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Sous la direction de

Jean-Armand CALGARO et Jacques CORTADE

APPLICATIONS DE L’EUROCODE 2
Calcul des bâtiments en béton

2e édition
conforme aux normes
NF EN 1992-1-1, 1-2 et 1992-3
Sommaire

Préface.................................................................................................................. 7
R. BRÉHIER
Avant-propos........................................................................................................ 9
Y. MALIER
Chapitre 1. Eurocodes et projets de bâtiments en béton................................... 11
J.-A. CALGARO
Chapitre 2. L’Eurocode NF EN 1990 « Bases de calcul des structures » ........ 17
J.-A. CALGARO
Chapitre 3. L’Eurocode NF EN 1991 « Actions sur les structures »................ 33
J.-A. CALGARO
Chapitre 4. Introduction à l’Eurocode 2 ........................................................... 63
J. CORTADE
Chapitre 5. Calcul des structures en béton en situation d’incendie .................. 69
F. ROBERT, A. DE CHEFDEBIEN
Chapitre 6. Poteaux, instabilité......................................................................... 85
J.-M. JAEGER
Chapitre 7. Voiles de bâtiments...................................................................... 101
C. DOUHARD
Chapitre 8. Poutre isostatique en béton armé ................................................. 115
M. PRÉ
Chapitre 9. Poutre isostatique en béton précontraint ...................................... 131
B. LE TALLEC
Chapitre 10. Poutre continue en béton armé................................................... 141
J. L. TRINH, J. CORTADE
Chapitre 11. Dalles ........................................................................................ 159
J.-M. PAILLÉ, J.-M. TORRENTI
Chapitre 12. Méthode des bielles et tirants..................................................... 177
J.-L. BOSC
Chapitre 13. États limites de service. Étude d’un réservoir............................ 213
G. GRENIER, J. CORTADE

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APPLICATIONS DE L’EUROCODE 2

Chapitre 14. Ouvrages préfabriqués précontraints ......................................... 225


P. PASSEMAN
Chapitre 15. Étude d’un revêtement de tunnel
et d’une semelle filante sous voile en béton non armé ............................... 241
M. FACCENDA
Chapitre 16. Déformations gênées ................................................................. 251
C. CASANDJIAN, C. LANOS, G. CAUSSE
Annexe. Méthodes d’analyse........................................................................... 279
J. CORTADE, P. DEVILLERS
Table des matières............................................................................................ 299

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Préface

Les Eurocodes sont appelés à devenir le principal outil de conception des


structures de bâtiments et des ouvrages de génie civil. Ils sont constitués d’un en-
semble de normes fondées sur les mêmes concepts, les mêmes principes et des mé-
thodes de calcul homogènes, ce qui leur confère un rôle déterminant et bénéfique
pour l’essor de l’industrie européenne du bâtiment et des travaux publics.
À ce jour, les dix Eurocodes sont tous transposés en normes nationales.
L’année 2008 sera décisive pour leur mise en oeuvre effective. Au travers de re-
commandations et de textes d’ordre réglementaire, ils s’imposeront dans la pra-
tique. Ils sont l’illustration d’une nouvelle culture technique, moderne et
innovante.
L’Eurocode 2 permet de concevoir et de calculer les structures des construc-
tions en béton (bâtiments, ouvrages d’art, silos, réservoirs…) ou de vérifier les
propriétés mécaniques de composants préfabriqués en béton. Sa mise en oeuvre
contribuera à mieux utiliser le matériau béton et à optimiser et renforcer la durée
de vie des structures bâties.
Le présent ouvrage est le résultat d’un travail pédagogique, collectif et de
longue haleine, entrepris par l’École française du béton (EFB), en vue de faciliter
l’appropriation de cette norme par l’ensemble des acteurs de la construction. Il
s’inscrit dans une démarche de collaboration fructueuse entre secteur public et
privé, entreprises et monde académique.
Au moment où l’Eurocode 2 entre dans sa phase d’application, il était im-
portant de diffuser une nouvelle version, complétée et actualisée, du « livre
d’exercices » paru en juin 2005, qui tienne compte notamment des annexes natio-
nales définissant les conditions spécifiques de son application sur le territoire
français. Je félicite l’EFB pour son initiative et remercie bien vivement Jean-Ar-
mand Calgaro et Jacques Cortade d’avoir accepté de reprendre le harnais pour
mettre à jour cet ouvrage essentiel.
Cet ouvrage s’inscrit dans une démarche plus large d’accompagnement au
niveau national, avec la mise au point du site d’autoformation BA-CORTEX, sou-
tenu également par l’EFB et le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Re-
cherche. De son côté, le SETRA met la dernière main à la rédaction d’un guide
méthodologique pour l’application de l’Eurocode 2 dans le domaine des ponts en
béton, à paraître prochainement.

7
APPLICATIONS DE L’EUROCODE 2

Enfin, je rappelle que la direction de la Recherche et de l’Animation scien-


tifique et technique a toujours apporté son soutien à l’action constructive de
l’EFB, depuis sa création à l’initiative d’Yves Malier. Je suis très attachée, en
tant que membre du conseil d’administration de cette Fondation d’entreprises, à
poursuivre cette fructueuse collaboration.

Régine BRÉHIER
directrice de la Recherche
et de l’Animation scientifique et technique

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Avant-propos

Initiée par les cimentiers français, la Fondation « École française du béton »


(www.efbeton.fr) est une structure de réflexions et d’actions regroupant nombre
des meilleurs experts français de la construction en béton, qu’ils soient maîtres
d’ouvrages, maîtres d’œuvre, architectes, entrepreneurs, industriels du béton,
contrôleurs, enseignants ou chercheurs. Un des objectifs majeurs de l’École fran-
çaise du béton est d’aider à la diffusion des produits de la recherche et des produits
de l’innovation auprès de tous les acteurs de la construction en béton après que
ces produits aient reçu une longue et indiscutable validation effectuée en dimen-
sions et conditions réelles.
L’objectif de diffusion des produits de la recherche et des produits de l’innovation
inclut, pour les responsables de l’EFB, l’explication des grands textes relatifs à de
nouvelles réglementations.
Aussi, dès que la rédaction de l’Eurocode 2 s’est approchée de sa version défini-
tive, j’ai proposé, en 1999, à J.-A. Calgaro, dont l’expertise est internationalement
reconnue et à J. Cortade, président de la Commission BAEL-BPEL, tous les deux
membres très actifs de l’EFB, de réaliser, avec tout un panel d’experts, un « livre
d’exercices » destiné à faciliter l’emploi de l’Eurocode 2. Dans un premier temps,
ce livre était destiné aussi à apporter notre contribution à la réalisation des an-
nexes nationales par la réflexion de notre groupe de travail représentatif de tous
les calculateurs d’ouvrages en béton.
La publication de l’Annexe nationale qui définit les conditions de l’application
sur le territoire français de l’Eurocode 2 nous a incité à réviser la première version
de cet ouvrage afin d’intégrer cette évolution.
Cet avant-propos est peut être le lieu pour rappeler l’objectif de la directive euro-
péenne de 1989 (en fait, 21 décembre 1988), objectif qui, en quelque sorte, est le
« complément amont » de certains des objectifs de l’EFB : créer les conditions
d’une harmonisation des réglementations applicables au secteur de la construc-
tion, viser à éliminer les entraves techniques à la libre circulation des produits et
assurer la transparence des marchés.
Au plan pédagogique, cet ouvrage relatif à l’Eurocode 2 a été conçu pour aider les
étudiants ingénieurs et techniciens supérieurs en formation initiale. Il a été aussi
conçu pour être un support aux actions de formation continue que l’EFB, en par-

9
APPLICATIONS DE L’EUROCODE 2

tenariat avec les organisations professionnelles, avec les administrations et, bien
sûr, avec les écoles et les universités, ne manquera pas de monter ou de parrainer.
Il constituera aussi un complément utile au site d’autoformation à l’Eurocode 2
BA-CORTEX soutenu par le consortium UNIT (Université Numérique Ingénie-
rie et Technologie) et qui associe, sous l’égide de l’EFB, tous les acteurs publics
et privés de la formation supérieure en sciences de l’ingénieur et technologie.
Enfin, au nom de tous ceux qui contribuent, quelles que soient leurs fonctions, à
l’acte de construire, je veux exprimer les plus chaleureux remerciements à Jean-
Armand Calgaro, à Jacques Cortade et à tous ceux qui, en plus de leur travail très
lourd et, bénévolement, ont accepté de sacrifier bien des week-ends à la réalisa-
tion de nombreux calculs préliminaires qui ont conduit à ces exercices. Je souhai-
te que leur famille ne tienne pas trop rigueur à notre fondation pour tout ce temps
volé sur leurs loisirs !
Pr Yves MALIER
Académie des technologies
Président d’honneur de l’École française du béton

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CHAPITRE 1

Eurocodes et projets de bâtiments


en béton

Jean-Armand CALGARO

La première directive européenne sur les marchés publics de travaux fut publiée
en 1971, mais sa mise en application, en ce qui concerne les règles de calcul, se
révéla pratiquement impossible, en particulier à cause d’une disposition interdi-
sant, lors d’un appel d’offres, d’écarter une proposition pour le simple motif
qu’elle aurait été basée sur une méthode de calcul admise dans la réglementation
d’un pays différent de celui dans lequel se déroulait l’appel d’offres. Il fut donc
décidé, dès 1976, d’entreprendre la rédaction de codes de conception et de calcul
européens, fondés sur les travaux d’associations scientifiques internationales, et
constituant une base reconnue pour le jugement d’appels d’offres.
Au début des années 80, les premiers textes furent publiés, à titre provisoire, sous
l’égide de la Commission: on les appela, dès cette époque, « Eurocodes ». Ils fu-
rent ensuite l’objet de longues enquêtes internationales qui arrivèrent à leur terme
pratiquement au moment où fut signé l’Acte unique européen (1986) dont l’objet
était de modifier et compléter le traité de Rome, en particulier en affinant les pro-
cédures de décision (vote à la majorité qualifiée). Les directives communautaires
ne s’attachèrent alors qu’à définir des exigences essentielles en laissant le soin à
des organismes reconnus d’établir des normes en conformité avec les dites exi-

11
APPLICATIONS DE L’EUROCODE 2

gences. Une de ces directives, publiée en 1989, concernait directement les pro-
duits de construction (89/106/CEE). C’est à cette directive que les Eurocodes
furent rattachés. Le Comité européen de normalisation (CEN) fut chargé, en 1990,
de transformer les Eurocodes de première génération en normes européennes et
les publier progressivement d’abord en tant que normes provisoires (ENV) puis
en tant que normes définitives (EN).
Dans la préface de chaque Eurocode, il est rappelé que les États membres de l’UE
(Union européenne) et de l’AELE (Association européenne de libre-échange) les
reconnaissent en tant que documents de référence pour les usages suivants:
– comme moyen de prouver la conformité des bâtiments et des ouvrages de
génie civil aux exigences essentielles de la directive 89/106/CEE, en particulier à
l’exigence essentielle n° 1 – Stabilité et résistance mécanique – et à l’exigence
essentielle n° 2 – Sécurité en cas d’incendie;
– comme base de spécification des contrats pour les travaux de construction et
les services techniques associés;
– comme cadre d’établissement de spécifications techniques harmonisées pour
les produits de construction (EN et ATE: Euronormes et Agréments techniques
européens).
Les Eurocodes ont donc été élaborés dans le but de favoriser le développement du
marché unique pour les produits et les services d’ingénierie, en supprimant les
obstacles dus à des pratiques nationales codifiées différentes pour l’évaluation de
la fiabilité structurale, et améliorer la compétitivité de l’industrie européenne de
la construction ainsi que des professions et industries connexes dans les pays si-
tués en dehors de l’Union européenne.
Les Eurocodes forment dix groupes de textes (Tableau 1.1) couvrant les aspects
techniques du calcul structural et du calcul au feu des bâtiments et des ouvrages
de génie civil.
Tableau 1.1. Les Eurocodes.
EN 1990 Eurocode: Bases de calcul des structures
EN 1991 Eurocode 1: Actions sur les structures
EN 1992 Eurocode 2: Calcul des structures en béton
EN 1993 Eurocode 3: Calcul des structures en acier
EN 1994 Eurocode 4: Calcul des structures mixtes acier-béton
EN 1995 Eurocode 5: Calcul des structures en bois
EN 1996 Eurocode 6: Calcul des structures en maçonnerie
EN 1997 Eurocode 7: Calcul géotechnique
EN 1998 Eurocode 8: Calcul des structures pour leur résistance au séisme
EN 1999 Eurocode 9: Calcul des structures en aluminium

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Eurocodes et projets de bâtiments en béton

Comme il l’est rappelé dans la préface de tous les Eurocodes, ces derniers ne sont
pas censés couvrir la conception et le calcul des ouvrages de taille ou de forme
exceptionnelles (barrages, centrales nucléaires, etc.) ou de constructions utilisant
des matériaux nouveaux. Ils ne sont pas non plus destinés à l’évaluation des
ouvrages existants et ne fournissent pas de règles de justification pour les renfor-
cements, les réparations (sauf dans le cas des bâtiments en zone sismique) ou en
cas de modification des conditions d’exploitation d’un ouvrage. Cependant, les
principes de l’Eurocode EN 1990 « Bases de calcul des structures » sont applica-
bles pour l’évaluation structurale de constructions existantes en vue de projeter
des réparations et des modifications ou d’étudier des changements d’utilisation,
ainsi que pour le calcul de structures dans lesquelles interviennent des matériaux
ou des actions non couverts par les Eurocodes En 1991 à EN 1999. Les Euroco-
des ont donc été rédigés sans ignorer les besoins de certaines autorités publiques
et dans le souci de pouvoir les compléter, en temps opportun, par des textes euro-
péens. Une fois mis à disposition par le CEN, les organisme nationaux de norma-
lisation doivent les transposer en normes nationales en les dotant:
– d’une page de titre nationale;
– d’un avant-propos national;
– et, éventuellement, d’une annexe nationale.
Ainsi, ce ne sont pas les Eurocodes au sens européen du terme qui s’appliquent
dans les différents États membres de l’Union européenne, mais des normes natio-
nales transposant les Eurocodes. En France, ces normes nationales, diffusées par
l’AFNOR, sont identifiées par l’appellation NF EN. Elles sont, pour la plupart,
dotées d’une annexe nationale, identifiée par les lettres NA suivant la même ap-
pellation. Par exemple, la partie « p » de l’Eurocode « n » est l’objet, en France,
de la norme « NF EN 199n-p », et son annexe nationale est une norme française
distincte, appelée « NF EN 199n-p/NA ».
L’annexe nationale peut seulement contenir des informations sur les paramètres
laissés en attente dans l’Eurocode pour choix national, sous la désignation de pa-
ramètres déterminés au niveau national (en anglais, Nationally Determined Para-
meters – NDP), à utiliser pour les projets de bâtiments et ouvrages de génie civil
à construire dans le pays concerné; il s’agit:
– de valeurs et/ou des classes là où des alternatives figurent dans l’Eurocode;
– de valeurs à utiliser là où seul un symbole est donné dans l’Eurocode ;
– de données propres à un pays (géographiques, climatiques, etc.), par exemple
carte de neige;
– de la procédure à utiliser là où des procédures alternatives sont données dans
l’Eurocode.
Elle peut aussi contenir:

13
APPLICATIONS DE L’EUROCODE 2

– des décisions sur l’usage des annexes informatives;


– des références à des informations complémentaires non contradictoires pour
aider l’utilisateur à appliquer l’Eurocode.
La figure 1.1 illustre la transposition de la norme européenne EN 199n-p (Euro-
code n, parte p) en norme française NF6EN 199n-p, éventuellement accompagnée
de son annexe nationale NF EN 199n-p/NA.

Ɣ7H[WHQRUPDWLI
1RWHVRXYHUWHVjGHVFKRL[ 1'3V
Norme EN 199n-p Ɣ$QQH[HVQRUPDWLYHV
1RWHVRXYHUWHVjGHVFKRL[ 1'3V
Ɣ$QQH[HVLQIRUPDWLYHV

Norme NF EN 199n-p
+
Ɣ&KRL[QDWLRQDX[ 1'3V
Ɣ7UDLUHPHQWGHVDQQH[HVLQIRUPDWLYHV
Norme NF EN 199n-p/NA

'RFXPHQWDWLRQQDWLRQDOH

Figure 1.1. Transposition des Eurocodes en normes nationales.

Les normes Eurocodes applicables à la conception et au calcul des bâtiments en


béton sont indiqués dans le tableau 1.2.

Tableau 1.2. Calcul des bâtiments en béton avec les Eurocodes.

Texte de référence
Détermination des actions et formation des combinaisons d’actions
Poids volumiques, poids propres et chargesd’exploitation des
NF EN 1991-1-1
bâtiments
Actions sur les structures exposées au feu NF EN 1991-1-2
Charges de neige NF EN 1991-1-3
Actions du vent NF EN 1991-1-4
Actions thermiques NF EN 1991-1-5
Actions en cours de construction NF EN 1991-1-6
Actions accidentelles NF EN 1991-1-7
Combinaisons d’actions NF EN 1990 + Annexe A1

14
Eurocodes et projets de bâtiments en béton

Calcul de la structure en béton


Règles générales et règles pour les bâtiments NF EN 1992-1-1
Calcul du comportement au feu NF EN 1992-1-2
Calcul des fondations
Règles générales* NF EN 1997-1 + EN 1992-1-1
Calcul des constructions en zone sismique
Règles générales, actions sismiques et règles pour les bâtiments NF EN 1998-1
Évaluation et renforcement des bâtiments NF EN 1998-3
Fondations, ouvrages de soutènement et aspects géotechniques NF EN 1998-5
* L’Eurocode 7 est prévu pour être complété par les normes nationales.

Les Eurocodes constituent un ensemble cohérent de textes fondés sur les concepts
semi-probabilistes de sécurité des constructions et adoptent un format de justifi-
cation unifié pour tous les ouvrages. Ce format fut proposé et adopté, il y a plu-
sieurs dizaines d’années, par les associations scientifiques et techniques
internationales (Comité euro-international du béton, Convention européenne de la
construction métallique, JCSS1, etc.).
Tous les Eurocodes EN sont publiés par le CEN. Leur transposition en normes na-
tionales dans les divers États membres de l’Union européenne entraînera, à brève
échéance, le retrait progressif des textes nationaux couvrant le même domaine
d’application. À la fin de ce processus, la référence technique et commerciale du
génie civil sera entièrement européenne: des centaines de produits de la construc-
tion recevront le marquage « CE » sur la base d’essais ou de justifications s’ap-
puyant sur les Eurocodes, et l’ingénierie devra naviguer à travers une jungle de
normes de matériaux, de produits, d’exécution et d’essais.
Le passage à la normalisation européenne en matière de conception et de calcul
des constructions est à la fois une révolution culturelle et un défi pour tous les in-
génieurs qui devront, désormais, mieux connaître les fondements de leur art, afin
de l’exercer avec une plus grande responsabilité. Cela suppose une volonté forte
de formation : des actions au niveau national ont été engagées pour permettre à
tous les acteurs de la construction : enseignants, chercheurs, professionnels, de re-
cevoir et de disséminer la nouvelle culture technique.
Le présent livre offre un recueil d’applications de l’Eurocode 2, dans sa version
nationale NF EN, tenant compte également de son annexe nationale, au calcul de
structures de bâtiments. Il constitue une aide majeure et efficace au développe-
ment des actions de formation dans le domaine du béton armé et précontraint.

1. Joint Committee for Structural Safety.

15
CHAPITRE 2

L’Eurocode NF EN 1990
« Bases de calcul des structures »

Jean-Armand CALGARO

Le calcul d’une construction a pour objet de vérifier que son dimensionnement lui
garantit le niveau de fiabilité initial requis, ainsi que son évolution dans le temps,
compte tenu de la qualité exigée des matériaux qui seront utilisés et du niveau de
contrôle prévu lors de son projet et de son exécution.
Les Eurocodes sont basés sur la méthode des coefficients partiels (ou encore mé-
thode semi-probabiliste), telle que décrite dans l’Eurocode NF EN 1990 « Bases
de calcul des structures ». Cette méthode introduit la sécurité:
– par un choix judicieux des valeurs représentatives des diverses grandeurs aléa-
toires (actions et résistances), c’est-à-dire un choix tenant compte de la disper-
sion reconnue par les statistiques existantes, ou basées sur les règles
d’acceptation et de contrôle des produits à utiliser ;
– au moyen de coefficients partiels appliqués aux actions et aux résistances,
choisis et répartis au mieux en tenant compte de la pratique antérieure et de cal-
culs probabilistes menés dans des cas particuliers;
– par l’intermédiaire de marges plus ou moins apparentes dans les divers modè-
les (et équations correspondantes) utilisés pour faire les calculs de vérification.

17
APPLICATIONS DE L’EUROCODE 2

L’Eurocode EN 1990 est prévu pour être employé conjointement avec les autres
Eurocodes et se compose actuellement:
– d’un texte principal, pratiquement dépourvu de toute valeur numérique;
– de deux annexes normatives notées A1 et A21, permettant de former les com-
binaisons d’actions pratiques respectivement pour les bâtiments et pour les
ponts. D’autres annexes de la même « série » viendront compléter cet Eurocode
pour d’autres types d’ouvrages, ultérieurement;
– de trois annexes informatives (B, C et D): l’annexe B propose un cadre et des
méthodes pour différencier la fiabilité des constructions en fonction de critères
socio-économiques; l’annexe C donne les bases numériques des coefficients par-
tiels et d’une possible approche probabiliste; enfin, l’annexe D définit une procé-
dure mathématique rigoureuse de détermination des valeurs caractéristiques ou
des valeurs de calcul, applicable en cas de recours au calcul assisté par l’expéri-
mentation.
L’Eurocode NF EN 1990 développe de nombreux aspects de la conception et du
dimensionnement des constructions : exigences fondamentales, différenciation de
la fiabilité, durée d’utilisation de projet (50 ans pour les bâtiments courants), du-
rabilité, gestion de la qualité, etc. Le présent chapitre se borne à décrire les aspects
techniques liés à la représentation des actions et à la formation des combinaisons
d’actions pour les divers états limites à considérer.

2.1. ÉTATS LIMITES


Les états limites sont des états d’une construction idéalisant des phénomènes (in-
désirables) l’empêchant de satisfaire certaines exigences structurales ou fonction-
nelles définies lors de son projet. La justification d’une structure consiste à
s’assurer que de tels états ne peuvent pas être atteints ou dépassés avec une pro-
babilité dont le niveau dépend de nombreux facteurs.
À titre de simplification, on répartit les états limites en deux catégories : les états
limites ultimes et les états limites de service, dans le but d’unifier, dans chaque
catégorie, avec plus ou moins de précision, les probabilités d’occurrence des états
limites ou des effets des actions correspondants, afin que la plus grande partie des
applications soit commune au plus grand nombre possible de calculs justificatifs.
Les états limites ultimes sont associés à une rupture entraînant l’effondrement to-
tal ou partiel de la structure considérée, et mettant en cause la sécurité des person-

1. L’annexe A1 faisait partie de l’Eurocode EN 1990 lorqu’il fut voté au niveau européen.
L’annexe A2 (Application aux ponts) fut publiée ultérieurement sous l’appellation EN 1990/A1 (ce
qui signifie « Amendement A1 »).

18
L’Eurocode NF EN 1990 « Bases de calcul des structures »

nes et/ou des biens. L’Eurocode NF EN 1990 classe les états limites ultimes
comme indiqué dans le tableau 2.1.
Tableau 2.1. Classification des états limites ultimes.

Notation Définition
Perte d’équilibre statique de la structure ou d’une partie quelconque de celle-ci,
considérée comme un corps rigide, lorsque:
– des variations mineures de la valeur ou de la distribution spatiale d’actions
EQU
d’une source unique sont significatives;
– et les résistances des matériaux de construction ou du sol ne sont générale-
ment pas dominantes.
Défaillance interne ou déformation excessive de la structure ou d’éléments
STR structuraux, y compris semelles, pieux, murs de soubassement, etc., lorsque la
résistance des matériaux de construction de la structure domine.
Défaillance ou déformation excessive du sol, lorsque les résistances du sol ou de
GEO
la roche sont significatives pour la résistance.
FAT Défaillance de la structure ou d’éléments structuraux due à la fatigue.

Le trait commun aux états limites STR ou GEO est que les vérifications sont ef-
fectuées avec un niveau de charges très élevé qui n’a de signification que dans le
cadre d’une interprétation probabiliste (ou fiabiliste).
Bien que les charges de fatigue soient différentes des autres charges, car elles se
composent plutôt de charges correspondant aux conditions de service, mais assor-
ties d’effets du temps (par exemple, un nombre de cycles), les états limites de fa-
tigue ont été rangés dans la catégorie des états limites ultimes.
Les états limites de service sont associés à des états de la structure, ou de certaines
de ses parties, lui causant des dommages limités mais rendant son usage impossi-
ble dans le cadre des exigences définies lors de son projet (exigences de fonction-
nement, de confort pour les usagers ou d’aspect). Ils sont définis en tenant compte
des conditions d’exploitation ou de durabilité de la construction ou de l’un de ses
éléments: leur dépassement une ou plusieurs fois entraîne des dommages maté-
riels, ou empêche des conditions normales d’exploitation, sans qu’il puisse en ré-
sulter, du moins à court terme, la ruine de la construction1.

1. Dans cette catégorie, on place, par exemple, les vibrations excessives ou la formation de fissures
(dépassement une seule fois) et leur réouverture (dépassement plusieurs fois de l’état limite) dans
une structure en béton. Les déformations excessives provoquant des dommages aux cloisons d’un
bâtiment, les tassements et autres déplacements d’appuis entraînant l’apparition de telles déforma-
tions ou de fissurations préjudiciables à l’aspect ou à la durabilité, sont encore des exemples d’états
limites de service.

19
APPLICATIONS DE L’EUROCODE 2

Une distinction doit être faite, le cas échéant, entre états limites de service réver-
sibles et irréversibles. À cette distinction se rattache le choix des combinaisons
d’actions à considérer, à savoir combinaisons fréquentes ou quasi permanentes
pour des états limites réversibles et combinaisons caractéristiques en cas d’états
limites irréversibles (cf. 2.5.2).
Le recensement des états limites pour une construction donnée suppose une ana-
lyse des différentes situations dans lesquelles elle peut se trouver. Les situations
sélectionnées pour le projet donné doivent être suffisamment sévères et variées
pour couvrir toutes les situations physiques que l’on peut raisonnablement s’at-
tendre à rencontrer lors de l’exécution et de l’utilisation de la structure. Dans les
cas courants, les situations de projet sont classées en:
– situations durables, qui font référence aux conditions d’utilisation normale;
– situations transitoires, qui font référence à des conditions temporaires applica-
bles à la structure, par exemple lors de son exécution ou de réparations;
– situations accidentelles, qui font référence à des conditions exceptionnelles
applicables à la structure ou à son exposition, par exemple à un incendie, une
explosion, un choc;
– situations sismiques, qui font référence aux conditions exceptionnelles applica-
bles à la structure lors de tremblements de terre.

2.2. REPRÉSENTATION DES ACTIONS


La notion d’action (F) couvre:
– un ensemble de forces (charges) appliquées à la structure (action directe);
– ou un ensemble de déformations ou d’accélérations imposées, ou résultant, par
exemple, de changements de température, de variations du taux d’humidité, de
tassements différentiels ou de tremblements de terre (action indirecte).
Les actions sont l’objet de diverses classifications dans le but de faciliter le choix
de leur modélisation et de leur prise en compte dans les combinaisons.
La principale classification distingue:
– les actions permanentes (G), dont la durée d’application est continue et égale à
la durée de vie de la structure, ou dont les variations sont négligeables dans le
temps, liées à des changements de la structure ou de son affectation (par
exemple: poids propre). On y range également celles qui, comme la précon-
trainte ou le retrait du béton, présentent dans le temps une variation monotone en
tendant vers une limite;
– les actions variables (Q). Ce sont des actions à occurrences discrètes plus ou
moins ponctuelles dans le temps, ou à caractères (intensité, direction…) varia-
bles dans le temps et non monotones (par exemple: neige, vent, température,
houle);

20
L’Eurocode NF EN 1990 « Bases de calcul des structures »

– les actions accidentelles (A). Elles résultent de phénomènes à la fois indésira-


bles et exceptionnels, mal prévisibles; elles sont en général de courte durée
d’application (ex: explosion, choc, incendie);
– les actions sismiques (AE).

2.2.1. Actions permanentes


Les actions permanentes sont représentées par leurs valeurs caractéristiques. Si la
variabilité d’une action permanente particulière est faible, on lui attribue une va-
leur caractéristique unique Gk. C’est le cas des actions dues au poids propre : elles
sont généralement représentées par une valeur nominale calculée à partir des des-
sins du projet et des poids volumiques moyens des matériaux (Gk = Gm).
Lorsque les incertitudes sur une action permanente sont plus importantes et en ad-
mettant que l’on dispose d’informations statistiques suffisantes, on définit deux
valeurs caractéristiques (maximale, Gk,sup, et minimale, Gk,inf), déterminées de
telle façon que la probabilité pour que la valeur réelle de l’action les dépasse (dans
un sens ou dans l’autre) soit inférieure à 5 %, la fonction de répartition étant sup-
posée gaussienne (Fig. 2.1).

*N * *P


ORLQRUPDOH

*NLQI * *NVXS *

Figure 2.1. Représentation schématique des valeurs caractéristiques


des actions permanentes.

2.2.2. Actions variables


La principale valeur représentative d’une action variable est sa valeur caractéris-
tique Qk. Les autres valeurs représentatives sont les suivantes:
– la valeur de combinaison, notée ψ0Qk ;
– la valeur fréquente, notée ψ1Qk ;
– la valeur quasi permanente, notée ψ2Qk.
Pour en simplifier la présentation, ces valeurs sont définies par une fraction de la
valeur caractéristique obtenue en lui appliquant des coefficients réducteurs, mais

21
APPLICATIONS DE L’EUROCODE 2

les valeurs fréquente et quasi permanente sont des propriétés intrinsèques de l’ac-
tion variable considérée et les coefficients ψ1 et ψ2 ne sont rien d’autre que des
quotients, par la valeur caractéristique, d’autres valeurs déterminées directement.
Par contre, le coefficient ψ0, appelé coefficient de combinaison, fixe le niveau
d’intensité d’une action variable non dominante, c’est-à-dire lorsqu’elle est prise
en compte, dans les calculs, en même temps qu’une autre action variable dite do-
minante affectée de sa valeur caractéristique. Le tableau 2.2, extrait de
l’annexe A1 de l’Eurocode EN 1990, donne les valeurs recommandées des coef-
ficients ψ pour les bâtiments en France métropolitaine.
Tableau 2.2. Valeurs des coefficients ψ pour les bâtiments situés sur le territoire français
(des ajustements sont prévus pour la neige, cf. chapitre 3).

Action ψ0 ψ1 ψ2

Charges d’exploitation des bâtiments, catégories


(voir NF-EN 1991-1-1 et chapitre 3):
– catégorie A: habitation, zones résidentielles 0,7 0,5 0,3
– catégorie B: bureaux 0,7 0,5 0,3
– catégorie C: lieux de réunion 0,7 0,7 0,6
– catégorie D: commerces 0,7 0,7 0,6
– catégorie E: stockage 1,0 0,9 0,8
– catégorie F: zone de trafic, véhicules de poids ≤ 30 kN 0,7 0,7 0,6
– catégorie G: zone de trafic, véhicules de poids compris 0,7 0,5 0,3
entre 30 et 160 kN
– catégorie H: toits 0 0 0
Charges dues à la neige sur les bâtiments
(voir NF-EN 1991-1-3 et chapitre 3):
– lieux situés à une altitude H > 1000 m a.n.m. 0,7 0,5 0,2
– lieux situés à une altitude H ≤ 1000 m a.n.m. 0,5 0,2 0
– Saint-Pierre-et-Miquelon 0,7 0,5 0,2
Charges dues au vent sur les bâtiments
(voir EN 1991-1-4 et chapitre 3) 0,6 0,2 0
Température (hors incendie) dans les bâtiments
(voir EN 1991-1-5 et chapitre 3)

On définit la valeur caractéristique d’une action variable comme étant celle qui
présente une probabilité, acceptée a priori, d’être atteinte ou dépassée du côté des
valeurs les plus défavorables au cours d’une période de temps appelée durée de
référence (R).
Pour la plupart des actions variables climatiques (neige, vent, température, etc.)
ainsi que pour les charges d’exploitation sur les planchers de bâtiments, la valeur
caractéristique est censée être ajustée sur une probabilité de dépassement égale à

22
L’Eurocode NF EN 1990 « Bases de calcul des structures »

0,02 par an, ou, autrement dit, sur une période de retour de 1/0,02 = 50 ans. La
valeur caractéristique de l’action sismique est fixée, dans l’Eurocode 8 (EN
1998), sur la base d’une période de retour de 475 ans, correspondant à une proba-
bilité de dépassement de 10 % en 50 ans, mais la période de retour peut être mo-
dulée par l’intermédiaire d’un coefficient d’importance γI.
La valeur fréquente des charges sur les planchers de bâtiments est choisie de telle
sorte que la fraction du temps au cours duquel elle est dépassée soit égale à 1 %
d’une durée de référence de 50 ans. La valeur quasi permanente est définie de fa-
çon que la proportion de temps au cours duquel elle est dépassée soit égale à 50 %
de la même durée de référence. La figure 2.2 illustre la définition des valeurs re-
présentatives des actions variables.

Q (t)
Valeur caractéristique Qk (période de retour, par ex. 50 ans)

Valeur de combinaison \0Qk

Valeur fréquente \1Qk

0,01 R
Valeur quasi permanente \2Qk

0,5 R
temps

R (durée de référence)
Figure 2.2. Illustration schématique des diverses valeurs représentatives
des actions variables.

2.2.3. Actions accidentelles


Les actions accidentelles sont des actions, habituellement de courte durée d’appli-
cation mais de grandeur significative, qui ont peu de chances d’intervenir sur une
structure donnée au cours de sa durée de vie de projet. Dans la mesure où l’on ne
dispose généralement pas de données statistiqyes suffisantes, on les représente gé-
néralement à l’aide de valeurs nominales uniques, c’est-à-dire de valeurs fixées par
le code ou par un texte réglementaire.

23
APPLICATIONS DE L’EUROCODE 2

2.3. REPRÉSENTATION DES PROPRIÉTÉS DES MATÉRIAUX


ET DES PRODUITS
Dans les constructions, différentes propriétés des matériaux interviennent. Leur
résistance, c’est-à-dire leur aptitude à ce qu’existent des contraintes qui équili-
brent les forces agissant sur la structure, en est l’une des principales.
On représente la résistance des matériaux par des valeurs caractéristiques, notées
fk. Ces valeurs sont celles qui ont une probabilité donnée de ne pas être atteintes
lors d’une hypothétique série d’essais illimitée. L’Eurocode NF EN 1990 préco-
nise de définir la valeur caractéristique d’une propriété de matériau par le fractile
5 % lorsqu’une valeur « basse » est défavorable (cas général), et par le fractile
95 % lorsqu’une valeur « haute » est défavorable.
En ce qui concerne les paramètres de rigidité (module d’élasticité, coefficients de
fluage, de dilatation thermique, etc.), la valeur caractéristique est prise égale à la
valeur moyenne pour le motif que, selon les cas, ils peuvent être favorables ou dé-
favorables.
Les propriétés des produits sont également représentées par une (ou un ensemble
de) valeur(s) caractéristique(s) en fonction de leurs matériaux constitutifs.

2.4. VALEURS DE CALCUL DES ACTIONS ET DES EFFETS


DES ACTIONS
D’une façon générale, les « valeurs de calcul » des actions, des effets d’actions
(ainsi que des résistances) sont les valeurs effectives introduites dans les calculs,
toutes pondérations incluses. Les symboles qui les représentent sont affectés de
l’indice d (design). L’ensemble des étapes permettant de passer des valeurs repré-
sentatives des actions aux valeurs de calcul des effets des actions est résumé dans
le tableau 2.3 (qui se lit de haut en bas).

24
L’Eurocode NF EN 1990 « Bases de calcul des structures »

Tableau 2.3. Étapes du traitement des actions aboutissant aux valeurs de calcul
des effets des actions.

Expression Commentaires
Fi Les actions à prendre en compte sont recensées.

F k ,i
On leur affecte des valeurs représentatives: valeur caractéristique ou
(ou ψF k ,i )
autres valeurs (de combinaison, fréquente, quasi permanente)
( ψ = ψ 0 ,ψ 1 ,ψ 2 )

F d ,i = γ f ,i F k ,i La valeur de calcul d’une action F est obtenue en multipliant sa


valeur représentative Fk (ou ψFk, ( ψ = ψ 0 ,ψ 1 ,ψ 2 ) ) par un coeffi-
(ou γ f ,i ψF k ,i )
cient partiel γf .
( ψ = ψ 0 ,ψ 1 ,ψ 2 )
γf est un coefficient partiel destiné à couvrir, de manière générale, les
incertitudes sur la détermination de la valeur caractéristique de
l’action F et, parfois, une partie des incertitudes liées au modèle de
l’action.
Dans le cas des actions permanentes, lorsqu’une distinction doit être
faite entre les parties favorables et défavorables (cf. 2.6), deux coeffi-
cients partiels différents sont employés, notés γG,sup et γG,inf.

E ( γ f ,i ψF k ,i ;a d ) On considère alors, pour une construction donnée, les actions physi-


quement compatibles et on forme les combinaisons d’actions, qui
sont des ensembles à considérer simultanément. On calcule ensuite
les effets de ces combinaisons (par exemple un moment fléchissant).
ad représente la valeur de calcul de l’ensemble des données géométri-
ques (en général les valeurs issues des dessins du projet). Il peut éga-
lement s’agir de données couvrant de possibles imperfections
géométriques pouvant entraîner des effets du second ordre.

E d = γ Sd E ( γ f ,i ψF k ,i ;a d ) La valeur de calcul des effets est obtenue en les multipliant par un


coefficient partiel noté γSd. Le coefficient partiel γSd est principale-
ment destiné à couvrir les incertitudes de modèle structural.
Dans les cas courants, l’expression précédente est simplifiée de la
manière suivante, avec:
γ F = γ Sd × γ f
E d = E ( γ F ,i ψF k ,i ;a d )
Le coefficient de modèle γSd n’est donc pas explicite, et on appelle
souvent, directement, valeur de calcul de l’action F le produit:
Fd = γF Fk ( ou γ F ψF k ; ψ = ψ 0, ψ 1, ψ 2)

25
APPLICATIONS DE L’EUROCODE 2

2.5. VALEURS DE CALCUL DES RÉSISTANCES


L’ensemble des étapes permettant de passer des valeurs caractéristiques des résis-
tances individuelles ou des produits aux valeurs de calcul des résistances structu-
rales est résumé dans le tableau 2.4 (qui se lit de haut en bas).
Tableau 2.4. Étapes du traitement des résistances.

Expression Commentaires
Les résistances des matériaux et des produits à prendre en compte
Xi
sont recensées.
Les résistances des matériaux et des produits sont représentées par
X k ,i
leurs valeurs caractéristiques.

X k ,i La valeur de calcul d’une propriété d’un matériau est obtenue à


X d ,i = η -------- partir de sa valeur caractéristique:
γ m ,i
– en la divisant par un coefficient partiel γm qui tient compte des
incertitudes, dans un sens défavorable, sur la valeur caractéristique
de ladite propriété et d’éventuels défauts localisés;
– en la multipliant éventuellement par un coefficient de conversion
η destiné à tenir compte principalement des effets de volume et
d’échelle ou, comme dans le cas du bois, de l’influence de l’humi-
dité.
On calcule la résistance d’une section appartenant à un élément
X k ,i structural associant, éventuellement, plusieurs matériaux à partir
R ⎛⎝ η -------- ;a d⎞⎠
γ m ,i des résistances de calcul de chacun d’eux et des valeurs de calcul
des données géométriques.

1 X k ,i On détermine enfin la valeur de calcul de la résistance d’un élé-


R d = -------- R ⎛ η -------- ;a d⎞ ment structural, en divisant la résistance des sections par un coeffi-
γ Rd ⎝ γ m ,i ⎠
cient partiel γRd couvrant les incertitudes du modèle de résistance
et les variations des données géométriques, si elles ne sont pas
explicitement modélisées.
Comme dans le cas des effets des actions, le coefficient γRd est
X k ,i souvent intégré dans un coefficient de sécurité global affectant la
R d = R ⎛ η --------- ;a d⎞ résistance caractéristique des matériaux, et on pose:
⎝ γ M ,i ⎠
1
γ M ,i = --- γ Rd × γ m ,i
η

2.6. FORMAT GÉNÉRAL DE VÉRIFICATION


DES CONSTRUCTIONS
2.6.1. États limites ultimes
Les justifications vis-à-vis des états limites ultimes EQU et STR/GEO (les états
limites de fatigue sont l’objet de vérifications plus complexes) consistent, dans les

26
L’Eurocode NF EN 1990 « Bases de calcul des structures »

cas usuels, à vérifier des inégalités dont les expressions formelles sont les suivan-
tes.
• États limites EQU (cf. tableau 2.1):
E d ,dst ≤ E d ,stb
E d ,dst est la valeur de calcul de l’effet des actions déstabilisatrices;
E d ,stb est la valeur de calcul de l’effet des actions stabilisatrices.
• États limites ultimes STR et/ou GEO (cf. tableau 2.1):
Ed ≤ Rd
Ed est la valeur de calcul de l’effet des actions;
Rd est la valeur de calcul de la résistance correspondante, associant toutes les
propriétés structurales avec les valeurs de calcul respectives.
La formation des combinaisons pour le calcul des ouvrages est axée sur une action
dominante (leading action) qui peut être une action variable, une action acciden-
telle ou une action sismique. Lorsque l’action dominante est une action variable,
les autres actions variables sont introduites (si leur présence simultanée avec la-
dite action variable dominante est physiquement possible ou seulement significa-
tive) avec leurs valeurs de combinaison (ψ0iQk,i).
Il est clair que l’on ne combine que des actions compatibles et que les actions ac-
cidentelles ou sismiques ne sont jamais des actions d’accompagnement. Les com-
binaisons possibles étant très nombreuses, seules les plus « agressives » vis-à-vis
de l’effet considéré sont à prendre en compte ; celles qui sont manifestement cou-
vertes par une combinaison plus défavorable n’ont pas à figurer dans les justifi-
cations.
Le tableau 2.5 donne les expressions symboliques des combinaisons d’actions
vis-à-vis des états limites ultimes autres que ceux de fatigue.
De manière générale, l’indice k désigne la valeur « caractéristique » d’une gran-
deur. Le premier indice des coefficients ψ permet d’en identifier le type et le se-
cond indice représente le numéro de l’action considérée: par exemple, l’action
variable dominante prise avec sa valeur caractéristique est notée Qk,1 et ψ1,2Qk,2
représente la valeur fréquente de l’action variable d’accompagnement n° 2. Le
symbole « + » signifie « doit être combiné à ».

27
APPLICATIONS DE L’EUROCODE 2

Tableau 2.5. Expressions symboliques de la norme européenne pour les combinaisons


d’actions relatives aux états limites ultimes (P = action de la précontrainte).

Référence
Combinaison Expression générale
EN 1990

6.10 ∑ γGj Gkj ″ + ″γP P″ + ″γQ ,1 Qk ,1 ″ + ″ ∑ γQ ,1 ψ0 ,i Qk ,i


j≥1 i>1
Fondamentale
(pour situations ⎧
durables ⎪ ∑ γ Gj G kj ″ + ″γ P P″ + ″γ Q ,1 ψ 0 ,1 Q k ,1 ″ + ″ ∑ γ Q ,1 ψ 0 ,i Q k ,i
et transitoires) ⎪j ≥ 1 i>1
6.10 a/b ⎨

⎪ ∑ ξ j γ Gj G kj ″ + ″γ P P″ + ″γ Q ,1 Q k ,1 ″ + ″ ∑ γ Q ,1 ψ 0 ,i Q k ,i
⎩ j≥1 i>1

Accidentelle
(pour situations 6.11 ∑ Gkj ″ + ″P″ + ″Ad ″ + ″ ( ψ1 ,1 ou ψ2 ,1 )Qk ,1 ″ + ″ ∑ ψ2 ,i Qk ,i
accidentelles) j≥1 i≥1

Sismique
(pour situations 6.12 ∑ Gk ,j + P + AEd + ∑ ψ2 ,i Qk ,i
sismiques) j≥1 i≥1

L’EN 1990 introduit donc la possibilité de choisir (au niveau de l’Annexe natio-
nale), pour la combinaison fondamentale:
– l’expression traditionnelle (6.10 dans la norme) fondée sur une action variable
dominante Qk,1 introduite avec sa valeur caractéristique, d’autres actions varia-
bles concomitantes introduites avec leur valeur de combinaison et les actions
permanentes (incluant la précontrainte P);
– ou un système de deux expressions (6.10a/b dans la norme), dont on prend la
plus défavorable, obtenues en réduisant le coefficient affectant les actions per-
manentes défavorables dans un cas, ou celui affectant l’action variable domi-
nante dans l’autre cas. Le coefficient réducteur ξ affectant les actions
permanentes à caractère défavorable prend sa valeur dans l’intervalle 0,85 à
1,00.
Dans la combinaison accidentelle, Ad symbolise l’action accidentelle de calcul. Si
une action variable peut être physiquement présente lors de l’occurrence de l’ac-
tion accidentelle, elle est prise en compte avec sa valeur fréquente. Les autres ac-
tions variables éventuelles sont introduites dans la combinaison avec leur valeur
quasi permanente. Le choix entre ψ1,1Qk,1 et ψ2,1Qk,1 dépend de la situation de
projet accidentelle considérée (choc, incendie, etc.).

28
L’Eurocode NF EN 1990 « Bases de calcul des structures »

Dans l’Annexe nationale française, la combinaison d’actions fondamentale rete-


nue est celle définie par l’expression 6.10 avec les valeurs suivantes:
a) pour les états limites ultimes d’équilibre statique
Tableau A1.2 (A) (NF). Valeurs de calcul d’actions (EQU) (Ensemble A).

Situations Actions variables


Actions permanentes
de projet Action variable d’accompagnement
durables dominante principales
et transitoires défavorables favorables (le cas échéant)
autres

Éq. 6.10 1,10 Gkj,sup 0,9 Gkj,inf 1,5 Qk,1 1,5 ψ0,iQk,i

b) pour les états limites ultimes de résistance


Tableau A1.2 (B) (NF). Valeurs de calcul d’actions (STR/GEO) (Ensemble B).

Situations Actions variables


Actions permanentes
de projet Action variable d’accompagnement
durables dominante principales
et transitoires défavorables favorables (le cas échéant)
autres

1,5 Qk,1 1,5 ψ0,iQk,i


Éq. 6.10 1,35 Gkj,sup 1,0 Gkj,inf sans objet
(ou 0 si favorable) (ou 0 si favorables)

Pour les états limites STR, lorsque interviennent des actions géotechniques, ou
pour des états limites GEO, l’Eurocode NF EN 1990 propose trois approches (à
fixer au niveau national). Pour les bâtiments courants sans étage en sous-sol,
l’Annexe nationale recommande l’approche n° 2. Selon cette approche, les ac-
tions géotechniques sont évaluées à partir des valeurs caractéristiques des para-
mètres géotechniques, et leurs effets sont pondérés par les mêmes coefficient γ
que les actions d’origine structurale.
La figure 2.3 donne quelques exemples simples de cas de charges pour un bâti-
ment courant.

29
APPLICATIONS DE L’EUROCODE 2

*
*Y646
): ):

*
*Y44
): ):

*
*Y44
): ):

9HQWGRPLQDQWFKDUJHVYHUWLFDOHVIDYRUDEOHV 9HQWGRPLQDQWFKDUJHVYHUWLFDOHVGpIDYRUDEOH

*46 *Y646
Y:): Y:):

*Y44 *4
Y:): Y:):

*Y44 *4
Y:): Y:):

&KDUJHGHQHLJHGRPLQDQWH &KDUJHVG
H[SORLWDWLRQGRPLQDQWHV

Figure 2.3. Exemple de cas de charge pour un bâtiment courant.

2.6.2. États limites de service


Les vérifications vis-à-vis des états limites de service se traduisent, de manière
générale, par une inéquation de la forme :
Ed ≤ Cd
Cd est la valeur de calcul limite correspondant au critère d’aptitude au service
considéré: elle peut représenter des grandeurs aussi diverses qu’une ouverture
de fissure, un nombre de fissures, une fréquence de vibration, etc.;
Ed est la valeur de calcul de l’effet des actions intervenant dans le critère d’ap-
titude au service, déterminée à partir de la plus défavorable des combinaisons
détaillées ci-après.
On distingue les combinaisons caractéristique, fréquente et quasi permanente,
comme indiqué au tableau 2.6.

30
L’Eurocode NF EN 1990 « Bases de calcul des structures »

Tableau 2.6. Expressions symboliques des combinaisons d’actions


pour les états limites de service.

Combinaison Référence Expression générale

Caractéristique (6.14) ∑ Gk ,j ″ + ″P″ + ″Qk ,1 ″ + ″ ∑ ψ0 ,i Qk ,i


j≥1 i>1

Fréquente (6.15) ∑ Gk ,j ″ + ″P″ + ″ψ1 ,1 Qk ,1 ″ + ″ ∑ ψ2 ,i Qk ,i


j≥1 i>1

Quasi permanente (6.16) ∑ Gk ,j ″ + ″P″ + ″ ∑ ψ2 ,i Qk ,i


j≥1 i≥1

Dans ces combinaisons, il n’y a pas de symboles désignant des coefficients par-
tiels. En effet, ils sont égaux à l’unité: cela fait partie du format semi-probabiliste.
La combinaison caractéristique est à considérer normalement pour les états limi-
tes à court terme, liés à une seule atteinte d’une certaine valeur par l’effet étudié
(par exemple, formation d’une fissure, rupture d’une cloison par déformation ins-
tantanée excessive). Elle correspond à des sollicitations et autres effets dont les
probabilités de dépassement sont voisines de la probabilité de dépassement de sa
valeur caractéristique par l’action variable dominante Qk,1. De façon plus synthé-
tique, on peut dire que la combinaison caractéristique est à considérer pour des
justifications vis-à-vis d’états limites de service irréversibles: par exemple, un
état limite, dans une pièce en béton, caractérisé par une ouverture de fissure de
0,5 mm est un état limite irréversible car, avec une telle ouverture, la fissure ne
pourra pas se refermer totalement.
La combinaison fréquente est à considérer pour des états limites à moyen terme,
liés à l’atteinte par l’effet étudié d’une certaine valeur soit pendant une petite par-
tie de la durée de référence, soit un certain nombre de fois. Elle correspond à des
effets dont les durées ou fréquences de dépassement sont voisines de celle de la
valeur fréquente ψ1Qk,1 de l’action variable dominante Q1.
La combinaison quasi permanente est à considérer pour l’étude des effets à long
terme des actions, liés à l’atteinte d’une certaine valeur par ces effets pendant une
longue durée (par exemple pour l’étude du fluage d’une structure en béton).
Les combinaisons fréquente et quasi permanente sont à considérer pour la justifi-
cation vis-à-vis d’états limites réversibles, c’est-à-dire d’états limites qui ne se-
ront plus atteints ou légèrement dépassés lorsque les actions à l’origine de
l’atteinte ou du dépassement auront disparu.

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