Vous êtes sur la page 1sur 3

DESCILAC

DU CAPEFLE

LE DOCUMENT AUTHENTIQUE AU SERVICE DE L’INTERCULTUREL EN FLE


M.-L. Wullen

Cours
Qu’en est-il de l’individu ? Qu’en est-il de l’identité ?

Michel Castra1 considère que « l’identité est constituée par l’ensemble
des caractéristiques et de attributs qui font qu’un individu ou un groupe se
perçoivent comme une entité spécifique et qu’ils sont perçus comme telle par
les autres. Ce concept doit être appréhendé à l’articulation de plusieurs
instances sociales, qu’elles soient individuelles ou collectives. L’identité
personnelle est le produit de la socialisation, laquelle permet la constitution
du « Soi ». Pour les sociologues interactionnistes, les identités individuelles
naissent des interactions sociales plus qu’elles ne les précèdent. L’identité n’est
pas une propriété figée, c’est le fruit d’un processus. Ainsi, le travail identitaire
s’effectue de manière continue, tout au long de la trajectoire individuelle et
dépend à la fois du contexte et des ressources qui peuvent être mobilisées.
Cette identité se modifie donc en fonction des différentes expériences
rencontrées par les individus. » (p.72). On peut distinguer deux composantes
liées à l’identité sociale que sont « l’identité pour soi » qui renvoie à l’image
que l’on se construit de soi-même et « l’identité pour autrui » qui est une
construction de l’image que l’on veut renvoyer aux autres ; elle s’élabore
toujours par rapport à autrui, dans l’interaction, en relation avec l’image que
les autres nous renvoient ; c’est une reconnaissance des autres ». (id.)

L’auteur poursuit en expliquant que « les identités collectives trouvent
leur origine dans les formes identitaires communautaires où les
sentiments d’appartenance sont particulièrement forts (culture, nation,
ethnies...) et les formes identitaires sociétaires qui renvoient à des collectifs
plus éphémères, à des liens sociaux provisoires (famille, groupe de pairs,
travail...). L’individu appartient ainsi de manière simultanée ou successive, à
des groupes sociaux qui lui fournissent des ressources d’identification

1 In PAUGAM S., 2010.
multiples. » (id). Ainsi, l’individu est le résultat du croisement de plusieurs
cultures.

On peut considérer la culture comme un système de significations
appris et partagé par les membres d’un groupe. Ces significations renvoient
aux croyances, valeurs, normes, artéfacts et comportements auxquels sont
rattachés les membres du groupe.

Les normes constituent un ensemble de règles construites et
reconnues par un groupe. Elles peuvent s’établir de manière formelle – tel
est le cas de la législation – ou bien de manière informelle, comme les
salutations. Ces règles sont ressentir à l’individu de manière plus ou moins
consciente le comportement « normal » dans une situation donnée. C’est
tout l’enjeu du cours de FLE que de permettre à l’apprenant de
conscientiser ces règles et ces pratiques par le biais du document
authentique.

L’acculturation est considérée comme « l’ensemble des phénomènes qui


résultent d’un contact continu et direct entre des groupes d’individus de
cultures différentes et qui entraînent des modifications dans les modèles
culturels initiaux de l’un ou des deux groupes » (cité par D. Cuche). Ainsi,
l’acculturation se fonde sur le mouvement vers l’autre : c’est un processus
lent, centré sur le changement par des phénomènes de contacts,
d’interactions et effectué par des personnes, des individus, voire des
groupes plus importants qui s’adaptent à de nouvelles situations
culturelles. Il ne faut évidemment pas confondre avec le phénomène de
déculturation qui est la perte de sa propre culture – volontairement ou non –
qui, dans ses expressions les plus violentes, génère l’ethnocide, qui consiste
à détruire la culture d’une communauté pour la faire disparaître.

A la notion de culture peuvent se rattacher plusieurs préfixes comme
le multi- le pluri- ou le trans-. Le préfixe inter- suppose une situation entre
deux positions. Il indique une situation où il y a d’une part l’idée de liaison,
de réciprocité et d’autre part l’idée de séparation, de disjonction.

Qu’est-ce que l’interculturel ?

C. Clanet définit l’interculturalité comme « l’ensemble des processus –
psychiques, relationnels, groupaux et institutionnels – générés par les
interactions de cultures dans un rapport d’échanges réciproques et dans une
perspective de sauvegarde d’une relative identité culturelle des partenaires en
relation ». Il introduit donc dans sa définition les notions de réciprocité
dans les échanges et de complexité dans les relations entre cultures. C’est
bien dans ce cadre que se situe l’approche de la culture dans l’enseignement
des langues étrangères. A partir de là, toute forme de relation humaine peut
être considérée comme interculturelle dans la mesure où toute personne
est issue d’une culture.

Une situation interculturelle est un contexte dans lequel se rencontrent
et interagissent des individus, des groupes, issus de systèmes de
significations différents. Dans ce cadre un choc culturel peut se produire qui
est le résultat d’un constat de différence dans la partie généralement
implicite d’une culture. Le choc apparaît quand la première idée que l’on se
fait sur la culture, accentuée par les apparences, a été faussée. De cette
incidence sur le jugement vient le sentiment d’insécurité, de malaise face à
l’inconnu ; c’est bien pour éviter ce « choc » que l’enseignement-
apprentissage des langues étrangères doit intégrer l’approche et la
découverte de la culture de la langue cible.

Plusieurs perspectives peuvent être adoptées lorsque l’on considère
la situation interculturelle :
• Une approche anthropologique qui considère l’homme comme universel ; il
existe donc des points communs entre tous les hommes tels que les
besoins physiologiques ;
• Une approche psychoculturelle qui définit l’appartenance d’un homme à un
groupe dans la mesure où il en partage des points communs tels que les
croyances ;
• Une approche physiologique qui considère que tout être humain a quelque
chose d’unique, comme son caractère ou sa personnalité.

Il s’agit donc pour l’enseignant de FLE de prendre en compte ces
différentes perspectives, sans en oublier ni en privilégier une, d’où
l’importance de diversifier les documents authentiques.

Vous aimerez peut-être aussi