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CRID : 14, passage Dubail - 75010 Paris


ISSN : en cours - Mars 2002 - Prix : 4,60 € Les Institutions financières
internationales (IFI) ont pris
au fil des décennies une

QUE FAIRE importance croissante dans les


politiques de développement
des pays du Sud et, depuis la
DU FMI chute du mur de Berlin, dans
celles des pays de l’Est. Conçues

ET DE LA à l’origine pour prévenir les crises


monétaires (Fond monétaire

BANQUE
international) et financer le
développement (Banque Mondiale),
elles n’ont pu enrayer l’avènement de

MONDIALE ? crises, et le “développement” qu’elles


ont induit pèse lourdement sur les
couches les plus vulnérables des populations
d’un grand nombre de pays.

Les citoyens engagés dans des démarches de


solidarité internationale constatent les dégradations
sociales dues aux ajustements structurels imposés par
les IFI. Partenaires des acteurs du Sud, ils dénoncent avec
eux l’évolution de ces institutions qui imposent à l’ensemble
du monde une logique économique unique. La dénonciation
porte à la fois sur cette conception économique et sur le fait qu’elle
soit imposée par des institutions qui prétendent encore aujourd’hui ne pas
avoir de vocation “politique”.

La première tâche est donc de mettre en lumière le rôle exact des IFI, plus soucieuses
d’assurer le remboursement des dettes que le bonheur des peuples. Les campagnes citoyennes
successives sur la réforme des IFI ont pointé l’opacité de leur fonctionnement et leurs
processus de décision inféodés aux Etats les plus riches. Plusieurs organisations de par le
monde estiment d’ailleurs que “50 ans, ça suffit” et qu’il vaudrait mieux en rester là.

Le CRID et ses alliés, pour leur part, considèrent qu’aucune institution n’atteindra la
perfection. C’est donc par une vigilance active que les citoyens pourront contraindre ces
institutions à s’ouvrir et à se démocratiser.

Cette publication permettra aux acteurs de la solidarité internationale de mieux comprendre


le contexte des actions menées, d’en mesurer l’efficacité et de percevoir le chemin qu’il reste à
parcourir.

L E S C A H I E R S D E L A S O L I D A R I T É
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LES CAHIERS DE LA SOLIDARITÉ

LE SYSTEME
BRETTON WOODS,
TEL QU’EN LUI-MEME
Bretton Woods, juillet 1944 provisoire d’Alger, nommé en 1943 par Charles de
Gaulle. Le plan White partait du traumatisme que le
Examinons de plus près cette journée de l’été 1944 monde était en train de subir. L’hyper-inflation avait
qui a vu naître les institutions avec lesquelles nous mené Hitler au pouvoir en Allemagne, il fallait donc
nous débattons aujourd’hui. Mille personnes, une stabilité monétaire. D’où le FMI. Le libre
délégués de 44 pays, se retrouvent dans cette petite échange était vu comme une façon pragmatique
localité du New Hampshire qui ignorait alors qu’elle d’éviter la guerre en obligeant toutes les nations à se
allait devenir célèbre. Harry D. White, responsable parler et se connaître. Même si cette mesure mettait
de la délégation américaine, arrive avec son plan à mal les zones franc et sterling qui offraient un
tout bien ficelé : on crée le Fonds monétaire privilège aux anciennes puissances coloniales, elle
international (FMI) pour la stabilité monétaire, on répondait aux besoins du moment. D’où la Banque
crée la Banque mondiale pour la reconstruction et le mondiale et d’où l’Organisation des Nations unies
développement, et on donne aux pays la possibilité (ONU), quelques mois plus tard.
d’émettre de la monnaie en fonction de leur stock Le plan White a pris fin lorsque le président
d’or et de leur réserve en billets verts. Parité fixe, américain Richard Nixon a décidé, le 15 août 1971,
donc, entre l’or et le dollar, qui devient une monnaie la fin de la convertibilité du dollar en or. Adieu
internationale. l’espoir d’un accord mondial, bonjour les changes
Il y avait ce jour-là une autre vedette, John M. flottants et les accords régionaux. L’Euro allait
Keynes, l’économiste de Cambridge au faîte de sa pouvoir exister 40 ans plus tard. Et le FMI et la
gloire après la publication en 1936 de “Théorie Banque mondiale s’autonomisaient de fait dans leurs
générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie”. choix politico-économiques.
Lui aussi a un plan en poche. Il veut créer une Au fil des ans, la légitimité historique a disparu et
monnaie internationale, le “bancor”, convertible ces institutions se sont plus ou moins adaptées au
dans les différentes monnaies nationales. Pour les changement des défis internationaux, à la
pays débiteurs, sont prévus des prêts en bancors mondialisation, et aux inégalités. Qui sait ce que
ainsi que des mesures de bonne conduite. Pour les serait aujourd’hui le monde si Keynes avait réussi à
pays excédentaires, on prévoit une taxe qui permet imposer son “bancor”, avec des prêts pour les “trop
de financer une aide pour les pays en difficulté. pauvres” et des taxes pour les “trop riches” ?
Génie visionnaire, Keynes trouvait logique de mettre
en place des mesures de stabilisation pour les pays
“trop faibles” comme pour les pays “trop forts”... La Banque mondiale,
On connaît la fin de l’histoire. La conférence s’est pour le meilleur et pour le pire
bornée à discuter des modalités du plan White et tout
le monde savait que c’était la seule solution pour
La Banque internationale pour la
avoir accès aux crédits américains. La guerre n’était
reconstruction et le développement, BIRD
pas finie, ce n’était pas le jeune Pierre Mendès-
France qui allait apporter la contradiction. Il était Les activités de la BIRD ont débuté en 1946 avec des
alors commissaire aux finances du gouvernement financements de projets d’infrastructures, puis de

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projets d’équipements dans les pays en désignent également un président, qui est nommé
développement, lesquels sont actuellement les pour cinq ans. Celui-ci est traditionnellement
principaux bénéficiaires de son aide. américain. Depuis juin 1995, le poste est occupé par
Au fil du temps, la BIRD s’est vue adjoindre quatre James Wolfensohn, dont c’est le deuxième mandat.
structures complémentaires avec lesquelles elle forme La distribution des sièges se fait de la manière
aujourd’hui le groupe Banque mondiale : suivante : cinq pays, ceux dont la quote-part est la
■ la Société financière internationale (SFI), née en plus importante, disposent d’un siège permanent.
1956 pour stimuler la croissance du secteur privé Les Etats-Unis en détiennent 17,2 %, le Japon
dans les pays en développement, 6,1 %, la France, l’Allemagne et le Royaume Uni
■ l’Association internationale de développement chacun un peu plus de 4,5 % (un total de près de
(AID) créée en 1960 afin d’octroyer des crédits aux 28 % pour l’Union européenne). Trois autres sièges
pays ne pouvant accéder aux prêts de la BIRD, sont dévolus à l’Arabie Saoudite, à la Chine et à la
■ le Centre international de règlement des différends Russie. Les 16 sièges restants sont occupés par des
relatifs aux investissements (CIRDI) fondé en 1966, administrateurs élus, pour deux ans, par les
■ l’Agence multilatérale de garantie des 175 autres pays répartis en 16 groupes (il peut y avoir
investissements (AMGI) établie en 1988 afin de de 4 à 24 pays par groupe). Les 52 pays africains
promouvoir l’investissement direct à l’étranger. représentent moins de 13 %, de même que les 33 pays
Fonctionnant comme une banque classique, la BIRD d’Amérique latine. L’Asie, hormis le Japon et la
ne sélectionne que des projets suffisamment Chine, totalise un peu plus de 5 % des droits de vote.
rentables. Elle n’accorde des prêts qu’à des pays à
revenu intermédiaire, le taux d’intérêt fixé étant trop
L’Association internationale
élevé pour des Etats à faible revenu.
de développement (AID)
La BIRD compte actuellement 183 Etats membres,
qui doivent tous appartenir au Fonds monétaire Officiellement, l’AID est une structure juridiquement
international. Elle est dirigée par un Conseil des et financièrement indépendante de la BIRD. Force
gouverneurs et des administrateurs. est de constater toutefois qu’il existe une très étroite
Le Conseil des gouverneurs est théoriquement imbrication entre les deux institutions. L’AID est
l’instance souveraine. Il se réunit une fois par an en conçue de manière à pouvoir être administrée par la
Assemblée générale. Chaque Etat membre est BIRD. Elles ont le même président (James
représenté par un gouverneur (souvent le ministre Wolfensohn), partagent le même personnel et
des Finances ou le directeur de la Banque centrale du réunissent globalement les mêmes pays : 160 pays
pays membre) avec un suppléant. Le partage du appartenant à la BIRD ont, à ce jour, adhéré à l’AID.
pouvoir au sein de la BIRD se fait en fonction de la En tant qu’association, l’AID a pour vocation de
richesse de chacun et non de façon égalitaire entre financer des programmes de lutte contre la pauvreté
les Etats : chaque gouverneur dispose en effet de en octroyant des crédits à long terme (35 à 40 ans),
250 voix, auxquelles s’ajoute 1 voix par tranche de à un taux d’intérêt très faible, dont les
capital détenu, celui-ci étant proportionnel au remboursements peuvent être effectués en monnaie
niveau économique du pays. locale. Cela concerne principalement des pays dont
L’instance opérationnelle de la BIRD est le Conseil le revenu ne dépassait pas 925 $ par an et par
d’administration, dont les 24 participants siègent en habitant en 1996, pour les Etats bénéficiaires de
permanence à Washington. Ils s’occupent de la prêts en 1998 (environ 80 Etats au total). Certains
gestion quotidienne de la Banque, approuvent les pays reçoivent des prêts de la BIRD et de l’AID. Si
prêts et politiques, contrôlent les opérations et les cette dernière accorde des crédits à des conditions
performances du portefeuille d’actions ainsi que les moins rigoureuses que celles de la BIRD, les projets
stratégies d’assistance-pays. Les administrateurs doivent néanmoins être économiquement viables.
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L’évolution de la Banque Au-delà des idéologies, la Banque mondiale a suivi


l’évolution des idées en se fondant dans le discours
La Banque mondiale est aujourd’hui très contestée du Programme des Nations unies pour le
en tant qu’institution tentaculaire qui enserre développement (PNUD) sur la pauvreté, en essayant
l’économie des pays pauvres et en tant que suppôt d’intégrer les demandes des ONG, en épousant les
du capitalisme mondial au service des pays riches. concepts de développement durable et de
Pourtant, elle prétend lutter contre la pauvreté et préservation de l’environnement mis en avant par
encourager la bonne gouvernance. Qu’en est-il l’ONU. Evidemment, les discours ont changé plus
réellement ? rapidement que les actes, et la Banque doit
Dans le tiers monde, dès sa fondation, elle a été reconnaître ses erreurs, en particulier écologiques.
appelée à soutenir et financer de grands projets Elle a par exemple soutenu, que ce soit au Brésil, en
d’infrastructures (routes, barrages, centrales...), Indonésie ou en Côte d’Ivoire, des projets de
considérés comme le soubassement du déforestation, de vastes étendues d’agriculture
développement économique (les deux tiers des prêts extensive ou des barrages inadaptés, toutes formes
en 1965). Au cours de sa longue présidence (entre de projets productifs qui “oubliaient” la population
1968 et 1981) Robert Mc Namara orienta la Banque et l’environnement. Depuis, la Banque a fait de réels
vers “les besoins essentiels”. Cette nouvelle mea culpa mais elle doit faire face à des
orientation en faveur de l’éducation, l’aménagement conservateurs américains qui regrettent la grande
urbain, les projets agricoles et les choix industriels époque des infrastructures et trouvent que la Banque
conduisit la Banque mondiale à s’intéresser de plus se disperse trop.
en plus aux politiques économiques et commerciales, Si les incohérences économiques sont nombreuses
aux taux de change... et donc à poser des conditions, (difficulté d’infléchir un trop gros projet,
qui prirent la forme des fameux “programmes consultation des populations inexistante ou
d’ajustement structurel” (PAS), avec une liste inachevée, absence de stratégie de la part des
drastique de critères à respecter. autorités...), les incohérences politiques ne manquent
Au cours des quarante dernières années, le volume pas : la Banque mondiale aide parfois des
des prêts de la Banque mondiale a été multiplié par gouvernements qui violent allègrement les droits de
dix. Ces opportunités financières sont essentielles l’Homme ou qui détournent ouvertement les fonds
pour les pays les plus pauvres, et tout le jeu a ou les ressources issues des projets (pétrole, pierres
consisté à jouer au chat et à la souris. Sur 37 pays précieuses).
africains impliqués dans des PAS au cours des deux La Banque mondiale semble perméable aux flux et
dernières décennies, les trois quarts n’ont pas ou peu reflux des réflexions sur le développement et aux
respecté les conditions imposées. Bien que le contradictions des acteurs avec lesquels elle est en
couperet soit toujours menaçant (l’arrêt des prêts), la relation, des gouvernants bénéficiaires aux ONG en
Banque mondiale n’a pas les moyens d’agir en passant par les experts et les représentants des pays
dictateur avec les débiteurs, et les grands pays contributeurs. En ce sens, elle est en voie de
“incontournables” comme la Russie ou la Chine ne démocratisation. Elle a notamment su s’adapter en
sont pas les seuls à ruser. “ humanisant” son action, c’est à dire en embauchant
La Banque mondiale a énormément évolué, passant des spécialistes des sciences humaines :
des infrastructures (ressemblant fortement à l’épine 180 sociologues, anthropologues et autres géographes
dorsale d’une économie planifiée) à la satisfaction travaillent actuellement parmi les 7 000 professionnels
des besoins essentiels, aux plans d’ajustement de la Banque, alors qu’ils n’étaient que 4 en 1990. En
structurel “à visage humain”, à la lutte contre la outre, la moitié de ses projets associent désormais des
pauvreté et contre la corruption (ce qui ne semblait ONG, à des degrès divers et dans la mesure où elles
pas la gêner quelques décennies auparavant), tandis ne remettent pas en cause le dogme libéral. Un réel
qu’aujourd’hui, on érige en dogme la “bonne effort a été entrepris depuis l’accession à la présidence
gouvernance” et le développement durable. de la Banque de James Wolfensohn, en 1995.

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Paroles de présidents
James Wolfensohn, (président de la Banque en tout cas aux Etats-Unis, reste dominée par l’idée
mondiale depuis 1995) que des politiques de redistribution importante
“C’est un peu démoralisant de voir les gens se nuisent à la croissance et qu’au bout du compte
mobiliser contre nous pour plus de justice sociale cette option pénalise le pays tout entier. Pour ma
alors que c’est exactement ce que nous faisons part, je n’en suis absolument pas convaincu, je pen-
chaque jour. Il n’y a aucun thème dont je ne sois se que l’on peut consacrer des sommes importantes
prêt à discuter. Je regrette seulement que ce débat pour la pauvreté sans pénaliser la croissance.
soit bloqué par des tentatives de nous empêcher de Au contraire, en investissant sur les pauvres, en
nous réunir. La mondialisation représente le seul leur donnant les moyens de se former ou de profiter
moyen de faire accéder la population mondiale au du progrès technique, on enrichit à terme le pays.
même niveau que celui des pays industrialisés. Ce La mission de la Banque mondiale ne consiste pas
que nous essayons de faire est d’aider les gens dans seulement à faire du développement économique,
les pays pauvres à obtenir les mêmes chances que elle doit aussi se préoccuper de développement
les gens des pays riches. Les habitants des pays humain. Ce sont les personnes à la limite de la sub-
riches y sont parvenus en ouvrant leurs frontières. sistance, qui n’ont accès ni à l’éducation ni à
Si l’on regarde les treize dernières années, nous la santé et dont les besoins alimentaires sont à
avons probablement sorti de la misère absolue peine assurés, qu’il faut aider en priorité. James
entre 300 et 400 millions de personnes. Mais le Wolfensohn a repris avec passion ce combat de la
nombre de pauvres est resté à peu près le même en lutte contre la pauvreté, il faut s’en réjouir, même
raison de la croissance démographique. Nous si je redoute qu’il se heurte comme moi à la fai-
n’avons pas la direction de l’économie mondiale. blesse des leaders politiques. Pour imposer la lutte
Nous traitons les problèmes sociaux et de pauvre- contre la pauvreté comme une priorité nationale, il
té par pays et par région. En Corée et en Thaïlan- faut beaucoup de courage politique. Je ne jette pas
de, nous avons mis sur pied des programmes pour la pierre aux pays en développement. Chez nous
l’enfance, les femmes, les chômeurs, pour diminuer aux Etats Unis, nous sommes le pays le plus riche
les effets des crises sur les individus. Avec mon col- du monde et nous avons 40 millions de pauvres.
lègue du Fonds monétaire international, Aucun homme politique n’a été jusqu’à présent
Horst Köhler, nous travaillons pour favoriser l’ou- capable de prendre des mesures pour résoudre cet-
verture du commerce entre les pays en développe- te situation. Beaucoup de gouvernements n’ont pas
ment et les pays développés.” voulu prendre les mesures nécessaires. En 1968,
par exemple, la plupart des pays d’Afrique et la
Robert McNamara, (président de la Banque mon- Corée se trouvaient dans la même situation en ter-
diale de 1968 à 1981) me de développement. Aujourd’hui, la Corée fait
Ancien secrétaire d’Etat à la défense des présidents partie des pays industrialisés et les conditions de
Kennedy et Johnson, il fait aujourd’hui partie, vie de l’ensemble de la population ont progressé.
à 85 ans, de la Coalition mondiale pour l’Afrique, La Chine aussi s’est engagée depuis plusieurs
un forum qui milite pour une aide accrue en faveur années sur le chemin de la lutte contre la pauvreté
de ce continent.) par des mesures concrètes. Peu de leaders africains
“Il est très difficile de mettre en place des politiques ont cette préoccupation aujourd’hui. Ceci dit, il est
efficaces de lutte contre la pauvreté. Pour une rai- impératif de soulager les plus pauvres du fardeau
son que l’on oublie souvent : pour donner aux de la dette et l’attitude des Etats Unis est pour moi
pauvres, il faut prélever une partie de la richesse honteuse. Le pays le plus riche du monde est celui
d’un pays pour la redistribuer et cette idée est dans qui fait le moins d’effort ! Mais je le répète, l’in-
la plupart des cas rejetée par le reste de la popula- suffisance de l’aide publique n’est pas la principa-
tion qui se sent pénalisée. La pensée économique, le cause des échecs observés”.

(Citations extraites de l’interview de John Wolfensohn par Babette Stern, Le Monde, 26 avril 2001, de l’article du 15 avril 2000, “Le rôle et l’efficacité du FMI et
de la Banque mondiale contestés” et de l’interview de R. McNamara par Laurence Caramel dans le Monde du 19 septembre 2000)
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Le FMI, pour le moins bon deux mesures. La Russie est bénéficiaire de dizaines
de milliards de prêts et connaît aussi un taux record
et pour le pire de fuite des capitaux et de détournements de fonds.
La mansuétude actuelle à l’égard du Pakistan est,
Tout comme pour la BIRD, l’évolution de la
elle aussi, éminemment conjoncturelle. Fin
conjoncture internationale a conduit le FMI à
septembre 2001, le Pakistan a reçu un crédit de
redéfinir son rôle. En effet, avec les crises pétrolières
135 millions de dollars . Ne serait-ce pas en
et la fin de la parité fixe entre le dollar et l’or - qui a
remerciement de s’être placé du “bon côté” ?
signé l’effondrement du système mis en place après
On voit bien souvent des prêts accordés ou refusés
la guerre - la mission initiale qui lui avait été
avant les élections, comme ce fut le cas en 1998 au
assignée a pris fin.
Brésil pour favoriser l’élection du président Cardoso.
Les banques commerciales étant devenues méfiantes
Reconnaître que le FMI, à l’instar de la Banque
vis-à-vis des pays en développement en raison de la
mondiale, est une institution politique, rend caduque
crise de la dette, le FMI assure désormais la fonction
la légitimité de la répartition du pouvoir, purement
de prêteur en dernier ressort. Il a pour vocation de
financière. Les Etats doivent être mieux représentés
renflouer les économies en difficulté, afin de rétablir
et donc mieux impliqués et responsabilisés dans les
la confiance de la sphère privée. Les prêts se font
actions de l’institution. En impliquant davantage les
sous certaines conditions et sont assujettis à la mise
Etats, on renforcera la légitimité politique des
en place de programmes d’ajustement structurel
institutions financières.
(PAS), qui imposent la libéralisation de l’économie.
Le FMI emploie 2 300 personnes. Excessivement
Le Fonds monétaire international - qui compte
centralisée, cette institution est par nature éloignée
183 Etats membres - s’organise pratiquement selon
de la réalité des pays qui seront pourtant les
le même schéma que la Banque mondiale, avec la
premiers concernés par les décisions prises.
même répartition des sièges.
Cela explique les erreurs grossières de certaines
Le Conseil d’administration est présidé par un
mesures d’accompagnement d’où découle la perte de
Directeur général (sans droit de vote, sauf en cas de
crédibilité de l’institution, et la dégradation
partage), élu pour cinq ans. Celui-ci est
constante de la qualité des relations que le FMI
traditionnellement européen. Chef du personnel du
entretient avec les pays bénéficiaires. On remarque
FMI, il est investi d’un rôle diplomatique essentiel,
en effet que la provenance des salariés recoupe
organise la mise en œuvre des décisions et oriente la
grossièrement les quotes-parts, c’est à dire que les
politique de l’institution. Horst Köhler a succédé en
deux tiers d’entre eux viennent des pays
juin 2000 à Michel Camdessus qui occupa ce poste
industrialisés.
pendant 13 ans.
Le manque de transparence de la comptabilité du
Le Fonds monétaire International est à la base une
FMI ne permet pas aux Etats membres de disposer
grande tontine mondiale ouverte à tous ses
d’une vision claire de la situation financière de
membres, sachant que les cotisations sont
l’institution. Le FMI est par exemple la seule
évidemment inégales. De son pouvoir financier qui
organisation internationale dont les écritures
paraît technique, le FMI tire une grande influence
comptables ne contiennent aucune information sur
politique. Que le FMI ait refusé de porter à bout de
l’ampleur de ses actifs ni de ses passifs.
bras la déroute argentine récurrente serait plutôt bon
signe, car l’argent du FMI ne doit pas servir à Le FMI a franchi de grandes évolutions de langage
masquer les inepties gouvernementales et la fraude jusqu’à sa notion fétiche du jour qu’est la “bonne
fiscale. Toutefois, force est de constater que la gouvernance”. Ce terme fait référence à divers
rigueur qu’il applique aux Etats présente deux poids, aspects de la vie publique dans une société

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démocratique : respect de l’Etat de droit, gestion attaché à renforcer ses instruments de détection, de
efficace et équitable des dépenses publiques (bonne prévention et de résolution des crises au sein d’un
administration), responsabilité des dirigeants nouveau département, opérationnel depuis
politiques et transparence. Lancée au départ pour le 1er août 2001. Il s’est doté de nouvelles facilités,
respecter chaque régime au pouvoir tout en exigeant dont une ligne de crédit préventive pour décourager
une base minimale d’honnêteté (en particulier la les attaques spéculatives. Mais peu d’Etats ont
lutte contre la corruption), les pays en jusqu’alors utilisé ce mécanisme considéré comme
développement refusent pour la plupart ce nouveau signalant trop explicitement aux marchés les risques
concept aux contours imprécis, soupçonné de supportés par le pays.
masquer une vision unique du développement. Non Le FMI appelle à la rescousse le secteur privé afin
dénué d’ambiguïté, ce terme a l’avantage de sortir le de lui faire jouer un rôle constructif dans le
FMI du carcan économiciste derrière lequel il s’est processus de résolution des crises. Il faut dire que
longtemps protégé, pour le plonger si peu que ce soit les banques et les investisseurs financiers ont pris
dans l’altérité politique et culturelle. ces dernières années des risques inconsidérés, en
Les diverses crises financières qui se sont succédées comptant sur les pouvoirs publics pour venir les
en Asie, en Russie et en Argentine ont rendu le FMI sauver en cas de problème. C’est d’ailleurs l’une des
plus modeste quant à son rôle (il n’est pas causes des crises financières internationales.
omnipotent) et plus humble quant à sa capacité à Et c’est ce qui a conduit le FMI à obliger les
prévenir ces crises. Il peut ne pas en être banques privées à participer au plan de sauvetage
responsable, mais on lui reprochera de ne pas avoir de l’Argentine à hauteur de 1,5 milliard d’euros.
vu venir ces raz-de-marée car il est de son devoir Les brigands ne sont pas toujours ceux que
originel de stabiliser les monnaies. Le FMI s’est donc l’on croit…

Des fonds monétaires régionaux ?


Malgré ces évolutions, le FMI n’entend pas lâcher l’année 2001, sous des abords plus modestes,
prise quant à sa position hégémonique sur la l’initiative a été remise au goût du jour par treize
gestion et la prévention des crises financières. pays asiatiques qui envisagent de faciliter les
C’est ce que nous montre l’expérience asiatique échanges de devises en cas de difficultés de
sur le projet de construction d’une structure paiements d’un des membres.
régionale et autonome de gestion des crises. L’idée Le FMI ne souffre pas la concurrence. Il s’est
est née suite à la crise financière asiatique de 1997 hâté de rappeler qu’il était le seul à pouvoir
et 1998. Devant la gestion catastrophique du définir les conditions de sortie de crises. Sans
FMI, les pays asiatiques ont essayé de mettre en s’opposer ouvertement à l’initiative, le FMI
place des instances régionales capables de gérer exige désormais que le processus d’ensemble
les crises financières sans avoir recours à la soit soumis à ses exigences. Bien que
communauté internationale. En 1997, le Japon a diplomatique, le bras de fer n’est pas terminé,
envisagé alors de créer un “Fonds monétaire les pays asiatiques ayant de plus en plus de
asiatique”. Il n’a pas pu voir le jour, sous la moyens pour résister à l’influence des
pression conjuguée du FMI et des Etats-Unis qui institutions financières internationales et de
voyaient là un crime de lèse-majesté. Au début de leurs bailleurs principaux.
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LES PRINCIPALES
CARENCES DU SYSTEME
L’emprise des pays riches nord-américains peuvent connaître la position de leur
administrateur, il en va différemment pour la grande
Comme le nombre de voix détenu au sein des majorité des habitants des autres pays.
Conseils d’administration de la Banque mondiale et Un administrateur représente souvent plusieurs
du FMI est fonction des parts de capital et donc du Etats : le Mexicain, par exemple, représente un
niveau économique de chaque Etat, les riches groupe de neuf pays - Costa Rica, Salvador,
décident et imposent aux pauvres les politiques à Espagne, Guatemala, Honduras, Mexique,
suivre. Le FMI régente les politiques des pays les Nicaragua, Venezuela. Sa position est-elle le résultat
plus pauvres mais ne s’immisce pas dans celles des d’un consensus entre tous les pays du groupe ?
plus riches. Les Etats-Unis, par exemple, sont le pays Une décision prise à la majorité ? Est-ce le pays qui
le plus endetté du monde, ce qui concourt à dispose du plus grand nombre de voix qui a imposé
déstabiliser le système monétaire et financier son choix ? Il n’existe pas de règle définie en la
international. Mais jamais le FMI ne s’est enhardi à matière et donc pas de réponse claire. Qui plus est,
exprimer la moindre suggestion de politique bon nombre d’administrateurs se refusent à
financière aux USA ! divulguer des informations, avec l’accord tacite des
Les Etats-Unis sont du reste en mesure de s’opposer institutions, sous le prétexte d’une confidentialité des
à tout projet. Bien que la majorité des décisions relations avec les pays emprunteurs. En réalité, on
soient prises sur le mode du consensus, la minorité devine aisément qu’ils préfèrent conserver le secret
de blocage est de 15 % en cas de vote pour les sur les politiques économiques qui vont être
décisions importantes. Or, les Etats Unis détiennent appliquées dans leur pays.
plus de 17 % des voix, ce qui leur permet, de fait, La communication de la Banque mondiale est
de disposer d’un droit de veto. Il faut dire que si constituée de nombreuses revues sur ses actions
l’Europe parlait d’une seule voix, elle disposerait (Banque mondiale Actualités, OED Précis...) ou
d’une réelle influence car les pays de l’Union l’état d’avancement de ses recherches (World Bank
Européenne totalisent 28 % des voix. Economic Review...) et elle organise des réunions
avec des représentants de la société civile, au cours
Des moyens de contrôle desquelles elle présente les documents importants
(Rapport sur le développement dans le monde,
insuffisants Financement global du développement...). Un certain
L’attitude de la Banque mondiale se distingue de nombre d’informations sur la Banque demeurent
celle adoptée par le FMI car leurs conditions de toutefois inaccessibles, notamment celles qui se
travail sont bien différentes. Du fait que le FMI rapportent à l’orientation de sa politique, à
octroie des prêts aux gouvernements, l’institution l’affectation des prêts et à la mise en place des
n’est pas en contact direct avec la société civile. Les différentes évaluations (concernant les projets, les
actions de la Banque, elles, concernent des projets politiques mais aussi les départements de
concrets qui intéressent directement la population. l’institution). Il est aussi difficile de se procurer les
La Banque mondiale s’avère donc plus sensible aux rapports des missions de supervision, de suivi, de
critiques exprimées par les citoyens. conclusion et d’audit de performance, ainsi que les
Toutefois, les institutions financières internationales données se rapportant aux stratégies et études
restent opaques et aucun contrôle formel ne peut être d’assistance-pays, qui établissent les orientations
réellement exercé par la population. Si les citoyens économiques d’un Etat.

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LES CAHIERS DE LA SOLIDARITÉ

L’exemple caricatural du mauvais projet :


l’oléoduc Tchad - Cameroun
Un consortium international composé d’Elf la répartition des revenus au profit des popula-
Exxon et Shell s’est lancé en 1992 dans un gigan- tions, Elf et Shell ont annoncé qu’elles se retiraient
tesque projet pétrolier au Tchad et au Cameroun. du consortium. Trop compliqué. De plus, le
Il s’agissait d’exploiter le pétrole tchadien de la pétrole n’est pas de première qualité et les réserves
région de Doba, dans sud du pays, par la sont moyennes. Alors si en plus il faut contrôler
construction de 300 puits et d’un oléoduc de plus en aval les revenus... L’Américain Chevron et le
de 1 000 kilomètres de long traversant le Came- Malaisien Petronas ont pris le relais. Ce dernier
roun jusqu’au port de Kribi, sur l’Océan est fortement implanté au sud Soudan avec la
Atlantique. Ces entreprises ont fait appel à des bénédiction du régime de Khartoum, mais cela ne
financements publics dont ceux de l’Association semble pas choquer les responsables de la Banque
internationale de développement, l’AID, filiale de mondiale.
la Banque mondiale chargée des programmes de Le temps a permis de prendre certaines précau-
lutte contre la pauvreté. Et la Banque mondiale tions écologiques (l’oléoduc suivra la route pour
n’a pas dit non ! Quid de la déforestation et des éviter la déforestation) et il contournera les vil-
déplacements de populations consécutifs à la mise lages afin que les déménagements forcés soient
en œuvre de ce vaste oléoduc ? Quid de la redistri- réduits (seulement 160 familles dans la zone d’ex-
bution des revenus pétroliers dans des kleptocra- traction disent les 19 volumes de rapports). En
ties aussi renommées ? Les dirigeants ayant sou- juin 2000, la Banque mondiale a donné son
vent beaucoup de mal à faire la distinction entre accord pour un financement de 293 millions de
biens publics et biens privés ont du être mis sous dollars sur les 3,7 milliards du coût total du pro-
tutelle. Au Tchad, la direction du Trésor a été jet, avec un drastique cahier des charges environ-
contrôlée pendant plusieurs années par une socié- nementales et sociales. La Banque mondiale a
té suisse, la Cotechna, à la demande des bailleurs aujourd’hui bien du mal à faire respecter les
de fonds. Au Cameroun, pendant plus de vingt “garanties” annoncées. Quelques semaines après
ans, les revenus du pétrole n’étaient pas compta- la décision du Conseil d’administration, Idriss
bilisés dans le budget public ! Déby confirmait sa détermination à détourner la
Les levées de bouclier des ONG au niveau inter- rente pétrolière pour renforcer son régime mili-
national dès 1997 (en France, avec la campagne taire en achetant pour 4 millions de dollars
“Banque mondiale, pompe A’frique des compa- d’armes avec l’argent versé par le consortium.
gnies pétrolières”) ont eu un large écho, tant le L’armée terrorise la population dans la région de
projet était déconnecté des réels besoins de la Mondou. Les violations du droit du travail sur les
population (le Tchad est l’un des pays les plus chantiers des sous-traitants ont donné lieu à des
pauvres du monde avec un revenu annuel par grèves au Cameroun et les opportunités d’emploi
habitant de moins de 200 dollars...). Après trois sont bien moindres que ce qui était annoncé.
ans d’âpres bagarres entre les gouvernements Enfin, les pygmées sont exclus des mécanismes
pressés de toucher la manne pétrolière et les ONG d’indemnisation car ces nomades n’ont pas de
soucieuses d’avoir toujours plus de garanties sur titres fonciers ni de cartes d’identités.
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LES CAHIERS DE LA SOLIDARITÉ

Le problème du contrôle se pose aussi en termes plus


proprement politiques. En principe l’ONU adresse
Des objectifs non respectés
des directives aux organisations qui lui sont Initialement, la mission de la Banque mondiale était
rattachées. Mais le Fonds monétaire international et de fournir aux Etats membres une aide à la
la Banque mondiale sont considérés comme des reconstruction dans le contexte de l’après-guerre.
institutions à part : elles ne reçoivent que des Aujourd’hui, elle s’est fixé comme objectifs la
recommandations, lesquelles sont rédigées après réduction de la pauvreté et l’amélioration des
consultation des intéressés. Il n’existe donc, de ce conditions de vie dans les pays en développement.
point de vue, aucune surveillance véritable. Le titre du Rapport sur le développement dans le
Ceci étant, il faut reconnaître que la Banque monde 2001 de la Banque mondiale, “Combattre la
mondiale s’efforce, depuis plusieurs années, de pauvreté”, illustre bien cette orientation. Plus
clarifier sa politique. En 1974, elle a créé un précisément, les prêts de la BIRD et de l’AID doivent
Département d’évaluation des opérations, qui financer des projets et des programmes qui
examine les performances des projets et des “stimuleront le progrès économique et social de
stratégies. En 1993, la Banque mondiale a mis en sorte que les populations vivent mieux” (Rapport de
place un Panel d’inspection destiné à améliorer la la Banque mondiale 1998).
transparence et la fiabilité de ses opérations. Ce Pourtant, la Banque mondiale applique une
Panel permet à la société civile de se défendre contre politique de libéralisation qui s’accompagne de
les projets qu’elle considère comme néfastes pour la coupes sévères dans les programmes sociaux et
population et l’environnement. Depuis le début de environnementaux. Du coup, celle-ci se retrouve
ses activités, en septembre 1994, 22 requêtes ont été obligée de mettre en place des “filets de protection
déposées. Elles portent sur l’évaluation sociale” afin de protéger les populations vulnérables.
environnementale, la réduction de la pauvreté, le Le rôle de la Banque mondiale est pour le moins
déplacement involontaire et la réinstallation des paradoxal : à la fois institution de lutte contre la
populations, les mécanismes de consultation des pauvreté et banque, elle doit justifier les
populations... Ces initiatives constituent une investissements en éducation, santé, environnement -
avancée, mais demeurent insuffisantes. En effet, les indispensables pour lutter de manière durable contre
organismes d’évaluation restent rattachés à la misère - selon des critères économiques et
l’institution, ce qui restreint leur indépendance. De financiers. Et comme elle est “bien gérée”, depuis
plus, si la Banque mondiale reprend de plus en plus 1948, elle réalise chaque année des bénéfices...
le discours des ONG dans ses directives, la mise en
application laisse à désirer. Le FMI, chargé de veiller à l’amélioration de
De son côté le FMI s’est lui aussi doté d’une unité l’environnement économique mondial, préconise
d’évaluation. Elle est opérationnelle depuis avril 2001, quant à lui des mesures qui entraînent une
et se cantonne aux évaluations ex post, c’est à dire diminution du pouvoir d’achat des habitants des
une fois le projet entièrement terminé. De nombreuses pays concernés. Ces mesures sont si brutales qu’elles
voix s’élèvent d’ores et déjà pour dénoncer le manque provoquent parfois des émeutes populaires.
d’indépendance de l’unité d’évaluation vis à vis du Cela s’est produit dernièrement en Indonésie et en
FMI et plaident pour la mise en place d’une structure Corée du Sud, mais aussi auparavant au Venezuela,
d’évaluation externe et indépendante, qui inclurait en Zambie... Quant à son action en matière de
dans son champ de compétences les aspects sociaux et stabilité du système monétaire mondial, les crises
environnementaux des politiques du FMI et devrait survenues successivement en Asie, en Russie ou au
être assortie d’un mécanisme de recours permettant Mexique ont témoigné assez clairement du peu de
aux populations affectées par les programmes du FMI fiabilité de ses prévisions et de l’inefficacité de ses
de défendre leurs droits. interventions.

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LES CAHIERS DE LA SOLIDARITÉ

Une influence croissante dans les étudiants et les chercheurs, notamment ceux des
pays du Sud. Parmi les personnes qui quittent
l’économie du développement ensuite ces institutions pour retourner dans leur
pays, nombre d’entre elles se retrouvent à des postes
Quel que soit le pays, le Fonds monétaire importants (Banque centrale, ministères) en charge
international et la Banque mondiale appliquent les du financement du développement. Ce qui facilite les
mêmes recettes économiques. Il n’existe pas de réel négociations...
débat qui permette d’envisager des modèles Enfin, la sphère d’influence de la Banque mondiale
alternatifs de développement. Certes, de temps à s’est également élargie aux principales agences de
autre, au cas par cas, la société civile obtient parfois développement, en particulier au Programme des
satisfaction sur des projets précis. Mais le modèle Nations unies pour le développement (PNUD) et au
global de développement n’est jamais véritablement Fonds pour l’environnement mondial (FEM).
remis en question. Et pour cause, les institutions Ce dernier organisme repose sur une association
financières internationales dominent le monde de la entre la Banque mondiale, le PNUD et le Programme
recherche en économie du développement. des Nations unies pour l’environnement (PNUE). Il a
Ainsi, est-il besoin de le rappeler, le Rapport sur le été créé en 1991 pour renforcer les investissements
développement dans le monde, publié chaque année en faveur de la protection de l’environnement et
par la Banque mondiale, est l’un des documents les devrait être indépendant de toute autre institution.
plus lus dans ce domaine (200 000 exemplaires Dans la réalité, son secrétariat est assuré par la
diffusés). Le manque de publications alternatives de Banque mondiale, qui agit comme administratrice
cette ampleur contribue du reste à conférer aux du Fonds. Gérant plus de 60 % des projets du FEM,
rapports de la Banque une autorité difficilement elle influe naturellement sur ses pratiques.
contestable. Plus récemment, la Banque mondiale a étendu sa
Au niveau du recrutement du personnel des deux sphère d’influence par le biais de la mise en place de
institutions, il n’existe pas non plus d’ouverture vers nombreux programmes de lutte contre le sida. Elle
d’autres modèles de développement. En effet, si le se positionne pour jouer un rôle central dans le
FMI et la Banque mondiale appliquent des quotas de futur Fonds multilatéral pour la santé destiné à
recrutement par pays, cette représentativité n’est pas lutter contre le sida, la malaria et la tuberculose.
la garantie d’une pluralité intellectuelle car le Pourtant, des agences des Nations unies, telles que
personnel, quelle que soit sa nationalité, sort des l’OMS (Organisation mondiale pour la Santé) ou
mêmes universités : Harvard, Oxford, London l’ONUSIDA, sont, par nature, à même de remplir
School of Economics, MIT (Massachusetts Institute cette mission.
of Technology)... Sa conception du développement et La Banque mondiale est donc bien dans une stratégie
de l’économie est donc très homogène. d’extension de son domaine de compétence au
La Banque mondiale et le FMI sont également très détriment d’autres institutions susceptibles de
puissants en raison de l’attraction qu’ils exercent sur promouvoir un autre modèle de développement.
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LES CAHIERS DE LA SOLIDARITÉ

LES ACTIONS DES ONG


POUR PLUS DE
TRANSPARENCE
ET DE DEMOCRATIE
Nous venons de le voir, les griefs à l’encontre de la d’associations, coordonné par Agir ici, l’AITEC et le
Banque mondiale et du FMI sont multiples. CRID (cf. pp. 22-23) travaille spécifiquement sur la
Ils découlent du mode de répartition du pouvoir, du réforme des institutions financières internationales
non-respect des objectifs et d’un contrôle insuffisant en lien étroit avec la plate-forme Dette et
accentué par un difficile accès à l’information. En développement qui centre son action sur
outre, la mission qui a été assignée à ces institutions l’annulation de la dette.
n’est pas toujours respectée alors même qu’elles
s’imposent comme référence en matière d’économie
du développement. Tous ces défauts de La mobilisation pour l’annulation
fonctionnement reposent sur un mauvais pli originel
commun : l’absence de démocratie, et donc de
de la dette, un modèle du genre
transparence. “Pour l’an 2000, annulons la dette !” constitue le
maillon français de la campagne internationale Jubilé
Pour les ONG, il s’agit de limiter les compétences de 2000. Lancée en février 1999 par près de soixante
ces institutions à leur mission initiale et de leur associations de solidarité internationale, cette
refuser la tutelle exercée sur les pays pauvres par le campagne a obtenu des résultats inattendus en
bloc majoritaire des actionnaires de l’économie quelques mois seulement, 520 000 personnes ont
mondiale qui dirigent aujourd’hui ces institutions. signé la pétition demandant l’annulation de la dette
FMI et Banque mondiale doivent être intégrées au des pays pauvres très endettés. Des conférences,
système des Nations Unies qui présente le double animations, séances de signatures publiques ont été
avantage, au niveau de ses principes, de ne pas organisées partout en France. Malgré la complexité
reposer sur des suffrages censitaires (ce n’est pas un du sujet, un important travail de sensibilisation et
dollar = une voix, mais un Etat = une voix) et d’éducation au développement a été accompli, travail
d’avoir la Déclaration universelle des droits de qui a permis d’aborder une réflexion plus large sur les
l’Homme en préambule de sa charte. L’évaluation de mécanismes économiques et financiers entre pays du
ces institutions et de leurs politiques devrait être Nord et du Sud, grâce aussi au relais de la presse. Les
confiée à l’une des instances des Nations Unies. représentants de la campagne française ont été reçus à
Bercy par le ministre des Finances et le ministre
Cinq campagnes internationales vont dans ce sens, délégué à la Coopération. D’autres rencontres avec
l’une contre l’Organisation mondiale du commerce leurs conseillers ont permis de suivre l’avancée des
(OMC), une autre contre la spéculation financière et négociations au sein du G7 et du Club de Paris. Une
pour la taxe Tobin, la campagne pour l’annulation conférence de presse a pu être organisée à Bercy, en
de la dette, celle pour la réforme des institutions présence des deux ministres, pour que leur soient
financières internationales et la campagne sur les symboliquement remises les signatures recueillies et
firmes transnationales. En France, un réseau pour dresser le bilan de la campagne française.

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LES CAHIERS DE LA SOLIDARITÉ

Les avancées du G7 de Cologne rien que pour la Banque mondiale, serait de


Le 19 juin 1999 à Cologne, lieu de réunion du G7, 29 milliards de dollars, ce qui correspond au capital
les campagnes du monde entier se sont réunies en une de la Banque. Je veux bien le faire, mais soit je mets
formidable chaîne humaine de 35 000 personnes sur la clef sous la porte, soit les actionnaires acceptent
plus de dix kilomètres à travers les rues. 17 millions une augmentation de capital. En 55 ans, les
de signatures ont été remises aux représentants du actionnaires ont versé entre 10 et 11 milliards de
G7. Les délégués de la campagne française ont été dollars cash. Le reste vient de nos investissements.”
reçus par les conseillers de MM. Jospin et Chirac. La campagne sur la dette se poursuit désormais dans
La campagne internationale a porté ses fruits. plusieurs directions complémentaires :
La déclaration finale du G7 appelle de ses vœux ■ La définition d’un droit international régissant la
“un allégement de la dette plus rapide, plus large et dette sur le modèle de la législation nationale de
plus radical”. Le G7 a annoncé des montants protection des ménages surendettés, en limitant
d’annulation bien supérieurs à ceux décidés par le notamment les remboursements en fonction des
passé. 70 milliards de dollars de dette annulés capacités d’exportation.
(dont 20 milliards au titre de l’aide publique au ■ La mise en place d’une cour internationale
développement et 50 au titre des dettes d’arbitrage, qui interviendrait en cas de difficulté
multilatérales ou commerciales). de remboursement pour juger des responsabilités
Le G7 reconnaît ainsi les limites et surtout les des emprunteurs, des prêteurs et des fournisseurs,
lenteurs de l’initiative pour les pays pauvres très les ONG pouvant se porter partie civile.
■ La poursuite des efforts de lutte contre la
endettés (PPTE) mise en place lors du G7 de Lyon en
1996. A ce jour, sur les 42 pays concernés par cette corruption, afin de récupérer l’argent détourné à
initiative, vingt d’entre eux ont réellement bénéficié des fins personnelles et placé à l’étranger par les
des allégements, après avoir entamé ce processus lent dirigeants des pays endettés. Selon un rapport des
et complexe qui soulage les pays très endettés vis-à- Nations Unies, la corruption coûte extrêmement
vis de leurs créanciers publics, Etats et organisations cher, particulièrement en Afrique où l’on estime
internationales. Ceux-ci font valoir en général qu’ils qu’au moins 30 milliards d’aide internationale ont
annulent 90 % de la dette extérieure d’un pays. été détournés. Selon le programme des Nations
Or si l’on applique tous les mécanismes à la Unies pour le développement (PNUD), “la bonne
Tanzanie, par exemple, on s’aperçoit que seulement gouvernance est le chaînon manquant entre la lutte
54 % de la valeur actuelle nette de la dette sera contre la pauvreté et sa réduction effective.”
■ La réforme politique des institutions financières
effectivement annulée. Certes, l’allègement est
notable, le service de la dette ne représentant plus internationales pour qu’elles œuvrent en faveur
que 7 % du budget en 2001 contre 19 % en 2000. d’un développement durable.
De plus, 3 milliards de dollars sont consacrés à des
dépenses très contrôlées dans le cadre stratégique de
réduction de la pauvreté. Mais il ne s’agit en aucun
Changer le fonctionnement
cas d’une annulation. Quand on demande à James Annuler la dette ne suffit pas à résoudre le problème
Wolfensohn pourquoi la Banque ne va pas jusqu’à de l’endettement dans la mesure où c’est tout un
l’annulation, voici sa réponse (in Le Monde, 26 avril système qu’il faut réformer, à savoir le système qui a
2001) : “Nous avons annulé la dette jusqu’à 65 % généré la dette et pourrait en générer d’autres malgré
des pays éligibles et diminué les remboursements de tous les processus d’allègement. Dans cette optique
7 % environ du Produit intérieur brut à 2 %. les Institutions financières internationales doivent
Maintenant, certains voudraient que nous annulions être profondément réformées.
la dette de 62 pays, mais nous n’avons pas l’argent Les contrats passés entre le FMI et les pays
pour cela. Si l’on parle de 62 pays (42 pays pauvres emprunteurs ne sont pas des accords internationaux.
et 20 pays à revenus intermédiaires), le montant, Ainsi, ils n’ont pas besoin d’être ratifiés par les
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LES CAHIERS DE LA SOLIDARITÉ

parlements nationaux ni discutés publiquement. Ils En décembre 1998, sous la pression de milliers de
sont négociés par les élites nationales qui y sont citoyens qui avaient écrit à leur député, le Parlement
généralement favorables, dans la mesure où elles en français a demandé au gouvernement de lui remettre
tirent bénéfice. On estime que la corruption des chaque année un rapport présentant les positions
élites du Sud a entraîné le détournement de près de défendues par la France au FMI et à la Banque
30 % des fonds prêtés par les Institutions financières mondiale, ainsi que l’ensemble des opérations
internationales au cours des vingt dernières années. financières entre la France et les deux institutions. En
La grande majorité des citoyens des pays concernés effet, les positions de l’administrateur français à la
se trouve de son coté exclue des choix de société qui Banque et au FMI émanent directement du Trésor et
lui sont imposés. sont difficiles à connaître pour les parlementaires.

Une ONG américaine et une ONG coréenne


mettent un pied dans la porte des IFI...
Bank Information Center, une organisation indé- en cours. Cette expérience aura montré que les
pendante américaine, travaille sur les projets de la ONG jouissent d’une petite marge de manœuvre
Banque mondiale à la façon d’un audit et traque dans les décisions de la Banque mais que cela ne
ceux qui lui semblent incompatibles avec l’envi- résout pas tout.
ronnement ou le développement social. Ainsi, ce Le Taegu Round Korea Commitee, composé
bureau d’étude associatif refuse la construction d’universitaires, d’associations, de syndicats et de
du pipeline de 1 000 kilomètres entre le Tchad et groupes religieux, a déposé en 1999 une plainte
le Cameroun qui entraînerait d’importantes défo- contre le FMI, auprès de la cour de Justice de
restations et des déplacements de populations. Le Séoul, pour les nombreuses erreurs commises lors
prêt, destiné à financer la réforme de la propriété de la gestion de la crise traversée par le pays. La
foncière au Brésil, semble pour cette association plainte a été rejetée récemment car le Tribunal s’est
incapable d’assurer une redistribution équitable déclaré incompétent, le FMI bénéficiant de l’im-
et transparente des ressources aux populations munité des organisations intergouvernementales.
bénéficiaires. Ces projets ont d’ailleurs fait l’objet
d’une plainte auprès du Panel d’inspection de la Dès lors, auprès de qui porter plainte ? Sans
Banque, un département indépendant chargé attendre la création d’un tribunal administratif
d’auditer les politiques en cours. En juillet 2000, international où le FMI, la Banque mondiale ou
les organisations militantes ont obtenu un gros l’OMC auraient à rendre des comptes pour
succès avec l’annulation d’un prêt à la Chine. Il d’éventuelles violations des droits fondamentaux
s’agissait de développer l’agriculture dans l’ouest causées par les politiques qu’ils imposent, des
du pays, moyennant le déplacement de 58 000 organes nationaux compétents devraient per-
Chinois vers le Tibet. Malheureusement, la Chine mettre aux populations de défendre leurs droits
a décidé de se passer de ce prêt et le projet est déjà dans tous les pays du monde.

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LES CAHIERS DE LA SOLIDARITÉ

De plus, les budgets alloués aux IFI sont votés sûr de rééquilibrer le rapport de force dans les
globalement, ce qui ne laisse aucune prise aux instances décisionnelles en faveur des pays du Sud.
Parlementaires sur leur affectation. Quand on regarde
les autres pays, on s’aperçoit que beaucoup ont mis en
place des procédures de contrôle plus poussées. En
Réformer les PAS et permettre
Allemagne, des parlementaires font partie, à titre l’expression et l’évaluation de
d’observateurs, de la délégation du pays lors des la société civile
Assemblées générales du FMI et de la Banque. En
Italie, le ministre du Trésor est auditionné par la En septembre 1999, le FMI a affiché une ambition
Commission des Affaires Etrangères du Parlement similaire à celle de la Banque, lors de leur Assemblée
sur les positions de l’Italie dans ces instances. Au générale commune, à savoir la lutte contre la
Canada, le ministère des Finances produit un rapport pauvreté. Paradoxalement, les remèdes proposés
annuel et reste en lien avec une sous-commission dans le cadre des PAS ne vont pas dans ce sens :
parlementaire spécialisée. Le souci de contrôler la réduction des dépenses de l’Etat, privatisation des
position des pays donateurs dans ces instances par entreprises publiques, libéralisation des prix,
leurs parlementaires est donc partagé par tous. dévaluation de la monnaie... En science économique,
Ces dernières années, d’ailleurs, sous la pression des toutes ces mesures permettent souvent (mais non
ONG internationales, des efforts ont été consentis toujours) de lutter contre l’inflation et de dégager de
par la Banque mondiale en matière de transparence l’argent pour rembourser la dette. Mais la
et de consultation, directement, sans passer par les population, elle, subit tous les contrecoups négatifs :
représentants nationaux. Elle a notamment mis en les denrées de première nécessité augmentent, le
place des mécanismes d’information et de chômage aussi, le crédit est plus cher... A moins d’un
participation de la société civile. Cependant, malgré accompagnement particulier, un plan d’ajustement
la bonne volonté de départ, les engagements sont structurel augmente l’extrême pauvreté.
souvent bafoués lors de la mise en œuvre des projets. L’engagement du FMI dans la lutte contre la
Faute de mécanisme de recours et de sanctions, pauvreté ne laisse pas de surprendre Joseph Stiglitz,
l’administration de la Banque mondiale ne subit pas ancien économiste en chef de la Banque mondiale :
de rappels à l’ordre pour la violation de ses propres “A moins que vous ne fassiez intervenir, dans le
recommandations ou le défaut de surveillance de processus de décision du FMI, des gens qui fassent
l’utilisation de ses propres fonds. entendre la voix des victimes, les politiques du Fonds
Les efforts sont nettement moins visibles du côté du ne changeront pas parce qu’elles sont définies par
FMI, pourtant fervent défenseur des principes de des ministres des Finances et des banquiers
“bonne gouvernance” : transparence, responsabilité, centraux”.
démocratie. Mais pour le FMI, la transparence se Comment, en effet, faire entendre la voix des
limite pour l’instant à l’information concernant les populations qui subissent ces politiques d’austérité
mouvements de capitaux sur les marchés financiers. souvent rendues nécessaires pas l’incurie et la
Lancée entre avril et octobre 1999, la campagne sur malhonnêteté de dirigeants dictatoriaux et
la transparence des IFI se poursuit, et avec elle l’idée kleptocrates ? Ecrasées dans leur propre pays, elles
d’un véritable contrôle parlementaire fait son subissent une pression supplémentaire avec ces
chemin. Une structure permanente de contrôle des mesures internationales. Il faut au contraire saisir
institutions financières et commerciales est cette occasion pour permettre aux populations et
actuellement à l’étude. aux ONG locales une expression qui leur est souvent
Ouvrir un véritable débat en France sur les confisquée. C’est la raison pour laquelle de
institutions financières internationales et favoriser le nombreuses organisations se sont retrouvées autour
contrôle parlementaire sont des actions importantes de la campagne : “FMI : sortir de l’imPAS !” lancée
qui accompagnent le travail sur la démocratisation en avril 2000 pour demander la mise en place d’un
des institutions en tant que telles. L’idée étant bien mécanisme de recours permettant aux populations
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LES CAHIERS DE LA SOLIDARITÉ

de porter plainte lorsque leurs droits fondamentaux compte des remarques et avis émis par les autres
ou leur environnement sont menacés par les acteurs. Concernant les PAS, la société civile doit
politiques dictées par le FMI. être impliquée dès l’élaboration des termes de
Il existe déjà le SAPRIN, Structural Adjustment référence, et en amont, la réalisation plus
Program Review Initiative Network, un réseau systématique d’études d’impact préalables doit
international de 1 500 associations créé pour évaluer permettre de prendre en compte dès le départ les
de façon indépendante l’impact des PAS avec la facteurs humains et environnementaux qui sont au
Banque mondiale et les gouvernements concernés. cœur d’une stratégie de développement digne de ce
Ce réseau a été créé en réaction à une initiative de la nom. Lorsque des résultats le requièrent, les mesures
Banque mondiale, le SAPRI, Structural Adjustment correctives et les réparations nécessaires doivent
Program Review Initiative, dont le fonctionnement pouvoir être mises en œuvre, afin que le rapport
était restreint par la Banque, qui ne tenait aucun d’évaluation ne reste pas lettre morte.

La Bolivie, embellie sur la croissance


et bilan social désastreux
S’il fallait une illustration caricaturale de ce que le dans cette mécanique. Le bilan est catastro-
FMI et la Banque mondiale sont capables de fai- phique : un revenu annuel par tête qui ne dépasse
re quand ces deux institutions ne savent pas regar- pas 1 000 dollars, un taux de mortalité infantile de
der plus loin que leur credo libéral, la voici. 69 pour 1 000 et les deux tiers de la population qui
En 1985, la Bolivie connaissait une hyper inflation n’ont ni électricité ni eau potable. Ces indicateurs
de 23 500 %. En 2000, elle n’était plus que sociaux risquent de faire chanceler la démocratie
de 3 %, avec une croissance soutenue (4 % sur en place depuis 1982. La Banque mondiale a
10 ans), une augmentation confortable des reconnu la contradiction et essaie aujourd’hui de
réserves internationales et des investissements la rattraper. D’abord, la Bolivie a été le premier
étrangers directs. Cet alignement de perfor- pays latino américain à bénéficier du programme
mances macroéconomiques est sans nul doute à pilote dans le cadre de l’initiative pour les pays
mettre au crédit des institutions internationales. pauvres très endettés (PPTE). En 1999, le pays
Ces quinze ans d’ajustement structurel ont donné consacrait 22,6 % de ses recettes d’exportation au
les résultats escomptés. En revanche, que la misè- service de la dette. Ce chiffre tomberait à 7,5 % en
re touche 70 % de la population n’était pas pré- 2005 et à 2 % en 2018. Cette annulation de la
vu. Pourtant, c’était prévisible : le dégraissage du dette est conditionnée à la mise en place d’un cadre
secteur public et l’exode rural étaient “néces- stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP), une
saires” pour appliquer les recettes des créanciers nouvelle mesure destinée à réduire la pauvreté en
internationaux. Bon élève, la Bolivie est aujour- faisant en sorte que les stratégies soient élaborées
d’hui un pays fortement endetté. La dette, la par les populations elles-mêmes. Si l’intention est
croissance et la pauvreté ont augmenté ensemble louable, la mise en application est très difficile. La
au cours des 15 dernières années. Les réformes consultation de la société civile est souvent som-
structurelles, en Bolivie comme dans nombre de maire, voire un simple alibi pour que les gouver-
pays victimes des plans d’ajustement structurels, nements aient accès à l’argent des CSLP en se
ont entraîné plus de pauvreté car plus de concen- conformant aux exigences explicites ou implicites
tration de richesses dans peu de mains. Parallèle- du FMI et de la Banque mondiale. Mal appliquée,
ment, un tiers des exportations servaient à rem- cette nouvelle mesure risque de n’être que la feuille
bourser la dette. Les pauvres n’étaient pas prévus de vigne des Plans d’ajustement structurel.

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LES CAHIERS DE LA SOLIDARITÉ

Les services de base et distribution d’eau est revenue à la municipalité.


Ces privatisations forcées n’améliorent en aucun cas
le financement du développement la couverture des besoins ou l’efficacité des secteurs
concernés. Il s’agit en théorie d’encourager les
Les nouvelles options de lutte contre la pauvreté investisseurs locaux et de casser les monopoles
représentent une évolution intéressante des discours d’Etat. Or, les marchés de l’eau et de l’électricité
des organisations internationales, comme si elles notamment sont très profitables pour les
reconnaissaient implicitement que leurs politiques multinationales qui s’en emparent. En Afrique, par
macro-économiques n’avaient pas les répercussions exemple, les procédures de vente des entreprises
humaines escomptées. Il est maintenant entendu que publiques ne sont pas toujours transparentes et pas
la croissance économique n’est pas un préalable à la souvent exemptes de pots-de-vin. Et pour que le
diminution de la pauvreté et qu’il ne s’agit pas marché soit rentable, on aide même les entreprises
seulement de faire des ajustements ou des dans leurs acquisitions. Ainsi, début 2000,
cataplasmes sociaux, mais bien d’avoir une politique Vivendi s’est porté acquéreur de la STEE (Société
globale et durable de développement. Et donc Tchadienne d’Eau et d’Electricité) dont la
d’avoir des politiques de financements adaptées. privatisation était requise par le FMI. L’Etat
En France la campagne “Services liquidés, droits tchadien s’est d’abord engagé à absorber les dettes
bafoués !” (mai-septembre 2001) a mobilisé une à long terme de la compagnie, tandis que la France,
trentaine d’associations. La première revendication via l’Agence française de développement,
des ONG est de ne pas privatiser les services de base subventionne le processus de privatisation à hauteur
(santé, éducation, eau, énergie domestique, ...). En de 33,5 millions de francs. En clair, il s’agit de
effet, la privatisation entraîne souvent une renflouer la STEE avant que Vivendi en acquière
augmentation inconsidérée des prix qui remet en 51 %. Risque minimum, profit maximum.
cause l’égalité d’accès aux services de base. C’est en On soigne plus les multinationales que les
tout cas ce qu’ont montré plusieurs études de populations, semble-t-il...
l’UNICEF et du PNUD sur ce sujet. Ainsi, sur les La campagne des ONG françaises en faveur des
recommandations de la Banque mondiale, la services de base entend réaffirmer que l’accès aux
municipalité de Cochabamba, en Bolivie, avait services de base constitue un élément indispensable
octroyé le marché de l’eau à un consortium au développement durable. L’égalité d’accès à ces
international. La facture d’eau mensuelle a grimpé services est partie intégrante des droits humains
jusqu’à 20 % du revenu d’un travailleur fondamentaux et, en tant que telle, doit faire l’objet
indépendant. La population a organisé des marches de l’aide internationale. Les ONG ont proposé à la
de protestation qui se sont terminées dans la Conférence des Nations Unies pour le financement
violence, avec un mort et des dizaines de blessés. du développement, en mars 2002, qu’au moins
Après une période d’état de siège, le gouvernement a 30 % de l’aide multilatérale soient consacrés aux
tout de même révoqué le consortium et la services de base.
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LES CAHIERS DE LA SOLIDARITÉ

LES AVANCÉES
DU SYSTEME
INTERNATIONAL
Si les IFI ont besoin de réformes, certains dépassés ou truffés d’erreurs, leurs remèdes sont
gouvernements et transnationales aussi. Au fil des souvent pires que le mal car ils transforment les
campagnes et des contre sommets, les mouvements ralentissements en récessions et les récessions en
de citoyens tentent d’assouplir certaines scléroses le dépressions... et, qui aurait pu l’entrevoir sinon de
système international dans son ensemble. Depuis l’intérieur : c’est une institution si secrète et si peu
quelques années, les changements de discours sont démocratique que même ses actionnaires (les
très nets, encourageant en cela la poursuite des représentants des ministres des Finances) ont du mal à
pressions, tant en direction des institutions savoir ce qui s’y passe et comment se prennent les
internationales qu’en direction de gouvernements décisions... Le différend qui s’était installé depuis déjà
corrompus et dictatoriaux et de sociétés trans- bien des années entre le FMI et la Banque mondiale a
nationales irresponsables et avides de gains faciles. alors éclaté au grand jour. C’était la remise en cause
du fameux “consensus de Washington”, sorte de prêt-
à-penser qui structurait le sauvetage financier
La fin du consensus international autour de trois grands pôles, la
de Washington : libéralisation, la privatisation et le respect des grands
équilibres économiques. L’arrivée de John Wolfensohn
une chance à saisir à la tête de la Banque mondiale en 1995 a déjà
Il a fallu attendre des dizaines de catastrophes fendillé ce fameux consensus, car l’ancien banquier
sociales dans les pays soumis aux plans d’ajustement d’affaires new-yorkais s’est senti investi d’une mission
structurel pour que la Banque mondiale reconnaisse en arrivant dans cette institution et a tout de suite
presque ouvertement (dans son rapport de 1997, recentré le discours de la Banque sur la lutte contre la
intitulé “Combattre la pauvreté”) que les bons pauvreté. L’effort de mettre sur un pied d’égalité les
paramètres macroéconomiques ne suffisaient pas objectifs économiques et les objectifs sociaux se
pour assurer le bien être de la population. Dans le retrouve dans les Cadres stratégiques de lutte contre
milieu des années 90, les dégâts sociaux et les crises la pauvreté (CSLP) qui dans l’idéal devraient être des
financières n’ont pas épargné les “bons élèves” du plans de développement élaborés par les pays
FMI, notamment en Asie, ce qui a ébranlé fortement bénéficiaires dans le cadre d’une vaste concertation
les thèses ultra-libérales qui prévalaient toujours au nationale, des gouvernants à la société civile en
FMI. C’est alors qu’en 1998, un article de Joseph passant par les acteurs privés, les collectivités locales
Stiglitz, alors vice-président et économiste en chef de etc. John Wolfensohn est toutefois assez seul tant son
la Banque mondiale, véritable brûlot, a mis le feu projet marque une rupture profonde avec le passé. La
aux poudres. Il dénonçait la politique de son complexité de mise en œuvre de ce projet très
homologue au FMI, l’économiste en chef Stanley ambitieux donne du grain à moudre aux sceptiques
Fisher, à propos des traitements de choc imposés par et aux conservateurs. Le président de la Banque a dû
le Fonds aux pays asiatiques en échange de leur se séparer de son vice-président par qui le scandale a
sauvetage financier. On en apprend de belles sur le éclaté, Joseph Stiglitz, car sa liberté de ton agaçait les
FMI : ses fonctionnaires sont arrogants, ils se croient représentants américains. C’est ainsi qu’aujourd’hui,
les plus intelligents alors que le FMI recrute des le président de la Banque mondiale fait figure
étudiants de troisième ordre venant d’universités de d’idéaliste à la tête d’un “machin” coincé dans une
premier ordre, ils ne connaissent rien aux pays qu’ils foule de contingences éloignées de l’objet de
sont censés aider, ils travaillent sur des modèles l’institution. Mais ce nouveau discours représente

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LES CAHIERS DE LA SOLIDARITÉ

sans doute l’un des rares leviers d’envergure que les d’économie en novembre 2001, en récompense de ses
mouvements citoyens pour la réforme des Institutions travaux sur les défaillances des marchés en matière
financières internationales pourraient appuyer, en d’information des acteurs. Celui qui a critiqué
agissant pour la mise en conformité des réalisations vertement le “fondamentalisme de marché” a sans
avec ces discours. Joseph Stiglitz, quant à lui, a pris doute eu le tort d’avoir raison trop tôt par rapport à
une manière de revanche en recevant le Prix Nobel ce que le FMI était en mesure d’entendre.

L’Argentine, victime du FMI ou victime d’elle-même ?


L’histoire de l’Argentine est tragique. l’hyperinflation qui s’est perpétuée sous le
Elle est malheureusement plus victime d’une premier mandat démocratique (500 % en 1975,
“ineptocratie” nationale que des bailleurs 5 000 % en 1989-1990 !)
internationaux. Pour sortir de ce chaos, le président Menem et
L’Argentine des années 20 avait un niveau de son ministre Domingo Cavallo appliquèrent un
vie équivalent à celui de la France, grâce à son remède de cheval en 1991 : la parité fixe
agriculture florissante. Industries, transport, peso/dollar, tout en limitant l’accès des
exportations, tout allait de soi... jusqu’à la Argentins à leurs dépôts puisque ce taux de
grande dépression qui toucha tous les pays change était insoutenable. Le FMI a dénoncé en
industriels. Finis les capitaux étrangers, les son temps ce système rigide et aberrant (la
exportations, les importations de biens production argentine n’était plus compétitive),
industriels. L’Argentine ne se releva jamais, car mais il a malgré tout continué à prêter des
la bourgeoisie préféra placer sa rente agricole à sommes monumentales à l’Etat argentin en
l’étranger plutôt que d’investir. Les militaires et l’exhortant seulement de présenter un budget
les péronistes qui se succédèrent au pouvoir national cohérent. La responsabilité du FMI est
jusqu’en 1982 durent tous suppléer une là : il aurait du arrêter de prêter bien avant.
initiative privée défaillante, tout en évitant de Le dernier prêt date de décembre 2000 -
froisser la classe aisée par trop d’impôts. C’eût 40 milliards de dollars, dont la dernière tranche
pourtant été la seule solution pour réaffecter la de 8 milliards a été débloquée en août 2001 -
rente agricole dans le développement du pays. ce qui lui a permis de reculer d’un an les foudres
Au nom de la démagogie populiste, l’inflation et et le tonnerre qui grondaient dans les rues.
le protectionnisme remplacèrent donc les Fallait-il continuer cette course folle aberrante ?
prélèvements. L’Argentine se paya un Etat Que le FMI dise enfin non devrait permettre
providence à crédit (merci le FMI) tout en aux 37 millions d’Argentins de regarder avec
laissant l’invasion fiscale à un niveau record. consternation ce que des générations de
Les Argentins ont dès lors été happés par la dirigeants corrompus ont fait de leur pays.
spirale infernale crise des paiements extérieurs / Ce sont les élites politiques du pays qui ont
coups d’Etat / répression des mouvements encalminé l’Argentine dans une récession dont
sociaux. La dernière ligne droite de la dictature le pays ne pourra sortir qu’au prix d’une
mit un coup d’arrêt brutal au protectionnisme dévaluation qui va laisser nombre de ménages
et la libéralisation de l’économie fit revenir les endettés et nombre d’entreprises exsangues. Le
capitaux, mais l’Argentine vivait toujours au Monde du 1er janvier 2002 caractérisait ainsi le
dessus de ses moyens, comme si la période bénie mal argentin : “Ses élites, au lieu d’investir sur
des années 20 était devenue la seule référence place, ont exporté le moindre peso-dollar gagné,
culturelle des Argentins qui se voilaient ainsi la ce qui fait d’une nation lourdement endettée un
face. Les déficits publics et la création pays exportateur net de capitaux. Ce n’est pas
monétaire ont précipité la tornade de du libéralisme, mais du banditisme.”
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LES CAHIERS DE LA SOLIDARITÉ

pays débiteur une protection juridique contre ses


La fin des conditionnalités ?
créanciers pendant qu’il négocie la restructuration de
Dans un rapport intitulé “Aid and reform in sa dette. Le débiteur s’interdirait pour sa part de
Africa” paru au début de l’année 2001, le FMI et la puiser dans ses réserves pour payer des créanciers
Banque mondiale ont pris position en faveur d’une “privilégiés” ou particulièrement chicaneurs.
remise en cause de la conditionnalité, une politique Cette approche laisse l’initiative au pays débiteur et
qui guide leurs interventions notamment depuis les à ses créanciers. Notre objectif est de faciliter la
premiers Plans d’ajustement structurel, en 1979. Les conclusion d’un accord sur l’indispensable
deux institutions avaient pour principe de prêter de restructuration et non d’en discuter les termes.
l’argent aux pays du Sud à condition que leurs Le FMI a un rôle crucial à jouer, car c’est l’enceinte
gouvernements réduisent les déficits budgétaires et dans laquelle la communauté internationale peut se
les déficits extérieurs, privatisent les entreprises prononcer sur la viabilité de la dette d’un pays et sur
publiques, libéralisent leur économie et ouvrent leurs le bien fondé de sa politique économique.
marchés. Dans un aggiornamento explicite, le FMI Mais il est d’autres points - le règlement des
dénonce sa propre dérive dans le domaine des différends entre créanciers, par exemple - sur
conditionnalités structurelles (privatisations, sécurité lesquels notre conseil d’administration risque de se
sociale, système financier...). L’institution reconnaît trouver face à des conflits d’intérêts. Ces questions
que ses recommandations ont fini par se substituer pourraient être confiées à un organisme présentant
aux choix politiques des pays bénéficiaires sans que les garanties juridiques nécessaires au sein ou à
cette usurpation de légitimité soit efficace. l’extérieur du FMI.”
Cette réforme de la conditionnalité en cours au sein Cette proposition a été accueillie avec beaucoup de
du FMI ne signifie pas la fin des conditions imposées réticences dans les milieux financiers. Certains
aux pays, mais il s’agit plutôt d’un “dégraissage” de créanciers privés n’hésitent pas, en effet, à exiger
celles-ci, qui seront désormais imposées avec plus de leurs dus auprès d’Etats dont la dette est en
parcimonie sur des points jugés “critiques”. restructuration, vidant leurs réserves et affaiblissant
de ce fait leurs capacités de redressement, comme ce
fut le cas en 2000 au Pérou.
La nouvelle procédure de faillite Ce processus - qui, vu sa complexité, mettra
appliquée aux Etats, certainement plusieurs mois avant de se concrétiser -
est demandé depuis plusieurs années par les collectifs
ou comment impliquer le secteur privé dans la
d’ONG qui travaillent sur la dette. Avec une
résolution des crises financières
différence fondamentale : les ONG défendent l’idée
Au fil de divers rapports, les institutions des Nations de la création d’une Cour d’arbitrage internationale
Unies et celles de Bretton Woods se retrouvent sur indépendante, rattachée aux Nations Unies, de façon
l’idée d’impliquer davantage le secteur privé dans la à ce que le FMI ne soit pas à la fois juge et partie.
résolution des crises financières. En novembre 2001, Les organisateurs de la campagne Jubilé 2000
le premier directeur général adjoint du FMI, Anne estiment en effet que “le FMI a lui aussi prêté de
Krueger, a émis l’idée d’introduire pour les Etats façon irresponsable à des dictateurs et il lui est arrivé
souverains un droit de faillite comparable à celui des de recommander des politiques économiques qu’il
entreprises. Elle la présente en ces termes (in Le considère lui même aujourd’hui comme
Monde, 19 février 2002) : “Il n’existe jusqu’à inappropriées ”.
aujourd’hui aucun moyen d’amener à une même
table les pays accablés par le fardeau de la dette et
leurs créanciers pour résoudre les problèmes Qu’est ce que la régulation
d’endettement de façon ordonnée. Pour que la
plupart des créances aient le maximum de valeur et
du système international ?
pour limiter autant que possible le coût de Face à ces avancées parfois chaotiques et souvent
l’opération pour le débiteur, ce système offrirait au dispersées, les ONG élaborent une conception

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LES CAHIERS DE LA SOLIDARITÉ

globale de la régulation du système international. ■ Ce contrôle s’articule avec la nécessité de lutter


Il s’agit d’abord d’opposer à la libéralisation contre les paradis fiscaux, le blanchiment d’argent
économique, commerciale et financière le respect des et la criminalisation financière.
droits humains, civils et politiques autant ■ Les taxes, comme la taxe Tobin ou d’autres taxes,
qu’économiques, sociaux et culturels. peuvent aider à la régulation du système monétaire
Les citoyens veulent inventer, et inventent de fait, un et au financement du développement durable.
nouveau monde dans lequel le respect des droits
humains sera dominant.
Favoriser un développement durable
Dans cette perspective, la régulation par le marché
respectueux des droits humains
mondial existant est loin d’être la meilleure solution.
Nous considérons donc qu’il faut des Institutions Chaque peuple a le droit de définir son propre
financières internationales pour agir dans la durée, modèle de développement, mais le préalable en est la
mais nous ne saurions faire confiance aux démocratisation des procédures nationales.
orientations et au fonctionnement des institutions Parallèlement aux travaux sur la démocratisation
actuelles. des institutions internationales, les combats
Ces institutions démocratiques seraient chargées de démocratiques nationaux restent fondamentaux et
trois objectifs conjoints : irremplaçables. La responsabilité des Etats et des
■ la stabilité du système monétaire, régimes nationaux demeure entière face à leurs
■ la prévention des crises financières, peuples, sur les choix des modèles et sur les
■ le financement du développement durable. orientations du développement, particulièrement en
ce qui concerne le respect des droits humains. Il est
du devoir de chaque pays de démocratiser aussi les
Assurer la stabilité monétaire et éviter les
décisions concernant ses relations avec les
crises financières
Institutions financières internationales.
Pour que le système monétaire soit stable et permette Dans ce cadre, et pour créer un environnement
d’éviter les crises financières et monétaires, un favorable à ces évolutions nationales,
certain nombre d’orientations peuvent être retenues : ■ La priorité reste l’annulation de la dette.
■ Il faut reconquérir les souverainetés nationales ■ Un système de justiciabilité des droits
concernant la monnaie et le développement, y économiques, sociaux et culturels aux niveaux
compris donc en matière de politiques fiscales, national et international doit à terme être établi et
salariales, financières et sociales. des instances de recours mises en place. Cela
■ La régionalisation offre des perspectives implique notamment la reconnaissance de la
intéressantes pour le développement et pour les coresponsabilité des créanciers et des débiteurs
politiques économiques et monétaires. Toutefois, dans la formation de la dette et dans les décisions.
une vision politique large doit inclure la réalité de ■ La discussion doit être ouverte sur la nécessité et
construction d’espaces de production, de marchés les moyens de rééquilibrer les termes de l’échange,
d’échanges régionaux et d’accords démocratiques. notamment aux niveaux des prix des matières
A chacune de ces régionalisations correspondent premières et des échanges commerciaux.
des négociations politiques dans lesquelles les ■ La priorité doit être donnée à la construction des
mouvements sociaux doivent prendre part. marchés intérieurs et à l’égalité d’accès aux services
■ Le système des taux de change, s’il veut être de base. C’est cette égalité d’accès qui permet de
crédible, doit être fondé sur les échanges fonder la lutte contre la pauvreté sur le refus des
commerciaux et ne doit pas être déterminé par les inégalités croissantes et des discriminations.
mouvements de capitaux. ■ Le principe d’une redistribution mondiale est
■ Le contrôle des mouvements de capitaux est inéluctable si l’on veut assurer l’accès de tous les
impératif aussi bien au niveau international qu’au pays au financement du développement.
niveau national. Les expériences chilienne, Le recours à un système de taxes ou le
malaisienne, chinoise, etc. en ont démontré la rééquilibrage des termes de l’échange font partie
nécessité et la possibilité. des modalités envisageables.
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LES CAHIERS DE LA SOLIDARITÉ

A suivre
Le temps est venu pour les IFI de connaître
une véritable démocratisation et la mise en
place d’un fonctionnement transparent.
Sans doute sentent-elles confusément que
leurs bornes idéologiques libérales
bloquent l’efficacité de leurs fonds et les
Pourquoi ce programme ?
décrédibilisent. C’est sans doute ce qui L’influence de la France au sein des IFI est très
explique les ouvertures que l’on constate importante : membre du G7, 4e puissance
depuis plusieurs années. économique du monde, elle détient près de 5 % des
Les mobilisations citoyennes nationales et droits de vote à la Banque mondiale et au Fonds
internationales portent leurs fruits. monétaire international (FMI). Elle a également un
Même si l’on est encore loin de la mise en rôle considérable dans la plupart des pays
place d’un véritable système économique francophones du Sud. Parallèlement, le manque de
international régulé et démocratisé, la lutte transparence et de contrôle des politiques des IFI a
contre l’idée libérale des institutions de généré une importante vague de protestations au
Bretton Woods avance. sein des associations de solidarité internationale et
Beaucoup d’idées restent à explorer pour des sociétés civiles, qui a permis un début de
la mise en place d’un système qui bannisse réforme de ces institutions.
les inégalités, car les politiques de lutte C’est dans ce contexte qu’Agir ici, l’AITEC
contre la pauvreté s’apparentent parfois à (Association internationale de techniciens, experts
des cataplasmes transitoires qui évitent la et chercheurs) et le CRID (Centre de recherche et
remise en cause globale du système. d’information pour le développement) ont lancé à
La proposition défendue par Keynes lors l’automne 1998 un programme commun pour la
des premières négociations de Bretton réforme des IFI.
Woods était-elle si utopique ? Ses objectifs :
Quoi de mieux qu’une monnaie universelle ■ Sensibiliser et mobiliser l’opinion publique sur

pour une stabilité monétaire mondiale ? le thème des IFI.


Et quoi de mieux qu’un système de taxes ■ Améliorer la transparence de la politique

pour les “trop riches” et de prêts pour les française au sein de ces institutions.
“trop pauvres” afin d’éviter les inégalités ■ Elaborer des propositions de réforme de leurs

entre les pays et à l’intérieur des pays ? politiques.

Actions
1. Renforcer la réflexion sur les IFI au sein de la
société civile par :
■ L’animation en France d’un réseau d’une trentaine
d’associations de solidarité internationale, de
défense des droits humains et de protection de
l’environnement mobilisées sur la question des
IFI, afin de développer une réflexion et des
actions de mobilisation.

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LES CAHIERS DE LA SOLIDARITÉ

Le Programme IFI
■ La publication d’une lettre d’information FMI a décidé de créer un bureau d’évaluation qui
mensuelle, IFI ... et maintenant !, diffusée à plus est sur le point de commencer ses travaux.
de 1 000 exemplaires (décideurs, presse, ■ Services liquidés : droits bafoués ! (2001),
associations françaises et étrangères), qui permet visant à s’opposer aux mesures imposées par
d’aborder chaque mois une problématique les IFI qui remettent en cause l’accès à différents
générale et de faire le point sur l’actualité des IFI. services de base (santé, éducation, eau etc.),
■ La création d’un site Internet de référence sur la et demandant qu’une part importante de l’aide
question, avec des textes, des articles de fond, publique multilatérale soit consacrée à ces
l’actualité des IFI, les actions en cours en France services.
et dans le monde... ■ Ça carbure au Nord, ça chauffe au Sud !,
■ L’organisation de sessions de formation campagne lancée en mars 2002 pour stopper les
décentralisées, destinées à fournir aux militants projets pétroliers, gaziers et miniers, aux effets
des outils à la fois théoriques et pratiques afin désastreux, financés par la Banque mondiale et
qu’ils puissent à leur tour relayer informations et promouvoir le financement d’énergies
actions. renouvelables au profit des populations les plus
pauvres.
2. Organiser des campagnes citoyennes
telles que : 3. Elaborer des propositions de réforme des
■ Pour l’an 2000, annulons la dette ! (1999), politiques des IFI :
qui a permis de recueillir plus de ■ En associant des chercheurs et des experts à la
520 000 signatures en France. Face à la pression production de documents de fond et à
populaire, les pays riches ont pris l’organisation de journées d’étude (IFI et
des engagements, notamment lors du G7 de développement durable / Cadres stratégiques de
Cologne en 1999. lutte contre la pauvreté)
■ Transparence, démocratie : les IFI aussi ! (1999), ■ En organisant des séminaires internationaux tel
dont l’objectif était d’obtenir la mise en place celui organisé en juin 2001 à Paris, sur le thème
d’un véritable contrôle parlementaire sur la “Régulation du système international : quelle
politique française au sein des IFI. Depuis cette place pour le FMI ?”, avec des chercheurs et des
campagne, le gouvernement publie un rapport associations du Nord comme du Sud.
annuel, dont l’Assemblée nationale s’est saisie en ■ En renforçant le partenariat avec les associations
publiant à son tour des rapports très critiques en du Sud, indispensable pour mieux soutenir leurs
décembre 2000 et 2001. revendications et élaborer ensemble des
■ FMI : Sortir de l’imPAS (2000), qui demandait propositions de réforme.
la mise en place d’une unité d’évaluation ■ En soutenant de façon continue les principales
indépendante et d’un mécanisme de recours actions françaises et internationales en faveur de
pour les populations affectées par les plans la réforme des IFI et en participant à des actions
d’ajustement structurel imposés. Depuis lors, le au niveau européen.
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LES CAHIERS DE LA SOLIDARITÉ

Sites web Bibliographie


Campagne pour la réforme des IFI (ONG • Comprendre les IFI : une clé pour l’action citoyenne, Agir ici,
AITEC, CRID, 2001, 45p.
françaises): www.globenet.org/ifi
• Banque mondiale, pompe A’frique des compagnies pétrolières,
Agir ici et les Amis de la terre, 1997
ATTAC, Association pour la taxation des
• Mondialisation, Institutions financières internationales et
transactions financières et l’aide au Citoyen (réseau développement durable, AITEC, Agir ici, CRID, 2000,
international) : www.attac.org Archimède et Léonard, hors série n°14
• Rapport mondial sur le développement humain, PNUD, 2001
Campagne 50 ans, ça suffit (ONG nord- • Combattre la pauvreté, Banque mondiale, 2001
américaines) : www.50years.org • Crédits sans frontières, Susan George, Fabrizio Sabelli,
la Découverte, 1994
Bretton Woods Project (ONG de Grande Bretagne) : • L’ordre économique mondial, Elie Cohen, Fayard, 2001,
315 pages
www.brettonwoodsproject.org
• Le FMI, de l’ordre monétaire aux désordres financiers, Michel
Aglietta et Sandra Matti, Economica, mai 2000, 255 pages
CADTM, Comité pour l’Abolition de la Dette du
• Ajustement structurel et lutte contre la pauvreté en Afrique :
Tiers Monde (Belgique) : la Banque mondiale face à la critique, Bruno Sarrasin, Paris,
www.users.skynet.be/cadtm L’Harmattan, 1999, 115 p. Mondialisation et développement
durable, quelles instances de régulation ? Solagral,
Campagne pour la réforme de la Banque mondiale UNESCO-MOST, 1998
(Italie) : www.unimundo.org/cbm • FMI, les peuples entrent en résistance, CETIM, 2000
• Guide citoyen du FMI, Les amis de la Terre, 2000
• Fonds monétaire international, Banque mondiale :
Les amis de la terre (Organisation environnementale
vers une nuit du 4 août ? Yves Tavernier, Commission
internationale) : www.amisdelaterre.org des finances, Assemblée nationale, 2000
• Les marchés financiers : dérégulation, la fuite en avant,
Eurodad (réseau européen sur la dette) : in Courrier de la planète, N°39, mars-avril 1997
www.eurodad.org • Dettes des PVD et mécanismes économiques internationaux,
dossier pédagogique de Peuples Solidaires, 1999
Initiative Halifax (coalition d’ONG canadiennes) : • Dette, IFI : la réponse citoyenne, in Peuples en marche n°166,
www.halifaxinitiative.org mai 2000
• Collection de IFI...et maintenant ! vers une réforme des
Coalition d’ONG suisses : www.swisscoalition.ch institutions Financières Internationales, mensuel de la
campagne française menée par le CRID, Agir ici et AITEC
WEED (Allemagne) : www.weedbonn.org (depuis mars 1999).

Focus on the global South (coalition d’ONG


asiatiques, Thaïlande) : www.focusweb.org

Bank Information Center (organisation américaine) :


www.bicusa.org

Jubilee South (ONG africaines) :


www.aidc.org.za/j2000 Editeur : CRID - 14, passage Dubail - 75010 Paris
Tél. : 01 44 72 07 71 - Fax : 01 44 72 06 84
IBASE (Brésil) : www.ibase.fr E-mail : info@crid.asso.fr
Site web : www.crid.asso.fr
FMI : www.imf.org Directeur de la publication : Gustave Massiah
Rédaction en chef : Raphaël Mège
Banque mondiale : www.worldbank.org Rédaction : Anne-Sophie Boisgallais
Avec la participation de : Michel Faucon, Fabien Lefrançois,
Nations Unies, financement du développement : Camille de Maissin
www.un.org/esa/ffd Conception graphique : René Bertramo
Dépôt légal : xxxx
Nations Unies, développement durable : Imprimerie : Landais
www.un.org/rio+10 Tirage : 2 000 ex.

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