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Conseils pour l’exercice de la dissertation

Commençons tout d’abord par la structure générale d’une dissertation. Il


est impératif qu'un devoir de dissertation comporte une introduction, un
développement et une conclusion. Ce sont trois temps de l’exercice qu'il
faut faire ressortir comme déterminants de la réflexion. L’absence d’un ou
de plusieurs de ces temps entraînera certainement une sanction.
L’idée majeure, c’est qu’il faut que vous saisissiez ce qu’exige l’exercice
de la dissertation en sociologie et en sociologie politique. Cela ne signifie
pas que ce dernier déroge aux règles générales de la dissertation, mais
qu’en matière de réflexion sociologique, il y a des impératifs que vous
devez respecter d’autant plus :
-Tout d’abord, évitez les expressions soit banales et consensuelles (du
style, en introduction « de tout temps, les hommes ont dû… », ou encore
« depuis la nuit des temps, toutes les sociétés… ») ; soit normatives (les
tournures « il faut que » et autres ne sont pas vraiment recommandées,
l’on attend de votre réflexion une approche plus progressive, et surtout
davantage argumentée qu’une simple agrégation d’opinions,
d’affirmations ou d’injonctions.
-D’où le deuxième point : vous êtes libres (enfin, dans les limites de la
raison humaine) d’exposer vos idées et opinions, mais avec la condition
sine qua non que vous la justifiez et/ou (mais c’est mieux les deux) que
vous apportiez une illustration ou un exemple qui appuie votre thèse ou
votre postulat de départ. Tout argument non justifié ni illustré sera
considéré comme sociologiquement nul, c’est-à-dire non recevable.
- N’oubliez pas que vous ne devez pas fonctionner sur le mode du « sous-
entendu », le correcteur n’est pas censé savoir ce que vous cherchez à
démontrer, ni quelles sources vous allez mobilisez pour appuyer votre
argumentation. Vous devez constamment appuyer votre argumentation
d’éléments clairs, plausibles et dénués de jugements de valeur personnels
s’ils ne sont pas justifiés.
- Réflexion sociologique ne signifie pas « aride » et non littéraire : soignez
votre rédaction et ne faites pas l’impasse sur la relecture, afin de ne pas
surenchérir en termes de fautes d’orthographe, car cela finit par énerver
le correcteur. N’oubliez pas que lorsque que vous commencez une phrase
et que vous la terminez par un point, il est souvent indispensable qu’elle
comporte un verbe actif conjugué (à moins que vous ne maîtrisiez
parfaitement le style journalistique du Canard Enchaîné, ce qui est peu
probable), sinon votre phrase ne ressemble à rien, comme si vous aviez
planté un point à un endroit où cela ne correspond pas, et dans ce cas
vous donnez l’impression de vouloir désolidariser l’expression principale
de la subordonnée.

« Sur les deux dissertations déjà quelques mots :


Quelque chose de concis, avec un problématique, un plan. Pas la peine de
faire 30 pages, de partir dans des intro ou des parties historiques avec
15000 dates et de nous perdre. On a pas besoin d’un cours d’histoire, on a
besoin que vous produisiez une réflexion sur les sujets…
Intérêt :
Une problématique
Faire un plan, pas de plan catalogue je répète…
Travail sur les titres, maquiller le fait que bon nombre d’entre vous écrira
la même chose dans les sous parties au niveau du fond, donc travailler la
forme, les bons titres font la différence et peuvent même sauver les
meubles sur un manque de matière…
Sur un point précis qui s’intégrera dans le cours presque magistral que je
donnerai

Cours ne peut ne pas suffir, il faut aussi suivre l’actualité, non seulement
pour sentir les sujets qui peuvent tomber car les prof créer les sujets en
rapport avec les préoccupations du moment, mais aussi pour pouvoir
toujours savoir quoi mettre, une petite anecdote, des exemples à l’appui
de votre argumentation … », Mayance (Pierre).

Ainsi, voici les conseils de mademoiselle Aude Soubiron :


« La dissertation : Méthodologie »

I Introduction

L’introduction comprend trois parties. Elle prend une forme en pyramide


inversée, c’est-à-dire que l’on part de questionnements larges pour aller
vers une problématique plus resserrée. C’est un panneau d’affichage, sur
lequel on peut mettre n’importe quoi dessus, mais pas n’importe quelle
punaise.
L’essentiel est dans l’intro. Pourquoi ? Parce les professeurs lisent parfois
votre dissertation en diagonale, et apportent une grande importance à
l’introduction censée condenser votre argumentation.
1/ L’accroche d’un devoir est très importante.
La première phrase doit donner envie de lire votre développement. Un peu
comme un article de journal, il faut brancher le correcteur pour le faire
rentrer dans le sujet d’une manière originale. C’est un peu le seul lieu où
vous pouvez vous montrer vraiment original avec la seconde partie de
votre conclusion (élargissement).
Concrètement l’accroche peut-être une citation, une anecdote à portée
politique ou philosophique, un fait récent que vous trouvez marquant. Vous
pouvez vous Constituer un stock de citations, même s’il y a un risque de
superficialité. Ne pas commencer par la question qui vous est posée ou
par des formules comme « de tout temps l’homme a été... ».
2/ Définir les termes du sujet.
Vous devez-vous demander comment définir les termes du sujet. Qu’est-ce
que cela veut dire ? Vous devez définir quel sens vous lui donnez et l’écrire
en toute lettre, afin qu’il n’y ait pas de malentendu entre vous et le
correcteur. « Par tel mot, nous entendrons... »
Vous devez tenter de comprendre les mots de liaison, l’articulation entre
les termes et l’expliciter au travers des définitions que vous donnez aux
termes du sujet.
Vous devez chercher à mobiliser des domaines de connaissances. Est-ce
que les termes appellent, éveillent chez vous des théories ? Si oui
lesquelles.
3/ Elaborer une batterie de questions, puis y répondre partiellement
Vous devez commencer à élaborer une batterie de questions autour des
définitions, puis du sujet en général pour le prendre dans le sens le plus
large possible.

Quel sens à ce mot ? Quelles définition(s) peut on lui donner ? Est-ce qu’il
y a d’autres définitions possibles ? Existe-il des limites à cette définition ?
Est-ce partout le cas ? En a t-il toujours été ainsi ?

ex : Pour un sujet comme « la démocratie représentative est-elle vraiment


représentative ? »

Qu’est-ce que la démocratie ?


Qu’est-ce que la démocratie représentative ?
Qu’est-ce que la représentativité ?
Représentativité et représentation, est-ce pareil ?
Est-ce que la représentation et la démocratie sont compatibles ?
S’opposent-elles et si oui pourquoi ?
Existe-il des limites à la représentativité ?
A quand peut-on dater approximativement cette construction sociale de la
représentativité ?
Est-ce que la représentativité a toujours existé ? Et partout ?

Vous devez questionner la pertinence du sujet dans le temps et l’espace.


Chercher des contre-exemples.
Une fois posée votre liste de questions, il va falloir esquisser des réponses,
points par points et arriver à des réponses un peu plus larges comme par
exemple : « La démocratie, c’est le plus mauvais système à l’exception de
tous les autres », ou « la démocratie est un régime bourgeois mis en place
pour désarmer les classes laborieuses ».
Essayer alors d’organiser, de mettre en ordre les théories auquel le sujet
se rapporte. Retrouver des noms d’auteurs, leurs écoles de pensée, et les
dates de production. Soyez le plus précis et le plus exact possible sur les
théories et les dates.
Vous devez à ce stade en ramassant vos réponses, tenter de structurer
deux, trois hypothèses que vous pouvez présenter sur le mode de
questions.
4/ Problématique
C’est « ce qui fait problème ». C’est la ligne directrice de votre devoir.
Un sujet de dissertation peut être conçu comme un prétexte, un jeu de
cache-cache avec le correcteur. Vous devez trouver les grandes idées,
théories, que le correcteur vous demande de maîtriser et d’opposer, de
confronter, de dépasser.
La problématique est composée de deux éléments :
a/ La question à laquelle vous allez tenter de répondre. Il ne s’agît pas de
la simple reprise au sens strict de la question qui vous a été posée, mais
de sa reformulation issue de vos questionnements, réponses partielles
issues de la « batterie de questions ».
Vous pouvez positionner votre sujet à l’endroit où vous le souhaitez, du
moment que vous légitimiez votre démarche, que vous expliquiez
pourquoi vous pensez que la question à traiter prend telle forme et pas
telle autre : en somme, votre positionnement doit être explicité.

b/ Une ligne directrice, une manière de répondre à cette question posée.


Votre problématique doit tenter de répondre à certaines hypothèses que
vous avez dégagées plus haut. Elle peut prendre la forme d’une question,
mais dans ce cas il s’agit d’un questionnement orienté.
ex : La démocratie représentative n’est-elle pas un moyen commode de
faciliter la dépossession politique des citoyens au profit d’une classe
politique ?
Dans quelle mesure... ?
Mais, elle peut être sur un mode affirmatif, plus volontaire du type de :
« voilà ce qui pour nous fait problème, nous pose question... et voilà
comment nous allons essayer d’y répondre ». Formulée sous l’aspect
d’une question ou plus affirmativement, vous devez assumer votre
démarche, votre problématique.
Problématique n’est pas le sujet : c’est comprendre le sujet, pourquoi on
vous le donne et comment le comprendre. Exemple : qu’est ce qui fait
courir un militant : simplement comment expliquer que certains
s’engagent et pas d’autres, ou autre possibilité par rapport à olson :
intérêt personnel ne suffit pas à expliquer l’engagement. Attention au hors
sujet : crise de l’engagement.
5/ Une annonce de plan.
Une phrase-annonce plan. Là, deux possibilités s’offrent à vous.
a/ Vous avez le style bulldozer, assez lourd à l’écrit, mais efficace à l’oral.
Dans une première partie, nous verrons que... Puis, dans une seconde
partie, nous analyserons
Exemple de plan :
« Dans un premier temps nous verrons que la démocratie représentative a
souvent été conçu comme une tentative de permettre la représentation
idéale de la volonté générale de tous les citoyens. Puis, dans un second
temps, nous verrons que la démocratie représentative ne permet pas une
représentation fidèle des citoyens, mais vise davantage à servir les
intérêts de la classe politique ».
b/ Sinon dans un style « plus chic », vous présentez vos parties et sous
parties dans l’ordre.
I a/, et b/, puis II a/ et b/ pour les relier, vous introduisez une idée de
nuance, d’opposition.
Un bon moyen est de débuter votre phrase par un « si » et de la relancer
par un « néanmoins ».
ex : « Si la démocratie représentative a connu son âge d’or en Grèce
antique et au travers de théories du XVIIIème siècle (Sieyès), elle n’en
reste pas moins un régime politique réservé à une élite politique qui
anéantit toute velléité de contestation sociale ».
ou : « Régime de référence en Grèce et depuis la Révolution française, la
démocratie représentative n’en est pas moins... »
c/ « Le nec plus ultra » : Vous pouvez faire encore « plus chic » en
inversant les deux sous-parties dans votre annonce de plan dans la
première partie. Sur le mode :
I b/, a/, II a/, b/
ex : « Edifiée au XVIIIème siècle par des théoriciens comme Sieyès,
fascinés par l’expérience de leurs ancêtres grecs, la démocratie
représentative... »

II Structure

Sur le mode de plan, vous pouvez opter pour des plans différents.
L’essentiel est qu’il découle de votre problématique puisque le plan n’est
qu’une armature de la ligne que vous donnez à votre sujet. Il doit
comprendre deux ou trois parties, elle même divisées en deux sous-
parties. Le tout devant être articulé et ne pas être une simple juxtaposition
d’idées déconnectées entre elles.

Vous pouvez choisir indifféremment divers plan :

Plan chronologique ou historique


Plan thématique
Plan binaire mais qui est souvent très bateau : oui/mais,
avantage/inconvénient, Permanences/mutations,
changements/continuités.

Votre plan doit comprendre une thèse, une antithèse et une synthèse qui
ne se contente pas de donner une version tiède du débat mais qui
s’efforce de le dépasser réellement en reposant une autre question
beaucoup plus « large » et « fine » que celle du départ.

Plan thèse/ antithèse.


ex sur un devoir de philosophie : Faut-il abolir la peine de mort ?

I/ Non, la peine de mort est légitime pour ceux qui fautent


II/ Mais, cela s’oppose aux droits de l’homme.

I/ thèse
II/ antithèse
III synthèse.

Le principe consiste dans la création de deux repoussoirs, deux positions


très opposées
Arguments pro peine de mort pour couper la tête des voleurs.
Autre côté, les angélistes qui pensent qu’il faut aimer son prochain et que
le monde est beau.
Au milieu, vous pouvez (mais ce n’est pas une obligation) ériger la
politique de Nicolas Sarkozy, en justesse et justice faite politique. En fait,
vous dépassez alors les deux positions (Pro/anti peine de mort), en
expliquant que le débat est mal posé, et qu’il faut le déplacer.
Vous pouvez utiliser une « botte secrète » : le débat sur le débat, même si
la ficelle est parfois un peu grosse.
« Est-ce que la question est bien posée ? Est-ce une question
fondamentale ? Quelles sont les arrières pensées du sujet ? »
Si vous prenez des pincettes, vous pouvez vous y risquer. Mais elle ne
dispense pas du tout de travailler le cours, de lire des textes... Au
contraire, il s’agit d’une technique destinée en priorité à quelqu’un qui
maîtrise les questions politiques. Comme au Tae Kwon Do, il vaut mieux
être ceinture noire, car le correcteur est supposé être (ou prétend être)
ceinture noire de sa matière.

Faute de débat sur le débat, il faut « prendre par la main » le correcteur


pour l’amener à partager du moins la validité de votre démonstration, si
ce n’est de vos opinions.

Les paragraphes :

Tous vos paragraphes doivent être construit comme suit :


idée/argument/exemple (s).
idée : Les grecs sont les inventeurs de la démocratie représentative
argument : la preuve, ils utilisaient le tirage au sort, la rotation des postes
administratifs et politiques. Donc il y avait ben une représentation de type
démocratique
ex : Chaque année, les Athéniens se réunissaient dans pour tirer au sort
les membres de la Boulé.

III Conclusion

Si vous n’avez pas le temps, rédigez là au pied levé. Le mieux est de la


pré-rédiger au moment où vous avez défini la problématique et le plan.
La conclusion récapitule : « Nous avons bien vu que... »

Elle élargit :
La question posée au départ, a donné lieu au cours de votre
développement à une réponse plus large. Au niveau de la conclusion, il
faut vous demander s’il existe t-il un problème d’arrivée encore plus large.
Pour autant, ne finissez pas sur une question ouverte et tout
particulièrement sur une question du type : « Mais y –a t-il une vie après la
mort ? »
Ex : sur la démocratie représentative. Que faire ? Exemple de démocratie
participative de Porto Allègre, de démocratie suisse dans les cantons avec
les votations, du recall aux Etats-Unis ? Vous pouvez finir sur l’idée de
chercher à savoir comment mettre en place pratiquement les conditions
sociales et politiques d’une « réelle » démocratie représentative.
Démocratie représentative est-elle vraiment démocratique ? On retourne
au fait pour se demander éventuellement que faire ?
On se rend alors compte de ses limites.
Faute d’un élargissement qui tienne la route, contenter vous du seul
rappel de votre démonstration. Mieux vaux parfois ne pas élargir,
qu’élargir à tout prix. »

Le recours à trois réflexions doctorantes différentes m’est utile pour vous


montrer que les règles énoncées ne sont pas les miennes, et d’ailleurs
qu’elles sont parfois mieux explicitées ailleurs. Faites bon usage de ces
conseils.
De ce fait, vous devriez être tous théoriquement en possession des
« armes » nécessaires pour la dissertation. Lisez-les, et faites-en bon
usage. Je vous rappelle que l’on ne vous demande pas de faire de
l’esbroufe normative, argumentez vos propos.