Vous êtes sur la page 1sur 13

Revue

Construction Référence

Métallique INC-EC3 1-99

DÉTERMINATION DE LA TEMPÉRATURE
DES STRUCTURES MÉTALLIQUES
EN SITUATION D’INCENDIE
SELON L’EUROCODE 3
par Daniel JOYEUX

1. – INTRODUCTION

La prise en compte de « l’action » incendie est définie par la réglementation (ERP [1],
habitations [2] ...) qui fixe les degrés de stabilité au feu que doit satisfaire un élément de
construction. Dans le cas d’un élément de structure, les Eurocodes (Eurocode 1 Partie
2.2 « actions sur les structures en cas d’incendie » [3] et Eurocode 3 Partie 1.2 « règles de
calcul en cas d’incendie » [4, 5, 6, 7, 8,], i représentatif de chaque matériau) associés aux
différents procès verbaux concernant les produits de protection délivrés par les labora-
toires agréés en résistance au feu, permettent de vérifier et/ou déterminer les moyens à
mettre en œuvre pour satisfaire un degré de stabilité au feu exigé.

L’incendie est considéré comme une action accidentelle. L’incendie n’intervient pas
comme une charge supplémentaire dans les combinaisons d’actions [9], mais agit de
manière indirecte par réduction des propriétés des matériaux. Cette réduction ou modi-
fication des propriétés des matériaux est fonction de la température atteinte par ceux-ci.
L’action appliquée en situation d’incendie n’est donc pas une action mécanique mais
une action thermique produisant l’échauffement du matériau. C’est cette action ther-
mique que nous proposons de présenter.

2. – INCENDIE CONVENTIONNEL ET RÉGLEMENTATION

2,1. – Courbe température-temps

Le développement de l’incendie dans un compartiment est généralement matérialisé


par une courbe d’action thermique température-temps. Dans le cadre d’un incendie
naturel, cette courbe n’est pas unique, elle dépend fortement de l’environnement :
quantité de combustible, nature du combustible, nature des parois, taille des ouver-
tures...

D. JOYEUX – Ingénieur CTICM

CENTRE TECHNIQUE INDUSTRIEL Domaine de Saint-Paul, 78470 Saint-Rémy-lès-Chevreuse


Tél.: 01-30-85-25-00 - Télécopieur 01-30-52-75-38
DE LA CONSTRUCTION MÉTALLIQUE
Construction Métallique, n° 3-1999
76 Rubrique TECHNIQUE ET APPLICATIONS

INC-EC3 1-99

Afin de pouvoir classifier les éléments, une courbe unique dite conventionnelle a été
choisie. Cette courbe est issue de différents essais de feux dont le combustible était
composé de combustibles cellulosiques, mais dans une configuration de compartiment
unique. Cette courbe n’est donc pas représentative de tous les feux réels susceptibles
de se développer dans un bâtiment.

La courbe température-temps conventionnelle est définie dans l’arrêté du 21 Avril 1983


[19]. Elle est représentée sur la figure 1 et définie par l’équation suivante :

T = T0 + 345 log (8t + 1) (2.1)

où T est la température (°C) et t le temps (min) et To la température ambiante initiale.

2 1200

1000
Température (°C)

800

600

400

200

0
0 30 60 90 120 150 180 210 240
Temps (min)

Fig. 1 – Courbe température-temps conventionnelle

Le tableau 1 donne les températures données par cette équation toutes les 15 minutes.

TABLEAU 1
Tableau de valeur de la courbe conventionnelle

temps (min) température (°C)


0 20
15 739
30 842
45 902
60 945
75 979
90 1006
105 1029
120 1049
135 1067
150 1082
165 1097
180 1110
195 1122
210 1133
225 1143
240 1153

Construction Métallique, n° 3-1999


Rubrique TECHNIQUE ET APPLICATIONS 77

INC-EC3 1-99

2,2. – Temps de stabilité et réglementation

Comme on peut le remarquer sur la figure 1 ou sur l’équation (2.1), la courbe tempéra-
ture-temps conventionnelle n’admet pas de limite temporelle ni de décroissance en
température. Cette courbe est monotone croissante. Elle ne simule donc pas la phase de
décroissance du feu et de refroidissement des matériaux.

La limite d’application est définie par la réglementation. Dans le cadre de la stabilité au


feu des structures métalliques portantes (poteaux – poutres) de bâtiment, la courbe est
appliquée pendant différentes durées. Selon les réglements celle-ci peut varier de 1/4 h
à 6 h.

Dans le réglement de sécurité incendie des bâtiments recevant du public [1], la stabilité
3
au feu requise définie par l’article CO12 peut varier de 1/2 h à 1 h 1/2 selon la catégorie
du bâtiment et sa hauteur. Les articles CO13 à CO15 permettent l’atténuation de ces
degrés de stabilité dans certains cas particuliers.

Dans la réglementation sur les Immeubles de Grande Hauteur (IGH) [20], une stabilité au
feu de 2 h est exigée.

Pour les bâtiments d’habitation [2], la stabilité au feu requise varie de 1/4 h à 1h 1/2.

On pourra se référer à la rubrique technique concernant la réglementation incendie


pour obtenir les références, documents et textes en vigueur.

3. – ACTIONS THERMIQUES : EUROCODE 1 PARTIE 2.2 +DAN

Les essais de classification de produits de construction nécessitant une performance en


résistance au feu sont réalisés dans des fours.

Le calcul de l’échauffement d’un élément métallique non protégé ne nécessite pas une
réalisation d’un essai. Les caractéristiques thermiques de l’acier sont connues.

Avant le 22 Juillet 1997, seules les régles du DTU Feu-Acier [16] étaient acceptées pour
la vérification de la stabilité au feu des éléments de structure métallique. L’arrété du
22 Juillet 1997 permet l’utilisation de l’Eurocode 1 partie 2.2 « actions en cas d’incen-
die », Eurocode 3 partie 1.2 « comportement au feu des structures en acier ».

Dans le cadre de l’Eurocode 1 partie 2.2, l’action thermique déterminant la stabilité au


feu d’éléments . de structure selon l’incendie conventionnel est déterminé par un flux
thermique net hnet,d à la surface exposée de l’élément. Le flux thermique net représente
la quantité d’énergie qui arrive à la surface de l’élément moins la quantité d’énergie qui
repart.

Ce flux de chaleur est défini par l’équation suivante en différenciant la partie convective
et la partie radiative du flux net.
. . .
hnet,d = γn,c hnet,c + γn,r hnet,r (3.1)

γn,c est le coefficient de pondération relatif à la convection représentant l’effet des diffé-
rentes méthodes d’essais nationales et le four dans lequel elles sont appliquées

Construction Métallique, n° 3-1999


78 Rubrique TECHNIQUE ET APPLICATIONS

INC-EC3 1-99

γn,r est le coefficient de pondération relatif au rayonnement représentant l’effet des diffé-
rentes méthodes d’essais nationales et le four dans lequel elles sont appliquées
.
hnet,c le flux de chaleur net convectif
.
hnet,r le flux de chaleur net radiatif

Dans l’Eurocode 1 partie 2.2 +DAN, les coefficients γn,c et γn,r sont pris égaux à 1.

Le flux de chaleur net radiatif, issu du bilan entre l’éclairement reçu par la surface expo-
sée de l’élément et le flux radiatif émis par la surface de celui-ci, est défini par l’équation
suivante :
4 .
hnet,r = Φ εres 5,67 . 10 – 8 [(θr + 273)4 — (θm + 273)4] (3.2)

Φ est le facteur de forme

εres est l’émissivité résultante

Θr est la température du rayonnement à proximité de l’élément (°C)

Θm est la température de surface de l’élément (°C)

Dans le cadre de l’Eurocode 1 partie 2.2 +DAN et de l’Eurocode 3 partie 1.2 +DAN, le fac-
teur de forme est égal à 1.

L’émissivité résultante est issue du produit de l’émissivité du milieu environnant, soit


dans le cadre de l’incendie conventionnel le four, égale à 0,8, et de l’émissivité du maté-
riau. L’Eurocode 3 partie 1.2 +DAN fixe l’émissivité de l’acier 0,625. Le produit εres est
donc égal à 0,5.

La température de rayonnement dans le cadre de l’incendie conventionnel est définie


par la courbe température-temps conventionnelle matérialisée par la figure 1 et l’équa-
tion 2.1.

Le flux de chaleur net convectif est défini par l’équation suivante :


.
hnet,c = αc (θg – θm) (3.3)

αc est le coefficient de convection (W/m2/K)

Θg la température des gaz à proximité de l’élément (°C)

θm la température de surface de l’élément (°C)

Dans l’Eurocode 1 partie 2.2 + DAN, le coefficient de convection est fixé à 25 W/m2/K et
la température des gaz est fixée par la courbe température-temps conventionnelle défi-
nie par l’équation 2.1.

Dans l’application de l’Eurocode 1 partie 2.2 + DAN aux structures métalliques, l’action
thermique se résume à l’équation suivante :
.
hnet,d = 25 . (θc – θs) + 0,5 . 5,67 10 – 8 [(θc + 273)4 – (θs + 273)4] (3.4)

Construction Métallique, n° 3-1999


Rubrique TECHNIQUE ET APPLICATIONS 79

INC-EC3 1-99

Θc est la température conventionnelle (°C)

Θs est la température de surface de l’élément métallique (°C)

4. – CARACTÉRISTIQUES D’UN ÉLÉMENT DE STRUCTURE EN ACIER

4,1. – Propriétés thermiques de l’acier 5


La masse volumique de l’acier ρa peut être considérée comme indépendante de la tem-
pérature: ρa = 7 850 kg/m3.

La chaleur spécifique de l’acier est une fonction de la température et peut être calculée
selon les équations suivantes :

pour 20 °C  θa  600 °C

Ca = 425 + 7,73 × 10 – 1 θa – 1,69 × 10 – 3 θ a2 + 2,22 × 10 – 6 θ a3 (4.1)

pour 600 °C  θa  735 °C


5 371
Ca = 721 + ––––––– (4.2)
738 – θa
pour 735 °C  θa  900 °C
7 624
Ca = 605 + ––––––– (4.3)
θa – 731
pour 900 °C  θa

Ca = 650 (4.4)

La variation de la chaleur spécifique avec la température est illustrée par la figure 2. Le


pic de chaleur spécifique à 735 °C est expliqué par des modifications chimiques de
l’acier. Dans les modèles de calcul simplifiés, la chaleur spécifique peut être considérée
comme indépendante de la température de l’acier : ca = 600 J/kg/K. Cette valeur est infé-
rieure à la valeur réelle lorsque la température est supérieure à 389 °C, montrant que
l’utilisation de cette valeur constante va conduire à une température d’échauffement
généralement supérieure (si température supérieure à 500 °C) à celle déterminée sur la
base d’une valeur de chaleur spécifique fonction de la température.

La conductivité thermique de l’acier λa peut être déterminée comme suit :

– pour 20 °C  θa  800 °C :

λa = 54 – 3,33 × 10 – 2 θa W/mK (4.5)

– pour 800 °C  θa  1 200 °C :

λa = 27,3 W/mK (4.6)

où θa est la température de l’acier [°C].

Construction Métallique, n° 3-1999


80 Rubrique TECHNIQUE ET APPLICATIONS

INC-EC3 1-99

La variation de la conductivité thermique avec la température est illustrée par la figure


3. Comme pour les autres caractéristiques, une valeur indépendante de la température
égale à 45 W/m/K peut être utilisée dans les modèles simplifiés.

Conductivité thermique (W/mK))


Chaleur spécifique (J/kg K)
60
3000
50
2500
2000 40

1500 30
1000 20
6 500 10
0
0 200 400 600 800 1000 1200 0
0 200 400 600 800 1000 1200
Température (°C)
Température (°C)

Fig. 2 – Chaleur spécifique de l’acier Fig. 3 – Conductivité thermique de l’acier


en fonction de la température en fonction de la température

4,2. – Facteur de massiveté

4,21. – Élément non protégé

Le facteur de massiveté d’une section d’un élément métallique est défini par le rapport
de sa surface exposée au feu par unité de longueur et son volume par unité de lon-
gueur.

4,211. – Éléments exposés sur 4 faces

Dans le cas où les éléments métalliques sont exposés sur 4 faces, le facteur de massi-
veté est déterminé par le rapport de son périmètre en section et la surface de la section.
Quelques formulations simples pour les éléments usuellement utilisés sont données
dans l’Eurocode 3 partie 1.2 (tableau 4.2).

Par exemple, un tube de section carrée de côté 100 mm et d’épaisseur 10 mm a un péri-


mètre de 400 mm et une surface de 1 900 mm2, soit un facteur de massiveté de 210 m – 1.

4,212. – Autres éléments

Il peut exister des configurations différentes telles que certaines faces ne soient pas
exposées au feu. C’est en particulier le cas pour des poutres situées en sous face de
plancher. Le facteur de massiveté est alors défini par le rapport de la partie du périmètre
de l’élément exposée au feu par sa surface.

Par exemple, une poutre en IPE 500 localisée en sous face d’un plancher présente un
périmètre total de 1,74 m, mais le périmètre exposé un feu ne représente qu’une dis-
tance de 1,53 m. Sa surface en section étant de 116 cm2, la facteur de massiveté de la
poutre sera de 132 m – 1. On notera donc une réduction du facteur de massiveté de cette

Construction Métallique, n° 3-1999


Rubrique TECHNIQUE ET APPLICATIONS 81

INC-EC3 1-99

poutre exposée sur 3 côtés, par rapport au facteur de massiveté de 150 m – 1 si celle-ci
était exposée sur 4 côtés.

Ce peut être également le cas des poutres de planchers partiellement enrobées de


béton (telles que les poutres métalliques à talon où seule la semelle inférieure peut être
exposée au feu).

4,22. – Élément protégé

Protection suivant le contour (peinture, produit projeté)


7
Pour les protections contre le feu appliquées selon le contour du profilé, le facteur de
massiveté de l’élément protégé est identique au facteur de massiveté de l’élément non
protégé.

Protection par caissons

Pour les protections en caisson, le rapport Ap / V est déterminé en utilisant pour Ap le


périmètre interne exposé au feu de la protection, et V la section de l’élément métallique.

5. – TEMPÉRATURE DE STRUCTURE EN ACIER

SELON L’INCENDIE CONVENTIONNEL

5,1. – Échauffement de l’acier non protégé : Eurocode 3 partie 1.2+DAN

5,11. – Équations générales

Dans le cadre de l’application selon l’incendie conventionnel et de la réglementation, la


détermination de la température se fait en section, la vérification se faisant par élément,
et l’élément étant échauffé de la même manière sur toute sa longueur. L’acier étant très
conducteur, l’élément métallique est considéré à température homogène en section.

Ainsi la température de surface de l’élément métallique non protégé est égale à la tem-
pérature de l’élément.
.
A partir de l’équation bilan d’énergie entre le taux d’énergie apporté hnet,d Am et le taux
dT
d’énergie nécessaire pour l’accroissement de température de la masse d’acier Ca ρa V ––– ,
dt
l’élévation de température de l’élément sur un intervalle de temps ∆t est alors détermi-
née par l’équation suivante :
Am /V .
∆θa,t = ––––– hnet,d ∆t (5.1)
Ca ρa

Am / V est le facteur de massiveté de l’élément non protégé (m – 1)

Construction Métallique, n° 3-1999


82 Rubrique TECHNIQUE ET APPLICATIONS

INC-EC3 1-99

Am est la surface exposée de l’élément par unité de longueur (m2/m)

V est le volume de l’élément par unité de longueur (m3/m)

Ca est la chaleur spécifique de l’acier (J/kg/K)

ρa est la masse volumique de l’acier (kg/m3)


.
hnet,d flux thermique net (W/m2/K)

∆t est l’intervalle de temps (s)

8 Le DAN français de l’eurocode 3 partie 1.2 mentionne que pour les valeurs de facteur de
massiveté inférieures à 10 m – 1, cette méthodologie ne s’applique pas et qu’il est néces-
saire d’en référer à des résultats expérimentaux ou d’utiliser un modèle de calcul
avancé. En effet, les éléments très massifs peuvent présenter un champ de température
en section très inhomogène.

5,12. – Application

L’application de l’équation (5.1) est réalisée par itérations à pas de temps donné. Le pas
de temps ∆t doit être inférieur à 5 secondes.

Ainsi pour connaître la température d’un élément de structure métallique après 1 h


d’incendie conventionnel, 720 itérations sont nécessaires au minimum.

Cependant ces itérations sont relativement simples. La procédure est la suivante :

première itération :

valeurs données

t=0

Θa = 20 °C,

∆t = 5 s

Ca(20 °C) équation 4.1 soit 439,80 J/kg/K ou valeur constante de 600 J/kg/K

Θc(5 s) équation 2.1 (soit 96,53 °C)

Détermination du flux radiative :

hnet,r = 1*0.5*5,67 10 – 8*((96,53 + 273)4 – (20 + 273)4) = 319,69 W/m2

Détermination du flux convectif :

hnet,c = 25*(96,53 – 20) = 1 913,25 W/m2

Am /V
calcul de ∆θa,5 s = –––––––––– (319,69 + 1 913,25) × 5
7 850 × 600

soit pour un facteur de massiveté de 100 m – 1 : ∆θa (5 s) = 0,238 °C

Construction Métallique, n° 3-1999


Rubrique TECHNIQUE ET APPLICATIONS 83

INC-EC3 1-99

autres itérations jusqu’à t = durée de stabilité requise

t = t + ∆t

Θa = Θa + ∆θa

∆t = 5 s

Ca(Θa) équations 3.6 à 3.9

Θc(t) équation 2.1

calcul de ∆θa(t) 9
5,13. – Détermination graphique

Dans l’hypothèse de l’incendie conventionnel, la figure 4 permet de déterminer la tem-


pérature d’un élément en fonction de son facteur de massiveté et du temps de stabilité
requis.

1100

1000

900

800
Température (°C)

700

600

500

400 15 minutes
30 minutes
300
60 minutes
200 90 minutes
120 minutes
100

0
0 50 100 150 200 250 300 350
Am/V

Fig. 4 – Température de l’élément en fonction de son facteur de massiveté


et de la durée de stabilité au feu requise

5,2. – Échauffement de l’acier protégé : Eurocode 3 partie 1.2+DAN

5,21. – Équations générales

La détermination de température atteinte par un élément métallique protégé selon


l’Eurocode 3 partie 1.2 +DAN est réalisée par l’équation suivante :

λp Ap /V (θg,t – θa,t)
∆θa,t = –––––––––––––––– ∆t – (e φ/10 — 1) ∆θg,t (5.2)
dp Ca ρa (1 + φ/3)

Construction Métallique, n° 3-1999


84 Rubrique TECHNIQUE ET APPLICATIONS

INC-EC3 1-99

avec
Cp ρp
φ = ––––– dp /Ap /V (5.3)
Ca ρa

Ap /V est le facteur de massiveté d’un élément isolé par un matériau de protection contre
le feu

Ap est la surface concernée de la protection par unité de longueur (m2)

V est le volume de l’élément par unité de longueur (m3)


10
Ca est la chaleur spécifique de l’acier (J/kg/K)

Cp est la chaleur spécifique de la protection (J/kg/K)

dp est l’épaisseur de protection (m)

∆t est l’intervalle de temps (s)

Θa,t est la température de l’acier au temps t (°C)

Θg,t est la température des gaz au temps t (°C)

∆ Θg,t est l’augmentation de température pendant l’intervalle de temps ∆t au temps t (°C)

λp est la conductivité thermique du matériau de protection (W/m/K)

ρa est la masse volumique de l’acier (kg/m3)

ρp est la masse volumique du matériau de protection(kg/m3)

Cette équation a pris en compte plusieurs simplifications de manière à rendre intégrable


les équations différentielles de transfert thermique. En particulier, elle est basée sur un
transfert thermique monodimensionnel. Cette hypothèse est d’autant plus contestable
pour les protections par encoffrement où des vides d’air existent. Cependant prendre en
compte ces vides d’air nécessite l’utilisation de modèles avancés.

Ces simplifications aménent quelques contraintes d’utilisation de cette équation. Il est


mentionné dans le DAN que dans la phase d’incendie où la température est croissante,
ce qui est toujours le cas pour l’incendie conventionnel, pour une valeur négative de
l’incrément de température de l’acier ∆ Θa,t , le calcul sera poursuivi en considérant
∆ Θa,t = 0.

Cependant, dans le cadre de son application il est nécessaire d’utiliser un pas de temps
inférieur à 30 secondes pour obtenir un résultat fiable.

Concernant les propriétés de l’acier celles-ci sont énoncées au paragraphe 3,1. Pour les
propriétés des produits de protection, celles-ci doivent être déterminées par la méthode
pr ENV-13381-4. Les produits de protection faisant l’objet d’essais en résistance au feu,
conformément à l’arrêté du 21 avril 1983, cette méthode utilise les résultats d’essais
pour en déduire les propriétés thermiques du matériau.

Seules ces propriétés peuvent être utilisées pour déterminer la température d’un élé-
ment métallique protégé par l’équation donnée ci-dessus.

Construction Métallique, n° 3-1999


Rubrique TECHNIQUE ET APPLICATIONS 85

INC-EC3 1-99

5,22. – Détermination graphique

Dans le cadre du principe des méthodes simplifiées de l’Eurocode 3 partie 1.2, la résis-
tance d’un élément est souvent réduite à la connaissance de sa température critique. La
température critique est la température au-delà de laquelle l’élément n’est plus sucep-
tible de supporter les charges qui lui sont appliquées.

De ce fait, lorsque la température critique est connue, il est nécessaire de connaître


l’épaisseur de protection à appliquer qui permet à la température de l’élément d’être
inférieure à la température critique. Ainsi en se référant aux abaques donnés dans les
procès verbaux qualifiant le matériau, et à partir de la température critique, l’épaisseur
de protection peut être déterminée. Entre deux courbes sur les abaques, l’épaisseur à
appliquer est déterminée par interpolation linéaire.
11
Exemple d’application

Par exemple considérant un élément de facteur de massiveté de 130 m – 1 et de tempéra-


ture critique 630 °C, pour une stabilité au feu requise de 60 minutes, avec le matériau de
protection qui a donné lieu à l’abaque de la figure 5, il faut 15 mm de produit. Avec un
élément ayant un facteur de massiveté de 330 m – 1 et la même température critique, il
faut 25 mm de produit.

ÉCHAUFFEMENT : 60 min.
900 15 mm
800 20 mm
Température de l’acier (°C)

700 25 mm
600
500 30 mm

400 35 mm
40 mm
300
200
100
0
0 50 100 150 200 250 300 350 400 450 500
facteur de massivité (S/V en m–1)

Fig. 5 – Détermination de l’épaisseur de produit de protection

5,3. – Cas particulier des structures extérieures

La courbe d’incendie conventionnel est relative à un incendie se développant à l’inté-


rieur d’un compartiment d’un bâtiment. Dans le cas des structures métalliques situées à
l’extérieur du bâtiment, il peut être considéré que leur seul échauffement, lors d’un
incendie se développant dans un compartiment, est produit par la sortie des flammes et
gaz chauds par les ouvertures.

Nous ne décrirons pas l’ensemble des calculs nécessaires pour son application, mais
uniquement son domaine d’application.

Construction Métallique, n° 3-1999


86 Rubrique TECHNIQUE ET APPLICATIONS

INC-EC3 1-99

La méthode considère un état stationnaire, soit une durée infinie du feu. Son principe
est de déterminer la température d’échauffement maximal de l’élément Ta qui sera com-
parée à la température critique Tc de celui-ci :

– Ta  Tc : l’élément est stable au feu,

– Ta  Tc : l’élément n’est pas stable au feu.

Dans ce dernier cas, il est alors nécessaire de recourir :

– soit à des modifications architecturales en éloignant ou en déplaçant le long de la


façade l’élément,
12 – soit à un surdimensionnement de l’élément pour augmenter sa température critique,

– soit à une protection définie sur la base de la courbe d’incendie conventionnel et de


la durée de stabilité requise.

Il est considéré comme ouverture toute partie de façade ne satisfaisant pas un degré
Coupe-Feu ou Pare-Flamme de degré au moins identique à celui requis pour l’élément.

La méthode évalue, en fonction des ouvertures et de la position de l’élément considéré,


si ce dernier se situe dans les flammes, partiellement dans les flammes, ou hors des
flammes. Généralement, un élément situé totalement dans les flammes atteint une tem-
pérature relativement élevée. En effet, la méthode considérant un état stationnaire, l’élé-
ment atteindra une température proche de celle des flammes qui l’avoisinent.

De ce fait, l’un des principes généraux pour atteindre la stabilité (diminuer l’échauffe-
ment de l’élément) est de placer des trumeaux (ayant une résistance au feu) devant un
poteau, d’utiliser une exigence en C + D (distance minimale de parois et/ou planchers
satisfaisant un degré Coupe-Feu de manière à éviter la propagation du feu d’un étage à
l’autre) pour éloigner une poutre de l’ouverture ou la protéger partiellement.

6. – CONCLUSION

Afin de déterminer le degré de stabilité d’un élément de structure métallique, la tempé-


rature d’échauffement Ta doit être comparée à la température critique de cet élément. La
température critique Tc est la température à partir de laquelle l’élément n’est plus sus-
ceptible de supporter la charge qui lui est appliquée. De ce fait, par exemple, la stabilité
au feu de degré 1 heure d’un élément est satisfaite si et seulement si Ta  Tc après
1 heure d’exposition au feu.

Les éléments de structure métallique non protégés sont donc susceptibles d’atteindre
des températures élevées très rapidement sous l’action thermique, définie par l’incendie
conventionnel. La température atteinte est souvent voisine de la température de réfé-
rence utilisée par déterminer l’action thermique.

De surcroît, un élément de structure métallique non protégé pourra éventuellement


satisfaire une stabilité au feu voisine du 1/4 heure, voire pour certain profilé massif et
peu chargé, une stabilité au feu de 1/2 heure.

Dans le cas contraire, il sera nécessaire d’avoir recours à une protection contre le feu fai-
sant l’objet d’un procès verbal délivré par un laboratoire agréé en résistance au feu, tel
que le laboratoire du CTICM.

Construction Métallique, n° 3-1999


Rubrique TECHNIQUE ET APPLICATIONS 87

INC-EC3 1-99

7. – RÉFÉRENCES

[1] Règlement de sécurité contre l’Incendie relatif aux Établissements Recevant du


Public – Dispositions générales et commentaires officiels – Ministère de l’Intérieur -
Direction de la Sécurité Civile.
[2] Sécurité contre l’Incendie dans les bâtiments d’habitation – Texte réglementaire
avec illustrations – Journal officiel de la République.
[3] Eurocode 1 « Bases de calculs et action sur les structures » – Partie 2.2 « actions sur
les structures en cas d’incendie » + DAN.
[4] Eurocode 2 « Calculs des structures en béton » – Partie 1.2 « actions sur les struc- 13
tures en cas d’incendie ».
[5] Eurocode 3 « Calculs des structures en acier » – Partie 1.2 « actions sur les struc-
tures en cas d’incendie » + DAN.
[6] Eurocode 4 « Calculs des structures mixtes » – Partie 1.2 « actions sur les structures
en cas d’incendie » + DAN.
[7] Eurocode 5 « Calculs des structures en bois » – Partie 1.2 « actions sur les structures
en cas d’incendie ».
[8] Eurocode 6 « Calculs des structures en maçonnerie » – Partie 1.2 « actions sur les
structures en cas d’incendie ».
[9] Joyeux D. et Zhao B. – « Combinaisons d’actions mécaniques en situation d’incen-
die dans le cadre de l’Eurocode 1 » – Revue Construction Métallique n° 2, 1998.
[10] Lequien Ph. – « Application de l’Eurocode 3 : Actions, combinaisons d’actions et
applicabilité de l’EC3-DAN » – Revue Construction Métallique n° 1, 1993.
[11] Eurocode 1 «Bases de calculs et action sur les structures» – Partie 2.1 «actions sur les
structures : Densité – Poids propre et charges d’exploitation des bâtiments»+ DAN.
[12] Eurocode 1 « Bases de calculs et action sur les structures » – Partie 2.3 « actions sur
les structures action due à la neige ».
[13] Eurocode 1 « Bases de calculs et action sur les structures » – Partie 2.4 « actions sur
les structures actions dues au vent ».
[14] Règles NV65 – Règles Neige et Vent, 1965.
[15] Eurocode 1 « Bases de calculs et action sur les structures » – Partie 1 : « Bases de
calcul » + DAN.
[16] DTU FEU ACIER – Documents Techniques Unifiés règles Feu-Acier : « Méthode de
prévision par le calcul du comportement au feu des structures en acier » Revue
Construction Métallique n° 3 1982.
[17] DTU FEU POTEAUX MIXTES – Méthode de prévision par le calcul du comporte-
ment au feu des poteaux mixtes (acier + béton) – Règles FPM 88 – Revue Construc-
tion Métallique n° 3 1988.
[18] Brinas Ph. – « Résistance au feu des structures en acier : comparaison entre l’EC3
partie 1.2 et le DTU Feu acier » contrat DSC n° 005588, INC-96/92-PB/IM, 1996.
[19] Détermination des degrés de résistance au feu des éléments de constructions –
Arrêté du 21 avril 1983 – Ministère de l’Intérieur
[20] Immeubles de Grande Hauteur – Code de la Construction et de l’Habitation – Arrêté
du 18 octobre 1977 — Ministère de l’Intérieur – N° fascicule JO n° 1536

Construction Métallique, n° 3-1999

Vous aimerez peut-être aussi