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© 2021 Éditions S.O.I.

S
24580 PLAZAC

Infographie couverture : Fabienne Melchior.


© Image originale de Silvio Zimmermann - Pixabay

ISBN: 978-2-916621-89-0

Tous droits réservés pour la version française.


Anne Givaudan

SUIS TON CŒUR


AUSSI LONGTEMPS QUE TU VIS

ÉDITIONS SOIS
D’ANNE GIVAUDAN
• ET SI LA VIE CONTINUAIT...*
• IMPLANTS & PARASITAGES*
• VOYAGER ENTRE LES MONDES*
• LA MAGICIENNE ET LA PETITE FILLE*
• DES AMOURS SINGULIERES*
• SONS ESSENIENS ( CD INCLUS)*
• PETIT MANUEL POUR UN GRAND PASSAGE*
• PRATIQUES ESSENIENNES POUR UNE NOUVELLE TERRE*
• RENCONTRE AVEC LES ETRES DE LA NATURE*
• L’INSOUPÇONNABLE DESTIN DE GINA SUTTON*
• Nos MEMOIRES: DES PRISONS OU DES AILES*
• LA RUPTURE DE CONTRAT *
• FORMES-PENSEES (tome 1 et 2)*
• LES DOSSIERS SUR LE GOUVERNEMENT MONDIAL*
• LECTURE D’ AURAS ET SOINS ESSENIENS *
• ALLIANCE*
• WALK-IN*
• CD DE MEDITATIONS GUIDEES* ( VOIR LA LISTE A LA FIN DU
LIVRE)

D’ANNE GIVAUDAN ET DANIEL MEUROIS


• TERRE D’ÉMERAUDE * — Témoignage d’outre-corps
• PAR L’ESPRIT DU SOLEIL*
• CHRONIQUE D’ UN DÉPART* — Afin de guider ceux qui nous quittent
• CELUI QUI VIENT*
• SOIS * — Pratiques pour être et agir
• LES NEUF MARCHES*
• RECITS D’UN VOYAGEUR DE L’ASTRAL**
• DE MÉMOIRE D’ESSÉNIEN (tome 1)** - L'autre visage de Jésus
• CHEMINS DE CE TEMPS-LÀ (tome 2)** - De mémoire d’Essénien
• LE PEUPLE ANIMAL**
• LE VOYAGE À SHAMBHALLA*** - Un pèlerinage vers Soi
• WESAK*** — L’heure de la réconciliation

• Éditions S.OJ.S. — ** Éditions Le Passe-Monde — *** Éditions Le Perséa

Éditions S.0.1.S. - 24580 PLAZAC


Tél: 0553511950 - editions@sois.fr - www.sois.fr
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« Quand nous ne sommes plus en mesure de changer


une situation nous sommes mis au défi de nous
changer nous-mêmes » — Viktor Frankl.

Je m’appelle Julien, mais aujourd’hui je ne sais plus


si c’est encore d’actualité...
Tout ça à cause d’une boîte de conserve, une banale
boîte de haricots verts vide qui traînait sur un trottoir !
J’ai entendu dire un jour que le battement de l’aile
d’un papillon peut déclencher un ouragan à l’autre bout
de la planète.
C’est très certainement exagéré, je suppose, mais
quand même, cette boîte de métal sur le trottoir vient
juste de changer ma vie et je n’en reviens pas.
Je vais reprendre l’histoire dès le début pour vous,
pour moi surtout car cela va peut-être m’éclairer et

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me faire comprendre ce que je fais là, dans ce RIEN qui
m’angoisse terriblement.
Moi, Julien, je suis la personne la plus anodine qui
soit et heureux de l’être... En gros, cela signifie que je
ne veux prendre aucun risque, aucune responsabilité,
c’est d’ailleurs pour cette raison qu’à presque quarante
ans je ne suis toujours pas en couple et toujours sans
enfants et sans animaux.
Il m’arrive bien entendu de sortir le chien de ma
voisine mais ce n’est ni pour l’aider ni par compassion,
ma seule raison durant cette stupide période de
confinement c’est de pouvoir sortir de mon appartement
de deux pièces.
En fait, oui, je vis à cette époque étrange où le monde
semble basculer et m’obliger comme tant d’autres à
revoir mes critères.
Pour moi sincèrement, ce n’est pas très grave car je
n’ai pas de critères... ou du moins il me semble ne pas
en avoir si je veux être honnête.
Je m’habille « basique » c’est-à-dire avec des vête-
ments sans style particulier, ni élégants, ni sports, rien
qui puisse choquer qui que ce soit, ni qui puisse me
démarquer du commun des mortels et qui m’aide
surtout à passer inaperçu.
Ma nourriture n’est guère plus originale. Je mange ce
qui me tombe sous la main et quand je fais les courses,
j’achète ce qui est présenté à la hauteur de

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mes yeux. J’ai entendu dire que les publicistes et les
psychologues savent parfaitement où placer les produits
qui doivent se vendre en priorité, c’est-à-dire à hauteur
des yeux. Quant à mes distractions il m’arrive d’aller au
cinéma mais ça s’arrête là.
Vous allez croire que je suis indifférent au monde
extérieur mais mon monde intérieur m’est encore bien
plus étranger, parfois j’ai même l’impression curieuse
de ne rien ressentir...
Dernièrement ma voisine de palier, Madame Stauffer
la propriétaire du chien Toby m’a avoué :
« Julien tu donnes parfois l’impression d’être un robot
sans âme et sans émotions.
— Pourquoi dites-vous cela? » lui demandai-je par
simple politesse, me fichant en vérité complètement de
sa réponse.
C’est alors qu’elle rétorqua, tout en se mordillant la
lèvre comme si les mots sortaient avec difficulté en se
bousculant parfois :
« Tu te souviens du petit garçon du dessus?... »
Elle ne me posait pas vraiment la question tandis que
son doigt indiquait l’étage supérieur de notre immeuble.
Elle continua d’une voix basse et d’un ton
conspirationniste tout à fait dans l’air du temps.
« Cet enfant est battu et je l’entends pleurer trop
souvent... son beau-père ne l’aime pas. Mais lorsque je
t’en ai parlé tu m’as simplement rétorqué :

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« Et alors que voulez-vous que je fasse? ».
C’est exactement ce que j’aurais eu envie de lui
répondre en cet instant mais je n’osais pas récidiver
dans cette supposée indifférence que l’on me collait trop
facilement.
OK, je me voulais transparent mais la souffrance de
qui que ce soit me terrorisait, me paralysait et
réellement, je ne savais pas que faire.
Je rassemblai les morceaux de mon mental qui
commençaient à s’éparpiller et à prendre la fuite :
« Et pour cet enfant que faire ? si vous avez une idée
je vous aiderai... Je ne suis pas sûr que ses parents ne
l’aiment pas et vous, vous en avez la certitude? »
Madame Stauffer ne me répondit pas. Elle rentra et
ferma la porte comme si elle s’était soudainement
souvenue d’une urgence.
Je savais de mon côté qu’elle aimait dramatiser les
évènements afin d’égayer sa vie qu’elle trouvait trop
monotone. Prise au piège, je me dis que cette fois elle
me laisserait tranquille quelque temps.
En fait, ce que je veux, ce que je recherche, c’est
qu’on me fiche la paix ! Cela m’amène à être précis,
ordonné et surtout obéissant aux ordres des chefs qui,
eux, doivent savoir ce qui doit être fait et par
conséquent, décider à ma place.
Moi je ne veux pas m’embêter avec ça et « Ça », ce
sont toutes les responsabilités qui vous tombent

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dessus dès qu’on prend une décision. Si je pouvais
passer entre les murs et les tapisseries comme le dit une
expression populaire, ça me conviendrait tout à fait.
J'aime bien aussi l’image de l’autruche qui se met la
tête dans le sable. Bon, vous l’aurez compris, tout ça
c’est un peu moi: pas téméraire, pas courageux, très
obéissant même si cela semble stupide.
Par exemple, parmi mes collègues, il en est qui se
révoltent en ce moment contre le masque, le confi-
nement, la vaccination. Moi, non. Je me confine tout
seul et quand je veux respirer le CO2 de la cité, Toby le
labrador d’en face fait mon affaire.
Alors justement je ne comprends pas pourquoi cet- Ic
histoire stupide m’est arrivée à moi.
Vous devez vous demander ce qui m’est arrivé mais
je ne sais pas réellement l’expliquer moi- même, alors
je continue.
C'était un jour apparemment comme les autres et je
sortais du bureau où nous étions trois à travailler en
alternance. Ce fichu virus m’arrangeait bien puisque je
ne venais travailler que deux jours par semaine depuis
un mois.
J’étais sorti pour respirer un quart d’heure en me
promenant le long de la petite route qui longeait le
canal. Le ciel était gris uniforme, rien de bien remar-
quable, je portais mon masque parce qu’on nous

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avait dit qu’il le fallait et même si je n’y croyais pas
vraiment, j’obéissais. Je ne voulais pas d’ennuis. J’étais
bien trop anxieux et fragile pour supporter toute
opposition ou remarque désagréable de qui que ce soit.
La veille, dans la supérette où j’ai l’habitude de
m’approvisionner, j’avais assisté à une altercation dont
je me serais bien passé : un vieil homme insultait deux
jeunes gens qui ne portaient pas leurs masques. Ils
étaient tranquillement en train de fumer dehors, devant
le magasin. L’homme en colère, masqué jusqu’aux yeux
les accusait de tous les maux et les rendait presque
responsables de la pandémie. Hors de lui et devant le
rire des deux jeunes garçons il criait:
« C’est à cause de gens comme vous qu’on en est là,
vous allez nous faire mourir ! ».
Les garçons ne répondaient pas, sans doute agacés
mais conscients que le vieux risquait gros s’ils déci-
daient de réagir. Par chance un policier ameuté par les
cris vint calmer le vieil homme avant qu’un drame
n’éclate. Je ne savais plus où me mettre et je fus soulagé
de voir intervenir l’homme en uniforme.
Quelque part j’avais l’impression d’entendre ma
mère:
« Julien tu vas me faire mourir » criait-elle lorsqu’elle
était exaspérée par ma non-activité.

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« Vous êtes dangereux » m’a dit un jour une femme
parce que mon masque avait un peu glissé de mon nez.
Cette simple remarque dite sur un ton désagréable
m’avait déstabilisé pour la journée.
Ce jour J, je marchais en essayant d’oublier la matinée
de bureau où le chef, sans doute sur les nerfs, n’avait
rien trouvé de mieux que de me coller un projet pour
lequel je me sentais complètement incompétent.
« Tu dois me rendre ça dans trois jours, pas un de plus
sinon nous allons perdre le contrat. ».
Je n’eus pas le temps de placer un mot que, déjà, il
était parti, me laissant aux prises avec mes doutes et
mes peurs.
Je travaille dans un atelier d’architecture où, habi-
tuellement, mon rôle n’est que celui d’un technicien et
où il me suffit d’approuver les projets de mes collègues.
Cette fois, la donne avait changé sans que je sache
pourquoi et j’avais grandement besoin de prendre l’air.

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« Objets inanimés, avez-vous donc une âme qui s


’attache à notre âme et la force d’aimer? » —
Alphonse de Lamartine.

Je marchais en essayant d’oublier ce qui s’était passé


lorsqu’une boîte de conserve vide de tout contenu
sembla vouloir entraver ma route. Je ne sais pas
pourquoi elle a attiré mon attention de la sorte, j’aurais
pu simplement la contourner mais non, elle était posée
là comme si elle était vivante et me narguait, tant et si
bien que je n’arrivais pas à la quitter des yeux.
Tout en la regardant comme on regarde un spectacle
fascinant, mes pensées se mirent à créer un scénario
inattendu... Je commençais à imaginer la personne ou
l’animal qui avait traîné ladite boîte de

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conserve jusqu’ici. Était-ce un homme, une femme, un
enfant ou tout simplement un clochard ou encore un
chien des rues qui l’avait retirée d’une poubelle afin
d’en extraire les restes?
Puis des scènes défilèrent devant mes yeux et je vis
les cueilleurs de ces haricots, des personnes au teint
basané, les unes derrière les autres, penchées sur un
travail long et fastidieux, l’échine courbée et pourtant
riant pour un oui ou pour un non. La scène s’effaça pour
laisser place à des hommes et des femmes aux
vêtements bien taillés dans des tissus de qualité. Je
reconnus des acheteurs, ceux ou celles qui discutent le
prix pour que ces haricots coûtent le moins possible.
Vendre toujours davantage donc, au plus bas prix
semblait être leur obsession, peu importe que cela se
répercute sur le salaire déjà maigre des travailleurs.
J’eus tout à coup conscience que de nombreux
esclaves travaillaient continuellement pour nous afin
que nous puissions avoir une vie confortable, même
pour moi qui vivait sans aucune fantaisie.
Un haut-le-cœur m’envahit, j’étais proche de la
nausée tandis que le spectacle continuait (1).
Cette fois je voyais ceux qui mettaient les haricots
dans des boîtes et puis les femmes qui collaient les
étiquettes à l’aide d’une machine antédiluvienne. Ces
étiquettes, qui comme tout le reste, mentaient et

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présentaient un contenu bien plus attrayant qu’il ne
l’était en réalité. ... Et là je ne sais pas ce qui m’a pris,
brutalement j’en ai eu assez et j’ai donné un coup de
pied à cette satanée boîte qui m’amenait dans des
dérives angoissantes vers lesquelles je ne souhaitais pas
aller.
La boîte sous le choc s’est mise à rouler, est des-
cendue du trottoir avec un léger bruit de ferraille et
lentement a continué sa route au milieu de la chaussée.
C’est là que la moto est arrivée et a voulu l’éviter! J’ai
juste entendu des freins crisser, de la tôle froissée, une
odeur de pneus, mélange de caoutchouc et de brûlé, et
puis j’ai perdu connaissance, tout est devenu brumeux.
J’ai vu une silhouette s'avancer vers moi et j’ai entendu
très clairement une voix douce qui se voulait rassurante
:
« Ne vous inquiétez pas monsieur, tout va bien se
passer... » et puis plus rien.

Mais qu’allait-il se passer au juste, moi qui ai horreur


de l’imprévu, de l’inattendu, des surprises, j'étais
impuissant et terrorisé.
Même lorsque j’étais enfant et que ma mère me
cachait un cadeau pour noël ou pour mon anniversaire,
afin de me faire une surprise, je la questionnais
anxieusement imaginant le pire jusqu’à ce qu'elle lâche
quelques mots me mettant sur la piste.

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Non, vraiment les surprises je déteste ça, surtout que
lorsque j’avais trois ans mon père, que je n’ai jamais
revu depuis, a crié à ma mère :
« Ce n’est pas moi qui ai voulu ce gosse, je déteste les
responsabilités qu’on me colle sans que je n’aie rien
demandé à personne. Tu croyais me faire une surprise...
alors maintenant, débrouille-toi avec lui, moi je me
casse. »
C’était un jour de Noël et maman n’a pas arrêté de
pleurer et moi je pleurais parce qu’elle pleurait assise
dans un gros fauteuil en velours rose et que ça me
rendait triste.
Je n’ai pas envie de revoir tout ça mais les images et
les scènes défilent devant moi sans que je puisse les
arrêter. C’est un cauchemar, moi qui préfère ne me
souvenir de rien, je n’arrive pas à arrêter ces séquences
qui sont comme des bouts de films tristes et angoissants.
Où suis-je? Je navigue dans les méandres de ma
mémoire? Ou est-ce une illusion qui me fait croire que
j’ai vécu toutes ces histoires qui appartiennent peut-être
à un autre ?
Tout à ses réflexions, Julien ne perçoit pas les êtres
qui, sur un autre plan, sont réunis et parlent de son
avenir.

L’un d’eux à la silhouette bien campée lance :


« Il est temps que Julien se réveille. Il est sous hyp

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nose dans un monde qui le fait vivre au ralenti... Il est
passé plusieurs fois à côté de Sandra sans même la voir
et elle non plus ne le voit pas.
- Il est grand temps que nous leur donnions un coup
de pouce sinon ils vont mettre deux vies là où une seule
pourrait suffire. C’est important qu’ils se retrouvent. »
ajoute une femme d’une grande beauté aux trois autres
personnes présentes.
Le petit groupe se met à rire comme s’il s’agissait
d’une plaisanterie tandis que je les entends se concerter
sur le comment faire en sorte que deux vies se croisent
puis se rencontrent.
En cet instant je mesure combien l’humain sur Terre
s’embourbe dans des situations qu’il considère trop
souvent comme insurmontables.
« Ne t’inquiète pas, petite sœur, me dit l’un d’eux, on
ne peut passer à côté de sa vie, tu le sais. On peut mettre
plus de temps que nécessaire et c’est là où nous, les
guides, pouvons agir.
Julien n’a pas encore franchi le premier barreau de
son échelle alors qu’il atteint bientôt ses quarante ans.
Il ne peut éviter les moments importants de sa vie mais
il n’est pas né pour faire l’autruche... il s’est choisi un
rôle dans l’évolution humaine. ».

« Bon ! voyons comment nous allons les aider, »


précise avec légèreté une autre voix provenant de la

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silhouette longiligne que je perçois un peu plus loin du
petit groupe.
« Allons lui souffler quelques idées » continue-t- elle.
Julien, de son côté, assis dans une attitude passive
attend dans un espace neutre que quelque chose se
passe. Sa vie défile devant ses yeux comme sur un écran
géant avec plus de précisions qu’il ne l’aurait voulu.
Sa mère, une toute jeune femme brune accouche seule
et pleure sans que l’on sache si c’est de joie ou de
tristesse mais une autre femme présente dans la scène
va nous mettre très vite sur la voie.
« Où est le papa? demande celle qui semble être la
sage-femme, il va être heureux d’avoir un garçon !
- Il ne voulait pas d’enfant du tout mais peut-être qu’il
viendra nous voir » hoquette la jeune maman entre deux
sanglots.
La sage-femme se tait et s’occupe du nouveau-né et
de la jeune maman tandis que ses pensées s’envolent
vers le bébé.
« Pauvre petit, ça commence bien... les hommes
veulent bien s’amuser et après la femme se débrouille.
Quels inconséquents ! Pour moi ça a été comme ça et
mes trois garçons n’ont jamais connu leurs différents
pères. Ils les cherchent encore d’ailleurs. Est-ce que
c’est ça la vie? N’y a-t-il rien

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d'autre que des abandons, des lâchetés, des inconsé-
quences pour quelques minutes de plaisir? »
Le nouveau-né perçoit tout mais il est trop tard pour
retourner d’où il vient. Il s’en veut tellement d'avoir
accepté de venir dans un tel contexte.

Un être lumineux invisible aux regards humains est à


ses côtés et lui murmure :
« Ju as accepté tout cela parce que tu savais que ces
circonstances n’étaient pas dues au hasard. Elles sont là
pour te donner la force de guérir d’autres vieilles
histoires de vies passées. Elles sont aussi là pour te
donner des capacités qui te serviront dans cette vie que
tu commences. »
Le bébé Julien hurle comme si ses cris pouvaient tenir
éloignée de lui l’anxiété qui l’envahit. Sans trop savoir
pourquoi cela lui donne de l’énergie mais il s’épuise
vite et finit par s’endormir sur le sein de sa mère.

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« Un roi réalisant son incompétence


peut soit déléguer soit abdiquer.
Un père ne peut ni l ’un ni l'autre. »
— Marlène Dietrich.

Changement de scène:

« Câlin, papa, câlin ! » demande Julien en regardant


son père, les bras tendus vers lui. Il a tout juste trois ans
et lève des yeux pleins d’admiration pour cet homme
qui ne sait pas l’aimer et dont il cherche désespérément
un regard de reconnaissance. Sa mère, quant à elle, se
prépare dans la salle de bains et se maquille pour sortir.
Elle cherche visiblement à l’extérieur des plaisirs
qu’elle ne peut trouver dans son couple.

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« Sois sage mon chéri, je reviens, Sara restera avec toi
».
La nounou, une jeune fille vêtue d’une courte jupe en
jean et d’un chemisier noir échancré prend Julien dans
ses bras tandis que la maman sort, non sans avoir déposé
un léger baiser déculpabilisant sur la joue de son fils et
après avoir jeté un regard méprisant sur le père de Julien
:
« Tu es certain de ne pas vouloir m’accompagner? »
dit-elle sans conviction tandis que le klaxon de la
voiture qui l’attend dehors ne lui laisse guère le temps
d’attendre une réponse qui ne vient pas.
Natacha est partie et le père de Julien attend avec
impatience que Sara ait déposé l’enfant dans son lit.
Dès qu’elle redescend l’escalier en colimaçon qui
mène aux chambres, il la saisit par le bras et l’entraîne
dans le salon. La jeune fille, avec un rire complice, se
laisse volontiers emporter.
Le couple provisoire s’enlace tandis que le petit
enfant ne peut fermer l’œil et entend des halètements qui
montent jusqu’à sa chambre sans en comprendre la
teneur.

Changement de scène:

Le père de Julien ne le regarde pas, son regard le


traverse comme s’il n’existait pas et Julien se sent

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devenir un rien, un vide, un sans valeur. La peur est là
bien présente, il la sent collée à lui telle une pieuvre aux
multiples tentacules.
Son père lui a assez répété qu’il représentait pour lui
l’échec de sa vie, l’erreur, la faute qu’il ne voulait pas
voir et encore moins aimer. Il fuit l’enfant, le repousse
et visiblement, il aurait préféré qu’il n’eût jamais existé.
Julien le sent intuitivement et ne sait plus que faire pour
attirer l’attention de cet homme.
Désespéré, un jour semblable aux autres jours, il
abandonne ! Après bien des essais, il en vient à la
conclusion que tout effort est inutile, et que son père ne
l’aimera jamais.

Changement de scène:

C’est un jour proche de Noël que son père décida de


partir définitivement laissant mère et enfant derrière lui
sans un regard ni, semble-t-il, un regret. Julien, tout
petit qu’il était, sentit son cœur devenir froid comme la
glace. Il avait trois ans et il eut l’impression ne plus rien
ressentir sans savoir que ce vide était précisément un
trop-plein qu’il enfouissait pour longtemps dans les
replis de son âme.
Alors que tout semblait s’écrouler, l’enfant désespéré,
se demandant ce qu’on allait faire de lui, eut tout à coup
la sensation d’une présence.

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Le bel être lumineux ressemblant aux images que sa
mère lui avait montrées dans un grand livre, en lui
racontant des histoires d’anges et de diables, d’enfer et
de paradis, était là devant lui comme sorti de l’une des
pages du livre.
L’enfant regarde et cherche les ailes mais ce sont
plutôt de longues traînées lumineuses qui émanent du
dos de l’ange.
L’apparition est si belle, si aimante que durant
quelques instants, l’immense vide qui habite Julien
s’estompe pour faire place à un instant de sérénité. Un
instant où l’on a la certitude que quoi qu’il arrive, il y a
toujours derrière les pires moments de notre vie, une
raison, une logique qui fait que la vie continue pour
nous mener à un point encore obscur, invisible mais
qu’intuitivement on sait parfaitement juste.

Une voix qui lui semble familière le tire de ce film du


passé :
« Julien regarde ! tu vois ce corps en bas allongé
comme s’il était mort?
- Bien sûr, oh mais c’est moi qu’est-ce que je fais là-
bas? Je suis ici et je suis là-bas, c’est trop pour moi... ».
Julien se recroqueville et prend une position fœtale
espérant ainsi oublier ce qu’il n’arrive ni à concevoir ni
à comprendre.

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La voix se fait insistante :
« Julien, tu es pour le moment dans le coma et tu as
un choix relatif, continue la voix enjouée. Soit tu peux
laisser ton corps... c’est ce qu’on appelle la mort, ou
revenir et continuer un bout de ta vie. Pour cela et avant
toute chose, il est essentiel que tu te poses cette question
:
Es-tu satisfait de ce que tu as fait de ta vie jusqu’à
présent ? As-tu la sensation d’avoir accompli ce pour
quoi tu étais venu? Je sais que cela n’a peut-être aucun
sens pour toi mais prends le temps qu’il te faut pour y
réfléchir et donne-moi une réponse. »
Julien se déplie, il est grand, ses cheveux raides et
d'un blond très clair ressemblent à ceux des populations
des pays du nord de l’Europe... Il se souvient que sa
mère, lorsqu’elle parlait de son père l’appelait « le
danois » et aussi que lorsqu’elle était en colère elle lui
disait:
« Toi tu es bien comme ton père, physiquement et
même dans ses bêtises. »
Paroles hermétiques pour un enfant de six ans mais
qui lui laissait l’idée que son père n’était pas un modèle
à suivre et que malheureusement, il lui ressemblait.
« Si je regarde ma vie, elle est plate, certains diraient
même qu’elle est sans saveur, voire inutile. Il ne s’y
passe rien. »

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Julien laisse passer quelques instants puis, poursuit:
« Moi qui croyais me protéger et être tranquille je
m’aperçois que je suis d’une anxiété folle et rempli
d’une colère contenue qui me dévore. Je ne suis pas
heureux, j’en veux au monde entier et à moi en premier.
Quel constat !
Votre voix ne m’est pas inconnue, je ne sais plus où
je l’ai déjà entendue mais ce qui est certain c’est que si
je meurs maintenant, j’aurai l’impression d’avoir vécu
en dormant et de partir en dormant un peu plus.
- La misère intérieure est comme une maladie. Elle
ne dépend aucunement des possessions ou de la
pauvreté dans laquelle vit une personne. La question
que j’ai envie de te poser est la suivante: qu’as-tu
apporté au monde qui puisse te faire dire j’ai fait au
mieux de mes possibilités, j’ai joué mon rôle comme un
bon acteur ?
- Rien, avoue Julien la tête basse, mais je ne com-
prends pas ce que vous voulez dire par jouer un rôle ?
»
La voix continue toute en douceur et légèreté :
« Penses-tu réellement que l’acteur qui joue un rôle,
même s’il s’identifie à ce rôle le temps d’une pièce de
théâtre ou d’un film, soit réduit au personnage qu’il
interprète?

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- Non bien sûr, mais je ne vois pas où vous voulez en
venir ».
Julien est en pleine confusion.
« Imagine que la vie soit comme une pièce de théâtre
ou comme un film. Tu choisis avant de venir sur Terre
un rôle, d’autres acteurs comme toi vont aussi avoir un
rôle dans le film.
L’important est de jouer son rôle au mieux de ses
capacités. Certains acteurs vont avoir envers toi le rôle
du méchant, d’autres celui de l’ami et ainsi de suite.
Lorsque la pièce ou le film se termineront, tu rejoin-
dras ta véritable personne et sans doute choisiras-tu un
autre rôle avant de revenir sur Terre.
- Mais c’est terrifiant s’exclame Julien. Le méchant
nous rend la vie difficile et je ne vois pas pourquoi
j’accepterais ce genre de personne dans ma vie. »
Julien est presque en colère devant cette éventualité.
« Sans doute parce que s’il n’était pas là, tu ne
pourrais accéder au pardon, à la compassion, ou plus
simplement à l’Amour.
- Ne me dites pas que c’est la seule façon d’arriver à
l’Amour » s’étonne Julien.
« Non, bien entendu, mais cela arrive plus souvent
qu’on ne le pense. D’ici, nous voyons les différents
films que les humains se sont choisis et nous savons

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que bien souvent l’ego leur joue des tours. Ils s’atta-
chent au monde des formes et souvent c’est grâce aux
aléas que leur vie leur propose qu’ils finissent par
toucher à l’impermanence et au lâcher-prise.
S’ils n’y accèdent pas, d’autres propositions leur
seront faites jusqu’à ce qu’ils ouvrent leur cœur. Nous
n’y sommes pour rien, leur âme seule sait ce qui est
nécessaire à leur croissance.
- C’est un peu comme une langue étrangère, ce que
vous me dites et pourtant certains mots font écho en moi
».

Sur ces paroles et dans un décor insolite de temple


asiatique, Julien s’assoit en un lotus imparfait et met ses
deux mains sur la poitrine comme s’il voulait tout à
coup se réveiller à quelque chose qu’il a peut- être
connu il y a bien longtemps et qui siège endormi là, au
creux de sa poitrine ou plutôt au niveau du chakra du
cœur.
« Dites-moi ce que je peux faire pour sortir de cette
léthargie? Je ne sais pas si je vais y arriver mais j’ai
l’impression qu’une partie de moi ne veut plus de mon
vieux moi et de cette soi-disant paix qui n’est en fait
qu’une peur de la confrontation. »
Cette fois Julien n’essaie plus d’échapper à ce qui
vient. Il est bien présent, les yeux grands ouverts, prêt à
écouter et qui sait, à agir.

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« Nous allons commencer à franchir les marches de
l’escalier qui te mènera jusqu’à la décision de continuer
ou non la route, mais commençons par le début.
Ceci est une nouvelle vie qui commence pour toi...
penses-tu qu’une vie bien vécue est une vie de
renoncement et d’obéissance? Beaucoup d’entre les
humains ont tendance à le croire ainsi.
L’humanité a été constamment aidée par de grands
enseignants mais les enseignements des grands maîtres
de vos civilisations, qu’ils se nomment Osiris,
Bouddha, Jésus ou d’autres encore ont été détournés.
Certains de vos dirigeants les ont déifiés volontairement
afin de détourner les peuples de leur véritable chemin.
Ils vous ont fait croire que seuls ces grands êtres
pouvaient accomplir des miracles vous empêchant ainsi
de libérer l’énergie puissante en chacun de vous.
Leurs vies et leurs enseignements sont semblables.
Chacun d’eux a fini par abandonner toute doctrine pour
aller vers l’intérieur, vers l’essence de leur être et
pourtant les peuples continuent d’obéir encore et encore
à des lois et à des doctrines qui n’ont plus de sens et qui
les maintiennent prisonniers d’eux- mêmes et de ceux
qui érigent les lois.
Cessez de mettre qui que ce soit sur un piédestal.
Vous avez en vous les mêmes possibilités que les

33
enseignants qui sont venus vers vous. Ils vous l’ont dit
tant de fois ! Qui d’entre les humains ont cru en leurs
paroles ? Combien ont préféré confier leur vie et leur
destinée à une poignée d’êtres de pouvoir par manque
de confiance dans leur propre puissance ou par facilité
?
Crois-tu que ton obéissance et ta non-action font
apporté des avantages ?
- Non bien sûr, je suis aussi terrassé par la peur et
aussi insécure que lorsque j’étais enfant. Je ne sais plus
que faire ?
- Regarde ! »
La scène qui se déroule sous nos yeux semble ordi-
naire et pourtant...
C’est le soir et la maman de Julien attend que la
nounou arrive afin de pouvoir sortir dans un bar à la
mode avec un ami très proche.
Pourtant, ce n’est pas la nounou qui arrive mais son
fils de dix-sept ans :

34
4

« Lorsque tout vous paraît sombre, n 'oubliez jamais


que ces moments-là sont la préparation des plus belles
expériences en devenir et des plus importantes
transformations » - Les Solaires.

« Ne vous inquiétez pas, maman va arriver je la


remplace en attendant.
OK » dit la jeune femme un peu dubitative. En un
instant, elle balaie d’un revers de pensée les doutes et
interrogations qui commençaient à germer dans son
esprit dès l’arrivée de son ami, laissant Julien et le jeune
homme seuls dans la maison.
Julien n’est pas tranquille, il n’aime pas François, le
fils de la nounou... il le trouve intrusif, autoritaire et pire
que ça, il en a peur.

35
Cette fois François allume la télévision et invite
Julien à venir près de lui.
L’enfant qui ne dit jamais non, obéit et s’installe près
du jeune homme. Le film n’a aucun autre intérêt que de
couvrir les voix des deux garçons au cas où les voisins
entendraient quelque chose.
François ne perd pas de temps, il sait très bien ce qu’il
veut:
« Allez, déshabille-toi, je ne vais rien te faire, juste te
regarder... »
Julien obéit, soumis, tandis que François le caresse
aux endroits les plus sensibles. L’enfant est trop jeune
pour juger si c’est bien ou non selon la morale mais ce
qu’il sait, c’est qu’il n’aime pas les mains longues et
sèches de François sur son corps.
Tandis que le jeune homme se masturbe en caressant
l’enfant, Julien essaie de ne pas penser en se disant que
quelque chose va arriver pour le délivrer.
Malheureusement, les fées n’arrivent pas toujours au
moment voulu comme dans les contes et Julien prend
son mal en patience tandis que François jouit sur
l’enfant.
L’enfant est à présent couché, il ne dort pas mais fait
semblant et il ne dira rien. François lui a bien fait la
leçon :
« Si tu racontes quoi que ce soit, je mettrai le feu à la
maison, tu entends? » ajoute-t-il en secouant le

36
petit Julien terrorisé, comme pour mieux graver en lui
la menace.
Lorsque la maman de Julien rentre de sa soirée, elle
trouve étrange que François soit encore là mais son fils
fait semblant de dormir paisiblement dans son lit... elle
n’a pas envie d’en savoir davantage. Les boissons
alcoolisées ont fait leur effet et elle n’a guère l’intention
de ternir l’instant présent par des suspicions déplacées,
voire imaginaires.
« Pourquoi me montrer cette scène-là? »
Julien est agité mais aucune réponse ne lui parvient.
C’est alors que la même scène se déroule sous ses
yeux avec une variation dans l’histoire:
Les personnages sont les mêmes mais le scénario est
un peu différent. Lorsque le jeune homme demande à
Julien de se déshabiller, l’enfant refuse d’obéir à
François, il lui tient tête tandis que le jeune homme
dérouté laisse tomber sa demande de peur que Julien ne
se mette à ameuter le voisinage.
Il est là devant François mais cette fois il mord
sauvagement la main qui s’approche pour le caresser.
Lejeune homme ne s’attend pas à cette réaction et en
colère, il ordonne à Julien d’aller se coucher tandis qu’il
continue sa soirée devant un film pornographique
proposé par l’une des chaînes de la télévision.

37
Julien, la tête dans les mains, est profondément
choqué.
« C’est quoi tout ça? il s’est passé quoi au juste? »
Aucune réponse ne lui parvient mais une petite voix au
fond de lui susurre :
« Ne pas agir, laisser faire... agir, décider et choisir...
cela t’appartient, que tu sois petit ou grand... en fait tu
avais déjà choisi ce qui allait arriver et comment tu
allais le gérer et une partie de toi savait comment se
passerait cet épisode. Cependant, il y a toujours une
possibilité de changer un scénario. Le temps n’est
qu’une illusion de votre monde et le passé n’existe pas
davantage que le futur. Tu ne fais que rejouer ce que tu
as déjà décidé.
- Je ne comprends pas ou du moins je ne saisis pas
tout ! Est-ce que cela signifie que je pourrais soit rejouer
mon histoire autrement soit l’accepter intégralement
comme elle s’est jouée sans que cela change quoi que
ce soit d’important dans ma vie? »
Toujours pas de réponse comme s’il était important
que Julien la découvre en lui.
Une autre scène très récente défile tout à coup devant
les yeux agrandis de stupeur de Julien.
Cette fois c’est une foule qui se dirige vers un point
que l’on suppose mais que l’on ne voit pas. Toutes les
personnes sont isolées par un masque qui leur couvre
une partie du visage. Personne ne sourit ni ne parle

38
et cette foule mécanique donne une désagréable
impression d’automates dirigés par un marionnettiste
invisible.
« Mais c’est moi, là, au milieu de tout ce monde. J’ai
le même masque et le même costume que tous les
autres. C’est étrange je ne voyais pas ça lorsque je
marchais vers le métro avec toutes ces personnes sans
visage, sans sourire, sans parole. On ressemble à des
robots, c’est vraiment impressionnant de voir ce que
nous sommes devenus en quelques mois et tout cela par
peur.
- La peur, nous y voilà ! Une peur qui divise, qui
sépare, qui isole et vous fait croire que vous êtes de
simples mortels » susurre la petite voix intérieure.
« C’est quand même un peu ça, un virus et nous voilà
en train de tomber comme des mouches... on ne peut pas
dire que nous ayons beaucoup de pouvoir sur tout ce qui
arrive depuis des mois sur cette planète.
Nous n’allons pas discuter de ce qui arrive sur la
planète Terre, reprend la petite voix, ou plutôt nous
allons en parler d’une autre façon.
Sois assuré que lorsque tu laisses les autres prendre
des responsabilités à ta place, tu leur remets un fardeau
sur les épaules mais cela n’enlève rien pour toi. Voilà
trop longtemps que les peuples de la l erre laissent
quelques personnes habiles décider et choisir à leur
place.

39
- Penses-tu que nous aurions dû nous battre ? mais
l’histoire est pleine de guerres qui n’ont jamais rien
changé ni résolu » continue Julien quelque peu per-
turbé.
« Vous battre ne sert pas à grand-chose, vous l’avez
fait tant de fois comme tu viens de le dire. Le combat
contre l’autre est toujours un combat avec soi-même.
Cela peut te paraître hermétique mais réfléchis et tu
verras combien l’autre ressemble à une partie de toi que
tu renies ou que tu refuses de considérer tant tu la
détestes.
Celui qui te surveille, celui qui te dénonce, celui ou
celle qui t’attaque c’est toi, encore toi, toujours toi sous
divers aspects, sous diverses formes et le combattre ne
servira qu’à infecter davantage la blessure...
Comprends-tu ce que cela signifie?
- Je peux imaginer un instant ce que tu dis mais je
n’ai pas envie d’aimer cette partie de moi qui me semble
tellement infidèle.
- Tellement infidèle ou tellement seule et non aimée
?
- Alors, que proposes-tu ?
- Rien, je ne peux rien te proposer, ni en un weekend
ni en quelques tours de magie. Seul toi peux le faire et
peu importe la façon dont tu le feras ce n’est pas sur
cela que tu te jugeras.

40
Cesse de croire qu’il y a de bonnes choses et de
mauvaises, des justes et des injustes. Il y a ce qui est,
c’est tout! Aucun être vivant ne peut juger du bien-
fondé des évènements bénéfiques pour certains et
nuisibles pour d’autres. Votre désir d’unité n’est encore
qu’embryonnaire même si vous pensez le contraire.
Seule votre âme sait ce qui est juste pour vous et juste
ne signifie pas agréable ou désagréable. Ce sont des
notions secondaires qui ne peuvent entrer en ligne de
compte.
- Est-ce que cela signifie que se faire plaisir est sans
intérêt?
- Non, bien entendu, car s’aimer permet d’aimer mais
ce n’est pas un critère de choix... »
Julien semble perplexe et tout à coup se met à rire d’un
rire franc et léger qui s’élève comme un chant d’oiseau
dans un matin où le ciel hésite entre le blanc et le rose.
« Je crois que je commence à comprendre... »
La voix familière continue:
« Cette fois nous allons regarder les épisodes de ta vie
où surtout tu souhaitais ne pas prendre de décision ni
t’encombrer de responsabilités.
- Je n’ai pas vraiment envie de retourner vers mon
passé. »
Mais Julien n’a pas le temps d’en dire davantage.

41
5

« Celui qui doit vivre survit même si tu


l'écrases dans un mortier »
- Proverbe africain.

Il se retrouve brusquement devant l’imposante grille


ouvragée d’entrelacs en fer forgé. C’est l’entrée de la
propriété des parents d’un étudiant qui a invité toute sa
promotion pour son anniversaire.
Julien se sent mal à l’aise... il avait essayé d’oublier
mais cette fois les évènements ressurgissent les uns
après les autres.
Il a vingt ans et la soirée commence joyeusement. Des
serviteurs zélés passent d’un invité à l’autre avec des
canapés appétissants et colorés tandis que le
champagne et le vin coulent à flots. Il fait chaud ! ( ’est
le début de l’été et la fin des cours.

43
Les allées du parc sont bordées de plantes aux odeurs
suaves et envoûtantes et d’arbres mis en valeur par des
lumières savamment placées à leurs pieds. La soirée
continue avec des vins fins et des cigarettes qui
circulent de l’un à l’autre.
Contrairement à son habitude, sans doute avec l’aide
de l’alcool et de quelques substances étranges, Julien se
sent léger, joyeux et sans réserve. Il pense peu, il plane.
Il trouve la jeune fille à côté de lui charmante. Elle est
jolie et drôle et n’est pas insensible au charme de ce
grand garçon blond aux yeux bleu gris.
La nuit avance et les couples se forment, s’éparpillant
dans les bosquets tandis que l’orchestre payé pour
l’occasion continue de jouer pour les quelques danseurs
qui s’obstinent sur la piste.
Julien aime l’odeur de la peau de sa partenaire et,
cachés par un bosquet, les deux tourtereaux vivent un
moment d’extase.
Tania et Julien sont encore ensemble quand l’aube se
lève et que peu à peu les couples récemment formés
quittent les lieux.
« Mais pourquoi me montrer cette scène ça fait bien
longtemps que j’ai oublié cette fille et je n’ai guère
envie de m’en souvenir. »
La voix connue répond, avec une pointe d’humour:

44
« Bien des humains sont comme toi et préfèrent
oublier certains moments de leur vie et pourtant... ce
sont justement ces moments-là qui, profondément
enfouis dans votre mémoire, détruisent votre corps.
Crois-tu vraiment que le fait d’oublier guérisse une
histoire?
Rien jamais ne s’efface, tu peux pourtant guérir la
blessure qui est derrière un événement avant qu’elle
n’atteigne ton corps physique et ne te fasse souffrir.
- De quelle blessure parlez-vous? Je ne vois pas du
tout de quoi il s’agit.
-Alors dis-moi pourquoi ce souvenir t’indispose tant?
Regarde encore un peu et tu vas mieux comprendre. »
À nouveau Julien se retrouve dans la scène de ses
vingt ans.
Il est dans un amphithéâtre, Tania à ses côtés. Le
jeune couple semble très amoureux jusqu’à ce que lania
chuchote quelques mots à l’oreille de Julien.
En un instant le regard du jeune homme s’assombrit
et il se lève suivi de Tania, s’empressant de quitter les
lieux. La jeune femme tente vainement de s’accrocher
à lui tandis qu’il s’éloigne d’elle à grands pas :
« Je pensais que tu serais heureux d’apprendre la
nouvelle. Ne t’inquiète pas on va se débrouiller.
Tu es complètement folle, tu crois vraiment que je
veux être père à mon âge? Je n’ai jamais envisagé

45
de l’être. Écoute, il vaut mieux qu’on se sépare ou que
tu te fasses avorter. »
Le ton est péremptoire et ne laisse aucune place à la
discussion.

Le Julien d’aujourd’hui est désespéré:


« Bien sûr que je me souviens de tout... Tania n’a pas
voulu avorter, ses parents l’ont fichue dehors et elle a
erré comme une malheureuse de chambres d’amis en
chambres d’amis jusqu’à l’accouchement. C’est un de
ses cousins qui me l’a raconté me disant qu’elle
m’aimait encore.
Pour moi, j’étais dans l’incapacité d’assumer le rôle
de mari et encore moins de père. J’ai toujours refusé de
la revoir. J’ai su que plus tard elle avait trouvé un
homme qui l’avait épousée. Cela m’a rassuré mais j’ai
voulu oublier... »
La petite voix s’immisce en lui :
« Bien sûr, tu peux essayer d’oublier mais ton corps
n’oublie pas que par désir de ne prendre aucune res-
ponsabilité tu as chargé plus lourdement une jeune
femme et que quelque part une jeune fille porte en elle
un peu de toi.
- Et alors je fais quoi avec tout ça? » interroge Julien
sincèrement mal à l’aise.
« Rien, tu as juste besoin de te réparer et de trouver
comment le faire. »

46
Julien, désespéré, semble au plus mal et reprend
encore une fois la position du lotus qui, même si elle
est imparfaite, semble l’aider à se centrer. Il ferme les
yeux et respire profondément comme s’il connaissait le
principe, lui qui n’a jamais médité ni fait de yoga.
C’est alors que devant ses yeux fermés apparaît une
toute jeune fille menue et délicate. Elle est mince et
longue, blonde et paraît si fragile.
« Qui es-tu? Que veux-tu? » murmure Julien au plus
mal.
« Je ne veux rien ne t’inquiète pas, je voulais juste te
rencontrer... cela fait si longtemps que je voulais le
faire. » répond la jeune femme avec douceur.
« Mais on ne se connaît même pas ! écoute je suis
perdu, je ne sais pas où je suis, ce que je fais ici, ni
pourquoi tu es là, mais peut-être pourras-tu m’expli-
quer. »
Devant la paix qui se dégage de l’ange blond, Julien
reprend peu à peu ses esprits.
« Je suis un peu de toi! continue l’enfant sans se
départir de son calme, j’attendais juste le bon moment
pour te rencontrer. Je ne suis plus sur Terre depuis deux
ans déjà. Un accident de voiture a terminé ma vie
terrestre.
l u m’as conçue alors que tu n’étais qu’un étudiant, l
’avais très envie de faire ta connaissance. »

47
Julien se sent désarmé :
« Tu es l’enfant que j’ai refusé?
- On pourrait dire ça, mais je ne t’en veux pas et si je
suis ici, ce n’est pas pour te reprocher quoi que ce soit.
Chacun fait ce qu’il peut et cette vie ne nécessitait pas
notre rencontre physique... J’ai eu un père adoptif
aimant et qui aime ma mère. Ma vie a été facile et je
n’ai manqué de rien, pas même de toi puisque j’ignorais
ton existence jusqu’au jour où une tante de ma mère a
suggéré à mi-mots que mon père n’était pas mon père.
Je ne l’en ai pas moins aimé, c’est lui qui m’a tout
appris, qui m’a consolé quand j’en avais besoin et qui
m’a montré comment me tenir debout. J’avais juste
envie de savoir de qui je tenais certains traits physiques
et aussi ce caractère curieux de tout.
Tu sais, continua la jeune fille d’un ton enjoué, dans
la vie il y a des contraintes et des êtres qui paraissent
nous compliquer la vie et pourtant ce sont bien souvent
ceux-là, que ce soit un animal, un enfant, un partenaire,
une relation qui donnent un sens à notre vie, un sens que
certains appellent “amour” même si ce mot ne veut plus
dire grand- chose aujourd’hui. Ne te prive pas de
l’amour sinon tu flétriras, non pas à cause de la
vieillesse de ton corps, mais à cause de la sécheresse de
ton cœur qui a besoin de respirer un autre air. »

48
Julien recroquevillé, la tête sur les genoux, pleure.
« Je suis tellement désolé, crois-moi et maintenant
que faire, retrouver ta mère ?
- Je ne pense pas que ce soit une bonne idée.
L’homme qui nous a aimées et nous aime toutes les
deux fait ce qu’il faut pour qu’elle guérisse peu à peu
de la tristesse de mon départ. Il est bon, et surtout il
l’aime. Elle commence tout juste à reprendre pied.
- Reste encore un peu... quel est ton nom ?
- Je m’appelle Aude... je ne peux pas rester plus
longtemps, la pesanteur de la Terre ne m’est pas
favorable en ce moment. Elle est trop dense pour mes
corps. »

49
6

Ne luttez pas, agissez pour que n 'arrive


pas l'inconcevable, la souffrance sur
Terre n 'est pas une fatalité. » - Les
Solaires.

La jeune fille blonde s’approche de son père géné-


lique et délicatement lui dépose un baiser au creux de
la joue tout en laissant tomber entre ses mains un pétale
de rose en signe d’amour.
Tandis que peu à peu sa silhouette diaphane s’efface.
La petite voix s’immisce dans la tête de Julien: « Tu
vois où te mène la non-action... cela n’existe pas sur la
planète Terre. Le Rien ne veut pas dire grand-chose car
Tout a une conséquence, même la non-action.

51
- Arrête ! bientôt tu vas me rendre responsable de
tous les maux de la planète et dieu sait s’il y en a en ce
moment. »
Julien ne joue plus, il n’aime guère non plus le rôle
qu’il a joué depuis si longtemps.
« En quelque sorte oui, tu es responsable ni plus ni
moins que chacun des habitants de cette planète. Vous
ignorez bien souvent combien vous êtes reliés. Vous
pensez être indépendants et considérez souvent les
actions de l’autre comme inadéquates voire nocives.
Vous vous permettez même de juger. »
La petite voix fait résonner un rire franc et joyeux
tandis qu’elle continue :
« Vous êtes étroitement reliés les uns aux autres et
votre monde est à l’image de ce que vous êtes à l’in-
térieur de vous. Ce que tu penses, ce que tu dis, ce que
tu fais crée une incidence sur toute la vie terrestre et
aussi sur les autres plans de conscience.
- Arrête ! souffle Julien qui semble à bout de tout ce
qu’il entend ».
La voix imperturbable continue :
« Par exemple lorsque tu penses ne rien faire donc
n’avoir aucune responsabilité dans ce qui se passe, le
simple fait de laisser faire est une action importante.
Je te donne un exemple : la dernière fois, tu as assisté
à un conflit entre un vieil homme et deux jeunes

52
gens. Tu t’es bien gardé d’intervenir par peur, mais si tu
n’avais pas eu peur du conflit, même sans intervenir
physiquement, tu aurais pu envoyer une onde de paix
envers ces personnes... l’histoire aurait été différente.
Dire “je ne veux pas m’en mêler” est un constat de
peur car même ça, est un acte qui a ses conséquences.
La peur inonde votre monde et vous maintient dans une
matrice qui vous étouffe peu à peu. Votre plus grande
peur est la peur de la mort. Vous avez simplement
oublié que la mort n’existe pas et que vous êtes
immortels. C’est de cela aussi dont il faut vous réveiller.
»
Julien qui, jusque-là, avait courbé le dos vers les
genoux, assis en demi-lotus relève la tête et regarde dans
le lointain :
« Ne rien faire c’est donc faire? » demande-t-il avec
l’envie sincère de comprendre.
« Il est facile d’être un méditant ou un non agissant, il
est facile de se retirer du monde comme si ce dernier ne
nous concernait pas. Beaucoup de Terriens prennent
cette attitude parce que, devant le monde qu’ils ont créé,
sans même s’en rendre compte, ils sont déçus voire
terrorisés et ne veulent plus y participer.
Tous les habitants de Terra sont, tour à tour des ter-
roristes, des tyrans, des dictateurs, des moutons, des

53
esclaves mais aussi, des amoureux, des inspirateurs, des
êtres généreux. Ils ont créé ce monde qui est aussi le
tien à leur image et être inactif ou irresponsable n’a
aucun sens...
Votre corps est intimement relié au corps de Terra.
C’est une loi de l’univers. Il vous est demandé d’aimer
l’un et l’autre.
Tous et toutes avez votre rôle à jouer. Vous êtes des
acteurs, des actrices d’un monde qui se cherche et qui,
en ce moment précis, prend son envol.
La Terre est en pleine mutation, à vous de jouer et ce,
sur tous les plans. Vous êtes revenus pour vivre ce
moment-là. Nous sommes prêts à vous aider. »

Je me souviens en cet instant des paroles de nos


enseignants de lumière :
« Vous n’êtes pas des corps qui ont une âme mais une
âme qui a pris un corps pour expérimenter la matière. »

« Que faire alors? » demande Julien en plein ques-


tionnement et cette fois désireux d’entendre.
Le « Que faire? » revient curieusement dans son
discours, lui qui précisément n’avait jamais voulu
s’impliquer dans quoi que ce soit ni avec qui que ce soit.
Cette fois ce n’est pas la petite voix qui lui répond mais
un être qui s’approche de lui, à l’appa

54
rence presque androgyne. L’être au visage d’une
finesse inouïe a quelque chose en lui de plutôt féminin.
La silhouette parfaitement proportionnée d’environ
1,60 mètre avance avec tranquillité vers Julien. Ses
vêtements, une tunique aux couleurs irisées et un
pantalon fluide, semblent presque faire partie de son
corps.
Une voix douce et ferme à la fois s’immisce dans
toutes les cellules de celui qui écoute. À chaque mot
prononcé par la jeune femme, Julien semble illuminé de
l’intérieur comme un appareil qui ondoie et se colore
selon les fréquences sonores envoyées :
« Cela est-il si important pour toi que je sois homme
ou femme ? » interroge la voix douce. Je suis une
femme sur ma planète mais cela n’a aucun intérêt par
rapport à ce que je veux te montrer. Regarde ! »
Et tandis que l’être d’un autre monde ouvre la paume
de la main en direction d’un mur blanc, la pièce tout
entière se trouve noyée dans la lumière. Une lumière
vivante qui peu à peu laisse place à des scènes qui se
succèdent rapidement.
« Regarde avec attention... » intime la voix avec
calme. Des scènes qui se déroulent en ce moment même
sur Terre apparaissent tandis que Julien semble scotché
à ce qui apparaît sous ses yeux. Il n’est plus spectateur
extérieur d’un film mais acteur, au milieu du décor et
des évènements.

55
Une forêt amazonienne prend feu, ce n’est pas un petit
feu mais un incendie qui se propage partout aux
alentours, qui atteint les villages et fait fuir les habitants
et les animaux.
Julien est parmi eux, il est l’un d’eux, il court sans
savoir où se réfugier. Il a les pieds nus, il laisse le peu
qu’il a derrière lui, il est habité par la peur et la colère.
Une haine l’envahit, il sait que cet incendie est
volontaire, provoqué par les blancs qui eux aussi
cherchent à survivre. Ce n’est pas à eux qu’il en veut
mais à ces entreprises géantes qui contrôlent le monde
et éliminent ceux qui sont sur leur chemin.
Julien est assis, essoufflé, hors d’atteinte des flammes
pour un peu de temps. Il ne sait pas où aller. Le plus
proche village est à des kilomètres et eux non plus n’ont
rien.
Il y a peu, des acheteurs ont pris l’eau qui était sur
leurs terres. Les Indiens n’avaient aucun acte de pro-
priété... maintenant ils doivent vendre leurs objets
sacrés pour gagner un peu d’argent afin d’acheter cette
eau qui a toujours été la leur.

Je ne peux m’empêcher de penser à ce voyage au


Brésil où, un soir, je suis emmenée par des amis à une
rencontre. Il fait chaud et la soirée s’annonce joyeuse,
pourtant en moi quelque chose me dit que ce ne sera pas
aussi simple. En effet nous arrivons

56
dans un espace extérieur où un groupe de danseurs se
prépare. Ce sont des Indiens d’Amazonie et j’ai envie
de les approcher, de communiquer avec eux.
Un ami me traduit, je leur demande d’où ils viennent
et quel est le sujet du spectacle. C’est alors qu’à travers
leurs explications, je comprends l’inénarrable: ils sont
venus de loin pour vendre leurs objets précieux destinés
aux rituels. Ils sont sur des terres où l’eau est pure, des
entreprises sont venues et ont pris l’eau pour la mettre
en bouteille et la vendre et exigent d’eux qu’ils
rachètent leur eau qui était la leur. Je n’en crois pas mes
oreilles.
L’homme qui me parle est un chef.
« Si tu la veux je te propose ma coiffe, mais avant je
vais danser, je la porterai pour qu’elle soit chargée de
bienfaits. »
.le ne savais que faire... mon cœur était lourd, j'ac-
ceptai me disant que cette coiffe me relierait à ce peuple
et leur donnerait un peu d’argent.
Dans les paroles du chef, il n’y avait aucune haine,
seul un constat.

La scène s’efface et Julien change de décor et


d'histoire.
Il fait partie d’une minorité spirituelle et il sait qu’un
jour ou l’autre l’état les pourchassera et vou- tliii se
débarrasser d’eux. Il ne sait pas exactement

57
pourquoi mais ce qu’il sait avec certitude, c’est que ce
pays-là n’aime pas les gens qui pensent par eux- mêmes
au lieu d’obéir aux règles et aux ordres.
Il célèbre et enseigne aux siens mais, au fond de lui,
il sait qu’il dérange et que cela ne pourra pas continuer.
Il est désemparé et ne sait pas où conduire son peuple.
Il ne veut pas semer la peur mais ce jour-là, il a un
mauvais pressentiment. Il vient de terminer son
enseignement suivi d’exercices qu’il sait bénéfiques au
corps et à l’âme.
Dehors il pleut, le ciel est plombé d’une couleur grise
comme la mort. La cérémonie vient de s’achever, les
fidèles sont partis regagner leur habitation sommaire. Il
prie, il sait, il a une prémonition !
A peine a-t-il fait quelques pas dehors que des soldats
l’empoignent sans ménagement et avant que qui que ce
soit n’ait eu le temps de réagir, il est emmené dans une
voiture qui un peu plus loin, hors de vue des habitations,
s’arrête sur le bas-côté. Il sait ce qui l’attend... Le
lendemain dans un journal local un entrefilet fera
mention de son assassinat par de jeunes voyous.
Julien est tremblant, paniqué :
« Pourquoi me montrez-vous cela? qu’est-ce que cela
signifie? quel rapport avec moi? »
Aucune réponse ne lui parvient tandis qu’il est projeté
dans un lieu aride, un désert où un homme

58
s’évertue à planter des graines qui sans doute ne
pousseront jamais.
L’homme est penché vers le sol et tient dans ses mains
ce qu’il considère comme un trésor. Ses mains
décharnées sont celles d’un homme de couleur et, dans
ses paumes, il a quelques graines. Une case un peu plus
loin doit être son habitation. Un zoom sur la case nous
montre les habitants : une jeune femme décharnée
essaie vainement de donner le sein à un bébé très
maigre. Les deux semblent épuisés.
L’homme de couleur se redresse tout à coup et tourne
son regard vers nous.
Un choc... Il a le visage de Julien et demande aux
dieux qu’un peu d’eau vienne sur ses terres.
Julien se recroqueville sur lui-même, il n’a qu’une
envie en cet instant c’est de disparaître, lorsque la voix
paisible de l’Etre féminin s’insinue en son âme.
« Cet homme c’est aussi toi, chacun de vous est
contenu dans l’ensemble de votre peuple terrestre. Vous
pourriez tous bénéficier de nourriture saine et de
logements salubres si vous n’aviez pas la crainte des
dictateurs et si vous aviez éradiqué en vous le dictateur
qui y règne encore. La conquête, le pouvoir sur l’autre
vous empêchent de vous unir.
Il n’est pas question de votre rôle ou de votre couleur
ni de votre sexe, ou de vos croyances, peu

59
importe, sachez simplement que vous êtes tous reliés.
Tu es dans tous ceux qui régnent et aussi dans tous ceux
qui souffrent, le comprends-tu ?
-Je ne sais pas si je comprends mais ce que je sais,
c’est ce que je ressens. Ce que nous faisons ou ne
faisons pas, crée notre monde et les iniquités qui
existent... Ai-je bien compris?
- Vous pouvez agir ou non mais ce qui fera toute la
différence est l’énergie qui est derrière votre action ou
votre non-action.
Je te donne un exemple, continue la voix : tu peux te
retirer dans une grotte et méditer toute la journée parce
que tu n’aimes pas le monde et que tu ne souhaites plus
y participer.
Tu peux aussi te retirer et méditer parce que tu aimes
le monde et ses habitants et que c’est ton moyen d’aider
en envoyant de la lumière bien que... ajouta en riant
l’être féminin, le moment n’est pas le plus propice pour
se retirer du monde. »

60
7

« La loi d’amour... fait que chacun sent en


soi l'immense unité humaine et devient fort
autant que tous ensemble. » —
Chateaubriand.

La jeune femme ouvre à nouveau la main tandis que


défilent d’autres scènes.
Des émeutes en Europe, des fusillades aux États- Unis
d’Amérique, des foules en colère et parmi eux, Julien
qui manifeste avec toute sa hargne contre l’injustice de
plus en plus évidente qui impose ses lois et sa dictature.
Il est parmi les étudiants puis avec les médecins, les
avocats, les petits commerçants, les mal soignés et tous
les laissés pour compte. Il est ceux et celles qui les
défendent. Il est chacun de ces êtres bafoués,

61
critiqués... il est de ceux aussi qui savent défendre une
juste cause... il fait aussi partie de ceux qui dirigent, qui
oppressent, qui terrorisent, qui pillent et affament.

Julien est submergé devant tout ce qui lui est montré


:
« Je suis le pire et le meilleur, celui qui aime et celui
qui fait souffrir. C’est terriblement culpabilisant ! »
La voix de la jeune femme d’un autre monde lui
souffle :
« La colère doit devenir un moteur de transformation.
Si toi et les autres habitants de Terra continuez à être en
colère, vous vous empêchez d’accéder à ce qui fait
votre puissance : votre âme et votre esprit.
Sans eux, vous ne ferez que donner du pouvoir à vos
adversaires qui se nourriront de vos énergies qu’ils ont
eu l’intelligence de provoquer. Vous mettrez en place
des êtres contre lesquels vous luttez et vous créerez
précisément un monde dont vous ne voulez plus. »
Les scènes se sont effacées et Julien est là impuissant.
« Alors si je ne fais rien, je suis responsable de ce qui
se passe dans le monde et si j’agis, c’est encore la même
chose. Vous vous fichez de moi... »

62
Aucune réponse ne vient et dans le silence pesant, un
simple son émané d’on ne sait où, a pour effet d’apaiser
Julien qui tout à coup s’écroule en larmes.
11 balbutie :
« Je suis désolé, je ne sais plus que faire ou ne pas
faire, je suis perdu.
- Cela ne sert à rien d’être désolé, voyons plutôt la
suite de l’histoire des humains. Je suis le porte-parole
d’un groupe d’êtres d’autres mondes dont l’objectif est
d’aider l’humanité à laquelle tu appartiens. »
La femme est là juste devant lui. Sa présence est
rassurante et il en émane de l’espoir. Elle continue :
« Nous avons, il y a plusieurs de vos années, en
accord avec les seigneurs du Karma, et avec la
Hiérarchie, décidé de retarder des évènements qui vous
auraient complètement déstabilisés.
Ce laps de temps supplémentaire qui a duré une
centaine de vos années devait vous permettre de vous
rendre plus conscients de vos possibilités.
Aujourd’hui nous ne pouvons faire davantage mais
vous êtes prêts et malgré les apparences qui semblent
défavorables, nous pensons que vous allez réussir.
- Réussir à quoi exactement ?
- Réussir à vous libérer de la peur et du condition-
nement qui vous a été inculqué depuis un grand nombre
de vos années terrestres.

63
- Un conditionnement de quel ordre et par qui? »
s’enquiert Julien de plus en plus attentif et intéressé
autant qu’inquiet.
« Vos dirigeants dont vous ignorez complètement
l’existence vous ont fait croire que vous deviez obéir à
des lois, à des règles qu’ils ont créées et dont eux-
mêmes s’affranchissent aisément. Ils vous suggèrent
que si vous ne le faites pas, vous serez punis d’une
façon ou d’une autre. Soit vous serez incompris de vos
proches et de ceux qui obéissent, soit vous serez hors de
la société et vous perdrez votre appartenance à un
groupe. Vous vous retrouverez seul ou du moins, le
croirez-vous. Vous résisterez un temps puis, si vous
n’avez pas repris votre propre pouvoir, vous rentrerez
dans les rangs par manque de résistance et par peur de
la solitude.
La haine ne vous sert pas, ce n’est pas d’elle dont vous
avez besoin, elle vous fait croire que vous avez du
pouvoir alors qu’elle ne nourrit que votre ego et
alimente des entités du bas astral dont vous vous
éloigneriez si vous les connaissiez.
Votre monde est encore soumis aux règles de la
troisième dimension. Sais-tu ce que cela signifie? »
Julien hoche négativement la tête tandis que la voix
continue :
« Cela signifie que vous êtes au niveau de votre
troisième chakra, celui qui gère les émotions. Ces

64
dernières gèrent votre monde parce que vous ne saviez
pas comment les apprivoiser. C’est le moment
d’apprendre à les mettre à votre service et non l’inverse.
Soyez les maîtres de vos pulsions, de vos peurs. Vous
ne réussirez pas à les étouffer et ce n’est pas l’objectif.
Vous pouvez cependant les comprendre et les diriger
dans la direction que vous souhaitez. »

En écoutant ces paroles, je me remémore une réponse


attribuée au Dalaï-Lama auquel un journaliste
demandait:
« Vous n’avez pas de haine pour les chinois après tout
ce qu’ils vous ont fait à vous et à votre peuple. Pourquoi

La réponse fut la suivante :
« Ils nous ont déjà pris nos biens et nos corps, vous ne
voudriez pas que je leur donne aussi mon âme. »

65
-
8

« La responsabilité de chacun implique


deux actes : vouloir, savoir et oser dire. »
- L’abbé Pierre.

Julien écoute avec le plus grand intérêt les paroles de


l’Être des étoiles. Sa colère et son impuissance ont
laissé la place, pour la première fois, au désir d’agir
vraiment.
« En quoi suis-je responsable de l’état de la planète?
Que puis-je faire? »
L’Être sourit tandis qu’une nouvelle fois il ouvre la
main sur ces simples mots :
« Regarde ! »
Julien est dans un endroit qui ressemble à une île mais
cette île est constituée de déchets, de plastique, de
détritus en tous genres. En fait c’est une île

67
décharge à ciel ouvert. Des formes informes flottent,
Julien distingue un poisson mort gueule ouverte de
laquelle dépasse du plastique, puis une tortue morte,
elle aussi emprisonnée dans des filets...
« Tu te trouves sur le 7e continent de ta planète Terre.
L’île aux déchets : Plus étendue que la France elle a une
épaisseur de 30 mètres de déchets sur une superficie de
3.43 millions de kilomètres carrés, disent vos experts.
- Ne me dis pas que je suis aussi responsable de cette
horreur !
- Tu es un consommateur Julien. As-tu déjà pensé à
tout le plastique que tu achètes lorsque tu vas dans ton
supermarché: les barquettes, les films plastiques, les
brosses à dents, les rasoirs jetables, les verres en
plastique, les bouteilles d’eau et tout ce qui contient des
polluants dont jusqu’à présent tu ne t’es jamais soucié...
Tu n’es pas seul dans ton cas à penser que les élus
devraient agir à votre place.
Aujourd’hui il est indispensable, si vous ne voulez pas
courir à la catastrophe, de reprendre votre pouvoir,
d’accepter votre responsabilité et de ne pas attendre que
qui que ce soit fasse les choses à votre place.
Vos sociétés, telles qu’elles ont été conçues, ont fait
de vous des travailleurs efficaces qui n’ont plus

68
le temps de penser. Même vos loisirs sont organisés,
programmés. On vous demande juste d’être compétents
jusque dans vos jeux et bien sûr d’être les meilleurs.
Vous cherchez la compétition et vous en oubliez la
solidarité.
Un mégot écrasé sur le sol, un papier oublié, un verre
en plastique qui traîne dans un coin ne semble pas faire
la différence et pourtant... »

La voix s’est tue tandis qu’une nouvelle scène se met


en place. Encore une fois, Julien est au milieu d’une
foule de manifestants mais, cette fois, ce n’est plus la
colère qui domine l’énergie du groupe mais la
détermination. Une onde puissante émane des
participants. Ils sont comme une vague déferlante qui
envahit tout, sans colère, sans violence. Une énergie
forte, agissante que rien ne peut arrêter.
La voix reprend :
« Comment te sens-tu Julien?
- Je n’ai plus peur, je ne suis plus en colère, je sais
parfaitement ce que je veux et ce que je ne veux plus.
Je me sens solide et aucune menace ne peut m’atteindre.
- En effet, elles ne pourront plus t’atteindre et le
nombre fera que peu à peu tomberont les structures
inadéquates. Les personnes qui les dirigent disparaî-
tront elles aussi.

69
Soyez convaincus que le monde est à votre image.
Les changements que vous mettrez en place en vous et
autour de vous font partie de la solution.
Le moment du grand changement est venu. Sans cela,
votre planète ne sera plus qu’un désert et vos habitants,
des nomades errants à sa surface.
Pose-toi à présent cette question : qui est derrière vos
manifestations et vos révolutions? »
Julien ne répond pas.
« Des financiers, des politiciens, alimentent la plus
grande majorité d’entre elles selon un plan bien
déterminé et des répercussions que vous ne pouvez
imaginer. La Terre est pour ces êtres un grand espace
de jeux de pouvoir.
Lorsque tu auras une vision plus claire de cela tu
n’auras qu’une envie: accomplir avant toute chose une
révolution intérieure.
- Je crois que j’ai besoin de repos. Je me sens fatigué...
tellement, tellement... »
Julien semble dormir tandis que, tout en bas dans un
hôpital, une jeune infirmière passe lui donner quelques
soins tandis qu’il s’agite et parle de manière confuse. Il
aimerait ouvrir les yeux sur un univers différent où tout
serait beau et paisible mais la petite voix qui lui parle à
l’oreille ne semble pas de cet avis.
« Allez Julien, réveille-toi et cesse de rêver à un
monde meilleur. À toi de le construire ! Il n’est pas

70
question d’améliorer un monde mais de créer un autre
monde. »
Les yeux grands ouverts, Julien est toujours dans cet
espace blanc où viennent le visiter des êtres bien-
veillants.
La femme d’autres mondes lui sourit. Il se sent bien
avec elle. Il apprend tellement qu’il aimerait poursuivre
et voir encore et encore d’autres scènes qui
déconstruisent ses principes anciens pour les remplacer
par la Vie.
En fait, il se sent vivant pour la première fois.

« J’ai encore d’autres scènes à te faire vivre », dit la


belle extranéenne, d’une voix chantante. La paume de
la main ouverte, Julien s’attend au pire mais cette fois,
il veut savoir.
Julien est là au milieu d’une centaine de poules
emprisonnées dans des espaces minuscules. Les
volailles se marchent les unes sur les autres, elles
montent sur les cadavres de leurs consœurs et leurs
déjections remplissent le lieu. L’odeur est insoutenable.
« Mais où sommes-nous? supplie Julien, sortez- moi
de là!
- Tu es dans un des nombreux camps de concentration
pour animaux qui régnent sur la planète Terre. Ici ce
sont les camps des poules pondeuses.

71
- C’est sordide! Ne me dis pas que je participe aussi
à ça?
- Bien entendu ! Tu y participes comme beaucoup
d’entre les tiens.
Tu achètes des œufs sans te préoccuper de leur
provenance. L’important pour toi c’est qu’ils coûtent le
moins cher possible n’est-ce pas?
- OK, j’ai compris, n’insiste pas et tire-moi de là s’il
te plaît.
- Avant de revenir dans ton lieu confortable, regarde
encore un peu.
Julien a quitté le camp de concentration aviaire mais
cette fois, il se trouve dans un camion qui fait monter
avec brutalité des petits veaux destinés à l’abattoir. Il
fait une chaleur à crever dans le container et les bébés
pleurent de peur et de soif.
Leurs mères savent qu’elles ne reverront plus leurs
petits et des calmants leur sont administrés pour
qu’elles arrêtent de beugler et d’indisposer le voisinage.
« Chez vous, il est question de manger du veau et
même du veau sous la mère. J’ai mis du temps à
comprendre ce que cela signifiait et puis j’ai su.
Dis-moi Julien tu manges bien de la viande? »
Julien baisse la tête. Il ne veut pas répondre. Elle sait
bien que oui. Il ressemble en cet instant à un enfant qui
vient de comprendre ce qu’il a fait.

72
« La culpabilité ne sert à rien si ce n’est à te rendre
malheureux. Si, excuse-moi, elle a une utilité, celle de
te donner l’envie de changer ta vie. »
Tout à coup la scène change et Julien patauge au
milieu des cochons.
« Ne t’inquiète pas, tu ne resteras pas dans cet endroit,
mais lorsque tu manges du jambon ou d'autres mets du
même genre, prends conscience que ces animaux si peu
considérés sont en fait très proches de l’humain par leur
constitution. Ils ont une intelligence vive et
comprennent vite ce que l'humain veut d’eux.
Un gros cochon poilu arrive alors vers Julien qui
stupéfait entend :
« Toi, homme, tu nous considères très bas dans ton
échelle de valeurs et pourtant nous sommes plus
proches de toi que tu ne le penses (2).
Tu as plaisir à manger notre chair, tu as plaisir même
à entendre nos cris lorsque tu nous tues. Notre guide
nous a montré qu’entre vous aussi, vous vous torturez
et vous vous tuez lors de vos guerres ou dans vos
camps. Vous aimez torturer les vôtres.
Vos guerres ne s’arrêteront que lorsque vous cesserez
de nous tuer, de nous manger car par notre chair et notre
sang vous avalez nos peurs et nos souffrances dont vous
vous débarrassez difficilement et qui influencent vos
actes et vos pensées. »

73
Sur ces paroles, le cochon continue sa route en
bousculant Julien avec un grognement caractéristique.
« Oh non... je deviens fou! Si maintenant, les cochons
me parlent où allons-nous? »

74
9

« La souffrance sur Terre n 'est pas une fatalité.


Elle est une injure à la beauté qui fait partie
intégrante de chacun de vous. » - Les Solaires

La voix douce reprend :


« Tout ce qui porte vie a un langage. Les humains
croient être les seuls êtres intelligents de la planète
lerre. Ils en sont surtout les plus grands prédateurs, lout,
absolument tout a une intelligence, même la moindre de
vos cellules vous parle mais vous n’en- lendez pas, vous
ne comprenez pas. Votre orgueil vous fait croire que
vous détenez l’intelligence mais sais-tu qu’il y a
plusieurs sortes d’intelligences et que celle du cœur n’a
guère la meilleure place parmi vous.

75
Vous avez développé en priorité votre mental en
oubliant que le mental vous ment et qu’il est devenu
votre maître alors qu’il aurait dû n’être qu’un serviteur...
»
Ces mots de la jeune femme d’outre-espace ne
contiennent aucun reproche, pas même un jugement,
juste beaucoup de compassion.
« Que puis-je faire? » demande Julien avec sincérité.
« Fais avec le peuple animal ce que tu ferais avec tes
meilleurs amis. As-tu un jour pensé à manger l’un de tes
amis?
- Bien sûr que non » dit avec sérieux Julien qui
entrevoit une solution.
Il continue :
« Je n’ai pas beaucoup d’amis mais je compte bien
changer ça aussi. »
La petite voix qui s’était montrée silencieuse depuis
un certain temps murmure à son oreille :
« Attends un peu tu n’as rien vu encore... as-tu pensé
aux chiens ébouillantés pour servir de repas lors d’une
fête en Chine, et à tous les animaux torturés juste parce
qu’ils ont une belle fourrure?
Sur Terre, ceux à qui vous avez donné votre pouvoir
vous ont fait croire que vous pouviez être plus beaux et
plus belles en vous entourant de fourrures aux prix de
souffrances inouïes et vous l’avez cru.

76
Sans même en avoir conscience, vous ne portez que de
la souffrance et de la mort.
Dans nos mondes, cela ne nous viendrait pas même à
l’idée. Nous connaissons les vibrations et nous les
voyons. Nous nous demandons encore comment vous
pouvez porter ces vibrations nocives sans être malades.
En fait, vous êtes malades, que ce soit physiquement
ou psychiquement. Vous vivez peu de temps et ce
temps est souvent fait de maladie et de souffrances. » se
moque la petite voix tandis que Julien pense à ses
vêtements bon marché, à ses chaussures en cuir, à sa
sacoche en cuir, à ses œufs de poules d’élevage, à ses
jambons et à ses croque-monsieur avalés à la va-vite
sans aucune conscience des drames qui se jouent
derrière tout ça.
« Parlons-en, des vêtements bon marché remplis de
vos pesticides nuisibles pour vous les humains qui les
portez mais aussi pour ceux qui récoltent la matière
première et pour tout ce qui vit sur et sous la terre.
- Tu as lu dans mes pensées? » demande Julien
intrigué.
« C’est le minimum, tu ne crois pas? » rétorque
amusée la petite voix. Vous les humains vous saviez
communiquer par télépathie mais vous avez tout oublié,
alors à présent, il vous faut tout réapprendre sinon je ne
donne pas cher de votre histoire. »

77
Julien semble perdu dans ses pensées tandis que la
petite voix continue :
« Un vêtement trop peu cher comme la plupart d’entre
vous, les Terriens, le recherchez croyant faire “une
bonne affaire”, cela signifie simplement une qualité de
tissu toxique, des champs de coton arrosés de
pesticides. Quand je pense qu’on vous fait croire que
c’est bien de porter du coton parce que c’est sain et
naturel alors que ce sont les plus empoisonnés des tissus
s’ils ne sont pas exempts de produits chimiques. » (3)
La petite voix se moque et continue :
« Un vêtement trop bon marché que vous vous vantez
d’avoir acheté pour rien, ce sont des centaines
d’esclaves qui travaillent pour vous, maltraités et sous-
payés et encore lorsqu’ils sont payés. (4)
Un exemple : as-tu entendu parler de ce pays qui a
mis en esclavage un peuple dont il souhaite se
débarrasser à cause de leur religion. Les dirigeants de
ce pays ont fait passer le message à leur population de
les traiter comme des êtres sans valeur, comme du
bétail. Ils sont pourchassés et enfermés dans des camps
où ils sont maltraités et travaillent gratuitement pour de
grandes marques qui sont heureuses d’avoir des
matières premières bon marché.
Les Ouïgours ça ne te dit rien ? »
Julien est atterré par ce qu’il vient d’entendre :

78
« Non je ne connais rien de ce peuple » répond-il,
sincèrement désolé.
« Tu vois, continue la petite voix, le peuple de la Terre
est tenu dans l’ignorance par des médias payés pour ça.
»

Tout à coup, un vent de fraîcheur et de calme répand


sa douceur sur le lieu. Le désespoir qui commençait à
envahir Julien fait place à une paix sans laquelle aucun
changement durable n’est possible.
Il le sait, car toutes les fois où il a pris une résolution
sous le coup de l’émotion, il n’a jamais persévéré plus
d’un mois et encore... disons au moins quelques jours.
L’être d’ailleurs vient d’arriver et sa seule présence
crée une onde bénéfique et légère dans tout son
environnement.
« Julien ne te décourage pas! Les habitants de Terra
sont en train de faire une prise de conscience majeure.
Certains sont déjà à l’œuvre, sans parler des pionniers
qui ont ouvert la route au prix de leur santé et de leur
vie. Ton monde se réveille !
Je vais t’en parler davantage mais dans un autre lieu.
Suis-moi, dit la femme d’outre-terre, nous allons nous
asseoir dans un endroit plus approprié à ce sujet pour
aborder toutes les questions qui sont les tiennes. »

79
Sur ce, la jeune femme pose sa main sur le bras de
Julien qui se sent transporté comme s’il était sur un tapis
volant. Le voyage ne dure guère plus de quelques
minutes et les deux voyageurs se posent dans un
paysage de rêve sur une plage au sable étincelant où des
cascades jaillissent de rochers en formes de fauteuils
dans une végétation luxuriante et vivante. De grands
papillons volettent en douceur autour d’eux tandis que
dans les airs de beaux oiseaux blancs et roses volent en
formant des dessins harmonieux.
« Asseyons-nous » propose la femme de l’espace
montrant deux rochers côte à côte tandis que Julien
pense en cet instant qu’il apprécierait de connaître le
nom de son guide.
« Tu peux m’appeler “Paradis”, il paraît que sur Terre
ce nom évoque de belles choses.
- OK, Paradis, ça me va ! » s’exclame Julien amusé.
Assis tous deux confortablement sur les rochers-
fauteuils à l’ombre d’un arbre aux ramures chargées de
fleurs rosées très semblables à celles d’un albiz- zia,
Paradis annonce :
« Je ne vais pas te raconter l’histoire de la planète
Terre, d’autres l’ont déjà fait et ce n’est pas le sujet de
notre rencontre. Il est pourtant important que le peuple
de la Terre connaisse certains détails afin

80
d’éviter les pièges nombreux qui vous sont tendus
actuellement. »

81
10

« Votre monde ne peut plus être ce qu 'il a été.


Vos races diverses étouffentsous les masques
de la violence et de l'injustice. »

Julien est tout ouïe et ne demande qu’à comprendre


tandis que Paradis continue :
« La planète Terra a toujours été considérée et souvent
convoitée pour sa beauté, la diversité de sa nature, la
richesse de ses sols et les expériences qu’elle propose.
La Terre que vous voyez est le corps d’un grand Être
dont l’amour est infini.
Certains d’entre les nôtres la nomment même, pla-
nète-école, car elle propose des expériences uniques
pour l’évolution des humains.
Pour que cette belle planète soit habitable, “les jar-
diniers de la Terre” qui sont de puissants généticiens

83
ont mis au point des corps afin que des âmes puissent
s’y glisser et vivre sur Terra.
Les expériences ne furent pas toujours heureuses et
des corps inadaptés laissèrent progressivement place à
d’autres organismes capables d’évoluer sur cette
planète. La recherche et la science, aussi avancées
soient-elles, nécessitent parfois des tâtonnements et des
réajustements.

De nombreuses autres races de l’espace, devant les


avantages proposés par votre planète, cherchèrent eux
aussi à venir sur Terra. C’était pour eux une occasion
unique de trouver un refuge et de recommencer leur vie
après avoir dévitalisé et parfois fait exploser leurs
propres planètes par sécheresse de cœur et
développement excessif du mental.
Ceux et celles parmi nous qui avions pris la décision
d’aider à l’évolution des habitants de votre planète ont
alors pris un engagement majeur : celui de venir parmi
vous, et de créer une ambassade dévolue à votre
évolution.
Des races diverses se sont, depuis des millénaires,
mélangées et vous êtes aujourd’hui le résultat de tous
ces mélanges. Votre planète a accepté la multiplicité
des races et cette acceptation a des conséquences
importantes.
Devines-tu de quoi il s’agit? »

84
Julien, qui écoute avec attention, risque une réponse :
« Je suppose que plusieurs races vont créer une
diversité mais aussi des incompréhensions et des
conflits...
- Tout-à-fait ! Et le challenge pour votre Terre et pour
vous les humains, est de créer l’Unité dans la Diversité.
Sache que ce n’est pas une simple idée car sans cette
unité entre vous tous et toutes, la Terre ne pourra vous
porter plus longtemps ou vous supporter...
- C’est inquiétant! » avoue Julien quelque peu
dubitatif sur la réussite d’un tel programme.
« Votre diversité, votre libre arbitre sont à la fois vos
atouts et vos obstacles. Si vous faites fi des couleurs de
votre peau, de vos diverses religions ou croyances, de
vos coutumes et de vos mœurs, vous réussirez, non pas
en les éliminant mais en les acceptant comme tels.
La souffrance sur Terre n’est pas une fatalité...
Les planètes de l’alliance et celles d’autres systèmes
solaires se sont intéressées à vous et ont décidé de vous
aider mais nous n’étions pas les seuls à nous intéresser
à vous.
D’autres êtres avides de puissance et de territoires
vierges avaient en tête des projets différents : soumettre
les Terriens, les avoir comme un troupeau

85
d’esclaves et habiter la planète pour bénéficier des
substances qui faisaient défaut dans leurs propres
mondes, faisait partie de leurs objectifs.
Ils se sont infiltrés partout depuis bien longtemps,
tellement longtemps que vous en avez perdu la
mémoire.
Suis-moi et tu comprendras ! »
Paradis ouvre alors la main et Julien se retrouve avec
elle au cœur d’un monde inconnu.
Le ciel est d’un rouge opaque. L’air est irrespirable,
lourd, dense et aucune végétation ne semble pousser
autour de l’endroit où nous sommes...
En arrière-plan, une cité imposante, déroutante de par
son architecture, s’élève dans ce désert.
De massives murailles l’entourent et laissent deviner
un bâtiment central semblable à une pyramide à
plusieurs étages. L’ensemble donne une impression de
déséquilibre et d’inharmonie par rapport à nos critères.
La symétrie en est absente ainsi que l’apparence d’un
équilibre dans la construction. Tout est couleur de sable
gris, et la terre semble stérile comme après une attaque
nucléaire.
« Mais où sommes-nous? » demande Julien avec une
pointe d’anxiété dans la voix.
Paradis est là immobile et semble ne pas entendre.
Elle paraît être dans un état modifié de conscience. Elle
bouge les mains et les doigts d’une manière très

86
précise. Ses gestes font penser à des mudras (4), son
regard fixe le lointain mais rien d’autre ne bouge ni en
elle ni autour d’elle.
L’immobilité du lieu est oppressante lorsque tout à
coup un nuage de poussière se lève à l’horizon. Un bruit
de cavalcade fait vibrer le sol.
Des humanoïdes sur d’étranges montures viennent à
notre rencontre. Les cavaliers portent de lourds
vêtements sombres, d’une texture épaisse. Il est
impossible de voir leur visage tandis qu’ils chevauchent
de monstrueuses et gigantesques Chimères.
Julien recule d’un pas. Paradis le tient fermement par
le bras et lui chuchote :
« Surtout, ne montre aucune peur ou plutôt n’aie
aucune peur, s’ils le voient et ils le verront, ou s’ils le
devinent, je ne donne pas cher de ta peau. »
Julien d’abord surpris se redresse. Ces mots suffisent
à le galvaniser et curieusement à lui enlever toute peur.
Derrière les cavaliers il y a des êtres vêtus à l’iden-
tique. Leurs vêtements semblent pesants et sombres
mais cette fois ils sont à pied et avancent lourdement les
uns derrière les autres faisant résonner leurs pas sur le
sol craquelé du désert.
Le groupe de piétons et de cavaliers s’arrête enfin à
environ un mètre de Julien et de Paradis. Deux
personnages encapuchonnés et semblant sortir droit

87
d’une bande dessinée de science-fiction s’approchent.
Leur capuchon un peu en arrière laisse apparaître une
tête triangulaire d’où les cheveux sont absents, des yeux
jaunes, étroits, à la pupille horizontale, des écailles
recouvrent ce que Julien peut voir du peu de peau
visible. Paradis les salue :
« Vous me connaissez, » dit-elle du même ton ferme
et doux qui la caractérise, sans se soucier le moins du
monde du petit être velu qui cherche à s’accrocher à ses
vêtements.
« Oui bien entendu! Tu es toujours leur porte- parole
à ce que je vois... » ricane d’une voix caverneuse l’un
des deux êtres.
« Venons-en aux faits, nous avons entendu ton appel,
continue le deuxième, que veux-tu de nous ? que
cherches-tu ?
- Tu le sais mais je vais être plus précise encore, si
cela peut permettre un accord entre nous. La planète
Terra ne vous appartient pas.
- Pas encore, ricane le premier géant mais tu vois bien
que cela ne saurait tarder. Tout est en place pour que le
troupeau soit à nous.
Ses dirigeants ont été séduits par nos propositions. Ils
rêvent d’immortalité et de pouvoir, bien que ce dernier
soit secondaire puisqu’ils l’ont déjà. Nous le leur avons
donné ce pouvoir grâce à nos technologies. En échange
nous avons négocié une installa

88
tion sans limite dans les souterrains de Terra mais ils
demandent plus : ils veulent être des dieux ! »
Son rire éclate et résonne dans l’atmosphère étouf-
fante du lieu. Un rire sinistre, inquiétant.
« Vous oubliez simplement que le troupeau, comme
tu le nommes, a une âme, une conscience et c’est de cela
dont je viens te parler » continue paisiblement Paradis.
« Ne sois pas stupide, le goût de l’argent, du sexe et
du pouvoir ont annihilé la conscience et l’âme du
troupeau. Nous avons depuis bien longtemps mis-
sionné plusieurs de nos serviteurs pour faire admettre
l’inadmissible au bétail humain qui peuple la Terre.
Comment pouvez-vous, toi et les peuples dont tu es la
porte-parole, vouloir aider ces êtres si naïfs et si
primitifs. Nous avons convaincu leurs dirigeants que les
humains ne sont rien d'autre qu’une marchandise qui
doit rapporter des bénéfices à une élite. Ils ont aimé
cette idée !
Nous avons donné à leurs peuples le goût d’un luxe
illusoire au prix de nombreuses vies animales et
humaines, nous leur avons donné bonne conscience en
mettant des religions en étendard.
Que ne feraient-ils pas pour défendre leurs idées, leur
pouvoir, leur bien-être ? Les créatures humaines sont
stupides et prêtes à tout pour un peu de miettes de
pouvoir et aussi pour ne pas avoir à réfléchir. Ils

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aiment que d’autres pensent pour eux, décident pour
eux. »
Paradis insiste :
« Je venais te dire que nous avons aidé à une prise de
conscience sur Terre. Nous avons nous aussi mis en
place certains des nôtres dont tu n’ignores pas la
puissance. Aurais-tu peur du réveil de l’humain? »
Un rire sarcastique, presque démoniaque envahit à
nouveau le lieu et secoue l’échine de l’armée de
l’ombre.
« Peur de qui? Nous n’avons jamais eu peur de
personne, ni de vous ni d’autres ».
« De la lumière et de l’amour par exemple! » continue
Paradis sans se départir de sa sérénité.
« Est-ce juste cela que tu es venue nous dire? continue
le Dracos (5) intrigué. Nous avons besoin de cette Terre.
La nôtre ne peut suffire à mon peuple. Elle se meurt et
bientôt nous mourrons aussi si nous ne trouvons pas
d’autres planètes et des substances essentielles à notre
vie. Tu le sais ! Nous ne sommes pas les seuls à vouloir
cette Terre et nous avons beaucoup travaillé pour
qu’elle devienne nôtre.
Tu n’es pas sans ignorer que nous avons mis en place
ceux que nous appelons les “transmetteurs”. Ils n’ont
d’intérêt pour nous que parce qu’ils sont visibles aux
yeux des humains et que nous les avons placés à des
postes clés. Aucun dirigeant n’est là

90
sans notre accord même s’ils n’en sont pas toujours
conscients.
Nous pouvons les posséder et les manipuler comme
nous le voulons. Ils ont été formés dès leur enfance par
des moyens qui sont nôtres et que les vôtres réprouvent,
afin d’éradiquer chez eux toute forme d’empathie.
- Tu veux parler des tortures et des viols, des céré-
monies et des messes dites noires où coule en abon-
dance le sang humain ! » interrompt Paradis sans se
départir de son calme.
« Cesse de me couper la parole, intervient celui qui
semble être leur chef.
J’ai plaisir à te montrer notre force. »
11

« L'ignorance mène à la peur, la peur mène à


la haine et la haine conduit à la violence.
Voilà l'équation. »
- Averroès.

« Nous avons nos entrées dans les sous-sols de la


planète Terre et nos serviteurs ont l’autorisation de
prendre sur les animaux et les humains des matériaux
génétiques qui nous font défaut. Leur chair et leur sang
nous apportent ces éléments dont nous manquons...
Notre technologie nous permet de découper sans
dommage la partie qui nous intéresse sur un corps quel
qu’il soit.
Nous avons également créé voilà bien longtemps ce
que les Terriens nomment une banque du sperme. Ce
lieu très secret, a été mis en place pour faciliter

93
nos expériences génétiques à partir de fœtus. Grâce à
cette banque nous pouvons transmettre un code
génétique de famille en famille. Ainsi nous avons pu
éliminer dans ces familles qui dirigent le monde en
secret, toute conscience du bien et du mal, toute
empathie et toute considération autre que celle du profit
sous toutes ses formes.
Leurs descendants sont identiques car ils s’accouplent
entre eux ce qui est essentiel pour préserver les codes.
Jamais ils ne se mélangent. Aujourd’hui, ce sont eux qui
aident à la formation des “transmetteurs” dont le rôle est
public.
Nous pratiquons aussi des abductions comme d’autres
mondes le font aussi. Ainsi nous espérons à travers les
créatures hybrides que nous élevons, recréer une race
neuve pour notre planète. »
L’être continue, visiblement heureux de montrer son
pouvoir.
« Parmi eux, ces hybrides qui sont issus de nos
créations génétiques sont dépourvus d’émotion et rien
ne peut les toucher.
Quant au reste du troupeau humain, nous ferons en
sorte qu’ils ne forment plus qu’une seule race identique.
Nous leur programmerons des capacités différentes
selon nos besoins et Terra sera nôtre.
Nous avons déjà commencé à séparer les enfants des
parents. Aujourd’hui nous imposons nos lois.

94
Nous nous servons des enfants avortés de neuf mois car
leur sang est plus propice aux expérimentations et nous
pouvons former à notre manière ceux que nous
épargnerons.
Tu peux dire à ton peuple et à ceux qui veulent aider
la Terre que c’est trop tard. Nous avons gagné la partie

Un rire caverneux secoue à nouveau le groupe aux
capes sombres.
« Es-tu certain que les hybrides n’ont pas en eux
l’amour et la compassion que tu redoutes tant? Et qu’ils
peuvent faire basculer vos plans... »
L’Être se met à nouveau à rire, d’un rire puissant,
lugubre, effrayant.
Sur ces derniers mots, le groupe de cavaliers aux
étranges montures et l’armée de piétons tournent le dos
à Paradis et disparaissent dans un nuage de poussière
tandis que, sans se départir de sa sérénité, elle touche
l’épaule de Julien.
Quelques instants plus tard tous deux sont à nouveau
sur la plage au sable étincelant.
« J’ai vraiment besoin d’explications, Paradis, que
s’est-il passé et qui sont ces êtres? » Julien a envie de
hurler, sa peur est à présent revenue plus tangible que
jamais.
La jeune femme sourit: « Dans le cosmos, il existe un
nombre infini de planètes habitées. Les Terriens

95
n’ont aucune connaissance à ce sujet car tout est
maintenu secret par ceux et celles qui vous dirigent. Les
transmetteurs dont il a parlé existent bel et bien. Parmi
ces mondes, les uns veulent aider sincèrement les
habitants de la Terre, d’autres n’y trouvent pas d’intérêt
et d’autres encore convoitent cette planète et veulent en
sélectionner les habitants les plus solides et les plus
obéissants pour les mettre à leur service.
- D’après ce que je viens d’entendre, cela ressem-
blerait plutôt à un esclavage hideux. » émet Julien
encore bouleversé par ce qu’il vient de vivre.
« Il y a cependant quelque chose qui inquiète ceux qui
veulent envahir la Terre.
Lors de votre dernière guerre, le mouvement hitlérien
qui lui aussi avait été bien programmé par eux, n’a pas
fonctionné comme il l’aurait dû. L’un des objectifs était
de créer une race unique, solide, corvéable et d’éliminer
tous ceux qui n’y correspondaient pas, les faibles, les
inutiles, les incompétents, les rebelles.
Ces êtres comme ceux que tu as vus tout à l’heure ont
oublié dans leurs calculs un élément essentiel : les
humains ont une âme et leur conscience peut se réveiller
aux moments les plus inattendus.
C’est aujourd’hui leur plus grande crainte voilà
pourquoi ils ont décidé d’employer une nouvelle

96
technologie. Ils ont mis au point des séquences pro-
téiques et des nanoparticules qui, injectées dans les
corps humains, permettraient de garder le contrôle sur
des individus incapables de se connecter à leur âme.
- C’est épouvantable! mais alors, quel est leur
avantage ?
- Julien, ne sois pas aussi naïf, un être qui est bien
constitué physiquement peut avoir un cerveau tout à fait
fonctionnel mais s’il est séparé de son âme il ne peut
plus penser par lui-même, il est incapable de faire des
choix, il perd son libre arbitre et ce qui fait son
humanité. Il ne reste alors plus que des mi- hommes mi-
robots, efficaces dans ce qui leur est demandé mais
incapables de penser. »
Julien est effondré et reste sans voix.
« Pour cela, continue Paradis, les êtres que tu viens de
voir sont d’excellents scientifiques et leur mental est
très développé. Ils proposent donc à vos dirigeants
invisibles de mettre à leur disposition ces inventions
avec pour contrepartie le droit d’expérimenter sur le
bétail et les humains, puis de régner sur l’humanité
réduite aux plus solides d’entre vous.
- Autant dire que nous sommes fichus » soupire
Julien extrêmement déprimé.
« Non, pas du tout, tout est encore possible et nous
faisons tout pour que les humains se réveillent. Il est

97
pourtant une chose que vous devez bien comprendre :
nous ne serons jamais des Sauveurs, n’attendez pas de
sauveur, il n’y en a pas. Vous et vous seuls êtes capables
de vous sauver. Par contre, nous ferons tout pour vous
aider mais pour cela il nous faut votre collaboration qui
consiste à utiliser votre libre arbitre, votre pouvoir de
dire oui ou non, votre pouvoir de faire des choix, votre
pouvoir d’aimer.
Retrouvez votre puissance d’humain debout, sans
cela nous ne pourrons pas vous venir en aide.
- Quels sont les moyens qui vont nous permettre de
nous en sortir? » demande Julien de plus en plus
intéressé.
« Tous, absolument tous les secteurs de votre monde
sont touchés et infiltrés par des entités qui viennent des
étoiles sombres mais également par des êtres lumineux
de planètes proches ou lointaines. Les habitants de la
partie creuse de votre Terre, les peuples de la nature, le
peuple animal, végétal et même minéral sont prêts à
vous seconder.
Rien n’est encore joué et c’est pour cela que les
évènements se précipitent.
Vous avez le choix et chacun joue pour sa cause.
Lorsque des humains vous parlent des êtres d’autres
planètes comme de personnages sans libre arbitre ou
sans âme cela est faux. Si l’on vous dit encore: « Nous
n’avons pas besoin d’invoquer les

98
êtres de l’espace pour nous en sortir », cela n’a aucun
sens non plus. Vous n’avez pas à nous invoquer mais
pourquoi nous ignorer. Nous sommes vos voisins et à
ce titre nous pouvons communiquer avec vous comme
vous le faites entre vous.
Ne nous considérez pas comme des dieux ou des
sauveurs au risque de vous perdre et d’oublier votre
propre rôle.
Si par contre vous nous considérez comme des frères
et sœurs alors nous pouvons œuvrer ensemble pour un
monde différent. »

99
12

« Sur la Terre, tout a une fonction, chaque


maladie, une herbe pour la guérir, chaque
personne une mission » - Sagesse indienne.

Julien est à présent rayonnant :


« J’ai la sensation de comprendre enfin ce que je suis
venu faire... ma part, simplement ma part et je n’ai pas
besoin d’être un héros pour cela. Je sais que je me suis
caché depuis toujours par peur d’une tâche trop lourde
à porter. En fait, rien n’est trop lourd ce sont juste des
choix à faire !
r

- Ecoute encore un peu ! Le divin a accepté que soit


diffusée la peur qu’un soi-disant virus inonde ta planète.
Ne vois en cela ni bien ni mal. Que les humains sachent
simplement qu’en dehors du bon et

101
du mauvais il y a ce qui est juste pour la Vie. Ce
qu’entraînent les effets secondaires de cette période n’a
pas de rapport avec le juste ou l’injuste... ce n’est pas
de cela qu’il s’agit.
L’ombre est toujours au service de la lumière. Que
ton peuple de la Terre en soit profondément convaincu.
Alors réfléchis ! Ceux qui vous gouvernent dans
l’ombre ne peuvent plus se cacher, les manipulations
deviennent visibles, les scandales sortent au grand jour
et la naïveté de la population mondiale diminue de jour
en jour. Personne ne sait que faire ni où il en est. C’est
le moment de la grande confusion ! C’est un moment
que vous vous offrez pour revoir tous les secteurs de
votre vie et pour changer les bases de votre humanité.
Une réinitialisation est programmée, oui bien sûr,
mais une réinitialisation pour les amoureux de la vie
avec un grand V.
- Et l’Être-Terre, que veut-il? Que va-t-il faire? »
questionne Julien, soucieux de la planète Terre.
Paradis sourit et de sa voix douce lui avoue :
« Je ne sais pas exactement ce qu’il a décidé mais
depuis l’anéantissement de plusieurs de vos grandes
civilisations, il a attendu que les Terriens évoluent.
Cette attente a fait que la Terre est aujourd’hui
considérée comme la seule fausse note du système
solaire. Cette fois, elle ne peut plus attendre.

102
Si la population terrestre ne se réveille pas, mais je
considère cela comme improbable, la Terre secouera
son échine et, pour un temps, elle fera une pause. L’air
et le sol deviendront invivables le temps qu’elle se
repose et se régénère.
Vous avez utilisé les ressources de votre planète sans
jamais lui rendre la pareille. Vous avez épuisé son sol
et ses mers, détruit son équilibre mais le pire est la
pollution par vos pensées de ses artères et de ses veines.
La planète a besoin de se ressourcer avec ou sans ses
habitants.
- Des artères et des veines ? » Julien est à nouveau
pensif.
« Oui, ce sont ses grands axes de circulation que
certains appellent Nadis (6). Tu serais étonné de voir
comment les pensées humaines prennent corps.
Lorsqu’elles sont pesantes, elles polluent ta planète
bien plus que tu ne peux l’imaginer. Le plus grand
danger est dans le fait que vous ne gérez aucunement
vos pensées. Ce sont elles qui vous entraînent vers l’état
de difficulté dans lequel vous vous trouvez aujourd’hui.
Je vais te raconter une histoire qui s’est passée il y a
bien longtemps :
Un peuple vivait sur une planète d’une grande beauté.
Au fils des millénaires la population autrefois

103
éveillée commença à sombrer dans la folie. Les
finances avaient pris toute la place dans la vie des
habitants, tout devait servir à augmenter la puissance.
Les inutiles étaient mis de côté, abandonnés, puis tués.
Ceux qui ne rapportaient pas assez étaient mis à part
dans des camps de rééducation.
La sagesse divine demanda à ce peuple d’évoluer et
pour cela de changer sa conception de la vie mais le
peuple refusa. Le temps passa puis, à nouveau, une
proposition de changement fut émise.
Leur refus fut cependant le dernier et la Source, dans
un acte d’immense compassion, remodela les êtres qui
vivaient sur cette planète.
Cela fit que cette civilisation technologiquement
avancée tomba dans l’oubli et dans le néant.
Après des éons, il lui fut proposé de recommencer à
vivre en s’incarnant progressivement dans le règne
minéral (7). Aujourd’hui elle fait partie du monde du
cristal et peut être considérée comme un minéral avancé
au niveau de la conscience. Puissant et dangereux pour
certains. Un jour sans doute fera-t-elle partie du monde
végétal puis animal et enfin humain. »
Paradis s’est tue tandis que Julien, la tête dans les
mains, se sent désespéré :
« Je ne veux pas revenir en minéral ! », il pleure
presque.

104
Paradis, ne se souciant guère des émotions éprouvées
par Julien, continue :
« Aujourd’hui, vous êtes à la croisée des chemins et
votre libre arbitre sera votre atout ou votre handicap,
votre empathie vous y aidera.
N’oubliez jamais que vous n’êtes pas qu’un corps
physique. Vous êtes bien plus que cela, même si l’on
veut vous persuader du contraire. Avec vos cinq sens
physiques, vous appréhenderez ce qui peut se passer sur
Terre mais vous ne pourrez pas prendre suffisamment
de hauteur pour avoir une perspective différente. Pour
ce faire, il vous faudra éveiller vos sens subtils qui vous
permettront de voir les évènements avec davantage
d’altitude et de rejoindre ce qui fait de vous des êtres
intouchables: votre Esprit. »
Julien semble soulagé du simple fait d’entrevoir une
solution.

Tandis qu’il vit ces étranges évènements dans son «


entre deux mondes », dans un petit hôpital de province,
un corps dans le coma est allongé sous perfusion.
Une jeune infirmière s’approche et lui parle:
« Je te connais Julien, tu n’as jamais fait attention à
moi et je dois être pour toi une parfaite inconnue...
pourtant nous sommes voisins. J’habite à une rue de

105
ton immeuble et souvent nous nous croisons sans
vraiment nous voir, mais pourtant tu ne m’es pas
inconnu. Je ne sais dire pourquoi? Peut-être qu’un jour
je comprendrai. Tu n’as pas eu un accident très grave,
tu peux te réveiller sans séquelles mais il faut juste que
tu en aies envie. »
La jeune femme parle tranquillement comme si le
corps allongé et apparemment sans vie pouvait l’en-
tendre. Elle a appris il y a peu de temps qu’une personne
dans le coma entend et parfois a envie de revenir parce
qu’elle sait qu’on l’attend et qu’on l’aime. Elle n’a pas
eu le temps d’approfondir le sujet, même si cela
l’intéresse beaucoup. C’est là son problème !
Elle aime ce qu’elle fait, elle a choisi sa profession
par amour de l’autre mais là, c’est trop ! Sous-payée,
avec trop peu de temps car en sous-effectifs pour
s’occuper vraiment des patients, elle a envie de tout
envoyer « promener » mais n’a pas encore eu le temps
de penser au comment. Le matin elle est trop pressée, le
soir trop fatiguée et dans la journée « surbookée ».
Sandra, pensive, sort de la chambre où le corps de
Julien est immobile tandis que des êtres lumineux
devisent :
« Enfin, Sandra a remarqué Julien! Crois-tu qu’il va
revenir pour elle?

106
- Bien sûr, continue le deuxième personnage sur un
ton assuré, tu connais les humains, nous aussi nous
sommes passés par là. Rien ne résiste à l’amour. »

Le troisième ne dit rien tandis que les deux autres


guides expriment leur satisfaction de savoir que cette
fois, Julien et Sandra ont une chance de se reconnaître
et de vivre ensemble la route qu’ils s’étaient promis de
parcourir avant leur incarnation.
« Nous avons fait ce que nous pouvions et nous avons
toute confiance dans la vie et ce qu’elle propose à nos
deux protégés. Nous avions pour mission de les aider
mais il me semble que notre travail ne fait que
commencer. » commente celui des guides qui n’était
pas encore intervenu.
Julien, dans son monde, réagit tout à coup curieu-
sement :
« Paradis, c’est bizarre je crois que j’entends une voix.
Une femme me parle, je ne comprends pas tout mais la
sonorité de sa voix me touche. »

107
13

« Nous pouvons avoir différentes religions, différentes


langues, différentes couleurs, mais nous appartenons
tous à une seule race humaine »
- Kofi Annan.

Paradis sourit :
« Attends encore un peu Julien, et tout va devenir plus
clair pour toi. As-tu des croyances ou une religion? »
La question de Paradis est étrange, elle connaît la
réponse et choisit pourtant de poser cette question pour
amener Julien à une réflexion plus précise, plus
poussée.
« À vrai dire, je ne me suis jamais vraiment intéressé
à une religion quelle qu’elle soit. Je suis baptisé, j’ai fait
ma communion, je suis allé à la messe lorsque j’étais
enfant puis à la mort de ma mère, j’ai

109
tout abandonné. J’ai trouvé Dieu et la vie injustes. Je
leur en voulais comme j’en voulais à la Terre entière.
Tu trouves ça juste toi, un Dieu qui punit, qui
condamne, qui nous envoie en enfer ou au paradis selon
notre obéissance à des règles plus absurdes les unes que
les autres ?
Je me souviens que, lorsque j’avais douze ans et qu’il
fallait se confesser, je cherchais des soi-disant péchés à
chuchoter derrière la grille du confessionnal. Le curé de
la paroisse sursautait devant mes histoires plus sombres
les unes que les autres. D’autres fois, il s’amusait à
écouter mes histoires d’amour, hélas toutes des fictions.
J’inventais et j’écrivais une liste des pires choses qui
me passaient par la tête. Mon imagination était
débordante et je finissais par y prendre goût. Je
devenais le personnage principal de tout un monde
imaginaire où le diable et l’enfer côtoyaient Saint Pierre
et le paradis.
Le curé n’en demandait pas davantage et me donnait
au final une absolution et des prières qui devaient me
remettre dans le droit chemin... Quels sont les adultes
qui peuvent encore croire ça?
- En effet Julien, il y a eu beaucoup de mensonges
dans ce qui a été rapporté et retranscrit des religions.
Aucun des grands êtres à l’origine de ces religions ou
philosophies, peu importe le nom que tu leur

110
donnes, n’a inculqué ces notions de punition, d’enfer ou
de paradis.
Crois-tu que La Source de toute chose puisse se
transformer en juge impitoyable? Penses-tu qu’elle
punisse qui que ce soit?
Imagines-tu un seul instant qu’elle demande des
sacrifices humains ou animaux?
La Source est Amour! Il est grand temps que le peuple
des humains sorte de la matrice dans laquelle il est
emprisonné.
L’Amour, ne juge pas, ne punit pas, ne tue pas.
Seuls des hommes et des femmes, avides de puissance
ont instauré des rituels tels que les punitions, les
excommunications, les sacrifices. La Source n’a jamais
demandé quoi que ce soit de tel. Ceux qui ne veulent
que votre soumission, Oui !
Les sous-humains hybrides qui se croient maîtres du
monde savent que le sang versé lors de sacrifices calme
les esprits sombres qui régnent sur la matrice. Les frères
et sœurs des étoiles sombres leur ont enseigné et fait
mettre en pratique des rituels qui ne peuvent satisfaire
que de faux dieux.
Vos dirigeants savent que les serviteurs de l’ombre se
nourrissent des émanations provoquées par la
souffrance et par le sang.
Les rituels de magie qui ont été mis en place
n’apaisent aucunement le Créateur de toute chose

111
mais calment et entretiennent les faux dieux, les ombres
et les serviteurs de mondes illusoires.
Ces êtres nourris de sang donnent de la force à ceux
qui veulent régner sur le peuple de la Terre. Ne leur
donnez pas la main, ne croyez aucunement ce qu’ils ont
mis dans vos livres “sacrés” qui ne le sont plus car trop
souillés de mensonges et d’hypocrisies. Crois-tu encore
que l’homme soit supérieur à la femme ? Que parler
avec les autres règnes est équivalent à une rencontre
avec le diable ? Que la sexualité conjointe à l’amour est
interdite car nocive?
Je pourrais te dire qu’il n’y a ni diables ni dieux au
risque de choquer. Il y a dans l’univers des multitudes
d’entités, les unes sont lumineuses, d’autres le sont
moins. Il existe bien sûr des forces lucifériennes et
Ahrimaniennes (7) qui précipitent les humains dans un
enfer qu’ils se sont créé.
La Source n’a jamais créé d’enfer, cette notion a été
instaurée par des humains et par leur soif de pouvoir.
L’enfer est un monde illusoire créé par les peurs et les
culpabilités des humains.
- Mais alors pourquoi les grands enseignants ont- ils
laissé déformer ainsi leurs enseignements? » interroge
Julien sincèrement dépité, ne sachant plus à quoi se
raccrocher.
« Ils sont venus apporter de grands principes uni-
versels, chacun à une époque differente et adaptés

112
aux peuples auxquels ils s’adressaient. Ils savaient que
le libre arbitre des humains, que l’expérimentation du
pouvoir, allaient tenter certains d’entre eux et
transformer leurs paroles.
Le peuple des humains sait très bien comment se
fabriquer des prisons. Il s’aliène et puis pense que ce
sont d’autres qui les ont emprisonnés.
Ces enseignants avaient conscience que les graines
qu’ils avaient plantées ne seraient comprises que bien
plus tard. Ils ont accepté de voir leurs paroles déformées
jusqu’à les rendre toxiques pour les peuples soumis.
Leur Amour était assez fort pour semer malgré tout et
quoi qu’il arrive.
Le peuple des hommes a beaucoup à apprendre et a
besoin de faire table rase des anciennes structures s’il
veut sortir du voile qui l’entoure afin de n’en garder que
l’essence.
Le mensonge et la peur parcourent votre monde.
Le fait que vous soyez de races diverses est, comme
je te le disais, un atout et la plus grande de vos
difficultés.
Tout entre vous est different, vos croyances, vos
coutumes et même votre intellect et la façon dont vous
agissez et pensez. Pourtant, quelle que soit votre race,
votre couleur de peau, le même amour, le même cœur
bat sous votre corps de chair. Vous aimez chacun,
chacune, à votre façon c’est là votre

113
secret, votre possible unité est définitivement ce qui fait
votre force.
Votre libre arbitre est votre cadeau et votre peine.
C’est la grande peur de tous ceux et celles qui veulent
votre docilité. Ils ne savent comment aborder l’Amour,
cette dimension qu’ils ignorent et qui les déstabilise.
Les Terriens sont en plein changement, en pleine
évolution et prêts à passer d’une dimension à une autre.
Cela ne peut se passer sans heurt ! Ceux et celles qui
ont toujours cru vous soumettre sont attentifs et feront
tout ce qui est en leur possible pour reprendre leur
pouvoir, aidés par les êtres des étoiles sombres et leurs
serviteurs de l’occulte. Ils essaieront de vous détruire
mais ils ne peuvent détruire votre âme.
Vous faites partie des immortels et comme le Phénix,
vous renaîtrez de vos cendres. Ce symbole lui aussi a
été détourné comme le Svastika l’a été à l’époque
Hitlérienne (8). A vous de remettre la beauté et la
fonction des symboles à leur juste place.
- Qui va pouvoir nous sortir de là et chasser les
démons qui régnent encore sur notre planète? »
demande Julien abattu par ce qu’il vient d’entendre.
« Vous seuls pourrez-vous sortir de l’impasse illu-
soire dans laquelle vous vous êtes mis. Le seul dragon
à terrasser est votre dragon intérieur. Celui qui

114
vous fait douter de vous et du monde, celui qui se
soumet par peur, celui qui donne son pouvoir à ceux
qu’il considère comme puissants, celui qui en définitive
abdique et renonce à son âme ! »

115
14

« Les malentendus sont toujours causés par


l'incapacité à apprécier le point de vue d'autrui. » -
Nikola Tesla.

« Si je comprends bien, les êtres démoniaques n’y


sont pour rien ?
- Ce n’est pas tout à fait ce que j’ai dit, continue
calmement Paradis. Le ton de sa voix a un effet apaisant
sur Julien.
Les frères et sœurs de l’anti-Shambhalla ont leur rôle
à jouer. Ils sont la représentation extérieure de ce chaos
qui règne à l’intérieur de vous. Us sont une image de
votre monde intérieur et mettent en lumière ce qui a
besoin d’être guéri. Ils sont tels des spots dont la
lumière éclaire les recoins sombres de votre âme.

117
Les détruire ne servirait qu’à précipiter votre chute.
Retiens bien ceci : “L’ombre est toujours et quoi qu’il
arrive, au service de la lumière.”
- Mais alors que faire concrètement? » interroge
Julien au summum de l’anxiété.
« Nettoyez ce qui vous encombre encore, libérez-
vous de vos vieilles croyances... Penses-tu qu’il soit
normal qu’au sein d’une même religion il y ait autant
de dissensions et de conflit entre les croyants pour de
simples questions de dogmes. Les catholiques se battent
contre les protestants, les chrétiens contre les
musulmans, les bouddhistes entre eux car selon les
écoles, les dogmes peuvent être différents.
Dans vos familles vous pouvez ne plus vous parler ou
vous en vouloir longtemps pour des questions d’idées
et de principes.
Guerres de religion, guerres de territoire... Trouvez-
vous cela digne de votre monde ?
Dans nos mondes tout cela est impensable. Il est
grand temps de retrouver votre humanité. À nos yeux
vous êtes un seul peuple... Il y a eu sur votre planète des
êtres qui l’ont compris et ont proposé une langue
commune (9) ou un enseignement commun mais cela a
été vite repris par d’autres afin de mieux vous
uniformiser et de vous contrôler davantage.
Les êtres de Shambhalla proposent régulièrement des
modifications ou des façons nouvelles de vivre

118
dans votre monde mais, bien souvent, ce qui est suggéré
est repris à des fins personnelles où régnent l’ego et le
mental.
L’idée de créer un monde plus juste où le partage et
l’équité seraient une des règles majeures a vite été
transformée en un mouvement politique où les
injustices ont simplement changé de camps et où les
dirigeants ont remplacé les anciens chefs sans aucun
bénéfice pour les humains, après bien des luttes et des
souffrances.
Laissez vos différends, qu’ils soient religieux, poli-
tiques ou autres, ce ne sont que des leurres qui nour-
rissent votre mental et votre ego. Chacun défend
toujours ce en quoi il croit, au risque de se séparer des
autres. Penses-tu réellement que ce soit l’objectif de
votre vie ? »
Julien pense à voix haute :
« Alors peu importe que l’on pense de la même façon,
l’important est que l’Amour puisse dépasser nos
croyances... c’est ça! » s’exclame-t-il soudain heureux
d’avoir compris.
Paradis sourit.
« Apaisez vos colères, pardonnez afin de vous par-
donner et de vous aimer pour ce que vous êtes : des
entités avec des parts d’ombre et de lumière qui ont eu
le courage d’expérimenter la dualité de la vie sur Terre.

119
La Terre est l’école de la vie la plus puissante qui
puisse exister ! Retiens bien ceci et sois dans la gratitude
des expériences qu’elle te propose. Ce sont celles
choisies par ton âme, celles qui te feront grandir. Je ne
te signifie pas que tu doives tout accepter passivement.
Respecte-toi, écoute ton âme, agis en fonction de ce
qui te semble juste et surtout ne fais rien contre mais
pour ce que tu veux qui soit. »

« Dis-moi sur quoi pouvons-nous nous appuyer pour


changer ce monde ? Nous n’y arriverons jamais seuls !
» insiste Julien.
« Jamais un seul instant vous n’avez été seuls!
Aujourd’hui plus que jamais, beaucoup d’êtres ont
décidé de revenir ou de s’incarner sur Terra car le
changement qui doit se produire impacte toutes les
planètes du cosmos.
Dans les êtres qui s’incarnent à votre époque il en est
dont la fonction est la suivante: ils ont appris comment
collaborer avec les formes et les structures, les matières
et les sons.
Les lettres et les chiffres sont puissants ainsi que les
mots prononcés. Vous ne pouvez l’ignorer et faire
comme s’ils n’existaient pas.
L’un de nos envoyés avait mis les bases d’une nou-
velle approche de l’énergie (10). Lui aussi savait

120
qu’il était trop tôt pour qu’il soit vraiment compris. Il
craignait que ce qu’il proposait soit utilisé à des fins
inhumaines. Il l’a pourtant fait par amour, sachant que
le temps viendrait et qu’ainsi les bases seraient posées
et faciliteraient les recherches de ceux et celles qui
s’incarneraient plus tard.
Le temps est venu si vous le voulez ainsi !
Les découvertes capables de changer votre Terre sont
déjà là. Seuls quelques êtres ont intérêt à vous les
dissimuler. »
Paradis regarde Julien qui ne dit rien. Très attentif, il
sent que quelque chose se réveille à l’intérieur de lui.
Telle une toute petite lumière qui grandit peu à peu et
le réchauffe, le nourrit. Il a soudain une grande envie de
vivre.
« Paradis, crois-tu que je vais pouvoir reprendre ma
vie? »
Julien est sincère et désireux d’agir.
« Ta vie telle que tu l’as connue, certainement pas,
mais une vie autre, bien sûr, si tu le veux vraiment.
Une partie du peuple de la Terre est devenue un
peuple de morts vivants. Cependant, si ce qui est écrit
ici est lu au-delà des mots, il se réveillera.
Nous sommes un grand nombre venant des plans
subtils et aussi d’autres mondes, à agir de diverses
manières pour aider votre Terre afin qu’elle reprenne sa
juste place. Nous aussi, nous infiltrons tous les

121
domaines de votre monde avec nos connaissances,
qu’elles soient au niveau énergétique ou physique.
Il en est bien entendu qui vont profiter de cette
ouverture pour entretenir leur ego et leur désir de
pouvoir en se faisant passer pour nôtres. Il vous faudra
du discernement !
Actuellement, tout est fait pour vous donner la sen-
sation de ne pouvoir faire confiance à personne... C’est
le moment choisi pour écouter votre âme, elle vous
amènera là où vous devez aller et si vous vous
fourvoyez ne soyez pas triste ou courroucé, ce sont
encore des marques de l’ego, faites-en une expérience
salutaire.
Se tromper est souvent très utile et vous permet de
comprendre, de reconnaître les pièges que vous attirez
à vous par méconnaissance de ce que vous êtes.
L’erreur, comme vous la nommez souvent avec mépris,
fait aussi partie du chemin. »

Tandis que, sur les plans entre deux mondes, Julien


s’éveille à des réalités qu’il avait jusqu’à présent
occultées, sur Terre, dans la matière dense une autre
scène de la pièce de théâtre qu’est la vie se joue avec
intensité.

122
15

« Peu à peu vous assisterez à l'effritement de ce qui n


'est pas en harmonie avec l’avance de votre Terre... »
- Les Solaires.

Sandra est en colère et, d’un pas décidé, va voir son


chef de service :
« Je n’en peux plus de ce travail. J’ai choisi par
vocation de me mettre au service des personnes
souffrantes. En réalité je n’ai le temps de m’occuper de
personne. Je dois passer tellement peu de temps auprès
de chacun que j’ai l’impression de les traiter comme des
personnes sans intérêt. La nourriture servie est
complètement inadaptée et contraire à leur santé, la
situation actuelle les éloigne de leurs familles ou de
leurs amis. J’ai vraiment l’impression d’accélérer leur
départ vers l’au-delà.

123
- Calme-toi, Sandra, tu es fatiguée. Je vais te donner
quelques jours de repos et puis ça ira mieux, tu verras.
Tu es un bon élément, les malades t’apprécient tu le
sais. De quoi te plains-tu? Il y a tellement plus
malheureux que toi ! »
Sandra est complètement exaspérée devant l’in-
compréhension totale de son chef. Elle se sent d’autant
plus démunie qu’elle sait bien qu’il fait ce qu’il peut
mais ne voit pas comment changer la situation.
Deux montagnes d’impuissance se font face, l’une
dominant l’autre de toute sa hauteur. La jeune femme
hausse les épaules et sort se demandant combien de
temps elle va encore tenir.
Son chef la rappelle :
« L’homme qui est dans le coma, a-t-il bougé depuis
son arrivée ?
- Non pas encore, pourtant je le touche et je lui parle.
»
Un des médecins entre dans le bureau et se mêle à la
conversation :
« Ah oui, le type qui s’est fait renverser par une moto
! » ajoute ce dernier d’un air insouciant puis, plus grave,
il continue, il faut continuer à lui parler, à le toucher.
Lors de mon dernier séminaire j’ai appris beaucoup de
choses sur les personnes dans le coma.
Il ajoute rapidement:

124
« J’ai connu personnellement le coma. »
Sandra acquiesce, tout en se promettant elle aussi de
suivre un séminaire à ce sujet mais elle sait également
qu’elle ne peut laisser davantage son fils de cinq ans à
sa mère qui le garde déjà trop souvent.
Ce soir-là, en rentrant dans son appartement de 40 m2
et après avoir lu une dernière histoire à son fils, un
blondinet à la bouille ronde, elle réfléchit.
« Je ne suis pas heureuse et mon travail ne me satisfait
pas dans les conditions actuelles. Est-ce que je vais
continuer simplement parce que j’ai besoin d’argent? »
En elle une petite voix lui souffle :
« Où as-tu enfoui tes rêves d’enfant, tu as un fils et
pas de temps pour lui, tu as des patients et pas de temps
pour eux, et pas de temps pour toi non plus... Est-ce ça
ta vie? Un esclavage moderne... »
Sandra a envie de pleurer. Elle sent bien qu’une partie
d’elle est en train de mourir si elle continue de cette
façon.
Elle rentre tellement tard le soir qu’elle n’a même pas
le temps de chercher un autre travail, un poste mieux
payé avec plus de temps. Quelque chose de plus
humain... Pourquoi le monde est-il devenu aussi
inhumain pour presque tous ?
Les plus riches eux, s’en tireront toujours, ils n’ont
même pas à se poser la question, mais la jeune fem

125
me n’est pas sûre qu’ils soient plus heureux pour autant.
Dans son monde, Julien a tout à coup très envie de
revenir sur Terre.
« Cette fois j’ai envie d’agir et de faire partie de
l’équipe des “changeurs de planète”. Je viens d’inventer
ce mot, j’espère qu’il te plaît Paradis. »
La jeune femme se contente de sourire. Elle ouvre la
paume de la main tandis que Julien se sent emporté vers
d’autres lieux. Un paysage se met peu à peu à se
dessiner. Des pics élancés dans un soleil levant donnent
une couleur rosée au paysage recouvert d’une légère
couche de blanc neigeux.
« Viens et sois attentif! » Paradis fait suivre ces mots
d’une pression sur l’épaule de Julien qui n’a en cet
instant qu’une envie: celle de suivre son guide.
Ils glissent, légèrement au-dessus de la surface de
cette terre douce et blanche au cœur de montagnes
élevées lorsque tout à coup, apparaît une vallée ver-
doyante.
« C’est là! » murmure Paradis tandis qu’ils se posent
sur une herbe verte et fraîche comme au printemps.
« Ce monde fait partie de votre Terre, cependant, sa
vibration ne lui permet pas d’être visible pour tous.
Seuls certains invités peuvent y accéder. Avançons ! »

126
L’herbe sous leurs pieds nus est d’une douceur
incomparable. Julien se sent régénéré à chacun de ses
pas. Une vie nouvelle s’immisce en lui vivifiante et
apaisante à la fois. Une joie profonde lui paraît, en cet
instant, indéracinable et lui donne envie de jouer comme
un enfant.
Paradis ne lui en laisse guère le temps car elle avance
d’un pas rapide et léger, un peu comme si elle faisait
corps avec cette végétation qui se fait de plus en plus
dense.
Tout à coup, alors que de longues tiges géantes et
mouvantes semblent obstruer le passage, celles-ci
s’écartent pour laisser passer un être dont l’émanation
semble n’être qu’amour. Vêtu d’une tunique faisant
corps avec lui, il irradie tel un soleil, une lumière qui
éblouit Julien et ne permet pas de s’arrêter sur les détails
de sa silhouette.
« Je vous attendais, venez ! » sa voix est apaisante et
dynamisante à la fois, comparable à la douceur d’un
nectar suave.
L’être nous devance tandis qu’un chemin de lumière,
bordé d’acacias se dessine sous ses pas. Des roches
imposantes de chaque côté semblent respirer très
lentement d’une vie calme et profonde.
La silhouette de lumière ouvre le chemin et Paradis lui
emboîte le pas, elle-même suivie de Julien qui traîne,
émerveillé par la beauté du lieu.

127
Tantôt le nez en l’air ou le regard baissé Julien ne
s’aperçoit pas qu’ils viennent d’arriver dans une
magnifique clairière où des boules géantes et lumi-
neuses, couleur arc-en-ciel, flottent dans l’air en un
ballet harmonieux.
Des silhouettes solaires, semblables au guide venu à
leur rencontre forment un cercle grand et parfait (11).
Une vibration, un bourdonnement envahit tout l’espace
et Julien impressionné regarde.
Sept silhouettes, assises en lotus à même le sol, les
mains croisées sur la poitrine sont à l’origine de cette
onde d’amour ininterrompue. Julien et Paradis se
tiennent à distance et eux aussi s’assoient en lotus les
paumes de la main Tune contre l’autre, à hauteur du
chakra du cœur, au milieu de la poitrine.
Les vibrations régulières auraient pu être lassantes
mais elles ne le sont pas. Elles deviennent musique et
emplissent l’âme de Julien et la mienne.
Paradis se lève et sur un geste dans la direction de
Julien, il fait de même... Ils s’écartent lentement du
groupe et Paradis de sa voix douce commente :
« Les êtres que tu vois sont en communication avec
la Terre. Depuis bien longtemps, si longtemps que votre
mémoire en a perdu le cours, ils envoient ces vibrations
que tu as entendues, au cœur de la planète. Les humains
au cœur grand ouvert les reçoivent également.

128
Ils se relaient par groupe de 7 pour faire refleurir votre
Terre. Ils sont en contact avec 7 autres entités
lumineuses, de grands guides de votre planète tota-
lement inconnus des habitants de la Terre. Ces derniers
sont invisibles à ceux de la surface et vivent au cœur de
votre planète. Ils sont des initiateurs et les créateurs
d’une chaîne de guides et d’enseignants pour votre
humanité.
C’est d’eux dont je parlais tout à l’heure avec les
Dracos et même s’ils ont fait mine de ne pas com-
prendre ou de ne pas les craindre je sais qu’ils sont
totalement déstabilisés par leur présence sur les plans
de l’âme et sur le plan terrestre.
- Cela signifie donc que rien de ce qui se passe sur
Terre n’est dû au hasard et que le son est important pour
aider la planète? »
Julien respire. Une grande inspiration ouvre son être
subtil avec une telle puissance qu’elle le remplit de joie.
« Tout est son, tout est vibration. Le moindre objet
émet une musique, vos paroles créent des mondes.
Les 7 entités de Lumière qui émettent la vibration que
tu viens d’entendre maintiennent la vie sur Terre. 7
comme les 7 notes de la gamme...
Lorsque tu retourneras dans ton corps Julien, tu
écouteras le son émis par les objets, les plantes, les
animaux et les humains. Tous sont des mélodies. Il
arrive cependant que de fausses notes se fassent
entendre. Lorsque tu percevras ces fausses notes il te
faudra apprendre à réaccorder l’instrument de musique
qui est le corps de chacun afin qu’il continue
d’accueillir leur âme.
- Est-ce que cela signifie que la fausse note indique
une maladie ou une dysharmonie? » questionne Julien
très attentif.
« C’est cela ! Il te faudra émettre toi aussi des sons de
guérison et pour cela tu t’exerceras au début avec le
bourdonnement du son “M” profond et puissant. Tu
essaieras de reproduire ce son que tu viens d’entendre.
De nombreux peuples premiers, souvent peu consi-
dérés par vos scientifiques ont eux aussi reçu l’en-
seignement de la guérison par le son. Recherche-les,
apprends à émettre la vibration d’Amour et tu pourras
ainsi contribuer à la guérison des âmes et des corps. »
(12)

130
16

« Bonne est l'action qui n 'amène aucun regret et


dont le fruit est accueilli avec joie et sérénité. »
— Bouddha.

Julien sent pour la première fois de son existence


bouger en lui l’envie d’agir par amour pour la Terre et
l'humanité.
Paradis lui sourit.
« Julien, nous allons devoir nous séparer mais je ne
serai jamais loin de toi... de vous » ajoute-t-elle avec un
sourire malicieux.
Julien est tiraillé entre l’envie de rester et celle de
retrouver son corps physique.
« Au fait qui est-ce “Vous” dont tu parles ? »
Pas de réponse, Paradis s’estompe peu à peu tandis
que Julien se glisse lentement dans son corps

131
physique. Revenir dans ce corps est plus difficile qu’il
ne l’imaginait.
Tout lui semble soudain étroit, serré. Durant quelques
instants il se sent prisonnier de son corps, de l’espace et
du temps mais l’envie de participer au monde est plus
forte que tout.
Il ouvre les yeux, revenu cette fois presque com-
plètement dans son corps physique. À côté de lui, une
jeune infirmière masquée, comme le veut le règlement,
est là et lui sourit avec les yeux :
« Enfin Julien, te voilà parmi nous ! S’exclame-t- elle
joyeusement, nous attendions ton retour car depuis deux
jours, tu luttes avec les appareils respiratoires. »
Julien n’est pas encore très présent, il pense à ce qu’il
vient de vivre et qui s’efface peu à peu de sa mémoire.
« J’ai l’impression de vous avoir déjà vue quelque
part » répond-il sans malice tandis que le médecin vient
de rentrer et, entendant ces derniers mots, rit de bon
cœur.
« Pas plus tôt revenu que vous draguez déjà notre
infirmière. On peut dire que vous ne perdez pas de
temps vous. Bienvenue parmi nous ! »
Le médecin est jovial et surtout heureux de voir son
patient revenu à la vie. Il commence quelques tests
d’usage :

132
« Serrez-moi la main, vous souvenez-vous de votre
adresse ? Avez-vous mal ? Seriez-vous capable de faire
quelques pas ? ».
Les questions se succèdent, tandis que Julien
s’exécute et semble satisfaire à l’interrogatoire.
« Vous ne devriez avoir aucune séquelle de votre
accident. Quelques vertiges, le temps de vous réac-
coutumer à l’atmosphère terrestre, ajoute-t-il avec un
clin d’œil. »
Julien se demande qui est ce médecin. Est-ce qu’il est
au courant de ce qu’il a vécu? Il n’a guère le temps de
se poser de questions car l’homme pressé par d’autres
consultations est déjà reparti.
« Il est nouveau et paraît-il qu’il a vécu une NDE qui
l’a changé complètement.
Il est très attentif à ses patients et prend le temps de
leur parler... s’ils pouvaient tous être comme ça »
soupire Sandra.
« Excuse-moi, je t’ennuie avec tout ça! Je ne peux pas
rester plus longtemps mais on va se revoir, c’est certain,
ne serait-ce que pour vérifier si tout va bien. »

Julien n’a pas eu le temps de prononcer un mot que


tout le monde est parti. Il est seul dans sa chambre et
laisse arriver à lui des flashs et des bribes de son
aventure dans l’au-delà. Il sonne pour avoir un

133
papier et un crayon que, par chance, on lui amène
rapidement. Il écrit... écrit... écrit. Il a tellement peur
d’oublier qu’il en est tout agité.
Il vient juste de finir les quelques notes qui vont faire
office de « pense-bête » qu’un collègue de travail rentre
dans sa chambre.
« Ah, enfin Julien, je suis heureux que tu sois sorti
d’affaire. »
Julien est moins heureux car son visiteur, un petit
homme rond, est celui avec lequel il avait le plus de
difficultés au bureau. Il fonctionne encore au ralenti...
mais il voit tout à coup à travers son vis-à-vis comme
s’il plongeait dans son histoire :
Il voit un enfant grondé par un père sévère pour sa
maladresse. Un petit garçon à la bouille ronde, au
regard fuyant qui se prend pour un éternel looser et qui
perd un peu plus ses moyens à chaque reproche de son
paternel.
Julien sent de la compassion pour cet enfant et pour
l’homme qu’il est devenu et qui à présent, est devant
lui.
« J’ai une nouvelle à t’annoncer, toi qui ne voulais pas
continuer ce type de boulot. J’espère que tu vas bien le
prendre ? »
Julien s’attend à tout tandis que son collègue qui
descend un peu son masque histoire de respirer poursuit
sur un ton qui se veut jovial.

134
« On avait furieusement besoin de quelqu’un pour
faire ton travail ces derniers jours et on a enfin trouvé.
Ton remplaçant est très efficace et il aimerait rester dans
la boîte. »
L’homme fait une pause et regarde Julien pour voir sa
réaction. Devant l’absence de signes de colère,
d’étonnement ou de tristesse de la part de Julien, il
reprend plus doux :
« Serais-tu OK pour un licenciement qui te permettrait
d’être payé normalement toute la première année puis à
moitié les autres années ?
- Tu ne pouvais pas m’annoncer une meilleure nou-
velle » s’exclame Julien, sincère, tandis que son col-
lègue semble étonné.
« Bon, je vais dire ça au patron. Remets-toi bien et
bonne chance. »
Le collègue lui aussi est sincère en lui souhaitant
bonne chance. Il ne veut pas de mal à Julien. Il était juste
heureux d’avoir de l’ascendant sur lui pendant ses
heures de travail, un peu comme une revanche sur la vie,
sur sa vie qui pense-t-il, ne lui fait pas de cadeau, avant
de retourner chez lui et d’écouter impuissant les ordres
et les récriminations de son épouse.
L’homme s’en va tandis que Julien attend qu’on
vienne le chercher pour l’aider à s’habiller. Il est encore
un peu K.-O. et n’a qu’une envie: rentrer chez lui.

135
C’est alors que Sandra entre dans la chambre, toute
fébrile :
« Julien veux-tu que je te ramène à la maison après
mon travail, mais comme tu ne peux pas rester seul les
premiers jours je vais essayer de venir te voir chaque
matin et chaque soir. »
Julien ne dit rien, il sourit, il se sent vivant mais dans
sa tête certains détails sont encore un peu confus. Il a
besoin de se reposer pour faire le tri. Que s’est-il passé?
Il se souvient juste d’une boîte de conserve puis
d’avoir vu un monde aseptisé et blanc, d’une mer-
veilleuse rencontre avec une femme, « Paradis », et des
histoires terribles qui lui ont donné envie de participer
pleinement à la vie.
« Est-ce que j’ai rêvé tout ça? » se demande-t-il tandis
que cette question réveille de l’anxiété chez lui.
La présence de Sandra l’apaise mais, là aussi, il se
demande pourquoi il a tellement l’impression de la
connaître. Et ses angoisses reprennent, personne ne
pouvant répondre à ses questions qu’il n’ose pas même
exprimer à qui que ce soit.
Pendant ce temps, sur un autre plan de conscience,
quatre êtres lumineux se réjouissent :
« Enfin, nous avons bien travaillé pour qu’ils puissent
se rencontrer et se reconnaître. Heureusement

136
que Julien semble se souvenir d’elle. À eux de jouer à
présent ! »

Et voilà! c’est moi Julien. Bien entendu je ne suis plus


vraiment le Julien qui a shooté dans la boîte de conserve
mais il reste encore un peu de l’ancien, si peu que je me
demande si c’est encore moi.
Lorsque je me suis regardé dans le miroir de la salle
de bains, avec ma barbe toute nouvelle je me suis à peine
reconnu mais ce sont surtout mes yeux qui m’ont
impressionné. Un autre regard les habitait, plus profond,
plus vivant.
Je ne suis pas encore complètement là dans mon corps
et dans ma vie. Une partie de moi rechigne encore un
peu à quitter cette autre vie. C’est là où je me rends
compte combien notre notion d’espace et de temps est
illusoire.
En quelques jours, j’ai vécu une vie capable de faire
de moi une autre personne alors que presque quarante
ans de vie terrestre n’y avaient pas suffi. C’est tellement
étrange et tellement vrai !
En cet instant, je n’ai qu’une envie, celle de vivre
intensément chaque instant de ma vie sur Terre.
Lentement... prendre le temps de goûter à la vie, de
regarder, de toucher, de sentir et surtout... d’aimer. En
fait juste là en ce moment, j’aime le monde entier. Ma
voisine, son chien, mes collègues, le personnel

137
médical, les gens que je croise et que je ne connais pas
et aussi ces êtres qui ne demandent qu’à nous asservir,
à nous torturer, à nous réduire à néant.
Cela vous étonne peut-être, mais ces personnages qui
instaurent des lois qui ne profitent qu’à eux- mêmes,
m’aident à faire du tri entre ce que je veux et ce que je
ne veux pas. Je me dis que sans ombre, à notre niveau
de conscience, nous ne pouvons mesurer la beauté de la
lumière ni savoir combien elle est importante pour
nous.
Dans la voiture ambulance qui me ramène à l’ap-
partement, je n’ai pas envie de parler. J’ai juste envie
de regarder le ciel, les nuages qui prennent des formes
étranges, la beauté de la vie, même en ville. Je regarde
les maisons aux toits rouges, les petites barrières, les
volets fraîchement colorés ou aux peintures écaillées,
les jardinets et les arbres qui commencent juste à
refleurir. Je sais intimement que derrière les volets,
dans les jardins, dans les voitures, il y a des cœurs qui
battent. La vie est partout en moi, autour de moi, j’en
fais enfin partie et je ne veux pas louper un instant de
ce moment-là.
Sandra s’inquiète de ne pas m’entendre :
« Tout va bien Julien? »
J’ai très envie de lui dire que je l’aime mais je sais
que c’est encore trop tôt. J’ai encore quelque chose à
mettre au point avant. Je ne peux que lui répondre :

138
« Oui, oui, j’admire le paysage, je recontacte la vie. »
Je sais qu’elle est satisfaite de ma réponse.
On arrive enfin. Quelques minutes à peine après mon
retour, alors que Sandra m’aide à m’installer, un coup
de sonnette insistant se fait entendre.

139
17

« La simplicité est la sophistication suprême »


— Leonard de Vinci.

Ma voisine est là sur le palier, une soupière pleine


d’un potage qui sent bon les légumes frais, dans les
bras. Incroyablement, j’ai plaisir à voir Madame
Stauffer dont je me fichais royalement et dont je sortais
Toby le labrador pour respirer moi-même. Ils sont là
tous les deux et je leur suis infiniment reconnaissant.
J’ai envie de l’embrasser tandis que je caresse Toby
et que, toute pleine d’énergie, elle se dirige vers la
cuisine pour y réchauffer de quoi réjouir les papilles de
trois personnes au moins.
Ma voisine est toujours aussi bavarde mais cette fois
je ne suis ni agacé ni indifférent. Je l’aime pour

141
ce qu’elle est, tandis qu’elle raconte comment elle a été
prévenue de l’accident, comment elle a apporté des
vêtements, comment elle a prié pour moi.
Bref, Madame Stauffer prenant peu à peu l’apparence
d’un ange, je commençai à la voir avec un regard autre.
Je l’imaginai un instant avec une longue robe blanche et
une auréole ce qui me fit éclater de rire.
Toby sursauta et ma voisine s’arrêta net.
« Ça va Julien, vous voulez quelque chose ? » le ton
était nuancé et intrigué...
« Ne vous inquiétez pas, je vous trouve superbe et très
gentille. »
Mon air enjoué la rassura.
Sandra avait sa journée pour s’occuper de moi. Elle
savait son fils en de bonnes mains et avait décidé de
prolonger un peu le temps passé avec moi.
En fin d’après-midi, Madame Stauffer nous laissa non
sans avoir promis de me faire chaque jour un repas, le
temps qu’il faudrait. C’est là où j’eus envie de dire
quelques mots à Sandra :
« Je sais que je te connais peut-être depuis plus
longtemps que nous ne pouvons l’imaginer tous deux.
Je ne sais pas où ni quand mais je sais que c’est
important. »
Je sentis un trouble chez Sandra qu’elle essayait
vainement de contrôler... tandis que je continuais:

142
« Laisse-moi quelque temps, je dois faire le ménage
pas seulement physique mais aussi dans tous les recoins
de ma vie. Voilà trop longtemps que j’ai laissé des
poussières s’y accumuler... Il est plus que temps que je
m’en occupe pour passer à autre chose. »
Sandra sourit de son sourire charmeur. Sans masque,
c’est tellement plus simple !
J’eus envie de l’embrasser tandis qu’elle avançait vers
moi. Ce moment-là, je n’ai pas envie d’en parler parce
qu’il n’y a pas de mots pour le dire... Sachez
simplement qu’il renforça pour longtemps mon goût à
la vie.
Sandra est partie, elle m’a promis de revenir chaque
jour quelques minutes pour voir si tout va bien et
respecte ma demande de solitude.
Quant à moi, je vais me coucher, je sens que quelque
chose en moi doit se poser.
Demain je vais inspecter mon appartement!
Je dors ou plutôt mon corps s’est endormi tandis que
je voyage vers l’autre vie, celle qui m’a tant appris.
Paradis est là toujours aussi belle et apaisante, avec elle
il y a quatre silhouettes lumineuses :
« N’oublie pas, Julien, que tu n’es jamais seul quoi
qu’il arrive et que la force est en toi... Nous nous
reverrons. Tu as choisi de revenir alors, sois com-
plètement présent »

143
Lorsque je me suis réveillé j’ai su pourquoi j’avais
envie de vivre, d’aimer, de participer au changement
planétaire.
D’abord pour Sandra et puis pour la Terre et ses
habitants et aussi pour moi.
J’ai su que le son, la musique qui guérit les âmes et
les corps m’attiraient. J’ai commencé à percevoir au-
delà des corps physiques et des personnalités.
Un autre sens m’habitait. Celui sans doute qui m’avait
amené au coma en me faisant voir les histoires de vie
derrière une simple boite de haricots...
Une ouverture venait de se produire à l’intérieur de
moi. Un petit soleil grandissait et illuminait tout,
donnait du sens à tout, même au pire.
Il y avait une raison pour que nous vivions certaines
épreuves, une partie de nous l’ignorait, l’autre savait.
C’est à celle qui savait qu’il fallait s’adresser si l’on
voulait un autre monde.
Je me suis mis à regarder chaque recoin de mon
appartement. C’était un bazar sans nom... alors j’ai
commencé à regarder chaque objet en me demandant
s’il m’apportait encore de l’énergie, du plaisir.
J’avais écouté une émission sur ce sujet et la jeune
femme qui en parlait m’avait donné envie de suivre ses
conseils... un jour.
Puis, j’ai pris trois sacs-poubelles: dans l’un j’ai mis
ce qui n’était ni donnable ni réparable, c’était

144
celui qui partirait à la déchèterie ou aux poubelles. Le
deuxième, avec des objets en meilleur état et réparables,
irait à la recyclerie. Quant au troisième, avec de beaux
objets, j’en ferais cadeau à ceux de l’immeuble qui en
auront envie.
Ce tri m’occupa trois jours complets. Les sacs-
poubelles s’accumulaient, il y en avait à présent au
moins une dizaine. Tout gisait par terre : les objets, les
vêtements, les meubles.
Vint le tour des livres, un peu plus difficile, et ma
dernière étape fut celle des photos, des lettres et les
cadeaux de ma mère.
Là encore je me suis assis au milieu de tout et j’ai su
que ce n’étaient pas les objets qui me rapprochaient
d’une personne aimée. Je sus que ces êtres étaient en
moi pour toujours et qu’ils ne s’effaceraient pas, avec
ou sans objets.
Je sus à cet instant que le passé était une vieille
histoire qui m’avait apporté son lot d’expériences et de
joies mais que je n’avais plus à le porter comme un
fardeau. Je vis aussi combien le futur qui me terrorisait
au point de m’empêcher d’agir n’était ainsi que par un
détour de mon imagination trop fertile. Il était ce que je
croyais qu’il serait et de cela aussi je souhaitais me
détacher.
Une dernière fois, je regardais chaque chose, chaque
vêtement, chaque meuble et à chaque fois

145
j’écoutais en moi ce qu’il évoquait: rien, du plaisir, de
l’apaisement.
Le Rien partait dans les sacs. Je les remerciai tous sans
exception d’avoir joué un rôle dans ma vie puis, avec
l’aide de Sandra et de ma voisine, tout ce qui était mon
ancienne vie, s’en alla aux différents endroits prévus.
J’étais résolument et amoureusement dans le présent.
Je fis venir les voisins pour chercher ce qui pouvait
les intéresser et c’est comme cela que je fis connaissance
du voisin du dessus :
« Ahmed, peintre d’intérieur » C’est ainsi qu’il se
présenta.
Cet homme jovial aux cheveux bouclés et grison-
nants, d’une soixantaine d’années habitait l’appartement
du dessus depuis plusieurs années sans que je me sois
douté une seconde de sa présence.
J’avais presque honte.
À présent, j’étais enfin seul, dans mon appartement
vide du passé d’un Julien que je n’étais plus. Je sentis un
espace de liberté m’envahir en même temps que montait
un rire chaleureux et puissant, signe sans conteste, de
mon bien-être.
Tout à coup mon regard buta sur les murs. Ils étaient
tristes et sales et je n’y avais jamais prêté attention
jusqu’à présent. C’était le moment ou

146
jamais de refaire mon propre monde avant de refaire le
monde.
Deux pôles importants m’occupaient pour le moment:
repeindre l’appartement et en même temps me libérer
des personnes inadéquates de ma vie.
J’étais prêt à tout et décidai de régler tout dans le
même laps de temps.
Je n’étais pas pressé car mon temps avait changé et
j’étais bien résolu à ne pas bousculer les évènements
mais j’avais plus que jamais envie que Sandra partage
ma vie et pour cela il me fallait faire de la place dans
tous les domaines.
Je demandai à Ahmed de m’aider. Mon voisin «
peintre d’intérieur » comme il se nommait, avait besoin
d’arrondir ses fins de mois et ça tombait bien.
Nous avons repeint l’appartement et Ahmed savait
mettre de l'ambiance dans ses et dans nos journées. Il
chantait, racontait des histoires de son pays ce qui
rendait le travail agréable. Je m’aperçus que je n’avais
plus envie de considérer ce que je faisais comme un
travail mais comme un choix et un plaisir. Les
obligations ne faisaient plus partie de ma vie, non pas
par paresse ou lâcheté mais au contraire par amour. Tout
ce qui aurait pu sembler être une obligation se
transformait en acceptation qui elle- même devenait un
choix. Je redevenais maître de mon histoire !

147
Pour Ahmed, je ne savais pas s’il était en invalidité
ou à la retraite, peu m’importait et qu’il soit d’une autre
religion ou d’une autre culture m’était bien égal aussi.
Ce que je percevais en lui, au-delà des apparences,
c’était un être d’une grande bonté et d’une distanciation
ainsi que d’un bon sens par rapport aux aléas de la vie,
qui m’étonnait.
Je le regardais faire comme un apprenti regarde un
maître et cela m’apaisait.

148
18

« Il est plus facile de pardonner à un ennemi


qu 'à un ami » - William Blake.

Le chantier peinture allait bientôt s’achever tandis que


le soir je passais en revue toutes les personnes avec
lesquelles il y avait eu conflit, malentendu ou colère.
Je voulais les libérer et me libérer en même temps.

Pour cela je ne pouvais simplement pardonner. Cela


m’aurait mis en position de juge par rapport au mal que
je croyais avoir subi ou en position de victime. Je ne
voulais ni de l’un ni de l’autre !
Une personne du bureau m’avait, un jour où je ful-
minais contre mon patron, offert un livre qui contenait
une pratique pour aller au-delà du pardon. Elle

149
correspondait à ce que je souhaitais et je décidai de la
suivre.
Mon père fut le premier à servir de cobaye, il y eut
aussi un amant de ma mère, le fils de la nounou, et bien
d’autres encore.
Une semaine pour chacun d’eux préconisait la pra-
tique. Je pris le temps et m’aperçus qu’à chaque
libération quelque chose semblable à un boulet dont
j’avais jusque-là ignoré l’existence, se détachait.
Je me sentais progressivement plus léger, plus dis-
ponible, en quelque sorte plus présent.
Cette sensation me donnait des ailes et je décidai plein
d’enthousiasme, de poursuivre jusqu’à épuisement des
participants.
Quelque chose m’étonnait. Moi qui pensais ne pas
avoir de problème avec les autres ou du moins avec peu
de personnes, je fus surpris. En effet, le visage de l’un
que j’avais oublié ou l’évènement avec l’autre que
j’avais enfouis en moi resurgissaient comme pour me
dire « et moi, tu m’as oublié? Pourtant, regarde bien, la
blessure même minime de notre relation est encore là. »
Je sus alors que j’allais en avoir pour bien plus
longtemps que je ne l’avais supposé.
J’étais prêt !
À présent, un mois était passé et je commençais à
avoir envie de sortir, de voir et peut-être, de me

150
confronter pour la première fois au monde extérieur.
C’est alors que la petite voix que j’avais entendue lors
de mon coma se fit à nouveau remarquer:
« Te souviens-tu des poules en camps de concen-
tration, des veaux traumatisés et de maître cochon ? Te
souviens-tu des esclaves qui travaillent pour toi ?
Lorsque tu feras tes courses, que ce soit de la nour-
riture ou de n’importe quoi d’autre, regarde ce qui est
derrière. Pose-toi cette question: est-ce que j’achète de
la souffrance, de la mort, de l’injustice ou du beau, de
l’éthique, du sain? Fais cet exercice sans tension juste
avec de l’attention et tu noteras au retour comment tu te
sens. »
J’ai écouté et décidé de jouer le jeu bien que je me
sente très incompétent dans cette matière. Novice mais,
plein de bonne volonté, je suis parti en ville avec des
idées bien précises.
Muni d’un masque dans la poche de ma veste et ayant
bien l’intention de ne pas le mettre dans la rue mais
uniquement dans les quelques magasins où je me
rendrais, je commençais par la supérette la plus proche
de chez moi.
J’avais choisi de ne pas prendre de voiture pour ne pas
polluer et parce que j’avais très envie de marcher
malgré le petit crachin qui sévissait ce matin-là.
Les arbres qui longeaient la rue me paraissaient
nouveaux, en fait c’était mon regard qui l’était et

151
l’attention que je leur portais pour la première fois. Je
les remerciai pour leur présence, l’air et la beauté
naturelle qu’ils apportaient au lieu. J’eus alors la
sensation subtile qu’ils captaient mon message.
Je ne pourrais l’expliquer rationnellement, juste une
impression, un peu comme lorsque l’on sait avec
certitude qu’une chose est vraie sans autre preuve que
notre ressenti.
Le crachin devint pluie et la supérette ouvrait ses
portes.
Le masque cette fois sur le nez, je me mis à passer
dans les allées à la recherche de nourritures qui
pourraient être bénéfiques à l’espèce humaine dont je
faisais partie sans nuire aux animaux.
Amateur d’œufs, je m’approchai de l’étagère où se
superposaient de nombreuses boîtes d’œufs plus
attrayantes les unes que les autres. Les photos de poules
en plein air à l’air heureux ne me trompaient pas et
comme pour ma boîte d’haricots verts je revis les camps
de concentration pour volailles rentables.
Des numéros sur les boîtes devaient me donner des
indications mais je me sentais perdu.
Une dame qui cherchait de son côté m’expliqua
gentiment :
« Vous regardez bien et vous trouverez un chiffre
pour le mode d’élevage, un autre pour le pays d’origine,
un autre encore pour le n° d’identification du

152
producteur et enfin la date de consommation recom-
mandée. » (13)
Perplexe, je restai devant les œufs sans pouvoir me
décider. Je n’y comprenais rien.
« Vais-je savoir lesquels acheter, moi le débutant dans
ce domaine de l’éthique et du bio? »
Bizarrement dans ma tête une petite voix au ton
aigrelet peu mélodieux me chuchota :
« Arrête ! Tu perds ton temps, pour cette fois fais
comme d’habitude. Pour qui te prends-tu? Tu crois
vraiment que tu vas aider la planète et les êtres vivants?
Toi... »
Je me sentis décontenancé tandis que la petite voix
douce, celle que j'avais entendue durant mon coma
enchaînait :
« N’écoute pas... Ton mental est trop actif et cherche
à te désorienter. Il n’aime pas ton changement. Il y a
bien un magasin bio pas trop loin, iis sauront te
renseigner. »
Le magasin n’était en effet qu’à deux rues du
supermarché. La pluie s’était accrue, plus violente et
accompagnée de vent. Je me mis à penser que le vent et
la pluie avaient eux aussi leur utilité, et je les remerciai
tandis qu’il me semblait passer entre les gouttes et ne
plus ressentir la rigueur du climat.
D’un pas décidé je pénétrai dans la coopérative
biologique, magasin jusqu’alors inconnu de moi.

153
Je pensais qu’il était fréquenté essentiellement par des
Bobo (14) et d’autres anticonformistes du même genre.
Quel ne fut pas mon étonnement devant la clientèle
hétéroclite qui occupait les lieux en cette matinée de
découvertes... Mes a priori tombaient les uns après les
autres et je n’opposai aucune résistance.
A nouveau, je dirigeai mes pas vers les œufs lorsque
mon regard s’arrêta sur une boîte d’œufs portant
l’inscription:
« L’œuf qui ne tue pas la poule. »
Je n’y avais jamais pensé. Un jeune homme rem-
plissait tranquillement les rayons à côté de moi. J’osai :
« On tue les poules pondeuses ?
- Bien sûr, quand elles ne sont plus rentables, c’est-à-
dire au bout de deux ans pour les poules industrielles,
trois ans pour les hybrides et cinq à sept ans pour les
locales. Les fermiers ne veulent pas les garder quand
elles ne sont plus rentables alors... » Lejeune homme eut
un geste très suggestif pour me faire comprendre le sort
des poulettes tandis qu’il ajoutait:
« Heureusement, certains éleveurs sont plus sensibles
et proposent de donner leurs poules à ceux qui veulent
bien les prendre. Chez “L’œuf qui ne tue pas la poule”,
ils ont même fait une maison de retraite pour les
pondeuses. »

154
Ouf! Les humains s’humanisent, pensai-je en sou-
riant. Peut-être allons-nous peu à peu ressembler à ceux
des autres mondes.
Ma réflexion s’arrêta là devant les rayons de produits
encore inconnus pour moi : seitan, steak de soja,
fromage végane ou sans lactose, pain sans gluten.
Un monde s’ouvrait à moi et je m’y sentais encore très
petit. Il fallait vraiment que je trouve quelques
informations à ce sujet si je ne voulais pas passer pour
un béotien.
Le rayon des livres pourrait peut-être me sauver mais
là encore, j’avançais dans une jungle dense et épaisse:
cuisine végane ou végétarienne, avec ou sans gluten,
crue ou cuite. Perplexe, je feuilletai au hasard et finis par
prendre un livre de cuisine végétarienne crue et cuite.
C’est alors que mon regard fut attiré par un titre dont
les mots : « Zéro déchet » firent instantanément défiler
devant mes yeux, le 7e continent, cette île trop grande
faite de plastique et de déchets qui m’avait
complètement atterré.
Je l’avais oublié et décidai aussitôt d’ajouter ce livre
à ma liste de courses tandis que je passai à côté de la
vitrine frigorifique des viandes, charcuteries et jambons
bio sans même une once de regret.
Pressé de me plonger dans ces lectures qui devaient
m’aider à y voir clair et dans cet état d’esprit, j’arrivai

155
à l’appartement où, en ouvrant la porte, je découvri-
sun petit mot de Madame Stauffer.
« Julien, je viens de rentrer faire les courses et j’ai
fait un pot-au-feu. Je t’attends pour midi. »

156
19

« Lorsque je me laisse aller à être ce que je suis, je


deviens ce que je pourrais être »
— Lao Tseu.

Wahoo ! instantanément je vis le piège se refermer


tandis que deux petites voix me susurraient à l’oreille
des messages contradictoires:
« Tu ne vas quand même pas faire ça à ta voisine. Tu
commences tout juste à avoir des relations normales
avec les personnes de ton entourage... Elle a fait plein
d’efforts et elle a passé du temps pour trouver un plat
qui te plaise » susurre mielleuse la petite voix aigrelette.
« Trouve un moyen pour respecter ta nouvelle vie et
tes décisions sans froisser les gens. Tu n’as pas besoin
d’être agressif ou autoritaire. Sois juste

157
convaincu et ça ira bien » chuchote la deuxième petite
voix avec sérénité.
Il est bientôt midi et, perplexe, je décide de me rendre
chez ma voisine. Ne pas y aller alors qu’elle sait que je
suis là, je n’en ai pas envie.
« Bonjour et merci c’est très gentil de me proposer un
repas. »
Julien commence bien. Il continue d’une voix cha-
leureuse :
« J’aime tous les légumes et ceux du pot-au-feu bien
entendu, par contre j’ai décidé un nouveau régime qui
exclut la viande sous toutes ses formes. J’espère que
vous ne m’en voudrez pas? Et puis les animaux sont
devenus mes amis et vous êtes d’accord, dit-il en riant
tout en caressant Toby, on ne mange pas ses amis... »
Devant l’attitude sereine et chaleureuse de Julien,
Mme Stauffer accepte cette nouvelle lubie et pense que
Julien est devenu un peu étrange depuis son retour du
coma comme après un grand voyage aux multiples
péripéties. Elle a assisté au vide grenier de
l’appartement, aux peintures nouvelles et elle se dit que
Julien est en pleine renaissance. Elle ne s’inquiète pas
outre mesure. Elle trouve plutôt ces changements
bénéfiques et son voisin sympathique.
Le repas se passe au mieux tandis que je questionne
ma voisine sur la façon de préparer les légumes...

158
L’après-midi, à nouveau seul dans mon appartement
vide, je me plongeai dans la lecture de mes nouveaux
guides, assis à même le sol sur un tapis en sisal qui avait
eu la chance d’échapper à la tornade blanche censée
nettoyer et renouveler l’énergie des lieux.
En lisant, je m’aperçus que j’étais très ignorant mais
l’envie de participer pleinement à la vie terrestre fut la
plus forte. Je continuai à lire tard dans la nuit puis,
épuisé, je m’écroulai dans le lit qui allait bientôt
disparaître pour laisser place à un matelas en latex
naturel et à un sommier en bois certifié PEFC (15).
Cette nuit-là fut agitée. Mon sommeil était habité de
rêves mélangés. Tantôt je voyais mon père qui semblait
désolé et cherchait à me tendre une main sans pouvoir
me toucher, tantôt le maître cochon me regardait d’un
air pensif et un peu culpabilisant me demandant à quand
remontait ma dernière tranche de jambon, je finis par
me noyer dans une mer de plastiques où peu à peu mon
corps s’enfonçait. Je commençais à m’étouffer tandis
que les déchets arrivaient jusqu’à mon menton et là tout
à coup le décor changea.
La plage paradisiaque aux oiseaux blancs et roses et
aux papillons géants de toutes couleurs m’accueillait
une nouvelle fois. Il n’y avait âme qui vive

159
mais je respirai un autre air et j’avais juste envie de
remercier.
Je venais à peine de m’asseoir sur l’un des fauteuils-
rochers qui m’avaient tellement intrigué la première fois
où je les avais vus lorsque je vis une silhouette s’avancer
vers moi.
En fait ils étaient deux. Deux ombres légères et encore
mal définies qui s’approchaient tranquillement.
J’attendis, peu à peu envahi par une émotion que je ne
comprenais pas.
Tout à coup les silhouettes jusque-là inconnues se
dessinèrent avec plus de précision. Je reconnus Paradis
et je ne pus m’empêcher d’exprimer ma joie.
Elle tenait par la main un petit garçon de cinq ans
environ que je n’eus pas envie de regarder.
« Julien, tu as fait bien des nettoyages en peu de temps
et je suis heureuse pour toi. Je t’amène un petit oublié
qui mérite bien d’être aimé et que tu le prennes dans les
bras. »
Je regardai l’enfant avec plus d’attention. Non
décidément il ne me plaisait pas avec ses cheveux en
épi, sa bouille ronde et ses petites lunettes ridicules.
« Pourquoi as-tu cet enfant avec toi ? » demandais- je
pour gagner du temps ou plutôt pour échapper à ce
qu’une partie de moi savait déjà.
« Il est juste venu pour toi ! »

160
C’est alors que je me mis à scruter davantage ce petit
garçon, trop gros, trop mou, mal habillé et maladroit. Il
avait lâché la main de Paradis et s’avançait cette fois,
seul, vers moi avec sa démarche que je jugeai lourde et
hésitante, la tête baissée vers le sol.
Je le regardai encore une fois et c’est alors qu’il releva
la tête et me regarda droit dans les yeux. Des yeux que
je n’oublierai jamais et dans lesquels, durant un instant,
je pus lire toute la détresse du monde.
L’émotion, que j’avais jusque-là réfrénée, m’inon-
dait. J’ouvris grand les bras dans un mouvement qui
n’avait rien de mécanique mais que mon cerveau et mon
mental ne contrôlaient plus. Je m’accroupis tandis que
le garçonnet courut se lover dans mes bras ouverts qui
se refermèrent sur lui.
Je lui chuchotai à l’oreille tout en l’embrassant très
ému :
« Ne t'inquiète pas, papa n’est pas parti parce que tu
es méchant, ni parce qu’il ne t’aime pas. Il a des
problèmes qui n’ont rien à voir avec toi. Tu vas grandir
et un jour tu sauras pourquoi tu es là sur Terre. »
L’enfant m’écoute avec attention tandis que je
continue :
« Tu vas être brillant à l’école mais tu n’auras pas
beaucoup d’amis parce que tu crois que tu ne le

161
mérites pas. Mais aujourd’hui, tu vas changer. Je t’aime
comme tu es ! »
À ces derniers mots, l’enfant sourit. Il semble
comprendre ce que je lui dis. Je continue à le bercer et
simplement à l’aimer lorsque tout à coup la petite
silhouette se dissout et disparaît pour se fondre en moi
sans secousse, simplement comme un retour aux
sources.
Sur la plage de sable aux reflets d’or, il ne reste plus
que Paradis qui sourit et Julien qui se redresse et dont
le visage devient de plus en plus serein.
« Peut-être serait-il temps que tu retrouves les traces
de ton père... » suggère Paradis.

Plus rien ! Le néant !


Julien se réveille en sursaut. Il s’étire et bondit hors
de son lit.
« Une longue journée m’attend mais ce matin, Sandra
vient prendre un café avec moi. Il faut que je prépare un
petit-déjeuner sympa. »
Julien siffle une chanson connue, il se sent léger et
joyeux. Dans la salle de bains il découvre une brosse à
dents en plastique, un gobelet de la même matière, des
flacons shampoing-douche sur lesquels l’étiquette
révèle des produits toxiques, un rasoir jetable, mi-métal
mi-plastique, une mousse à raser ainsi qu’un dentifrice
contenant des perturbateurs

162
endocriniens. Tout passe à la poubelle tandis qu’à la
cuisine les quelques ustensiles restants, sont eux aussi
passés à nouveau au crible: poêles et casseroles en
téflon prennent le même chemin.
En ouvrant ses placards, il découvre des boîtes dont la
date de péremption est dépassée, et dans le
réfrigérateur, les plats cuisinés portant des noms
étranges. Julien se promet d’en savoir plus sur le sujet.
Il ne reste presque plus rien et il prévoit de refaire
rapidement quelques courses.
Heureusement les tasses à café et la cafetière ita-
lienne, par chance en inox et non en aluminium, ont
échappé à la tornade nommée Julien.

163
20

« Le hasard, c 'est Dieu qui se promène


incognito » — Albert Einstein.

Lorsque Sandra arrive, elle n’a d’yeux que pour


Julien et ne semble pas voir le désert qui l’entoure:
« Tu semblés de mieux en mieux bientôt je n’aurai
plus besoin de venir... » dit-elle malicieusement
espérant entendre Julien confirmer le contraire.
« Tu plaisantes, j’ai plus que jamais besoin de toi et
de tes conseils. Regarde mon appartement, il est vide et
tu m’as dit que tu aurais aimé être décoratrice n’est-ce
pas? »
Julien joue le jeu... Il lui parle de ses nouvelles
lectures, de ses découvertes et se rend compte que
Sandra qui n’en a jamais parlé est très au courant de tout
ce qu’il découvre.

165
« Chez moi, j’ai déjà fait ces tris avec ma mère et j’en
suis très heureuse. J’ai même senti que toutes les fois où
je donnais quelque chose qui n’était plus d’actualité pour
moi, le plaisir qu’en retirait le receveur décuplait ma
joie.
Donner c’est ouvrir une porte et ça fait du bien de voir
un autre heureux. Alors je me suis aussi mise à faire des
cadeaux, à acheter de petites choses à des amis en
pensant à eux très fort pour ne pas me tromper ou à offrir
du café à des SDF pour les réchauffer, à écouter le
visiteur à l’hôpital lorsqu’il s’inquiète pour l’un des
siens et bien entendu à faire sourire les patients. »
Julien est subjugué :
« En fait tu agis comme une fée, émet-il avec douceur.
Tu m’apprendras ajoute-t-il d’un air complice. Au fait
j’ai démissionné de mon travail et je vais avoir du temps
pour me former à autre chose... Et toi? »
Sandra baisse la tête et prend l’air soucieux:
« Moi aussi j’aimerais démissionner, mais je ne sais
pas si j’en aurai le courage avec un enfant à ma charge,
même si maman est là en soutien. Je crois qu’elle serait
désespérée si je change de travail. »
Sandra s’en va rapidement car son travail l’attend et
aussi parce qu’elle est secouée par la conversation
qu’elle vient d’avoir avec Julien. Elle pense :

166
« Autrefois, jamais je n’aurais accepté de compromis.
Dire qu’aujourd’hui je suis prête à garder un travail qui
ne me convient plus juste parce que j’ai peur. J’ai honte
de moi et du peu de confiance que j’ai en la vie depuis
quelques années. Je vieillis sûrement pour être devenue
comme ça et puis il y a Louis mais ce n’est pas une
excuse.
Est-ce qu’il sera fier de moi si je n’écoute pas mon
cœur? Je ne crois pas, et comme exemple, ce n’est pas
terrible pour lui d’avoir une mère qui a peur.
On va me traiter d’inconsciente, de mère irrespon-
sable mais qui est-ce qui me juge? Est-ce que j’ai peur
du regard des autres ? »
Tout à son questionnement, Sandra ne voit pas la
voiture qui lui coupe la route et pile net devant elle dans
un crissement de pneus. Le chauffeur énervé et surtout
sous le choc réagit en criant :
« Vous êtes folle, vous ne pouvez pas regarder devant
vous, vous passez au feu rouge piétons maintenant ? »
L’agression verbale touche Sandra qui éclate en
sanglots. L’homme sort de la voiture et essaie de la
consoler. Il s’est adouci et explique sa colère par la peur
qu’il a eue de l’écraser puis s’exclame:
« Oh, mais je vous reconnais, c’est vous l’infirmière
qui m’avait consolé et rassuré quand ma femme a été
hospitalisée. »

167
L’homme d’une soixantaine d’années, à l’allure
joviale et à la grosse voiture, lui propose de l’amener à
l’hôpital :
« Je vous offrirai bien un café mais avec cette stu-
pidité de soi-disant virus tout est fermé. » ajoute-t-il
avec assurance.
On voit qu’il a l’habitude de prendre des décisions et
cela interpelle Sandra.
Dans la voiture qui se dirige vers l’hôpital l’homme
monologue :
« Vous travaillez avec mon fils et il m’a dit que l’un
de ses patients avait vécu quelque chose de très
particulier durant un coma »
Sandra est intriguée, elle ne veut pas dévoiler
l’histoire de Julien et ne dit mot tandis qu’elle écoute,
enfoncée dans les confortables sièges beige clair, le
conducteur de la voiture de luxe qui continue :
« Je comprends que vous ne vouliez pas en parler...
secret professionnel n’est-ce pas? commente- t-il en
riant, et sans attendre la réponse, il continue.
Mon fils a vécu il y a quelques années ce que l’on
appelle une NDE (16) après un accident de la route. Il
en est revenu complètement différent. Il venait de finir
ses études de médecine et s’est formé à diverses
pratiques alternatives malgré ses horaires chargés.
L’hypnose, les états modifiés de conscience, la médi-
tation ont fait partie de sa nouvelle vie. Il a beau

168
coup cherché à en savoir davantage sur ce qui lui était
arrivé et a beaucoup lu. Il est revenu de cette expérience
avec des perceptions particulières, un peu comme un
sixième sens, si vous voyez ce que je veux dire.
Il voit, il capte, il entend, bref je ne sais pas trop
l’expliquer, mais cela a entraîné des changements chez
ma femme et chez moi également, car nous ne voulions
pas le perdre une deuxième fois, nous avons essayé de
le comprendre. Nous avons eu tellement peur qu’il ne
meure. Ajoute-t-il avec de l’émotion dans la voix... Par
contre lui, n’a pas peur de la mort. »
L’homme marque une courte pause avant de
reprendre :
« Vous devez me trouver bavard mais je sais que je
peux vous faire confiance, je l’ai compris lorsque ma
femme a été hospitalisée. Ce n’était pas grave mais je
suis de tempérament anxieux et vous avez été là. Votre
présence, vos paroles ont su me rassurer, croyez-moi !
»
Sandra respire et savoure le compliment qui lui
prouve qu’elle n’est pas inutile, même en ayant peu de
temps à sa disposition.
L’homme continue :
« Aujourd’hui, Brian travaille dans le même service
que le vôtre. »

169
La voiture se gare devant l’hôpital où ils viennent
d’arriver.
« Vous n’avez pas parlé, continue l’homme avec
bonne humeur mais j’aimerais vous aider. J’ai de
l’argent et des relations, ça ne devrait pas être difficile.
Retrouvons-nous dans deux jours à cette même porte et
nous en reparlerons. »
Sandra est sous le choc et remercie chaleureusement
son conducteur en promettant d’être au rendez-vous
dans deux jours.
A l’hôpital, masque sur le nez, elle file vers son poste
et croise comme par hasard le médecin, fils de l’homme
qui l’a accompagné. II.lui sourit:
« Toi, tu viens de croiser mon père. Tout à l’heure ma
femme vient me chercher avec notre petite fille de trois
ans, mais à la pause nous pouvons discuter un peu. »

Quelques heures plus tard, ils se retrouvent pour une


courte pause :
« Ton père m’a parlé de toi et de ce qui t’est arrivé.
Je comprends mieux ce que tu as dit à Julien lors de son
réveil. » avance Sandra.
Brian sourit :
« Moi j’ai su que tu voulais partir d’ici car tu n’ap-
précie pas le rendement exigé au détriment du patient.
Je crois que mon père peut te trouver une solution.

170
Dis-moi, j’aimerais rencontrer Julien un de ces jours.
Pourrais-tu arranger ça? »
Sandra est émue et sent intuitivement que sa vie va
changer :
« Je vais lui en parler... je pense qu’il sera heureux de
voir qu’il n’est pas seul. »
Les quelques minutes de repos s’achèvent et les deux
futurs amis s’éloignent chacun dans la direction de leurs
taches respectives, le cœur plus léger et serein.
De son côté, Julien dans son appartement zen,
commence à apprendre par internet les rudiments de la
méditation.
« Je me croyais calme et je découvre qu’en fait ce que
je croyais être du détachement n’était que stress et
inhibition. Impossible de rester sur mon zafu (17) plus
de dix minutes. Quant à penser à rien je ne savais même
pas ce que cela signifiait.
J’ai juste de la persévérance et c’est ça qui m’a aidé.
Chaque matin de cette première semaine d’ap-
prentissage, j’ai pris du temps pour rentrer à l’intérieur
de moi, comme me le suggérait l’enseignant sur internet.
Sur ses conseils je me suis entouré de beau : une
bougie, des huiles essentielles et une sculpture apai-
sante, un tapis de méditation et mon zafu de couleur
jaune et j’ai mis les chants de Deva Premal.

171
Je n’y croyais qu’à moitié mais j’avais une envie forte
de retrouver l’état que j’avais connu en présence de
Paradis.
Peu à peu, jour après jour, ma constance s’avéra
payante. Je pus rester cinq minutes à méditer ce qui était
déjà un exploit puis en augmentant un peu chaque jour
je suis arrivé à vingt minutes. Ce que je croyais
impossible !
Au début, toutes mes pensées affluaient et se bous-
culaient et non seulement elles me perturbaient mais je
les suivais.
Par exemple, en pleine méditation je pensais à Sandra,
puis à son arrivée, puis à ce que j’allais lui proposer et
comment nous allions meubler mon appartement à son
goût... Bref, je n’étais pas là, j’étais dans un futur
illusoire ou réel, peu importe, mais moi je n’étais pas
présent.
L’enseignant me guidait, heureusement, et peu à peu
j’appris à laisser passer mes pensées et à revenir au
rythme de ma respiration, à l’instant présent.
Les bénéfices se firent peu à peu sentir : une paix
m’habitait pendant des moments de plus en plus longs
et je gérais mieux mes émotions. Enfin, je découvris en
moi une joie qui ne subissait pas les aléas des
évènements extérieurs.
Je me sentis bientôt prêt à rencontrer Brian et aussi à
partager davantage de moments avec Sandra.

172
21

« Du colibri au condor, chacun possède ce dont l’autre


a besoin... la diversité est notre force et l'unité notre
puissance. » — Marc-Ismaël.

Mon appartement se remeublait peu à peu selon les


goûts de Sandra et je me rendis compte que je l’aimais
passionnément. Je trouvais ses choix parfaits et je
découvrais comment le fait de ne pas tout contrôler
réservait de belles surprises et surtout une grande
détente.
Peut-être penserez-vous qu’à nouveau j’étais reparti
dans le non-faire mais c’était exactement le contraire. Je
me sentais plus vivant que jamais et prêt à agir quand il
le faudrait.
Aujourd’hui j’ai rendez-vous avec Brian. C’est lui qui
va venir en fin d’après-midi et je suis heureux de

173
pouvoir discuter avec une personne ayant vécu des
évènements étranges sans être pris pour un fou.
Je ne m’étais pas rendu compte combien vivre mon
expérience sans jamais pouvoir la raconter était pesant.
C’est en discutant autour d’un thé matcha et de
gâteaux véganes japonais cuits à la vapeur que j’en pris
soudain conscience. Un poids qui parfois m’oppressait
au niveau de la poitrine s’en alla comme par
enchantement.
J’étais tout à l’écoute de ce qu’il avait vécu: un
accident, une rencontre lumineuse sur d’autres plans
avec un ami très proche qui s’était tué en moto quelques
années auparavant, et qui l’avait renvoyé dans son corps
physique en lui expliquant que le moment n’était pas
encore venu d’en partir. Au retour, Brian fut doté de
capacités qu’il ignorait et trouva l’envie de servir
l’humanité à sa façon et là où il se trouverait.
J’étais émerveillé et cela me confortait dans le fait que
jusqu’à présent, je n’avais pas affabulé. Une nouvelle
force m’habitait.
À mon tour, je racontai mon expérience d’autres
mondes et peu à peu la mémoire me revenait. Je sus
décrire les scènes avec précision, et ressentir ce que
j’avais éprouvé alors. Brian m’écoutait et en le regar-
dant, je sus que j’avais trouvé un ami.

174
Cette nuit-là, je me sentis expulsé de mon corps
physique et pour la première fois je pus le voir reposant
dans le grand lit et garder conscience de tout le
processus que j’étais en train de vivre. Je saluai ce corps
en passant et tout à coup, je réalisai combien il était
précieux. Un sentiment d’immense gratitude pour tout
ce qui le composait m’habita: les muscles, les artères,
les veines, les organes et toutes les cellules
contribuaient à faire que ce corps fonctionne. C’était un
véritable miracle de précision, de fonctionnement !
Merci, mille fois merci !
Jusqu’à présent j’avais considéré tout ça comme
normal. En fait je n’y avais jamais accordé d’attention
alors que c’était ce qui me permettait d’être sur Terre.
Brutalement je me sentis aspiré dans un tourbillon, je
m’engouffrai dans une spirale, je passai dans des
volutes de lumière, des vortex qui me donnaient la
sensation d’être dans le tambour d’une machine à laver
puis soudainement, un silence s’imposa et le calme
m’entoura.
La merveilleuse plage que j’avais connue durant mon
coma m’accueillait ainsi que Paradis en compagnie de
quatre autres êtres lumineux.
Tous m’entouraient joyeusement:
« Julien, tu as changé beaucoup de choses dans ta vie
et nous savons combien tu rêves de contribuer à

175
la venue d’une nouvelle Terre. Il faut pourtant que tu
saches que sur ta planète vos dirigeants occultes ont
prévu des portes de sortie en cas de catastrophe.
La planète Mars est l’une d’elles. Sa particularité est
d’abriter la vie sur des niveaux très différents.
Je m’explique: il existe de nombreux peuples sur
Mars. Les uns sont les habitants d’origine de cette
planète. Ils sont de merveilleux stratèges. Les autres
sont des réfugiés et sont en contact avec les Dracos et
les Terriens. Ils construisent des bâtiments susceptibles
d’abriter les dirigeants des Terriens aidés par des
esclaves humains.
- Ils prévoient donc que la Terre ne sera plus vivable?
» questionne Julien, plus serein qu’autre- fois.
« Cela fait partie des possibilités mais ce qu’ils
ignorent encore est que l’humain se réveille et qu’il
redécouvre peu à peu son pouvoir et sa lumière.
Sandra, Brian, Lilou son épouse et toi faites partie non
pas d’une élite, car cela ne veut rien dire dans nos
mondes, mais d’un groupe d’aidants pour l’éveil de
l’humanité. »
Julien ne peut s’empêcher de s’exclamer:
« Nous sommes investis d’une grande mission alors ?
»
Paradis et les quatre êtres qui l’accompagnent rient de
bon cœur :

176
« Une grande mission ne veut rien dire non plus dans
nos mondes. Vous n’êtes pas des élus. Il n’y a jamais eu
des élus, il y ajuste des êtres qui décident eux-mêmes.
Avant de revenir sur Terre, vous vous êtes vous-mêmes
proposés de collaborer avec les nôtres afin de réveiller,
de diverses façons, les habitants de votre monde. Vous
êtes de plus en plus nombreux sur cette planète à
accepter ce rôle.
- Mais je n’en ai jamais eu conscience... » s’étonne
Julien.
« La plupart des tiens non plus, continue de sa voix
douce Paradis, cela ne vous empêche pas d’agir même
si vous avez besoin de temps à autre de coup de pouce
comme pour toi et Brian.
Une force puissante venant de la Source accélère la
prise de conscience de l’humanité terrestre en ces
moments de confusion.
Pense à la peinture célèbre de Michel-Ange dans la
chapelle Sixtine: deux doigts se cherchent pour se
joindre. C’est un peu cela qui vous est demandé : faire
un pas en avant pour que vous puissiez vous réveiller au
Divin qui est en vous depuis toujours et que vous avez
occulté ».
Paradis sourit et continue :
« Votre monde vous donne la sensation de devoir faire
beaucoup pour accéder à votre essence, à votre
conscience, à votre âme. Il n’en est rien.

177
Vos grands enseignants venus sur Terre pour vous
éclairer l’ont dit et répété mais vous n’écoutiez ou
n’entendiez pas.
Je te cite celui qui est le plus proche de ta culture.
Jésus ne vous a-t-il pas laissé ce message :
« Celui qui croit en moi fera lui aussi les œuvres que
je fais. Il en fera même de plus grandes. » (18)
La vie monacale tout comme la vie ascétique sont des
choix mais n’ont jamais été une recommandation
prioritaire de la part de ce grand enseignant. Il vous a
aussi dit ceci :
« Mon joug est utile et mon fardeau léger »
Le chemin vers vous-même est simple dès lors que
vous mettrez votre mental et votre ego au repos,
contrairement à tout ce qui vous a été enseigné jus-
qu’alors dans toutes les spiritualités de votre planète
Terre.
Faites confiance à votre âme, respectez votre corps,
écoutez-le ainsi que vos cellules. Tu as vu tout à l’heure
ton corps physique. Sachez que tout humain est capable
de communiquer avec ses organes, ses cellules et tout
ce qui fait partie de ce corps de matière.
Plus vous serez en contact avec vos cellules et plus
elles seront à votre écoute. Cela semble peut-être
curieux dans un monde où vous avez oublié que tout a
une conscience et une âme.

178
Faites-en l’expérience et vous serez étonnés des
résultats. Il n’est pas besoin pour cela que vous soyez
hors de votre corps ou que vous viviez une mort
clinique,
Aimez, expérimentez !
Il n’y a pas d’élite qui puisse gagner le « Ciel ».
Chacun a en lui ce pouvoir d’atteindre l’esprit et l’âme
qui le guident et qui habitent son corps. Beaucoup vous
est caché. Tout ce qui vous est montré n’a que peu de
réalité par rapport à ce qui existe vraiment.
N’ayez pas de scrupules à laisser les vieilles structu-
res disparaître de tous les domaines de votre vie. Elles
sont dépassées depuis longtemps et vous vous main-
tenez par elles dans une matrice qui vous étouffe.
Vous n’êtes pas éloignés de nos planètes de l’Alliance
bien que vous pensiez qu’elles sont inaccessibles. Tous
les mondes sont habités alors que vous cherchez encore
des signes de vie embryonnaire ailleurs.
Ne perdez plus de temps ! Votre enseignement ne
vous apprend ni la gestion des émotions ni celle de vos
pensées tandis que votre histoire, votre géographie sont
faussées volontairement, tout comme vos religions.
Votre pollution qui vous occupe tant pourrait être
depuis longtemps éradiquée si vous aviez accès à ce

179
qui vous est caché dans les laboratoires sans drapeau de
l’Alaska et d’ailleurs, dans les bases souterraines et les
couloirs creusés à cet effet sous la terre de votre planète.
Vos soins médicaux sont aujourd’hui obsolètes et la
plupart ne sont plus donnés dans le but d’aider votre
humanité mais pour des questions de rentabilité.
Je pourrais encore te citer bien des secteurs de votre
monde comme les finances, la soi-disant politique, qui
exploseront tour à tour, afin de vous libérer de cette
matrice qui vous emprisonne. »
Julien semble désespéré:.
« Mais alors que faire avec nos petits moyens? Une
révolution ? »
Paradis qui ne s’est pas départi de son calme répond
avec sérénité :
« Une révolution ne servira à rien tant qu’en vous une
révolution intérieure n’est pas arrivée.
Lorsque cela sera et je sais que cela est sur le point
d’arriver, alors il n’y aura pas besoin de révolution car
les vieilles structures et la matrice s’écrouleront d’elles-
mêmes.
Mettez en place ce que vous voulez voir : un monde
éthique, joyeux, aimant.
Aidez chacun, chacune à retrouver son pouvoir, sa
conscience et sa joie non pas en les lui apportant sur

180
un plateau mais en les lui faisant découvrir là où vous
serez, avec vos moyens.
N’exigez rien de qui que ce soit, la route de l’un n’est
pas celle de l’autre, soyez en conscients. Respectez
toute démarche.
La puissance de la pensée des humains est telle que
rien ne peut lui résister si elle est accompagnée
d’Amour.
Entraînez-vous, aidez les autres à s’entraîner, devenez
les maîtres de vos pensées afin de recontacter les
battements subtils de votre centre-cœur et vous sou-
lèverez des montagnes. »
Paradis s’arrête et sourit de son sourire apaisant et
tellement rempli d’amour que chacun pourrait s’y
perdre.
Une silhouette prend peu à peu forme dans le petit
cercle formé par Julien, Paradis et les quatre autres êtres
lumineux et joyeux.

181
22

« C 'est la qualité du regard qui décide à elle


seule de l'importance de l'obstacle. » -
Enseignement des étoiles.

Julien sent une onde vibrante l’inonder sans qu’il


sache exactement pourquoi... La silhouette est à présent
de plus en plus distincte.
« Sandra c’est toi ! Tu es venue ici aussi ! » s’exclame
Julien en découvrant la femme qu’il aime tant.
Sandra lui sourit :
« Julien, tu pensais que j’allais t’attendre là-bas
indéfiniment? »
Elle éclate d’un rire qui tinte semblable à de fines
clochettes tandis que Julien l’enlace.
« Cette fois ça y est, nous sommes unis pour le
meilleur et pour le pire si même sur ces plans inter-

183
médiaires d’entre deux vies, nous nous retrouvons ! »
s’exclame joyeusement Julien.
Du petit groupe émane une joie que rien ne peut
éteindre.
C’est alors que les quatre êtres qui jusqu’à présent ne
s’étaient pas exprimés prennent la parole :
« Nous sommes vos guides et nous avons suivi votre
histoire, commence l’un d’eux. Vous devez penser que
nous nous ressemblons mais nous avons chacun notre
rôle. Deux d’entre nous sont là pour vous aider à
accomplir votre projet de vie, et pour vous permettre
d’accélérer votre ascension vers le cœur de votre être.
Tous les êtres sans exception sont accompagnés de l’un
ou de plusieurs d’entre nous mais vous désespérez
parfois, vous imaginant seuls alors que c’est vous qui
ne nous entendez pas ou qui interprétez nos paroles,
trop souvent selon vos désirs et vos peurs.
Deux autres parmi nous sont là pour vous aider, plus
particulièrement en ce qui concerne votre plan de vie en
rapport avec l’avancée de la planète.
Là encore, vos egos et votre mental bloquent les
énergies que nous vous envoyons avec régularité. »
Le guide laisse alors la place à une autre silhouette
lumineuse :
« Je fais partie de ceux qui aident la planète et qui
vous aident dans cette action. Nous ne vous deman

184
dons pas d’éradiquer votre ego ou votre mental mais de
leur redonner leur juste place à votre service.
Nous ne vous demandons pas d’efforts démesurés, ni
de grandes actions. Vous n’êtes pas tous faits pour cela
mais vous êtes tous et toutes importants.
Vous vous êtes incarnés à cette époque en sachant que
vous serez les acteurs d’une grande transformation.
Cela ne signifie pas que “la Terre est une vallée de
souffrance” comme le pensent certains d’entre les
humains. Il ne tient qu’à vous d’en faire un monde autre.
Regardez ! »
Sur un geste de la main de l’être de lumière, nous nous
retrouvons tous les sept sur le sol d’une planète à l’air
respirable et doux, d’une luminosité rendue plus belle
encore par les petites particules dorées qui la traversent.
L’eau y coule en abondance dans des cascades fraîches
et musicales. De grands oiseaux aux multiples couleurs
viennent y boire et semblent échanger entre eux des
mots que nous ne comprenons pas.
Des pas lourds se font entendre derrière nous, un
souffle chaud nous fait nous retourner tandis qu’un félin
énorme, à l’allure souple se dirige lui aussi vers la
cascade, sans porter la moindre attention à notre
présence. Des petits, derrière lui, essaient de le suivre
tandis qu’il les attend dans l’eau pure et limpide du
bassin de la cascade.

185
Un groupe de jeunes gens arrive en riant pour se
baigner au même endroit que le félin et ses petits. Tout
va bien ! Aucune peur des uns ou des autres ne pollue
l’ambiance paradisiaque.
La température est douce et la lumière semble avoir
sa source partout et nulle part.

La scène s’efface pour laisser place à une jungle


foisonnante de vie. Chaque plante, chaque rocher,
chaque insecte, chaque oiseau semble plus vivant que ce
que nous pourrions imaginer. Ils échangent entre eux et
avec nous...
« Mais où sommes-nous? » interroge tout à coup
Sandra sidérée par tant de beauté.
« Sur votre Terre telle qu’elle pourrait devenir si vous
la voyez telle. Nous sommes dans tes pensées, Sandra,
et dans celle d’une multitude de Terriens, elles sont
créatrices et se concrétisent sur certains plans non
physiques en attendant d’arriver dans votre plan
physique.
Quand vous saurez vous servir de vos pensées, votre
Terre changera plus vite que vous ne pouvez l’imaginer.
Faites des visualisations en petits groupes, les petits
groupes seront eux-mêmes reliés entre eux par des liens
invisibles mais puissants. Peu importe que tous ces
groupes ne voient pas la même chose. La

186
Terre, si vous lui envoyez de l’amour et si vous en
envoyez aussi à ses habitants, saura s’en servir.
L’important est le beau et l’Amour que vous y met-
trez.
Certains parmi vous pensent que la Terre peut se
débrouiller et que ce sont les humains qu’il faut soigner.
Cela n’est qu’en partie vrai.
Votre planète a de grands axes de circulation, sem-
blables à vos veines et à vos artères. Bouchés, ces axes
accentuent les catastrophes déjà en grand nombre. Nous
savons que vous les humains êtes capables d’un amour
puissant. C’est cela qu’il vous est demandé de
retrouver. Il vous faut simplement pour cela
abandonner l’image que vous voulez donner de vous et
à laquelle vous finissez par croire. Posez-vous la
question :
“Qui suis-je?”
Jusqu’à ce que vous ayez enlevé tout ce qui n’est pas
vous et auquel vous vous attachez encore. Le reste se
placera en vous et autour de vous comme il se doit. »

Paradis, la main largement ouverte, semble en état de


grande concentration lorsque tout à coup le paysage
change.
Sandra et Julien sont à présent sur une mer de détritus,
tandis qu’autour d’eux, de hautes tours

187
sombres s’élèvent dans un paysage où la nature semble
ne plus avoir sa place. Le ciel est couleur de plomb et
l’air irrespirable.
Des êtres masqués déambulent comme des fantômes.
Ils fouillent des poubelles pour y trouver apparemment
de quoi manger.
Quelques rats sortent des poubelles eux aussi, don-
nant à l’ensemble de la scène un étrange aspect de fin
du monde.
La voix de Paradis résonne comme un écho :
« Voilà une autre version de votre Terre. Elle est le
résultat des inconséquences humaines, du refus de la
collaboration, de la coopération et de l’entente au- delà
des différences.
Vous êtes dans un monde en destruction maintenu
ainsi par les désirs de pouvoir, d’appropriation, de
domination. La conquête du “toujours plus” ! Rassurez-
vous, ce monde n’est pas encore concrétisé sur votre
Terre et avec votre collaboration, nous ferons en sorte
que cela ne puisse arriver. Le libre arbitre qui est le
vôtre vous laisse cependant ce choix ! »

Julien se réveille brutalement, en nage. Il a des dif-


ficultés à ouvrir les yeux tant ses paupières lui semblent
lourdes.
Une douche lui semble la meilleure solution tandis
que sous l’eau qui glisse sur sa peau il pense et revoit

188
les scènes vécues il y a peu. C’est alors qu’à son
étonnement, il perçoit le chant de l’eau qui coule. Il
entend le clapotis des gouttes sur le carrelage de la
douche, il ressent bien plus qu’à l’habitude cette eau et
en perçoit les bienfaits sur son corps et sur son âme. Ses
perceptions sont démultipliées et ses sens sont décuplés.
Il remercie rempli de gratitude pour cette énergie qui,
depuis ces quelques instants où il lui accorde de
l’attention, amplifie tout.
Julien respire plus amplement et remercie cette fois
l’air qui lui donne la vie.
Il pose un regard aimant sur la vie qui tout autour de
lui ne cesse d’offrir sa puissance, en tout temps, en tous
lieux. La vie qui ne demande pas de reconnaissance, qui
ne lutte pas, qui n’attend rien, qui agit dans le sens de
l’Amour.
Il voit un rayon de soleil qui filtre à travers son volet
à demi ouvert, Soleil qui réchauffe sans compter et sans
discrimination. Un soleil qui ne se pose pas la question
de savoir qui mérite ses rayons et sa chaleur.
Julien est là plus vivant que jamais. Pour la deuxième
fois depuis son retour du coma, il communie avec la Vie
autour de lui et en lui. Il ressent une gratitude infinie
pour sa propre vie, ses hauts et ses bas et tous les êtres
qui en ont fait ou en font partie.

189
Il remercie pour ce qui fait que par l’intermédiaire de
son corps, il bouge, il touche, et se dit que c’est un
cadeau qui lui permet de rentrer en contact avec le
monde terrestre.
Il perçoit en lui les dysfonctionnements de ses pen-
sées qui font que parfois son corps réagit car il se sent
malmené.
Il voit tout avec une infinie précision, il ressent de
l’Amour lorsque, brutalement tout s’arrête.

190
23

« Il n’y a pas d’un côté les bons, de l’autre les


méchants mais des êtres qui cherchent et tour à tour
changent de route et se cherchent » - Les Solaires.

Il vient juste de penser à son père. Il a fait un travail


sur lui à son sujet mais il sait que tout n’est pas terminé.
Il entend encore les paroles de Paradis :
« Peut-être serait-il temps que tu retrouves les traces
de ton père... »
Il avait complètement oublié cette recommandation. «
Aujourd’hui sera le bon jour pour m’y mettre » pense
Julien, décidé à agir.
Persévérant, il l’est, c’est ce qui le sauve, il le sait. «
Trouver l’adresse de mon père ne fut pas très
compliqué. Ma mère avait toujours répondu à mes

191
questions le concernant et je connaissais son nom : Don
Nielsen.
Il vivait apparemment à une quarantaine de kilo-
mètres de chez moi et je décidai, non sans quelque
appréhension, d’aller à sa rencontre. Il était essentiel
pour moi de ne pas laisser en arrière de vieilles histoires
non réglées, quoi qu’il puisse m’en coûter.
Mon père devait avoir entre soixante-cinq et soixante-
dix ans et je ne savais pas ce qui me permettrait de le
reconnaître.
À présent, je suis là dans ma vieille voiture devant une
petite maison pavillonnaire clôturée par un jardinet bien
entretenu. Je suis là et ailleurs en même temps. Les
souvenirs font surface sans que j’aie décidé quoi que ce
soit. Je pense à ce père qui ne m’a pas aimé et que j’ai
si peu connu. Je revois les scènes de mon enfance où
j’essayais en vain d’attirer son regard... lorsque tout à
coup la porte de la maison s’ouvre.
Un homme que je reconnais immédiatement porte sur
ses épaules une petite fille tandis qu’il discute
joyeusement avec un autre homme qui doit avoir un peu
moins de trente ans.
L’homme plus jeune semble une photocopie du plus
vieux, tandis que des pensées et des émotions
m’envahissent, plus terrifiantes les unes que les autres.

192
Je suis dans la confusion et le chaos !
Pourquoi mon demi-frère et l’enfant ont-ils réussi à
capter son amour et pas moi... suis-je si inintéressant?
Mes vieilles peurs me rattrapent, je croyais les avoir
dépassées, je les avais simplement mises au placard sans
me douter que les fantômes sortent un jour ou l’autre de
tous les placards.
C’est tout juste si je n’ai pas envie de m’aplatir au
fond de la voiture en espérant qu’ils ne me verront pas.
« Respire, respire... » la petite voix qui m’accom-
pagne souvent, est là et me guide.
Je suis ses conseils.
Ma respiration jusqu’alors agitée et irrégulière se fait
plus calme. Je prends l’air en conscience et je respire
profondément... Je prends un peu plus de recul et je vois
combien ma relation avec ce père pèse encore dans mon
histoire même s’il en a été absent. Je réalise combien j’ai
des attentes mais aussi combien mon état émotif traduit
les évènements.
Je peux enfin me regarder de l’extérieur:
Je vis de la colère car je trouve injuste qu’il soit en
apparence un bon père et grand-père alors qu’il n’a
jamais eu un regard pour moi... Je vis du désespoir car il
m’a tout simplement manqué. Mais tout cela n’est pas
moi, je le sais en cet instant même.

193
Peu à peu je refais surface je veux simplement
regarder les faits : « il est parti ». Son acte se résume à
cela et tout le reste n’est que divagations de mon
mental.
Tout s’apaise ! Je ne vois plus qu’un homme d’un
certain âge, heureux de ses choix de vie qui n’étaient
pas ceux que j’aurais voulus et auxquels je ne parti-
cipais pas. C’est juste plus simple!
Je me sens libéré de toute attente, de toute peur. Tout
à coup l’histoire a repris son cours et je n’ai rien à
pardonner ni à me faire pardonner.
Une petite voix aigrelette me souffle :
« Alors va-t’en, tu n’as plus rien à faire ici après tout
ce qu’il t’a fait ! Il t’a exclu. »
Tandis que la petite voix douce s’infiltre dans mon
âme :
« Ton ego veut faire de toi une victime. Ne permet pas
à qui que ce soit de te donner ce rôle. Tu n’es pas une
victime tu ne l’as jamais été. Tu es aussi responsable de
ta vie et de l’histoire que tu as choisi de vivre. »
Je l’écoute je sais qu’elle a raison.
Je sors de la voiture et je m’approche du pavillon où
les deux hommes et la petite fille sont à nouveau
rentrés.
Je sonne sans aucune pensée ni émotion lorsqu’un
homme m’ouvre. Je suis devant mon père :

194
« J’aimerais parler quelques instants seul avec Don »
sont les seuls mots qui me viennent, tandis que l’homme
me dévisage. Je lis dans ses yeux d’un bleu transparent
des doutes, des interrogations tandis que je lui souris.
Lui non plus n’est pas agressif, il n’en a pas besoin, il
ne se sent ni jugé ni condamné.
« OK, allons marcher un peu si tu veux. »
Nous sommes là tous deux, ne sachant trop que dire.
Je commence :
« Papa, je ne sais pas si tu te souviens de moi. Tu m’as
manqué je voulais juste te revoir et te le dire. Je n’ai pas
l’intention de perturber ta vie et je n’ai rien à te
reprocher. Je voulais simplement savoir comment tu
étais. J’étais très petit quand tu es parti. »
Don ne dit mot mais une larme coule le long de sa
joue.
« Crois-tu que l’on puisse oublier un enfant?
En tout cas moi, je n’ai pas pu. J’étais mal au moment
où je t’ai eu et je buvais beaucoup trop. Je ne savais pas
où j’en étais et il me fallait du recul pour reprendre ma
vie en main.
Ensuite, tout s’est passé très vite. J’ai rencontré Lila
que j’aime vraiment et j’ai eu deux enfants: le garçon
qui était avec moi et que tu as peut-être vu et une fille
plus jeune qui, en ce moment, ne veut plus me parler.

195
Je n’ai pas cherché à te revoir j’avais trop honte mais
je savais bien que ce jour arriverait.
Je n’ai pas beaucoup de courage et je n’ai aucune
excuse. »
Je ne savais que répondre, je me contentai d’être là et
de marcher à ses côtés, ce qui ne m’était jamais arrivé
jusqu’à ce jour.
Je réalisai tout à coup combien mes attentes ont fait
de ma vie ce qu’elle a été. Je voulais un père aimant,
parfait, comme j’imaginais que cela devait être. Je
voulais une famille unie comme ce que je croyais qu’il
fallait que ce soit.
J’avais juste un père qui-n’avait pas été parfait selon
mes critères et une mère qui, elle aussi, avait été comme
elle le pouvait.
Je sus alors que les attentes créent en nous le manque
de confiance en ce que nous sommes, l’angoisse d’être
nous aussi imparfaits.
Je marchais à côté d’un homme qui était ce qu’il était
et j’acceptai.
Au moment même où je perçus cette acceptation, je
sentis en moi quelque chose de subtil, d’imprécis mais
de très présent qui faisait de moi un homme libre. Ma
peur de ne pas être à la hauteur disparut comme par
magie et toutes mes autres peurs de perdre laissèrent
place à une paix que jamais je n’avais connue.

196
Mon père et moi nous avons marché sans un mot, puis
il me posa quelques questions sans importance sur ma
vie. Je ne pouvais lui raconter ce que je vivais en cet
instant d’une part parce que j’aurais eu des difficultés à
l’exprimer, d’autre part parce que je ne voulais pas
interrompre la magie de ce moment.
« Tu peux compter sur moi » furent ses derniers mots
lorsqu’après une chaleureuse accolade et une
proposition de rentrer chez lui que je déclinai, je
regagnai ma vieille rossinante et lui son coquet
pavillon. Il suffit parfois d’un peu de courage et de
beaucoup d’Amour pour que nous puissions modifier
notre vie et c’est ce qui venait de se passer.
Sur le chemin du retour, je vis que quelque chose en
moi avait changé. Je dirai de l’ordre de l’acceptation et
du lâcher-prise dont j’avais bien sûr entendu parler par
mon enseignant de yoga, mais cette fois je le vivais non
pas intellectuellement mais avec toutes mes cellules.
Je me mis à chanter telle une offrande, un remer-
ciement à la vie et plus précisément à ma vie.
L’ordre des choses ne m’importait plus, ce qui devait
être ou non m’indifférait. Le bien et le mal n’étaient
plus entachés de culpabilité, le parfait perdait de sa
force...
En fait je m’acceptai et en m’acceptant, c’était le
monde entier que j’acceptais.

197
Je commençais à comprendre le mot Amour de soi, de
l’autre et je sus que je n’en étais qu’au tout début de
cette découverte.
J’eus enfin la certitude que tout avait un sens, que tout
avait une vie, différente de nos croyances, de nos désirs,
de notre volonté et qu’en chacun, quel qu’il soit
sommeillait l’essence de notre être. Une partie de moi
conduisait, tandis que l’autre s’expan- sait dans l’infini.

Mon appartement me parut beau et cette fois je lançai


des invitations :
Une petite invitation avec mes deux voisins Madame
Stauffer et Ahmed s’imposait. Je n’y voyais aucune
obligation j’en avais fini avec les tortures de la
bienséance et des obligations.
Puis j’invitai Sandra, sa maman et Louis son fils avec
Brian et Lilou.
Je voyais bien sûr Sandra chaque jour et nous nous
aimions comme jamais je n’avais aimé ni été aimé.
Nous nous promenions parfois dans la campagne
environnante, à la recherche de châtaignes ou de
champignons et, durant les congés, son fils Louis était
avec nous. J’aimais ce petit garçon plein de vie et il me
le rendait bien.
Nous avions choisi ensemble le décor et le mobilier
de mon appartement et la maman de Sandra

198
avait aussi pris plaisir à nous aider quand nous le lui
demandions.
J’avais enfin la sensation de faire partie d’une famille
!

Ce jour-là, je décidai d’inviter Sandra seule. J’avais


envie de lui offrir un repas de chef et de me lancer dans
la grande cuisine végane puisque les restaurants étaient
fermés.
Je n’avais jamais osé jusqu’alors... et préférais les
plats végétariens préparés par ma voisine conciliante ou
par la maman de Sandra.

En me penchant sur les recettes puis sur leur fabri-


cation, tout me revenait peu à peu : chaque instant était
important, chaque geste pouvait ou non être porteur
d’Amour, tout objet devenait vivant.
La préparation de mon repas en amoureux fut tel un
chant de gratitude et tout se transformait sous mes
doigts en nourriture pour le corps et l’âme.
Je sus alors que nous pouvions faire de même avec
tous nos gestes, du moins avec ceux qui ne détruisaient
pas. Cela ne demandait ni effort ni temps sup-
plémentaire, juste un détachement du résultat et une
attention aimante à chaque étape.
Sandra était à présent là devant moi, attablée et
souriante.

199
« Tu es un grand chef Julien, dit-elle après le premier
plat. Je ne te connaissais pas ce talent ! »
En fait il s’agissait d’un tian de légumes du Sud
accompagné d’une tapenade maison et d’un tirami- su
qui clôtura notre repas. Il est vrai que le tout avait belle
allure et que j’avais mis tout mon cœur dans ces
préparations.
J’étais fier que cela lui plaise. Le champagne bio-
dynamique qui accompagnait le repas était quant à lui,
parfait.
Nous discutions de tout et de rien et surtout nous
étions bien et ses baisers étaient pour moi le meilleur
des repas.
Comme cela arrivait de plus en plus souvent, elle
resta pour la nuit et c’est ainsi qu’enlacés nous partîmes
tous deux vers d’autres mondes.
« Que penses-tu Sandra, si nous nous installions à la
campagne avec ta maman et Louis. On vendrait nos
appartements et avec cela nous pourrions trouver une
maison qui nous ressemble et où nous pourrions œuvrer
ensemble pour un monde nouveau ? » Cette idée qui
m’était venue une nuit lui fut proposée au petit matin.
Sandra fut surprise.
« Je vais y penser mais il y a tant de choses que je dois
régler dont celle de mon travail. »
Je la vis pensive puis joyeuse :

200
« Je suis sûre que si c’est dans notre parcours, quelque
chose de favorable va se mettre en place. Ta proposition
est tentante et me plaît mais je ne veux pas m’emballer,
je serais trop déçue si cela n’arrivait pas... n’en parle pas
encore à Louis et à maman il faut qu’on avance le projet
un peu plus. »
Ces mots me confortèrent‘dans ma proposition, cela
lui plaisait.

Nous avions revu les parents de Brian et je me disais


que peut-être une solution viendrait de ce côté-là. Mon
intuition devenait de plus en plus fiable et j’avais
confiance que tout se déroulerait au mieux.
Quelques jours passèrent sans grand changement
lorsque je reçus un coup de fil de la part de la maman
de Brian.
Il faisait un temps superbe et ses parents nous invi-
taient à un déjeuner dans le parc de leur petit manoir.
Ils n’avaient oublié personne: Madame Stauffer,
Hamed, Sandra, Louis et sa maman feraient partie de la
fête et j’étais heureux. Brian et Lilou emmenaient Lila
leur petite fille. Nous serions douze avec la grand-mère
de Brian.

La journée fut superbe, ensoleillée par le temps et les


tables du jardin avec leurs nappes jaunes et leurs
assiettes d’un bleu Majorelle évoquaient les cou

201
leurs du jardin du nom de son fondateur et qui fut
ensuite acheté par Yves Saint Laurent et Pierre Berger.
La rencontre champêtre fut un composé de joie, de
bien-être et de tendresse.
Lorsque tout à coup, avant que le dessert ne soit servi,
le papa de Brian nous demanda à Sandra et à moi de le
suivre à l’intérieur de la bâtisse.
Je n’entendis que ces mots qui devaient changer ma
vie :
« J’ai une proposition à vous faire : j’ai un ami qui
tient un grand hôtel en Indonésie. Il a besoin d’une
infirmière d’un médecin et de thérapeutes aux diverses
fonctions. Il vous logera dans de petites maisons en
paille pleines de charme... C’est un endroit où nous
allons souvent.
Il y a là-bas une école française pour Louis et Lila.
Elle a bonne réputation car mes amis ont aussi des
enfants dans cette école Montessori. La fin de la
scolarité approche, vous pourriez donc partir à ce
moment-là.
Entre-temps, vous vendrez vos appartements, je m’en
charge si vous le voulez et j’ai une maison dans un
village qui sent bon la Provence à vous proposer. Il faut
juste que vous alliez la voir. Elle sera pour vous à votre
retour et vous pourrez la louer en attendant.

202
Qu’en pensez-vous ? »
Sandra et Julien encore sous le choc ne répondaient
pas tandis que Brian et Lilou qui apparemment savaient
de quoi il s’agissait, commençaient à s’approcher.
« Alors ? Ce serait super d’être ensemble quelque
temps là-bas. J’y allais lorsque j’étais enfant. On dirait
un petit paradis. »
Pour moi, tout allait trop vite. Une nouvelle vie se
dessinait devant nous mais je n’en tenais plus les rênes...
je me sentis à la fois heureux et perdu.
Je remerciai chaleureusement chacun, demandant un
peu de temps pour penser à la proposition qui tenait du
miracle mais qui en même temps me déstabilisait.

Nous dormions tous au manoir et cette nuit-là fut


agitée : je me mis à rêver de vagues géantes qui me
submergeaient puis tout se calma et Paradis entra dans
mon rêve. Sans un mot elle me tendit la main et nous
nous retrouvâmes sur la plage de sable doré.
« Tu as toujours le choix, tu peux partir, tu peux aussi
rester. Fais confiance, non pas à tes peurs mais à ton
âme.
En Indonésie, il y a un guérisseur qui est aussi un
grand prêtre mais qui est bien plus que tout cela. Il vous
enseignera et te permettra d’utiliser tes dons,

203
ton intuition. Sandra de son côté aura du temps pour
aimer la vie et se former selon ses souhaits.
Le mas en Provence sera toujours là pour vous
accueillir le jour où vous rentrerez. Que crains-tu? »
Mon insécurité était là devant moi, sans aucune
raison, mais je n’arrivais pas à l’arrêter par le rai-
sonnement. Alors je me suis mis à descendre encore
plus profondément en moi des marches que j’avais
voulu occulter.
Le changement m’effrayait, j’en prenais conscience
alors qu’il n’y avait aucune raison et je passais ainsi à
côté de ma vie ou plus précisément de la vie.
Paradis avait disparu, j’étais seul avec moi-même. Un
moi que je n’aimais pas mais qui pourtant était bien
présent dans tous les moments de ma vie. J’avais
l’impression de me jeter dans le vide et c’est ce que je
fis en désespoir de cause.
Mon corps subtil tomba dans un vide absolu comme
aspiré par un tunnel sans fin. Peu à peu je lâchai. Que
pouvait-il m’arriver?
Je touchai en cet instant à l’immortalité. Je sus que
l’insécurité d’enfant se dissolvait peu à peu dans cette
spirale sans fond...
Alors je commençais à remonter, plus libre, plus léger
et tellement plus vivant. Je compris en cet instant que
nous irions là-bas, non pour fuir l’ici, mais parce que la
vie nous en avait fait la proposition.

204
Au matin, de retour dans mon corps physique je vis
que quelque chose aussi avait changé chez Sandra. Elle
me regarda en souriant et je sus qu’elle aussi cette nuit,
elle avait dit oui...

Une nouvelle Terre est à construire et nous savons,


que rien, ni personne, ne pourra nous en empêcher.
Nous ne sommes pas seuls, nous ne serons jamais
seuls... Nous arrivons à l’aube d’un monde nouveau que
nous sommes venus construire.
En moi il y a un peu de vous, en vous il y a un peu de
moi.
Ce que j’ai vécu, certains d’entre vous l’ont vécu
aussi et d’autres en prendront le chemin. Je ne parle pas
des évènements extérieurs mais du parcours intérieur
qui fut le mien et que je continue aujourd’hui et
toujours.

C’est ici que mon récit se termine mais vous savez,


vous qui me lisez, que rien jamais ne s’arrête et que
nous sommes tous reliés.

205
Quelques mots de l’auteur:

Lorsque j’ai su que j’allais rencontrer Julien et être


reporter de son histoire, je ne savais pas encore où cela
allait me mener.
J’ai retranscrit avec fidélité ce que j’ai vu, entendu et
compris. Les prénoms sont seuls fictifs !
L’histoire de Julien, c’est un peu aussi la nôtre : ses
peurs, ses hésitations, son insécurité, ses colères nous
les avons aussi en nous sous d’autres formes, avec
d’autres histoires de vie mais nos écueils se résument
souvent à quelques mots qui à eux seuls modifient notre
vie et nous laissent enfermés dans notre propre matrice.
Nous choisissons les grands carrefours de notre vie
mais entre ceux-là, nous avons le loisir de nous perdre
dans nos choix souvent conduits par notre mental et
notre ego.
J’ai évité toute interférence de ma part afin de ne pas
amoindrir le récit mais Julien, Paradis et les

207
autres intervenants de cette histoire m’ont bien entendu
vue et accueillie comme l’une des leurs.
Ce que font Julien, Sandra, Brian, Lilou et leurs
enfants aujourd’hui, est d’offrir une aide à la planète
Terre chacun à leur manière, ainsi qu’une autre vision
de la vie.

Je n’ai plus de contact avec eux du moins depuis notre


dernière rencontre sur les autres plans d’existence
cependant je sais que tout est bien et qu’ils
contribueront à la nouvelle Terre.
Ils ont souhaité offrir ce message aux lecteurs et
lectrices :
« Nous ne sommes jamais seuls et même si nous ne
voyons pas nos guides, ils sont là et nous pouvons leur
faire confiance.
Lâcher-prise ne signifie pas laisser-faire, ce sont des
actes profondément différents... à chacun de vous
d’expérimenter ce lâcher-prise. Vous faites déjà partie
du monde nouveau qui est déjà présent sur des plans
éthérés. Restez confiants quoi qu’il arrive. »

Etant donné qu’il s’agit d’une période très proche et


très actuelle, j’ai pu avoir accès à certaines scènes dans
la mémoire du temps. C’est ce qui m’a permis la
précision et les détails de ce que j’ai écrit et décrit.

208
Je souhaite à présent aux lecteurs et aux lectrices tout
le bonheur que j’ai eu moi-même lors de ces rencontres.
Puisse ce récit apporter une lumière supplémentaire à
l’avance de notre planète et de ses habitants.

Anne Givaudan.

209
QUELQUES MÉDITATIONS
POUR GARDER LE CAP
ET AIDER LA PLANÈTE TERRE

Voici une aide que vous pouvez apporter à la planète


Terre et que vous retrouverez en audio sur : https
://www. dai ly motion. com/video/x7zbn vn
• Pacification p. 101, livre SOIS - Pratiques pour
Etre & Agir - Ed. SOIS.
• L’Esprit de l’Eau p. 69, livre SOIS
• Celui qui vient p. 54, livre SOIS

QUELQUES LIVRES-CD-VIDEO
pour comprendre ce qui se passe :
• Éradiquer la peur et reprendre notre pouvoir
• Sons Esséniens - Ed. SOIS.
• Petit manuel pour un grand passage - Ed. SOIS.
• Le courage au service du Vivant (film) - Ed.
SOIS.
• Alliance (livre et jeu de cartes) pour unir en nous
le divin et la matière, et être un pont entre terre et
ciel. - Ed. SOIS.

210
NOTES

(1) 11 existe un site où vous pouvez faire le test qui


vous montrera combien d’esclaves travaillent pour
vous :
https://www.consoglobe.com/a-votre-avis-com-
bien-desclaves-travaillent-pour-vous-cg

(2) https://alternative-vegan.com/intelligence-ani-
male-cause-animale-intelligence-du-cochon/
Adoptez un cochon : https://groingroin.org/

(3) https://www.weebio.fr/culture-bio/culture-
coton-pollution/

(4) Mudra : les Mudrâs sont des gestes des mains


utilisés à des fins symboliques. Ils ont plusieurs
propriétés dont celles de renforcer l’énergie vitale,
calmer. Ils aident aussi à développer une puissante
concentration.

211
(5) Dracos: Les Dracos font partie de la classe
dirigeante des reptiliens. Ils se nourrissent des émo-
tions les plus violentes mais aussi de chair humaine
ou non et de sang

(6) Les Nadis : canaux d’énergie de la planète Terre


et qui sont reliés à nos propres axes de circulation
subtile.

(7) Ahriman est considéré comme un esprit démo-


niaque chez les Perses dans le zoroastrisme.

(8) Le svastika dextrogyre. Ce dernier est regardé


comme un symbole solaire : il imite par la rotation de
ses branches la course quotidienne apparente du Soleil
qui, dans l'hémisphère nord, part de l'est pour aller
vers le sud, puis vers l'ouest.
Le svastika qui tourne vers la gauche symbolise plus
fréquemment la nuit, la terrifiante déesse Kâlî et
certaines pratiques magiques.
Sous le régime nazi, Hitler prit comme emblème de
son parti un svastika dextrogyre noir, dans un cercle
blanc, sur un fond de drapeau rouge.

(9) Langue commune : cela m’a fait penser à l’es-


péranto qui se veut une langue qui puisse unir tous les
habitants de la Terre qui la pratiquent.

212
(10) Énergie: il s’agit de Nicolas Tesla

(11) Nous en avions déjà parlé dans « Terre d’E-


meraude » P. 185

(12) Voir le livre « Sons Esséniens »

(13) Catégorie 3 : œufs de poules élevées en cages


Cat. 2 : œufs de poules élevées au sol
Cat. 1 : œufs de poules élevées en plein air
Cat. 0 : œufs de poules (agriculture biologique)

(14) Bobo: personne aisée, bourgeois bohème,


anticonformiste

(15) PEFC est une certification qui promeut la


gestion durable des forêts: elle assure le respect et la
promotion des bonnes pratiques environnementales
d’exploitation forestière.

(16) NDE: abréviation anglaise pour « near death


expérience ». Expression employée pour décrire des
expériences de mort imminente.

(17) Zafu: coussin de méditation

(18) (Jean 14,12)

213
DERNIERS OUVRAGES D’ANNE GIVAUDAN

• ET SI LA VIE CONTINUAIT...

Quand la voiture a percuté celle de Léa, la jeune femme n’imaginait pas ce


qui l’attendrait par la suite.
Quel est cet inconnu dont la voix l’accompagne sans qu’elle puisse voir son
visage?
Comment va-t-elle vivre ces moments enfouis dans sa mémoire et qu’elle
croyait avoir oublié?
Quel est ce fils dont elle n’a aucun souvenir?
Qui sont ceux que l’on appelle « les jardiniers de la Terre » ?
Une vie ressemble toujours a un roman dont on ne connaît pas la fin... Cette
fois, Léa accompagnée de l’auteure du livre, découvre ce que chacun de
nous découvrira un jour...
Ni roman,ni fiction!

• IMPLANTS & PARASITAGES


Et si on arrêtait d’avoir peur?

Un implant, nommé aussi microchip ou encore transpondeur, est un dis-


positif introduit dans un corps humain ou animal. De la taille d’un grain de
riz, il est facilement implanté sans chirurgie.
Le parasite, quant à lui, vit aux dépens de celui qui l’abrite et souvent en
empêche le bon fonctionnement.
L'un comme l’autre peuvent nous faire perdre tout contrôle et libérer ainsi
des comportements inadéquats tels des colères et des émotions qui nous
submergent.
Et pourtant ces forces hostiles ont leur utilité...
Comment les reconnaître? Les éviter? et surtout comment cesser d’en avoir
peur? C’est ce que vous découvrirez dans ce livre qui nous propose un
regard différent sur ces parasites du corps et de l’âme qui en fait, loin de
nous nuire, nous contraignent à guérir nos failles et à rechercher la force qui
est en nous.
VOYAGER ENTRE LES MONDES

Un voyage astral : pour qui ? Pourquoi ? Et comment ? Quels en sont les


dangers et les avantages? Ces questions reviennent souvent.
Anne Givaudan est une auteure connue depuis longtemps pour ses voyages
dans les mondes subtils. Elle nous propose dans ce livre ce que jusqu’à
présent elle avait toujours refusé: un guide pratique du voyage astral et des
clés inédites.
Ceux qui veulent se lancer dans l’aventure, ceux qui ont vécu des expé-
riences pas toujours faciles, ou ont fait de « mauvais voyages », ceux qui ont
simplement envie d’en savoir davantage sur cette capacité trouveront ici ce
qu’ils recherchent.
« Le moment est venu, dit l’auteure, car le monde est en mutation et de plus
en plus nombreux sont ceux qui expérimentent la sortie hors du corps. Afin
d’éviter des erreurs et des peurs inutiles et même nocives, je suis prête
aujourd’hui à donner tout ce qui peut y aider. ».

• DES AMOURS SINGULIERES

Anne Givaudan, par cet ouvrage, nous amène à contacter ces hommes et ces
femmes qui ont la douloureuse sensation que leur âme n'est pas en accord
avec leur corps.
En dehors de tout jugement, de tout a priori et de toute classification, elle
repousse les limites du connu pour nous plonger dans un monde inconnu.
Que se cache-t-il derrière ces visages aux situations souvent tragiques ou
culpabilisantes? C'est ce que nous découvrirons derrière chacune des
histoires de vie de ces êtres au parcours extrême.
Il n'est pas question ici de condamner ou de glorifier qui que ce soit, ni quoi
que ce soit, mais simplement de découvrir une autre facette méconnue de LA
VIE.

Pour plus d'informations sur les autres livres: http://sois.fr/livres/

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