Vous êtes sur la page 1sur 30

200

Attractivité du Maroc pour l’investissement direct


étranger (IDE) : Cas de l’investissement touristique

Par : Aziz HMIOUI1

Résumé :
L’attractivité est définie comme la capacité d’un pays, ou d’une industrie, à attirer
l’investissement direct étranger. Cet article a pour ambition d’analyser l’attractivité de
l’industrie touristique marocaine pour l’IDE.
Le tourisme marocain, très peu attractif jusqu’à la fin des années 1990, est arrivé à
séduire de nombreuses multinationales du tourisme issus des quatre coins du globe. Les
réformes introduisent par les pouvoirs publics et l’avènement de la ‘‘Vision 2010’’
expliquent la dynamique récente de l’investissement étranger dans le tourisme au
Maroc.

Mots clés : Investissement direct étranger, attractivité,


investissement touristique.

1
Enseignant-chercheur, Ecole Nationale de Commerce et de Gestion, Kenitra, Maroc

Revue Marocaine de Gestion et d’Economie ; N°2, Janvier-Mai 2010


201
Introduction
L’objectif de cet article est d’étudier l’attractivité de l’industrie
touristique marocaine pour l’investissement direct étranger. Nous
cherchons donc à apporter des éléments de réponse à la question
suivante : le tourisme marocain, comparativement aux autres secteurs,
attire t-il l’investissement direct étranger ?
Pour répondre à cette question, nous retenons une méthodologie
qui fait appel aux approches statistique et empirique. L’approche
statistique nous permettra de cerner la dynamique de l’investissement
étranger dans l’industrie touristique marocaine et partant d’examiner
l’attractivité d’une telle industrie. L’approche empirique, quant à elle,
nous permettra de recueillir des données propres à nous renseigner sur le
degré d’implication des investisseurs étrangers dans le tourisme
marocain.
Notre travail est présenté en deux sections. Dans un premier temps,
nous allons étudier les concepts d’investissement direct étranger et celui
de l’attractivité ; cela nous permettra de cerner les composantes de
l’attractivité et d’étudier le dispositif d’attraction de l’investissement
étranger au Maroc (I). Dans un deuxième temps, nous allons analyser
l’évolution de l’attractivité de l’IDE dans l’industrie touristique
marocaine, à travers l’examen de la dynamique récente des flux de cet
investissement et la présentation des projets d’investissements réalisés,
ou en cours de réalisation, par de grands groupes qui se sont implantés
dans le tourisme marocain (II).
I-L’IDE et les composantes de l’attractivité
1.1- Qu’est ce que l’IDE?
L’IDE est défini par l’OCDE comme suit : « l’investissement direct
international [ou étranger] traduit l’objectif d’une entité résidant dans une
économie (‘‘investisseur direct’’) d’acquérir un intérêt durable dans une
entité résidant dans une économie autre que celle de l’investisseur

Revue Marocaine de Gestion et d’Economie ; N°2, Janvier-Mai 2010


202
(‘‘entreprise d’investissement direct’’). La notion d’intérêt durable
implique l’existence d’une relation à long terme entre l’investisseur
direct et l’entreprise et l’exercice d’une influence notable sur la gestion
de l’entreprise. L’investissement direct comprend à la fois l’opération
initiale entre les deux entités et toutes les opérations ultérieures en capital
entre elles et entre les entreprises affiliées, qu’elles soient constituées ou
non en sociétés »1.
L’IDE peut revêtir différentes formes telles que la création d’une
nouvelle entreprise ou l’extension des capacités de production d’une
entreprise appartenant à l’investisseur, la prise de participation
(supérieure au seuil de 10 à 20% selon les pays) dans le capital d’une
entreprise déjà existante, les flux financiers entre affiliés d’un même
groupe (avances de trésorerie, prêts, augmentation de capital) et les
bénéfices de la filiale non restitués à la société mère et réinvestis sur
place.
C’est donc la notion d’intérêt durable et de pouvoir de décision et
par conséquent de gestion qui distingue l’IDE de l’investissement de
portefeuille2. L’IDE suppose ainsi l’engagement dans une activité
productive. Il est plus stable car même en cas de crise ou de baisse de
productivité, une part de l’investissement, une fois réalisée, est
difficilement récupérable. L’IDE a ainsi fait preuve de résilience dans le
contexte des crises financières. Dans les pays du Sud-Est asiatique, par
exemple, il a été remarquablement stable durant la crise financière de
1997, tandis que d’autres formes d’apports de capitaux privés (capitaux
de portefeuille et dettes) refluaient massivement. On a pu constater la

1
OCDE ; « Définition de référence de l’OCDE des investissements directs internationaux ».
Publications de l’OCDE, 3ème édition, Paris, 1996, p. 8.
2
Les investissements de portefeuille sont des placements purement financiers, en actions,
obligations ou autres instruments financiers étrangers, qui, généralement à court terme,
conservent un caractère de placement sans objectif de participation à la gestion. Ce sont des
capitaux flottants, rotatifs et très volatiles. En effet, ces investissements réagissent rapidement en
partant pour d’autres territoires plus attractifs, dès que les perspectives de rendement deviennent
meilleures ailleurs.

Revue Marocaine de Gestion et d’Economie ; N°2, Janvier-Mai 2010


203
même résilience pendant la crise mexicaine de 1994-1995 et celle de
la dette latino-américaine des années 19801.

1.2-Composantes de l’attractivité de l’IDE


1.2.1- L’attractivité : une notion pluridimensionnelle
L’attractivité de l’investissement international porte sur les
aptitudes d’un espace national à attirer les investisseurs étrangers. Elle est
« le résultat dialectique, d’une part, de la demande par les firmes
d’avantages de localisation qui leur permettront de renforcer leur
compétitivité sur le marché mondial et, d’autre part, de l’offre partielle
ou totale de ces avantages par les différents territoires »2.
Dans un sens strict, l’attractivité est définie comme « l’ensemble
des dispositifs mis en place par l’Etat (code d’investissement, traitement
juridique et fiscal de l’IDE, infrastructures publiques, etc.) existant dans
le pays hôte dans le but d’attirer l’IDE »3. Une vision plus riche de
l’attractivité y inclut trois autres séries d’éléments : le climat
d’investissement, le risque pays et les avantages économiques
comparatifs4. Le climat d’investissement est évalué à partir des critères
suivants : niveau et stabilité des variables macro-économiques (taux
d’inflation, croissance du PIB, taux de chômage, investissement…) et
d’indices de la stabilité politique locale. Le risque pays inclut des
indicateurs d’endettement extérieur, de la solvabilité financière du pays
hôte, du risque de change, du risque administratif, du risque de non-
transfert, du risque d’expropriation et de nationalisation, de l’attitude du
gouvernement à l’égard des programmes du FMI et de l’économie de

1
LOUNGANI (P) et RAZIN (A) ; « L’IDE est-il bénéfique aux PED ? ». Finances et
Développement, juin 2001, p. 6.
2
MICHALET (C.A) ; « La séduction des nations ou comment attirer les investissements».
Economica, Paris, 1999, pp. 71-72.
3
ANDREFF (W) ; « Les firmes multinationales et les pays associés à l’Union Européenne » ; in
« Les investissements directs étrangers : facteurs d’attractivité et de localisation »; collectif,
GUERRAOUI (D) et RICHET (X) (sous la direction de). Les éditions Toubkal et l’Harmattan,
Casablanca-Paris, 1997, p. 44.
4
IBID, p. 45.

Revue Marocaine de Gestion et d’Economie ; N°2, Janvier-Mai 2010


204
marché. En ce qui concerne les avantages économiques comparatifs,
sont comparés entre les pays hôtes et avec le pays d’origine : la
différence des coûts salariaux rapportée à la différence des productivités,
les disparités moyennes ou sectorielles de taux de profit, les préférences
des consommateurs, la taille et la croissance des marchés, les écarts
technologiques, les coûts de transport et les droits de douane.
Pour investir, l’entreprise étrangère considère plusieurs pays hôtes
potentiels et sa décision s’appuie sur plusieurs critères. Dans cette
optique, il est possible de repérer plusieurs dimensions indispensables à
l’attractivité territoriale que reflètent les priorités incompressibles des
investisseurs potentiels dans l’optique d’une implantation durable.
1.2.2- Conditions d’attractivité de l’IDE
Pour être retenu comme lieu de localisation virtuel, le territoire
devra préalablement satisfaire à des pré-conditions macroéconomiques
permettant à l’investisseur d’évaluer la rentabilité de son projet
d’implantation et la confronter avec celle qu’il peut obtenir dans d’autres
localisations possibles. Une fois établies ces conditions pré-requises, le
territoire s’efforcera de promouvoir l’existence de facteurs déterminants
susceptibles de crédibiliser son attractivité.
MICHALET présente les pré-conditions de l’attractivité et ses
conditions nécessaires1. Selon l’auteur, pour qu’un territoire figure sur la
‘‘long list’’ des investisseurs, il faut qu’il remplisse de façon impérative
des conditions préalables. Une fois éliminés les territoires qui n’offrent
pas les pré-conditions, l’évaluation des avantages et des inconvénients de
l’éventail des différentes localisations possibles reposera sur une série de
facteurs dont l’existence est nécessaire pour passer de la ‘‘long list’’ à la
‘‘short list’’.

1
MICHALET (C.A), op. cit., pp. 72 à 83.

Revue Marocaine de Gestion et d’Economie ; N°2, Janvier-Mai 2010


205
Par pré-conditions de l’attractivité, MICHALET entend la
stabilité et la soutenabilité du cadre macropolitique et macroéconomique,
le climat d’investissement et l’existence d’un Etat de droit.
Tout d’abord, l’investisseur étranger se préoccupe de la stabilité du
régime politique. Si la probabilité d’un ou d’une suite de coups d’Etat est
élevée, même si la rentabilité du projet est attrayante, il est probable que
le pays sera rayé de la liste longue. L’appréciation de la stabilité du
régime en place l’emporte sur celle de sa nature politique.
La stabilité économique vient en second lieu, bien qu’elle soit
difficile à séparer de la stabilité politique. Il est ainsi improbable que la
stabilité économique puisse être assurée dans un climat de forte
instabilité politique. En revanche, la stabilité politique n’implique pas
nécessairement la stabilité économique. Dans ce dernier cas, il s’agit
donc de prendre en considération une série de variables
macroéconomiques qui permettent d’évaluer la soutenabilité d’un régime
de croissance : équilibre du budget, équilibre de la balance des
paiements, taux d’inflation, taux d’endettement extérieur, stabilité du
taux de change, etc.
Les investisseurs potentiels se soucient également des variables qui
sont les composantes du climat des investissements, c’est-à-dire de
l’environnement légal et réglementaire des activités courantes des
entreprises installées sur place (liberté de transfert des capitaux et régime
des changes, fiscalité sur les bénéfices industriels et commerciaux et sur
les revenus, législation sociale, procédures administratives...).
Les investisseurs étrangers se préoccupent, enfin, de l’évaluation de
la stabilité, de la transparence et de l’efficacité du système légal,
réglementaire et judiciaire. L’Etat de droit constitue ainsi une dimension
importante au même titre que la stabilité politique et économique. Le non
respect des contrats est antinomique d’une économie de marché. Un
système judiciaire incapable de faire respecter les engagements des

Revue Marocaine de Gestion et d’Economie ; N°2, Janvier-Mai 2010


206
partenaires à l’échange obère les opportunités d’affaires les plus
attrayantes.
Une fois éliminé les territoires qui n’offrent pas les pré-conditions,
les investisseurs potentiels examinent les conditions nécessaires qui
commandent l’inscription d’un pays sur la ‘‘short list’’. Ces dernières
peuvent être classées selon quatre groupes : la taille et le taux de
croissance du marché, le système de communications et des
télécommunications, la disponibilité en ressources humaines qualifiées et
l’existence d’un tissu d’entreprises locales performantes.
L’ensemble des composantes de l’attractivité (pré-requis et
conditions nécessaires) ne peut être morcelé. La totalité des dimensions
de l’attractivité doivent être présentes sur un territoire donné pour que
celui-ci ait une chance de figurer sur la ‘‘short list’’ des investisseurs
étrangers.
Finalement, les investisseurs potentiels choisissent entre les
territoires qui figurent sur la ‘‘short list’’. Lorsqu’un pays remplit
l’ensemble des préalables et des conditions nécessaires, il est appelé à
faire un effort supplémentaire. Il s’agit de valoriser l’attractivité du pays
et de ses sites par le déploiement d’une politique active de promotion
orientée vers la communauté des investisseurs étrangers. Les choix
d’implantation doivent donc être éclairés par des organismes spécialisés à
travers des politiques de promotion des investissements qui s’inspirent
des techniques de marketing1.
L’attractivité d’une nation n’est pas statique, elle est évolutive et
dynamique. Elle se construit et se maintient par des politiques publiques
de promotion des investissements étrangers.

1
Voir à ce propos NOISETTE (P) et VALLÉRUGO (F) ; « Le marketing des villes : un défi pour
le développement stratégique ». Les éditions d’organisation, Paris, 1996.

Revue Marocaine de Gestion et d’Economie ; N°2, Janvier-Mai 2010


207
1
Pour MUCCHIELLI , trois objectifs sont assignés aux activités
de promotion : 1) améliorer l’image du pays hôte au sein de la
communauté des investisseurs internationaux, afin de la convaincre du
bien-fondé d’une localisation sur ce territoire ; 2) générer directement des
entrées et des implantations d’investisseurs étrangers ; 3) fournir un
certain nombre de services et de capacités d’accueil aux investisseurs
potentiels et effectifs.

1. 3-Composantes du dispositif d’attraction de l’IDE au


Maroc
Dans le but de développer son attractivité, le Maroc a mis en place
un dispositif de promotion qui se compose des éléments suivants.
1.3.1- Charte de l’investissement
Les mesures prévues par la Charte d’investissement2 tendent à
l’incitation à l’investissement par :
- l’allègement et une meilleure répartition de la charge fiscale au moment
de la création, comme en phase d’exploitation de l’entreprise3 ;
- l’octroi d’un régime fiscal préférentiel en faveur du développement
régional. Ainsi, l’investissement dans certaines préfectures et provinces
donne lieu à une réduction de 50% au titre de l’IS ou de l’IR pendant les
5 premiers exercices4;

1
MUCCHIELLI (J.L) ; « Multinationales et mondialisation ». Editions du Seuil, Paris, 1998, pp.
330-331.
2
Dahir n°1-95-212 du 08/11/1995 portant promulgation de la loi cadre n°18-95 formant Charte de
l’investissement (Bulletin Officiel n°4336 du 06/12/1995).
3
Les incitations fiscales liées à la phase de création se manifestent par des exonérations et des
réductions au niveau des droits d’enregistrement, de l’impôt des patentes, de la taxe urbaine, des
droits de douanes et de la TVA. Celles liées à la phase d’exploitation concernent la suppression de
la PSN pour les sociétés passibles de l’IS, l’exonération au titre de l’IS ou de l’IGR, pendant 5
ans, et la réduction de 50% au delà de 5 ans, pour les entreprises exportatrices. Soulignons, à ce
niveau, que l’Egypte exonère les investisseurs de l’IS pendant des périodes de 5, 10 et 20 ans
selon la région. Voir CGEM-Fédération du Tourisme ; « Contrat Programme », Rabat, 2001, p.
75.
4
En vertu du décret n°2-98-520 du 30 juin 1998 (BO n°4599 bis du 1/7/98 et du décret n°2-99-
242 du 30 juin 99 (BO n°4704 du 1/7/99), ces préfectures et provinces sont : ALHoceima,
Berkane, Boujdour, Chefchaouen, Es-Semara, Guelmine, Jerada, Laâyoune, Larache, Nador,

Revue Marocaine de Gestion et d’Economie ; N°2, Janvier-Mai 2010


208
- la simplification et l’allègement de la procédure administrative
relative aux investissements : suppression du visa de conformité et
création des Centres Régionaux d’Investissement (guichet unique) ;
- le renforcement des garanties accordées aux investisseurs étrangers ;
- la promotion des zones franches d’exportation et du régime de
l’entrepôt industriel franc.
1.3.2- Réglementation des changes
Elle concerne les investissements effectués en devises et
réalisés par les étrangers résidents ou non au Maroc et par les
Marocains établis à l’étranger.
Après une longue période de contrôle stricte des opérations de
change, le Maroc a entamé un processus de libéralisation en la matière
(1993 : convertibilité du dirham pour les opérations internationales
courantes, 1996 : instauration d’un marché des changes interbancaire).
Aujourd’hui, l’investisseur étranger peut, entre autres, réaliser les
opérations suivantes:
- transférer les bénéfices nets d’impôts, sans autorisation préalable et sans
limitation de montant, ni de durée ;
- transférer le produit de cession ou de liquidation totale ou partielle des
investissements, y compris les plus-values ;
- négocier avec son banquier le taux de change qui lui sera applicable ;
- se couvrir contre le risque de change dans le cadre de ses opérations
internationales (importation, exportation, financement, etc.) en recourant
aux produits offerts par les banques, intermédiaires agréés du marché des
changes.

Oued Ed-Dahab, Oujda-Angad, Tanger-Assilah, Fahs-Bni-Makada, Tan-Tan, Taounate, Taourirt,


Tata, Taza et Tétouan.

Revue Marocaine de Gestion et d’Economie ; N°2, Janvier-Mai 2010


209
1.3.3- Infrastructures d’accueil
Après avoir lancé un important programme de zones industrielles
depuis le début de la décennie quatre-vingts, les pouvoirs publics se sont
acheminés, avec la collaboration de la Banque mondiale et de
développeurs privés, vers la création de nouvelles zones intégrées qui :
-offrent, en plus des équipements de base, les services à même de
faciliter l’implantation des entreprises ;
- répondent aux normes internationales exigées par les investisseurs
étrangers.
1.3.4- Environnement juridique et institutionnel
Le Maroc a connu dernièrement la rénovation de nombreux textes
de loi, notamment ceux relatifs au commerce extérieur, à la fiscalité, au
secteur bancaire, à la bourse des valeurs, au cadre comptable, au droit des
affaires, au marché des changes, à la concurrence, au code de commerce,
au code du travail, etc. De même, des structures administratives et
juridiques ont été également créées : Centres Régionaux
d’Investissement, Tribunaux de Commerce, etc.
Sur le plan institutionnel, une étape importante a été franchie en
matière de promotion de l’investissement étranger avec la création de
l’Agence marocaine de développement des investissements, à l’instar des
agences opérationnelles dans certains pays telle que la Tunisie.
Par ailleurs, une Commission des investissements, chargée de
statuer sur les éventuels blocages administratifs aux grands projets
d’investissement et d’approuver les conventions et les contrats
d’investissement qui nécessitent une contribution financière de l’Etat, a
été mise en place en 1998.
1.3.5- Protection des investissements étrangers
Différents accords et conventions de coopération et de garantie
des investissements lient le Maroc avec de nombreux pays : conventions

Revue Marocaine de Gestion et d’Economie ; N°2, Janvier-Mai 2010


210
fiscales, accords de garantie des investissements, ainsi que accords de
coopération, de partenariat, et de création de zones de libre échange. Par
ces conventions, le Maroc accorde aux investisseurs étrangers la même
sécurité, protection et avantages que ceux accordés aux nationaux en
matière de garantie contre les risques de nationalisation et
d’expropriation.
Signalons à ce niveau que le Maroc est signataire des conventions
multilatérales suivantes : 1) la convention instituant ‘‘l’Agence
multilatérale de garantie des investissements’’, adoptée à Washington le
11/10/1985 ; 2) la convention sur le règlement des différends en matière
d’investissements entre les Etats et les nationaux d’autres Etats, adoptée à
Washington le 18/03/1965 ; 3) la convention sur la reconnaissance et
l’application des sentences arbitrales étrangères adoptée à New York le
18/06/1958.
De même, le Maroc fait partie des pays reconnaissant la
compétence du Centre International pour le Règlement des Différents
relatifs aux Investissements.
Par ailleurs, les réformes structurelles entreprises sous l’égide du
FMI font que l’économie marocaine est en quelque sorte saine : faible
inflation, monnaie stable, faible déficit public, comptes extérieurs
relativement équilibrés, etc.
Enfin, d’autres facteurs constituent des atouts importants pour le
Maroc en matière de séduction des investissements étrangers. Il s’agit de
la proximité de l’Europe, de la disponibilité d’une main-d’œuvre jeune et
bon marché, de la stabilité politique, etc.
II-Attractivité de l’investissement touristique au Maroc
2.1-Qu’est ce que l’investissement touristique ?
L’investissement touristique ne se limite pas à la création des hôtels
pour héberger les touristes. Il englobe les investissements de toutes les
activités impliquées directement ou indirectement dans la satisfaction des

Revue Marocaine de Gestion et d’Economie ; N°2, Janvier-Mai 2010


211
besoins des visiteurs : construction d’unités hôtelières et para-
hôtelières, construction de restaurants, mise en place des équipements
d’animation (terrains de golf, terrains de ski, piscines, etc.), élaboration
ou amélioration des infrastructures (aménagement du territoire, adduction
d’eau et d’énergie, systèmes d’assainissement des eaux usées,
infrastructure de transport et de communication : routes, aéroports, ports,
télécommunications, etc.)1.
Les grands aménagements, l’infrastructure, le transport lourd
relèvent surtout de la puissance publique. La mise en place d’une
capacité d’hébergement, d’équipements d’animation, etc. incombent le
plus souvent aux entreprises privées.
De par la nature des investissements en infrastructures, en biens
d’équipement et en immobilier et étant donné l’importance des
financements exigés, le tourisme présente les caractéristiques d’une
industrie et même d’une industrie lourde. Le tourisme est une industrie
hautement capitalistique, demandant des capitaux importants et, donc, à
financement onéreux. C’est pourquoi, il est qualifié de ‘‘sidérurgie des
services’’ ou encore d’‘‘industrie sans cheminées’’2.
2.2-Evolution de l’IDE dans l’industrie touristique marocaine : de
1983 à 2008
Avant 1983, la présence du capital étranger dans le secteur
touristique marocain était rare. C’est notamment le groupe français Club
Méditerranée qui s’est implanté au Maroc dès les années 1960.
L’examen de l’évolution de l’attractivité de l’économie marocaine
et, partant, de l’industrie touristique fait apparaître trois périodes : la
première va de 1983 à 1990, la seconde va de 1991 à 2000 et, enfin, la
troisième va de 2001 à 2008.
2.2.1- Attractivité de l’investissement touristique : 1983-1990

1
RABOTEUR (J); « Introduction à l’économie du tourisme ». L’Harmattan, Paris, 2000, p. 78.
2
AISNER (P) et al. ; « La ruée vers le soleil : le tourisme à destination du tiers monde ».
L’Harmattan, Paris, 1983, p. 94.

Revue Marocaine de Gestion et d’Economie ; N°2, Janvier-Mai 2010


212
Le montant de l’investissement étranger reçu par le Maroc est
passé de 556,1 millions de DH en 1983 à 1872,3 millions de DH en 1990,
enregistrant ainsi un taux d’accroissement de 236,68%.
La répartition sectorielle de l’investissement étranger durant cette
période est donnée par le tableau ci-après.
Tableau 1- Répartition sectorielle des investissements et prêts
privés étrangers de 1983 à 1990 (En millions de DH)1
1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990
Immobilier 154,8 162,6 143,4 273,1 256,2 333,9 348,4 422,5
Industrie 206,4 181,1 186,1 137,2 238,6 256,4 332,9 483,4
Banque 31 35,4 8,7 49,9 54,3 36,7 240,2 150,2
Tourisme 14,1 16,1 15,9 114,4 74,7 71,1 104,7 105,1
Pêche 49,1 6,2 63 49,8 48,1 45,3 57,3 21,9
Grands 2,8 29,2 5 28,7 56,5 8 82,4 32,5
travaux
Mines 0 0 2,2 25,3 0,1 18,9 39 1,4
Commerce 4,3 0 29,1 5,4 49,6 21,1 45,2 54,2
Transport 0,6 6,3 5,5 0 1 0 0,2 1,5
Télécoms 0 0 0,2 1,3 0 28,6 32,5 1,6
Services 10,1 8 5,5 4,2 12 18,6 8,2 0,7
Assurances 0 0 1,1 0,3 1 4,6 0 49,6
Agriculture 0 0 2,9 4,8 10,6 10,7 35 ,2 20,4
Holding 0 0 0 0 35,4 0 185,6 145,1
Divers 82,9 211 84 117,6 95,5 201,8 409,2 382,2
Total 556,1 655,9 552,6 812 933,6 1 055,7 1 921 1 872,3

Source : Office des Changes.

La répartition sectorielle des investissements étrangers entre 1983


et 1990 fait apparaître les constats suivants :
-l’immobilier est le secteur de prédilection par excellence des
investissements étrangers. Il occupe le premier rang avec 2 094,9

1
En raison de la petitesse de la bourse de Casablanca, l’essentiel des flux d’investissement
étranger drainés par le Maroc est formé d’IDE.

Revue Marocaine de Gestion et d’Economie ; N°2, Janvier-Mai 2010


213
millions de DH sur un total de 8 359,2 millions de DH durant la
période, soit 25,06 % ;
-le secteur industriel vient en deuxième position avec 2 022,1 millions de
DH, soit 24,19% du total ;
-les secteurs de la banque, du tourisme et de la pêche ont attiré
respectivement 7,25% ; 6,17% et 4,07% des investissements étrangers.
Par rapport au total de l’investissement étranger drainé par le
Maroc entre 1983 et 1990, le tourisme, avec 516,1 millions de DH, a
occupé le 4ème rang.
2.2.2-Privatisation et amélioration de l’attractivité de l’économie
marocaine: 1991-2000

L’analyse de la nature des investissements étrangers reçus par le


Maroc montre une prédominance de l’investissement direct1. Sur le total
des capitaux étrangers entrant au Maroc entre 1991 et 2000 (75 754,2
millions de DH), c’est l’investissement direct qui vient en tête avec une
somme de 55 494,9 millions de DH, représentant ainsi 73,25% de la
somme de ces capitaux2.

Sur le plan de l’évolution globale de l’investissement étranger, il


apparaît que la tendance haussière de la décennie 1980 s’est poursuivie
entre 1991 et 2000. Toutefois, durant cette dernière période, les flux
d’investissements étrangers drainés par le Maroc deviennent de plus en
plus importants. Ainsi, par rapport au montant le plus élevé de la période
précédente (1 921 millions de DH en 1989), le Maroc a reçu 3 269,3
millions de DH en 1991 et 12 646,7 millions de DH en 2000.

1
A compter de 1991, les statistiques de l’Office des Changes présentent les flux de capitaux
étrangers reçus par le Maroc selon la nature de l’opération (IDE, investissements de portefeuille,
prêts et avances en compte courant d’associés).
2
Les statistiques sont recueillies auprès de l’Office des changes, les calculs sont faits par nous.

Revue Marocaine de Gestion et d’Economie ; N°2, Janvier-Mai 2010


214
L’orientation sectorielle des investissements et prêts privés
étrangers sont retracés dans le tableau ci-après :
Tableau 2- Investissements et prêts privés étrangers au Maroc
entre 1991 et 2000, répartition par secteur d’activité (En millions de
DH)
1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000
Télécoms. 36,6 21 7,8 6,7 14,7 15,9 25,3 13,3 10174,7 7981,2

Industrie 858,6 1164,3 1258,9 1112,3 1533,1 1628,7 1569,8 2045,7 3783,4 1152

Banque 493,6 494,6 1528,2 898,8 1044,5 1125,1 2102,1 1159 2154,2 758,4

Immobilier 518,4 334 368,7 168,2 376,7 399,9 320,3 533,2 487,7 655,1
Commerce 161,3 286,6 516 491,3 146 169,5 196,1 301,8 157,3 702,4
Tourisme 207,4 41,9 368 219,5 34,3 46,3 473,7 166,6 303,6 191,2
Assurances 1,3 0 0,3 2,5 7,1 7,5 1,9 3 4,5 0,1
Pêche 19,5 4,2 20,4 45,4 3,3 5,8 5,8 43,6 3,7 13,5
Energie Mines 16,9 497,8 238,7 28,7 101,6 130,7 2819,8 221,4 391,1 313,7
Grands 53,9 169,2 116,4 28 102,6 110,8 215,9 27,6 130,3 85,4
Travau.

Agriculture 22,3 32 24,4 20,2 12,1 13,7 25,2 57,8 35,4 16,4
Transport 25,3 12 7,1 13,4 20,7 22,5 16,4 8,7 33,6 17,5
Pétrole - - - - - 134,6 3618 169,4 57 7,6
Holding 486,3 278,4 526,9 1777,4 319,3 366,3 560,3 281 218,2 224,5
Etudes - - - - - - - 15,1 17,1 19,3
Autres services 35,4 67 31,9 24,5 67,4 72,4 256,4 236 358,9 304
Divers 332,5 894,5 456,4 267,9 111,3 140,2 133,4 165 156,2 204,4
Total 3269,3 4297,5 5488 5104,8 4008,9 4389,9 12340,4 5448,4 18466,9 12646,7

Source : Office des Changes.


Sur la base des éléments du tableau n° 2, on peut avancer les
constatations suivantes :
-avec un total de 18 297,2 millions de DH, soit 24,24% sur la période, le
secteur des télécommunications arrive en tête des secteurs drainant les
investissements étrangers au Maroc. Cela s’explique par l’opération de
cession de la 2ème licence GSM et la privatisation de 35% du capital de
Maroc Télécoms ;
-avec un montant de 16 106,8 millions de DH, soit 21,34% du total, le
secteur industriel, occupe la 2ème position sur le total de la période ;

Revue Marocaine de Gestion et d’Economie ; N°2, Janvier-Mai 2010


215
ème
-le secteur bancaire, avec 11 758,4 millions de DH, arrive en 3
position drainant ainsi 15,58% du total ; mais il a commencé à perdre de
son importance au profit d’autres secteurs ;
-avec un total de 4 162,2 millions de DH, le secteur de l’immobilier
arrive en 4ème position attirant ainsi 5,51% du total.

Entre 1991 et 2000, ces quatre secteurs ont accaparé 66,68% du


montant total des investissements étrangers reçus par le Maroc.
Cependant, nous constatons l’affirmation d’un certain nombre de secteurs
qui ont commencé à bénéficier de flux d’investissements étrangers de
plus en plus élevés. Il s’agit notamment du commerce et du tourisme.
En ce qui concerne le tourisme, qui nous intéresse dans le présent
article, il a attiré un total de 2 052,5 millions de DH, soit 2,71% du total
des investissements étrangers drainés par le Maroc entre 1991 et 2000.

2.2.3-Affirmation de l’attractivité de l’investissement touristique :


2001- 2008
L’année 2001 se caractérise par le lancement de la nouvelle
stratégie de développement touristique (‘‘Vision 2010’’), stratégie qui
consacre le tourisme comme secteur prioritaire pour le développement
économique du Maroc et qui table sur l’investissement étranger pour
déclencher une dynamique rapide de développement de l’industrie
touristique marocaine.
L’évolution sectorielle de l’IDE drainé par le Maroc durant la
période 2001-2008 est donnée par le tableau ci-dessous.
Tableau 3- Répartition sectorielle des investissements directs
étrangers de 2001 à 2008 (En millions de DH)
Secteurs 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008
Tourisme 332,4 408,6 186,2 1 430,8 3 080,9 7 828,3 12 421,7 5 693,7
Immobilier 810,7 1 824,9 1 685,0 2 039,6 2 422,2 4 116,8 7 590,8 8 925,8
15 0
Télécommunications 26 376,7 425,7 618,7 717,7 27,4 3 086,9
311,1
Industrie 2 264,3 1 176,1 18 791,2 1796,1 2 734,8 8 972,6 3 314,4 1 390,5
Transports 27,8 14,2 14,0 43,4 321,5 56,0 2 737,5 161,7
Energie et mines 1,1 182,6 105,9 336,1 377,4 100,4 2 818,5 1 679,5
Banque 165,6 64,4 56,3 1 524,9 44,0 1 463,7 1 823,7 4 969,1
Holding 52,5 13,9 0,1 30,7 210,0 147,4 847,8 2 211,2
Grands travaux 118,1 15,0 66,2 105,7 159,8 34,4 532,1 243,3
Commerce 1 114,3 251,1 483,7 611,8 440,8 1 046,6 343,7 176,2
Assurances 97,3 - 162,1 165,7 1 144,9 1 455,6 21,4 81,5

Revue Marocaine de Gestion et d’Economie ; N°2, Janvier-Mai 2010


216
Agriculture et pêche 34,4 22,2 24,3 29,4 6,3 24,2 36,7 46,6
Autres services 954,5 1 350,2 821,1 477,5 415,3 684,6 2 255,9 1 461,7
Divers 93,4 84,2 116,7 92,5 31,0 112,2 127,9 30,0
32 443,1 5 833,1 23 131,5 9 401,9 26 700 26 070, 27 070,8
TOTAL 37 959
2

Source : Office des changes

Enregistrant un montant record en 2001 qui s’est élevé à 32


milliards de DH (effet de la privatisation), l’investissement direct
étranger reçu par le Maroc a connu une chute remarquable durant l’année
2002. La privatisation de la Régie des Tabacs, en 2003, explique la bonne
performance réalisée au titre de l’année. Après un recul enregistré en
2004, l’investissement étranger a connu un trend haussier continu pour
dépasser les 37 milliards de DH en 2007 ; année durant laquelle le Maroc
a été classé au 2ème rang des destinations d’investissement étranger en
Afrique après l’Egypte. En 2008, le montant d’investissement étranger
drainé par le Maroc a marqué une baisse de 28,68% à cause de la crise
qui touche de plein fouet les économies occidentales pourvoyeuses de
capitaux étrangers qui s’investissent au pays. Cependant, comparé aux
autres pays de la méditerranée, l’investissement étranger au Maroc n’a
pas connu une profonde rupture par rapport à 2007. En effet, la baisse
enregistrée au Maroc reste faible devant celles qu’ont connues d’autres
pays de la méditerranée telle que la Tunisie (-75,2%)1.
Par secteur, la position du tourisme en matière d’attraction de
l’investissement étranger s’améliore d’année en année, et ce, notamment
à compter de l’année 2004. Les recettes exceptionnelles des opérations de
privatisation, en gonflant les montants des investissements étrangers
reçus par le Maroc, empêchent au secteur de s’affirmer dans le
classement sectoriel et d’apparaître comme étant le secteur dont
l’attractivité s’améliore d’une année à l’autre.

1
Profil de la Conjoncture, Centre Marocain de Conjoncture, n° 52, juin 2009, p.10. Selon la
CNUCED, en 2008, au niveau mondial, la baisse globale des IDE a été de 22%. Les flux destinés
aux pays développés auraient reculé de 33%. Cité par ANIMA Investment Network ; in
« Investissement direct étranger vers les pays Med en 2008 face à la crise ». Etude n° 3, mars
2009, pp. 7 et 18.

Revue Marocaine de Gestion et d’Economie ; N°2, Janvier-Mai 2010


217
Avec un montant de 332,4 millions de DH, en 2001, le
tourisme a drainé 1,02% du total d’investissement étranger reçu par le
Maroc et a occupé la 5ème position derrière les Télécoms, l’industrie,
l’immobilier et le commerce.
En 2004, parce que les recettes d’investissement étranger
rapportées par la privatisation étaient faibles, le tourisme a drainé 15,21%
du montant total des investissements étrangers attirés par le Maroc (soit
9,4 milliards de DH), occupant ainsi la 4ème position derrière le secteur de
l’immobilier qui est arrivé en tête avec 21,69%, le secteur de l’industrie
(2ème rang avec 19,1%) et le secteur bancaire (3ème rang avec 16,21%).
A partir de 2005, et pendant deux années consécutives, le
tourisme a occupé la deuxième position parmi les secteurs attirant le plus
d’investissement étranger. Et en 2007, l’attractivité du tourisme s’est
davantage confirmée. Ainsi, avec un total de 12 421,7 millions de DH, le
secteur a occupé le premier rang en matière d’investissement étranger
drainé par le Maroc, soit 32,72% du total.
Malgré l’avènement de la crise internationale, en 2008, le
tourisme a attiré 21,03% du total des flux d’investissement étranger
drainés par le Maroc, occupant la deuxième position derrière le secteur
immobilier.
Les données avancées ci-dessus sont révélatrices de la forte
attractivité du tourisme pour l’investissement étranger comparativement
aux autres secteurs de l’économie nationale. Cela a été notamment le cas
durant les cinq dernières années. En effet, enregistrant un total de
30 455,4 millions de DH entre 2004 et 2008, le tourisme occupe la
première position en matière de flux d’investissement étranger drainés
par le Maroc, soit 23,95% du total reçu par le pays (127 201,9 millions de
DH)1. Le secteur de l’immobilier occupe le 2ème rang avec un total de

1
En raisonnant sur les trois dernières années, la part du tourisme dans le total des flux
d’investissement étranger reçus par le Maroc augmente à 28,47%, soit un montant de 25 943,7
millions de DH sur un total de 91 100 millions de DH reçu par le pays.

Revue Marocaine de Gestion et d’Economie ; N°2, Janvier-Mai 2010


218
25 095,2 millions de DH et représente 19,72% du total reçu par le
Maroc. A eux seuls, ces deux secteurs ont drainé 43,67% du total des
investissements étrangers reçus par le Maroc.
2.3-Implication de grands groupes étrangers dans l’investissement
touristique au Maroc
Depuis le début de l’actuelle décennie, nous assistons dans le
tourisme à un intérêt croissant des investisseurs étrangers. L’engouement
de ces opérateurs se traduit par le nombre important de conventions
d’investissement signées chaque année avec le gouvernement marocain.
Les conventions d’investissement, qui sont synonymes
d’engagement réel et donc d’IDE, signées avec des opérateurs étrangers
sont en nette progression. En effet : 1
-en 1999, sur un total de 7 conventions d’investissement, 4 ont été
signées avec des investisseurs étrangers, deux conventions ont été
signées avec des opérateurs mixtes et une convention seulement avec un
investisseur marocain ;
-en 2000, six opérateurs étrangers ont conclu des conventions
d’investissement avec le gouvernement portant sur la création de
nouvelles unités d’hébergement. Pour les deux autres conventions de
l’année, l’une est mixte et l’autre est conclue avec un investisseur
marocain ;
-en 2001, 11 conventions d’investissements ont été signées avec le
gouvernement dont 6 sont conclues avec des investisseurs étrangers, 4
avec des Marocains et une convention mixte ;
-en 2002, sur les quatre conventions d’investissement signées, trois l’ont
été avec des investisseurs étrangers ;
-en 2003, 5 conventions d’investissement ont été conclues avec des
promoteurs internationaux ;

1
Données recueillies auprès du Ministère du tourisme.

Revue Marocaine de Gestion et d’Economie ; N°2, Janvier-Mai 2010


219
-en 2004, sur les 13 conventions d’investissement signées
avec le gouvernement marocain, 7 sont conclues avec des investisseurs
étrangers.
Les conventions les plus importantes de 2005 sont celles signées
entre le gouvernement et le promoteur qatari ‘‘Diar Real Estate
Investment Company’’ (projets à Tanger), celle signée avec l’investisseur
français Alain CRENN (Projets à Marrakech) et celle conclue entre le
gouvernement et la société Kingdom du prince ELWalid IBN TALAL
(construction à Marrakech d’un hôtel Four Seasons de 400 lits en
association avec des Anglais pour un capital de 850 millions de DH)1.
En 2006, comme le montre le tableau ci-dessous, 23 projets
d’IDE touristiques ont été détectés au Maroc.
Tableau 4: Investissements directs étrangers dans le tourisme au Maroc en 2006
Entreprise Pays d’origine Projet
Accor France Un suiteHotel annoncé à Marrakech
Accor France Un deuxième Ibis ouvert en 2006 à Marrakech
Alain Crenn France Complexe touristique à Marrakech
Barcelo Espagne Construction de deux hôtels à Marrakech et Saïdia
Beach-comber Maurice Projet d’Hôtel Royal Marrakech
CMKD Koweït Rénovation des hôtels Farah
Colony Capital Etats-Unis Station balnéaire de Taghazout2
Diar Real Estate Qatar Complexe touristique à Tanger
Emaar Emirats Arabes Site touristique à Oukaïmeden, la seule station de ski
Properties Unis africaine
Emaar Emirats Arabes Projet Bahia Bay entre Casablanca et Rabat
Properties Unis
Fadesa Espagne Station balnéaire Plage Blanche à Guelmine
Fadesa Espagne Aménagement des zones Smir et Laguna sur la côte
‘‘Tamuda Bay’’ au nord du Maroc
Fadesa Espagne Complexe résidentiel et touristique à Marrakech la
Palmeraie
Fadesa Espagne Complexe touristique à Kabila, entre Tétouan et
Fnideq
Fadesa Espagne Le promoteur Fadesa et le groupe Barcelo
construisent à Casablanca leur premier projet
commun hors Espagne
Gulf Finance Bahreïn Projet touristique à Marrakech
House
Gulf Finance Bahreïn Aménagement du Royal Resort Cap Malabata à
House Tanger

1
L’Economiste du 25 janvier 2006, p. 5.
2
Ce groupe s’est retiré du Maroc, faute de pouvoir disposer du financement sur le marché
marocain.

Revue Marocaine de Gestion et d’Economie ; N°2, Janvier-Mai 2010


220
IFC Metropol Russie Projet touristique à Marrakech
Lastsis Grèce Projet touristique et résidentiel à Marrakech
Léonard de Luxembourg Complexe touristique à Marrakech
Vinci
Neocium Espagne Parc d’attractions, le ‘‘Tibidado-Casablanca’’, à
Casablanca
Pearl of Kuwait Koweït Projets à Agadir, Casablanca et Marrakech
Real Estate
Thomas et Piron Belgique Aménagement de la nouvelle zone touristique
d’Ouarzazate
Source : ANIMA, Réseau Euro-Méditerranéen des Agences de Promotion des
Investissements ; « Les investissements directs étrangers (IDE) dans la région MEDA
en 2006 ». Notes et documents n°23, mai, 2007, pp. 133-134.

Les investissements touristiques étrangers au Maroc détectés en


2006 sont le fait de groupes touristiques et immobiliers issus de
différentes régions du monde. Ils sont porteurs de projets variés allant de
la construction d’hôtels, à des stations balnéaires, aux complexes
touristiques et résidentiels... Mais les projets phares de l’année sont ceux
entrepris par deux des plus importants opérateurs économiques des
Emirats Arabes Unies : Dubaï Holding et EMAAR. Il s’agit de 8
conventions portant sur la réalisation de projets d’aménagement et de
développement touristique pour un montant de plus de 9 milliards de
dollars (soit 81 milliards de DH)1. Ces projets sont répartis sur les villes
suivantes : Rabat (5,1 milliards de dollars), Marrakech (2,4 milliards de
dollars), Casablanca (1 milliard de dollars) et Tanger (0,65 milliard de
dollars).

Par ailleurs, en 2007, ANIMA a recensé 19 projets initiés par des


investisseurs touristiques étrangers au Maroc.

1
L’Economiste, édition électronique du 29/03/2006 : http://archives.leconomiste.com

Revue Marocaine de Gestion et d’Economie ; N°2, Janvier-Mai 2010


221
Tableau 5 : Investissements touristiques étrangers au Maroc en
2007

Entreprise Origine Projet


Accor France Accor crée une joint-venture avec le Marocain
Rahal en vue de lancer un dispositif de Ticket
Restaurant et autres gratifications pour salariés.
Resid Hotel France Actif Management (filiale de BMCE), et Resid
Hotel France créent Resid Hotel Maroc, une joint-
venture pour la gestion des résidences touristiques.
Inhova Espagne Inhova, joint-venture d’Iberostar, Caja Madrid,
Caixa Galicia et Sa Nostra, achète 70% de l’un des
hôtels du complexe Mediterrania Saïdia, géré par
Iberostar.
Octogone Hotels Etats-Unis Projet hôtelier à Marrakech.
CMKD Koweït Le consortium finalise l’achat du palis du congrès
de Marrakech et de l’hôtel Mansour Eddahbi.
Best Western Etats-Unis Le groupe hôtelier américain s’implante à
Casablanca et prévoit d’ouvrir 15 nouveaux
établissements dans le pays d’ici 2011.
Orizonia Espagne Le groupe va réaliser un complexe touristique et
Corporacion/Iberostar résidentiel à Marrakech.
Dalloyau France Le pâtissier français s’implante au Maroc au travers
de trois établissements franchisés à Casablanca,
Rabat et Marrakech.
Assoufid BV Pays-Bas Investissement dans les projets Ourika Golf et les
jardins de l’Ourika.
Menatlas Luxembourg Complexe touristique Al Ouidane à Marrakech.
Essential Royaume-Uni Projet touristique ‘‘Wyndham Port Lixus Resort’’
Developpements près de Larache.
Tremon Espagne Construction de ‘‘Elbalcon de Arcila’’, projet
touristique au sud de Tanger.
Alliance France Le promoteur français s’associe à la BMCE et à
Nouvelles Frontières (groupe TUI) pour le projet
touristique Al Baraka.
Pierre et Vacances France Construction d’appar-Hotels haut de gamme dans
la Palmeraie de Marrakech.
Mandarine Group (La France Complexe touristique et hôtelier de prestige à
Perla) Ksour Jenna dans la région de Marrakech.
Urbagolf Espagne Immense projet touristique à Souira Qdima
Hapimag Suisse 1er projet touristique en Afrique du promoteur
suisse, situé à Marrakech.
Orascom/OHD Egypte Création d’une joint-venture avec la CDG pour le
projet touristique de l’Oued Chbika.
Abu Dhabi Emirats Arabes Raffles Fairmont, groupe Kingdom Hotels
Investment Unis Investment, sera l’opérateur du Raffles Resort
Authority/Somed Marrakech.
Wahate Aguedal
Source : ANIMA ; « Investissement direct étranger vers MEDA en 2007: la bascule ».
Etude n° 1, mai 2008, pp. 142 à 144.

Revue Marocaine de Gestion et d’Economie ; N°2, Janvier-Mai 2010


222
Les projets d’investissements touristiques étrangers déclarés
durant l’année 2007 se caractérisent, outre par la diversité de l’origine
géographique des promoteurs (Etats-Unis, Suisse, Luxembourg, France,
Espagne...), par la variété dans la nature de projet. En effet, à coté de
projets touristiques classiques portant sur la construction d’hôtels dans
des sites déjà connus, nous trouvons des projets de restauration, des
projets d’appartements-Hôtels, des projets développés dans des sites
vierges (Ourika, Larache...).

En ce qui concerne l’année 2008, comme le montre le tableau ci-


dessous, le nombre de projets touristiques initiés par des investisseurs
étrangers s’élève à 11.

Tableau 6 : Projets touristiques étrangers au Maroc en 2008


Entreprise Origine Projet
Construction d’une station
balnéaire de prestige située sur les
La Perla Pays-Bas
rives du lac Lalla Takerkoust, au
cœur de l’Atlas.
Joint-venture avec l’entreprise
marocaine Cadex pour la
Intercontinental Hotels & construction d’un complexe
Royaume-Uni
Resorts hôtelier à Marrackech,
l’Intercontinental Marrakech
Resort & Spa.
Construction de l’hôtel Jardin des
Property Logic Espagne Fleurs, projet luxueux dans la
station de Mediterrania-Saïdia.
Louvre Hotels, filiale du fonds
d’investissement Strawood
Starwood Capital/Groupe du Capital, crée en partenariat avec
Etats-Unis
Louvre/Louvre Hotels Hotelim et HPartners, une joint-
venture pour réaliser des projets
touristiques au Maroc.
L’entreprise de gestion d’espaces
Eques-trianManagement équestres rachète 40% du terrain
Emirats Arabes Unis
Services (EMS) du Royal Ranches Marrakech à
Gulf Finance House.
Le groupe catalan achète 15% du
futur Husa Palmeraie Marrakech,
Husa Hoteles Espagne construit par le fonds
d’investissement touristique
marocain HPartners.

Revue Marocaine de Gestion et d’Economie ; N°2, Janvier-Mai 2010


223
Le groupe du Français Daniel
GAUTIER construit un hôtel dans
Alian France la palmeraie de Marrakech, après
l’acquisition d’un restaurant dans
cette ville.
Intelco, branche immobilière du
géant gazier russe, crée Kudla,
Gazprom/Intelco Kudla Russie
filiale locale, pour gérer 3 projets
dans le nord.
L’enseigne asiatique s’associe
avec Aluminium du Maroc pour
Oberoi Inde
créer un complexe hôtelier dont
Oberoi en aura la gestion.
Le promoteur confirme les projets
Pearl of Kuwait Real Estate Koweït touristiques à Agadir, Casablanca
et Marrakech, annoncés en 2006.
Kia/CMKD Koweït Le groupe remporte le projet de
création de la 2ème station du plan
Biladi de développement du
tourisme national, à Sidi Abed.
Source : ANIMA ; in « Investissement direct étranger vers les pays Med en 2008 face
à la crise ». Etude n° 3, mars 2009, pp. 123-124
Malgré l’avènement de la crise, le secteur du tourisme continue
d’attirer plusieurs projets d’investissements étrangers. En effet, 11 projets
d’IDE touristiques ont été initiés par des investisseurs étrangers en 2008.
Le promoteur espagnol Property Logic a entamé des travaux de
construction du ‘‘Jardin des Fleurs’’, projet luxueux dans la station de
Mediterrania-Saïdia. A Agadir, le groupe Koweïtien Pearl of Kuwait
Real Estate a signé une convention d’investissement de 485 millions de
DH pour construire un complexe touristique, comprenant outre un hôtel,
une résidence touristique et des équipements d’animation. A Marrakech,
le français Alian construit un hôtel dans la palmeraie, tandis qu’Inteco,
branche immobilière du géant gazier russe Gazprom, crée Kudla, filiale
locale au capital de 155 millions de DH, dans le but de gérer plusieurs
projets dans le Nord.

Au total, depuis d’avènement de la stratégie de développement


touristique à l’horizon 2010, dite ‘‘Vision 2010’’ (Marrakech, 2001), 120
conventions d’investissement, conventions cadre et avenants ont été

Revue Marocaine de Gestion et d’Economie ; N°2, Janvier-Mai 2010


224
signés entre le gouvernement et près d’une centaine d’opérateurs
touristiques dont la majorité sont des étrangers1.

Les conventions d’investissement signées avec le gouvernement


sont synonymes d’IDE, c’est-à-dire d’un engagement réel des opérateurs
étrangers dans l’industrie touristique marocaine. Malgré le ralentissement
de l’activité économique mondiale, conséquence de la crise, la
destination Maroc a su maintenir son attractivité auprès des grandes
enseignes hôtelières internationales2. Outre les enseignes internationales
présentes au Maroc depuis le début de la décennie3, de prestigieuses
chaînes hôtelières comme Raffles, Fairmont, Iberostar, Barcelo, Marriott,
Lucien Barrière, Louvre Hôtel, Four Seasons, Intercontinental etc., ont
ainsi ouvert leurs portes au Maroc durant les deux dernières années .

La ruée des groupes étrangers sur le tourisme marocain est


spectaculaire. L’Agence marocaine de développement des
investissements, récemment créée en remplacement de la Direction des
investissements, admet que le tourisme est aujourd’hui le moteur de
l’investissement étranger au Maroc4.

1
Chiffre avancé par le ministre du tourisme lors des 9èmes assises nationales du tourisme, Saïdia,
juin, 2009.
2
A titre d’exemple, le groupe Accor possède actuellement 28 hôtels au Maroc et vise une
soixantaine à l’horizon 2015.
3
Sur les dix premiers grands opérateurs hôteliers à l’échelle mondiale (classement en termes de
chambres possédées et/ou gérées), cinq opèrent au Maroc. Il s’agit des groupes américains
Cendant (2ème rang mondial), Choice (6ème rang), Starwood (8ème rang) et Hyatt (10ème rang) et du
groupe français Accor qui occupe le 4ème rang sur le plan mondial. D’autres multinationales du
tourisme opèrent au Maroc. Il s’agit du Tour opérateur allemand TUI, de la chaîne britannique
Méridien, des groupe français Club Méditerranée, Fram et Nouvelles Frontières, du groupe
espagnol Fadesa, du groupe néerlandais Golden Tulip, du groupe suisse Mövenpick, du groupe
koweïtien CMKD, des groupes émirati Royal Mirage, EMAAR et Dubaï Holding, du groupe
saoudien Dallah ELBaraka, du groupe qatari Diyar d’investissement immobilier, du groupe sud-
africain Kerzner, du groupe indien Oberoi, etc.
4
Cela est aussi le point de vue des organismes internationaux qui évaluent de façon régulière le
positionnement économique et l’attractivité du Maroc au niveau mondial tels que le Forum
Economique Mondial, la Banque mondiale et l’Institut américain ‘‘The Heritage Foundation’’. En

Revue Marocaine de Gestion et d’Economie ; N°2, Janvier-Mai 2010


225
La cadence de création de lits hôteliers est un autre indicateur
révélateur de l’attractivité de l’industrie touristique marocaine. Ainsi, au
cours des dernières années, la moyenne annuelle de mise en place de lits
hôteliers a atteint 9000 lits, contre seulement 3800 lits durant les années
1990. Les professionnels du tourisme estiment que cette cadence sera
accélérée, au cours des quatre prochaines années, pour atteindre les
18.000 lits/an dans les hôtels classés1.

La ruée des opérateurs touristiques au Maroc consolide


l’attractivité de cette industrie pour d’autres investisseurs étrangers. En
effet, comme le stipule la théorie de l’investissement étranger, d’autres
multinationales du tourisme, ne voulant pas se laisser distancer par la
concurrence, opteraient pour l’implantation au Maroc dans les années à
venir.

effet, pour ces organismes, en matière d’attractivité, le Maroc a réalisé des avancées importantes
pour l’investissement touristique. Pour ANIMA, les secteurs qui représentent la plus forte
attractivité du Maroc sont le tourisme et l’immobilier. En 2007, par exemple, le tourisme
marocain a attiré 19 projets sur un total de 30 projets d’IDE entrepris au Maghreb (et 50 dans la
région Med). Voir à ce propos, ANIMA (2007, 2008 et 2009), op. cit., p.82, p. 49 et p. 22.
1
A la fin de l’année 1987, la capacité totale d’hébergement en hôtellerie classée disponible au
Maroc s’est élevée à 73 121 lits. Elle a atteint 95 180 lits en 2000, 124270 lits en 2005, 143 221
lits en 2007 et 152 936 lits en 2008. Cette dynamique dans la mise en place de lits hôteliers n’est
pas étrange à l’implantation des groupes étrangers au Maroc. En matière d’arrivées de touristes
internationaux, le Maroc qui attirait à peine 2 millions de touristes durant la décennie 1990, a pu
séduire 8 millions d’arrivées en 2008. Cela est synonyme de l’attractivité de l’industrie touristique
marocaine. Les statistiques sont recueillies auprès du ministère du tourisme.

Revue Marocaine de Gestion et d’Economie ; N°2, Janvier-Mai 2010


226
Conclusion

L’attractivité de l’investissement international porte sur les aptitudes


d’un espace national à attirer les investisseurs étrangers. Ces derniers
sont de deux types : investissement de portefeuille et investissement
direct étranger (IDE). Ce dernier, qui implique l’engagement dans une
activité productive réelle, présente de nombreux effets bénéfiques pour
un pays d’accueil et est le plus recherché à travers le monde.

Au Maroc, le tourisme a été reconnu comme secteur prioritaire


pour le développement économique dès le plan triennal 1965-1967.
Cependant, les résultats réalisés depuis, ont été faibles comparativement
au potentiel touristique du pays combien riche et diversifié.

Depuis les années 1960 et jusqu’à la fin des années 1990,


l’investissement touristique au Maroc, investissement fortement
capitalistique comme partout dans le monde, était très peu attractif et
intéressait très peu les multinationales du tourisme. Seul le groupe
français Club Méditerranée investissait à l’époque dans le tourisme
marocain, avec d’autres groupes dont l’engagement était plutôt limité aux
contrats de management.

Cette donne a changé depuis l’avènement de la stratégie de


développement touristique à l’horizon 2010, dite ‘‘Vision 2010’’. Grâce
à cette stratégie, à l’impulsion royale érigeant le tourisme au rang de
priorité nationale et à l’ensemble des réformes entreprises par le
gouvernement pour encourager l’investissement, le tourisme marocain
est devenu attractif de l’investissement direct étranger. De nombreux
grands groupes internationaux, attirés par la visibilité du tourisme

Revue Marocaine de Gestion et d’Economie ; N°2, Janvier-Mai 2010


227
marocain, ont développé et développent encore leurs investissements
directs dans différentes régions du Maroc.

Même le contexte actuel de crise n’a pas impacté négativement


l’attractivité de l’investissement touristique au Maroc. La dynamique de
construction de lits hôteliers est à ce niveau un indicateur probant.

Face à l’accentuation de la compétition internationale pour drainer


d’investissement étranger, il convient de capitaliser sur les avancées
accomplies pour renforcer l’attractivité du Maroc et assurer le succès de
sa transformation en plateforme pour les investissements. L’attractivité
de l’investissement touristique marocain, qui s’améliore d’année en
année, serait davantage renforcée si le pays réussit à mettre fin à certains
goulots d’étranglement qui impactent négativement l’investissement
étranger1.

1
On peut citer, entre autres, le problème de la justice qui est jugée très lente (délais de procédures,
report des audiences), incertaine (conflits de juridictions, difficulté à obtenir l'exécution des
décisions de Justice), peu prévisible (corruption au niveau des experts judiciaires) ou
insuffisamment transparente (manque de diffusion de la jurisprudence). Le problème de la
formation touristique : les opérateurs étrangers trouvent du mal à recruter les profils adéquats. Le
problème de financement : certains investisseurs étrangers ont dû abandonner leurs projets au
Maroc faute de financement complémentaire sur place (tel est le cas de l’américain Colony
Capital, ex-aménageur-développeur de la station balnéaire Taghazout à Agadir).

Revue Marocaine de Gestion et d’Economie ; N°2, Janvier-Mai 2010


228
Références

AISNER (P) et al.; « La ruée vers le soleil : le tourisme à


destination du tiers monde ». L’Harmattan, Paris, 1983.

ANDREFF (W) ; « Les firmes multinationales et les pays associés à


l’Union Européenne » ; in « Les investissements directs étrangers :
facteurs d’attractivité et de localisation »; collectif, GUERRAOUI (D) et
RICHET (X) (sous la direction de). Les éditions Toubkal et l’Harmattan,
Casablanca-Paris, 1997.

ANIMA, Réseau Euro-Méditerranéen des Agences de Promotion des


Investissements ; « Les investissements directs étrangers (IDE) dans la
région MEDA en 2006 ». Notes et documents n°23, mai, 2007.

ANIMA Investment Network ; « Investissement direct étranger vers


MEDA en 2007: la bascule ». Etude n° 1, mai 2008.

ANIMA Investment Network ; « Investissement direct étranger vers les


pays Med en 2008 face à la crise ». Etude n° 3, mars 2009.

CAZES (G) ; « Tourisme et tiers monde : un bilan controversé ».


L’Harmattan, Paris, 1992.

Centre Marocain de Conjoncture ; « Profil de la Conjoncture ». Lettre n°


52, juin 2009.

CGEM-Fédération du Tourisme ; « Contrat Programme 2000-2010 ».


Rabat, 2000.

Charte de l’investissement (Bulletin Officiel n°4336 du 06/12/1995).

Direction des Investissements, les Intégrales de l’investissement;


« L’investissement, un acte territorial ». Skhirat, 1-2 décembre 2004.

HUGUELTE (D) et al. ; « Economie et politique du tourisme ». LGDJ,


Paris, 1994.

L’Economiste du 25/01/2006.

L’Economiste, édition électronique du 29/03/2006 :


http://archives.leconomiste.com

Revue Marocaine de Gestion et d’Economie ; N°2, Janvier-Mai 2010


229
LOUNGANI (P) et RAZIN (A) ; « L’IDE est-il bénéfique aux
PED ? ». Finances et Développement, juin 2001.

MELIANI (M) ; « Les investissements touristiques facteur de


développement régional » ; in « Le tourisme en question » ; Colloque,
Meknès, 1995. Publications de la Faculté des lettres de Meknès, série
colloques, n°11, 1999.

MICHALET (C.A) ; « La séduction des nations ou comment attirer les


investissements ». Economica, Paris, 1999.

Ministère du tourisme, Direction des Aménagements et des


Investissements, « Rapport sur l’investissement touristique au Maroc en
2000 ».

MUCCHIELLI (J.L) ; « Multinationales et mondialisation ». Editions du


Seuil, Paris, 1998.

NOISETTE (P) et VALLÉRUGO (F) ; « Le marketing des villes : un défi


pour le développement stratégique ». Les éditions d’organisation, Paris,
1996.

OCDE ; « Définition de référence de l’OCDE des investissements directs


internationaux ». Publications de l’OCDE, 3ème édition, Paris, 1996.

Office des changes, Balance des paiements 2008.

Rapport annuel de BANK-ALMAGHRIB pour l’exercice 2008.

RABOTEUR (J) ; « Introduction à l’économie du tourisme ».


L’Harmattan, Paris, 2000.

SPINDLER (J), (Etudes coordonnées par), collectif; « Le tourisme du


21ème siècle ». L’Harmattan, Paris, 2003.

www.tourisme.gov.ma

www.oc.gov.ma.

Revue Marocaine de Gestion et d’Economie ; N°2, Janvier-Mai 2010