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Sociologie du travail

Insertion sociale et professionnelle des jeunes : Contribution à la


recherche
Nicole de Maupéou

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Maupéou Nicole de. Insertion sociale et professionnelle des jeunes : Contribution à la recherche. In: Sociologie du travail, 27ᵉ
année n°1, Janvier-mars 1985. pp. 105-109;

doi : https://doi.org/10.3406/sotra.1985.1999

https://www.persee.fr/doc/sotra_0038-0296_1985_num_27_1_1999

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SOCIOLOGIE DU TRAVAILN° 1-85

INFORMATION

Nicole de Maupéou-Abboud

Insertion sociale

et professionnelle des jeunes


Contribution à la recherche.

Rencontres Internationales organisées par l'A.D.E.P. et le Centre


I.N.F.F.O., avec la participation du CEDEFOP (Centre Européen pour le
Développement de la Formation Professionnelle). Publication A.D.E.P. \
1983, 168 pages ( + fiches par pays, bibliographie, liste des sigles, listes des
participants, 85 p.).

Sous un emballage trop discret on découvre, si l'on est patient, les actes denses et
intéressants d'un colloque européen organisé 2 en juin 1983 et ayant pour thème, ou
plutôt pour titre, « L'insertion sociale et professionnelle des jeunes ».
A lire les résumés des 46 communications envoyées et le compte rendu des débats
des 17 ateliers mis au travail dans le colloque, on prend connaissance de l'énorme
potentiel de recherche et de réflexion que constituent de jeunes équipes parisiennes et
provinciales 3 nées dans le sillage du mouvement pour l'Éducation Permanente et de
son institutionnalisation (lois de 1971 puis de 1978 sur la Formation Professionnelle
Continue et le Congé Formation, mise en place de dispositifs pour les jeunes et pour
d'autres publics dits prioritaires à partir de 1972). Leurs contributions intellectuelles
valent souvent largement celles de communicants membres de centres d'études et de
recherches cotés par un label ministériel (C.E.E., C.E.R.E.Q., A.F.P.A.) ou par leur
appartenance à des réseaux franchement académiques (universités, C.N.R.S.).

Courtine-Mont-d'Est,
d'expérimentation
et 2.
1. Par
de Agence
l'Éducation
troisNationale
organismes
Permanente.
sociale
93160
pour
dans
paraétatiques
Noisy-le-Grand.
le leDéveloppement
champ qu'on
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de la comme
Formation
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Professionnelle
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3. liste
L'annexe
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de des
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brochure
intervenants.
les groupes
dont (académiques
il est ici question
ou non)
permet
ayant
de participé
repérer institutionnellement
au Colloque, grâce età
Nicole de Maupéou-Abboud

Il semble qu'une page soit tournée et qu'on soit sorti de la décennie où s'entr
croisaient, plus qu'elles ne se fertilisaient, des démarches aussi variées que cell
des planificateurs, des évaluateurs ministériels, des économistes et sociologues
l'Éducation, du Travail et de l'Emploi, des psychosociologues spécialistes des rappor
Jeunesses/Sociétés. Les notions et les questionnements tendent à se rejoindre.
Ainsi il est clair pour à peu près tout le monde que la formule « Insertion Socia
et Professionnelle des Jeunes » 1 représente aujourd'hui bien davantage une Norm
qu'un fait social. Jean-Noël Chopart (Institut de Recherche de Formation des Travai
leurs Sociaux, Canteleu, Seine-Maritime) parle, à ce propos, d'«abâtardisseme
conceptuel » d'une notion ayant eu, en un jour lointain, un sens pour la recherc
scientifique; comme l'ont fait avant lui J. Rousselet, J. P. Faguer, G. Balaz
F. Dossou (Centre d'Études de l'Emploi), il rappelle que les conditions concrèt
que l'on veut faire assumer aux jeunes demandeurs d'emploi sont marquées par
déprofessionnalisation (disparition des petits métiers), la déqualification et la précarit
De leur côté des psychosociologues critiques tels Jean-Charles Lagrée, Olivier Gallan
Gérard Mauger montrent, chacun à sa façon et en invoquant ou non le rôle déstabilis
teur de la crise économique, que les anciennes régulations sociales organisant
passage de l'adolescence à la vie adulte ne sont plus intériorisées par les jeunes comm
impératifs culturels associés et complémentaires.
A la rigueur on pourrait, si l'on est économiste, parler d'insertion professionne
pour décrire une entrée, si épisodique et ponctuelle soit-elle, dans le marché
travail; mais, dans le contexte d'un chômage juvénile qui apparaît, à l'échel
européen aussi bien qu'en France, comme une réalité structurelle, il paraît bien pl
juste de représenter la situation des débutants face aux emplois par la figure de
« file d'attente » que par celle d'un marché où s'échangeraient des qualificatio
acquises et des emplois professionnels à profil précis (thèse de Silvestre, Sellier
Maurice dans leur étude comparative France/Allemagne : Politiques d'éducation
organisation industrielle en France et en Allemagne, P.U.F. 1982, présentée au Colloq
avec une extension de la comparaison au Japon...).
Les meilleures façons de poser des questions sont, comme les mauvaises, infléch
par la présence de l'iceberg « chômage juvénile », auquel on peut accoler celui
« travail précaire organisé » par les « Politiques de la Transition Professionnelle
mises en évidence par José Rose 2.
Ainsi, toute réflexion sur les rapports entre système éducatif et système producti
s'inscrit presque toujours dans une sorte de flou à la fois futuriste et utopique, surto
si la voix des économistes critiques est absente, comme c'est le cas dans le colloq
dont il est ici question. On a assez vite l'impression de faire du surplace quan
reprenant d'anciennes réflexions à propos de 1' automation, on pense aux exigenc
nouvelles en matière de formation générale (développement des capacités d'abstracti
et d'adaptation) et de formation professionnelle permanente (polytechnicism
« culture technique ») pour parer aux dangers d'obsolescence face aux « nouvel
technologies ».
Les meilleures questions à poser, si l'on veut, comme le dit le Colloque, « dégag
des réflexions qui éclairent des politiques », concernent l'aménagement du présent

Pratiques
2.
3.
1. Voir
C'est
Quatrième
de
en
le Formation
sujet
particulier
thème
du deuxième
du(Analyses),
son
Colloque.
récent
thème
n°article
6,dudécembre
Colloque.
« Les Politiques
1983. de la Transition Professionnelle
Insertion sociale et professionnelle des jeunes

du moyen terme dans le cadre scolaire l, seul champ institutionnel où les jeunes sont
comble.
« accueillis et encore assistés » 2, même si l'institution doit être révisée de fond en

Comment transformer une école (un système de formation initiale) qui, en France,
à la différence d'autres pays européens dont certains sont des laboratoires d'inventions
institutionnelles et pédagogiques dont on peut s'inspirer (voir les fiches par pays et
la bibliographie en annexe), sélectionne par l'échec en mesurant les performances
scolaires de telle sorte que tout ce qui n'est pas produit « haut de gamme » soit éliminé
et dévalorisé, celle-là même qui fournit régulièrement les publics des « Dispositifs 16-
18 ans (ou 16-25 ans) (en France et dans maints autres pays d'Europe) ?
Les solutions proposées (déjà au centre du mouvement pour l'Éducation Perma¬
nente depuis quinze ans) et les expériences relatées visent à la fois à désenclaver
l'école et à y faire se développer une culture populaire technique de type nouveau.
L'«Autre École » à construire serait un maillon d'un assemblage de réseaux à la fois
scolaires, parascolaires (par exemple les écoles parallèles autogérées par les élèves)
voire non scolaire (des « lieux » occupés par des jeunes, des ateliers de bricolage
spontané, des associations de types divers). S'y développeraient à la fois de nouveaux
rapports pédagogiques et de nouvelles modalités (non unidimensionnelles) d'éva¬
luation des qualités acquises par les individus. Aussi et surtout, verrait le jour une
pédagogie enseignant la maîtrise sociale des technologies nouvelles (celles qui gèrent
la production mais aussi les hommes et leurs rapports sociaux) en sorte qu'elles ne
deviennnent ni des gadgets ni des moyens d'assujettissement3. Ces orientations de
recherche (un peu antiacadémiques certes) ne sauraient nous laisser indifférents tant
est grande leur parenté avec nos orientations théoriques (critique de la division du
travail et du savoir, approche socio-technique du rapport Technologie-Rapports
sociaux, en particulier).
Les remarques précédentes valent tout autant pour un autre questionnement qui
occupe une place importante dans les actes du colloque, tant dans la partie consacrée
à l'École (Évolution et résistance des systèmes de formation initiale) que dans le Bilan
du
1983dispositif
4. français de formation des jeunes de 16 à 18 ans, octobre 1982-mars

Deux langages différents (ceux des planificateurs experts, ceux des chercheurs en
sciences de l'Éducation) se croisent dans les présentations d'expériences, les compa¬
raisons internationales et les débats consacrés, dans ce colloque, à la Formation en
alternance, thème qui, agité depuis plus de dix ans, a fait couler beaucoup d'encre
dans les milieux employeurs, chez les experts de l'Éducation Nationale, et qui a été
traité, dans une perspective historique et critique, par Lucie Tanguy principalement.
Il faut noter la mauvaise image de marque associée par les pays européens en général

jeunes
des
et
de
dans
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2.
3.
4.
1.formation
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l'objet
atelier
l'offre
aux
de

formation alternée. Rapport collectif coordonné par G. Malglaive, A.D.E.P. 1983, 145 et
176 pages.

107
Nicole de Maupéou-Abboud

aux Dispositifs de Formation en alternance mis en place dans notre pays 1. Des
recherches théoriques en cours (telles celle de R. Guillon, C.E.R.E.Q.) devraient y
remédier en éclairant les principes de la cohérence et de la complémentarité logique
des prestations pédagogiques de types divers.
La présentation critique 2 de l'expérience du Dispositif de Formation pour les 16-
18 ans (stages Rigout) 3 montre dans les faits les difficultés que rencontrent aujour¬
d'hui ceux qui veulent faire de la formation en alternance pour des publics jeunes
qui, cumulant des handicaps scolaires, culturels et sociaux, n'ont pas atteint un niveau
de connaissances de base suffisant pour acquérir une qualification professionnelle en
deux ans (durée maximale des stages programmés dans ce but). De façon générale
les évaluateurs ont, semble-t-il, tenu à insister sur les contraintes inhérentes à la réalité
(hétérogénéité des formations des formateurs dans les réseaux multi-institutionnels mis
en place, insuffisance et rigidité de l'offre de formation, persistance des phénomènes de
discrimination à l'encontre des minorités culturelles de langue étrangère, des filles —
le projet de qualification est encore vécu comme une « affaire masculine »).
Les grandes différences dans les angles d'attaque des problèmes présentés comme
thèmes spécifiques ou transversaux dans les communications et dans les débats du
Colloque sur « l'Insertion Sociale et professionnelle des Jeunes » font l'intérêt de la
publication dont il est ici rendu compte. Les chapitres plus utopiques dans lesquels
l'imagination est au pouvoir sont nécessaires, à côté des constats plus « au ras des
pâquerettes », à une époque où comme il est dit à juste titre par Chantai Bonnafé
(Centre I.N.F.F.O.), par C. Grandgérard et N. Bousquet (I.N.R.P.), par Ph. Mouy
(I.R.E.P.) et par A. Glycos (C.E.S.T.A., Paris), les évolutions des processus d'éduca¬
tion et de formation sont « autant qu'une stratégie d'adaptation aux mutations
structurelles », des actions contribuant « à une recomposition progressive du système
des qualifications, du mode de régulation des rapports sociaux » : elles deviennent
de ce fait « des enjeux politiques devant faire l'objet d'un débat social ». Le champ
d'action qu'elles constituent est sans aucun doute travaillé par de profondes contradic¬
tions. Sinon verrait-on se développer conjointement, d'une part des utopies préfigurant
de nouveaux modes de vie au travail 4, d'autre part, des théories critiques 5 qui
s'excluent logiquement les unes les autres ?

N. 1.Terrot,
Dans ladirecteur
partie «duComparaison
Centre universitaire
internationale
d'Information,
» (premierdethème
Recherche,
du Colloque)
de Documentation
animé par
sur l'Éducation Permanente (Grenoble), il est dit que c'est la France qui fait le plus de « stages

conjoncturels
main-d'œuvre
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garanti
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de les
laà

108
Insertion sociale et professionnelle des jeunes

C'est sans doute en s'orientant vers le décryptage de ces articulations contradictoires


entre les mouvements utopiques, les courants idéologiques et la réalité des rapports
sociaux dans le champ Éducation/Formation/Emploi que le travail de la recherche
sera le plus fructueux.

NICOLE DE MAUPÉOU-ABBOUD
GST-CNRS.

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