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Agatha Zielinski 

: Merleau-Ponty une philosophie de l’incarnation.


[Approfondissement sur mon mémoire]
Le but de prendre ce cours de premier cycle était d’avoir une explication plus systématique de la
pensée de Merleau-Ponty, qui était l’auteur plus travaillé dans mon mémoire. Ce compte rendu est
un approfondissement du travail réalisé dans mon mémoire. Plus que faire une explication de toutes
les éléments du cours qui en grande partie sont reprises dans la rédaction de mon mémoire je mettre
en valeur les éléments originaux qui me sont permis d’approfondir les implications théologiques de
l’incarnation. Sans être un cours de théologie – tout en maintenant une claire différence
épistémologique entre les deux disciplines– le cours a ouvert quelques éléments tout à fait
pertinentes pour la compréhension d’un langage théologique plus pertinent et du corps.

Par rapport au langage et la méthodologie théologie, la phénoménologie donne une exigence de


pertinence. En effet, le fait de comprendre la phénoménologie comme une manière de percevoir
autrement1 implique pour la théologie la nécessaire considération du monde vécu. Afin de le
percevoir il faut faire une réduction de nos connaissances précédentes pour nous étonner de ce qui
se manifeste dans le monde concret. Ainsi le lien avec la vie est une exigence pour la théologie. Cette
lien –que on appellera pertinence et qui vient à traduire le mot anglais relevance– vient assurée
grâce à ce rapport entre la pensée et la vie.

La phénoménologie présente plusieurs sources. Celle de Merleau-Ponty est une vraie analyse
anthropologique du corps. Cette analyse est faite en deux étapes : la première qui considère la
perception comme point de départ pour la formulation de sa pensée. « La phénoménologie de la
perception » est un bon écho de cette manière de penser, où l’auteur analyse la manière dont la
perception opère à partir et grâce au corps. Cependant, l’art contemporain nous pousse une
question philosophique majeure. Merleau-Ponty dans ses analyses de la peinture de Cézanne,
montre que la tâche du peintre n’est pas de faire une mimésis de la réalité vue, il s’agit plutôt de
montrer quelle sont les impressions qui provoque ce qu’il est en train de voir. Autrement dit,
Cézanne ne peint pas le mont de saint Victoire, mais les impressions qu’il provoque en lui en tant que
peintre. Ainsi la question cartésienne revient : Comment avoir accès au monde d’autrui ? Est-il
possible ? La question oblige à penser autrement encore la perception –qui constitue en soi-même
une théorie sur le corps– cette question de l’altérité est le centre de la notion de chair. Cette notion

1
Autrement par rapport à la tradition de la métaphysique spéculative. Dans ce sens pouvoir lier la pensée de
Merleau-Ponty par rapport à la tradition de la philosophie moderne et contemporaine : notamment Descartes,
Kant, Nietzche, Marx, Freud et Sartre a été très enrichissent. Mais aussi le fait de pouvoir découvrir le « style »
propre de Merleau-Ponty à l’intérieur de la même phénoménologie, notamment grâce à la comparaison avec
des autres phénoménologues : notamment le troisième Husserl, les idées ontologiques chez Heidegger en
« Être et temps », le rapport avec la prééminence éthique chez Levinas.
inachevée dans une formulation plus systématique, car « Le Visible et l’invisible » est un ouvrage
posthume. Dans ce sens la notion de chair dans la notion permet d’avancer en trois sens
complémentaires pour avoir une notion nouvelle du corps. Tout d’abord, la chair est un élément qui
rend possible la perception. En effet, la chair existe car il y a de corps et de monde. Mais le corps ne
peut pas exister sans le monde, et le monde ne peut qu’exister parce qu’il y a du corps  ; par
conséquent ils existent sans séparation et sans confusion. Ainsi la chair est un élément qui mène à
une dimension ontologique, parce que grâce à cet élément on peut percevoir le monde d’autrui.
Finalement, il y a une constatation très étonnante qui constitue une limite à cette notion ontologique
de chair. Il y a une partie commune de la perception, qui est visible pour tout le monde. P.ex.  : « la
femme porte une robe rouge ». Cependant il reste dans cette phrase tout une partie invisible, qui
constitue l’impression du rouge que chacun et chacune voit dans cette robe rouge. Cette
constatation qui lie le visible et l’invisible dans la chair implique que nos approximations à l’être sont
toujours partielles.

A partir de cette notion de chair nous trouvons quelques intuitions qui viennent à compléter notre
compréhension du corps, et notamment du corps ressuscité du Christ. Dans la soutenance de mon
mémoire la notion de chair a été évoquée pour montrer quelques éléments intéressants qui ne sont
pas tout à fait relevés dans mon travail. A partir de la relecture des textes de la pensée finale de
Merleau-Ponty, je peux en tirer deux conclusions. D’une part, la chair est la notion qui permet
d’établir le lien entre les perceptions des disciples de Jésus et les nôtres en tant que personnes qui
vivons vingt siècles après. Ce lien est possible grâce au texte biblique, ainsi les chairs (celle du monde
de Jésus, son corps phénoménal, celle du monde du texte, celle de notre propre monde et celle de
notre corps phénoménal) cohabitent dans ce monde et font de la Chair du Christ qui est lié au corps
phénoménal de Jésus. D’autre part, et par conséquent, si la chair se donne dans le temps et sa
manifestation est toujours partielle, on peut affirmer que la chair du Christ est en train de se
manifester. Autrement dit, le corps du Ressuscité partage un certain nombre de caractéristiques du
corps phénoménal avant sa mort, cependant cette manifestation n’est pas la plus radicale. La
manifestation la plus radicale consiste à découvrir que la chair du Christ en tant qu’élément continue
à se manifester dans la nouvelle relation qui établi la chair des disciples en raison du texte (les récits
bibliques), avec la chair de Jésus (qui constitue la source de toute le mouvement) dans une relation
qui se donne dans le monde. Il y a un lien profonde entre notre chair humaine et celle du Ressuscité,
sans séparation mais sans confusion non plus. Ce mouvement n’est ni achevé ni une réédition de la
plénitude donnée à l’origine dans la Création. Il est l’accomplissement -dans notre chair- de ce qui
était révélé en Christ. C’est-à-dire, l’histoire chrétienne devient l’accomplissement dans le corps
phénoménal du croyant et le corps social de l’Eglise du mouvement d’appropriation la manifestation
corporel de Jésus (le Dieu qui sauve).

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