature a
Cet effort de légitimation ou « tra- priori et davantage de souplesse, avec
vail épistémique » selon l’expres- tout ce que ces choix impliqueraient en
sion de Martinet (2000), s’effectue
par critique épistémologique interne
termes de risque d’enlisement dans son
du processus de recherche et des pro- projet ou de manquement de rigueur.
duits de ce processus.

1.3.3. Paradigme épistémologique selon l’approche holistico-inductive,


interprétativiste certaines trouvent risqué de s’en-
Il est normal que tous les chercheurs gager sur un terrain semé d’embûch-

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DOSSIER

es où se pose souvent le problème de la En conclusion, dans la génération


validité interne de l’étude qualitative. des connaissances scientifiques, il
Nous sommes donc en présence d’un faut dépasser l’opposition entre
dilemme difficile à appréhender : soit (Albert et al, 2000) :
avoir plus de structure et moins de • démarche inductive et démarche
flexibilité ou bien moins d’ossature a hypothético-déductive et considérer
priori et davantage de souplesse, une boucle récursive abduction/
avec tout ce que ces choix impli- déduction/induction.
queraient en termes de risque d’en- • positivisme et constructivisme, dis-
lisement dans son projet ou de man- siper certaines confusions, par exemple
quement de rigueur. celles résultant d’associations entre
A ce titre, l’interprétativisme fait fig- positivisme et méthodes quantitatives
ure de troisième voie offerte au ou, de manière symétrique, entre con-
chercheur, de solution de compromis structivisme et méthodes qualitatives,
à mi-chemin entre positivisme et con- pour explorer les différentes implica-
structivisme. Pour les interpréta- tions d’une conception constructiviste
tivistes, la recherche doit interpréter en sciences de gestion.
et comprendre la manière qu’ont les A ce titre, l’interprétativisme ou le
individus d’appréhender le monde positivisme aménagé sont considérés
qu’ils perçoivent. Cette approche qui comme des compromis entre les deux
suscite tant de faveurs de la part des principaux paradigmes. Partant du
chercheurs des sciences sociales et de principe que le questionnement
gestion consiste à étudier sur le ter- épistémologique est partie intégrante
rain le phénomène d’intérêt tout en de la construction d’un projet de
travaillant avec un nombre réduit de recherche, il faudrait se positionner
cas. Le chercheur doit préalablement par rapport aux principaux para-
avoir formulé une question de digmes épistémologiques auxquels
recherche et il doit choisir ses cas à les chercheurs en sciences de gestion
partir de paramètres bien spéci- se référent avant d’expliciter les
fiques. Les résultats de ces études de implications que leurs choix vont
cas sont comparés, confrontés pour entraîner en termes de méthodologie
en identifier les similitudes et dif- et méthodes de recherche.
férences. En suivant cette approche,
le chercheur peut dans une certaine
mesure compenser son souci de 2. Choix épistémologique
et implications
généralisation par l’analyse d’un
nombre de cas signifiants
(D’Amboise, 1996). Au lieu des méth- méthodologiques
odes d’analyse statistiques, les
chercheurs utilisent des compara- 2.1. Qu’est ce que la Méthodologie ?
isons méthodiques et rigoureuses Un aspect de l’épistémologie, elle s’in-
tout en conservant une bonne dose de téresse à la pertinence et à la validité du
souplesse dans leur démarche. Ainsi, processus d’élaboration des connais-
l’interprétativisme peut permettre sances mis en œuvre au regard de l’objec-
autant à interpréter et comprendre tif de recherche poursuivi (Piaget, 1967).
des phénomènes qu’à vérifier et Elle est l’étude des méthodes permettant
générer une théorie. de constituer des connaissances.

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DOSSIER

Quant à la validité de celles-ci, elle de multiples méthodes. Dans ce cadre


dépasse la conception de la connais- on s’attache plutôt à réfuter des
sance validée selon la méthode scien- hypothèses qu’à les vérifier. On cherche
tifique classique ou encore celle recon- à adoucir les règles positivistes afin
nue valable par le paradigme posi- d’être mieux à même de saisir des
tiviste. En sciences de gestion par phénomènes sociaux complexes.
exemple, la valeur des connaissances
peut être appréciée de deux points de 2.2.3. Implication méthodologique
vue (G.Perret & coll, 2008) : du Constructivisme
• L’épistémique, qui concerne leur Toute méthode est admissible (quali-
valeur pour le développement de la tatives, quali-quantitative et quanti-
connaissance générale en gestion ; tatives) sous respect d’éthique, de
• Le pragmatique, qui s’intéresse à leur rigueur et de transparence du tra-
valeur pour la pratique gestionnaire. vail épistémique. (Construire et pilot-
er un processus de transformation).
2.2. Choix épistémologique et
implications méthodologiques 2.3. Conception plan (positivistes)
ou canevas de la recherche
2.2.1. Implication méthodologique (constructivistes)
du positivisme On peut résumer les différentes
Le mode de raisonnement suit une étapes d’un plan ou d’un canevas
logique déductive ou hypothético- comme suit :
déductive de type « Si…alors ». • La spécification du référentiel
Cette logique s’inspire des deux épistémologique : C’est un acte fon-
principes afférents à ce choix à savoir : dateur qui requiert l’indication
• La décomposition analytique et de explicite des hypothèses de base du
réduction (cartésien) paradigme sur lesquelles l’ensemble
• L’hypothèse causaliste ou de raison de la recherche prendra appui.
suffisante (raisonnements syllogis- • L’étape suivante est celle de la défi-
tiques). « rien n’arrive jamais sans qu’il nition du plan ou du canevas de la
y ait une cause ou du moins une raison recherche (objet de recherche, ques-
déterminante » (Leibniz, 1710) (raison- tion centrale à étudier, références
nements de type syllogistique). théoriques majeures à mobiliser,
En sciences de gestion, ces principes Méthodes de recherche, contexte
peuvent poser problème eu égard à la empirique, tactique de collecte des
complexité et aux interrelations multi- données et stratégies de traitement
ples susceptibles de caractériser les qui leur seront associés).
éventuelles phénomènes à étudier. La • La formulation de la question de
méthode interpelée pour ce faire est l’ap- recherche dépend du caractère
proche expérimentale et la vérification déductif, inductif ou abductif de la
des hypothèses par les tests statistiques. recherche envisagée.

2.2.2. Implication méthodologique 2.3.1. Les formes du raisonnement


du post- positivisme Dans une approche déductive, il s’ag-
En reconnaissant que le chercheur it de tester, par le biais d’hypothèses,
peut et doit approcher la réalité « au une théorie ou de mettre à l’épreuve
plus près », celui-ci doit se contenter dans des situations particulières un

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DOSSIER

certain nombre de connaissances • Les méthodes qualitatives qui


développées préalablement. présentent un éventail de techniques
Une recherche inductive vise à con- d’interprétation qui visent à décrire,
struire des connaissances nouvelles à décoder, traduire, et d’une façon plus
partir de l’étude de situations générale, être en accord avec le sens de
empiriques. phénomènes. Méthodes dites com-
Une recherche abductive procède par préhensives, elles cherchent à com-
allers-retours successifs entre le tra- prendre le(s) sens de situations de ges-
vail effectué et les théories et con- tion et de phénomènes. Ces méthodes de
cepts mobilisés pour appréhender les recherche constituent des stratégies dif-
situations empiriques étudiées, et en férentes d’accès au réel, on en trouve :
construire des représentations intel- l’étude de cas, la recherche expérimen-
ligibles, en vue de la construction tale, la recherche-action, l’étude ou
progressive de connaissances en rela- recherche clinique, la recherche -inter-
tion avec des savoirs déjà admis. vention, l’observation participante.
Dans une telle recherche, le canevas Elles comportent des recueils de don-
peut évoluer tout au long du travail : nées primaires, collectées sur le ter-
adaptation des guides d’entretien, rain par une présence physique du
redéfinition de la question centrale chercheur au sein de l’organisation.
de la recherche. Le traitement des données consiste
en une utilisation ou non de méth-
2.3.2. Méthodes de recherche odes quantitatives (codification,
Il existe des méthodes transforma- traitement statistique).
tives (recherche - action, recherche – • La méthode qualimétrique :
intervention) qui sont par nature Combinaison des méthodes qualita-
incompatibles avec la neutralité du tives et quantitatives.
chercheur qu’appelle un position- Le chercheur peut éventuellement
nement positiviste. Mais outre l’expéri- combiner plusieurs techniques pour
mentation, seules des méthodes con- collecter les données relatives au
templatives (étude de cas, enquête par phénomène à étudier après justifica-
voie de questionnaires (éventuellement tion (protocole de collecte des don-
combinés) sont à priori acceptables par nées). On en cite une Base de don-
un positionnement positiviste. nées, Questionnaire, Entretien
Une autre classification selon les (Directif ou Semi-directif), Entrevue,
méthodes d’accès au réel consiste à Analyse des documents, Observation
distinguer les méthodes quantita- (Active (Participante) ou Passive)…
tives, les méthodes qualitatives et Enfin l’analyse peut être menée de dif-
la méthode qualimétrique. férentes manières selon des Outils
• Les méthodes quantitatives dans de traitement des données dont
lesquelles il y a une suprématie de la l’Analyse du contenu (y compris le lex-
mesure et de la métrologie, présomp- ical), l’Analyse statistique (descriptive
tion de scientificité et dont les qual- ou explicative et causale), Analyse
ités des mesures sont la fidélité, fia- sémiotique (l’étude des signes et de
bilité, validité et sensibilité. leur signification).

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DOSSIER

3. Enquête auprès aucun intérêt pour notre étude. Les


des doctorants de l’école doctorants visés par l’enquête apparti-
ennent à trois filières : (1) stratégie, (2)
doctorale du Groupe ISCAE finance et (3) marketing.
sur leurs positionnement Dés lors, la population cible servant
épistémologiques
de base à la présente étude se con-
fonde avec la population observée
objet de notre enquête. Elle com-
A la l’issue de ce développement prend les 35 doctorants inscrits en
théorique sur l’épistémologie, une deuxième et troisième années dans
enquête a été menée au sein de l’école les trois filières précitées.
doctorale du Groupe ISCAE afin : Vu la taille réduite de cette population,
• d’identifier les postures épisté- la méthode d’échantillonnage utilisée
mologiques des doctorants ; est celle du recensement exhaustif qui
• de comprendre les raisons de ces consiste à interroger tous les individus
choix ; de la population étudiée.
• d’évaluer leurs impacts sur (1) l’ap- La base de sondage de notre
proche méthodologique et la recherche a été établie à partir des
méthodologie, (2) les méthodes de listes des doctorants fournies par la
recherche et de collecte des données direction du Groupe ISCAE.
ainsi que (3) les outils d’analyse des
données mobilisées par les doctor- 3.1.2. Profil de la population
ants dans le la cadre de la recherche. observée
D’après notre base de données sur la
3.1. La cible de l’enquête population observée, la répartition
La liste actualisée des doctorants en par promotion (2ème année et 3ème
deuxième et troisième années fournie année) est caractérisée par le fait que
par la direction du cycle doctoral du la majorité des doctorants sont affil-
Groupe ISCAE, nous a permis d’identi- iés à la troisième année avec 57,14%
fier la cible de l’enquête. L’investigation de la population.
empirique a été menée, entre le 02 et le
20 janvier 2014, par le biais d’un ques-
tionnaire en respectant une démarche
La filière « stratégie » est majoritaire
bien déterminée. en 3ème année avec 55% alors que
la filière « finance » domine la
3.1.1. Identification de la cible de 2ème année avec 46,66%.
l’enquête
La cible de l’enquête est composée des Quant à la répartition par filière des
doctorants de l’école doctorale du doctorants concernés par l’enquête,
Groupe ISCAE qui poursuivent leurs nous constatons que la filière
cursus en deuxième et troisième «stratégie » est majoritaire en 3ème
années. Les doctorants en première année avec 55% alors que la filière
année ont été exclus du périmètre de «finance» domine la 2ème année avec
notre étude en raison qu’ils sont au tout 46,66%. Les filières « marketing »
début de leurs processus de recherche. représente respectivement 26,67%
A ce stade, ils ne se sont pas encore en 2ème année et 20% en 3ème année
imprégnés du domaine de l’épistémolo- (voir Graphe 1).
gie et par conséquent ne présentent

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DOSSIER

Graphe 1. Répartition par filière de la population


observée selon la promotion

Si on s’intéresse aux deux promotions, les doctorants sont répartis comme suit :
42,86% en « stratégie », 34,28% en « finance » et 22,86% en « marketing »
(voir Graphe 2).

Graphe 2. Répartition de la population observée selon la filière

3.1.3. L’outil d’investigation 3.2. La structure du questionnaire


terrain : Questionnaire adopté pour l’étude
L’outil d’investigation adopté pour le Les dimensions et sous-dimensions,
recueil des données sur le terrain est le relatives au positionnement épisté-
questionnaire administré aux doctorants mologique, aux modes de raison-
du recensement final par voie électron- nement développés précédemment et
ique en utilisant l’outil Google Drive. à la méthodologie de recherche, ont

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DOSSIER

été conservées. De même, les dimen- recherche (Q10 et Q11) ;


sions concernant le profil du • le choix de l’approche métho-
chercheur, les méthodes de recherche dologique et de la méthodologie de
et de collecte des données ainsi que recherche à lumière du position-
les outils d’analyse de ces données nement épistémologique du doctor-
ont été intégrés au questionnaire. ant (Q12 et Q13) ;
Il convient de signaler que l’usage • les méthodes de recherche et de col-
d’indicateur qualitatif, en général basé lecte des données ainsi que les outils
sur la perception des personnes d’analyse des données mobilisées par
enquêtées, a connu un regain d’intérêt le doctorant dans le la cadre de la
ces dernières années, du fait de sa recherche pour accéder au réel (Q14,
meilleure fiabilité dans l’analyse Q15 et Q16).
(Richards et Richards, 1998).
D’ailleurs comme le soulignent cer- 3.3. Les résultats de l’enquête
tains auteurs (Lyon et al, 2000), même Après le déploiement du question-
si le recours à la perception des per- naire adressé aux doctorants de la
sonnes questionnées peut inclure une 2ème et 3ème années du cycle doctoral du
part de subjectivité, il n’en reste pas Groupe ISCAE, l’équipe de recherche
moins qu’il a l’avantage de fournir une a procédé à l’issue au traitement,
évaluation plus précise et une mesure l’analyse et l’interprétation des résul-
plus complète et spécifique. Ainsi, tous tats obtenus. Sur les 35 doctorants
les construits qualitatifs sont saisis par ciblés, 28 ont répondu favorablement
une échelle de Likert à 5 points d’an- à notre enquête, soit un taux de
crage. réponse satisfaisant de 80%.
La structure définitive du question-
naire est constituée de 16 questions 3.3.1. L’identification du profil
(plus tard Q). Ce questionnaire traite du répondant
de plusieurs dimensions relatives à : L’identification du profil du répondant
• l’identification du profil du répon- en fonction de sa promotion a révélé
dant en termes de : sujet de que les doctorants de la 3ème année
recherche (Q1), promotion (Q2) fil- dominent avec 57% des répondants.
ière de recherche (Q3), formation de Les différents proportions reflètent
base (Q4) et soubassement scien- fidèlement la composition de la popula-
tifique du chercheur (Q5) ; tion cible de notre enquête.
• l’évaluation des connaissances de Par ailleurs, l’identification du profil
l’épistémologie en sciences de ges- du répondant en fonction de sa filière
tion, et ce en termes de : définition, a montré que la filière « stratégie »
courants, paradigmes et positions est majoritaire avec 46% des répon-
épistémologiques (Q6 et Q7) ; dants. Les différents pourcentages
• le positionnement épistémologique sont très proches de ceux de la popu-
du chercheur et les raisons de ce lation objet de notre enquête.
choix (Q8 et Q9) ; Par conséquent, les répondants sont
• l’évaluation des connaissances des assez représentatifs des deux promo-
modes de raisonnement en sciences tions 2ème et 3ème années du cycle doc-
de gestion, et ce en termes de : toral. Ces premiers éléments permet-
typologies, enchaînement des modes tent de réconforter notre souci
et leur adossement aux méthodes de d’avoir une validité et une pertinence

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DOSSIER

de l’étude à travers un bon taux de base fait ressortir que la Finance-


réponses avec une bonne représenta- Comptabilité vient en premier lieu
tivité de la population cible de l’en- avec 32% puis l’Ingénierie avec 21%,
quête. ensuite l’Economie-Gestion avec 18%
et enfin le Commerce-Marketing avec
11% (voir Graphe 3). Nous consta-
Ces premiers éléments permettent tons que ces proportions ne reflètent
de réconforter notre souci d’avoir une que moyennement la composition de
validité et une pertinence de l’étude à la cible de l’enquête par filière.
travers un bon taux de réponses avec L’identification du profil du répon-
dant en fonction du soubassement
une bonne représentativité de scientifique du chercheur illustre la
la population cible de l’enquête. domination des sciences humaines et
sociales avec 64% suivi des sciences
expérimentales avec 25% (voir
L’identification du profil du répon- Graphe 4)
dant en fonction de sa formation de

Graphe 3. Répartition par formation de base des répondants

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DOSSIER

Graphe 4. Répartition par soubassement scientifique des répondants

3.3.2. L’évaluation des connais- tivisme, l’interprétativisme et le con-


sances de l’épistémologie structivisme. Toutefois, plus de la
Sur les 28 répondants, la majorité moitié des répondants ignorent le
connait les principales postures post-positivisme comme position
épistémologiques à savoir le posi- épistémologique (voir Graphe 5).

Graphe 5. Evaluation des connaissances de l’épistémologie


des répondants

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REVUE RMSM N°3 ok 9/10/14 14:36 Page 61

DOSSIER

La plupart des répondants ont une bonne connaissance de l’épistémologie en


termes de définition (64%) (voir Graphe 6).

Graphe 6. Evaluation par les répondants de leur connaissance


de la définition l’épistémologie

Toutefois, la majorité des répondants estime que leurs connaissances des par-
adigmes (50%) restent encore modérées (voir Graphe 7).

Graphe 7. Evaluation par les répondants de leur connaissance


des paradigmes de l’épistémologie

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DOSSIER

3.3.3. Le positionnement puis le positivisme et le positivisme


épistémologique et les raisons aménagé suivent avec respective-
de ce choix ment 29% et 21% et enfin le con-
Quant au positionnement épisté- structivisme avec seulement 11%
mologique des répondants, l’interpré- (voir Graphe 8).
tativisme vient en premier avec 39%,

Graphe 8. Positionnement épistémologique des répondants

Selon les répondants, les raisons de le cadre de la recherche et enfin la


ce choix sont dictés en premier chef nature des phénomènes à décrypter
et la nature du champ de la
recherche. Le choix personnel, la for-
Les raisons de ce choix sont dictés en mation de base et la filière de la
premier chef par les impératives de recherche ne sont que marginale-
ment cités (Graphe 9).
la recherche.
Par ailleurs, nous remarquons que le
directeur de recherche et la maîtrise
par les impératives de la recherche à des outils d’analyse par le chercheur
savoir principalement la nature de n’ont aucun impact sur le position-
l’objet de recherche ensuite les con- nement épistémologique du répon-
cepts et les théories mobilisées dans dant.

62 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


REVUE RMSM N°3 ok 9/10/14 14:36 Page 63

DOSSIER

Graphe 9. Raisons des répondants pour justifier le positionnement


épistémologique choisi

3.3.4. L’évaluation des connaissances des modes de raisonnement


Les modes de raisonnement inductif et déductif sont bien connus par la
majorité absolue des répondants. Néanmoins, l’abduction comme forme de
raisonnement n’est connu que par 68% des répondants (voir Graphe 10).

Graphe 10. Evaluation des répondants de leur connaissance


des modes de raisonnement

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DOSSIER

La plupart des répondants ont évalué que leur connaissance des différentes
typologies des modes de raisonnement, leur enchainement et leur adossement aux
méthodes de recherche (47%) comme étant encore modérée (voir Graphe 11).

Graphe 11. Evaluation des répondants de leur connaissance


des typologies des modes de raisonnement

3.3.5. Le choix de l’approche tives (35%) et la combinaison des


méthodologique et de la deux (27%) (voir Graphe 13). Ces
méthodologie de recherche résultats sont également étonnants
L’approche hypothético-déductive est
la démarche préférée par la majorité
des répondants (62%) (voir Graphe
L’approche hypothético-déductive est
12). Ce résultat est d’autant plus sur- la démarche préférée par la majorité
prenant que respectivement 39% et des répondants.
11% des répondants ont des position-
nements interprétativiste et con-
structiviste alors que seulement 29% dans la mesure où ceux qui ont choisi
sont dans une posture positiviste. le constructivisme ne représentant
Quant à la méthodologie de que 11% et ceux qui sont dans une
recherche, le choix des répondants posture intermédiaires (interpréta-
est assez équilibré entre les méthodes tivisme et positivisme aménagé) s’ac-
qualitatives (38%), celles quantita- capare 60% des répondants.

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DOSSIER

Graphe 12. Choix de l’approche méthodologique des répondants

Graphe 13. Choix de la méthodologie de recherche des répondants

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DOSSIER

3.3.6. Les méthodes de recherche la recherche action 10% et l’étude


et de collecte des données et les clinique avec 7% (voir Graphe 14).
outils d’analyse A l’inverse des résultats précédents,
La plupart des répondants (53%) ont nous constatons ici une certaine
adopté l’étude de cas comme méthode cohérence avec le positionnement
de recherche mobilisée par le doctor- épistémologique des répondants (60%
ant dans le la cadre de la recherche entre interprétativisme et positivisme
pour accéder au réel. Vient ensuite la aménagé et 29% pour le positivisme).
recherche expérimentale avec 27%,

Graphe 14. Méthodes de recherche mobilisées par les répondants

Concernant les méthodes de collecte


des données mobilisées par le l’entretien reste la méthode de col-
lecte préférée des répondants suivi
doctorant dans le la cadre de la par la recherche documentaire, l’en-
recherche, l’entretien reste la méthode quête par sondage, l’observation, la
de collecte préférée des répondants mesure et le récit de vie. Les méth-
odes d’enquête par panels, d’expéri-
mentation et de focus group sont peu
Concernant les méthodes de collecte voir pas du tout utilisées par les
des données mobilisées par le doctor- répondants (voir Graphe 15).
ant dans le la cadre de la recherche,

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DOSSIER

Graphe 15. Méthodes de collecte des données mobilisées


par les répondants

Quant aux outils d’analyse des données mobilisés par les répondants pour
traiter les résultats de leurs recherches, les répondants utilisent ou vont utilis-
er plusieurs outils. La majorité a évoqué l’analyse du contenu (71,43%) ensuite
l’analyse du discours puis les tests paramétriques et non paramétriques et
enfin les équations structurelles (voir Graphe 16). Ces résultats reflètent ou
peuvent être expliqués par le positionnement épistémologique des répondants.

Graphe 16. Outils d’analyse des données mobilisés par les répondants

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 67


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DOSSIER

Conclusion lecte des données ainsi que les outils


d’analyse des données mobilisées par
Cette communication avait pour but le doctorant dans le la cadre de la
de dresser l’état de l’art des grands recherche pour accéder au réel.
paradigmes épistémologiques à l’œu- Cependant, nous n’avons pas pu mal-
vre dans la recherche en sciences de heureusement creuser et affiner
gestion et leurs implications davantage notre analyse vu le délai
relativement court pour le dépôt de la
communication et des réponses tar-
L’état de l’art des grands paradigmes dives de certains doctorants. A ce
titre, des approfondissements pour-
épistémologiques à l’œuvre dans la raient être suggérés concernant :
recherche en sciences de gestion et • les corrélations existantes entre le
leurs implications méthodologiques. profil du doctorant (sujet, formation de
base et soubassement scientifique) et
le positionnement épistémologique ;
méthodologiques. Un second volet a • l’impact du positionnement épisté-
été consacré à une enquête qui a per- mologique du chercheur sur le choix
mis d’établir, à la lumière des nou- de l’approche méthodologique et la
velles tendances des méthodologies méthodologie de la recherche d’une
de recherche en management, un part et sur celui des méthodes de
bilan des postures épistémologiques recherche et de collecte des données
utilisées au sein de l’école doctorale et les outils d’analyse d’autre part.
du Groupe ISCAE. • enfin, cette étude mérite d’être éten-
Dans ce registre, ce bilan nous a per- due aux autres écoles doctorales du
mis de dégager une idée assez claire Maroc ■
sur plusieurs dimensions à savoir :
• le profil du doctorant de l’école doc-
torale du Groupe ISCAE en termes de : Bibliographie
sujet de recherche, filière de recherche,
formation de base et soubassement sci- • Berry, Michel. Gérer et comprendre :
entifique du chercheur ; Diriger des thèses de “Terrain”. Centre de
• le niveau de connaissance de recherche en gestion de l’École polytech-
l’épistémologie en sciences de ges- nique, 2000.
tion, et ce en termes de : définition, • Charreire, Sandra et Huault, Isabelle. Le
courants, paradigmes et positions constructivisme dans la pratique de recherche :
épistémologiques ; une évaluation à partir de seize thèses de doctor-
• le positionnement épistémologique du at. Finance Contrôle Stratégie – Volume 4,
chercheur et les raisons de ce choix ; N°, Institut de Recherche en gestion.
• le degré de connaissance des modes Université Paris 12-Val de Marne, septembre
de raisonnement en sciences de ges- 2001, pp.31-55.
• Chatelin, Céline. Epistémologie et
tion, et ce en termes de : typologies,
Méthodologie en Sciences de Gestion réflexion
enchaînement des modes et leur adosse-
sur l’étude de cas. Laboratoire Orléanais de
ment aux méthodes de recherche ; Gestion, Document de recherche 2005-
• le choix de l’approche méthodo- 01. Institut d’Adminis-tration des
logique et de la méthodologie de Entreprises, 2004.
recherche à lumière du positionnement • Chekkar, Rahma and Grillet, Carole.
épistémologique du doctorant ; Research on Accounting and Auditing:
• les méthodes de recherche et de col- French researchers’ practices of diffusing

68 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


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DOSSIER

knowledge. Laboratoire Orléanais de tration. Université Laval, 1996.


Gestion, Document de recherche 2005- • David, Albert. Logique, épistémologie et
06. Institut d’Administration des méthodologie en sciences de gestion.
Entreprises, 2005. Université Paris-Dauphine (DMSP, LAM-
• Curchod, Corentin. La méthode comparative SADE) et Ecole des Mines de Paris (CGS).
en sciences de gestion : vers une approche quali- Conférence de l’AIMS, Mai 1999.
quantitative de la réalité managériale. Finance • David, Albert et al. Les nouvelles fonda-
Contrôle Stratégie – Volume 6, N° 2, Centre tions des sciences de gestion : Eléments
de Recherche en Gestion de l’École d’épistémologie de la recherche en manage-
Polytechnique. Paris. École Polytechnique- ment. Vuibert, 2000.
Paris, , juin 2003, pp. 155-177. • Gavard-Perret, M et al. Méthodologie de
• D’Amboise, Gérald. Le projet de recherche la recherche. Pearson, 2008.
en administration : Un guide général à sa pré- • Thietart, Raymond-Alain. Méthodes de
paration. Faculté des sciences de l’adminis- recherche en management. Dunod, 2003.

Annexes
Annexe 1 : Questionnaire

Information générales

1. Quel est l’intitulé de votre sujet de recherche ?

2. En quelle année du cycle doctoral vous êtes ?


■ En deuxième année
n
■ En troisième année
n
3. Quelle est votre filière de recherche ?
■ Stratégie
n
■ Finance
n
■ Marketing
n
4. Quelle est votre formation de base ?
■ Economie-Gestion
n
■ Litérrature
n
■ Ingénierie
n
■ Droit
n
■ Ressources humaines
n
■ Commerce-Marketing
n
■ Finance-comptabilité
n
■ Autre
n Précisez…………………………

5. Quelle est votre soubassement (fondement) scientifique ?


■ Sciences exactes
n
■ Sciences expérimentales
n
■ Sciences humaines et sociales
n
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DOSSIER

Positionnement épistémologique

6. Quelles sont les différents postures épistémologique en sciences de gestion


que vous connaissez ?
■ Positivisme n Post-positivisme

■ Constructivisme n Positivisme aménage
n


■ Interprétativisme n Autre Précisez……………
n

n ■

7. Comment caractérisez-vous votre connaissance de l’épistémologie en sciences de


gestion ?
■ Très limitée n ■ Limitée ■ Modérée ■ Etendue ■ Très étendue
■ La définition de l’épistémologie
n n n n

■ Les courants épistémologiques


n

■ Les paradigmes épistémologiques


n

■ Les positions épistémologiques des principaux paradigmes


n

8. Quel est le positionnement épistémologique de votre recherche ?


■ Positivisme n Post-positivisme

Constructivisme n Positivisme aménagé
n

■ ■
Interprétativisme n Autre Précisez…………
n


n ■

9. Quelles sont les principales raisons du choix du positionnement épisté-


mologique de votre recherche ? Cochez 3 cases dans la liste ci-après :
1. Choix personnel ■
2. Recommandation de votre directeur de recherche
n


3. Champ de votre recherche
n


4. Nature de l’objet de votre recherche
n


5. Nature des phénomènes à décrypter
n


6. Votre maîtrise des outils d’analyse
n


7. Finière de votre recherche
n


8. Votre formation de base
n


9. Concepts et théories mobilisés pour votre recherche
n


n

10. Quelles sont les formes de raisonnement en sciences de gestion que vous
connaissez ?
■ Déduction
■ Induction
n

■ Abduction
n

11. Comment caractérisez-vous votre connaissance des modes de raisonnement


en sciences de gestion ?
■ Très limitée n ■ Limitée ■ Modérée ■ Etendue ■ Très étendue
■ Les typologies du raisonnement
n n n n

■ L’enchantement des modes de raisonnement


n

■ L’adossement des modes de raisonnement aux méthodes de recherche


n

70 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


REVUE RMSM N°3 ok 9/10/14 14:36 Page 71

DOSSIER

12. A la lumière de votre positionnement épistémologique, quelle est l’approche


méthodologique de votre recherche ?
■ L’approche hypothético-déductive
n
■ L’apporche holistico-inductive
n
■ Autre
n Précisez……………

13. A la lumière de votre positionnement épistémologique, quelle est votre


méthodologie de recherche ?
■ Les méthodologies qualitatives
n
■ Les méthodologies quantitatives
n
■ La combinaison des méthodologies qualitatives et quantitatives
n
14. Quelles sont les différentes méthodes de recherche d’accès au réel que vous
allez mobiliser dans le cadre de votre recherche ?
■ L’étude de cas
n
■ La recherche expérimentale
n
■ La recherche-action
n
■ L’étude ou recherche clinique
n
■ La recherche-intervention
n
■ L’éthnographie
n
15. Quelles sont les différentes méthodes de collecte des données que vous allez
mobiliser dans le cadre de votre recherche ?
■ L’enquête par sondage
n
■ L’enquête par panels
n
■ L’expérimentation
n
■ La mesure
n
■ L’observation participante
n
■ L’observation non participante
n
■ La recherche documentaire
n
■ L’entretien
n
■ L’observation
n
■ Le récit de vie
n
■ Le focus group
n
16. Quels sont les différents outils d’analyse des données que vous allez
mobiliser dans le cadre de votre recherche ?
■ L’analyse de contenu
n
■ L’analyse de discours
n
■ Les tests paramétriques
n
■ Les tests non paramétriques
n
■ Les équations structurelles
n

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 71


REVUE RMSM N°3 ok 9/10/14 14:36 Page 72

DOSSIER

De l’observation participante comme


méthode de recherche
Résumé. L’observation participante reste un outil mineur dans les dispositifs et
les techniques de la recherche en sciences de gestion, en dépit de la place que
lui accordent les cours de méthodologie et les manuels. Cet article propose de
mettre en avant l’intérêt et l’utilisation de l’observation participantecomme
méthode de recherche, elle est souvent considérée dans la littérature comme
une voiepermettant l’enrichissement de l’objet recherché par l’accès au terrain,
et de fournirdes informations plus riches sur les acteurs étudiés.
A travers cet article, nous exposerons comment l’observation peut elle être au
service de l’objet de la recherche, et ce à travers sa définition, ses conditions de
réalisation et sonintérêt comme choix d’un outil de recherche. Ensuite, nous
présenterons des cas de travaux de recherche qui ont eu recours à cette tech-
nique dans diverses disciplines en sciences de gestion : Marketing, contrôle de
gestion et audit.
Enfin, cet article tentera de résumer les principales difficultés ainsi que les con-
ditions nécessaires à la réalisation et la mise en place de telle technique afin de
garantir et crédibiliser son utilité et par conséquent les résultats de la
recherche.

Mots-clés. Méthode de recherche, observation participante


Ibtissam ABARAR
Enseignant
Chercheur Abstract. Despite being frequently referred to in the methodology manuals,
ESCA - Ecole participant observation remains aminortoolin research and management tech-
de Management
niques.
This paper proposesto highlightthe value anduse ofparticipant observationas a
Azzouz research method. It is often consideredin the literatureas a waytoenrichthe
ELHAMMA analysis through access to the field ,andprovide valuableinformation aboutthe
Enseignant
Chercheur
actors being studied.
ENCG In this paper, we will explain howobservation canservethe research objectives.
Université Ibn We will highlight its definition,implementationconditions andits importance
Tofail - Kénitra asaan important research tool.Then,we will presenttwo empirical studies
thathave usedthis techniquein the field of marketing, management controlan-
Hasnae
RAZGANI daudit.
Enseignant Finally, this articlewill attempt tosummarize the maindifficulties as well asthe
Chercheur conditionsfor the realizationandimplementation ofsuch a techniqueto ensureits
ESCA - Ecole usefulness, credibilityand to optimize the research results.
de Management

Key words. Research method, participant observation.

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DOSSIER

Introduction la vie sociale dans la durée dans ses


aspects les plus complexes, les plus
L’observation participante a été définit cachés et les plus quotidiens.
par Bogdan et Taylor (1975) comme «Malinowski a vécu là comme un
suit : «Une recherche caractérisée par indigène parmi les indigènes pendant
une période d’interactions sociales plusieurs mois d’affilée ; jour après
intenses entre le chercheur et les sujets, jour, il les a regardés travailler et
dans le milieu de ces derniers. Au cours jouer, conversant avec eux dans leur
de cette période des données sont systé- propre langue et tirant ses informa-
matiquement collectées (...) ». tions des sources les plus sûres qu’il
Lapassade nous confirme que «les soit- l’observation personnelle et les
observateurs s’immergent personnelle- déclarations faites directement à lui
ment dans la vie des gens. Ils partagent par les aborigènes, dans leur dialecte,
leurs expériences. L’expression “obser- sans qu’intervienne un interprète»
vation participante” tend à désigner le (Malinowski, 1963, p.45).
travail de terrain en son ensemble, L’observation est une méthode de col-
depuis l’arrivée du chercheur sur le ter- lecte de données par lequel le
rain, quand il commence à en négocier chercheur observe de lui-même, de
l’accès, jusqu’au moment où il le quitte visu, des processus ou des comporte-
après un long séjour». ments se déroulant dans une organisa-
Martinet (2000) fait remarquer que les tion, pendant une période de temps
chercheurs du « MIT’s Industrial délimitée. L’observation constitue un
Performance Center » opposent la per- mode de recueil alternatif de l’entretien
spective analytique traditionnelle à dans le sens ou le chercheur peut
l’approche interprétative. « La pre- analyser des données factuelles dont
mière trouve ces préceptes dans le dis- les occurrence sont certaines, plutôt
cours cartésien de la méthode (objec- que les données verbales dont l’in-
tifs, identification des ressources-divi- férence factuelle est sujette à caution.
sion en parcelles affectées à des spé- (Baumard et al., 2003, p. 239)
cialistes-intégration en une combinai- L’observation in situ, est un moyen
son optimale), la seconde apparaît qui permet de dégager les interac-
indispensable en situation d’incerti- tions, d’appréhender les comporte-
tude forte, qui se comprend comme un ments au sein de l’organisation.
processus ouvert dans lequel il s’agit
d’écouter, de converser avec des
clients, des experts, pour interpréter et 1. L’observation
discerner les nouvelles possibilités qui participante comme
méthode de recherche :
surgissent des interactions.»
L’observation participante est tout
d’abord une technique de collecte du typologie et réalisation
corpus empirique, mise au point par
les ethnologues, qui a été transposée 1.1. La typologie de l’observation
par les sociologues et est utilisée en participante
sciences de gestion. Elle est consid- Pour saisir en profondeur la transfor-
érée comme un moyen permettant mation des représentations mentales
d’avoir la connaissance de l’autre, un et les expliciter d’une façon lisible, la
instrument précieux pour l’étude de méthode de l’observation partici-

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DOSSIER

pante paraît être comme la méthode l’observation participante qui fait du


la plus adaptée. En effet, les chercheur un observateur et acteur à
représentation mentales sont com- part entière de la vie de l’entreprise
permettrait de fournir une nouvelle
Cette méthode de l’observation compréhension de l’objet étudié, ou
participante qui fait du chercheur du moins affirmer celle qui émerge de
un observateur et acteur à part entière la littérature, et elle pourrait être
de la vie de l’entreprise permettrait apparentée à la recherche-action.
La typologie de l’observation partici-
de fournir une nouvelle compréhension
pante proposée par David (2000) est
de l’objet étudié, ou du moins affirmer retenue comme référence afin de dis-
celle qui émerge de la littérature, tinguer les différentes démarches
et elle pourrait être apparentée afférentes à cette technique en fonc-
à la recherche-action. tion de l’objectif poursuivi par le
chercheur. Ce cadre intégrateur des
plexes de part leur dépendance de démarches qui impliquent de façon
leur contexte et la permanence de directe le chercheur dans l’entreprise
leur mouvement. Cette méthode de observée se présente comme suit :

Tableau 1: Cadre intégrateur pour quatre démarches de recherches


en sciences de gestion (A. David, 2000)

Objectifs
Construction mentale Construction concrète de
de la réalité la réalité
Observation Recherche-action (IIb)
Partir de participante ou non (I) Aider à transformer le
l’existant Elaborer un modèle système à partir de sa
(observation des descriptif du fonction- propre réflexion sur lui-
faits ou travail nement du système même, dans une optique
de groupe sur étudié. participative.
son propre
comportement)
Démarche

Partir Conception Recherche intervention


d’une situation “en chambre” de (III)
idéalisée ou modèles et outils de Aider, sur le terrain à
d’un projet gestion (IIa) concevoir et à mettre en
concrêt de Elaborer des outils de place des modèles et outils
transformation gestion potentiels, des de gestion adéquats, à
modèles possibles de partir d’un projet de
fonctionnement, sans transformation plus ou
lien direct avec le terrain moins complètement
défini.

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DOSSIER

La première case (case I) distingue • la participation en tant qu’observa-


L’observation non participante de teur : dispositif dans lequel le
l’observation participante. chercheur suit les acteurs partout ou
La première (l’observation non par- ils vont et dans tout ce qu’ils font,
ticipante) se décline (case I) sous mais en se contentant d’être un
trois formes : observateur.
• la première consiste à observer la La construction « en chambre » de
réalité en « caméra cachée ». Cette modèles et outils de gestion (case II. a)
forme implique le chercheur comme Elle peut prendre différentes formes
acteur à part entière dans la vie de suivant le type de savoirs à partir
l’organisation, sans que les autres desquels le chercheur travaille et la
acteurs soient au courant de ses buts nature des modèles conçus.
de recherche. C’est le cas, par exem- David (2000) repère trois dimensions
ple, lorsque des chercheurs en mar- qui permettraient de situer les dif-
keting étudient le comportement des férentes innovations managériales :
clients d’une grande surface devant orientation, relation ou connais-
un linéaire de boissons, à partir d’une sances, degré de formalisation, degré
séquence filmée à leur insu. de contextualisation.
• La deuxième se résumeà interroger La recherche-action (case II. b)
la réalité par voiede questionnaires, Celle-ci est historiquement ancrée
d’entretiensou d’expérimentation en dans les travaux de Lewin et Dewey
laboratoire. qui constituent le fondement, entre
• La troisième consisteen l’étude lon- autres, de l’OD (Organizational
gitudinale qui correspond, par Development) puis avec Argyris et
l’analyse de documents et par entre- Schon (1978) de l’apprentissage
tiens, à reconstituer l’histoire et la organisationnel. Cette vision « mili-
logique gestionnaire des transforma- tante »de la recherche a notamment
tions d’une ou de plusieurs organisa- été reprise et systématisée par
tions sur une longue période. Argyris et al en 1985, dans un
L’observation participante (case I ouvrage intitulé Action Science
également) prend également trois (David, 2000).
formes principales : La recherche intervention (case III) :
• La première, appelée « participa- Ce courant désigne toute recherche
tion complète » Lapassade (2006) dans laquelle il y a intervention
reprend le principe de la « caméra directe du chercheur dans la con-
cachée », à ceci prés que le chercheur struction concrète de la réalité. Cette
est sur le terrain parmi les observés, méthode appelée aussi recherche-
sans que ces derniers sachent qu’il expérimentation, est pratiquée
est chercheur. depuis vingt-cinq ans à l’ISEOR.
• La participation directe : le Cette recherche à visée descriptive,
chercheur fait le même travail et vit explicative et prescriptive s’appuie
les mêmes situations que les acteurs sur l’élaboration et la validation d’hy-
qu’il observe, mais ces derniers pothèses de connaissances à partir de
savent qu’il est un chercheur et qu’il l’observation scientifique rapprochée
produit un certain nombre d’analyses et de données dites de terrain (Savall
et de résultats d’une autre nature. et Zardet, 1995).

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1.2. La réalisation de l’observation routine du travail quotidien de


participante l’homme, les détails des soins cor-
Elle impose à l’enquêteur de recourir porels, la manière de prendre la nour-
à des stratégies de pénétration et riture et la préparer, le style de con-
surtout d’intégration dans son milieu versation et de la vie sociale autour
d’étude. C’est un devoir d’accessibil- des feux du village. Tous ces faits
ité à l’autre et d’interaction du peuvent et doivent être formulés et
chercheur avec la cible. L’observation consignés, mais pour cela, il importe
de percer à jour l’attitude mentale
qu’ils expriment plutôt que de se
L’observation participante favorise un borner, comme le font couramment
rapport plus individualisé et profond les observateurs non qualifiés, à
avec la société, la culture étudiée, elle noter les détails d’une manière super-
permet de comprendre les processus, ficielle. » (Malinowski, 1989).
les événements et les relations dans La cohabitation prolongée avec le
sujet d’étude permet donc à l’observa-
leur contexte social.
teur participant de partager la vie,
les activités et les sentiments des per-
participante favorise un rapport plus sonnes, dans une relation de face à
individualisé et profond avec la face. L’observateur participant reflète
société, la culture étudiée, elle per- donc l’image du processus social de la
met de comprendre les processus, les vie du groupe observé.
événements et les relations dans leur Néanmoins, l’observation doit être
contexte social. Ce mécanisme qui objective : voici le principe essentiel.
s’établit grâce à une cohabitation L’observation doit être sans trace
généralement longue facilite toutes aucune du sujet observateur, qui doit
les autres activités de collecte de don- s’effacer, n’avoir de cesse que d’être
nées car créé le contact et diminue la fidèle au réel dans ses énoncés d’ob-
réactivité, elle permet de s’imprégner servation. Dans ce sens, Bernard
du sens que les acteurs donnent eux- (1865) confirme que « L’observateur
mêmes à leurs pratiques, car elle constate purement et simplement le
seule permet d’appréhender ces phénomène qu’il a sous les yeux. Il ne
«impondérables» dont parle doit avoir d’autre souci que se prému-
Malinowski dans Les Argonautes du nir contre les erreurs d’observation.
Pacifique Occidental : « Il est une À cet effet, il met en usage tous les
série de phénomènes de grande instruments qui pourront l’aider à
importance, que l’on ne saurait rendre son observation plus com-
enregistrer en procédant à des inter- plète. […]il faut observer sans idée
rogatoires ou en déchiffrant des doc- préconçue ; l’esprit de l’observateur
uments, mais qu’il importe de saisir doit être passif, i.e, se taire ; il écoute
dans leur pleine réalité. Appelons-les la nature et écrit sous sa dictée ».
les impondérables de la vie authen- (Bernard, 1865)1.
tique. Ce sont des choses comme la

1. Cité par Philippe Robert Démontrond, « Méthodes d’observation et d’expérimentation », Éditions Apogée,
2004.

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DOSSIER

L’immersion dans l’objet de recherche, de comprendre comment se réalise le


l’interaction avec son milieu et l’instau- lien entre les deux fonctions –market-
ration d’un climat de confiance avec les ing et stratégie-, dans le contexte spéci-
acteurs observés, offrent au chercheur fique d’une entreprise ayant créé une
l’opportunité d’avoir accès et de déploy- direction de marketing stratégique. La
er différentes techniques de collecte de recherche a porté sur l’étude de cas
données, notamment les entretiens et unique en s’appuyant sur l’observation
observations, la prise de note, la tenue participante comme démarche d’accès
d’un journal de bord, la récupération au terrain. La durée de l’observation
des documents internes, des lectures depuis la recherche de l’entreprise
diverses etc… sans que cela soit aperçu jusqu’à la phase de soumettre aux
intrusif ou douteux par les acteurs. acteurs les résultats de la recherche
pour discussion s’est étalée sur quatre
années. Or l’observation participante, à
2. La pratique de proprement dit, a duré une année
l’observation participante : entière.

cas d’illustration Pendant cette période, où le chercheur


est immergé sur le terrain, il a réalisé
La littérature adresse deux princi-
une collecte effective des données
pales critiques à l’observation partic-
ipante qui se déclinent sous forme de d’observation et pratiqué des analyses
deux limites essentielles: intermittentes, lui permettant ainsi
• Un manque d’objectivité qui se jus- une confrontation permanente entre
tifie par une sorte de « parti pris » les faits recueillis et les concepts
du fait d’avoir un seul point de vue.
étudiés
• Deuxième limite mise en évidence
par Bourdieu (1978, 67), on ne peut
pas nier la contradiction pratique : cha- Sa collecte de données peut se
cun sait combien il est difficile d’être à la résumer en deux phases principales.
fois pris dans le jeu et de l’observer. La première était celle de l’observation
Afin d’illustrer nos propos, nous avons participante qui s’est étalée sur une
retenu trois récentes recherches en durée de un an. Pendant cette période,
sciences de gestion qui ont eu recours où le chercheur est immergé sur le ter-
à cette méthode, et ce dans trois disci- rain, il a réalisé une collecte effective
plines différentes : Marketing, con- des données d’observation et pratiqué
trôle de gestion et audit. des analyses intermittentes, lui perme-
ttant ainsi une confrontation perma-
2.1. Cas en marketing nente entre les faits recueillis et les
Valentina KIROVA (2011) : « La direc- concepts étudiés. Dans cette étape ini-
tion marketing stratégique comme tiale, le chercheur a privilégié à l’instar
vecteur de resserrement du lien mar- de Bootz (2005), l’observation des com-
keting stratégie dans l’organisation : portements et les entretiens informels
Etude du cas Laser-Confinoga ». avec les membres du groupe au lieu des
L’objectif de son étude était de clarifier entretiens semi-directifs.
les apports de la fonction marketing à La seconde phase de la collecte a été
la stratégie générale de l’entreprise afin entreprise quelques mois après la ter-

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DOSSIER

minaison de l’observation partici- • Une phase d’entretiens «exploratoires»


pante. Le choix de cette coupure du (de mai 2004 à février 2005) :
terrain par le chercheur est fondé sur La collecte de données se fonde sur
les recommandations de Rosa et des entretiens semi- directifs, avec
Dacko (1995), après une période des contrôleurs de gestion et des
d’immersion, il est nécessaire de se responsables commerciaux.
détacher émotionnellement du ter- • Une phase d’observation « partici-
rain pour être objectif dans ses analy- pant complet » (de mars 2004 à
ses de la réalité, pendant cette péri- Janvier 2005) : La collecte de données
ode le chercheur a réalisé sa première est réalisée à partir de l’observation et
confrontation entre les premiers du recueil de documents internes.
résultats émergeants avec les con- • Une phase d’observation « partici-
cepts théorique. A l’issu de cette pre- pant direct » (de janvier 2005 à
mière analyse, le chercheur a con- Septembre 2005) :
struit un entretien semi-directif qui a La collecte de données est réalisée à
été administré à des interlocuteurs partir : de l’observation, du recueil
de différents départements de l’entre- de documents internes et d’entre-
prise étudiée. tiens menés en interne,
Le recours à la technique de la trian- • Une phase d’observation «non partici-
gulation des sources et des données a pante» (d’octobre 2005 à octobre 2008) :
conféré à la recherche sa crédibilité. Sa collecte de données primaires se
La principale limite de cette fonde sur les entretiens et différents
recherche est le recours à un seul cas documents internes.Ainsi une triple
d’analyse ce qui limite fortement la «triangularisation» a été menée
généralisabilité des résultats. (méthode, sources de données, types
de données), est envisagée davantage
2.2. Cas en contrôle de gestion comme une alternative à la validation
Julien PRUDENCE (2010) : « La et un moyen de corroboration des
maîtrise du slack budgétaire: Une informations.
analyse autour des théories de la A l’issue de la recherche, il n’a pas été
déviance et de la criminologie: le cas possible à l’auteur d’obtenir une vali-
d’une entreprise de distribution » dation de l’ensemble des construits
A partir d’une observation partici- théorique par les acteurs de ce ter-
pante au niveau du contrôle de ges- rain pour des raisons organisation-
tion d’une société de distribution, nelles de la société étudiée. D’autre
l’auteur s’est interrogé sur les part, la participation au terrain ainsi
moyens de maîtrise du slack budgé- que le travail de recherche n’ont
taire, et ce en prenant comme cadre jamais été soumis à un cadre
d’analyse les théories de la déviance juridique. Il a semblé préférable, pour
et de la criminologie.L’étude avait l’auteur, de ne pas courir le risque de
pour objectif de comprendre de quelle devoir ajouter des contraintes
manière le slack budgétaire est formelles à la publication de ses
maîtrisé à travers l’étude longitudi- résultats, de surcroît pour une étude
nale d’un cas. déjà anonymisée à la demande de la
La démarche générale de la collecte direction générale de l’époque.
d’information s’est articulée sur qua- Le chercheur est seul face à un
tre phases : matériau empirique d’une très

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DOSSIER

grande richesse et complexité. Il con- La collecte de données est réalisée à


tribue partiellement à le créer par le partir de l’observation et des entre-
rôle qu’il joue au sein du système tiens semi-directifs.
d’activités étudié. Le choix d’orienter
la thèse sur la déviance et la crimi- Les études fondées sur l’observation
nologie a conduit à négliger des
directe des auditeurs sont extrêmement
thèmes qui auraient mérité des
développements complémentaires. rares. La métho-dologie de recherche
Les expériences respectives du adoptée par l’auteur place les pratiques
chercheur en tant que contrôleur de «souterraines» des acteurs de
gestion au sein de la société étudiée ces relations sur le devant de la scène.
et comme consultant en manage-
ment, l’ont très certainement influ-
encé sur sa façon d’aborder cette L’auteur a omis de suivre les recom-
problématique. mandations deRosa et Dacko (1995),il
n’a pas pu être détaché de son objet d’é-
2.3. Cas en audit tude, sa durée d’observation était con-
Hasnae RAZGANI (2011) : «Les tinue sur une période de quatre ans,
réseaux sociaux et la compétence de malgré la rédaction de sa thèse qui s’est
l’auditeur – Cas du cabinet Audit &Co». faite à posteriori, l’auteur n’a pas pu
A partir d’une observation partici- revenir sur son terrain d’étude pour
pante d’une durée de quatre ans au validation. Néanmoins une étude longi-
sein d’uncabinet d’audit, l’auteur tudinale basée sur une telle durée, est
s’est intéressé à comprendre le lien un des premiers spécimens dans la
entre un des fondements de la qualité recherche en audit. Les études fondées
de l’audit, à savoir la compétence, et sur l’observation directe des auditeurs
le cabinet d’audit en tant qu’organi- sont extrêmement rares. La métho-
sation sociale, et ce en prenant dologie de recherche adoptée par l’au-
comme cadre d’analyse la théorie des teur place les pratiques «souterraines»
réseaux sociaux. des acteurs de ces relations sur le
La démarche générale de la collecte devant de la scène.
d’information s’articule sur trois Par ailleurs, l’expérience de l’auteur en
phases : tant qu’auditeur financier, implicite-
• Une phase d’entretiens «exploratoires ment concerné par la problématique, a
» (de mars à octobre 2005) : très certainement influencée sa façon
La collecte de données se base princi- d’aborder la problématique.
palement sur des entretiens explora- De même, l’échantillon d’étude est
toires, avec principalement des audi- essentiellement constitué des « audi-
teurs financiers. teurs de terrain » (de 0 à 4 ans) tra-
• Une phase d’observation « partici- vaillant dans la branche française
pant complet » (d’octobre 2005 à octo- d’un seul cabinet. Tout d’abord, la
bre 2007) : La collecte de données est période d’observation s’est déroulée
réalisée à partir de l’observation et du pendant les quatre premières années
recueil de documents internes. de carrière dans le cabinet, la convivi-
• Une phase d’observation « partici- alité et la familiarité sont plus
pant direct » (de novembre 2007 à développées entre auditeurs du
novembre 2009) : même grade et de même promotion.

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Cibler une population d’un niveau (entretien) et la réalité du terrain.


plus élevé de la hiérarchie, en adop- Cette manière d’approcher progres-
tant plus une analyse approfondie sivement l’organisation permet l’in-
qu’étendue, aurait influencé les résul- stauration d’un climat de confiance
tats de la recherche, ou réorienté entre le chercheur et les acteurs
même la conceptualisation théorique étudiés, ce qui contribue à diminuer
vers d’autres horizons. les risques d’artification des
D’autre part, les résultats obtenus phénomènes observés, en amenant
pour un cabinet ne sont donc pas leur acteurs à retrouver leur spon-
extensibles aux autres. Même si l’ex- tanéité et être fidèles à leur comporte-
ercice du métier de l’audit est sup- ments et agissements en oubliant plus
posé être similaire entre les cabinets au moins le statut du chercheur en
d’audit, du fait de la réglementation tant qu’observateur. L’ensemble de ces
et de la normalisation de la profes- aspects permet ainsi à l’observation
sion, chaque cabinet devrait posséder d’être la plus complète et la plus
ses propres modalités d’exercice. À proche de la réalité en donnant au
cela s’ajoutent les différences cul- chercheur l’accès à l’information qu’il
turelles et fonctionnelles entre cabi- aurait ignoré s’il s’en était tenu à des
nets qui définissent les relations contacts superficiels. Le chercheur
sociales entre collaborateurs. peut mieux percevoir la signification
réelles des faits collectés par une con-
naissance plus profonde de l’objet
3. Intérêt, conditions étudié et ses acteurs.
et difficultés de 3.2. L’observation participante :
l’observation participante conditions
Elle impose à l’enquêteur de recourir
3.1. L’observation participante : à des stratégies de pénétration et
intérêts surtout d’intégration dans son milieu
La méthode d’observation partici- d’étude. C’est un devoir d’accessibil-
pante permet de saisir en profondeur ité à l’autre et d’interaction du
les mécanismes de l’organisation et chercheur avec la cible.D’une part,
de les expliciter d’une manière lisible. l’observateur participant reflète donc
Elle fait du chercheur un observateur l’image du processus social de la vie
et acteur de la vie de l’entreprise. du groupe observé. D’autre part, le
recours à l’analyse longitudinale, qui
Cette manière d’approcher consiste à étudier un phénomène au
progressivement l’organisation permet cours du temps pendant une cohabi-
tation prolongée, permet l’instaura-
l’instauration d’un climat de confiance tion d’un climat de confiance avec les
entre le chercheur et les acteurs acteurs étudiés. En effet, l’instaura-
étudiés. tion d’un climat de confiance entre le
chercheur et les sujets capables de
L’objectif est de fournir une nouvelle dévoiler certaines informations rich-
compréhension de l’objectif étudié, es pour le sujet de la recherche, serait
en réduisant ainsi le décalage entre conditionnée par une proximité avec
un discours généralement simplifié ces interlocuteurs.

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DOSSIER

Forgues et al (2003, p. 422), quali- devenir membre du groupe étudié à


fient de longitudinale : « Une famille part entière. La nécessité de conserv-
d’analyse visant à l’étude d’évolutions er une distance est considérée par la
au cours du temps. Les évolutions
peuvent concerner des organisations,
des individus, des concepts ou des L’observation participante implique
variables ; elles constituent l’origine une immersion totale mais en même
des données à analyser ». (Forgues et temps le participant devrait éviter de
al, 2003, p. 422).
devenir membre du groupe étudié à
En reprenant la définition de
Menard, Forgues et al (2003, p. 423), part entière.
dégagent les caractéristiques de l’é-
tude longitudinale :
1 - les données recueillies portent sur littérature comme un gage crédible
au moins deux périodes distinctes, de sérieux méthodologiques et de
2 - les sujets sont identiques ou au rigueur scientifique.
moins comparables d’une période à Par ailleurs, afin de garantir à la
l’autre, recherche sa fiabilité et validité le
3 - l’analyse consiste généralement à recours au principe de la triangular-
comparer les données entre (ou au istion est primordial.
cours de) deux périodes distinctes ou
à retracer l’évolution observée. 3.3. Lobservation participante et
Il convient de noter par ailleurs, que ses difficultés
pour Zrihen (2002, p. 165), la La principale difficulté de la pratique
recherche historique, la recherche de l’observation participante est l’impli-
ethnologique et les études longitudi- cation et distanciation du chercheur.
nales peuvent être considérées, d’une Afin de clarifier notre position sur
certaine façon, comme des formes l’observation participation nous
particulières d’études de cas. avons emprunté à Zrihen (2002, p.
L’observation participante implique 192) une série de questionnements.
une immersion totale mais en même Ces questionnements sont présentés
temps le participant devrait éviter de au travers de l’encadré ci-après :

Tableau 2 : Implication et Distanciation du chercheur dans le cadre


d’une observation participante (repris de Zrihen, 2002, p192)

A la question : Peut-on enquêter sur son propre milieu, en particulier


celui de son travail ?
La réponse est une autre question : est-ce que cela ne dépend pas de la place
et du rôle que l’on assigne au chercheur et en particulier de sa relation avec
les personnes observées ?

Le chercheur est-il un observateur neutre ?


Comment mettre alors en œuvre cette distance avec le milieu étudié ? Comme
ne pas confondre ses propres enjeux avec ceux révélés par le terrain ?

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DOSSIER

La sociologie « standard » à l’image des sciences expérimentales, insiste


sur la neutralité de l’observateur qui mettre de côtés ses émotions et
préjugés, rester objectif, et ne pas perturber la situation observée.
Cette posture idéale du chercheur parfaitement objectif est non seulement
fausse comme la montré G. Devreux (1980), mais elle constitue « une posi-
tions géométrique utopique (au sens propre : un nulle part) d’où l’on ne ver-
rait rien du tout » (Lae et Murard, 1995). Par définition, le chercheur est
un être humain, avec ses émotions, son histoire… qui est présent dans
les situations qu’il observe : il y participe, même à son propre insu.

Ainsi l’observation est tout sauf froide et désincarnée, car la recherche est
faite de raisonnement, mais aussi de passions, d’émotions… qui sont
inhérentes à tout travail de terrain. Observer conclu, c’est non seulement
entendre, mais voir, sentir, goûter…

Le fait d’être dans la place constitue-t-il un avantage pour observer une


entreprise, avec ses rites, ses symboles ?
Comment essayer alors d’objectiver la situation observée ?
Cela passe d’abord par une compréhension de sa « place », à la fois :
• du point de vue de sa propre histoire, de ses attentes personnelles,
• et du point de vue sociologique, c’est-à-dire celle qui est assignée par les
autres, y compris du point de vue des salariés.

Quelle est ma place dans l’entreprise ? Comment les autres me voient ?


C’est précisément en réfléchissant sur sa propre implication, par une auto-
analyse à la fois horizontale et verticale (pas sa place dans l’espace social
local et par rapport à son histoire), que le chercheur pourra acquérir une
certaine distance par rapport à son objet et ainsi l’observer (Weber, 1989).

Implication et distanciation ne sont-elles pas étroitement liées ?


Loin d’être antinomiques, ces deux notions sont étroitement liées. Mener
une recherche de terrain suppose, dans un double mouvement sans cesse
renouvelé que :
• d’une part, le chercheur soit intéressé, et même passionné par son terrain,
au point de vouloir y pénétrer, de vouloir le comprendre, de son propre point
de vue mais aussi de celui des participants, afin d’en restituer le sens.
• d’une part, le chercheur puisse construire et analyser sa relation à l’objet
et aux sujets étudiés.
C’est pourquoi finalement, à la question initialement posée de la place et des
qualités « parfaites » de l’observateur, nous répondrons par la notion
d’idéal du chercheur : « D’observateur participant », à la fois impliqué et
distancié, capable de mettre en œuvre une familiarité flottante… Ceci reste
un idéal… auquel le chercheur doit tendre.

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DOSSIER

Conclusion ticipante reste néanmoins la seule


qui permette de considérer la com-
La pratique de l’observation partici- plexité de l’objet étudié en offrant au
pante comporte un certain nombre de chercheur une riche base d’informa-
risques. Il s’agit principalement du tion nécessaire à la compréhension
risque de provoquer des comporte- et l’analyse de son objet de
ments artificiels par la présence d’un recherche ■
observateur, qui, n’auraient pas eu
lieu ou se seraient produits différem-
ment. De même, les acteurs peuvent Bibliographie
sentir une certaine réticence à
partager leurs idées devant le
• Beaud S., Weber F., 1998, Guide de l’en-
chercheur. quête de terrain, Paris, La Découverte.
Par ailleurs, l’observation pourrait • Becher H., 2002, Les ficelles du métier
s’accompagner d’un risque de vue – Comment conduire sa recherche en sci-
partielle de la réalité. En effet, l’ob- ences sociales, Guides Repères, Paris, La
servateur par l’obligation de s’intégr- Découverte.
er dans la structure du groupe risque • Bourdieu P., 1978, Sur l’objectivation
de voir son observation bornée par participante. Réponse à quelques objec-
cet enracinement et implication dans tions, Actes de la recherche en sciences
la vie de l’entreprise et de ne pas pou- sociales, 23, 67-69.
• Bourdieu P. « Le capital social. Notes
voir en prendre une vue d’ensemble.
provisoires ». Actes de la recherche en sci-
De plus en cas de conflit de groupe, le ences sociales, janvier 1990, n° 31, p. 2-3.
chercheur risque d’être tiraillé entre Article reproduit dans ce volume.
son rôle de chercheur et celui de par- • Bourdieu P. Les structures sociales de
ticipant. l’économie. Paris : Seuil, 2000, 289 p.
Enfin, cette intégration peut altérer • Coenen-Huther J., 1995, Observation
l’objectivité du chercheur et modifier participante et théorie sociologique,
le regard porté sur le phénomène Paris, Editions l’Harmattan, Coll.
étudié. Ainsi, sa proximité avec l’ob- «Logiques sociales».
jet étudié et sa réalité peuvent • David A. et al. Les nouvelles fondations des
sciences de gestion. Paris : Vuibert, 2000,
l’amener vers des réactions de sym-
215 p.(FNEGE).
pathie ou d’antipathie susceptibles
• Hughes E. C., 1996, Le regard soci-
d’infléchir sa vision des choses en ologique : essais choisis, textes rassem-
donnant parfois à ce type d’observa- blés et présentés par CHAPOULIE J.-M.,
tion un aspect partial. De même, il Paris, Edition de l’Ecole des hautes
pourrait trouver « évidentes » et études en sciences sociales.
normales des attitudes qui, au début, • Jaccoud M., Mayer R., 1997,
lui auraient paru nécessiter une L’observation en situation et la recherche
explication. qualitative, in
Malgré les nombreux biais qu’on • Poupart J., Groulx L-H., Deslauriers J-P.,
pourrait adresser à l’égard de cette Laperrière A., Mayer R., Pires A., La
recherche qualitative : enjeux épisté-
technique, notamment une certaine
mologiques et méthodologiques,
forme de subjectivité du chercheur,
Boucherville, Gaëtan Morin Editeur, 211-
de par son implication personnelle 249.
qui entraîne la modification de l’ob- • Kirova V. (2011), « La direction mar-
jet, la méthode de l’observation par- keting stratégique comme vecteur de

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DOSSIER

resserrement du lien marketing stratégie théories de la déviance et de la criminolo-


dans l’ogranisation : Etude du cas Laser- gie: le cas d’une entreprise de distribu-
Confinoga », Thèse Sciences de Gestion. tion ». Thèse Sciences de Gestion. Paris :
Paris : Bordeaux - Montesquieu Université Paris Dauphine
• Malinowski B. Les Argonautes du • Razgani H. (2011) : « Les réseaux soci-
Pacifique occidental. Paris : Gallimard, aux et la compétence de l’auditeur – Cas
1989, trad. fr. 1963, 606 p. (Tel). du cabinet Audit & Co ». Thèse Sciences
• Mendras H., Oberti M., 2000, Le socio- de Gestion. Paris : Université Paris
logue et son terrain, trente recherches Dauphine
exemplaires, Paris, Armand Colin. • Savall H. et Zardet V., « La dimension
• Peretz H., 2004, Les méthodes en soci- cognitive de la recherche - intervention : la
ologie. L’observation, Paris, La production de connaissances par interactivité
Découverte, coll. Repères, n°234. cognitive », article Revue Internationale
• Poupart J., Deslauriers J-P., Groulx L- de Systémique, décembre 1995, pp.157-
H., Laperrière A., Mayer R., Pires A., 189.
1997, La recherche qualitative, Enjeux • Zrihen R. Rôles informels du contrôle
épistémologiques et méthodologiques, budgétaire : le cas d’une entreprise multina-
Boucherville, Canada, Gaëtan Morin édi- tionale Nord-Américaine. Thèse Sciences
teur. de Gestion. Paris : Université Paris
• Prudence J. (2010) : « La maîtrise du Dauphine, 2002, 358 p.
slack budgétaire : Une analyse autour des

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DOSSIER

Contexte et contextualisation dans


les recherches en Management au Maroc
Résumé. L’intégration du contexte dans les études de management pose pro-
blème aujourd’hui dans les recherches en management. Au Maroc, les recher-
ches en management se doivent d’intégrer les spécificités culturelles afin
d’aboutir à des modèles actionnables. Dans le présent article nous présente-
rons la méthodologie de la contextualisation ainsi que les perspectives
théoriques dans lesquelles elle s’inscrit. Nous présenterons également les
résultats des différentes démarches de contextualisation entreprises sur le ter-
rain marocain.

Mots-clés. Cross-vergence, Contextualisation, Contexte, Maroc, Représentations


sociales.
Abdenbi
LOUITRI
GREFSO Abstract. Integration of context in management studies is a today proble-
FSJES matic in researches. In Morocco, management researches must integrate cul-
Marrakech tural specificities in order to achieve operable models. In this communication
we’ll present a methodology of contextualization and theoretical perspectives in
Doha
SAHRAOUI which it is registered. We will also present the results of different contextuali-
GREFSO zation approaches made in Morocco.
FSJES
Marrakech Key words. Crossvergence, Contextualisation, Context, Morocco, Social repre-
sentations.

Introduction théoriques utilisés sont les mêmes util-


isés dans les pays occidentaux où le
monde professionnel fait régulière-
Le classement du Maroc en termes de ment appel aux chercheurs universi-
recherches et publications scien- taires, pour résoudre des probléma-
tifiques, démontre des mauvaises per- tiques de grande acuité.
formances du pays en la matière. Or,
bien plus que le nombre de publications
et de recherches mené, la qualité même Un des points de force de recherches
de ces recherches et publications est à marocaines en gestion, peut être son
analyser. Le monde des entreprises point de faiblesse.
décrie la déconnexion des universi-
taires des réalités professionnelles, Un des points de force de recherches
même si le peu de recherches menées marocaines en gestion, peut être son
respectent les normes internationales point de faiblesse. L’utilisation systéma-
de validité et de fiabilité. Les cadres tique des théories internationales, des

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DOSSIER

résultats et normes empruntés aux L’objectif de la présente communica-


recherches étrangères, occultent une tion est de reprendre le processus de
partie importante de l’analyse de la con- réflexion qui a conduit aux méthodes
naissance qui est la contextualisation.
La contextualisation s’inscrit dans la L’objectif de la présente communication
lignée des recherches de la cross-ver- est de reprendre le processus de
gence, qui considère aujourd’hui que
les cultures managériales ne s’em-
réflexion qui a conduit aux méthodes
pruntent pas et ne s’imposent pas. de contextualisation adoptées au sein
Chaque culture s’approprie les mod- de ces groupes de recherche dont nous
èles managériaux et les arrange en faisons partie.
fonction de sa propre culture afin de
mettre en place des pratiques de
management les plus en adéquation de contextualisation adoptées au sein
avec sa culture de base. de ces groupes de recherche dont
Jusqu’ici la majorité des recherches nous faisons partie. Notre objectif est
sur le management au Maroc s’est également de présenter une partie
des résultats auxquels nous avons
aboutit au stade actuel.
Jusqu’ici la majorité des recherches Cette communication sera structurée
sur le management au Maroc s’est en plusieurs points ; le premier sera
limitée à l’idéologie du management, dédié à la présentation de la théorie de
la cross-vergence ainsi que son apport
en occultant toutes les variables
dans la compréhension de l’interna-
éthiques, religieuses, politiques et tionalisation des pratiques de manage-
sociales qui impactent cet idéologie. ment dans le monde. Si la cross-ver-
gence offre le cadre de la compréhen-
limitée à l’idéologie du management, sion de l’intégration des pratiques de
en occultant toutes les variables management dans des contextes
éthiques, religieuses, politiques et locaux, la contextualisation, elle, pro-
sociales qui impactent cet idéologie. pose la méthodologie pour approcher
De même, les sciences sociales au les réalités de cette intégration.
Maroc, ont rarement retenu comme Le deuxième point de cette communi-
objet de recherche l’entreprise ou le cation reviendra sur les concepts de
Management, d’où la distanc entre la base de la contextualisation, et tente
recherche universitaire et la pratique d’expliquer l’apport de cette nouvelle
managériale au Maroc. méthodologie dans la compréhension
Depuis 2007, au sein des groupes de des problématiques de gestion au
recherches en gestion de la Faculté sein des organisations marocaines.
des sciences juridiques, écono- Toute méthodologie conceptuelle
miques de Marrakech, la contextu- nécessite des méthodes empiriques
alisation fait partie intégrante de pour son opérationnalisation. Dans
l’ensemble des thématiques et des ce sens, la méthode développée par
recherches. La finalité est de se rap- les groupes de recherche en gestion
procher le plus possible des réalités de Marrakech, se base sur la théorie
managériales marocaines et de pro- des représentations sociales, comme
duire de la recherche actionnable. outil de contextualisation.

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DOSSIER

Le troisième point de la communica- que l’idéologie et les valeurs de man-


tion présente les fondamentaux de la agement ont été élaborées dans les
théorie des représentations sociales pays de l’Ouest. Les pays désireux de
ainsi que son instrumentalisation dans s’industrialiser n’avaient d’autres choix
la contextualisation des probléma- que d’importer les pratiques de l’ouest,
tiques de gestion. Nous reprendrons dont les valeurs et l’idéologie s’impo-
par la suite, la méthodologie adoptée saient au-delà des spécificités de la cul-
pour contextualiser, une méthodologie ture locale.
basée sur la cross-vergence et emprun- La deuxième perspective est celle de
tée aux représentations sociales. la divergence, qui avance que les
Le dernier point de cette communica- valeurs et les cultures se manifestent
tion, présente une partie des au sein des organisations donnant à
recherches que nous tentons de syn- chaque culture des pratiques qui lui
thétiser et qui ont adopté la sont propres. Dans cette perspective
méthodologie de la contextualisation. on peut citer les travaux de Philipe
Sur la base de cette synthèse, nous d’Iribarne sur les cultures nationales.
porterons un premier éclairage sur La troisième perspective élaborée à
les spécificités du comportement partir de la fin des années 90, est
organisationnel, et l’impact de la cul- celle de la « Crossvergence », terme
ture marocaine sur les pratiques cité la première fois par Ralston et al.
managériales. en 1993. Cette perspective conforte
l’idée que certains aspects de l’organ-
isation sont universels alors que
1. La cross-vergence : d’autres sont plus spécifiques à la
Une nouvelle perspective culture. « La crossvergence se traduira
par des valeurs de travail unique, qui
à l’étude du management intègrent des valeurs culturelles locales
dans des contextes avec des influences de l’idéologie man-
agériale du système capitaliste de
différents l’ouest » (Pearson and Enterkin,
1998). La théorie de la «Cross-
La mondialisation des firmes s’est vergence » permet de comprendre
accompagnée d’une internationalisa- l’évolution des valeurs, en éclairant la
tion des pratiques qui s’apparente à un relation d’interaction entre la culture
transfert des connaissances via les cul- sociale et les idéologies de manage-
tures. L’histoire du management a ment, ainsi que leur impact sur les
connu trois perspectives majeures dans valeurs nationales. Ralston (1997)
le domaine : La perspective de la con- explique que l’interaction entre
vergence, celle de la divergence, et l’idéologie du management et la cul-
finalement, la plus dominante de nos ture locale, produit de nouvelles
jours, la «Crossvergence » (Buchanan, valeurs et de nouveaux comporte-
2009). ments. Cette intégration et cette pro-
Selon Buchanan (2009), la première duction de nouvelles valeurs
perspective qui régnait dans la descrip- représentent un processus d’aligne-
tion et l’explication de l’internation- ment qui peut durer « 10 ans, 20 ans,
alisation des pratiques de manage- ou peut être des générations »
ment est celle de la convergence. Ralston et al. (1997) ; p.183.
Cette perspective se basait sur le fait

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En 2007, Ralston, suite à plusieurs er de plus en plus aux pays qui n’ont
études de cas, insiste sur l’impor- pas historiquement été intégré dans
tance des études qui prennent en ce type de recherches. Le Maroc
compte ces perspectives dans des représente, un de ces pays où la per-
pays qui ont été complètement spective de la « Crossvergence » per-
ignorés par les écrits sur le met de nouvelles analyses du monde
Management international. Dans un organisationnel.
travail réalisé en 2007, ce chercheur Or, si la « Crossvergence » permet
met en évidence notamment l’im- d’étudier l’évolution ainsi que le
portance d’étudier des pays process de production, nous man-
arabes/islamiques où l’idéologie busi- quons au Maroc de photographie
ness peut rentrer en conflit avec la instantanée quant au résultat actuel de
culture sociale, ce qui a forcément un l’intégration des idéologies manage-
impact sur l’évolution des valeurs. ment avec la culture locale. Cette pho-
L’approche de la crossvergence est tographie, suppose une métho-dologie
une des approches les plus domi- spécifique qui permet d’éclairer les pra-
nantes aujourd’hui dans les études tiques actuelles tout en dépassant les
en sciences de gestion ces 20 limites des études basées soit sur la
dernières années. Elle permet un perspective de la convergence ou celle
nouvel éclairage, plus opérationnel de la divergence.
quant à l’impact de l’intégration des
modèles de management importés de
La contextualisation, permet
l’ouest dans des cultures locales avec
des valeurs spécifiques. justement aux sciences de
Les recherches de Ralston et al., ont management d’obtenir cette
essentiellement débuté par des photographie instantanée sur
études de cas exploratoires, qui per- les valeurs et configurations de
mettent de dessiner les nouvelles
management dans une culture donnée,
configurations des valeurs et com-
portements des individus. Ces en l’occurrence le Maroc.
recherches ont par la suite peu à peu
essayé d’identifier les variables pré- Dans la lignée des travaux de
dictives des nouvelles configurations «Crossvergence », s’est développée
sur la base d’études quantitatives. une nouvelle conception méthodo-
Ces 5 dernières années, Ralston et al. logique, permettant d’intégrer ces
se tournent vers des études longitu- nouvelles donnes. La contextualisa-
dinales capables d’évaluer le proces- tion, permet justement aux sciences
sus de formation et de production de de management d’obtenir cette pho-
nouvelles valeurs. tographie instantanée sur les valeurs
Ainsi que le précisent Ralston et al. et configurations de management
(2007), les recherches basées sur la dans une culture donnée, en l’occur-
« Crossvergence » doivent s’intéress- rence le Maroc.

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DOSSIER

2. La contextualisation : naissances basiques ou évidentes. Ces


Une méthodologie connaissances dites basiques, sont
fortement reliées au contexte et peu-
pour appréhender vent induire le chercheur à des inter-
les spécificités prétations qui ne sont pas réelles mais
des contextes
ont été intégrées dès le départ comme
postulat de base. La contextualisation
permet de dépasser le « Basic
Depuis la fin des années 70, un nom- Knowledge » ou le « Easy Knowledge »
bre important de chercheurs anglo- en réinterprétant la connaissance en
saxons plaident pour une nouvelle fonction du contexte où elle existe.
méthodologie de recherche qui intè- Sur ce plan, de manière plus pragma-
gre les normes sociales, politiques, tique, les résultats des recherches au
éthiques, religieuses, géographiques Maroc ne peuvent être bénéfiques
et culturelles dans le processus de la que si elles correspondent au con-
construction de la recherche (DeRose texte marocain. Ainsi, pour que
1995; Cohen 2000 ; Lewis 1996). ces recherches correspondent au
Cette orientation de la recherche contexte, il faudrait que la métho-
basée sur la théorie de la connais- dologie adoptée intègre à travers
sance, avance qu’aucune connais- ses méthodes de construction de la
sance n’est réelle que quand le con- connaissance toutes les spécificités
texte prouve sa véracité. Et a con- du contexte étudié.
trario toute connaissance même La contextualisation, va au-delà de sim-
prouvée est irréelle si le contexte ne ples études exploratoires, et au-delà de
l’approuve pas. Les versions de contex- l’imbrication de certaines spécificités
tualisation qui ont reçu le plus d’atten- culturelles aux recherches menées. La
tion dans la littérature épisté- contextualisation permet aux recherch-
mologique contemporaine sont celles es en management, d’intégrer le con-
développées par DeRose (1992 ; 1995 ; texte et ses spécificités, de la définition
1999 ; 2002), Cohen (1999, 2000), de la problématique jusqu’à la formula-
Lewis (1996), et Williams (1992). Ces tion des conclusions et recommanda-
théories ont deux points communs. En tions managériales.
premier lieu, elles expriment une posi- Traditionnellement, les recherches en
tion générale : les conditions réelles de gestion sont basées sur des position-
la connaissance sont une question con- nements épistémologiques, qui
textuelle qui relève des caractéristiques guident les orientations méthodo-
de la connaissance. La contextualisa- logiques ainsi que les normes à
tion permet donc de résoudre les dif- respecter. Jusque là les spécificités -his-
férents paradoxes soulevés par les torique, éthique, politique, social et
recherches bien mieux que les para- humaines- ont été considérées comme
digmes disponibles dans les champs de des contraintes à dépasser par la
recherche actuels. recherche (Buchanan, Bryman; 2007).
De même selon Neta (2005), la contex- Ces spécificités dépassées, la recherche
tualisation ou la prise en compte des pouvait être normalisée et se soumet-
variables contextuelles permet de palli- tre au canevas méthodologique.
er au « Basic Knowledge » ou ce que le Aujourd’hui, il apparait de plus en plus,
chercheur considère comme des con- que ces spécificités ne sont pas des con-

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traintes. La non intégration du con- Selon Buchanan (2009), la contextu-


texte transforme la recherche en une alisation permet de tenir compte des
technique mécanique dénuée des exigences d’innovation méthodo-
process d’interprétation qu’intègrent logique, de l’élargissement des bar-
les êtres humains et déterminent le rières organisationnelles, ainsi que
comportement organisationnel. de la diversité des paradigmes de
recherche.
Dans ce sens, et afin de respecter
Les choix méthodologiques ces différentes donnes, certaines
universalistes, induisent l’idée de recherches menées au Maroc, ont
l’existence de modèles de référence tenté de contextualiser leurs mod-
en sciences de gestion, et dans le èles, cadres conceptuels ainsi que
monde des organisations. résultats. Or, si la littérature sur la
contextualisation est riche sur un
plan épistémologique et philo-
Les choix méthodologiques univer- sophique, elle reste très faible dès
salistes, induisent l’idée de l’exis- qu’il s’agit de méthodes opéra-
tence de modèles de référence en sci- tionnelles de contextualisation. Les
ences de gestion, et dans le monde auteurs de la contextualisation,
des organisations. Nombreuses plaident pour une méthodologie qual-
recherches menées dans cette per- itative (Buchanan, 2009), comme la
spective au Maroc ou prenant le cas méthodologie de contextualisation,
du Maroc, aboutissent à des résul- mais aucune voie ou méthode n’est
tats de non-conformité du Maroc au spécifiquement précisée.
modèle de référence. L’une des démarches de contextuali-
Or, l’intégration des spécificités con- sation adoptée dans les recherches
textuelles dans la méthodologie, per- menées au Maroc, est celle basée sur
met de comprendre le cas marocain la théorie des représentations
dans sa globalité sans le comparer à sociales initiée par Serge Moscovici.
des modèles de référence. Le- toute
chose est égale par ailleurs-, biaise
les résultats des recherches dans le 3. La théorie des
représentations sociales :
contexte marocain où les spécificités
religieuses, humaines, culturelles,
économiques et sociales sont com- une ancienne théorie
plètement différentes des modèles de pour une nouvelle méth-
référence.
La contextualisation méthodolo- ode de contextualisation
gique, n’a pas pour finalité de rejeter
l’universalisme, ni de verser dans le Initiée par Serge Moscovici en 1961, la
particularisme méthodologique. théorie des représentations sociales
L’intérêt est de pouvoir mener des fait, à la base, partie des sciences de psy-
recherches spécifiques pour le Maroc, chologie sociale, mais son application a
et aboutir à des résultats qui intè- largement dépassé ce champ. On
grent le contexte et expliquent de retrouve aujourd’hui cette théorie dans
manière tangible le comportement différents champs disciplinaires. Cette
organisationnel au Maroc. variété d’applications, s’explique par

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DOSSIER

l’aspect d’abord novateur1 de la théorie, « organisation signifiante » qui dépend


qui permet de comprendre l’objet en de la nature, des contraintes, des
fonction du sujet sans distinction l’un finalités et du contexte de l’objet.
de l’autre. Ensuite, les représenta- La grande particularité que propose
tions sociales sont un passage l’approche des représentations
obligé pour la compréhension de sociales de Moscovici par rapport aux
tous les phénomènes sociaux et approches sociales antérieures est de
organisationnels. poser différemment les liens entre le
La transversalité et le foisonnement social et le sujet. Cette imbrication
de recherches sur les représentations entre le sujet et l’objet permet de
sociales, font qu’une définition glob- comprendre la réalité de l’individu
ale et consensuelle est difficile à ou du groupe à partir du système des
déterminer. Au sens large, une valeurs ainsi que de la conception
représentation serait un mode de des individus et du groupe au sein
connaissance de la réalité. Moscovici d’un contexte spécifique.
(1984) définit les représentations Pour Flick (1992), les fondements des
sociales comme « un mode spécifique représentations sociales permettent
et particulier de connaître et de com- de comprendre comment une société
muniquer ce qu’on connaît ». L’auteur « pense » à propos d’un domaine, d’un
explique que la théorie a une position objet déterminé, à partir de la façon
« mixte » qui fait appel à la fois à des de voir et de penser des membres de
concepts sociologiques et psy- la société.
chologiques. De manière plus détail- Les définitions des représentations
lée, la représentation serait plus diffi- sociales reposent sur un postulat
cile à définir, car l’application de la tacite qui présume que la société est
théorie dans différents domaines, qui un groupe social homogène qui
ne sont pas toujours psychologiques partage un savoir, des opinions, des
ou sociologiques, lui confère à croyances collectives ainsi qu’une
chaque nouvelle application une nou- vision commune de la société.
velle tonalité. Pour saisir le concept La réalité plurielle des représenta-
des représentations sociales, nous tions sociales et le champ vaste
reviendrons sur quelques défini- qu’elles touchent, laissent planer une
tions considérées comme fondatri- certaine ambiguïté sur le concept en
ces de la théorie. soi. Toutefois, nous faisons le choix
Les représentations sociales « sont de retenir une définition bien précise
des contenus organisés, susceptibles d’ex- qui n’est pas forcément la plus
primer et d’infléchir l’univers des indi- représentative ou la plus globale de la
vidus et des groupes » (Moscovici, théorie des représentations sociales.
1960, p.135) Ce choix est motivé par la nature de
Minier (1995) précise que la la recherche où la finalité n’est pas de
représentation sociale est plus qu’un reconnaître les mécanismes par
simple reflet de la réalité ; c’est une lesquels se construisent les nouvelles

1. Les travaux sociologiques de Durkheim ont également traité de la représentation individuelle, mais de manière
dissociée l’individu de la société alors que la représentation sociale telle que présentée par Moscovici ne dissocie
pas le sujet de l’objet, ils forment un tout.

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DOSSIER

valeurs culturelles, mais de définir plus concrète, Moliner (1996)


les variables de base qui constituent explique que « l’ancrage est le proces-
le modèle managériale marocain. sus par lequel la représentation s’in-
Les représentions sociales, ne sont pas sère dans la société ». Cette insertion,
le fruit du hasard ; elles sont struc- selon le même auteur, se fait en deux
turées selon un mécanisme bien pré- étapes complémentaires, d’abord on
cis. Selon Serge Moscovici (1961), la essaye de comprendre l’objet sur la
représentation sociale se structure base de connaissances passées.
par deux processus majeurs : l’objecti- L’auteur donne l’exemple de la com-
vation et l’ancrage. Ces processus préhension d’Internet à travers le
montrent, d’une part, comment le minitel. Ensuite, ces savoirs produits
social transforme un objet, un événe- vont être instrumentalisés pour
ment en représentation et, d’autre part, légitimer la position d’un groupe ou
la façon par laquelle cette représenta- d’atteindre ses objectifs. Pour con-
tion transforme le social. clure, Moliner (1996) avance que « la
✓ L’ancrage : Selon Moscovici (1961), finalité du processus de l’ancrage est
ce processus tend à intégrer l’objet de faciliter l’appréhension de l’objet
représenté dans un système. nouveau en le ramenant à un
Autrement dit, c’est le processus par domaine connu tout en orientant l’u-
lequel la représentation sociale s’in- tilité sociale de la représentation ».
sère dans la société. Moliner (1996), ✓ L’objectivation : Selon Moscovici
revient sur les formes complémen- (1961), ce processus tend à opérer le
taires que revêt l’ancrage. D’une part, passage d’éléments abstraits théo-riques
nous avons les informations rela- à des images concrètes. Pour Moliner
tives à l’objet des représentations qui (1996), l’objectivation est définie comme
seront interprétées à partir de l’opération consistant à rendre concret
domaines de connaissances, préexis- et matériel ce qui est abstrait et impalpa-
tants et qui vont servir de cadre de ble. Le processus d’objectivation donne
référence. D’autre part, ces informa- aux individus le sentiment que leurs dis-
tions sont considérées comme savoirs cours sur le monde n’est pas une con-
produits et vont être instrumental- struction intellectuelle, une vue de l’e-
isés par les groupes sociaux en leur sprit, mais le simple reflet de la réalité
permettant de légitimer des positions environnante. Doise (1986) simplifie en
ou atteindre des objectifs. avançant que l’objectivation rend con-
Le processus d’ancrage revient sur cret ce qui est abstrait. En d’autres ter-
une des bases de la représentation mes, l’objectivation permet de simplifi-
sociale : approcher ce qui est inconnu er l’information, l’analyser, l’interpréter,
et comprendre ce qui est nouveau. A en vue de constituer des idées concrètes
travers ce processus, l’individu remet sur l’objet.
l’objet dans des catégories pré- Le processus d’objectivation, permet
définies afin de mieux le cerner, «l’an- de réduire la différence qu’il y a entre
crage permet ainsi d’accrocher quelque le monde tel qu’il est et tel que les
chose qui est nouveau à quelque chose qui individus se le représentent. Moliner
est ancien » (Guimelli, 1994, p.14), (1996), avance qu’à travers l’objecti-
afin de pouvoir l’interpréter et assur- vation, l’individu passe « d’un savoir
er l’orientation du comportement et distancié de son objet », à un « savoir
des rapports sociaux. De manière assis sur l’expérience de l’objet ».

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DOSSIER

L’objectivation permet d’avoir des tions existent entre représentation,


idées concrètes sur le monde qui tâche, les autres et le contexte
entourent le groupe et l’objet. (Moscovisci, 1968 ; Abric, 1976). Ces
Moliner (1996) avance que l’objecti- auteurs ont mis en place des jeux
vation donne aux individus l’illusion expérimentaux qui montrent que
que leur vision du monde n’est pas l’action diffère selon la représenta-
une illusion ni le résultat d’une con- tion que l’on se fait de l’adversaire, de
struction naturelle, mais le reflet de l’activité et du contexte. Ces proces-
la réalité : l’objectivation a pour con- sus qui lient représentation à action
séquence de passer de l’illusoire, ou et prise de décision, sont étudiés
de l’abstrait à une donne réelle qui dans les sciences de gestion et sup-
parait comme évidente au groupe par posent que les représentations
rapport à l’objet. sociales ont une influence sur les atti-
La représentation sociale a été util- tudes, les comportements, sur l’ac-
isée dans des champs tout aussi tion économique et particulièrement
divers et variés. Beaucoup plus sur la prise de décision.
qu’une théorie, c’est un paradigme de En résumé, tout groupe social a
base pour des explorations pratiques besoin d’un patrimoine commun de
des relations et des objets de la représentations faisant à la fois fonc-
société. tion de légitimité et de connaissance,
Si on a opté pour les représentations c’est-à-dire d’une identité. Les rap-
sociales en tant que méthode de con- ports entre les sexes sont à la base de
textualisation, c’est qu’au-delà d’une la construction de cette identité, l’i-
technicité théorique, celles-ci permet- dentité de soi et l’identité de l’autre.
tent une portée pratique qui est déter- Or, et en nous basant sur l’approche
minante. La représentation sociale d’Abric (2004), la représentation de
guide l’action ; les acteurs de l’entre- ce rapport est composée d’un noyau
prise à un moment donné, utiliseront (ensembles d’éléments stables) et des
de manière consciente ou inconsciente éléments périphériques qui peuvent
les images qu’ils se font d’eux-mêmes être adaptés, ces éléments pouvant
ou de leurs objectifs pour prendre changer sans que la représentation
des décisions. Deuxième intérêt, la ne change. Certaines informations
possibilité qu’offre la représentation permettent de remettre en cause les
sociale d’étudier l’image dans une fondements des dimensions péri-
perspective dynamique de change- phériques de la représentation, soit
ment. Abric (1994) présente dans la en la réinterprétant soit en les con-
structure de la représentation sociale sidérant comme une exception.
le noyau et les éléments périphériques
qui sont susceptibles de changer. Cette
voie est d’autant plus intéressante que 4. Méthodologie de
contextualisation :
le contexte marocain, est en perpétuel
mouvement.
Différentes études explicitent, le lien Cas des problématiques
étroit qui existe entre représentation managériales au Maroc
et action. Ainsi, la représentation
n’est pas indépendante de son objet,
En nous appuyant sur les processus
mais des interrelations et interac-
d’ancrage et d’objectivation tel que

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DOSSIER

présentés ci- dessus, notre but est de férentes représentations.


cerner les spécificités du comporte-
ment organisationnel et pratiques Les processus d’ancrage et d’objecti-
managériales au Maroc à travers la vation guident cette structuration.
méthodologie de recherche qualita- Pour respecter les mécanismes sur
tive. Abric (1994) a mis en exergue lesquels se base une représentation
les méthodologies adaptées dans le sociale, il faut procéder à des
cas d’étude d’une représentation recoupements des différentes infor-
sociale. La complexité théorique de la mations (constituants de la représen-
Représentation Sociale devrait dis- tation) afin d’obtenir la représenta-
poser de méthodologies empiriques tion associée à chaque problématique
adaptées à la complexité du concept. ou pratique managériale, à savoir
Or, selon Abric (1994) aucune tech- trouver le principe de cohérence qui
nique ne permet de recueillir à la fois structure ces différents champs
des informations concernant le con- (Ancrage). Ensuite, Il faudrait essay-
tenu de la représentation, les liens er de dégager l’impact de cette image
entre les éléments et le noyau cen- sur le comportement organisationnel
tral. Cet auteur souligne la nécessité (Objectivation).
d’une approche pluri-méthodologique Afin de respecter cette méthode et
pour le recueil des données. Il dis- notamment l’idée d’ancrage et d’ob-
tingue entre les méthodes interroga- jectivation, l’objectif est de confron-
tives où sont utilisés questionnaires ter les comportements organisation-
et entretiens et les méthodes associa- nels ou problématiques managériales
tives qui se veulent plus authen- aux constantes sociales qui con-
tiques parce qu’elles sont moins con- stituent la culture marocaine.
trôlées. Or, l’une et l’autre des méth- La grande majorité des recherches
odes présentent des limites2. Les retenues et qui ont traité de la con-
méthodes interrogatives peuvent ne textualisation ont adopté de manière
pas permettre une exploration com- implicite ou explicite la théorie des
plète des différentes associations représentations sociales en tant que
notamment dans des sujets qui méthode de contextualisation. Nous
paraissent comme évidents ou présentons ci-dessous certaines
naturels au répondant. Quant aux recherches de contextualisation sur
méthodes associatives, elles ne per- lesquelles nous basons notre
mettent pas de retrouver la struc- analyse3.
turation de l’information et des dif-

2. In Approche des représentations sociales relatives à l’emploi des personnes handicapées en Région wallonne
apport de la recherche effectuée à la demande du Ministre W.TAMINIAUX, Ministre de l’Action sociale, du
Logement et de la Santé Sous la direction de M.MERCIER Département de Psychologie, Faculté de Médecine,
Collaborateurs: G. BAZIER,V. COLLIN, P. DEFEYT, C. MERLIN, S. MUSELLE, Décembre 1997.
3. Les recherches suivantes représentent des chapitres dans un ouvrage collectif en cours de publication, pour des
raisons de confidentialité et de respect des droits d’auteurs, ne seront présentés que les thématiques de
recherches.

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DOSSIER

Champ de recherche Sujet de la recherche

Gestion des ressources Les femmes cadres : quelle image au Maroc ?


humaines

Stratégie Transfert de connaissances dans les relations de


sous- traitance

Gestion des ressources Articulation travail-famille : Un souci social et


humaines organisationnel au Maroc

Stratégie Etude des déterminants de l’orientation entre-


preneuriale des PME exportatrices au Maroc

Stratégie Innovation et performance organisationnel dans


les PME exportatrices marocaines : Intérêt,
démarche et résultats de contextualisation

GRH Quel contexte pour la recherche sur la gestion


du handicap au Maroc

Logistique La contextualisation d’un modèle de type


hypothético- déductif : le cas d’une recherche sur
la culture marocaine en contexte logistique

Stratégie L’apprentissage organisationnel dans les


Moyennes entreprises familiales marocaines :
Trajectoires entre modernité et authenticité

Finance Etude de l’émergence de la fonction contrôle de


Gestion dans les grandes entreprises indus-
trielles au Maroc

L’ensemble des auteurs de ces logues, politiciens, experts, oulémas,


recherches ont procédé à des entre- Juristes,..). Chaque recherche
tiens vec différents experts (Socio- compte en moyenne 10 entretiens
avec des experts, basés sur des
guides d’entretien élaborés sur les
Chaque recherche compte en moyenne bases d’objectivation et d’ancrage de
10 entretiens avec des experts, la théorie des représentations
basés sur des guides d’entretien sociales. Le tableau ci-dessous
élaborés sur les bases d’objectivation résume l’apport de chacun des
experts pour l’éclairage des dif-
et d’ancrage de la théorie
férentes problématiques managéri-
des représentations sociales. ales.

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DOSSIER

Sociologues Permet de réunir l’information nécessaire


concernant les spécificités sociales au regard
de la problématique

Spécialistes en droit Obtenir le regard légal ainsi que les différents


dispositifs mis en place par le Maroc en fonction
des problématiques étudiées

Politiciens Evaluer les dimensions politiques ainsi que les


perspectives d’évolution dans le futur

Oulémas Approcher la dimension religieuse et son impact


sur l’idéologie managériale

Experts Chacun dans son domaine permettent d’éclairer


l’évolution, l’historique, points de force et faiblesse
reliés à la problématique étudiée.

Chaque guide, est entamé par une érons, que ces constantes sont les
phase générale qui concerne le variables « crossvergence » avancés
domaine de compétence de l’expert, par Rostel. Ces variables sont les
puis par la suite les questions vont résultats de la fonte entre la culture,
vers des dimensions spécifiques qui les valeurs marocaines et l’idéologie
relient le domaine d’expertise de l’in- managériale adoptée par les entre-
terviewé avec la problématique man- prises.
agériale abordée. Ainsi, ces entre- Nos premiers résultats sont une
tiens de contextualisation, repren- analyse de données secondaires,
nent à travers la théorie des basée sur 90 entretiens avec dif-
représentations sociales, l’approche férents experts sur neuf probléma-
de la crossvergence, ou l’intégration tiques de recherches en sciences
de la culture locale avec l’idéologie de gestion. Ces premières analyses
managériale. nous permettent d’avancer trois
Chacun des auteurs a retranscrit résultats essentiels :
l’ensemble des entretiens, et à travers • Positionnement du Maroc sur la
une analyse du contenu basée sur la grille de Hofstede : Le Maroc a tou-
lecture horizontale et verticale a pu jours été présenté comme une culture
aboutir à une contextualisation de sa où règnent des variables de mas-
problématique au regard des spéci- culinité dans la grille de Hofstede.
ficités culturelles du Maroc. Sur la base de ces différents entre-
Nous avons par la suite, repris tiens qualitatifs on peut avancer que
l’ensemble de ces résultats sur la culture managériale marocaine est
lesquels nous avons appliqué les une « culture féminine à expression
process d’ancrage et d’objectivation masculine » (Balambo, 2012). Même si
afin de déterminer les constantes des le langage adopté dans les relations
différentes problématiques man- managériales est un langage où les
agériales au Maroc. Nous consid- variables masculines sont prédomi-

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DOSSIER

nantes, les transactions managériales sable. Pendant longtemps au


sont basées sur la confiance, l’instinct, Maroc, le manager a été considéré
la solidarité, les valeurs familiales, comme un père pour son équipe, son
claniques et tribales. rôle va au delà de simplement manag-
• Prédominance de la « Niya4 » dans er, il joue le rôle du père. Le père
les différentes relations managéri- –manager qui forme, oriente, con-
ales : Sur la base de l’analyse des seille, protège, félicite et sanctionne.
résultats des différentes recherches, Ce père manager se doit d’être
on peut avancer que le mot « Niya » irréprochable, compétent, et jouer le
revient très fréquemment. Alors que rôle de sauveur dans les situations de
dans d’autres contextes les relations crise, ses opinions ne sont jamais
managériales sont conditionnées remises en cause. Les collaborateurs
par l’écrit, au Maroc la bonne en contrepartie se doivent de donner
intention des différentes parties le meilleur d’eux même et de demeur-
prenantes, est considérée comme un er loyaux au père. Aujourd’hui, à l’in-
gage du bon déroulement des dif- star du père dans la famille maro-
férentes transactions. La « Niya » est caine, le « père-manager » est remis
une construction de sens qui permet en cause, il existe une certaine con-
aux protagonistes de contrôler le troverse sur le devenir de ce modèle.
risque qui pourrait survenir. La « Les collaborateurs de la nouvelle
Niya » permet également l’intégra- génération sont d’une part rassurés
tion dans l’idéologie managériale par la présence de ce modèle, mais de
produite de la dimension religieuse, même ils sont mal à l’aise avec l’exi-
la croyance en Dieu, la croyance dans gence de loyauté et fidélité absolue.
un destin juste pour ceux qui ont la Dans l’idéologie managériale maro-
foi, et la fatalité. Il semble, selon les caine, il s’agit aujourd’hui de trouver
différents entretiens, que les transac- le juste équilibre entre l’ancien mod-
tions managériales au Maroc ne sont èle du père-manager et du manager
pas des relations rationnelles et tout court.
rationnalisées, basées sur des évalua-
tions des coûts d’opportunité et des
coûts de transaction. Ces relations Analyser ou étudier ces problématiques
intègrent une charge émotionnelle et en dehors des variables culturelles,
religieuse qui est plus en équilibre éthiques et religieuses est un leurre.
avec les croyances des acteurs « man-
agers ».
• Le paternalisme conflictuel dans Ces résultats exploratoires, permet-
les relations entre supérieurs et tent de nous renseigner d’ores et déjà
collaborateurs : les différentes sur les spécificités des idéologies
recherches analysées reviennent sur managériales au Maroc. Analyser ou
la position du supérieur hiérar- étudier ces problématiques en dehors
chique, du directeur, ou du respon- des variables culturelles, éthiques et

4. C’est un mot emprunté de la darija marocaine qui signifie littéralement l’intention, la bonne intention mais avec
une charge religieuse.

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DOSSIER

religieuses est un leurre. L’inter- L’intérêt de ces premiers résultats est


action est profonde entre les modèles incontestable pour jeter un nouvel
occidentaux de management et la cul- éclairage sur les différentes probléma-
ture locale. Ces variables permettent tiques managériales. Ils permettent
de nous renseigner sur des con- également de jeter de possibles bases
stantes de cette idéologie telle qu’elle pour penser et construire un modèle
pratiquée et non telle qu’elle a été de sciences de gestion contextuelle-
théorisée. ment marocain, qui se rapproche le
Il est à noter que ces résultats se rap- plus possible des réalités empiriques
prochent des recherches d’Iribarne vécues par les entreprises.
(2009), qui mettent en exergue l’im- Toutefois, nous sommes conscients des
portance de (la famille, le clan, limites d’une telle recherche. La pre-
le réseau) dans l’identification mière concerne les limites inhérentes
des comportements managériaux, aux recherches qualitatives, lorsqu’il
leurs éthiques et l’honnêteté. Ces s’agit de leur généralisation ou la vali-
résultats s’apparentent également dation de leurs modèles.
aux recherches D’iribarne (2009) Deuxièmement, l’intérêt de la
quant à l’importance de la religion et recherche représente sa limite même.
la pression de celle-ci sur les entre- La Cross-vergence, la contextualisa-
prises marocaines. Ils vont égale- tion, sont des théories et concepts
ment dans le même sens que ceux de innovants et encore en gestation, le
Ralston (2007), même si les contextes champ n’est pas encore finalisé, ce
sont différents. Mais l’auteur dans six qui constitue en soi une prise de
cas d’étude, met l’accent sur l’impact risque quant à la durée de la fiabilité
de l’intégration des process de man- des résultats obtenus.
agement sur la culture locale, notam- Enfin, nous craignons un effet de
ment dans le cas de la Chine, mimétisme du fait que la contextuali-
Vietnam, et Russie. Ces premiers sation a été initiée au sein des
résultats peuvent donc s’inscrire groupes de recherche en gestion de
dans les nouvelles perspectives des l’université Cadi Ayyad, ces mêmes
recherches sur la cross-vergence et groupes continuant à travailler sur le
qui devraient s’intéresser à des pays développement de cette méthodolo-
autres que les pays asiatiques ou avec gie. La continuité dans la recherche
une culture occidentale. est constructive mais nécessite une
remise en cause pour éviter des résul-
tats mimétiques, du fait de l’apparte-
Conclusion nance aux mêmes positionnements
théoriques. La contextualisation,
Ces premiers résultats demeurent telle qu’elle a été développé repose
encore exploratoires et pourront être principalement sur la méthodologie
validés à travers l’homogénéisation des représentations sociales, et des
des différents entretiens, puis par la entretiens avec les experts, de réelles
vérification du taux de fiabilité ainsi avancées nécessiteraient de nouvelles
que la validité interne et externe pro- innovations méthodologiques ■
pres aux recherches qualitatives.

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DOSSIER

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100 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


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DOSSIER

Le Balanced Scorecard : outil de pilotage


stratégique ; Recherche action au Centre
Hospitalier Régional de Kenitra

Résumé. Soucieux de l’importance accordée par l’OMS au pilotage des hôpi-


taux, le Ministère de la Santé au Maroc a développé une matrice d’analyse de
la performance hospitalière. Ce tableau de bord traditionnel, ne répond pas aux
besoins des gestionnaires dans le suivi de l’exécution des projets stratégiques
hospitaliers.
Le Balanced Scorecard (BSC), conçu par Kaplan et Norton, permet le pilotage
et la communication de la stratégie des organisations de santé. Malgré sa large
application dans le secteur de la santé, aucune adaptation de ce modèle de per-
formance n’a été à ce jour réalisée dans le contexte hospitalier public marocain.
Notre recherche action au Centre Hospitalier Régional de Kenitra propose un
modèle de pilotage et de communication des projets d’établissement hospital-
iers basée sur une adaptation du modèle du BSC. Notre recherche offre au ges-
tionnaire hospitalier un essai d’une matrice d’indicateurs qui relie la stratégie
de l’hôpital aux objectifs opérationnels des services de soins. Cet article décrit
les étapes de la conception d’une feuille de route stratégique structurée autour
de cinq perspectives de la performance.
Pour être appliqué au contexte hospitalier marocain, il est nécessaire d’adapter
Zakaria le modèle original : Il s’agit essentiellement d’intégrer les dimensions de la
BELRHITI qualité de soins, de l’accessibilité des services et de la réduction de la mortalité
Enseignant intra hospitalière dans la perspective patient du BSC. Le BSC facilite aux ges-
à l’Ecole
tionnaires hospitaliers la communication de la stratégie, sa traduction en objec-
Nationale de
Santé, médecin tifs opérationnels et guide l’organisation de santé vers la réalisation de sa
spécialiste en stratégie.
santé publique,
MPH MMP
Mots-clés. Balanced Scorecard, performance; Kaplan, Norton, Santé
ISCAE

Abderehmane
MAAROUFI Abstract. Introduction: The performance assessment is highly embedded in the
Professeur, WHO’s strategies in order to improve the quality of care. Thus, the Moroccan
encadrant
Health Authority has developed many performance monitoring models to
du mémoire
professionnel assess hospital performance. Therefore, these classical tools didn’t resolve the
gap between planning strategy and monitoring its implementation. In 1992,
Kaplan and Norton developed the Balanced Scorecard, an effective tool which
adds to traditional performance dimensions measures linked to strategy and to
the key performance indicators linked to the internal processes and the strate-
gic resources of the organization. This tool offers the opportunity to link the
key activities of an organization to its strategy. Although that the balanced sco-
recard is widely used in health service organizations, there wasn’t any research
which has applied the BSC performance model in a Moroccan hospital.

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DOSSIER

we have conducted a four month action research which aimed to adapt the BSC
model to a regional public hospital in Kenitra.
we present in our article a panel of indicators that could help executives of hos-
pitals to achieve their strategic goals. In addition, we have adapted the origi-
nal model of the BSC in order to fit Moroccan public health service organiza-
tions. The main adaptation is to add quality service, access to health care and
impatient death rate in the client perspective of the BSC.
In summary, the BSC is an effective tool that could help hospital executives to
assess strategic project’s implementation. Further researches are needed
thought to assess the impact of BSC Implementation in the improvement of
hospital performance.

Key words. Balanced Scorecard, performance, , Kaplan, Norton, healthcare.

1. Introduction œuvre de la stratégie de l’organisa-


tion, et d’adapter continuellement sa
Le gestionnaire est le principal stratégie à la réalité du terrain(Marr
responsable des résultats de son 2004).
organisation(Edwards 1998). Peter
Drucker a souligné que la fonction L’organisation mondiale de la santé
principale du manager est l’atteinte (OMS) a souligné le rôle primordial
de la performance (Drucker 1954) et du pilotage de la performance dans
Herbert Simon a ajouté que le man- l’amélioration des performances des
ager assume la responsabilité de con- systèmes de santé. Ainsi, les gou-
cevoir un système de traitement de vernements sont tenus d’élaborer des
l’information pour améliorer le degré méthodes de pilotage de la perform-
de rationalité des décisions organisa- ance afin d’identifier à temps les
tionnelles (Simon 1945). Ainsi, Le écarts de performance et de pouvoir
pilotage de la performance est capital agir sur les déterminants de la per-
dans la pratique du management. formance, nécessaire pour améliorer
la santé de la population, la réactivité
Le pilotage de la performance se des organisations de santé aux
définit comme l’ensemble des outils de attentes des citoyens et l’optimisa-
management qui sont élaborés pour tion du financement des institutions
fournir un feedback sur la perform- de santé (OMS 2000).
ance organisationnelle (S. Wholey,
Hatry, and Newocomer 2010). C’est Aussi, le Ministère de la santé au
aussi un système de collecte et de com- Maroc a porté une attention partic-
munication des données (Askim 2004), ulière à la conception des systèmes
un moyen pour une prise de décision de pilotage de la performance hospi-
devant la complexité l’environnement talière et au développement des sys-
de l’organisation et un outil de con- tèmes d’information hospitaliers. En
trôle de la performance des collabora- effet, le Ministère a mise en place,
teurs. Enfin, le système de pilotage depuis les années 1990 de nombreux
permet de suivre le degré de mise en outils de pilotage de la performance :

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REVUE RMSM N°3 ok 9/10/14 14:36 Page 103

DOSSIER

le schéma directeur de l’information, turation, recouvrement, recette pro-


les rapports annuels de performance, pres) ; deuxièmement, elle permet
les budgets prévisionnels, les guides d’évaluer et de comparer les perform-
d’utilisation des systèmes d’informa- ances des hôpitaux et de fournir un
tion, les systèmes d’information hos- feedback aux gestionnaires hospital-
pitaliers (SIG Ho) et l’implantation de iers sur les écarts par rapport à la
système intégré de gestion de l’infor- tendance nationale (A. belghiti, alaoui
mation du patient (progiciels de ges- 2001). Enfin, elle permet de suivre le
tion intégré) au niveau des centres degré d’efficacité des hôpitaux en
hospitaliers universitaires et au cen- matière de réalisation des programmes
tre hospitalier régional Hassan II prioritaires du Ministère de la santé en
d’Agadir(Gerald Collange, Pierre particulier la mortalité maternelle et
Demangel 2006 ; Ministère de la néonatale.
santé1990-1998).

Dans le cadre de la réforme hospital- La matrice de performance assure


ière, les rapports d’expertise réalisés essentiellement une fonction de
au cours du projet MARHOC et du
Projet de financement et de gestion
“reporting” à la hiérarchie et
du secteur de la santé (PFGSS) ont ne répond pas aux besoins du
souligné l’importance de la concep- gestionnaire hospitalier en matière
tion d’un système de pilotage de la de suivi de la mise en œuvre de son
performance global intégrant des projet stratégique
mesures financières et non finan-
cières. Ainsi, le Ministère de la santé,
a mise en place un système de Cependant, d’après nos entretiens
pilotage de la performance hospital- avec certains directeurs d’hôpitaux,
ière appelé matrice d’analyse de la la matrice de performance assure essen-
performance et a présenté l’outil aux tiellement une fonction de” reporting” à
gestionnaires hospitaliers lors de la la hiérarchie et ne répond pas aux
première rencontre des hôpitaux en besoins du gestionnaire hospitalier en
2008 (Ministère de la santé 2008). matière de suivi de la mise en œuvre de
son projet stratégique (projet établisse-
La matrice d’analyse de la perform- ment hospitalier). De plus, la concep-
ance hospitalière couvre trois attrib- tion de la matrice se focalise sur les
uts de performance : la production, résultats et ne tient pas compte des
la productivité et l’efficacité et per- processus clés qui déterminent l’at-
met d’assurer trois fonctions princi- teinte de ces résultats.
pales :
D’où l’intérêt de concevoir un outil de
Premièrement, elle assure le suivi de pilotage de la performance hospitalière
la performance des quatre fonctions pour répondre aux besoins du gestion-
prioritaires de l’hôpital : Diagnostic naire hospitalier et pour combler les
(imagerie et laboratoire), Soins insuffisances des outils de pilotage de
(urgence, consultations spécialisées la performance hospitalière (Belghiti,
externes, et hospitalisation), Sahel, and Zayyoun 2002).
Hôtellerie (séjour), et gestion (fac-

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 103


REVUE RMSM N°3 ok 9/10/14 14:36 Page 104

DOSSIER

Le BSC constitue la meilleure Company (Banchieri et al. 2011;


réponse pour concilier entre les Rigby and Bilodeau 2011). Dans le
besoins des gestionnaires des hôpi- moyen orient, le BSC est aussi large-
taux publics dans le pilotage de la ment implanté dans les entreprises :
performance et le suivi de la mise en (50% des entreprises en Jordanie, et
œuvre des projets stratégiques hos- dans les institutions bancaires en
pitaliers et les exigences de résultat IRAQ ) (Al-Najjar and Kalaf 2012;
de l’autorité de tutelle(Kaplan 2001; Sawalqa, Holloway, and Alam 2011).
Moore 2003). Le BSC est un outil qui permet le
diagnostic stratégique des capacités
En effet, le Balanced Scorecard de l’organisation, le pilotage de la
(tableau de bord prospectif ou tableau performance et de la mise en œuvre
de bord équilibré), depuis sa création de la stratégie. C’est aussi un outil de
en 1992 par Norton et Kaplan(Robert communication de la stratégie aux
R and P.Norton 1991) a suscité un collaborateurs. Il permet également
grand intérêt dans le monde une meilleure articulation entre les
académique et professionnel : Plus objectifs stratégiques et les objectifs
de 309 publications de 1992 à 2010 opérationnels et enfin, il contribue
sur le BSC(Banchieri et al. 2011). à l’amélioration de la performance de
Parmi ces publications, 53 % des arti- l’organisation. (Andrew Neely; Chi
cles traitent de l’application du BSC and Hung 2011; Kaplan and Norton
au secteur de la santé, et 29% au 1992; 2001; Stam and Tom n.d.;
niveau de l’administration publique. Verzola et al. 2009).
Dans le secteur hospitalier, d’innom-
brables applications du BSC ont été
recensés : 123 hôpitaux à Ontario Dans quelle mesure le Balanced
Canada, 538 hôpitaux au États unis,8
Scorecard peut-il être adapté au
hôpitaux dans la province de Modena
en Italie, l’hôpital régional de Locarno contexte hospitalier marocain ? Quel
et les centres médico-sociaux du est l’état des lieux des pratiques
Canton de Vaud en Suisse, Brigham de pilotage de la performance
and Woman’s hospital aux USA des gestionnaires dans les hôpitaux
(Moraed, Huber, Stancu n.d.; Zelman,
marocains ?
Pink, and Matthias 2003b).le Balanced
Scorecard est aussi appliqué à l’échelle
des systèmes de santé pour piloter la Dans quelle mesure le Balanced
performance des services déconcen- Scorecard peut-il être adapté au contexte
trés(Afghanistan, Espagne, Canada, hospitalier marocain ? Quel est l’état des
Suède, Taiwan…). (Banchieri et al. lieux des pratiques de pilotage de la per-
2011; Peters et al. 2007). formance des gestionnaires dans les
hôpitaux marocains ? Dans quelle
Dans le monde industriel, le BSC est mesure le Balanced Scorecard peut-il
utilisé par 40% des 1000 premières suivre la mise en œuvre du projet étab-
entreprises classées par le magazine lissement hospitalier ? Quels sont les
Fortune, 53% de 1430 entreprises indicateurs à adopter pour un hôpital
en 2008 et 47% en 2010 dans une public pour le suivi de la mise en œuvre
étude internationale réalisé par Bain de la stratégie ?

104 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


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DOSSIER

Notre recherche action consiste à processus interne est composée de


développer un essai de conception quatre types de processus (manage-
d’un tableau de bord de pilotage de la ment opérationnel, innovation, ges-
performance et de suivi de la mise en tion du patient et enfin les processus
œuvre de la stratégie en se basant de régulation).
sur le modèle du Balanced Scorecard.
La perspective apprentissage et
1.1. Cadre théorique développement comportent quatre
Nous allons nous inspirer du cadre dimensions : Le capital humain : il
théorique du Balanced Scorecard regroupe les indicateurs suivants : le
décrit par Kaplan et Norton. Le sché- degré de couverture des compétences
ma 1 décrit une carte stratégique stratégiques, le climat de travail, le
générique du BSC adapté aux organi- remplacement des départs et le degré
sations hospitalières publiques :La d’alignement des objectifs du personnel
stratégie de l’hôpital est centrée sur la aux objectifs de l’organisation. Le capi-
réalisation des thèmes stratégiques tal technologique : décrit le plateau
définit par l’autorité de tutelle : les technologique stratégique nécessaire à
thèmes stratégiques retenus sont la réalisation des processus internes.
issues de l’axe stratégique santé de la Le capital informationnel comporte
déclaration du gouvernement maro- deux dimensions : L’infrastructure
cain de 2012 (Royaume du Maroc informatique, c’est-à-dire les applica-
2012). tions et les outils informatiques néces-
saires à la réalisation des processus
Le cadre théorique du BSC adapté à internes prioritaires, et le partage du
l’hôpital public est structuré en cinq savoir entre les collaborateurs (forma-
perspectives Nous avons inversé l’or- tions croisées, partage de l’information
dre des perspectives en plaçant la stratégique…).Le capital organisation-
perspective du patient en haut du nel comporte les valeurs clés de l’or-
BSC. La perspective donateur et la ganisation : nous citons à titred’exem-
perspective équilibre financier sont ples : le travail d’équipe, l’approche
placées au second niveau. Au centrée sur le patient et la moralisation
troisième niveau, la perspective de pratiques professionnelles.

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DOSSIER
Schéma 1 : Carte stratégique adapté au secteur hospitalier public

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DOSSIER

2. Méthodes par le règlement intérieur des hôpi-


taux (RIH). Notre population est
Le design choisi pour la réalisation composée de trois types de respons-
de l’étude est la recherche action qui ables : stratégique, tactique et opéra-
s’inscrit dans le courant des tionnel.
recherches de Kurt Lewin et du
Tavistock Institute, Notre recherche 2.2. Plan d’analyse et outils de col-
a pour objectif de proposer un essai lecte de données
de conception d’un BSC pour le En nous inspirant de la méthodolo-
pilotage de la mise en œuvre du pro- gie de la conception du Balanced
jet établissement hospitalier. Scorecard de Kaplan et Norton, notre
recherche action est structurée selon
2.1. La Population cible : les étapes décrite dans le schéma 2
Nous avons réalisé notre étude au
niveau du centre hospitalier région- 2.2.1 État des lieux des pra-
al (CHR) de Kenitra. Le CHR de tiques de pilotage
Kenitra est une organisation hospi- Pour l’enquête par questionnaire, la
talière située au niveau intermédi- base de sondage utilisée est la liste
aire dans la filière de soins. des services de soins. Elle comprend
Les unités déclarantes correspondent 24 services avec 19 infirmiers chef.
aux responsables institutionnalisés

Population cible Fonction N Outil de collecte et


d’analyse

Managers Directeur du CHR, chef 6 Entretien semi structuré


stratégiques de pôles (administratif, (analyse de contenu)
(membre du infirmier, médical),
comité établisse- chef du service de
ment) la pharmacie, chef
du service d’accueil
admission.

Managertactique Médecins chef de 5 Entretien semi-structuré


départements (médical,
médico-technique ; ORL
et chirurgie maxillo-
faciale, mère enfant,
chirurgie)

Manager Infirmiers chef de 19 Questionnaire adapté de


opérationnel services Patrick Iribane analyse
sur SPSS

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 107


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DOSSIER

Tableau 1 échantillon de l’étude

Nous avons procédé à la codification des questionnaires recueillis pour


préserver l’anonymat des répondants. Nous avons saisi les réponses sur SPSS
version 21 : Nous avons procédé à une analyse statistique descriptive. Les
données recueillies de l’analyse ont été mise en forme sous Microsoft Excel.
Afin de garantir la qualité des réponses recueillies nous avons répliqué une
question dans le questionnaire afin de détecter les réponses aléatoires et le
biais de la tendance vers la moyenne. Ceci nous a permis d’écarter l’observation
BSC 16. (Le répondant a répondu différemment à la même question).

Schéma 2 : étape de la conception du Balanced Scorecard


au CHR de Kenitra, 2013

Les variables étudiées sont : 6. La dimension processus interne


1. Le degré de traduction du tableau 7. La dimension climat social
de bord de la stratégie de l’hôpital 8. L’utilisation du tableau de bord
2. Les caractéristiques du tableau de dans la prise de décision.
bord
3. Dimensions de performance : Nous avons utilisé pour ces variables
Les dimensions de performance ordinales, l’échelle de mesure de
analysées sont 1) °la productivité 2) LIKERT qui décrit les attributs suiv-
la production : 3) efficience 4) satis- ants : 1) non, je n’utilise pas 2) par-
faction usager : 5) climat social : 6) fois mais de manière momentanée 3)
Indicateurs financiers 7) : Techno- souvent mais de façon non systéma-
logie de l’hôpital. Nous avons tique 4) de façon systématique 5)
analysés l’existence ou non de la nous l’utilisons de manière systéma-
dimension dans le tableau de bord). tique avec un retour d’expérience.
4. La dimension financière Chaque répondant attribue une note
5. La dimension client allant de 1 à 5.

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DOSSIER

2.2.2. Étape de Clarification de stratégique du BSC décrite dans le


la mission, vision et valeurs de schéma 1. Ceci nous a permis de con-
l’organisation et identification struire la carte stratégique.
des parties prenantes de La carte stratégique est une représenta-
l’organisation tion schématique des thèmes stratégiques
Cette étape comprend la définition prioritaires structurés autour des cinq
avec les acteurs de la mission, des perspectives du BSC (patient, équilibre
valeurs et de la vision de l’organisa- financier, perspective donateurs fin-
tion. Cette étape est primordiale car anciers, processus interne et appren-
elle permet au Balanced Scorecard de tissage et développement).
traduire clairement la mission de l’or-
ganisation en objectifs opérationnels La construction de la carte
et mesurables. D’autre part, nous stratégique est réalisée d’abord en
avons identifié les principaux déten- classant le contenu des catégories
teurs d’enjeux à l’hôpital. Ceci nous a de chaque perspective du Balanced
permis d’intégrer les objectifs liés à la Scorecard pour chaque entretien
satisfaction des attentes détenteurs avec les membres des comités d’étab-
d’enjeux dans la perspective « dona- lissement (analyse verticale).
teurs financiers » du Balanced
Scorecard. Ensuite, nous avons procédé à une
analyse transversale. C’est-à-dire, nous
2.2.3. Étape d’élaboration de avons dénombré le nombre de récur-
la carte stratégique : rence des objectifs stratégiques par les
Afin de répondre aux objectifs des membres du comité établissement. Les
étapes 2 et 3, nous avons conduit des résultats de cette analyse verticale
entretiens semi dirigés avec les nous a permis de retenir des thèmes
responsables du comité établissement. stratégiques prioritaires et la construc-
Tous les entretiens ont été enregistrés tion de la carte stratégique.
et transcrits. Nous avons procédé par
la suite à une analyse du contenu des Nous avons utilisé le logiciel Mind
entretiens(Marie-Laure Gavard-Perret, Manager pour faciliter l’analyse trans-
versale des données recueillies
La carte stratégique est une Nous avons regroupé les thèmes dans
chaque sous dimension des perspec-
représentation schématique tives du patient, donateurs financiers,
des thèmes stratégiques prioritaires équilibre financier, processus interne et
structurés autour des cinq apprentissage et développement. Nous
perspectives du BSC avons également représenté les liens
logiques de cause à effet exprimés par
David Gotteland, Christophe Haon les acteurs.
2008). Cette analyse comportait une
réduction des données en rubriques, En méthodologie de recherche cette
leur codification et une catégorisation démarche de catégorisation des
du corpus. objectifs correspond à la méthode
qualitative déductive (Thietart and coll
La catégorisation est réalisée sur la 2007) qui traduit le processus mod-
base du thèmes de la carte élisation des concepts et leurs inter-

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 109


REVUE RMSM N°3 ok 9/10/14 14:36 Page 110

DOSSIER

relation sans avoir recours ,à priori, à 2.2.7 Étape de validation du


des quantifications statistiques ou contenu :
mathématiques de ces relations. Ce Nous avons procédé le 24/06/2013 à
processus doit non seulement tenir la validation de la carte stratégique
compte des catégories identifiées avec les membres du comité d’étab-
dans la revue de littérature mais il lissement de l’hôpital composé de
doit également intégrer les concepts chef du pôle des affaires médicales, le
issus de la démarche empirique. Cet chef de pôles des affaires administra-
enrichissement de la modélisation est tives, le chef de pôles des soins infir-
très recommandé par Miles et miers, le directeur par intérim du
Huberman (B and Huberman 2002 ; CHR et chef de service du Service
Thietart and coll 2007). d’accueil et d’admission, et le chef de
service de la pharmacie.
2.2.4 Étape de priorisation des
thèmes stratégiques de la carte Lors de cette réunion avec l’équipe de
stratégique : direction du centre hospitalier régional
Nous avons procédé à une priorisa- nous avons procédé au contrôle de la
tion des thèmes stratégiques con- validité de contenu. Cette phase a per-
tenue dans la carte stratégique en mis de vérifier la capacité de la carte
tenant compte premièrement, du lien stratégique à traduire la stratégie de
avec la stratégie de l’hôpital, deux- l’établissement, la cohérence des liens
ièmement du nombre de récurrence de cause à effet entre les thèmes
des objectifs stratégiques énoncés stratégiques représentés dans les cinq
par les membres du comité établisse- perspectives.
ment et enfin, de l’alignement de ces
objectifs avec les thèmes stratégiques La validation concernait le contenu
prioritaires du Ministère de la Santé. des dimensions des performances
illustrées dans le modèle de la carte
2.2.5 Étape d’Identification des stratégique.
indicateurs clé de performance Nous avons ensuite procédé à un
Cette phase va nous permettre d’iden- regroupement des thèmes en dimen-
tifier les mesures pour chaque dimen- sions afin de simplifier la présenta-
sion de la performance. Nous avons tion de la carte stratégique.
choisi les indicateurs qui remplis-
saient les caractéristiques suivantes
• L’indicateur est lié avec la stratégie 3. Résultats
• Mesurable (accessibilité de l’infor-
mation) Nous allons décrire les résultats de
• Quantitative quand cela est possible chaque étape du processus de con-
• Valide : (Mesure ce qu’il est censé ception du Balanced Scorecard.
mesurer)
• Facilement compréhensible 3.1. Étape 1 : analyse du système
du pilotage de la performance
2.2.6 Étape de Conception
d’un essai du tableau de bord au 3.1.1. Niveau stratégique
niveau du comité établissement Le système de mesure de la performance
hospitalière ne permet pas au directeur

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REVUE RMSM N°3 ok 9/10/14 14:36 Page 111

DOSSIER

de l’hôpital de suivre la mise en œuvre de bilisés à l’égard du processus de plan-


sa stratégie contenu dans le projet étab- ification stratégique. Mais ils ne
lissement hospitalier. Son rôle princi- perçoivent pas de liens entre les
pal est d’assurer un reporting à la tableaux de bord qu’ils utilisent et les
direction des hôpitaux et à la direc- objectifs stratégiques définis dans le
tion régionale de la santé et à la délé- projet établissement hospitalier. Ce
gation. Les tableaux de bord ne com- constat rejoint les résultats de nos
portent pas les indicateurs sur les entrevues avec les chefs de départe-
processus clés et sur les ressources ments médicaux. Ces derniers affir-
nécessaires à la réalisation de ces ment ne pas connaître la stratégie de
processus (compétences, système l’hôpital.
d’information, technologie).
Les gestionnaires des services de
soins déclarent que les indicateurs ne
Le système de mesure de la performance sont pas produits en temps réel
hospitalière ne permet pas au directeur (moyenne des scores 2.27) et non
de l’hôpital de suivre la mise en œuvre exploités dans la prise de décision
(Score moyen de 1.79). Ils annoncent
de sa stratégie contenu dans le projet que les indicateurs non financiers ne
établissement hospitalier sont pas associés aux indicateurs fin-
anciers (score moyen de 1).
La principale limite des tableaux de
3.1.2 Au niveau des unités bord des services de soins est que
opérationnelles les données des tableaux de bord
Notre analyse du système de pilotage sont essentiellement destinées au
porte sur deux éléments : reporting à la direction des hôpitaux
a) les caractéristiques du tableau de et non à la planification des actions
bord (tableau 2) d’amélioration.
b) les dimensions de performance
mesurée par le tableau de bord
(tableau 2).

a) Les caractéristiques des


tableaux de bord
Nous constatons que les infirmiers
chefs de services de soins sont sensi-

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 111


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DOSSIER

Tableau 2 : caractéristiques du tableau de bords, services de soins,


CHR de Kenitra Avril, 2013

Planification stratégique à l’hôpital Effectif Moy Écart


type

La vision de l’hôpital est intégrée dans l’élaboration


de la stratégie 15 3,33 1,54
Les objectifs stratégiques sont définit à long terme
(3 à 5 ans) 12 2,75 1,42
Les objectifs stratégiques de l’hôpital sont déclinés en
cibles à court terme (1 an environ). 15 3,67 1,45

Utilisation du tableau de bord

Les indicateurs hospitaliers sont communiqués dans


un support unique 15 3,27 1,53
Les indicateurs financiers sont analysés avec
les indicateurs non financiers 14 1 0,00001
Les indicateurs sont produits en temps réel 15 2,27 1,62
Les indicateurs sont analysés par les comités
d’établissement 13 1,85 1,63
Les indicateurs sont utilisés dans la prise de décision
(allocation ressources) 14 1,79 1,37

Caractéristiques du tableau de bord

Les indicateurs sont ajustés continuellement pour


s’adapter à la stratégie de l’hôpital 16 3,31 1,537
Le tableau de bord contient moins de 20 indicateurs 16 3,13 1,455
Les liens de causalités entre les indicateurs est établi 16 2,56 1,504
Le tableau de bord comprend les données destinées
au reporting au Ministère de la santé 14 3,86 1,027

b) Dimensions de la performance isfaction des attentes du patient, au


mesurées par tableau de bord suivi des effectifs et des compétences
Le tableau 3 illustre les dimensions des ressources humaines. Les indica-
de la performance mesurées par le teurs utilisés ne couvrent pas les
tableau bord actuel des infirmiers coûts des ressources utilisées. Les
chef de services au CHR de Kenitra. tableaux de bords des unités opéra-
Le tableau de bord est essentielle- tionnelles ne couvrent que les dimen-
ment centré sur la dimension de pro- sions de production (admissions),
duction (100%).les indicateurs con- d’utilisation (TOM, DMS). Ces
tenus dans le tableau de bord de ges- tableaux de bord ne permettent pas
tion ne comportent pas des indica- de donner une idée globale et holis-
teurs relatifs aux processus, à la sat- tique sur la performance de l’organi-

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DOSSIER

sation et ne sont pas liés à la trois membres du comité établisse-


stratégie de l’hôpital ment.

3.2 Étape 2 clarification de la mis-


sion, de la vision, des valeurs et des Les valeurs des fonctionnaires comme
parties prenantes de l’organisation non centrée sur le patient et marquées
Cinq membres du comité établisse- par de l’individualisme.
ment (CE) de l’hôpital affirment que
la mission du Centre Hospitalier
Régional de Kenitra est de prodiguer
des soins de diagnostic et de traite- Quant aux valeurs de l’organisation,
ment en proposant une offre de soins la majorité des membres du comité
hospitaliers de deuxième niveau. d’établissement décrivent les valeurs
des fonctionnaires comme non centrée
sur le patient et marquées par de l’indi-
“ faire bénéficier le patient de toutes
vidualisme. Par conséquent, les objec-
les prestations disponibles et digne tifs des dirigeants de l’hôpital est
d’un hôpital moderne à vocation d’inculquer des valeurs de travail
régionale en temps opportun de d’équipe et de culture centrée sur le
manière suffisante et de qualité patient.
satisfaisante en réduisant les plaintes
Les membres du comité d’établisse-
et en réduisant les délais de ment ont identifié les parties
rendez-vous”. prenantes de l’hôpital selon leur
influence sur l’organisation (alloca-
tion de ressources) et pouvoir sur les
La vision du dirigeant de l’hôpital est décisions. Ensuite, ils ont définit les
“ faire bénéficier le patient de toutes les objectifs liés à la satisfaction des
prestations disponibles et digne d’un attentes de chaque détenteur d’en-
hôpital moderne à vocation régionale en jeux.Ces objectifs vont être inclus
temps opportun de manière suffisante et dans la perspective “donateurs finan-
de qualité satisfaisante en réduisant les ciers” du Balanced Scorecard.
plaintes et en réduisant les délais de ren-
dez-vous” cette vision est partagée par

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 113


REVUE RMSM N°3 ok 9/10/14 14:36 Page 114

DOSSIER

Tableau 3 dimensions de performance mesurées par les tableaux de bords


des services de soins infirmiers, CHR de Kenitra avril 2013

Dimensions de performances N(n) Moy Écart


type
Performance financière
Les indicateurs financiers mesurent les réalisations
des années écoulées 17 1,82 1,59
Les indicateurs financiers sont associés aux objectifs
stratégiques 17 1,88 1,65
Les indicateurs financiers clés sont passées en revue
par le comité d’établissement de l’hôpital 15 1,4 1,06
Les indicateurs financiers clés sont comparées avec
ceux des autres CHR 15 1,27 1,03
Un indicateur global financier est au moins
exploité dans le tableau de bord stratégique 16 1,25 1
La satisfaction du patient
Les indicateurs de comportement des usagers sont
intégrés dans le TB* 18 1,11 0,32
Les Indicateurs de l’opinion de l’usager sur l’Hôpital
sont intégrés dans le TB 18 1 0
Les Indicateurs de satisfaction usager sont Intégrés
dans le TB 18 1,33 0,97
Les Indicateurs de satisfaction usager sont comparé
avec d’autres CHR* 17 1,53 1,18
Un Indicateur global de satisfaction des usagers est
comparé avec d’autre CHR 14,00 1,5 1,02
Processus internes
Les indicateurs mesurant la qualité de la prestation
sont inclus dans le tableau de bord 18 2,39 1,65
Le tableau de bord comprend les indicateurs de
l’efficacité des processus de production de soins 18 2,44 1,723
le tableau de bord comprend les indicateurs de
l’efficacité des processus de soutien 16 1,44 0,892
Les indicateurs de qualité et sur l’efficacité des
processus sont comparé avec les établissements
hospitaliers similaires 15 1 0
Le tableau de bord stratégique comporte un indicateur
global sur la qualité des soins 10 1,4 1,265
Satisfaction du personnel
Les niveaux de compétences sont mesurés 17 1,41 1
Un Indicateur global de compétence et de satisfaction
personnel est intégré dans le TB 17 1 0
Les indicateurs sur les compétences et satisfaction
du personnel sont comparé avec d’autres CHR 16 1 0
Un indicateur global comporte des indicateurs sur
le comportement du personnel 16 2 1,59

114 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


REVUE RMSM N°3 ok 9/10/14 14:36 Page 115

DOSSIER

3.3 La carte stratégique du lieu, nous distinguons la stratégie de


Balanced Scorecard : croissance qui consiste d’une part à
Les membres du comité établisse- augmenter le volume des activités
ment ont identifié les objectifs ambulatoires (examens para clin-
stratégiques correspondant à chaque iques, consultation externes, hospi-
perspective. Le schéma 3 décrit la talisation de jour) et les hospitalisa-
carte stratégique de l’hôpital. C’est-à- tions et d’autres part d’augmenter la
dire la représentation schématique part des clients solvables.
des fondements de la stratégie du
Centre Hospitalier Régional. (Le Dans la perspective partie prenante,
schéma 4 illustre la traduction des nous distinguons trois objectifs:
objectifs stratégiques en indicateurs (Satisfaire les exigences des tiers
de suivi de la stratégie). payants, satisfaire des exigences des
donateurs financiers (BEI1) démontrer
La perspective patient correspond à à notre administration notre bonne
la valeur créé pour le client de l’hôpi- gouvernance des deniers publics.
tal (patient).
La perspective processus interne est
Ainsi, trois dimensions s’individu- composé de quatre type de processus :
alisent : premièrement l’accessibilité Les processus de management opéra-
au service : pour répondre à cet objec- tionnel (processus clés du service d’ac-
tif, il faut assurer la disponibilité des cueil d’admission, les processus d’exé-
ressources (humaines, matérielles, cution budgétaire et les processus de
médicaments). Deuxièmement, La gestion logistique).Les processus de
qualité et la réactivité du service aux l’innovation : (La création de nou-
besoins de la population : elle com- veaux services, l’introduction de nou-
prend la qualité des soins et l’agré- velles techniques d’endoscopie chirur-
ment de service. Troisièmement la gicale, la mise en place d’une démarche
réduction de la mortalité maternelle et qualité et la mise en place des tableaux
infantile et intra hospitalière. de bord de gestion).Les processus de
gestion du client (gestion des rendez-
Dans la perspective équilibre financier vous, gestion des plaintes et enreg-
deux objectifs s’individualisent : apur- istrement des données du patient).
er les arriérés et augmenter les Enfin, les processus de régulation.
recettes. Deux stratégies concourent C’est-à-dire les processus liés à la mise
à la réalisation de ces objectifs .En en conformité de l’organisation à la
premier lieu, la stratégie de produc- réglementation. Ils comprennent la
tivité qui consiste à réduire les coûts départementalisation, l’implantation
de fonctionnement. Cela consiste à des activités du CLIN2 et la mise en
optimiser la gestion logistique des place de la filière RAMED3.
équipements, des médicaments et des La dernière perspective du Balanced
lits et réduire les coûts. En deuxième Scorecard correspond aux capacités

1. Bureau européen d’investissement.


2. Comité de lutte contre les infections nosocomiales.
3. Régime d’assistance médicales aux économiquement démunis.

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stratégiques de l’organisation. Cette • Capital technologique : acquérir la


perspective comprend les actifs technologie médicale et développer
intangibles qui conditionnent la réal- l’infrastructure informatique pour
isation des processus clé. Les objec- meilleur gestion du dossier patient.
tifs stratégiques des acteurs hospital- • Capital informationnel : partager
iers sont répertoriés en quatre caté- les connaissances et les bonnes pra-
gories : tiques de gestion,
• Capital humain : l’objectif est de • Enfin, la dimension du capital
combler le besoin en compétences organisationnel comprend les objec-
stratégiques (stérilisation, gestion tifs stratégiques suivant : Développer
des médicaments et des équipements, le travail d’équipe, moraliser le
gestion des dossiers du patient, secteur et aligner les objectifs des
recouvrement, facturation, et services et départements de soins à la
demande de prise en charge. stratégie de l’hôpital.

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Schéma 3 : Carte stratégique ou feuille de route stratégique du Centre Hospitalier Régional de Kenitra,
juin 2013
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DOSSIER
Schéma 4 : proposition d’indicateurs pour une matrice de suivi du projet stratégique
du CHR de Kenitra, juin 2013
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4. Bureau Européen d’investissement.
5. Examens de tomodensitométrie.
6. Consommation mensuelle moyenne.
7. Taux d’occupation moyen.
8. Assurance maladie obligatoire et mutuelle des forces armées Royales.
9. Consultations spécialisées externes.
10. Rendez vous.
11. Comité de lutte contre les infections nosocomiales.
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DOSSIER

4. Discussion santé. Notre étude corrobore la


théorie de l’applicabilité du BSC au
L’utilité de la matrice de performance contexte hospitalier (Zelman et al.
pour les gestionnaires hospitaliers est
indiscutable. Elle lui permet de com-
parer la performance de l’hôpital à la
la mise en place du BSC dans l’hôpital
tendance nationale et de faciliter le public Marocain suscite une adaptation
reporting des indicateurs d’activités à la mission de service public et
hospitalières aux responsables hiérar- aux priorités stratégiques du Ministère
chiques. Cependant, elle présente deux de la Santé.
principales limites : Premièrement,
elle ne mesure pas les ressources et les
processus clés qui conditionnent l’effi-
2003b). Cependant, la mise en place du
cacité des activités de l’organisation. BSC dans l’hôpital public Marocain sus-
Les indicateurs sont dominés par des cite une adaptation à la mission de serv-
mesures de la production de services ice public et aux priorités stratégiques du
et ne couvre pas les processus clés de Ministère de la Santé : Ainsi, nous
management opérationnel, le capital avons placé la perspective client
humain et technologique de l’hôpital. «patient» en haut du modèle du BSC
Dans l’économie d’aujourd’hui, ces act- pour témoigner de l’intérêt porté
ifs sont selon l’OCDE les déterminants dans les administrations publiques
de la performance organisationnelle. pour la création de la valeur pour les
(OCDE 2006 ; Riley et al. 2011). citoyens, en particulier dans les
Deuxièmement, elle ne permet pas de domaines de la qualité, l’efficacité et
suivre le déploiement de la l’accessibilité aux services de soins.
stratégie(PEH) (Belghiti et al. 2002 ;
12
Cette adaptation rejoint les résultats
Groene et al. 2009; Kaplan and Norton des recherches empiriques d’implan-
2005; Nobre 2000). tation du BSC aux organisations de
Notre recherche action a permis de santé (Zelman et al. 2003b).
tester l’adaptabilité du modèle Notre recherche confirme l’utilité
Balanced Scorecard au contexte d’un pratique du BSC. Premièrement, il
hôpital public Marocain et propose permet de clarifier la mission, la
un essai de conception d’un modèle vision et la stratégie de l’hôpital et de
de pilotage de la mise en œuvre de la piloter sa mise en œuvre(de Jong et
stratégie hospitalière validé par les al. 2006; Kaplan and Norton 1993,
membres du comité d’établissement. 1996 ; 2001 ; PINENO. ; Yu and
Banchieri et coll. ont souligné la Crowe 2008). Il permet de mieux
solidité du cadre théorique, l’applica- articuler les axes stratégiques aux
bilité et la contribution du BSC à la objectifs opérationnels et de ne
performance des organisations de retenir que les indicateurs clés de

12. Projet stratégique de l’hôpital institutionnalisé par l’article 8 du règlement intérieur des Hôpitaux (Royaume
du Maroc and Ministère de la Santé 2011).

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DOSSIER

performances. En d’autres termes, il leadership du gestionnaire et l’appui de


guide l’organisation vers la concrétisa- la hiérarchie sont indispensables pour la
tion de sa stratégie (Aparisi-caudeli et réussite de l’implantation du Balanced
al. 2009 ; Atkinson 2006; Banchieri et Scorecard de même que la création d’un
al. 2011 ; Chi and Hung 2011 ; comité de projet pour veiller à la diffu-
Zelman et al. 2003b). Deuxièmement,
le BSC permet au manager hospitalier
Le leadership du gestionnaire
d’avoir une vision globale de la perform-
ance de son organisation en présentant et l’appui de la hiérarchie sont
de manière équilibrée des indicateurs de indispensables pour la réussite
processus et de résultats (Peters et al. de l’implantation du Balanced
2007; Zelman et al. 2003b). Scorecard
La pierre angulaire du BSC réside
dans la conception de la carte
stratégique ou feuille de route sion du BSC aux départements et servic-
stratégique qui facilite la communi- es de soins (démarche en cascade). la
cation de la stratégie depuis le comité qualité des systèmes d’information de
établissement vers les services de l’hôpital conditionne enfin le succès de
soins et les services supports : « l’implantation du BSC (Banchieri et al.
c’est faire de la stratégie l’affaire quo- 2011 ; Kaplan and Norton 2001-2005 ;
tidienne de tous » (Kaplan and Molleman.; Zelman, Pink, and Matthias
Norton 2001). 2003a). Deux interrogations s’individu-
Le Balanced Scorecard présente deux alisent ; quel apprentissage pourrait-
limites principales ; premièrement, on tirer de l’implantation du BSC au
Les liens de causalité entre les objec- CHR de Kenitra ? Quel serait son
tifs stratégiques (décrit dans notre impact sur la performance de l’organi-
carte stratégique) reposent sur les sation ? ■
hypothèses consensuelles des mem-
bres du comité établissement et ne
reposent pas sur un lien de causalité Bibliographie
statistique. Deuxièmement, la valid-
ité des indicateurs devrait être véri-
• A. Belghiti, Alaoui, 2001. Planification
fiée statistiquement. Ces deux limites
stratégique à l’hôpital. Rabat.
sont décrites par Bessire, Bancker • Al-Najjar, Sabah M., and Khawla H. Kalaf.
etNorekilt(Banchieri et al. 2011). 2012. “Designing a Balanced Scorecard to
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notre étude apporte au gestionnaire paper.
hospitalier un cadre pratique pour le • Aparisi-caudeli, José Antonio, Arturo
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120 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


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REVUE RMSM N°3 ok 9/10/14 14:36 Page 123

Les publications d’EDISCA

• Les Garanties du Contribuable Face au Contrôle Fiscal


Khalil HALOUI - 2014
• La Comptabilité des Produits Financiers Islamiques - CGNC/PCEC VS AAOIFI
Salima BENNANI - 2013
• Climat d’Investissement et Performance des Entreprises Marocaines
Tarik EL MALKI - 2013
• Le Dialogue Social et Le Partage de la Valeur Ajoutée
Ali SADOUK - 2012
• Techniques d’Impression et de Communication
El Houcine M’RABET - 2011
• Investif en Afrique du Nord : Etude Comparative Algérie, Tunisie, Maroc
Kamal SEBTI - 2006
• Gouvernance Coporative et Développement, une Perspective Internationale
Actes de la Conférence Internationale du 08 avril 2005
• La Gestion des Villes et de Leur Développement.
Actes des journées d’étude - 2004
• Le Management du Sport
Actes de la journée d’étude du 20 avril 2001
• L’économie Déléguée : Un modèle de Développement pour les Pays Emergents
Actes du Colloque International du 25 avril 2001
• Création d’Entreprise : Dimension Théorique et Données Marocaines
Mohamed BENTABET - 2000
• Management 2000 : paroles d’enseignants.
Actes de la journée d’étude du 23 février 2000
• Les Groupes Economiques et Financiers : Stratégies et Performances.
Actes des journées portes ouvertes - 2000
• Privatisation et Marché Boursier
Abdelhadi CHERRANI - 1999
• Entreprise et Investissement
Actes des journées portes ouvertes - 1999
• Entreprise et Mondialisation
Actes des journées portes ouvertes - Mai 1998
• La mise à Niveau de l’Entreprise Marocaine.
Actes des journées portes ouvertes - 1997
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