Vous êtes sur la page 1sur 4

PO I N T

LETTRE D’INFORMATION DE LA FEDÉRATION REGIONALE DE DÉFENSE CONTRE LES ORGANISMES NUISIBLES DE LA MARTINIQUE • JUIN 2007
FÉDÉ
DOSSIER SPÉCIAL
LA NOCTUELLE DE LA TOMATE
La lutte contre les ennemis des cultures Dynamique des populations en 2006 et raisonnement de la lutte chimique.
constitue une des problématiques des années En Martinique, la tomate est la principale culture légumière cultivée dont plus de 80% de la
à venir pour notre agriculture. production provient du Nord Caraïbe. Mais depuis plusieurs années, les agriculteurs de la zone
assistent à une aggravation générale de la situation sanitaire.
Depuis plusieurs années, elle tend vers la La noctuelle des fruits, connue sous le nom scientifique d’Heliothis zeae, est un ravageur qui, s’il
suppression des molécules les plus toxiques. a été auparavant un ravageur secondaire, est depuis la fin des années 1990, un des ennemis
Mais l’agriculture tropicale doit faire face à d’importance majeure de la culture après l’aleurode (Bemisia tabaci) vecteur de la maladie des
des pressions sanitaires qui ont nécessité feuilles jaunes en cueillère de la tomate (TYLCV : Tomato Yellow leaf Curl Virus).
depuis plusieurs années l’usage systématique La noctuelle des fruits est un papillon de la famille des Noctuidae (ou noctuelles). L’adulte porte
des produits phytosanitaires. des ailes antérieures triangulaires brunes ornées de petites tâches sombres et d’une bande
brunâtre à leur extrémité.
Face aux risques qu’ils occasionnent sur
La larve (ou chenille) s’identifie facilement par sa couleur grise en début de cycle qui vire ensuite
l’environnement et la santé humaine, il est à
au vert aux derniers stades de son développement.
ce jour primordial de promouvoir une agricul-
ture exemplaire qui soit moins consommatrice
en produits phytosanitaires d’où la nécessité
d’ouvrir le chantier des usages mineurs.
Toutes les productions doivent être prises en
considération.
La FREDON doit donc continuer à prendre une
part active dans la mise en œuvre de la
protection raisonnée et intégrée des cultures.
Heliothis zeae Chenilles
Il y va de l’avenir de nos productions.

Le Président, PRATIQUES CULTURALES FAVORABLES


J. Maurice ET LUTTE CHIMIQUE SYSTÉMATIQUE INADAPTÉE
La raison de l’importance de ce ravageur s’explique par le fait que les chenilles s’attaquent aux
organes fructifères de la tomate (boutons floraux, fruits verts et matures). Localement, les pertes
économiques peuvent être considérables en cas de pullulation. A cela, s’ajoutent les mauvaises
pratiques culturales et phytosanitaires (densités de plantation importantes, rotations courtes et
peu diversifiées, traitements peu adaptés...) qui favorisent leur développement rapide.
Les stratégies de lutte de nombreux agriculteurs, qui reposent sur l’application systématique des
produits insecticides tout au long du cycle de la culture, est d’une efficacité trés aléatoire.
EDITORIAL : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P.1
ORIENTATION VERS UNE LUTTE RAISONNÉE
LA NOCTUELLE DE LA TOMATE . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 1 À 3 Ainsi, afin d’améliorer la mise en œuvre et l’efficacité de la lutte contre ce ravageur, la FREDON
PROTECTION INDIVIDUELLE : a engagé une étude sanitaire qui a pour objectif d’obtenir localement des références sur sa
LES BONS RÉFLEXES POUR L’APPLICATEUR . . . . . . . . . . .P. 3 biologie et la possibilité d’un raisonnement de la lutte chimique. Elle a débuté en 2004 par la mise
en place d’un réseau de piégeage spécifique à l’espèce
SACHONS RECONNAÎTRE NOS INSECTES UTILES . . . . . . . . . . . P.4 qui permet d’évaluer le niveau et la dynamique des populations.
Son intérêt est primordial car toutes les stratégies de lutte
INFOS PRATIQUES . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P.4 raisonnée passe obligatoirement par une connaissance du
comportement et de l’importance de la population des
ravageurs.
LA NOCTUELLE DE LA TOMATE (suite)

CARACTÉRISTIQUES DU RÉSEAU
DE PIÉGEAGE
Le réseau de piégeage est composé de trois exploitations localisées sur Exemple d’une courbe de vol (commune du Prêcheur)
les communes du Morne Vert, du Carbet et du Prêcheur et sur lesquelles a
été posé un piège “ nasse ”. Celui-ci est constitué de deux parties amovi-
bles (une partie supérieure et une partie inférieure). Une capsule diffu-
sant des phéromones proches de celles émises par les noctuelles femel-
les est placée à la base du piège et les mâles leurrés sont piégés dans la
partie supérieure. Des relevés réguliers ont permis d’obtenir une courbe
annuelle des vols de la noctuelle sur chaque site.

Semaines 2006 (source Météo France, année 2006)

Présence d’une culture de tomate


à proximité du piège
Pluviométrie Prêcheur
Captures

L’INTENSIFICATION DE LA CULTURE DE TOMATE :


UN FACTEUR ACCÉLÉRATEUR
L’année 2004 a été une période durant laquelle les pics de vols ont été
les plus élevés dépassant 100 papillons par piège. Cette pullulation
s’explique par l’intensification de la culture de tomate au nord Caraïbe
qui a alors entretenu à un niveau élevé les populations du ravageur.
Mais en 2004, l’émergence des maladies bactériennes (flétrissement
bactérien) et virales (TYLCV), responsables du dépérissement des plants
Piège “ Nasse “ avant leur fructification, s’est accompagnée d’une réduction globale des
surfaces cultivées en tomate et, par la même occasion, d’une diminution
du niveau des populations de la noctuelle.
LE CLIMAT : UN FACTEUR INFLUENT A titre d’exemple, si le niveau moyen des captures atteignait 50 individus
par pièges en 2004, il a été 5 fois moins élevé en 2006.
L’évolution des populations de ravageur a été sensiblement identique au
sein des trois sites de piégeage. Enfin, la noctuelle des fruits de la tomate illustre bien le fait que
L’observation de la dynamique des populations atteste de la présence du l’ampleur des dégâts dépend de l’importance de la population des
ravageur tout au long de l’année. Celui-ci effectue plusieurs cycles ravageurs dont les fluctuations numériques sont liées de façon complexe
accompagnés de périodes de vols successives, celles-ci indiquées par la à leur biologie, aux conditions climatiques, et à l’activité humaine. Ainsi,
succession de pics de captures, qui ne semblent pas suivre le développe- afin de s’assurer d’une lutte effective contre les ravageurs des cultures,
ment de la culture mais ont plutôt tendance à se rapprocher des il est primordial de tenir compte de l’ensemble de ces facteurs et de
variations pluviométriques. s’inscrire dans la démarche d’une protection raisonnée.
En effet, les adultes sont principalement actifs durant les périodes POURQUOI UNE LUTTE CHIMIQUE RAISONNÉE ?
pluvieuses au cours desquelles on enregistre le maximum de captures.
Hormis le choix d’installer une parcelle dans une zone moins touchée
Il convient de rester réservé sur l’analyse et le bilan de ces résultats car (Nord Atlantique, Centre, Sud), il n’existe pas de mesures culturales qui
la durée globale des captures (2 ans) n’a pas été suffisamment longue pourraient défavoriser l’installation et le développement du ravageur
pour réaliser des comparaisons précises. dans la culture.
Toutefois, dans la littérature, bien qu’il soit mentionné que divers De même, aucun agent régulateur (organismes prédateurs et parasites)
facteurs (intensification et monoculture des plantes hôtes, pratiques capable de juguler les populations de la noctuelle n’a encore été
culturales...) peuvent avoir une incidence sur l’activité du ravageur, il rencensé localalement. Ainsi, favoriser la mise en œuvre d’une lutte
apparaît que les conditions climatiques soient les plus récurentes. De biologique semble peu probable.
même, plusieurs entomologistes ont pu mettre en évidence la corrélation
entre la reprise de l’activité du ravageur et les conditions climatiques en De plus la méconnaissance de certains agriculteurs sur la biologie et du
observant une reprise des pontes durant les jours qui suivent une période comportement du ravageur est à l’origine d’une mise en œuvre
pluvieuse*. systématique de programmes de traitements dans lesquels le choix des
insecticides et de leur période d’application sont souvent peu judicieux.
Par conséquent, il convient de raisonner la lutte chimique en tenant compte des stades phé- - La période de fructification et de grossissement des fruits :
nologiques les plus sensibles de la tomate et des stades biologiques du ravageur tout au les chenilles présentes sont responsables de la majorité
long du cycle de la culture. des dégâts durant cette période. Afin de diminuer leur
population, des insecticides larvicides (action sur les chenilles
ETAPES POUR LA MISE EN ŒUVRE DE LA LUTTE doivent être privilégiés (deltaméthrine, Bacillus thuringiensis,
1. Choix de la parcelle : Elle doit être éloignée si possible des parcelles en cours de indoxacarbe). Ainsi, il est inutile de réaliser des traitements
production afin de limiter le risque d’infestation. préventifs durant le développement végétatif de la culture
car la noctuelle y est absente.
REMARQUES
2. Dimension de la parcelle : Il convient de privilégier des petites parcelles d’une
surface inférieure à 3000 m2 afin de s’assurer d’un meilleur suivi et d’une optimisation - Bien que le Methomyl (LANNATE) soit doté d’une bonne action ovicide, il est
des interventions phytosanitaires. interdit de l’appliquer à la floraison à cause de sa toxicité vis-à-vis de la faune
pollinisatrice.
- Les traitements qui ont été préconisés doivent être réalisés à un intervalle de 6
3. Réalisation de la lutte chimique raisonnée : Le raisonnement de la lutte chimique
jours dans les zones les plus infestées (Nord Caraïbe) et de 7 à 8 jours dans les
se réalise sur la base de deux “périodes clés ” associées à un type de traitement spécifique
zones qui le sont moins (Nord Atlantique, Cente, Sud). Du fait de sa faible
au stade biologique de l’insecte :
efficacité sur les larves les plus développées, le Bacillus thuringiensis doit être
- La période de floraison, début nouaison : elle coïncide avec la période de ponte des femelles. appliqué en fin de cycle de la tomate.
Afin de prévenir l’attaque des premières générations, des insecticides à action ovicide
(agissant sur les œufs) doivent être appliquées (indoxacarbe).
FRUCTIFICATION
DÉVELOPPEMENT VÉGÉTATIF FLORAISON

PONTES (PREMIÈRES PERFORATIONS


DES FRUITS) MAXIMUM DES DÉGÂTS

PRODUITS OVICIDES PRODUITS OVICIDES ET LARVICIDES


(*) NIBOUCHE Samuel, Helicoverpa (= Heliothis) armigera (Hübner, 1808) Série Les prédateurs du
cotonnier en Afrique tropicale et dans le monde, n°12, 1999. CIRAD-CA. 1998.
E. DUMBARDON

LA PROTECTION INDIVIDUELLE : LES BONS RÉFLEXES


Les produits phytosanitaires appelés aussi produits phytopharmaceutiques sont des produits QUE FAIRE EN CAS D’ACCIDENT ?
chimiques qui peuvent porter atteinte à la santé de l’applicateur. Il est donc important que
l’ensemble du corps soit protégé lors des manipulations pour éviter tous risques de toxicité
chronique aigüe.
PROJECTIONS SUR LA PEAU
Le produit en contact direct avec la peau pénètre dans l’organisme véhiculé par le sang
vers les organes vitaux (foie, cœur, reins, etc…). Les conséquences sur la santé peuvent être - ôter les vêtements souillés sous l’eau,
variées : crampes gatro-intestinales, trouble du rythme cardiaque et arrêt circulatoire, - rincer la partie du corps atteinte à grande eau
nausée, vomissement et diarrhée, cancer broco-pulmonaire par inhalation, dérèglement au moins 15 mn
hormonal, etc… Il est vivement conseillé de : - ne rien appliquer sur la peau sans avis médical
Porter des gants jetables ou réutilisables en nitrile car les gants en latex
sont perméables à certains solvants et souvent allergisants. Ne pas PROJECTIONS DANS LES YEUX
utiliser de gants en cuir ou en PVC. Ces matières sont perméables aux
produits phytosanitaires. - rincer abondamment les yeux à l’eau pendant
au moins 15 mn
Porter un vêtement (jetable ou réutilisable), imperméable et à manches
longues si possible d’une seule pièce, au dessus des bottes et des gants - ne rien mettre dans les yeux sans avis médical.
pour éviter les infiltrations. Eviter les combinaisons en coton, elles sont
perméables aux produits phytosanitaires. EN CAS D’INGESTION
L’œil est un organe particulièrement sensible aux agents corrosifs et - Téléphoner rapidement, muni de l’emballage ou de l’étiquette du produit
irritants. Pour la protection des yeux, il faut porter des lunettes afin aux secours d’urgence et au centre anti-poisons de Fort-de-France :
d’éviter la diffusion de produit par éclaboussure. 0596 55 21 15
Il est important de se protéger contre le risque d’inhalation en utilisant - Ne pas faire vomir sauf si l’étiquette du produit le prescrit
un masque adapté au produit et à sa formulation. - Ne pas faire boire d’eau, d’huile, d’alcool et surtout jamais de lait
Mettre des bottes ou des chaussures montantes imperméables.
(source FREDON Alsace)
PARASITOÏDES DE PUCERONS
Les pucerons sont attaqués par plusieurs espèces de micro-hyménoptères gonflé et une coloration marron ou noire variable selon les espèces de
appartenant aux familles des Encyrtidae, des Aphelinidae et des parasitoïdes. La nymphose a lieu à l’intérieur de la momie du
Braconidae. Ils sont de couleur noire et mesurent entre 2 et 3 mm. puceron. La sortie des hyménoptères adultes se fait par un orifice
généralement percé dans la partie postérieure de l’hôte.
L’hyménoptère ne pond qu’un seul œuf dans le puceron. La larve
se développe à l’intérieur du puceron entraînant sa mort. Les pucerons V. CHOUX
parasités sont momifiés. Ils deviennent immobiles, prennent un aspect (source CIRAD, FREDON Martinique)

L’HYMÉNOPTÈRE insère un œuf LA MOMIE du puceron est facilement


dans le corps du puceron. repérable au sein des colonies.

L’HYMÉNOPTÈRE s’échappe après


avoir découpé un trou de sortie.

INFOS PRATIQUES
SENSIBILISATION DES JEUNES LE LABOVERT® FORME LES JEUNES
Au cours de la semaine du développement durable, le Labovert® a EN INSERTION
sensibilisé les élèves du collège J&E ADENET du François à la Le Labovert® travaille depuis peu avec les jeunes en insertion de
reconnaissance des maladies, des insectes utiles et nuisibles des l’Association Départementale de la Santé Mentale (SDSM). Des séances
cultures. Ils ont pu découvrir le rôle que jouent les insectes dans les de formation sur les bonnes
cultures ainsi que leurs modes de transmission des maladies pratiques agricoles sont
prodiguées tout au long de
l’année. Ces jeunes appren-
Directeur de la publication
nent à reconnaître les diffé-
JOSÉ MAURICE rents éléments d’observa-
Comité de rédaction tions qui leurs permettront
MICHEL ALCINDOR de réaliser un diagnostic
MURIELLE BARRU phytosanitaire de leurs
DENISE DUFEAL cultures. Ces formations se
déroulent à la ferme créole située à Bontemps Lacours au Saint-
DANIELLE MIAN Esprit, tous les 3e mercredi du mois.
TEDDY OVARBURY
VALÉRIE PALLUD
CRÉDIT PHOTOS : FREDON LE LABOVERT®
FREDON, BP 550, AU PNRM
Pointe-des-Sables, Le Labovert® a aussi assuré une
97242 Fort-de-France formation pour les salariés du
Tél. : 0596 73 58 88 Parc Naturel Régional de la
Martinique (PNRM) sur les thèmes
Fax : 0596 71 77 42
des pratiques agricoles.
site : www.fredon972.fr
email : info@fredon972.fr
BIENTÔT
EDITION d’un GUIDE des MAUVAISES
HERBES dans les vergers d’agrumes en
Martinique.

Vous aimerez peut-être aussi