Vous êtes sur la page 1sur 49

UNIVERSITE HASSAN II – MOHAMMEDIA

Cours de Criminologie

5ème semestre – Licence en Droit Privé

Professeur : Mr Abderrachid Chakri

Année universitaire : 2014-2015

Zhadraoui
Introduction :

La naissance de la criminologie est datée généralement des travaux accomplis par trois
savants italiens dans les dernières décennies du 19ème siècle : Cesare Lombroso (1835-1909),
médecin militaire, créateur de l’anthropologie criminelle dont l’ouvrage « l’homme criminel »
paru en 1876 est fondamental, Enrico Ferri (1856-1929), professeur de droit et de sociologie,
auteur de la fameuse « sociologie criminelle » parue en 1881 sous le titre « les nouveaux
horizons du droit pénal » et Rafael Garofalo (1851-1934), magistrat dont « la criminologie »
publiée en 1885 est célèbre. La criminologie existe donc depuis plus d’un siècle.

Mais malgré son passé, la criminologie soulève encore un grand nombre de questions qui
demeurent toujours sans réponses nettes. Parmi elles, deux sont fondamentales :

 La criminologie est-elle une science pluridisciplinaire qui emprunte ses données de


base aux différentes sciences de l’homme, ou une science véritable et autonome ?
 La criminologie est-elle une science théorique ou une science pratique ?

Pour répondre à ces deux questions, il convient de s’interroger tour à tour sur le concept de
cette discipline, sur son objet spécifique et ses tendances principales.

Section 1.01 Définitions de la criminologie


On définit souvent la criminologie comme « l’étude scientifique du phénomène criminel » « la
science du phénomène criminel » ou « la science du crime ».

Ces définitions, qui paraissent à première vue simples par leur généralité, recouvrent des
notions extrêmement variables de la criminologie.

En effet, l’examen de la littérature consacrée à la définition de la criminologie démontre qu’il


n’existe pas de définition uniforme de celle-ci, mais une diversité de définitions.

Cette diversité est attestée par le fait qu’il y a presque autant de conceptions de la
criminologie que de criminologues.

Certains auteurs ont regroupé l’ensemble des disciplines, qui étudient les divers aspects du
phénomène criminel sous le vocable de criminologie, tandis que d’autres ont réservé ce terme
à l’étiologie criminelle. Il en est résulté des définitions extensives et des définitions restrictives
de la criminologie.

I. Les définitions extensives de la criminologie :

Les définitions extensives ou larges de la criminologie se caractérisent par le fait que le terme
de « criminologie » y recouvre un nombre plus au moins grand de sciences criminelles.

Nous examinons dans ce paragraphe, la définition d’Enrico Ferri, la conception de l’Ecole


encyclopédique et celle de l’Ecole américaine classique.

Zhadraoui
A. La définition de Ferri :

La définition la plus large est celle de l’un des fondateurs de la criminologie, l’italien Enrico
Ferri pour qui la « sociologie criminelle », terme qui doit être entendue dans son œuvre
comme synonyme de « criminologie », est la somme de toutes les sciences criminelles. Elle
englobe notamment le droit pénal qui n’est rien d’autre que le chapitre juridique de cette
science plus générale qui est la sociologie criminelle. Cette conception a été reprise par un
élève de Ferri, V.V Stanciu et par certains sociologues dont notamment, Denis Szabo.

B. La conception de l’école encyclopédique :

Parmi les conceptions les plus extensives de la criminologie, on trouve encore celle qui a été
développée par l’Ecole autrichienne encyclopédique représentée par Hans Gross, Grasberger
et Seelig. Sans doute, ces auteurs se séparent ils de Ferri en ce qu’ils distinguent
soigneusement le droit pénal de la criminologie. Selon eux en effet, il faut différencier deux
aspects dans le phénomène criminel : les aspects normatifs qui relèvent du droit pénal et les
aspects réels ou positifs qui seuls font partie de la criminologie. Mais au-delà de cette
distinction, le champ de la criminologie demeure extrêmement vaste et fait de celle-ci une
science composite puisqu’elle comprend non seulement l’étiologie criminelle, mais également
la criminalistique et la science pénitentiaire. De là son appellation d’Ecole encyclopédique. En
France, cette conception a été reprise par M.Larguier.

C. La conception de l’école américaine classique :

C’est encore dans une perspective étendue, que se situe la définition donnée à la criminologie
par l’américain Sutherland. Selon cet auteur, la criminologie est la science qui étudie
l’infraction en tant que phénomène sociale. Son domaine englobe les processus de
l’élaboration des lois, de l’infraction aux lois et des réactions provoquées par l’infraction aux
lois. De la sorte la criminologie se diviserait en 3 branches principales :

 La sociologie du droit pénal, qui s’efforce de faire une analyse scientifique des
conditions du développement des lois pénales
 L’étiologie criminelle, qui se propose l’analyse scientifique des causes de la criminalité
 La pénologie, qui traite de la lutte contre la criminalité

La conception de Sutherland a eu une grande influence sur la pensée criminologique


contemporaine. En incluant en effet dans la criminologie, à côté de l’étiologie criminelle, la
sociologie du droit pénal et la pénologie, l’approche de cet auteur contenait en germe le
développement de points de vue nouveaux sur l’action criminelle fondés sur les analyses
effectuées dans ces deux sous disciplines. C’est précisément ce qui s’est produit avec
l’apparition dans les années 60 des perspectives interactionnistes et de la théorie de la
stigmatisation (labelling-theory), puis dans les années 70 de la criminologie radicale et de la
criminologie critique. Ces nouvelles approches ont donné naissance à la criminologie dite de

Zhadraoui
« la réaction sociale » qui met l’accent non plus sur l’acte criminel et son auteur, mais sur le
contenu et les effets de la réaction sociale à la délinquance, et en dernier lieu sur la victime.

Finalement on dit volontiers aujourd’hui que la criminologie comprend en gros quatre


domaines :

 La criminogenèse
 La criminologie organisationnelle
 La criminologie interactionniste
 La criminologie victimologique

Zhadraoui
II. Les définitions restrictives de la criminologie :
A. Idées communes :

Toutes ces définitions s’accordent d’abord à admettre que criminologie et droit pénal
constituent deux disciplines distinctes. La criminologie a une fonction positive et
expérimentale. Le droit pénal a en revanche, une fonction normative. Elles présentent donc
toute la caractéristique de s’opposer à la conception de Ferri sur ce point.

Mais en outre, ces définitions restrictives répudient les autres conceptions extensives de
l’objet de la criminologie en ce qu’elles assignent à celle-ci pour but exclusif l’étude de
l’étiologie et de la dynamique criminelle et écartent ainsi de son champ d’investigation aussi
bien la sociologie du droit pénal que la criminalistique, la pénologie et la prophylaxie
criminelle.

B. Différences :

A l’intérieur de ces limites, les contours de la criminologie ne sont pas tracés toujours avec la
même rigueur.

a. Une tradition qui remonte au début du siècle, cantonne la criminologie dans le rôle
d’une science pure (théorique) se proposant l’étude des causes et des lois de la
délinquance. Cette conception a été dégagée au début du siècle par Cuchen et a été
reprise dans les travaux préparatoires du IIème Congrès International de Criminologie
tenu à Paris en 1950 et on la retrouve chez nombre d’auteurs tel Olof Kinberg,
Marquiset et MM. Stéfani, Levasseur et Jambu- Merlin. Pour ces derniers auteurs
notamment, la criminologie se définit comme : « l’étude des causes de la
délinquance ».

b. Mais une autre conception restrictive de la criminologie voit, cependant dans celle-ci,
non seulement une science théorique, mais également une science appliquée. Telle
est notamment la position de Pinatel qui s’est efforcé de dégager une conception de
la criminologie qui tienne compte des préoccupations pratiques qui avaient présidé à
sa naissance, sans pour autant se condamner à une représentation encyclopédique de
cette science. Pour cet auteur, la criminologie doit être distinguée tour à tour du droit
pénal, de la criminalistique et même de la pénologie. Cependant, elle ne peut se
cantonner dans l’étude des facteurs et des mécanismes de l’action criminelle. Comme
la médecine, elle n’a de signification que par son utilisation pratique. Aussi se diviserait
elle en deux branches, la criminologie générale, science théorique, qui coordonnerait
les diverses données recueillies sur les facteurs et les mécanismes de la délinquance,
et la criminologie clinique, science pratique, qui consisterait dans l’approche
multidisciplinaire du cas individuel en vue du traitement du délinquant et de la
prévention de la récidive. C’est finalement la criminologie clinique qui représenterait
la partie la plus spécifique de la criminologie.

Zhadraoui
Section 1.02 Objet de la criminologie :

Il résulte des définitions qui précédent que la détermination de l’objet de la criminologie pose
en réalité deux problèmes : un problème de domaine et un problème de contenu. La première
question a pour objet de délimiter les frontières de la criminologie relativement aux autres
sciences criminelles : il s’agit de savoir ce qui entre et ce qui n’entre pas dans le champ
d’application de la criminologie (I). Quant à la seconde question, elle suppose déjà délimité le
domaine de la criminologie et s’interroge alors sur ce qu’elle contient à l’intérieur de ces
limites (II)

I- Le domaine de la criminologie :
Les difficultés de frontières se situent sur 4 fronts : le droit pénal et la politique criminelle, la
criminalistique, la pénologie et la sociologie pénale.

A- Criminologie, droit pénal et politique criminelle :

Le problème de la distinction entre la criminologie et le droit pénal et la politique criminelle,


est le débat le plus ancien suscité par l’apparition de la criminologie puisque celle-ci s’est
constituée contre le droit pénal néo-classique.

A l’origine en effet, le débat était dominé par l’opposition entre les partisans de
l’impérialisme criminologique pour qui le droit pénal ne devait plus être considéré que
comme un chapitre de la criminologie. Et les tenants de l’Ecole technico-juridique du droit
pénal selon laquelle, criminologie et droit pénal étaient deux disciplines entièrement
distinctes, sans rapports l’une avec l’autre. Aujourd’hui à la suite d’inflexions successives du
débat, il n’est plus grand nombre pour nier que les deux matières sont à la fois distinctes et
liées entre elles par certaines relations.

a- Distinction :

La distinction de la criminologie et du droit pénal est attestée par l’existence de deux


grandes sociétés scientifiques internationales : la société internationale de criminologie, crée
en 1934 par l’italien Benigno di Tullio et l’association international de droit pénal par Prins,
VAN Hamel et Von Liszt. Elle repose sur le fait que les deux disciplines bien qu’ayant le
même objet : l’action criminelle, ne l’étudient pas du tous du même point de vue. Le droit
pénal est une discipline normative qui déclare « ce qui doit être ». Autrement dit, le droit
pénal étudie les normes juridiques relatives à la pénalité, tandis que la criminologie se
penche sur les faits et les personnes auxquelles se réfèrent les normes juridico-pénales.

De cette distinction résulte une différence de méthode d’étude de cet objet qui l’action
criminelle. Alors que le droit pénal utilise les méthodes caractéristiques de la science du
droit qui reposent sur l’analyse interprétative des sources du droit et la synthèse théorique

Zhadraoui
de leurs données, la criminologie recourt aux méthodes empiriques spécifiques des sciences
sociales en les adaptant à la complexité particulière de son objet.

Cependant, cette distinction n’exclut pas que des rapports étroits se lient entre la
criminologie et le droit pénal.

b- Rapports :

Pour s’élaborer, le droit pénal doit tenir compte du donné scientifique qui lui est fourni par
la criminologie. Celle-ci se trouve donc être une source du droit pénal. D’ailleurs, nombreux
sont les exemples de l’influence de la criminologie sur le droit pénal (individualisation de la
peine : arts 141 à 162 du code pénal, mesure de sûreté : arts 61 à 92 du code pénal, etc.).

Par ailleurs, le droit pénal constitue une des sources de la criminologie, car c’est à partir de
son application qu’elle peut étudier les délits et les délinquants.

L’étude des rapports du droit pénal et de la criminologie peut faire l’objet d’une discipline
intermédiaire, où juristes et criminologues sont susceptibles de se rencontrer : la politique
criminelle.

Selon l’allemand Von Liszt, la politique criminelle est la discipline qui, en fonction des
données philosophiques et scientifiques s’efforce, compte tenu des circonstances
historiques, d’élaborer les doctrines répressives et préventives pouvant être appliquées dans
la pratique.

Ancel a repris et développé les vues de Von Liszt. Il estime que la politique criminelle est à la
fois une science et un art, dont l’objet est de permettre la meilleure formulation des règles
positives, à la lumière des données de la science criminologique.

B- Criminologie et criminalistique :

La criminalistique ou science du procès est l’ensemble des sciences et des techniques


utilisées en justice pour établir les faits matériels constitutifs de l’acte délictueux et la
culpabilité de la personne qui les a commis. Ainsi définie la criminalistique comprend : la
médecine légale, la police scientifique, la police technique, la psychologie judiciaire.

Contrairement au point de vue de l’Ecole encyclopédique autrichienne, la criminalistique ne


fait nullement partie de la criminologie car elle a un but exclusivement probatoire alors que
la criminologie a pour objectif l’explication de l’action criminelle. De la sorte, la
criminalistique constitue plutôt un ensemble de techniques annexes de la procédure pénale.

Toutefois, la criminalistique n’est pas sans rapports avec la criminologie. D’une part, la
criminalistique puise dans la criminologie des données qui l’aident à perfectionner les
méthodes d’identification et de recherche des délinquants.

Zhadraoui
D’autre part et à l’inverse, la criminologie trouve dans la criminalistique des enseignements
très précieux pour l’étude du crime et des criminels. Par exemple, il est très utile pour le
criminologue de savoir quels sont les divers modes d’exécution des vols ou encore quelles
personnes sont habituellement victimes d’escroquerie.

C- Criminologie et pénologie :

La pénologie est la branche des sciences criminelles qui étudie les fonctions des sanctions
pénales, les règles de leur exécution et les méthodes utilisées dans leur application.

Autrefois, on parlait de « science pénitentiaire » parce que son objet se rapportait aux seules
peines privatives de liberté. Mais la science pénitentiaire s’est élargie à la pénologie à partir
du moment où elle a pris également pour objet d’étude les peines et les mesures de sûreté
autres que l’emprisonnement.

A la fin du siècle dernier, on assimilait généralement en France la pénologie à la criminologie.


Cette conception est encore adoptée de nos jours aux Etats-Unis où le terme de criminologie
a recouvert pendant longtemps en fait deux domaines : l’étiologie criminelle et la pénologie.
Cette assimilation n’est pas sans raison car, si l’on veut lutter efficacement contre la récidive,
il faut connaître les facteurs et processus de l’action criminelle, ce qui est l’objet premier de
la criminologie. Cependant cette extension du champ de la criminologie doit être rejetée
pour diverses raisons qui procèdent de là l’analyse du contenu de cette discipline complexe
qui est la pénologie. Celle-ci comprend en effet 3 grandes branches : le droit d’exécution la
technique de l’administration des institutions pénitentiaires et la thérapeutique criminelle.
Or les deux premières branches relèvent du droit pénal et du droit administratif et se
distinguent de ce fait de la criminologie.

Quant à la thérapeutique criminelle, c'est-à-dire l’ensemble des traitements utilisés pour


prévenir la récidive, ses buts et ses méthodes peuvent suivant le cas, n’avoir aucune
correspondance réelle avec les données de la criminologie.

Mais si la pénologie et la criminologie doivent ainsi être distinguées, elles n’en sont pas
moins reliées l’une à l’autre par l’intermédiaire d’une branche importante de la criminologie
qu’est la criminologie clinique.

D- Criminologie et sociologie pénale :


a- La sociologie pénale :

La sociologie du droit pénal et de la justice pénale, ou sociologie pénale, est la branche de la


sociologie juridique qui étudie les divers aspects de la réaction sociale contre le crime, non
en tant que normes juridiques, mais en tant que faits sociaux susceptibles d’être
appréhendés par les méthodes de la sociologie.

La sociologie pénale comprend en gros 2 parties :

Zhadraoui
 La sociologie du droit pénal proprement dit, ou « juristique criminelle », qui consiste
dans l’étude empirique des lois pénales
 La sociologie de la peine qui, prenant les peines comme des faits sociaux, s’interroge
sur les conditions sociologiques de leur apparition et de leur développement ainsi
que sur les effets qu’elle entraîne dans la société
 La sociologie du procès pénale enfin, qui étudie comment fonctionnent les divers
organes de la justice pénale (police, parquets, juge d’instruction, juridictions de
jugement, etc.) et quels sont les résultats sociologiques de leurs activités.
b- Distinction et rapports :
1- Distinction :

Il existait depuis longtemps un courant de pensée qui tendait à considérer la sociologie du


droit pénal comme une branche de la criminologie (tenants de l’Ecole américaine classique) :
c’est la thèse de l’appartenance soutenue en France par MM. Vouin et Léauté.

Mais aujourd’hui les sociologues du droit pénal vont beaucoup plus loin ; ils identifient la
criminologie à la sociologie du droit pénal sous l’appellation de « criminologie de la réaction
sociale ». Cette conception qui a pris naissance aux Etats-Unis a gagné en proche tous les
pays d’Europe.

Il existe pourtant des différences fondamentales entre la criminologie et la sociologie pénale


tant en ce qui concerne leurs objets respectifs que leur méthode. La criminologie a
essentiellement pour objet d’expliquer les facteurs et les processus de l’action criminelle,
alors que la sociologie pénale étudie les divers aspects empiriques de la réaction à cette
action. Ainsi que l’a écrit le Doyen Carbonnier : « la sociologie du droit pénale, qui étudie le
phénomène de la répression, la réaction de la société non délinquante au délit, est quelque
chose d’essentiellement différent de la sociologie criminelle qui étudie le phénomène de la
criminalité, le passage des délinquants à l’acte ».

« La criminologie de la réaction sociale », écrit encore Pinatel : « n’est pas une criminologie à
proprement parler. Elle est la science des effets, des conséquences du crime ; elle n’est pas la
science du crime… elle est une branche de la sociologie juridique et pas autre chose ».

Différente de la criminologie par son objet, la sociologie du droit pénal l’est encore par ses
méthodes. Alors en effet que la criminologie est par sa nature interdisciplinaire et emprunte
ses méthodes de base aux diverses disciplines qui la constituent (biologie criminelle,
sociologie criminelle, psychologie criminelle…) pour recourir ensuite à une méthode
synthétique, la sociologie pénale est unidisciplinaire et applique les seules méthodes de la
sociologie.

Le fait que la criminologie et la sociologie pénale doivent être soigneusement distinguées,


n’exclut nullement l’existence de relations parfois fortes étroites entre les deux disciplines.

2- Rapports :

Zhadraoui
Les travaux de la sociologie du droit pénal et de la justice criminelle sont en effet très
utiles aux criminologues pour mieux comprendre certains aspects de l’action criminelle.
C’est ainsi que les insuffisances et les malfaçons du système de justice pénale mis en
évidence par la sociologie pénale ne sont pas étrangères à la constitution des situations
précriminelles et même à la formation de la personnalité de certains délinquants.

Mais les influences ne sont pas à sens unique. La sociologie du droit pénale
contemporaine néglige trop souvent tout ce qu’elle peut puiser dans l’étude de l’action
criminelle. Les délits et les délinquants n’induisent-ils pas, dans une certaine mesure, la
manière dont la justice pénale fonctionne ? Si le juge contribue à façonner le criminel, le
criminel ne détermine-t-il pas aussi en partie la manière de réagie du juge ? Ce sont là
quelques-unes, parmi les nombreuses questions suggérées par la criminologie, que les
sociologues du droit pénal et de la justice pénale feraient bien de se poser.

On a vu ainsi, en procédant par élimination successive, se décanter et se circonscrire le


domaine de la criminologie. Encore reste-t-il à en explorer le contenu.

II. Le contenu de la criminologie :


L’examen du domaine de la criminologie a montré qu’en définitive la criminologie apparait
essentiellement comme la science qui étudie les facteurs de l’action criminelle, leur
interaction et les processus qui conduisent au passage à l’acte délictueux, ainsi que les
conséquences que l’on peut tirer de ces connaissances pour une lutte efficace contre la
délinquance.

Mais si la criminologie se réduit ainsi à ces dimensions, son contenu n’est pas autant facile à
dégager. La détermination de celui-ci pose de multiples problèmes qui gravitent autour des
deux questions suivantes :

 La criminologie est-elle une science pluridisciplinaire ou une science véritable et


unitaire ?
 La criminologie est-elle une science théorique ou une science pratique ?
A- La criminologie science pluridisciplinaire ou science véritable et unitaire ?

La difficulté de cette question tient au fait que l’étude scientifique du crime et du délinquant
a été élaborée, non pas directement en elle-même mais par le biais de diverses sciences de
l’homme. Il convient donc d’exposer d’abord quelles sont les sciences constitutives de la
criminologie avant d’examiner la nature de cette discipline.

a- Les sciences constitutives de la criminologie :

Pour comprendre la dimension exacte de ces sciences, la meilleure méthode consiste à les
suivre dans leur ordre d’apparition chronologique : biologie criminelle, sociologie criminelle,
psychologie criminelle.

10

Zhadraoui
1- La biologie criminelle :

Le premier aspect du phénomène criminel qui a retenu l’attention est son aspect biologie ? Il
a donné lieu à la fameuse théorie du « criminel-né » construit par le fondateur de la
criminologie, l’italien CESARE LOMBROSO, selon laquelle il existerait chez les délinquants des
stigmates anatomiques, et physiologiques qui les distingueraient des non-délinquants.

Aujourd’hui la biologie criminelle, que l’on appelait jadis l’anthropologie criminelle, n’étudie
pas seulement les aspects anatomiques et physiologiques de la personnalité du délinquant.

Elle s’intéresse aussi à ses aspects génétiques, biotypologies, biochimiques, voire même bio-
sociaux. Elle a pour tâche d’étudier les particularités biologiques les plus diverses qui
pourraient se trouver chez les délinquants et de proposer les traitements médicaux qui
seraient susceptibles d’y remédier. Il existe donc une partie médicale dans la criminologie.
Les progrès considérables réalisés récemment dans le domaine biologique sont d’ailleurs
susceptibles d’ouvrir à la criminologie des horizons tout à fait nouveaux.

2- La sociologie criminelle :

Le second aspect sous lequel a été abordée l’action criminelle est son aspect
sociologique. Guerry et Quetelet avaient formulé, dès la première moitié du 19ème siècle,
diverses « lois » de la criminalité prenant appui sur les premières statistiques criminelles.
Mais l’étude des facteurs sociologiques du crime a surtout été l’œuvre de l’Ecole française
du milieu social de la fin du 19ème siècle avec Tarde, Durkheim, Lacassagne et Joly.

Ferri, à son tour, a grandement insisté sur le rôle joué par les facteurs sociologiques de la
délinquance est devenue par la suite en grande partie une spécialité de la criminologie nord-
américaine ; des auteurs comme Sutherland, Sellin, Cohen, etc., ont mis l’accent sur le rôle
des conflits de culture et des sous-cultures délinquantes de l’étiologie criminelle. Depuis le
début des années soixante, la sociologie criminelle a cédé le pas à la sociologie de la
déviance orientée essentiellement par l’Ecole interactionniste puis l’Ecole radicale, vers
l’étude de la réaction sociale contre la déviance.

Mais en laissant de côté cette dernière tendance, qui n’appartient pas à la criminologie mais
à la sociologie pénale, le domaine de la sociologie criminelle apparaît comme extrêmement
vaste. Elle étudie le phénomène criminel en tant que phénomène social et phénomène de
masse. Elle s’occupe de l’étude de la criminalité considérée dans son ensemble, comme de
l’analyse de l’influence de l’environnement familial et social du délinquant et des relations
interindividuelles qui s’établissent entre le délinquant et son environnement. C’est la
sociologie criminelle encore qui se penche sur les problèmes du reclassement social du
délinquant comme sur celui de la prévention collective du crime.

Pour mener à bien sa tâche, la sociologie criminelle s’appuie sur les statistiques criminelles
qui renseignent sur la structure et les variations de la criminalité dans le temps comme dans

11

Zhadraoui
l’espace. Elle nourrit ses développements des données de l’ethnologie, de la géographie
humaine, de la science économique et en dernier lieu de l’histoire sociale. D’autre part, la
diversité des cultures et des comportements sociaux selon les sociétés ont soulevé le
problème de la comparaison en criminologie ; il y a ainsi une criminologie comparative en
plein essorµ.

3- La psychologie criminelle :

L’aspect psychologique, au sens le plus large du terme, est le dernier aspect sous lequel a été
étudiée l’action criminelle.

A vrai dire, il y a fort longtemps que la psychiatrie s’est penchée sur les aspects du
phénomène criminel qui ressortissent de la pathologie mentale.

La psychologie elle-même n’était d’ailleurs pas absente de l’œuvre de LOMBROSO, tout au


moins dans sa dernière époque.

Mais c’est l’essor de la psychanalyse qui semble avoir provoqué l’étude systématique de la
psychologie du délinquant.

Suivant la description qu’en donne Pinatel, la psychologie criminelle étudie l’intelligence, le


caractère, les aptitudes sociales et les attitudes morales du délinquant en recourant aux
tests de la psychologie expérimentale. Elle utilise également les ressources de la psychologie
clinique pour étudier les motivations de l’action criminelle et les processus mentaux qui
conduisent au passage à l’acte. Avec la psychanalyse, elle s’attache à la vie profonde du
délinquant, à ses motivations inconscientes et immédiates. Elle se rencontre encore avec la
psychiatrie lorsqu’elle aborde les aspects psychopathologiques de la conduite criminelle. Elle
s’élève enfin, à la psychologie sociale qui s’intéresse notamment aux aspects interpersonnels
du crime avec le couple criminel-victime, et tend à donner des indications curatives,
pédagogiques et éducatives pour l’organisation du traitement des délinquants.

Tels sont finalement les divers aspects par lesquels a été abordée l’étude de l’action
criminelle. La criminologie apparaît donc comme une science fondamentalement
pluridisciplinaire. Reste à se demander si elle constitue une science véritable et unitaire ou si
elle n’est que la juxtaposition des diverses disciplines de base que l’on vient d’inventorier.

b- La nature de la criminologie :

La détermination de la nature de la criminologie pose également une difficulté qu’il convient


de surmonter.

Certains auteurs tels, Laignel-Lavastine et Stanciu, n’hésitent pas à affirmer que la


criminologie est une science de synthèse autonome en comparant celle-ci à un vaste delta
créateur où viennent se déposer les alluvions représentées par ses diverses disciplines

12

Zhadraoui
constitutives et en la représentant même comme une « super science de l’homme » une
« somme des sciences de l’homme ».

D’autres, au contraire, estiment avec De Greff que « la science de la criminologie n’existe pas
en soi » ou avec Sellin que « le criminologue est un Roi sans royaume ».

Il y a effectivement difficulté pour cette raison que, s’il y a eu évolution dans les différentes
approches du phénomène criminel, cette évolution s’est faite le plus souvent, non dans le
sens d’une criminologie synthétique véritable, mais dans celui de la création de
criminologies spécialisées, c'est-à-dire des criminologies qui, tout en intégrant les diverses
données recueillies sur le phénomène criminel, conservent cependant une orientation
d’ensemble, tantôt biologique, tantôt sociologique, tantôt psychologique ou
psychanalytique. On parle ainsi de criminologie biologique, criminologie sociologique,
criminologie psychologique ou criminologie psychanalytique.

Ces criminologies spécialisées méritent-elles alors le nom de « criminologie » ou ne sont-


elles pas plutôt de simples branches spécialisées de la biologie, de la sociologie et de la
psychologie ?

La difficulté de répondre à cette question n’est toutefois pas insurmontable si l’on veut bien
se rappeler qu’une science se caractérise à la fois par son objet et par sa méthode. Or, il
n’est pas douteux que la criminologie à un objet spécifique : l’action criminelle, qui englobe
à la fois l’acte et son auteur. Elle a d’autre part une méthode qui, si elle emprunte beaucoup
aux autres sciences de l’homme, n’en présente pas moins des caractères propres.

Il n’est donc nullement excessif de considérer aujourd’hui la criminologie comme une


science véritable (en cours de construction), qui œuvre dans le sens d’une intégration des
données biologiques, sociologiques et psycho-sociales dans une synthèse véritable. Mais
s’agit-il d’une science théorique ou d’une science à la fois théorique et pratique ?

B- La criminologie science théorique ou science pratique ?

D’après l’une des classifications retenues en philosophie des sciences, on distingue entre les
sciences pures et les sciences pratiques ou techniques. Le problème se pose pour la
criminologie de savoir dans quelle catégorie la ranger.

Face à celle difficulté, deux conceptions opposées ont été soutenues. Pour les uns la
criminologie est une science pure qui se désintéresse de ses applications pratiques. Ce point
de vue a été notamment présenté par Cuche et il a servi de point de départ aux travaux du
IIème congrès international de criminologie tenu à Paris en 1950. Enrico Ferri au contraire, a
présenté la criminologie comme une science pratique et sa conception a été reprise par
nombre de criminologues, dont Jean Pinatel.

Face à ces oppositions, d’autres auteurs, tels que Blaettler et Queloz voient dans la
criminologie une science à la fois théorique et pratique. Cette opinion paraît être la seule

13

Zhadraoui
satisfaisante : elle seule, en effet, prend en compte la nature particulière de l’objet de la
criminologie, l’action criminelle en tant que mal social qui appelle la lutte contre lui en vue
de l’endiguer et de le refouler. C’est à cette opinion que s’est rangé Raymond Gassin en
définissant la criminologie comme : « la science qui étudie les facteurs et les processus de
l’action criminelle et qui détermine, à partir de la connaissance de ces facteurs et de ces
processus, les stratégies et les techniques les meilleures pour contenir et si possible réduire
ce mal social.

Il ressort de cette définition que l’étude de la criminologie comporte deux parties : une
première partie consacrée à la criminologie théorique ou générale, qui a pour objet la
comparaison des divers résultats obtenus par les sciences criminologiques ou sciences
spécialisées et une seconde partie réservée à la criminologie pratique ou appliquée, qui a
pour objet, l’étude des moyens de lutte contre la délinquance et qui sont scientifiquement
les plus efficaces.

La dimension de ce cours ne nous permet pas de traiter toutes les branches de la


criminologie, il ne sera question ici, que de la criminologie générale qui a pour objet de
coordonner, comparer et confronter les résultats obtenus par les diverses sciences
criminologiques et d’en présenter un exposé systématique.

En criminologie générale, comme dans toute science, la systématisation suppose que les
faits, soient puisés dans des sources sûres et interprétés par une méthode rigoureuse. C’est
en fonction de la détermination de ses sources que l’on déduira la division de la criminologie
générale, en étudiant la criminalité (Partie 1), le criminel et le crime (Partie 2).

PREMIERE PARTIE : L’étude de la criminalité

L’étude de la criminalité, ou ensemble des infractions pénales commises, au cours d’une


période déterminée, dans un état, ses divisions régionales, ou un groupe d’états, soulève un
grand nombre de questions. La première de toutes est de savoir si elle existe dans toutes les
sociétés ou seulement dans certaines d’entre elles. Là où elle existe, quel est alors son
volume ?

Comment est-elle structurée d’après les infractions, les délinquants, les victimes ? Enfin, ces
diverses caractéristiques sont-elles alors le fait du hasard ou procèdent-elles d’une certaine
causalité et, dans le second cas, quels sont les facteurs qui, à l’échelle de la société globale
influencent le phénomène ?

Voilà autant de questions qui se posent dans le cadre de l’étude de la criminalité.

La réponse à ces questions serait de trouver dans les recherches théoriques et empiriques
sur la criminalité de quoi proposer, à la fois une explication générale de la criminalité
(chapitre I) valable pour tous les pays (chapitre II).

14

Zhadraoui
Chapitre I : Les explications relatives à la criminalité

Chapitre II : Criminalité et types de sociétés

Chapitre I : les explications relatives à la criminalité

A partir du moment où l’on a prétendu considérer le crime comme un phénomène


susceptible d’observation, la démarche scientifique s’est naturellement orientée vers la
recherche des facteurs du crime. Mais celle-ci s’est faite dès le départ dans des directions
opposées : tandis que les uns attribuaient une importante décisive aux facteurs
anthropologiques (Section I), les autres s’attachaient principalement aux facteurs du milieu
physique et social (Section II). Ferri a eu cependant conscience de l’insuffisance de ces
explications et a proposé une synthèse des deux orientations (section III).

Section I : les explications anthropologiques :

Les explications anthropologiques ont trouvé leur expression la plus parfaite dans l’œuvre de
l’italien LOMBROSO, médecin militaire et professeur de médecine légale, qui a construit la
théorie du « type criminel » baptisée ultérieurement théorie du « criminel-né ».

I- Théorie du « criminel-né » de CESARE LOMBROSO :

L’idée fondamentale de LOMBROSO est qu’il existerait un type criminel dont les traits
caractéristiques seraient bien définis et qui s’expliqueraient par des causes
anthropologiques.

A l’origine les traits caractéristiques décrits par LOMBROSO étaient uniquement des
stigmates anatomiques, physiologiques et fonctionnels.

Il décrit ainsi :

 L’homme enclin au viol comme caractérisé par la longueur des oreilles, l’écrasement
du crâne, les yeux obliques et très rapprochés, le nez épaté et la longueur excessive
du menton.
 Le voleur, lui se distinguerait par une remarquable mobilité du visage et des mains,
par ses yeux (petits, inquiets et toujours en mouvement), par ses sourcils (épais et
tombants), par sa barbe rare, son front bas et fuyant.
 Le meurtrier, enfin, se révélerait par l’étroitesse du crâne, la longueur des maxillaires
et les pommettes saillantes.

Par la suite, l’auteur a attribué des traits psychologiques à son type criminel. Le trait
essentiel est l’insensibilité psychique qui entraîne l’atrophie des sentiments moraux de
compassion et de pitié ainsi que l’absence de scrupules et de remords qui font du délinquant
un fou moral.

15

Zhadraoui
A côté de ce trait fondamental, on trouve aussi chez ce dernier diverses caractéristiques
psychologiques importantes : violence, imprévoyance, vanité, intempérance, sensualité,
religiosité artificielle.

II- Appréciation de la théorie de LOMBROSO :

La théorie du « type criminel » a une grande importance historique. Elle rompt en effet, pour
la première fois d’une manière systématique avec la conception abstraite du criminel de
l’école classique, et elle introduit la méthode positive et expérimentale dans l’étude du
criminel.

Cette œuvre est fondée sur de longues et patientes recherches. En effet, LOMBROSO a
durant sa vie examiné 383 crânes de criminels et 5907 délinquants vivants. Il a complété ses
recherches par des investigations sur les soldats et les enfants des écoles. On peut dire que
c’est lui qui a fondé la criminologie scientifique.

Ces aspects positifs de la théorie lombrosienne ne doivent cependant pas dissimuler que
cette doctrine se heurte à des critiques. On peut en retenir quatre principales.

 Premièrement, elle ne recouvre pas l’explication de la délinquance dans son


ensemble : LOMBROSO, après avoir estimé que le pourcentage des délinquants
présentant le criminel était de 65 à 70%, a par la suite abaissé ce taux à 30-35%, ce
qui laissait sans explication la délinquance de plus de la majorité des délinquants.
 Deuxièmement, il n’est pas exact que le criminel présente les traits caractéristiques
décrits par LONBROSO a donné lieu à de vives critiques : tandis que les sociologues, à
la suite de Durkheim, niaient l’anormalité biologique du délinquant, ceux-là même
qui retenaient la validité de l’hypothèse refusaient de voir cette anormalité dans
l’atavisme pour s’orienter vers d’autres explications d’ailleurs diverses.
 Enfin on a reproché à LOMBROSO d’avoir complètement négligé les facteurs sociaux
de l’action criminelle, du moins au début alors que d’autres écoles attribuaient en
revanche à ces derniers le rôle causal essentiel.

Section II : Les explications sociologiques avant Ferri :

Les premières explications de type sociologique avant Ferri ont été dominées par deux
importantes Ecoles : l’Ecole cartographique ou géographique (I) et l’Ecole socialiste (II).

I- L’Ecole cartographique ou géographique :


Les promoteurs de cette Ecole furent le belge Quetelet (1796 – 1874) et le français Guerry
(1802-1866).

Travaillant sur les premières statistiques françaises de la criminalité pour les années 1826-
1830, Quetelet et Guerry furent frappés par la remarquable constance de la criminalité et
par le fait que les crimes contre les personnes prédominent dans les régions du sud et
pendant les saisons chaudes, tandis que les crimes contre les propriétés l’emportent dans les
régions du Nord et pendant les saisons froides : c’est la loi thermique de la criminalité.

Florissante au 19ème siècle, l’Ecole géographique est pratiquement tombée dans l’oubli avec
la criminologie lombrosienne.

16

Zhadraoui
II- L’Ecole socialiste :
L’Ecole socialiste, fondée sur les écrits de Marx et Engels, a ébauché l’examen des relations
entre le crime et le milieu économique.

Pour la doctrine marxiste, la criminalité est un « sous-produit » du capitalisme comme les


autres anomalies sociales. Elle apparaît ainsi comme une réaction contre les injustices
sociales ce qui explique qu’on la trouve surtout dans le prolétariat. La criminalité est appelée
à disparaître ou tout au moins à diminuer très fortement dans la société socialiste. Les
actions qui, dans cette société, seraient entreprises contre le bonheur de celle-ci, ne seraient
que l’effet de maladies mentales ou physiques.

Cette thèse est à l’origine d’études valables. En Belgique, Ducpétiaux, inspecteur général des
prisons et établissements de bienfaisance, montre l’influence de la misère de 1845-1847 et
de 1856-1857 sur la criminalité en Flandre. Leygot, étudiant l’effet de l’élévation du prix du
blé sur toute la criminalité reconnaît que, les attentats contre la propriété augmentent plus
sensiblement, en cette occurrence, que les attentats contre les personnes.

Section III : Les explications à l’époque Ferrienne :


Les études de sociologie criminelle se divisent, à l’époque ferrienne, en deux grands
courants :

 Celui qui voit dans la criminalité un phénomène de normalité sociale


 Celui qui voit en elle un phénomène d’anomalie sociale.

Le premier courant est dominé par l’Ecole sociologique de Durkheim (I). Quant au second, il
réunit deux Ecoles de tendances différentes :

 Celle qui pense que la criminalité est dominée par les influences sociales (Ecole du
milieu sociale (II)
 Celle qui rattache la criminalité à des influences inter-psychologique (Ecole de
l’interpsychologie) (III).

I- L’Ecole sociologique :

L’Ecole sociologique est représenté par Emile Durkheim (1858-1917) qui peut être considéré
comme le fondateur d’une théorie qui lie les conduites criminelles à la structure
socioculturelle.

Ce qui caractérise la pensée du Durkheim est que le crime est un phénomène de sociologie
normale et que, bien plus, il est un facteur de santé publique, une partie intégrante de toute
société saine.

Cette position le conduit à affirmer que la criminalité provient, non pas de causes
exceptionnelles, mais de la structure même de la culture à laquelle elle appartient : d’autre
part, la criminalité doit être comprise et analysée non pas en elle-même, mais toujours
relativement à une culture déterminée dans le temps et dans l’espace.

Ce point de vue culturel domine encore dans la sociologie criminelle américaine et en


particulier chez Sutherland et dans la théorie des conflits de culture de Sellin. Selon ce
17

Zhadraoui
dernier, il est sans conteste que la criminalité doit être analysée par rapport à une culture
donnée.

II- L’Ecole du milieu social :

L’Ecole du milieu social ou Ecole Lyonnaise dont le chef de file fut Lacassagne (1843-1924),
Professeur de médecine légale à Lyon, a mis l’accent sur l’influence prépondérante du milieu
social dans l’étiologie criminelle.

La théorie de Lacassagne se résume dans deux formules restées célèbres : « les sociétés
n’ont que les criminels qu’elles méritent » et « le milieu social est le bouillon de culture de la
criminalité, le microbe c’est le criminel, un élément qui n’a d’importance que le jour où il
trouve le bouillon qui le fait fermenter ».

Cette théorie a attiré l’attention sur les aspects sociaux de la délinquance autres que les
aspects économiques, mais elle néglige trop les aspects individuels de la délinquance et elle
n’explique pas comment le milieu social peut agir sur la personnalité du délinquant. C’est à
cette dernière question que Gabriel Tarde a essayé de répondre.

III- L’Ecole de l’interpsychologie :

Créée par Gabriel Tarde (1843-1904), magistrat de carrière, cette Ecole considère que les
rapports sociaux ne sont que des rapports interindividuels et que ceux-ci sont régis par ce
fait social qu’est l’imitation. Chez l’individu, l’imitation explique des fonctions
psychologiques telles que l’habitude et la mémoire. Sur le plan des rapports sociaux, c’est
encore par le jeu de l’imitation que s’organise et se développe la vie sociale.

A partir de là, Tarde aborde le problème de la criminalité. Son idée essentielle est que
chacun se conduit selon les coutumes acceptées par son milieu ; si quelqu’un vole ou tue, il
ne fait qu’imiter quelqu’un d’autre.

Dans cette perspective, Tarde a particulièrement étudié les criminels professionnels, relevé
leurs traits sociologiques caractéristiques et conclut que les criminels de profession ont un
langage (argot) des signes de compagnonnage (tatouage), des règles corporatives
(associations de malfaiteurs).

On voit donc que selon Tarde, l’homme n’est pas engagé dans la voie de la criminalité que
sur des conseils, des suggestions et des influences psycho-sociales.

Au terme de ce survol de la théorie de LOMBROSO et des premières explications de type


sociologique, il apparaît que ces premières Ecoles ne se sont intéressées qu’à des aspects
partiels de la délinquance. Mais si leurs travaux semblent incomplets, ils n’en ont pas moins
ouvert la voie à la première synthèse des divers facteurs de la délinquance par Enrico Ferri.

Section IV : La théorie d’Enrico Ferri :

Enrico Ferri (1856-1929) était un professeur de droit pénal à Rome et à Turin. En 1881, il
publie son ouvrage fondamental « La sociologie criminelle » où il s’est efforcé de s’élever à
une conception plus vaste que celle des doctrines décrites ci-dessous, en accordant une
place importante aux facteurs sociaux, tout en tenant compte des facteurs biologiques.

18

Zhadraoui
I- Contenu de la théorie de Ferri :

Pour Ferri, le délinquant est un être dont l’activité criminelle est déterminée par toute une
série de facteurs criminogènes, mais se combinent différemment selon les délinquants, ce
qui conduit à une classification des délinquants.

A- Les facteurs criminogènes d’après Ferri :

Pour Ferri, s’il est vrai que les conditions économiques et sociales constituent bien « le
bouillon de culture » de la délinquance, il n’en demeure pas moins certain que la question
criminologique fondamentale est de savoir pourquoi, parmi tous les sujets soumis aux
mêmes conditions exogènes, c’est tel individu et non tel autre qui devient criminel. Ferri
soutient que la réponse à cette question se trouve dans cette idée que le délit est un
phénomène complexe ayant des origines multiples ce qui le conduit à inventorier trois sortes
de facteurs : anthropologiques, physiques, et sociaux.

a- Les facteurs anthropologiques :

Les facteurs anthropologiques sont inhérents à la personne du criminel, d’où l’appellation


d’endogènes que Ferri répartit en 3 classes :

 Ceux qui tiennent à la constitution organique du criminel (toutes les anomalies


organiques en général)
 Ceux qui sont attachés à sa constitution psychique (anomalies de l’intelligence et des
sentiments)
 Ceux qui tiennent aux caractères personnels de l’individu (sexe, âge, profession, etc.)

b- Les facteurs du milieu physique ou cosmo-telluriques :

Dans les facteurs du milieu physique ou cosmo-telluriques, Ferri range le climat, la nature du
sol, les saisons, la température annuelle, les conditions atmosphériques, la production
agricole, etc., qui sont une première variété de facteurs « exogènes ».

c- Les facteurs du milieu social :

Deuxième variété des facteurs exogènes qui résultent du milieu dans lequel vit le
délinquant : densité de la population, état de l’opinion publique et de la religion,
constitution de la famille, système d’éducation, production industrielle, alcoolisme,
organisation économique et politique.

B- La classification des délinquants :

Ferri classe les délinquants en 5 catégories : deux chez qui prédominent les facteurs
anthropologiques, trois chez qui l’emportent les facteurs du milieu social.

 Les premiers sont les criminels-nés et les criminels aliénés. Les criminels-nés sont ceux qui
présentent les caractéristiques du type criminel de LOMBROSO à qui il a réservé cette
appellation célèbre. Toutefois pour Ferri, déterminisme n’est pas synonyme de fatalisme et le
criminel-né n’est pas fatalement voué au crime, car des facteurs sociaux particulièrement
favorables peuvent le prévenir. A la différence des criminels-nés qui ne sont pas atteints de
troubles psychiatriques caractérisés, les délinquants aliénés ; sont délinquants en raison d’une

19

Zhadraoui
anomalie mentale très grave, mais ici encore, Ferri expose que le contexte social dans lequel
évolue l’individu n’est pas indifférent à sa délinquance, ce qui expliquerait que parmi tous les
individus atteints de la même affection mentale, tous ne deviennent pas délinquants. A partir de
la mise en évidence de ces deux catégories de criminels dominés par des facteurs
anthropologiques, Ferri propose alors une individualisation de la sanction pénale axée sur la
neutralisation de ce type de délinquants (déportation perpétuelle ou internement de durée
indéterminée pour les criminels-nés. Les aliénés seront eux enfermés dans des asiles-prisons ou
détention perpétuelle).

 Les seconds chez qui prédominent les facteurs sociaux sont les délinquants d’habitude, les
délinquants d’occasion et les délinquants passionnels. Les délinquants d’habitude (ou par
habitude acquise) constituent une catégorie d’individus devenus délinquants persistants en
raison des conditions sociales particulièrement défavorables dans lesquelles ils ont évolué en
particulier au cours de leur enfance et de leur adolescence ; les facteurs anthropologiques ne
sont cependant pas totalement absents car, pour Ferri, les conditions sociales aussi défavorables
soient-elles, ne mènent à la délinquance que si le sujet présente une fragilité constitutionnelle
ou acquise. Les délinquants d’occasion, qui représentent la part la plus importante des
délinquants, sont des gens qui ont commis un acte délictueux en raison du poids très important
de conditions sociales défavorables sur une personnalité qui, du fait de sa constitution
biologique, manque de solidité devant l’épreuve de la tentation. Les criminels passionnels enfin
sont ceux vers lesquels va toute la tendresse de Ferri ; il en donne une description idyllique et
explique leur crime par l’action de facteurs occasionnels déterminants sur une nature
hypersensible.
 De ces analyses, Ferri tire également des conclusions de politique criminelle : neutralisation des
délinquants d’habitude (mêmes mesures que le criminel-né, avec cette différence que la mesure
de neutralisation peut être appliquée au criminel-né dès sa première infraction,. qui sera
ordinairement grave, tandis qu’elle ne sera appliquée au criminel d’habitude qu’après un
certain nombre de récidives), mesures de réadaptation sociale pour les occasionnels
(internement dans des colonies agricoles des adultes, Pour les infractions graves et remise des
mineurs à des familles honorables) et enfin, simple obligation de réparation du préjudice causé
à la victime pour les passionnels.

II- Appréciation de la théorie de Ferri :


Pour porter un jugement sur la théorie criminologique de Ferri, il convient de distinguer
entre les analyses de détails et la perspective d’ensemble.

Les analyses de détails ont donné lieu à deux séries de critiques.

On a en premier lieu, fait observer que sa classification des facteurs criminogènes manquait
de rigueur (pourquoi, par exemple, la production agricole serait un facteur du milieu
physique alors que la production industrielle relève du milieu social ?) et,

Plus encore, qu’elle situait au même niveau tous les facteurs criminogènes au mépris de la
règle des délinquants a soulevé diverses objections portant tout à la fois sur la réalité du
criminel-né et sur l’opportunité de faire du passionnel et de l’occasionnel deux catégories
distinctes. Aussi a-t-on proposé de regrouper tous les délinquants en 3 catégories
seulement : délinquant aliénés et anormaux mentaux, délinquants d’occasion et délinquants
d’habitude.

20

Zhadraoui
Si l’on s’élève maintenant à la perspective d’ensemble, on doit savoir gré à Ferri d’avoir été
le premier à montrer que l’action criminelle n’est pas un phénomène unilatéral mais un
phénomène plus complexe dans lequel entrent en ligne de compte de multiples facteurs et
d’avoir ainsi accrédité la thèse multifactorielle de la délinquance. Sur le plan de la politique
criminelle, cette perspective d’ensemble a permis d’adapter la réaction sociale à la diversité
des délinquants : l’individualisation de la sanction pénale est ainsi sortie de cette conception
multifactorielle.

Toutefois, l’œuvre de Ferri ne constitue qu’un premier pas dans la voie d’une recherche
véritablement satisfaisante de l’action criminelle, car elle présente la délinquance d’une
manière beaucoup plus mécanique que vivante, comme la résultante d’une série de facteurs
juxtaposés qui viennent se combiner pour produire l’acte délictueux à la manière d’une
réaction chimique. Or, dans la réalité, les choses sont beaucoup plus complexes.

C’est précisément pour tenir compte de cette complexité que se sont développées par la
suite les explications modernes du phénomène criminel, que la dimension de cet ouvrage ne
nous permet pas de les traiter toutes.

Au terme de ce survol des études relatives à la criminalité, on constate que les premiers
criminologues ont effectivement cru pouvoir élaborer une interprétation de la criminalité à
partir des données relatives à quelques pays européens. Mais les travaux effectués depuis
lors par les ethnologues, sociologues et historiens, ont montré que les sociétés et les
cultures sont d’une diversité indéfinie. On estime aujourd’hui que pour construire une
théorie explicative générale, il faut utiliser les données empruntées à tous les pays, ou du
moins, à des échantillons, afin de dégager les caractéristiques propres à la criminalité de
chaque société. C’est donc les rapports de types de sociétés et de la criminalité qu’il
convient de préciser dans un second chapitre.

Chapitre II : Types de sociétés et criminalité :


Selon l’expression de Pinatel : « A chaque société correspond un type défini de criminalité ».
Mais la description de la criminalité de tous les pays n’est pas possible en l’état actuel des
connaissances empiriques très limitées. Malgré l’existence d’un Centre International de
Criminologie Comparée (CICC) implanté à Montréal au Canada et l’Institut de Recherches des
Nations-Unis sur la Défense National (UNSDRI), dont le siège est à Rome, les véritables
recherches globales sur la criminalité dans le monde en sont à leur début. En fait, les seules
données suffisamment développées que fournissent les recherches sont axées
essentiellement autour des différences suivant les types de sociétés.

Pour mettre en évidence ces différences, il convient d’opposer les pays en voie de développement
(Section I), les ex-pays socialistes (Section II) et les pays développés (Section III).

Section I : La criminalité dans les pays en voie de développement :

Que représente la criminalité dans l’ensemble disparate des pays en voie de


développement ? Il n’est pas facile de le savoir car les statistiques criminelles y sont souvent
absentes et lorsqu’elles existent, si elles ne sont pas fictives ou soigneusement gardées
comme « secret d’état », elles sont souvent défectueuses. Toutefois, un certain nombre de
21

Zhadraoui
recherches d’envergure sur cette criminalité ont été réalisées depuis une vingtaine d’années,
soit pour l’ensemble des PVD, soit pour diverses régions, soit encore pour certains pays.

La comparaison des données fournies par les divers travaux avec celles qui concernent la
criminalité des pays industrialisés révèle l’existence de différences profondes entre les deux
sortes de criminalité : différence de volume d’abord, car la criminalité dans les PVD paraît
dans l’ensemble nettement inférieure à celle des sociétés plus évoluées ; différence de
structure sans doute plus encore, notamment par rapport aux sociétés occidentales. En
1996, M. Szabo caractérisait la structure de la criminalité dans les PVD en distinguant une
criminalité liée à la civilisation traditionnelle (I) et une criminalité nouvelle engendrée par le
début d’industrialisation et l’urbanisation (II).

I- La criminalité traditionnelle des pays en voie de développement :

L’originalité de la criminalité ancienne des actuels PVD n’avait évidemment pas manqué
d’être soulignée à l’époque coloniale. Mais elle n’en a pas moins persisté après
l’indépendance. On va illustrer cette forme de criminalité à travers deux séries d’exemples.

A- La criminalité traditionnelle à l’époque coloniale :

Un exemple de l’évolution de la criminalité dans les PVD a pu nous être donné par l’Algérie
pendant la colonisation française. Dans un travail intitulé « Aspects particuliers à la
criminalité algérienne », MM. A.Fourrier, P.Michaud et J.Thiodet, ont démontré que la
criminalité algérienne relevait d’un déterminisme différent de celui de la criminalité
occidentale. Ils répartissaient la population d’alors en quatre groupes de point de vue
criminologique :

 La population juive qui n’entrait qu’en très faible proportion dans les statistiques
criminelles et principalement pour des délits de fraude et ruse
 Les immigrés italiens et espagnols qui, malgré le sang chaud des méditerranées,
étaient assez paisibles car ils redoutaient l’expulsion du territoire
 La population française dont la population indigène et musulmane qui donnait à la
criminalité algérienne sa particularité : vols de bestiaux, coups de couteaux,
égorgements, usage d’armes à feu, mutilations nasales et génitales, viols.

Cette constatation avait conduit les auteurs à invoquer les mœurs, les coutumes et certains
aspects de la religion pour expliquer le comportement des auteurs de ces crimes.

B- La criminalité traditionnelle dans les pays en voie de développement indépendant :

Les travaux du Cours International d’Abidjan de 1996 sur la criminalité dans les pays
francophones d’Afrique ont montré que l’indépendance n’avait pas fait disparaître la
criminalité liée à la culture traditionnelle des habitants.

22

Zhadraoui
Celle-ci est d’abord indirectement facteur de criminalité ; la magie est à l’origine de nombre
d’empoisonnements, délits sexuels et adultères ; la solidarité familiale débouche sur le
détournement de derniers publics et la corruption ; le mode de vie pastoral est lié au vol de
bestiaux. La culture traditionnelle devient même facteur de délinquance lorsque les
législateurs de ces pays prétendent introduire des réformes inspirées des législations
occidentales telles que la suppression de la polygamie et l’usage de la dot.

Les analyses faites en 1966 se trouvent confirmées par les observations de M.Brillon dans
son livre « Ethno-criminologie de l’Afrique noire », dont la lecture permet de constater que la
criminalité liée à la culture traditionnelle demeure toujours un fait très caractéristique de
l’Afrique noire.

II- La criminalité nouvelle des pays en voie de développement :

Il existe actuellement des formes nouvelles de criminalité dans les PVD. Nous retenons trois
formes caractéristiques :

 Une criminalité liée à l’urbanisation


 Une criminalité liée au trafic de drogues
 Une criminalité liée au terrorisme et à la guérilla.

A- La criminalité urbaine :

C’est une criminalité qui est liée au fait de l’urbanisation des pays en voie de
développement, lui-même en relation avec un début d’industrialisation. Cette délinquance
revêt la forme d’une délinquance utilitaire caractérisée par des vols, cambriolages et
agressions sur la voie publique ; la prostitution y occupe aussi une place de choix.

Dans une étude intitulée : « Les mécanismes criminogènes dans une société urbaine
africaine », M.Houchon pour expliquer comment l’urbanisation a influencé le
développement de la délinquance des jeunes Kinshassais, retient trois variables :

 La détribalisation entraînant la dissociation familiale


 L’inadaptation de l’enseignement produisant des déclassés sans débouchés
 L’absence de loisirs organisés entraînant la formation de bandes.

Quant aux jeunes délinquants, l’auteur y discerne trois types :

 Le jeune désœuvré de 17 à 18 ans accomplissant des délits contre les biens


 Un type composé de jeunes occupant des emplois de service soumis à des pressions
considérables par l’étalage d’un luxe qu’ils côtoient quotidiennement et qui
commettent surtout des vols domestiques
 Un type de délinquant plus précoce, encore écolier, à l’étiologie incertaine.

23

Zhadraoui
Finalement, la tentation est grande, à partir de l’ensemble de ces données et à en croire un
haut magistrat ivoirien, M.Boni, que le mobile qui caractérise cette criminalité est surtout le
besoin lié à la misère et au chômage considérable, par opposition à la criminalité de
perversion des sociétés industrialisées. On parle encore de déviance de subsistance ou de
déviance nutritionnelle.

B- Le trafic de drogues :

Un autre aspect de la criminalité dans les pays du Tiers-Monde réside dans le trafic de
drogues à destination des pays occidentaux (Etats-Unis, Canada et Europe occidentale) avec
toute la criminalité qui gravite autour de ce trafic (assassinats, attentats contre les hommes
politiques et les forces de police et connivence avec certains mouvements de guérilla).

Sans doute, ce trafic ne date-t-il pas d’aujourd’hui. Mais il a pris une ampleur considérable
avec le développement d’une consommation de masse de stupéfiants dans les pays
occidentaux et la crise économique qui frappe durement certains pays producteurs,
notamment en Amérique Latine.

C- Le terrorisme et la guérilla :

L’une des caractéristiques des pays en voie de développement est l’ampleur des activités
révolutionnaires qui n’ont cessé de s’y développer depuis les années 50 et des actes
criminels qui les ont accompagnées ou même simplement représentées (« Tupamaroc » en
Uruguay et en Argentine, « Sentier lumineux » au Pérou etc.).

Un autre aspect non négligeable de cette criminalité liée à la situation politique est celui que
constituent les massacres entraînés par les rivalités tribales (Sikhs en Inde, Tamouls au
Sri-Lanka, Kurdes dans les pays d’Asie mineur, etc.).

Section II : La criminalité dans les ex-pays socialistes :

On se souvient que, selon la thèse marxiste traditionnelle, la criminalité est liée au système
capitaliste et est appelée, dans la société socialiste, à disparaître, ou tout au moins à
diminuer fortement. Qu’en est-il exactement ?

I- Approche et tendances d’évolution de la criminalité dans les ex-pays socialistes :


A- Approche de la criminalité :

Il existait en URSS et dans les pays socialistes d’Europe de l’Est une littérature criminologique
officielle assez abondante qui est l’œuvre de juristes et de criminologues et dont la
substance nous est connue par divers canaux (compte rendus d’ouvrages, publications à
destination de l’Occident, articles, conférences et rapports de spécialistes officiels publiés
dans revues occidentales). Dans ces divers textes, on trouve généralement, outre quelques

24

Zhadraoui
statistiques, des développements déductifs qui constituent des paragraphes plus ou moins
complexes de la doctrine marxiste-léniniste sur la criminalité.

En regard de cette version de la réalité, plusieurs sources permettent, sinon de connaître de


manière directe la criminalité des pays socialistes, du moins de s’en faire indirectement une
idée assez précise.

 Les témoignages et les écrits des dissidents passés en Occident ou ayant fait passer
leurs écrits de l’autre côté du rideau de fer.
 La presse soviétique, rapportée par la presse occidentale, et qui a pris l’habitude de
publier des faits de criminalité et leur sanction à titre exemplaire et moralisateur.
 Certains discours officiels des plus hauts dignitaires du PCUS (rapport Khrouchtchev
en 1956 dénonçant « les crimes de Staline » ; discours de Gorbatchev annonçant une
offensive contre l’alcoolisme, la corruption et l’incurie des cadres du Parti).
 Quelques études comparatives menées conjointement et dans un esprit scientifique
par des chercheurs des deux côtés du rideau de fer, dont la plus suggestive est
consignée dans un ouvrage datant de 1975 comparant la délinquance juvénile dans 4
pays : France, Hongrie, Pologne, Yougoslavie.
 Les travaux des chercheurs occidentaux ou les publications des journalistes
occidentaux sur les questions de criminalité dans les pays socialistes.

Il résulte de ces diverses sources un ensemble d’informations qui éclairent non seulement
sur le volume, mais surtout sur les traits caractéristiques de cette criminalité. Ces données
concernent la situation traditionnelle de la criminalité dans les pays socialistes, mais les
bouleversements politiques considérables qui viennent de s’y produire posent à leur tour la
question de savoir quelles modifications ils ont pu entraîner sur cette criminalité
traditionnelle.

B- Les tendances d’évolution de la criminalité dans les ex-pays socialistes :

Il n’est pas possible de se faire une opinion précise sur les tendances d’évolution de la
criminalité dans les pays socialistes et de sa répartition géographique, en raison de la
discrétion qui entoure leurs statistiques criminelles, lesquelles sont considérées comme
relevant du secret d’Etat (sauf certains pays).

D’après les informations données par les organismes de l’ex-URSS et des démocraties
populaires, le taux de leur criminalité serait nettement inférieur à celui des pays occidentaux
et il aurait été en baisse quasi-continuelle.

Ainsi pour l’URSS, M. Karpets, directeur de l’institut fédéral d’étude des causes de la
criminalité et d’élaboration des mesures de prévention de l’URSS ;

Analysant le volume de la criminalité de son pays, fait état d’une tendance à la diminution ;
pour la RDA, les statistiques auraient enregistré une baisse spectaculaire de 1946 à 1965 (de

25

Zhadraoui
500.446 à 128.661, soit en taux pour 100.000 habitants de 2771 à 756) ; pour la Pologne
Brunon Holyst, écrivait que de 1971 à 1977, il y aurait eu une diminution de la criminalité
dans son ensemble.

Les autres sources d’informations donnent cependant de la situation un tableau moins


idyllique. Ainsi l’étude comparative précitée sur la délinquance juvénile aboutit à la
conclusion que la délinquance des 14-24 ans est plus élevée en Pologne qu’en France pour
les garçons et les filles et en Hongrie pour les filles.

Quant aux organes de presse des pays de l’Est, ils donnent parfois des informations qui
contredisent la version officielle, allant même dans des cas à dresser un tableau
particulièrement sombre de la situation.

En présence de ces informations contradictoires, on peut finalement penser qu’il n’est pas
impossible que la criminalité soit moins élevée dans les pays socialistes que dans les pays
occidentaux, mais il faut bien voir s’il en est ainsi, cela ne résulte probablement pas de la
qualité du système socio-économiques, mais de la nature du régime politique. Dans un
système où la police est omniprésente et où la population est constamment encadrée par le
Parti Communiste et les organisations qui en sont l’émanation, est-il tellement surprenant
que la possibilité de commettre des délits y soit plus limitée que dans les pays occidentaux. ?

II- Les traits caractéristiques de la criminalité dans les ex-pays socialistes :


A- La criminalité avant la PERESTROÏKA :

Parlant du cas de la Pologne, le professeur Walczak de l’Université de Varsovie écrivait, en


1970, que la confrontation de l’état actuel de la criminalité avec les mesures de lutte contre
celle-ci, montrait qu’il y avait un décalage entre une législation pénale qui remontait

en grande partie à la période antérieure à la guerre de 1939 et la société née de l’avènement


du socialisme à partir de 1945 pour conclure que des formes de délinquance ont disparu ;
d’autres sont nées, telle la criminalité organisée.

Ce qui est vrai pour la Pologne, l’est, d’une manière générale, pour l’URSS et les autres pays
socialistes. Mais M.Karpets dans son article, affirmait « »qu’il n’existe pas en URSS de
criminalité professionnelle en tant que telle, sous forme de bandes de gangsters, ou groupes
de délinquants organisés ». Il y a lieu de remarquer ici quelques réserves, car divers indices
permettent de penser que la criminalité professionnelle existait bien en URSS et le crime
organisé n’y est pas une hypothèse d’école. L’observation attentive de la réalité criminelle
conduit, à cet égard, à mettre en évidence, quatre traits caractéristiques :

 L’ampleur d’une délinquance dite de fonction


 Une importante délinquance économique spécifique
 Une ample délinquance politique liée au régime communiste
 Une forte délinquance juvénile appelée « hooliganisme ».

26

Zhadraoui
a- La délinquance dite de fonction :

Il ressort de l’analyse de M. Meney dans son ouvrage « La Kleptocratie » (la délinquance en


URSS), que l’Etat socialiste organise non seulement toute la vie économique, mais aussi la vie
politique, sociale et culturelle de sorte que toutes les possibilités d’action dans ces divers
domaines sont dans les mains des dirigeants du Parti et des fonctionnaires d’Etat.

Cette emprise de la bureaucratie sur les divers aspects de la vie des soviétiques engendre
inévitablement des abus de pouvoir nombreux qui se traduisent par ce que l’on appelle la
délinquance ou délits de fonction : corruption, détournements, falsifications, etc.

Le phénomène affecte aussi bien le haut (Ministres, Premiers secrétaires des Républiques
fédérés) que le bas de l’échelle et les échelons intermédiaires, malgré une répression sévère
allant jusqu’à l’application de la peine capitale. Ancel a très justement noté que le délit de
fonction est à la société socialiste ce que le « WHITE COLLAR CRIME » est à la société
capitaliste.

b- La délinquance économique :

Pour comprendre ce que peut représenter la délinquance économique dans un pays


socialiste, il est nécessaire de savoir comment fonctionnait en gros l’économie
soviétique. Dans l’ex-URSS, on peut dire que le système de production, de répartition et de
consommation des richesses comportait 4 étapes distinctes :

 Au sommet, l’Armée et la Police qui bénéficient d’une part importante du produit


national. Ainsi, selon l’Institut d’Etudes Stratégiques de Londres, en 1984, pour un
PNB qui égalait à peu près le double de celui de la France, l’URSS dépensait plus de 5
fois plus que la France en dépenses directes l’armement (13,50% du PNB contre
5,20%) ;
 A l’étage au-dessous, la « »Nomenklatura » (environ 2 millions et demi de personnes)
qui bénéficie d’avantages en nature importants, variant selon le rang occupé dans la
hiérarchie (accès à des magasins spéciaux bien achalandés, possibilité d’avoir un
compte en banque en dollars notamment)
 A l’étage inférieur, l’économie quotidienne des citoyens ordinaires, caractérisée par
la pénurie, les queues devant les magasins et le rationnement de certains produits
 Enfin, l’économie souterraine, règne du marché noir qui affecte non seulement la
distribution, mais aussi la production

On devine aisément que dans un tel système ; une forte délinquance économique
engendrée par la pénurie et le rationnement est inévitable. Celle-ci est due non seulement
aux fonctionnaires qui abusent de leur pouvoir économique, mais aussi à tous les non
privilégiés qui sont contraints d’acheter des biens de consommation au marché noir. Suivant
une information de presse en 1989, citant l’agence soviétique de lutte contre les crimes

27

Zhadraoui
économiques, plus de 50% des pertes de l’économie soviétique proviendraient de vols
commis dans le secteur agro-industriel par des employés et par certains responsables. La
même agence aurait également déclaré que 260.000 personnes auraient été arrêtées pour
ces faits et que 2,5 millions de dollars de marchandises auraient été récupérés. Bien mieux la
production elle-même, comporte des unités clandestines souvent implantées d’ailleurs à
l’intérieur même des usines d’Etats.

c- La délinquance politique :

Le droit pénal soviétique et, à la suite, les droits pénaux des démocraties populaires ne
connaissent pas la distinction occidentale, d’origine libérale, entre délits politiques et délits
de droit commun : pour eux, il n’existe que des infractions de droit commun. La chose n’en a
pas moins une consistance très réelle, car tous les codes pénaux de ces pays s’ouvrent sur un
chapitre consacré aux « crimes contre l’Etat » aux incriminations multiples et rédigées en
termes si larges qu’elles condamnent par avance toute manifestation quelconque
d’opposition au régime.

L’application de cette législation à caractère politique a donné lieu à un très grand nombre
de condamnations, pour la plupart à des camps de travail forcé connus sous l’appellation de
« Goulag ». La population de ces camps ; composée non seulement de « détenus
politiques », mais aussi de « condamnés de droit commun », a considérablement varié au
cours de l’histoire de l’Union Soviétique. Elle a, semble-t-il, atteint son maximum en 1941
avec 13 millions et demi de détenus. Suivant le compte rendu d’un colloque tenu à Paris en
juin 1985 sur le thème : »Le Goulag aujourd’hui », il y aurait eu quelques 4 millions de
détenus répartis dans 2000 camps, soit un soviétique sur 68,5 (population de l’URSS en
1985 : 274 millions). Cette masse considérable de détenus constitue une main-d’œuvre
pénale à très bon marché qui forme le cinquième étage, le plus bas de l’économie
soviétique.

d- La délinquance juvénile ou « Hooliganisme » :

Un autre aspect important de la délinquance dans les pays socialistes réside dans
l’agressivité des jeunes qui est réprimée sous l’appellation du « Hooliganisme ». Ce délit est
défini de manière très large par les textes : violation de l’ordre public démontrant un
manque de respect à l’égard de la société (URSS), comportement antisocial susceptible de
provoquer l’indignation ou la crainte chez les autres (Hongrie), aventurisme
(Tchécoslovaquie).

Ce phénomène du « Hooliganisme » n’est pas sans analogie avec celui des « loubards »
occidentaux. Cependant, pour les criminologues des pays socialistes, il y aurait de notables
différences entre les deux sortes de comportements, car les jeunes générations
communistes auraient chez elles toutes les possibilités d’accès à l’enseignement et au travail
si bien que leur agressivité n’aurait pas de caractère instrumental, leurs délits ne seraient

28

Zhadraoui
pas pénétrés dans un but défini et, souvent commis par des groupes de camarades, seraient
issues d’une « subculture » de hooliganisme.

Du hooliganisme, il y a lieu de rapprocher le « parasitisme » souvent dénoncé par les


autorités soviétiques. Le délit, différent des classiques vagabondages et mendicité, consiste
à se dérober systématiquement au travail ou à accepter en apparence un travail et à ne pas
vivre en réalité des revenus de son travail. C’est en quelque sorte l’envers de la délinquance
d’affaires.

B- La criminalité après la PERESTROÏKA :

Les développements qui précèdent caractérisaient le volume et la structure de la criminalité


dans les pays socialistes avant que ne se soit produit sur le régime soviétique ce que l’on a
appelé « l’effet Gorbatchev » et que ne s’effondrent les régimes communistes dans les pays
de l’Est de l’Europe. L’ensemble des pays du bloc communiste se trouve ainsi dans une
période transitoire tout à fait originale, car jusqu’à présent il n’y avait pas eu d’exemple de
pays soumis à la domination communiste qui ait librement abandonné un tel régime. En
présence de ces faits historiques essentiels, la criminologie ne peut manquer de se poser la
question de savoir quel est l’impact de ces bouleversements sur la criminalité des pays
socialistes.

a) En ce qui concerne le volume global de la criminalité, pour s’en tenir à l’URSS,


on note un développement spectaculaire de la criminalité sous toutes ses
formes. Le phénomène est présenté comme une conséquence du naufrage
économique de ce pays. Mais on doit aussi y voir un effet de la libération du
régime politique.

b) Quant aux traits caractéristiques de la criminalité, pour ne prendre ici encore


que le cas de l’URSS, la corruption généralisée sévit toujours. Sur le plan
économique, l’aggravation de la pénurie alimentaire et des produits de
consommation courante (tels les vêtements et les chaussures) entretient un
marché noir plus florissant que jamais. L’alcoolisme y est plus développé
également. La drogue y a fait son apparition et son utilisation s’accompagne
du tableau bien connu des crimes qui y sont liés. La délinquance juvénile y
atteint des proportions, semble-t-il, jusque-là inégalées. Mais c’est peut-être
le développement de la criminalité organisée qui caractérise le plus cet aspect
de la « PERESTROÏKA », criminalité organisée devant laquelle les autorités
soviétiques manifestent la plus grande inquiétude.

29

Zhadraoui
Section III : La criminalité dans les pays développés :

Une criminalité se caractérise à la fois par son volume et ses traits caractéristiques. Pour
connaître le volume et les traits caractéristiques de la criminalité dans les pays développés,
on dispose de travaux nombreux. Malheureusement, il s’agit le plus souvent, d’études qui
portent sur la criminalité dans un pays déterminé ou qui comparent la criminalité dans deux
ou quelques pays seulement. Bien rares sont les travaux qui s’attachent à dégager les
caractères communs, en même temps que les différences, de la criminalité dans les pays
développés, ou du moins dans un nombre suffisamment représentatif de ces pays.

Parmi ces travaux, la plupart utilisent les données des statistiques de la criminalité, mais
quelques-uns donnent de la criminalité des pays développés une représentation
essentiellement qualificative. Ce sont ces travaux, qui sont généralement exploités pour
présenter le volume (I) et les traits caractéristiques de cette criminalité (II).

I- Le volume de la criminalité dans les pays développés :

Le volume de la criminalité dans les pays développés est relativement bien connu grâce,
d’une part aux statistiques officielles de la criminalité, et d’autre part à l’emploi des
techniques de complément ou de substitution. Il se caractérise essentiellement par deux
traits : il est élevé et il est, ou a été jusqu’à une époque toute récente, en augmentation
constante.

A- Volume élevé :

Il atteint en effet, à peu près partout, un niveau élevé, tant par rapport à ce que l’on sait de
la criminalité européenne du 19ème et de la première partie du 20ème siècle qu’à ce que l’on
peut connaître de la criminalité dans les pays en voie de développement et, probablement,
dans les pays socialistes. Toutefois, quelques pays font exception à cette caractéristique : le
Japon et à moindre titre la Suisse. D’autre part, tous les pays développés n’ont pas un niveau
élevé de criminalité d’égale importance et les variations d’un pays à l’autre ont une ampleur
non négligeable. Les USA arrivant en tête et la France occupant une position médiane.

B- Volume en augmentation constante :

L’observation vaut pour tous les pays développés, sauf le Japon qui a connu des tendances
d’évolution différentes et la Suisse dont la courbe est restée à peu près étale.

II- Les traits caractéristiques de la criminalité dans les pays développés :

Une observation attentive de la réalité criminelle des pays développés fait émerger, de la
masse des infractions qui la composent, sept types principaux de comportements
délictueux :

30

Zhadraoui
 Une délinquance « habituelle » en forte expansion
 Une délinquance juvénile développée
 Une délinquance d’imprudence et de négligence élevée
 Une criminalité organisée aux visages multiples
 Une délinquance d’affaire ou « white collar crime » très variée
 Une criminalité sociale et contestataire
 Un terrorisme de plus en plus dramatique

A- La délinquance « Habituelle » :

Le vol, les dégradations matérielles, le meurtre et les blessures volontaires, le viol et les
attentats à la pudeur, comme l’injure et la diffamation, sont des actes délictueux de tous les
jours. Mais l’une des caractéristiques de la criminalité contemporaine des pays développés
est l’accroissement important de la plupart de ces types d’actes prohibés par la loi pénale.
Cette expansion significative est due non seulement à un accroissement certain du
récidivisme, mais aussi à une augmentation massive de la délinquance occasionnelle que
M.Picca désigne par les termes de « nouveaux délinquants ». Ce sont d’abord ces individus
normaux selon la remarque de De Greeff pour la criminalité américaine qui viennent grossir
massivement le poste de la délinquance banale dans le bilan général de la criminalité.

B- La délinquance juvénile :

La délinquance des jeunes connaît dans les pays développés une ampleur sans cesse
croissante et des formes de plus en plus diversifiées.

On a vu d’abord apparaître dans les années 50 des bandes de jeunes délinquants aux
attitudes agressives et destructrices : »Teddy Boys » en Angleterre, « Habbstank » en
Allemagne, « Vitelloni » en Italie et « Blousons Noirs » en France. La formation de ces bandes
témoigne d’un état plus ou moins profond de désorganisation sociale et dont le phénomène
n’a cessé de se perpétuer. Dans les années 60, on a constaté la formation d’une autre
variété d’inadaptation juvénile de groupes surtout marqués par le vagabondage collectif et
l’usage de drogues (« Provos », « Beatniks », « Hippies »). Ces derniers comme leurs
prédécesseurs témoignent de la révolte des jeunes et ont une conception ludique de la vie.
Les provos – deux syllabes tirées du mot provocateur- sont apparus à Amsterdam à partir de
1960 et dès le début ils ont attiré l’attention en organisant des manifestations spontanées,
des séances de protestation où la police est provoquée de façon telle qu’elle devient
nécessairement partenaire du jeu. Ils honnissent l’argent, s’adonnent au vagabondage et à la
drogue et prônent la liberté sexuelle, ce qui implique la sexualité de groupe. Les beatniks
sont la version anglo-saxonne des provos et les hippies sont une variété de beatniks qui se
caractérisent par leurs excentricités, par une vie communautaire et par le fait qu’ils
propagent la drogue.

31

Zhadraoui
Les années 70 ont vu à leur tour la violence politique s’emparer de la jeunesse dans la
plupart des pays développés pour contester la société de consommation, phénomène qui
s’est toutefois atténué au fur et à mesure que la crise économique a accolé à une société qui
reste toujours de « consommation », une sorte de société de « chômage endémique » qui
frappe précisément les jeunes d’abord.

Aujourd’hui, délinquance et inadaptation juvéniles revêtent des formes multiples, depuis le


vol jusqu’à la violence politique à l’occasion, en passant par la drogue, la prostitution
féminine et masculine, les agressions, les bandes, le vandalisme et le vagabondage. On parle
de « poly déviance ». D’autre part, le nombre moyen de délits commis par les jeunes
délinquants des générations les plus récentes est significativement beaucoup plus élevé que
celui des générations nées à la fin de la dernière guerre.

C- La délinquance d’imprudence et de négligence :

L’homicide et les blessures par imprudence et négligence sont de tous les temps, mais
l’époque contemporaine a vu ces délits se multiplier dans une proportion considérable
dans les pays développés.

Trois postes sont à pointer tout particulièrement :

 Les homicides et blessures entraînés par les accidents de la circulation auxquels


s’ajoute, évidemment, l’innombrable cortège des contraventions au Code de la
Route
 Les accidents de travail engendrant la mort ou des blessures d’une certaine
gravité auxquels il convient de joindre les nombreuses violations des règles
d’hygiène et de sécurité dans l’entreprise de l’employeur
 Les négligences professionnelles portant atteinte à la vie ou à l’intégrité physique
qui sont, semble-t-il, en pleine expansion (chirurgiens, médecins, dentistes…)
D- La criminalité organisée :

Le crime organisé s’entend du crime dont la préparation et l’exécution se caractérisent par


une organisation méthodique et qui, le plus souvent, procure à ses auteurs leurs moyens
d’existence. Il en existe plusieurs variétés :

 Gangstérisme aux méthodes violentes (Racket, prise d’otages, holdup up …)


 Délinquance astucieuse (escroquerie, chantage, fraude informatique…)
 Exploitation des vices d’autrui (Prostitution, drogue, jeu…)
 « Crime en col blanc » (White Collar Crime) ou criminalité d’affaires.

On constate en occident une multiplication de la délinquance organisée sous toutes ses


formes, violentes comme rusées.

32

Zhadraoui
E- La criminalité d’affaires ou « White Collar Crime » :

Le développement de la vie des affaires dans les sociétés développées s’accompagne d’une
délinquance d’affaires spécifique, distincte de la criminalité en col blanc organisée. Il s’agit
d’actes délictueux commis à l’occasion de l’exercice de l’activité professionnelle, mais dont
les auteurs ne retirent pas l’essentiel de leurs moyens d’existence.

On peut répartir cette criminalité en 3 types d’activités pénalement répréhensibles :

 Les atteintes à la loyauté dans les relations d’affaires (Escroquerie, abus de confiance,
publicité mensongère, tromperies dans les ventes, délits en matière de sociétés, etc.)
 Les violations des règles de la libre concurrence qui mettent en cause l’égalité des
concurrents sur le marché (refus de vente, ententes, etc.)
 La violation des réglementations dirigistes économiques (prix, change…), sociales
(durée de travail, salaires, comités d’entreprise…) et fiscales (fraude fiscale, vente
sans facture, etc.).

En conséquence de cette délinquance d’affaires proprement dite, on relèvera l’important


aspect de la corruption, privée, mais aussi de fonctionnaires.

F- La criminalité sociale et contestataire :

Cet aspect non négligeable de la criminalité des pays développés est principalement l’œuvre
de groupes professionnels : paysans qui bloquent les routes, déversent sur la chaussée des
camions de marchandises appartenant à des tiers, saccagent des locaux publics, etc. ;

salariés en grève qui entravent la circulation des trains, empêchent l’accès des non-grévistes
aux lieux de travail, séquestrent leurs employeurs, détruisent le matériel de l’entreprise,
etc.

Transporteurs routiers qui entravent la circulation routière, paralysent les postes de péage
sur les autoroutes, etc.

A côté de cette criminalité sociale, il y a aussi la délinquance contestataire de groupements


et de rassemblements, tels que les écologistes qui occupent les lieux de centrales nucléaires
en construction, s’emparent des locaux de radio ou de télévision pour diffuser leurs
opinions, etc. Cette délinquance, qui n’est pas à proprement parler politique tourne assez
facilement à l’affrontement avec les forces de l’ordre et prend l’allure de la violence
politique ou se dégrade en attentats contre les installations récusées au nom de l’écologie.

G- Le terrorisme :

Le terrorisme consiste dans des actes de violence contre les biens ou les personnes inspirées
par des mobiles politiques, le plus souvent anticapitalistes ou antioccidentaux ou les deux
amalgamés (il existe aussi un terrorisme d’extrême droite). C’est l’un des aspects majeurs de
la criminalité occidentale contemporaine, non sans doute par le nombre d’actes commis

33

Zhadraoui
comparé à celui des vols et de bien d’autres actes délictueux, mais par ses incidences
politiques nationales et internationales.

Les activités terroristes peuvent être classées en 3 groupes :

 Le terrorisme à mobile indépendantiste ou autonomiste (FLNC Corse, FLB Breton, ETA


Basque)
 Le terrorisme d’extrême-gauche à mobile anticapitaliste (Fraction Armée Rouge en
RFA, Brigades Rouges en Italie, Action Directe en France, Cellules Communistes
Combattantes en Belgique)
 Le terrorisme international caractérisé par des actes terroristes perpétrés à travers le
monde, dont les mobiles et les origines sont divers.

DEUXIEME PARTIE : L’étude du criminel et du crime :

L’étude du criminel et du crime soulève toute une série de questions que l’on peut
regrouper autour de deux thèmes essentiels.

1) Pourquoi parmi tous les individus qui composent une même société et sont donc
exposés aux mêmes influences criminogènes, seuls certains d’entre eux deviennent-
ils délinquants alors que les autres observent généralement une conduite conforme
aux prescriptions de la loi pénale ? Existe-il donc des facteurs spécifiques de l’action
criminelle ? Et dans l’affirmative, où se situent ces facteurs ?
2) Si l’on peut ainsi définir une sorte de profil général de l’explication de l’action
criminelle, pourquoi d’autre part tous les délinquants ne commettent-ils pas le même
type d’actes délictueux ? Peut-on opérer des distinctions parmi les délinquants et
établir ainsi une classification de délinquants ? Peut-on aussi distinguer parmi les
actes délictueux et dresser à leur tour une classification de crimes ?

Pour répondre à ces questions, on va s’interroger, dans un premier temps, sur les facteurs
qui influencent la formation de la personnalité des délinquants (Chapitre I) et dans un
second, dresser une classification des crimes (Chapitre II).

Chapitre I : L’étude du criminel :


L’étude du criminel a donné lieu à plusieurs descriptions. Les premières étaient
anthropologiques et ont trouvé leur parfaite expression dans l’œuvre de Lombroso
« L’homme criminel » paru en 1876. L’idée fondamentale de Lombroso est qu’il existerait un
type criminel présentant un certain nombre de traits anatomiques qui le distingueraient des
non-délinquants et seraient à l’origine de ses actes criminels. Enrico Ferri, sans rejeter
complètement l’explication anthropologique a situé le type criminel de Lombroso dans une
classification d’ensemble (criminels-nés, criminels aliénés, délinquants passionnels). Ces
derniers selon Ferri, seraient influencés par des facteurs anatomiques, sociologiques et

34

Zhadraoui
psychologiques. Mais en dépit des précisions, la classification de Ferri reste tributaire du
type Lombrosien au moment où ce type a été attaqué de tout part. Aussi, certains auteurs
ont proposé d’autres descriptions biologiques, psycho-pathologiques, psychologiques et
psychosociales. La dimension de cet ouvrage ne permet pas d’examiner toutes ces
descriptions en quête des traits de personnalité du délinquant. On va seulement présenter,
dans ce chapitre, les facteurs qui influencent la formation de la personnalité du délinquant
(Section unique).

Section unique : Les facteurs qui influencent la formation de la personnalité du délinquant :

Jadis, deux grandes séries de théories de la formation de la personnalité du délinquant


s’opposaient : les théories constitutionnelles selon lesquelles la délinquance était un
phénomène inné, et les théories du milieu qui attribuaient au contraire à l’influence
exclusive du milieu de vie la formation de cette personnalité.

Aujourd’hui, il n’est plus personne pour penser que certains individus naissent délinquants,
mais un débat persiste toujours autour de la question de savoir s’il ne convient pas de
réserver une certaine place aux dispositions personnelles à côté des influences du milieu
dans la formation de la personnalité des délinquants. Aussi va-t-on s’interroger
successivement sur l’influence des facteurs individuels (I) et sur celle des facteurs du milieu (II).

I. Les facteurs individuels :

S’il est vrai qu’il n’y a plus aujourd’hui de criminologues qui considèrent que la délinquance
est un phénomène inné, certains pensent toutefois que divers facteurs ont pour
conséquence de rendre le terrain plus fragile et d’abaisser ainsi le seuil délinquantiel de
manière directe ou de rendre le sujet plus sensible aux influences criminogènes du milieu lui-
même dans la formation et l’évolution de sa personnalité. C’est le concept de terrain en
criminologie.

Cette notion de terrain résume les conditions biopsychiques de l’activité du délinquant. Elle
recouvre notamment les caractères héréditaires et innés de l’individu, ainsi que les
modifications subies tout au long de l’existence par l’organisme sous des influences
physiques ou psychiques. De la sorte l’expression de facteurs individuels ou endogènes
recouvre à la fois les antécédents héréditaires et les antécédents personnels.

A. Les antécédents héréditaires :

Parmi les divers traits de la personnalité des individus en général, il en est certains qui
proviennent de la transmission par le jeu de l’hérédité. Les supports de cette transmission
sont les gênes, éléments du chromosome disposés en série linéaire sur toute la longueur de
celui-ci. Le problème qui se pose alors en criminologie est de savoir si les conduites
criminelles ont un rapport quelconque avec l’hérédité. On connaît à cet égard l’hypothèse
lombrosienne de la régression atavique. Mais depuis, des recherches ont été faites dans ce

35

Zhadraoui
domaine. Ainsi, pour faire le point de l’état actuel des connaissances, des données peuvent
être dégagées des études généalogiques, statistiques et de l’étude dite des jumeaux.

a) Etudes généalogiques :

Les études généalogiques reposent sur la composition de tables de descendance ou d’arbres


généalogiques permettant d’établir ce qu’il est advenu des descendants d’un individu
déterminé et de calculer combien de cas de délinquance et quels types de délits se
reproduisent de génération en génération. La plus ancienne de ces études est celle établie
pour la famille Juke.

Juke, qui était un alcoolique, a eu 709 descendants parmi lesquels on trouve : 77


délinquants, 292 prostituées et souteneurs, 142 vagabonds. Des études analogues ont été
faites par la suite pour les familles Viktoria, Zero, Kallikak.

L’histoire de la famille Kallikak est enviente. Il s’agit de l’évolution parallèle de deux branches
issues du même ascendant, un soldat de la guerre de l’indépendance. Celui-ci a eu, tout
d’abord, avec une fille de mœurs légères un enfant naturel. Ce dernier était inapte social
complet et ses descendants ont été également tous socialement inaptes. Mais, une fois la
guerre terminée, le même soldat s’est marié avec une puritaine d’excellente conduite et ils
ont eu des descendants remarquables du point de vue social.

Ces études généalogiques sont tendancieuses, si l’on veut militer en faveur du déterminisme
biologique. Car il se peut très bien que le milieu social ait joué un rôle déterminant dans la
famille Juke. Quant à la famille Kallikak, son arbre généalogique a été établi sur des données
qui remontent jusqu’au 18ème siècle et personne ne sait dans quel milieu ont vécu les deux
branches de cette famille.

b) Etudes statistiques :

Les études statistiques reposent sur l’observation d’un groupe de criminels en recherchant à
propos de chacun d’eux combien de fois les ascendants ont été eux-mêmes des criminels.
Diverses enquêtes réalisées en France ont donné des résultats qui, quoique différents,
mettent en évidence une proportion importante d’antécédents héréditaires (40%, ¾ et 4/5
selon des auteurs.

c) Etude dites des jumeaux :

L’étude dite des jumeaux, consiste à comparer les comportements respectifs de jumeaux
univitellins ou « vrais jumeaux » et de bivitellins ou « faux jumeaux ». Elle repose sur l’idée
que les univitellins ayant exactement le même patrimoine génétique, si l’hérédité de l’un le
prédispose au crime, celle de l’auteur doit également l’y inciter. Les comparaisons effectuées
ont permis de constater qu’il y avait concordance de comportements chez les univitellins
dans près des 2/3 des cas, tandis que cette concordance n’existait que dans 1/3 des cas chez

36

Zhadraoui
les bivitellins. On a conclu cette fois à une influence de l’hérédité sur la délinquance. Encore
s’agit-il de savoir ce qui peut être transmis.

Lombroso et son disciple, Ferri, avaient affirmé l’existence d’une disposition héréditaire à la
criminalité consistant en quelque chose de spécifique qui n’a pas encore été déterminé et
Garofalo avait pensé que cette disposition résidait dans l’absence, l’éclipse ou la faiblesse du
sens moral.

L’Ecole biologique de Graz a présenté ultérieurement une analyse moins simpliste : pour
elle, ce ne sont pas les actes criminels des ancêtres qui sont transmis par hérédité, mais
seulement les tendances qui se trouvent à leur base et qui peuvent être considérées comme
criminogènes : excitabilité, agressivité, etc.

Aujourd’hui les études cytogénétiques concluent d’une manière plus vague à une fragilité du
terrain pour marquer qu’il s’agit seulement d’une conjonction malheureuse d’éléments
héréditaires non liés à un chromosome unique,

Mais héréditairement distincts dans leur origine. Le « chromosome du crime », cela existe-t-
il ?

B. Les antécédents personnels :

En plus des antécédents héréditaires, il faut tenir compte des antécédents personnels. A cet
égard, il convient de distinguer ceux qui sont antérieurs à la naissance, ceux qui sont
concomitants à la naissance et ceux qui lui sont postérieurs.

a) Antécédents antérieurs à la naissance :

Diverses influences congénitales peuvent expliquer les troubles de l’intelligence ou même du


comportement, dont les accidents de la conception de l’embryon provoquant la formation
d’aberrations chromosomiques.

Il ressort des études effectuées en cytogénétique que certains hommes possèdent un ou


plusieurs chromosomes sexuels (gonosomes) supplémentaires dans leur caryotype dont la
formule normale est XY. Ces aberrations gonosomiques peuvent en premier lieu consister
dans la présence d’un ou plusieurs X supplémentaires (syndrome de Klinefelter) qui se
caractérise par une morphologie ennuchoïdique assez typique de la débilité mentale.
Nombre de recherches effectuées sur la question ont mis en évidence la fréquence du
comportement antisocial chez les individus qui présentent ce syndrome ; mais comme celui-
ci est un phénomène relativement rare, les délinquants qui en sont atteints, principalement
des auteurs de délits sexuels, mais aussi des homicides et des voleurs, ne représentent eux-
mêmes qu’une faible proportion dans la population délinquante. Les aberrations
gonosomiques peuvent en second lieu résulter d’un ou plusieurs Y supplémentaires qui
donnent des sujets de grande taille et des personnalités dont la description rejoint celle des
psychopathes. Ici encore, nombre d’études ont établi que ces sujets à caryotype XYY sont

37

Zhadraoui
proportionnellement beaucoup plus nombreux parmi les délinquants que dans la population
normale, mais comme ce syndrome est également relativement rare, on estime que ces
sujets ne représenteraient pas plus de 1 à 2% de la population des délinquants de sexe
masculin.

b) Antécédents concomitants à la naissance :

La médecine attache une grande importance au traumatisme obstétrical que l’on considère
comme l’une des causes les plus fréquentes de la débilité mentale. En ce qui concerne
l’accouchement lui-même les statistiques relatives aux mineurs ont depuis longtemps noté
le traumatisme obstétrical dans les antécédents personnels. Le Docteur G.Heuyer le note
dans 7,7% des cas.

c) Antécédents postérieurs à la naissance :

Ces antécédents sont nombreux et variés : troubles du premier développement, maladies


infectieuses à ralentissement encéphalique, acquisition de l’habitude de l’alcoolisme,
existence de moments dangereux, en particulier la puberté. Aux antécédents physiologiques
s’ajoutent les antécédents pathologiques proprement dits. La maladie a toujours pour effet
de constituer pour le sujet malade un handicap social important et d’avoir de ce fait des
conséquences psychologiques, voir criminogènes indirectes. On a notamment signalé le cas
de la syphilis, de la débilité motrice et de la tuberculose ; on doit tenir compte aussi des
accidents du travail qui entraînent une diminution de la capacité de revenu par le travail
ainsi que le chômage.

Tous ces éléments cependant ne doivent pas être considérés comme des facteurs
criminogènes directs, mais seulement comme des facteurs qui contribuent à altérer
l’équilibre psychologique du sujet et à fragiliser le terrain de sorte que l’action même des
facteurs du milieu deviendra plus marquante.

II. Les facteurs du milieu :

Le milieu désigne en général, le monde environnant dans lequel un individu se trouve situé.
En criminologie, on distingue plusieurs milieux : le milieu physique et géographie dans lequel
vivent les hommes et le milieu social tout d’abord. Le premier n’intéresse que l’étude de la
criminalité. Quant au milieu social, on sous-distingue entre le milieu social général qui est
formé par toutes les conditions générales de la société qui produisent des conséquences
communes à tous les citoyens d’un même pays (situation politique, économique, sociale,
culturelle) et le milieu personnel qui se rapporte au contraire à l’environnement immédiat
des individus. Ici encore, l’étude du milieu social général, relève de l’étude de la
criminalité. C’est le milieu personnel dont l’influence est plus directe et plus décisive sur
chaque individu qui intéresse seul l’étude du criminel.

38

Zhadraoui
Pour étudier l’influence des facteurs du milieu personnel sur la formation de la personnalité
du délinquant, il convient de se référer à la distinction que fait De Greeff au sein de ce milieu
entre le milieu inéluctable, le milieu occasionnel, le milieu choisi ou accepté et le milieu subi.

A. Le milieu inéluctable :

Est dit « inéluctable », le milieu dans lequel l’individu ne peut pas ne pas vivre, d’abord du
fait de sa naissance, ensuite du fait de son environnement immédiat. Aussi a-t-on pour
habitude de distinguer deux aspects dans le milieu inéluctable : le milieu de la famille
d’origine et celui que forment l’habitat et le voisinage.

a) La famille d’origine :

La famille d’origine joue un rôle capital dans la formation de la personnalité du délinquant.


Nombreuses sont en effet les recherches qui établissent que lorsqu’une perturbation vient
troubler l’action qu’exerce normalement la famille sur l’enfant, on voit souvent apparaître
plus tard des cas de délinquance. L’influence de la famille sur la formation de la personnalité
de l’enfant délinquant se réalise toutefois de deux façons différentes : soit directement, soit
indirectement.

1) L’influence directe :

De toutes les influences extérieures qui stimulent la tendance à l’imitation de l’enfant, celle
du foyer familial est la plus fréquente et la plus puissante. Aussi la famille exerce-t-elle une
influence criminogène directe sur l’enfant lorsque les parents sont délinquants ou
immoraux. Cette influence résulte principalement de deux sources : l’apprentissage de la
violence à travers les violences intrafamiliales et l’acquisition, par imitation du style de vie de
délinquants des parents ou de l’un d’eux. On explique le phénomène par cette idée que la
discordance entre le code moral enseigné à l’enfant et les valeurs protégées par le droit
pénal crée un conflit qui complique l’adaptation à la société et qu’en cas de crise vécue par
l’individu élevé dans telles conditions, la règle de conduite du milieu initial tend à s’imposer
par priorité sur la règle morale sanctionnée par la loi pénale.

2) L’influence indirecte :

Le plus souvent l’influence criminogène de la famille d’origine s’exerce d’une manière


indirecte sur l’enfant. C’est en effet au foyer familial que se forge dans les années de
l’enfance la structure de la personnalité de l’enfant et les parents jouent un rôle capital en
particulier dans la formation de la conscience morale.

On comprend dès lors qu’un milieu familial moralement sain puisse exercer cependant une
influence décisive sur la formation du jeune délinquant s’il ne donne pas à l’enfant le
minimum d’affection et d’éducation nécessaire à une socialisation normale. Or il peut en
être ainsi dans de nombreuses hypothèses :

39

Zhadraoui
 Abandon de l’enfant à sa naissance et absence de soins continus
 Séparation de la mère et de l’enfant à la suite d’un événement de force majeure
 Absence du père au moment où son autorité doit équilibrer celle de la mère
 Dissensions entre parents d’une certaine gravité
 Excès d’indulgence ou de sévérité de la part des parents.

Les recherches effectuées dans ce domaine ont démontré l’importance du rôle des
perturbations familiales en étiologie criminelle. Ainsi, on a souligné depuis longtemps le
manque d’affectivité d’un grand nombre de délinquants, et en particulier les plus dangereux,
et la relation de celui-ci avec les carences affectives dont ils ont souffert dans leur
enfance. On a vu d’autre part qu’il existe une corrélation positive significative entre le
divorce et la criminalité.

b) L’habitat et le voisinage :
1) L’habitat :

Le mode d’habitat exerce une influence criminogène sur le délinquant.

En effet, diverses études ont montré que les jeunes délinquants proviennent
proportionnellement plus d’immeubles collectifs que d’adolescents habitant des maisons
individuels et, parmi les immeubles collectifs, de taudis ou de cités, plutôt que d’ensembles
immobiliers d’un standing convenable.

2) Le voisinage :

On sait, depuis les travaux de Clifford Shaw et ses disciples sur la ville de Chicago, que la
délinquance n’est pas liée à la population mais aux quartiers de détérioration socio-morale
et même, selon les travaux de Stanciu, qu’il existe à l’intérieur de certains quartiers des ilôts
de criminalité. La question est alors de savoir comment les aires de délinquance influencent
la formation de la personnalité des jeunes délinquants. Deux aspects ont particulièrement
retenu l’attention à cet égard. Le premier consiste dans les caractéristiques du milieu sous-
prolétarien. Ce milieu se caractérise par une révolte larvée, une opposition vague et diffuse
au système social en place et la pression du groupe y est très forte, si bien que les enfants
issus d’un tel milieu s’adapteront difficilement à d’autres milieux considérés à priori avec
méfiance et hostilité et dont ils ne sont pas à même de comprendre les valeurs. Par ailleurs,
ce milieu alimente les bandes d’enfants et d’adolescents qui constituent précisément le
second aspect essentiel de l’influence du voisinage sur la formation de la personnalité des
délinquants. Les enfants s’associent en bandes pour plusieurs raisons : affectives,
d’affirmation de soi, de justification morale. Or le milieu naturel des enfants qui constituent
des bandes est la rue avec toutes les sollicitations qui ne tardent pas à engendrer un mode
de vie asociale, puis antisociale.

40

Zhadraoui
B. Le milieu occasionnel :

Le milieu occasionnel est celui des premiers contacts sociaux. Il englobe le milieu scolaire, le
milieu d’orientation professionnelle et le milieu du service militaire dans les pays où il est
obligatoire. Ces milieux ne constituent pas par eux-mêmes des milieux criminogènes, bien au
contraire, ils poursuivent des buts éducatifs. Ce qui peut être criminogène en revanche, c’est
l’inadaptation de certains sujets à ces milieux et le fait qu’ils tentent d’échapper à leur
influence et de brûler les étapes conduisant à une vie indépendante.

On va se borner ici à dire quelques mots de l’inadaptation la plus grave : l’inadaptation


scolaire. L’inadaptation à l’école peut être facteur de comportements antisociaux ultérieurs,
car les échecs scolaires ferment les débouchés, découragent, révoltent parfois et exposent
davantage aux incidences du chômage et au jeu des autres facteurs criminogènes d’ordre
économique. Par ailleurs, l’inadaptation scolaire s’accompagne souvent d’école
buissonnière, surtout chez les futurs délinquants. Le jeune écolier s’habitue alors à vivre en
marge de la règle et à se soustraire aux normes habituelles de conduite, si bien que la
carence éducative s’accompagne d’un apprentissage de l’asocialité. C’est ainsi que M et
Mme Sheldon-Glueck ont noté dans une enquête réalisée aux Etats-Unis que l’inadaptation
scolaire se manifeste essentiellement chez les délinquants par l’école buissonnière et
accessoirement par la désobéissance, le manque d’ordre, l’opiniâtreté, la mauvaise humeur,
l’impertinence, la provocation et l’effronterie. En dehors de l’école au surplus, les
délinquants ont l’habitude de voler ou de monter sur des camions, de commettre des actes
destructeurs, de provoquer des incendies, de fuir de chez eux, de s’éclipser ou de s’attarder
dans les rues le soir. Ils jouent aussi aux mendiants et commencent à fumer et à boire très
jeunes.

Les mêmes traits d’inadaptation scolaire ont été dégagés chez des délinquants en France et
en Europe par M. Debuyst qui a étudié d’une manière approfondie un groupe de jeunes
détenus à la prison central de Louvain.

C. Le milieu choisi ou accepté :

Le milieu choisi ou accepté, comprend le foyer personnel, le milieu professionnel, les loisirs
et le milieu social dans lequel évolue l’individu. Dans quelle mesure ces divers éléments du
milieu choisi sont-ils susceptibles d’influencer la personnalité du délinquant ?

a) Le foyer personnel :

L’étude des relations entre le foyer personnel et la formation de la personnalité du


délinquant a conduit à une double série de constatations.

 L’absence de foyer personnel semble influer sur la délinquance. Les recherches faites
sur les condamnés montrent en effet que la proportion des célibataires parmi les
condamnés est nettement supérieure que chez les hommes mariés. Ainsi, il ressort

41

Zhadraoui
des statistiques françaises, que la proportion de célibataires dans le domaine des
crimes contre les personnes, s’est accrue de 35% en 1964 et 1966, à 40% en 1969 et
1971 ; la différence est encore plus marquée dans le domaine des crimes contre les
propriétés où les célibataires représentent 58 à 60% des condamnés et 31 à 33% des
personnes mariés. Ces proportions sont restées stables pendant longtemps.

On explique généralement ces constatations par le fait que l’existence d’une famille
constitue le plus souvent un milieu qui détourne de la criminalité et que la présence
d’enfants au foyer renforce encore l’effet stabilisateur du mariage.

 De toute manière l’existence d’un foyer personnel ne suffit pas : encore faut-il qu’il
soit équilibré. Les conflits conjugaux sont, en effet, générateurs de délinquance non
seulement pour les enfants, mais également de délinquance non seulement pour les
enfants, mais également pour le couple lui-même : délinquance directe (coups et
blessures, adultère lorsqu’il est pénalement sanctionné), mais plus grave encore,
délinquance indirecte en raison des perturbations psychiques engendrées par ces
conflits et des formes diverses de délinquance sur lesquelles elles peuvent déboucher
(vols, agressions sexuelles…). Souvent un foyer à l’atmosphère énervante sera évité
ou déserté au profit de milieux plus agréables mais encore plus criminogènes (débit
de boissons, lieux de plaisirs…).
b) Le milieu professionnel :

La profession détermine la situation économique des individus ; d’elle dépendent les


ressources mises à la disposition du foyer ou de l’individu pour sa subsistance et son
logement ; par elle surtout s’exerce l’influence de la misère, du chômage et du taudis. De la
sorte l’absence de qualification professionnelle expose particulièrement à l’action de ces
facteurs, de même qu’elle compromet le reclassement après une condamnation.

Mais, d’autre part, le milieu du travail lui-même peut être criminogène. Cela est très net
dans le milieu des affaires ou l’appât du gain, la vie facile et désordonnée constituent des
facteurs criminogènes ; il existe d’ailleurs, une allergie du milieu des affaires à l’égard de
certains faits réprimés par la société et considérés cependant comme non délictueux par
nombre d’hommes d’affaires. Mais on a remarqué aussi, à propos du milieu de l’usine, que
certains éléments du milieu de travail sont susceptibles de modifier ou d’inhiber le
psychisme de l’ouvrier et d’influencer ainsi la formation de la personnalité du délinquant.

c) Les loisirs et le milieu extraprofessionnel :

Les loisirs peuvent aussi être un facteur qui influence la formation de la personnalité du
délinquant. M.Larguier a constaté que, parmi les voleurs adultes récidivistes, plus de la
moitié passaient leurs loisirs dans des lieux de plaisir considérés à l’époque de l’enquête
comme mal fréquentés (cafés, bals, maisons de jeu…).

42

Zhadraoui
La fréquentation d’amis eux-mêmes criminels ou simplement immoraux, influence aussi à
coup sûr la formation de la personnalité du délinquant.

A l’inverse, les activités artistiques et culturelles, les mouvements de jeunesse, les activités
manuelles se retrouvent peu parmi les délinquants. Il faut faire quelque réserve cependant
pour certaines activités sportives, tel le football. Depuis quelques années, les matchs de
football sont souvent l’occasion d’actes de dégradations et de violences, dont l’affaire du
stade du Heysel en Belgique qui a fait plusieurs dizaines de morts constitue une sorte de
point culminant.

La question du rôle du sport dans la prévention de l’inadaptation et de la délinquance a été


récemment étudiée d’une manière systématique et l’on a montré comment le sport
influence la formation de la personnalité des jeunes dans le sens d’une socialisation
normale.

D. Le milieu subi :

On entend par milieu subi, le milieu dans lequel se trouve plongé le délinquant lorsqu’il est
arrêté, jugé et condamné, notamment à une peine privative de liberté. Le milieu subi, c’est
aussi non seulement la prison, mais l’ensemble formé par le système de justice pénale,
police et tribunaux.

La question que pose le milieu subi est de savoir dans quelle mesure la vie dans ce milieu
contribue à renforcer la personnalité du délinquant et à conditionner sa récidive, ou au
contraire est de nature à le dissuader de celle-ci comme c’est la fonction assignée à la justice
pénale. Le problème gravitait jadis autour de la question de savoir si la prison n’était pas un
facteur plus criminogène que dissuasif, puis il fut élargi à l’ensemble des institutions de
procédure pénale.

a) L’influence de la prison sur la personnalité du délinquant :

Le milieu pénitentiaire doit être pris en considération dans l’évolution de la personnalité du


délinquant, car la prison peut être un facteur criminogène. Ce fait a été mis en évidence à
l’IIème Congrès International de Criminologie (Paris 1950). A la lumière du rapport d’Olof
Kinberg, on a longuement discuté les divers aspects du problème et plus particulièrement,
les incidences de la privation de liberté de courte et de longue durée.

En ce qui concerne la privation de liberté de courte durée, il a été reconnu qu’elle ne peut
avoir que des effets nuisibles : choc affectif dans la famille, honte supportée par la femme et
les enfants, absence de salaire du père emprisonné, perte de la situation, difficultés de
retrouver une place à la sortie, ségrégation résultant de l’ostracisme du milieu.

Relativement à la privation de liberté de longue durée, il convient d’ajouter aux


conséquences familiales déjà mentionnées à propos de la privation de liberté de courte
durée, le divorce et la dissociation familiale dans 75% des cas, l’éducation des enfants dans

43

Zhadraoui
des conditions anormales et souvent leur engagement dans la voie de la délinquance
juvénile. Au bout de deux années d’emprisonnement, le détenu est suffisamment désadapté
de la vie sociale pour que son reclassement pose des problèmes difficiles, compliqués, au
surplus, par l’interdiction de séjour et le casier judiciaire.

La sortie de prison constitue, en toute hypothèse, un moment critique soit que le sujet se
retrouve dans une situation pré-criminelle identique à celle qui l’a conduit à son acte, soit
que le processus de ségrégation et de stigmatisation sociales l’incorpore définitivement dans
le monde criminel.

b) L’influence des institutions de procédure pénale sur la personnalité du délinquant :

Dans un important article sur l’influence des institutions de procédure pénale sur la
formation de la personnalité criminelle, M.Pinatel a montré ce que celle-ci peut devoir à
l’arrestation, à l’interrogatoire, à l’instruction et au jugement. Il est certain que la manière
dont toutes ces opérations procédurales menées peuvent avoir des effets très différents sur
la personne poursuivie.

Bien conduites, elles peuvent avoir l’effet dissuasif qui leur est attribué idéalement par le
Code de procédure pénale ; mal conduites, elles peuvent au contraire, avoir un effet de
renforcement de la personnalité dans un sens délinquant.

Chapitre II : L’ETUDE DU CRIME :

Les codes criminels décrivent un nombre important d’actions et d’omissions qu’ils punissent
de peines variables selon la gravité objective de l’infraction (meurtre, empoisonnement, vol,
viol, etc.) et ils regroupent en général ces multiples infractions en quelques grandes
catégories : infractions contre les personnes, infractions contre les biens et infractions
contre la famille et les mœurs, etc.

Ces classifications juridiques, qui ne sont pas dépourvues d’intérêt dans le cadre de l’étude
de la criminalité, cessent d’être utilisables lorsqu’il s’agit de classer les crimes au point de
vue criminologique. Aussi les criminologues se sont-ils tournés vers d’autres sortes de
classifications des infractions. Celles-ci sont cependant moins nombreuses que les types de
délinquants.

44

Zhadraoui
Parmi les classifications de crimes, il en est quelques-unes qui sont à peine esquissées par
leurs auteurs et peuvent seulement être mentionnées. C’est le cas de la classification de
M.Michel Joel, qui distingue entre :

 Les délinquances extrêmes, par leur violence et par leur astuce


 Les délinquances de l’incivisme (circulation routière, chèques, abus de crédit)
 Les délinquances de l’insécurité.

Une autre classification se base sur la distinction des crimes commis isolément, des
crimes commis à deux et des crimes des foules.

De sorte que dans le présent chapitre, on va examiner seule la classification des crimes la
plus connue : la classification de Pinatel d’après les motivations des crimes.

M. Pinatel s’est efforcé de classer les crimes, à partir des motivations que les animent. Il a
dégagé ainsi 4 catégories de crimes :

 Le crime primitif (Section I)


 Le crime utilitaire (Section II)
 Le crime pseudo-justicier (Section III)
 Le crime organisé (Section IV)

Section I : Le crime primitif :

Le crime primitif est celui qui résulte d’une libération soudaine de l’activité criminelle, sans
que celle-ci ait été soumise au contrôle de la personnalité totale. Ex. de meurtre commis
dans une brusque explosion de colère. Ce genre de réactions dites primitives peut prendre
selon Seelig deux formes différentes :

 Les réactions explosives, liées soit à un accès soudain de colère, soit à une
accumulation affective telle que la moindre occasion peut provoquer une réaction
disproportionnée (EX : le criminel assassin de sa famille par haine accumulée), et qui
sont généralement l’œuvre des épileptoïdes.
 Les actions en court-circuit, qui sont celles où le sujet, sans avoir une tendance à une
décharge motrice particulière, est cependant incapable de différer sa réaction et
d’adopter une conduite ajustée (EX : incendiaire « pyromane », certaines voleuses de
grands magasins).

Section II : le crime utilitaire :

Le crime utilitaire est celui qui est accompli en vue de se libérer d’une situation dont le délit
apparaît comme la seule issue. Il existe diverses variétés de crime utilitaire. Elles se
rencontrent dans le domaine des infractions contre les personnes (I) et dans celui des
infractions contre les biens (II).

I. Le crime utilitaire dans les infractions contre les personnes :

45

Zhadraoui
Dans le domaine des infractions contre les personnes, on se trouve en présence de criminels
qui agissent sous l’empire d’une crise. Il s’agit d’homicide en vue d’une libération
personnelle.

Le crime utilitaire consiste à se débarrasser d’une personne gênante « parce que –souligne
De Greeff- toute l’existence de l’assassin paraît engagée dans cette mort ». Il s’agit d’un
« acte unique », d’une « réponse à une situation qui se présente comme ne pouvant se
réaliser deux fois et qui appelle une solution décisive ». Tel est le cas de l’épouse meurtrière
de son mari qui est, pour elle, un tourmenteur ou bourreau domestique, ou du parricide qui
agit pour protéger sa mère. Tel est aussi celui de l’assassin de famille qui, poussé par la
misère, l’amour filial ou un état pathologique (mélancolie), en arrive à supprimer femme et
enfants pour les empêcher de sombrer dans un malheur réel ou imaginaire. Mais ces
exemples typiques sont loin d’épuiser toutes les formes de l’homicide utilitaire. Celui-ci
existe chaque fois qu’une personne gérante est supprimée, que ce soit pour s’approprier
une fortune ou pour permettre un remariage.

II. Le crime utilitaire dans les infractions contre les biens :

Dans le domaine des infractions contre les biens, il y a des distinctions à faire. A côté des
délinquants qui agissent sous l’empire d’une crise, E.Seelig individualise les auteurs de délits
patrimoniaux pas résistance amoindrie.

 Agissant sous l’empire d’une crise, le délinquant de la période post-pubérale qui


éprouve le désir d’avoir beaucoup d’argent et vole les parents, amis ou
connaissances en prenant parfois le risque de recourir à l’homicide, l’escroc qui
fraude les compagnies d’assurances pour résoudre une difficulté financière, en
incendiant par exemple, ses propres biens.
 Sont, par contre, des auteurs de délits patrimoniaux par résistance amoindrie ceux
qui sont constamment placés dans des situations de détournement : caissier
indélicat, employé voleur, fonctionnaire et commerçant malhonnêtes… Le vol à
l’étalage et le vol domestique se situent dans la même ligne.

Section III : Le crime pseudo-justicier :

A la différence du crime utilitaire qui est marqué par la satisfaction de l’intérêt personnel, le
crime pseudo-justicier revêt un caractère désintéressé. L’auteur tend en effet, par le crime, à
rétablir ce qu’il croit être la justice tant dans le domaine des relations privées que dans celui
des relations publiques.

M. Pinatel ne distingue pas moins de sept variétés de crime pseudo-justicier :

 L’homicide passionnel (I),


 Le crime par idéologie (II),

46

Zhadraoui
 Le délit prophylactique (III),
 Le délit symbolique (IV)
 Le délit revendicatif (V)
 Le délit libérateur ou d’aventure (VI)
 Le délit autopunitif ou par sentiment de culpabilité (VII)
I. L’homicide passionnel :
Il s’agit d’un crime de destruction, résultant d’un conflit directement sexuel ou en rapport
avec l’amour sexuel. Dans ses grandes lignes, le déroulement du processus criminogène
passe par les trois stades du passage à l’acte criminel décrits par De Greeff (phase de
l’acquiescement mitigé, phase de l’assentiment formulé, période de crise) ; mais il s’y ajoute
deux autres processus qui précisément le caractérisent : le processus de réduction et le
processus suicide.

A. Le processus de réduction :

Le processus de réduction ramène la victime à une abstraction responsable. A mesure que


l’amour disparaît, l’amant blessé revalorise certaines choses qui avaient été délaissées : son
propre moi, sa réputation, son argent trop facilement donné. Il se passe alors un véritable
processus de revendication, sous le signe du droit, de la justice, rarement sous le signe de la
vengeance explicite.

B. Le processus-suicide :

Pour De Greeff, tous les crimes passionnels sont tributaires d’un processus-suicide.
Processus-suicide ne veut pas dire suicide mais désengagement. La réaction de
désengagement comporte toujours un aspect de rupture, le sujet se retire, se désintéresse,
se renonce ; dans les cas graves seulement, il en arrive au suicide réel. Il devient indifférent à
l’avenir, à son propre sort, ce qui fait qu’il n’essaie pas de se cacher, ne prend pas de
précautions, avoue. L’audace de commettre son acte, il la luise dans le fait qu’il a rompu tous
les rapports avec la vie. Ce désengagement se prolonge après les faits, mais s’atténue
rapidement ; une fois qu’il a cessé, l’individu reprend son habitude normale.

II. Le crime par idéologie :

Le crime par idéologie se caractérise par le fait que son auteur considère comme un devoir à
l’acte qu’il commet. Il en est ainsi de l’auteur d’attentats politiques, du conspirateur, du
membre d’une secte religieuse, du duelliste.

III. Le délit prophylactique :

Le délit prophylactique est celui dont l’auteur sait qu’il agit illégalement, tout en étant
convaincu que de cette façon il évite un plus grand mal, voire qu’il réalise un bien. Parmi les
délits de ce genre, le plus connu est le délit d’euthanasie.

47

Zhadraoui
IV. Le délit symbolique :

Le délit symbolique se définit par le fait que celui qui en souffre les conséquences, n’est pas
directement lié au délinquant

(EX : enfant volant des objets à son maître d’école sans nul besoin et les détruisant au fur et à
mesure, parce que ce dernier présente une certaines ressemblance avec son père qu’il
admire, craint et hait à la fois ; mère assassinant son enfant sans mobile apparent, mais pour
atteindre indirectement le père à l’égard duquel elle nourrit des sentiments ambigus
mélangés de crainte et de haine).

V. Le délit revendicatif :

Le délit revendicatif est celui dont l’auteur s’érige en défenseur dans une affaire ou il n’est
pas directement impliqué. Il déclare être poussé par le devoir ou la générosité sociale et
développe ainsi une action agressive proportionnée à l’affront personnel (réel ou supposé)
qui est à la base de sa conduite.de tels comportements s’observent régulièrement dans les
guerres civiles.

VI. Le délit libérateur ou d’aventure :

Le délit libérateur ou d’aventure est celui qui naît de l’insatisfaction de la vie quotidienne, du
malaise qui détermine sa monotonie, de l’angoisse qui en résulte. Presque toujours de tels
délits s’exécutent en bandes (empreint de voitures par jeunes en bande), à la suite de fêtes
nocturnes qui se compliquent d’ivrognerie, d’excès sexuel et de sandale.

VII. Le délit autopunitif ou par sentiment de culpabilité :

Il s’agit d’un acte pseudo-justicier dirigé contre soi-même par l’intermédiaire d’un acte qui
atteint directement autrui. Il convient ici, d’apprécier la part de masochisme et du désir de
se mettre en évidence dans telles conduites.

Section IV : Le crime organisé :

Le crime organisé est celui qui procède d’une volonté délibérée de commettre un ou
plusieurs actes criminels. Essentiellement acquisitif (vol à la tire, cambriolage, escroquerie,
faux, etc.), il est généralement accompli dans une situation non spécifique ou amorphe. Il
s’ensuit que l’occasion doit être recherchée, ce qui exige la formation d’un plan, la
connaissance des lieux, des préparatifs, l’acquisition des outils nécessaires, le choix des
complices, etc., d’où son appellation. Il s’ébauche généralement dans les bandes d’enfants,
mais chez les adultes que les techniques d’organisation atteignent leur plus haute
expression.

On distingue 3 variétés de crime organisé :

48

Zhadraoui
 Le crime organisé à caractère brutal ou agressif (hold-up, racket, cambriolage, vol à
tire, etc.)
 L’exercice d’activités illicites rémunératrices (tenue clandestine de maisons de jeux,
proxénétisme, trafic de stupéfiants…) qui consiste à tirer profits des vices d’autrui
 Le « White Collar Crime » qui est le fait de personnes qui appartiennent à des
catégories sociales élevées et consiste dans des actes de ruses (fraudes fiscales,
infractions aux lois sur les sociétés, corruption de fonctionnaires, etc.).

49

Zhadraoui

Vous aimerez peut-être aussi