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Mécanique & Industries 4 (2003) 497–504
Mécanique & Industries 4 (2003) 497–504
Mécanique & Industries 4 (2003) 497–504 Simulation numérique discrete des materiaux granulaires Discrete numerical

Simulation numérique discrete des materiaux granulaires

Discrete numerical simulation of granular materials

Samuel Masson a, , Juan Martinez a , Bertrand Baylac b , Jean-François Ferellec c

a INSA Rennes, département génie civil & urbanisme, laboratoire Ma2g, EA 3218, 35043 Rennes cedex, France b LUSIG, Université de Bretagne Occidentale, faculté des sciences et techniques, 6, av. Victor Le Gorgeu, 29285 Brest cedex, France c Ishikawajima-Harima Heavy Industries Co., Ltd., 1, Shin-Nakahara-Cho, Isogo-Ku, Yokohama 235-8501, Japon

Reçu le 31 mars 2003 ; accepté le 5 juillet 2003

Résumé

Les matériaux granulaires étant très présents dans la nature, en particulier dans les sols, et impliqués dans de nombreux procédés industriels comme les matériaux de construction, leur modélisation constitue une thématique de recherche de première importance notamment en génie civil. La simulation numérique discrète, consistant à modéliser chaque grain individuellement et à gérer chaque contact entre grains, est un outil de plus en plus répandu dans ce domaine. Par rapport à l’approche continue classique, elle permet de prendre en compte les paramètres micromécaniques dans le comportement d’un matériau granulaire et de simuler des sollicitations complexes sans sophistication coûteuse des modèles. D’autre part, l’approche discrète est un outil conceptuellement adapté pour traiter des milieux mettant en jeu un petit nombre de grains, ne permettant pas de définir un Volume Elémentaire Représentatif. Les apports de la simulation numérique discrète sont illustrés par des exemples issus d’analyses réalisées à l’aide de la Méthode des Eléments Distincts par l’équipe Géomécanique de l’INSA de Rennes. Ces exemples, concernant l’effet couplé de la rigidité et du frottement interparticulaire sur la transmission des efforts, la modélisation des écoulements de silos et l’étude de l’interface sol-structure, montrent la pertinence et le soutien à l’expérience apportés par l’approche discrète. 2003 Éditions scientifiques et médicales Elsevier SAS. Tous droits réservés.

Abstract

Because granular materials are frequently present in nature, in particular in soils, and involved in many industrial processes as building materials, their modelling is an important research topic especially in civil engineering. The discrete numerical simulation, which consists in keeping track of each individual grain and updating each contact between grains, has become a powerful tool in the field. Compared to the classical continuum approach, it allows taking into account micromechanical parameters in the behaviour of a granular material and simulating complex loadings without costly model sophistication. Moreover, the discrete approach is a conceptually adapted tool to treat media implying a small number of grains, which do not permit to define a Representative Elementary Volume. The abilities of discrete numerical simulation are illustrated by examples of analysis carried out using the Distinct Element Method by the Geomechanics team of the INSA of Rennes. These examples, concerning the coupled effect of interparticle stiffness and friction on the stress transmission, the silo flow modelling and the soil-structure interface analysis, show the relevance and the experiment support brought by the discrete approach. 2003 Éditions scientifiques et médicales Elsevier SAS. Tous droits réservés.

Mots-clés : Particule ; Contact ; Homogénéisation ; Transmission des efforts ; Écoulement ; Silo ; Interface ; Sol

Keywords: Particle; Contact; Homogenisation; Stress transmission; Flow; Silo; Interface; Soil

* Auteur correspondant. Adresses e-mail : samuel.masson@insa-rennes.fr (S. Masson), juan.martinez@insa-rennes.fr (J. Martinez), bertrand.baylac@univ-brest.fr (B. Baylac), j.f_ferellec@ihi.co.jp (J.-F. Ferellec).

1296-2139/$ – see front matter 2003 Éditions scientifiques et médicales Elsevier SAS. Tous droits réservés.

doi:10.1016/j.mecind.2003.07.010

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S. Masson et al. / Mécanique & Industries 4 (2003) 497–504

Nomenclature f coefficient de frottement au contact u déplacement de la m particule/particule u m
Nomenclature
f
coefficient de frottement au contact
u
déplacement de la
m
particule/particule
u m
déplacement moyen des particules d’une couche
f w
coefficient de frottement au contact
particule/paroi
horizontale
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m
δ
angle de frottement macroscopique à
F c
force de contact entre deux particules
N
l’interface
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deg
s −1
k
rigidité normale au contact
ε˙
incrément de déformation
n
particule/particule
N/m
ϕ
angle de frottement macroscopique du
k
rigidité normale au contact particule/paroi N/m
rigidité tangentielle au contact
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rotation moyenne des particules d’une couche
matériau
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deg
nw
k
t
θ m
particule/particule
rigidité tangentielle au contact
N/m
horizontale
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rad
σ top
k
tw
N/m
contrainte verticale sur le chapeau de la
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Pa
n
normale au contact
τ contrainte de cisaillement à l’interface
t
tangente au contact
sol-plaque
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Pa
r
rugosité relative de l’interface
valeur médiane du rayon des particules
ψ angle de frottement microscopique à l’interface
m
particule–plaque
deg
R 50

1. Introduction

Un grand nombre de matériaux du génie civil, qu’ils

soient élaborés par le constructeur (béton, matériaux de

chaussée, remblais,

les sols, sont constitués de grains. La description d’un tel matériau dépend de l’échelle d’observation. A l’échelle du grain, que l’on peut qualifier d’échelle microscopique, un matériau granulaire est intrinsèquement hétérogène et dis- continu. Mais à l’échelle de l’échantillon, si celui-ci pos- sède une taille suffisante, on peut décrire le matériau par un équivalent homogène et continu pour lequel on peut défi- nir des variables macroscopiques moyennes. Ce passage de l’échelle microscopique à l’échelle macroscopique fait ap- pel à la notion de Volume Elémentaire Représentatif (VER) et nécessite que le rapport entre la taille de l’échantillon et la taille des grains soit suffisamment grand. Quand un VER peut être défini, l’approche classique consiste à décrire le comportement du matériau granulaire par un modèle continu utilisant le tenseur des contraintes et le tenseur des déforma- tions. Si cette approche s’avère pragmatique et efficace pour l’ingénieur, elle n’en demeure pas moins insuffisante pour décrire le comportement d’un matériau granulaire sous sol- licitations complexes en faisant appel à de nombreux para- mètres dont l’origine physique n’est pas toujours clairement établie. L’approche numérique discrète, qui consiste à modé- liser chaque grain individuellement et à gérer chaque contact entre grains, apparaît alors comme un outil d’analyse et d’homogénéisation numérique qui permet de relier le com- portement macroscopique aux paramètres microscopiques définis à l’échelle des grains ou de leurs contacts [1]. Une autre limitation de l’approche continue concerne la modéli- sation du comportement d’un matériau subissant de grandes déformations. La mise en œuvre numérique des modèles

ou qu’ils s’imposent à lui comme

)

continus dans ce cas requiert des procédures sophistiquées de remaillage [2] sans pour autant assurer avec précision la prédiction d’une cinématique complexe [3]. De plus, dans certaines applications (couches de matériau de chaussée ou

de voie ferrée, interfaces entre un matériau granulaire et une

structure,

), le milieu granulaire n’est pas suffisamment

étendu pour que la notion de VER ait un sens. Les modèles

continus sont alors conceptuellement inadaptés et seule une approche discrète s’avère pertinente. Ces différents apports de la simulation numérique discrète seront illustrés dans la suite par certains résultats d’analyses numériques réalisées

à l’aide de la Méthode des Eléments Distincts par l’équipe Géomécanique de l’INSA de Rennes [4–7].

2. La méthode des elements distincts

La simulation d’assemblages denses de particules so- lides trouve son origine en 1971 dans le travail pionnier de Cundall [8] qui aboutira au développement de la Mé- thode des Eléments Distincts en 1979 [9]. On trouvera dans [10] une synthèse des différents types de méthodes de si- mulation numérique discrète développés pour la modélisa- tion des matériaux granulaires. Le programme d’Eléments Distincts que nous utilisons est PFC, Particle Flow Code [11]. Les particules de forme circulaire (en 2D) ou sphérique (en 3D) sont considérées comme rigides mais possèdent des zones de contact interparticulaire virtuellement déformables au sens où les interpénétrations des particules sont autori- sées. Dans les exemples qui suivent, on considère unique- ment des milieux bidimensionnels. Chaque cycle de calcul comprend trois étapes : la détection des contacts, le calcul

à chaque contact de la force de contact à partir du dépla-

cement relatif des deux particules en contact, puis le cal-

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cul de la nouvelle position de chaque particule. La loi de contact est de type élasto-plastique (Fig. 1) : la relation entre la force de contact F c et le déplacement relatif au contact est décrite avec des raideurs élastiques normale et tangen- tielle et un frottement de type Coulomb. On présente ici un exemple de validation de la méthode. L’expérience de Réf. [12] est un essai biaxial (Fig. 2) réalisé sur un maté- riau constitué de cylindres de bois dont le frottement in- terparticulaire a été mesuré expérimentalement (coefficient de frottement f = 0,53). On considère les cylindres comme quasi-indéformables (on prendra des raideurs aux contacts k n = k t = 10 8 N/m) et les parois comme parfaitement lisses (coefficient de frottement f w = 0). Les paramètres micro- mécaniques de contact utilisés sont listés dans le Tableau 1. Suite à la mesure à l’aide d’un stéréocomparateur de la po- sition de chaque cylindre, la géométrie de l’assemblage cor- respondant à la configuration initiale de l’échantillon sous

à la configuration initiale de l’échantillon sous Fig. 1. Loi de contact entre deux particules :

Fig. 1. Loi de contact entre deux particules : ressort de raideur k n sur la direction normale au contact, ressort de raideur k t et patin de coefficient de frottement (Coulomb) f sur la direction tangente au contact.

Fig. 1. Contact law between two grains: spring of stiffness k n along contact normal direction, spring of stiffness k t and slider of friction coefficient (Coulomb) f along contact shear direction.

coefficient (Coulomb) f along contact shear direction. Fig. 2. Essai de compression biaxiale à contrainte de

Fig. 2. Essai de compression biaxiale à contrainte de confinement constante.

Fig. 2. Biaxial compression test at constant confinement stress.

un état de contrainte isotrope a pu être reproduite par simu- lation. La comparaison des résultats de la simulation avec les résultats expérimentaux s’avère très satisfaisante aussi bien pour la courbe contrainte—déformation axiale (Fig. 3a) que pour la courbe déformation volumique—déformation axiale (Fig. 3b). Les défauts de régularité des courbes ci-dessus, notamment de la réponse expérimentale, sont dus à des réar- rangements brusque de la structure granulaire. On note une assez bonne correspondance à la fois dans la partie initiale du chargement, régie principalement par les paramètres élas- tiques, et dans la partie des grandes déformations après avoir atteint le seuil de résistance. En outre, le comportement de contractance–dilatance est très fidèlement reproduit, en par-

Tableau 1 Paramètres micromécaniques utilisés pour la simulation des cylindres de bois

 

Contact

Contact

particule/particule

particule/paroi

Rigidité

normale

k n = 10 8 N/m k t = 10 8 N/m f = 0,53

k nw = 10 8 N/m k tw = 10 8 N/m f w = 0

Rigidité

tangentielle

Coefficient de frottement

Rigidité tangentielle Coefficient de frottement (a) (b) Fig. 3. Comparaison entre simulation et expérience

(a)

Rigidité tangentielle Coefficient de frottement (a) (b) Fig. 3. Comparaison entre simulation et expérience

(b)

Fig. 3. Comparaison entre simulation et expérience (essai de cisaillement biaxial) : (a) courbe contrainte–déformation, (b) courbe de variation de volume.

Fig. 3. Comparison between simulation and experiment (biaxial shear test):

(a) stress–strain curve, (b) volumetric strain curve.

500

500 (a) S. Masson et al. / Mécanique & Industries 4 (2003) 497–504 (b) (c) Fig.

(a)

S. Masson et al. / Mécanique & Industries 4 (2003) 497–504

et al. / Mécanique & Industries 4 (2003) 497–504 (b) (c) Fig. 4. Réseau des forces

(b)

et al. / Mécanique & Industries 4 (2003) 497–504 (b) (c) Fig. 4. Réseau des forces

(c)

Fig. 4. Réseau des forces de contact dans un matériau granulaire au repos (chaque force de contact est représentée par un segment orienté suivant la direction du vecteur force et dont l’épaisseur est proportionnelle à l’intensité de la force) : (a) particules lisses et souples (k n = k t = 10 6 N/m, f = 0), (b) particules frottantes et souples (k n = k t = 10 6 N/m, f = 1), (c) particules frottantes et rigides (k n = k t = 10 8 N/m, f = 1).

Fig. 4. Contact force network in a granular material at rest (each contact force is represented by a segment whose direction corresponds to this of the force vector and whose thickness is proportional to the force magnitude): (a) smooth and soft particles (k n = k t = 10 6 N/m, f = 0), (b) rough and soft particles (k n = k t = 10 6 N/m, f = 1), (c) rough and hard particles (k n = k t = 10 8 N/m, f = 1).

ticulier en termes de seuil caractéristique de passage de l’un à l’autre [13].

3. Apports de la simulation numérique discrete

3.1. Homogénéisation : influence des paramètres micro sur

la réponse macro

On s’intéresse ici à l’effet couplé de la rigidité et du frot- tement des particules sur la transmission des efforts dus au poids propre au sein du matériau [4,5]. On considère un ré- servoir rectangulaire rempli de 10 000 particules mises en place par sédimentation. La représentation du réseau des forces de contact (Fig. 4) fournit de manière qualitative une vue globale de la transmission des efforts au sein du maté- riau granulaire. Elle nous renseigne en particulier sur l’hé- térogénéité et l’anisotropie statiques de celui-ci. Dans le cas des particules souples (k n = k t = 10 6 N/m), le frotte- ment interparticulaire (comparaison des Figs. 4a et 4b) ac- croît l’hétérogénéité locale de la transmission des efforts en diminuant la densité des chaînons mécaniquement ac- tifs, et conduit, grâce à l’obliquité potentielle importante des forces de contact, à une forte concentration des orien-

tations des efforts le long de la direction verticale, c’est-à- dire le long de la direction de la sollicitation. D’un autre

le long de la direction de la sollicitation. D’un autre Fig. 5. Cinématique de l’écoulement d’un

Fig. 5. Cinématique de l’écoulement d’un matériau granulaire dans un silo à fond plat.

Fig. 5. Granular material flow patterns in a flat-bottomed silo.

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côté, une plus grande rigidité des particules (comparaisons des Figs. 4b et 4c) se traduit à la fois par une augmentation de l’hétérogénéité des chaînons de forces de contact et par une plus grande isotropie de la transmission des efforts. Le matériau rigide (k n = k t = 10 8 N/m) présente une impor- tante hétérogénéité des forces de contact associée à la for- mation de voûtes de faibles portées (quelques particules). L’anisotropie de transmission des efforts provoquée par le frottement interparticulaire pour un matériau constitué de particules souples n’est pas retrouvée en présence de par- ticules rigides. Au contraire, les voûtes favorisent la pous- sée horizontale au sein du matériau et ainsi confèrent un caractère globalement plus isotrope aux efforts macrosco- piques.

3.2. Modélisation des cinématiques complexes :

écoulements de silos

La simulation numérique discrète permet de modéliser simplement des cinématiques complexes telles que les écou- lements de silos [4–6]. Si dans la partie supérieure d’un silo en écoulement, le champ de vitesses est relativement uni-

forme, la partie située au-dessus de l’orifice est le siège de grandes déformations de cisaillement. Dans le cas d’un silo à fond plat, les particules convergent vers l’orifice définissant des frontières d’écoulement le long desquelles le matériau frotte sur les zones stagnantes présentes de part et d’autre (Fig. 5). Pour une telle géométrie de silo, la Fig. 6 présente des incréments de déformation de cisaillement obtenus dans la partie inférieure du silo au cours de la vidange dans le cas d’un modèle de contact élasto-plastique comme décrit dans la Section 2 (Fig. 6a) et dans le cas d’un modèle de contact incluant en plus une résistance au roulement [14] (Fig. 6b). Les incréments de déformation sont calculés par homogénéisation dans des cercles dont le diamètre est égal à 5 fois le diamètre moyen des particules suivant l’expres- sion des déformations lagrangiennes moyennes proposée par Oda et Iwashita [15]. Si la forme parabolique de la frontière d’écoulement constatée dans le premier cas est tout à fait en accord avec des observations expérimentales d’écoulements de billes de verre, la prise en compte d’une résistance au roulement conduit à la formation de bandes de cisaillement transverses en forme d’arc similaires à celles observées ex- périmentalement dans les écoulements de sable [16].

ex- périmentalement dans les écoulements de sable [16]. (a) (b) Fig. 6. Déformations de cisaillement dans
ex- périmentalement dans les écoulements de sable [16]. (a) (b) Fig. 6. Déformations de cisaillement dans

(a)

périmentalement dans les écoulements de sable [16]. (a) (b) Fig. 6. Déformations de cisaillement dans la

(b)

Fig. 6. Déformations de cisaillement dans la partie inférieure d’un silo à fond plat (les incréments de déformation sont calculés par homogénéisation dans des zones circulaires centrées sur chaque particule et représentés par la coloration des particules en niveaux de gris pour les incréments compris entre 0 et ε˙ lim et en noir pour les incréments supérieurs à ε˙ lim ) : (a) loi de contact sans résistance au roulement, (b) loi de contact avec résistance au roulement.

Fig. 6. Shear strains in the lower part of a flat-bottomed silo (strain increments are computed by homogenisation within circular zones centred in each particle and represented by particle coloring in grey level for increments ranging from 0 to ε˙ lim and in black for increments superior to ε˙ lim ): (a) contact law without rolling resistance, (b) contact law with rolling resistance.

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3.3. Couches minces : étude de l’interface sol-structure

Compte-tenu de la faible épaisseur des couches de ma- tériau concernées par le cisaillement au niveau d’une pa- roi, la simulation numérique discrète s’avère être un outil pertinent en vue de l’analyse du cisaillement de l’interface sol-structure. On considère ici la modélisation d’un essai de cisaillement direct entre un matériau granulaire et une plaque constituée de particules circulaires contiguës en dé- placement horizontal à la vitesse de 5 mm/s (Fig. 7) [7]. Le champ des vitesses instantanées (Fig. 8) fournit une infor- mation qualitative globale de la cinématique au sein de la boîte de cisaillement. Sur la hauteur, on distingue, à proxi- mité immédiate de la plaque, une couche mince perturbée par le déplacement de celle-ci et un bloc supérieur en ascen- sion sous l’effet de la dilatance provoquée par le cisaille-

sous l’effet de la dilatance provoquée par le cisaille- Fig. 7. Simulation numérique discrète d’un essai

Fig. 7. Simulation numérique discrète d’un essai de cisaillement direct entre un matériau granulaire et une plaque rugueuse.

Fig. 7. Discrete numerical simulation of a direct shear test between a granular material and a rough plate.

ment. Les irrégularités et certaines fortes valeurs des vi- tesses particulaires au voisinage de l’interface correspondent à des instabilités locales transitoires. L’analyse des déplace- ments et des rotations (Fig. 9) des particules permet de loca- liser une bande de cisaillement dont l’épaisseur, de l’ordre de cinq fois le diamètre maximum des particules consti- tuant l’échantillon, semble indépendante de la rugosité re- lative r de l’interface. L’influence de celle-ci sur l’obliquité macroscopique δ (Fig. 10) permet de distinguer les inter- faces partiellement rugueuses (pour lesquelles δ<ϕ) des interfaces parfaitement rugueuses (pour lesquelles δ = ϕ), ϕ étant l’angle de frottement macroscopique du matériau gra- nulaire.

4. Conclusions

La simulation numérique discrète, en considérant le mi- lieu à l’échelle du grain, permet une description plus phy- sique du matériau granulaire basée sur des paramètres ca- ractérisant les grains et leurs contacts mutuels. Cette mé- thode est, en outre, directement applicable à des cinéma- tiques complexes incluant les grandes déformations et par- ticulièrement bien adaptée à la modélisation des couches minces de matériau granulaire. Une fois la méthode vali- dée sur un cas de référence, elle constitue un soutien à l’expérimentation en fournissant de plus des informations difficilement accessibles expérimentalement comme le ré- seau des forces de contact ou encore les déplacements et les rotations de tous les grains. Bien que volontairement limitée ici à des milieux pulvérulents, l’approche discrète

ici à des milieux pulvérulents, l’approche discrète Fig. 8. Champ des vitesses instantanées des particules au

Fig. 8. Champ des vitesses instantanées des particules au cours du cisaillement (v max = 6 mm/s).

Fig. 8. Particle instantaneous velocity field during shearing (v max = 6 mm/s).

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et al. / Mécanique & Industries 4 (2003) 497–504 (a) (b) 503 Fig. 9. Analyse de

(a)

et al. / Mécanique & Industries 4 (2003) 497–504 (a) (b) 503 Fig. 9. Analyse de

(b)

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Fig. 9. Analyse de la cinématique au sein de la boîte de cisaillement (r est la rugosité relative de l’interface correspondant au rapport entre le diamètre des particules constitutives de la plaque et le diamètre maximal des particules du matériau) : (a) profil vertical des déplacements horizontaux des particules, (b) profils verticaux des rotations des particules (u est le déplacement horizontal de la plaque, u m est le déplacement horizontal moyen par couche, θ m est la rotation moyenne par couche, R 50 est le diamètre moyen des particules).

Fig. 9. Analysis of kinematics within the shear box (r is the interface relative roughness corresponding to the ratio between the diameter of the particles forming the plate and the maximal particle diameter of the material): (a) vertical profile of particle horizontal displacements, (b) vertical profile of particle rotations (u is the plate horizontal displacement, u m is the average horizontal displacement per layer, θ m is the average rotation per layer, R 50 is the mean particle diameter).

per layer, R 5 0 is the mean particle diameter). Fig. 10. Relation entre les angles

Fig. 10. Relation entre les angles de frottement macroscopiques à l’interface (δ pic et δ res ) et la rugosité relative r de celle-ci (ϕ pic et ϕ res sont les angles de frottement macroscopique au pic et résiduel du matériau, ψ est l’angle de frottement microscopique entre les particules du matériau et les particules de la plaque).

Fig. 10. Relation between interfacial macroscopic friction angles (δ pic and

roughness r (ϕ pic and ϕ res are macroscopic peak

δ res ) and interface relative

and residual friction angles of the material, ψ is the microscopic friction angle between material particles and plate particles).

peut être étendue à des matériaux cohésifs par l’introduc- tion d’une adhésion au contact interparticulaire. Des travaux récents [17,18] ont mis en évidence les potentialités de la méthode dans ce domaine et une étude est en cours au la- boratoire sur le comportement des matériaux de chaussée liés.

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