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EDITORIAL

P r. A b d e l m o u n i m B E L A L I A
Responsable du Centre d’Etudes
et de Recherches en Gestion de l’ISCAE (CERGI)

Aucune économie ne peut cipatifs et assimilables à de la


aujourd’hui résister à la tenta- dette, et les contrats de l’assu-
tion de la finance islamique. La rance islamique. Un deuxième
santé financière hors norme article s’intéresse à ce dernier
d’organismes opérant dans le axe d’assurance islamique au
domaine, l’engouement pour travers de l’analyse du modèle
ces produits surtout dans les conventionnel ainsi que les ris-
pays musulmans ainsi que la ques qu’il comporte. Cet article
résilience de banques islami- mobilise la théorie des incita-
ques face à la crise viennent tions et propose une démarche
confirmer ce constat. Au Maroc, qui vise à déterminer les condi-
la publication du projet de loi de tions de développement d’un
Bank Al Maghrib en date du 4 système d’assurance islamique.
septembre 2012 préfigure la La micro-finance est présente
naissance des futures banques dans ce numéro au travers d’un
islamiques marocaines, appe- article qui évalue les fondations
lées banques participatives. de cette finance dans un
La Revue Marocaines des contexte d’entrepreneuriat
Sciences de Management social. L’article s’appuie sur une
consacre dans ce numéro deux démarche empirique pour pro-
articles au sujet. La première poser un modèle conceptuel
contribution analyse les instru- d’analyse de la micro-finance.
ments financiers islamiques et Dans le domaine de la logisti-
leur mode de fonctionnement que, ce numéro propose un arti-
en comparaison avec les ins- cle qui traite de l’impact de la
truments financiers conven- flexibilité et des préférences des
tionnels. Elle met en lumière employés sur l’ordonnancement
les quatre catégories : les ins- du personnel. L’article s’appuie
truments participatifs, les ins- sur une approche par simula-
truments de financement assi- tion multi-agents dans le cadre
milables à de la dette, les ins- d’une démarche de gestion des
truments à sous-jacents parti- ressources humaines.

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SOMMAIRE

FOCUS
Le rôle du dirigean dans l’innovation....................................................... 5
Mourad OUBRICH, Redouane BARZI

DOSSIER
Instruments financiers islamiques et conventionnels :
utilités, consistances et correspondances .............................................. 20
Inass EL FARISSI, Mohamed EL MOUEFFAK,
Siham MEKNASSI

L’assurance islamique et l’assurance conventionnelle ........................... 41


Mohamed EL MOUEFFAK, Karim CHARAF,
Inass EL FARISSI

Impact de la flexibilité et des préférences


des employés sur l’ordonnancement du personnel :
une approche par simulation multi-agent.............................................. 51
Mohamed SABAR, Mohamed EL MOUEFFAK

Microfinance as social entrepreuneurship


in Southern Morocco .............................................................................. 67
Héger GABTENI, Adil BAMI, Gjasem SHIRI

Directeur de la publication : Mohamed EL MOUEFFAK - Rédacteur en Chef : Mohamed SABAR


Comité de lecture : Adil BAMI, Abdelmounim BELALIA, Abdelhaye BENABDELHADI,
Fouad BENSEDDIK, Mohamed BOUMESMAR, Fawzi BRITEL, Karim CHARAF, Dounia DAHAB,
Fadel DRISSI, Bachir EL BOUHALI, Inass EL FARISSI, Younes LAHRICHI, Fouad MACHROUH,
Tarik EL MALKI, Siham MEKNASSI, Mohamed SABAR, Jaâfar SKALLI, Ouafaa ZAIM.
Responsable Communication : Samira ALAOUI
Secretaire de la rédaction : Leïla EL MOUALIJ
Diffusion auprès des partenaires : Lamia MAKROUM
Réalisation : Ouragan Communication
Distribution : SOCHEPRESS
Dépôt légal 2012/PE0088 / ISSN 2028/8840

GROUPE ISCAE : Km 9,500, Route de Nouasseur - B.P. 8114 Oasis- Casablanca - Maroc
Tél. : (+212) 05 22 33 54 82 à 87 - Fax : (+212) 05 22 33 54 96
Site web : www.groupeiscae.ma

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FOCUS

Le rôle du dirigeant dans l’innovation


Résumé. Cet article a pour objectif de caractériser, sous un angle managérial,
le phénomène de l’innovation, tant son importance pour la compétitivité de l’en-
treprise est avérée. Il propose un modèle de recherche liant l’innovation, la
capacité d’absorption et le profil du dirigeant.
A travers la revue de la littérature, nous avons montré que le profil du dirigeant
peut être un facteur influençant la capacité d’absorption de l’entreprise et que
cette dernière influence à son tour le degré d’innovation.

Mots-clés. Innovation, capacités dynamiques, capacité d’absorption, profil du


dirigeant
Classification JEL : M10

Mourad OUBRICH
Enseignant-
chercheur, Abstract. This paper seeks to characterize, from a managerial perspective, the
INPT phenomenon of the innovation within the company. Indeed, we deem that inno-
Président, vation is one of the most important attribute of competitiveness of the com-
CIEMS
pany, hence, this paper puts forward a research model that encompasses inno-
vation, absorption capacity and manager style.
Based on the state of art, we have showed that the manager style can be a fac-
Redouane tor impacting the absorption capacity of the company which influences the
BARZI degree of innovation.
Enseignant-
chercheur, Key words. Innovation, dynamic capabilities, absorption capacity, manager style
ENCGK
Vice-Président, Classification JEL : M10
CIEMS
redouanebarzi@yahoo.fr

Introduction veau ou sensiblement amélioré, d’une


nouvelle méthode de commercialisation
dans les pratiques d’organisation du lieu
L’innovation est devenue une néces-
de travail ou des relations extérieures »
sité pour les entreprises qui souhai-
(OCDE, 2005 : 46).
tent assurer leur pérennité et leur
Toutes les entreprises cherchent à
développement (Cassimon, Vengeers,
favoriser leur innovation. Elles doi-
2002). Elle est une source importante
vent souvent se montrer plus inno-
de compétitivité dans un environne- vantes que leurs concurrentes
ment marqué par une forte concur- (OCDE, 2004), d’où l’importance
rence. L’innovation peut être définie d’étudier les déterminants de l’inno-
par « […] la mise en œuvre d’un produit vation au sein de l’entreprise, notam-
(bien ou service) ou d’un procédé nou- ment le rôle du dirigeant.

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La littérature propose plusieurs défi- Ainsi, le dirigeant est présent à tous


nitions du « dirigeant ». Certaines le les niveaux, que ce soit du côté de
considèrent comme un patron, pro- l’organisation ou de la structure de
tecteur et avocat, quand d’autres le l’entreprise. Il a une vision, qui peut
voient comme un entrepreneur, négo- être impactée par d’autres parties
ciant et proactif (Regards sur les prenantes, mais c’est lui qui en assure
PME, 20051). Ces différences sont le la communication, la diffusion et la
plus souvent imputées aux divergen- mise en œuvre au sein de l’entreprise.
ces d’appréciation sur les performan- Dès lors, cet article s’intéressera à la
ces des dirigeants (Marchesnay, façon dont le dirigeant détermine
2004). La définition qui en sera rete- l’innovation. Il se focalisera davan-
nue dans le cadre de ce travail consi- tage sur le style de management et
dère le dirigeant comme un entrepre- sur la capacité d’absorption pour
neur qui prend des décisions straté- expliquer la diversité des choix en
giques dans le but d’organiser la pro- matière d’innovation. Le but est de
duction, créer une valeur marchande, proposer une première conceptuali-
innover sur le marché et faire fructi- sation de la relation entre le diri-
fier le capital (Marchesnay, 2004). geant et l’innovation à travers la
Le dirigeant joue un rôle central dans capacité d’absorption. Cette réflexion
l’innovation de l’entreprise. La théo- place le dirigeant au cœur de l’action
rie « upper echelons » (Hambrick, de l’entreprise, épousant les idées de
Mason, 1984) soutient que le diri- l’école entrepreneuriale (Lampel,
geant peut exercer une influence
Mintzberg, Ahlstrand, 1999).
dans la création de valeur de l’entre-
Pour y parvenir, nous aborderons en
prise grâce à ses caractéristiques per-
premier lieu le concept de l’innova-
sonnelles et ses aptitudes spécifi-
tion avant d’analyser l’influence du
ques. Ces innovations sont davantage
profil du dirigeant sur l’innovation.
intéressantes lorsque l’équipe diri-
Par la suite, le modèle de recherche
geante est bien formée (Bantel,
sera présenté.
Jackson, 1989). Pigé (2002) a montré
que la formation initiale et l’expé-
rience professionnelle peuvent stimu- 1. Concepts de l’innovation
ler l’innovation.
D’autres facteurs peuvent également L’innovation est un champ de recher-
influencer les décisions du dirigeant che qui a fait et continue de faire l’ob-
en matière d’innovation comme l’ou- jet de travaux nombreux. L’objet de ce
verture aux investisseurs (Rubinstein, paragraphe est de proposer une
2001), la propriété du capital (Nekhili, réflexion sur le concept de l’innova-
Poincelot, 2000) avec la présence d’ac- tion. En effet, un constat de départ
tionnaires majoritaires qui peuvent est que la majeure partie de la
guider le choix du dirigeant, la lati- réflexion sur l’innovation porte en
tude du dirigeant (Donaldson, Davis, réalité sur des questionnements rela-
1991) et le style de management tifs au processus de l’innovation.
(Julien, Marchesnay, 1987). Cette approche n’est pas sans intérêt,

1. Regards sur les PME n° 8, Observatoire des PME, GIE OSEO services.

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mais insuffisante pour appréhender dans des routines (Nelson, Winter,


dans leur globalité les phénomènes 1982). Tzeng (2009) distingue entre
de l’innovation dans les organisa- trois types de classes de routines
tions. A cet effet, cet article intégrera relatives à l’innovation : les routines
deux autres éléments de l’innovation opérationnelles, les routines d’inves-
à savoir l’objet de l’innovation et les tissement et les routines de recher-
déterminants de l’innovation. che. Les routines de recherche sont
Dés lors, une présentation des princi- les plus importantes, dans la mesure
pales écoles de pensée de l’innovation qu’elles créent de l’innovation et rési-
nous permettra de clarifier notre dent dans le département de recher-
positionnement de recherche quant à che et développement.
la question de l’innovation au sein Les partisans de cette école s’intéres-
des organisations. sent notamment à la façon d’institu-
tionnaliser l’innovation et de l’ins-
1.1. Ecoles de pensées de crire dans des routines.
l’innovation L’institutionnalisation de l’innovation
Tzeng (2009) résume les écoles de se définie comme la codification du
pensée de l’innovation en trois types programme d’innovation (Jelinek,
d’écoles : l’école des capacités, l’école 1979), et se décrit par deux mécanis-
de l’entrepreneuriat et l’école de la mes : (1) système ou routine qui cap-
culture. ture la connaissance (2) système ou
L’école des capacités s’appuie sur une routine qui génère l’innovation
perspective économique de l’innova- (Tzeng, 2009).
tion. L’innovation, comme une capa- L’école de l’entrepreneuriat, quant à
cité institutionnalisée, se caractérise elle, s’appuie sur une perspective
par un changement technologique. sociale de l’innovation. Elle met en
Cette idée a été développée par avant le concept angliciste « grass-
Chandler dans le cadre de ses recher- roots impetuses », qui émerge à par-
ches sur le système économique amé- tir d’un sentiment d’identité. Dans ce
ricain entre 1850 et 1920, et les sens, l’entreprise est considérée plus
recherche de Mowery et Rosenberg comme une communauté qu’une cor-
(1998) sur l’innovation aux Etats poration, dans la mesure où elle crée
Unis entre 1900 et 1990. le sens à la communauté.
Selon cette école, l’innovation est Plusieurs auteurs s’inscrivent dans
basée sur les capacités dynamiques cette perspective de l’innovation.
de l’entreprise (Wang, Ahmed, 2007). Peters et Waterman (1982), qui ont
Elle se définie par la capacité de l’en- mené une étude sur les 62 excellentes
treprise à intégrer, à développer et à entreprises aux Etats-Unis, ont
reconfigurer les compétences inter- conclu que l’autonomie et l’entrepre-
nes et externes (Tzeng, 2009). neuriat sont cruciaux à l’innovation.
Par ailleurs, l’école des capacités s’ap- De son côté, Kanter (1983)2 a mis en
puie sur la notion de capacités insti- exergue le fait que l’innovation était
tutionnalisées, qui se cristallisent auto-initiée, c’est-à-dire que l’innova-

2. 234 interviews dans 47 entreprises innovantes aux Etats-Unis.

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tion n’était pas dirigée par le top mana- technologie. Henderson (1995) expli-
gement, mais elle est initiée par des que que l’évolution technologique est
rebelles qui utilisent de façon illégale plutôt fondée sur l’imaginaire que
les ressources organisationnelles3. sur le réel.
L’innovation selon l’école de l’entre- Selon Tzeng (2009), l’art enraciné se
preneuriat suppose que les personnes développe dans des relations intergé-
soient loyales, car elle véhicule un nérationnelles. Graham et Shuldiner
sens de responsabilité et pousse les (2001) évoquent trois façons pour
personnes à une créativité alterna- encourager le développement de ces
tive. Autrement dit, l’innovation n’est relations intergénérationnelles : (1)
pas considérée comme un bien écono- apprentissage à travers lequel la
mique. Elle n’est pas calculée, mais connaissance tacite est transmise, (2)
elle est perçue comme une surprise, films documentaires permettant la
qui se produit à partir des relations sauvegarde de l’expérience, (3)
humaines. L’innovation comme grass- conférences d’innovation dans les-
roots impetuses, s’appuie sur l’impro- quelles la mémoire collective est par-
visation dans l’action. Eisenhardt et tagée et les innovateurs de différen-
Tabrizi (1995) avaient montré dans tes générations se rencontrent.
une recherche portant sur l’industrie Après avoir exposé les différentes
informatique que cette improvisation écoles de pensées de l’innovation,
était critique dans l’innovation nous analyserons dans le paragraphe
produit. qui suit le processus et l’objet de l’in-
Concernant l’école de la culture, elle novation.
s’appuie sur une perspective cultu-
relle de l’innovation, qui considère 1.2. Processus et objet de l’innovation
l’innovation comme un art enraciné Le domaine de l’innovation est très
(Tzeng, 2009). Cet art enraciné se large. Les auteurs traitant la ques-
caractérise par trois éléments : pre- tion de l’innovation dans les organi-
mièrement, il est lié à une culture de sations distinguent entre la notion de
croyances et de pratiques partagées ; diffusion et de l’adoption de l’innova-
deuxièmement, il est considéré tion (Damanpour, Fariborz, 1991).
comme un héritage intergénération- D’après Desouza, Dombrowski,
nel car il est partagé dans le temps Awazu, Baloh, Papagari, Jha et Kim
entre génération ; troisièmement, il (2009), la réussite de l’innovation
est piloté par une vision et guidé par
dépend de l’existence d’un processus
des objectifs.
formalisé de l’innovation composé de
Les études de Tripsas et Gavetti
cinq phases : génération d’idée et
(2000) et Kaplan et Tripsas (2008)
mobilisation, examination et support,
ont montré que le développement
technologique ne suit pas des sen- experimentation, commercialisation,
tiers de dépendance4, mais plutôt une diffusion et implémentation. Pour
solide croyance en la primauté de la Damanpour (1991), l’adoption de l’in-

3. Innovation was self initiated, which means that innovation was not directed from the top but was initiated by
the rebels’ who bootlegged organizational resources.
4. path-dependencies.

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novation est conçue pour englober la 1. Un angle interne qui concerne


génération, le développement et la les valeurs organisationnelles.
mise en œuvre de nouvelles idées ou L’adoption d’un nouveau para-
de comportements. Les résultats de digme requière un changement de
ce processus d’innovation peuvent valeurs organisationnelles.
prendre plusieurs formes selon 2. Un angle externe qui concerne
Damanpour (1991), et cela peut un changement de modèle écono-
concerner le développement d’un mique. Il peut avoir un impact sur
nouveau produit, un nouveau ser- l’innovation dans les produits, les
processus et aussi dans le posi-
vice, un nouveau processus de pro-
tionnement.
duction ou un nouveau système
Il est à noter ici que toutes ces inno-
administratif.
vations ne peuvent avoir lieu que
Francis et Bessant (2005) présentent lorsqu’il y a une bonne communica-
un cadre d’analyse de l’objet de l’in- tion interne, une structure décentra-
novation, baptisée « the four P’s of lisée favorisant l’innovation, des res-
innovation targeting », qui donne sources organisationnelles, une forte
une vue d’ensemble de différents croyance dans l’innovation se maté-
objets de l’innovation. L’innovation rialisant par la prise risque à travers
portée sur le produit ou sur le service le financement des idées innovantes
consiste à offrir par exemple un pro- et le partage des idées entre les diffé-
duit avec des fonctionnalités supé- rents acteurs de l’entreprise (Wan,
rieures, alors que l’innovation portée Ong, Lee, 2005).
sur le processus concerne l’améliora- Cette analyse centrée autour du pro-
tion du processus existant par l’inté- cessus et de l’objet de l’innovation ne
gration à titre d’exemple d’une nou- peut être complète sans la prise en
velle technologie. Le troisième objet compte des déterminants de l’innova-
de l’innovation concerne le position- tion. Ces derniers sont nombreux et
variés, d’où la pertinence de retenir,
nement du produit ou du service
dans ce qui suit, un des principaux
fourni par l’entreprise sur un mar-
déterminants à savoir le profil
ché. Il dépend essentiellement de la
dirigeant.
capacité de l’entreprise à innover
dans l’amélioration du positionne- 1.3. L’influence du profil du dirigeant
ment de son produit ou de l’améliora- De nombreux auteurs ont exploré les
tion de son image. L’élément central styles de dirigeants (Marchesnay,
d’une stratégie du positionnement du 1998 ; Filion, 1997 ; Miner, 1997 ;
produit se matérialise dans le mana- Julien et Marchesnay, 1996 ; Chell et
gement de l’identité qui dépend de la Haworth, 1993; Woo, Cooper et
publicité, du marketing, des medias, Dunkelberg, 1991 ; Gartner, 1989 ;
du packaging et de la manipulation Davidson, 1988 ; Miles et Snow, 1978 ;
d’un ensemble de signaux. Le qua- Laufer, 1975). Nous présentons ci-
trième objet de l’innovation concerne dessus les travaux les plus mar-
un changement paradigmatique ou quants.
de modèle de pensée de l’organisa- Laufer (1975) distingue quatre types
tion. Ce type d’innovation peut être d’entrepreneurs. Le manager (ou l’in-
traité à partir deux angles : novateur) qui cherche la croissance,

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l’entrepreneur propriétaire qui est ainsi plus proches des prospecteurs


orienté vers la croissance et l’autono- et les réacteurs plus proches des
mie financière de son entreprise, l’en- défenseurs.
trepreneur refusant la croissance Davidson (1988) parvient à trois
mais cherchant l’efficacité et enfin types de styles de dirigeants.
l’entrepreneur artisan qui s’attache L’entrepreneur qui reconnaît une
principalement à l’autonomie. opportunité et l’exploite activement,
Miles et Snow (1978) ont réalisé une le manager et le dirigeant proprié-
typologie comprenant quatre types taire. De même, Gartner (1989) fait
stratégiques « Strategic types » à une distinction entre l’entrepreneur
savoir les prospecteurs, les analystes, et le propriétaire de la petite entre-
les défenseurs et les réacteurs. Les prise. Chell et Haworth (1993), quant
auteurs présentent les trois premiers à eux, distinguent entre l’entrepre-
comportements comme conduisant neur, le quasi-entrepreneur qui est
vers le succès alors que le dernier un aventurier créatif, l’administra-
comportement conduit à l’échec. teur qui est un réactif modérément
Les prospecteurs créent le change- innovateur et enfin l’attentionné.
ment dans une industrie avec le déve- Julien et Marchesnay (1996) distin-
loppement de produits, l’introduction guent deux types d’entrepreneurs :
de nouvelles technologies, etc. Ces L’entrepreneur PIC (Pérennité,
organisations semblent être décen- Indépendance, Croissance réactive) suit
tralisées et moins formalisées. Les une logique patrimoniale selon laquelle,
analystes sont attirés par le dévelop- il cherche à pérenniser son affaire,
pement d’activités grâce à l’exploita- garantir une stabilité et assurer le patri-
tion de nouveaux produits et aux moine de la famille. Le CAP (Croissance,
opportunités qu’offre le marché. Leur Autonomie, Pérennité) suit une logique
source d’innovation est souvent l’imi- entrepreneuriale. Il est peu préoccupé
tation. Ces deux comportements peu- par la pérennité de son activité mais
vent être assimilés à un comporte- attache une grande importance aux
ment entrepreneurial. Les défen- activités à forte croissance et à l’autono-
seurs, quant à eux, tentent de créer mie de ses décisions. Il n’hésitera pas à
un domaine d’activité stable en ayant faire appel à des bailleurs de fonds pour
recours à une stratégie de niche ou financer ses projets.
de domination par les coûts. Les Par ailleurs, Filion (1997) distingue six
défenseurs essaient très peu de déce- types de propriétaires-dirigeants de
ler des opportunités sur le marché. PME : le bûcheron (lumberjack) qui se
Ils préfèrent se protéger de la concur- caractérise par son indépendance et
rence en choisissant une niche de son ouverture sur l’extérieur, le séduc-
marché ou en régulant l’environne- teur (seducer) ou le vacancier (hob-
ment avec des réponses inter-organi- byist) en fonction de son implication
sationnelles. Segev (1989) pense que dans l’entreprise, le sportif (player)
les analystes et les réacteurs pour- qui porte un intérêt à la représentation
raient se situer sur un continuum et au rôle de l’entreprise et enfin le
quelque part entre les prospecteurs converti (convert) ou le missionnaire
et les défenseurs. Ils seront distin- (missionary) en fonction de sa capacité
gués par le degré de proximité vers à déléguer ses pouvoirs et à travailler
les extrémités. Les analystes seront en équipe.

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Marchesnay (1998) propose une offre originale, à condition de détenir


autre typologie où il distingue entre des compétences spécifiques en
l’entrepreneur isolé préoccupé par sa matière d’organisation, de direction
survie, le nomade qui s’attache au et de motivation des individus. A ce
pouvoir, à l’efficacité et à l’efficience, titre, les compétences managériales
le notable qui est proche du PIC et (Arthur, Inkson, Pringle, 1999 ;
enfin l’entreprenant qui opte pour Spencer et Spencer, 1993) sont des
une direction coopérative, intégrant outils stratégiques indispensables
les risques stratégiques et les risques pour un processus de décision viable,
de gestion. dont les atouts peuvent refléter une
Les différents styles de dirigeants performance élevée et une compétiti-
évoqués ici exercent une influence vité améliorée.
directe sur leurs stratégies et sur Par conséquent, un niveau de perfor-
leur degré d’innovation. En effet, un mance et de compétitivité élevé
dirigeant aura tendance à avoir une nécessite un mix de connaissances et
orientation volontariste vis-à-vis du de qualités chez l’entrepreneur.
développement de l’entreprise et de L’attitude et le comportement du diri-
ses capacités s’il poursuit davantage geant sont des éléments clé dans le
un comportement entrepreneurial développement de produits compéti-
que patrimonial. Un comportement tifs ainsi que dans la croissance
entrepreneurial comporte une et la pérennité de l’entreprise
volonté d’action qui vise le change- (Argenti, 1976 ; Carneiro, 2000 ;
ment et la modification du contexte McDounough et Griffith, 2000). Un
environnemental actuel. Ainsi, les entrepreneur qui autorise son équipe
dirigeants qui attachent une grande à contribuer au processus de formu-
attention à l’autonomie et au pouvoir lation des plans d’action et des straté-
seront amenés à se focaliser sur leurs gies opérationnelles de l’entreprise
activités de base et par conséquent, va inévitablement assister à une
adopteront des stratégies de concen- croissance de la culture organisation-
tration tout en rejetant des stratégies nelle et au développement d’une
symbiotiques. En revanche, les stra- synergie entre les membres (Kazem,
tégies de différenciation, voire d’in- Van der Heijden, 2006).
novation seront poursuivies par les Ceci étant, ces typologies sont inté-
dirigeants –entrepreneurs-, orientés ressantes pour mieux comprendre le
vers le future et jouissant d’un profil dirigeant et mieux l’accompagner.
opportuniste. A ce titre, Porter (1980) Cependant, il est utile d’appréhender
lie la dimension entrepreneuriale les mécanismes à travers lesquels le
dirigeant prenne sa décision
d’une entreprise à la stratégie de dif-
(Beaucourt, Louart, 1995), notam-
férenciation.
ment en matière d’innovation. Pour
Par ailleurs, Leibenstein (1987) pré-
cela, nous nous intéresserons ci-
cise que les entrepreneurs possèdent
après aux capacités du dirigeant et
des rôles d’innovation et de transfor-
plus particulièrement à la capacité
mation. En effet, ils peuvent identi-
d’absorption de l’entreprise.
fier et répondre à des besoins inexpri-
més des consommateurs, grâce à une

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2. Lien entre innovation La raison tient à la plus-value appor-


et capacité d’absorption tée par l’entreprise en termes de
cohésion et d’expérience.
Par ailleurs, d’autres domaines des
Dans cette partie, nous chercherons à sciences humaines et sociales ont
identifier les éléments qui contri- contribué à l’essor de l’approche fon-
buent au développement de la capa- dée sur les ressources. A ce titre, la
cité d’absorption de l’entreprise, et ce sociologie s’est intéressée à la dimen-
afin de favoriser l’innovation. Nous
sion humaine des organisations.
montrerons en quoi le profile du diri-
Plusieurs travaux de recherche,
geant impacte la capacité d’absorp-
notamment ceux de Argyris et Schön
tion et conduit l’entreprise à innover.
(1979), expliquent le développement
des aptitudes d’une organisation à
2.1. Apport de la théorie fondée sur
travers les actions de chacun de ses
les ressources
membres.
La théorie fondée sur les ressources
Ces approches avaient mis l’accent
est issue d’un processus d’évolution
sur la compréhension des phénomè-
des théories et des recherches dans
nes organisationnels et ont favorisé
diverses disciplines, alliant à la fois
le développement d’une théorie du
les sciences économiques et les scien-
management axée sur les ressources
ces sociales.
de l’entreprise. C’est ainsi qu’au
C’est grâce à la réflexion des cher-
début des années quatre-vingt,
cheurs sur la cohérence du dévelop-
pement de l’entreprise qu’ils se sont Wernerfelt (1984) et Rumelt (1987)
intéressés à la notion de ressource. ont soulevé l’importance des ressour-
Penrose (1959) puis Rubin (1973) ont ces dans le management. Le premier
essayé d’expliquer la détermination s’est intéressé aux diversifications
des choix des entreprises en fonction conduites sur la base d’un porte-
des ressources dont elles disposent feuille de ressources, le second aux
afin de comprendre leur développe- choix des produits-marchés en fonc-
ment. Selon Rubin (1973, p.937), tion des ressources de l’entreprise.
«une ressource est un input spécifique qui Wernerfelt (1984 ; 1995) estime que
permet à l’entreprise d’accomplir une l’entreprise peut choisir les ressour-
tâche particulière». Cette ressource est ces qui lui procurent un profit élevé.
constituée d’individus et des actifs De ce fait, selon Lengnick-Hall et
qu’ils utilisent. Cependant, les deux Wolff (1999), une entreprise sera plus
auteurs (Penrose et Rubin) ont centré performante qu’une autre, si elle
leurs travaux davantage sur le ser- démontre une capacité supérieure à
vice rendu par la ressource qu’à la développer, utiliser et protéger un
ressource elle-même. Rubin (1973) ensemble de compétences et de res-
affirme que les ressources permet- sources. L’avantage concurrentiel
tent de réaliser une activité bien pré- résulte donc d’un accaparement de la
cise, incluant les employés et les firme de la valeur d’un actif temporai-
machines, rattachant ainsi les res- rement supérieur à sa valeur estimée
sources à l’entreprise à laquelle elles par le marché. Cet écart est expliqué
appartiennent. Cette spécificité des par l’asymétrie d’informations qui
ressources fait que la valeur d’une caractérise un marché. Cette théorie
ressource dépasse celle de marché. insiste sur le fait que ces capacités

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s’inscrivent dans l’évolution de l’en- comme l’aptitude d’une entreprise à


treprise. Les compétences et les res- intégrer, construire et reconfigurer
sources que l’entreprise cherche à des compétences internes et externes
développer lui permettront un avan- pour contrer les changements rapi-
tage durable. Au même titre, Barney des de l’environnement. Ces auteurs
(1986) précise que certaines entrepri- insistent sur la nécessité d’un ajuste-
ses au sein d’une industrie peuvent ment constant des compétences au
posséder des aptitudes afin de devenir sein d’un environnement dynamique.
une source de changements révolu- Selon eux, les capacités dynamiques
tionnaires dans cette industrie, tandis reposent sur deux processus : le pro-
que d’autres ont la capacité de s’adap- cessus de configuration et le proces-
ter rapidement aux bouleversements sus d’apprentissage. Le premier pro-
de l’environnement. L’auteur conclut cessus a trait à la capacité des orga-
que ces deux types d’entreprises ont nisations à combiner et à transformer
une plus grande probabilité de survie l’ensemble des ressources internes et
dans des industries menacées de externes dont elles disposent au sein
profonds bouleversements. d’un environnement turbulent. Le
Il est à noter, cependant, que ces deuxième processus concerne les
capacités ne sont pas figées. Elles routines nouvelles et les dotations en
devront être développées, améliorées actifs que les organisations acquiè-
et mises à jour de façon régulière par rent à travers l’utilisation et l’interac-
l’entreprise (Teece, Pisano et Shuen, tion des ressources internes et exter-
1997 ; Wernerfelt, 1984). La théorie nes auxquelles elles ont accès. De ce
des capacités dynamiques, expliquée fait, les capacités dynamiques exi-
ci-après, apporte un éclairage sur le gent une maîtrise informationnelle
développement des ressources et des (Kogut, 2000) et un tissu relationnel
capacités des entreprises. permettant de faire appel à des res-
sources en constante évolution
2.2. Apport de la théorie (Biemans, 1990), d’où l’importance de
des capacités dynamiques la constitution de réseaux. Forgues,
Prahalad et Hamel (1994) ont étudié les Fréchet et Josserand (2006) évoquent
aptitudes et les actions volontaristes ici le déplacement des préoccupations
des grandes firmes. Ils ont conclu que stratégiques de l’intra-organisation-
ces firmes peuvent transformer leur nel vers l’extra-organisationnel.
environnement concurrentiel grâce à Bien que mise en évidence dans les
des stratégies délibérées. Leur théorie grandes entreprises, la théorie des
des capacités dynamiques indique que capacités dynamiques convient par-
l’environnement exerce une influence faitement aux petites et moyennes
sur l’entreprise, mais cette dernière entreprises qui détiennent au départ
peut aussi l’influencer en développant des ressources limitées mais qui
ses compétences organisationnelles pourront les développer dans une
grâce à l’apprentissage. En effet, dynamique apprenante. Cette der-
l’entreprise peut entretenir et dévelop- nière oriente la combinaison et le
per ses capacités internes dans un renouvellement des ressources afin
processus d’apprentissage stratégique. d’acquérir un avantage compétitif
Teece, Pisano et Shuen (1997) défi- durable. Le management stratégique
nissent les capacités dynamiques est alors considéré comme un proces-

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 13


FOCUS

sus d’« apprentissage collectif » sources et de les adapter aux change-


visant à développer, puis exploiter, ments du marché afin d’atteindre un
des compétences clés difficiles à imi- avantage concurrentiel.
ter. L’avantage qui en résulte découle Cohen et Levinthal (1990) considè-
des capacités profondément enraci- rent que la capacité d’absorption
nées et cachées permettant à l’entre- exige à l’entreprise de développer
prise de proposer des produits inno- une capacité de reconnaitre la valeur
vants et de bonne qualité. de la nouvelle connaissance, de l’assi-
Cette théorie a l’avantage d’accepter miler et puis de l’appliquer. Cette
le choix stratégique du dirigeant capacité d’absorption est cumulative,
dans le sens où ce dernier sélectionne c’est-à-dire qu’elle se développe à par-
les ressources qui lui permettront tir de connaissances antérieures et
d’atteindre ses objectifs et de déve- elle suit un sentier de dépendance.
lopper et maintenir les avantages de Les théories de la capacité d’absorp-
l’entreprise. tion ont conclu que les connaissances
Dans ce qui suit, nous aborderons obtenues à partir des expériences
une composante essentielle des capa- passées facilitent l’identification, la
cités dynamiques, à savoir la capacité sélection et l’implémentation des pra-
d’absorption et nous expliquerons tiques profitables (Lenox, King,
son lien à la fois avec le dirigeant et 2004).
avec l’innovation. Pour faciliter l’étude du concept, la
capacité d’absorption se divise en
2.3. Rôle de la capacité d’absorption capacité d’absorption potentielle, qui
Dans un premier temps, nous défini- se matérialise dans l’acquisition et
rons la capacité d’absorption, pour l’assimilation de la connaissance, et
ensuite nous focaliser sur ses compo- la capacité d’absorption réalisée qui
santes. se focalise essentiellement sur la
Les recherches relatives à la capacité transformation et l’exploitation de la
d’absorption peuvent être classées en connaissance pour un objectif com-
trois catégories : les recherches cen- mercial (Zahra, George, 2002;
trées sur la reconceptualisation de la Gebauer, Worch, Truffer, 2012).
capacité d’absorption, les recherches De ce fait, le concept de la capacité
qui s’intéressent au développement d’absorption est multidimensionnel.
de la capacité d’absorption, et enfin Il peut être présenté sous forme d’un
celles qui visent à étudier la relation processus linéaire en quatre étapes :
entre la capacité d’absorption et les acquisition de la connaissance, assi-
autres domaines de recherche (Liao, milation de la connaissance, transfor-
Fei, Chen, 2007). mation de la connaissance et exploi-
La littérature sur les capacités dyna- tation de la connaissance; ou encore
miques (Zahra, George, 2002) fournit sous forme d’un processus non
une compréhension permettant linéaire dans lequel assimilation et
l’étude de la capacité d’absorption. transformation de la connaissance
Dans ce sens, les chercheurs considè- peuvent s’effectuer en parallèle
rent que les capacités dynamiques (Zahara, George, 2002). Fllaten,
sont enracinées dans les processus Engelen, Zahra et Brettel (2011), qui
organisationnels, et qu’elles aident ont étudié l’échelle de mesure de la
l’entreprise à reconfigurer ces res- capacité d’absorption, ont conclu que

14 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


FOCUS

le concept se résume en un processus idées, influence négativement la


linéaire. Pour Zahra et George capacité d’absorption, et passe à côté
(2002), une entreprise peut acquérir d’opportunités d’affaires.
et assimiler les connaissances, mais Van den Bosch, Volberda et De Boer
éventuellement elle ne dispose pas de (1999) considèrent que la forme orga-
la capacité de les transformer et les nisationnelle (fonctionnelle, division-
exploiter afin de générer des profits. nelle, matricielle), et les capacités
A ce titre, Minbaeva, Pedersen et combinatoire (capacité de système,
Bjorkman (2003) estiment que l’habi- capacité de coordination, capacité de
lité de l’entreprise à transformer et à socialisation) influencent la capacité
exploiter la connaissance, dépend des d’absorption. Donc le dirigeant qui
connaissances antérieures et de l’in- met en place une structure organisa-
tensité de l’effort, c’est-à-dire de la tionnelle, des processus et des procé-
motivation des employées. dures de coordination qui favorisent
D’après King et Lenox (2004), recon- l’acquisition et l’assimilation des
naitre et implémenter de nouvelles connaissances externes, serait en
pratiques nécessite des informations mesure de faire profiter son entre-
sur les pratiques existantes et dispo- prise d’une ressource nécessaire à la
nibles. C’est dans ce sens qu’ils pro- création des connaissances nouvelles
posent d’étudier l’influence du diri- puis à l’innovation.
geant sur la capacité d’absorption à Selon Cohen et Levinthal (1990),
travers la provision de l’entreprise en l’utilisation de la connaissance
information interne. Les auteurs défi- externe est un déterminant de l’inno-
nissent la provision de l’entreprise en vation. Zahra et George (2002) ont
information interne comme le passé en revue les études antérieures
transfert d’information d’une base de portant sur la capacité d’absorption.
données centrale aux agents dans Leur recherche conclut à l’existence
l’entreprise. d’une relation positive entre la capa-
Nous nous appuyions sur la typologie cité d’absorption et l’innovation.
de style de dirigeant déjà citée et sur D’après Gebauer, Worch et Truffer
les études antérieures sur la capacité (2012), les conceptualisations exis-
d’absorption pour en déduire une tantes décrivent la capacité d’absorp-
relation entre le profil du dirigeant et tion comme une variable indépen-
son impact sur la capacité d’absorp- dante et l’innovation comme variable
tion. A ce niveau, nous supposons dépendante, alors que la stratégie
que le dirigeant entrepreneur et d’affaire est considérée comme une
prospecteur, qui met en place des variable modératrice.
programmes de formation, de stages, Nous pouvons conclure sur l’exis-
des séances d’échange et de partage tence d’une relation entre le profil du
d’expériences et de connaissance, et dirigeant, la capacité d’absorption et
qui instaure la confiance entre l’en- l’innovation. Notre étude empirique
treprise et ses employés, influence devra vérifier, d’une part si le diri-
positivement la capacité d’absorp- geant entrepreneur et prospecteur
tion. En revanche, un dirigeant pro- influence positivement la capacité
tectionniste et défenseur qui n’incul- d’absorption de l’entreprise et favo-
que pas une culture de partage d’in- rise l’innovation. En d’autres termes,
formation, de connaissance et des nous chercherons à tester l’hypo-

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 15


FOCUS

thèse selon laquelle un dirigeant cation des connaissances externes à


entrepreneur est à la recherche de forte valeur ajoutée.
nouvelles opportunités d’affaires. De Pour résumer, nous souhaiterons à
ce fait, il serait en clin à inculquer travers cette recherche tester le
une attitude d’attention et d’identifi- modèle suivant :

Conclusion pétence du dirigeant. De ce fait, une


attention particulière doit être accor-
Au terme de ce présent travail de dée au dirigeant et à son profil pour
recherche, l’objectif était de compren- mieux appréhender son impact sur
dre l’innovation dans l’entreprise. les capacités de l’entreprise et plus
Pour cela, nous avons proposé un largement sur l’innovation. Ainsi,
modèle reliant à la fois le profil du nous avons retenu le profil du diri-
dirigeant, la capacité d’absorption de geant comme principal déterminant
l’entreprise et l’innovation. de l’innovation.
Une première partie s’est attachée à A travers cette recherche, deux hypo-
conduire une réflexion autour du thèses ressortent : la première consi-
concept de l’innovation, intégrant à dère que le profil du dirigeant de type
la fois le processus, l’objet et les entrepreneur et prospecteur
déterminants de l’innovation. Une influence positivement la capacité
deuxième partie s’est focalisée sur la d’absorption de l’entreprise. La
capacité d’absorption comme une deuxième suppose que l’amélioration
composante qui trouve son origine de la capacité d’absorption de l’entre-
dans la théorie fondée sur les res- prise influence positivement l’innova-
sources et la théorie des capacités tion.
dynamiques. Les prochains articles de recherche
Le rôle joué par le dirigeant au sein auront pour but de tester empirique-
de l’entreprise est centrale. A ce titre, ment ces hypothèses en proposant
Donaldson et Davis (1991) avaient une opérationnalisation des variables
remarqué que la réussite de l’entre- du modèle et une méthodologie empi-
prise devient ainsi le reflet de la com- rique ■

16 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


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REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 19


DOSSIER

Instruments financiers islamiques


et conventionnels :
Utilités, consistances et correspondances
Résumé. À la veille de la création des banques islamiques au Maroc, la compré-
hension des spécificités et enjeux liés aux instruments financiers islamiques est
devenue une nécessité. Nous présentons dans cet article les principaux instru-
ments financiers islamiques, répartis en quatre catégories : les instruments
Inass participatifs (Mudharaba et Musharaka), les instruments de financement assi-
EL FARISSI milables à de la dette (Murabaha, Ijara, Salam, Istisna), les instruments à sous-
Enseignant- jacents participatifs et assimilables à de la dette (Sukuk), et les contrats de l’as-
chercheur au surance islamique (Takaful). Nous analysons le fonctionnement et l’utilité de
Groupe ISCAE
chaque instrument, tout en établissant un parallèle avec les instruments finan-
Mohamed
ciers conventionnels.
EL MOUEFFAK
Enseignant-
chercheur au
Groupe ISCAE Abstract. On the eve of implementing islamic banking in Morocco, understan-
ding the features and issues related to islamic financial instruments has
Siham
become a necessity. In this paper, we present the main islamic financial instru-
MEKNASSI
Enseignant- ments, classified into four categories: Profit-and-loss sharing instruments
chercheur au (Mudharaba and Musharaka), debt and quasi-debt instruments (Murabaha,
Groupe ISCAE Ijara, Salam, Istisna), debt and sharing instruments (Sukuk), and finally isla-
mic insurance contracts (Takaful). We analyse the mechanisms and uses of each
instrument, while establishing a parallel with conventional financial instru-
ments.

Introduction financement conventionnels1. Si ces


derniers sont guidés par un objectif
Pour répondre aux besoins de de maximisation des rendements et
contrats de financement en accord de minimisation des risques, les ins-
avec la religion musulmane, les ins- truments financiers islamiques doi-
truments financiers islamiques ont vent appliquer les règles de la
fait leur apparition depuis plusieurs Charia2, inspirées du Coran, de la
dizaines d’années, marquant une Sunna et de l’effort des Ulémas
coexistence avec les instruments de («Ijtihad »). Tout en respectant les

1. Pour plus de détail sur le développement de la finance islamique, voir par exemple Samdani (2006).
2. La Charia est l’ensemble des règles morales et « pénales » qui régissent les aspects publics et privés de la vie
d’un musulman.

20 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

préoccupations de la somme des ren- nir de manière détaillée et précise les


dements3, un système financier isla- droits et les obligations de chacune
mique se voudrait tentant d’assurer des parties ainsi que les conditions
la conformité entre les solutions générales régissant leurs relations
financières proposées et les exigen- afin de respecter le principe de prohi-
ces morales et religieuses prescrites bition du « Gharar » (aléa, incerti-
par l’Islam4. tude). Ce dernier se manifeste lors-
Le montage des instruments finan- que l’objet d’un contrat est ambigu,
ciers islamiques repose sur le prin- manque de précision ou dépend
cipe du partage « juste » des gains et d’événements futurs dont l’issue est
des pertes entre les cocontractants5. incertaine. Par exemple, un contrat
Alors que les prêts avec intérêt soient d’assurance commerciale sera consi-
d’usage courant dans les économies déré illicite selon les préceptes isla-
actuelles, l’usage du « Riba » (inté- miques. Aussi, l’exercice des options
rêt/usure) pour rémunérer le capital Vanille (américaines et européennes)
est prohibé en islam6. Juridiquement, est tributaire du cours futur du sous-
les contrats islamiques doivent défi- jacent, variable incertaine au

3. Al Abji (1985) et Al Masri (1986) prouvent la légitimité en Islam de la valeur temps de l’argent. Le facteur temps
influence à l’évidence les revenus actualisés. Selon Kahf et Khan (1992), en finance islamique, à la propriété d’un
actif est attachée le droit au revenu, gain ou accroissement généré par cet actif, mais également la responsabilité
des risques afférents à ce dernier. Al Qaffal (417 H) argumente que le rendement du capital est conditionné par la
détention d’actifs réels qui ne peut être séparée de l’incertitude.
4. Guermas-Sayegh (2011), par exemple, compte la finance islamique comme «une branche de la finance éthique».
5. Pour une réflexion sur quelques éléments de convergence et de divergence des finances islamique et moderne,
le lecteur est invité à consulter El Farissi et Ibn Abdeljalil (2013). Les auteurs concluent une forte convergence dont
l’élément inquiétant reste la frontière opérationnelle entre les deux systèmes en cas de cohabitation.
6. Maududi (1950) examine la différence entre la vente et l’intérêt sous la condition nécessaire d’une distribution
équitable et une gestion efficiente du risque (exactement dans le même exprit de l’hypothèse du MEDAF, bien
avant la genèse de celui-ci, selon laquelle le risque spécifique ne mérite pas de rémunération de par son caractère
diversifiable). Dans les transactions basées sur l’intérêt (Interest Based Transactions, IBT), un risque supérieur est
encouru par l’emprunteur et l’intérêt ne se retrouve pas justifié par une prise de risque ; Maududi insiste alors sur
l’iniquité des transactions IBT. Quatre versets de Sourate Al-Baqarah tranchent très clairement sur une telle diffé-
rence : « 275. Ceux qui mangent (pratiquent) de l’intérêt usuraire ne se tiennent (au jour du Jugement dernier) que
comme se tient celui que le toucher de Satan a bouleversé. Cela, parce qu’ils disent : “le commerce est tout à fait
comme l’intérêt” alors qu’Allah a rendu licite le commerce, et illicite l’intérêt. Celui, donc, qui cesse dès que lui
est venue une exhortation de son Seigneur, peut conserver ce qu’il a acquis auparavant; et son affaire dépend
d’Allah. Mais quiconque récidive... alors les voilà, les gens du Feu ! Ils y demeureront éternellement. 276. Allah
anéantit l’intérêt usuraire et fait fructifier les aumônes. Et Allah n’aime pas le mécréant pécheur. 278. Ô les
croyants! Craignez Allah; et renoncez au reliquat de l’intérêt usuraire, si vous êtes croyants. 279. Et si vous ne le
faites pas, alors recevez l’annonce d’une guerre de la part d’Allah et de Son Messager. Et si vous vous repentez,
vous aurez vos capitaux. Vous ne léserez personne, et vous ne serez point lésés. ». Kahf et Khan (1992) défendent
le partage des pertes et des profits. Aussi, Khan (1984, 1985) prônent une économie sans dette. Le Conseil de
l’Idéologie Islamique Pakistan, dans son rapport de 1981, considère comme objectif primaire l’élimination de l’in-
térêt. De manière très surprenante, Irshad (1963), suivi par la pratique des banques islamiques, défend l’utilisation
du crédit à la consommation si l’intention est la promotion des ventes et des bénéfices.

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 21


DOSSIER

moment de la conclusion du contrat. Notre répartition des instruments


Ce qui démontre de la non légitimité financiers islamiques compte quatre
de ce type de contrat dans un sys- grandes catégories : les instruments
tème financier islamique. participatifs, les instruments de
La finance islamique se base sur des financement assimilables à de la
principes dictés par la Charia. Afin de dette, les instruments à sous-jacents
garantir le respect de telles règles, participatifs et assimilables à de la
les établissements financiers islami- dette, et les contracts de l’assurance
ques disposent d’un Conseil de islamique. Nous présentons dans ce
Conformité, appelé communément le qui suit les principaux instruments
«Charia Board»7. Ce dernier est un de chaque catégorie. Nous raison-
organe collégial composé de spécia- nons toujours sous l’angle d’un paral-
listes de la Charia qui se réunissent lèle avec les instruments financiers
pour interpréter la jurisprudence conventionnels.
islamique dans le but de superviser la
validité des contrats financiers, et 1. Les instruments
d’assurer leur conformité aux princi- participatifs
pes de la Charia. Bien que les Charia
Boards s’accordent sur les principes
fondamentaux de la finance islami- En finance islamique, le financement
que, il existe des points de diver- à long terme peut être assuré par le
gence dans l’interprétation et l’opi- partage des bénéfices « Mudharaba
nion portée sur des questions avan- » et/ou la prise de participation «
cées de la finance islamique. Certains Musharaka »8. Ces deux types de
Charia Boards prônent une adhésion contrats impliquent un partage des
stricte aux principes religieux, d’au- bénéfices et des pertes. Ils devraient
tres affichent une flexibilité supé- idéalement coexister dans le cadre
rieure en s’adaptant aux exigences d’une stratégie de diversification des
du marché. Cette diversité d’opinions financements et des risques. Il s’agit
parmi les Charia Boards semble frei- d’une participation au financement
ner le développement et l’harmonisa- d’un projet par un prêteur au moyen
tion des instruments financiers isla- d’un apport en fonds propres et non
miques. pas d’un prêt à intérêt.

7. Comme précisé par Ismail (1989), les Conseils des Ulemas légitiment, comme ventes différées qui suscitent des
obligations différées, Mourabaha, Istisna, Ijara, Salam et Mu’ajjal.
8. Kahf (1991) établit une distinction entre trois types de financement. Le financement commercial est représenté
par Musharaka, Murabaha, Salam et Mu’ajjal. Le propriétaire détient le pouvoir managérial lié à l’actif. Le droit
au revenu résultant du financement est justifié par la propriété et le risque qui s’y attache. Le financement pur est
Mudharaba où la propriété des fonds est toujours détenue par propriétaire et la gestion est déléguée à un entrepre-
neur. Le financement locatif dissocie deux types de décisions managériales. Les décisions liées à l’actif lui-même
telles que la détention, la maintenance, la vente et la vente d’usufruits appartiennent au propriétaire. Les décisions
relatives à la gestion des droits d’usufruit reviennent au bénéficiaire du financement.

22 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

1.1. Mudharaba le client, propriétaire du capital, dépose


Mudharaba, un contrat de partenariat à son argent dans des bons émis par une
revenus partagés, est un mode de institution financière islamique pour
financement des projets d’investisse- une période déterminée. La banque
ments dont l’assise est un accord entre investit cet argent dans des projets et
un propriétaire qui apporte les fonds partage les gains avec ses déposants.
«Rabb al-mal» et un entrepreneur Mudharaba correspond en finance
«Mudarib» qui contribue par son savoir- moderne aux sociétés en comman-
faire et son travail9. En finançant à dite, où l’apporteur de capital (le com-
100% les projets, Rabb al-mal joue le mandité) apparait généralement
rôle d’investisseur. Le gestionnaire comme un partenaire neutre. La ban-
court le risque de ne rien percevoir, que joue le rôle de commanditaire et
perdant ainsi la rémunération de ses l’entrepreneur celui de commandité.
efforts. La clé de répartition des bénéfi- Mudharaba peut être vue également
ces est fixée à la conclusion du contrat. comme un contrat de capital-investis-
En cas de perte, Rabb al-mal assume les sement. On distingue Mudharaba
conséquences financières et le restreinte «Mudharaba al-
Mudarib-entrepreneur perd sa rému- muqayyada» lorsque le contrat porte
nération. Aucune partie ne garantit sur un projet défini et «Mudharaba»
une rémunération à l’autre, respectant libre «Mudharaba al-mutlaqa» lors-
ainsi le principe du partage des pertes que, à contrario, le banquier finance
et des gains. Mudharaba fonctionne la totalité de l’activité de développe-
également en sens opposé, auquel cas ment de l’entreprise.

Schéma 1. La relation banque-projet-entrepreneur


dans un contrat Mudharaba

9. Kahf et Khan (1992) distinguent trois formes d’investissement. Mudharaba, instrument de financement respec-
tant le partage des bénéfices, se résume en un investissement lorsque le bénéfice revient intégralement au proprié-
taire du capital qui peut se charger de la gestion ou recruter un manager. L’investissement est équivalent à un
contrat de Musharaka lorsque la propriété et la prise de décision sont collectives. Mudharaba peut prendre la forme
de prêt (Quard) lorsque le bénéfice revient totalement à l’entrepreneur. En ce cas, le prêteur récupère le principal
de la dette sans surplus.

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 23


DOSSIER

Ce type de contrat devrait en principe accomplissent la mission de sociétés


inciter les banques, en tant qu’inves- de capital-risque. Devant le problème
tisseurs, à s’impliquer davantage de l’incitation à la performance, dans
dans le suivi de la mise en œuvre des les sociétés capitalistes, les diri-
projets financés, mettant l’accent sur geants détiennent le plus souvent
la qualité et la rentabilité du projet une portion des fonds propres. Ceci
plutôt que sur la solvabilité de l’em- garantit aux actionnaires une moti-
prunteur. Se pose alors le problème vation justifiée des dirigeants pour
de l’asymétrie de l’information entre agir dans l’intérêt de l’entreprise,
la banque et l’entrepreneur. Ce pro- réduisant ainsi cette catégorie de
blème est accentué au sein des petites coûts d’agence.
entreprises, qui de par leur opacité Les contrats de Musharaka sont à la
relativement élevée, ont un accès fois les plus rémunérateurs et les
généralement limité à ce type de plus risqués pour les banques islami-
financement. Afin d’éviter la fraude et ques. En pratique, cet instrument est
la négligence, les banques exigent utilisé notamment pour financer les
souvent des garanties en protection petits projets (actifs économiques :
contre la mauvaise utilisation des immobilisations indispensables et
fonds. BFR) afin de limiter l’exposition au
risque de la banque. Musharaka se
1.2. Musharaka (joint-venture) décline en plusieurs variantes.
«Mufawada » consiste à effectuer le
Musharaka est un contrat de partena-
même apport initial. « Inan » se
riat où l’entrepreneur et l’investis-
concrétise par des apports initiaux
seur contribuent tous les deux au
inégaux. La Musharaka peut être
capital. Le partage des bénéfices et
définitive ou dégressive. Elle est défi-
des pertes est effectué selon un ratio
nitive lorsque la banque participe
prédéfini contractuellement et qui
durablement au financement de pro-
peut différer de la proportion du capi-
jets. Elle est dégressive lorsque la
tal investi par chaque partie, en fonc-
banque se retire petit à petit du pro-
tion du pouvoir de négociation des
jet. Ce retrait est réalisé par les verse-
parties prenantes. Musharaka peut
ments de l’entrepreneur au profit de
être assimilée à la joint-venture en
la banque en contrepartie des titres
finance moderne : les partenaires
d’apport de celle-ci.
s’associent en partageant les pertes
et les profits. Les banques islamiques

24 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

Schéma 2. La relation banque-projet-entrepreneur


dans un contrat Musharaka

que le client souhaite acquérir et en


2. Les instruments de assume un risque de détention, alors
financement assimilables que le client bénéficie de l’utilisation
à de la dette de l’actif. La banque se rémunère par
une commission correspondant à une
majoration sur le prix d’achat de l’ac-
L’interdiction de l’intérêt par l’Islam
pourrait laisser croire à un rejet de tif : un surplus monétaire contre une
toute forme de contrat de dette selon sa mise à disposition d’actif. Cette
définition conventionnelle. La finance marge est définie par les deux parties
islamique propose des instruments et est connue du client acheteur à
équivalents aux crédits classiques. On l’initiation du contrat. Il y a un trans-
retrouve principalement Mourabaha, fert progressif de propriété moyen-
Ijara, Salam et Istisna, qui s’assimilent nant le paiement échelonné du prix.
à des contrats de dettes. La plupart des banques requièrent le
paiement de 10 % à la signature du
2.1. La Mourabaha (vente à crédit) contrat. Les paiements périodiques
La Mourabaha, appelée également diminuent la part de la banque en
vente à crédit ou « cost plus », est un augmentant la part du client
mode de financement des actifs (les acheteur.
biens d’équipement et les stocks des Comme le montre le schéma 3, ce
entreprises). C’est un contrat de type de contrat consiste en un double
vente avec marge en vertu duquel la transfert de propriété du sous-jacent
banque islamique achète un actif et en un double paiement de son prix.
sous-jacent et le met à la disposition La banque achète le sous-jacent à un
de son client acheteur. Par rapport à prix donné et le transfère au client-
une dette conventionnelle, la banque acheteur à prix supérieur réglé sou-
est, au départ, propriétaire de l’actif vent périodiquement.

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 25


DOSSIER

Schéma 3. La relation fournisseur-banque-client


dans un contrat Mourabaha

La Mourabaha représente plus que la sées à un actif tangible11, insistant


moitié des instruments financiers sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un prêt
islamiques, suivie de très loin de la rémunéré par un intérêt. La commis-
Mudharaba et de la Musharaka, sion de la banque rémunère ainsi le
même si ces deux dernières font plus service rendu par celle-ci, indépen-
l’unanimité des Conseils de damment de l’utilisation de l’argent.
Conformité10. La Musharaka pourrait
constituer une étape avancée d’un 2.2. L’Ijara
contrat de Mourabaha, permettant L’Ijara est un moyen de financement
aux banques de tester dans un pre- des actifs en vertu duquel le bailleur
de fonds finance des biens durables
mier temps la crédibilité des nou-
(équipements, par exemple) et les
veaux investisseurs avant de passer à
fournit à bail pour une période déter-
l’étape de la participation. De tels minée, en contrepartie du paiement
investisseurs bénéficient à leur tour de loyers fixes à des échéances prédé-
de l’expérience de gestion de la ban- terminées. Dans cette formule, il ne
que. s’agit pas d’une vente d’un bien mais
Bien que largement répandu, cet ins- d’une vente de l’usufruit de ce bien
trument est souvent l’objet de polémi- pendant une période déterminée.
ques contestant son caractère islami- L’équivalent en finance convention-
que. La marge obtenue par la banque nelle est le crédit-bail. Par rapport à
au delà du prix de l’actif pourrait être ce dernier, les pénalités de retard
assimilable à un intérêt. Les adeptes sont interdites en finance islamique.
Aussi, le bailleur est obligé de détenir
de cet instrument évoquent le carac-
l’actif objet du contrat avant d’encais-
tère licite des ventes à crédit ados-

10. Ahmad (1985) étudie la pratique de Mourabaha par les banques islamiques.
11. Saadallah (1985) soumet la légitimité de la valeur temps de l’argent à la condition nécessaire du caractère réel
des transactions.

26 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

ser le premier versement. Il supporte (schéma 4). La banque achète le sous-


ainsi un risque de détention tant que jacent à un prix donné et transfère
l’actif n’est pas livré pour la location. son usufruit au client-acheteur à un
Ici encore, le contrat se résume en un prix supérieur réglé souvent périodi-
transfert de propriété du sous-jacent quement.
et un double paiement de son prix

Schéma 4. La relation fournisseur-banque-client dans un contrat Ijara

L’Ijara peut se décliner en un contrat alors que le client (le vendeur) béné-
de bail simple « Ijara tachghilia ». ficie d’un paiement comptant immé-
Elle peut, dans un contrat « Ijara wa diat. Cela permet à ce dernier de dis-
iqtinaa », être assorti d’un engage- poser de liquidités à court terme pour
ment d’acquisition du bien de la part financer son cycle de production. Le
du locataire au terme d’une période terme, le prix et les caractéristiques
convenue à l’avance et d’un engage- du bien vendu sont fixés à la conclu-
ment de la banque de lui céder ce sion du contrat. Ce type de contrat
bien. Le contrat Ijara ne peut pas est utilisé notamment dans l’agricul-
avoir comme objet des biens intangi- ture, l’artisanat, l’import-export et la
bles (tels les brevets d’invention, distribution.
droits d’auteur, droits d’exploitation Dans les contrats de vente Salam,
de ressources naturelles, etc.). l’objet de la livraison ne peut être de
même espèce (ou d’espèce semblable)
2.3. La vente Salam que le mode de paiement. Il est fait ici
(vente à terme) exception au principe de prohibition
La vente Salam ou Bay Salam est une de la vente d’un bien non existant. La
vente à terme (forward) dont le paie- vente à terme ne peut être couplée
ment s’effectue au comptant et la avec un rachat à un prix moindre,
livraison dans le futur. La banque payable au comptant ou à un terme
intervient en qualité d’acquéreur plus court. De même, la vente à terme
d’un actif qui sera livrée à terme, ne peut être réalisée simultanément

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 27


DOSSIER

avec un rachat à un prix plus fort l’équivalent islamique des crédits à


payable à un terme supérieur. La court terme tels que les facilités de
vente et le rachat au même terme est caisse, les découverts, les avances
licite quel que soit le prix : «Muqâça» sur marchandises et l’escompte
(compensation). La vente Salam est commercial.

Schéma 5. La relation fournisseur-banque-client


dans un contrat Bay Salam

2.4. L’Istisna (contrat d’entreprise) d’avoir un objet du contrat non


L’Istisna (deferred payment, deferred achevé à l’initiation du contrat.
delivery) est un mode de financement Lorsque le paiement s’effectue à
des projets. C’est un contrat qui terme, l’Istisna correspond en finance
engage une entreprise à produire au moderne à un contrat à terme (for-
profit d’un donneur d’ordre un bien à ward) qui donne le droit d’acheter un
un délai, à un prix et selon des spéci- actif à un prix et à une date future
fications convenues à l’avance. Le convenus d’avance.
paiement peut être au comptant,
échelonné ou à terme, alors que la
3. Les instruments à
livraison a toujours lieu à terme. Les
banques islamiques interviennent
sous-jacents participatifs
dans ce type de contrats comme et assimilables
garantes de la bonne réalisation des à de la dette
transactions moyennant une commis-
sion. L’Istisna est généralement uti- Le Sukuk est un titre d’investisse-
lisé pour financer des travaux de ment adossé à un ou plusieurs actifs
construction ou d’aménagement, de sous-jacents tangibles définis. Ces
fabrication d’équipements, etc. derniers peuvent être des services,
L’Istisna s’apparente à une vente des biens ou droits, ou l’usufruit de
ces biens ou droits. Le rendement de
Salam mais présente la particularité

28 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

l’actif sous-jacent permet de rémuné- ques qui offrent une rémunération


rer l’investisseur à travers un revenu sous forme d’intérêts périodiques
qui est lié à la performance de l’actif (coupons), les Sukuks permettent à
jusqu’à une échéance prédéterminée. leurs détenteurs un partage des pro-
La détention d’un Sukuk confère fits réalisés dépendamment de la per-
donc à l’investisseur un droit de pro- formance de l’actif sous-jacent, mais
priété indivis sur l’actif sous-jacent. les exposent aussi au risque de sous-
Les Sukuks peuvent être émis à l’ini- performance de l’actif. Le rendement
tiative de Gouvernements ou d’agen- périodique des Sukuks peut varier
ces gouvernementales (Sukuk dans le temps et peut être nul ou
Souverain) ou encore à l’initiative négatif dans le cas d’une performance
d’entreprises (Sukuk Corporate). nulle ou négative du sous-jacent
durant la période de référence.
3.1. Les Sukuks par rapport La rémunération des Sukuks est en
aux obligations conventionnelles général plafonnée à un taux convenu
Bien que souvent qualifiés d’«obliga- au départ. Un taux de rendement
tions islamiques», les Sukuks se espéré peut être indiqué au moment
démarquent remarquablement des de l’émission pour rémunérer les
obligations conventionnelles et ne détenteurs de Sukuks. Afin de pou-
doivent pas être considérés comme voir servir ce taux, le contrat d’émis-
de simples substituts à ces dernières. sion peut prévoir la création d’un
Conçu dans un souci de proposer des compte de réserve qui peut être ali-
titres d’investissement conformes menté en cas de surperformance du
aux préceptes islamiques, la première sous-jacent (lorsque le rendement de
caractéristique principale d’un l’actif est supérieur au taux de rende-
Sukuk est l’adossement à un ou plu- ment espéré). Les fonds accumulés
sieurs actifs sous-jacent tangibles, et dans ce compte permettent de com-
dont la nature et l’usage sont confor- penser une éventuelle sous-perfor-
mes à la Charia. Ce principe d’adosse- mance de l’actif et assurent ainsi une
ment à un actif rapproche les Sukuks stabilité des rendements périodiques
aux titres adossés aux actifs (Asset- des Sukuks. À l’échéance des Sukuks,
Backed Securities, ABS) en finance le compte de réserve est clôturé et
moderne. tout excédent de rendement est dis-
La deuxième caractéristique distinc- tribué aux détenteurs des Sukuks. Le
tive des Sukuks a trait aux modalités tableau 1 confronte les principales
de rémunération des investisseurs. caractéristiques distinctives des
Contrairement aux obligations classi- Sukuks et obligations classiques.

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 29


DOSSIER

Tableau 1. Les principales caractéristiques


des Sukuks et des obligations classiques

Sukuks Obligations classiques

Titre de propriété représentant une Titre de créance représentant une part d’une
part d’un actif réel défini. dette due par un émetteur

Le contrat sous-jacent portant sur Contrat de prêt classique générant des inté-
une opération islamique licite (i.e. rêts (Riba)
Location pour le contrat Ijara)

La nature et l’usage de l’actif sous- Aucune restriction sur l’utilisation des fonds
jacent doivent être conformes aux collectés
préceptes islamiques

Le prix du Sukuk dépend du risque Le prix de l’obligation dépend uniquement du


associé à l’émetteur mais aussi de risque associé à l’émetteur et du risque de
la valeur de marché de l’actif sous- marché
jacent

Les coûts induits par l’actif sous- Les détenteurs des obligations ne sont pas
jacent peuvent être affectés aux concernés par l’utilisation des fonds
détenteurs de Sukuks

3.2. La structuration générale principes de la finance islamique (des


d’une émission de Sukuk biens immobiliers ou des parts de
Le Sukuk est émis pour le compte de fonds propres). À l’origine, ce pool
l’émetteur par le biais d’une entité d’actifs est détenu par l’émetteur des
créée et destinée expressément à cet Sukuks comme un droit aux flux
usage : Le Fonds Commun de futurs. Les droits de propriété atta-
Créances (FCC), plus connu sous son chés au pool d’actifs sont transférés
appellation anglophone : Special au SPV qui détient alors ces droits
Purpose Vehicle (SPV). Ce dernier pour le compte des investisseurs, en
réalise une opération de titrisation contrepartie de leur paiement du prix
du sous-jacent et fait remonter ses des Sukuks. Les liquidités reçues par
revenus vers les détenteurs des le SPV en contrepartie de l’émission
Sukuks. Le processus d’émission des Sukuks servent à rémunérer
commence par l’identification et la l’émetteur de sa cession des droits
ségrégation d’un pool d’actifs sous- attachés au pool d’actifs.
jacents tangibles et conformes aux

30 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

Schéma 6. La relation souscripteurs-SPV-émetteur


dans la structuration générale d’un contrat Sukuk

À l’échéance des Sukuks, les actifs conventionnelle : « senior », « mezza-


sous-jacents font l’objet d’une revente nine » et « equity », en fonction de leur
dont la recette sert à rembourser le qualité de crédit et donc en fonction
principal de l’émission. Ce rembour- de leur degré de risque. Cette techni-
sement peut être effectué en cours ou que est similaire en finance moderne
en fin de durée de vie du contrat. à celle des ABS (Asset Backed
Comme expliqué précédemment, les Securities) qui constituent des titres
coupons sont servis aux investis- de créances adossées à des actifs.
seurs pendant la durée de vie des
Sukuks, à partir du rendement de 3.3. Les principaux types de
Sukuks
l’actif sous-jacent : s’il existe un écart
Selon l’AAOIFI12, il existe 14 types de
entre les coupons servis et les rende-
Sukuks classifiés selon la technique
ments reçus, l’émetteur ou tout autre utilisée pour acquérir le bien réel
garant peut compenser cet écart (via sous-jacent. Notre étude se concentre
un compte de réserve éventuelle- sur les Sukuks les plus observés dans
ment). Les émissions de Sukuks peu- la pratique, portant sur des contrats
vent faire l’objet d’un « tranching » d’Ijara (leasing), de Mudharaba (com-
entre différentes classes de Sukuk, à mandite), et de Musharaka (joint-
l’instar des opérations de titrisation venture).

12. Accounting and Auditing Organisation for Islamic Financial Institutions.

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 31


DOSSIER

Dans un Sukuk Ijara, une entreprise ment d’un loyer périodique qui est
souhaitant acquérir un actif réel crée transféré ensuite par le SPV aux
un SPV qui émet les Sukuks pour le détenteurs des Sukuks. À l’échéance
compte de l’entreprise. Les fonds des Sukuks, le bien est racheté par
ainsi collectés sont utilisés pour l’entreprise et le produit de la vente
acheter l’actif demandé et le mettre à est redistribué aux détenteurs des
la disposition de l’entreprise initia- Sukuks à titre de remboursement du
trice dans le cadre d’une opération principal. Le schéma 7 explique cette
d’Ijara. Le bien est ainsi donné en opération.
location à l’entreprise contre le paie-

Schéma 7. La relation souscripteurs-SPV-émetteur


dans un contrat Sukuk-Ijara

Un Sukuk Mudharaba est un ensemble actifs sous-jacents. Les profits sont


de titres de participation représen- répartis selon des ratios définis
tant des projets ou activités gérés contractuellement, alors que les per-
selon les principes de l’instrument tes sont supportées uniquement par
Mudharaba. L’émetteur des Sukuks les investisseurs, le gérant ne per-
joue le rôle du Mudarib (ou gérant), dant que sa contribution au projet
qui est désigné pour la gestion du (efforts, temps, réputation…).
projet et n’effectue aucun apport en Dans un Sukuk Musharaka, l’actif
capital. Les souscripteurs des Sukuks sous-jacent correspond à un projet ou
sont les apporteurs du capital (« rabb une activité gérés en vertu d’un
al-mal ») et sont propriétaires des contrat Musharaka. L’émetteur des

32 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

Sukuks lance l’appel à participation à flow futur, incertain au moment de


ses côtés dans un projet ou une acti- l’émission. Le graphique 1 retrace
vité déterminée. Les souscripteurs l’évolution des émissions globales de
des Sukuks sont des associés dans le Sukuks entre 2001 et 2012. À l’instar
contrat de Musharaka à hauteur de des marchés mondiaux, l’activité
leur participation et sont des copro- d’émission des Sukuks a connu un
priétaires des actifs du projet sous- déclin notable à la suite de la crise
jacent. Ils se partagent les bénéfices financière de 2008, pour ensuite
et les pertes découlant du projet, rebondir et atteindre un niveau
selon des ratios définis contractuelle- record de 109 milliards de dollars à la
ment. Contrairement au Sukuk fin du 3ème trimestre de 2012. Les
Mudharaba, un comité représentant principaux acteurs du marché mon-
les porteurs de Sukuks est désigné dial de Sukuks sont l’État Malaisien,
pour participer aux décisions aux l’État Indonésien, ainsi que certaines
côtés du gérant. banques d’investissement d’enver-
gure internationale comme Goldman
3.4. Le potentiel de développement Sachs, Barclays, etc. Les Sukuks sont
des Sukuks émis majoritairement en dollars et
Malgré une grande réticence, les peuvent être listés en bourse. Sur le
Sukuks se développent et constituent marché européen, les Sukuks sont
aujourd’hui les instruments les plus principalement côtés sur la Bourse de
dynamiques en finance islamique. Londres et la Bourse du
Certains Charia Boards ont même Luxembourg.
reconnu le caractère éligible du cash-

Graphique 1. L’évolution de l’émission de Sukuks entre 2001 et 2012


(en Milliards $)

Source : IIFM Sukuk Issuance Database, Zawya

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 33


DOSSIER

Le développement du marché des mutuelle. Il est basé sur le principe


Sukuks est toutefois entravé par le de l’assistance mutuelle, de l’entraide
manque de liquidité et/ou l’absence et de la solidarité entre les individus
de marché secondaire. L’absence de « tel que dicté par l’Islam. Les partici-
fenêtres » d’encaissement contraint pants se garantissent collectivement,
ainsi les souscripteurs à détenir les les uns les autres, contre des risques
Sukuks jusqu’à leur maturité. Étant potentiels clairement prédéfinis. Un
des certificats d’investissement, le fonds commun est ainsi créé et ali-
niveau de risque et de rendement des menté par les primes ou les dons ver-
Sukuks peut varier fortement selon sés par les participants, et servira à
la nature de l’actif sous-jacent. Étant indemniser ces derniers. Ce fonds est
donné que cette technique fait appel géré et investi dans le but de réaliser
à de nombreuses parties prenantes, des profits conformément à la Charia.
les risques de crédit (risques de dété- Le but de cet instrument n’est pas le
rioration de la qualité des engage- profit, mais la garantie du principe
ments et des recouvrements) sont de l’assistance et l’aide d’autrui. Les
multiples, et peuvent provenir d’un ressources et les risques sont ainsi
défaut de l’émetteur, du locataire de mutualisés.
l’actif (si différent de l’émetteur), ou Le Takaful diffère de l’assurance
de toute autre partie, dépendamment conventionnelle en se rapprochant de
de la technique utilisée. À titre la mutuelle, où les assurés sont en
d’exemple, le Sukuk Salam est exposé même temps propriétaires des fonds
au risque de non livraison de l’actif à collectés et bénéficiaires des presta-
terme. Le Sukuk Istitna’â induit un tions. Aujourd’hui, deux modèles
risque de performance de la part du d’assurances Takaful existent : la «
vendeur (l’émetteur). Certains pays Mudharaba » et la « Wakala » où la
(la Malaisie notamment) imposent différence se situe au niveau du cal-
une notation du risque de crédit de cul de la rémunération de l’assureur.
ces instruments. Les porteurs de Dans le cas de la Mudharaba (com-
Sukuks sont exposés au risque de mandite), les assurés peuvent conve-
baisse de la valeur de marché de l’ac- nir avec une société de gestion d’un
tif sous-jacent, ce qui réduit le mon- accord pour exploiter et investir les
tant du remboursement à échéance. fonds collectés. Les assurés ont alors
Un autre risque non moins important un droit de regard sur les comptes et
a trait aux considérations légales les investissements réalisés afin de
lorsque les engagements contrac- limiter les problèmes d’agence. Selon
tuels de conformité à la Charia ne le contrat Mudharaba, les profits
sont pas respectés par l’émetteur, découlant de l’investissement des
auquel cas le contrat pourrait être fonds sont partagés entre les assurés
annulé. et la société de gestion (l’opérateur
Takaful). Le fonds des assurés est
3.5. L’assurance islamique Takaful augmenté des gains réalisés et dimi-
Dans le domaine de l’assurance, le nué des différentes charges et pertes
Takaful est une forme de garantie résultant de la gestion du fonds. Le

34 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

surplus éventuel peut être distribué ment un pourcentage des contribu-


aux assurés ou reporté aux années tions payées. « Tabarru » signifie la
suivantes. Dans le cas de la Wakala charité ou don. En Takaful, il s’agit
(contrat d’agent), la société de ges- d’un fonds de contributions volontai-
tion agit en tant qu’un agent au nom res mis en commun pour le bénéfice
des assurés pour fructifier les fonds du fonds des assurés. Le tableau 2
de Takaful. Tous les risques sont exprime des différences significatives
assumés par les fonds. L’opérateur entre l’assurance conventionnelle et
Takaful (la société de gestion) reçoit le Takaful. Les principes de la Charia
des honoraires de Wakala pour se dictent au Takaful des caractéristi-
charger de la gestion des fonds au ques distinctes par rapport à l’assu-
nom des assurés, qui est générale- rance conventionnelle.

Schéma 8. La relation assurés-fonds de Takaful-investissement


dans un contrat Takaful - Wakala

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 35


DOSSIER

Schéma 9. La relation assurés-fonds de Takaful-investissement


dans un contrat Takaful - Mudharaba

36 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

Tableau 2. La comparaison des modèles Takaful, mutuelle et assurance


conventionnelle

Takaful Assurance conventionnelle

Capitaux propres Les fonds des participants Le capital apporté par les
actionnaires

Contrat & objectif Donation et/ou contrat Contrat d’échange, l’assu-


mutuel. Le Takaful est basé rance conventionnelle est
la solidarité d’un groupe basée uniquement sur des
pour mutualiser les risques facteurs commerciaux

Intérêts et incertitude Takaful est exempt de tout L’assurance conventionnelle


intérêt « Riba », de jeu comporte des éléments d’inté-
« Maysir », et de l’incertitude rêt, de jeu et d’incertitude
« Gharar ».

Conditions Conformité à la Charia Des restrictions d’ordre


d’investissement prudentiel

Utilisation des surplus Les surplus du Fonds Le surplus et les profits


«Takaful» sont partagés appartiennent uniquement
exclusivement entre les parti- aux actionnaires
cipants (assurés). Les reve-
nus des investissements sont
répartis entre les participants
(assurés) et les actionnaires
sur la base des modèles
Mudharaba ou Wakala

Responsabilité de la Paiement sur les fonds collec- Paiement sur les fonds collec-
compagnie tés. En cas de déficit, l’opéra- tés. En cas d’insuffisance
teur Takaful offre des prêts de paiement sur les fonds
sans intérêt (Quard Hasan13) propres
pour les participants (assu-
rés)

Responsabilités des Les contributions versées par Les primes sont versées aux
participants (assurés) les participants au fonds compagnies d’assurance en
Takaful constituent une cou- échange de supporter les
verture collective au profit de risques couverts.
l’ensemble des participants
(assurés) contre les risques
potentiels

13. Selon Ahmad (1947), les banques islamiques et les fonds coopératifs de Quard peuvent s’entre-promouvoir et
coexister utilement. Les coopératives peuvent placer leurs excédents et réaliser des bénéfices. Les banques
islamiques peuvent utiliser leurs excédents de liquidités sous la forme de Quard.

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 37


DOSSIER

Conclusion Il s’agirait de contrats Mudharaba, où


les banques s’occuperaient de la ges-
L’exclusion de l’usure et la rentabilité tion, réaliseraient des économies
prédéterminée (le taux directeur), d’échelle et partageraient les bénéfi-
l’inégalité entre les cocontractants, ces avec les déposants. Ces banques
les contrats amplificateurs de risques pourraient concevoir et gérer des ins-
et quelques secteurs très particuliers truments financiers, des patrimoines,
; couplée avec la conception d’instru- des épargnes et vendre des conseils
ments de couverture des risques et des services afférents à l’investis-
internationaux qui soient conformes sement et au financement. Les ban-
à la Charia, les finances islamique et ques participatives marocaines pour-
conventionnelle tendraient vers un raient financer la clientèle avec des
modèle homogène. Les banques par- contrats de Mourabaha, de Ijara, de
ticipatives ont des défis à relever en Moucharaka et de Mudharaba. Le
matière de transparence, de gouver- projet de loi ne prévoit pas de diffé-
nance et de standardisation des ins- rence entre les instruments partici-
truments financiers. La publication patifs et les dettes. Notre étude ayant
du projet de loi de Bank Al Maghrib couvert la consistance des principaux
en date du 4 septembre 2012 intitule instruments financiers islamiques et
officiellement les futures banques conventionnels, le tableau 3 synthé-
participatives marocaines banques tise leur utilité et leur correspon-
participatives14. Leur activité, atten- dance. Le texte de loi autorisant la
due conforme à la Charia, engloberait création de banques participatives a
la réception de fonds, la gestion des été validé par le Conseil du gouverne-
moyens de paiement, les opérations ment en janvier dernier et a été
de crédit, les opérations commercia- approuvé par le Parlement le 25 juin.
les, financières et d’investissement, Le Conseil supérieur des Oulémas
les opérations sur devises et sur veillera à la conformité à la Charia
métaux précieux, les opérations d’as- des produits. Un fonds de garantie
surance et les opérations de location, différent de celui des banques
toutes avec la contrainte de l’exclu- conventionnelles est en train d’être
sion de l’intérêt15. Les futures ban- crée. L’objectif de ce fonds est de
ques participatives marocaines col- garantir l’indemnisation des dépo-
lecteraient des dépôts d’investisse- sants en cas défaut d’une banque et
ment dont la rentabilité serait tribu- l’accord de concours exceptionnels
taire de l’investissement sous-jacent. aux banques en difficultés ■

14. Le projet de loi relatif aux établissements de crédits a été adopté le jeudi 16 janvier 2014 par le Gouvernement.
15. Article 52 du Titre Troisième du Projet de Loi 34-03.

38 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

Tableau 3. La correspondance entre les principaux instruments


financiers islamiques

Instrument Utilité Instrument


islamique conventionnel
correspondant

Mudharaba Financement d’un projet Commandite


par la banque avec
partage des pertes et
profits selon un ratio
préétabli

Musharaka Cofinancement par la Joint-venture


banque et le client avec
partage des pertes et
profits selon un ratio
préétabli

Mourabaha Prêt sans intérêt à court Vente à crédit


terme avec marge
bancaire préétablie
(intermédiation)

Ijara Achat d’un actif par la Crédit-bail


banque puis location à un
client avec promesse de
vente à terme

Bay Salam Achat d’un actif par la Vente à terme ou Forward


banque puis sa revente à
terme à son client
(paiement différé)

Quard Hassan Prêt sans intérêt

Sukuk Titre d’investissement Emprunt obligataire


adossé à un actif réel

Takaful Mutualisation des risques Assurance classique

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 39


DOSSIER

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40 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


REVUE RMSM N°4 DEF 22/03/15 11:26 Page 41

DOSSIER

L’assurance islamique et
l’assurance conventionnelle

Résumé. Après une exploration de l’assurance conventionnelle, notre réflexion


porte sur l’assurance islamique. Nous examinons les risques que prennent en
charge les assureurs conventionnels. Nous explorons les variables dont dépend
le revenu de tels assureurs. Nous traitons les objections islamiques contre l’as-
surance conventionnelle. L’origine de l’assurance islamique est précisée comme
une pratique de l’époque du Prophète. La structuration des produits Takaful est
décomposée en Tabarru, Wakalah et Mudharaba. Le principe du partage des
pertes et des profits est mis en valeur. La théorie des incitations retrouve son
application dans ce domaine particulier. Le ReTakaful est enfin étudié à l’instar
de Takaful comme une condition nécessaire mais non suffisante du développe-
ment d’un système d’assurance islamique.
Mohamed
EL MOUEFFAK
Enseignant-
chercheur au
Groupe ISCAE Abstract. Economic agents subscribe to insurance for damages. Insurance pro-
tects against the risk of potential loss. Many activities are based on insurance.
Karim To shed some light, we understand first how conventional insurance works,
CHARAF and why it violates Charia principles. Then we will present Takaful, the Islamic
Enseignant-
chercheur au version of insurance. Takaful models are largely based on Wakalah (agency)
Groupe ISCAE and Mudharabah (profit-sharing) methods.

Inass
EL FARISSI
Enseignant-
chercheur au
Groupe ISCAE
L’assurance est un service qui fournit suré est la personne bénéficiaire des
une couverture contre la réalisation garanties stipulées dans le contrat
d’un risque. Le bénéficiaire de la d’assurance.
prestation est assuré et le fournis- Les agents économiques souscrivent
seur est un assureur, en échange de à des assurances contre les sinistres
la perception d’une prime ou d’une éventuels. De nombreuses activités
cotisation. L’assurance protège se basent sur l’assurance. Les couver-
contre le risque de perte potentielle. tures des risques de transport, des
Elle peut être considérée comme une risques immobiliers et des risques
dépense (la somme consentie pour ce sociaux en sont des exemples. Dans
service) qui garantit l’évitement ce chapitre, nous examinons com-
d’une autre perte qui, elle, pourrait ment fonctionne l’assurance conven-
se montrer plus importante. tionnelle, et pourquoi elle ne respecte
L’assureur s’engage à assurer totale- pas les principes de Charia. En
ment ou partiellement le risque via seconde partie, nous introduirons le
un contrat d’assurance alors que l’as- concept de Takaful, la version islami-

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 41


DOSSIER

que de l’assurance et verrons que les dans l’espoir d’obtenir un avantage


modèles Takaful sont souvent basés (bourse, loto).
sur Wakalah (l’agence) et sur
Mudharabah (l’intéressement). • Les circonstances du sinistre et
les dommages subis doivent être
identifiables. L’heure, le lieu et la
1. L’assurance cause du sinistre doivent être formel-
conventionnelle lement constatées.

• L’ampleur de la perte doit être


Cette partie traite des questions sui-
significative. Les primes d’assurance
vantes. Quels sont les risques pris en
doivent couvrir les coûts prévus pour
charge par les assureurs convention-
la gestion et les pertes. À cause de ces
nels ? Comment se compose la fonc-
coûts, les assurances préfèrent cou-
tion du revenu de ces assureurs ?
vrir les pertes potentiellement impor-
Quelles sont les objections islamique
tantes. Les indemnités peuvent cou-
à l’encontre de ce système conven-
vrir des pertes extrêmes.
tionnel ?
• La prime doit être relativement
1.1. Les risques pris en charge
symbolique comparée à la taille de la
Les risques pris en charge par une
perte assurée pour être incitative.
société d’assurance présentent géné-
ralement six caractéristiques.
• La perte doit être mesurable. La
probabilité de perte et l’ampleur de la
• Selon la loi des grands nombres,
perte peuvent généralement être esti-
les sinistres des assurés sont des
mées.
variables aléatoires indépendantes.
L’indemnité moyenne par assuré (qui
1.2. La fonction de revenu d’un
est aléatoire) est presque constante
assureur conventionnel
et donc prévisible. Force est de
constater que la grande majorité des L’équation suivante explicite le
polices d’assurance sont prévisibles revenu d’un assureur :
pour les grands groupes.
Revenu = Primes + Revenus
• La perte doit être accidentelle, au de placements – (Sinistres + Frais
sens où elle doit dépasser la capacité d’exploitation)
de contrôle de l’assuré (risque pur).
Elle ne doit pas être liée à un risque Les assureurs tirent leur revenu de
spéculatif. Un risque pur signifie un deux sources. La souscription est le
risque indépendant de la volonté de processus par lequel les assureurs
l’assuré et se traduisant par une sélectionnent les types de risques à
perte. Le risque est dit spéculatif assurer et acceptent les primes à
lorsqu’il y a une incertitude quant à payer pour les risques à couvrir.
un événement à venir, qui pourrait se L’investissement est le placement
traduire par un gain ou une perte. des primes collectées auprès des
Ces risques sont appelés spéculatifs assurés.
parce que l’agent économique s’ex- L’aspect le plus compliqué des entre-
pose intentionnellement à un danger prises d’assurance est la souscrip-

42 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

tion. En utilisant une grande variété clauses contractuelles pour se libérer


de données, les assureurs prédisent de leurs obligations de dédommager
la probabilité qu’une demande leur les assurés si des comportements ris-
sera portée touchant par exemple, le qués sont prouvés.
paiement d’un bien endommagé, et
ils fixent le prix des produits en • La police d’assurance peut être
conséquence. ambiguë
Du point de vue de l’assureur, certai- Les polices d’assurance peuvent être
nes polices sont gagnantes (lorsque ambiguës, et de nombreux assurés ne
la somme des indemnités versées est comprennent pas les frais et les
inférieure aux revenus des souscrip- garanties incluses dans les contrats
tions et des placements). D’autres d’assurance. En raison de la com-
sont perdantes (dans la situation plexité possible, les agents économi-
inverse). ques peuvent inconsciemment ache-
ter des polices à des conditions défa-
1.3. Les objections islamiques vorables.
contre l’assurance conventionnelle
L’assurance conventionnelle contient • Les compagnies d’assurance clas-
des éléments interdits en Islam siques par rapport aux mutuelles
(Illicites) : Gharar (l’incertitude), Les compagnies d’assurance classi-
Riba (l’intérêt) et Maysir (le jeu). Les ques sont généralement organisées
musulmans qui souhaitent se confor- sous forme de sociétés appartenant à
mer à Charia ne peuvent pas sous- des actionnaires ou sous forme de
crire à des produits d’assurance clas- mutuelles. L’objectif d’une compagnie
siques, car ces produits contiennent d’assurance détenue par des action-
des éléments illicites selon les prin- naires est de générer des profits pour
cipes islamiques. Plusieurs incompa- ses actionnaires. Les mutuelles d’as-
tibilités sont liées au système d’assu- surance sont la propriété de leurs
rance conventionnelle qui n’est pas assurés. L’objectif d’un tel assureur
en conformité avec Charia. est de minimiser le coût de l’assu-
rance payée par ses assurés. Pour
• L’assurance peut encourager le atteindre son objectif, la mutuelle
hasard moral d’assurance pourrait verser des divi-
Le hasard moral est la tentation natu- dendes à ses assurés, en fonction des
relle qu’un assuré accroît sa prise de performances de l’entreprise.
risque, eu égard à la situation où il
assumerait entièrement les consé- • La similitude avec les jeux de
quences négatives d’un sinistre. C’est hasard (Maysir)
l’absence de toute incitation à éviter Lorsqu’un assureur classique est
le risque lorsqu’un agent est assuré. organisé en une société d’actionnai-
Si un agent économique dispose res analysant les tables actuarielles
d’une assurance qui le protège contre pour calculer la probabilité d’occur-
le risque, il pourrait être tenté d’avoir rence des risques à l’avenir, les spé-
des comportements plus risqués que cialistes de Charia estiment que ce
s’il n’avait pas d’assurance. Pour limi- comportement n’est pas différent de
ter leur exposition au risque, les com- celui rencontré dans les jeux de
pagnies d’assurance utilisent des hasard ou « Maysir ». Si les estima-

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 43


DOSSIER

tions de souscription sont calculées rieure à celle placée. Le problème de


avec précision et les primes évaluées Riba peut être évité si le contrat pré-
de façon appropriée, l’assureur réa- voit une part des résultats plutôt
lise un profit pour ses actionnaires qu’un intérêt fixe.
au détriment des assurés. À l’inverse,
si l’assureur sous-estime les primes,
le résultat sera une perte pour les 2. L’assurance islamique
actionnaires et un gain pour les assu-
rés. Cette situation est considérée
Comme les autres produits islami-
comme illicite parce qu’il s’agit d’un
ques, les produits Takaful ont une
jeu à somme nulle, jugé injuste tout
double contrainte : ils doivent être
autant pour les actionnaires que pour
conformes à Charia et être compéti-
les souscripteurs.
tifs sur le marché des assurances. Les
• L’incertitude extrême (Gharar assureurs classiques sont connus
majeur) pour investir dans des sociétés qui
Le Gharar peut revêtir le sens de l’in- sont impliquées dans des activités
certitude, du risque et du hasard. Le considérées comme illicite d’un point
Gharar peut introduire un déséquili- de vue religieux. Par exemple, les
bre entre les parties menant à des grandes compagnies d’assurance-vie
confusions. L’assurance convention- et de santé américaines, canadiennes
nelle s’appuie sur l’incertitude et anglaises investissent des mil-
extrême (Gharar majeur) qui est liards de dollars dans des entreprises
interdite par Charia. Au moment où de tabac1.
une police est contractée, l’assureur
ne contrôle pas le moment ni la 2.1. Takaful ou l’assurance
somme qu’il devra verser en cas de islamique
sinistre. De même, l’assuré paie une L’assurance islamique s’assimile à
prime, mais ne pourra pas savoir s’il une société coopérative financée par
y aura une contrepartie à cette der- les fonds des assurés selon le prin-
nière car il souscrit dans le but de se cipe de la mutualisation des risques.
couvrir contre des évènements incer- Dans un tel système, les membres
tains. Cette pratique va ainsi à l’en- sont à la fois assureurs et assurés.
contre de Charia. C’est un arrangement par un groupe
de personnes voulant se protéger
• L’intérêt mutuellement contre des risques et
Les intérêts ou Riba peuvent se pro- des accidents définis en contribuant à
duire de deux façons : soit par Riba la constitution d’une réserve d’argent
généré par les primes payées, soit par sur ??leurs propres ressources.
le placement de primes générant des Cette pratique d’entraide et de res-
intérêts. Riba est généré quand une ponsabilité partagée est basée sur le
police d’assurance rapporte une principe de l’Aqilah (personnes de
somme prédéterminée qui est supé- relation) qui était d’usage dans les

1. Nos principales références sur le Takaful sont Gönülal (2012), Stiftl (2012, 2014), Jagga et Khan (2012), Ouendi
(2014), Archer, Abdel Karim et Nienhaus (2009) et Marjan (2010).

44 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

tribus à l’époque du Prophète rateur qui fournit l’expertise d’assu-


Mohammed Paix et Salut sur Lui. À rance islamique. Le mécanisme est
chaque fois qu’un sinistre survenait, assez similaire au concept des fonds
les membres de la tribu participaient communs de placement où les inves-
pour aider les parties touchées. Le tisseurs confient la gestion des fonds
principe de l’Aqilah est le fondement à des professionnels de ce secteur
du Takaful. d’activité dans un but de fructifica-
L’opérateur Takaful (la société qui tion. Avec la présence de l’opérateur,
exploite le système d’assurance pour l’entreprise Takaful prend une orien-
le compte de ses assurés) divise les tation commerciale et entrepreneu-
contributions en deux parties. Un riale. L’opérateur, qui appartient
montant prélevé pour Tabarru (dons) généralement à un groupe d’action-
est mis de côté pour satisfaire les per- naires, vise un rendement raisonna-
tes et les sinistres des assurés. La ble sur les investissements réalisés
deuxième partie est consacrée à l’in- par ces derniers.
vestissement.
Après la distribution des bénéfices 2.3. Comment les produits Takaful
obligatoires, le surplus restant est sont-ils structurés ?
reversé aux assurés ou donné sous Les produits Takaful sont structurés à
forme de charité. Il n’y a pas de l’instar de plusieurs grands modèles :
gagnant ou de perdant dans cet ❐ leur but est non lucratif (Tabarru) ;
arrangement. Le but du groupe est ❐ l’opérateur gagne une commission
d’assurer une couverture des intérêts versée par l’agence (Wakalah) ;
mutuels. ❐ l’opérateur partage les profits avec
L’utilisation du Takaful érigé en sys- les assurés (Mudharabah) ;
tème entrepreneurial est récente. La ❐ l’on aboutit à une hybridation de
première entreprise a été mise en l’intéressement entre l’agence et les
place au Soudan en 1979. Ensuite, en assurés.
1985, l’Académie de l’Organisation de
la Conférence Islamique a conclu un • Les produits Takaful sont à but
accord sur l’assurance islamique et a non lucratif (Tabarru)
formellement interdit l’assurance Le Takaful peut être exercé sur la
conventionnelle. Suite à cet accord, base du Tabarru ou, de manière plus
les institutions islamiques ont été générale, sur une base non lucrative.
encouragées à établir des contrats Dans ce modèle, la contribution ini-
d’assurance sur la base de contribu- tiale permettant la création et l’orga-
tions volontaires, de la coopération nisation de l’entreprise peut provenir
mutuelle et du respect des principes d’un promoteur, comme le gouverne-
de Charia. ment, ou d’un prêt sans intérêt (Qard
Hassan). Les assurés font des dons au
2.2. Les principales parties fonds Takaful qui est utilisé pour
prenantes dans Takaful fournir une protection financière aux
Il y a deux principales parties pre- souscripteurs. Les assurés sont les
nantes dans une entreprise de opérateurs du fonds, et donc égale-
Takaful : les assurés (également ment les actionnaires de la société
appelés participants ou membres) qui Takaful. Ce modèle est utilisé au
ont besoin d’une assurance, et l’opé- Soudan. L’entreprise de Takaful n’at-

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 45


DOSSIER

teint pas une grande taille car elle 2.4. L’opérateur partage les profits
s’inscrit dans le cadre des entreprises avec les assurés (Mudharabah)
sociales à but non lucratif. Dans le modèle Mudharabah, l’opéra-
teur et les souscripteurs concluent
• L’opérateur perçoit des honoraires un accord d’intéressement sur le ren-
de l’agence (Wakalah) dement des investissements. Les
En utilisant le modèle Wakalah, l’opé- assurés ne profitent des bénéfices
rateur gère le fonds Takaful en tant réalisés par l’entreprise que si elle est
qu’agent des assurés et reçoit en rentable.
contrepartie de ses services une L’opérateur de Takaful ne reçoit
rémunération. L’excédent du fonds aucune rémunération sur la gestion
appartient aux assurés. Les honorai- de l’entreprise. Les souscripteurs
res de l’opérateur sont déterminés à versent des cotisations au fonds des
l’avance et ne varient pas en fonction assurés. L’opérateur Takaful investit
des excédents. Un opérateur Takaful alors les fonds des assurés. Par la
est sélectionné pour fournir une suite, les assurés reçoivent des rem-
expertise dans la gestion d’une boursements faisant suite aux diffé-
entreprise d’assurance islamique. rentes déclarations qu’ils auront émi-
L’opérateur dispose de ses propres ses. Les charges d’exploitation sont
fonds d’actionnaires. Les souscrip- imputées sur les fonds des assurés,
teurs versent des cotisations au fonds puisque ces frais sont supportés par
des assurés. L’opérateur Takaful l’opérateur pour le compte des assu-
investit les fonds des assurés, les- rés. Les bénéfices générés par l’inves-
quels reçoivent des remboursements tissement des fonds des assurés sont
faisant suite aux différentes déclara- partagés entre les assurés et l’opéra-
tions (par exemple de sinistres) qu’ils teur selon un ratio de partage prééta-
auront émises. Les charges d’exploi- bli. Les pertes ne sont facturées que
tation sont imputées sur les fonds des pour le fonds des assurés (puisque les
assurés, puisque ces frais sont sup- assurés sont apporteurs de capital).
portés par l’opérateur pour le compte Les excédents sont actualisés à diffé-
des assurés. L’opérateur Takaful rentes périodes (selon la somme de
reçoit une rémunération prédéfinie l’investissement initial et les bénéfi-
qui est prise sur les fonds des assu- ces tirés des souscriptions). Les assu-
rés. Le montant peut être une valeur rés reçoivent alors leur quote-part
absolue ou un pourcentage des coti- sur chaque surplus, et ils doivent
sations brutes reçues. Les excédents effectuer des versements supplémen-
sont actualisés à différentes périodes taires s’il y a un déficit. Comme dans
(en fonction de la somme initiale de le modèle précédent, l’opérateur
l’investissement et des bénéfices de finance souvent le déficit par des
souscription perçus). Les assurés prêts sans intérêt (Qard Hassan).
reçoivent leur quote-part sur les sur-
plus et doivent effectuer des verse- 2.5. L’effet hybride de l’intéresse-
ments supplémentaires en cas de ment entre l’agence et les assurés
déficit. L’opérateur peut financer le Le modèle Mudharabah, avec son
déficit par des prêts sans intérêt intéressement, offre une incitation
(Qard Hassan). favorable pour l’opérateur afin de
gérer les fonds. Lorsque le rende-

46 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

ment des placements est important, prises utilisent ce genre de pratiques


l’opérateur en bénéficie directement. afin de rendre le produit islamique
Le modèle Wakalah ne prévoit pas un aussi compétitif que les produits de
tel avantage, car il ne prend pas en l’assurance conventionnelle classi-
compte l’état du rendement des que.
investissements, puisque la rémuné- Sans avoir accès aux excédents des
ration de l’opérateur est prédéfinie à souscriptions, l’opérateur peut factu-
l’avance. Généralement la rémunéra- rer un taux de cotisation plus élevé,
tion prédéfinie est suffisante pour ce qui peut causer une faiblesse dans
que l’opérateur gère et exploite cor- la compétitivité du produit. Recevoir
rectement l’entreprise Takaful. une part de l’excédent des souscrip-
Veiller au bon fonctionnement de l’en- tions constitue une forme de compen-
treprise Takaful est une fonction dis- sation pour l’opérateur pour être en
tincte de la gestion de portefeuille. ligne avec les taux conventionnels.
Mais lorsque l’on compare ces modè- Certains modèles de Wakalah utilisés
les, on en vient à la conclusion que la sont structurés de façon à partager
meilleure solution pourrait être la les excédents de souscription en plus
combinaison des modèles de recevoir une commission
Mudharabah et Wakalah. Car l’opéra- d’agence. Les partisans avancent que
teur réaliserait alors deux types de le partage des surplus réduit le pro-
fonctions, regroupées en une seule : blème du hasard moral associé au
la gestion de portefeuille et les opéra- Wakalah où l’opérateur, qui sait par-
tions de l’entreprise. Des fonctions faitement ce qu’il se fait indépendam-
pour lesquelles, en principe, il reçoit ment des résultats d’exploitation, ne
des rémunérations séparées. Avec un serait pas incité à mieux remplir sa
cumul des deux modèles, l’opérateur mission. Le partage de l’excédent est
recevrait une part des cotisations des donc une incitation, pour l’opérateur
assurés et une part des revenus de Takaful, à œuvrer efficacement et à
l’investissement déterminée à fixer un prix compétitif pour mainte-
l’avance. nir une bonne place sur le marché.

2.6. Le partage des excédents des 2.7. Les différences entre les modè-
souscriptions les Takaful
Les surplus des souscriptions La responsabilité suprême de la
devraient-ils être partagés avec l’opé- conformité à Charia incombe au
rateur ? Dans le modèle du conseil de surveillance Charia de cha-
Mudharabah, les surplus ne sont dis- que entreprise. Étant donné que ces
ponibles que pour les assurés et ne directoires ne sont pas unanimes
sont pas partagés avec l’opérateur. dans leurs décisions, les modèles
Ceux qui s’opposent au partage pré- Takaful sont mis en place en fonction
tendent qu’en cas de partage, il y a du marché, du pays et de la société.
alors conflit d’intérêts. Le tableau ci-après présente les prin-
Dans certaines entreprises Takaful cipales différences entre l’assurance
qui utilisent le modèle Mudharabah, islamique et l’assurance convention-
les excédents des souscriptions sont nelle.
partagés avec l’opérateur. Ces entre-

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 47


DOSSIER

Assurance Assurance Takaful


conventionnelle

Les propriétaires Les actionnaires sont Les assurés sont propriétaires


propriétaires de de l’entreprise. L’opérateur
l’entreprise. L’objectif de reçoit des indemnités
la firme est de maximi- (par le biais d’intéressement
ser les profits. ou de frais).
L’objectif est de
minimiser le coût
de l’assurance.

Source de loi Loi d’assurance. Un conseil de Charia qui


et de régulation régule l’activité en assurant
que les activités, les produits
et les investissements sont
conformes à Charia.

Risque de perte Assumé par Assumé par les assurés.


les actionnaires.

Investissements Pas de restrictions. L’investissement doit être


conforme aux règles
de Charia.

Surplus de Le directoire décide, La distribution du surplus


souscription selon la conjoncture, est déterminée dans
comment le surplus le contrat de Takaful.
sera distribué entre
les actionnaires et
les assurés.

Dissolution de Les réserves et surplus Les réserves et surplus


l’entreprise appartiennent aux sont reversés aux assurés
actionnaires. ou donnés sous forme
de charité

48 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

2.8. Les défis soulignés par de régulateur et de support à l’indus-


le conseil des services financiers trie. Outre le Bahreïn, la Malaisie et le
islamiques Soudan, d’autres pays disposent de
ReTakaful (ou réassurance islami- textes codifiant le Takaful dans le
que) est une composante essentielle cadre réglementaire de l’assurance
de l’industrie du Takaful pour répar- conventionnelle. Les fournisseurs de
tir et équilibrer les risques pris par services Takaful sont confrontés à des
les opérateurs. C’est un outil de ges- difficultés de compétitivité face aux
tion des risques utilisé par les opéra- assureurs traditionnels.
teurs pour transférer une partie du
risque d’un fonds Takaful à un autre
opérateur Takaful ou à un exploitant Conclusion
ReTakaful.
Sans la présence de ReTakaful aux Parmi les principaux obstacles à la
côtés des entreprises Takaful, l’indus- croissance du modèle d’assurance
trie serait incapable de développer Takaful, nous soulevons la diversité
son potentiel. Selon le rapport du ser- des opinions et des pratiques. Le sys-
vice financier islamique du dévelop- tème Takaful permet à diverses inter-
pement industriel, après dix ans de prétations de coexister. La poursuite
travail effectué par le Conseil des ser- de l’uniformisation des modèles de
vices financiers islamiques en fonctionnement aiderait l’industrie à
matière de structures et de straté- croître à plus grande échelle. La stan-
gies, nous soulevons en date d’au- dardisation permettrait aussi la
jourd’hui un manque dans les socié- réduction des coûts, l’amélioration de
tés de ReTakaful. C’est pourquoi la clarté entre les clients et leur assu-
Charia a autorisé le recours aux reur, et la libération des ressources
sociétés de réassurance tradition- auprès d’institutions financières
nelle. Cela signifie que l’activité de offrant des produits conformes à
Takaful peut se définir comme un
Charia. Une autre contrainte est le
ensemble d’institutions islamiques et
manque général d’actifs de placement
conventionnelles en coexistence.
qui, sur le marché, soient conformes
ReTakaful et Takaful partagent le
à Charia. Malgré une croissance posi-
même principe de Charia et leurs opé-
tive de l’émission des Sukuks, l’offre
rations ne sont pas différentes les
est encore insuffisante. Les entreprises
unes des autres. Les opérateurs
de Takaful ont dû se doter d’instru-
Takaful sont les assurés du système
ments différents pris sur le marché,
ReTakaful, les souscripteurs indivi-
pour diversifier leurs risques.
duels étant les assurés du modèle
Certaines compagnies d’assurance
Takaful. La contrainte la plus impor-
vont-elles jusqu’à entrer sur le marché
tante à laquelle doit faire face l’indus-
boursier et le marché de l’immobilier ■
trie Takaful est l’absence de cadre juri-
dique et réglementaire pouvant servir

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 49


DOSSIER

Bibliographie • Ouendi, Lynda, 2014, Le takaful islami-


que : Est - il une simple frontière de l’assu-
• Gönülal, Serap (éd.), Takaful and Mutual rance mondiale? Working Paper, Université
Insurance: Alternative Approaches to Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou,
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23 octobre 2012. Insights: Finding growth markets».
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Ta’awuniyyah for Takaful Operations. ISRA Takaful», Dubai.
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discours de fond concernant le Takaful et Malaysia, December.
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deliver on its promise? A proposal for broade- tive», Actuarial Society of South Africa,
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• Simon Archer, Rifaat Ahmed Abdel
Karim, and Volker Nienhaus, 2009,
Takaful Islamic Insurance : Concepts and
Regulatory Issues, Wiley Finance Editions.

50 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

Impact de la flexibilité et des préférences


des employés sur l’ordonnancement du
personnel : une approche par simulation
multi-agents
Résumé. Dans cet article nous exploitons un algorithme à base d’agents et un
autre de recuit simulé pour l’ordonnancement du personnel dans un contexte
dynamique, et ce afin d’étudier l’impact deux aspects de la gestion stratégique
des ressources humaines. Ces aspects sont : la flexibilité dans l’élaboration des
horaires de travail et l’impact de la prise en considération des préférences dans
le processus d’ordonnancement du personnel.Un intérêt particulier est porté au
problème d’ordonnancement en temps réel des activités du personnel travail-
lant sur une chaîne d’assemblage. Nous abordons cette problématique dans une
perspective de gestion par compétences, et ce, en nous basant sur le profil de
compétences dans la modélisation de l’offre et de la demande en personnel.

Mots-clés. Ordonnancement agile du personnel, Systémes Multi-agents,


Gestion par compétences.

Mohamed
SABAR
Enseignant-
Abstract. This article presents a multi-agent based algorithm for personnel
chercheur au scheduling and rescheduling in the dynamic environment of a paced multi-pro-
Groupe ISCAE duct assembly center. We exploit the algorithms based agents and simulated
annealing for studying two aspects of strategic human resource management.
These aspects are: The flexibility in the elaboration of work schedules and the
impact of the consideration of preferences in the staff scheduling process.
Mohamed
EL MOUEFFAK
Enseignant-
chercheur au
Groupe ISCAE

1. Introduction l’entreprise agile comme une organi-


sation capable de s’adapter dans un
environnement continuellement com-
Dans le contexte d’intensification de pétitif et de prospérer dans des mar-
la concurrence pour l’environnement chés imprévisibles. Selon Hermel
industriel, de nouveaux paradigmes (1986, p1) « les exigences nouvelles
de conception, de planification et de des divers environnements des entrepri-
contrôle de systèmes manufacturiers ses interpellent leur fonctionnement tra-
ont été développés, notamment le ditionnel et semblent conférer à la capa-
paradigme de l’entreprise agile. cité de changement un statut de facteur
Goldman et al. (1995, p 8) définissent stratégique de performance ». Ces

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 51


DOSSIER

auteurs considèrent l’entreprise Goldman et al. (1995, p 107) considè-


comme une entité proactive engagée rent que dans une entreprise agile,
dans un processus d’adaptation et de les ressources humaines constituent
remise en question continue. À cet le noyau du système de production.
effet, pour être agile, l’entreprise doit Dans le même ordre d’idées, Wright
être en mesure de réagir rapidement et McMahan (1992) identifient les
face aux changements de la demande et ressources humaines comme une
être capable de reconfigurer aisément source d’avantage concurrentiel
ses processus d’affaires pour répondre durable dans les organisations. Ils
aux nouveaux besoins du marché. soulignent que l’avantage concurren-
Selon Malecki (1996)1, l’agilité dans tiel procuré par les employés est lié,
le domaine manufacturier peut être d’une part, à la capacité des organisa-
considérée selon trois axes. Le pre- tions à les gérer et à les mobiliser et,
mier axe porte sur l’agilité dans les d’autre part, à leurs compétences.
relations interentreprises. Cela Dans cette perspective, la gestion des
inclut, par exemple, une flexibilité ressources humaines (GRH) consti-
dans la gestion de la chaîne logisti- tue une préoccupation de premier
que et le développement de partena- plan pour les gestionnaires. Afin de
riats stratégiques. Le deuxième axe s’ajuster aux nouvelles tendances du
s’intéresse à l’agilité des processus de marché, certaines pratiques utilisées
production et des infrastructures uti- jusqu’à présent en matière de GRH
lisées. Cette agilité se manifeste à tra- sont remises en question.
vers la capacité de planifier et de pro- Notamment, l’approche de type taylo-
duire avec facilité et rapidité des lots rien-fordien du travail, où le poste
de produits de natures et de tailles constitue le pivot des pratiques de
variantes de manière importante. Le gestion des ressources humaines
troisième axe, dans lequel se placent (Cazal et Dietrich 2003) et l’approche
ces travaux, porte sur l’agilité dans la de gestion prévisionnelle des RH
gestion des ressources humaines. basée sur la recherche d’un équilibre
C’est une agilité portant sur la capa- entre l’offre et la demande en
cité des employés à effectuer plu- employés sans tenir compte des
sieurs types d’opérations sur diffé- objectifs stratégiques de l’organisa-
rents postes de travail (formation croi- tion (Bayad et al. 2001). Pour remé-
sée) et à répondre aux besoins des dier à ces problèmes, plusieurs tra-
clients dans de courts délais tout en vaux se sont tournés vers des modè-
maintenant un niveau de qualité éle- les de gestion et de planification des
vée (Hopp et Van Oyen, 2004; Kula et RH intégrant les activités des RH aux
al. 2004). En effet, des employés poly- objectifs stratégiques de l’organisa-
valents permettent à l’entreprise de tion et plaçant l’employé au centre
réagir en adéquation avec les fluctua- des préoccupations managériales.
tions des charges de travail tout en Ces modèles ont été générés dans le
profitant d’un vaste bassin de compé- cadre d’un courant de pensée appelé :
tences (Jordan et al. 2004). Gestion Stratégique des Ressources

1. Cité par Hopp et Van Oyen (2004).

52 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

Humaines (GSRH) (Bayad et al. dance de certaines compétences pri-


2001). Le modèle de gestion par com- mordiales à travers la formation des
pétences des RH s’inscrit dans ce employés. L’objectif est d’augmenter
courant de pensée. Il vise l’utilisation le bassin des compétences disponi-
des compétences comme élément cen- bles à l’interne en rendant les
tral de la gestion du capital humain employés de plus en plus polyvalents.
au sein de l’organisation (Rivard Cela confère à l’entreprise une
2001). grande flexibilité (Hopp et al. 2004).
L’approche de gestion par compéten- De telles entreprises sont plus aptes à
ces présente l’avantage d’être plus renforcer la capacité des ressources
flexible et de s’adapter aux change- humaines sur certains postes affi-
ments fréquents et aux réorganisa- chant une augmentation imprévisible
tions. Elle remplace ainsi la tradition- de la charge de travail (Jordan et al.
nelle description de tâches souvent 2004) ou bien pour faire face aux
restrictive et inadaptée à la rapidité absences ou aux retards d’employés
des mutations des types d’emplois et ce, en mobilisant d’autres
(Rivard 2001). employés puisés à partir du bassin de
Dans notre recherche, nous nous compétences disponibles.
intéressons à la gestion des ressour-
ces humaines opérationnelles, et plus Notre recherche se focalise sur :
spécifiquement, aux problèmes de a. Élaboration d’un plan d’ordonnan-
planification de ces ressources, dans cement et d’affectation des employés
un contexte dynamique. Un intérêt en prenant en considération les dis-
particulier est porté au problème ponibilités, les compétences et les
d’ordonnancement en temps réel des expériences de chacun d’eux. Ce plan
activités du personnel travaillant sur doit spécifier les employés affectés,
une chaîne d’assemblage. Nous abor- les machines sur lesquelles chaque
dons cette problématique dans une employé doit opérer, l’intervalle du
perspective de gestion par compéten- temps dans lequel il doit intervenir et
ces, et ce, en nous basant sur le pro- les périodes de pause.
fil de compétences dans la modélisa- b. Gestion et contrôle de l’exécution
tion de l’offre et de la demande en du plan d’ordonnancement.
personnel. Il est question de proposer une
En plus, pour marquer l’agilité du approche qui permet d’une part, un
personnel, nous nous plaçons dans ordonnancement quotidien d’em-
un contexte manufacturier favorisant ployés hétérogènes dans un contexte
la gestion par la polyvalence inter- de chaîne d’assemblage et d’autre
postes des employés (formation croi- part, un ajustement et un ordonnan-
sée) (Vairaktarakis et Winch 1999 ; cement réactif des plans d’affectation
Hopp et al. 2004 ; Jordan et al. 2004 des employés en cas de perturba-
; Bokhorst et al. 2004, Bard 2004 ; tions, notamment l’absentéisme d’un
Kula et al. 2004 ; Sumukadas et ou de plusieurs employés.
Sawney 2004). Ce style de gestion Plusieurs méthodes, pour la plupart
porte sur le renforcement de la com- des heuristiques ou des méta-heuris-
plémentarité entre les compétences tiques (Alfares 2004), ont été propo-
disponibles et celles requises ainsi sées pour la résolution du problème
que sur l’augmentation de la redon- d’ordonnancement du personnel. Le

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 53


DOSSIER

recours à de telles méthodes est dû à chaîne d’assemblage avec prise en


la nature complexe du problème. En considération des préférences, des
effet, Garey et Johnson (1979) ont compétences et des déplacements
prouvé qu’il est de complexité NP- inter-postes des employés.En nous
complet. basant sur ce modèle, et grâce à l’uti-
Dans cette perspective, l’approche lisation du solveur commercial de
des systèmes multi-agents (SMA) qui type Ilog CPLEX Version 9.0, nous
s’intéresse aux interactions d’un avons pu résoudre des instances de
ensemble d’entités autonomes, appe- problèmes de petite taille. Les résul-
lées agents, ayant un comportement tats obtenus ont démontré que la pro-
collectif qui permet d’atteindre une duction d’une solution optimale
fonction désirée dans un environne- requiert un temps de calcul impor-
ment donné, nous semble très perti- tant, ce qui risque de générer une
nente et prometteuse pour appréhen- rigidité et une moindre réactivité de
der notre problématique. En effet, la fonction d’ordonnancement face à
l’approche des systèmes multi-agents des perturbations d’un environne-
est appropriée pour le développement ment dynamique.
des systèmes manufacturiers distri- À cet effet, nous avons jugé qu’une
bués (Jennings et al. 1995; Jennings approche de résolution dynamique et
et Wooldridge 1998). Elle offre plu- distribuée à base d’agents serait judi-
sieurs possibilités de modélisation et cieuse. Dans cette perspective, nous
de simulation des systèmes, particu- avons présenté une approche à base
lièrement pour les systèmes sociaux d’agents pour la résolution des pro-
(Panzarasa et Jennings 2001) où la blèmes d’ordonnancement. Cette
composante humaine constitue un approche est structurée autour de la
élément clé. C’est le cas, par exemple, notion de coopération inter-agent et
de l’ordonnancement du personnel ce, grâce à la formation de coalitions
nécessitant la coordination et la col- (Sabar et al. 2009).
laboration entre plusieurs acteurs Afin de mettre en œuvre cette appro-
(gestionnaires, contremaîtres, trans- che, nous avons présenté une modéli-
porteurs, employés, etc.). sation multi-agents d’une chaîne
Par ailleurs, nous avons retenu d’assemblage. Cette modélisation se
comme mécanisme d’interaction et de base sur l’utilisation de plusieurs
négociation pour notre système types d’agents intelligents qui encap-
multi-agents l’approche du jeu coopé- sulent d’une part, les processus déci-
ratif avec utilité transférable qui est sionnels d’ordonnancement du per-
une branche de la théorie des jeux à sonnel et d’autre part, les entités phy-
n-personnes. siques de la chaîne. Les résultats
Dans un article précèdent (Sabar et d’ordonnancement du personnel
al. 2008), nous avons présentéune obtenus à partir des premiers tests
formulation du problème liée à l’or- sont encourageants. Ils démontrent
donnancement en temps réel du per- que notre approche à base d’agents
sonnel dans un environnement permet d’avoir des solutions de
manufacturier dynamique. À ce sujet, bonne qualité en des temps raisonna-
nous avons proposé un modèle bles (Sabar et al. 2009).
mathématique du problème d’affecta- De plus, pour faire face aux aléas liés
tion dynamique des employés sur une à l’absence d’employés, nous nous

54 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

sommes intéressés au processus de tré les effets bénéfiques de la flexibi-


réordonnancement du personnel. À lité (Bailey & Field 1985 ; Jacobs
cet effet, nous avons développé une &Bechtold 1993). Il se dégage de ces
extension de l’approche à base recherches qu’une flexibilité élevée
d’agents ainsi qu’une approche de offre plus de souplesse dans l’élabora-
recuit simulé, qui permettent de tion des plannings de travail et per-
résoudre le problème de réordonnan- met par la même occasion d’améliorer
cement (Sabar et al. 2012). Nous la productivité des employés. En
avons pu tester les performances de effet, selon Bailey et Field (1985), la
ces deux approches sur plusieurs cas flexibilité a un impact positif sur l’en-
du problème d’ordonnancement et de vironnement de travail, qui se traduit
réordonnancement du personnel. par une motivation plus élevée des
L’ensemble des résultats démontre employés et une diminution du taux
que l’algorithme à base d’agents d’absentéisme et des retards. L’idée
conduit à de très bonnes solutions en de base de la flexibilité du temps de
comparaison avec le recuit simulé. travail consiste à diversifier les
Le présent papier a pour objectif l’ex- modèles des horaires de travail possi-
ploitation des algorithmes à base bles en termes de durées et d’empla-
d’agents et de recuit simulé, qui sont cements des périodes de travail, ou à
développés dans notre recherche, réduire au minimum les limites tem-
pour étudier deux aspects de la ges- porelles de tels modèles et ce, afin de
tion stratégique des ressources faire face aux fluctuations et aux
humaines : la flexibilité dans l’élabo- aléas de la production et pour s’ac-
ration des horaires de travail et l’im- commoder aux préférences et aux
pact de la prise en considération des contraintes personnelles des
préférences dans le processus d’or- employés.
donnancement du personnel. Dans La flexibilité dans l’ordonnancement
les deux cas, les résultats de simula- du personnel peut prendre plusieurs
tion obtenus corroborent les hypo- formes. Les exemples les plus répan-
thèses initiales de recherche, à savoir dus sont :
la pertinence et l’intérêt de la notion 1. Adoption de plusieurs types de
de flexibilité et de la prise en compte quart de travail qui ont des durées et
des préférences dans le processus des plages horaires distinctes (Shift-
d’ordonnancement du personnel. lengthflexibility) (Jacobs &Bechtold
1993 ; Thompson 1995 ; Brusco&
Jacobs 2003 ; Klabjanet al. 2000 ;
2. Analyse de l’impact de Rekik et al 2004) ;
la flexibilité 2. Flexibilité sur les heures de démar-
rage du quart de travail par jour et par
semaine (Start-time flexibility)
2. 1. Description des simulations (Thompson 1995 ; Rekik et al. 2004) ;
Dans le processus d’ordonnancement 3. Flexibilité sur l’emplacement et la
du personnel, la dimension liée à la durée des jours de repos hebdoma-
flexibilité du temps de travail appa- daire (Days-off flexibility)
raît aujourd’hui comment étant un (Topaloglu&Ozkarahan 2004). Ce
élément clé pour l’amélioration de la type de flexibilité est lié principale-
gestion des ressources humaines. De ment au cas du problème d’élabora-
nombreuses recherches ont démon-

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 55


DOSSIER

tion de patrons de travail (Tour sche- - Pour la dimension de la durée du


dulingproblem); quart de travail, le premier niveau de
4. Flexibilité liée aux emplacements flexibilité consiste en quatre durées
des périodes de pause quotidiennes de travail possibles pour un employé
(Break-placement flexibility) (Jacobs spécifique à chaque quart. Les durées
&Bechtold 1993 ; Thompson 1995 ; choisies sont respectivement 4, 5, 7 et
Brusco& Jacobs 2000 ; Rekik et al 9 heures de travail. Dans le cas du
2004). deuxième niveau de flexibilité, aucune
Dans ce papier, nous nous intéres- durée de présence n’est préétablie. La
sons à la flexibilité liée d’une part, à seule contrainte à ce niveau porte sur
la dimension de durée du quart de la durée minimale de présence d’un
travail, et d’autre part, à la dimension employé. Cette durée est considérée
de l’heure de démarrage du quart de comme étant égale à 4 heures consécu-
travail. Notre objectif consiste à éva- tives de travail par quart.
luer les gains potentiels que peut pro- - Pour la dimension du démarrage du
duire une stratégie flexible d’aména- quart de travail, nous considérons
gement du temps de travail en com- dans un premier niveau qu’un quart
paraison avec le modèle traditionnel de travail peut débuter toutes les 2
et typique du quart de travail qui se heures en commençant à partir d’une
caractérise généralement par une heure de référence (8 h du matin par
durée de 9-heures et une seule exemple). Dans le deuxième niveau, la
période de début de travail, générale- fréquence de démarrage est plus éle-
ment à 8 h du matin (appelé dans ce vée. Dans ce cas, un quart de travail
qui suit : modèle#1). peut commencer toutes les heures.
Pour chacune des deux dimensions La combinaison de ces deux dimen-
de flexibilité choisies, nous considé- sions donne lieu à quatre modèles
rons deux niveaux distincts qui reflè- possibles pour l’aménagement du
tent respectivement un niveau moyen temps de travail tel qu’illustré dans la
et un niveau élevé de flexibilité : figure 1.
Figure 1 : modèles flexibles d’aménagement du temps de travail

56 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

Afin d’évaluer l’impact des cinq simulé (permutation par bloc d’activi-
modèles de flexibilité choisis, nous tés). Cela nous permet par la même
procédons à la résolution d’un pro- occasion de comparer les performan-
blème d’ordonnancement du person- ces de ces deux approches sur un
nel qui correspond à un plan de pro- horizon assez important. En ce qui
duction s’étalant sur un horizon de concerne le temps de calcul utilisé
soixante quarts de travail. Un soin pour chaque quart de travail, nous
particulier a été accordé à l’élabora- nous sommes fixés une durée égale à
tion de ce plan de production, et ce, 10 minutes pour le processus d’or-
de telle manière à avoir une multi- donnancement et une durée de 100
tude de types de charge de travail, secondes pour le réordonnancement
qui varie d’une charge faible à une en cas d’absence totale ou partiale
charge forte en termes du nombre d’employés.
d’employés requis. En plus, au niveau
de chaque quart, nous simulons un 2. 2. Résultats et analyse de
certain nombre de perturbations liées l’impact de la flexibilité
à l’absence totale ou partiale d’em- Nous allons maintenant étudier les
ployés. Nous considérons un taux résultats expérimentaux issus de la
d’absence variant entre 1 à 5 % du résolution de la série des cinq modè-
nombre total de la main-d’œuvre. La les à travers l’utilisation simultanée
taille du bassin de la main-d’œuvre de l’approche à base d’agents et du
est de 200 employés dont 5% sont des recuit simulé. Dans un premier
chefs d’équipes. En cas de surplus temps, nous nous focalisons sur
d’employés, les employés qui ne l’analyse de l’impact de la flexibilité,
seront pas affectés à des activités et ce, en comparant les coûts des dif-
durant le quart de travail seront férents modèles d’aménagement du
considérés comme étant des travail- temps de travail. Dans un deuxième
leurs sur appel. Le système d’assem- temps, nous réexaminons les perfor-
blage est composé de 40 stations d’as- mances des deux approches de réso-
semblage. Pour chaque quart, l’hori- lution, car grâce à la durée assez
zon de planification est égal à 9 heu- importante des simulations (60
res. Nous avons considéré un temps quarts/modèle), nous serons en
de cycle de 15 min, ce qui donne une mesure d’avoir une idée plus repré-
planification étalée sur 36 périodes sentative de la performance de l’ap-
de temps. Durant un quart de travail, proche à base d’agents vis-à-vis de
la fréquence de changement de l’algorithme de recuit simulé.
gamme de produits à assembler varie Le tableau 1 présente les résultats
de 1 à 4 fois. Au niveau de chaque sta- cumulés de la fonction objectif pour les
tion, le passage d’un modèle à un différents modèles de flexibilité et pour
autre requiert un temps de setup égal chacune des deux méthodes d’ordon-
à 15 min. nancement-réordonnancement.
Pour la mise en œuvre de ces diffé- Les tableaux 2 et 3 comparent les
rents modèles, nous utilisons deux écarts entre les différents modèles de
approches de résolution pour l’ordon- flexibilité. Pour chacune des deux
nancement du personnel : l’approche méthodes de résolution, l’écart entre
à base d’agents ainsi que la deuxième deux modèles distincts est calculé
variante de l’algorithme de recuit selon la formule :

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 57


DOSSIER

(Solution du modèle en colonne - Solution du modèle en ligne)


Solution du modèle en ligne

Tableau 1 : Résultats cumulés des solutions


d’ordonnancement/ réordonnancement

Modèle 1 (quart
de travail Modèle 2 Modèle 3 Modèle 4 Modèle 5
traditionnel)

Approche SMA 1 502 191 $ 1 489 087 $ 1 479 411 $ 1 469 174 $ 1 462 620 $

Recuit simulé
(variance 2) 1 514 589 $ 1 499 607 $ 1 491 662 $ 1 487 892 $ 1 485 603 $

Tableau 2 : Comparaison des coûts des modèles de flexibilité


pour l’approche SMA

Modèle 1 Modèle 2 Modèle 3 Modèle 4 Modèle 5

Modèle 1 _ - 0,9 % - 1,5 % - 2,2 % - 2,6 %


Modèle 2 _ - 0,6 % - 1,3 % -1,8 %
Modèle 3 _ - 0,7 % - 1,1 %
Modèle 4 _ - 0,4 %
Modèle 5 _

Tableau 3 : Comparaison des coûts des modèles de flexibilité


pour le recuit simulé

Modèle 1 Modèle 2 Modèle 3 Modèle 4 Modèle 5

Modèle 1 _ -1% - 1,5 % - 1,8 % - 1,9 %


Modèle 2 _ - 0,5 % - 0,8 % - 0,9 %
Modèle 3 _ - 0,3 % - 0,4 %
Modèle 4 _ - 0,2 %
Modèle 5 _

58 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

On constate qu’en termes d’écart Au niveau de la gestion des ressour-


entre les trois premiers modèles, les ces humaines, ces résultats confir-
deux approches de résolution abou- ment la pertinence et l’intérêt de la
tissent à des résultats similaires. Par notion de flexibilité dans le processus
contre, pour les modèles les plus d’ordonnancement du personnel.
flexibles 4 et 5, les écarts obtenus par Cependant, il est primordial que
l’approche SMA sont presque le dou- toute stratégie de flexibilité prenne
ble de ceux du recuit simulé. en considération les spécificités liées
Au niveau de l’impact de la flexibilité d’une part, à la nature du secteur
sur le coût d’ordonnancement et de d’activité de l’entreprise et d’autre
réordonnancement du personnel, les part, au statut, à la disponibilité et
deux approches de résolution appor- aux préférences des employés. Car
tent des résultats intéressants, et ce, l’utilisation abusive d’une grande
dans la mesure où elles démontrent flexibilité par l’employeur peut
que l’adoption de la notion de flexibi- engendrer des effets pervers.
lité peut générer des gains notables. Notamment, des horaires fréquem-
En effet, le principal résultat est que ment irréguliers pour les employés
la diminution des coûts est au moins ou amener des employés à travailler
égale à -0.9 % entre l’utilisation moins que d’autres. De tels effets
d’une part, d’un quart de travail augmentent le risque que la vie pro-
conventionnel de 9-heures de travail fessionnelle des employés empiète
sans aucune flexibilité sur le démar- sur leur temps familial. En pratique,
rage du quart (modèle 1) et d’autre l’implantation d’une stratégie de
part, de n’importe lequel des modèles flexibilité dans certains secteurs d’ac-
de flexibilité proposé. En comparant tivité peut s’avérer une tâche difficile
le modèle 1 au modèle 5, cette dimi- qui nécessite l’adaptation de l’organi-
nution des coûts peut atteindre sation de l’entreprise à cette nouvelle
jusqu’à -1,9 % dans le cas d’utilisa- situation et parfois même requiert de
tion du recuit simulé et -2,6 % dans nouveaux investissements liés par
le cas de l’approche SMA. exemple aux moyens de transport des
Par ailleurs, en comparant le modèle employés en cas de travail à des heu-
2 respectivement aux modèles 3 et 4, res tardives de la journée.
les résultats suggèrent que la flexibi- Par ailleurs, sur la base des résultats
lité sur la durée du quart de travail qui proviennent de la résolution du
peut s’avérer plus intéressante que la problème d’ordonnancement du per-
flexibilité sur les périodes de démar- sonnel pour soixante quarts de tra-
rage de quarts de travail. En effet, en vail et pour cinq modèles de flexibi-
passant du modèle 2 au 3 (démarrage lité distincts suivant les approches
de quarts toutes les 2 heures vs tou- SMA et recuit simulé, il est possible
tes les heures), la diminution des de procéder à un réexamen des per-
coûts est de l’ordre de -0,5 % à - 0,6 formances de ces deux approches sur
%, alors que le passage du modèle 2 un horizon plus vaste que celui précé-
au 4 (durée du quart fixée à 4, 5, 7 et demment utilisé à la section 8.6.
9h vs uniquement une limite de pré- La figure 2 illustre l’évolution de
sence minimale des employés égale à l’écart entre les coûts cumulés obte-
4h) permet des réductions des coûts nus par les deux approches pour cha-
de l’ordre de -0,8 % à - 1,3 %. cun des modèles de flexibilité. Au

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 59


DOSSIER

niveau de chaque quart de travail q, l’écart entre les deux approches est calculé
à travers la formule :
(Coût cumulé SMA au niveau de q - Coût cumulé recuit simulé au niveau de q)
Coût cumulé recuit simulé au niveau de q

Figure 2 : Comparaison des performances de l’approche


à base d’agents vs recuit simulé

Nous observons aisément que les entreprise de 200 employés, la masse


résultats obtenus confirment les bon- salariale hebdomadaire du personnel
nes performances de l’approche à peut atteindre 180 000 $ = 200
base d’agents en comparaison avec employés ? 5 jours/employé ? 9 heu-
l’approche de recuit simulé. La meil- res/jour ? 20$/heures. Dans ce cas,
leure performance est obtenue pour une économie moyenne de 1 % grâce
le cas du modèle des horaires les plus à l’utilisation de l’approche SMA
flexibles (modèle 5). Dans ce cas, les représente 1800 $ par semaine, cela
résultats indiquent un écart de -1,6 se traduit en une économie de 93 600
%. L’écart le plus faible est enregistré $ par an. Si on additionne à ce mon-
dans le cas du modèle 2. Cet écart tant une économie moyenne de 2 %
égal -0,7 %. grâce à l’instauration d’une politique
Sur la base de ces résultats, il est per- flexible de gestion des horaires de
tinent de noter que même si les travail, on obtient un total d’environ
valeurs des écarts entre les deux 280 800 $ par an. À notre sens, ce
approches de résolution apparaissent montant représente une économie
peu significatives en terme relatif de substantielle qui peut être allouée à
pourcentage, leurs valeurs absolues différents usages, notamment, à la
peuvent s’avérer significatives. À formation des employés et à l’amélio-
titre d’exemple, pour une moyenne ration de leur environnement de tra-

60 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

vail. Dans cette perspective, un des meilleur de notre connaissance, la


moyens consiste à accorder un inté- plupart des recherches liées à l’or-
rêt particulier à la prise en considé- donnancement du personnel se sont
ration des préférences des employés limitées à la modélisation du pro-
dans le processus d’ordonnancement. blème en tenant compte des aspects
Afin d’évaluer l’impact d’une telle
de préférences et à la recherche d’une
démarche, nous analysons dans ce
meilleure approche de résolution.
qui suit l’influence de la prise en
compte des préférences des employés Aucune exploitation des résultats n’a
sur le coût total d’ordonnancement été faite dans le sens d’explorer l’im-
du personnel. pact des préférences sur le coût d’or-
donnancement. À ce stade de notre
recherche, nous avons intégré dans
3. Analyse de l’Impact notre modélisation trois dimensions
des Préférences qui expriment les préférences des
employés. Les dimensions retenues
dans notre modèle sont (Sabar et al.
Dans cette section, notre intérêt 2008) :
porte sur l’évaluation de l’impact de 1. Préférences des employés au sujet
la prise en considération des préfé- de la durée du quart de travail. Cette
rences des employés sur le coût de la préférence est exprimée en termes
solution d’ordonnancement et de d’heures de travail souhaitées ;
réordonnancement du personnel. 2. Préférences des employés au sujet
Plusieurs recherches ont souligné des activités préférées. Chaque
l’importance et l’impact positif de la employé exprime ses choix en préci-
satisfaction des employés et des sant si une activité en question est
mesures qui améliorent leur qualité souhaitée, non souhaitée ou bien s’il
de vie sur la productivité au travail est indifférent ;
(Deery&Mahony 1994 ; Gärtner 3. Préférences des employés au sujet
2004). De plus, plusieurs recherches du nombre de transferts inter-postes.
ont intégré les dimensions liées aux Ces préférences sont modélisées dans
préférences des employés dans le pro- notre fonction objectif à travers des
cessus de résolution du problème pénalités et des gains qui reflètent
d’ordonnancement du personnel l’amplitude de la déviation par rap-
(Warner 1976 ; Sinuany-Stern port aux valeurs souhaitées par cha-
&Teomi 1986 ; Dowsland 1998; cun des employés.
Dowsland& Thompson 2000 ; Ernst Afin d’évaluer l’impact de ces préfé-
et al.2004). Les aspects de préféren- rences sur le résultat d’ordonnance-
ces les plus fréquents dans l’ordon- ment, nous procédons à une série de
nancement sont liés à la durée du six simulations. À chaque simulation,
quart de travail, au nombre d’heures on varie le poids relatif accordé aux
de travail hebdomadaire, au nombre pénalités et aux gains liés aux préfé-
des journées de travail consécutif, au rences dans la fonction objective.
modèle de rotation entre les Cette démarche permet de relever les
employés, et aux jours de repos. Au variations de l’incidence des

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 61


DOSSIER

préférences sur le résultat d’ordon- rents coefficients de corrélation choi-


nancement. sis pour chaque simulation. Ainsi,
Pour chaque employé, nous considé- pour chacune des six simulations,
rons que la valeur nominale p des nous considérons un coefficient de
pénalités et des gains rattachés à ses corrélation C, la valeur nominale p
préférences est choisie en corrélation est calculée à travers la formule :
avec le coût correspondant à sa pré- p = C x coût unitaire de présence. Avec
sence au travail durant une unité de un coefficient égal à 0des préférences
temps. Le tableau 4 illustre les diffé- dans l’ordonnancement.

Tableau 4 : coefficients de corrélation des valeurs de pénalités


et de gains liés aux préférences / aux coûts de présence d’employés

simulation simulation simulation simulation simulation simulation


1 2 3 4 5 6

Coefficient de
corrélation C 0% 6,5% 20% 50% 80% 100%

Par ailleurs, la distribution de la Pour la mise en œuvre des simula-


valeur nominale p entre les trois caté- tions, nous avons choisi des paramè-
gories des préférences est effectuée tres de production identique à ceux
selon le schéma suivant : qui sont utilisés dans la section pré-
• Préférence des activités : une péna- cédente avec le modèle 5 comme stra-
lité de p/3 si l’employé est affecté à tégie de flexibilité. En plus, nous
une des activités non désirées ; 0 s’il avons utilisé l’approche à base
est indifférent ; et un gain de - p/3 d’agents comme méthode de résolu-
s’il est affecté à une des activités pré- tion du problème d’ordonnancement
férées. du personnel.
• Préférence pour la durée du quart Dans la comparaison des résultats des
de travail : une pénalité de p/3 pour simulations, nous nous intéressons à
chaque période de planification de deux mesures de performance :
plus ou de moins par rapport à la • Le coût net de la solution : désigne
durée souhaitée par l’employé. le coût total de présence des
• Préférence pour le transfert inter- employés. Il ne tient pas compte des
postes : une pénalité de p/3 pour cha- pénalités ou des gains rattachés aux
que transfert de plus ou de moins par préférences.
rapport au nombre souhaité par • Les préférences des employés : vu
l’employé. que les simulations ont des valeurs

62 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

nominales distinctes pour les pénali- De plus, tenant compte du fait qu’un
tés et les gains rattachés aux préfé- employé est affecté au maximum à
rences, nous présentons les résultats 32-périodes de travail par quart (un
des trois dimensions de préférences quart de 9-heures = 32-périodes de
ramenés à base unitaire de coût (i.e. 15 min de travail + 4-périodes de 15
appliquer à la solution de chaque min de pauses), un gain moyen de 25
simulation une pénalité de 1 $ et un $/quart dû aux activités préférées est
gain de -1 $ pour le calcul des préfé-
équivalent à une affectation moyenne
rences), et ce, afin de simplifier
de l’employé durant 83% = 25/32 de
l’interprétation et la comparaison des
son temps de travail aux activités
résultats sur une base commune à
qu’il préfère le plus. On note aussi,
toutes les simulations.
qu’une légère augmentation du poids
Pour chacune de ces deux mesures,
de préférences à 6.5 % permet d’ac-
nous nous intéressons à l’écart relatif
par rapport à la valeur obtenue dans croître exponentiellement la satisfac-
le cas de la simulation #1, dont les tion des employés en ce qui concerne
résultats sont considérés comme les activités qui leur sont allouées
étant la base comparative pour les (environ 448 % d’amélioration). Au-
cinq autres simulations qui tiennent delà d’un poids égal à 20 %, le taux
compte des préférences des d’amélioration de cette préférence est
employés. Le tableau 5 présente une très peu significatif.
synthèse des résultats de simulation Par ailleurs, concernant la pénalité
obtenus. moyenne liée au nombre de transfert
Nous observons que l’augmentation inter-postes des employés, nous n’ob-
du poids relatif des préférences servons aucune variation en fonction
affecte à une moindre échelle le coût du changement du poids de cette pré-
net de la solution en comparaison férence dans la fonction objective.
avec son impact sur les mesures de Une explication possible de ce phéno-
préférences des employés. En effet,
mène tient au caractère rigide de la
en comparant les simulations 1 et 6,
contrainte utilisée pour modéliser
on constate qu’une augmentation de
l’état de transfert des employés. En
100 % du poids des préférences dans
effet, un transfert d’un employé entre
la fonction objective donne lieu d’une
deux postes de travail ne peut être
part, à une augmentation d’environ
constaté que si le plan de production
0.96 % du coût net de la solution
d’ordonnancement, et d’autre part à impose une telle mesure. Les
une amélioration dans l’affectation contraintes liées à cet aspect ne per-
des activités et des durées de quart mettent pas de créer un état artificiel
de travail préférées par les employés de déplacement des employés unique-
dont la valeur est respectivement ment pour satisfaire les préférences
égale à 470 % et 10%. de l’employé.

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 63


DOSSIER

Tableau 5 : résultats des simulations de l’impact des préférences


sur les résultats d’ordonnancement

Pénalité & gain


moyen/employé/préférence/quart de travail

Activités Durée du Transfert


Coefficient de Fonction Coût Var. préférées quart inter-postes
corrélation objectif ($) net ($) Coût net
Pénalité/ Var. Pénalité/ Var. Pénalité/ Var.
gain % gain % gain %

simulation 1 0% 1 502 845 1 502 845 - -4,4 $ - 5,48 $ - 2$ -


simulation 2 6,5% 1 462 620 1 505 016 0,14 % -24 $ 448 5,43 $ -1 2$ 0
simulation 3 20% 1 370 415 1 506 308 0,23 % -24,5 $ 461 5,43 $ -1 2$ 0
simulation 4 50% 1 166 042 1 509 816 0,46 % -25 $ 470 5,20 $ -5 2$ 0
simulation 5 80% 945 510 1 511 413 0,57 % -25 $ 470 5,07 $ -8 2$ 0
simulation 6 100% 812 243 1 517 295 0,96 % -25 $ 470 4,95 $ -10 2$ 0

4. Conclusion qu’une amélioration de la satisfaction


des employés de 448 % au sujet des
Dans cette partie de notre recherche, activités allouées et de 1 % au sujet
nous nous sommes intéressés à l’im- de la durée du quart de travail (simu-
pact de la flexibilité dans l’aménage- lation 2) augmente le coût d’ordon-
ment du temps de travail sur la solu- nancement d’environ 0.14 %. Alors
tion d’ordonnancement du personnel. qu’une amélioration de 470 % et de
Les résultats de simulation que nous 10 % pour les mêmes préférences
avons élaborés ont démontré que la augmente le coût d’environ 0,96 %.
flexibilité peut conduire à une réduc- De cet ensemble de résultats, on
tion du coût d’allocation du person- constate que les gains liés à l’implan-
nel. Suivant la stratégie adoptée, la tation de la stratégie de flexibilité
réduction varie de -0.9 à -2.6 % en permettraient de compenser les coûts
comparaison avec un modèle conven- rattaches à la prise en considération
tionnel de quart de travail. des préférences des employés dans le
Nous avons également cherché à processus d’ordonnancement. Ainsi,
connaître l’impact de la prise en la combinaison de ces deux dimen-
compte des préférences sur le coût sions de gestion du personnel permet
net d’ordonnancement. L’analyse des de répondre le mieux possible aux
résultats de simulations montre intérêts de l’employeur et de l’em-
ployé. En effet, d’un côté, grâce à la

64 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

flexibilité, l’entreprise gagne en réac- • Bayad, M., Arcand, G., Arcand, M., &
tivité et en dynamique afin de s’adap- ALLANI-SOLTAN, N. (2004).Gestion stra-
ter et de faire face aux aléas de la pro- tégique des ressources humaines:
duction et aux fluctuations du mar- Fondements et modèles. Gestion, 74, 93.
ché, et d’un autre côté, les employés • Rivard, P. (2002). La gestion de la forma-
seront plus satisfaits de leurs condi- tion en entreprise: pour préserver et accroître
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REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 65


DOSSIER

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personnel scheduling in large assembly lines. • Bailey, J., & Field, J. (1985).Personnel
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Integrated Manufacturing, 21(4), 468- of Operations Management, 5(3), 327-338.
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• Sabar, M., Montreuil, B., &Frayret, J. M. implicit optimal modeling of the labor
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• Sabar, M., Montreuil, B., &Frayret, J. M. solution of flexible labour scheduling pro-
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scheduling with flexshift models.Journal
of Operations Management, 5(3), 327-338.

66 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

Microfinance as social
entrepreneurship in Southern
Morocco

Abstract. This paper aims to evaluate microfinance institutions in the context


of social entrepreneurship. Based on the European approach to social entrepre-
neurship as well as the BOP 2.0 social business protocol, we propose a concep-
tual model to analyze the activities of microfinance foundations. Our model
contains two main components: the financing process as perceived by benefi-
ciaries (individuals or enterprises) and the impact of microfinance on the eco-
Héger nomic and social situations of beneficiaries. We verified our conceptual model
GABTENI through the case study method. Using face-to-face in-depth interviews, we stu-
Associate died three cases in which microfinance was provided by the El Karama founda-
Professor ESG tion in southern Morocco. We observed a significant impact of microfinance on
Management
the socio-economic situations of the beneficiaries, particularly among women.
School
hgabteni@esg.fr The foundation provides microcredit to disadvantaged people and uses an inno-
vative method to decrease associated risks. We also noted that voluntary social
Adil BAMI capital initiations are absent in the activities of microfinance institutions.
Associate
Professor
ISCAE
Keyword. social entrepreneurship, microfinance, social capital, microcredit
Casablanca
abami@groupeiscae.ma

Ghasem SHIRI
PhD, Post doctoral
Researcher
Institut Polytechnique-
La Salle
Beauvais
shiri.gm@gmail.com

1. Introduction cial innovation whose objective is to


develop a win-win situation that
The social entrepreneurship recently allows high-risk individuals to
attracts more and more attention receive funding through microfi-
from researchers and policy makers. nance institutions (MFIs), whose
This type of entrepreneurship con- profitability is unquestioned (Yunus
tains innovative and risky activities. et al., 2012).
The sustainability of social entrepre- Microfinance thus provides a solu-
neurship is an issue that constantly tion to financial exclusion and allows
challenges researchers. For this rea- for the economic and financial inclu-
son, microfinance represents a finan- sion” of disadvantaged populations

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 67


DOSSIER

through entrepreneurial activities 2. Microfinance and Social


(Boye et al., 2009). These activities
generate income that improves the
Entrepreneurship :
living conditions and access to prop- a conceptual Framework
erty of beneficiaries (Anderson et al.,
2002). Women are the primary bene- 2.1 Social Entrepreneurship
ficiaries of microfinance; this leads to and Social Business
declines in fertility rates, especially Social entrepreneurship can be
in countries where the rate is very defined as the implementation of
high, which subsequently translates innovative actions to propose one or
into improvements in the living con- more solutions to social problems
ditions of children (Murali, 2006). and social issues. Many researchers
However, MFIs apply interest rates (Fayolle and Omrane, 2010; Dees,
that are fairly correlated with the 1998; Mair and Marti, 2006) agree in
substantial risk represented by these noting the lack of consensus on the
populations (Schreiner, 2002). Some conceptual definition of social entre-
studies have shown that this barrier preneurship. Johnson (2000) states
is not discouraging. This can be that the emergence and development
explained by the situation before the of social entrepreneurship can be
introduction of microfinance. These particularly explained by the innova-
populations have been deprived of tions it represents within the resolu-
services provided by the conventional tion of social problems and social
financial system (Morduch, 2000). issues. Social entrepreneurship is an
High interest rates are also attenuat- innovation that shows a form of
ed by grants to MFIs, which allow microfinance subsidiarity on public
them to provide loans with subsi- action (Guerin and Servet, 2005).
dized interest rates (Hermes and This innovation is part of the deregu-
Lensink, 2007). latory vision of the state.
The aim of our research is to analyze
Based on the social entrepreneurship
the extent to which microfinance
definitions formulated by Zahra
could be considered to be a form of
(2008), Martin and Osberg (2007),
social entrepreneurship. To do this,
and Mort et al. (2002), Fayolle and
we study microfinance’s economic,
Omrane (2010) specify that social
social and cultural impacts on benefi-
entrepreneurship refers to the exis-
ciaries. In the section 2, we develop
tence of two central elements, which
the conceptual framework of our
are the discovery and exploitation of
research. Section 3 will address our
the business opportunities generated
employed methodology, which specif-
by the emergence of new problems
ically involves the use of case studies.
without support from traditional
Section 4 is devoted to the case analy-
organizations as well as the creation
sis investigated by our study. Finally,
of social value intended for disadvan-
we discuss our results in the fifth
taged and marginalized people.
part of this study.

68 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


REVUE RMSM N°4 DEF 22/03/15 11:26 Page 69

DOSSIER

Social entrepreneurship can be Nyssens, 2011). EMES specifies that


understood as social non-profit social enterprises have to make
organizations or social for-profit investment decisions like traditional
organizations. The first view consid- companies and should be exposed to
ers a social entrepreneurial venture organizational risk. In addition,
to be a non-governmental or public social enterprises are responsible for
organization whose objectives are to generating the financial resources
solve social problems based on public necessary for their survival and thus
financial resources or donations. for social actions.
Thus, profit is not the priority of this In addition to the economic criteria,
organizational form and the organi- to be called social, companies must
zational model is based on volun- serve society, provide “service to the
tarism (Weerawardena and Sullivan community” and integrate the princi-
Mort, 2006, Austin et al., 2006). ples of social responsibility into their
The second version, which encom- actions. Finally, the EMES network
passes “social companies”, postulates proposes that social enterprises must
that social enterprises are, first and maintain their independence and
foremost, economic entities and, as remain under the sole control of their
such, should preserve this essential founding members to ensure that
feature via the search for profitability their social objectives are respected.
(Yunus et al., 2012). These companies Social enterprises must remain inde-
have furthermore a social and socie- pendent and not be subject to poten-
tal vocation. Peredo and McLean tial government constraints.
(2006) cite the example of the
Bangladesh Rural Advancement 2.2. Microfinance understood as a
Committee (BRAC), which is a compa- form of social entrepreneurship
ny in the economic sense in that it gen- Microfinance, whose appearance and
erates profits, but it is also involved in development in its most modern form
projects to support poor people in took place in the 70s, has the main
rural areas. MFIs can potentially take purpose of encouraging the develop-
the form of for-profit or non-profit ment of solidarity-based, social and
organizations (Mayoux, 2001). sustainable economies. Indeed,
In this study, we chose to consider microfinance, especially through
social entrepreneurship to involve microcredit, has the main objective of
for-profit companies that meet the financing activities that generate
social enterprise criteria developed cash flows and, a fortiori, participat-
by the Emergence of Social ing in the growth of economies par-
Enterprise network (EMES). EMES ticularly in developing countries.
has thus tried to build an ideal type This type of finance is therefore asso-
of social enterprise according to dif- ciated with notions of ethics, socially
ferent economic, social and gover- responsible investment and sustain-
nance criteria (Defourny and able development.

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DOSSIER

The economic and social impacts of (2002) consider social capital to rep-
microfinance on beneficiaries are at resent the use of shared resource
the heart of microfinance research. pools. Quinonis and Seibel (2000)
Researchers who investigated this found social capital to be a vehicle for
subject show that microfinance social cohesion. Regardless of the
increases the income and the revenue definition of social capital, most
diversity of beneficiaries. Similarly, researchers have found a positive
the revenues of beneficiaries are relationship between microfinance
becoming more regular because of and the formation of social capital.
microfinance. Researchers also note This relationship can be explained by
the positive impact of microfinance innovative financing methods such
on the knowledge and skills of bene- as group lending programs. The
ficiaries, the living standards and majority of loans granted by MFIs
property ownership (Anderson et al., represent joint credit insofar as cred-
2002; Murali, 2006). it that is given to a group of people.
The most extensively addressed con- In this way each member of group
cept in the microfinance literature is provide guarantees vis-à-vis other
social capital. It is defined by members (Hermes and Lensink,
Fukuyama (2002) as “the competence 2007). This system has facilitated
of individuals to work together and access to financing for those who had
share common values ??and stan- previously been excluded, such as
dards to achieve common goals.” Iteo women and the poor (Cull et al.,
(2003) criticizes the conceptual het- 2007).
erogeneity of social capital in the Boye et al. (2009) state that financial
microfinance literature and the lack exclusion is one of the factors that
of consensus on the definition of this explains the perpetuation of poverty
concept by the research community. and serves as a barrier to dynamic
Mayoux (2001) proposes a multidi- entrepreneurship in developing
mensional definition of social capital countries. In this context, and to
to study the impact of microfinance. define microfinance, the financial
In that way, he studies social capital inclusion concept has been developed
in horizontal, vertical and multi-gen- (as opposed to the previously devel-
eral or macro-level dimensions. oped concept of financial exclusion),
Horizontal relationships reflect the and its main objective is to enable
ability of individuals from the same disadvantaged people to access
social class to collaborate. Vertical financing resources, which are con-
relationships reflect the ability of sidered to be entrepreneurial levers.
individuals from different social Some research highlights the posi-
classes to help each other and share tive impact of microfinance on social
resources. Macro-level relationships capital but also the positive impact of
include standards, regulations and social capital on access to microcred-
associations to facilitate horizontal it and the success of the entrepre-
and vertical linkages. Anderson et al. neurial projects of beneficiaries

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DOSSIER

(Schreiner, 2002; Cassar et al., 2007; Murali, 2006). We also study the
Feigenberg et al., 2010; Gomez and impact of microfinance on the crea-
Santor, 2001). tion of social capital among beneficia-
ries. This impact is widely studied in
2.3. Microfinance and Social the microfinance literature
Entrepreneurship: a proposed con- (Anderson and al., 2002; Quinonis
ceptual model and Seibel, 2000; Mayoux, 2001;
The model we have chosen is part of Ashe, 2000). We consider horizontal
a lucrative vision of social entrepre- relationships to be indicators of
neurship. Indeed, economic prof- social capital; this indicator repre-
itability is not a minor imperative. We sents relationships in which actors
use the BOP protocol to develop our from same social class share resour-
conceptual model. Simanis and Hart ces and knowledge to succeed in
(2008) state that it would be much their entrepreneurial activities
more relevant to foster collaboration (Mayoux, 2001).
among different social business To achieve the objective of financial
actors, business enterprises and com- inclusion (Boyé et al., 2009), MFIs
munities in particular, to allow for should facilitate access to credit
the emergence of new business mod- among poor populations. This aspect
els that are aligned with the intrinsic of microfinance is present in the
characteristics of the targeted popu- majority of research on this subject.
lations. This is why, in our conceptual model,
Simanis and Hart define a BOP busi- we are interested in the procedure for
ness as a business “that creates sus- accessing microfinance. More specifi-
tainable value for the community, cally, the general perceptions of ben-
while providing the foundation of eficiaries, the conditions and ease of
innovation and growth in the long access to funding, support for benefi-
term for the company.” The BOP pro- ciaries, and additional resources
tocol considers beneficiaries to be made ??available to beneficiaries are
business partners and allows social included in the model. As previously
enterprises to develop creativity, mentioned, microfinance should have
combine skills and build shared com- some impact on beneficiaries to be
mitment (Simanis and Hart, 2008). considered a type of social entrepre-
We also consider the different varia- neurship. In our conceptual model,
bles studied in previous research to we are interested in socio-economic
examine the impact of microfinance impact, the creation of social capital
on revenue of beneficiaries and the impact on the beneficiaries’
(Anderson et al., 2002; Ashe, 2000) perspectives of future. The different
and on the empowerment of vulnera- dimensions of our model are present-
ble populations (Mayoux, 2001; ed in figure 1.

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DOSSIER

Figure 1: Microfinance as social entrepreneurship

Funding process Impacts

• General perception of MFI


by beneficiaries • Economic impact

• Financing Promotion by MFI • Social and Cultural impact

• Easy access to Microcredit • Social Capital creation

• Support during the funding • Impact on Future Prospects

• Additional resources and


provision of capital

3. Methodology of least one full microcredit experience


to provide reliable answers in this
Research regard. Single beneficiaries without
family attachments were eliminated
This research is based on the case from our study because the economic
study methodology. Given the magni- and social impact on them is less per-
tude and complexity of the informa- ceptible. In addition, the willingness
tion necessary to verify the previous- to share information and the sensi-
ly developed conceptual model and tive nature of certain information
given the educational level of microfi- (income, living conditions, etc.) was a
nance beneficiaries, we conducted determining factor in the collection
data collection in two stages. We ini- of information. From these criteria,
tially conducted seven preliminary we selected three cases with whom to
interviews, whose objectives were to conduct our interviews. In-depth
categorize the beneficiaries accord- interview was used for data collection
ing to three criteria: family situation, in this research. Semi-structured
experience with microfinance and interviews in Arabic and Berber were
conducted by a researcher aware of
willingness to share information.
the economic and cultural situation
To study the model, we needed infor-
in the region.
mation on the perceptions of micro-
credit of the beneficiaries and the 3.1. Overview of Cases
impact of microcredit on their eco- Respondents in this study are benefi-
nomic, social and cultural circum- ciaries of microloans granted by the
stances. Recipients must have had at El Karama – MC Foundation. The

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DOSSIER

Foundation’s primary mission is the 4.1. Case Study 1


economic integration of the most vul- Case 1 concerns a 64-year-old woman
nerable populations and it works who is married and is the mother of
mainly in underdeveloped regions in seven children, including one adopt-
Morocco. The interviews were con- ed daughter. Her activity, which is
ducted with three beneficiaries: two financed through microcredit, is a
female beneficiaries aged 64 and 37 commercial and unskilled business.
years, respectively, and a 40-year-old The products she offers are diverse
male beneficiary. The three intervie- and can be classified as local
wees are all married and live within Moroccan products (e.g., almonds,
large families constituted by five or lentils, honey, olives, and olive oil).
more people. The male beneficiary is She has repeatedly received micro-
employed, lives in a rural area and credit; she has received her last four
has a primary school level of educa- credits from the El Karama microcre-
tion. Both female beneficiaries live in dit Foundation.
urban areas and are illiterate. Both
women and their spouses own their 4.1.1. Access to microfinance
homes, whereas the man is living for The beneficiary notes the presence of
free on the family farm. several microcredit offers in the
Among the children of the three ben- region and considers this to allow
eficiaries, the highest attained educa- her to choose the offer that is the
tion is at the university level, specifi- most adequate for her needs. For
cally, the second academic year. The example, she decided to change her
interviewed beneficiaries can be MFI when the repayment conditions
regarded as regular MFI clients and of her first MFI changed from month-
are excluded from the traditional ly repayments to biweekly repay-
banking system to the extent that ments. These terms were no longer
they do not meet the eligibility crite- relevant to the reality of her busi-
ria for bank financing. ness. Case 1 considers the IMF to be
a major player in the local economy.
She is satisfied with the service
4. Case analyses offered by the MFI through her rela-
tionships with her interlocutor. Case
The purpose of this section is to ana- 1 explains that microcredit has
lyze the three investigated cases. The allowed her to undertake finishing
analyses are based on the conceptual work in her apartment as well as in a
model proposed in the first section of second apartment that she now
this article. We first analyze the ele- rents. The collected rent constitutes
ments related to the perceptions of the main source of income for case 1.
MFI activities of the beneficiaries, fol- The MFI communicates through
lowed by the impact of microfinance informal networks and awareness
on their lives and circumstances. campaigns, notably through the dis-

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DOSSIER

tribution of prospectuses in schools. 4.1.2. Impact of Microfinance


In fact, case 1 was approached Case 1 experienced a significant
through the school of her adopted improvement in her economic situa-
daughter. The beneficiary considers tion. In addition, microcredit has
that “trust is an important element of facilitated access to an economic
the IMF - beneficiary relationship activity to the extent that the respon-
insofar as it is easy for a customer to dent was previously a housewife. She
obtain new loans when previous ones also specifies that she does not
were settled in good conditions”. intend to turn to the traditional
Visits conducted by MFI staff to the banking system because of the
applicant’s home seem to be a deter- importance of collateral. The benefi-
mining factor in granting credit ciary states that her overall house-
because the home is considered to be hold income has tripled compared to
a guarantee by the recipient. before obtaining the first microloan:
Administrative costs are approxi- “my income is now rather higher
mately 420 dirhams (approximately than the minimum wage in Morocco”.
49$); these costs are directly dis- The savings rate of the beneficiary
counted from the credit and are con- has become significant (greater than
sidered to be reasonable by cus- 10%). This has impacted the living
tomers. standards and consumer habits of the
It is important to note that microcre- family. In fact, the recipient is able to
dit represents joint and solidary cred- afford private schooling for her
it in the sense that it is granted to a daughter. She declares that she pur-
group of 2 to 7 people; each member chased capital goods (refrigerator,
of the group serves as a guarantor for color TV, etc.) with the proceeds of
the other members of the group. Risk her activity.
sharing between group members Her living conditions have also
facilitates access to credit and repre- improved. The beneficiary does not
sents a second serious guarantee for note any impact of microfinance on
the MFI after the home visit. her access to medical care because
The beneficiary specifies that MFIs the family also benefits from the wel-
are mainly funders. Logistical sup- fare of the retired father.
port is not provided after the alloca- Microfinance seems to be generating
tion of funding and training and social capital among beneficiaries.
development activities are also not Indeed, case 1 believes that she has
conducted. The best perceived accom- become an influential member of her
paniment is that concerning the community. MF has generated finan-
implementation of the financing and cial autonomy but also decision inde-
its management in the strict sense. pendence. In addition, a network of
Case 1 clearly illustrates the commer- MC beneficiaries seems to have been
cial relationship that binds her to the created and has a double impact: eco-
MFI and states that “each one feeds nomic impact because it allows recip-
the other.” ients to find business partners (cus-

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DOSSIER

tomers and suppliers) and a social duce her daughter to microcredit;


impact through the creation of social however, because she is young, sin-
capital by learning from the experi- gle, and has no resources, her profile
ences of others. was too risky for the MFI and she
To succeed, the beneficiary recom- could therefore not benefit from
mends being able “understand the dif- microcredit. Generally, case 2 has a
ference between turnover and profit” very positive perception of microfi-
and “to save or reinvest, but also nance. Dissuasive guarantees in con-
ensure loans are repaid on time”. The ventional finance are much less
recipient’s perception of the future has restrictive in microfinance but exist
improved, and she feels that she is an in other forms (holding certain
actor in her environment and home. assets, home stability).
She has confidence in the future and MFI offers are standardized and
wants to maintain her business, focus on the implementation of fund-
although she does not wish to develop ing. Offer conditions cannot be nego-
it further due to her age. tiated. However, the operating mech-
anisms are simple and correspond to
4.2. Case Study 2 the statement of the concept. Contact
Case 2 concerns a woman who is 37 between the beneficiary and the MFI
years old and married with 3 chil- mainly occurs through the telephone,
dren. She lives in an urban area and with the beneficiary going to the
is the owner of an old property. She is agency when necessary. She believes
an artisan baker and her business that people who need funding must
involves making cakes at home on develop a monitoring activity that
behalf of clients who she recruits will allow them to find “the IMF solu-
through “word of mouth”. She also has tion.” The beneficiary believes that
a sewing machine that allows her to “MFIs and their staff should be mobi-
work as a seamstress when her bak- lized to provide answers to customers
ing activities decline. Case 2 has who initiated contact”.
obtained a microloan for the second The formalization of demand for
time. microcredit requires the deposit of a
file containing identity documents
4.2.1. Access to microfinance and the payment of processing fees
The recipient became aware of the and insurance. This procedure does
presence of MFIs through friends not seem to affect the beneficiary
and she does not seem to be aware of beyond the financial aspect of the
the potential communication and process. The application fee can be
promotional approaches used by discounted from the credit. These
MFIs. She confirms the presence of steps are to be taken only once, and
several offers in the region and rec- no documentation is required for the
ognizes that microfinance allows second loan.
women to become active members of The relationship between the cus-
society. She has also tried to intro- tomer on one side and the MFI on the

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 75


DOSSIER

other side denotes a quality of service this case, she regards the future as
deemed “appropriate, cordial and “very positively and correlated with
respectful” by the recipient. However, the continuity of microfinance”.
no support for the beneficiary from
the MFI in the implementation of the 4.3. Case Study 3
project, even for studying the feasi- Case 3 involves a 40-year-old man
bility of project, has been found. The who is married, has a child and lives
relationship between the two part- in a peri-urban area. He lives in his
ners is revealed to be purely finan- parental home, which thus consists
cial: the amount of credit and repay- of five people. He is a worker and
ments are the main concerns of both therefore engages in a salaried activ-
parties. Case 2 does not have any ity. Microfinance enables him to
concerns or misunderstandings finance agricultural activities (farm-
regarding these elements. She ing and the production of olive oil
believes that the answers provided by and cereals).
MFI staff are convincing.
4.3.1. Access to microfinance
4.2.2. Impact of microfinance The beneficiary discovered MFIs
The economic impact is obviously felt through relatives, and he finds that
by the beneficiary. Indeed, she states the concept of microfinance brings
that she is able to earn a regular real added value. According to him,
income due to microfinance. the most obvious differentiation,
Although she already had a savings compared to the conventional finan-
account for several years, the benefi- cial system, is the lack of required
ciary specifies that “microcredit has guarantees. He believes that microfi-
helped her to significantly increase nance “is based on a human relation-
her savings level to 30% of her rev- ship whose main engine is trust”. The
enues”. In terms of socio-cultural beneficiary has easy access to the
impact, case 2 believes that microfi- MFI and its representatives because
nance has a positive impact on the of proximity. The only difficulties
schooling conditions of children expressed by the beneficiary relate to
(e.g., individual courses, internet the lack of flexibility of MFIs, which
access, clothing, and school sup- may interfere with his salaried activ-
plies). In terms of outlook, case 2 tells ity (The recipient works as a mechan-
us that she wants to refurbish her ic for an SME and his working day
working tools, and she also plans to ends at 14:00). He states that the con-
continue to make expenditures aimed ditions of the first loan are much
at enabling her children to gain more stringent than those for subse-
mobility and independence. She con- quent loans. He believes that support
siders that the main contribution of should be provided throughout the
microfinance “is essentially financial process, from financing to the imple-
without forgetting the independence mentation of the project, which is not
and autonomy it gives to women”. In the case today. This is accentuated by

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DOSSIER

the fact that there is a high turnover of to develop his agricultural activity at
staff working within the MFI, which is the regional level; he explains that
likely to destabilize a previously estab- this will be possible when his finan-
lished relationship. He states that cial situation improves significantly.
premises of MFIs are informal meeting He hopes to achieve this through sav-
places where customer-supplier rela- ings. Case 3 states that financial fac-
tionships are created. tors are certainly important, but the
Case 3 corroborates the statements of network of customers and suppliers
cases 1 and 2 on the factors related to developed through informal meet-
the importance of MFIs; he confirms ings among MFIs should not be over-
the positive perception of MFI benefici- looked. Case 3 believes that “micro-
aries. He also believes that there is no credit is a long-term solution” and he
possibility to negotiate loan conditions counts on his activities to provide a
but that this is an understandable con- better future for his children.
dition. In fact, the costs associated
with the creation of the file are quali-
fied by the recipient as negligible. 5. Discussion and
Conclusion
4.3.2. Impact of microfinance
The economic impact is considered to
The question raised by this study
be very positive by the recipient and
concerns the extent to which microfi-
can be summarized by the seasonal
nance might be called social entre-
agricultural incomes that supple-
ment his wage income. On average, preneurship. Thus, Fayolle and
case 3 considers that he saves Omrane (2010) explain the two fun-
approximately 25% of his agricultur- damental characteristics inherent to
al income. These savings allows him social entrepreneurship: the discov-
to invest in new agricultural activi- ery and exploitation of business
ties. Case 3 has held a bank account opportunities related to the emer-
since obtaining his first microloan. gence of new problems that are not
Household consumption has addressed by traditional organiza-
increased and relates mainly to tions and the creation of social and
household appliances. The benefici- societal value. In addition, the discov-
ary specifies that he now has more ery and creation of opportunities
leisure that he spends more time with should be innovative and must con-
his family. Socio-cultural aspects are stitute risk taking (Peredo and
not present in the discourse, whereas McLean, 2006; Weerawardena and
economic and financial aspects seem Sullivan Mort, 2006).
to dominate. Through his observa- Microfinance itself is often regarded
tions, Case 3 confirms the impact of as an innovative way to create social
microfinance on the place of women value. Social and societal value cre-
in society insofar as he finds that the ation can take many forms.
majority of beneficiaries are women. Improvements in educational levels,
The beneficiary stated his ambition the health status of targeted popula-

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 77


DOSSIER

tions and the economic circum- This can be explained by the lucrative
stances at the local level can be nature of the IMF being studied.
viewed to create social value (Dees, Non-profit microfinance institutions
1993). Our study shows that micro- are often interested in coaching ben-
credit can generate social value. eficiaries and in creating social capi-
Microfinance positively impacts the tal (Mayoux, 2001). By creating addi-
beneficiaries of loans. It allows them tional costs, these activities can hin-
to diversify their sources of income. der the sustainability of profits and
This type of financing facilitates the economic entities ■
education of children and improves
the lives of women. We can therefore Bibliography
confirm the results of previous
research on the socio-economic • Anderson, L.C., Locker, L. and Nugent,
R. (2002). Microcredit, social capital and
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