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Chapitre III Caractéristiques du Moteur Synchrone

I. Introduction

La machine synchrone est une machine réversible de conversion électro-mécanique. Elle est
principalement utilisée dans le domaine de production d’énergie électrique à partir d'énergie
mécanique où elle porte le nom d’alternateur lorsque sa vitesse est fixe (exemple de centrale
thermique, hydraulique, nucléaire, etc). Lorsque sa vitesse est variable (exemple de centrale
éolienne), elle est dite génératrice synchrone. Elle est rarement utilisée dans le domaine de
production d'énergie mécanique à partir d'énergie électrique où elle porte le nom de moteur
synchrone car sa vitesse de rotation doit être proportionnelle à la fréquence d’alimentation.
Mais avec le développement de l’électronique de puissance, elle vient à occuper de plus en
plus une large place dans le domaine des entrainements réglées (exemple chaîne de traction
des TGV en France).

Notre étude dans ce chapitre est limitée aux cas des machines alimentées en triphasé à
fréquence et tensions statoriques fixes.

II. Différents modes de fonctionnement de la machine synchrone


Afin de mieux constater les différents modes de fonctionnement de la MS, nous utilisons le
diagramme de Behn-Eschenburg. Nous supposons aussi que le signe positif des puissances et
celui des puissances absorbées (figure III.1). Il est aussi représenté le vecteur 𝑍𝐼 au lieu des
deux vecteurs 𝑅. 𝐼 et 𝐽. 𝑋𝐼 pour que le diagramme soit moins encombrant.

𝑃, 𝑄 𝐼 𝑃′ , 𝑄 ′

𝑍 𝑅. 𝐼
𝑉 𝐽. 𝑋𝐼
𝑉 𝐸 O
𝜑 A
𝐼 𝐸 𝑍𝐼
M

Figure III.1. Choix du sens positif de l’écoulement des puissances et le diagramme simplifié de Behn-Eschenburg

Sur le diagramme simplifié, nous traçons l’axe (AP) qui forme un angle 𝜑 (angle de charge)
avec l’axe (AM) et l’axe (AQ) perpendiculaire à l’axe (AP). La projection du point M, qui
représente le mode de fonctionnement de la MS, donne dans une échelle de tension les
puissances active et réactive débitées ou absorbées.
- La projection du point de fonctionnement M, sur l’axe (AP) donne le point 𝐴′ tel que :
𝐴𝐴′
𝐴𝐴′ = 𝑍. 𝐼. 𝑐𝑜𝑠𝜑, ce qui donne la puissance active absorbée ou crée 𝑃 = 3. 𝑉. 𝑍

- La projection du point de fonctionnement M, sur l’axe (AQ) donne le point A′′ tel que :
𝐴𝐴′′
𝐴𝐴′ = 𝑍. 𝐼. 𝑠𝑖𝑛𝜑, ce qui donne la puissance réactive absorbée crée ou 𝑄 = 3. 𝑉. 𝑍

L’axe (AP) est dit l’axe de puissance active et l’axe (AQ) est dit l’axe de puissance réactive.

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Q
𝐴′′

O 𝑉
𝜑 A
𝐼 𝜑
𝐸 𝑍𝐼
M
𝐴′
P

Figure III.2. Représentation des axes des puissances dans le diagramme Behn-Eschenburg

Le point de fonctionnement peut se situer dans un des quatre quadrants selon le signe des
puissances active réactive.
Quadrant  : 𝑃 < 0 et 𝑄 < 0
La MS fournie la puissance active désignant qu’elle fonctionne comme alternateur. En plus,
elle fournie la puissance réactive au récepteur branché à ces bornes.
Quadrant  : 𝑃 < 0 et 𝑄 > 0
La MS fournie la puissance active désignant qu’elle fonctionne comme alternateur. Mais, elle
absorbe la puissance réactive depuis le récepteur branché à ces bornes.
Quadrant  : 𝑃 > 0 et 𝑄 < 0
La MS absorbe la puissance active désignant qu’elle fonctionne comme moteur. Mais, elle
fournie la puissance réactive à la source branché à ces bornes.
Quadrant  : 𝑃 > 0 et 𝑄 > 0
La MS absorbe la puissance active désignant qu’elle fonctionne comme moteur. En plus, elle
absorbe la puissance réactive depuis la source branchée à ces bornes.

Quadrant  M Quadrant 
M

𝐸 𝐸 𝑍𝐼
Q 𝑍𝐼
Q
A
O 𝑉 A O 𝑉

P P

Q Q
A A
O O
𝑉 𝑉

𝑍𝐼 𝐸 𝑍𝐼
𝐸
M M
Quadrant  P Quadrant  P

Figure III.3. Représentation du fonctionnement dans les quatre quadrants électriques

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La capacité à fonctionner dans les quatre quadrants électriques est une des particularités de la
machine synchrone. Il est en effet possible de rendre à volonté la machine inductive ou
capacitive, que ce soit en fonctionnement moteur ou alternateur. Il suffit pour cela d’agir sur
l’amplitude de la f.é.m, c’est à dire sur le courant d’excitation.

III. Couplage des MS


La puissance distribuée par un réseau électrique est généralement produite par un ensemble
des alternateurs débitants en parallèle sur ce réseau. Une centrale de production comporte
donc plusieurs alternateurs couplés en parallèle au lieu d’un seul alternateur puissant. Non
seulement parce qu'en cas d'une panne sur l'unique alternateur ou en cas de besoin de
maintenance périodique, il faudrait disposer d'une machine de secours de même puissance,
mais encore parce que la puissance demandée par un réseau est très variable. Ainsi un seul
générateur prévu pour la charge maximale fonctionnerait avec un rendement médiocre à
fraction de charge.
La mise en parallèle des machines synchrones exige les conditions de couplage suivantes :
- L’égalité de la fréquence ;
- L’ordre de succession de phase est la même ;
- Les tensions à vides de chaque machines sont les mêmes.

Remarques
Pour mettre en marche un moteur synchrone, nous devons le démarrer et le faire tourner à
l'aide d'un autre moteur jusqu'a l'accrochage. Ceci revient à le faire fonctionner comme un
alternateur lors du couplage au réseau.
Soit un moteur synchrone ou un alternateur A
à relié aux jeux de barre ABC à vide et les B
conditions de couplage étant vérifiés, c’est
la fermeture de l’interrupteur K qui met la C
machine synchrone en parallèle avec le K
réseau (Le réseau est supposé comme un
alternateur à puissance infinie).
𝐸 L’induit de la
MS

Figure IV.1. Schéma de principe de la mise en


parallèle de deux alternateurs A1 et A2

Soit un moteur synchrone alimenté directement par un alternateur de réactances différentes.


Ainsi, la projection des points de fonctionnement donne les puissances actives et réactives à
des échelles différentes. La puissance active (réactive) du moteur et de l’alternateur sont égale
mais de signes différents (figure IV.8).
La projection du point de fonctionnement M1 du moteur donne :
3𝑉 3𝑉
𝑃1 = − 𝑋 𝐴𝑀11 et 𝑄1 = ± 𝑋 𝐴𝑀12 (IV.17)
1 1

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La projection du point de fonctionnement M1 de l’alternateur donne :


3𝑉 3𝑉
𝑃2 = + 𝑋 𝐴𝑀21 et 𝑄2 = ∓ 𝑋 𝐴𝑀22 (IV.18)
2 2

La puissance s’exerçant entre le moteur est l’alternateur égale à la puissance synchronisante


calculée précédemment mais dans ce cas elle n’est pas oscillatoire (sens unique).
3𝐸1 𝐸2
𝑃=𝑋 𝑠𝑖𝑛 𝜃1 + 𝜃2 (IV.19)
1 +𝑋2

Dans le cas où le moteur est relié à un réseau puissant donc de faible impédance et de f.é.m
égale à sa tension aux bornes du moteur, la puissance échangée sera déduite directement de
l’équation précédente comme suit :
3𝑉𝐸
𝑃= 𝑠𝑖𝑛 𝜃 (IV.20)
𝑋

Avec 𝐸, 𝑋 et 𝜃 désignent la f.é.m du moteur, sa réactance et l’angle interne successivement.

𝑃2 M2

𝐸2

𝜃2 𝑄1
Q
O 𝜃1 𝑉 𝑄2

𝐸1 𝑃1
M1

Figure IV.8. Représentation vectorielle d’un moteur synchrone alimenté directement par un alternateur

Remarques :
Brancher un moteur synchrone triphasé sur le réseau est une opération assez délicate. Il faut,
en plus de réaliser les mêmes conditions de couplage d’un alternateur au réseau utiliser un des
deux procédés suivants.
- Entraîner le moteur synchrone jusqu’à une vitesse très proche du synchronisme par un
moteur auxiliaire, puis le coupler lorsque toutes les conditions de couplage sont réunies: En
fait, le moteur d'entraînement peut être de puissance nettement inférieure à celle du moteur
synchrone si le démarrage s'effectue à vide. Dans le cas des machines synchrone munies
des excitatrices, cette dernière joue le rôle du moteur auxiliaire lors du démarrage.
- Démarrer le moteur synchrone en asynchrone : Au départ, l'inducteur n'est pas alimenté,
mais refermé sur une résistance additionnelle. De ce fait, le système est équivalent à un
moteur asynchrone (à cela près que le rotor est monophasé ici) et il démarre donc comme
ce dernier. En régime établi, la vitesse de rotation étant proche de celle de synchronisme,
l'alimentation en courant continu de l'inducteur permettra alors au moteur de s'accrocher et

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de tourner en moteur synchrone. Dans la pratique, cette opération peut être refaite plusieurs
fois si l’accrochage n’est pas atteint.

IV. Caractéristiques du moteur synchrone sous tension constante


L'interaction entre les champs d’induction étant un phénomène réversible, rien n'empêche la
machine synchrone de fonctionner en moteur. Il suffit pour cela d'alimenter son enroulement
du stator par un réseau triphasé adéquat en présence du champ inducteur au rotor. Le seul
problème qui se pose, c'est que le champ rotorique est indépendant et qu'il tourne dans
l'entrefer à la vitesse du rotor. L'interaction mécanique est donc nulle tant qu'il n'y a pas de
synchronisme, ce qui élimine toute possibilité de démarrage direct sur un réseau à fréquence
fixe. On peut remédier à ce problème en assurant une alimentation à fréquence variable en
fonction de la vitesse instantanée du moteur synchrone (une méthode connue sous le nom du
‘autopilotage du moteur synchrone’) Durant notre étude on s’intéresse qu’au régime établi, où
le moteur tourne effectivement à la vitesse de synchronisme.

La tension aux bornes du moteur synchrone lui étant imposée par le réseau qui l’alimente, il
est évident donc d’étudier le fonctionnement du moteur à tension constante.

V. Détermination du fonctionnement
La tension et la fréquence étant appliquées aux bornes de la machine (constantes), les
paramètres restants qui caractérisent le point de fonctionnement sont la f.é.m (par action sur le
courant d’excitation) et le courant de charge (dépendant de la charge entrainée).
Le fonctionnement du moteur synchrone à puissance absorbée constante est déterminé par le
courant d’excitation qui donne la f.é.m correspondante. Ainsi, le point de fonctionnement se
déplace selon l’axe P = Cte parallèle à l’axe des puissances réactives (figure III.10.a).
Le fonctionnement du moteur synchrone à courant constant est déterminé par le courant
d’excitation et le couple résistant de la charge entrainée. Ainsi, le point de fonctionnement se
déplace selon le demi-cercle de centre A et de rayon Z. I (figure III.10.b).
Le fonctionnement du moteur synchrone à courant d’excitation constant est déterminé par le
couple résistant de la charge entrainée. Ainsi, le point de fonctionnement se déplace selon le
demi-cercle de centre O et de rayon E (figure III.10.c).

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P
A A
O 𝑉 Q O 𝑉
𝑍𝐼
𝐸 𝑍𝐼
𝐸
M
M
𝑡𝑒
𝑃=𝐶
(a) (b)

O 𝑉 A
𝑍𝐼
𝐸
M

(c)

Figure III.10. Représentation du fonctionnement d’un moteur synchrone à tension et fréquence constantes

A puissance constante, le point de fonctionnement peut se situer à droit ou à gauche de l’axe


de puissances actives selon la valeur de l’excitation. On remarque que l’action sur l’excitation
permet d’absorber (à gauche) ou de fournir (à droite) et de fonctionner à 𝑐𝑜𝑠 𝜑 unitaire (sur
l’axe).
On trace les courbes de variation du courant de charge en fonction du courant d’excitation 𝐼(𝐽)
qui s’appellent courbes de Mordey ou à cause de leurs formes courbe en V. Les lieux des
minimums correspondent à 𝑐𝑜𝑠 𝜑 unitaire.

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𝐼(𝐴)
𝑃𝑢 = 𝑃3 > 𝑃2

𝑃𝑢 = 𝑃2 > 𝑃1

𝐽0
𝑃𝑢 = 𝑃1

𝑃𝑢 = 0

𝐽(𝐴)

Figure III.11. Courbes de variation 𝐽(𝐼) à vitesse et tension constantes pour différentes valeurs de la puissance

On peut même déduire la caractéristique 𝐽(𝐼) à 𝑐𝑜𝑠 𝜑 constant, en prolongeant celle de


l’alternateur. Mais elle sont peu différentes à cause de légère inclinaison de l’axe de puissance
par rapport au perpendiculaire de la tension 𝑉 .
𝐽(𝐴)
Moteur synchrone Alternateur
𝑐𝑜𝑠 𝜑 = 0.6 𝐴𝑅
𝑐𝑜𝑠 𝜑 = 0.8 𝐴𝑅
𝐽0 𝑐𝑜𝑠 𝜑 = 1
𝑐𝑜𝑠 𝜑 = 0.8 𝐴𝑉
𝑐𝑜𝑠 𝜑 = 0.6 𝐴𝑉

𝐼(𝐴)
Figure III.12. Courbes de variation 𝐽(𝐼) à vitesse et tension constantes pour différentes valeurs du facteur de
puissance

VI. Couple maximum à tension et fréquence constantes


Supposons un moteur relié à un réseau puissant (tension et fréquence constantes). Sous une
excitation constante, la puissance absorbée par le moteur de ce réseau et ainsi la puissance
mécanique fournie est limitée par un maximum. Lorsque le couple résistant sur l’arbre de la
machine augmente, la puissance active absorbée du réseau augmente aussi et le point de

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fonctionnement se déplace selon un cercle de centre O et de rayon 𝐸 passant du point initial


M0 à M1 puis M2 jusqu’à atteindre Mmax. En dehors de ce point, la puissance active diminue.
Si l'on cherche à dépasser cette limite (en augmentant le couple résistant), le moteur perd son
synchronisme et se décroche (Phénomène de décrochage). Le rotor ralentit plus en plus vite
que le champ tournant jusqu'à s’arrêter.

A0

O 𝑉 A
𝑍𝐼
𝐸
𝑃0
M0
𝑃1
M1

M2
𝑃2
M3
Mmax 𝑃3
𝑃𝑚𝑎𝑥
Figure III.13. Représentation de la puissance maximum d’un moteur à tension, excitation et fréquence constantes

La puissance maximale qu'un moteur peut absorber d’un réseau infini correspond au point
déterminé par le tangent du cercle et le parallèle à l’axe de puissances réactives. La puissance
active maximale est alors :
3𝑉 3𝑉 3𝑉
𝑃𝑚𝑎𝑥 = 𝑂𝐴0 = 𝐸 + 𝑂𝐴0 = 𝐸 + 𝑉𝑐𝑜𝑠𝜉
𝑍 𝑍 𝑍
𝑋
Avec 𝜉 est l’argument de l’impédance interne du moteur tan 𝜉 = 𝑅 . Lorsqu’on néglige la
résistance interne devant la réactance synchrone, on obtient :
3𝑉𝐸
𝑃𝑚𝑎𝑥 = (III.3)
𝑋
En négligeant quelques pertes au stator, le couple électromagnétique maximum est
directement lié à la puissance maximum comme suit :
𝑃𝑚𝑎𝑥 3𝑉𝐸
𝐶𝑚𝑎𝑥 = = (III.4)
Ω 𝑋Ω
Remarques
Le compensateur synchrone est un moteur synchrone qui tourne à vide dont la seule fonction
est de fournir ou d'absorber de la puissance réactive sur une ligne de transport ou sur un
réseau. Dans le domaine d’exploitation, pour régulariser la tension d'un réseau, on doit lui
fournir une puissance réactive pendant les heures de pointe. Inversement, pendant les périodes
creuses, on doit absorber l'excès de puissance réactive générée dans le réseau. Le
compensateur synchrone permet de compenser ces fluctuations de puissance réactive en
ajustant l'excitation selon les besoins. Le compensateur agit alors comme une énorme
capacitance ou inductance variable dont la valeur est réglable automatiquement en faisant
varier le courant d'excitation de son inducteur.
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Le fonctionnement du compensateur synchrone est déterminé par une puissance utile


nulle.LA puissance absorbée par ce moteur représente que la somme des pertes. Le point de
fonctionnement se déplace alors selon une droite parallèle à l’axe de puissances réactives.

P
𝑉 A
O Q
𝐸 M

𝑃 = Σ𝑝𝑒𝑟𝑡𝑒𝑠

Figure III.14. Représentation du fonctionnement du compensateur synchrone

Bibliographie
- G. Séguier, F. Notelet, ”Electrotechnique industrielle”. Téch et Doc, 1987.
- T. Wildi, ” Electrotechnique ”. 2ème édition, Presses de l'université de Laval.
- J. SAINT-MICHEL, ”Bobinage des machines tournantes à courant alternatif”. Techniques de
l’Ingénieur, D 3 420, traité Génie électrique.
- Luc Lasne, ”ÉLECTROTECHNIQUE ET ÉNERGIE ÉLECTRIQUE”. 2ème édition,
Dunod.

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