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ECO 112 : LES FONDAMENTAUX DE LA MACROECONOMIE

Enseignants responsables de l’UE :


OKEY Mawussé Komlagan Nézan
Maître de Conférences Agrégé en Sciences économiques
E-mail: mokey@univ-lome.tg
mawusseo2000@gmail.com

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SEANCE N°5

Chapitre 3 : La consommation

Objectif : analyser le comportement de consommation dans une perspective keynésienne

Chapitre 3 : La consommation

Un bien peut être demandé par les individus pour des raisons bien différentes. En négligeant les
différences qui découlent des spécificités individuelles, c'est-à-dire des goûts et des contraintes
spécifiques à un agent donné, un bien peut être demandé par un individu privé, par une
administration publique ou par le reste du monde. Il peut l’être à des fins de consommation
personnelle ou à des fins de production de nouveaux biens et services, c'est-à-dire à des fins
d’investissement. En négligeant la distinction entre consommation et investissement pour les
administrations publiques, il faut donc distinguer les composantes suivantes de la demande agrégée
de biens et services : la consommation privée, l’investissement (privé), la demande des
administrations publiques lorsqu’on considère l’économie fermée ; auxquelles il faudrait ajouter la
demande venant du reste du monde en économie ouverte. Par convention, la consommation privée
est le fait des ménages, et l’investissement est le fait des entreprises.

Dans ce chapitre nous restons dans le cadre d’une économie fermée. La demande globale est alors
constituée de la demande de consommation, de la demande d’investissement et de la demande
publique.

3.1 La demande de consommation


La plus évidente des composantes de la demande agrégée est la demande à des fins de
consommation exprimée par les ménages : la consommation de quantités définies du bien satisfait
un besoin de l’individu ou encore engendre un certain bien être pour cet individu. Comme les
décisions de consommation sont le plus souvent le fait d’agents regroupés en famille, les
macroéconomistes parlent de la consommation des ménages. Les ménages consomment un grand
nombre de biens et services. Les économistes distinguent trois catégories de biens : les biens de
consommation durables, les biens de consommation non-durables, les services. Les biens durables

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sont les biens d’équipement des ménages, y compris les véhicules dont les services s’étendent sur
plusieurs années. Les biens non-durables sont des biens dont la consommation est immédiate :
alimentation, habillement, énergie. Enfin les services regroupent les prestations productives
directement acquises par les ménages auprès de producteurs et non stockables : les dépenses
médicales, les services personnels, les dépenses de restaurant sont des services.

Les macroéconomistes, à la suite des comptables nationaux ont recours à des procédures
d’agrégation pour définir une consommation agrégée. Il est parfois utile de définir des sous-
agrégats. Pour reprendre la distinction évoquée plus haut, on pourra ainsi parler d’une
consommation en biens durables, d’une consommation en biens non-durables et d’une
consommation de services. D’autres types de désagrégation de la consommation agrégée sont
envisageables, selon les besoins de l’analyse.

3.1.1. La théorie keynésienne de consommation

3.1.1.1. Hypothèses et formalisation

Selon Keynes, la fonction de consommation obéit à une loi psychologique fondamentale énoncée
comme suit : «Les gens sont prêts, en principe et en moyenne, à accroître leur consommation à
mesure que leur revenu augmente mais moins que proportionnellement à la croissance de celui-
ci». En d’autres termes, lorsque le revenu augmente dans le temps, la part consommée de ce revenu
diminue et la part épargnée augmente.

A partir de la loi psychologique fondamentale, les hypothèses suivantes sont formulées pour la
fonction de consommation keynésienne :

 La consommation des ménages est une fonction stable et croissante du revenu disponible
des ménages. En d’autres termes, le revenu est le principal déterminant de la consommation.
Ainsi dans la théorie keynésienne, l’influence du taux d’intérêt dans l’arbitrage
consommation épargne est négligeable contrairement aux classiques pour qui le taux
d’intérêt1 est la principale variable qui détermine la décision d’épargne et de consommation.

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Dans le modèle classique, c’est le taux d’intérêt qui détermine l’équilibre sur le marché des biens et services et sur
le marché financier. Sur ce dernier marché, il tend à rapprocher l’offre de fonds prêtables (l’épargne) de la demande
(l’investissement). Dans ce cas, le taux d’intérêt apparaît comme le facteur essentiel déterminant les décisions
d’épargne, de consommation et d’investissement, le rôle du revenu étant insignifiant. Dans ce chapitre l’influence du
taux d’intérêt est prise en compte notamment dans les analyses de Fisher et de Friedman.

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Pour ces derniers, un faible taux d’intérêt encourage la consommation aux dépens de
l’épargne, et un taux élevé stimule l’épargne aux dépens la consommation.
 La variation de la consommation correspondant à une variation du revenu disponible,
désignée propension marginale à consommer (Pmc) est positive et inférieure à 1. Ce qui
suppose que les niveaux de consommation et d’épargne sont d’autant plus élevés que le
niveau de revenu est élevé.
 La part consommée du revenu appelée propension moyenne à consommer (PMC) diminue
lorsque le revenu s’élève. En d’autres termes, l’épargne est un luxe ; les ménages dotés de
revenus élevés épargnent une proportion plus importante de leur revenu que les ménages
bénéficiant de revenus moindres.
La demande des biens et services de consommation notée C(Y) s’écrit donc ainsi qu’il suit :

C (Y )  C  cY avec 0<c<1 et C >0

dC
 c  Pmc
dY

avec,

 C , désignant la consommation incompressible (ou consommation autonome) c'est à dire la


consommation indépendante du revenu et
 c, la propension marginale à consommer (Pmc) c’est à dire la part consommée de chaque
variation de revenu.
La fonction d’épargne, la propension marginale à consommer et la propension moyenne à
consommer s’écrivent respectivement comme suit :

S  (1  c)Y  C car Y = C + S => S = Y – C. Chez Keynes, l’épargne est vue comme


un résidu. En effet, chez Keynes, l’individu ou le ménage décide d’abord de la consommation. S’il
reste quelque chose du revenu disponible après avoir consommer, il s’agit de l’épargne. Dans
l’arbitrage consommation épargne, la décision porte donc sur la consommation et l’épargne n’est
qu’un résidu.

dC
Pmc = c = ;
dY

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C C
PMC = = + c.
Y Y

S désigne l’épargne.

La représentation suivante illustre la fonction de consommation keynésienne.

C= +cY

3.1.1.2. Implications de la théorie keynésienne de consommation


Implications
- Si nous considérons des ménages à revenus différents, nous observons une PMC de plus en
plus faible et une PMS de plus en plus élevée à mesure que le revenu disponible augmente.
- Pour un pays donné, la PMC doit diminuer au fur et à mesure que le niveau de vie de la
population s’élève.
- La comparaison entre pays doit faire ressortir une PMC plus faible et une PMS2 plus élevée
pour les pays les plus riches et inversement.
- La consommation est la composante principale de la demande, et de ce fait elle constitue le
moteur de la croissance économique. Par conséquent, la baisse de la PMC ne manquerait
pas, à terme, de mener les économies qui s’enrichissent vers une stagnation séculaire

Limites
Les travaux empiriques menés par Kuznets sur l’économie américaine remettent en cause
l’hypothèse keynésienne en livrant des résultats contrastés : la thèse de Keynes n’est confirmée
qu’à court terme où on observe effectivement une baisse de la PMC avec l’augmentation du
revenu. Mais les tests empiriques relatifs à des séries historiques révèlent, au contraire, une
stabilité de la PMC. Par ailleurs, l’histoire concrète n’a pas confirmé la stagnation séculaire qui
devrait survenir si l’hypothèse keynésienne était suffisamment robuste.
L’hypothèse du revenu courant ne peut rendre compte du comportement de consommation des
ménages dont les revenus subissent des variations aléatoires importantes tels que les exploitants

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Propension marginale à épargner : la part du revenu consacrée à l’épargne

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agricoles soumis aux aléas climatiques ou certaines activités soumises à des variations
saisonnières importantes. En effet, ces catégories de ménages procèdent souvent à un lissage de
leurs revenus en épargnant durant les années « grasses » et en désépargnant durant les années «
maigres ».
1.1.2. Autres théories de la demande de consommation
Compte tenu des limites de la théorie keynésienne de la consommation, d’autres auteurs se sont
aussi intéressés à la question de la formulation de la fonction de consommation. On peut citer
par exemple la théorie du revenu relatif de Duesenberry, la théorie du cycle de vie de Modigliani,
et l’hypothèse du revenu permanent de Friedman. Ces différentes théories sont brièvement
présentées dans les encadrés 1, 2 et 3 ci-après.

Encadré 1 : Théorie du revenu relatif


Selon James Duesenberry, l’environnement social de chaque individu influence grandement
ses décisions d’épargne et de dépense : pour un revenu donné, il consommera plus ou moins
suivant le quartier, aisé ou pauvre, qu’il habite. Par surcroît, son comportement au sein d’un
voisinage tend à s’aligner sur les modèles de consommation de ses voisins (autrement dit, il
dépense de manière à conserver un certain statut économique par rapport à son
environnement). Ainsi sa consommation ne dépend pas de son revenu absolu mais de son
revenu relatif au sein d’un groupe social ; dès lors, si la distribution du revenu reste
relativement invariable, il est fort probable que la propension moyenne à consommer de cet
individu sera constante. Et, dans l’agrégat, nous devrons nous attendre à trouver une relation
proportionnelle entre la consommation globale et le revenu disponible global.

D’autre part, Duesenberry considère que les ménages désirent préserver un certain niveau de
vie : aussi, à son avis, est-il raisonnable de proposer une fonction de consommation familiale
de forme C = f(Yc, Ymp), où Yc représente le revenu courant et Ymp le revenu maximum
précédent. Si le revenu courant reste supérieur au maximum précédemment atteint, la
consommation d’un ménage dépend de son revenu relatif au sein d’un groupe social donné. Si
le revenu courant tombe au-dessous de ce maximum, sa consommation dépend du niveau de
vie établi dans la période du maximum. Par conséquent, selon la théorie du Duesenberry, les
ménages devraient modifier leur propension à consommer lorsque le revenu diminue afin
de maintenir un niveau de vie donné : dans le court terme, la relation entre la consommation
globale et le revenu disponible global apparaîtra non proportionnelle si le revenu courant
descend au-dessous du revenu maximal antérieur.

Encadré 2 : Théorie du cycle de vie


Dans les années 1950, Franco Modigliani va se référer aux conclusions du modèle de Fisher
de la consommation pour tenter de résoudre l’énigme de la consommation et expliquer la
contradiction entre la théorie keynésienne et les faits observés. Le modèle de Fisher suppose
que la consommation d’une période dépend des revenus de toutes les périodes. L’hypothèse
que va poser Modigliani est que le revenu est cyclique, qu’il est variable le long de la vie et
que les ménages vont transférer une partie de leurs revenus des années « grasses » vers la
consommation des années « maigres ». L’objectif de ces transferts de revenus est d’avoir une
structure de consommation relativement stable durant toute la vie. La principale raison à
l’origine des fluctuations des revenus est l’existence d’une période d’activité où les revenus

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sont relativement élevés, et d’une période d’inactivité (la retraite) où les revenus sont
relativement faibles, voir nuls. Le rôle de l’épargne, dans ce cas, est de répondre au désir des
ménages de ne pas voir leur consommation baisser substantiellement durant la période de
retraite. Cette incitation à épargner va avoir des implications sur la fonction de consommation.
L’enseignement principal de la théorie du cycle de vie est que la consommation dépend à la
fois de la richesse et du revenu. Pour un niveau de richesse donné à court terme, la
propension moyenne à consommer baisse lorsque le revenu augmente comme le prédit la
théorie keynésienne. Par contre à long terme, la richesse et le revenu augmentent de pair,
ce qui se traduit par une propension moyenne à consommer stable. Ainsi, la théorie du cycle
de vie permet d’expliquer le paradoxe de Kuznets.

Encadré 3 : Théorie du revenu permanent


Selon Milton Friedman, le revenu disponible (mesuré) de la période courante, Ym, est formé
d’une composante permanente, Yp, et d’une composante transitoire, Yt. En effet, lorsqu’ils
envisagent leurs recettes futures sur un grand nombre d’années, les ménages anticipent un
certain revenu : c’est le revenu permanent. Mais lorsqu’il se produit une fluctuation
imprévue, il faut ajouter à Yt une quantité positive ou négative : c’est le revenu transitoire.
Par suite Ym = Yp + Yt.
Selon Friedman, c’est le revenu permanent qui détermine la consommation. De plus, la
théorie du revenu permanent suppose que les ménages consomment approximativement la
même proportion de leur revenu permanent, quel que soit le niveau de revenu.

ACTIVITES : 5
1. Soit, pour les six dernières années, les données suivantes (mesurées en milliards de francs
CFA) pour un pays type de la zone Franc :

Année Consommation Revenu disponible


2001 450 500
2002 458 510
2003 466 520
2004 474 530
2005 482 540
2006 490 550

a. Après avoir défini les propensions moyennes et marginales à consommer et à épargner,


pour ces différentes années, calculez les indicateurs correspondants de propensions à consommer
et à épargner.
b. Montrez que les résultats obtenus confirment les hypothèses de la théorie keynésienne de
la consommation

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2. Quelles sont les limites de la théorie keynésienne de consommation ?
3. Répondre par vrai ou faux et justifier :
a. Pour Keynes, la consommation dépend du taux d’intérêt
b. Pour les classiques l’épargne dépend du revenu disponible
c. Pour Keynes, l’épargne est un luxe
d. Pour Keynes, l’épargne c’est ce qui reste après avoir consommé.

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