Vous êtes sur la page 1sur 45

Université Moulay Ismail Année universitaire

Faculté des Sciences 2020-2021


Département de Mathématiques Filière : SMIA, Semestre 1

Analyse 1

Jilali ASSIM & Youness MAZIGH


j.assim@umi.ac.ma
y.mazigh@umi.ac.ma

1/45 J. Assim & Y. Mazigh


Table des matières

1 Fonctions 3
1.1 Généralités sur les fonctions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
1.2 Quelques propriétés des fonctions réelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
1.2.1 Parité et périodicité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.2.2 Limites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
1.2.3 Opérations sur les limites : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
1.2.4 Limite et ordre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
1.2.5 Théorème de la limite monotone . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
1.2.6 Fonctions équivalentes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
1.3 Continuité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
1.3.1 Fonction continue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
1.3.2 Théorème des valeurs intermédiaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
1.3.3 Fonctions monotones et bijections . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
1.3.4 Fonction réciproque . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
1.3.5 Continuité uniforme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
1.4 Dérivabilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
1.4.1 Opérations sur les dérivées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
1.4.2 Dérivées successives . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
1.4.3 Théorème de Rolle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
1.4.4 Fonctions usuelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
1.4.5 Les fonctions arcsin, arccos et arctan . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
1.4.6 Fonctions hyperboliques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
1.4.7 Fonctions hyperboliques réciproques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
1.5 Étude des suites récurrentes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42

2
Chapitre 1
Fonctions

1.1 Généralités sur les fonctions

Dénition 1.1 Une fonction d'une variable réelle à valeurs réelles est une application
f :D / R

où D est une partie de R. On appelle D le domaine de dénition de la fonction f .


Le graphe de la fonction f est la partie Γ de R dénie par Γ := {(x, f (x)) |x ∈ D}.
f
2
f

Dénition 1.2 Soient f et g deux fonctions réelles dénies sur une même partie D. Alors,

f = g si f (x) = g(x) pour tout x ∈ D.

Rappelons maintenant quelques dénitions classiques.


Dénition 1.3 Soient f et g deux fonctions réelles dénies sur D.
 La somme de f et g est la fonction f + g : D → R dénie par (f + g)(x) := f (x) + g(x)
pour tout x ∈ D.
 Le produit de f et g est la fonction f × g : D → R dénie par (f × g)(x) := f (x)g(x)
pour tout x ∈ D.
 La multiplication de f par un scalaire λ ∈ R est la fonction λ.f : D → R dénie par
(λ.f )(x) := λf (x) pour tout x ∈ D.

 L'inverse de f est la fonction f1 : {x ∈ D | f (x) 6= 0} −→ R dénie par


1 1
( )(x) = .
f f (x)

3
Remarque 1.4
 Il ne faut pas utiliser la notation f pour désigner l'inverse de f . Cette notation est
−1

réservée pour désigner la bijection réciproque de f (lorsque celle-ci existe).


 On note fg la fonction f × g1 et f − g la fonction f + (−g).
Dénition 1.5 Soit f : D −→ R une fonction et soit I ⊆ D. L'image de I par f est l'ensemble

f (I) := {f (x) | x ∈ I}

Dénition 1.6 Soient f une fonction de D dans R, D un sous-ensemble de R telle que f (D) ⊆
0

D et g une fonction de D dans R. On appelle composée des fonctions f et g , et on note g ◦ f ,


0 0

la fonction dénie par (g ◦ f )(x) := g(f (x)) pour tout x ∈ D.


Remarque 1.7 Il ne faut pas confondre la fonction g ◦ f et la fonction f ◦ g. La composition
de fonctions n'est pas commutative. Par exemple, considérons les fonctions suivantes
f : R −→
x 7−→ x + 1
R
et g : R −→ R
x 7−→ x .2

Alors
f ◦ g : R −→ R
x 7−→ f (g(x)) = g(x) + 1 = x2 + 1
et
g ◦ f : R −→ R
x 7−→ g(f (x)) = f (x)2 = (x + 1)2 .
Ainsi,
(f ◦ g)(x) = x2 + 1 6= (x + 1)2 = (g ◦ f )(x).

1.2 Quelques propriétés des fonctions réelles

Certaines dénitions que nous allons donner ont déjà été vues dans le cadre des suites.
Dénition 1.8 Soit D une partie de R et soit f : D −→ R une fonction.
1. La fonction f est dite croissante (resp. strictement croissante) si
∀x, y ∈ D, x ≤ y =⇒ f (x) ≤ f (y)

resp.
∀x, y ∈ D, x < y =⇒ f (x) < f (y).

4/45 J. Assim & Y. Mazigh


2. La fonction f est dite décroissante (resp. strictement décroissante) si
∀x, y ∈ D, x ≤ y =⇒ f (x) ≥ f (y)

resp.
∀x, y ∈ D, x < y =⇒ f (x) > f (y).

3. La fonction f est dite monotone si elle est croissante ou décroissante, et strictement


monotone si elle est strictement croissante ou strictement décroissante.
Exemple 1.9 La fonction f : R → R, x 7→ x est strictement croissante, la fonction g : R → R,
x 7→ −x + 2 est strictement décroissante et la fonction h : R → R, x 7→ x , n'est pas monotone.
2

Les règles de calcul sur les inégalités entraînent la proposition suivante.


Proposition 1.10 Soit D une partie de R et soient f et g deux fonctions dénies sur D.
1. Si f et g sont croissantes (resp. décroissantes), alors leur somme f + g est croissante
(resp. décroissante).
2. Si f et g sont à valeurs dans R et toutes les deux croissantes (resp. décroissantes), alors
+

le produite f × g est une fonction croissante (resp. décroissante).


Démonstration. Soit x, y ∈ D tel que x ≤ y.
1. Supposons que f et g sont croissantes. Alors f (x) ≤ f (y) et g(x) ≤ g(y). Donc
f (x) + g(x) ≤ f (y) + g(y)

ce qui montre que la fonction f + g est croissante.


De même, on peut vérier que f + g est décroissante si f et g le sont.
2. Supposons que f et g sont croissantes. Alors f (x) ≤ f (y) et g(x) ≤ g(y). Comme f et g
sont à valeurs dans R , on obtient
+

f (x)g(x) ≤ f (y)g(y)

Ainsi, f × g est croissante.


De même, si f et g sont décroissantes, alors f × g est décroissante.


5/45 J. Assim & Y. Mazigh


Remarque 1.11 L'hypothèse "f et g sont à valeurs dans R " est nécessaire dans la deuxième
+

assertion. C'est-à-dire le produit de deux fonctions monotones n'est pas nécessairement une
fonction monotone. Par exemple, la fonction f : x ∈ R 7−→ x(x − 2) est le produit des deux
fonctions strictement croissantes f : x ∈ R 7−→ x et g : x ∈ R 7−→ x − 2 mais la fonction f
1 1

n'est pas monotone.


Proposition 1.12 Soient D et D deux parties non vides de R, f : D −→ R et g : D −→ R
0 0

deux fonctions, avec f (D) ⊆ D .


0

1. Si f et g sont croissantes, alors leur composée g ◦ f est croissante.


2. Si f et g sont décroissantes, alors leur composée g ◦ f est croissante.
3. Si f est croissante et g est décroissante, alors leur composée g ◦ f est décroissante.
4. Si f est décroissante et g est croissante, alors leur composée g ◦ f est décroissante.
Démonstration. Exercice. 

Dénition 1.13 Soit D une partie non vide de R et soit f : D −→ R une fonction.
1. La fonction f est dite majorée s'il existe un réel M tel que f (x) ≤ M pour tout x ∈ D.
2. La fonction f est dite minorée s'il existe un réel m tel que m ≤ f (x) pour tout x ∈ D.
3. La fonction f est dite bornée si elle est majorée et minorée, ce qui est équivalent à dire
qu'il existe M ∈ R tel que |f (x)| ≤ M pour tout x ∈ D.
+

Exemple 1.14 La fonction x 7→ sin(x) est une fonction bornée sur R ;

∀x ∈ R | sin(x)| ≤ 1.

1.2.1 Parité et périodicité

Dénition 1.15 Soit D une partie de R symétrique par rapport à 0, c'est-à-dire


∀x ∈ D, −x ∈ D.

Soit f : D −→ R une fonction.


1. La fonction f est dite paire si f (x) = f (−x) pour tout x ∈ D.
2. La fonction f est dite impaire si f (−x) = −f (x) pour tout x ∈ D.
Interprétation géométrique :

6/45 J. Assim & Y. Mazigh


 La fonction f est paire si et seulement si son graphe est symétrique par rapport à l'axe
des ordonnées.
 La fonction f est impaire si et seulement si son graphe est symétrique par rapport à
l'origine.
Exemple 1.16 La fonction x 7→ e + e est une fonction paire, et la fonction x 7→ x est une
x −x 3

fonction impaire.
Dénition 1.17 Soit f : D −→ R une fonction et soit T ∈ R tel que ∗
+

x ∈ D ⇐⇒ x + T ∈ D.

La fonction f est dite périodique de période T , si f (x + T ) = f (x) pour tout x ∈ D.


Exemple 1.18 Les fonctions sinus et cosinus sont 2π-périodiques.

Exercice 1.19 Montrer que la fonction x 7−→ x − E(x) est périodique de période 1.

Proposition 1.20 1. La somme de deux fonctions paires (resp. impaires) est une fonction
paire (resp. impaire). Le produit de deux fonctions paires ou de deux fonctions impaires
est une fonction paire. Le produit d'une fonction paire et d'une fonction impaire est une
fonction impaire.
2. La somme et le produit de deux fonctions périodiques de même période T est une fonction
périodique.
Démonstration. Ces propriétés se démontrent sans diculté en revenant aux dénitions.
Considérons par exemple deux fonctions f et g paires de D dans R. La fonction h = f + g
vérie pour tout x ∈ D,
h(−x) = f (−x) + g(−x) = f (x) + g(x) = h(x).

On en déduit que h est une fonction paire. 

1.2.2 Limites

Dénition 1.21 Soit f : D −→ R une fonction et soit x 0 ∈R tel qu'il existe a > 0 tel que
]x0 − a, x [∪]x , x + a[⊂ D. Soit ` ∈ D.
0 0 0

7/45 J. Assim & Y. Mazigh


1. On dit que f a pour limite ` en x si 0

∀ε > 0, ∃η > 0, ∀x ∈ D, (0 < |x − x0 | < η =⇒ |f (x) − `| < ε)

On écrit lim f (x) = `.


x→x0

2. On dit que f a pour limite +∞ en x si 0

∀A > 0, ∃η > 0, ∀x ∈ D, (0 < |x − x0 | < η =⇒ f (x) > A).

On écrit lim f (x) = +∞.


x→x0

3. On dit que f a pour limite −∞ en x si 0

∀A > 0, ∃η > 0, ∀x ∈ D, (0 < |x − x0 | < η =⇒ f (x) < −A).

On écrit lim f (x) = −∞.


x→x0

Lemme 1.22 La limite d'une fonction f en un point x , lorsqu'elle existe, est unique.
0

Démonstration. Soient ` et ` deux limites de f en x . Pour ε > 0, il existe η > 0 (resp.


0
0

η > 0) tels que


0

ε
0 < |x − x0 | < η =⇒ |f (x) − `| <
2
resp.
ε
0 < |x − x0 | < η 0 =⇒ |f (x) − `0 | < .
2
Alors, pour x ∈ D tel que 0 < |x − x | < min(η, η ), on a
0
0

|` − `0 | = |` − f (x) + f (x) − `0 |

≤ |f (x) − `| + |f (x) − `0 |
ε ε
< + =ε
2 2
Donc, |` − ` | < ε pour tout ε > 0, ce qui entraîne que ` − ` = 0, donc ` = ` .
0 0 0


Exemple 1.23
 Considérons la fonction f : ] − 1, 1[−→ R, x 7−→ x2x+ 2 et montrons qu'elle a pour limite
0 en 0.
Pour x ∈] − 1, 1[ on a 1 ≤ 2 + x ≤ 3 et par conséquent |f (x)| ≤ 2|x| pour tout x ∈] − 1, 1[.
Ainsi
∀ε > 0, ∃η (η = convient) ∀x ∈] − 1, 1[, (0 < |x| < η =⇒ |f (x) − 0| < ε).
ε
2

8/45 J. Assim & Y. Mazigh


Proposition 1.24 Soit f : D −→ R une fonction réelle et soit ` ∈ R.
Si lim f (x) = ` alors f est bornée au voisinage de x ( sauf peut être en x ), c'est-à-dire il
0 0

existe η > 0 et M > 0 tel que


x→x0

∀x ∈]x0 − η, x0 + η[\{x0 } |f (x)| ≤ M.

Démonstration. Comme x→x


lim f (x) = `, il existe η > 0 tel que pour tout x ∈]x0 −η, x0 +η[\{x0 }
0

|f (x) − `| < 1

Ainsi
∀x ∈]x0 − η, x0 + η[\{x0 }, |f (x)| ≤ |`| + 1

puisque ||f (x)| − |`|| ≤ |f (x) − `|. 

Dénition 1.25 Soit f : D −→ R une fonction et soit x , ` ∈ R. 0

1. On suppose qu'il existe a > 0 tel que ]x , x + a[⊂ D.


0 0

(a) On dit que f a pour limite ` à droite en x si 0

∀ε > 0, ∃η > 0, ∀x ∈ D, (x0 < x < x0 + η =⇒ |f (x) − `| < ε)

On note lim f (x) = ` ou lim f (x) = `.


x→x+ x→x0

(b) On dit que f a pour limite +∞ à droite en x si


0 x>x0

∀A > 0, ∃η > 0, ∀x ∈ D, (x0 < x < x0 + η =⇒ f (x) > A)

On note lim f (x) = +∞ ou lim f (x) = +∞.


x→x+ x→x0

(c) On dit que f a pour limite −∞ à droite en x si


0 x>x0

∀A > 0, ∃η > 0, ∀x ∈ D, (x0 < x < x0 + η =⇒ f (x) < −A)

On note lim f (x) = −∞ ou lim f (x) = −∞.


x→x+ x→x0

2. On suppose qu'il existe a > 0 tel que ]x − a, x [⊂ D.


0 x>x0

0 0

(a) On dit que f a pour limite ` à gauche en x si 0

∀ε > 0, ∃η > 0, ∀x ∈ D, (x0 − η < x < x0 =⇒ |f (x) − `| < ε)

On note lim f (x) = `


x→x−
ou lim f (x) = `.
x→x0
0 x<x0

9/45 J. Assim & Y. Mazigh


(b) On dit que f a pour limite +∞ à gauche en x si 0

∀A > 0, ∃η > 0, ∀x ∈ D, (x0 − η < x < x0 =⇒ f (x) > A)

On note lim f (x) = +∞ ou lim f (x) = +∞.


x→x− x→x0

(c) On dit que f a pour limite −∞ à gauche en x si


0 x<x0

∀A > 0, ∃η > 0, ∀x ∈ D, (x0 − η < x < x0 =⇒ f (x) < −A)

On note lim f (x) = −∞


x→x−
ou lim f (x) = −∞.
x→x0
0 x<x0

Exercice 1.26 Montrer que si f admet une limite à droite (resp. à gauche) en un point x 0

alors cette limite est unique.


Exemple 1.27

x→1−
et lim E(x) = 1.
lim E(x) = 0
x→1+

Proposition 1.28 Soit f : D −→ R une fonction. Alors la fonction f admet une limite en
x si et seulement si f admet une limite à droite en x , une limite à gauche en x et les deux
0 0 0

limites sont égales.


Démonstration. Supposons que lim f (x) = `. Alors
x→x0

∀ε > 0, ∃η > 0, ∀x ∈ D, (0 < |x − x0 | < η =⇒ |f (x) − `| < ε)

En particulier
∀ε > 0, ∃η > 0, ∀x ∈ D, (x0 < x < x0 + η =⇒ |f (x) − `| < ε)

et
∀ε > 0, ∃η > 0, ∀x ∈ D, (x0 − η < x < x0 =⇒ |f (x) − `| < ε)

ce qui montre que lim f (x) = ` et lim f (x) = `.


Réciproquement, supposons que lim f (x) = lim f (x) = `. Alors, pour ε > 0
x→x+
0 x→x−
0

x→x+
0 x→x−
0

∃η1 > 0, x0 < x < x0 + η1 =⇒ |f (x) − `| < ε

et
∃η2 > 0, x0 − η2 < x < x0 =⇒ |f (x) − `| < ε

10/45 J. Assim & Y. Mazigh


Donc, pour η = min(η , η ), on obtient l'implication
1 2

|x − x0 | < η =⇒ |f (x) − `| < ε

ce qui montre que lim f (x) = `.


x→x0


Dénition 1.29 (limite au voisinage de ∞) Soit f : D −→ R une fonction et soit ` ∈ R.


1. On suppose qu'il existe a > 0 tel que ]a, +∞[⊂ D.
(a) On dit que f a pour limite ` en +∞ si
∀ε > 0, ∃B > 0, ∀x ∈ D, (x > B =⇒ |f (x) − `| < ε)

On note lim f (x) = `.


x→+∞

(b) On dit que f a pour limite +∞ en +∞ si


∀A > 0, ∃B > 0, ∀x ∈ D, (x > B =⇒ f (x) > A)

On note lim f (x) = +∞.


x→+∞

(c) On dit que f a pour limite −∞ en +∞ si


∀A > 0, ∃B > 0, ∀x ∈ D, (x > B =⇒ f (x) < −A)

On note lim f (x) = −∞.


x→+∞

2. On suppose qu'il existe a > 0 tel que ] − ∞, a[⊂ D.


(a) On dit que f a pour limite ` en −∞ si
∀ε > 0, ∃B > 0, ∀x ∈ D, (x < −B =⇒ |f (x) − `| < ε)

On note lim f (x) = `.


x→−∞

(b) On dit que f a pour limite +∞ en −∞ si


∀A > 0, ∃B > 0, ∀x ∈ D, (x < −B =⇒ f (x) > A)

On note lim f (x) = +∞.


x→−∞

(c) On dit que f a pour limite −∞ en −∞ si


∀A > 0, ∃B > 0, ∀x ∈ D, (x < −B =⇒ f (x) < −A)

On note lim f (x) = −∞


x→−∞
.
11/45 J. Assim & Y. Mazigh
1.2.3 Opérations sur les limites :

Soit f : D −→ R une fonction. On dit que f ne s'annule pas au voisinage de x 0 ∈D s'il


existe a > 0 tel que
∀x ∈]x0 − a, x0 + a[, f (x) 6= 0.

Théorème 1.30 Soient f et g deux fonctions réelles et soient x , `, ` ∈ R telles que 0


0

lim f (x) = ` et lim g(x) = ` 0


x→x0 x→x0

i) Si `, ` ∈ R alors lim (f (x) + g(x)) = ` + ` et lim (f (x)g(x)) = `` .


0
x→x0
0
x→x0
0

ii) Si la fonction g ne s'annule pas au voisinage de x (sauf peut être en x ) et ` ∈ R , alors


0 0
0 ∗

= .
1 1
lim 0
x→x0 g(x) `
iii) Si la fonction g ne s'annule pas au voisinage de x (sauf peut être en x ), ` ∈ R et ` 6= 0,
0 0
0

alors  
f (x) `
lim = .
x→x0 g(x) `0
iv) Supposons que la fonction g est strictement positive au voisinage de x , ` ∈ R, ` = 0. 0
0

Alors
= +∞ si ` > 0
  
f (x)
 lim


 g(x) 
x→x0

= −∞ si ` < 0
f (x)
 lim


g(x)x→x0

v) Si la fonction g ne s'annule pas au voisinage de x (sauf peut être en x ), ` ∈ R et


0 0

` = ±∞ alors
0
 
f (x)
lim =0
x→x0 g(x)
Démonstration.
i) Montrons que lim (f (x) + g(x)) = ` + ` .
x→x0
0

• Si x ∈ R. Soit ε > 0. Alors par dénition de la limite,


0

∃η > 0 tel que ∀x ∈]x − η , x + η [\{x }, |f (x) − `| <


ε
1 0 1 0 1 0
2
et
∃η > 0 tel que ∀x ∈]x − η , x + η [\{x }, |g(x) − ` | <
ε 0
2 0 2 0 2 0
2
Soit η = min(η , η ). Alors pour tout x ∈]x − η, x + η[\{x }, on a
1 2 0 0 0

|f (x) + g(x) − ` − `0 | ≤ |f (x) − `| + |g(x) − `0 |


ε ε
< + =ε
2 2

12/45 J. Assim & Y. Mazigh


ce qui montre que lim (f (x) + g(x)) = ` + ` .
x→x0
0

• Si x = +∞. Soit ε > 0. Alors par dénition de la limite,


0

∃A > 0 tel que ∀x > A , |f (x) − `| <


ε
1 1
2

et
∃A > 0 tel que ∀x > A , |g(x) − ` | <
ε 0
2 2
2
Soit A = max(A , A ). Alors pour tout x > A, on a
1 2

|f (x) + g(x) − ` − `0 | ≤ |f (x) − `| + |g(x) − `0 |


ε ε
< + =ε
2 2

D'où lim (f (x) + g(x)) = ` + ` .


x→+∞
0

• Si x = −∞. Soit ε > 0. Alors par dénition de la limite,


0

∃A > 0 tel que ∀x < −A , |f (x) − `| <


ε
1 1
2

et
∃A > 0 tel que ∀x < −A , |g(x) − ` | <
ε 0
2 2
2
Soit A = max(A , A ). Alors pour tout x < −A, on a
1 2

|f (x) + g(x) − ` − `0 | ≤ |f (x) − `| + |g(x) − `0 |


ε ε
< + =ε
2 2

D'où lim (f (x) + g(x)) = ` + ` . 0

Montrons que lim (g(x)f (x)) = `` . Puisque , il existe η > 0 et M > 0 tel
x→−∞
0
lim f (x) = `
que
x→x0 x→x0

∀x ∈]x0 − η, x0 + η[\{x0 } |f (x)| ≤ M

d'après la proposition 1.24. Alors par dénition de la limite


ε
∃η1 > 0, ∀x ∈]x0 − η1 , x0 + η1 [\{x0 }, |g(x) − `0 | <
M + |`0 |

et
ε
∃η2 > 0, ∀x ∈]x0 − η2 , x0 + η2 [\{x0 }, |f (x) − `| <
M + |`0 |

13/45 J. Assim & Y. Mazigh


D'où, ∀x ∈]x 0 − η, x0 + η[\{x0 } où η = min(η, η , η ), on a 1 2

|f (x)g(x) − ``0 | = |f (x)(g(x) − `0 ) + `0 (f (x) − `)|

≤ |f (x)|.|g(x) − `0 | + |`0 |.|g(x) − `|


ε ε
< M. 0
+ |`0 |. =ε
M + |` | M + |`0 |

ce qui montre que lim (g(x)f (x)) = `` .


x→x0
0

ii) Montrons que lim g(x)1


= . Comme la fonction g ne s'annule pas au voisinage de x , il
1
` 0 0

existe a > 0 tel que


x→x0

∀x ∈]x0 − a, x0 + a[\{x0 } g(x) 6= 0.

Donc pour tout x ∈]x 0 − a, x0 + a[\{x0 } , on a


|g(x) − `0 |

1 1
g(x) − `0 = |g(x)||`0 | .

Par dénition de la limite, il existe η > 0 tel que


|`0 |
∀x ∈]x0 − η, x0 + η[\{x0 } |g(x) − `0 | < .
2

Puisque |g(x)| − |` | ≤ |g(x) − ` |, on a |g(x)| − |` | < |`2 | ou encore


0
0 0 0

|`0 | |`0 |
∀x ∈]x0 − η, x0 + η[\{x0 }, − < |g(x)| − |`0 | <
2 2

Il en résulte en particulier que pour tout x ∈]x 0 − η, x0 + η[\{x0 } ,


|`0 |
< |g(x)|
2

et donc,
1 2
∀x ∈]x0 − η, x0 + η[ < 0
|g(x)| |` |
Ainsi, pour η 1 = min(a, η) , on obtient
|g(x) − `0 |

1 1 ε
x ∈]x0 − η1 , x0 + η1 [
− = < 2 < ε.
g(x) `0 |g(x)||`0 | |`0 |
|`0 |

On en déduit que lim g(x) 1


= .
1
` 0

Les autres assertions peuvent être démontrées de la même façon (exercice).


x→x0


Les tableaux suivants résument les limites éventuelles des fonctions f + g, f × g et fg en fonction
des limites des fonctions f et g. On écrit IND pour "forme indéterminée" lorsque les hypothèses
ne sont pas susantes pour conclure.
14/45 J. Assim & Y. Mazigh
f
f g f ×g
f g f +g g
`
`∈R ` ∈ R ` + `0
0
` ∈ R `0 ∈ R∗ ``0
`0
`∈R +∞ +∞ `>0 +∞ +∞ 0
`∈R −∞ −∞ `>0 −∞ −∞ 0
+∞ `0 ∈ R +∞ `<0 +∞ −∞ 0
−∞ `0 ∈ R −∞ `<0 −∞ +∞ 0
+∞ +∞ +∞ 0 ±∞ IND 0
+∞ −∞ IND +∞ +∞ +∞ IND
−∞ +∞ IND +∞ −∞ −∞ IND
−∞ −∞ −∞ −∞ +∞ −∞ IND
−∞ −∞ +∞ IND
La proposition suivante est fondamentale. Elle fait le lien entre les limites de suites et celles de
fonctions.
Proposition 1.31 Soit f : D −→ R et soit x ∈ D tel que ∃a > 0, ]x − a, x + a[\{x } ⊂ D.
0 0 0 0

La fonction f admet pour limite ` ∈ R si et seulement si pour toute suite réelle (u ) d'éléments n n

de D convergeant vers x , la suite de terme général f (u ) tend vers `.


0 n

Démonstration.
• Si ` ∈ R.
Supposons que f admet pour limite ` en x et considérons une suite (u ) convergeant
0 n n

vers x . Soit ε > 0 xé. Puisque f admet pour limite ` en x ,


0 0

∃η > 0, ∀x ∈ D, (0 < |x − x0 | < η =⇒ |f (x) − `| < ε)

et puisque la suite (u ) converge vers x


n n 0

∃N ∈ N ∀n ≥ N |un − x0 | < η

Pour n ≥ N on a |u n − x0 | < η donc |f (u ) − `| < ε. Ainsi


n

∀ε > 0, ∃N ∈ N, ∀n ≥ N |f (un ) − `| < ε

ce qui montre que lim f (u ) = `. n

Pour montrer la réciproque, raisonnons par l'absurde. Supposons que pour toute suite
n→+∞

réelle (u ) convergeant vers x la suite de terme général f (u ) tend vers ` et que f


n n 0 n

n'admet pas pour limite ` en x . Alors 0

∃ε > 0, ∀n > 0 ∃y ∈ D, |y − x | ≤
n
1
n
et 
|f (y ) − `| ≥ ε .
n 0 n

On dispose donc d'une suite (y ) qui converge vers x mais pour laquelle la suite de
n n 0

terme général f (y ) ne converge pas vers `. Ce qui contredit notre hypothèse.


n

15/45 J. Assim & Y. Mazigh


• Si ` = ±∞. Nous traitons le cas où ` = +∞, et l'autre cas se démontre de la même façon.
Supposons que lim f (x) = +∞ et considérons une suite (u ) convergeant vers x . Soit
n n 0

A > 0 xé. Puisque lim f (x) = +∞,


x→x0

x→x0

∃η > 0, ∀x ∈ D, (0 < |x − x0 | < η =⇒ f (x) > A)

et puisque lim un = x0
n→+∞
,
∃N ∈ N ∀n ≥ N |un − x0 | < η.

Pour n ≥ N on a |u n − x0 | < η donc f (u ) > A. Ainsi


n

∀A > 0, ∃N ∈ N, ∀n ≥ N f (un ) > A

ce qui montre que lim f (u ) = +∞. n

Réciproquement, raisonnons par l'absurde. Supposons que la fonction f n'admet pas pour
n→+∞

limite +∞ en x . Alors
0

∃A > 0, ∀n > 0, ∃y ∈ D, |y − x | ≤
n
1
n
n et 0f (y ) < A

n

On dispose donc d'une suite (y ) qui converge vers x mais pour laquelle la suite de
n n 0

terme général f (y ) ne converge pas vers +∞. Ce qui est contredit notre hypothèse.
n

Exemple 1.32 La fonction f x 7−→ cos( x1 ) n'a pas de limite en 0. En eet, la suite (u ) de n

terme général u = nπ1 converge vers 0 mais la suite de terme général f (u ) diverge puisque
n n

f (u ) = (−1) .
n
n


Exercice 1.33 Énoncer et démontrer les résultats analogues pour la limite à gauche et la limite
à droite.
1.2.4 Limite et ordre

Soient f et g deux fonctions de D dans R. On note


f ≤ g si f (x) ≤ g(x) pour tout x ∈ D.

Proposition 1.34 Soient f, g et h des fonctions de D dans R.

16/45 J. Assim & Y. Mazigh


• Supposons que f ≤ g au voisinage de x (sauf peut être en x ) :
0 0

∃a > 0, ∀x ∈]x0 − a, x0 + a[\{x0 } f (x) ≤ g(x).

(a) Si lim f (x) = ` ∈ R et lim g(x) = ` ∈ R alors ` ≤ ` .


x→x0 x→x0
0 0

(b) Si lim f (x) = +∞ alors lim g(x) = +∞.


x→x0 x→x0

(c) Si lim g(x) = −∞ alors lim f (x) = −∞.


x→x0 x→x0

• Supposons que f ≤ h ≤ g . Si lim f (x) = lim g(x) = ` alors lim h(x) = `.


x→x0 x→x0 x→x0

Démonstration. C'est une conséquence de la caractérisation séquentielle de la limite (Propo-


sition 1.31) et du théorème 2.25 du chapitre II. 

1.2.5 Théorème de la limite monotone

Théorème 1.35 (Théorème de la limite monotone) Soit f une fonction dénie sur un
intervalle ouvert ]a, b[. Supposons que f est croissante. Alors
• lim f (x) existe dans R. Plus précisément, on a
x→b−

(a) Si f est majorée alors lim f (x) = ` avec ` = sup(f (]a, b[)).
x→b−

(b) Si f n'est pas majorée alors lim f (x) = +∞.


x→b−

• lim f (x) existe dans R. Plus précisément, on a


x→a+

(a) Si f est minorée alors lim f (x) = ` avec ` = inf(f (]a, b[)).
x→a+

(b) Si f n'est pas minorée alors lim f (x) = −∞.


x→a+

Démonstration.
• Supposons que f est majorée et montrons que lim f (x) = sup(f (]a, b[). Comme f est
majorée, l'image f (]a, b[) est une partie non vide majorée de R, elle admet donc une borne
x→b−

supérieure ` dans R. D'après la caractérisation de la borne supérieure, on a


∀ε > 0, ∃x ∈]a, b[ tel que ` − ε < f (x ) ≤ `
1 1

La fonction étant croissante sur ]a, b[, on a


∀x ∈]x1 , b[ ` − ε < f (x1 ) ≤ f (x) < `.

D'où, pour η = b − x 1 >0, on a


∀x ∈]a, b[ (0 < b − x < η =⇒ |f (x) − `| < ε)

ce qui montre que lim f (x) = sup(f (]a, b[))


x→b−
.
17/45 J. Assim & Y. Mazigh
• Si f n'est pas majorée, alors
∀A > 0, ∃x1 ∈]a, b[ f (x1 ) > A

Sinon, il existe A > 0 tel que f (x) ≤ A pour tout x ∈]a, b[, ce qui est contradictoire avec
l'hypothèse f n'est pas majorée. Comme f est croissante sur ]a, b[,
∀x ∈]x1 , b[ f (x) > A

Ainsi, pour η = b − x , on obtient


1

∀x ∈]a, b[ (0 < b − x < η =⇒ f (x) > A)

ce qui montre que lim f (x) = +∞.


x→b−

• Supposons que f est minorée et montrons que lim f (x) = inf(f (]a, b[). Comme f est
minorée, l'image f (]a, b[) est une partie non vide minorée de R, elle admet donc une
x→a+

borne inférieure ` dans R. D'après la caractérisation de la borne inférieure, on a


∀ε > 0, ∃x ∈]a, b[ tel que ` ≤ f (x ) < ` + ε
1 1

La fonction étant croissante sur ]a, b[, on a


∀x ∈]a, x1 [ ` ≤ f (x) ≤ f (x1 ) < ` + ε

D'où, pour η = x 1 −a>0 , on a


∀x ∈]a, b[ (0 < x − a < η =⇒ |f (x) − `| < ε)

ce qui montre que lim f (x) = inf(f (]a, b[)).


x→a+

• Si f n'est pas minorée, alors

∀A > 0, ∃x1 ∈]a, b[ f (x) < −A

Sinon, la fonction f est minorée sur ]a, b[, ce qui est contradictoire avec l'hypothèse f
n'est pas minorée. Comme f est croissante sur ]a, b[,
∀x ∈]a, x1 [ f (x) < −A

Ainsi, pour η = x 1 −a , on obtient


∀x ∈]a, b[ (0 < x − a < η =⇒ f (x) < −A)

ce qui montre que lim f (x) = −∞


x→a+
.
18/45 J. Assim & Y. Mazigh


Remarque 1.36 La démonstration précédente montre que pour tout point x ∈]a, b[, on a
0

lim f (x) = sup f (]a, b[∩] − ∞, x [) et lim f (x) = inf f (]a, b[∩]x , +∞[)
0 0
x→x−
0 x→x+
0

De plus
lim f (x) ≤ f (x0 ) ≤ lim+ f (x).
x→x−
0 x→x0

Dans le cas des fonctions décroissantes, on a un théorème analogue.


Théorème 1.37 Soit f une fonction dénie sur un intervalle ouvert ]a, b[. Supposons que f
est décroissante. Alors
• lim f (x) existe dans R, précisément on a
x→a+

(a) Si f est majorée alors lim f (x) = ` avec ` = sup(f (]a, b[)).
x→a+

(b) Si f n'est pas majorée alors lim f (x) = +∞.


x→a+

• lim f (x) existe dans R, précisément on a


x→b−

(a) Si f est minorée alors lim f (x) = ` avec ` = inf(f (]a, b[)).
x→b−

(b) Si f n'est pas minorée alors lim f (x) = −∞.


x→b−

Démonstration. Exercice 

1.2.6 Fonctions équivalentes

Pour x ∈ R, on dit qu'une fonction f est dénie au voisinage de x s'il existe un voisinage
0 0

V de x tel que f soit dénie sur V .


0

Dénition 1.38 Soient x ∈ R, f et g deux fonctions dénies au voisinage de x (sauf peut


0 0

être en x ). On dit que f est équivalente à g au voisinage de x s'il existe un voisinage V de


0 0

x et une fonction φ dénie sur V \ {x } telle que,


0 0

∀x ∈ V \ {x0 } f (x) = φ(x) × g(x),
et


 lim φ(x) = 1

x→x0

On note f ∼ g ou f (x) ∼ g(x).


x0 x0

19/45 J. Assim & Y. Mazigh


Remarque 1.39 Si la fonction g ne s'annule pas au voisinage de x alors 0

f (x)
f ∼ g ⇐⇒ lim = 1.
x0 x→x0 g(x)

Exemple 1.40 On a sin(x) ∼ x, puisque lim sin(x)


0 x
= 1.
x→0

Proposition 1.41 Soient f et g deux fonctions dénies au voisinage de y ∈ R (sauf peut être 0

en y ), ne s'annulant pas au voisinage de y . Soit h une fonction dénie au voisinage de x ∈ R


0 0 0

(sauf peut être en x ). Alors


0

(f ∼ g et lim h(x) = y ) =⇒ (f (h(x)) ∼ g(h(x)))


0
y0 x→x0 x0

Démonstration. Puisque g ne s'annule pas au voisinage de y , on a d'après la remarque 1.39


0

f (y)
f ∼ g ⇐⇒ lim = 1.
y0 y→y0 g(y)

Comme lim h(x) = y ,


x→x0
0

f (h(x))
lim =1
x→x0 g(h(x))
Donc f (h(x)) ∼ g(h(x)).
x0


Exemple 1.42 On a e − 1 ∼ x. Comme lim sin x = 0, on obtient


x
0 x→0

esin(x) − 1 ∼ sin(x).
0

Proposition 1.43 Si f et g deux fonctions équivalentes en x , alors leurs limites en x sont


0 0

de même nature et sont égales si elles existent.


1.3 Continuité

1.3.1 Fonction continue

Dénition 1.44 Soit f une fonction réelle sur ]a, b[ et soit x ∈]a, b[. On dit que f est continue
0

en x si lim f (x) = f (x ).
0 0

On dit que f est continue sur ]a, b[ si f est continue en tout point de ]a, b[.
x→x0

Si f est une fonction dénie sur [a, b] resp. [a, b[, resp. ]a, b]. On dit que f est continue sur [a, b]
[a, b] resp. [a, b[, resp. ]a, b] si elle continue sur ]a, b[ et f (a) = lim f (x) et f (b) = lim f (x).
On dénit de même une fonction continue sur ] − ∞, +∞[, ] − ∞, b], ] − ∞, b[, [a, +∞[ et
x→a+ x→b−

]a, +∞[.

20/45 J. Assim & Y. Mazigh


Exemple 1.45
 Toute fonction polynômiale P est continue sur R
P : R −→ R
x 7−→ an x + an−1 xn−1 + · · · + a0
n

 Les fonctions x 7→ sin(x), x 7→ cos(x) et x 7→ e sont continues sur R, et la fonction


x

x 7→ ln(x) est continue sur ]0, +∞[. 

Les propositions suivantes sont des conséquences immédiates des théorèmes généraux sur les
limites :
Proposition 1.46 Soient λ un réel et f et g deux fonctions dénies sur un intervalle I de R.
Si f et g sont continues sur I alors on a les propriétés suivantes :
1. |f | est une fonction continue sur I ;
2. f + g est une fonction continue sur I ;
3. f × g est une fonction continue sur I ;
4. λ.f est une fonction continue sur I ;
5. si de plus g ne s'annule pas sur I alors f /g est une fonction continue sur I .
Proposition 1.47 Soit f : I −→ R et g : J −→ R deux fonctions continues sur les intervalles
I et J . Si f (I) ⊆ J alors la fonction g ◦ f est continue sur I .

Dénition 1.48 Étant donnée une fonction f continue ]a, b[\{x } et admettant pour limite en
0

x le réel `, la fonction fe dénie sur ]a, b[ par


0

f (x) si x ∈]a, b[\{x }


(

` si x = x
0
fe(x) =
0

est une fonction continue sur ]a, b[ appelée prolongement par continuité de la fonction f en x .
0

On dénit de la même façon le prolongement par continuité au point a ou au point b.


Exemple 1.49 Le prolongement par continuité en 0 de f : x ∈ R 7−→ est la fonction
∗sin(x)
x
dénie par
si x ∈ R

 sin(x) ∗

1 si x = 0
f (x) =
e x

21/45 J. Assim & Y. Mazigh


1.3.2 Théorème des valeurs intermédiaires

Lemme 1.50 Soit X une partie non vide de R qui possède une borne supérieure (resp. in-
férieure) dans R. Alors il existe une suite d'éléments de X qui converge vers sup(X) (resp.
inf(X)).

Démonstration. Supposons d'abord que sup(X) ∈ R et soit n ∈ N . Comme sup(X)− n'est


∗ 1
n
pas un majorant de X , il existe x ∈ X tel que sup(X) − n < x . On a aussi x ≤ sup(X),
n
1
n n

d'où | sup(X) − x | ≤ n1 et donc lim x = sup(X). Maintenant si sup(X) = +∞ alors X


n n

n'est pas majorée. Donc


n→+∞

∀n ∈ N, ∃x ∈ X tel que x > n.


n n

D'où lim x = +∞.


n

La preuve dans le cas de la borne inférieure est analogue.


n→+∞


Théorème 1.51 (Théorème des valeurs intermédiaires) Soient a et b deux réels avec
a < b, et soit f : [a, b] −→ R une fonction continue. Alors, pour tout réel r compris entre f (a)
et f (b), il existe c ∈ [a, b] tel que f (c) = r.
On l'appelle plus familièrement le TVI.
Démonstration. Sans perte de généralité, on peut supposer que f (a) ≤ f (b). Considérons
X = {x ∈ [a, b] | f (a) ≤ r}. Cette partie est non vide, car a ∈ X , et étant majorée par b,
elle possède une borne supérieure dans R notée c. D'après le lemme 1.50 il existe une suite
d'éléments de X qui converge vers c. La fonction f étant continue sur [a, b], la suite f (x ) n

converge vers f (c), d'après la proposition 1.31. D'une part, comme x ∈ X , f (x ) ≤ r. Ainsi,
n n

par passage à la limite, on obtient f (c) ≤ r. D'autre part pour tout x ∈]c, b] f (x) > r, puisque
c est la borne supérieure de X . Ainsi, la continuité de f en c entraine que f (c) = lim f (x) ≥ r.
On en déduit que f (c) = r.
x→c+


Corollaire 1.52 Soit f une fonction continue et strictement monotone sur un intervalle
fermé [a, b]. Alors, pour tout réel r compris entre f (a) et f (b), il existe un unique c ∈ [a, b]
tel que f (c) = r.
Démonstration. Le théorème 1.51 assure l'existence de c. Supposons qu'il existe c 6= c tel 0

que f (c ) = r. Comme f est strictement monotone, f (c) 6= f (c ), ce qui est absurde, puisque
0 0

f (c) = r = f (c ). D'où l'unicité de c.


0


22/45 J. Assim & Y. Mazigh


Voici la version la plus utilisée du théorème des valeurs intermédiaires
Corollaire 1.53 Soit f une fonction continue sur un intervalle fermé [a, b] telle que
f (a)f (b) < 0. Alors, il existe c ∈]a, b[ tel que f (c) = 0.

Démonstration. L'hypothèse f (a)f (b) < 0 signie que f (a) et f (b) sont de signes contraires.
Donc 0 est compris entre les deux. Ainsi, le théorème 1.51 permet de conclure. 

Exemple 1.54 On se propose de localiser une racine réelle de l'équation


x8 + 8x3 + x − 3 = 0.

On considère, pour cela, la fonction f : x 7→ x + 8x + x − 3, qui est continue sur R. Comme


8 3

f (0) = −3 et f (1) = 7, la corolaire 1.53 montre qu'il existe c ∈ R tel que f (c) = 0. .

Corollaire 1.55 Soit f : [a, b] −→ [a, b] une fonction continue. Alors f admet un point xe :

∃c ∈ [a, b] tel que f (c) = c.

Démonstration. Considérons la fonction g dénie sur [a, b] par

∀x ∈ [a, b], g(x) = f (x) − x.

La fonction g est continue sur [a, b]. De plus g(a)g(b) ≤ 0. Donc d'après le TVI, il existe
c ∈ [a, b] tel que g(c) = 0. D'où

∃c ∈ [a, b] tel que f (c) = c.

Nous rappelons qu'un ensemble I est un intervalle de R, si pour tous a, b ∈ I , [a, b] ⊆ I .


Corollaire 1.56 L'image d'un intervalle par une fonction continue est un intervalle.

Démonstration. Soit I un intervalle et f une fonction à valeurs réelles dénie sur I . Montrons
que f (I) est un intervalle. En eet, soient y ≤ y deux éléments de f (I). Il existe t et t dans I
0 0

tels que y = f (t) et y = f (t ). Si z ∈ [y, y ], d'après le théorème 1.51, il existe t compris entre
0 0 0 00

t et t tel que f (t ) = z . Le réel z se trouve alors dans f (I). D'où [y, y ] ⊂ f (I), ce qui montre
0 00 0

que f (I) est un intervalle. 

23/45 J. Assim & Y. Mazigh


Théorème 1.57 Soit f une fonction continue sur un intervalle fermé [a, b]. Alors f est bornée
sur [a, b], et atteint ses bornes.
Démonstration.
• Montrons que sup(f ([a, b])) ∈ f ([a, b]).
Commençons par montrer que f est majorée. Sinon, pour tout entier n ∈ N on peut
trouver un réel x ∈ [a, b] tel que
n

f (xn ) > n

Comme [a, b] est borné, la suite (x ) est bornée. Donc d'après le théorème de Bolzano-
n n≥0

Weierstrass, il existe une sous-suite (x ) de (x ) qui converge vers un certain x ∈


ϕ(n) n

[a, b]. La continuité de f entraîne que la suite f (x ) converge vers f (x). Mais ceci est
ϕ(n)

impossible puisque
∀n ≥ 0 f (xϕ(n) ) > ϕ(n) ≥ n

et donc lim f (x ) = +∞. D'où f est majorée.


ϕ(n)

Il s'ensuit que l'image f ([a, b]) est une partie non vide majorée de R, elle admet donc une
n→+∞

borne supérieure M dans R. Pour tout n ∈ N , M − n1 n'est pas un majorant de f ([a, b]),

donc il existe y ∈ [a, b] tel que


n

1
M− < f (yn ) ≤ M
n

On déduit, par le théorème des gendarmes, que la suite (f (y )) converge vers M . Comme
n

[a, b] est borné, la suite (y ) est bornée. Le théorème Bolzano-Weierstrass assure alors
n

l'existence d'une sous-suite (y ) de (y ) qui converge vers un certain y ∈ [a, b]. La


ψ(n) n

continuité de f et la convergence de la suite (f (y )) entraînent


n

M = lim f (yn ) = lim f (yψ(n) ) = f (y)


n→+∞ n→+∞

ce qui montre que sup(f ([a, b])) ∈ f ([a, b]).


• Montrons que inf(f ([a, b])) ∈ f ([a, b]).
Montrons que f est minorée. Sinon,
tel que f (x ) < −n
∀n ∈ N, ∃xn ∈ [a, b] n

Comme [a, b] est borné, la suite (x ) est bornée. Donc d'après le théorème de Bolzano-
n n≥0

Weierstrass, il existe une sous-suite (x ) de (x ) qui converge vers un certain x ∈


ϕ(n) n

24/45 J. Assim & Y. Mazigh


. La continuité de f entraîne que la suite f (x
[a, b] ϕ(n) ) converge vers f (x). Mais ceci est
impossible puisque
∀n ∈ N f (xϕ(n) ) < −ϕ(n) ≤ −n

et donc lim f (x ) = −∞. Donc f est minorée.


ϕ(n)

Il s'ensuit que l'image f ([a, b]) est une partie non vide minorée de R, elle admet donc une
n→+∞

borne inférieure m dans R. Pour tout n ∈ N , m + n1 n'est pas un minorant de f ([a, b]),

donc il existe y ∈ [a, b] tel que


n

1
m ≤ f (yn ) < m + .
n

On déduit, par le théorème des gendarmes, que la suite (f (y )) converge vers m. Comme
n

[a, b] est borné, la suite (y ) est bornée. Le théorème Bolzano-Weierstrass assure alors
n

l'existence d'une sous-suite (y ) de (y ) qui converge vers un certain y ∈ [a, b]. La


ψ(n) n

continuité de f et la convergence de la suite (f (y )) entraînent


n

m = lim f (yn ) = lim f (yψ(n) ) = f (y)


n→+∞ n→+∞

ce qui montre que inf(f ([a, b])) ∈ f ([a, b]).




Remarque 1.58 Le théorème ci-dessus n'est plus valable si on remplace le segment [a, b] par
un intervalle non fermé ou non borné.
• La fonction x 7−→ x dénie sur [0, 1[ est bornée, elle n'atteint pas sa borne supérieure.

• La fonction x 7−→ dénie sur ]0, 1[ est minorée, elle n'atteint pas sa borne inférieure.
1
x
Elle n'est pas majorée.
• La fonction dénie sur R par x 7−→ est bornée mais 0, qui est sa borne inférieure,
1
1+x 2

n'est pas atteinte.


Corollaire 1.59 Soit f une fonction continue sur [a, b].
 Si f est croissante, alors f ([a, b]) = [f (a), f (b)].
 Si f est décroissante, alors f ([a, b]) = [f (b), f (a)].
En général, on a

25/45 J. Assim & Y. Mazigh


L'intervalle I f (I) f est strictement croissante f (I) f est strictement décroissante
[a, b] [f (a), f (b)] [f (b), f (a)]
[a, b[ [f (a), lim− f (x)[ ] lim− f (x), f (a)]
x→b x→b
]a, b[ ] lim+ f (x), lim− f (x)[ ] lim− f (x), lim+ f (x)[
x→a x→b x→b x→a
[a, +∞[ [a, lim f (x)[ ] lim f (x), f (a)]
x→+∞ x→+∞
] − ∞, b] ] lim f (x), f (b)] [f (b), lim f (x)[
x→−∞ x→−∞

1.3.3 Fonctions monotones et bijections

Soient I un intervalle de R, f une fonction dénie sur I et J = f (I). On s'intéresse aux


conditions d'existence d'une bijection réciproque pour f , c'est- à-dire à l'existence d'une appli-
cation f de J dans I telle que
−1

(∀x ∈ I f (f (x)) = x) et (∀y ∈ J f (f (y)) = y).


−1 −1

Comme f (I) = J , la fonction f est surjective. On cherche donc à établir des critères, simples
à utiliser, permettant de s'assurer l'injectivité de f sur I .
Proposition 1.60 Soit f : I 7→ R une fonction monotone sur un intervalle I de R. Alors, la
fonction f est continue sur I si et seulement si f (I) est un intervalle.
Démonstration. Si f est continue sur I , alors f (I) est un intervalle d'après le corollaire 1.56.
Réciproquement, on montre la contraposée. Supposons que f n'est pas continue sur I . Alors il
existe x ∈ I où f n'est pas continue. Traitons le cas en lequel x à l'intérieur de I (c'est-à-dire
0 0

∃a, b ∈ I , ]a, b[⊆ I et x ∈]a, b[). On peut supposer que f est une fonction croissante. Donc
0

lim f (x) > f (x ) ou lim f (x) < f (x ) d'après la remarque 1.36.


0 0
x→x−
Supposons par exemple que lim f (x) < f (x ). Posons f (x ) = lim f (x). Alors
x→x+
0 0

0 0
x→x− x→x−

 ]f (x ), f (x )[∩f (I) = ∅. En eet, si x ∈ I avec x < x , alors f (x) ≤ f (x ). Si x ∈ I


0 0
− −
0 0 0 0

avec x ≥ x , alors f (x ) ≤ f (x) car f est croissante. Donc pour tout x ∈ I , f (x) 6∈
0 0

]f (x ), f (x )[. Ce qui montre que



0 0

]f (x−
0 ), f (x0 )[∩f (I) = ∅.

 f (I) n'est pas un intervalle. En eet, soit x ∈ I avec x < x , alors f (x ) < f (x ) <
1 1 0 1

0

f (x ). Si f (I) est un intervalle, alors ]f (x ), f (x )[⊆ f (I) et donc ]f (x ), f (x )[⊂ f (I). Ce


0 1 0

0 0

qui n'est pas possible, puisque ]f (x ), f (x )[∩f (I) = ∅. D'où f (I) n'est pas un intervalle

0 0

de R.


26/45 J. Assim & Y. Mazigh


1.3.4 Fonction réciproque

Théorème 1.61 Soit I un intervalle et f une fonction dénie sur I . Si f est continue et
strictement monotone sur I alors f est une bijection de I dans J = f (I). De plus sa fonction
réciproque f possède les propriétés suivantes :
−1

1. f est strictement monotone sur J et de même sens de monotonie que f ;


−1

2. f est continue sur J .


−1

Démonstration. L'ensemble J est un intervalle, puisque, d'après le corolaire 1.56, l'image


d'un intervalle par une fonction continue est un intervalle.
Supposons que f est strictement croissante sur I , le cas où f est strictement décroissante se
traite de manière analogue.
Pour montrer que la fonction f est injective, considérons (x , x ) ∈ I tel que x 6= x et
1 2
2
1 2

montrons que f (x ) 6= f (x ). On a x 6= x , donc x < x ou bien x < x . Dans le premier cas


1 2 1 2 1 2 2 1

f (x ) < f (x ) et dans le deuxième cas f (x ) > f (x ). Dans tous les cas on a f (x ) 6= f (x ) et


1 2 1 2 1 2

par conséquent f est injective. La fonction f est donc une bijection de I par J = f (I).
1. Montrons que si f est strictement croissante sur I alors f est strictement croissante sur
−1

J . Soit (y , y ) ∈ J avec y < y . Donc


1 2
2
1 2

f (f −1 (y1 )) = y1 < f (f −1 (y2 )) = y2

comme f est strictement croissante, on a nécessairement f (y ) < f (y ). Ainsi f est


−1
1
−1
2
−1

une fonction strictement croissante.


2. Montrons que la fonction f est continue sur J = f (I). Remarquons que
−1

f −1 (J) = f −1 (f (I)) = I.

Donc f (J) est un intervalle. Comme f est monotone sur J , la proposition 1.60 montre
−1 −1

que f est continue sur J .


−1

1.3.5 Continuité uniforme

Nous introduisons maintenant une notion plus forte de continuité.

27/45 J. Assim & Y. Mazigh


Dénition 1.62 Soit f une fonction dénie sur un intervalle I de R. On dit que f est uni-
formément continue sur I si
∀ε > 0, ∃η > 0 ∀(x, y) ∈ I 2 (|x − y| < η =⇒ |f (x) − f (y)| < ε).

Exemple 1.63 La fonction f : x 7→ x est uniformément continue sur I = [0, 1].


2

Soient η > 0 et (x, y) ∈ I avec |x − y| < η. On a


2

|f (x) − f (y)| = |x2 − y 2 | = (x + y)|x − y|

Comme (x, y) ∈ I , 0 ≤ x + y ≤ 2. Donc


2

|f (x) − f (y)| < 2η

On en déduit que
∀ε > 0, ∃η > 0 ( par exemple η = 2ε ), ∀(x, y) ∈ I 2
(|x − y| < η =⇒ |f (x) − f (y)| < ε).

La comparaison de la position de l'expression (∀x ∈ I) entre la dénition de l'uniforme conti-


0

nuité et la dénition de la continuité aboutit au résultat suivant.


Proposition 1.64 Soit f une fonction dénie sur un intervalle I de R. Si f est uniformément
continue sur I alors f est continue sur I . 

Comme pour la continuité nous avons, à l'aide des suites, une autre caractérisation de la conti-
nuité uniforme.
Proposition 1.65 Soit f une fonction dénie sur un intervalle I de R. Alors f est unifor-
mément continue sur I si et seulement si pour toutes suites (x ) et (y ) de I telles que
n n≥0 n n≥0

lim (y − x ) = 0, on a lim (f (y ) − f (x )) = 0.
n n n n
n→∞ n→+∞

Démonstration. Supposons la fonction f uniformément continue. Si ε > 0 xé,

∃η > 0, (x, y) ∈ I 2 (|x − y| < η =⇒ |f (x) − f (y)| < ε).

Soient (x ) et (y ) deux suites de I telles que lim (y


n n≥0 n n≥0 n − xn ) = 0 . Pour η > 0, il existe
N ∈ N tel que pour tout n ≥ N , |x − y | < η , et donc
n→∞

n n

∀n ≥ N |f (xn ) − f (yn )| < ε

28/45 J. Assim & Y. Mazigh


ce qui montre que lim (f (x ) − f (y )) = 0.
n n

Réciproquement, supposons que f n'est pas uniformément continue sur I . Donc


n→+∞


∃ε > 0, ∀n ∈ N , ∃(x , y ) ∈ I (|x − y | <
n n
1
n
et |f (x ) − f (y )| ≥ ε)
2
n n n n

La première inégalité montre que lim (y − x ) = 0 alors que la seconde contredit le fait que
n n

lim (f (y ) − f (x )) = 0 ; ce qui prouve la réciproque par contraposition.


n→+∞

n n 
n→+∞

Remarque 1.66 La réciproque de la proposition 1.64 est fausse : une fonction peut être conti-
nue sur un intervalle sans être uniformément continue sur cet intervalle. Par exemple la fonc-
tion f : R → R dénie par f (x) = x est continue sur R mais n'est pas uniformément continue
2

sur R. En eet, on a
√ √
lim n + 1 − n = 0,
n→+∞

mais
√ √
lim f ( n + 1) − f ( n) = lim n + 1 − n = 1
n→+∞ n→+∞

Ainsi, la proposition 1.65 montre que la fonction f n'est pas uniformément continue sur R. 
Théorème 1.67 (Théorème de Heine) Soit f une fonction réelle dénie et continue sur
[a, b]. Alors f est uniformément continue sur [a, b].

Démonstration. Nous allons montrer le théorème par l'absurde. Supposons que f n'est pas
uniformément continue sur I . Donc

∃ε > 0, ∀n ∈ N , ∃(x , y ) ∈ I (|x − y | <
n n
1
n
et |f (x ) − f (y )| ≥ ε).
2
n n n n

La suite (x ) étant bornée (car x ∈ [a, b]), le théorème Bolzano-Weierstrass assure alors
n n≥1 n

l'existence d'une sous-suite (x ) de (x ) qui converge vers un certain ` ∈ [a, b]. Comme
ϕ(n) n

|x − y | < pour tout n ∈ N , la suite (x − y ) converge vers 0. Par suite lim (x −


1 ∗
n n n n n≥1 ϕ(n)
n
y ) = 0, et donc la suite (y ) converge vers `. Mais par continuité de f , nous savons que
n→+∞

ϕ(n) ϕ(n)

les suites f (x ) et f (y ) tendent vers f (`). Ceci contredit l'inégalité |f (x ) − f (y )| ≥ ε à


ϕ(n) ϕ(n) n n

partir d'un certain rang. 

1.4 Dérivabilité

Rappelons d'abord la dénition d'un ouvert de R.


29/45 J. Assim & Y. Mazigh
Dénition 1.68 Soit U une partie de R. On dit que U est un ouvert de R si U est vide ou
∀x ∈ U, ∃a > 0 tel que ]x − a, x + a[⊆ U.
0 0 0

Exemple 1.69 Un intervalle ouvert est un ouvert au sens de la dénition 1.68. 

Soit U un ouvert non vide de R et soit f une fonction réelle dénie sur U . Alors pour tout
x ∈ U , le domaine de dénition D de la fonction
0 τx 0

τ : h 7−→
x0
f (x + h) − f (x )
h
0
(1.1)
0

est un voisinage épointé de 0, c'est-à-dire D = U \ {0} pour un certain a > 0.


τx 0

Dénition 1.70 Soit U un ouvert non vide de R et f : U −→ R une fonction. On dit que f
est dérivable en x ∈ U si la limite
0

f (x0 + h) − f (x0 )
lim
h→0 h
existe et est nie. On note cette limite f (x ).0
0

On dit que f est dérivable sur U si elle dérivable en tout point de U .


Notation usuelle. Si f est dérivable sur I sa fonction dérivée est notée f . 0

Remarque 1.71 Si f est dérivable en x alors on obtient en considérant le changement de


0

variable x = x + h
0
f (x) − f (x0 )
f 0 (x0 ) = lim .
x→x0 x − x0
Interprétation géométrique : Considérons la fonction τx0 dénie sur U \ {x } par0

f (x) − f (x0 )
∀x ∈ U \ {x0 }, τx0 (x) =
x − x0
La fonction τ est appelée taux d'accroissement.
x0

Alors f est dérivable en x de nombre dérivé f (x ) si et seulement si lim τ (x) = f (x ).


0
0
0 x0
0
0

Puisque τ (x) est la pente de la droite passant par les points (x , f (x )) et (x, f (x)), f (x ) est
x→x0
0
x0 0 0 0

la pente de la tangente à la courbe C au point (x , f (x )). Plus précisément :


f 0 0

Proposition 1.72 Si f est une fonction dérivable en x de nombre dérivé f (x ) en x , la0


0
0 0

tangente au graphe au point de coordonnées (x , f (x )) est la droite d'équation


0 0

y = f (x0 ) + f 0 (x0 )(x − x0 ).

30/45 J. Assim & Y. Mazigh


Exemple 1.73 La fonction f : x 7−→ x est dérivable sur R. En eet, pour tout x
2
0 ∈R on a
f (x) − f (x0 ) x2 − x20 (x − x0 )(x + x0 )
= = = x + x0
x − x0 x − x0 x − x0

Donc
f (x) − f (x0 )
lim = lim x + x0 = 2x0
x→x0 x − x0 x→x0

D'où f est dérivable sur R et f (x) = 2x. 0




Proposition 1.74 Soit U un ouvert non vide de R et soit f une fonction dénie sur U . La
fonction f est dérivable en x ∈ U si et seulement si, il existe ` ∈ R et une fonction ε dénie
0

sur un voisinage épointé V de 0 (c'est-à-dire il existe a > 0 tel que V =] − a, a[\{0}), de limite
nulle en 0, qui vérient
f (x + h) = f (x ) + `h + hε(h)
0 0 (1.2)
pour h ∈ V . Dans ce cas ` = f (x ). 0
0

Démonstration. Supposons d'abord f dérivable en x . Posons ` = f (x ) et considérons la


0
0
0

fonction ε = τ − f (x ) où τ est la fonction (1.1). Comme τ est dénie sur un voisinage


x0
0
0 x0 x0

épointé de 0, la fonction ε l'est aussi. Il est clair que l'équation (1.2) est satisfaite et que ε a
pour limite 0 en 0.
Réciproquement, s'il existe ` et ε satisfaisant (1.2), alors τ (h) − ` = ε(h) sur V . Ceci montre
x0

que τ a pour limite ` quand h tend vers 0, puisque lim ε(h) = 0. Donc f est dérivable en x ,
x0 0

et f (x ) = `.
h→0
0
0 

Proposition 1.75 Si f est une fonction dérivable en x alors f est continue en x .


0 0

Démonstration. Si f est dérivable au point x , d'après la proposition 1.74, on a


0

f (x0 + h) = f (x0 ) + f 0 (x0 )h + hε(h)

donc lim f (x
h→0
0 + h) = f (x0 ) , et par conséquent la fonction f est continue au point x . 0 

Remarque 1.76 La réciproque est fausse : par exemple, la fonction valeur absolue est continue
en 0 mais n'est pas dérivable en 0. En eet
1, si x > 0
(
f (x) − f (0) |x|
−1, si x < 0.
= =
x−0 x

31/45 J. Assim & Y. Mazigh


Dénition 1.77 On dénit la dérivée à droite (resp. à gauche) (si elle existe) d'un point x 0

par
f (x) − f (x0 )
fd0 (x0 ) = lim
x→x0
x>x0
x − x0
f (x0 + h) − f (x0 )
= lim .
h→0 h
h>0

resp.
f (x) − f (x0 )
fg0 (x0 ) = lim
x→x
x<x0
0 x − x0
f (x0 + h) − f (x0 )
= lim .
h→0 h
h<0

Il est clair que f est dérivable au point x si et seulement si, elle est dérivable à gauche et à
0

droite de x et que f (x ) = f (x ).
0
0
d 0
0
g 0

Exemple 1.78 La fonction f : x 7→ |x| est dérivable à gauche et à droite de 0 :

f (0) = −1 et f (0) = 1.
0
g
0
d

1.4.1 Opérations sur les dérivées

Proposition 1.79 Soient f et g deux fonctions dérivables sur un intervalle U . Alors, pour
tout x ∈ I :
1. (f + g) (x) = f (x) + g (x).
0 0 0

2. (kf ) (x) = kf (x) où k ∈ R.


0 0

3. (f × g) (x) = f (x)g(x) + g (x)f (x).


0 0 0

4. f1  (x) = −ff (x) (si f (x) 6= 0).


0
0 (x)
2

5. fg  (x) = f (x)g(x)g −(x)g (x)f (x) (si g(x) 6= 0).


0 0
0
2

Démonstration. Ces relations se démontrent toutes en utilisant la dénition de la dérivée


comme limite du taux d'accroissement, et en exploitant les propriétés des limites. Nous vous
conseillons de faire la preuve en détail. 

On rappelle les dérivées des fonctions usuelles et leur ensemble de dérivabilité.

32/45 J. Assim & Y. Mazigh


f (x) Ens. de dérivabilité f 0 (x)
x 7→ xn (n ∈ N) R nxn−1
x 7→ sin(x) R cos(x)
x 7→ cos(x) R − sin(x)
π 1
x 7→ tan(x) R\{ + kπ; k ∈ Z} 1 + tan(x)2 =
2 cos2 (x)
x 7→ xα (α ∈ R) R∗+ αxα−1
1
x 7→ ln(x) R∗+
x
x 7→ ex R ex

Proposition 1.80 Soient I , J deux intervalles ouverts de R et Soient f : I −→ R et g : J −→


R deux fonctions. On suppose que f (I) ⊂ J . Si f est dérivable en x ∈ I et g est dérivable en 0

f (x ) alors g ◦ f est dérivable en x de dérivée :


0 0

(g ◦ f )0 (x0 ) = f 0 (x0 )g 0 (f (x0 )).

Démonstration. Exercice. 

On en déduit alors le tableau suivant, avec x 7−→ u(x) une fonction appropriée :
f (x) u(x)r (r ∈ Q) sin(u(x)) cos(u(x)) tan(u(x))
u0 (x)
f 0 (x) ru0 (x)u(x)r−1 u0 (x) cos(u(x)) −u0 (x) sin(u(x)) u0 (x)(1 + tan(u(x))2 ) =
cos2 (u(x))

f (x) eu(x) ln(u(x))


u0 (x)
f 0 (x) u0 (x)eu(x)
u(x)

Exercice 1.81 Déterminer sur quel ensemble les fonctions suivantes sont dérivables puis cal-
culer leur dérivée.
√ x3 + x − 3
• f1 : x 7−→ ln( x2 + 1) • f2 : x 7−→
x2 − 3x + 2

x2 −1

• f3 : x 7−→ e • f4 : x 7−→ tan( x)

Proposition 1.82 Soit f une fonction continue et strictement monotone sur I dont on note
f −1 : J = f (I) −→ I la fonction réciproque. Si f est dérivable en x ∈ I avec f (x ) 6= 0. Alors
0
0
0

f −1 est dérivable en y = f (x ) et on a :
0 0

1
(f −1 )0 (y0 ) = .
f 0 (x 0)

Démonstration. Exercice. 

33/45 J. Assim & Y. Mazigh


1.4.2 Dérivées successives

Soit f une fonction réelle dénie sur un intervalle ouvert U et dérivable sur U . Si la dérivée
de f est à son tour dérivable, on note f ou f la dérivée de f qui est appelée dérivée seconde
00 (2) 0

de f . On peut ainsi de proche en proche dénir pour n ∈ N , la dérivée n-ième (ou d'ordre n)

de f que l'on note f . Par convention f = f et f = f .


(n) (0) (1) 0

Exemple 1.83
• On vérie par un raisonnement par récurrence que la dérivée n-ième de la fonction
x 7→ x (m ∈ N) est la fonction
m

0, si m < n

x ∈ R 7−→ (x ) = n!, si m = n

m (n)

, si m > n.
 m−n
m(m − 1) · · · (m − n + 1)x

• On vérie par un raisonnement par récurrence que la dérivée n-ième de la fonction


x 7→ cos(x) est la fonction x ∈ R 7−→ cos(x + n ).
π
2
Théorème 1.84 (Formule de Leibniz) Soient f et g deux fonctions n fois dérivables sur
un intervalle U . Alors X n
(n)
(f × g) = Cnk f (n−k) g (k)
k=0

Exemple 1.85 Calculons la dérivée n-ième de la fonction φ : x ∈ R 7→ x e . Soient les 2 3x

fonctions dénies sur R par


f (x) = x et g(x) = e .
2 3x

Pour tout x ∈ R, on a
f (x) = 2x, f (x) = 2 et f (x) = 0 ∀i ∈ N, i ≥ 3
0 00 (i)

Un raisonnement par récurrence montre que


∀i ∈ N g (i) (x) = 3i e3x .

Ainsi, la formule de Leibniz donne


n
X
(n) (n)
φ (x) = (f × g) (x) = Cnk f (k) (x)g (n−k) (x)
k=0

= + Cn1 f (1) (x)g (n−1) (x) + Cn2 f (2) (x)g (n−2) (x)
Cn0 f (0) (x)g (n) (x)
n(n − 1) (2)
= f (x)g (n) (x) + nf 0 (x)g (n−1) (x) + f (x)g (n−2) (x)
2
= 3n x2 e3x + 2n3n−1 xe3x + n(n − 1)3n−2 e3x

34/45 J. Assim & Y. Mazigh


D'où
∀x ∈ R, φ(n) (x) = 3n x2 e3x + 2n3n−1 xe3x + n(n − 1)3n−2 e3x .

1.4.3 Théorème de Rolle

Dénition 1.86 Soit f : U −→ R une fonction et soit x ∈ U . On dit que 0

 x est un maximum (resp. minimum) global de f si


0

∀x ∈ U f (x) ≤ f (x ) (resp. f (x ) ≤ f (x)) .


0 0

On dit que x est un extremum global de f si x est un maximum ou minimum global de


0 0

f.

 x est un maximum (resp. minimum) local de f si


0

∃η > 0, ∀x ∈]x − η, x + η[⊂ U f (x) ≤ f (x ) (resp. f (x ) ≤ f (x))


0 0 0 0

On dit que x est un extremum local de f si x est un maximum ou minimum local de f .


0 0

Proposition 1.87 Soit U un ouvert non vide et soit f : U −→ R une fonction.


Si x ∈ U est un extremum local de f et si f est dérivable en x alors f (x ) = 0.
0 0
0
0

Démonstration. Comme x est un extremum local de f , il existe η > 0 tel que ]x −η, x +η[⊂
0 0 0

U et que f (x) − f (x ) garde un signe constant dans cet intervalle (négatif ou nul si x est un
0 0

maximum, positif ou nul si x est un minimum).0

Supposons par exemple que x est un maximum. Alors


0

f (x) − f (x0 )
∀x ∈]x0 − η, x0 [: f (x) − f (x0 ) ≤ 0 =⇒ lim− ≥0
x→x0 x − x0

f (x) − f (x0 )
∀x ∈]x0 , x0 + η[: f (x) − f (x0 ) ≤ 0 =⇒ lim+ ≤0
x→x0 x − x0
Comme f est dérivable en x 0

f (x) − f (x0 ) f (x) − f (x0 )


lim+ = lim− = f 0 (x0 ).
x→x0 x − x0 x→x0 x − x0

On en déduit que f (x ) = 0.
0
0 

35/45 J. Assim & Y. Mazigh


Remarque 1.88 La condition n'est pas susante. Par exemple, soit la fonction f dénie sur
R par f (x) = x . La dérivée de f s'annule en 0 qui n'est pas un extremum local. En eet,
3

si x > 0 alors f (x) > f (0) = 0 et si x < 0 alors f (x) < f (0) = 0.
Théorème 1.89 (Théorème de Rolle) Soit f une fonction continue sur [a, b], dérivable sur
l'intervalle ouvert ]a, b[ et telle que f (a) = f (b). Alors il existe c ∈]a; b[ tel que f (c) = 0. 0

Démonstration. La fonction f est continue sur [a, b], donc le théorème 1.57 assure l'existence
de deux réels M, m ∈ R et x , x ∈ I tels que
1 2

f (I) = [m, M ], f (x ) = m et f (x ) = M.
1 2

Notons ` la valeur commune ` = f (a) = f (b). Si m = M = f (a), alors la fonction f est


constante, et donc f (c) = 0 pour tout c ∈ I .
0

S'une des deux bornes n'est pas égale à ` (par exemple m) alors x 6= a et x 6= b. Comme f
1 1

est dérivable sur ]a, b[, la proposition 1.87 montre que f (x ) = 0, puisque x est un minimum
0
1 1

local (car il est global). Le même raisonnement montre que f (x ) = 0 si M 6= `.


0
2 

Comme conséquence on obtient le théorème des accroissements nis, qu'on appelle plus
familièrement le TAF.
Théorème 1.90 (Théorème Accroissements nis) Soit f une fonction continue sur [a, b]
et dérivable sur l'intervalle ouvert ]a, b[. Alors
∃c ∈]a, b[ f (b) − f (a) = (b − a)f 0 (c).

Démonstration. Considérons la fonction ϕ dénie sur [a, b] par


f (b) − f (a) 
∀x ∈ [a, b] ϕ(x) = f (x) − f (a) + (x − a)
b−a

La fonction ϕ est continue sur [a, b] et dérivable sur ]a, b[, de plus ϕ(a) = ϕ(b) = 0. Donc,
d'après le théorème de Rolle (Théorème 1.89), il existe c ∈]a, b[ tel que ϕ (c) = 0. Or 0

f (b) − f (a)
ϕ0 (c) = f 0 (c) −
b−a

on en déduit que
f (b) − f (a) = (b − a)f 0 (c).

36/45 J. Assim & Y. Mazigh


Corollaire 1.91 (Inégalité des accroissements nis) Soit f une fonction continue sur [a, b]
et dérivable sur ]a, b[. S'il existe M ∈ R +
tel que |f (x)| ≤ M pour tout x ∈]a, b[, alors
0

∀x, y ∈]a, b[ |f (x) − f (y)| ≤ M |x − y|.

Démonstration. C'est conséquence du théorème des accroissements nis. 

Exemple 1.92 Soit f (x) = sin(x). On a f (x) = cos(x), et donc |f (x)| ≤ 1 pour tout x ∈ R.
0 0

Ainsi, l'inégalité des accroissements nis montre que


∀x, y ∈ R | sin(x) − sin(y)| ≤ |x − y|.

En particulier, pour y = 0, on obtient


∀x ∈ R | sin(x)| ≤ |x|.

(Ce qu'on peut démontrer facilement sur un dessin) 

Corollaire 1.93 Soit f une fonction continue sur [a, b] et dérivable sur ]a, b[. Alors
1. f (x) ≥ 0 pour tout x ∈]a, b[ ⇐⇒ f est croissante sur [a, b].
0

2. f (x) ≤ 0 pour tout x ∈]a, b[ ⇐⇒ f est décroissante sur [a, b].


0

3. f (x) = 0 pour tout x ∈]a, b[ ⇐⇒ f est constante sur [a, b].


0

4. f (x) > 0 pour tout x ∈]a, b[ ⇐⇒ f est strictement croissante sur [a, b].
0

5. f (x) < 0 pour tout x ∈]a, b[ ⇐⇒ f est strictement décroissante sur [a, b].
0

Démonstration. C'est conséquence du théorème des accroissements nis (Exercice). 

1.4.4 Fonctions usuelles

1.4.5 Les fonctions arcsin, arccos et arctan

• La fonction arcsin : La fonction x 7→ sin(x) est continue et strictement croissante sur


[
−π π
. L'image de l'intervalle [ −π2 , π2 ] est [−1, 1], et donc la fonction x 7→ sin(x) réalise
, ]
2 2
une bijection de [ −π2 , π2 ] sur [−1, 1]. On appelle fonction arc-sinus et on note arcsin la
bijection réciproque de la fonction sinus sur [ −π2 , π2 ] ; arcsin(x) := sin (x).
−1

D'après la proposition 1.82, on déduit que


1
∀x ∈] − 1, 1[ arcsin0 (x) =
cos(arcsin(x))

37/45 J. Assim & Y. Mazigh


Pour y ∈] −π2 , π2 [, on a cos(y) > 0 et d'après la relation cos (y) + sin (y) = 1, on en déduit
2 2

que cos(y) = p1 − sin(y) . Puisque pour tout x ∈] − 1, 1[ on a y = arcsin(x) ∈] −π2 , π2 [,


2

on obtient
p √
cos(arcsin(x)) = 1 − sin(arcsin(x))2 = 1 − x2 .

Ainsi
1
∀x ∈] − 1, 1[ arcsin0 (x) = √ .
1 − x2
• La fonction arccos : La fonction x 7→ cos(x) est continue et strictement décroissante
sur [0, π]. L'image de l'intervalle [0, π] est [−1, 1]. La fonction x 7→ cos(x) réalise donc
une bijection de [0, π] sur [−1, 1]. On appelle fonction arc-cosinus et on note arccos la
bijection réciproque de la fonction x 7→ cos(x) sur [0, π] ; arccos(x) := cos (x).−1

D'après la proposition 1.82, on déduit que


1 1
∀x ∈] − 1, 1[ arccos0 (x) = =
cos0 (arccos(x)) − sin(arccos(x))

Pour y ∈]0, π[, on a sin(y) > 0 et d'après la relation cos (y) + sin (y) = 1, on obtient
2 2

sin(y) = 1 − cos (y). Donc pour tout x ∈] − 1, 1[, on a


p
2

1
arccos0 (x) =
− sin(arccos(x))
−1
= p
1 − cos2 (arccos(x))
−1
= √
1 − x2
Ainsi
−1
∀x ∈] − 1, 1[ arccos0 (x) = √ .
1 − x2
• La fonction arctan : La fonction x 7→ tan(x) est continue et strictement croissante sur
]
−π π
, et a pour image R. La fonction x 7→ tan(x) réalise donc une bijection de ] −π2 , π2 [
, [
2 2
sur . On appelle fonction arc-tangente et on note arctan la bijection réciproque de la
R
fonction tangente sur ] −π2 , π2 [ ; arctan(x) := tan (x).
−1

D'après la proposition 1.82, on déduit que pour tout x ∈ R


1
arctan0 (x) = 0
tan (arctan(x))
1
= 2
1 + tan (arctan(x))
1
=
1 + x2

38/45 J. Assim & Y. Mazigh


D'où
1
∀x ∈ R arctan0 (x) = .
1 + x2

Exercice 1.94
1. Montrer que pour tout x ∈ [−1, 1] arcsin(x) + arccos(x) = π2 .
2. Montrer que pour tout x > 0 arctan(x) + arctan( x1 ) = π2 .
3. Montrer que pour tout x < 0 arctan(x) + arctan( x1 ) = −π2
1.4.6 Fonctions hyperboliques

Dénition 1.95 Les fonctions sinus hyperbolique (notée sh) et cosinus hyperbolique (notée ch)
sont dénies sur R par :
et
x −x x −x
e −e e +e
sh(x) = ch(x) = .
2 2

Proposition 1.96
 La fonction sinus hyperbolique est une application dénie sur R, continue, strictement
croissante, impaire, dérivable sur R de dérivée la fonction cosinus hyperbolique,
∀x ∈ R sh0 (x) = ch(x).

 La fonction cosinus hyperbolique est une application dénie sur R, continue, paire, déri-
vable sur R de dérivée la fonction sinus hyperbolique,
∀x ∈ R ch0 (x) = sh(x).

Démonstration. Ces propriétés se démontrent en utilisant les propriétés de la fonction expo-


nentielle. 

Remarque 1.97 Pour tout réel x, on a ch (x) − sh (x) = 1 (Exercice).


2 2

Proposition 1.98 ((Formules d'addition) Pour tout (x, y) ∈ R , on a les relations sui-
2

vantes :
• ch(x + y) = ch(x)ch(y) + sh(x)sh(y).

• ch(x − y) = ch(x)ch(y) − sh(x)sh(y).

• sh(x + y) = sh(x)ch(y) + ch(x)sh(y).

39/45 J. Assim & Y. Mazigh


• sh(x − y) = sh(x)ch(y) − ch(x)sh(y) .
Démonstration. Ces formules se démontrent par un simple calcul utilisant les expressions des
fonctions hyperboliques à l'aide de la fonction exponentielle. Montrons la première relation
1 x
(e + e−x )(ey + e−y ) + (ex − e−x )(ey − e−y )

ch(x)ch(y) + sh(x)sh(y) =
4
1 x y
= (2e e + 2e−x e−y )
4
1 x+y
= (e + e−(x+y) )
2
= ch(x + y)

La fonction ch est strictement positive sur R, ce qui permet de donner la dénition suivante :
Dénition 1.99 La fonction tangente hyperbolique, notée th, est dénie sur R par
sh(x)
th(x) =
ch(x)
La fonction tangente hyperbolique est impaire, elle est dérivable sur R
1
∀x ∈ R th0 (x) = 2 = 1 − th2 (x).
ch (x)

1.4.7 Fonctions hyperboliques réciproques

• La fonction argch : La fonction x 7→ ch(x) est continue et strictement croissante sur


[0, +∞[. L'image de l'intervalle [0, +∞[ est [1, +∞[. La fonction x 7→ ch(x) réalise donc
une bijection de [0, +∞[ sur [1, +∞[.
On appelle fonction argument cosinus hyperbolique et on note argch la bijection réci-
proque de la fonction x 7→ ch(x) sur [0, +∞[ ; argch := ch (x).
−1

D'après la proposition 1.82, on en déduit que


1 1
∀x ∈ [1, +∞[ argch0 (x) = 0 = .
ch (argch(x)) sh(argch(x))

Pour y ∈]0, +∞[, d'après la relation ch (y) − sh (y) = 1, on obtient sh(y) = .


q
2 2
ch2 (y) − 1
Donc pour tout x ∈]1, +∞[, on a
1
argch0 (x) =
sh(argch(x))
1
= q
ch2 (argch(x)) − 1
1
= √
x2 − 1

40/45 J. Assim & Y. Mazigh


Ainsi
1
∀x ∈]1, +∞[ argch0 (x) = √ .
x2 − 1
Exercice 1.100 Montrer que pour tout x ∈]1, +∞[, argch(x) = ln(x + √x − 1). 2

• La fonction argsh : La fonction x 7→ sh(x) est continue et strictement croissante sur R


et son image R. La fonction x 7→ sh(x) réalise donc une bijection de R sur R.
On appelle fonction argument sinus hyperbolique et on note argsh la bijection réciproque
de la fonction x 7→ sh(x) sur R ; argsh := sh (x).
−1

D'après la proposition 1.82, on déduit que


1 1
∀x ∈ R argsh0 (x) = 0 = .
sh (argsh(x)) ch(argsh(x))

Pour y ∈ R, d'après la relation ch (y) − sh (y) = 1, on obtient ch(y) = .


q
2 2
sh2 (y) + 1
Donc pour tout x ∈ R, on a
1
argsh0 (x) =
ch(argsh(x))
1
= q
sh2 (argsh(x)) + 1
1
= √
x2 +1
Ainsi
1
∀x ∈ R argsh0 (x) = √ .
x2 + 1
Exercice 1.101 Montrer que pour tout x ∈ R, argsh(x) = ln(x + √x + 1). 2

• La fonction argth : La fonction x 7→ th(x) est continue et strictement croissante sur


R et son image est ] − 1, 1[. La fonction x 7→ sh(x) réalise donc une bijection de R sur
] − 1, 1[.
On appelle fonction argument tangente hyperbolique et on note argth la bijection réci-
proque de la fonction x 7→ th(x) sur R ; argth := th (x).−1

D'après la proposition 1.82, pour tout x ∈] − 1, 1[, on a


1
argth0 (x) = 0
th (argth(x))
1
= 2
1 − th (argth(x))
1
= .
1 − x2

41/45 J. Assim & Y. Mazigh


Donc
1
∀x ∈] − 1, 1[ argth0 (x) = .
1 − x2

Exercice 1.102 Montrer que pour tout x ∈] − 1, 1[, argth(x) = 21 ln 1 + x


1−x
.
1.5 Étude des suites récurrentes

Soit I un intervalle de R et soit f : I −→ R une fonction. Supposons que l'intervalle I est


stable par f , c'est-à-dire que f (I) ⊆ I . On se donne un élément u ∈ I et l'on veut étudier la
0

suite (u ) dénie par la donnée de u et la relation de récurrence u = f (u ).


n n∈N 0 n+1 n

L'hypothèse de stabilité de l'intervalle I par f est essentielle, car sinon la suite (u ) ne seraitn

pas dénie. Par exemple, la suite


(
u0 = 2

un+1 = un − 1

est mal dénie, car u n'existe pas.


3

Proposition 1.103 Soit I un intervalle de R et soit f : I −→ R une fonction continue.


Supposons que l'intervalle I est stable par f . Notons (u ) la suite dénie par la donnée de
n n∈N

u ∈ I et la relation de récurrence u
0 n+1 = f (u ). n

Si la fonction f est croissante sur I , la suite (u ) est monotone. Plus précisément


n

• Si n ≤ u , elle est croissante.


0 1

• Si n ≥ u , elle est décroissante.


0 1

• Si u = u , elle est constante égale à u .


0 1 0

Démonstration. Si f est croissante, et si u ≤ u , vérions par récurrence sur n que pour


0 1

tout entier naturel n nous avons u ≤ u . La propriété est vraie au rang 0. Supposons
n n+1

qu'elle est également vraie au rang n. On a donc u ≤ u . La croissance de f implique alors


n n+1

f (u ) ≤ f (u ), c'est-à-dire u
n n+1 n+1≤ u , de sorte que la propriété est vraie au rang n + 1. 
n+2

Remarque 1.104 Si la fonction est (strictement) décroissante et u 6= u , la suite (u ) n'est


1 0 n

pas monotone (Exercice).


Proposition 1.105 Soit I un intervalle de R et soit f : I −→ R une fonction continue.
Supposons que l'intervalle I est stable par f . Notons (u ) la suite dénie par la donnée de
n n∈N

42/45 J. Assim & Y. Mazigh


u0 ∈ I et la relation de récurrence u = f (u ).
n+1 n

Si la fonction f est décroissante sur I , alors les deux suites (v ) et (w ) dénies respectivement
n n

par v = u et w = u sont monotones.


n 2n n 2n+1

Démonstration. Puisque I est stable par f , la fonction g = f ◦ f est bien dénie. De plus
l'intervalle I est stable aussi par g et g est une fonction croissante sur I . Les suites (v ) et (w ) n n

sont dénies par


et
( (
w =u v =u
= g(w ) pour n ≥ 1. = g(v ) pour n ≥ 0.
0 1 0 0
w n+1 n v n+1 n

Les suites (v ) et (w ) sont monotones d'après la proposition 1.103.


n n≥0 n n≥1 

Remarque 1.106 Si (v ) et (w ) convergent vers la même limite ` alors la suite (u )


n n≥0 n n≥1 n n≥0

converge vers `.
Proposition 1.107 Soit I = [a, b] un intervalle fermé de R et soit f : I −→ R une fonction
continue. Supposons que l'intervalle I est stable par f . Notons (u ) la suite dénie par la n n∈N

donnée de u ∈ I et la relation de récurrence u = f (u ).


0 n+1 n

Si la suite converge vers `, alors on a ` = f (`). On dit que ` est un point xe de `.
Démonstration. Comme I est stable par f , u ∈ I pour tour tout n ∈ N. Donc ` ∈ I , puisque
n

I est fermé. La fonction f étant continue, on a lim f (u ) = f (`). D'autre part, la suite u
n n+1

converge vers `. Par unicité de limite, on a donc ` = f (`).


n→∞


Exemple 1.108 Considérons la suite (u ) dénie par n n≥0



1
u0 =

2
pour n ≥ 0.
2
un+1 = un + un

2 4
Introduisons la fonction
x x2
f : x 7−→ + .
2 4
On vérie facilement que la fonction f est croissante sur [0, 1] et que f ([0, 1]) = 0, 43  ⊆ [0, 1].
On en déduit, d'après la proposition 1.103, que la suite (u ) est monotone. Plus précisément,
n n≥0

la suite (u ) est décroissante, puisque u ≥ u = f (u ) = 165 .


n n≥0 0 1 0

Un raisonnement par récurrence montre que


∀n ∈ N, 0 ≤ un ≤ 1.

43/45 J. Assim & Y. Mazigh


D'où (u ) est une suite décroissante et minorée par 0, et par suite elle est convergente.
n n≥0

Soit ` la limite de (u ) . Alors ` est un point xe de f : f (`) = `. Or les points xes de f
n n≥0

sont 0 et 2, ` = 0 car 0 ≤ u ≤ 1 pour tout n ∈ N.


n 

Exemple 1.109 Considérons la suite dénie par


( √
u0 ∈ [0, 2]

un+1 = 2 − un pour n ≥ 0.
Introduisons la fonction

f : x 7→ 2 − x.

Cette fonction laisse stable l'intervalle [0, √2], est dérivable, de dérivée donnée pour x ∈ [0, √2]
par
−1
f 0 (x) = √
2 2−x
Donc la fonction f est décroissante sur √
[0, 2]. On vérie facilement que
√ √ √
f ([0, 2]) = [1, 2] ⊆ [0, 2].

Considérons les deux suites


pour n ≥ 1. et
( (
w0 = u1 v0 = u0
wn+1 = g(wn ) pour n ≥ 0.
vn+1 = g(vn )

où g(x) = (f ◦ f )(x) = 2 − √2 − x. La proposition 1.105 assure que les deux suites (v )


q
n n≥0

et (w ) sont monotone. Puisque l'intervalle [0, √2] est stable par f , il est aussi stable par
n n≥1

g . Ainsi, un raisonnement par récurrence montre que les deux suites (v ) et (w ) sont
n n≥0 n n≥1

bornées, et donc elles sont convergentes. La fonction f étant continue sur [0, 2], g aussi, elles

convergent chacune vers un point xe de g. On a



q
g(x) = x ⇐⇒ 2 − 2 − x = x

ce qui implique par élévation au carré que 2 − √2 − x = x , d'où √2 − x = 2 − x . Impliquant


2 2

à nouveau par une élévation au carré que 2 − x = (2 − x ) . Cette dernière équation est du
2 2

quatrième degré, x − 4x + x + 2 = 0. Remarquons


4 2

x4 − 4x2 + x + 2 = (x − 1)(x3 + x2 − 3x − 2).

Il est clair que



∀x ∈ [0, 2], x3 + x2 − 3x − 2 < 0.

44/45 J. Assim & Y. Mazigh


D'où 1 est le seule point xe de g. Par suite
lim vn = 1
n→+∞
et lim
n→+∞
wn = 1.

On en déduit que la suite (u )


n n≥0 converge vers 1.  .

45/45 J. Assim & Y. Mazigh

Vous aimerez peut-être aussi