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LE MAGAZINE DE LA NORMALISATION ET DU MANAGEMENT

AFNOR
MARS
2016
N° 362

Actualité Performance Guide


Cop 21, retour sur L’Allemagne face Quelles nouvelles
un succès diplomatique : à l’application normes pour le tourisme ?
choses vues et temps forts de la norme Iso 31000 Tour d’horizon

Dossier
39 SOLUTIONS NORMATIVES
ÉDITIONS AFNOR / ISSN 2417-9450

MULTIPLES POUR RISQUES


PROTÉIFORMES
LE MAGAZINE DE LA NORMALISATION ET DU MANAGEMENT

LE MAGAZINE
sommaire
11
DE LA NORMALISATION
ET DU MANAGEMENT
Édité par AFNOR

11, rue Francis-de-Pressensé


93571 La Plaine Saint-Denis Cedex
Tél. : 01 41 62 80 00
Fax : 01 49 17 90 00
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10 numéros par an

Fondateur : Bernard VAUCELLE

Directeur de la publication :
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Directrice de la rédaction :
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Rédacteur en chef :
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jeanclaude.tourneur@afnor.org
Rédactrice en chef adjointe : DE L’OUVERTURE DES NÉGOCIATIONS
Marie-Claire BARTHET
AVEC UNE PLÉIADE DE RESPONSABLES
Assistant de la rédaction :
INTERNATIONAUX AU COUP DE MARTEAU
Jean-Yves FIRZE – enjeux@afnor.org
FINAL DE LAURENT FABIUS
Secrétariat de rédaction :
Nicolas GUYARD Bien des choses se sont jouées à la Cop 21.
Enjeux était présent dans les couloirs et les

21
Collaboration extérieure :
Agnès BARITOU D’ARMAGNAC – plénières. Choses vues.
Pascale MAES – Olivier MIRGUET –

30
Emmanuelle VIGNES
Photo de couverture :
Airbus Helicopters,
Christophe Guibbaud 2015

Administrateur :
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Abonnements : COMBIEN DE FOIS À ENJEUX S’EST-ON FIÉ,


Tel. : 01 41 62 86 00 À RAISON, À MARC BAZINET, PRÉSENT
Le numéro : 16 e DANS CES COLONNES DE LONGUE DATE ?
Abonnement 10 numéros
+ 1 supplément CEE et AELE : 147 e À l’heure où il cesse d’exercer
Étranger hors CEE et AELE : 208 e des responsabilités normatives essentielles,
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une rencontre s’imposait.
Dépôt légal : FÉVRIER 2016
Commission paritaire : N° 1119 G 87039

Conception graphique :
GAYA graphisme et communication
Mise en page et photogravure :
DESK
Impression :

67
Imprimerie JOUVE
sur papier PEFC LA PUBLICATION DE LA NOUVELLE
JOUVE 1, rue du Docteur-Sauvé VERSION DE LA NORME NF EN ISO 7396-1,
53100 MAYENNE
dédiée aux systèmes de distribution
Ce numéro se compose de 3 cahiers :
Cahier 1, Enjeux : pages 1 à 72 de gaz médicaux comprimés et de vide,
Cahier 2, L’Officiel des normes : est attendue ce premier trimestre.
pages I à LX Cette norme dite « réseau » inclut désormais
Cahier 3, Stratégies 2016 : pages 1 à 104
les concentrateurs d’oxygène.
TOURISME D’AVENTURE, SOLIDAIRE,
LOCATION DE VOILIERS, BIEN-ÊTRE…
Zoom sur les référentiels récemment parus
autour du tourisme et sur ceux actuellement
N° 362 – MARS 2016 CAHIER 2 : PAGES I À LX en cours d’élaboration.
ISSN 2417-9450
L’OFFICIEL
DES NORMES
nçaises
– Nouvelles normes fra
– Nouvelles normes Iso
– Normes annulées
européenne
– Notifications Union
II ENJEUX N° 362 – Mars 2016
CAHIER 1 : PAGES 1 À 72

PANORAMA

À nos lecteurs
2 Hommes & normes
6 Agenda
Industrie Paris

C
7 Lecture
Le Monde entre nos mains ette « chandelle » dans le sommaire d’Enjeux
Nouvelles parutions
10 Formation servira dès le mois prochain à mettre en perspective
Management du risque le dossier du numéro. Mais pour ce numéro 362,
il était important de signaler brièvement le changement
NORMES & ACTUALITÉ
11 Développement durable / Négociations
de présentation de votre magazine. Il est d’usage, lors
internationales d’une évolution graphique, de parer de toutes les vertus
Cop 21, retour sur un succès diplomatique
15 À suivre… en bref
la formule naissante. Sans céder à ce réflexe, signalons les
intentions qui ont présidé à sa conception : typographie plus
QUALITÉ – OUTILS moderne, place des visuels (photos, schémas, infographies…)
DE LA PERFORMANCE valorisée, meilleure lisibilité, formats des articles diversifiés…
21 En chair et en normes
Pour autant, ce « nouvel » Enjeux ne change pas quant
Marc Bazinet, la qualité en courant continu
25 Normalisation internationale / Risques au contenu, bien évidemment, ni même quant aux rubriques.
L’Allemagne « vent debout »
Nous avons néanmoins opté pour un dossier plus court, plus
contre la norme Iso 31000
29 À retenir « ramassé ». L’actualité normative est riche et dense : sans
prétendre à l’exhaustivité, il faut donc multiplier les entrées
NORMES & TENDANCE pour couvrir le plus de sujets possibles. Sans céder à l’air du
30 Santé / Normalisation européenne
et internationale temps et au parti pris de papiers courts : nos problématiques
Distribution de gaz médicaux : exigent parfois de la place pour exposer les enjeux, multiplier
nouvelle norme « réseau »
33 À suivre… en bref les points de vue… De même, nous accorderons, comme
39  Dossier depuis quelques mois, une place importante aux contributions
Solutions normatives multiples
pour risques protéiformes d’experts, à la présentation d’études… La normalisation,
au cœur du continuum allant de la réglementation aux modes
NORMES & APPLICATION de preuve, ne peut non plus ignorer l’innovation, la propriété
57 BTP / Certification
NF Habitat, repère unique de la qualité intellectuelle et industrielle…
des logements Le dossier de ce numéro est donc dédié aux risques.
61 À suivre… en bref
Fil conducteur : la révision de la norme Iso 31000. Au-delà
GUIDE de sa présentation, et illustration de ce qui précède,
67 Le point sur… nous proposons la courte synthèse d’une étude mondiale
Quelles nouvelles normes pour le tourisme ?
de l’assureur Allianz qui croise principaux risques et pays…
71 Normes et documents normatifs du mois
À noter : Enjeux était présent fin 2015 au Bourget durant
toute la Cop 21. Notre reporter Emmanuelle Vignes
en a rapporté un récit de « choses vues » qui met
en évidence la place de la diplomatie d’influence…
Bonne lecture.
La rédaction

ENJEUX N° 362 – Mars 2016 1


PANORAMA Hommes et normes

MARCHÉ UNIQUE

NOUVEAUX MEMBRES FRANÇAIS


DU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN
– Henri Malosse, chambres de commerce et d’indus- – Franca Salis Madinier, secrétaire nationale de la Confé-
trie de France (CCI France). dération française démocratique du travail (CFDT) cadres.
– Philippe de Brauer, vice-président de la commis- – Christophe Quarez, secrétaire fédéral de la Fédéra-
sion internationale de la Confédération générale des tion de la chimie et de l’énergie (FCE) de la CFDT.
petites et moyennes entreprises (CGPME). – Ozlem Yildirim, conseillère confédérale de la Confé-
– Patrick Liébus, vice-président de l’Union profession- dération générale du travail (CGT).
nelle artisanale (UPA) et président de la Confédération – Denis Meynent, conseiller confédéral de la CGT.
EU 2015

EU 2015
de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment – Reine-Claude Mader-Saussaye, présidente de la
(Capeb). Confédération de la consommation, du logement et du
Anne CHASSAGNETTE Stéphane BUFFETAUT – Arnold Puech d’Alissac, président de l’Union syndi- cadre de vie (CLCV).
cale agricole de Seine-Maritime (FNSEA 76). – Geneviève Savigny, ancienne secrétaire nationale
– Marie-Françoise Gondard-Argenti, secrétaire de la Confédération paysanne.

L
géné­rale de l’Union nationale des professions libérales – Christophe Hillairet, membre du bureau et du
e renouvellement des membres du Comité (UNAPL). conseil d’administration de l’Assemblée permanente
économique et social européen (Cese), – Christophe Lefèbvre, secrétaire national de la Confé- des chambres d’agriculture (APCA).
nommés cet automne pour cinq ans, dération française de l’encadrement – Confédération – Jean-Marc Roirant, secrétaire général de la Ligue
jusqu’en septembre 2020, a entériné la générale des cadres (CFE-CGC) en charge de l’Europe et de l’enseignement.
liste des représentants français : de l’international. – Christiane Basset, vice-présidente de l’Union natio-
– Emmanuelle Butaud-Stubbs, déléguée générale – Jacques Lemercier, ancien secrétaire général de nale des associations familiales (Unaf).
de l’Union des industries textiles (UIT), Mouvement des Force ouvrière (FO) communication. – Jocelyne Le Roux, secrétaire générale adjointe de la
entreprises de France (Medef). – Laure Batut, membre du secteur Europe-internatio- Fédération des mutuelles de France (FMF).
– Stéphane Buffetaut, président du réseau Batigère nal de la Confédération Force ouvrière (FO). – Thierry Libaert, Fondation pour la nature et l’homme
(entreprises sociales pour l’habitat), Medef. – Pierre-Jean Coulon, secrétaire confédéral Europe-­ (FNH).
– Anne Chassagnette, directrice de la responsabilité international de la Confédération française des travail- – Michel Dubromel, vice-président de France Nature
environnementale et sociétale, Engie. leurs chrétiens (CFTC). Environnement (FNE).

POLITIQUES PUBLIQUES

UN DÉLÉGUÉ À L’ÉCONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE


d­ élégué a pour mission de « soutenir et de promouvoir au compétentes et anime le réseau de correspondants régio-
niveau national le développement de l’économie sociale naux à l’économie sociale et solidaire.
et solidaire ». À ce titre, il étudie, propose et coordonne,
dans son champ de compétence, des mesures de soutien ODILE KIRCHNER NOMMÉE
aux entreprises de l’économie sociale et solidaire au sens En Conseil des ministres, Odile Kirchner, jusqu’alors
de l’article 1er de la loi du 31 juillet 2014. Il est associé à secrétaire générale du Conseil national de l’industrie
l’élaboration et au suivi des dispositifs de soutien public au (CNI), a été nommée déléguée à l’économie sociale et
financement de ces entreprises ; il participe au développe- solidaire (ESS), auprès du directeur général du Trésor au
ment de l’innovation sociale et des expérimentations por- ministère de l’Économie. Cette désignation complète le
DR

Odile KIRCHNER tées par les entreprises du secteur, identifie les initiatives processus d’installation de cette nouvelle administra-
prises, en France et à l’étranger et procède à leur évaluation. tion de l’économie sociale et solidaire au sein du minis-

U
n décret pris par le Premier ministre a ins- Il assure, avec le Conseil supérieur de l’économie sociale et tère de l’Économie. Par ailleurs, Odile Kirchner est aussi
titué, en janvier, un délégué à l’économie solidaire, une concertation entre les pouvoirs publics et les chargée d’animer la coordination des réseaux de l’ESS
sociale et solidaire placé auprès du direc- organismes intervenant dans ce domaine. Il veille aux tra- en France et d’assurer avec le Conseil supérieur à l’ESS
teur général du Trésor. vaux du Conseil supérieur de l’économie sociale et solidaire une concertation entre pouvoirs publics et organismes
Nommé en Conseil des ministres, sur proposition du et du Conseil supérieur de la coopération. Il représente la intervenant dans ce domaine et de coordonner en inter-
ministre chargé de l’économie sociale et solidaire, le France dans les instances européennes et internationales ministériel les administrations en charge de l’ESS.

CARNET
SNPE RMN
Par arrêté du ministre des Finances et des Par arrêté du ministre de l’Économie, de Escudié, en remplacement de Philippe
Comptes publics et du ministre de l’Éco- l’Industrie et du Numérique sont nommés Huberdeau ;
nomie, de l’Industrie et du Numérique, Sébas- responsables ministériels aux normes : – pour le ministère de la Ville, de la Jeunesse
tien Massart est nommé représentant de l’État – pour le ministère des Affaires étrangères et des Sports : Alexandra Bontemps-Weishaupt,
au conseil d’administration de SNPE. et du Développement international : Florian en remplacement de Denis Roux.

2 ENJEUX N° 362 – Mars 2016


PANORAMA
Hommes et normes
SANTÉ ET SÉCURITÉ AU TRAVAIL

LE CONSEIL D’ADMINISTRATION DE L’ANACT


de l’Agence nationale pour l’amélioration des REPRÉSENTANTS DES SALARIÉS
conditions de travail (Anact) : Sur proposition de la Confédération générale du travail
(CGT) : Alain Alphon-Layre, Michel Masdebrieu,
REPRÉSENTANTS DES EMPLOYEURS Jean-Michel Dupire, Gabrielle Rousseau-Guiodo,
Sur proposition du Mouvement des entreprises de Régine Pecqueur, Nelly Courtet.
France (Medef) : Michel Bouton, Véronique Cazals, Sur proposition de la Confédération française démocra-
Alain Braud, Christophe Labattut, Nathalie Buet, tique du travail (CFDT) : Hervé Garnier, Dominique
Vincent Lobry, Franck Gambelli, Patrick Lefores- Toussaint, Céline Collot, Edwina Lamoureux.
tier, Michel Vigier. Sur proposition de Force ouvrière (FO) : Georges
DR

Bernard OLLIVIER Après consultation du Medef : Loïc Muracciole, au Sautreuil, Salomé Mandelcwajg, Marc Leclere,
titre des entreprises publiques. ­Sylvain Bellaïche.
Sur proposition de la Confédération générale des Sur proposition de la Confédération française de
petites et moyennes entreprises (CGPME) : Christiane l’encadrement - Confédération générale des cadres
Herault-Braud, Jean-Luc Reinero. (CFE-CGC) : Henri Kirstetter, Carole Lancry
Sur proposition de la Fédération nationale des syndicats Touati.

P
ar arrêté de la ministre du Travail, de des exploitants agricoles (FNSEA) : Anne Mercier-Be- Sur proposition de la Confédération française des tra-
l’Emploi, de la Formation professionnelle lin, Anne-Sophie Forget. vailleurs chrétiens (CFTC) : Patrick Leschier, Marie-
et du Dialogue social sont nommés, pour Sur proposition de l’Union professionnelle artisanale Claire Fortunade.
trois ans, membres du conseil d’administration (UPA) : Jean-Paul Braud, Anne Novak-André. Personne qualifiée : Bernard Ollivier.

CYCLE DE L’EAU

BERTRAND CAMUS PRÉSIDE LA FP2E


des entreprises de l’eau (FP2E). Il a succédé à Selon lui, « la gestion des services publics d’eau et d’assai-
Philippe Maillard, qui exerçait cette fonction depuis
­ nissement se trouve au confluent d’enjeux et de domaines
avril 2014. Ingénieur des Ponts et Chaussées, Bertrand d’expertise multiples. En assurer la performance en adé-
Camus a intégré le groupe Suez en 1994, au départe- quation avec les attentes des territoires et des consom-
ment des projets internationaux, puis il a été en charge mateurs implique que nos entreprises s’inscrivent dans de
des nouveaux métiers en Asie du Sud-Est au sein de nombreuses coopérations avec diverses parties prenantes
l’activité eau. Il a ensuite été nommé directeur général du secteur (élus, monde agricole, consommateurs, ONG…).
adjoint en charge des opérations d’Aguas Argentinas À l’heure actuelle, elles doivent notamment accompagner
jusqu’en 2005 et a pris la responsabilité des activités les autorités organisatrices dans leur adaptation aux évolu-
DR

Bertrand CAMUS d’audit au sein de Suez de 2006 à 2008. Bertrand Camus tions prévues par la réorganisation territoriale résultant de
était depuis 2008 directeur général d’United Water et de la loi NOTRe. Elles mettront à la disposition des collectivi-

B
ertrand Camus, directeur général Eau France Suez North America. Depuis septembre dernier, il exerce tés locales et des EPCI leur savoir-faire pour les accompa-
du groupe Suez, a été désigné à l’automne les fonctions de directeur général Eau France et directeur gner dans le contexte du transfert de compétences et du
président de la Fédération p­ rofessionnelle général adjoint de la division eau Europe du groupe Suez. ­regroupement des structures syndicales ».

BTP

BOUYGUES CONSTRUCTION : MARIE-LUCE GODINOT


DIRECTRICE INNOVATION ET DÉVELOPPEMENT DURABLE

M
arie-Luce Godinot a été nommée cet charge de la mise au point et du déploiement de ce
automne directrice innovation et progiciel de gestion intégré dans quarante-quatre
développement durable de Bouygues pays. Depuis 2011, elle était directrice des solutions et
Construction. Diplômée de l’École polytechnique et services applicatifs.
de l’École nationale supérieure des télécommunica- Rattachée à Philippe Bonnave, P-DG de Bouygues
tions, elle a rejoint Bouygues Construction dès 2001 à Construction, et membre du comité de direction géné-
la direction de l’informatique, où elle a occupé succes- rale, Marie-Luce Godinot coordonne et anime les actions
sivement les postes de coordinateur système d’infor- engagées dans le groupe en matière de prospective et
mation, responsable sécurité système d’information, de marketing stratégique, d’innovation ouverte et de
DR

Marie-Luce GODINOT responsable équipe de développement. En 2009, elle construction durable. Elle participe également à l’ani-
est nommée directrice de projet SAP « Édifice » en mation des pôles de recherche transversaux.

ENJEUX N° 362 – Mars 2016 3


PANORAMA Hommes et normes

COLLECTIVITÉS LOCALES

CONFÉRENCE NATIONALE DES SERVICES D’INCENDIE ET DE SECOURS


et vice-président du SDIS de l’Orne ; Olivier Riche- SDIS de Meurthe-et-Moselle ; Thierry Lagneau, maire
fou, président du conseil départemental et président et vice-président du SDIS du Vaucluse ; Étienne Wolf,
du conseil d’administration du SDIS de la Mayenne ; maire et membre du conseil d’administration du SDIS
Christian Gillet, président du conseil départemental du Bas-Rhin ; Jean-Marc Leoutre, maire et membre
et président du conseil d’administration du SDIS de du conseil d’administration SDIS de Savoie.
Maine-et-Loire ; Louis Pinton, président du conseil Sur proposition du président de la Fédération nationale
départemental et président du conseil d’administration des sapeurs-pompiers de France :
du SDIS de l’Indre ; Christine Bouquin, présidente Éric Faure, Patrick Heyraud, Jacques Perrin, Chris-
du conseil départemental et présidente du conseil tophe Marchal, Patrick Hertgen et Jean-Luc Perusin.
DR

Pierre MOREL-A-L’HUISSIER d’administration du SDIS du Doubs ; Alexandre Joly, Sur proposition d’Avenir Secours, Syndicat national de
vice-président du conseil départemental et président l’encadrement des services d’incendie et de secours :

P
ar arrêté du ministre de l’Intérieur ont été SDIS des Yvelines, titulaire, et Renaud Pfeffer, Serge Hérard et Jean-Frédéric Biscay.
nommés membres de la Conférence natio- vice-président du conseil départemental du Rhône et Sur proposition de la Fédération autonome des
nale des services d’incendie et de secours : vice-président du conseil d’administration du service sapeurs-pompiers professionnels et des personnels
Sur proposition du président de l’Assemblée nationale : départemental métropolitain du Rhône et de Lyon ; administratifs, techniques et spécialisés : André
Sylviane Bulteau, députée de la Vendée ; Pierre Patrick Weiten, président du conseil départemen- Goretti, Jacky Cariou.
Morel-A-L’Huissier, député de la Lozère. tal et président du SDIS de Moselle, Jean-Jacques Sur proposition de la Fédération Interco, Confédération
Sur proposition du président du Sénat : Lauga, conseiller départemental et président du SDIS française démocratique du travail : Thierry Foltier,
Catherine Troendlé, sénatrice du Haut-Rhin ; Didier de la Corrèze, Jacques Rigaud, conseiller départe- Hubert Geniquet.
Marie, sénateur de Seine-Maritime. mental et vice-président du SDIS de l’Hérault ; Claude Sur proposition du Syndicat national des sapeurs-pom-
Sur proposition du président de l’Assemblée des dépar- Fiaert, conseiller départemental et président du SDIS piers professionnels et des PATS des SDIS de France
tements de France : des Alpes-de-Haute-Provence ; Jean-Yves Goutte- Force ouvrière : Pierrick Janvier, Carole Combe-
Claude Léonard, président du conseil départemental bel, président du conseil départemental et président freyroux.
et président du service départemental d’incendie et du SDIS du Puy-de-Dôme ; Nicole Ziegler, vice-pré- Sur proposition de l’Union syndicale nationale des
de secours (SDIS) de la Meuse ; Dominique Écha- sidente du conseil départemental et présidente du sapeurs-pompiers professionnels, Confédération géné-
roux, conseiller départemental et président du conseil conseil d’administration du SDIS du Finistère ; Jean- rale du travail :
d’administration du SDIS de l’Essonne ; Gilles Dufei- Claude Leblois, président du conseil départemental Jean-Philippe Parrella, titulaire, et Noël Auray, sup-
gneux, conseiller départemental et président du SDIS et président du SDIS de la Haute-Vienne ; Patrick pléant.
du Morbihan ; Thierry Carbiener, conseiller dépar- François, conseiller départemental et vice-président Sur proposition de la Fédération Unsa territoriaux :
temental et président du SDIS du Bas-Rhin ; Jean- du SDIS de l’Aude ; Guy Hourcabie, conseiller dépar- Christophe Dumas, Jérôme François. En accord
Claude Anglars, vice-président du conseil dépar- temental et président du SDIS de la Nièvre ; Robert avec le président de l’Assemblée des départements de
temental et président du conseil d’administration du Morlot, conseiller départemental et président du SDIS France : Laurent Moreau, directeur départemental du
SDIS de l’Aveyron ; Guy Billoudet, conseiller départe- de la Haute-Saône ; Michel Masset, vice-président SDIS du Pas-de-Calais, Jean-François Gouy, directeur
mental et vice-président du SDIS de l’Ain ; Éric Strau- du conseil départemental et vice-président du SDIS de départemental du SDIS d’Eure-et-Loir.
mann, député, président du conseil départemental Lot-et-Garonne ; Jean-Claude Deyres, président du Représentants de l’État :
et président du conseil d’administration du SDIS du SDIS des Landes. Ministre de l’Intérieur ; directeur général de la sécu-
Haut-Rhin ; Jacques Rigaud, vice-président du Sur proposition du président de l’Association des maires rité civile et de la gestion des crises, directeur général
conseil départemental et président du SDIS de l’Aube ; de France (AMF) : des collectivités locales ou son représentant Jean-Luc
Marc Gaudet, vice-président du conseil départe- Alain David, maire et président du SDIS de la Marx, préfet de Seine-et-Marne, Emmanuel Berthier,
mental et président du SDIS du Loiret ; Christophe Gironde ; Bastien Coriton, maire et membre du SDIS préfet de l’Oise, le chef de l’inspection de la défense et
de Balorre, vice-président du conseil départemental de Seine-Maritime ; Filipe Pinho, maire et membre du de la sécurité civiles ou son représentant.

CARNET
IFSTTAR langue française au titre des personnalités Conseil supérieur de la construction
Par décret du président de la République, qualifiées : Wandaz Diebolt, inspectrice géné- et de l’efficacité énergétique
Jacques Tavernier a été nommé président du rale de l’administration du développement Par arrêté de la ministre de l’Écologie et
conseil d’administration de l’Institut fran- durable honoraire ; Suzy Halimi, profes- de la ministre du Logement sont nommés
çais des sciences et technologies des trans- seur émérite à l’université Sorbonne-Nou- membres du conseil supérieur de la construc-
ports, de l’aménagement et des réseaux velle-Paris-III. tion et de l’efficacité énergétique :
(Ifsttar). Christine Bouchet a été nommée – Dominique Estrosi-Sassone, sénatrice.
vice-présidente du conseil d’administration INSTN – Alexandra François-Cuxac, représentante de
de l’Ifsttar. Par arrêté de la ministre de l’Écologie, du la Fédération de la promotion immobilière.
Développement durable et de l’Énergie – Philip Gibon, représentant de la Fédération
Commission d’enrichissement et de la ministre de l’Éducation natio- de la promotion immobilière.
de la langue française nale, de l’Enseignement supérieur et de la – Ann-Gaël Béard, représentante des associa-
Par arrêté de la ministre de la Culture et de Recherche, Philippe Corréa est nommé direc- tions de consommateurs.
la Communication sont nommées membres teur de l’Institut national des sciences et – Adrien Tchang-Minh, représentant des asso-
de la commission d’enrichissement de la techniques nucléaires (INSTN). ciations de consommateurs.

4 ENJEUX N° 362 – Mars 2016


PANORAMA
Hommes et normes
AGROALIMENTAIRE

CONSEIL D’ADMINISTRATION DE FRANCEAGRIMER

P
ar arrêté du ministre de l’Agriculture, de Représentant les industries agroalimentaires : Bruno
l’Agroalimentaire et de la Forêt ont été Hot ; Olivier Picot ; François Loos.
nommés membres du conseil d’administra- Représentant les consommateurs, proposée par le
tion de l’établissement national de l’agriculture ministre chargé de la consommation : Françoise Bas.
et de la mer (FranceAgriMer). Représentant le commerce et la distribution : Mathieu
Représentants la production agricole : Julien Bigand ; Pecqueur.
Henri Brichart ; Marianne Dutoit ; Alain Sam- Représentant les salariés de la filière : Jean-Luc Bindel.
bourg ; Josian Palach. Représentant les régions : Dominique Trembaly.
Représentant le secteur coopératif : Michel Prugue. Personnalité qualifiée : Bernard Valluis.
DR

Henri BRICHART

RISQUES

UN CONSEIL NATIONAL CONSULTATIF POUR LA BIOSÉCURITÉ

U
n décret signé au premier chef par le Pre- – émet des avis sur les domaines de recherche qui pour- – Le directeur des affaires stratégiques, de sécurité et
mier ministre a officialisé la création du raient faire naître de nouvelles menaces biologiques ; du désarmement du ministère des Affaires étrangères.
Conseil national consultatif pour la bio- – formule des recommandations pour éviter la dissé- – Le directeur général de la recherche et de l’innovation
sécurité (CNCB) et précisé ses missions et son mination des résultats de recherches présentant des du ministère chargé de la recherche.
fonctionnement. risques pour la biosécurité ; – Le directeur général de la santé du ministère chargé
Ce texte met en œuvre l’une des préconisations du rap- – propose des principes destinés à guider les agences de la santé.
port « Menaces biologiques : biosécurité et responsabilité de moyens, dont l’Agence nationale de la recherche – Le délégué général pour l’armement.
des scientifiques », publié par l’Académie des sciences (ANR), et les établissements publics ou reconnus – Le directeur général de la sécurité intérieure du minis-
dès 2008, en créant le Conseil national consultatif pour d’utilité publique, ayant une mission de recherche, tère de l’Intérieur.
la biosécurité, instance de concertation réunissant scien- en matière de financement de recherches à caractère – Six personnalités qualifiées du secteur de la recherche,
tifiques et autorités de l’État. Placé auprès du secrétaire potentiellement dual ; choisies en raison de leurs compétences en matière de
général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), – suggère des évolutions de la liste des secteurs et des science de la vie et de la santé.
le CNCB a pour mission d’éclairer les pouvoirs publics, la spécialités participant du potentiel scientifique et tech- Ces personnalités qualifiées sont nommées pour
communauté scientifique et la population sur les enjeux nique de la nation et exposés aux risques définis par le cinq ans par arrêté du Premier ministre, sur pro-
de sécurité, les bénéfices et les risques que présentent les Code pénal ; position du secrétaire perpétuel de la division des
progrès de la recherche en sciences de la vie. La biosé- – répond à toute question qui lui est soumise par le sciences chimiques, biologiques et médicales de
curité est définie, là, comme l’ensemble des mesures de gouvernement en matière de biosécurité. l’Académie des sciences, après avis favorable du
sécurité et de sûreté biologiques mentionnées à l’article Le conseil peut être saisi pour avis par les dirigeants des ministre chargé de la recherche. Les nominations
R. 5139-18 du Code de la santé publique. agences de moyens et des établissements concernés assurent la représentation équilibrée des grands
À ce titre, ce conseil : ainsi que par les responsables d’un projet de recherche domaines de recherche en science de la vie et de la
– émet des avis ou contribue à des travaux de prospec- ou les auteurs d’une publication, lorsque les résultats santé (cf. Carnet ci-dessous).
tive sur les risques liés au caractère dual des recherches de ce projet ou la publication qui en fait état sont sus- Le ministre des Affaires étrangères et du Développe-
menées en sciences de la vie ; ceptibles de comporter des risques pour la biosécurité. ment international, la ministre de l’Éducation nationale,
– informe la communauté scientifique des accords, Il peut se saisir d’office de toute question relevant de de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, le
traités et conventions auxquels la France est partie et sa compétence. ministre de la Défense, la ministre des Affaires sociales,
qui sont susceptibles d’avoir des conséquences dans le Le CNCB comprend : de la Santé et des Droits des femmes et le ministre
domaine de la biosécurité et d’imposer des obligations – Le secrétaire général de la défense et de la sécurité de l’Intérieur sont chargés de la mise en œuvre de ce
à des personnes concernées ; nationale, qui le préside. décret.

CARNET
Conseil national consultatif Haut Comité de la qualité de service BIT
pour la biosécurité dans les transports Par décret, Nathalie Nikitenko, administra-
Par arrêté du Premier ministre sont nommés Par arrêté du secrétaire d’État chargé des trice civile hors classe, est nommée déléguée
membres du Conseil national consultatif transports, de la mer et de la pêche est nommé suppléante du gouvernement français au
pour la biosécurité, pour une durée de membre du Haut Comité de la qualité de conseil d’administration du Bureau interna-
cinq ans, en qualité de personnalités quali- service dans les transports : au sein du collège tional du travail (BIT) pour une période de
fiées : Patrick Berche ; Patrice Binde ; Antoine des parlementaires et des représentants des trois ans.
Danchin ; Jean-Claude Desenclos ; Henri Korn ; collectivités publiques, Jean-Yves Roux, sénateur,
Bernard Meunier. suppléant, en lieu et place de François Aubey.

ENJEUX N° 362 – Mars 2016 5


PANORAMA Agenda

INFORMATION ET
LE RENDEZ-VOUS DU MOIS COMMUNICATION
CEBIT 2016

Industrie Paris
Du 14 au 18 mars
Hanovre (Allemagne)
Le CeBIT braque les projecteurs
sur la numérisation. Thème
phare cette année : d!conomy :
Du 4 au 8 avril join – create – succeed.
« Le CeBIT met à l’honneur
Paris-Nord-Villepinte l’homme et son rôle de décideur
et d’artisan de la transformation
numérique. La devise en ce début
d’ère numérique est : participer,
concevoir et réussir, explique Oliver
Au programme, la concrétisation Frese, membre du directoire de
Deutsche Messe. La numérisation
s’empare de tous les secteurs
de l’usine 4.0 et l’ouverture de ce salon à de nouvelles de l’économie et de la société. Ce n’est
pas un phénomène à court terme.
perspectives, dont la normalisation. Au contraire. Il s’agit maintenant
de relever ces défis et de guider
activement sa propre entreprise

L
vers un avenir prospère. »
Avec d!conomy: join – create
es solutions industrielles font intervenir de multiples technologies qui se com-
– succeed, le CeBIT décrit
plètent. En 2016, Industrie Paris accompagne cette évolution en faisant exploser un processus et atteint chaque
les frontières sectorielles au profit d’une vision globale du process de fabrica- décideur, mais aussi chaque
entreprise, quel que soit son
tion : assemblage montage ; formage découpage tôlerie ; informatique industrielle ; secteur, à son niveau d’avancement
machine-outil ; mesure contrôle vision ; outillage ; robotique ; soudage ; traitements dans la transformation numérique.
des matériaux. Plus de 1 000 exposants s’investissent pour permettre aux industriels Une étude a récemment montré
que seule une entreprise
de trouver des réponses adéquates à leurs projets. sur deux s’est penchée jusqu’à
Trois nouveaux villages font leur apparition : le village stratégie et développement des présent sur les implications
entreprises (normalisation, ressources humaines, design industriel, action commer- de la numérisation sur son modèle
de gestion. Près des deux tiers
ciale…), le village impression (impression 3D) et le village start-up. des entreprises présentent,
selon leurs propres estimations,
une faible maturité numérique.
Valeurs et virage Avec d!conomy: join – create –
Le Club des 100 réunit, avec le concours de la Société des ingénieurs Arts & Métiers, succeed, il apparaît que l’économie
et les entreprises, l’administration,
100 grands dirigeants d’entreprise (PME et ETI) et cadres supérieurs de grands groupes la politique et la société peuvent
le 5 avril. Industrie Paris crée son fab lab (espace de création collaborative) pour pré- profiter des opportunités
senter ses nouvelles structures qui font de l’open innovation avec en libre accès les de la numérisation. « Au début
de l’ère numérique, les principales
outils de fabrications numériques modernes (impression 3D, découpe laser, logiciels conditions générales mais aussi
CAO…). Le labo industrie, avec le soutien du Symop et du Cetim, devient un réel par- un cadre politique doivent être créés.
cours initiatique pour sensibiliser les PME à une usine optimisée, connectée et créative. De nouveaux modèles de gestion,
de nouvelles interfaces clients
Tout en capitalisant sur les valeurs qui font son succès, Industrie Paris négocie un virage et de nouveaux processus d’entreprise
décisif : nouvelle dynamique, nouvelles animations, toujours plus de connexions avec et de production doivent être
l’actualité… développés », précise Oliver Frese.

NOTRE AVIS
Pour son édition 2016, le salon se réinvente pour les 25 000 industriels donneurs d’ordres attendus.
L’implantation du salon est revue pour créer un ensemble comparable à une gigantesque usine
en fonctionnement avec un mélange des technologies.

Renseignements
Renseignements :
industrie-expo.com/
www.cebit.de

6 ENJEUX N° 362 – Mars 2016


PANORAMA
Lecture

LE LIVRE DU MOIS BEAUX LIVRES

Le Monde entre
nos mains
« Le tour du monde des solutions durables » L’HERBIER VILMORIN
« Deux siècles de passion
pour les plantes comestibles
et d’ornement »
Marc Giraud, Sylvain Delavergne et Rémi Siera- Inclassable, magnifique,
kowski sont partis « sac au dos et caméra au poing », ce livre s’appuie sur un herbier
dont les planches ont
concrétisant un projet baptisé Wifu (World Ideas été pour la première
for the Future). fois photographiées.
À mi-chemin de l’histoire
Le second pari, lui aussi de prime abord compli- industrielle et de l’agriculture,
qué, était de rendre dans un livre le fruit de ces l’on découvre un
observations, de ces expériences, qui prennent des domaines d’excellence
de notre pays, qu’il s’agisse
racine dans des univers et des logiques tellement des évolutions de son
différents de nos schémas. Marc Giraud et Sylvain agriculture et de la place
Delavergne ont choisi pour présenter ce foisonne- des catalogues dans la bataille
pour « nourrir ». La sélection
ment de bonnes pratiques ou d’expériences remar- des semences fait l’objet
quables une structure éditoriale astucieuse. Ils ont d’un historique contingent
regroupé les « choses vues » au sein de chapitres de l’histoire de France elle-
même. Les auteurs, Christine
clairement délimités : les ressources naturelles, Laurent (texte) et Johannes
l’agriculture et la biodiversité ; puis l’urbanisme, von Saurma (photo),
l’habitat, l’énergie, l’économie circulaire et la précisent les défis de l’avenir :
l’évolution des « produits »
consommation collaborative ; ensuite la finance de Vilmorin s’inscrit en effet
solidaire, le microentreprenariat et le commerce dans une démarche de science
équitable ; enfin la société civile et les mouvements citoyens, où sont abordés la santé participative à découvrir.

(Inde), l’éducation, la formation et les droits (exemples choisis en Inde, aux États-Unis, Notre avis
au Cambodge…). La place du blé, les premiers
pas de la génétique,
Cohérents avec eux-mêmes, nos globe-trotteurs ont planté des arbres au Pérou en gage l’adaptation des légumes
de compensation carbone sociale : ils l’expliquent aussi… à la sociologie alimentaire
(« jardins ouvriers »)…
ces quelques thèmes pris
au hasard prouvent l’intérêt
NOTRE AVIS d’un ouvrage véritablement
formidable !
Pour chaque présentation d’initiative (ou de structure !) particulièrement digne d’intérêt, les auteurs
ne se contentent pas d’anecdotes, aussi riches fussent-elles. La structure éditoriale choisie leur permet
des encadrés, des rappels sur les éléments à savoir. Des algues nutritives sur les toits de Bangkok Références
(Thaïlande) à l’entreprise Triselec en France, pour ne choisir que deux exemples, on apprend énormément Ouvrage de 192 pages
à la lecture du livre. Prix : 29,90 euros
Préface de Pascal Picq, célèbre paléoanthropologue, et de Nicolas Hulot. Éditions Belin
ISBN : 978-2-70119283-3
Références
Ouvrage de 324 pages
Prix : 19,50 euros
Afnor Éditions
ISBN : 978-2-12-465517-5

ENJEUX N° 362 – Mars 2016 7


PANORAMA Lecture

BTP ESSAI RISQUES RISQUES ESSAI

BIM & MAQUETTE BUREAUCRATIE UN MONDE PROTÉGEZ LA REVANCHE


NUMÉRIQUE L’un des essais remarqués DE VIOLENCES VOTRE ENTREPRISE DES PASSIONS
Pour cette 2e édition, Olivier de la fin 2015 est « L’économie mondiale DE LA DÉFAILLANCE Pierre Hassner, spécialiste
Celnik et Éric Lebègue venu de l’économiste 2016-2030 » « Le guide complet des relations internationales,
se sont adjoint le concours et anthropologue américain Jean-Hervé Lorenzi, pour les PME et TPE » marqué de longue date
de 200 professionnels ! David Graeber. Il n’est pas principal auteur L’auteur, Pierre Maurin, par Raymond Aron,
Une façon d’être en synergie question dans cet ouvrage de cette nouvelle édition constate d’emblée que a choisi dans ce livre
avec la matière même, des débats franco- d’un ouvrage remarqué la France connaît un très de réunir ses articles
la maquette Bim se doublant français, picrocholines, en 2014, n’est pas – pour fort taux de défaillances et contributions. Mais
de l’open Bim, mode sur la simplification qui le connaît – un esprit d’entreprises. Il analyse dans la logique du sous-
collaboratif de conception et le « trop de normes ». particulièrement pessimiste. d’emblée les différents types titre, « métamorphoses
et de réalisation appliqué Dans ce livre, politiquement Pour autant, les accroches de défaillance : vente à perte, de la violence et crises
au bâtiment. Il est très engagé, l’auteur estime de cet ouvrage ne laissent coûts de revient, du politique », il propose
évidemment impossible – très schématiquement – pas place au doute, ce qui amène inévitablement au lecteur de progresser
de résumer une telle que la paperasse participe qu’il s’agisse de « la grande aux méthodes de calcul à travers une série
somme ni même de mettre d’un mode de contrôle des panne du progrès technique », de coût par équivalence de chapitres. Quelques
en exergue les différences États, notamment modernes, de la « malédiction globale. exemples ? « Feu sur l’ordre
entre la première sur les populations du vieillissement », du « choc Le surendettement, international » ; « Souveraineté,
version et celle-ci ! et les activités économiques. de la désindustrialisation » mais aussi, de façon plus morale et histoire » ;
De la normalisation Les forces du marché ou de « l’irrésistible surprenante, les systèmes « Guerre, stratégie,
à l’analyse des pratiques sont pour lui au centre explosion des inégalités ». d’information apparaissent puissance » ; « Revanche
étrangères, de l’offre de ce questionnement. Au total, six contraintes aussi comme des causes et misère des frontières »…
commerciale à la présentation Il accuse le « capitalisme majeures vont déterminer récurrentes de défaillance, L’auteur montre combien
détaillée d’exemples, des néolibéral » (sic) d’avoir la trajectoire de l’économie sans oublier le risque lié les « universels abstraits »,
conséquences du Bim pour dérouté l’apport mondiale. En filigrane court à la sous-traitance. organisations internationales
la maîtrise d’ouvrage à celles des nouvelles technologies une question centrale : notamment, sont dépassés
qui ont un impact pour les d’allégement bureaucratique sommes-nous capables par ces passions, combien
gestionnaires de patrimoine, à dessein. Notre avis un monde « apolaire »
d’y faire face ?
tout est présenté et analysé. L’auteur alterne laisse des béances, comment
Un chapitre est Notre avis présentation de le libéralisme économique
particulièrement intéressant : Même sans partager Notre avis méthodes, des statistiques, et politique n’est pas
dans le cadre des composants les orientations de Salué par Hubert Védrine de méthodes de calcul allé au bout de la course
du Bim, il détaille les objets l’auteur, on peut lire et Erik Orsenna, ce livre fait et d’anticipation… Cela qu’on lui assignait.
de la maquette numérique ce livre très documenté, l’objet d’une traduction donne un panorama
du bâtiment. recelant une « histoire » anglaise chez Palgrave très riche, ouvrant
Notre avis
de la bureaucratie Macmillan ! L’analyse est de nombreuses portes à qui
Un essai riche et dense.
passionnante et évoquant servie par un style clair, souhaite explorer plus
Notre avis avant l’un de ces risques,
Chaque chapitre, fut-
au fond les systèmes une écriture agréable on en désaccord relatif
Indispensable
de gouvernement et, surtout, une quantité même si l’ouvrage est déjà
aux professionnels, cette (Russie) avec Pierre
de l’économie de données, d’informations très complet.
magnifique réalisation Hassner, donne l’envie
et de la société. Mais analysées de façon de prolonger la réflexion
éditoriale réalisée avec Références
on n’ignore pas le recours très intelligente. dans toutes les disciplines
le Centre scientifique Ouvrage de 276 pages
de systèmes anticapitalistes (économie, histoire,
et technique du bâtiment Références Prix : 23 euros
à la bureaucratie d’État… sociologie, géopolitique…)
(CSTB) et Medi@construct Ouvrage de 264 pages Afnor Éditions
est aussi, de par sa ISBN : 978-2-12-465519-9 qu’il convoque.
Références Prix : 17 euros
structure et sa réalisation, Éditions Eyrolles
Ouvrage de 300 pages Références
passionnante pour ISBN : 978-2-212-56336-2
Prix : 22 euros Ouvrage de 366 pages
le béotien ou le curieux !
Éditions Les Liens Prix : 22 euros
Références qui libèrent Éditions Fayard
Ouvrage de 766 pages ISBN : 979-10-209-0291-7 ISBN : 978-2-213-65507-9
Prix : 69 euros
Éditions Eyrolles
ISBN : 978-2-212-14274-7

8 ENJEUX N° 362 – Mars 2016


PANORAMA
Lecture
STRATÉGIE BTP ESSAI STRATÉGIE RECUEIL

L’INTELLIGENCE MANUEL BIM : LES CLÉS DU FUTUR MANAGEOR SYSTÈME


ÉCONOMIQUE THÉORIE « Réinventer ensemble « Tout le management DE MANAGEMENT DE
POUR LES NULS ET APPLICATIONS la société, l’économie à l’ère digitale » L’ENVIRONNEMENT
Les trois spécialistes du sujet Karen Kensek, spécialiste et la science » La 3e édition de ce classique « Sites et organismes »
choisis pour cet ouvrage californienne du Building Jean Staune, philosophe commence par Dans la collection Recueil
sont à contre-emploi : Information Modeling (Bim), des sciences, expert la présentation approfondie normes & réglementation,
Éric Delbecque, Angélique a conçu cet ouvrage comme en management, économiste, des théories traditionnelles ce volume était attendu !
Lafont, Isabel Leal-Rey un ensemble de principes, humaniste, se propose dans du management Il contient en effet
comptent en effet parmi de solutions et d’expériences. cet essai impressionnant et des autres écoles la version 2015 de la norme
les bons experts français ! Au-delà des caractéristiques de prendre un recul salutaire managériales. Puis Iso 14001, accompagnée,
De l’histoire de l’IE principales du processus, vis-à-vis des engouements le triptyque « structure- dans la première partie,
à la sûreté des entreprises, les méthodologies et projets et des peurs liées à ce que culture-fonctionnement » du projet de norme
en passant par la protection tiennent une place dessine l’avenir. Il part permet d’aborder la culture pr NF EN Iso 14004
des données et des brevets importante. Toute une pour cela de données des organisations. Comme et du document français
ou la sensibilisation partie du livre est d’ailleurs réelles, qu’il s’agisse pour chacun des grands NF X 30-205.
à la dimension dédiée aux « livrables » de la crise née des errements chapitres, un « cahier La seconde partie
nationale de la politique disponibles. Les éditeurs ont de la finance, des disruptions du praticien » rédigé du recueil propose
d’intelligence économique, accompagné la traduction technologiques en cours, par des responsables les documents normatifs
ils dressent, sous couvert d’une adaptation permettant des bouleversements d’entreprise, des chercheurs, relatifs à l’évaluation
de permettre à tout au contenu d’être applicable à l’œuvre dans illustre les théories exposées. de la performance
un chacun de comprendre par les maîtres d’ouvrage les entreprises… Le nouveau contexte environnementale
les rudiments, principe et les maîtres d’œuvre « Antigourou », il managérial (mondialisation, et à l’audit : NF EN Iso 14015,
clé de cette collection, hexagonaux, soumis n’impose aucun postulat, digitalisation, RSE) est NF EN Iso 14031 et bien sûr
un panorama riche notamment au Code mais au contraire aussi largement présenté, NF EN Iso 19011.
de perspectives. des marchés publics. Parmi ouvre des multitudes tout comme « Le métier Place ensuite
les réalisations détaillées, de possibilités, qui de manager ». Les rubriques à la communication
le spectaculaire Louisiana s’adressent à tout un chacun « Cas d’entreprise », environnementale,
Notre avis
State Museum and Sports dans plusieurs des champs « Conseils de dirigeants », qu’il s’agisse des lignes
L’intelligence
Hall of Fame… de la vie et à tous dans « Concepts clés »… directrices et exemples
économique, au-delà
le dessin qui s’esquisse enrichissent le propos. (NF EN Iso 14063)
des rappels conceptuels, Notre avis de sociétés à la croisée ou du FD X 30-024.
est envisagée ici sous Outre l’accent mis sur Notre avis
des chemins. Le contexte réglementaire
l’angle d’un dispositif la méthodologie de projets, Une somme évidemment passe par la présentation
opérationnel. Les relations de très astucieuses Notre avis impressionnante, du règlement européen
entre nations et économies captures d’écran, La lecture de ce livre qui semble, effectivement, Emas (« écoaudit »),
contemporaines, elles, un choix iconographique foisonnant d’informations intégrer les tendances de communications
sont jugées à l’aune très pédagogique, multiples s’avère à l’œuvre dans et décisions importantes
d’inévitables réalités. la présentation finalement moins difficile l’économie (collaboration, de l’Union européenne.
Il s’agit donc, en creux, de réalisations susceptibles qu’il n’y paraît au développement durable…)
d’un manuel susceptible d’être directement utiles regard des sujets traités sans affecter l’analyse
d’intéresser au-delà (bâtiments de services…)
Notre avis
et des enjeux. L’auteur d’invariants.
des « nuls » ! Un recueil bien agencé
sert cet excellent livre. fait œuvre de pédagogie qui propose un spectre
et le style est alerte. de documents très
Références Références Un livre difficilement
Références
Ouvrage de 380 pages Ouvrage de 256 pages Ouvrage de 796 pages complémentaires.
classable, mais formidable.
Prix : 22,95 euros Prix : 35 euros Prix : 42 euros
Éditions First Éditions Eyrolles Références Éditions Dunod Références
ISBN : 978-2-75-406753-9 ISBN : 978-2-212-14180-1 Ouvrage de 716 pages ISBN : 978-2-10-072246-4 Ouvrage de 538 pages
Prix : 24,90 euros Prix : 375,58 euros
Éditions Plon Afnor Éditions
ISBN : 978-2-25-921747-7 ISBN : 978-2-12-213091-9

ENJEUX N° 362 – Mars 2016 9


PANORAMA Formation

La prise en compte du risque dans les systèmes de management est incontournable


pour maîtriser au mieux les activités. Ainsi, que ce soit avec l’appui de l’Iso 31000 ou des
méthodes associées, les entreprises augmentent leurs capacités d’anticipation et de réaction.

Management du risque
déploiement du management des risques, de
réduire les risques et de gérer une situation
de crise.
Au programme :
Restitution et échanges sur les travaux
­personnels réalisés.
Déployer le management des risques.
Construire des plans d’actions de t­ raitement
des risques.
Travail intersession.

Module 3 (2 jours)
Ce dernier module de formation permet d’ap-
préhender les notions de gestion financière,
d’assurance et les aspects juridiques dans le
Highwaystarz – Fotolia

management du risque.
Au programme :
Restitution et échanges sur les travaux
­personnels réalisés.
Appréhender les notions de gestion
­financière et assurantielle du risque.
Pour découvrir les fondamentaux, les Appréhender les aspects financiers et juri- L’assurance.
méthodes et les outils du management du diques associés. La rétention.
risque, place à la formation métier certifiante Avantages pédagogiques : Appréhender les notions des aspects
permettant de maîtriser les outils nécessaires Une étude de cas servant de fil rouge et de ­juridiques des risques.
à l’exercice de la fonction risk manager. support aux exercices ou travaux intersessions. Synthèse.
Risk manager : maîtrisez les outils néces- Des travaux intersessions permettant la
saires à la réussite de vos missions. mise en œuvre immédiate des acquis. Module 4 (1 jour) : examen de fin de formation
Code : C1800 – 9 jours – 4 490 € HT. Intervenants : Cet examen se compose d’une évaluation des
Formation conçue et animée par des connaissances théoriques et réglementaires
Bénéfices attendus : experts du management du risque, ayant une ainsi que d’une évaluation des connaissances
Savoir cartographier les risques. expérience terrain variée et reconnue. pratiques par la présentation synthétique de
Déployer, piloter et animer un système de vos différents travaux intersessions et d’un
management des risques. Contenu : plan d’actions ad hoc.
Module 1 (3 jours) La réussite aux deux évaluations permet l’ob-
RENSEIGNEMENTS Ce module a pour objectif de donner une vue tention d’un certificat d’acquis professionnel
d’ensemble des missions d’un risk manager, risk manager, valorisant ainsi l’expérience du
d’appréhender les fondamentaux du manage- participant.
AFNOR Compétences ment des risques et de les cartographier.
Tél. : (0)1 41 62 76 22 Au programme : POUR ALLER PLUS LOIN
Fax : (0)1 49 17 92 80 Disposer des fondamentaux en matière de Dires d’expert : Manager le risque,
management du risque. pourquoi et comment ?
info.formation@afnor.org
Organiser son management du risque. Ce dires d’expert, alternant concepts théo-
www.boutique-formation.afnor.org Élaborer un référentiel de gestion des risques. riques et illustrations pratiques, permet d’ap-
Cartographier l’ensemble des risques. préhender les enjeux de la performance liés à
Travail intersession. la maîtrise des risques, d’analyser et concré-
tiser les recommandations de l’Iso 31001 et
Module 2 (3 jours) d’identifier comment intégrer le management
Ce module permet aux apprenants de dispo- du risque au sein des systèmes existants.
ser des outils et des méthodes pour réussir le Code : D 0850 – 1 jour – 720 € HT

10 ENJEUX N° 362 – Mars 2016


NORMES & ACTUALITÉ
Développement durable
// Négociations internationales //

Tout a été dit, écrit, disséqué sur la Conférence des parties (Cop 21) au Bourget
(Seine-Saint-Denis) à la toute fin 2015. Pour autant, de l’ouverture des négociations avec une
pléiade de responsables internationaux au coup de marteau final de Laurent Fabius, bien
des choses se sont jouées. Enjeux était présent, dans les couloirs et les plénières de la Cop.
Choses vues et temps forts qui ont mené à un accord à faire vivre.

Cop 21, retour


sur un succès
diplomatique
Laurent Fabius, président de la Cop 21,
use du symbolique maillet pour clore
la réunion après un accord à l’arraché.

MEDDE – Arnaud Bousisou

ENJEUX N° 362 – Mars 2016 11


NORMES & ACTUALITÉ Développement durable // Négociations internationales //

Par Emmanuelle VIGNES incapables de parvenir à un accord global sur propres. Ils sont rejoints par 28 milliardaires

C
le climat. Les chefs d’État et de gouvernement du monde entier, à l’initiative de l’Américain
e 12 décembre 2015 à 13 h 30, le invités en fin de négociation n’avaient eu alors Bill Gates, fondateur de Microsoft.
président de la Cop 21, Laurent d’autre solution que d’élaborer dans l’urgence Par ailleurs, sous l’impulsion du Premier
Fabius, abat fébrilement son mar- une simple déclaration finale. Cette fois, les ministre indien, Narendra Modi, est lan-
teau de bois à la tribune de la salle dirigeants ont été invités dès le premier jour, cée une coalition de 121 pays situés dans les
plénière du Bourget. « L’accord de Paris sur le afin de donner une impulsion politique à leurs régions les plus ensoleillées du monde, dans
climat est adopté  », déclare-t-il, un large sou- équipes de négociateurs. le but de réduire les coûts des technologies de
rire aux lèvres. S’ensuivent dans la salle de l’énergie solaire.
longues minutes d’applaudissements, des cris BARACK OBAMA Dès le lendemain, place aux négociateurs
de joie, mais aussi des larmes de soulagement ET XI JINPING VOLONTARISTES professionnels. Les quelque 10 000 délégués
parmi les milliers de délégués présents dans Ils seront 150 à défiler le lundi 30 novembre à la venus des 195 pays signataires de la conven-
la salle. Car il aura fallu quinze jours de négo- tribune du site du Bourget, contre 80 attendus tion sur le climat ont la lourde tâche de net-
ciations acharnées, de tension extrême et de quelques semaines plus tôt. Une fois observée toyer un projet d’accord dans lequel figurent
rebondissements de dernière minute avant une minute de silence à la mémoire des vic- encore de bien trop nombreuses options.
d’en arriver à ce résultat inespéré. times des attentats, tous lancent des appels Doit-on se donner comme objectif de limiter
Retour en arrière. La Cop 21 s’ouvre le lundi vibrants à la conclusion d’un accord universel la hausse de la température moyenne à 2 °C
30 novembre au Bourget dans un pays trauma- pour lutter contre le réchauffement climatique. ou à 1,5 °C ? Doit-on traduire cet objectif par
tisé par les attentats qui ont ensanglanté Paris Les deux plus gros pollueurs de la planète, la le terme vague de «  neutralité carbone  » ou
quinze jours plus tôt. Sur le site du parc des Chine et les États-Unis, ne se dérobent pas à par des réductions d’émissions de gaz à effet
expositions, la tension est maximale. Cent cin- leurs responsabilités. « En tant qu’une des plus de serre dûment exprimées en pourcentage ?
quante chefs d’État et de gouvernement, de grandes économies émettrices du monde, je suis Où va-t-on trouver les 100 milliards promis
Barack Obama à Vladimir Poutine, en passant conscient que nous sommes à la source du pro- aux pays en développement pour les aider
par le président chinois Xi Jinping sont en effet blème », admet Barack Obama. Quant au pré- dans cette transition énergétique  ? Le calen-
attendus pour ouvrir cette 21e conférence sur sident chinois Xi Jinping, il rappelle les objec- drier est serré. Laurent Fabius, qui préside les
le climat. Du jamais-vu dans l’histoire des ras- tifs ambitieux de son pays dans la lutte conte débats, a fixé une échéance aux négociateurs
semblements onusiens et a fortiori dans l’his- l’effet de serre et se dit même prêt à aider dans pour rendre leur copie – samedi 5 décembre à
toire de la négociation climatique. cette voie les pays les moins développés. midi – et fait passer le message qu’aucun délai
Ce sommet des chefs d’État et de gouverne- Ce même lundi 30 novembre, deux initiatives supplémentaire ne sera accordé.
ment fait partie de la stratégie de la ­diplomatie d’envergure sont annoncées, afin de montrer Du mardi au samedi, les vieux réflexes resur-
française pour faire un succès de la Cop 21. Son la mobilisation de l’ensemble des acteurs sur gissent, et les discussions patinent. Les obser-
obsession ? Ne pas réitérer l’échec du sommet le changement climatique. La France, les États- vateurs notent cependant une réelle envie
de Copenhague (Danemark) de 2009, quand les Unis et 18 autres pays s’engagent ainsi à dou- d’avancer et de trouver des voies de compro-
négociateurs professionnels s’étaient m ­ ontrés bler leurs investissements dans les énergies mis. L’impulsion donnée par les chefs d’État et

Sur le site du parc


des expositions, la tension
est maximale.

Le commissaire européen chargé


de l’énergie, Miguel Arias Cañete,
et Ségolène Royal :
les apartés participent largement
de cette diplomatie d’influence.
CE

12 ENJEUX N° 362 – Mars 2016


NORMES & ACTUALITÉ
Développement durable
// Négociations internationales //

Doit-on traduire l’objectif


par le terme vague de neutralité carbone ?,
se demandent les délégations…

de gouvernement fait encore sentir ses effets,


d’autant que les ministres sont attendus le
lundi 7 décembre. Pris en sandwich entre les
deux niveaux politiques, les négociateurs tra-
vaillent d’arrache-pied. Et présentent un texte
négociable, à l’heure dite, le samedi midi.
Le projet d’accord a été nettoyé, aminci,
allégé. Reste à trancher dans trois options
éminemment politiques : quel objectif de
long terme se donner et comment le tra-

Franke182 – Fotolia
duire  ? Faut-il différencier, et comment, les
efforts entre pays riches et pays en dévelop-
pement, sachant que les grands pays émer-
gents comme la Chine ou le Brésil ne rentrent
plus dans aucune de ces deux cases ? Com-
ment assurer que l’aide promise aux pays
pauvres sera bel et bien versée ?
Dès le lundi 7 décembre, les ministres de l’En- de leur côté à « soutenir des objectifs ambitieux en négociations en bilatéral et à huis clos. Les
vironnement ou de l’Énergie des 195  pays faveur du climat, telle la transition vers une éner- rendez-vous se succèdent jusqu’au cœur de
arrivent au Bourget et prennent le relais. gie 100 % renouvelable ou une réduction de 80 % la nuit avec les ministres indiens, chinois,
Les réunions s’enchaînent, y compris sous le des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050 ». ­américains ou saoudiens.
format des indabas, inaugurés en Afrique du Le secrétaire d’État américain John Kerry
Sud, du nom zoulou qui désigne des réunions annonce le doublement de l’aide de son pays « SHALL » OU « SHOULD » ?
informelles entre chefs de communauté. consacrée à l’adaptation aux pays en dévelop- LA TRADUCTION S’EMBALLE
L’équipe française de négociateurs – une cen- pement d’ici à 2020. Le travail de traduction et de vérification juri-
taine de personnes réunies sous l’égide de Malgré tout, les discussions semblent se dur- dique s’est engagé en parallèle, dès le jeudi,
Laurent Fabius et le «  cerveau  » de la négo- cir, même si tous les participants s’étonnent pour gagner du temps. Et c’est le samedi à
ciation, l’ambassadrice Laurence Tubiana – de la sérénité des débats, qui tranche avec midi, une journée après le délai prévu, qu’un
enchaîne les réunions et les contacts bila- les tensions des Cop précédentes. Un pre- projet d’accord final est soumis à l’ensemble
téraux dans les bureaux de la présidence mier projet d’accord de 29 pages est soumis des délégués, convoqués à nouveau quelques
française aménagés au Bourget. aux délégués le mercredi 9 décembre, sans heures plus tard.
Parallèlement, une multitude d’initiatives sont susciter d’enthousiasme. Au point que le
­ Quand ils se retrouvent à nouveau dans l’im-
annoncées à l’occasion de la Cop 21, qui réunit porte-parole de la Malaisie, Gurdial Singh mense salle plénière à l’armature de bois, l’am-
sur le site quelque 40 000 personnes par jour. Nijar, lance à Laurent Fabius  : «  Votre texte biance semble à l’optimisme. Mais un incident
Dix milliards d’euros d’aides publiques sont est peut-être équilibré… vu que tout le monde est de dernière minute mettra les nerfs de tous
ainsi promis à l’Afrique pour y soutenir le mécontent. » les participants à rude épreuve. Un «  shall  »
développement des énergies vertes. Dix pays Les négociateurs se lancent alors dans un s’est glissé à la place d’un « should » dans un
du continent s’engagent à remettre en état d’ici véritable marathon et enchaînent les nuits des paragraphes de l’accord, le rendant inac-
à 2030 l’équivalent de 100 millions d’hectares blanches. Jusqu’à l’ultime coup de poker ceptable pour les Américains. Après quelques
de forêts et de terres agricoles. Un millier de de la présidence française : contrairement heures d’ultimes conciliabules, tout le monde
maires et d’élus locaux ­réunis à Paris par la aux usages, Laurent Fabius décide le ven- retrouve sa place à la tribune… et Laurent
maire de la capitale, Anne Hidalgo, s’engagent dredi matin de poursuivre l’ensemble des Fabius peut enfin abattre son marteau.

LES PRINCIPAUX POINTS DE L’ACCORD DE PARIS


En 29 articles, l’accord de la température moyenne développés de 100 milliards
« Votre texte est
de Paris pose le cadre globale « bien en dessous de dollars par an à partir peut-être équilibré…
de la lutte contre de 2 °C » et de « poursuivre de 2020 aux pays
le changement les efforts pour limiter en développement. vu que tout le monde
est mécontent. »
climatique à partir de la hausse de la température Tous les pays devront
2020 et sans échéance à 1,5 °C ». rendre des comptes sur
finale. Tous les pays
signataires s’engagent
Tous les cinq ans,
les engagements nationaux
leurs efforts en matière
climatique, sachant que
(Gurdial Singh Nijar –
à mettre au point des de réduction des émissions les capacités respectives Malaisie)
politiques de lutte contre de gaz à effet de serre de chacun sont prises
le changement climatique. seront réévalués. en considération.
Les parties s’engagent L’accord confirme
à limiter la hausse le versement par les pays E. V.

ENJEUX N° 362 – Mars 2016 13


NORMES & ACTUALITÉ Développement durable // Négociations internationales //

COP 21 : L’ALLIANCE SOLAIRE INTERNATIONALE,


COOPÉRATION NORD-SUD POUR LES ENR
À l’occasion de la Cop 21, Les principaux objectifs à l’échelle nationale
le Premier ministre de l’Alliance : et internationale :
indien, Narendra Modi, – réduire le coût du solaire – favoriser le transfert
a lancé avec le président pour donner accès à tous de technologies propres
François Hollande à cette énergie renouvelable, vers les pays émergents

Simon Kraus – Fotolia


la constitution de l’Alliance potentiellement abondante et en développement,
solaire internationale dans les pays du Sud, leur pour que leur
(International Solar permettant de se développer dynamisme économique
Alliance). Vingt-neuf chefs de manière indépendante, profite directement
d’État et de gouvernement décentralisée et sans recourir des innovations
et seize ministres ou chefs aux énergies fossiles ; bas carbone ;
de délégation ont participé – développer de nouveaux – faciliter l’accès d’un savoir-faire reconnu
à cette initiative qui vise marchés pour le solaire pour à l’électricité des pays (Engie avec Solaire Direct,
à développer les coopérations les membres de l’Alliance du Sud, notamment Total avec Sunpower, Silia,
entre États sur l’offre en créant des opportunités en Afrique, très représentée Urbasolar, DualSun, Ines…) ;
et la demande d’énergie solaire. supplémentaires de projets dans l’Alliance, où il s’agit – participer à la création
Des entreprises – de différentes et d’application pour d’un enjeu majeur d’emplois en France.
régions du monde – se sont les entreprises du secteur. pour améliorer la santé, l’emploi L’Agence internationale
aussi dites prêtes à s’engager Pour mémoire, l’Inde s’est fixé et l’éducation ; de l’énergie (AIE) évalue,
dans « le développement au printemps 2015 un objectif – ouvrir les marchés pour la seule énergie solaire,
de projets solaires à coûts national de 100 gigawatts de l’énergie solaire à plus de 1 200 milliards
maîtrisés dans les pays situés solaire d’ici à 2022. pour en faire baisser les coûts de dollars les investissements
entre les tropiques du Cancer Selon Ségolène Royal, pour tous les usagers ; nécessaires
et du Capricorne ». Ils sont ministre de l’Écologie, cette – permettre de valoriser d’ici à 2030.
regroupés au sein du collectif initiative répond aux priorités les acteurs français
Terrawatt. que s’est fixées la France, du solaire, qui disposent J.-C. T.

TRANSITION « BAS CARBONE » :


ALLIANCE MONDIALE POUR LA GÉOTHERMIE
Durant la Cop 21 au Bourget, Les principes d’action en la matière avec la création ministre de l’Écologie,
un accord s’est dessiné de l’Alliance : en 2015 du fonds de garantie du Développement durable
en faveur du développement – Définir des objectifs clairs Geodeep. et de l’Énergie, « la géothermie
de la géothermie, réunissant et un cadre réglementaire – Le développement est une énergie renouvelable
notamment l’Islande propice. Les pays de coopérations qui permet de produire
et les Comores, ainsi que de l’Alliance pour la géothermie technologiques. Des accords de l’électricité et de la chaleur.
l’Agence internationale se sont accordés sur de coopération ont déjà Elle a l’avantage de ne pas
de l’énergie renouvelable des objectifs à l’horizon 2030 été signés entre le cluster être intermittente et de ne pas
(Irena). La France, membre pour multiplier d’entreprises françaises dépendre de contraintes
de l’Alliance pour la par cinq la production et le cluster islandais. La France saisonnières, météorologiques
géothermie, soutient cette d’électricité à partir dispose d’une expérience dans ou climatiques. C’est une
initiative, les pouvoirs publics de la géothermie et multiplier l’alimentation des réseaux technologie mature, qui peut
soulignant que « la géothermie par deux la production de chaleur par des ressources être déployée largement dès
est insuffisamment développée, de chaleur à partir géothermiques, aujourd’hui, C’est une solution
alors qu’elle fait partie de la géothermie. en particulier en région qui peut être plus compétitive
des solutions concrètes, – Mobiliser les financements. parisienne, où l’équivalent que la consommation d’énergie
accessibles, qui peuvent être Cela passe en particulier de 200 000 logements sont fossile. C’est en particulier le cas
déployées dès maintenant par la mise en place de solutions chauffés à partir de la ressource dans de nombreuses zones
pour entrer dans une économie innovantes pour gérer le risque de chaleur du sous-sol. insulaires ».
bas carbone ». géologique. La France est leader Selon Ségolène Royal, J.-C. T.

14 ENJEUX N° 362 – Mars 2016


NORMES & ACTUALITÉ
À suivre… en bref
DÉVELOPPEMENT DURABLE

UNE ORDONNANCE POUR LES BILANS D’ÉMISSION DE GES


ET LES AUDITS ÉNERGÉTIQUES
est dorénavant fixée à quatre ans, pour rapprocher seulement 52 %. Objectif des pouvoirs publics : que
l’obligation de réalisation des bilans GES de celle des la totalité des organisations concernées remplissent
audits énergétiques obligatoires, un certain nombre leur obligation.
de données étant communes aux deux obligations. La réalisation du bilan d’émissions de GES devient
Pour l’État, les collectivités et les établissements obligatoire pour :
publics, la périodicité est maintenue à trois ans. – les personnes morales de droit privé employant plus
Djama – fotolia La collecte des bilans d’émissions de GES sera assurée de 500 personnes pour la France métropolitaine ou
par une plateforme unique administrée par l’Agence plus de 250 personnes pour les régions et départe-
de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie ments d’outre-mer ;
(Ademe). Cette centralisation des bilans doit per- – l’État, les régions, les départements, les commu-
mettre au public d’accéder facilement à ces infor- nautés urbaines, les communautés d’agglomération
Une ordonnance relative aux bilans d’émission mations sur les émissions et les efforts réalisés. Des et les communes ou communautés de communes de
de gaz à effet de serre et aux audits énergé- dispositions similaires seront mises en place pour les plus de 50 000 habitants ainsi que les autres per-
tiques, prise sur le fondement de la loi relative audits énergétiques. sonnes morales de droit public employant plus de
à la transition énergétique pour la croissance La mise en place d’un dispositif de sanction vise à inci- 250 ­personnes.
verte, ambitionne « d’assurer une meilleure ter entreprises, collectivités et établissements publics La réalisation d’un audit énergétique est obliga-
prise en compte des enjeux climatiques par les à réaliser leur bilan d’émission de GES aux échéances toire pour les entreprises de plus de 250 salariés. Il
grandes entreprises et les administrations ». prévues par la réglementation. La première échéance comprend l’élaboration d’une stratégie d’efficacité
La périodicité de mise à jour des bilans des émissions était fixée au 31 décembre 2012. Malgré le caractère ­énergétique de leurs activités.
de gaz à effet de serre (GES) pour les entreprises obligatoire, le taux de réalisation en 2014 a atteint J.-C. T.

INFORMATION ET COMMUNICATION AGROALIMENTAIRE

ASSISTANCE POUR LES BONNES PRATIQUES


LES TÉLÉSPECTATEURS DE CULTURE ET DE STOCKAGE
APRÈS L’ARRÊT DE LA NORME DES CÉRÉALES À PAILLE ET MAÏS
ISO/IEC 13818-2
La norme NF V 30-001, qui vient de paraître, fournit des exigences et recom-
C’est par décret mandations pour l’élaboration d’une démarche de bonnes pratiques de culture
que les pouvoirs et de stockage à la ferme du blé tendre et du blé dur destinés à l’alimenta-
publics organisent tion humaine, des orges brassicoles, du maïs doux, du maïs grain et du maïs
« l’aide ­fourrage.
à l’équipement Elle fixe les exigences et donne des recommandations à mettre en œuvre par un produc-
Rh2010 – Fotolia

et à l’assistance teur agricole dans le cadre d’une démarche qualité portant sur les qualités sanitaires et
technique aux technologiques, le respect de l’environnement et de la biodiversité, la performance écono-
téléspectateurs » mique des exploitations agricoles et la traçabilité des pratiques.
pour permettre À la fin des années 1990, à l’initiative des producteurs, coopératives et négociants agri-
la continuité coles, transformateurs, organisations professionnelles, producteurs et instituts techniques
de la réception des services de télévision en clair se sont réunis pour travailler ensemble à la mise en place d’une démarche de bonnes
diffusés par voie hertzienne terrestre à l’occasion pratiques de production des céréales à paille et des maïs. De cette volonté commune
de l’arrêt de l’utilisation de la norme de codage sont nées les premières versions des chartes de production Arvalis – Institut du v­ égétal/
vidéo MPEG-2. Institut de recherche technologique agroalimentaire des céréales (Irtac) au début des
Le décret a pour objet de définir les modalités d’attribution de années 2000. Elles ont été réguliè-
l’aide à l’équipement instituée par la loi du 30 septembre 1986 rement mises à jour pour aboutir en
et de l’assistance technique instituée par application de cette 2012 à leur quatrième version.
même loi, pour assurer la continuité de la réception des ser- La norme NF V 30-001 a été élabo-
vices de télévision en clair diffusés par voie hertzienne terrestre rée d’après cette quatrième version.
à ­l’occasion de l’arrêt de l’utilisation de la norme de codage Elle traduit la volonté des acteurs des
vidéo Iso/IEC 13818-2 dite MPEG-2. Le décret évoque aussi, pour filières agricoles françaises de définir
l’aide et l’assistance, la nouvelle référence normative de réception collectivement une base pour l’élabo-
Lily – Fotolia

des services de télévision nationaux en clair par voie hertzienne ration de futurs cahiers des charges
­terrestre : Iso/IEC 14496-10 dite MPEG-4. ou de démarches qualité.
J.-C. T. M.-C. B.

ENJEUX N° 362 – Mars 2016 15


NORMES & ACTUALITÉ À suivre… en bref

MÉTROLOGIE

L’UIT ET LE BIPM MAINTIENNENT JUSQU’EN 2023


LA « SECONDE INTERCALAIRE » DANS LE TEMPS UNIVERSEL COORDONNÉ (UTC)
La ­dernière insertion en date d’une seconde inter- d­ ’unités (SI) et d’assurer sa diffusion par l’intermé-
calaire a eu lieu le 30 juin 2015 à 23:59:60 UTC. diaire de l’échelle de temps de référence.
Supprimer la seconde intercalaire, comme cela a pu Les études seront coordonnées par l’UIT, en coopé-

Mariusz Prusaczyk – Fotolia


être proposé, aurait permis d’établir une échelle de ration avec l’Organisation maritime internationale
temps de référence continue dans laquelle tous les (OMI), l’Organisation de l’aviation civile internationale
systèmes de navigation électronique et systèmes (OACI), la Conférence générale des poids et mesures
informatisés modernes auraient pu fonctionner, évi- (CGPM), le Comité international des poids et mesures
tant ainsi la nécessité de recourir à des systèmes de (CIPM), le Bureau international des poids et mesures
temps ad hoc spécialisés. (BIPM), le Service international de la rotation terrestre
De nouvelles études doivent être menées sur les et des systèmes de référence (IERS), l’Union géodé-
échelles de temps de référence existantes et celles sique et géophysique internationale (UGGI), l’Union
L’Union internationale des télécommunica- qui pourraient être adoptées dans l’avenir, notam- radio-scientifique internationale (URSI), l’Organisa-
tions (UIT) a décidé fin 2015 qu’il était néces- ment vis-à-vis de leurs incidences et applications. Un tion internationale de normalisation (Iso), l’Organi-
saire d’étudier plus avant les incidences et les rapport sera soumis à la Conférence mondiale des sation météorologique mondiale (OMM) et l’Union
applications d’une future échelle de temps de radiocommunications de 2023. D’ici là, l’échelle de astronomique internationale (UAI). « La société
référence, notamment pour la modification du temps UTC continue à s’appliquer, conformément à moderne a de plus en plus besoin d’une mesure pré-
temps universel coordonné (UTC) et la sup- la recommandation UIT-R TF.460-6, et le Bureau inter- cise du temps, explique l’UIT. Nous avons pour tâche
pression de la « seconde intercalaire ». national des poids et mesures (BIPM) continue à en de diffuser des signaux horaires qui revêtent une
Les secondes intercalaires sont insérées de manière assurer la maintenance. importance cruciale pour tous les secteurs de l’activité
périodique afin de tenir compte des irrégularités de Il a été décidé un resserrement des liens entre l’UIT humaine. Ces signaux sont diffusés à l’aide de com-
la rotation de la Terre par rapport au temps uni- et le BIPM. L’UIT continuerait d’être responsable de munications filaires ainsi que par différents services
versel coordonné (UTC), référence pour la mesure la diffusion de signaux horaires à l’aide de systèmes de radiocommunication, qui comprennent à la fois
du temps. Elles permettent d’éviter que le temps de radiocommunication, et le BIPM chargé d’établir des services spatiaux et des services de Terre. »
UTC ne s’éloigne du temps solaire moyen (UT1). et de maintenir la seconde du système international J.-C. T.

ARMEMENT TRANSPORTS

BREVETS ET TECHNOLOGIES TRANSPORT INTERURBAIN


DUALES : UNE NOUVELLE PAR AUTOCAR : ACCESSIBILITÉ,
ORDONNANCE NORME EURO VI/6 ET ÉTHYLOTESTS
Le ministre de la Défense Emmanuel Macron, ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numé-
a présenté en conseil rique, a salué l’entrée en vigueur de dispositions réglementaires appli-
des ministres fin 2015 cables aux autocars dans le cadre de l’ouverture du marché du transport
une ordonnance interurbain. « L’adoption de ces mesures garantit le développement de services de
prise en application transport accessibles à tous ainsi qu’un haut niveau de sécurité et de performance
de l’article 30 environnementale », souligne-t-on à Bercy.
de la loi n° 2015-917 – Accessibilité : les cars devront obligatoirement être accessibles aux personnes à
du 28 juillet 2015 mobilité réduite.
et portant diverses – Sécurité : depuis le 1er septembre 2015, tous les cars doivent obligatoirement être
MBDA

dispositions concernant équipés d’éthylotest antidémarrage (EAD).


la défense, les anciens combattants et l’action de l’État en mer. – Environnement : dès à présent, tous les véhicules devront être conformes aux
L’ordonnance doit permettre, tout d’abord, d’améliorer l’efficacité du meilleures normes définies au niveau communautaire (Euro 5, Euro 6). À compter du
contrôle de la fabrication des matériels de guerre en renforçant l’obliga- 1er janvier 2018, la norme la plus exigeante (Euro 6) sera obligatoire.
tion faite aux entreprises d’informer l’autorité administrative de tout dépôt La norme Euro 6 réduit fortement les émissions polluantes, notamment de particules
de brevet relatif à des matériels de guerre, armes et munitions auprès de (2 fois moins de particules émises que les autocars de 2013 et 13 fois moins que
l’Institut national de la propriété intellectuelle (Inpi). Elle modifie l’article ceux de 2001).
L. 2332-6 du Code de la défense afin de permettre d’étendre aux entre- Concertées avec les professionnels, ces mesures viennent conforter le développe-
prises fabriquant des matériels assimilés à des matériels de guerre ou des ment des transports collectifs, qu’ils relèvent ou non du service public, en termes
biens à double usage l’obligation de faire connaître à l’administration de mobilité, de sécurité sur les routes et de développement durable. Par ailleurs,
les demandes de brevets ou d’addition à un brevet concernant ces biens le gouvernement a engagé une démarche auprès de la Commission européenne
et matériels. Cette mesure permet de mieux préserver les intérêts de la afin d’étendre ces mesures aux services de cabotage exécutés dans le cadre d’un
défense nationale dans le domaine de l’innovation industrielle. transport international.
J.-C. T. J.-C. T.

16 ENJEUX N° 362 – Mars 2016


NORMES & ACTUALITÉ
À suivre… en bref
CYCLE DE L’EAU ENVIRONNEMENT

UNE PREMIÈRE NORME POUR DÉTERMINER


PLAQUES D’ÉGOUT : LA TENEUR BIOSOURCÉE DES PRODUITS
NORMES ET CAHOTS
EN SÉRIE La nouvelle norme NF EN 16785-1 spéci- une méthode de détermination de la teneur bio-
fie une méthode de détermination de la sourcée de produits solides, liquides et gazeux en
teneur biosourcée des produits, par une utilisant l’analyse au radiocarbone et l’analyse
La nouvelle série analyse au radiocarbone et une analyse élémentaire.
des normes élémentaire. Elle s’applique à n’importe quel Le carbone élémentaire, C, a un isotope, 14C, qui
volontaires produit solide, liquide et gazeux contenant du permet de différencier clairement les substances
NF EN 124, carbone, à condition qu’une déclaration relative à à base de carbone présentes dans les organismes
qui régissent la composition élémentaire et à la teneur biosour- vivants des substances à base de carbone d’ori-

Ftrouillas – Fotolia
les dispositifs cée soit disponible. gine fossile. La teneur en 14C peut donc consi-
de couronnement Si les produits biosourcés issus de la sylviculture dérée comme un traceur des produits chimiques
et de fermeture et de l’agriculture (papiers, matériaux isolants…) récemment synthétisés à partir de CO2 atmosphé-
apposés sur sont utilisés depuis longtemps, on a assisté ces rique, en particulier des produits récents, et est
la voirie et les zones de circulation utilisées par les dernières décennies à l’émergence de nouveaux utilisée dans la Cen/TS 16640 pour déterminer la
piétons et les véhicules, plus généralement appelés produits biosourcés. Outre les bénéfices qu’ils teneur en carbone biosourcé. La méthode donnée
plaques d’égout, a été publiée en fin d’année dernière. offrent au regard de la raréfaction des ressources dans la norme NF EN 16785-1 s’appuie sur une
« La nouveauté réside dans l’ajout de nouveaux matériaux fossiles, ils confèrent de nouvelles fonctionnalités déclaration du fabricant, dont les valeurs doivent
(plastiques et composites), de nouveaux protocoles d’essais et aux produits. Cette évolution a provoqué une être validées par les résultats combinés de l’ana-
l’introduction d’un marquage CE », résume Anna Baranski, chef vague d’innovations avec le développement de lyse au radiocarbone et de l’analyse élémentaire
de projet Afnor Normalisation. Or ce marquage CE ne pourra connaissances et de technologies qui ont permis du produit.
entrer en vigueur qu’à compter de la citation des normes au de mettre au point de nouveaux procédés de Elle a été élaborée par le comité technique
Journal officiel de l’Union européenne. Et suite à une objection transformation et de développer des produits. Cen/TC 411 Produits biosourcés, dans le cadre
formelle des Britanniques sur le critère de résistance à la glissance, Les produits biosourcés sont entièrement ou par- d’un mandat donné au Cen par la Commis-
cette citation est reportée. « Les déclarations de performances à tiellement issus de la biomasse. Il est essentiel de sion européenne. Elle sera complétée par la
produire en vertu du règlement Produits de construction ne sont caractériser la quantité de biomasse contenue NF EN 16785-2 Détermination de la teneur bio-
donc pas encore exigées », ajoute Anna Baranski. dans le produit par le biais de sa teneur biosour- sourcée à l’aide de la méthode basée sur le bilan
Par ailleurs, la révision de la norme EN 124 a amené certains cée ou de sa teneur en carbone biosourcé, par matière, en cours d’élaboration.
experts français, parties prenantes du groupe de travail du exemple. L’objectif de cette norme est de fournir M.-C. B.
comité technique Cen/TC 165 Techniques des eaux résiduaires,
à conduire une action auprès de la Commission européenne.
Conséquence : la norme NF EN 124 de 1994 reste en vigueur
jusqu’en mars 2017. Elle classe les dispositifs de couronnement
PROPRIÉTÉ INTELLECTUELLE
et de fermeture concernés en six lieux d’installation différents,
et précise, pour chacun, la force de résistance minimum en
kilonewtons (kN). Une classification reprise dans la nouvelle ver- LE BREVET UNITAIRE (ENFIN) SUR LES RAILS
sion, laquelle désormais compte six parties : la partie 1 contient
les exigences générales de conception et de performances, tandis Sur proposition de l’Office européen des sera bénéfique pour l’économie européenne, en
que les parties 2 à 6 traitent des exigences de performances des brevets (OEB), le Comité restreint, qui particulier pour les PME. » Le système du brevet
dispositifs de fermeture et de couronnement fabriqués dans des représente les États membres de l’Union unitaire nécessite la mise en place de la juridic-
matériaux spécifiques. européenne qui participent au nouveau tion unifiée du brevet (JUB) qui statuera sur les
brevet unitaire, a adopté toute fin 2015 litiges en matière de brevets unitaires. Le système
INTERDÉPENDANCE un cadre juridique secondaire complet du brevet unitaire et la JUB verront le jour dès
La norme NF EN 124-1 est applicable aux dispositifs de ferme- fixant le niveau des taxes annuelles et compre- que treize États, dont l’Allemagne, la France et
ture et de couronnement avec une cote de passage inférieure ou nant un règlement d’application, un règlement le Royaume-Uni, auront ratifié l’Accord relatif à
égale à 1 000 mm pour la couverture des avaloirs, des regards budgétaire et financier, ainsi qu’un règlement une juridiction unifiée du brevet. Huit États, dont
de visite et des boîtes d’inspection ou de branchement installés relatif à la répartition des taxes annuelles entre la France, ont déjà ratifié cet accord, et plusieurs
dans des zones soumises à la circulation des piétons et/ou de OEB et États membres participants. autres ratifications sont attendues.
véhicules. Elle spécifie les définitions, la classification, les principes Selon Benoît Battistelli, président de l’OEB, J.-C. T.
généraux de conception, les exigences de performances ainsi « l’adoption de ces règlements constitue un évé-
que les méthodes d’essai pour les dispositifs de couronnement nement exceptionnel pour le système européen
et de fermeture conformes aux normes NF EN 124-2, pour les des brevets. Les préparatifs relatifs au brevet
produits en fonte ; NF EN 124-3, pour les produits en acier ou en unitaire sont achevés. Nous sommes maintenant
alliage d’aluminium ; NF EN 124-4, pour les produits en béton prêts, du point de vue juridique, technique et
Office européen des brevets

armé d’acier ; NF EN 124-5, pour les produits en matériaux com- opérationnel, à délivrer des brevets unitaires. Les
posites ; NF EN 124-6, pour les produits en polypropylène (PP), seules étapes restantes sont la mise en place de
en polyéthylène (PE) ou en polychlorure de vinyle non plastifié la juridiction unifiée du brevet et la finalisation
(PVC-U). La partie 1 n’est pas applicable individuellement, mais du processus de ratification à l’échelle nationale.
uniquement en association avec au moins l’une des autres, dont Nous espérons que ces étapes seront franchies
elle fait partie intégrante. en 2016. Nous sommes convaincus que le brevet
M.-C. B. unitaire stimulera l’innovation en Europe et qu’il

ENJEUX N° 362 – Mars 2016 17


NORMES & ACTUALITÉ À suivre… en bref

DÉVELOPPEMENT DURABLE SERVICES

ACCORD DE PARIS UNE NORME POUR APPRÉCIER


SUR LE CLIMAT : LES RÉACTIONS LES SERVICES D’EXPERTISE
ALLEMANDES, DE LA CHANCELIÈRE
La norme NF EN 16775 spécifie les exigences minimales relatives
AU VDMA ET AU BDI aux services d’expertise fournis par des experts à leurs clients. L’ob-
jectif est d’apporter la réponse la plus précise et la plus fiable possible à une
Le gouvernement question posée, dans un contexte donné. Elle a été élaborée par le comité de
allemand a salué projet Cen/TC 405 Services d’expertise, animé par Afnor.
comme un tournant Les services d’expertise couvrent une large gamme de prestations. Les presta-
historique l’accord taires peuvent, par exemple, être sollicités pour donner des avis, des interpré-
mondial sur le climat tations ou des recommandations concernant des événements ou des situations
scellé à Paris à l’issue (passés ou futurs). Ces services peuvent également être chargés de déterminer si
de la Cop 21. les exigences des normes sont respectées ou si les performances sont atteintes, de
« L’ensemble résoudre les conflits et d’estimer les dommages relatifs aux biens et aux services.
de la communauté Les prestataires de services d’expertise réalisent des analyses et des évaluations et
internationale s’est, font des recommandations afin d’apporter une aide à la décision.

CE
pour la première fois, engagé à l’action […] dans la lutte contre les La qualité d’un service d’expertise dépend de la compétence professionnelle,
changements du climat mondial, a déclaré la chancelière Angela M ­ erkel. de l’impartialité, de l’objectivité, de l’indépendance et de l’intégrité des experts
Indépendamment du fait qu’il nous reste beaucoup de pain sur la planche, c’est consultés. Cette norme a pour objet de définir les exigences minimales relatives
un signe d’espoir que nous réussissions à garantir à l’avenir les conditions de vie aux facteurs qui ont une influence sur tous les services d’expertise. Elle peut être
de milliards de personnes. Paris restera pour toujours lié à ce tournant historique utilisée par des prestataires de toute taille et tout domaine, pour améliorer la
dans la politique climatique globale. » transparence et la compréhension entre clients et prestataires. Elle doit égale-
« Nous avons tous ensemble écrit une page d’histoire, a renchéri la ministre ment contribuer à réduire les obstacles aux services d’expertise transfrontaliers.
allemande de l’Environnement, Barbara Hendricks, qui a participé aux négo- Les exigences spécifiques de cette norme ne s’appliquent pas aux services
ciations à Paris. Nous avons bataillé longtemps pour obtenir un accord fort. d’expertise pour lesquels il existe des obligations contractuelles ou un cadre
C’est un tournant historique. » À ses yeux, nous « entrevoyons désormais la fin juridique et réglementaire (inspections, contentieux judiciaires…).
de l’ère du charbon et du pétrole ». L’accord trouvé envoie un « signal fort » M.-C. B.
aux investisseurs. Pour les gouvernements, l’heure est maintenant à la mise
en œuvre.
Au-delà du gouvernement, l’accord a été salué en Allemagne par les associa-
tions de défense de l’environnement et les scientifiques. C’est un signal positif, a INGÉNIERIE INDUSTRIELLE
estimé l’Association allemande de protection de la nature (NABU). Un « signal
pour un tournant énergétique mondial », a renchéri le WWF Allemagne. LES SATELLITES KOREASAT 5A
Le climatologue Hans Joachim Schnellnhuber, directeur de l’Institut de recherche
de Potsdam sur les effets du changement climatique (PIK), a salué pour sa part ET 7 EMBARQUENT DE GRANDES
un accord qui « surmonte les égoïsmes nationaux » et qui fixe un objectif plus PIÈCES EN FABRICATION ADDITIVE
ambitieux que prévu en termes de hausse de la température mondiale. Si cet
accord est mis en œuvre sérieusement, la décarbonisation de l’économie mon-
diale d’ici au milieu du siècle est possible, estime le chercheur. Les promesses Les satellites de télécommuni-
des États en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre devront cation Koreasat 5A et Koreasat
toutefois être relevées pour atteindre les objectifs fixés. Chez les scientifiques, 7, fabriqués chez Thales Alenia
comme chez les défenseurs de l’environnement, plusieurs voix ont insisté en Space (TAS), embarquent les
Allemagne sur la nécessité d’engager une sortie mondiale du charbon, du plus grandes pièces jamais
pétrole et du gaz à l’échelle mondiale. fabriquées en Europe pour le
Les industriels sont partagés entre optimisme et scepticisme : l’Association alle- spatial en fabrication addi-
mande des constructeurs de machines-outils (VDMA) s’attend à ce que l’accord tive lit de poudre (446,9 mm Thales
ouvre de nouveaux débouchés aux entreprises allemandes. Malgré des incerti- X 202,81 mm X 391,62 mm). Il
tudes, il engage les pays en développement, ainsi que des États comme la Chine, s’agit des supports d’antenne TM/TC en aluminium, pièces jumelles qui ont été
l’Inde, le Mexique ou le Brésil à investir dans des installations énergétiquement fabriquées dans un même « batch » par la même machine.
efficaces et pauvres en émissions. La Fédération des industriels allemands (BDI) L’imprimante 3D utilisée est la Concept Laser Xline 1000R, la plus grande
et la Fédération allemande des chambres de commerce (DIHK) se montrent machine à faisceau laser d’Europe appartenant à Poly-Shape, entreprise fran-
plus prudentes. Elles craignent que les entreprises allemandes et européennes çaise partenaire de TAS.
restent désavantagées par leurs exigences environnementales face à la concur- Ces pièces au design organique innovant ont fait l’objet d’une recette minu-
rence mondiale. « L’accord reste malheureusement, sur de nombreux points, tieuse en vibrations et ont montré un comportement dynamique parfaitement
très en deçà de ce qui serait nécessaire pour convenir d’efforts de protection du reproductible. L’utilisation de la technologie 3D sur ce type de pièces comporte
climat appropriés, équitables et contraignants », a regretté Holger Lösch, du BDI, de nombreux avantages : gain de masse de l’ordre de 22 %, gain d’un à deux
dans le quotidien Handelsblatt. La volonté politique quant à la mise en œuvre mois sur le planning de fabrication, réduction des coûts d’environ 30 %, amé-
de l’accord sera toutefois déterminante à ses yeux. En effet, si la communauté lioration des performances. Un support d’antenne de ce type est d’ores et déjà
internationale prend réellement l’accord au sérieux et qu’elle accroît ses inves- en orbite depuis avril 2015 à bord du satellite de télécommunication Turkmen
tissements liés à la protection climatique, alors « il en résultera de nouvelles Alem fabriqué par TAS. Le satellite Arabsat 6B, lancé depuis Kourou (Guyane)
opportunités commerciales pour les entreprises allemandes ». en novembre dernier, emportait aussi des tripodes issus de la technologie 3D.
J.-C. T. J.-C. T.

18 ENJEUX N° 362 – Mars 2016


NORMES & ACTUALITÉ
À suivre… en bref
BTP

UNE MARQUE NF MURS DE SOUTÈNEMENT EN BÉTON


FABRIQUÉS EN USINE
mise en conformité des espaces publics, dans le cadre terre pour routes…), au stockage (soutènement de
des plans d’aménagement du territoire, devant être matériaux en vrac tels que sable, graviers, produits
mis en œuvre par les collectivités locales ». agricoles…), à l’aménagement des sols (espaces
Le mur de soutènement est un mur vertical ou subver- urbains et paysagers).
tical qui permet de contenir des terres (ou tout autre La marque NF s’appuie sur le référentiel de certifica-
matériau granulaire ou pulvérulent) sur une surface tion NF 532 Murs de soutènement en béton fabriqués
Photothèque Cerib
réduite. Depuis quelques décennies, les murs de sou- en usine, la norme NF EN 15258 Produits préfabriqués
tènement en béton préfabriqué se sont largement en béton – murs de soutènement. Les produits sont
substitués aux murs en béton coulé sur place et aux aptes à l’emploi en termes d’aspect, de résistance et
murs en maçonnerie appareillée : ils permettent une de durabilité et participent à la réalisation d’ouvrages
optimisation de la réalisation du chantier, ils sont plus esthétiques et durables.
favorables à l’environnement et plus économiques La réalisation de ces murs permet d’obtenir une maî-
Les fabricants de murs de soutènement ont pour les donneurs d’ordres. trise de la qualité de fabrication, réalisée sur un site
souhaité que soit créée une marque NF Murs de industriel, de gérer plus facilement les contraintes
soutènement en béton. Selon le Centre d’études LA NORME NF EN 15258 climatiques, proposer des prototypes permettant de
et de recherches de l’industrie du béton (Cerib), en COMME PIVOT visualiser l’aspect final, mettre en œuvre les produits
charge de cette application de la marque NF, « elle Ces produits sont destinés au génie civil (soutène- plus rapidement (planning préétabli) et contrôler en
permet aux collectivités d’exprimer leurs attentes et ment d’excavations et de tranchées creusées dans usine la qualité des éléments avant la mise en œuvre.
de viser une optimisation des dépenses publiques, la un terrain naturel, soutènement de remblais de J.-C. T.

MATÉRIAUX AGROALIMENTAIRE

CACHEMIRE, LAINE, YACK LA FAO DÉCRÈTE 2016


DANS LES TEXTILES : ANNÉE DES LÉGUMINEUSES
UNE IDENTIFICATION AU POIL PRÈS
Haricots secs, lentilles et pois – ainsi qu’une myriade d’autres légumi-
neuses apparentées – sont au cœur de l’actualité. La FAO, Organisation
La norme NF Iso 18074 sur l’identifi- des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, a lancé l’Année internatio-
cation de certaines fibres animales nale des légumineuses des graines nutritives pour un avenir durable. Les légu-
par analyse de l’acide désoxyribo- mineuses populaires comprennent toutes les variétés de haricots secs (haricots
nucléique (ADN) vient de paraître. rouges, haricots de Lima, haricots beurre et fèves). Mais aussi les pois chiches,
Neirfy – Fotolia

Elle spécifie une méthode d’essai afin le niébé, les pois aux yeux noirs et les pois cajans. Faibles en gras et riches en
d’identifier le cachemire, la laine, le yack nutriments et en fibres solubles, les légumineuses sont considérées comme
et leurs mélanges au moyen d’une extrac- excellentes pour la maîtrise du taux de cholestérol et pour une bonne digestion.
tion, d’une amplification par la méthode Elles constituent une source essentielle de protéines et d’acides aminés et une
de réaction par polymérisation en chaîne (PCR) et de procédés de détection de alternative abordable aux protéines d’origine animale, bien plus coûteuses dans
l’ADN. Elle s’applique en tant que méthode qualitative. de nombreuses parties du monde. Les légumineuses sont un ingrédient essentiel
La composition des fibres utilisées dans les produits textiles est l’une des pro- dans les régimes alimentaires sains pour lutter contre l’obésité et prévenir ou
priétés les plus importantes. L’étiquetage de la composition des produits textiles gérer maladies chroniques (diabète), affections coronariennes et cancer. Cette
est exigé au niveau mondial par les législations ou les réglementations volon- année internationale encourage une meilleure utilisation des protéines à base
taires liées au commerce équitable. La méthode d’essai visant à déterminer la de légumineuses tout le long de la chaîne alimentaire et vise à en augmenter la
composition de certaines fibres animales utilisées dans les produits textiles est production à l’échelle mondiale, à améliorer la rotation des cultures et à relever
décrite dans la norme NF Iso 17751 Analyse quantitative des fibres animales par les défis qui se posent dans les échanges commerciaux.
microscopie. Toutefois, les produits textiles présentent une grande diversité de J.-C. T.
couleurs et de traitements d’ennoblissement, et il existe de nombreux mélanges
de fibres animales. C’est pourquoi plusieurs méthodes d’essai visant à obtenir
des résultats plus précis ont été élaborées. Parmi elles, la méthode d’analyse
de l’ADN s’est révélée pratique et facile à mettre en œuvre pour identifier la
nature des fibres animales : tous les animaux possèdent un ADN spécifique, et la
méthode d’amplification de l’ADN par PCR a récemment évolué, atteignant une
haute précision.
FPWing – Fotolia

La norme NF Iso 18074 a été élaborée par l’Iso/TC 38 Textiles et suivie en France
par la commission de normalisation Essais textiles du Bureau de normalisation
des industries textiles et de l’habillement (BNITH).
M.-C. B.

ENJEUX N° 362 – Mars 2016 19


NORMES & ACTUALITÉ À suivre… en bref

BTP

PASSEPORTS « RÉNOVATION ÉNERGÉTIQUE » :


EXPÉRIMENTATION DANS LES TERRITOIRES
p­ ersonnalisées pour la rénovation des logements. Ils de la charte d’engagement. Le programme se met en
comportent trois volets : place depuis janvier dans dix territoires volontaires(1).
– Un diagnostic approfondi : le passeport réunit des Les particuliers propriétaires d’un logement construit
informations sur la performance énergétique du loge- avant le 1er janvier 2000 et situé dans un territoire à
ment en fonction des besoins des habitants. énergie positive pour la croissance verte partenaire de

Ariane Citron – Fotolia


– Des préconisations de travaux personnalisées : le l’opération peuvent bénéficier de l’expérimentation.
passeport établit des solutions de travaux adaptées : Gratuits pour les ménages, les passeports sont finan-
isolation du bâtiment, remplacement des équipe- cés dans le cadre du dispositif des certificats d’écono-
ments de chauffage… Il propose un échéancier, mies d’énergie (CEE).
détermine les coûts et les économies d’énergie et de J.-C. T.
facture qui en découlent et précise les aides et finan-
Le ministère de l’Écologie, du Développement cements possibles pour les réaliser. (1) Ville de Rouen, Saint-Étienne Métropole et parc naturel
durable et de l’Énergie et Engie mettent en – La présentation des résultats issus des travaux : le régional du Pilat, Clermont Communauté et Saint-Jacques-Plus
œuvre une convention pour l’expérimen- passeport prévoit une simulation et une présentation (ville de Clermont-Ferrand), Communauté urbaine de Bordeaux,
tation des passeports de la rénovation des résultats au ménage afin de faciliter la prise de Communauté d’agglomération du Val-de-Bièvre, Grand Poitiers,
énergétique dans les territoires à énergie décision et d’inciter au passage à l’acte. Mulhouse Alsace Agglomération, Alès Agglomération, Avignon et
positive pour la croissance verte. Ces passe- Les passeports sont réalisés par des entreprises certi- CA Grand Avignon.
ports fournissent des recommandations de travaux fiées ou qualifiées RGE rénovation globale signataires

AGROALIMENTAIRE SERVICES

VIGNES : LE NOUVEAU SYSTÈME UIT : UN GROUPE


D’AUTORISATIONS DE PLANTATION SPÉCIALISÉ POUR FAVORISER
DOIT FAVORISER LES SIGNES DE QUALITÉ L’INCLUSION FINANCIÈRE
GRÂCE AU NUMÉRIQUE
Lors de la négociation
de la réforme de la poli- Un an après sa création, le groupe spécialisé de l’Union
tique agricole commune, internationale des télécommunications (UIT) sur les services
la France a obtenu le financiers numériques (DFS) qui travaille sur l’inclusion
maintien d’un système de financière progresse. Au menu : la collaboration entre les profes-
régulation européen dans sionnels internationaux des télécommunications et ceux des services
le secteur viticole. Ainsi, financiers pour traiter de l’accès des 2 milliards de personnes les plus
un dispositif d’autorisations pauvres aux services financiers classiques. Ce groupe composé de
de plantation succède-t-il, dès représentants de 60 organisations d’une trentaine de pays a pour
cette année, au dispositif his- objet de combler l’écart entre régulateurs des télécommunications
Tsach – Fotolia

torique de gestion du potentiel et services financiers, ainsi qu’entre secteur public et secteur privé.
de production viticole fondé L’ensemble de « l’écosystème » des services financiers numériques
sur des droits de plantation. traite de certaines des principales difficultés qui empêchent actuel-
Le passage aux autorisations de plantation apporte deux évolutions : une croissance lement de mettre ces services à la disposition des personnes non
du vignoble limitée à 1 % au maximum de la superficie nationale totale plantée ; la bancarisées. Quatre groupes de travail ont été créés, dirigés par des
délivrance d’autorisations sur tout le territoire et pour l’ensemble des types de vins : représentants d’organismes de régulation, d’opérateurs et d’associa-
appellation d’origine protégée (AOP), indication géographique protégée (IGP) et vins ne tions de protection du consommateur. Ils élaborent un ensemble de
bénéficiant pas d’une AOP ou d’une IGP. recommandations, d’outils et de solutions opérationnels. Les rapports
Afin de faciliter la mise en œuvre de cette réforme, l’ouverture du système de droits de devraient être publiés fin 2016. La réglementation joue un rôle clé.
plantation aux vins sans indication géographique (VSIG) a été engagée en 2015, année Mais selon l’UIT « il est difficile pour le secteur des paiements de
de transition. lancer et de dimensionner des services pour les personnes non banca-
Le ministère de l’Agriculture estime que cette évolution contribue à renforcer la capa- risées – problème qui concerne jusqu’à 2 milliards d’habitants, vivant
cité d’adaptation de l’offre française à la demande mondiale : « L’ouverture maîtrisée pour la plupart en Inde, en Chine et en Indonésie ». Certains régimes
des autorisations de plantation aux vins ne bénéficiant pas d’AOP ou d’IGP permettra politiques et réglementaires ne facilitent pas vraiment le développe-
par ailleurs d’accompagner le développement des eaux-de-vie AOC et la croissance de ment organique d’un écosystème concurrentiel de services financiers
produits comme le cognac à l’export », a indiqué la Rue de Varenne. Les entreprises qui numériques susceptible de desservir les plus démunis. Les discussions
plantent en VSIG prennent un engagement à produire dans ce segment, afin d’éviter à propos de ces services ont surtout lieu à l’échelle nationale, entre
tout risque de dépréciation d’indication géographique. régulateurs des services financiers et organismes de normalisation.
J.-C. T. J.-C. T.

20 ENJEUX N° 362 – Mars 2016


QUALITÉ – OUTILS DE LA PERFORMANCE
En chair et en normes

« Qu’en pense Marc Bazinet ? » « A-t-il un retour de la réunion plénière ? »


« Appelle Marc Bazinet pour un éclairage. » Combien de fois à Enjeux s’est-on fié, à raison,
à Marc Bazinet, présent dans ces colonnes de longue date ? À l’heure où il cesse d’exercer
des responsabilités normatives essentielles, une rencontre s’imposait.

Marc Bazinet, la qualité


en courant continu
La culture qualité chez EDF est venue
se greffer à une très forte culture sécurité
et un esprit « maison ».

Hoshiko78 – Fotolia

ENJEUX N° 362 – Mars 2016 21


QUALITÉ – OUTILS DE LA PERFORMANCE En chair et en normes

Par Jean-Claude TOURNEUR

S
ans aucun caractère péjoratif, loin tainebleau (Seine-et-Marne) et Satory (Yve- – valorisation de la technique polyéthylène »
s’en faut, celui qui achève ces lines), dans le train, secrétaire-chauffeur d’un du service transport et distribution – Cersta.
semaines-ci son mandat de président commandant. «  Cela m’a permis de décrocher, «  L’enjeu était très important, même si cela
de la commission de normalisation durant mon service, un DEA de chimie organique nous paraît lointain, explique Marc Bazinet. Il
Qualité et management et de chef de la structurale  », sourit-il aujourd’hui. Sa thèse, ­s’agissait de ­remplacer par du polyéthylène toutes
délégation française à l’Iso/TC 176 Manage- soutenue en avril 1982, porte sur « la réaction les canalisations de distribution de gaz qui étaient
ment et assurance de la qualité est ce qu’on nucléophile de l’anion azoture sur les cations hété- encore en fonte, voire certaines en bois bitumé sur
appelle dans les rédactions un « bon client », rocycliques ». « Retenons que les applications en Paris… J’ai été l’un des pionniers de la polyéthy-
disponible et pédagogue, clair et désinté- pharmacie étaient intéressantes pour la conception nalisation seconde génération. C’était une rupture
ressé. L’auteur du livre phare sur la nouvelle d’antidépresseurs », résume-t-il. technologique et d’usage pour laquelle nous avons
version des normes Iso 9000(1) mérite ample- été quelques-uns à nous mobiliser. J’ai d’ailleurs
ment que l’on s’intéresse à son parcours, à sa LA GRANDE FAMILLE GAZIÈRE déposé quelques brevets à l’Institut national de
philosophie d’action, à son expérience pro- Finalement, cette même année, il intègre Gaz la propriété intellectuelle (Inpi). Mais, surtout,
fessionnelle, doublée d’un parcours dans les de France, comme responsable de laboratoire au-delà de l’homologation, j’ai connu ma première
enceintes normatives qui ne se limite pas à la au service « analyse et mesures » – Cersta, à la vie normative, dans le contexte de l’harmonisa-
qualité et au management. direction de la recherche. « Ce laboratoire exis- tion européenne et, peu ou prou, de la bataille des
Né à Paris le 20 novembre 1955, Marc Bazi- tait, avec cinq ou six personnes, se souvient-il. normes. »
net a surtout pour attaches le Périgord noir, Mais nous avons pu travailler sur la détection En 1987, en effet, Marc Bazinet est nommé
où il a remis sur pied une très ancienne ferme et l’identification de gaz ou autres composés par ingénieur expert normalisation, attaché
familiale, dont il parle avec bonheur. Il est le spectrométrie de masse. Je me suis non seule- auprès du chef de service transport et distri-
cadet d’une fratrie de quatre enfants. Le par- ment très vite plu chez Gaz de France, mais j’ai bution – Cersta, en charge, donc, des activités
cours professionnel de son père, cheminot, beaucoup aimé “faire de la paillasse”  ». Après de normalisation pour la France, l’Europe et
lui a d’ailleurs permis d’effectuer une grande un premier poste, Marc Bazinet devient, en l’international. «  Nous étions juste à l’aube du
partie de sa scolarité à Périgueux (Dordogne), 1986, responsable du groupe « homologation mécanisme de la Nouvelle approche pour la nor-
de la 5e à la terminale. « Enfant, j’ai aussi passé
toutes mes vacances là-bas, chez mes grands-pa-
rents maternels. J’y ai fait les foins, se sou-
vient-il. D’ailleurs, Bazinet voulait dire là-bas, au
Moyen Âge, “petit marchand de tissu”. » Si cer-
tains ont la bosse des maths très jeunes, Marc
Bazinet est un passionné de physique-chimie.
Docteur ingénieur en chimie (École nationale
supérieure de chimie de Paris [ENSCP]) en
1982, il se destine à la recherche dans l’in-
dustrie pharmaceutique. «  Pour guider ma
recherche d’emploi, je repérais les laboratoires dans
le guide Vidal du médicament  », se souvient-il.
Un contact avec les laboratoires Fournier à
Dijon (Côte-d’Or) ne se concrétisera pas, pour
cause d’obligations militaires. Pressenti logi-
quement pour faire partie des scientifiques
du contingent, il se retrouve finalement à Fon-

Marc Bazinet a introduit


nombre d’outils, souvent innovants,
dans le système qualité d’EDF.
Il a aussi misé, pour nourrir
(1) Au cœur de l’Iso 9001:2015, une ­passerelle vers sa réflexion et transmettre,
DR

l’excellence, Afnor Éditions. sur l’enseignement.

22 ENJEUX N° 362 – Mars 2016


QUALITÉ – OUTILS DE LA PERFORMANCE
En chair et en normes

Le polyéthylène a remplacé
les autres matériaux :
ce fut la première expérience
normative de Marc Bazinet,
qui a même déposé quelques brevets.

malisation européenne, se souvient-il. En France,


c’était la mise en place du Bureau de normalisation
des plastiques et de la plasturgie (BNPP), avec
lequel j’ai étroitement travaillé. Gaz de France
était un acheteur très important et nous avions
fait le choix de nouer des partenariats avec des

DR
fournisseurs de matières premières et des trans-
formateurs pour les tubes, des fabricants de rac- Marc Bazinet, celui-ci va vite les inscrire EDF. «  J’ai évidemment assumé avec bonheur
cords électro-soudables, de prises de branchement, dans une politique qualité fournisseur qu’il mes choix de carrière, mais j’ai pendant long-
de robinets… Il s’agissait clairement de défendre définit et met en œuvre pour les matériels de temps conservé un attachement fort à la culture
nos spécifications techniques et nos méthodes. réseaux et pour la réalisation des ouvrages gazière et un sentiment d’appartenance à Gaz de
J’ai pris, sur la scène européenne, la responsabi- de distribution. «  Il s’agissait d’harmoniser et France », affirme-t-il.
lité du groupe de travail chargé des normes pour coordonner les actions qualité vis-à-vis des four-
les systèmes de canalisation en polyéthylène pour nisseurs  », confirme-t-il. Sous son pilotage, BIEN AU-DELÀ
distribution de combustible gazeux au sein du 120 personnes passent sous assurance qua- DE LA SEULE NORME ISO 9001
Cen/TC 155. Allemagne, Grande-Bretagne, “bloc lité et, en 1997, la centrale nationale d’achats Dans ses fonctions, il conduit un projet
scandinave” disposaient eux aussi d’atouts et de est certifiée Iso 9002. «  Il s’agissait à l’époque «  amélioration continue du service  » sur
solutions. Cette normalisation technique s’est de la 1re entité certifiée d’EDF-GDF Services et base du modèle EFQM (European Founda-
avérée d’autant plus passionnante que les enjeux de l’une des cinq premières au sein du groupe tion for Quality Management). L’occasion
n’étaient pas minces  : il s’agissait d’éléments EDF », rappelle Marc Bazinet. Dans le cadre d’indiquer combien Marc Bazinet apprécie
constitutifs des réseaux de distribution de com- de cette mission, il déploie une méthode de cet outil – dès ses premiers pas en France –,
bustibles gazeux. » travail qu’il affectionne  : «  J’ai bien analysé dont il devient expert, puisqu’il est évalua-
les normes et je me suis entouré d’une équipe, teur EFQM depuis 2006. Il anime aussi le
PIONNIER DES NORMES ISO 9000 de compétences extérieures – issues d’Afnor –, réseau de qualiticiens d’EDF pour la dimen-
Dix ans après son entrée au sein de Gaz de en qui j’avais confiance et avec laquelle nous sion maîtrise de la qualité fournisseurs,
France, Marc Bazinet délaisse quelque peu avons travaillé dans une logique itérative et mène à bon port une nouvelle certification
la normalisation, du moins dans sa dimen- d’enrichissement mutuel. » Parallèlement, son Iso 9002 pour le pôle national d’achats géné-
sion « produits ». « J’ai fait le choix de passer expérience normative trouve à s’exercer cette raux et logistiques et représente EDF au
du côté des achats  », se souvient-il. Or qui fois au sein de la commission qualité mana- sein du Mouvement français pour la qualité
dit achats dans la conformation de Gaz de gement à l’orée de la révision 1994. « Je m’y (MFQ), de l’Afaq, où il jouera un rôle impor-
France à cette époque dit non seulement suis lancé avec d’autant plus d’enthousiasme que tant dans deux comités de certification et,
marchés et fournisseurs gigantesques, mais je connaissais moi-même très bien l’audit sur la bien sûr, d’Afnor. Surtout Marc Bazinet
aussi, évidemment, contrôle de la qualité du base de ces normes et que j’avais la conviction devient spécialiste du management qualité
couple produit-fournisseur. Il s’agit dès lors qu’il fallait en la matière aider les fournisseurs pour la fonction achats. Il est d’ailleurs, dès
d’un dialogue technique exigeant avec, dans à monter en puissance  », explique-t-il. Après cette époque, à l’origine d’une réflexion sur
les produits et fournitures que Marc Bazi- un «  septennat  » à la centrale nationale des la normalisation des achats responsables,
net gère à l’époque, des entreprises comme achats, Marc Bazinet rejoint, de 1998 à 2000, qui depuis a fait son chemin. « J’ai bénéficié,
BP, Solvay, le groupe autrichien PCD… « La le service central des marchés, à la prési- à partir de ces années et par la suite, au sein du
centrale nationale d’achats EDF-GDF Services, dence et direction générale d’EDF, comme groupe, d’une grande liberté normative, affirme
sous cette forme, était de création récente et avait chargé de mission qualité. Marc Bazinet Marc Bazinet. Je disposais d’une lettre de mis-
comme périmètre l’ensemble des matériels consti- préfère cette structure fonction support et sion du délégué normalisation d’EDF, à qui je
tutifs des réseaux électriques et gaziers », pour- transverse à une direction de site, pourtant rendais compte, bien sûr, mais j’ai pu mettre en
suit-il. Les préceptes de l’assurance de la qua- considérée comme la voie royale pour les place la palette d’outils qui me semblait judi-
lité, les audits seconde partie, les exigences carrières au sein du groupe. «  J’ai opté pour cieuse, développer une logique de management
et le dialogue technique existaient, mais, très le développement de filières d’expertise et pour le transverse. Bien sûr, mes différents postes, mon
vite, Marc Bazinet choisit la voie du manage- management de cette expertise  », confirme-t-il. action en France et à l’international dans le cadre
ment par la qualité. Il est d’ailleurs, en titre, À noter : lui qui avoue avec humour «  par- des commissions et comité de normalisation pour
expert qualité, chargé de l’animation de cette ler gazier première langue  » bifurque, de fait, la qualité et le management m’ont donné l’image
fonction au sein de cette entité. Si les normes au gré des Meccano industriels successifs de Monsieur Normes ou Monsieur Iso au sein
Iso 9001, Iso 9002 et Iso 9003 intéressent vite qui rythment la vie d’EDF et de GDF, vers du groupe. Mais dans la réalité, j’ai toujours

ENJEUX N° 362 – Mars 2016 23


QUALITÉ – OUTILS DE LA PERFORMANCE En chair et en normes

travaillé pour des entités, des directions, ­surtout opératoires adaptés et surtout, en interne, des pro- influencer ce qui se passe, se prépare dans les cou-
lorsque Pierre Gadonneix, alors président cessus métiers très solides. » lisses. Les jeux d’alliances, d’influences sont pas-
d’EDF, a clairement affiché la qualité comme une Durant toutes ces années, il donne et reçoit sionnants. Il faut ensuite aimer la négociation, être
orientation stratégique pour le groupe. » beaucoup aussi, dans le cadre de son enga- armé d’une stratégie solide et surtout d’une vision
Très tôt, Marc Bazinet étoffe le concept de gement normatif – dont la distinction Or politique partagée, à faire aboutir. Surtout, et cela
management de la qualité : de 2000 à 2008, Normes en 2012, mais aussi d’une partici- m’a procuré de grands bonheurs et a répondu à mes
délégué qualité et développement durable de pation active à de nombreuses activités. S’il attentes et mon caractère, il faut nouer des liens
la direction des achats d’EDF, il crée la fonc- est administrateur de l’Association France durables avec ses pairs, s’intéresser sincèrement à
tion, manage l’équipe, pilote les démarches de Qualité Performance (AFQP) et membre du eux. C’est avant tout une aventure humaine. »
progrès et multiplie les certifications, non seu- Club de l’Iris, qui fédère les directeurs qualité Il faut aussi s’armer de patience vis-à-vis de
lement par rapport à la norme Iso 9001:2000, des entreprises du Cac 40, l’enseignement le sujets comme ceux traités par le TC 176. « On
mais aussi Iso 14001 en contribution pour le motive aussi fortement. Il participe à la créa- peut parfois reculer, puis avancer rapidement. Il
groupe. tion et dirige la pédagogie du master mana- faut garder présent à l’esprit que l’on défend, avec
Là encore, Marc Bazinet développe son exper- gement qualité sécurité environnement au un mandat et le soutien d’Afnor dans mon cas, un
tise de la gestion de la relation client, de la sein de l’université Paris-Est-Marne-la-Vallée texte de portée universelle, qui devra être appliqué
mesure de la satisfaction. Il est en appui du (Seine-et-Marne) en tant que maître de confé- par des responsables qui dépendent de ce que nous
management, aime le dialogue avec ses pairs rences associé. négocions, en n’omettant pas les spécificités de
et surtout jongle avec une série de méthodes et Évidemment, la normalisation tient aussi une notre culture industrielle et économique face à des
d’outils qu’il se doit de bien connaître et éva- large place. Sa nomination en janvier 2012 au blocs nord-américain, scandinave, germanique,
luer avant de les déployer. Sa propre palette poste de directeur système de management tout aussi légitimes. »
professionnelle s’élargit encore : de de 2008 à contrôle interne de la direction commerce De ce devoir accompli, nulle forfanterie chez
2012, il est en effet directeur qualité, chef du d’EDF n’a pas nui, tant s’en faut, à son enga- Marc Bazinet. Pas de regret non plus. « J’ai eu,
département qualité, développement durable, gement français et international lors du pro- même si c’est un effet indirect, l’occasion d’aller,
risques, contrôle interne à la division parti- cessus exigeant et stratégique de révision des parfois plusieurs fois, dans des pays et des régions
culiers et professionnels de la direction du normes Iso 9000. Président, toutes ces années, du monde où je ne serais sans doute pas allé, qu’il
commerce d’EDF. «  Avec quelques personnes, de la commission de normalisation Qualité et s’agisse du Japon, de la Chine ou de Jérusalem
j’ai animé un système de management intégré pour management à Afnor, il est aussi chef de la [Israël, NDLR], d’y avoir travaillé avec des per-
une entité de 6 000 salariés, dans huit régions, pour délégation française au sein de l’Iso/TC 176 sonnes passionnantes, tout en prenant tout de
environ 28 millions de clients, synthétise-t-il. J’ai Qualité et management. même le temps de découvrir  », affirme-t-il. S’il
développé des synergies entre la démarche qualité « L’animation d’instances normatives, la présence a choisi de terminer avant terme son mandat
et le contrôle interne. Surtout, le cœur de métier au cœur de comités qui comptent parfois quatre- normatif, Marc Bazinet poursuit quelques
étant là la relation client, j’ai beaucoup travaillé vingt-dix pays passent par plusieurs exigences, mois encore sa mission à EDF. Puis viendra,
sur le parcours de ces clients, qui était multicanal, qu’il s’agisse de qualité à mettre en œuvre ou de outre le Sud-Ouest, le temps de poursuivre
représentant des segments de marché parfois très comportements à respecter, explique Marc Bazi- encore un peu l’enseignement. Transmettre et
différents les uns des autres, nécessitant des modes net. Sans surprise, il faut comprendre, décrypter, rencontrer, toujours…

.shock – Fotolia

L’animation d’instances normatives


internationales est exigeante
et passe par nombre
de comportements à respecter.

24 ENJEUX N° 362 – Mars 2016


QUALITÉ – OUTILS DE LA PERFORMANCE
Normalisation internationale
// Risques //

En Allemagne, on reproche à la norme de management des risques d’empiéter sur le cadre


législatif, mais aussi sur des normes sectorielles d’assurance qualité. Le pays s’engage
à reculons dans le processus de révision d’un référentiel international dont il ne veut
pas. Son application est pourtant complémentaire de démarches de risk management,
rappellent des experts français. Olivier Peyrat revient sur les enjeux des normes « risques ».

L’Allemagne « vent
debout » contre
la norme Iso 31000
Les experts allemands considèrent
que l’environnement législatif et réglementaire
est suffisant pour encadrer les pratiques
de management des risques.

Bosch

ENJEUX N° 362 – Mars 2016 25


QUALITÉ – OUTILS DE LA PERFORMANCE Normalisation internationale // Risques //

Par Olivier MIRGUET

L
’image d’une économie nationale s­ystème de surveillance et de prévention Dans sa traduction E Din Iso 31000 : 2011-01
friande de normes et de règlements, des risques dans les sociétés par actions. En parue en janvier 2011, assortie d’un préam-
parfois même simplement détour- cas de crise majeure, la direction doit être en bule national et d’onze notes complémen-
nés à des fins protectionnistes, est mesure de prouver que toutes les mesures taires, le Din s’est inquiété de l’absence d’une
écornée. Depuis 2011, l’Allemagne refuse défensives ont bien été mises en œuvre définition du risque dans les domaines de la
d’adopter la norme Iso 31000 sur le mana- pour éviter l’effondrement complet de l’or- sécurité, de la santé et de la protection de l’en-
gement des risques. Les instances représen- ganisation. À deux reprises, en 2004 et en vironnement. Les Allemands ont estimé que
tatives des branches professionnelles, très 2009, le législateur allemand a mené de pro- le risque économique sous-tendu dans l’intro-
utilisatrices de la normalisation, demeurent fondes réformes de son Code du commerce duction du référentiel original relevait d’une
donc méfiantes vis-à-vis des travaux de révi- (Bilanzrechtsreformgesetz [BilReG] et Bilanzre- priorité absolue. Une prise de risque écono-
sion qui viennent de s’engager. « L’environne- chtsmodernisieurungsgesetz [BilmoG]), renfor- mique ne doit en aucun cas, selon les auteurs,
ment législatif et réglementaire s’avère largement çant les exigences relatives au risque écono- comporter de menaces sur l’environnement,
suffisant pour encadrer les pratiques qui relèvent mique. Une circulaire (Mindestanforderungen la santé ou la sécurité. Fort de ce constat, le
du management des risques  », prévient Frank an das Risikomanagement [MaRisk]) établie en Din a décidé en septembre 2011 « de manière
Herdmann, avocat et consultant spécialisé 2012 par l’autorité nationale de contrôle des irrévocable » de ne pas produire de norme Din
dans la mise en œuvre et la gestion du change- marchés financiers, équivalente allemande Iso 31000.
ment dans les entreprises. Le cadre législatif de l’Autorité des marchés financiers (AMF), Quelle sera la position nationale adoptée
national impose de fortes contraintes autour détermine les dispositions spécifiques pour lors de la révision de la norme ? «  Dans un
de la gestion du risque : la loi pour le contrôle la gestion des risques dans les institutions premier élan, la révision s’annonçait limitée,
et la transparence (Gesetz zur Kontrolle und financières et les organismes de crédit. ce qui n’a pas réjoui nos experts. On s’oriente
Transparenz im Unternehmensbereich, KonTraG), «  Nous ne voulons pas d’une certification com- maintenant vers une révision approfondie. C’est
qui poursuit des objectifs similaires à la loi plémentaire. Heureusement, notre position est mieux. Nous demeurerons attentifs à la prise en
française sur les nouvelles régulations éco- encore partagée par la majorité des délégations à compte des remarques que nous avons édictées
nomiques (NRE), est en vigueur depuis le l’Iso. Il y a trop de certifications, l’accumulation dès 2011, qui sont toujours valables  », prévient
1er mai 1998. est inutile  !  », estime Frank Herdmann, qui Frank Herdmann. « Nous ne voulons pas rester
Les dispositions essentielles de la loi KonTraG pilote le comité miroir allemand dans les tra- définitivement à l’écart. La norme Iso  31000 fait
contraignent les dirigeants à élaborer un vaux de révision de l’Iso 31000. office de best practice, elle représente les meilleures

La loi Gesetz zur Kontrolle


und Transparenz im
Unternehmensbereich
(KonTraG) poursuit des
objectifs similaires à la loi
sur les nouvelles régulations
économiques (NRE).
Maroš Markovič – Fotolia

La loi contraint les dirigeants


à élaborer un système de surveillance
et de prévention des risques
dans les sociétés par actions.

26 ENJEUX N° 362 – Mars 2016


QUALITÉ – OUTILS DE LA PERFORMANCE
Normalisation internationale
// Risques //

PAROLES D’EXPERT
Rodolphe CIVET
Chef de projet Afnor.

p­ ratiques internationales. Elle est donc pertinente,


reconnaît-il. Il s’agit maintenant de sortir d’une
position anti-Iso. »
En Allemagne aussi, la terminologie de la
norme Iso 31000 fait débat. Certains experts
ont proposé de remplacer les termes risk

DR
management de la version anglaise par Mana-
gement under Uncertainties («  gestion adapta-
tive en situation d’incertitude  ») pour pré-
server la possibilité d’une interprétation du
« Atténuer la connotation de danger »
GAGNER DU TEMPS L’Allemagne, l’un des pays leaders certifiante. Certains principes, toutefois,
DANS LES START-UP européens dans les pratiques sont déjà partagés. Le premier principe,
de la normalisation, est demeurée plus c’est la création de valeur dans l’entreprise.
Alain GOARANT, fondateur d’AGMS,
que réticente face à la norme Iso 31000. A-t-on délégué le risque à un assureur,
est consultant spécialisé dans Comment analysez-vous ce refus ? est-on prêt à provisionner des financements ?
le management du risque. Rodolphe Civet : Le sujet le plus Le second principe, c’est l’amélioration
« L’Iso 31000 est une norme sensible, c’est la définition du risque, des processus. Ce point devrait être revu lors
d’application volontaire, assez peu qui diffère entre les pays. Les Britanniques de la révision de la norme, en tenant compte
utilisée. Tout le monde n’en voit pas retiennent les opportunités. La France est des aspects humains et culturels.
la portée pratique. C’est une norme très orientée vers le danger, la prévention.
chapeau, qui indique des lignes L’Allemagne a tourné le dos à l’Iso 31000, Le management des risques peut-il
directrices pour le risk management. parce que les parties prenantes préoccupées améliorer le partage des informations
À la différence de l’Iso 9001 par la prévention et la sécurité des produits entre le stratégique et l’opérationnel ?
et de l’Iso 14001, elle ne comporte pas ont estimé que les contraintes étaient déjà R. C. : Les organisations savent
d’exigences qui pourraient donner suffisantes. habituellement détecter les risques au niveau
lieu à un certificat. L’Iso 31000 propose du top management. Elles savent aussi
une grille d’analyse transversale, La connotation de danger est très déterminer les risques opérationnels.
une synthèse entre des approches
présente en France quand on aborde Souvent, on est trop concentré sur les risques
dictées par le marketing, la finance,
le management des risques. Cette ligne opérationnels, sans établir le lien avec
le risque technologique, la santé
au travail, l’environnement. La norme
de pensée est-elle compatible la stratégie. La direction ne sait pas partager
Iso 31000 ne devra pas conduire avec la recherche d’opportunités sa vision. Il faut progresser.
à une certification supplémentaire, de développement poursuivie
ni créer de nouvelles exigences. par d’autres nations ? En Allemagne, les organisations
La production de données doit être R. C. : La nouvelle version des normes sectorielles pour la santé et la sécurité
tournée vers la décision. Cette approche Iso 9001, qui comprend également au travail jugent la norme Iso 31000
pourra réconcilier certains dirigeants une approche du risque, va atténuer inutile. Elles estiment que des normes
avec la normalisation, notamment la connotation de danger présente dans sectorielles sont plus efficaces.
dans les start-up, où la norme n’est pas certaines interprétations nationales Y a-t-il un débat identique en France ?
perçue comme un espace de liberté. de la norme Iso 31000. Dans une organisation R. C. : Deux écoles s’affrontent dans
Dans le secteur du médicament, innovante, le risque peut porter sur le programme du comité technique en France.
la qualité d’un système de management la pérennité de l’entreprise, notamment Certains veulent rester sur une norme
est régie par la norme Iso 13485. si elle est classée Seveso. Il en va de même générique. D’autres, notamment dans
Si les start-up construisaient leur dans tous les pays. la logistique, l’eau ou le secteur gazier,
approche avec les outils de l’Iso 31000,
ont tendance à ne prendre en compte
elles gagneraient du temps dans
Peut-on vraiment définir qu’un secteur d’activité. Nous allons
la structuration des dossiers
d’autorisation de mise sur le marché. »
un mode de gouvernance valable en débattre. Aucune entreprise ne doit
pour tous les pays ? se reposer sur ses lauriers.
O. M. R. C. : Pour l’instant, l’Iso 31000 est peu
appliquée parce qu’elle n’est pas une norme Propos recueillis par O. M.

ENJEUX N° 362 – Mars 2016 27


QUALITÉ – OUTILS DE LA PERFORMANCE Normalisation internationale // Risques //

PAROLES D’EXPERT
Olivier PEYRAT
Directeur général d’Afnor.
En Allemagne aussi,
la terminologie de la norme
Iso 31000 fait débat.
DR

risque positive ou négative. La proposition a


peu de chances d’être approuvée dans ce pays
« Une approche complémentaire, où l’opinion publique, touchée par le scandale
des logiciels truqués sur les moteurs diesel

intéressante et précieuse chez Volkswagen, demande une réforme de


la gouvernance des grandes entreprises.

du risk management » UNE FORTE CULTURE


DE LA SÉCURITÉ
Chez les utilisateurs des normes de préven-
Quelle est la place de la norme Iso 31000 Le déficit se situe au niveau de la méthode, surtout tion et de gestion du risque, la méfiance reste
sur le management des risques dans les chaînes de valeur complexes. La robustesse palpable. «  Nous nous sommes fortement enga-
dans une matière très encadrée d’une organisation se détermine au niveau de son gés pour que l’Iso  31000 ne devienne pas une
par les législateurs et sur un terrain bien maillon le plus faible. Il y a donc un réel besoin. norme allemande. Le problème principal, c’est
occupé par les normes sectorielles ? cette définition internationale du risque, qui traite
Olivier Peyrat : En France, il y a toujours Au risque de se trouver surprotégés ? de manière égale des conséquences positives ou
l’appréhension d’une normalisation qui viendrait O. P. : Le risque est inscrit très durablement dans négatives d’un événement inattendu. Pour nous,
se téléscoper avec les dispositions législatives le paysage. L’actualité le montre régulièrement. le risque possède une connotation négative  »,
en place. La norme Iso 45001 Systèmes Le risque zéro n’existe pas. Il ne peut pas être prévient Corado Mattiuzzo, en charge de la
de management de la santé et de la sécurité atteint. La pièce dans laquelle vous vous trouvez sécurité des machines, des équipements de
au travail a donné lieu à de longs débats avec peut très bien s’effondrer à cause d’un séisme. protection individuelle (EPI) et de la sécurité
les partenaires sociaux, qui estimaient que Il s’agit de reconnaître cela et d’entreprendre tout générale des produits à la Kommission für
les aspects étaient déjà traités par la législation. ce qui est raisonnable pour l’éviter. Inutile de placer Normung und Arbeitsschutz (KAN), «  com-
J’y vois une approche complémentaire, des bouées au 26e étage, on ne verra jamais mission pour la sécurité et santé au travail et
intéressante et précieuse, prospère au sein un tsunami d’une telle ampleur ! Au rez-de- la normalisation  », l’organisme paritaire des
des entreprises et des organisations. chaussée, ça se discute. C’est la notion de cygne partenaires sociaux, de l’État fédéral alle-
noir, l’événement rare qui a une faible probabilité mand, de l’assurance accidents légale et du
La définition du risque diffère entre de se dérouler, elle a été décrite par Nassim Nicholas Din. « Les dispositions légales sont prioritaires. Il
les organismes nationaux de normalisation Taleb. La norme Iso 31000 permet d’évaluer ne s’agit en aucun cas de les mettre en opposition
membres de l’Iso. Les anglo-saxons pensent la fréquence et la gravité de tels événements avec une norme. Nous avons assez de normes sur
aux opportunités, d’autres réfléchissent et de faire progresser la résilience de l’organisation, les équipements de protection individuelle et de
à la prévention. Où est le compromis ? de l’entreprise, de la société entière. normes de management de la qualité. L’Iso 31000
O. P. : Nous devons nous atteler à un travail crée des interférences dont nous ne voulons pas »,
de terminologie. L’approche fondamentale sur L’actualité a mis en lumière des problèmes insiste Corado Mattiuzzo.
les risques n’est pas neutre. Dans certains pays, de gouvernance dans des grandes La KAN compte s’impliquer malgré tout dans
le risque s’accompagne de connotations négatives. entreprises. Des doutes planent les travaux de révision. « L’esprit de cette norme
Pourtant, il n’est pas mauvais en soi. Dans sur la qualité des méthodes de management est issu des milieux financiers. On a tenté d’intro-
d’autres pays, on estime qu’on peut aussi gagner. du risque. Quelle est votre analyse duire dans le même panier des notions inspirées
C’est le cas chez les anglo-saxons. Il y a cette de la crise des logiciels truqués par les défenseurs du développement durable et
analogie avec la voile, où les navigateurs peuvent sur les moteurs diesel de Volkswagen ? par les apôtres de la bonne gouvernance. Cela ne
hésiter entre la route la plus courte et celle où il y a O. P. : Dans la crise Volkswagen, les aspects donne pas une norme opérationnelle. Je crains que
le plus de vent. En économie, on parle de high à caractère métrologique me semblent dépassés. la norme ne demeure aussi imprécise après la révi-
risk, high reward. Si l’on gagne après avoir pris Si la fraude se confirme, il faudra se demander sion, juge Corado Mattiuzzo, pessimiste. Le
un risque important, on peut gagner beaucoup. pourquoi la gouvernance n’a pas tenu compte problème de la norme Iso 31000, c’est son approche
des alertes disponibles dans les échelons universelle. Cela ne peut pas fonctionner. Une
Les organisations, leurs managers et leurs intermédiaires de la hiérarchie. Quelles leçons norme doit apporter des éléments concrets d’or-
salariés sont-ils demandeurs d’outils pour le groupe va-t-il en retirer ? Dans les entreprises ganisation, pas seulement des lignes directrices.
la gestion des risques ? autres que Volkswagen, il serait intéressant Nous allons tenter de mieux définir la notion de
O. P. : En France, je n’ai pas identifié de griefs de se poser la question de la démonstration risques et d’en exclure la sécurité des produits. »
contre la notion du risk management. Il existe de la conformité, à partir du crash test subi Les premières propositions de la commission
une association de risk managers (Association par Volkswagen. Le risk management offre miroir allemande seront publiées au mois
pour le management des risques et des assurances les outils pour cela. d’avril.
de l’entreprise [Amrae] – NDLR). Des magazines
spécialisés sont consacrés à cette spécialité. Propos recueillis par O. M. Lire également page 45.

28 ENJEUX N° 362 – Mars 2016


QUALITÉ – OUTILS DE LA PERFORMANCE
À retenir… en bref
MARCHÉ UNIQUE

ESSAIS DE LABORATOIRE EN EUROPE :


AU-DELÀ DE VOLKSWAGEN, UN SYSTÈME DÉFICIENT ?
le principe d’utilisation efficace des ressources, garantir que la future norme harmonisée comprendra
menaçant la durabilité de la p­ lanète et s­emant le des procédures pour éviter au produit programmé de
doute parmi les consommateurs. » reconnaître les conditions d’essai et de réagir spécifi-
Dès lors, le Parlement demande à la Commission si elle quement à ces conditions ».
a l’intention de renforcer les règlements sur les émis-
sions et l’efficacité énergétique pour bannir l’utilisation SURVEILLANCE DES MARCHÉS
de ce qu’il est convenu d’appeler les « dispositifs d’in- ET « ESSAIS ROBUSTES »
validation » dans les voitures, les téléviseurs et autres La Commission a l’intention de traiter explicitement
produits de consommation, si elle a aussi l’intention cette question dans le nouveau règlement d’éco-
d’instaurer des essais qui garantissent la conformité conception pour les téléviseurs et les dispositifs d’af-
CE

des produits de consommation aux lois de l’UE pas fichage électroniques qui sera proposé pour adoption
Le Parlement européen, emmené par Nicola seulement en laboratoire, mais également en situation dans les tout prochains mois. La Commission a discuté
Caputo (S&D) notamment, a interrogé l’exé- réelle et enfin si elle compte désigner un organisme de cette question avec les autorités de surveillance
cutif bruxellois : « Le scandale Volkswagen européen existant ou en créer un nouveau pour super- des marchés (ASM) dans le cadre du groupe de coo-
a mis au jour l’incapacité de la Commission viser les essais d’émissions ou d’efficacité énergétique. pération administrative (ADCO). Elle a demandé aux
et de plusieurs autorités de régulation natio- ASM qui rencontrent des situations de ce genre d’exa-
nales de l’Union européenne à appliquer la RÈGLEMENT ÉCOCONCEPTION miner si le cas spécifique contrevient aux réglementa-
législation proscrivant les dispositifs d’in- ET MANDATS DE NORMALISATION tions et/ou normes et d’agir selon les procédures nor-
validation utilisés par le constructeur auto- Le commissaire Arias Canete a rappelé que « toute malisées de surveillance des marchés. En adéquation
mobile allemand pour tromper les essais manipulation de produits de façon à leur permettre avec la législation actuellement applicable, la respon-
d’émission de ses véhicules diesel. Cependant, de reconnaître les conditions d’essai et de modifier sabilité de la surveillance des marchés, y compris la
l’industrie automobile n’est pas la seule filière qui a leur comportement durant ces essais, pour obtenir en vérification de la conformité et les essais de produits,
récemment déclenché une polémique sur cette ques- toute vraisemblance des résultats d’essai favorables, incombe aux États membres.
tion. Les téléviseurs Samsung en Europe semblent enfreint les normes applicables et, en tant que telle, Selon la Commission, une action décisive a été prise
consommer moins d’énergie dans les conditions doit être jugée irrecevable. Cependant, aucune preuve dans l’automobile, faisant de l’Union la première et
d’essai officielles qu’en situation réelle, soulevant concrète d’utilisation de dispositifs d’invalidation rela- seule région du monde à prescrire des méthodes d’es-
des questions sur la possibilité qu’ils aient été réglés tifs aux étiquetages énergétiques et d’écoconception sai robustes : à partir de septembre 2017, les nouveaux
pour ruser avec les essais d’efficacité énergétique. Il n’a à ce jour été relevée. Les mandats de normalisa- modèles de voiture passeront de nouveaux essais
semble raisonnable de supposer que d’autres grands tion délivrés aux organismes européens de normalisa- d’émissions en conditions réelles de conduite avant de
fabricants de produits de consommation jouent le tion en faveur des mesures d’étiquetage énergétique recevoir l’autorisation de mise sur le marché en Europe.
même jeu, augmentant la quantité de DEEE, v­ iolant et d’écoconception demandent déjà clairement de J.-C. T.

CONSOMMATION PROPRIÉTÉ INTELLECTUELLE

ÉCHANGES MINISTÉRIELS LE DISPOSITIF LÉGISLATIF


FRANCO-ALLEMANDS A ÉVOLUÉ EN ESPAGNE
Économie collaborative, généralisation de la médiation de la consomma- La loi qui amende le Code pénal (loi organique n° 10/1995
tion et action de groupe au programme : Martine Pinville, secrétaire d’État du 23 novembre 1995 modifiée jusqu’à la loi n° 3/2011
en charge de la consommation, échange régulièrement à Paris ou à Berlin du 28 janvier 2011) est maintenant en vigueur depuis
(Allemagne) avec son homologue d’outre-Rhin, Gerd Billen, ministre fédéral quelques mois. Elle introduit des changements importants dans
de la Justice et de la Protection des consommateurs. À propos de l’économie le domaine de la propriété intellectuelle : extension de la définition
collaborative, les deux ministres ont fait le point sur la situation dans les deux pays et du délit d’atteinte au droit d’auteur pour y inclure tout acte d’exploi-
ont évoqué les pistes pour apporter un cadre pour les professionnels comme pour les tation autre que les actes de reproduction, le plagiat, la distribution
consommateurs. Pour la généralisation de la médiation de la consommation, permise par et la communication au public ; introduction de nouvelles sanctions
la transposition de la directive du 21 mai 2013 (directive RELC), des échanges portent sur pénales pour les sites Web pirates ; classification des atteintes au
le calendrier de la mise en place du dispositif de médiation et les dispositions adoptées droit d’auteur et aux marques pour appliquer les ­sanctions pénales
en vue de généraliser l’accès aux consommateurs à ce nouveau droit dans les deux États. en fonction de la
Par ailleurs, le ministre allemand, qui souhaite se doter d’une loi allant dans le même sens ­gravité des infractions ;
que la loi n° 2014-344 du 17 mars 2014 relative à la consommation (article 1), a souhaité renforcement des
connaître plus en détail la manière dont le gouvernement français a ouvert la possibilité, sanctions pénales
Niroworld – Fotolia

via des associations de consommateurs, de mener des actions de groupe et le premier bilan pour différents types
qu’il est possible d’en tirer en France plus d’un an après son entrée en vigueur. Les deux d’atteintes au droit
responsables indiquent « vouloir poursuivre les réflexions sur les différents sujets de pro- d’auteur et aux
tection des consommateurs et ainsi porter une voix commune sur la scène européenne ». marques.
J.-C. T. J.-C. T.

ENJEUX N° 362 – Mars 2016 29


NORMES & TENDANCE Santé // Normalisation européenne et internationale //

La publication de la nouvelle version de la norme NF EN Iso 7396-1, dédiée aux


systèmes de distribution de gaz médicaux comprimés et de vide, est attendue au cours
de ce premier trimestre. Cette norme dite « réseau » inclut désormais les concentrateurs
d’oxygène. Détails.

Distribution de gaz
médicaux : nouvelle
norme « réseau »
Cette norme fondamentale régit
la construction d’un système de canalisation
dans un établissement de santé.

Torwaiphoto – Fotolia

30 ENJEUX N° 362 – Mars 2016


NORMES & TENDANCE
Santé
// Normalisation européenne et internationale //

La norme permet notamment


de s’assurer que le système
de distribution de gaz ne transporte
que le gaz spécifique prévu.

Par Marie-Claire BARTHET

«
 La norme NF EN Iso 7396-1, utilisée

Leah-Anne Thompson – Fotolia


mondialement, définit les exigences et
recommandations à mettre en place
pour la construction d’un réseau de
canalisation de gaz médicaux dans un éta-
blissement de santé, de l’aspiration au bloc
opératoire en passant par l’alimentation en
oxygène des patients en réanimation », pré-
sente François Thomassin, chef de projet
Afnor. Elle a été développée par l’Iso/TC 121
Matériel d’anesthésie et de réanimation respi-
ratoire SC 6 Systèmes de gaz médicaux, qui
rassemble 29 pays actifs (Chine, Japon, États- s­ ystèmes de distribution de gaz médicaux ne Des considérations nationales particu-
Unis, Canada, Allemagne, France, Inde, Ara- transportent que le gaz spécifique prévu. Des lières sont à prendre en compte pour les
bie saoudite, Italie, Brésil, Royaume-Uni…) composants spécifiques à un gaz sont d’ail- équipements de distribution de gaz médi-
­
et reprise par le Cen/TC  215 Équipement leurs utilisés au niveau des prises murales et caux. En effet, la France ayant des normes
respiratoire et anesthésique WG 3 Systèmes autres branchements devant être utilisés par propres à une technologie (systèmes à double
d’alimentation de gaz médicaux. Cette norme les opérateurs. détente de pression) ou à des systèmes de
répond en grande partie à la directive Dis- Cette norme vise à garantir l’absence d’in- sécurité (prises murales de gaz à crantage),
positifs médicaux (93/42/CEE révisée), qui terchangeabilité des différents systèmes de elle doit s’assurer que ses solutions ne sont
précise les exigences qui doivent être mises distribution de par leur conception, instal- pas remises en cause lors des travaux.
en œuvre pour le réseau de canalisations de lation et essai ; la continuité de distribu-
gaz médicaux. La normalisation, dans ce sec- tion de gaz et de vide médical à une qua- PLACE AUX CONCENTRATEURS
teur, porte sur les équipements utilisés pour lité, des pressions et des débits spécifiés, à «  Il existe deux moyens d’obtenir des gaz médi-
administrer des gaz médicaux à un patient, la l’aide de sources adéquates ; l’utilisation caux pour alimenter un réseau : utiliser des bou-
transmission des gaz médicaux à un périphé- de matériaux appropriés ; la propreté des teilles de gaz fournies par un gazier (plus d’un
rique ou à un patient et la conduite des excé- composants ; une installation correcte ; la million de bouteilles circulent en France) ou fabri-
dents et gaz périmés en toute sécurité loin du fourniture de systèmes de surveillance et quer sur site certains gaz médicaux en utilisant
malade et du personnel. d’alarme ; le marquage adéquat du système par exemple des concentrateurs d’oxygène  ; une
La norme NF EN Iso 7396-1 spécifie des de distribution ; les essais et la réception ; technologie s’est développée dans ce domaine  »,
exigences relatives aux systèmes de distri- la qualité des gaz distribués par le système résume François Thomassin.
bution de gaz à usage médical, de gaz dis- de distribution ; une gestion opérationnelle La nouvelle version de la norme
positifs médicaux, de gaz moteurs des ins- adéquate ; les fonctions de sécurité des NF EN Iso 7396-1 est d’autant plus impor-
truments chirurgicaux et de vide médical. sources afin de garantir la qualité des gaz tante qu’elle inclut la norme Iso 10083 Sys-
Elle s’adresse aux personnes en charge de la conformément à la spécification. «  Le phar- tèmes d’approvisionnement par concentra-
conception, de la construction, du contrôle macien hospitalier, responsable de la qualité teurs d’oxygène pour utilisation dans des
et du fonctionnement des établissements des gaz, est au centre du dispositif  », ajoute réseaux de distribution de gaz médicaux. La
de soins. Elle permet de s’assurer que les ­François Thomassin. France s’était toujours opposée à la reprise de

ENJEUX N° 362 – Mars 2016 31


NORMES & TENDANCE Santé // Normalisation européenne et internationale //

PAROLES D’EXPERT
François SIMONDET
Ancien directeur des affaires réglementaires
chez Air Liquide Santé International, président
de la commission de normalisation Systèmes
de canalisations de gaz médicaux.
DR

« L’aspect sécurité est évident »


La norme NF EN Iso 7396-1 régit élaborée, donnant les exigences de conception

Sudok1 – Fotolia
la distribution de gaz dans les établissements d’un système de canalisation à double détente,
de soins, les sources de gaz et les systèmes et publiée en 1990. Arrivent l’harmonisation
de canalisations. Elle couvre notamment européenne et ses directives. En 1988 paraît
un des fluides les plus importants, l’oxygène, la norme EN 737-3, où les deux conceptions
dont les patients ont besoin en soins intensifs, (celle de l’Allemagne et du Royaume-Uni, celle
Les professionnels peuvent utiliser
en anesthésie… L’aspect sécurité est évident. de la France et des pays latins…) se rejoignent. des bouteilles de gaz
La norme comporte des exigences sur les sources La norme internationale est alors considérée ou fabriquer certains gaz sur site.
des gaz, leur nécessaire redondance (en cas comme très inférieure à la norme européenne.
de panne) et leur agencement. La distribution Lors de la révision de celle-ci, l’accord
s’effectue à travers des canalisations : celles-ci de Vienne s’applique, le Cen étant leader,
doivent être fiables (alarmes techniques et la norme paraît en 2007 sous la référence
et cliniques), ne pas polluer les gaz, matériaux EN Iso 7396-1. La version de 2016 correspond
et traitement de surface doivent être adaptés, à sa troisième révision en tant qu’Iso.
des essais réalisés pour être sûr que le matériel La norme Iso 10083 sur les concentrateurs cette norme, en contradiction partielle avec
est compatible avec l’oxygène – qui est un gaz sur site d’oxygène a été incorporée dans les recommandations de l’Agence nationale
oxydant et rend inflammable de nombreux celle-ci. Cela a permis d’harmoniser de sécurité du médicament et des produits
matériaux. les exigences sur les sources de production de santé (ANSM) établies en 2009. Elle avait
Au-delà de la conception et de la mise sur site : concentrateur, air compressé d’ailleurs élaboré sa propre norme sur le sujet,
en service des sources et des réseaux ou épuré. La norme Iso 10083 n’étant pas NF S 95-175 Systèmes d’approvisionnement
de canalisations, la norme s’est étendue à la vie entrée dans le catalogue d’Afnor, nous par concentrateurs d’oxygène pour utilisa-
du réseau après sa mise en service (gestion avions, à l’époque, travaillé sur une norme tion dans des systèmes de distribution de gaz
opérationnelle). Elle détaille l’installation française (NF S 95-175). En introduisant médicaux.
et les tests associés. Les essais de réception les concentrateurs dans la norme réseau, nous La décision prise lors de la réunion plé-
sont très critiques et doivent être faits avec nous sommes servis des exigences de cette nière du SC 6 à Kyoto (Japon), en 2012, de
méthode, dans un certain ordre, mais aussi norme, aujourd’hui appelée à disparaître. fusionner les projets de normes Iso 7396-1 et
avec une certaine souplesse : l’étendue Du côté des annexes, on trouve des conseils Iso 10083 en un seul document avait été sou-
du réseau mis en place peut concerner pour la mise en œuvre des compresseurs pour tenue par la France, avec de nombreux com-
une chambre, un bloc opératoire ou un hôpital l’air et l’oxygène. Ce domaine est couvert mentaires, dans le but d’inclure les exigences
neuf… Il existe en outre deux types de réseaux, de façon beaucoup plus pertinente. L’annexe de la norme nationale sur le sujet – celle-ci
à simple détente et à double détente, auxquels sur l’analyse de risques a été renforcée. étant vouée à être remplacée. La France a
correspondent deux types de conception. Par rapport à la version antérieure, la partie d’ailleurs voté négativement à différentes
La norme NF EN Iso 7396-1 est une norme sur le management de la qualité du réseau étapes du projet de norme, non pour remettre
très détaillée, qui compte près de 200 pages. a été étoffée. en question son contenu technique, mais pour
Elle est fondamentalement basée sur le système La mise en place de la normalisation sur mieux faire prendre en compte ses commen-
réglementaire européen. le terrain est longue. Ici, en outre, on se taires et aboutir à un document conforme à
Historiquement, les premiers travaux situe dans le cadre d’appels d’offres. Nous ses attentes.
normatifs ont commencé à l’Iso dans les années avons demandé une transition de cinq ans À noter : la Commission européenne a publié
1980. La première norme, publiée en 1990, pour passer de l’ancienne à la nouvelle version en 2012 deux propositions de règlement
a été élaborée sous secrétariat canadien, suite de la norme. Faire passer des modifications pour remplacer les directives européennes
à un incident grave d’interversion des gaz de conception normatives dans les cahiers en vigueur sur les dispositifs médicaux. Les
entre des réseaux de canalisation. Ne décrivant des charges des établissements de soins prend nouveaux textes pourraient être adoptés cette
que le système à simple détente, elle n’a pas un certain temps. année. Les normes du Cen/TC  215 étant en
été reprise en France, où il n’est pas en usage. partie concernées, un important travail de
Une norme française (NF S 90-155) a été Propos recueillis par M.-C. B. revue est en cours de réalisation.

32 ENJEUX N° 362 – Mars 2016


NORMES & TENDANCE
À suivre… en bref
BTP INFORMATION ET COMMUNICATION

AMIANTE ET VOIRIE : DATA CENTERS : L’INDICATEUR


DE LA RÉGLEMENTATION PUE SUR L’EFFICACITÉ ÉNERGÉTIQUE
À LA RECOMMANDATION DEVIENT UNE NORME ISO
NORMATIVE
La transformation effective de l’indica- l’Iso/IEC/JTC 1/SC 39 Développement durable
René Danesi, sénateur du Haut-Rhin (Les Républi- teur le plus utilisé pour mesurer l’effi- au service et au moyen des technologies de
cains), a interrogé la ministre de l’Écologie, du Déve- cacité énergétique d’un data center, le l’information, ont participé à l’élaboration de
loppement durable et de l’Énergie sur la circulaire Power Usage Effectiveness (PUE), en la norme Iso/IEC 30134-2. « Dans le cadre de
du 15 mai 2013 portant instruction sur la gestion norme internationale est imminente. ce comité, la profession a veillé à ce que la
des risques sanitaires liés à l’amiante dans le cas de L’Iso/IEC 30134-2 doit paraître à la fin du pre- norme intègre clairement l’impact éventuel de
travaux sur les enrobés amiantés du réseau routier mier trimestre. meilleurs ratios énergétiques sur la disponibi-
national non concédé, qui introduit une nouvelle Le PUE est reconnu depuis de nombreuses lité des applications critiques. L’amélioration
contrainte pour les collectivités territoriales gestion- années comme une métrique simple et per- de ces ratios peut en effet entraîner des dégra-
naires de voiries. « Cette circulaire a des conséquences tinente pour mesurer l’efficacité énergétique dations de la qualité de service (SLA) », a pré-
inattendues et insidieuses, explique-t-il. En premier lieu, l’ar- des data centers et réduire les consommations. cisé le Groupement des industries de l’équipe-
ticle annexe 13-9 du Code de la santé publique, qui définit Il consiste à évaluer sur la durée la quantité ment électrique, du contrôle-commande et des
exhaustivement les matières et matériaux dans lesquels il d’énergie totale consommée par un data cen- services associés (Gimélec), qui préside la CN.
y a lieu de rechercher la présence d’amiante, n’évoque en ter par rapport à la quantité d’énergie néces- M.-C. B.
aucun cas les enrobés utilisés pour la voirie. Globalement, saire au fonctionnement des équipements
les dispositifs de recherche de l’amiante concernent unique- informatiques (disques, serveurs, stockage…).
ment les bâtiments. La voirie n’est pas considérée comme Largement adopté par les opérateurs, cet indi-
telle. Or cette modeste circulaire étend de facto, c’est-à- cateur a été parfois mal utilisé, voire dévié de
dire en dehors de toute contrainte légale, l’article du Code son objectif, laissant apparaître des niveaux
de la santé publique à la voirie. » En deuxième lieu, cette d’efficacité énergétique erronés. Ce qui a

Boscorelli – Fotolia
circulaire prévoit une cartographie des voiries concernées conduit au lancement de travaux de normali-
par l’éventuelle présence d’amiante, cartographie qui n’a sation internationaux en 2012.
pas été établie par les directions interdépartementales des En France, les membres de la commis-
routes (DIR). Cela a pour conséquence d’obliger les maîtres sion de normalisation (CN) 39, miroir de
d’ouvrage à procéder à des carottages systématiques pour
rechercher la présence d’amiante avant tous travaux de voi-
rie. En troisième lieu, il est compréhensible que l’État n’ait
pas établi cette cartographie, car les voiries potentiellement
concernées par la présence d’amiante, selon la circulaire, GUERRE ÉCONOMIQUE
sont exagérément larges : couches d’enrobés réalisées entre
1970 et 1995 ; certaines couches de surface ; couches de LA LUTTE CONTRE LE CHANGEMENT
chaussées récentes issues d’enrobés recyclés.
« En quatrième lieu, insiste René Danesi, la circulaire sur- CLIMATIQUE, SOURCE DE BREVETS…
monte son défaut de légalité et ses contradictions internes ALLEMANDS
par la recommandation de carottage et d’analyse quasi
systématique. Enfin, par le biais de différentes commissions,
notamment le comité de pilotage national Travaux routiers Un rapport de l’Office européen des bre-
– risques professionnels de novembre 2013, les analyses vets (OEB) et du Programme des Nations
Office européen des brevets
des carottages de voirie sont étendues à la recherche de la unies pour l’environnement (PNUE) estime
présence d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP). que près de la moitié de toutes les innova-
Avec le Guide d’aide à la caractérisation des enrobés bitu- tions en matière de lutte contre le réchauf-
mineux, ce comité met en place des recommandations sur le fement climatique viennent d’Allemagne.
recyclage des enrobés contenant des HAP. Sans fondement À l’échelon mondial, le nombre d’inventions dans
légal, on recommande aux maîtres d’ouvrage de mettre en le domaine des technologies de lutte contre le
œuvre des dispositifs conduisant à un surcoût important. Les réchauffement climatique a été multiplié par cinq
bureaux d’études suivent toutes ces recommandations à la entre 1995 et 2011, atteignant près de 51 000 inventions. La lutte contre le réchauffement clima-
lettre et les présentent comme des obligations. » tique a donc pris de l’importance bien plus rapidement que dans d’autres domaines techniques. « Il
Dès lors, le parlementaire affirme qu’il appartient au gou- est évident que l’instauration de mesures de lutte contre le réchauffement climatique, telles que le
vernement d’arrêter ce glissement de la réglementation à contrôle des émissions de gaz à effet de serre ou la rétribution de l’injection d’électricité issue des
la recommandation normative. À défaut, celui-ci donnerait énergies renouvelables à prix coûtant, a joué un rôle clé dans cette évolution dans de nombreux
l’impression qu’une solution de repli a été trouvée à l’obliga- pays », notent les auteurs du rapport. En Allemagne, ce sont au total 38 575 brevets liés à des tech-
tion de limiter le nombre de nouvelles normes et de consulter nologies durables qui ont été déposés durant la période de référence. La France, en deuxième position,
le Conseil national d’évaluation des normes. Il a demandé au en compte 12 345. À l’échelon mondial, l’Europe est à l’origine de près de 20 % des brevets déposés
ministère de lui donner des éclaircissements sur l’étendue pour des innovations en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Pour les inventions à
réelle et effective des recommandations contenues dans la fort potentiel économique, qui motivent le dépôt d’un brevet dans plusieurs pays à la fois, la part des
circulaire du 15 mai 2013. inventions européennes est toutefois deux fois plus importante, a indiqué l’OEB.
J.-C. T. J.-C. T.

ENJEUX N° 362 – Mars 2016 33


NORMES & TENDANCE À suivre… en bref

CONSOMMATION

ÉTIQUETAGE ALIMENTAIRE : SUGGÉRER LA PRÉSENCE D’UN INGRÉDIENT


ABSENT DU PRODUIT EST CONTRAIRE AU DROIT EUROPÉEN
d’arôme obtenu à partir de ces dernières. La liste des LE CONSOMMATEUR
ingrédients, qui apparaît sur l’un des côtés de l’em- « NORMALEMENT INFORMÉ,
ballage, indique : « hibiscus, pomme, feuilles de mûre RAISONNABLEMENT ATTENTIF »
douce, zeste d’orange, églantier, arôme naturel avec La liste des ingrédients peut, même si elle est exacte
goût de vanille, zeste de citron, arôme naturel avec et exhaustive, être inapte à corriger de manière

Atelier 211 – Fotolia


goût de framboise, mûres, fraise, myrtille, sureau ». suffisante l’impression erronée ou équivoque qui
Une association allemande de protection des consom- résulte, pour le consommateur, de l’étiquetage de
mateurs a reproché à Teekanne d’avoir, par des élé- cette denrée. Ainsi lorsque l’étiquetage d’une den-
ments figurant sur l’emballage, induit le consommateur rée alimentaire suggère la présence d’un ingrédient
en erreur sur la composition de l’infusion. Le consom- qui en réalité est absent (absence ressortant unique-
mateur s’attendrait à ce que l’infusion contienne des ment de la liste des ingrédients), un tel étiquetage
L’arrêt de la Cour de justice de l’Union euro- constituants de vanille et de framboise ou, du moins, est de nature à induire l’acheteur en erreur sur les
péenne C-195/14 Bundesverband der Verbrau- des arômes naturels de vanille et de framboise. L’asso- caractéristiques de la denrée en question. La juri-
cherzentralen und Verbraucherverbände – Ver- ciation a demandé à Teekanne de cesser la promotion diction nationale doit vérifier, en examinant les
braucherzentrale Bundesverband e.V/ Teekanne de l’infusion. Saisi en dernière instance, le Bundesge- éléments composant l’étiquetage de l’infusion, si,
GmbH & CO établit que l’étiquetage d’une den- richtshof (Cour fédérale de justice) a demandé à la selon la CJUE, « un consommateur moyen, normale-
rée alimentaire ne doit pas induire le consom- CJUE si l’étiquetage d’une denrée alimentaire pouvait ment informé et raisonnablement attentif et éclairé
mateur en erreur en suggérant la présence d’un induire le consommateur en erreur lorsqu’il suggérait la peut être induit en erreur » quant à la présence de
ingrédient qui est en réalité absent du produit. présence d’un ingrédient en réalité absent du produit, composants de framboise et de fleur de vanille ou
« La liste des ingrédients peut, même si elle est exacte le seul moyen pour le consommateur de constater cette d’arômes obtenus à partir de ces ingrédients. Dans
et exhaustive, être inapte à corriger de manière suffi- absence étant de lire la liste des ingrédients. le cadre de cet examen, la juridiction nationale doit
sante l’impression erronée ou équivoque qui résulte Par arrêt, la Cour a rappelé que le droit de l’Union(1) notamment prendre en compte les termes et les
d’un tel étiquetage. » exige que l’acheteur dispose d’une information « cor- images utilisés ainsi que l’emplacement, la taille, la
L’entreprise allemande Teekanne commercialise une recte, neutre et objective qui ne l’induise pas en erreur couleur, la police de caractère, la langue, la syntaxe
infusion aux fruits, « Felix aventure framboise-va- et que l’étiquetage d’une denrée alimentaire ne doit et la ponctuation des divers éléments figurant sur
nille ». L’emballage comporte des images de fram- pas présenter un caractère trompeur ». S’il est vrai l’emballage de l’infusion aux fruits.
boises et de fleurs de vanille et les mentions « infusion que le consommateur est supposé lire la liste des J.-C. T.
aux fruits avec des arômes naturels », « infusion aux ingrédients avant d’acheter un produit, la Cour n’ex-
fruits avec des arômes naturels – goût framboise-va- clut pas que l’étiquetage du produit puisse être de (1) Directive 2000/13/CE concernant l’étiquetage et la présen-
nille » et « ne contient que des ingrédients naturels ». nature à induire l’acheteur en erreur lorsque certains tation des denrées alimentaires ainsi que la publicité faite à leur
En réalité, l’infusion aux fruits ne contient pas d’ingré- éléments de l’étiquetage sont mensongers, erronés, égard modifiée par le règlement (CE) n° 596/2009.
dients naturels issus de la vanille ou de la framboise ni ambigus, contradictoires ou incompréhensibles.

INGÉNIERIE INDUSTRIELLE

UN COMITÉ ISO POUR LES MACHINES DE PRODUCTION D’ALIMENTS


POUR ANIMAUX
L’augmentation de la demande de denrées s­pécifications. L’absence de cohérence en matière d’abord d’élaborer des normes internationales rela-
alimentaires d’origine animale pour faire d’exigences entrave les échanges internationaux. tives à la terminologie et aux symboles graphiques,
face aux besoins d’une population mondiale Les usines de production d’aliments pour animaux à la sécurité, à l’hygiène et aux méthodes d’essai
croissante s’accompagne de l’expansion de la ont connu, dans le monde, plusieurs accidents dus à concernant les exigences techniques, ainsi qu’aux
fabrication de machines dédiées à la produc- l’absence de mesures de sécurité adéquates concer- performances des équipements individuels et des
tion d’aliments pour animaux et du secteur nant les machines. Les explosions de poussières dans chaînes de production d’aliments pour animaux
de l’alimentation animale. Afin de faciliter l’har- ces usines s’avèrent notamment préoccupantes. Par susceptibles d’avoir un impact sur la qualité de ces
monisation des pratiques du marché, l’Iso/TC 293 a ailleurs, de nombreux facteurs sont susceptibles d’al- aliments, l’efficacité de la production et la consom-
vu le jour pour mettre sur pied des normes sur les térer l’hygiène de ces aliments, l’environnement et le mation énergétique. Le comité compte aussi apporter
machines servant à la production d’aliments compo- bien-être des exploitants. la base technique pour l’évaluation de la conformité
sés dans les usines de transformation des aliments et une référence technologiquement neutre pour les
pour animaux. DE LA TERMINOLOGIE commandes, les inspections de projets et l’homolo-
Les usines d’aliments pour animaux se procurent À L’ÉVALUATION gation de chaînes de production complexes.
des machines afin d’entretenir, modifier, agrandir DE LA CONFORMITÉ Il existe plus de 30 000 fabriques d’aliments pour
ou réorganiser leurs lignes de production. En l’ab- Trois groupes de travail ont été créés au sein de l’Iso/ animaux à travers le monde. Chaque année, plus de
sence de norme internationale harmonisée, les fabri- TC 293 pour traiter spécifiquement des questions 100 pays importent et/ou exportent ces machines.
cants conçoivent ces machines selon leurs propres de terminologie, de sécurité et d’hygiène. Il s’agit J.-C. T.

34 ENJEUX N° 362 – Mars 2016


NORMES & TENDANCE
À suivre… en bref
CONSOMMATION

MÉDIATION EXTRAJUDICIAIRE LE PINCEMENT DE DOIGTS


DES LITIGES : LA DIRECTIVE EUROPÉENNE AU CŒUR
TRANSPOSÉE PAR ORDONNANCE DES NORMES MOBILIER
Le ministre de l’Économie et la secré- offrant au consommateur un large éventail Le comité technique
taire d’État chargée de la consomma- de médiations (publique, sectorielle, d’en- européen Cen/TC 207
tion ont présenté l’automne dernier treprise ou proposée par tout autre média- travaille sur

Alessandro2802 – Fotolia
un projet de loi ratifiant l’ordonnance teur de la consommation). le pincement
n° 2015-1033 Règlement extrajudi- – Détermination de critères de qualité et de doigts dans
ciaire des litiges de consommation. d’indépendance pour les médiateurs de la les meubles. Un conseil
Cette ordonnance, prise en application de consommation et les procédures mises en consultatif dédié fournit
l’article 15 de la loi n° 2014-1662 du 30 œuvre. Les médiateurs de la consomma- des recommandations
décembre 2014 portant diverses disposi- tion doivent accomplir leur mission avec (guidance) aux groupes
tions d’adaptation de la législation au droit diligence et compétence, en toute indé- de travail du TC sur les exigences de sécurité pour le pincement de
de l’Union européenne en matière écono- pendance et impartialité dans le cadre de doigts pour les différents types de produits et d’utilisations finales.
mique et financière, a transposé en droit procédures aisément accessibles, gratuites, Un document est notamment destiné à rationaliser la gamme d’exi-
national la directive 2013/11/UE relative transparentes, efficaces et équitables. gences actuellement utilisées dans différentes normes de meubles.
au règlement extrajudiciaire des litiges de – Contrôle et évaluation des médiateurs de Les exigences pourraient nécessiter une adaptation aux différents
­consommation. la consommation : cela passe par la création, groupes et utilisations finales. SBS, association européenne de repré-
Il s’agit de faciliter pour les consomma- auprès du ministre chargé de l’économie, sentation des PME dans la normalisation européenne, rappelle que
teurs le recours à des modes de résolution d’une commission ayant pour mission d’établir « ce document considère les pincements entre les parties mobiles
amiable des litiges les opposant à des pro- la liste des médiateurs de la consommation, mais aussi les trous ou ouvertures statiques et définit les dimensions
fessionnels et résultant de l’exécution ou de de les notifier à la Commission européenne et de 7-18 mm comme pertinentes pour le pincement de doigts. Le
l’inexécution, totale ou partielle, de contrats d’évaluer leur activité dans le temps. guide pourrait devenir une exigence horizontale pour le pincement
de vente de marchandises ou de fourni- – Information : les professionnels informent de doigts d’autres types de meubles, et dès lors essentiel pour tous
ture de prestations de services. En d’autres les consommateurs, « de façon claire et les producteurs de meubles ».
termes, de permettre aux consommateurs accessible, sur les coordonnées du média- Le groupe consultatif du Cen/TC 207 a proposé de rendre ce docu-
de faire valoir leurs droits sans pour autant teur dont ils relèvent ». ment obligatoire, une enquête sur la version mise à jour du guide
recourir à des procédures judiciaires indivi- Un an après la mise en place d’une action ayant eu lieu jusqu’à l’automne dernier. SBS a attiré l’attention sur
duelles parfois longues et coûteuses. de groupe permettant la réparation des pré- le titre et le champ d’application, qui devraient être adaptés pour
Le dispositif répond aux objectifs principaux judices économiques subis par des consom- clarifier l’intention de créer un document d’orientation et non une
de la directive : mateurs résultant de pratiques abusives de spécification technique pour les normes de meubles. SBS a proposé
– Couverture par des mécanismes de média- marché, la généralisation de la médiation de d’adapter la gamme de 7-18 mm pour le pincement de doigts. La
tion de tous les secteurs professionnels. la consommation dans un cadre juridique gamme 8-25 mm conviendrait mieux aux données personnelles du
– Couverture effective qui passe par la adapté contribue à renforcer l’effectivité du groupe cible, y compris les risques de pincements de pouce. SBS pré-
généralisation et la rationalisation des droit et la confiance des consommateurs conise l’établissement d’un groupe de travail horizontal traitant de
mécanismes de médiation. Cela garantit dans l’économie. tous les commentaires de l’enquête.
la lisibilité des dispositifs existants tout en J.-C. T. J.-C. T.

SANTÉ

STÉRILISATION DES DISPOSITIFS MÉDICAUX PAR IRRADIATION


La norme NF EN Iso 11137-1 spécifie les exigences relatives à la mise au point, à la validation et au contrôle de routine d’un procédé de stérilisation
par irradiation pour les dispositifs médicaux. Elle remplace la norme homologuée NF EN Iso 11137-1:2006 et son amendement A1:2013. Elle a été élaborée par
le comité technique Iso/TC 198 Stérilisation des produits de santé et reprise par le Cen/TC 204 Stérilisation des dispositifs médicaux. Elle couvre les procédés d’irradiation
utilisant des irradiateurs, qui utilisent les radionucléides 60Co ou 137Cs, un faisceau à partir d’un générateur d’électrons ou un faisceau à partir d’un générateur de rayons X.
Un dispositif médical est considéré comme stérile lorsqu’il est exempt de micro-organismes viables. La conformité avec les exigences de la norme NF EN Iso 11137-1
garantit à la fois la fiabilité et la reproductibilité de cette activité. Les procédés de stérilisation sont validés pour l’utilisation, la performance des procédés de stérilisation
est contrôlée en routine et l’équipement est entretenu.
L’exposition à un procédé de stérilisation contrôlé avec exactitude et validé de manière appropriée n’est pas le seul facteur associé à la garantie que les produits sont
stériles. D’autres considérations doivent être prises en compte, comme le statut microbiologique des matières premières et/ou des composants entrants, la validation et
le contrôle de routine de tout mode opératoire de nettoyage ou de désinfection, le contrôle de l’environnement dans lequel le produit est fabriqué, assemblé et emballé,
le contrôle du personnel et de son hygiène, etc.
La norme décrit les exigences permettant de garantir que les activités associées au procédé de stérilisation par irradiation sont effectuées de manière appropriée. Ces
activités sont décrites dans des programmes de travail documentés, conçus pour démontrer que le procédé d’irradiation produira de manière constante des produits
stériles, traités avec des doses se trouvant dans les limites prédéterminées.
M.-C. B.

ENJEUX N° 362 – Mars 2016 35


NORMES & TENDANCE À suivre… en bref

DÉVELOPPEMENT DURABLE SANTÉ ET SÉCURITÉ AU TRAVAIL

INVESTISSEMENT CHAUSSURES DE PROTECTION


RESPONSABLE : LE POTENTIEL POUR MOTOCYCLISTES :
ALLEMAND UNE NORME SUR MESURE
Le centre de recherche de Novethic, associé au Forum pour l’inves- La norme NF EN 13634 spécifie les exigences relatives à la protec-
tissement responsable (Forum Nachhaltige Geldanlagen – FNG) a tion, aux caractéristiques ergonomiques, à l’innocuité, aux proprié-
présenté la liste des fonds d’investissement socialement respon- tés mécaniques, au marquage et aux informations pour les utili-
sable (ISR) labellisés sur le marché germanique pour la première fois sateurs de chaussures de protection pour motocyclistes. Elle décrit
(cf. Enjeux n° 356). Trente-quatre fonds ont obtenu le label FNG 2016. Cette également les méthodes d’essai appropriées. Elle a été élaborée par le comité
première édition témoigne de l’intérêt des sociétés de gestion allemandes pour technique Cen/TC 161 Protecteurs du pied et de la jambe.
un label ISR exigeant et de l’orientation de ce marché vers les meilleurs stan- Les chaussures des motocyclistes sont conçues pour protéger les pieds, et éventuel-
dards européens. lement les chevilles, contre les chocs mécaniques en cas d’accident, sans entraver
Dans l’ensemble, le millésime 2016 présente un niveau d’exigence élevé sur la capacité du conducteur à piloter et à utiliser les commandes. Les dangers propres
la sélection ISR. Celle-ci consiste à écarter de l’univers d’investissement des aux accidents impliquant des motocyclistes sont l’abrasion par contact avec la sur-
entreprises en fonction de leur notation sur des critères liés à l’environnement, face de la route et les chocs contre le motocycle, contre un véhicule faisant obstacle,
au social et à la gouvernance (ESG). Les fonds labellisés doivent en revanche contre des équipements routiers ou encore contre la surface de la route. Les bles-
améliorer la qualité de leur reporting public et leurs stratégies d’engagement sures causées par la surface de la route sont plus graves lorsque le pied est coincé
actionnarial. Parmi les sociétés de gestion labellisées, on compte des acteurs sous le motocycle lors de chocs consécutifs à un dérapage.
généralistes et d’autres plus spécialisés sur l’ISR. Pour bon nombre d’essais, cette norme comprend deux niveaux de perfor-
Le label FNG se situe à la pointe des techniques d’investissement respon- mance selon la protection assurée. La performance de niveau 1 est considérée
sable, puisqu’il décline la qualité ISR des fonds grâce à un système à une, comme le niveau minimal requis pour que la chaussure assure une protec-
deux ou trois étoiles. Il permet ainsi de valoriser les fonds ayant les pra- tion efficace en cas d’accident et procure un niveau de confort optimal pour
tiques les plus exigeantes. La moitié des fonds ont obtenu entre deux et tous les types de conduite. Lorsque les conducteurs sentent que leur style de
trois étoiles, ce qui dénote la qualité de l’offre et le potentiel de ce marché conduite ou leur sport les expose à un risque accru d’accident, un niveau 2 a
encore émergent qui constitue une toute petite part des produits proposés été prévu pour assurer des performances plus élevées – aux dépens néanmoins
aux particuliers en Allemagne. du poids et du confort.
M.-C. B. M.-C. B.

GUERRE ÉCONOMIQUE

« RALENTISSEMENT » CHINOIS : UNE HAUSSE DE LA CONCURRENCE


DÉLOYALE VIS-À-VIS DE L’EUROPE ?
S’appuyant notamment sur une tive aux DPI en Chine est insuffisant. Bruxelles. « La Commission ouvre une importations soumises à des mesures
enquête du Wall Street Journal à Ils ont donc interrogé la Commission enquête lorsqu’elle dispose, à première antidumping ou antisubvention repré-
propos de la Chine et sa surca- européenne. Combien d’instruments de vue, de suffisamment de preuves qu’il y sentaient moins de 1 % (0,68 %)
pacité dans diverses industries, défense commerciale a-t-elle adopté a eu dumping ou subventionnement et de la valeur totale des importations
des parlementaires européens pour traiter les pratiques commer- que l’industrie de l’Union européenne chinoises.
affirment que « des fabricants ciales déloyales de la Chine ? Quelles souffre d’un préjudice important en rai- Depuis début 2014, la Commission a
chinois touchés par le ralentisse- enquêtes ont été lancées suite aux son d’importations subventionnées ou ouvert neuf enquêtes de contournement
ment économique de leur pays plaintes des concurrents européens ? faisant l’objet d’un dumping. » Cette en relation avec des mesures antidum-
inondent les marchés d’expor- La Commission a-t-elle ouvert des mission est encadrée par des règle- ping et antisubvention en cours à l’en-
tation de produits finis : pneus, enquêtes en ce qui concerne les soup- ments relatifs à la défense contre les contre d’importations de Chine.
acier, panneaux solaires… ». Selon çons portant sur l’expédition illégale de importations qui font l’objet d’un dum- J.-C. T.
Strasbourg, « la concurrence déloyale marchandises chinoises faisant l’objet ping ou de subventions de la part de
de la Chine peut causer des dom- d’un dumping, à destination de l’Eu- pays non membres de la Communauté
mages considérables aux industries rope, via des pays tiers afin de contour- ­européenne.
européennes, qu’il s’agisse de perte de ner les restrictions commerciales com- L’Union européenne appliquait, l’au-
croissance ou d’emplois ». Ils lient à ce munautaires ? tomne dernier, 51 mesures antidum-
problème récent la violation des droits ping et 5 mesures antisubvention à
de propriété intellectuelle (DPI) : 64 % LA COMMISSION l’encontre d’importations chinoises.
de toutes les marchandises contrefaites EUROPÉENNE N’EST PAS En 2014, les droits antisubvention et
saisies aux frontières de l’Union en DÉPOURVUE D’OUTILS les droits antidumping ont représenté
Jenner – Fotolia

2012 venaient de Chine, affirment les Cecilia Malström, commissaire euro- en moyenne environ 16 % de la valeur
députés. En outre, 56 % des entreprises péen, a rappelé que des droits antidum- totale des importations de marchan-
européennes estiment que le niveau ping et/ou antisubventions peuvent être dises subventionnées ou faisant l’objet
d’application de la législation rela- imposés après enquête des services de d’un dumping. La même année, les

36 ENJEUX N° 362 – Mars 2016


NORMES & TENDANCE
À suivre… en bref
BTP CONSOMMATION

RISQUES SISMIQUES : S’APPUYER MARCHÉS EUROPÉENS :


SUR L’EUROCODE 8 EN ALLÉGEANT LE POTENTIEL DU COMMERCE
D’AUTRES PRESCRIPTIONS ÉLECTRONIQUE EST INEXPLOITÉ
Une proposition de résolution La version 2015 du tableau de bord des marchés de consom-
présentée par une soixantaine mation porte principalement sur les conditions de consom-
de sénateurs emmenés par Jean-Marie mation dans le marché unique numérique. Elle révèle que le
Bockel (UDI, Haut-Rhin) souhaite commerce électronique transfrontalier demeure un marché sous-dé-
« limiter le poids de la réglementation veloppé en Europe : 61 % des consommateurs se sentent plus en

luzulee – Fotolia
applicable aux collectivités confiance lorsqu’ils effectuent un achat en ligne dans leur propre pays
territoriales et simplifier certaines que dans un autre pays de l’Union. Manque de confiance et restrictions
normes réglementaires relatives territoriales ou discriminations par le prix constituent toujours des obs-
à l’urbanisme et à la construction ». tacles au commerce électronique transfrontalier. La Commission devait
Parmi les demandes des parlementaires : « alléger ou supprimer les normes parasismiques d’ailleurs présenter une proposition pour faciliter le commerce élec-
pour les bâtiments de catégorie d’importance III dans les zones de sismicité 2 ». Ils s’ap- tronique transfrontalier dans le cadre du marché unique numérique.
puient pour cela sur l’arrêté du 20 octobre 2010, qui a révisé les normes susceptibles Il s’agit de faire adopter des règles harmonisées en Europe pour les
d’être imposées aux bâtiments, équipements et installations situés dans les zones expo- contrats et la protection des consommateurs lors d’achats en ligne.
sées au risque sismique, afin de les rendre davantage conformes au standard européen
Eurocode 8. QUATRE ENSEIGNEMENTS DU TABLEAU DE BORD
Les sénateurs rappellent que le territoire est ainsi divisé en cinq zones de sismicité : très Les consommateurs qui achètent à l’étranger sont encore confron-
faible (1), faible (2), modérée (3), moyenne (4) et forte (5). Les bâtiments sont répartis tés à de nombreux problèmes. Ils sont notamment préoccupés
en deux classes (normale ou spéciale), selon que les conséquences d’un séisme sur ces par les questions de livraison et de conformité des produits. Ils se
bâtiments pourraient ou non demeurer circonscrites à leurs occupants et à leur voisinage heurtent aux restrictions et aux discriminations par le prix mises en
immédiat. La classe normale est elle-même subdivisée en quatre catégories d’importance : place par leur pays de résidence pour les transactions transfronta-
minime (I), moyenne (II), élevée (III) et primordiale (IV). lières. Ces difficultés constituent d’ailleurs la majorité des plaintes
Sont ainsi soumis aux normes Eurocode 8 les bâtiments neufs de catégorie d’impor- relatives au commerce électronique transfrontalier que reçoivent
tance III et IV dans les zones de sismicité 2 et de catégories d’importance II à IV dans les centres européens des consommateurs.
les zones de sismicité 3, 4 et 5. Ces normes s’appliquent à l’occasion de certains travaux Une sensibilisation accrue aux droits des consommateurs est néces-
aux bâtiments existants de catégorie d’importance IV dans les zones de sismicité 2 et de saire. Les consommateurs et les commerçants connaissent encore
catégories d’importance II à IV dans les zones de sismicité 3, 4 et 5. trop peu les droits essentiels des consommateurs garantis par la
Lorsqu’un bâtiment, neuf ou existant, entre dans le champ de la réglementation parasis- législation de l’UE. Seuls 9 % des consommateurs ont pu répondre
mique, les éléments non structuraux qu’il comporte (certaines façades, toitures, cheminées correctement lorsqu’ils ont été interrogés sur leurs droits, les jeunes
ou cloisons) doivent également respecter certaines exigences. gens étant le groupe le plus mal informé.
La réglementation parasismique, qui concerne 21 000 communes, contre 5 000 auparavant, Les développements supplémentaires du règlement extrajudiciaire des
et qui renchérit les coûts de construction de 1 à 5 %, est jugée excessive par certains acteurs. litiges laissent présager une plus grande efficacité des voies de recours
Face à ces difficultés, plusieurs recommandations ont été préconisées. pour les consommateurs. Un quart des consommateurs lésés ne for-
mule pas de plainte. La majorité des consommateurs ayant renoncé à
UN DÉCOUPAGE ZONAL PLUS RÉALISTE entreprendre des démarches à la suite d’un problème ont été décou-
Le groupe de travail piloté par le ministère du Logement sur la simplification des normes de ragés par les difficultés rencontrées (faibles probabilités de réussite,
construction et de rénovation de 2014 a évoqué la suppression des normes parasismiques manque d’information, longueur des procédures, entre autres). C’est
pour les bâtiments de catégorie III dans les zones de sismicité 2 et pour les bâtiments de parmi les consommateurs qui ont fait appel aux organismes de règle-
catégorie II dans les zones de sismicité 3. Le ministère a lancé une étude sur le coût de la ment extrajudiciaire des litiges que la satisfaction relative au traitement
réglementation parasismique et allégé les normes relatives aux éléments non structuraux. de la plainte est la plus grande, bien que ces organismes soient encore
Il n’est plus exigé, par exemple, que les éléments non structuraux des bâtiments de catégo- relativement méconnus et peu sollicités.
rie d’importance III dans les zones de sismicité 2 soient mis aux normes en cas de travaux. La confiance dans la sécurité des produits est relativement stable
Le Conseil national d’évaluation des normes (CNEN) s’est autosaisi de l’arrêté du ces dernières années, les détaillants ayant toujours une apprécia-
22 octobre 2010 et a confié un rapport à ce sujet à Jean-Claude Boulard, maire (PS) du tion plus positive que les consommateurs (69 % des consomma-
Mans (Sarthe), qui a suggéré d’abroger les normes parasismiques dans les zones de sismi- teurs et 75 % des commerçants pensent que la plupart des pro-
cité 1 et 2 et d’étudier leur base légale s’agissant des zones de sismicité 3 et 4. Ainsi, selon duits non alimentaires sur le marché sont sans danger).
la résolution des sénateurs, « il semblerait utile d’étudier la suppression des normes appli- J.-C. T.
cables aux bâtiments de catégorie d’importance III situés dans les zones de sismicité 2 ».
Dans les communes du massif armoricain, du sillon rhodanien ou des départements du
centre de la France (Cher), les normes parasismiques seraient donc supprimées pour les
établissements recevant du public de catégories 1, 2, 3, les habitations collectives de plus
de 28 mètres, les bureaux ou les établissements commerciaux de plus de 28 mètres ou
dont la capacité d’accueil est supérieure à 300 personnes, les établissements scolaires et
Psphotography – Fotolia

les établissements sanitaires et sociaux et les centres de production d’énergie.


Seuls les bâtiments de catégorie d’importance IV demeureraient soumis à la réglemen-
tation parasismique, dans la mesure où ils sont indispensables pour assurer la sécurité
publique, la gestion des crises et la continuité des réseaux.
J.-C. T.

ENJEUX N° 362 – Mars 2016 37


NORMES & TENDANCE À suivre… en bref

ÉNERGIE SANTÉ ET SÉCURITÉ AU TRAVAIL

DES PLATEFORMES ÉVALUER L’IMPACT


NUMÉRIQUES POUR ÉCONOMIQUE DE LA PRÉVENTION
L’EFFICACITÉ ÉNERGÉTIQUE SUR LES OUVRAGES GAZIERS
SELON ÉCONOMIE D’ÉNERGIE
GRTgaz, l’Organisme
Leader français des technologies numériques au service de la professionnel de
rénovation et de l’optimisation énergétique, l’entreprise Écono- prévention du bâtiment
mie d’Énergie s’adresse, à travers ses solutions technologiques, et des travaux publics
à un large public : consommateurs, entreprises, collabora- (OPPBTP) et le master
teurs… Sa démarche a convaincu de grands noms de l’économie des risques industriels
(Auchan, Mr Bricolage, Total, Esso, Schneider, Rexel, Castorama, de l’école des Mines
etc.). En quatre ans d’existence, son travail basé sur les big data a permis ParisTech évaluent
de créer 40 plateformes numériques, qui ont reçu plus de 5 millions de l’impact économique des
visites et généré plus de 350 000 travaux de rénovation énergétique. actions de prévention

DR
L’entreprise Économie d’Énergie va ainsi créer, pour la SNCF, une plate- sur les chantiers liés au réseau gaz. Les résultats de cette étude doivent per-
forme de pilotage unique en son genre, destinée à accompagner les mettre de consolider les bonnes pratiques, d’identifier de nouvelles pistes d’amélio-
conducteurs de travaux dans la rénovation énergétique des infrastruc- ration, d’anticiper les défis sécuritaires, d’alimenter les formations et de créer une
tures ainsi qu’à inciter l’ensemble des collaborateurs à faire des éco- culture de sécurité commune aux intervenants et sous-traitants.
nomies d’énergie. Le programme baptisé « B2020 Génération » vise à GRTgaz assure la réalisation des projets d’infrastructures pour le réseau de trans-
impliquer les collaborateurs dans les stratégies de responsabilité socié- port gaz. Maître d’ouvrage et maître d’œuvre, GRTgaz sous-traite la réalisation
tale de leur entreprise. Ce dispositif collaboratif a vocation à réunir un des travaux à des entreprises du BTP. Partant, la bonne gestion des projets est fon-
million de collaborateurs. dée sur la prise en compte permanente des objectifs de prévention des accidents
En France, 15 millions de foyers, soit plus de la moitié du parc immobilier, et de la protection de la santé des personnes sur les chantiers. GRTgaz a donc
requièrent des travaux de rénovation énergétique. Or 300 000 logements souhaité analyser les améliorations en prévention et leur évolution pour mesurer
sont rénovés chaque année. Les solutions numériques nouvelle généra- leur impact économique sur le compte de résultat des chantiers et entreprises
tion proposées par Économie d’Énergie visent à contribuer à multiplier sous-traitantes.
ce nombre par deux, voire trois. Pour mémoire, une maison construite L’étude porte plus spécifiquement sur l’impact des actions de prévention menées
aujourd’hui selon les dernières normes thermiques (RT2012) ne consom- sur deux chantiers régionaux similaires, réalisés en 2010 et en 2015, et autour des
mera que 50 kWh/m2/an…. tandis qu’un logement classé en catégorie G formations dispensées entre 2002 et 2014 qui visaient à améliorer les connaissances
consommera 9 fois plus. On commence d’ailleurs à évoquer la notion de des contributeurs aux projets (maître d’ouvrage, maître d’œuvre, contractants,
« valeur verte » pour les logements. sous-traitants, personnels intérimaires) pour faire évoluer les comportements.
« Aux côtés des grandes entreprises et organisations du secteur de OPPBTP et GRTgaz ambitionnent de faire un bilan économique et d’analyser en quoi
l’énergie, la démarche d’Économie d’Énergie est de nature à répondre les actions et les formations mises en œuvre ont diminué l’accidentologie et amé-
à l’enjeu majeur de la transition énergétique », souligne Myriam Maes- lioré la performance globale des chantiers. Un état des lieux doit permettre d’établir
troni, présidente de la société. Elle a décidé d’exporter son savoir-faire à une cartographie des mesures mises en place, de leurs objectifs et résultats pour
l’international, en lançant ON5 Company. les procédures, achats et choix industriels des différentes entreprises intervenantes.
M.-C. B. J.-C. T.

ENVIRONNEMENT

SURVEILLANCE DE LA QUALITÉ DE L’AIR INTÉRIEUR


DANS CERTAINS ERP
Il concerne les propriétaires exploitants d’ERP publics campagnes de mesures de polluants communiquent
ou privés, les organismes procédant aux mesures de les résultats des mesures réalisées à un organisme
qualité de l’air intérieur et à l’évaluation des moyens national désigné par arrêté. Le décret accorde, lors-
d’aération de ces bâtiments. qu’au moins pour un polluant mesuré le résultat des
La surveillance de la qualité de l’air intérieur comporte analyses effectuées dépasse certains seuils, un délai
une évaluation des moyens d’aération des bâtiments de deux mois au propriétaire ou à l’exploitant de
Kot63 – Fotolia

et une campagne de mesure des polluants. Le décret l’établissement pour engager l’expertise nécessaire
dispense de la campagne de mesure des polluants les à l’identification de la cause de pollution. Il reporte
établissements qui ont mis en place des dispositions au 1er janvier 2018 l’échéance avant laquelle les éta-
particulières de prévention de la qualité de l’air inté- blissements d’accueil collectif d’enfants de moins de
rieur dans des conditions fixées par arrêté. Il supprime 6 ans et les écoles maternelles devront avoir mis en
Un décret modifie les modalités de surveil- l’obligation d’accréditation des organismes réalisant œuvre pour la première fois le dispositif de surveil-
lance de la qualité de l’air intérieur dans cer- l’évaluation des moyens d’aération des bâtiments et lance de l’air intérieur.
tains établissements recevant du public (ERP). prévoit que les organismes accrédités qui réalisent les J.-C. T.

38 ENJEUX N° 362 – Mars 2016


dossier
NORMES & TENDANCE

Solutions
normatives multiples
pour risques protéiformes

40 Le baromètre Allianz des risques 2016

45 La révision de la norme Iso 31000 est engagée

49 Un guide du Nist contre les cyberrisques pour l’énergie

51 Complexité de la chaîne alimentaire : des risques de sécurité sanitaire accrus

54 Chaînes d’approvisionnement : une méthodologie pour la résilience pays

Pb Press – Fotolia

ENJEUX N° 362 – Mars 2016 39


SOLUTIONS NORMATIVES MULTIPLES POUR RISQUES PROTÉIFORMES

Les entreprises sont face à un environnement de risques en pleine évolution. Les incidents
de cybersécurité se classent aujourd’hui parmi les principales menaces. L’interruption
d’activité demeure pour la 4e année consécutive le principal risque, mais l’instabilité
géopolitique ou les pannes technologiques constituent de nouvelles sources d’inquiétudes.
Signe des temps, ce baromètre explore également les risques spécifiques de la marine.

Le baromètre Allianz
des risques 2016
Les craintes de pertes liées à l’interruption
d’activité font partie des risques connus.
La menace « cyber » les aggrave.

Shock – Fotolia

40 ENJEUX N° 362 – Mars 2016


dossier
Solutions normatives multiples NORMES & TENDANCE

pour risques protéiformes

Top 10 des risques


pour les entreprises
à l’échelle mondiale.

Par Jean-Claude TOURNEUR

L
’environnement des risques des
entreprises est en forte évolution
en 2016. Alors que les entreprises
sont moins préoccupées par l’impact
des risques industriels traditionnels, comme
les catastrophes naturelles ou les incendies,
l’impact d’autres événements perturbateurs
comme la concurrence farouche sur leurs
marchés et les cyberincidents les inquiètent
toujours plus. Voilà quelques-unes des
conclusions principales du Baromètre des
risques d’Allianz 2016, cinquième étude des
risques d’entreprises d’Allianz Global Corpo-
rate & Specialty (AGCS), pour laquelle plus

DR
de 800 gestionnaires du risque et experts en
assurance de plus de 40 pays ont été sollicités.
Selon ce baromètre, l’interruption d’activité sociétés au cours des dix prochaines années. ENVIRONNEMENT
et de la chaîne d’approvisionnement reste Par contraste, les catastrophes ­naturelles (en DE MARCHÉ DIFFICILE
le principal risque pour les entreprises pour 4e position) perdent deux places en un an, Plus d’un tiers des personnes interrogées
la 4e année consécutive. Toutefois, de nom- reflétant le fait qu’en 2015 les pertes dues à (34 %) citent les développements de marché
breuses sociétés craignent que les pertes liées des catastrophes naturelles étaient à leur plus (dont le renforcement de la concurrence ou
à l’interruption d’activité, habituellement bas depuis 2009. la volatilité et stagnation de marché) comme
dues à des dommages aux biens, soient de « L’environnement des risques d’entreprises évo- l’un des trois risques les plus importants
plus en plus le résultat de cyberattaques, de lue, car de nombreux secteurs industriels sont en 2016 et classent cette nouvelle catégorie
pannes techniques ou d’instabilités géopoli- en pleine mutation, explique Chris Fischer de l’étude(1) en 2e position des menaces au
tiques, nouvelles causes d’interruption dues Hirs, P-DG d’AGCS. Les nouvelles technolo- niveau mondial. Les développements de
à des dommages non matériels. Par ailleurs, gies, la digitalisation croissante et l’Internet des marché constituent une source d’inquiétude
les développements de marché et les cyberin- objets modifient le comportement des clients, les particulière dans les secteurs de la construc-
cidents, deux des causes en hausse dans cette ­opérations industrielles et les modèles d’activité. tion, des services financiers, de la marine,
édition du Baromètre des risques d’Allianz, Ils sont synonymes de nombreuses opportunités,
sont pour la première fois parmi les trois mais soulignent également le besoin croissant
premiers risques d’entreprise et se classent d’une réponse aux nouveaux défis à l’échelle de (1) Dans le Baromètre des risques d’Allianz
respectivement à la 2e et 3e place. Les cyberin- l’entreprise. En tant qu’assureurs, nous devons pour 2015, les risques liés aux développements
cidents sont également cités comme étant le travailler avec nos clients pour les aider à affronter de marché étaient classés séparément, et non comme
risque de long terme le plus important pour les ces nouvelles réalités de façon globale. » une menace collective.

ENJEUX N° 362 – Mars 2016 41


SOLUTIONS NORMATIVES MULTIPLES POUR RISQUES PROTÉIFORMES

Canada Russie
1 Cyberrisques 1 Évolutions législatives
et réglementaires
Royaume-Uni
1 Cyberrisques Allemagne
1 Évolutions
des marchés

France
1 Atteinte à la réputation
ou à l’image de marque
États-Unis Chine
1 Interruption 1 Évolutions
d’activité des marchés

Afrique du Sud Australie


1 Cyberrisques 1 Évolutions
des marchés

Amériques Europe Afrique et Moyen-Orient Asie-Pacifique


1 Interruption d’activité 1 Interruption d’activité 1 Évolutions 1 Interruption
macroéconomiques d’activité
DR

Les principaux risques pour les entreprises par zone géographique et pays selon Allianz.

de la p­ harmaceutique et du transport, pour plus courts, les barrières à l’entrée aux mar- croissantes. Les cyberincidents progressent
lesquels ce risque se classe parmi les trois chés disparaissent, la digitalisation croissante de 11 % par rapport à l’année dernière et, pour
premiers risques d’entreprise. Par ailleurs, il et les nouvelles technologies de rupture doivent la première fois, passent de la 5e à la 3e posi-
se classe aussi parmi les deux premières pré- être rapidement adoptées, tandis que de jeunes tion (28 % des réponses, 40 % en Europe).
occupations en Europe, en Asie-Pacifique, en pousses plus agiles arrivent sur le ­marché.  » Il y a cinq ans, lors du premier Baromètre
Afrique et Moyen-Orient. Parallèlement, les entreprises doivent des risques d’Allianz, ils étaient considérés
De nombreuses entreprises font face à un également respecter une réglementation comme un risque par seulement 1 % des per-
nombre croissant de défis qui menacent leur renforcée et en évolution, des exigences sonnes interrogées. D’après les réponses, la
rentabilité ainsi que, potentiellement, leurs de sécurité accrues ou des ­ restrictions perte de réputation (69 %) est la principale
modèles d’activité. «  Les entreprises doivent ­d’importation/d’exportation. cause de perte économique pour les entre-
constamment être sur le qui-vive, sortir de nou- prises après un cyberincident, suivie par l’in-
veaux produits, services ou solutions afin de res- SOPHISTICATION CROISSANTE terruption d’activité (60 %) et les poursuites
ter en phase avec le client et de prospérer dans DES CYBERATTAQUES en responsabilité après une violation de don-
cet environnement en pleine mutation et dans Les cyberincidents, qui incluent la cybercri- nées (52 %). D’après le baromètre, les sociétés
lequel la concurrence est mondiale, affirme Bet- minalité ou les violations de données, mais craignent toujours plus la complexité crois-
tina Stoob, directrice de l’innovation chez aussi les pannes techniques informatiques, sante des cyberattaques. « Les attaques menées
AGCS. Les cycles d’innovation sont toujours constituent un autre domaine d’inquiétudes par les pirates sont plus ciblées, durent plus

42 ENJEUX N° 362 – Mars 2016


dossier
Solutions normatives multiples NORMES & TENDANCE

pour risques protéiformes

LE RÈGLEMENT EUROPÉEN SUR LA PROTECTION DES DONNÉES


SATISFAIT LA FRANCE
L’accord obtenu sur le règlement unique pour les entreprises, préservation l’introduction de nouveaux droits (droit
européen sur la protection des données du droit de recours des citoyens auprès à l’oubli pour les mineurs).
personnelles satisfait Bercy. Ce texte de leurs autorités nationales et création
a fait l’objet d’un accord global entre du Comité européen de la protection LA LOI « RÉPUBLIQUE NUMÉRIQUE »
Conseil et Parlement européens après près des données (CEPD) ; ANTICIPE
de quatre ans de discussions. • responsabiliser les entreprises en mettant Le règlement entrera en vigueur deux
Plusieurs objectifs fixés par la France sont fin aux déclarations formelles auprès ans après son adoption définitive,
en passe d’être respectés : des autorités de contrôle au profit qui devrait intervenir au premier
• affirmer que la loi européenne d’une obligation de prise en compte trimestre. Dans le cadre du projet
s’applique à toutes les entreprises dont des principes et de la législation : mise de loi pour une République numérique,
l’activité concerne le territoire de l’Union en place de labels et de lignes directrices, le gouvernement propose d’anticiper
et améliorer les conditions de transfert promotion d’une protection intégrée l’entrée en vigueur de plusieurs dispositions
de données hors d’Europe avec la mise de la vie privée (« privacy by design »). et de compléter ce règlement avec
en place d’une certification européenne • maintenir un cadre juridique d’autres mesures : gestion des données
des entreprises (« Safe Harbor inversé »). protecteur pour les personnes : des personnes décédées (mort numérique),
• garantir une harmonisation des règles la France a veillé à la préservation droit à la libre disposition de ses données
européennes et des pratiques des des grands principes du cadre européen ou évolution des missions de la Commission
autorités de contrôle et faciliter l’exercice (finalité, proportionnalité, information nationale informatique et libertés (Cnil).
des droits : instauration d’un guichet des consommateurs) et milité pour J.-C. T.

longtemps et peuvent déclencher une intrusion l’analyse des demandes d’indemnisation « En 2016 et au-delà, les entreprises doivent être
continue  », explique Jens Krickhahn, expert d’AGCS. D’après les réponses, les principales prêtes pour une plus large gamme de scénarios
en ­ cyberassurance chez AGCS. Alors que causes d’interruption d’activité que craignent perturbateurs, précise Axel Theis, membre du
les cyberattaques s’intensifient, tant en fré- les sociétés sont les catastrophes naturelles conseil d’administration d’Allianz SE. L’im-
quence qu’en gravité, les sociétés ne doivent (51  %), suivies de près par les incendies et pact croissant de la mondialisation, de la digitali-
pas sous-estimer l’impact d’une panne opé- explosions (46 %). Toutefois, selon les conclu- sation et des innovations technologiques pose des
rationnelle pour les industries fortement sions de l’étude, les multinationales sont aussi défis fondamentaux. »
numérisées et connectées d’aujourd’hui. plus préoccupées par l’impact perturbateur Outre l’analyse régionale, le Baromètre des
« Une simple panne technique ou une erreur uti- de l’instabilité politique, car les conflits ou les risques d’Allianz explore aussi les risques
lisateur peut avoir pour résultat une interruption mouvements populaires peuvent perturber spécifiques à des secteurs, comme la marine,
majeure du système informatique perturbant la leurs chaînes d’approvisionnement, leurs per- le transport, le numérique et les télécommu-
chaîne logistique ou la production », précise Vol- sonnels peuvent être victimes d’actes de terro- nications, ainsi que d’autres grands secteurs
ker Muench, expert souscription dommages risme ou leurs actifs en être la cible. industriels.
aux biens d’AGCS. « Des alertes précoces et de
meilleurs systèmes de suivi sont nécessaires afin
d’empêcher d’importantes pertes dues à une inter-
ruption d’activité pour cyberincident », poursuit
Jens Krickhahn.

INSTABILITÉ GÉOPOLITIQUE
SOURCE DE PERTURBATION
Pour la 4e année consécutive, l’interruption
d’activité, avec 38 % des réponses, reste le péril
principal dans le Baromètre des risques d’Al-
lianz. De fait, les pertes pour les entreprises
dues à l’interruption d’activité s’élèvent géné-
ralement à une proportion bien plus grande
de l’ensemble des pertes qu’il y a une décen-
nie et dépassent souvent largement les dom-
mages directs aux biens, comme le montre
ChiccoDodiFc – Fotolia

Le risque d’interruption d’activité


croise maintenant
les risques naturels accrus
par la crainte d’aléas climatiques.

ENJEUX N° 362 – Mars 2016 43


SOLUTIONS NORMATIVES MULTIPLES POUR RISQUES PROTÉIFORMES

BAROMÈTRE ALLIANZ : L’INTERRUPTION D’ACTIVITÉ EN HAUSSE


L’augmentation des demandes Gravité et fréquence des
d’indemnisation souligne sinistres pour interruption
les risques croissants pour d’activité sont en hausse.
les entreprises partout dans « Cette hausse des demandes
le monde. L’interconnectivité d’indemnisation pour
croissante des chaînes interruption d’activité
d’approvisionnement est alimentée par
mondiales sous-tend le risque l’interdépendance croissante
d’interruption d’activité. entre sociétés, par
Les pertes incendies la complexité de la chaîne
et explosions sont les principales d’approvisionnement mondiale

Ping Han – Fotolia


causes d’interruption d’activité et les processus de production
pour les entreprises. Parmi en flux tendu. Alors que dans
les causes, erreurs humaines le passé un incendie majeur
ou défaillances techniques ou une explosion affectait
dominent, loin devant une ou deux entreprises,
les risques naturels selon Allianz. aujourd’hui les pertes touchent ajoute Alexander Mack, de fournisseurs clés.
Lorsqu’une catastrophe un nombre toujours croissant directeur indemnisation La planification de la continuité
naturelle ou un désastre de sociétés et peuvent même d’AGCS. Même si les chaînes de l’activité devrait faire partie
d’origine humaine survient, mettre en péril des secteurs d’approvisionnement modernes du programme de gestion
les dommages matériels entiers au niveau mondial », sont flexibles et efficientes, elles du risque de la propre
(bâtiments effondrés, usines explique Chris Fischer Hirs, P-DG sont également plus vulnérables chaîne d’approvisionnement
endommagées, conteneurs d’AGCS. La production étant aux perturbations. De nos jours, de la société et être étendue
maritimes détruits…) sont transférée en Asie, les sinistres la couverture pour carence à tous les fournisseurs clés.
souvent dévastateurs pour importants le sont aussi. Dans de fournisseurs est de plus
les entreprises. Toutefois, certaines zones géographiques, en plus considérée comme L’interruption d’activité
l’impact économique moins la concentration de sites un élément essentiel du contrat en chiffres
évident d’une interruption de production et de plateformes d’assurance pour de nombreuses La majorité des indemnisations
d’activité est souvent logistiques va croissant. Si de tels entreprises. » dues à des interruptions
largement supérieur aux coûts centres névralgiques sont Après le séisme de Tohoku, d’activité résulte de facteurs
des dommages matériels touchés par des catastrophes au Japon, et les inondations techniques ou humains
et présente un risque croissant naturelles, un incendie ou des en Thaïlande de 2011 (88 % des indemnisations
pour les entreprises qui explosions, comme récemment (deux catastrophes qui avaient pour interruption d’activité)
évoluent dans un monde dans le port de Tianjin (Chine), généré de nombreuses pertes et non de catastrophes
toujours plus interconnecté. les perturbations peuvent pour interruption d’activité naturelles. Les dix premières
Selon le rapport Global Claims rapidement se multiplier et carence de fournisseurs causes représentent plus
Review 2015 d’Allianz Global et avoir pour conséquence des partout dans le monde), de 90 % de ces demandes
Corporate & Specialty (AGCS), pertes d’exploitation partout les entreprises ont pris d’indemnisation en valeur.
la moyenne des indemnisations dans le monde. Dans ce cas, des mesures pour réduire Incendies et explosions sont
pour dommages matériels dus l’entreprise est incapable les risques sur la chaîne en tête et représentent 59 %
à des interruptions d’activité de fonctionner en raison d’un d’approvisionnement. des demandes d’indemnisation
est désormais supérieure événement qui a causé des « De nombreuses entreprises pour interruption d’activité dans
à 2 millions d’euros (2,2 millions dommages chez un fournisseur. mondiales évoluent le monde (78 % des demandes
d’euros), supérieure de 36 % rapidement en termes en Europe et 90 % en France).
à la moyenne correspondante Forte exposition pour de maîtrise et de gestion Chaque incendie et explosion
des sinistres pour dommages l’automobile des risques liés à l’interruption a été indemnisé en moyenne
matériels, qui s’élève à un peu et les semi-conducteurs d’activité et à la chaîne à hauteur de 1,7 million d’euros
plus d’1,6 million d’euros. « L’exposition à l’interruption d’approvisionnement, mais pour la seule garantie
AGCS a analysé plus d’activité est plus grande il reste encore beaucoup interruption d’activité.
de 1 800 sinistres majeurs liés pour les secteurs dont les à faire », précise Michael Les pertes dues à l’interruption
à l’interruption d’activité dans niveaux d’interactivité et Bruch, spécialiste des risques d’activité par valeur
68 pays de 2010 à 2014, qui de valeurs technologiques émergents chez AGCS. d’indemnisation sont les plus
totalisent plus de 3 milliards sont élevés ainsi que lorsque Les interdépendances entre élevées dans l’énergie
d’euros. L’interruption d’activité la concentration de risques fournisseurs peuvent constituer (3,96 millions d’euros)
représente généralement en un seul lieu est importante une grande inconnue, et le dommage aux biens
une part plus grande des (automobile, semi-conducteurs, et de nombreuses entreprises (2,21 millions d’euros).
coûts totaux qu’il y a dix ans. énergie ou pétrochimie), sont encore dépendantes J.-C. T.

44 ENJEUX N° 362 – Mars 2016


dossier
Solutions normatives multiples NORMES & TENDANCE

pour risques protéiformes

La norme NF Iso 31000, qui délivre des lignes directrices pour réduire, anticiper et gérer
les risques inhérents aux activités des organisations, fait l’objet d’une révision technique.
Gros plan sur les premières évolutions d’une des normes phares de l’Iso (elle fait partie
du top 10), dont la nouvelle version devrait sortir en 2017.

La révision
de la norme Iso 31000
est engagée
La norme Iso 31000 fixe un certain nombre
de principes qui doivent être appliqués
pour rendre le management du risque efficace.

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ENJEUX N° 362 – Mars 2016 45


SOLUTIONS NORMATIVES MULTIPLES POUR RISQUES PROTÉIFORMES

Par Marie-Claire BARTHET

«
 La norme NF Iso 31000 Management au-delà d’un simple toilettage), prise en mars peut prendre des décisions. » Deux groupes ad hoc
du risque – principes et lignes direc- dernier à Paris lors d’une réunion plénière, travaillent sur d’autres points nécessitant un
trices peut être appliquée tout au long a ouvert un intense débat international. Le approfondissement : l’évaluation de la matu-
de la vie d’un organisme et à une large WG 2 avait mandaté un task group pour élabo- rité du management des risques, d’une part,
gamme d’activités (stratégies et prises de rer le cahier des charges de la révision, mais les aspects culturels et les facteurs humains,
décision, activités opérationnelles, proces- les orientations de cette révision ont donné d’autre part. « Ils ont préparé des contributions
sus, fonctions, projets, produits, services et lieu à force débats. Un certain nombre de qui seront examinées lors de la prochaine réunion
actifs) », détaille Rodolphe Civet, chef de pays, notamment anglo-saxons (États-Unis, du WG 2 », précise Rodolphe Civet. Enfin, la
projet Afnor. La conception et la mise en Royaume-Uni, Nouvelle-Zélande, Australie, structure de la norme est conservée. Une pro-
œuvre des plans et des structures organisa- Irlande), ainsi que la Finlande et la Turquie, position suisse avait mis en avant l’adoption
tionnelles de management du risque doivent ont tenté de réorienter la révision du docu- de la structure HLS, commune à toutes les
tenir compte des divers besoins de l’orga- ment vers le decision making, l’aide à la prise normes de systèmes de management. Elle n’a
nisme concerné, de ses objectifs et de ses de décision. pas été retenue. « La norme Iso 31000 n’est pas
caractéristiques. Lors de la réunion de novembre à Rio de une norme de système de management et n’est pas
Toutes les activités d’un organisme com- Janeiro (Brésil), un nouveau cahier des charges certifiante », rappelle Rodolphe Civet.
portent des risques. Les organismes gèrent a été établi et complété par des recommanda- Le vote sur le projet de comité 2, committee
le risque en l’identifiant, en l’analysant et en tions élaborées au sein de trois task groups : draft (CD 2), est en cours jusqu’au 2 mars. La
évaluant ensuite la nécessité de le modifier terminologie (animé par la France), champ prochaine réunion de l’Iso/TC 262 se tiendra
par un traitement. Tout au long de ce proces- d’application et structure (Irlande et États- en avril à Saint-Pétersbourg (Russie).
sus, ils communiquent et se concertent avec Unis), contenu (Canada). «  Toutes les normes
les parties prenantes, surveillent et revoient le de système de management abordent le risque, NOUVEAUX TRAVAUX
risque et les moyens de maîtrise qui le modi- le cas échéant avec leurs particularités, relève INTERNATIONAUX
fient afin de s’assurer qu’il n’est pas nécessaire Rodolphe Civet. Il y a besoin d’alignement, de Outre le secrétariat du WG 2, en charge de la
de recourir à un traitement supplémentaire. mise en cohérence sur l’approche risque  », rôle révision de l’Iso 31000 et le moment venu du
La norme Iso 31000 décrit ce processus sys- naturellement dévolu à l’Iso 31000. La future guide 73 Management du risque – vocabulaire,
tématique et logique en détail. Elle fixe un norme ne sera pas focalisée decision making, la France a assuré également le secrétariat du
certain nombre de principes qui doivent mais ce point sera tout de même développé : WG 1, auteur du FD Iso 31004 Lignes direc-
être appliqués pour rendre le management « Au terme du process de l’analyse de risque, on trices pour l’implémentation de l’Iso 31000.
du risque efficace. Elle recommande que les
organismes mettent en œuvre et améliorent
continuellement un cadre organisationnel
permettant d’intégrer le processus de mana-
gement du risque aux processus de gouver-
nance, de stratégie et de management, ainsi
qu’à la culture de l’organisme. L’approche
décrite dans cette norme est générique.
La révision de la norme Iso 31000 a été enga-
gée il y a deux ans par l’Iso/TC 262 Manage-
ment du risque. La France assure le secréta-
riat du WG 2, en charge de la révision de cette
norme. La décision d’effectuer une révision
technique de la norme Iso 31000 (donc d’aller
Industrieblick – Fotolia

La mise en place de la norme


de management du risque
doit tenir compte des caractéristiques
de l’organisme.

46 ENJEUX N° 362 – Mars 2016


dossier
Solutions normatives multiples NORMES & TENDANCE

pour risques protéiformes

PAROLES D’EXPERT
Françoise GAUCHER
Risk manager expert, direction des risques
Le projet de norme pr Iso 31020 Management du groupe La Poste.
du risque lié à l’interruption d’activité est
traité par le WG 3, créé en septembre 2014 et
animé par l’Australie. Ce WG doit échanger
avec l’Iso/TC 292 afin de s’assurer de la cohé-
rence avec les normes développées en matière
de management de la continuité d’activité
(notamment l’Iso 22301). DR
Le WG 4, créé en mai dernier, travaille sur le
projet de norme pr Iso 31021 Management
du risque de la chaîne d’approvisionnement,
porté par les États-Unis. Ce document consti-
« La norme Iso 31000 permet de fédérer
tue une compilation des meilleures pratiques
sur la supply chain. Un groupe d’experts miroir les approches risques
des différentes branches du groupe »
doit être mis en place en France.
Enfin, la Chine a demandé la création d’un
nouveau WG sur le management du risque
légal. La France avait désapprouvé cette
approche d’un seul type de risque, d’autant Depuis janvier 2015, la norme Iso 31000 est du cadre réglementaire. Beaucoup de questions
que le risque légal est lié au contexte dans reconnue comme une norme chapeau pour nous ont été posées sur l’harmonisation des
lequel les organisations opèrent. Cette ques- le management des risques dans le groupe démarches qualité et des démarches risques.
tion est en outre abordée dans la norme La Poste. C’est une norme de principes. Nous avons mené tout un travail pour
Iso 19600 Système de management de la com- Elle permet de fédérer les approches risques montrer la compatibilité de l’Iso 31000 avec
pliance. Le sujet a néanmoins été approuvé (à des différentes branches. La Poste rencontre Bâle II, Bâle III, Solvency II.
une voix près) et inscrit au programme de tra- des risques divers, comme toute grande La révision de l’Iso 31000 en cours doit
vail de l’Iso. entreprise aux activités diversifiées : permettre de rendre le texte plus clair, plus
À noter qu’un groupe ad hoc communica- des risques en matière d’activité bancaire lisible, de supprimer quelques redondances. Il y a
tion est chargé de la promotion de la norme et d’assurance, sur la branche traditionnelle eu des débats sur la transformation de la norme
Iso 31000. Il met notamment en place un site d’activités du courrier (quels risques en norme de système de management ou pas :
dédié (www.riskmanagement.isotc262.org). et quelles opportunités face à la diminution surtout pas ! Une norme cadre bien écrite,
des modes courrier traditionnels ?), dans générale, complète, peut permettre de construire
UN GUIDE POUR les activités colis et colis express en France un système de management, sans être trop
LES PETITES STRUCTURES et à l’international (les risques que rencontrent rigide. Les experts internationaux sont au final
En France, sous l’impulsion de Generali, un classiquement les transporteurs), auxquels plutôt d’accord sur ce point.
groupe de travail achève l’élaboration d’un s’ajoutent les risques spécifiques aux bureaux J’appartiens au groupe ad hoc Évaluation
document sur la mise en œuvre de la norme de poste et à leur répartition sur le territoire. de la maturité du management des risques dans
Iso 31000 par les établissements de taille La branche numérique se développe : le groupe l’entreprise. La norme parle déjà de maturité,
intermédiaire (ETI) et les petites et moyennes se positionne comme tiers de confiance dans mais on a besoin d’éclairages supplémentaires.
entreprises (PME). «  Ce guide opérationnel la dématérialisation des échanges. Le groupe ad hoc a préparé un document qui
présente et vulgarise la démarche de manage- Dans la charte interne de management définit la maturité en termes de prise en compte
ment des risques  », explique Rodolphe Civet. des risques du groupe, j’ai retraduit des risques, fournit une grille sur les attendus
Le fascicule de documentation FD X 50-260 les principes essentiels de la norme, comme pour passer d’un niveau 1 à un niveau 2, etc.
Management du risque – lignes directrices la prise en compte dans l’évaluation des risques Le même travail est mené pour les facteurs
pour la mise en œuvre dans les ETI, PME des contextes interne et externe, ou l’idée humains et culturels.
et autres organismes sera publié au prin- que le risque n’est pas seulement négatif, La normalisation est un lieu d’échanges
temps. Ce guide doit les aider à atteindre mais qu’il peut constituer une opportunité. et d’éclairages. Y participer permet
leurs objectifs, quels que soient les risques Les principaux points du processus présents de connaître la température de l’appréciation
auxquels ils peuvent être confrontées, et à dans la norme sont également repris. des risques dans un grand nombre de pays
décliner les principes de la norme Iso 31000 Dans le groupe, le management du risque (plus de 50 participants aujourd’hui).
(créer de la valeur, intégrer le management ne peut être entendu qu’avec la collaboration
des risques aux processus organisationnels et de toutes les branches et dans le respect Propos recueillis par M.-C. B.

ENJEUX N° 362 – Mars 2016 47


SOLUTIONS NORMATIVES MULTIPLES POUR RISQUES PROTÉIFORMES

PAROLES D’EXPERT
aux ­processus de prise de décision, fonction-
Steve O’BRIEN ner de manière systématique et structurée…).
Le guide présente les enjeux et bénéfices de
Chargé de mission projets et innovation la démarche de management du risque. L’ap-
à l’école d’ingénieurs Esaip. préciation des risques comprend trois étapes :
l’identification des risques  ; leur analyse, en
particulier en termes de probabilité et de
conséquences ; leur évaluation pour les hié-
rarchiser et dégager des priorités.
La méthode d’identification des risques
dépend de l’organisme. Il peut les organi-
DR

ser en familles. Les risques stratégiques, par


exemple, concernent le milieu dans lequel se
meut l’organisme : le marché, la conjoncture
« L’approche de la norme correspond économique, la concurrence, la chaîne d’ap-
provisionnement, les évolutions technolo-

à ce à quoi les entreprises giques, l’environnement fiscal et juridique…


Le guide fournit quelques exemples de ques-

sont confrontées tous les jours »


tions à se poser pour identifier les risques et
mesurer la connaissance qu’en a l’organisme.
En ce qui concerne les clients : l’organisme
est-il dépendant de certains de ses clients ?
L’Esaip a mis en place une formation le but d’atteindre des objectifs. Elle apporte Quels sont les clients majeurs ? Sur combien
d’ingénieur dans le domaine de la gestion la cohérence globale nécessaire. de  clients se répartit le  chiffre d’affaires  ?
des risques au cours des années 1990. J’anime le groupe Terminologie et langage Quelle est la fiabilité de ces clients (leur cré-
Nous avons retenu l’idée d’une approche pour la révision de la norme Iso 31000, dibilité, leurs propres systèmes de manage-
globale en management des risques et qui rassemble des experts de différents ment des risques) ? Quelles sont les actions
nous nous sommes appuyés sur les systèmes secteurs et de différents continents. La norme de développement pour trouver de nouveaux
de management existants (Iso 9001, Iso 31000 contient beaucoup de termes clients ? L’analyse du risque a pour but de
Iso 14001, Iso 18001) jusqu’au développement spécifiques à certains métiers. L’idée est fournir des éléments permettant de quanti-
de la norme Iso 31000, auquel j’ai été associé de revenir à un langage commun, simple. fier le risque, en termes de gravité des consé-
dès le départ. Mais il doit aussi être précis, pragmatique. quences potentielles et de vraisemblance, afin
La norme Iso 31000 a provoqué un changement Les mots et expressions qui ont un sens d’être en mesure de les hiérarchiser et de choi-
de fond, ouvert des perspectives. Jusque-là, précis selon la norme Iso 31000 seront sir les stratégies et les méthodes de traitement
l’approche management des risques limités au maximum. Si certains termes les plus appropriées, voire de ne pas traiter le
(industrielle, financière…) était très ciblée sont définis dans d’autres normes (Iso 9001, risque jugé supportable.
sur les événements. La norme définit Iso 14001), cette définition sera reprise. Le traitement du risque couvre l’élimina-
le risque comme « l’effet de l’incertitude Il est intéressant de se référer à une seule tion ou la diminution de la source de risque,
sur l’atteinte des objectifs ». Une approche et unique définition, permettant à tous la prévention, la protection, le financement du
qui correspond à ce à quoi les entreprises les utilisateurs de se retrouver dans risque (transféré/partagé). Exemples de dimi-
sont confrontées tous les jours. La norme une terminologie cohérente. Si un terme nution à la source : la formation du person-
Iso 31000 apporte les moyens de faire n’est pas considéré comme suffisamment nel aux risques informatiques ; pour un site
progresser la qualité et la fiabilité des prises important, il est accompagné d’un exemple industriel qui jouxte une rivière, la mise en
de décision ; en même temps, il faut que ou d’une explication dans le corps du texte. place de pompes d’aspiration de l’eau…
ces décisions soient appliquées, mises Par ailleurs, trouver des termes qui puissent Autres points abordés, les ressources et
en œuvre dans les organisations. La façon être traduits facilement dans chaque langue moyens. Il appartient à la direction de  défi-
de communiquer avec les opérationnels sans altérer le sens ouvre un très bon débat nir les rôles et les responsabilités de chacun
est déterminante. Ne retenir qu’une approche sémantique et nous oblige à être plus précis, en matière de gestion des risques. Il convient
(la portée décisionnelle) donne un document plus clair. que l’organisme établisse des indicateurs
trop cérébral, ne retenir que l’autre (capacités La majorité des experts souhaitent conserver pour apprécier l’efficacité des actions mises
des organisations), un document trop la définition du risque fournie par la norme en œuvre. Les indicateurs de performance
technique. Un point de convergence a été Iso 31000. Telle qu’elle, elle reflète leur renseignent sur les résultats, les tendances ou
trouvé. On est capable avec la norme Iso 31000 position et a permis de bonnes avancées. le fonctionnement des processus.
de prendre en compte toutes les facettes
des problématiques des organisations dans Propos recueillis par M.-C. B. Lire également page 25.

48 ENJEUX N° 362 – Mars 2016


dossier
Solutions normatives multiples NORMES & TENDANCE

pour risques protéiformes

Un guide du Nist
contre les cyberrisques
pour l’énergie
Dans le cadre des travaux de normalisation du Nist, des experts Le guide Identity and Access Management for
Electric Utilities («  gestion des identités et
et un centre d’excellence dédié, le NCCoE, ont mis au point des accès pour les compagnies d’électricité »)
un guide pour aider les entreprises du secteur de l’énergie à ambitionne dès lors d’aider le secteur énergé-
tique à réduire les risques via la maîtrise de
réduire les cyberrisques. Une méthodologie déclinable, qui met l’accès aux installations et aux dispositifs à
partir d’un seul poste…
l’accent sur les opérateurs d’importance vitale et leur protection. «  Le guide démontre comment les organisations
peuvent réduire leurs risques et gagner en efficacité
dans la gestion des identités et des accès, explique
Donna Dodsonn, directrice du NCCoE. Il four-
nit des instructions, étape par étape, pour aider les
Par Jean-Claude TOURNEUR organisations à répondre aux défis que présente la

L
gestion des identités et des accès. »
e National Cybersecurity Center que sa cyberéquipe d’intervention d’urgence Pour élaborer ce document, les chercheurs du
of Excellence (NCCoE) – « centre chargée des systèmes de contrôle industriel a NCCoE ont rencontré les représentants du
d’excellence national de la cyber- dû traiter lors de l’année fiscale 2014, étaient secteur de l’énergie en vue d’identifier les défis
sécurité » – a largement consulté, liés à une faiblesse du processus d’authenti- cybersécuritaires auxquels ils sont confron-
l’été dernier, avant publication d’un guide fication. 4  % des incidents relevaient d’une tés. Bien souvent, la gestion des ­ identités
destiné à aider les entreprises du secteur mauvaise utilisation des autorisations ­d’accès. est contrôlée par plusieurs services au sein
de l’énergie à mieux contrôler personnes
et entités qui ont accès à leurs ressources
en réseau, qu’il s’agisse des bâtiments, des
équipements, de l’informatique ou des sys-
tèmes de contrôle industriel. Le centre, qui
fait partie du National Institute of Standards
and Technology (Nist), travaille avec des
développeurs et des prestataires informa-
tiques afin d’aider les organisations à réduire
leurs cyberrisques.
Selon le ministère américain de la Sécurité
intérieure (Department of Homeland Secu-
rity), 5 % des incidents liés à la cybersécurité,
Buchatska Nina – Fotolia

Le document normatif du NCCoE


fournit des instructions
étape par étape pour répondre
aux défis que présente la gestion
des identités et des accès.

ENJEUX N° 362 – Mars 2016 49


SOLUTIONS NORMATIVES MULTIPLES POUR RISQUES PROTÉIFORMES

d’une seule et même entreprise. Exemple : la compagnie, et ses autorisations doivent différents pour parvenir au même résultat et
différentes personnes et différents systèmes dès lors être annulées, mais, sans un sys- des instructions avec, à l’appui, des exemples
contrôlent la technologie de l’information de tème centralisé de gestion d’identité, la ges- de tous les composants nécessaires et des
l’entreprise (les systèmes administratifs), la tion d’événements routiniers comme celui-ci exemples d’installation, de configuration et
technologie opérationnelle (qui commande devient fastidieuse et chronophage. Un sys- d’intégration.
production et distribution d’énergie) et l’accès tème de contrôle d’accès centralisé simplifie Il dresse aussi une carte des caractéristiques
physique aux installations. Or un accès non et ­accélère la modification ou la révocation de de sécurité conformes aux conseils et aux
autorisé à n’importe lequel de ces systèmes ces autorisations. bonnes pratiques du Nist et autres organismes
affecte l’entreprise dans son ensemble. Cette Bien que la démonstration de la solution de de normalisation et aux normes de protection
décentralisation de la gestion des identi- référence repose sur une suite de produits, des infrastructures clés de la North American
tés complique les efforts pour remonter aux le guide n’approuve ni ne recommande ces Electric Reliability Corporation («  organisa-
sources de l’attaque ou de la perturbation et produits en particulier. Il mentionne carac- tion nord-américaine de fiabilité du service
établir les responsabilités. téristiques et capacités que les experts en d’électricité  »). Ce guide a été conçu pour
Le guide comprend deux versions d’une solu- sécurité d’une organisation peuvent utiliser des organisations diverses (bureaux régio-
tion de bout en bout de gestion des identités qui pour identifier des produits présentant des naux, administrations centrales, centrales
fournit des capacités de contrôle d’accès pour standards similaires, à même d’être intégrés de production d’électricité, sous-stations).
réduire les risques de cyberattaque ou d’erreur facilement, sans trop de coûts, aux outils et Tous peuvent adopter les solutions propo-
humaine. Il prend en compte les risques qu’un à l’infrastructure existants du fournisseur sées – ou des outils qui respectent ces lignes
contrôle centralisé peut présenter. d’énergie. directrices – ou utiliser le guide comme point
Le document présente de façon détaillée des de départ à la personnalisation et la mise en
UN EXEMPLE exemples de solutions utilisant des produits œuvre de solutions propres.
DE SITUATION HABITUELLE…
Avec des experts (pour l’essentiel des com-
pagnies d’électricité) et ceux qui leur four-
nissent équipements et services, le NCCoE
a élaboré un scénario type d’utilisation pour
décrire un problème de sécurité à partir d’ac-
tivités professionnelles quotidiennes. Le scé-
nario implique une technicienne qui a accès
à plusieurs sous-stations physiques et à des
terminaux à distance reliés au réseau de la
compagnie dans ces sous-stations. Elle quitte
Artur Marciniec – Fotolia

Les compagnies d’électricité


ont travaillé à l’élaboration
du document avec leurs fournisseurs
d’équipements et de services.

50 ENJEUX N° 362 – Mars 2016


dossier
Solutions normatives multiples NORMES & TENDANCE

pour risques protéiformes

Complexité de la chaîne
alimentaire : des risques
de sécurité sanitaire accrus
Le bureau régional de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l’Europe estime que les
niveaux de maladies d’origine alimentaire sont en fait beaucoup plus élevés que ceux actuellement
notifiés. Il souligne la nécessité d’améliorer la collaboration intersectorielle pour réduire les risques
sanitaires associés aux aliments impropres à la consommation. L’OMS insiste sur les capacités
de laboratoire et les systèmes de surveillance et de notification.

Par Jean-Claude TOURNEUR

«
Notre chaîne alimentaire n’a jamais
été aussi longue et aussi complexe. Les
évolutions démographiques, culturelles,
économiques et environnementales (la
mondialisation du commerce, des voyages et
de la migration, le vieillissement de la popu-
lation, les nouvelles tendances et habitudes
de consommation, les innovations technolo-
giques, les situations d’urgence, le changement
climatique et les phénomènes météorologiques
extrêmes) accroissent les risques sanitaires
liés à l’alimentation », indique le bureau euro-
péen de l’OMS. « Nous sous-estimons considéra-
blement le nombre réel de personnes souffrant de
maladies imputables aux substances chimiques de la
chaîne alimentaire et aux micro-organismes les plus
courants tels que Salmonella et Campylobacter.
Et ce constat doit servir de sonnette d’alarme dans
les nombreux domaines intervenant dans notre
chaîne alimentaire. En effet, la ­défaillance de la
Kzenon – Fotolia

De nouvelles tendances et habitudes


de consommation se propagent,
de l’Orient à l’Occident et réciproquement.

ENJEUX N° 362 – Mars 2016 51


SOLUTIONS NORMATIVES MULTIPLES POUR RISQUES PROTÉIFORMES

La contamination à partir
d’une source unique peut
se généraliser, comme l’a montré
l’exemple du fenugrec.

capacités de laboratoire moins avancées et


de systèmes de surveillance moins dévelop-
Oliver Wilde – Fotolia

pés. De meilleures données sont nécessaires


pour contrer efficacement les risques. « Sous
l’impulsion de la demande des consommateurs,
nous disposons désormais d’un meilleur accès
à une plus grande variété d’aliments produits
hors saison, transportés d’un continent à l’autre,
transformés pour notre confort et de plus en plus
sécurité sanitaire des aliments à quelque étape de docteur Zsuzsanna Jakab, directrice régionale consommés en dehors de la maison, remarque le
cette chaîne, allant de l’environnement et de la de l’OMS pour l’Europe. bureau européen de l’OMS. Selon le rapport
production primaire à la transformation, au trans- Les systèmes de surveillance et de notifi- sur le commerce mondial 2014, entre 1950 et
port ou à la commercialisation, en passant par la cation de la région européenne de l’OMS 2010, la croissance annuelle moyenne en volume
restauration ou la préparation à domicile, peut sont limités. Ils ne détectent qu’une petite du commerce agricole était d’environ 4 % et donc
entraîner d’importantes conséquences sanitaires fraction de cas. Cette sous-notification est supérieure à la croissance annuelle de la produc-
et économiques », expliquait l’année dernière le plus importante dans les pays disposant de tion agricole mondiale de l’ordre de 2 %. »
La contamination à partir d’une source
unique risque de se généraliser pour ainsi
entraîner d’énormes conséquences sani-
UN NOUVEAU PROTOCOLE D’ACCORD ANSES- taires et économiques. La flambée épidé-
ACADÉMIE CHINOISE DES SCIENCES AGRICOLES mique d’Escherichia coli entérohémorragique
(ECEH) en 2011 en Allemagne et en France,
L’Agence nationale de sécurité sanitaire des résidus de médicaments vétérinaires, à la suite de l’importation de semences de
de l’alimentation, de l’environnement la qualité de l’eau, l’écotoxicologie. fenugrec contaminées, a provoqué près de
et du travail (Anses) et l’Académie chinoise La collaboration Anses-CAAS est déjà 4 000 cas d’infection à ECEH dans 16 pays,
des sciences agricoles (CAAS) ont signé ancienne. Le laboratoire de l’Anses de dont plus de 900 cas de syndrome hémoly-
l’automne dernier un protocole d’accord Ploufragan-Plouzané (Côtes-d’Armor) et tique et urémique et 55 décès. Selon les esti-
renforçant leur coopération en matière l’Institut de recherche vétérinaire d’Harbin mations, les pertes pour le secteur agricole et
de recherche et d’évaluation des risques. de la CAAS ont travaillé ensemble de 1998 industriel se sont chiffrées à 1,3  milliard de
Forts de domaines de compétences à 2001 sur un projet portant sur la bursite dollars.
communs, Anses et CAAS ont déjà infectieuse des volailles. Le laboratoire L’évolution de la production de l’alimenta-
collaboré par le passé. Fin 2010, de santé animale a mené des travaux tion animale amplifie l’émergence et la pro-
un protocole d’accord de cinq ans avec l’Institut de recherche vétérinaire pagation de maladies zoonotiques. Sur les
portait notamment sur la bursite de Lanzhou en 2008 sur toxoplasma et 335  nouveaux événements pathologiques et
infectieuse des volailles, Campylobacter la fièvre aphteuse. Des développements infectieux survenus chez l’homme entre 1940
et l’antibiorésistance. pourraient concerner les maladies
et 2004, 60 % sont le résultat d’une transmis-
Le récent protocole vise à améliorer transmissibles par les tiques. Le laboratoire
sion animale, et un grand nombre d’entre eux
la coopération scientifique et technique de la santé des végétaux et l’Institut de
protection des plantes de la CAAS ont aussi étaient d’origine alimentaire.
entre les deux organismes, dans
le cadre de leurs missions respectives, collaboré pour des échanges ponctuels
d’insectes lors d’une mission de collectes LES RECOMMANDATIONS
dans le respect de leur indépendance.
Il s’agit notamment de mettre en œuvre d’insectes en Chine menée mi-2011. Enfin, DE L’OMS
des activités conjointes de recherche le laboratoire de la rage et de la faune Mettre en place et maintenir des systèmes
et d’évaluation des risques, d’échanger des sauvage de Nancy (Meurthe-et-Moselle) et des infrastructures adéquats de sécurité
savoir-faire et des connaissances techniques a participé à la formation de personnel sanitaire des aliments, s’agissant notamment
pour la sécurité alimentaire et les zoonoses, de la CAAS concernant la sérologie de capacités de laboratoire et de systèmes de
la santé et le bien-être des animaux, anticorps antirabiques sur animaux surveillance et de notification.
la santé des végétaux, la résistance domestiques et/ou sur faune sauvage. Gérer les risques de sécurité sanitaire des
aux antibiotiques, la surveillance J.-C. T. aliments tout au long de la chaîne alimentaire,
notamment lors des situations d’urgence.

52 ENJEUX N° 362 – Mars 2016


dossier
Solutions normatives multiples NORMES & TENDANCE

pour risques protéiformes

Parmi les recommandations de l’OMS,


la nécessité de mettre en place
et de maintenir des systèmes adéquats
de sécurité sanitaire des aliments.

Favoriser la collaboration entre santé


publique, santé animale, agriculture et autres
afin d’améliorer communication, échange
d’informations et mise en œuvre d’interven-
tions conjointes.
Intégrer la sécurité sanitaire des aliments

Science photo – Fotolia


dans les politiques et les programmes alimen-
taires plus généraux (par exemple la nutrition
et la sécurité alimentaire).
Acquérir une vision mondiale et agir loca-
lement pour veiller à ce que les aliments
­produits au niveau national soient aussi sûrs
que possible au niveau international.
En 2006, l’OMS instaurait le groupe de tra- ZOOM SUR LA SÉCURITÉ (dont les réglementations et les normes
vail de référence sur l’épidémiologie des SANITAIRE EN EUROPE appropriées, l’inspection alimentaire et les
maladies d’origine alimentaire afin d’esti- La sécurité sanitaire des aliments englobe capacités de laboratoire) soient mis en place
mer la charge mondiale de ces maladies et les initiatives garantissant la salubrité maxi- et à même de gérer les risques tout au long
de fournir aux États membres des données et male de tous les produits et denrées alimen- de la chaîne, notamment lors des situations
des outils en vue d’aider décideurs et inter- taires. Les politiques et les actions dans ce d’urgence. Si les producteurs d’aliments
venants à fixer des priorités appropriées, domaine doivent porter sur l’ensemble de la sont principalement responsables de la
fondées sur les faits, dans le domaine de la chaîne d’approvisionnement, de l’environ- sécurité sanitaire de leurs produits, trans-
sécurité sanitaire des aliments au niveau des nement à la consommation, en passant par formateurs d’aliments et consommateurs
pays. Le rapport final du groupe, composé la production primaire, la transformation, ont aussi un rôle à jouer.
d’experts de disciplines très diverses liées la distribution et la préparation. Il s’agit Pour que prévention et lutte contre les mala-
à l’épidémiologie des maladies d’origine notamment de veiller à ce que des systèmes dies d’origine alimentaire réussissent, la
­alimentaire, a été publié en octobre. adéquats de sécurité sanitaire des aliments santé publique, la santé animale et l’agricul-
ture doivent collaborer au niveau national et
international, moyennant une communica-
tion, un échange d’informations et une action
DE NOUVEAUX DÉFIS SELON L’OMS conjointe efficaces.

Si les populations vivant dans la pauvreté exportateurs. Cependant, elle rallonge LES MALADIES D’ORIGINE
sont les plus exposées aux risques davantage la chaîne alimentaire, la rend ALIMENTAIRE
de maladies d’origine alimentaire, encore plus complexe, en instaurant Les maladies d’origine alimentaire sont géné-
les évolutions démographiques un environnement où les maladies d’origine ralement de nature infectieuse ou toxique
et environnementales (vieillissement alimentaire, les dangers et les risques et causées par des bactéries, des virus, des
de la population, migration croissante, connus et émergents peuvent se propager
champignons, des prions, des parasites ou
situations d’urgence, changement plus facilement, et facilite la transmission
des substances chimiques pénétrant dans le
climatique et phénomènes météorologiques des agents pathogènes sur une longue
distance. La question de la résistance corps via l’eau ou les aliments contaminés.
extrêmes) vulnérabilisent davantage
aux antimicrobiens, un défi croissant pour Elles sont fréquentes et posent un problème
de personnes. Le changement des modes
de vie (urbanisation, développement la santé publique, est aussi un problème de santé publique, même dans les pays
des voyages, consommation d’aliments de sécurité sanitaire des aliments ­développés.
et repas non préparés à domicile) accroît auquel une solution doit être apportée. Les maladies d’origine alimentaire aiguës
aussi l’exposition au risque de maladies En Europe, Salmonella et Campylobacter (intoxication alimentaire) sont généralement
d’origine alimentaire. La mondialisation présentent des niveaux élevés de résistance causées par la consommation d’aliments
du commerce alimentaire et animal aux antimicrobiens couramment utilisés contaminés par des bactéries : Salmonella,
a diversifié les choix des consommateurs, chez les humains et les animaux. Campylobacter, Clostridium perfringens, Staphy-
tout en offrant des opportunités aux pays J.-C. T. lococcus aureus, Bacillus cereus ou Escherichia
coli, voire des virus tels que les norovirus.

ENJEUX N° 362 – Mars 2016 53


SOLUTIONS NORMATIVES MULTIPLES POUR RISQUES PROTÉIFORMES

Exposition aux risques naturels, qualité de la gestion des risques naturels et qualité
de la gestion du risque d’incendie, lutte contre la corruption, qualité des infrastructures
et fiabilité des fournisseurs locaux… Ces indicateurs servent, entre autres, à bâtir un référentiel
de la résilience des nations pour la logistique et les chaînes d’approvisionnement, éléments
structurants du commerce international et de la mondialisation des échanges.

Chaînes d’approvisionnement :
une méthodologie
pour la résilience pays
L’indice de résilience proposé permet
de qualifier la vulnérabilité des pays.

Ake1150 – Fotolia

54 ENJEUX N° 362 – Mars 2016


dossier
Solutions normatives multiples NORMES & TENDANCE

pour risques protéiformes

La résilience des chaînes


d’approvisionnement selon FM Global.

Par Jean-Claude TOURNEUR

L
’Ukraine, déstabilisée par le conflit
qui l’oppose à la Russie, pose un
défi de taille aux entreprises qui
envisagent d’y étendre leur chaîne
d’approvisionnement. Même constat pour
la Thaïlande, pays très prisé du secteur de la
fabrication, qui peine néanmoins à se relever
des inondations majeures qui l’ont dévastée il
y a déjà plusieurs années. Mais comment éva-
luer précisément le risque que présentent ces
deux pays ? L’indice de résilience FM Global
(édition 2015) quantifie leurs vulnérabilités et
celle de nombreux autres pays pour établir un
référentiel mondial en termes de résilience(1)
des chaînes d’approvisionnement.
L’Ukraine, 107e du classement, enregistre la
plus importante chute, perdant 31 places par
rapport à 2014, en répercussion directe de
l’intervention militaire russe sur son terri-
toire. La dégradation du risque politique et la

DR
fragilisation des infrastructures sont les deux
principaux facteurs négatifs qui expliquent
le recul du plus grand pays européen. La de la perception de la qualité des infrastruc- Taïwan. En gagnant 52 places pour se classer
Thaïlande, l’un des principaux pays expor- tures (transports, téléphonie et énergie, 37e, le pays affiche la plus forte progression
tateurs au monde, chute de 20 places et se notamment) et de la fiabilité des fournisseurs de 2015. Cette ascension est principalement
classe 82e sur les 130 pays et territoires étu- locaux, ainsi qu’une baisse de la stabilité poli- due à un engagement accru dans la gestion
diés. Cette évolution reflète une dégradation tique et de la qualité de la gestion du risque des risques, tant en termes de risques naturels
d’incendie. Ces points viennent exacerber la que de risque d’incendie.
(1)
FM Global définit la résilience comme
situation précaire du pays depuis les graves La France, 19e du classement, est derrière l’Al-
la combinaison de la vulnérabilité d’un pays inondations de 2011, qui avaient causé 45 mil- lemagne, pays leader de l’Union européenne,
aux ruptures de chaînes d’approvisionnement liards de dollars de pertes dans le monde. qui se maintient au 6e rang. La France est
et de sa capacité à s’en relever. Les nouvelles sont bonnes en revanche pour descendue dans le classement de l’indice au
cours des dernières années, reflétant un risque
accru de terrorisme, comme en témoignent les
attentats à Paris en janvier et novembre 2015
LE DEGRÉ DE RÉSILIENCE DES NATIONS et les attaques qui ont eu cours tout au long
l’année dernière, ainsi que la détérioration de
Les 10 pays les plus résilients Les 10 pays les moins résilients la perception de la qualité des infrastructures
en termes de rupture des chaînes en termes de rupture des chaînes et des fournisseurs locaux.
d’approvisionnement des entreprises d’approvisionnement des entreprises
1) Norvège 121) Tadjikistan
2) Suisse 122) Égypte
NEUF ANGLES D’ANALYSE
3) Pays-Bas 123) Pakistan Mis à jour chaque année par l’assureur dom-
4) Irlande 124) Jamaïque mages FM Global, l’indice de résilience
5) Luxembourg 125) Honduras FM Global constitue de fait un référentiel de
6) Allemagne 126) République dominicaine données qui mesure la résilience (la capacité
7) Qatar 127) Nicaragua à faire face à une perturbation et à s’en rele-
8) Canada 128) Mauritanie ver rapidement) selon neuf angles d’analyse.
9) Finlande 129) Kirghizstan ­L’indice compile des données fiables éma-
10) États-Unis, région 3 (centre). 130) Venezuela. nant de sources telles que le Fonds monétaire
international, la Banque mondiale, le Forum

ENJEUX N° 362 – Mars 2016 55


SOLUTIONS NORMATIVES MULTIPLES POUR RISQUES PROTÉIFORMES

La Thaïlande peine
à se relever
des épisodes d’inondations
qui l’ont frappée.

économique mondial et la base de données


FM Global, qui regroupe plus de 100 000 sites
assurés par la compagnie dans le monde. Les
pays et territoires étudiés sont classés du plus
résilient au moins résilient. L’indice est un
outil en ligne interactif (www.fmglobal.com/
resilienceindex) qui permet à chaque utilisa-
teur d’analyser les différents facteurs et vec-
teurs de résilience dans une optique d’exten-
sion de sa chaîne d’approvisionnement, de

Benik.at – Fotolia
sélection de ses fournisseurs (principaux et
d’appoint) et d’évaluation de ses installations
existantes.
« La stratégie long terme de gestion des risques
liés à la chaîne d’approvisionnement peut parfois
se heurter à des pressions de court terme pour les
managers opérationnels soucieux de rentabilité. La Norvège, première du classement, est partie du centre du pays, se classe 10e. La
Or la chaîne logistique ne relève plus de ces seuls le meilleur choix pour les entreprises qui région 1, qui comprend la majorité de la
managers ; elle doit désormais être gérée au plus cherchent à éviter toute rupture des opéra- côte est, occupe la 16e position, tandis que la
haut niveau par l’équipe de direction », souligne tions de leur chaîne d’approvisionnement région 2, qui correspond principalement à la
Thierry Masurel, directeur général de l’opé- mondiale. Le Venezuela est quant à lui le plus côte ouest, est 21e.
ration Europe du Sud de FM Global. « Après mal noté des 130 pays et territoires étudiés. Les trois régions qui composent la Chine se
une rupture de votre chaîne d’approvisionne- Les trois régions qui composent les États-Unis classent 63e (région 3), 64e (région 1) et 69e
ment, il peut s’avérer difficile, voire impossible, (est, centre et ouest) figurent toutes dans le (région 2). Outre les risques de catastrophes
de rétablir votre part de marché, votre chiffre d’af- top 25. naturelles, la situation de la Chine se carac-
faires et votre réputation. L’indice de résilience térise, selon les conclusions du rapport, par
FM Global est conçu pour aider les chefs d’en- LE CAS DES ÉTATS-UNIS des performances médiocres en termes de
treprise à préserver leur activité en prenant des ET DE LA CHINE responsabilité et de transparence, un haut
décisions avisées en termes d’implantation et de Les États-Unis et la Chine sont subdivisés niveau de corruption perçue, des inquié-
maintenance des installations de leurs fournis- en trois régions distinctes afin de prendre en tudes croissantes en matière de sécurité, ainsi
seurs à l’échelle mondiale », ajoute Bret Ahnell, compte la diversité des risques naturels qui que des problèmes dans le secteur financier,
vice-président exécutif chargé des opéra- pèsent sur ces vastes territoires. La région 3 notamment en ce qui concerne le positionne-
tions chez FM Global. des États-Unis, qui intègre la plus grande ment fragile des banques du pays.

COMMENT CET INDICE DE RÉSILIENCE EST-IL CONSTRUIT ?


L’indice de résilience est compilé chaque d’incendie ; lutte contre la corruption, d’approvisionnement et leur capacité
année pour FM Global, spécialiste qualité des infrastructures et fiabilité à s’en relever. »
mondial de l’assurance dommages, des fournisseurs locaux (cf. ci-dessous). 
par la société d’analyse et de conseil « Dans un contexte d’intensification Les critères
Oxford Metrica. L’indice est obtenu de la mondialisation, de plus en plus Facteur : économie.
en combinant les trois principaux d’entreprises gèrent leurs activités selon Vecteurs : PIB/habitant, risque politique,
facteurs qui sous-tendent la résilience un schéma sans frontières et interconnecté, intensité pétrolière.
des entreprises en cas de rupture de leur explique Deborah Pretty, experte
chaîne d’approvisionnement : économie, référente au sein d’Oxford Metrica. Facteur : qualité du risque.
qualité du risque et qualité de la chaîne L’indice de résilience FM Global offre une Vecteurs : exposition aux risques naturels,
d’approvisionnement proprement vision unique et probante de la façon qualité de la gestion des risques naturels,
dite. Chacun de ces trois facteurs est dont 130 pays et territoires font face aux qualité de la gestion du risque incendie.
subdivisé en trois vecteurs de résilience : ruptures de chaînes d’approvisionnement.
PIB par habitant, risque politique Les P-DG, directeurs financiers et autres Facteurs : chaîne d’approvisionnement.
et vulnérabilité aux pénuries de pétrole décideurs pourront désormais ajuster Vecteurs : lutte contre la corruption,
et chocs pétroliers ; exposition aux risques leur stratégie d’investissement infrastructures, fiabilité des fournisseurs
naturels, qualité de la gestion des risques en prenant en compte la vulnérabilité locaux.
naturels et qualité de la gestion du risque des pays étudiés aux ruptures de chaînes J.-C. T.

56 ENJEUX N° 362 – Mars 2016


Solutions normatives multiples NORMES & APPLICATION
BTP
pour risques protéiformes // Certification //

Depuis septembre 2015, la certification NF Habitat se substitue progressivement à toutes


les précédentes certifications portées par Qualitel, Cerqual et Céquami. Comme l’a précisé
Sylvia Pinel, alors ministre chargée du logement, « une marque unique va permettre
aux particuliers, aux entreprises et aux collectivités une plus grande lisibilité sur la qualité
des bâtiments ». NF Habitat peut être associée à la marque HQE pour des performances
supérieures. Langage et cadre opérationnel communs sont en jeu.

NF Habitat, repère unique
de la qualité
des logements
La nouvelle certification est commune
aux différentes typologies d’habitat.

DR

ENJEUX N° 362 – Mars 2016 57


NORMES & APPLICATION BTP // Certification //

Par Pascale MAES

L
’éventail des marques de certi- entreprises, syndics de copropriété, collecti-
fication de l’habitat, qui se sont vités et aménageurs.
multipliées au fil des ans, était Tout comme pour les certifications pré-
semble-t-il devenu complexe pour cédentes, NF Habitat – NF Habitat HQE
REPÈRES les particuliers, mais aussi pour les pro- ­correspond à la démarche volontaire d’un
fessionnels eux-mêmes. Afin de simplifier professionnel souhaitant faire la preuve de
« Une marque unique pour tous le panorama de ces certifications, Qualitel, son engagement en matière de qualité. Elle
les logements, tous les projets » Cerqual Qualitel Certification et Céquami s’inscrit dans le cadre du Code de la consom-
Le cadre de certification commun ont dès lors entrepris un important travail de mation (article L. 115-27), est délivrée par
se décline en dix référentiels applicatifs, réflexion avec toutes les parties prenantes. des organismes indépendants accrédités par
regroupant les exigences relevant Ce cheminement a abouti à la création d’une le Cofrac (norme Iso/IEC  17065). Céquami
de NF Habitat et de NF Habitat HQE :
nouvelle certification, NF  Habitat, comme et Cerqual Qualitel Certification sont man-
Construction logement, Construction
repère unique de qualité du logement. Cette datés par Afnor  Certification pour délivrer
résidence services, Construction
nouvelle certification a pour atout majeur la marque NF Habitat et par l’Association
établissements médico-sociaux,
Rénovation logement/résidence services, d’être commune aux différentes typologies HQE pour délivrer la marque HQE.
Rénovation copropriété, Rénovation d’habitat : maison individuelle, immeuble
établissements médico-sociaux, collectif, résidence services, établissement DE LA MARQUE NF
Exploitation, Exploitation copropriété, médico-social… que ce soit en construction AU CADRE DE RÉFÉRENCE
Construction maison, Rénovation neuve, rénovation ou exploitation, et ce pour DU BÂTIMENT DURABLE
maison. Leur présentation et leur tous les acteurs : maîtres d’ouvrage publics, Les référentiels applicatifs reflètent les fon-
architecture sont identiques. promoteurs, constructeurs de maisons indi- damentaux de la marque NF et les objectifs
viduelles, professionnels de la rénovation, du nouveau cadre de référence du b ­ âtiment

« Cette certification
s’inscrit dans
le cadre du Code
de la consommation. »

NF Habitat correspond
à la démarche volontaire
d’un professionnel souhaitant
faire la preuve
de son engagement
DR

en matière de qualité.

58 ENJEUX N° 362 – Mars 2016


NORMES & APPLICATION
BTP
// Certification //

PAROLES D’EXPERT

Antoine Desbarrières
Directeur de Qualitel et président
de Cerqual Qualitel Certification.

Francois Renault
durable de l’Association HQE. Selon Chris-
tine Kertesz, responsable du départe-
ment mandatement à Afnor ­Certification,
«  la  marque NF garantit non seulement la
conformité aux normes en vigueur, mais aussi à
des critères de qualité supplémentaires répondant

« Nous avons décidé de capitaliser


aux besoins du marché ». Pour les ouvrages de
construction, NF Habitat est un signe qui
donne confiance quant aux caractéristiques
essentielles des bâtiments (qualité, sécurité,
aptitude à l’usage…). À partir de ce socle
sur la forte notoriété auprès du grand
indispensable, Cerqual Qualitel Certification
et Céquami ont défini des exigences relatives public de cette marque de qualité »
au secteur résidentiel et apporté des préci-
sions selon les différentes catégories de loge-
ments et l’étape de leur cycle de vie (construc- Pourquoi opter pour la marque NF Où en est la mise en place de l’application
tion, rénovation, exploitation). NF Habitat au lieu de créer votre propre marque ? et du contrôle de NF Habitat ?
exige par ailleurs de respecter les normes de Antoine Desbarrières : Pour simplifier A. D. : Pour faciliter la transition, nous
conception et de réalisation (norme NF EN notre offre de certification et la rendre plus donnons du temps aux professionnels, qui ont
15978, Eurocodes, NF DTU…) et demande attractive, nous avions le choix entre créer jusqu’au 1er juillet 2016 pour s’approprier cette
l’utilisation de produits certifiés ou sous avis une nouvelle marque globale, nous appuyer refonte de la certification. Sur les modalités
technique. Les professionnels doivent s’en- sur une de nos marques existantes, par exemple de contrôle, un changement important consiste
gager à fournir des services à leurs clients Qualitel, ou se référer à la marque NF. Les avis en la possibilité d’autoévaluation des maîtres
(accompagnement, informations claires…) et du groupe de concertation étaient de fait partagés d’ouvrage publics, promoteurs, constructeurs
mettre en place un système de ­management et il y a eu débat. Finalement, nous avons de maisons individuelles, dont la maturité est
de la qualité. décidé de capitaliser sur la forte notoriété auprès avérée au moyen d’audits de leur système de
NF Habitat HQE s’appuie sur le nouveau cadre du grand public de cette marque de qualité. management. Ces audits sont complétés par des
de référence du bâtiment durable de l’Asso- Cette décision va dans le sens de la simplicité contrôles de notre part, adaptés à la maturité
ciation HQE, qui tient compte des travaux recherchée et de la recommandation du plan constatée. En comparaison avec le respect du Code
de normalisation européens conduits par le Bâtiment durable : elle privilégie l’intérêt général de la route, la certification joue un peu le rôle
Cen/TC 350, ainsi que différentes réflexions et et conforte le partenariat déjà établi avec Afnor du gendarme. Mais comme il ne peut y avoir
études, dont celles du plan Bâtiment durable. et l’Association HQE. un gendarme à chaque carrefour, les professionnels,
Ce cadre de référence comprend trois grands comme les automobilistes avec les règles de bonne
chapitres portant sur la qualité de vie (santé, Comment cette nouvelle certification conduite, doivent s’approprier les exigences
confort, bien-être), le respect de l’environ- peut-elle aider à répondre aux enjeux actuels? de la certification et s’autoréguler. Cela renforce
A. D. : Les certifications de Qualitel sont le principe de l’amélioration continue.
multicritères, et ces critères doivent sans
cesse évoluer afin de prendre en considération Quel avenir envisagez-vous
REPÈRES de nouveaux enjeux. Outre le confort et la maîtrise pour NF Habitat ?
des consommations d’énergie, la certification A. D. : Les collectivités territoriales apprécient
Deux approches NF Habitat – NF Habitat HQE va davantage que cette nouvelle certification présente un langage
Pour permettre au plus grand prendre en compte la qualité de l’air intérieur, et un cadre identiques quel que soit le bâtiment.
nombre d’acteurs de s’engager dans
le vieillissement de la population, la préservation Toutefois, les référentiels peuvent être aisément
ce processus de qualité, la certification
de la biodiversité, la valeur verte, le besoin territorialisés, de fait certaines d’entre elles ont
NF Habitat rend possible une démarche
par projet ou une démarche globale
de logements connectés… La notion de performance déjà passé des conventions visant à prescrire
certifiant l’ensemble de l’organisation s’affirme également. Nous avons établi des NF Habitat ou NF Habitat HQE (Bordeaux
et des procédures de l’entreprise indicateurs auxquels se référer et permettant Euratlantique, Grand Paris Aménagement…).
ou de l’organisme. Dans ce dernier d’évaluer le bâtiment dans son ensemble. Cette territorialisation sera développée pour l’île
cas, selon la maturité du système Par ailleurs, au regard de la transition numérique, de la Réunion en juillet 2016. Nous sommes
de management du professionnel, les référentiels sont constitués comme une base également en train de développer, pour la même
les contrôles liés à la certification de données permettant, par exemple, de sélectionner échéance, le volet usage et exploitation pour
sont ajustés : plus il est mature, moins les exigences selon différents critères (niveaux les copropriétés.
les contrôles sont nombreux. de performances, corps d’état concernés, bénéfices
clients…) ou d’être interfacés avec les outils Bim. Propos recueillis par P. M.

ENJEUX N° 362 – Mars 2016 59


NORMES & APPLICATION BTP // Certification //

DES ÉTOILES
POUR NF HABITAT HQE
Un logement, une résidence,
un établissement NF Habitat HQE
répondent à un socle commun
d’exigences obligatoires, auxquelles
peuvent s’ajouter des exigences
optionnelles pour atteindre des niveaux
supérieurs. 1, 2, 3 ou 4 étoiles sont
alors associées aux thématiques qualité
de vie, respect de l’environnement
et performance économique, afin
de permettre aux collectivités
et aux consommateurs d’identifier
Augusto Da Silva

ces valeurs repère.

P. M.

NF Habitat HQE s’appuie sur le nouveau cadre de référence du bâtiment durable


de l’Association HQE.

nement (ressources et énergies, pollutions, NOUVELLE FAÇON technologiques, énergétiques et structurels, ce


­biodiversité) et la performance économique D’ENVISAGER L’HABITAT que leur apportent les référentiels. Quant aux
(optimisation des coûts, valeur patrimoniale, La transition énergétique, environnementale, collectivités, elles souhaitent s’appuyer sur des
développement des territoires). Il intro- sociétale et numérique qui marque l’époque valeurs sûres pour accompagner et valoriser
duit également la notion de management induit de multiples mutations dans le domaine leurs politiques publiques.
­responsable de la qualité, notamment en lien de l’habitat et de nouvelles stratégies immobi- Parallèlement, le développement du numé-
avec les normes Iso 9001 et 14001 (systèmes lières. La certification NF Habitat – NF Habitat rique et des réseaux intelligents, le déploie-
de management de la qualité et de l’environ- HQE est destinée à s’inscrire pleinement dans ment du Building Information Modeling
nement) et la norme Iso 26000 Responsabilité cette dynamique, en accompagnant les acteurs (Bim) (cf. Enjeux n° 357) constituent une évo-
sociétale des entreprises. Nicolas Ribière, pré- face à ces nouveaux enjeux et en contribuant lution fondamentale pour un grand nombre
sident de Céquami, précise que « Cerqual Qua- à l’évolution des pratiques. Les particuliers d’acteurs qui doivent adapter leurs pratiques.
litel Certification et Céquami se sont considéra- sont devenus exigeants en termes de qualité Pour s’inscrire dans cette dimension, Cerqual
blement investis aux côtés de l’Association HQE de vie, d’économies, de santé, d’accessibilité, Qualitel Certification a créé une base numé-
pour faire de NF Habitat HQE l’outil opérationnel de fonctionnalité… NF Habitat leur donne rique unique pour les référentiels applicatifs,
du cadre de référence du bâtiment durable pour le les moyens de devenir davantage acteurs de facilitant la gestion des données et une dispo-
logement  ». Céquami a par exemple travaillé leur logement (transparence sur le contenu de nibilité immédiate des mises à jour. Une nou-
sur la cohérence de l’offre de rénovation de la certification, mode d’emploi de leur loge- velle version de l’Extranet Gisele, préfigura-
maisons NF Habitat HQE, avec notamment ment, suivi et contrôle des consommations…). tion du «  carnet numérique du logement  »,
la recharge d’un véhicule électrique, le rafraî- Les professionnels sont, pour leur part, en accompagne cette évolution.
chissement naturel, le contrôle du bon fonc- demande de leviers efficaces de développe-
tionnement de la ­ventilation. ment et d’appuis adaptés aux nouveaux défis Pour en savoir plus : nf-habitat.fr

Les particuliers sont


devenus exigeants
en termes de qualité
de vie, d’économies,
de santé, d’accessibilité,
de fonctionnalité…

La transition énergétique,
environnementale, sociétale
et numérique induit
de multiples mutations
DR

dans le domaine de l’habitat.

60 ENJEUX N° 362 – Mars 2016


NORMES & APPLICATION
À suivre… en bref
TRANSPORTS BTP

CMA CGM AMÉLIORE RECYCLAGE DES DÉCHETS


SA PERFORMANCE CO2 DE CHANTIER : LE PROJET DEMOCLES
A PROGRESSÉ
CMA CGM annonce avoir amélioré sa performance
CO2 de 50 % sur sa flotte en propriété en dix ans.
Aujourd’hui, un conteneur émet en moyenne 60 grammes Fort de vingt-huit participants lors déchets et leur gestion effective), un chantier
de CO2 par kilomètre parcouru, contre environ 120 grammes de son lancement, le projet Democles de la ville de Lyon (pour tester la mise en œuvre
en 2005. Les navires les plus performants du groupe fédère et mobilise aujourd’hui quarante d’une bonne gestion des déchets et évaluer les
rejettent, eux, 37 grammes de CO2 par conteneur transporté, organismes, entreprises et administra- outils existants : diagnostic déchet, documents
à l’instar du CMA CGM Bougainville, qui peut transporter tions autour du recyclage des déchets contractuels et documents de suivi).
18 000 conteneurs ou 200 000 tonnes de marchandises. du second œuvre sur les chantiers de De nombreuses questions stratégiques ont été
CMA CGM rappelle aussi que « le transport maritime est réhabilitation et démolition. À l’ori- soulevées : comment se traduit la responsabilité
70 fois moins polluant que l’avion ». Pour atteindre cet gine du projet, un constat de terrain fait par vis-à-vis des déchets tout au long du chantier ?
objectif, le CMA CGM s’appuie sur une flotte optimisée et l’éco-organisme Récylum, initiateur et coor- Quels sont les enjeux volumiques concernant
équipée d’innovations environnementales. En repensant la dinateur de Democles : la faible mobilisation les déchets du second œuvre ? Est-il préfé-
structure de ses navires, CMA CGM améliore leur hydro­ autour du recyclage des déchets de chantier rable de trier les déchets sur chantier ou hors
dynamisme, réduisant directement leur consommation en et la nécessité d’une concertation entre les chantier ? Quel conditionnement faut-il utiliser
carburant et, partant, leurs émissions de CO2. Plusieurs acteurs du bâtiment. En effet, Récylum, qui pour permettre une valorisation efficiente des
­innovations techniques ont été mises en place sur la flotte : offre un service gratuit de collecte et de recy- déchets ? Quelle est la pertinence des outils de
– De nouveaux bulbes d’étrave ont été installés, afin d’adap- clage des équipements électriques usagés, a traçabilité existants ? Les conclusions de Demo-
ter l’hydrodynamisme des navires à la vitesse de navigation accompagné des entreprises de travaux sur cles sont attendues en ce début d’année.
réduite adoptée. plus de 130 chantiers de réhabilitation ou de J.-C. T.
– Les hélices ont été optimisées pour gagner en efficience démolition depuis 2012.
suite à la réduction des puissances moteurs. Leur diamètre a Après dix-huit mois de travail, des réunions
été augmenté et une pale a été supprimée. du comité de pilotage et des groupes valori-
– Un nouveau système de safran suspendu à bords orientés sation, dépose sélective, maîtrise d’ouvrage
permet une amélioration de l’écoulement de l’eau et donc et maîtrise d’œuvre, ont été menés : six
de la performance hydrodynamique du navire. chantiers tests (identification du gisement de
déchets, inventaire des freins et leviers), douze
L’OPTIMISATION DES ROUTES SUIVIES chantiers des établissements publics fonciers
CMA CGM a aussi mis au point le Fast Oil Recovery System, d’Île-de-France (pour comparer les diagnostics

DR
qui en cas d’accident permet de réduire significativement
le temps d’intervention nécessaire pour vider les cuves du
navire et éviter toute pollution. Tous les navires neufs du
groupe sont également équipés d’un système de traitement CYCLE DE L’EAU
des eaux de ballast (utiles à l’équilibre du navire) : avant
d’être rejetées, elles sont débarrassées de tout organisme
vivant pouvant avoir un impact sur la biodiversité marine. ENTRETIEN DES INSTALLATIONS
De son côté, le Fleet Navigation and Support Center doit
permettre d’optimiser routes, vitesses et consommations, D’ASSAINISSEMENT NON COLLECTIF
tout en assurant la sécurité des équipages et navires. Opéra-
tionnel 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, ce centre d’assis- Toute habitation non raccordée au réseau public de collecte des eaux usées doit
tance et de conseil à la navigation apporte aux équipages en disposer d’une installation d’assainissement non collectif. Il est de la responsabilité du
mer des conseils de navigation leur permettant d’emprunter propriétaire d’en assurer le bon fonctionnement en réalisant l’entretien et en faisant périodi-
des trajets plus écologiques. quement vidanger son installation. Certaines de ces opérations exigeant une compétence tech-
CMA CGM développe et utilise de nouveaux conteneurs res- nique importante, il est apparu utile de détailler par une norme l’ensemble des opérations et
pectueux de l’environnement, économisant 1 à 2 tonnes de prestations concernées. Élaborée par un groupe d’experts de la commission de normalisation
fuel par jour, et évitant ainsi l’émission de 3 à 6 tonnes de Assainissement, la norme NF P 16-008 s’adresse autant aux propriétaires d’installation qu’aux
CO2. Le groupe a investi dans 30 000 conteneurs réfrigérés professionnels de l’entretien.
Reefers dotés de moteurs basse consommation permet- Cette norme couvre l’entretien des installations d’assainissement non collectif destinées au trai-
tant de réduire jusqu’à trois fois la dépense électrique et la tement des eaux usées domestiques ou assimilées. L’entretien englobe également la mainte-
consommation de fuel. nance et le suivi du fonctionnement. Il porte, à partir du point de collecte général des eaux usées,
J.-C. T. sur l’ensemble de la filière, composée de la collecte, du transport, du traitement et de l’évacuation
des effluents. L’objectif de l’entretien est de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour garan-
tir un fonctionnement pérenne de l’installation.
La norme NF P 16-008 définit les principales prestations relatives à l’entretien des installations
d’assainissement non collectif. Elle concerne le diagnostic des installations en vue de la contrac-
Malmif photography 3

tualisation de leur entretien et accompagne le prestataire dans la définition de son offre de


services et des méthodes mises en œuvre sur le terrain. Elle permet d’identifier les prestations
susceptibles d’être contractualisées, et de caractériser le niveau de la qualité des prestations au
moyen d’indicateurs de performances.
M.-C. B.

ENJEUX N° 362 – Mars 2016 61


NORMES & APPLICATION À suivre… en bref

PROPRIÉTÉ INTELLECTUELLE CONSOMMATION

CJUE – FC BARCELONE : 1-0 FLAMME VERTE, NF BOIS


La Cour de justice de l’Union DE CHAUFFAGE ET NF GRANULÉS
européenne (CJUE) a rejeté le BIOCOMBUSTIBLES
recours du club de football de
Barcelone, qui souhaitait l’enre- POUR LA QUALITÉ DE L’AIR
gistrement comme marque com-
munautaire des contours de son Après l’émoi suscité par les projets a­ limentation en air et prolonge la durée
écusson. « La marque demandée d’interdiction de certains feux de de la flambée.
ne permet pas aux consommateurs cheminée, recherche de solutions et – Il est nécessaire de procéder réguliè-
d’identifier l’origine commerciale des de bonnes pratiques pour réduire les rement au nettoyage de la vitre, du cen-

DR
produits et des services visés par la demande d’enregistrement », émissions de polluants et améliorer la drier, etc. L’entretien annuel passe par le
résume la CJUE. qualité de l’air sont en vogue. remplacement des pièces d’usure et le
En avril 2013, le Fútbol Club Barcelona (club de football de Barce- Pour le résidentiel – sept millions de ramonage obligatoire (avec un profes-
lone) demandait à l’Office de l’harmonisation dans le marché intérieur foyers se chauffent au bois –, l’utilisation sionnel formé), qui permet d’éviter une
(OHMI) d’enregistrer comme marque communautaire un signe figuratif d’un appareil labellisé Flamme verte, sept surconsommation de combustible de 7 à
consistant en la forme de son écusson, pour notamment des produits fois plus performant qu’un foyer ouvert et 10 %. Le règlement sanitaire départe-
papier, des vêtements et des activités sportives. En mai 2014, l’OHMI trente fois moins émetteur de particules, mental type (RSDT), en vigueur en France,
rejetait la demande d’enregistrement : le signe concerné n’était pas réduit les émissions de polluants. À condi- impose de procéder à deux ramonages par
susceptible d’attirer l’attention des consommateurs sur l’origine com- tion de respecter quelques règles : an, dont un durant la saison de chauffe.
merciale des produits et des services visés par la demande. – Choisir un combustible de qualité. Afin Les appareils Flamme verte bénéficient
Le FC Barcelone a introduit un recours devant le Tribunal de l’Union d’optimiser le fonctionnement de l’appa- du soutien public avec le crédit d’impôt
européenne à l’encontre de la décision de l’OHMI. Dans son arrêt, reil de chauffage, il est primordial d’utiliser transition énergétique dès lors qu’ils sont
la Cour confirme qu’aucune des caractéristiques du signe en cause du bois sec. Un taux d’humidité dépassant installés par un professionnel RGE.
ne contient d’élément frappant qui pourrait attirer l’attention des 40 % provoque une perte de 25 % de J.-C. T.
consommateurs. La marque serait davantage perçue par les consom- rendement par rapport à une bûche au
mateurs comme une forme simple et ne leur permettrait pas de dis- taux d’humidité de 20 % et augmente les
tinguer les produits ou les services de son détenteur de ceux des émissions polluantes. Pour le bois bûche, il
autres entreprises. Le Tribunal souligne également que des écussons existe deux labels : NF Bois de chauffage
sont couramment utilisés dans la vie des affaires à des fins purement et France Bois Bûche. Pour un appareil à
décoratives sans qu’ils remplissent une fonction de marque. Consé- granulés, il s’agit de brûler des granulés de

Oleksandr Delyk – Fotolia


quence : le signe en question ne dispose pas du caractère distinctif bois certifiés.
exigé par le règlement sur la marque communautaire aux fins de son – L’allumage par le haut est la meilleure
enregistrement. Le Tribunal relève aussi que le Barça n’est pas par- technique pour préserver l’environnement.
venu à démontrer que ce signe aurait acquis un caractère distinctif Cette méthode produit moins de suie et
par son usage. de cendres, réduit encore les émissions
J.-C. T. de particules fines, assure une meilleure

AGROALIMENTAIRE

ŒUFS : LES CONDITIONS D’UTILISATION DES MENTIONS

Dvoevnore – Fotolia
LIÉES À LA FERME ENCADRÉES
Un décret sur les conditions d’utilisation des mentions valorisantes « fermier », « produit de la ferme » ou « pro-
duit à la ferme » pour les œufs de poules pondeuses de l’espèce Gallus gallus est entré en vigueur en janvier.
Parmi les prescriptions, les poules pondeuses doivent être élevées selon le mode de production biologique ou selon les dispositions du règlement (CE) no 589/2008 sur les
modalités d’application du règlement (CE) no 1234/2007 en ce qui concerne les normes de commercialisation applicables aux œufs permettant l’utilisation de la mention
« œufs de poules élevées en plein air ». L’exploitation où sont élevées les poules pondeuses doit répondre à plusieurs caractéristiques :
– l’exploitant est propriétaire des poules pondeuses assurant la production des œufs et est responsable de la conduite de l’élevage ;
– l’exploitant produit des céréales utilisées pour l’alimentation des poules pondeuses ou s’approvisionne auprès d’exploitations agricoles situées dans le département ou les départe-
ments limitrophes ;
– la production d’œufs ne constitue pas la seule source de revenu de l’exploitant ;
– le nombre de poules pondeuses présentes sur l’exploitation n’excède pas 6 000 ;
– les œufs sont ramassés et triés manuellement et quotidiennement soit directement dans les pondoirs, soit après leur évacuation directe des pondoirs jusqu’à une table de tri ;
– l’étiquetage des emballages d’œufs porte l’indication du mode d’alimentation des poules pondeuses mentionné ;
– dans le cas de la vente en vrac, cette indication est mentionnée sur un panneau situé à proximité du lieu de vente des œufs ;
– lorsque les œufs ne sont pas remis directement au consommateur final par l’exploitant, le nom de l’exploitant et l’adresse, composée au minimum du nom de la com-
mune dans laquelle est établi l’exploitant et son code postal, sont mentionnés sur les emballages ou, dans le cas de la vente en vrac, sur le panneau.
J.-C. T.

62 ENJEUX N° 362 – Mars 2016


NORMES & APPLICATION
À suivre… en bref
INFORMATION ET COMMUNICATION

UIT : DES DONNÉES MONDIALES TIC À LA HAUSSE


2015. 46 % des ménages dans le monde ont accès PROGRAMME CONNECT 2020,
à l’Internet à domicile, contre 44 % fin 2014 et tout INDICE IDI ET INDICATEURS
juste 30 % il y a cinq ans. Dans les pays développés, En 2014, l’UIT a adopté le Programme Connect
81,3 % des ménages disposent d’un accès à l’Inter- 2020, qui fixe une série de buts et de cibles visant à
net, contre 34,1 % dans les pays en développement améliorer la croissance et le caractère inclusif des TIC,
et à peine 6,7 % dans les 48 pays les moins avancés ainsi que leur durabilité, et à renforcer le rôle de l’in-

Idprod – Fotolia
(PMA) tels que désignés par les Nations unies. novation et des partenariats. Le rapport « Mesurer la
Plus de 95 % de la population mondiale est aujourd’hui société de l’information » dresse un bilan de la situa-
desservie par le cellulaire mobile. Mais 350 millions tion actuelle, de ces cibles dans le monde et avance
de personnes dans le monde vivent encore dans des des estimations concernant leur degré de réalisation
Le rapport de référence de l’Union internatio- endroits hors de portée d’un réseau mobile, en baisse à l’horizon 2020.
nale des télécommunications (UIT) « Mesu- par rapport à fin 2014 (450 millions). Si 89 % de la L’indice IDI réunit onze indicateurs qui permettent
rer la société de l’information » révèle que population mondiale urbaine a accès à un réseau 3G, l’établissement de comparaisons aux niveaux mon-
3,2 milliards de personnes sont désormais 29 % seulement des 3,4 milliards de personnes habi- dial, régional et national pour suivre la progression
connectées, soit 43,4 % de la population mon- tant en zone rurale bénéficient de cette technologie. des TIC au fil du temps. Cet indice mesure l’accès
diale, tandis que le nombre d’abonnements Fin 2015, la Corée du Sud arrive en tête de l’IDI. Elle aux TIC, l’utilisation de ces technologies et les com-
au cellulaire mobile atteint presque 7,1 mil- est suivie de près par le Danemark (2e) et l’Islande (3e). pétences dans ce domaine, sur la base d’indicateurs
liards dans le monde, avec plus de 95 % de la Les 30 pays en tête du classement IDI sont les pays tels que le nombre d’abonnements au cellulaire
population mondiale desservie par un signal d’Europe et les pays à revenus élevés d’autres régions : mobile, le nombre de ménages ayant un ordinateur,
mobile. Les 167 pays pris en compte dans l’Indice Australie, Bahreïn, Barbade, Canada, Hongkong le nombre d’internautes, le nombre d’abonnements à
de développement des technologies de l’information (Chine), Japon, Macao (Chine), Nouvelle-Zélande, Sin- l’Internet fixe large bande et mobile large bande et le
et de la communication – TIC (IDI), établi par l’UIT, gapour et États-Unis. Presque tous les pays étudiés ont taux d’alphabétisation.
ont tous vu leur indice IDI augmenter entre 2010 et progressé au c­ lassement IDI en 2015. J.-C. T.

BTP

NEXANS FAVORISE UN LABORATOIRE DES PERFORMANCES


LA PRISE EN MAIN DU RPC ENVIRONNEMENTALES DES PRODUITS AU CSTB
Nexans a organisé aux Pays-Bas une conférence sur Le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) a créé un laboratoire des perfor-
la sécurité incendie et les obligations du règlement mances environnementales dans le cadre de l’évaluation des produits de construction
Produits de la construction (RPC) pour entreprises et de décoration. Il s’inscrit dans l’incitation et l’encadrement de l’évaluation environnementale des
et parties prenantes. Nexans a réuni experts techniques, bâtiments sur base de l’analyse du cycle de vie (ACV). Les industriels doivent en effet répondre à des
universitaires et clients avant l’entrée en vigueur du RPC en exigences réglementaires renforcées. Pour lutter contre les allégations environnementales trompeuses,
décembre dernier : installateurs, prescripteurs et ingénieurs les pouvoirs publics français ont décidé, dans le cadre du Grenelle de l’environnement, d’encadrer toute
étaient invités à réfléchir à la sécurité incendie et à leurs communication à caractère environnemental. Pour le bâtiment (produits de construction et de décoration,
responsabilités. Point central : le lien entre sécurité incendie, équipements), un décret est en vigueur depuis 2014. Les industriels qui commercialisent des produits de
réglementation RPC et responsabilité civile. construction et de décoration affichant des qualités ou performances environnementales sont tenus de
Des intervenants de l’Institut de la qualité du bâtiment et réaliser une déclaration environnementale (DE) de produit. Cette DE, valable cinq ans, détaille les caracté-
du département de droit constitutionnel et administratif ristiques environnementales du produit établies à partir de l’ACV. Complétée par des données sanitaires,
de l’université libre d’Amsterdam ont notamment expli- elle devient une fiche de données environnementales et sanitaires (FDES). Dès juillet 2017, les FDES
qué la réglementation. Ils ont abordé les responsabilités devront obligatoirement être vérifiées par un expert indépendant, habilité à attester de leur conformité aux
légales et éthiques des entreprises dans les Vingt-Huit exigences de la norme NF EN 15804 et de son complément national XP P 01-064/CN.
avec l’entrée en vigueur du RPC. La conférence a porté Avec la loi transition énergétique et croissance verte, la France a engagé une démarche liée à l’étiquette
sur le caractère vital des produits de construction pour la environnementale des bâtiments afin de définir le référentiel d’un bâtiment à haute performance environne-
sécurité incendie. Nexans a passé en revue les défis tech- mentale. DE et FDES sont importantes pour évaluer la performance environnementale des bâtiments HQE.
niques auxquels les fabricants de câbles sont confrontés Le laboratoire propose quatre types de prestations : réalisation des DE ou FDES pour les acteurs n’en pos-
pour se conformer au RPC et à la façon d’envisager les sédant pas pour le ou les produits qu’ils commercialisent ; vérification des DE ou FDES pour les acteurs ne
innovations nécessaires pour maintenir cette conformité. possédant pas de déclaration vérifiée par une tierce partie indépendante ; révision des DE ou FDES pour les
Nexans a travaillé avec l’université de Lund pour veiller à acteurs souhaitant revoir leurs déclarations au regard d’une problématique spécifique ; offre d’expertise
la totale conformité de ses câbles avec le RPC. « Le RPC pour des prestations sur mesure et adaptables à tous les besoins.
apporte aux États membres un langage commun pour la Dans le détail, la réalisation des DE ou FDES intègre le cadrage de l’étude (définition et validation des pro-
définition des règles de sécurité incendie. Il appartient aux duits qui font l’objet de la DE, définition du cycle de vie du produit, identification des données d’inventaires
autorités réglementaires de chaque État de préciser le disponibles et de celles à rechercher…), la réalisation de l’ACV et la rédaction de la déclaration. En ce qui
niveau de performance à respecter par les constructeurs et concerne le volet optionnel des FDES relatif aux caractéristiques sanitaires, le CSTB est compétent pour
installateurs », affirme le groupe. traiter les exigences relatives au relargage des substances dangereuses dans l’air, l’eau et le sol.
J.-C. T. J.-C. T.

ENJEUX N° 362 – Mars 2016 63


NORMES & APPLICATION À suivre… en bref

SPORTS/LOISIRS INGÉNIERIE INDUSTRIELLE

PETITS NAVIRES : ZOOM USINE 4.0 : L’ALLIANCE


SUR LA SÉCURITÉ INCENDIE POUR L’INDUSTRIE DU FUTUR
ET BERCY AMBITIEUX
La nouvelle norme
NF EN Iso 9094 Petits
navires – protection Le programme de la Nouvelle France du programme d’investissement d’avenir

Photo-maxx – Fotolia
contre l’incendie industrielle contient cinq piliers : intitulé Industrie du futur, mis en œuvre
remplace les normes développement de l’offre tech- par le Commissariat général à l’investis-
homologuées nologique, accompagnement des sement. Cet appel à projets, opéré par
NF EN Iso 9094-1 entreprises, formation des salariés, Bpifrance, est doté de 100 millions d’eu-
et NF EN Iso 9094-2 renforcement de la coopération ros. Il vise le développement de nouvelles
de 2003. Elle traite de la prévention de l’incendie et de la protection internationale sur les normes et pro- solutions productives, l’accélération de la
de la vie humaine en cas d’incendie sur les petits navires. Elle est des- motion de l’industrie du futur. Selon mise en œuvre de technologies de pointe
tinée à s’assurer que la conception et la disposition du bateau ainsi Emmanuel Macron, ministre de l’Écono- et la constitution d’un savoir-faire de haut
que le type d’équipement installé minimisent le risque de propaga- mie, « la modernisation de l’industrie par niveau sur ces procédés, notamment en
tion du feu et que chaque bateau habitable est pourvu de moyens le numérique est un enjeu pour toutes termes de robotique, automatisation,
d’échappée efficaces en cas d’incendie. les filières. Celles-ci peuvent rejoindre fabrication additive, nouveaux matériaux
Élaborée par le comité technique Cen/TC 188 Petits navires, elle la démarche de l’industrie du futur, à composites, numérisation de la chaîne
s’applique aux bateaux d’une longueur de coque inférieure ou l’image de la filière automobile », deve- de valeur ou encore réalité augmentée.
égale à 24 m. Les véhicules nautiques à moteur sont exclus de son nue membre de L’Alliance lors du conseil Il contribue ainsi à la modernisation de
domaine d’application. d’administration d’octobre 2015. l’outil industriel des entreprises françaises.
Parmi les principales modifications, on peut relever : le remplace- Philippe Darmayan, président de L’Alliance J.-C. T.
ment de la définition « immédiatement accessible » par « en cas pour l’industrie du futur, a présenté fin
d’urgence », l’ajout de définitions et exigences concernant les appa- 2015 l’état d’avancement des projets et
reils de cuisine, les appareils à combustible solide et les installations des ambitions. Depuis son lancement, plus
d’appareils de chauffage, des exigences particulières concernant les de 700 PME et ETI sont engagées dans
compartiments contenant des réservoirs à essence et des nourrices des actions d’accompagnement individua-
à essence ou des moteurs à essence portatifs, la clarification des lisées. Des projets de démonstrateurs sont

Nd 3000 – Fotolia
trajets d’évacuation pour les bateaux à cabine arrière, des exigences à l’étude, et la tenue d’un grand salon de
détaillées concernant l’accès aux panneaux de pont désignés comme l’industrie du futur à Paris fin 2016 a été
échappées d’incendie… décidée. Emmanuel Macron a annoncé le
M.-C. B. lancement d’un nouvel appel à projets

SANTÉ

RAYONNEMENTS IONISANTS : BIEN ÉVALUER LES NIVEAUX D’EXPOSITION


Les Français n’auraient jamais été aussi DEKRA INDUSTRIAL S’APPUIE niveaux s’avèrent non conformes, Dekra propose
exposés aux rayonnements ionisants. Outre SUR LA NORME NF C 15-160 alors, comme pour dans les autres secteurs, une
les sources naturelles (eau, air, sol, rayonnements La loi qui encadre l’utilisation des rayonnements évaluation de conformité à la norme NF C 15-160
cosmiques), l’exposition humaine provient aussi ionisants prévoit un suivi dosimétrique des tra- Installations pour la production et l’utilisation de
de sources artificielles : installations produisant de vailleurs qui permet de contrôler les doses absor- rayonnements X – exigences de radioprotection.
l’énergie nucléaire, industrie, utilisation médicale des bées par l’organisme à la suite d’une exposition Objectif : permettre à l’établissement de réaliser
rayonnements pour les diagnostics ou traitements. à des rayonnements ionisants. Récemment, le les travaux nécessaires.
En 2014, l’Institut de radioprotection et de sûreté législateur a revu le statut des amplificateurs de J.-C. T.
nucléaire (IRSN) a publié une étude selon laquelle brillance (système qui permet la transformation
près d’un Français sur deux avait eu recours à un d’une image optique en une image électronique
examen d’imagerie (radio, scanner, IRM…), ce qui a afin d’augmenter la luminosité des images obte-
pour conséquence une certaine exposition aux rayon- nues) utilisés dans les blocs opératoires. Ils ne
nements ionisants. Si la dose reçue dépend du type sont plus considérés comme des installations
d’examen réalisé et du tissu analysé, l’étude révélait mobiles, mais comme des installations fixes. Dès
qu’entre 2007 et 2012 l’exposition des Français aux lors, des mesures de protection supplémentaires
rayonnements ionisants avait tout de même aug- doivent être mises en place (protection des parois,
menté de 20 %. Dekra Industrial rappelle que « cette signalisation lumineuse). Dekra Industrial, agréé
Torwaiphoto – Fotolia

forte hausse doit s’être accompagnée d’une vigilance par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), a lancé
accrue des professionnels quant au contrôle de leurs un accompagnement des professionnels, leur
équipements, de façon à ce que ces derniers ne pré- proposant notamment d’évaluer les niveaux d’ex-
sentent pas de danger pour leurs patients ou pour position auxquels sont confrontés les travailleurs
eux-mêmes ». dans les blocs opératoires. Dans le cas où ces

64 ENJEUX N° 362 – Mars 2016


NORMES & APPLICATION
À suivre… en bref
SÉCURITÉ INGÉNIERIE INDUSTRIELLE

DES NORMES EUROPÉENNES DÉMANTÈLEMENT


INADAPTÉES AU MATÉRIEL D’INSTALLATIONS NUCLÉAIRES :
DES SAPEURS-POMPIERS ? COOPÉRATION CEA – TEPCO
Franck Proust, parlementaire La direction de l’énergie nucléaire du Commissariat à l’énergie ato-
européen (PPE), a interrogé mique (CEA) et la société japonaise Tokyo Electronic Power Company
la Commission européenne : (Tepco), en charge du démantèlement de la centrale de Fukushima-
« Selon certains sapeurs- Daiichi, ont officialisé cet automne leur coopération. Selon leur accord,
pompiers, de nouvelles normes les deux organisations peuvent échanger des informations d’ordre technique
techniques européennes (surtout et organisationnel dans les domaines du démantèlement et de la gestion des
sur les moteurs) applicables à leur déchets nucléaires. Les domaines couverts concernent notamment la gestion
nouveau matériel, principalement des opérations d’assainissement et de démantèlement ; la conduite des projets
roulant, seraient particulièrement (sécurité des travailleurs, radioprotection…) ; le développement de nouveaux
inadaptées aux spécificités procédés ou technologies en lien avec ces domaines.
de leur métier et viendraient Au travers des importants chantiers de déconstruction qu’il mène sur plusieurs
paradoxalement alourdir leurs Illustrez-vous – Fotolia de ses centres, le CEA dispose d’une expertise forte dans le domaine de l’assai-
frais (renouvellement) sans nissement et démantèlement d’une grande variété d’installations : réacteurs de
nécessité. » Autant ces normes recherche, laboratoires chauds, chaînes de retraitement du combustible. Parallè-
seraient adaptées à un usage habituel lement, Tepco doit relever, pour le démantèlement de la centrale de Fukushima
et normal (industrie, construction), et la gestion des déchets associés, un grand nombre de défis techniques tout
autant elles se transformeraient en contraintes onéreuses pour les en garantissant une sécurité maximale pour les travailleurs et les populations
sapeurs-pompiers (trajets essentiellement urbains et soumis à de fortes cha- riveraines et en limitant les impacts de ces opérations sur l’environnement.
leurs). De plus, certaines incohérences dans l’application de normes tech- Cet accord s’inscrit dans une volonté de collaboration de long terme.
niques distinctes, notamment pour les dérogations, semblent venir confir- J.-C. T.
mer ce paradoxe. Le parlementaire a demandé à Bruxelles de détailler les
réglementations qui pèsent sur le matériel technique des sapeurs-pompiers
et de préciser les régimes d’exemption qui existent déjà en fonction de la
destination du matériel, par exemple les armées. Il a aussi souhaité savoir si RISQUES
la Commission avait envisagé un régime d’exemption spécifique ou s’appli-
quant plus largement aux véhicules d’intérêt général prioritaires (secours et
incendies), comme le souhaitent certains professionnels. SÉCURITÉ DU CITOYEN :
LA NORME EN 14466 ZOOM SUR LES TECHNOLOGIES
SUR LES POMPES PORTABLES À INCENDIE DE DÉCONTAMINATION DE LA PEAU
L’équipement des services d’urgence relève de la directive 97/68/CE concer-
nant les engins mobiles non routiers. Les colégislateurs devaient examiner
une proposition de la Commission pour un nouveau règlement sur les limites La norme NF X 52-122 Sécurité et protection du citoyen – NRBC-E –
d’émission des moteurs de ces engins(1). Selon la Commission, dans le prolon- protocoles d’évaluation des performances de technologies de décon-
gement des discussions tenues au sein de ses groupes de travail, le Conseil tamination de la peau saine vient de paraître. Elle spécifie les méthodes
a proposé l’automne dernier d’exclure du champ d’application du règlement d’essais permettant d’évaluer l’efficacité d’un dispositif de décontamina-
les pompes portables à usage incendie correspondant à la norme européenne tion de la peau humaine après exposition à un agent contaminant de nature
EN 14466, d’accorder des dérogations, motivées par les difficultés décou- nucléaire, radiologique, biologique et chimique (NRBC) ainsi que le contenu
lant de leur application spécifique, pour les moteurs employés par les forces du rapport d’essai où figure notamment le spectre d’efficacité du dispositif de
armées en atmosphères explosibles, ou pour le lancement et la récupération ­décontamination.
d’embarcations de sauvetage utilisées par un service de sauvetage national. Dans le cadre de ce document, les contextes d’exposition de la peau saine aux
Les véhicules utilisés par les services d’urgence sont quant à eux régis par la agents NRBC se limitent aux expositions sur un théâtre d’opérations militaires,
législation sur les véhicules routiers, en particulier la directive 2007/46/CE(2). ou en milieu civil, suite à des actes malveillants (par exemple de nature ter-
En vertu de l’article 2, paragraphe 3, point b) de cette directive, la réception roriste), à des accidents industriels (explosion, incendie) ou naturels (séisme).
par type des véhicules des sapeurs-pompiers est facultative. En conséquence, Il exclut la décontamination des muqueuses, des cheveux et de la peau lésée.
le fabricant choisit de faire réceptionner ou non un véhicule conformément Cette norme, élaborée par la commission Sécurité et résilience, vise à garantir les
aux dispositions de la directive. S’il décide de demander une réception par performances revendiquées par les dispositifs dédiés à la décontamination de la
type au titre de celle-ci, aucune exception ne s’applique. S’il choisit de ne pas peau saine des agents nucléaires, radiologiques, biologiques et chimiques. Les
faire réceptionner son véhicule conformément aux dispositions de la directive protocoles d’essai proposés sont issus des guides de recommandations inter-
2007/46/CE, ce dernier doit satisfaire à la législation nationale pertinente. nationales, lorsqu’ils existent, et des pratiques classiquement utilisées par les
J.-C. T. laboratoires du domaine.
À noter que deux autres normes ont été publiées sur ce sujet l’année dernière :
(1) Proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil relatif aux exigences la norme NF X 52-120 traite de la méthodologie d’évaluation des techniques de
concernant les limites d’émissions et la réception par type pour les moteurs à combustion détection et d’identification d’agents biologiques pathogènes. Quant à la norme
interne destinés aux engins mobiles non routiers, Com (2014) 581 final – 2014/0268 (COD). NF X 52-121, elle concerne l’utilisation d’équipements portables de détection et
(2) Directive 2007/46/CE établissant un cadre pour la réception des véhicules à moteur, de leurs d’identification nucléaire et radiologique dans le domaine de la sécurité globale.
remorques et des systèmes, des composants et des entités t­echniques destinés à ces véhicules. M.-C. B.

ENJEUX N° 362 – Mars 2016 65


NORMES & APPLICATION À suivre… en bref

PROPRIÉTÉ INTELLECTUELLE
UN LABEL EUROPÉEN DPI ? les consommateurs vers les sites Internet qui proposent
des contenus en ligne compatibles avec les DPI. Pour
Dans son rapport voté l’été dernier, le Par- l­’automne pour savoir si elle comptait donner suite cela, l’Observatoire européen des atteintes aux droits de
lement européen a évoqué l’idée d’un label à cette initiative. protection intellectuelle poursuit sa sensibilisation et a
européen pour indiquer au public les sites La Commission a adopté en juillet 2014 la communi- réalisé une évaluation des systèmes nationaux existants.
Internet qui sont considérés comme dépour- cation intitulée « Vers un consensus renouvelé sur la Le rapport de cette étude devait être disponible ces
vus d’atteintes commerciales ou d’infractions protection des droits de propriété intellectuelle : un semaines-ci. La Commission attendait les conclusions
au droit de propriété intellectuelle (DPI). plan d’action de l’UE ». Elle entend promouvoir, dans le avant de se prononcer sur toute mesure appropriée.
Des députés ont dès lors relancé la Commission à cadre de ce plan d’action, des initiatives visant à attirer J.-C. T.

BTP

LES SPÉCIFICATIONS PANNEAUX À BASE DE BOIS :


DES PELLES À CÂBLE ZOOM SUR LE DÉGAGEMENT
DE FORMALDÉHYDE
La norme NF Iso 15219 défi-
nit la terminologie ainsi que Oleg Malyshev – Fotolia
les spécifications commer- La norme NF EN Iso 12460-3 décrit suivie en France par le Bureau de norma-
ciales propres aux pelles une méthode de détermination du lisation bois et ameublement (BNBA). Elle
à câbles automotrices sur dégagement de formaldéhyde par remplace la norme homologuée NF EN
roues ou sur chenilles. Ce sont analyse de gaz à partir de panneaux 717-2, d’avril 1995. La limite de détection
des engins avec une superstruc- à base de bois, revêtus ou non. La et la reproductibilité de la méthode ont
ture supérieure commandée par procédure est adaptée aux essais d’autres été améliorées pour les panneaux à faible
câble métallique, principalement conçues pour l’excavation à l’aide matériaux (bandes de chant, revêtements teneur en formaldéhyde.
d’un godet dragline, d’un godet butte ou d’une benne preneuse, pour de sol, panneaux de particules mélami- La norme Iso 12460 comprend trois autres
le compactage de matériaux avec une plaque de compactage, pour la nés, produits avec placages en bois…). La parties, présentées sous le titre général
démolition par crochet ou boule et pour la manutention de matériaux norme décrit le principe, les réactifs, l’appa- Panneaux à base de bois – détermination
avec un équipement et des accessoires spéciaux. La norme détaille aussi reillage, l’échantillonnage et la préparation du dégagement de formaldéhyde : la par-
la terminologie et les spécifications commerciales pour les équipements des éprouvettes, le mode opératoire, l’ex- tie 1 fournit la méthode du dégagement
et accessoires destinés à des utilisations spécifiques (par exemple godet pression des résultats et le rapport d’essai. de formaldéhyde en chambre d’un mètre
dragline, moufle). Elle a été élaborée par le comité technique Iso/TC 127 Elle a été élaborée par le comité technique cube, la partie 4 décrit la méthode au des-
Engins de terrassement sous-comité SC 4 Nomenclature commerciale, Iso/TC 89 Panneaux à base de bois, en siccateur et la partie 5 la méthode d’ex-
classification et performances. collaboration avec le comité technique traction (dite méthode au perforateur).
M.-C. B. Cen/TC 112 Panneaux à base de bois, et M.-C. B.

CYCLE DE L’EAU

ASSAINISSEMENT COLLECTIF ET NON COLLECTIF :


UN ARRÊTÉ À APPLIQUER
Collectivités, maîtres d’ouvrage des systèmes p­ rescriptions réglementaires de façon pragmatique : la – précisions des dispositions du Code de l’environ-
d’assainissement, services publics d’assainis- conception et la surveillance de ces systèmes doivent nement afférentes à la gestion et au suivi des boues
sement collectif, services publics d’assainisse- permettre d’atteindre le meilleur ratio possible coût/ issues du traitement des eaux usées ;
ment non collectif, agences de l’eau, offices de bénéfice pour l’environnement. Ces nouvelles disposi- – introduction de prescriptions relatives au suivi des
l’eau, services de l’État en charge de la police tions relatives aux systèmes d’assainissement collectif micropolluants pour les stations de traitement des
de l’eau doivent appliquer les prescriptions et aux installations d’assainissement non collectif sont eaux usées ;
d’un arrêté ministériel relatif aux systèmes applicables depuis le 1er janvier. – assouplissement des dispositions relatives aux sys-
d’assainissement collectif et aux installations Cet arrêté concerne tous les aspects relatifs aux sys- tèmes d’assainissement de petite taille, afin d’opti-
d’assainissement non collectif. Il fixe les pres- tèmes d’assainissement : conception, gestion, trai- miser le rapport coût/bénéfice pour l’environnement
criptions techniques s’appliquant aux collectivités afin tement des eaux usées, surveillance et contrôle. Par des ouvrages d’assainissement et des modalités de
qu’elles mettent en œuvre une gestion rigoureuse rapport au texte de 2007 qu’il remplace, le nouvel surveillance de ces derniers ;
et pragmatique du patrimoine de l’assainissement, arrêté apporte des modifications : – suivi régulier par les collectivités de leurs ouvrages
conforme aux enjeux des directives en vigueur. Il fixe – définition réglementaire des principaux termes et notamment du système de collecte des eaux usées,
des prescriptions techniques similaires s’appliquant employés dans le vocabulaire de l’assainissement ; afin d’en assurer une gestion pérenne ;
aux maîtres d’ouvrage des installations d’assainis- – amélioration de la lisibilité des prescriptions, – précisions sur la prise en compte du temps de pluie
sement non collectif recevant une charge brute de notamment celles afférentes à l’autosurveillance ; dans les projets d’assainissement ;
pollution organique supérieure à 1,2 kg/j de DBO5. – introduction du principe de gestion des eaux plu- – prise en compte des coûts et des bénéfices lors du
Cette révision est l’occasion d’affiner le suivi des sys- viales le plus en amont possible, pour limiter les choix de solutions techniques.
tèmes d’assainissement de petite taille en adaptant les apports d’eaux pluviales dans le système de collecte ; J.-C. T.

66 ENJEUX N° 362 – Mars 2016


GUIDE
Le point sur…

Tourisme d’aventure, solidaire, location de voiliers, bien-être… zoom sur les référentiels
récemment parus autour du tourisme et sur ceux actuellement en cours d’élaboration,
le plus souvent à l’échelle internationale. En quelques années, la normalisation s’est fait
une place dans ce secteur. Tour d’horizon et état des lieux.

Quelles nouvelles normes


pour le tourisme ?

Tourisme d’aventure ?
Les normes répondent sécurité
et développement durable.

Gunter Menzl – Fotolia

ENJEUX N° 362 – Mars 2016 67


GUIDE Le point sur…

Par Agnès BARITOU D’ARMAGNAC sur les bonnes pratiques en matière de déve- PORTS DE PLAISANCE

2
loppement durable dans le tourisme d’aven- Après le tourisme industriel et d’aventure,
014 et 2015 ont été riches dans le ture. « Aujourd’hui, un engouement est constaté c’est le secteur des ports de plaisance qui fait
champ de la normalisation pour le avec la participation de tour-opérateurs français, l’objet de travaux normatifs. En avril 2015 a
tourisme. À commencer par la parution qui ont rejoint récemment le tour de table de cette été publiée en France la norme NF Iso 13687,
de la norme Iso 13810 sur le tourisme commission, ainsi que l’association Agir pour un qui établit des exigences minimales pour les
industriel, qui «  établit les exigences relatives tourisme responsable  », note Emmanuel Hus- ports de commerce et de plaisance, accueillant
aux offres de tourisme industriel proposées par son, chef de projet normalisation à Afnor. des bateaux de plaisance. Elle concerne les
des prestataires de services ayant pour but de faire Avec un secrétariat brésilien, ce groupe de prestations de services à la communauté des
connaître des activités productives, scientifiques et travail regroupe, entre autres, le Portugal, le plaisanciers, à l’exclusion de la normalisation
techniques, sur la base de process, de savoir-faire, Brésil, la France et plusieurs pays d’Afrique, des activités sportives : équipements de sécu-
de produits ou de services » (cf. Paroles d’expert comme le Kenya et l’Afrique du Sud. rité, bureau d’information, poste d’essence,
page 69). Contrairement au tourisme d’aventure, sec- traitement des eaux usées, etc. La France, avec
teur où la France a repris les normes récentes l’Union des ports de plaisance de Provence-
TOURISME D’AVENTURE précédemment citées, deux autres items ont Alpes-Côte d’Azur (Paca) notamment, a par-
Le tourisme d’aventure est un second dossier vu la participation de la France, mais sans ticipé à ces travaux au sein d’une structure au
qui aura vu la publication de deux normes traduction nationale. Il s’agit de la norme pilotage espagnol et à l’animation belge.
volontaires en mai 2014, NF Iso 21101 et Iso  18065 sur les espaces naturels protégés, Les ports de plaisance qui proposent des
NF Iso 21103, avec une forte implication de la comme les parcs nationaux ou les safaris, gammes de services plus élevées auront aussi
France, notamment du ministère chargé des dont l’exploitation est payante. «  En France, à disposition deux futures normes, les par-
sports et de la Sous-Direction du tourisme. la majorité de ces espaces naturels ne fonc- ties 2 et 3 de l’Iso 13687, qui devraient être
Objectif : donner un cadre aux activités de tionnent pas sur le principe d’une entrée payante, publiées fin 2016 ou début 2017.
tourisme d’aventure, jusqu’alors dépourvu donc la norme n’était pas entièrement transpo-
de référentiels. Un prestataire (quel qu’il soit) sable  », explique Aisatou Doucouré, chef de LOCATION DE VOILIERS
peut ainsi utiliser la norme NF Iso 21101 pour projet normalisation à Afnor. L’autre norme, Par ailleurs, deux nouveaux sujets ont
améliorer les performances en matière de Iso 13009, établit les exigences et recomman- démarré pour les services de location de voi-
sécurité, satisfaire aux attentes en matière de dations générales pour les exploitants de liers, à l’initiative du Royaume-Uni. «  L’idée
sécurité des participants et du personnel et plages offrant des services aux touristes et est de créer une norme qui aide les consomma-
démontrer que des pratiques de sécurité sont aux visiteurs. La loi Littoral, plus restrictive teurs à comparer plus facilement les services four-
utilisées. que le cadre existant dans les autres pays nis entre prestataires, comme les équipements de
Autre sujet, proposé par le Portugal, qui a ayant participé à l’élaboration de cette norme secours, les assurances, etc.  », détaille Emma-
démarré en 2015 au sein du comité technique internationale, ne permet pas à la France de nuel Husson. Il existe un véritable besoin
Iso/TC 228 Services touristiques et qui porte l’appliquer sur son territoire. pour ce secteur, car aujourd’hui « chacun fait

« Normaliser le tourisme
volontaire est aussi
une volonté
du Royaume-Uni… »
Dominique Vernier – Fotolia

Du côté des ports de plaisance,


une norme traite
des prestations de services
à la communauté des plaisanciers.

68 ENJEUX N° 362 – Mars 2016


GUIDE
Le point sur…

PAROLES D’EXPERT

à sa sauce  !  ». En France, la Fédération des


industries nautiques (Fin) a fait part de son Claire Sovignet
intérêt. Il faudra aussi prendre en compte l’ar-
rivée de nouveaux acteurs, comme Airbnb ou Chef de projet CCI France.
Uber, qui se mettent à proposer des services
de location de voiliers. « Les travaux normatifs
sont pour l’instant orientés vers une logique B to
C (vers les consommateurs). Vont-ils couvrir le

DR
C to C également ? La question est à l’étude. »

TOURISME VOLONTAIRE

« Les sites de patrimoine industriel


Normaliser le tourisme volontaire est aussi
une volonté du Royaume-Uni, qui veut déve-
lopper une norme internationale proposant
des exigences ou des recommandations pour
le domaine des services liés au tourisme
ont désormais leur norme Iso »
volontaire international. Il s’agit là d’éviter les
problèmes de faux organismes d’accueil, de
volontaires placés dans des situations dange- Enjeux : Quand a été adoptée cette nouvelle E. : À quels acteurs s’adresse
reuses, par exemple. Le manque de confiance norme ? cette norme Iso ?
dans les services de tourisme volontaire Claire Sovignet : La norme Iso 13810 C. S. : Aux sites en activité (entreprises,
génère de la méfiance vis-à-vis des volon- a été adoptée en mai 2015 et traduite en France laboratoires…) et aux sites historiques
taires et entre les prestataires eux-mêmes. l’été dernier. (mines, écomusées…), tout ce qui constitue
Pour l’instant, deux orientations se dessinent notre patrimoine industriel. Il s’agit plutôt
dans ces travaux démarrés en mai 2015  : la E. : Quelle est la genèse de cette norme ? d’un guide pratique.
première vise les prestataires qui proposent C. S. : CCI France avait lancé un premier colloque
des voyages avec des actions de volontariat, européen en 2006 sur le tourisme industriel, avec E. : Quel est son contenu ?
la seconde – partagée par la France – pré- les Espagnols. Il y a eu d’autres congrès à Tolède C. S. : Elle concerne la conception du produit
fère cibler les prestataires de volontariat, qui (Espagne) en 2008, puis à Turin (Italie) en 2010. ou de la prestation, comme une liste de « check-up » :
envoient des gens à l’étranger pour aider les Avec l’essor d’un réseau européen fédérant choisir son public (enfants, groupes…), gérer
populations locales sur un projet spécifique. des chambres de commerce et d’industrie (CCI), la promotion et la communication, définir un circuit
puis des collectivités locales, a émergé l’idée d’un de visite, instaurer des mesures de sécurité, créer
BIEN-ÊTRE guide sur cette thématique. En France, nous avons des partenariats (avec des autocaristes par exemple),
Cap sur le bien-être : il y a eu en 2014 publica- publié un guide proposé par Atout France dès prendre en compte les aspects environnementaux,
tion de deux normes phares en France, la pre- 2011 sur la visite d’entreprise. Et les CCI avaient s’ancrer dans un territoire – à l’instar des caves
mière sur les spas (NF X  50-843), qui fournit à leur disposition le label Découverte d’entreprise, de Roquefort (Aveyron), qui ont tout intérêt à jouer
des exigences et recommandations pour l’im- dédié aux entreprises qui respectaient un minimum la carte du Larzac.
plantation des équipements, la surface recom- qualité. Ce sont les Espagnols, très demandeurs
mandée, le contrôle, l’entretien et l’hygiène des de normes dans le secteur du tourisme, qui ont E. : Ce guide Iso diffère-t-il de l’ancien
installations, le traitement de l’eau, mais aussi soumis un projet au comité tourisme de l’Iso. guide français ?
sur l’ambiance sensorielle, les produits cosmé- Un groupe de travail a été créé en 2012. J’en étais C. S. : Il est plus ramassé et il intègre notamment
tiques et leur mode de stockage, la gestion des l’animatrice, mais l’Espagne occupait la présidence. une partie sur les groupes scolaires et les activités
consommables et du linge indispensables à parascolaires, que l’on n’avait pas dans
cette activité, ainsi que sur la formation du per- E. : Quels étaient les pays les plus assidus ? notre guide. Cette liste de check-up est aujourd’hui
sonnel. Une première pour le secteur du spa. C. S. : Parmi la vingtaine de participants, complémentaire à la notation des clients,
La seconde norme (XP  X  50-831-1) porte sur on peut citer le Portugal, l’Argentine, la Corée qui constitue une sorte de label aujourd’hui.
les soins de beauté et de bien-être : elle définit et tous les pays en développement qui s’ouvrent C’est un atout pour les entreprises et les sites
les actes réalisables par un(e) esthéticien (ne) au tourisme (Turquie, Tunisie). qui s’ouvrent au public, lesquels ont tout intérêt
et les locaux professionnels où les soins sont à être au top à cause de la sanction du public.
prodigués, et délivre des exigences d’accueil, E. : Le groupe de travail est donc parti
de qualité de service, de compétences, de sécu- de documents existants? E. : Voyez-vous des évolutions de cette norme
rité et d’hygiène. Une norme élaborée sous C. S. : Oui, comme les Espagnols avaient leur dans le futur ?
l’égide d’Afnor également très attendue par propre norme et la France également (norme C. S. : La suite de cette norme portera sans doute
les professionnels de la beauté et du bien-être. NF X 50-823 Tourisme industriel – exigences sur les nouvelles technologies, de type Google
« Au niveau international, la norme Iso 17679 sur générales de qualité de service, sortie en avril 2012), glasses, 3D, support et outils interactifs, etc.
les spas a été finalisée en 2015, portée notamment ces deux normes ont servi de base. Les différences ? Car, à terme, le visiteur pourra visiter à distance
par la Thaïlande, complète Emmanuel Husson. La norme française, très pratique, s’adressait ces sites de patrimoine industriel, grâce à la réalité
La France a également participé activement  ; la aux PME qui veulent s’ouvrir au public, tandis virtuelle.
question de la reprise de cette norme au sein de la que la norme espagnole était plus ambitieuse
collection nationale se pose désormais. » et s’adressait aux groupes, aux musées, etc. Propos recueillis par A. B. A.

ENJEUX N° 362 – Mars 2016 69


GUIDE Le point sur…

Sujet davantage soumis à controverse, la nor-


malisation portant sur les cabines de bron-
zage : une norme européenne de service a été
publiée en 2014 (NF EN 16489, composée de
trois parties), pour laquelle la France a été très
active, notamment avec la participation de
la Direction générale de la santé (DGS). Une
autre norme européenne de service relative
aux instituts de beauté est en cours de déve-
loppement (pr EN 16708). Mais elle est plus
légère et moins détaillée que la norme fran-
çaise sur les soins de beauté et de bien-être :
la stratégie de la France est de ne pas l’accep-
ter. « Beaucoup de pays européens partagent notre
avis, la publication de la norme est par conséquent
très incertaine », confie-t-on à Afnor.
Autant de projets normatifs qui traduisent
l’engagement de la France et de son ministère
Goodluz – Fotolia

du Tourisme à l’international. L’an dernier, le


comité technique Iso/TC 228 sur les services
touristiques s’est d’ailleurs réuni à Paris. « Les
normes volontaires Afnor complètent l’éventail
des outils tels que le label d’État Qualité Tourisme,
Cap sur le bien-être avec notamment
porté par la Sous-Direction du tourisme, afin
la publication d’une norme sur les spas.
d’améliorer la qualité de service dans ce secteur »,
conclut Aisatou Doucouré.

COOPÉRATION ET DÉVELOPPEMENT :
L’OMT RECOMMANDE UN FINANCEMENT PLUS IMPORTANT
Le tourisme est sous- d’élimination de la pauvreté, l’une des rares possibilités prioritaire pour lutter contre
représenté dans les flux de développement concurrentielles, pour les pays la pauvreté et c’est aussi
de financement international communautaire et de protection en développement, de participer l’un des six programmes
du développement, ce qui du patrimoine naturel à l’économie mondiale. initiaux du Cadre décennal
constitue un obstacle critique et culturel, explique dans C’est un secteur crucial pour de programmation concernant
à surmonter pour exploiter un communiqué Taleb Rifai, les PMA : en 2013, 49 PMA ont les modes de consommation
pleinement le potentiel secrétaire général de l’OMT. reçu 24 millions de visiteurs et de production durables,
du secteur. Activité économique Toutefois, si l’on veut maximiser internationaux qui y ont passé lequel a été conçu pour
à fort impact, gros pourvoyeur la contribution du tourisme la nuit et engrangé 18 milliards accélérer le passage
d’emplois et important secteur à la réalisation des objectifs de dollars de recettes – c’est à des modes de consommation
d’exportation représentant 6 % de développement, il est vital 8 % des exportations totales et de production durables
de l’ensemble du commerce de combler l’écart entre, d’une de biens et de services à travers le monde. Cependant,
mondial, le tourisme reçoit part, la capacité du secteur des PMA, voire 12 % dans la part du financement
pourtant 0,78 % seulement de stimuler le développement les PMA non exportateurs du développement allouée
du total des fonds versés et, d’autre part, le rang de pétrole. Le tourisme au tourisme demeure
au titre de l’aide pour de priorité peu élevé qui lui a d’ailleurs contribué pour à un niveau relativement bas.
le commerce et seulement est accordé à ce jour en termes beaucoup à ce que le Botswana, En 2014, les pays émergents
0,097 % du total de l’aide de soutien financier dans les Maldives et le Cap-Vert et en développement ont
publique au développement. le programme de coopération s’affranchissent du statut reçu 513 millions de touristes
Selon l’Organisation mondiale au développement. » de PMA qui était le leur. internationaux, soit 45 %
du tourisme (OMT), le tourisme La nature transversale Le tourisme bénéficie du total des arrivées de touristes
a été défini par la moitié du tourisme et ses liens ces dernières années d’une internationaux dans le monde,
des pays les moins avancés multiples avec d’autres secteurs meilleure reconnaissance contre 38 % en 2000. L’OMT
(PMA) de la planète comme économiques le mettent de la capacité et du potentiel prévoit que la part de ces pays
un instrument prioritaire pour en position d’avoir de réels qu’il détient d’être un moteur dépassera celle des économies
faire reculer la pauvreté. effets multiplicateurs dans du développement durable. avancées dans les prochaines
« Dans un nombre croissant les stratégies de développement Ainsi, il a été identifié par années, pour atteindre 57 %
de pays en développement, le à l’échelle mondiale. En effet, la moitié des PMA de la d’ici à 2030.
tourisme est synonyme d’emploi, le tourisme constitue souvent planète comme un instrument J.-C. T.

70 ENJEUX N° 362 – Mars 2016


GUIDE
Les normes et documents normatifs du mois
des mesures biodynamiques, qui serviront de
NORMES DU MOIS référence dans le développement de normes
apparentées et qui permettront de décrire avec
EXCELLENCE DE SERVICE – CRÉER UNE EXPÉRIENCE CLIENT précision l’exposition du corps humain à des
EXTRAORDINAIRE PAR L’EXCELLENCE DU SERVICE vibrations et à des chocs mécaniques. Les sys-

L
tèmes de coordonnées anatomiques segmen-
a norme expérimentale taires définis dans la norme concernent la tête,
XP Cen/TS 16880 (date la base du cou, le pelvis et la main.
de sortie : 6 janvier 2016) Indice de classement :
énonce des lignes direc- E 90-630 ; ICS : 13.160
trices concernant la mise en
œuvre de l’excellence de service Sécurité des machines –
afin de produire des expériences règles pour l’élaboration
client extraordinaires, d’aller et la présentation
au-delà des attentes du client et des normes de sécurité
Le fascicule de documentation FD Cen Guide
de créer un réel enchantement

Idprod – fotolia
414 (date de sortie : 9 décembre 2015) spécifie
du client. Elle ne se focalise pas les règles pour la préparation et la présen-
sur le service de base rendu au tation des normes européennes de sécurité
client que les organisations sont machines et des normes européennes rela-
déjà censées fournir. Elle s’applique à services avec cohérence, en cocréation tives aux composants de sécurité, principa-
toutes les organisations fournissant des avec leurs clients et parties intéressées. lement en vue d’assurer la cohérence et une
services, organisations commerciales, L’excellence de service est une démarche qualité acceptable des diverses normes à pré-
services publics et organisations à but structurée permettant la production parer dans le cadre du programme (et pour
­satisfaire aux prescriptions des demandes de
non lucratif. d’expériences client extraordinaires,
normalisation de la Commission ­européenne).
De nos jours, un des plus grands défis grâce à un service individualisé et Indice de classement :
consiste à répondre aux demandes, surprenant dont la finalité est de créer X 00-002 ; ICS : 01.120 ; 13.110
attentes et besoins toujours croissants l’enchantement des clients. L’excellence
des clients et à les fidéliser. De fait, de service conduit à la fidélisation des
les organisations sont contraintes à clients et contribue fortement au succès BTP
concentrer leurs efforts sur l’optimisa- de l’entreprise.
Performance des bâtiments –
tion de l’expérience client en innovant Indice de classement : détection d’irrégularités de chaleur,
à tous les points de contact du parcours X 50-261 ; ICS : 03.080.01 ; 03.100.99 ; d’air et humidité dans les bâtiments
client, et à améliorer continûment leurs 03.120.99 par des méthodes infrarouges
– qualification des opérateurs
de l’équipement, des analystes
lignes directrices pour l’évaluation du sys- de données et des rédacteurs
MANAGEMENT tème de management de l’innovation et de de rapports
ET SERVICES sa performance. Elle décrit la façon dont les La norme NF EN Iso 6781-3 (date de sortie :
organisations peuvent en interne améliorer 30  janvier 2016) spécifie les qualifications et
Services d’expertise – exigences
la transparence des forces et des faiblesses de compétences requises pour le personnel qui réa-
générales relatives aux services
leur système de management de l’innovation, lise des études thermographiques de bâtiments,
d’expertise
cette transparence pouvant servir de base au interprète les données issues des études ther-
La norme NF EN 16775 (date de sortie : 16 jan-
développement d’actions efficaces visant à mographiques et établit des rapports sur la base
vier 2016) spécifie les exigences minimales
améliorer les capacités et performances en des résultats des études thermographiques. Elle
relatives aux services d’expertise fournis par
matière de management de ­l’innovation. sert de base à une déclaration de conformité, en
des experts individuels ou des groupes d’ex-
Elle s’applique à toutes les organisations, indé- trois classes, des connaissances, des savoir-faire
perts à un client. L’objectif est d’apporter la
pendamment du secteur, du type, de l’âge ou et des aptitudes des individus chargés de réali-
réponse la plus précise et la plus fiable possible
de la taille. Une attention particulière a néan- ser des mesurages thermographiques, une ana-
à une question posée, dans un contexte donné.
moins été portée à son applicabilité pour les lyse des résultats et les rapports correspondants
Les exigences spécifiques de la norme ne s’ap-
petites et moyennes entreprises. Elle n’est pas pour les petits bâtiments, les bâtiments résiden-
pliquent pas aux services d’expertise pour
destinée à des fins de certification. tiels, commerciaux et institutionnels.
­lesquels il existe des obligations contractuelles
Indice de classement : Indice de classement :
ou un cadre juridique et réglementaire ; par
X 50-275-7 ; ICS : 03.100.40 P 50-783-3 ; ICS : 03.100.30 ; 91.120.10
exemple, les prestations de consultant, les ins-
pections ou les contentieux judiciaires.
Indice de classement : SANTÉ ET SÉCURITÉ INGÉNIERIE
X 50-048 ; ICS : 03.080.99 ; 03.120.10
AU TRAVAIL INDUSTRIELLE
Vibrations et chocs mécaniques – Robots manipulateurs industriels
Management de l’innovation exposition de l’individu – systèmes – critères de performance et
– évaluation du management de coordonnées biodynamiques méthodes d’essai correspondantes
de l’innovation La norme NF Iso 8727 (date de sortie : La norme NF Iso 9283 (date de sortie :
La norme expérimentale XP Cen/TS 16555-7 13 février 2016) prescrit des systèmes anato- 6 février 2016) énumère et définit les caracté-
(date de sortie : 13 janvier 2016) fournit des miques et basicentriques permettant ­d’effectuer ristiques de performance des robots ainsi que

ENJEUX N° 362 – Mars 2016 71


GUIDE Les normes et documents normatifs du mois

les méthodes d’essai permettant de les déter-


miner ou de les vérifier. Elle permet ainsi de ENVIRONNEMENT CYCLE DE L’EAU
faciliter la compréhension entre constructeurs
et utilisateurs et assure une présentation et Air ambiant – surveillance Sécurité de l’alimentation en eau
une comparaison objective des performances des effets d’organismes potable – lignes directrices pour
des robots. Elle donne également des para- génétiquement modifiés la gestion des risques et des crises –
mètres spécifiques pour réaliser des essais de (OGM) – surveillance du pollen gestion de crise
comparaison de caractéristiques de pose et de – échantillonnage technique La norme NF EN 15975-1+A1 (date de sortie :
trajectoires typiques. du pollen à l’aide d’un filtre 16 janvier 2016) décrit les principes guidant
Indice de classement : de masse à pollen (FMP) les bonnes pratiques en matière de gestion de
E 61-103 ; ICS : 25.040.30 et d’un échantillonneur Sigma-2 l’eau potable en temps de crise, y compris les
La norme expérimentale XP Cen/TS 16817-1 mesures de préparation et de suivi postcrise.
(date de sortie  : 9 décembre 2015) décrit un Indice de classement :
INFORMATION mode opératoire relatif à l’utilisation des P 41-090-1 ; ICS : 13.060.20
ET COMMUNICATION échantillonneurs passifs Sigma-2 et FMP pour
Information et documentation échantillonner le pollen en suspension dans
– système de gestion l’air. Tous deux sont conçus pour échantil- ÉNERGIE
des documents d’activité – lonner les grosses particules d’aérosols. Les
lignes directrices de mise échantillons prélevés sont utilisés pour ana- Éoliennes – communications
en œuvre lyser l’apport de pollen en termes de type et pour la surveillance et la commande
La norme NF Iso 30302 (date de sortie : de quantité de pollen, ainsi que l’apport de des centrales éoliennes –
3 mars 2016) fournit des lignes directrices pollen transgénique. L’échantillonneur passif modèles d’information
Sigma-2 offre ici une méthode d’échantillon- La norme NF EN 61400-25-2 (date de sortie  :
pour la mise en œuvre d’un système de
nage standardisée pour l’analyse microsco- 23 janvier 2016) spécifie le modèle d’information
gestion des documents d’activité (SGDA)
pique directe du pollen et la quantification de des dispositifs et des fonctions liés aux applica-
conforme à la norme NF Iso 30301. Elle ne
la dispersion aérienne du pollen sur le site. Le tions des centrales éoliennes. Elle spécifie notam-
modifie pas et/ou ne restreint pas les exi-
filtre de masse à pollen permet d’obtenir des ment les noms de nœud logique compatible et les
gences spécifiées dans la norme NF Iso 30301.
quantités suffisantes de pollen pour effectuer noms de données utilisés dans la communication
Elle décrit les activités à entreprendre pour
en plus des diagnostics par biologie molécu- entre les composants des centrales éoliennes, y
concevoir et mettre en œuvre un SGDA. Elle
laire pour la détection des organismes généti- compris la relation entre les dispositifs logiques,
est applicable à tous les types d’organismes
quement modifiés. les nœuds logiques et les données.
(entreprises commerciales, organismes
Indice de classement : Indice de classement :
publics, organismes à but non lucratif) et de
X 43-080-1 ; ICS : 07.080 ; 13.020.99 ; 13.040.20 C 57-700-25-2 ; ICS : 27.180
toutes tailles.
Indice de classement :
X 50-443 ; ICS : 01.140.20
ACTUALITÉS ET NOUVEAUX TRAVAUX
Signatures électroniques
DE NORMALISATION
et infrastructures (ESI) –
évaluation de la conformité GPN Contact Actualités
des prestataires de services Management Fatma Bensalem Formation professionnelle
de confiance – exigences relatives et services Tél. : 01 41 62 83 61 Des groupes d’experts ont été créés en décembre :
aux organismes d’évaluation fatma.bensalem@afnor.org Guide d’application de la norme Iso 9001 ;
de la conformité évaluant Formation en alternance ;
les prestataires de services Management d’un projet de formation ;
de confiance (V2.2.2)
La norme NF EN 319403 (date de sortie : Construction Jean-Claude Hesling Bétons et constituants du béton
27 février 2016) comporte des exigences et urbanisme Tél. : 01 41 62 83 93 Le groupe d’experts Classes de résistance
­relatives à la compétence, au fonctionnement jeanclaude.hesling@afnor.org aux expositions (P18B GECR) a été créée
cohérent et à l’impartialité des organismes en décembre.
d’évaluation de la conformité évaluant et Jean-Claude Hesling Conservation des biens culturels
certifiant la conformité des prestataires de Tél. : 01 41 62 83 93 Le groupe d’experts Vitrines d’exposition
services de confiance (PSCO) et les services jeanclaude.hesling@afnor.org des biens culturels a été créé en décembre.
qu’ils offrent eu égard à des critères défi-
nis par rapport auxquels ils demandent la Information Philippe Magnabosco Plurilinguisme
conformité. et communication Tél. : 01 41 62 85 02 Le groupe d’experts Claviers et dispositifs
Indice de classement : numérique philippe.magnabosco@afnor.org de saisie (Z62G) a été créé en décembre.
Z 85-403 ; ICS : 35.040 ; 35.240.01

N’OUBLIEZ PAS LE BLOG ENJEUX !


Enjeux, ce n’est pas seulement le magazine que vous avez entre les mains et son Officiel des
normes, mais aussi la lettre électronique Premium et le blog Enjeux (www.enjeux.org). Le blog
fournit aux internautes des informations sur le (vaste) univers paranormatif et sur tout ce qui,
de près ou de loin, peut influer sur la création des normes ou leur mise en œuvre, mais aussi
des informations générales qui aident à décrypter les « signaux faibles » et les tendances
émergentes. Il contient également une centaine de reportages audiovisuels réalisés au cours
72 ENJEUX
des dernières années.
N° 362 Sans
– Marsoublier
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