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« 

Je serai le maire qui redonne du pouvoir d’agir à tous les habitants »


Extrait du Discours d’Eric Piolle le jeudi 27 mars 2014.

Dans son mee ng de second tour Eric Piolle portait déjà le projet de faire
avancer la démocra e locale et de redonner la voix aux habitants de sa
commune, deux ans après son élec on en tant que maire de Grenoble le 4 avril
2014, il commence à me re en place une procédure d’interpella on et de
vota on citoyenne, qui est une procédure perme ant aux habitants de la
commune de Grenoble de demander l’inscrip on à l’ordre du jour du conseil
municipal une a aire relevant de sa compétence puis si le conseil l’a reje e
alors elle sera soumise au vote des habitants. Ce e procédure a été u lisé par
les citoyens pour demander l’abroga on de la délibéra on du 20 juin 2016
portant sur les tarifs de sta onnement dans la ville. Cependant le préfet doute
de ce e procédure d’interpella on et de vota on citoyenne et demande alors
au maire de jus er légalement la créa on de ce disposi f ce à quoi le maire a
répondu qu’il se fondait sur l’ar cle L 2141-1 du code général des collec vités
territoriales, mais le préfet n’a pas été sa sfait de ce e réponse et il adresse
alors un recours gracieux a la commune de Grenoble ce a quoi la commune
répond par la néga ve en rejetant ce recours.

Le préfet défère alors l’acte administra f devant le tribunal administra f de


Grenoble en demandant a ce dernier d’annuler la procédure d’interpella on et
de vota on citoyenne sur le fondement que ce e procédure « permet de
passer-outre les décisions relevant de la compétence exclusive du conseil
municipal », de plus le préfet reproche a ce e procédure de n’être fondé sur
aucune loi et que ce e procédure va a l’encontre des compétences de l’organe
délibérant lorsque le conseil municipale reje e la proposi on puisqu’elle peut
par la suite être adopté par les citoyens. De plus le préfet sou ent que le
conseil municipal et a for ori le maire n’avait pas les compétences d’un tel acte.

Une procédure de vota on citoyenne inédite ayant pour objec f d’améliorer la


démocra e locale est elle illégale et incons tu onnelle ?
Le juge du tribunal administra f de Grenoble a décidé de donné raison au
préfet en annulant la décision de la commune de Grenoble d’engager une
procédure d’interpella on et de vota on citoyenne puisque le juge a retenu
l’argument du préfet selon lequel ce e procédure serait incons tu onnelle au
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regard de l’ar cle 72-1 de la Cons tu on et que donc ce e procédure dépassait


le cadre prévu par la loi.

Ce e procédure d’interpella on et de vota on citoyenne est donc un disposi f


qui mélange le droit de pé on et le droit de référendum local prévu dans la
cons tu on et qui reste possible (I) mais dans ce cas précis la procédure est
incohérente et ne respecte ni la loi ni la cons tu on (II)

I. Un disposi f possible mais non conforme au droit, mélangeant le


droit de pé on et le référendum local

Ce disposi f ini é par la commune de Grenoble est inspiré de deux


autres disposi f déjà existant, le droit de pé on et le référendum local
(A) mais ce disposi f aurait pu exister au regard de l’ar cle L131-1 du
code des rela ons entre le public et l’administra on (B)

A. Une combinaison du droit de pé on et du référendum local

Le tribunal administra f considère que « la commune de Grenoble doit être


regardé comme ayant règlementé la mise en place combinée d’un droit de
pé on au sens du 1er alinéa de l’ar cle 72- 1 de la Cons tu on et d’un
référendum local au sens du deuxième alinéa de ce même ar cle » ici le juge
a rme donc que la commune de Grenoble u lise deux disposi f existant et
prévu dans la cons tu on pour en créer un nouveau, en e et la commune de
Grenoble se rapproche du droit de pé on puisque la procédure
d’interpella on citoyenne a pour objec f de faire inscrire à l’ordre du jour du
conseil municipal une a aire relevant de sa compétence sous réserve que la
pé on a eigne les 2 000 signatures. De plus le disposi f de la commune de
Grenoble se rapproche du référendum local puisqu’il permet un vote des
citoyens si le conseil municipal a rejeté la demande qui avait été inscrit à l’ordre
du jour et pour cela il faut obtenir 20 000 vote puis le maire s’engage
poli quement à appliquer la mesure adoptée par les citoyens dans les deux
ans. La combinaison de ces deux principes accroit alors la démocra e locale
puisqu’elle permet aux habitants de la commune de donner leurs avis et même
d’adopter des mesures. Cependant le juge n’est pas convaincu du bien fondé de
ce e procédure puisque l’interpella on et la pé on sont légèrement
di érents, l’interpella on si elle réussi a être mis en place avec les 2000
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signatures requises oblige alors le conseil municipales à inscrire a l’ordre du jour
le cas voulu et oblige donc le conseil a voté et a donner une décisions sur ce
cas, alors que la pé on au sens de l’ar cle 72-1 de la cons tu on permet au
citoyen de « demander l’inscrip on à l’ordre du jour (…) d’une ques on
relevant de sa compétence ». Donc même si le disposi f instauré par la
commune de Grenoble peut être rapporté comme une combinaison des deux
autres droits cités elle n’est pas pour autant iden que et ne correspond donc
pas au loi qui les encadre, le tribunal administra f a donc jugé que la commune
de Grenoble avait crée une procédure d’interpella on et de vota on citoyenne
ce qui ne rentre pas dans le cadre de ces a ribu ons mais dans celui du
législateur, « la commune a excédé ses pouvoirs » la commune de Grenoble
abuse de son pouvoir en créant ce disposi f puisqu’elle ne respecte pas la
législa on selon le juge.

B. Un disposi f qui aurait pu exister

Ce disposi f malgré tout n’était pas totalement voué à l’échec puisque le


tribunal administra f se pose la ques on de savoir s’il peut rentrer dans le
cadre de l’ar cle L131-1 du code des rela ons entre le public et l’administra on
qui dispose que « lorsque l’administra on décide, en dehors des cas régis par
des disposi ons législa ves ou réglementaires, d’associer le public à la
concep on d’une réforme ou à l’élabora on d’un projet ou d’un acte, elle rend
publiques les modalités de ce e procédure, met à disposi on des personnes
concernées les informa ons u les, leur assure un délai raisonnable pour y
par ciper et veille à ce que les résultats ou les suites envisagées soient, au
moment approprié, rendus publics ».
L’ar cle nous montre bien qu’il est possible de créer d’autre disposi f que ceux
existant pour faire par ciper les habitants d’une collec vité territoriales au
décision administra ves de ce e dernière mais pour cela il faut que la
collec vité territoriale en ques on informe correctement les personnes
concernées par ce disposi f, que ces personnes disposent d’un délai correct
pour y par ciper et qu’elles soient par la suite informés des résultats. La
commune de Grenoble avait comme le souligne le juge respecté ces condi ons
puisqu’elle avait présenté sa procédure d’interpréta on et de vota on
citoyenne sur son site ainsi que dans dans la presse « Considérant que, dans
l’éditorial du dossier de presse, le maire présente la procédure d’interpella on
et de vota on citoyenne » le maire et son conseil municipal a donc respecté les
disposi ons de l’ar cle L 131-1 du code des rela ons entre le public et
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l’administra on. De plus le tribunal considère toujours au vu du même ar cle
que le « cadre cons tu onnel et législa f ne fait toutefois pas obstacle à ce que
les collec vités territoriales me ent en place d’autre formes d’associa on du
public à l’exercice de leurs compétences » ici elle admet donc que les
collec vités territoriales peuvent me re en place des disposi fs qui n’existe pas
au regard du droit pour faire par ciper leurs habitants mais toutefois ces
collec vités ne peuvent pas non plus aller à l’encontre de la cons tu on et du
droit c’est pour cela que le tribunal administra f de Grenoble a fait annuler la
procédure d’interpella on et de vota on citoyenne.
En n si on regarde du côté de la jurisprudence et plus par culièrement du coté
du tribunal administra f de Paris dans deux jugements qui date de 2011, le
tribunal avait admis la possibilité d’une interpella on citoyenne. Mais il y a eu
un revirement de la jurisprudence avec la cour administra ve d’appel de Lyon
en 2012 qui tout comme la décision présente a décidé d’annuler une procédure
perme ant une pé on locale, puisque le droit de pé on était réservé a tout
résidant de la collec vité territoriale depuis un an et pas seulement aux
électeurs comme le prévoit l’ar cle 72-1 de la cons tu on.

Le cas de la commune de Grenoble est assez similaire puisqu’elle ouvre ce


disposi f d’interpella on et de vota on citoyenne a des personnes qui ne sont
pas électeurs et même à des mineurs, le disposi f va donc à l’encontre de la
cons tu on et de la loi selon la jurisprudence.

II. Une procédure incohérente, illégale et incons tu onnelle

La procédure mise en place par la commune des Grenoble est


incons tu onnelle et illégale (A)) mais également assez spéciale surtout
incohérente dans ces condi ons (B)

A. Une procédure de vota on citoyenne illégale et incons tu onnelle

La procédure tentée par la commune de Grenoble va a l’encontre de la


cons tu on et par culièrement à l’encontre de l’ar cle 72-1 de ce e dernière,
en e et l’ar cle dispose dans son premier alinéa que « La loi xe les condi ons
dans lesquelles les électeurs de chaque collec vité territoriale peuvent, par
l'exercice du droit de pé on, demander l'inscrip on à l'ordre du jour de
l'assemblée délibérante de ce e collec vité d'une ques on relevant de sa
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compétence. ». Comme dis précédemment la procédure d’interpella on de la
commune de Grenoble ne respecte déjà pas le droit de pé on comme
expliquer dans l’ar cle puisqu’elle engage directement l’inscrip on à l’ordre du
jour la ques on posé par les habitants alors qu’elle devrait demander
l’inscrip on, de plus le juge pour appuyer son refus souligne que la procédure
mis en place par la commune de Grenoble donne l’accès aux votes a des
personnes qui ne sont pas électeurs comme les étrangers ou alors les mineurs
puisque ce disposi f donne droit au habitants de la commune de plus de 16 ans
de voté dans le cadre du disposi f, mais le juge précise que en étendant « ces
droits à diverses catégories de personnes n’ayant pas la qualité d’électeur au
sens du code électoral, la commune de Grenoble a directement méconnu les
disposi ons précitées de l’ar cle 72-1 de la Cons tu on qui réserve ce droit de
pé on aux seuls électeurs de la collec vité territoriale ».
Donc la commune de Grenoble à instaurer un disposi f incons tu onnel, de
plus le tribunal admet tout de même que la cons tu on prévoit à l’ar cle 34
une libre administra on des collec vités territoriales par des conseils élus mais
seulement dans un cadre prédé ni par la loi et ce cadre n’a pas été respecté par
la commune de Grenoble ce qui explique la décision d’annula on du disposi f
par le juge. En n le tribunal admet également que selon l’ar cle L2141-1 du
code général des collec vités territoriales qui reconnaît que « le droit des
habitants d’une commune à être consultés sur les décisions qui les concernent
est un principe essen el de la démocra e locale » cependant les disposi ons
de la procédure d’interpella on et de vota on citoyenne « ont une portée
générale et ne sauraient fonder légalement le disposi f décidé par la commune
de Grenoble », ici le juge nous explique que bien que la démocra e locale soit
un principe important elle ne permet pas pour autant d’ini er des disposi ons
qui vont à l’encontre de la loi puisque ca ne fonde pas légalement le disposi f.
Le disposi f de la commune de Grenoble est donc jugé par le tribunal
administra f comme incons tu onnel et illégale

B. Un disposi f incohérent et sans fondement

D’après l’ar cle L 1112-16 du code général des collec vités territoriales « Dans
une commune, un cinquième des électeurs inscrits sur les listes électorales et,
dans les autres collec vités territoriales, un dixième des électeurs, peuvent
demander à ce que soit inscrite à l'ordre du jour de l'assemblée délibérante de
la collec vité l'organisa on d'une consulta on sur toute a aire relevant de la
décision de ce e assemblée » ici la loi impose une condi on, le nombre de voix

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nécessaire à la pé on pour qu’elle soit inscrite à l’ordre du jour de la
collec vité territoriale, cependant la commune de Grenoble dans son disposi f
d’interpella on et de vota on citoyenne a elle même décidé de ses chi res
sans se fonder sur une loi ou une disposi on existante, elle demande pour
l’interpella on d’obtenir 2000 voix a n de pouvoir inscrire la ques on des
habitants à l’ordre du jour et en n si le conseil municipal reje e le projet, les
habitants peuvent eux mêmes l’adoptés en obtenant 20 000 votes en faveur du
projet, le problème est que ces chi res n’ont aucun fondement légale et sont
incohérent puisque 20 000 votes est un seuil presque impossible à a eindre
puisque les habitants méconnaissent pour beaucoup l’interpella on et la
vota on citoyenne. On peut aussi se demander si le système n’est pas an
démocra que puisqu’il demande 20 000 vote pour me re en œuvre le projet
voté qu’est ce qui se passerait si on ob endrait 20 000 voix pour mais par
exemple 25 000 voix contre le projet ? le maire devra me re en œuvre le projet
parce que le seuil a été a eint alors qu’une majorité des électeurs ne souhaite
pas voir ce projet mis en vigueur.
Le disposi f comporte donc des failles et est assez incohérents dans ces
condi ons, cependant ca n’empêche pas l’idée de germer dans d’autres esprits,
par exemple pour les élec ons municipales de Lille en 2020 le candidat
d’Europe Ecologie les Verts Stéphane BALY a dans son programme propose
l’instaura on d’un droit de référendum d’ini a ve locale et comme pour celui
de Grenoble il pose un seuil de 5000 voix a a eindre pour soume re une
proposi on au vote des administrés, et pareillement une fois de plus a celui de
Grenoble il perme rait aux habitants de plus de 16 ans de voter, on voit donc
bien que les collec vités territoriales ne cessent d’essayer d’accroitre la
démocra e locale et par extension la décentralisa on de l’Etat Français.
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