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Loi n° 17/84 du 29 décembre 1984

Portant code des juridictions administratives

Article 1er.- La présente loi fixe les règles de compétence, l'organisation et le fonctionnement des
sections administratives des tribunaux de première instance et de la Chambre administrative de la
Cour suprême, ainsi que la procédure à suivre devant ces juridictions.

LIVRE PREMIER
DISPOSITIONS COMMUNES
AUX JURIDICTIONS ADMINISTRATIVES

Article 2.- Les sections administratives des tribunaux de première instance et la Chambre
administrative de la Cour suprême sont juges de droit commun du contentieux administratif.

Article 3.- Les dispositions des articles 2 à 16 du décret n° 25/PR/MJ du 4 janvier 1979 fixant
l'organisation et le fonctionnement de la Chambre judiciaire, des cours d'appel et des tribunaux de
première instance sont applicables aux juridictions administratives.

Article 4.- La composition de la Chambre administrative et des sections administratives est fixée par
les articles 43 à 46. 101 et 102 de la loi n° 6/78 du 1er juin 1978 portant organisation de la justice.

Article 5.- A l'exception des magistrats de carrière, les juges composant les juridictions administratives
doivent, avant leur entrée en fonction, prêter le serment suivant devant le président de la juridiction, en
présence du représentant du ministère public :
«Je jure de bien et fidèlement remplir mes fonctions de garder religieusement le secret des
délibérations et de me conduire en tout comme un digne et loyal magistrat ».
Pour ce qui est des conseillers à la Chambre administrative et des commissaires de la loi près cette
juridiction, le serment est reçu par la chambre administrative en séance plénière. Le serment n'est
prêté qu'une seule fois.

Article 6.- A l'exception du président et du représentant du ministère public, les magistrats ainsi que
ceux de carrière sont nommés pour une durée de cinq ans renouvelable. En cas d’empêchement dû,
soit à un changement d'affectation, soit à une maladie prolongée, ils sont remplacés dans les
conditions fixées à l'article 103 de la loi 6/78 du 1er juin 1978 précitée.

Article 7.- Le principe de l'indivisibilité du ministère public devant la juridiction de l'ordre judiciaire
s'applique à la juridiction administrative.

Article 8.- Outre les règles édictées aux articles 7 et 8 du décret n° 25/PR/MJ précité, les juges autres
que les magistrats de carrière ne peuvent participer au règlement d'une affaire dans laquelle
l'administration dont ils relèvent est impliquée.

9.- Lorsqu'un juge a en cas d'empêchement des titulaires ou de leurs suppléants, exercé les fonctions
de représentant du ministère public et a déposé des conclusions dans une affaire déterminée, il ne
peut siéger comme président ou comme juge si cette affaire revient pour jugement définitif.

Article 10.- Les magistrats de carrière appelés à composer une juridiction administrative sont tenus au
port du costume d'audience.

Article 11.- Le président de la formation de jugement assure la police de l'audience conformément aux
lois et règlements en vigueur.

LIVRE II - DES GREFFES

Article 12.- Le greffe de la Chambre administrative est tenu par un greffier en chef assisté d'un ou de
plusieurs greffiers et secrétaires, tous nommés par décret.
Le greffe de la section administrative est tenu par un des greffiers du tribunal désigné par le président.

Article 13.- Le personnel des greffes des juridictions administratives est tenu au respect des règles
édictées par le statut des greffiers.
Article 14.- Le greffier d'une juridiction administrative doit tenir les registres ci-après :
- un registre du courrier à l'arrivée;
- un registre du courrier au départ;
- un registre des requêtes ou rôle;
- un registre des entrées en matière contentieuse;
- un registre des ordonnances rendues par le président;
- un répertoire;
- un registre des provisions;
- un plumitif d'audience;
- un registre des appels et des oppositions;
- un registre des prestations de serment.
Le rôle, le registre des ordonnances, le plumitif, le registre des appels et des oppositions, le registre de
prestation de serment et le registre des provisions doivent être côtés et paraphés par le président de la
juridiction intéressée.
Le répertoire est soumis trimestriellement à l'enregistrement, sous peine de sanctions pécuniaires
prévues par la législation en vigueur.

LIVRE III
RÈGLES DE COMPÉTENCE

Chapitre premier - Compétence des sections administratives

Article 15 .- La compétence des sections administratives des tribunaux de première instance est
déterminée par l'article 106 de la loi 6/78 susvisée ou par un texte spécial. La section administrative
territorialement compétente est celle dans le ressort de laquelle se trouve l'autorité administrative qui a
pris la décision contestée ou a signé le contrat litigieux.

Article 16.- La compétence des sections administratives est d'ordre public. L'incompétence doit être
soulevée d'office par le juge.
Sauf en matière de marchés publics et de contrats passés par les autorités locales visées à l'article
106 de la loi 6/78 précitée, la compétence territoriale ne peut faire l'objet de dérogations, même
d'accord parties.

Article 17 .- Les litiges relatifs à des marchés dont l'exécution s'étend au-delà du ressort d'une seule
section administrative doivent être portés devant la section dans le ressort de laquelle l'autorité
publique contractante a signé le contrat.

Article 18.- La section administrative territorialement compétente pour connaître d'une affaire au
principal l'est également pour connaître de toute demande accessoire, incidente ou reconventionnelle
relevant de la compétence d'attribution d'une section administrative.
Toute demande reconventionnelle en indemnité est irrecevable en cas de recours pour excès de
pouvoir.

Article 19 .- Les litiges relatifs au domaine public, à l'urbanisme, à l'habitat, aux permis de construire
et, d'une façon générale, toutes contestations en matière immobilière relevant de la juridiction
administrative sont de la compétence de la section administrative dans le ressort de laquelle se trouve
l'immeuble objet du litige.
Il en est de même des litiges en matière de réquisition qui relèvent, si celle-ci porte sur un bien
mobilier ou immobilier, de la section administrative dans le ressort de laquelle l'ordre de la réquisition a
été pris.

Article 20.- Tous les litiges d'ordre individuel, y compris ceux relatifs aux questions pécuniaires
intéressant les agents nommés par arrêtés ou décisions des gouverneurs, préfets, sous-préfets,
maires ou du responsable de toute autre collectivité publique locale relèvent de la section
administrative dans le ressort de laquelle se trouve le lieu d'affectation de l'agent.

Article 21.- Lorsqu'une section administrative est saisie d'un litige relevant de sa compétence et dans
lequel son président ou l'un de ses membres est en cause, le président de la section intéressée doit
aviser sans délai le président de la Chambre administrative qui, par ordonnance, désigne une autre
section pour connaître de l'affaire; dans ce cas, le président de la section dessaisie transmet le dossier
de l'affaire au président de la section désignée. L'ordonnance du président de la Chambre
administrative est notifiée par voie administrative aux parties en cause ainsi qu'au magistrat dessaisi et
au magistrat désigné.

Article 22.- Lorsqu'une section administrative est saisie d'une demande qu'elle estime ressortir à la
compétence de la Chambre administrative, elle doit décliner sa compétence par jugement motivé non
susceptible de recours et transmettre immédiatement le dossier de l'affaire à cette juridiction par une
ordonnance motivée. Notification de l'envoi est faite aux parties par voie administrative. L'affaire est
ensuite instruite devant la Chambre administrative dans les formes ordinaires.

Article 23.- S'il résulte de l'instruction que la demande relève en tout ou partie de la compétence d'une
section administrative, le conseiller rapporteur saisit le président de la Chambre administrative qui, par
ordonnance motivée, règle la question de compétence et attribue, le cas échéant, le jugement de tout
ou partie de l'affaire à la section administrative compétente. La section désignée ne peut décliner sa
compétence.

Chapitre deuxième - De la litispendance et de la connexité

Article 24 .- Il y a litispendance lorsqu'il a été formé précédemment devant la section administrative


d'un autre tribunal une demande entre les mêmes parties, ayant la même cause et le même objet.
Il y a connexité lorsque la solution d'un litige porté devant une juridiction administrative dépend de la
solution d'un autre litige porté devant une autre juridiction administrative.

Article 25.- En cas de litispendance ou de connexité. le président de la section qui, le premier, en a


pris connaissance doit, soit d'office, soit à la demande d'une des parties, prendre, dans un délai de dix
jours, une ordonnance saisissant la Chambre administrative et transmettre à celle-ci le dossier de
l'affaire.
Dans le même délai, il adresse une copie de l'ordonnance au président de l'autre section
administrative qui, à son tour doit transmettre à la Chambre administrative le dossier de la demande
soumise à sa section. Notification de l'ordonnance est également faite aux parties en cause qui sont
invitées à faire parvenir à la Chambre administrative, si elles le jugent utile, leurs observations dans un
délai de vingt jours à compter de ladite notification.

Article 26.- La Chambre administrative se prononce, par arrêt motivé, sur l'existence de la
litispendance ou de la connexité dans un délai d'un mois à compter de la réception des dossiers.
En cas de litispendance ou de connexité, la Chambre administrative désigne la section qui doit se
prononcer sur les deux demandes. Dans ce cas, les dossiers sont transmis au président de la section
qui se trouve désormais saisie en vertu de l'arrêt de la Chambre administrative.

Article 27.- Si la Chambre administrative constate qu'il n'existe pas entre les demandes un lien de
litispendance ou de connexité, elle annule l’ordonnance de renvoi; elle renvoie immédiatement
l'examen des demandes devant les sections administratives initialement saisies.

Article 28.- La section administrative à qui le règlement d'une affaire a été attribué par arrêt de la
Chambre administrative ne peut décliner sa compétence.

Chapitre troisième - De la compétence de la Chambre administrative

Article 29.- Sauf dispositions législatives ou réglementaires spéciales, les attributions de la chambre
administrative de la Cour suprême sont fixées par les articles 46 à 50 inclus de la loi n° 6/78 du 1er
juin 1978 portant organisation de la justice. Elles comprennent les attributions administratives et
consultatives et les attributions juridictionnelles.

Section 1 - Les attributions administratives et consultatives

Article 30.- La Chambre administrative, saisie par le gouvernement, donne son avis sur les projets et
propositions de loi et sur les projets d’ordonnances et de décrets réglementaires présentés par le
gouvernement. Elle peut proposer les modifications de rédaction qu'elle juge nécessaires.

Article 31.- La Chambre administrative donne son avis sur toutes les questions pour lesquelles son
intervention est prévue par des dispositions constitutionnelles ou légales.
ArticIe 32.- Dans le cadre de ses attributions administratives et consultatives ci-dessus énoncées, la
Chambre administrative délibère soit en formation collégiale de quatre magistrats, le commissaire de
la loi compris, soit en formation élargie n'excédant pas neuf magistrats, soit en assemblée générale.

Article 33.- En assemblée générale, la Chambre administrative ne peut valablement délibérer que si
plus de la moitié de ses membres est présente. En cas de partage des voix, celle du président est
prépondérante.

Article 34.- Les membres du gouvernement ou leurs représentants peuvent être invités, à l'initiative du
président, à prendre part aux séances de la Chambre administrative, avec voix consultative.

Section 2
Les attributions juridictionnelles

Article 35.- En matière juridictionnelle, la Chambre administrative connaît, en dernier ressort, des
appels formés contre les décisions rendues par les sections administratives.
Elle connaît en premier et dernier ressort :
- des recours pour excès de pouvoir formés contre les arrêtés et décrets à caractère réglementaire ou
individuel;
- des litiges relatifs à la nomination, à l'avancement, à la discipline, aux émoluments, aux pensions et,
généralement, de tous litiges d'ordre individuel concernant les droits des fonctionnaires et agents civils
et militaires nommés par décret;
- des recours dirigés contre les actes administratifs unilatéraux, qu'ils soient réglementaires ou
individuels, dont le champ d'application s'étend au-delà du ressort d'une section administrative:
- des actions en responsabilité dirigées contre l'État et les établissements publics;
- des recours en annulation dirigés contre les décisions administratives prises par les organismes
collégiaux à compétence nationale des ordres professionnels;
- du contentieux électoral;
- des recours en matière fiscale conformément aux lois et règlements régissant cette matière;
- de tous les litiges pour lesquels la loi lui attribue compétence.

LIVRE IV
DE LA PROCÉDURE

Titre premier - Introduction et déroulement de l'instance

Chapitre premier - Généralités

Article 36.- Les règles de procédure civile sont applicables en matière administrative lorsqu'elles ne
sont pas écartées par une disposition législative formelle ou lorsqu'elles ne sont pas incompatibles
avec l'organisation même de la juridiction administrative.

Article 37.- La procédure devant la juridiction administrative est essentiellement écrite. Toutefois, les
parties peuvent être admises à développer verbalement leurs conclusions à l'audience.

Article 38.- En matière administrative, les parties peuvent agir et se défendre soit elles-mêmes, soit
par le ministère d'avocat, soit par un mandataire justifiant d'un pouvoir régulier.

Article 39.- Les recours formés par un ministère doivent être signés par le ministre intéressé ou par un
fonctionnaire ayant reçu délégation à cet effet; il en est de même des mémoires en défense, sauf en
cas de constitution d'avocat.

Article 40 .- Les recours pour excès de pouvoir introduits par les gouverneurs, préfets et sous-préfets
dans l'exercice de leur pouvoir de tutelle contre les décisions prises par les autorités des collectivités
publiques locales doivent être signés par les gouverneurs, qui présenteront les observations et
mémoires.

Article 41.- La requête devant la juridiction administrative n'a pas d'effet suspensif s'il n'en est ordonné
autrement, à titre exceptionnel, par la juridiction.
En aucun cas, la juridiction saisie ne peut prescrire qu'il soit sursis à l'exécution d'une décision
intéressant l'ordre public.
Article 42.- En matière d'excès de pouvoir, toute requête n'est recevable que si elle a été précédée
d'un recours administratif gracieux adressé à l'autorité qui a pris la décision attaquée, ou d'un recours
administratif hiérarchique porté devant l'autorité administrative immédiatement supérieure, dans un
délai de trois mois à compter de la notification ou de la publication de cette décision.

Article 43.- Le silence gardé plus de quatre mois au recours administratif préalable par l'autorité
compétente prévue à l'article précédent vaut rejet implicite.
Dans ce cas, la partie lésée dispose, pour attaquer cette décision, d'un délai de trois mois à compter
du jour de l'expiration du délai de quatre mois susmentionné.
Lorsque, par contre, une décision explicite de rejet intervient dans ce délai de trois mois, elle fait à
nouveau courir le délai de recours.
Si l'autorité administrative à laquelle le recours hiérarchique est adressé est un corps délibérant. le
délai de quatre mois ci-dessus mentionné est prolongé, le cas échéant, jusqu'à la fin de la première
session légale qui suit le dépôt du recours.

Article 44.- La date du dépôt du recours administratif préalable adressé à l'autorité intéressée,
constatée par tous moyens, doit être établie à l'appui de la requête.

Article 45 .- Lorsqu'un requérant qui n'a pas respecté les délais ci-dessus invoque un cas de force
majeure dûment justifié, la juridiction administrative peut le relever de la forclusion.

Article 46.- Le recours en annulation contre les décisions administratives .n'est pas recevable lorsque
le requérant dispose encore, pour faire valoir ses droits, du recours administratif susmentionné.

Article 47.- Les dispositions de la présente loi ne dérogent pas aux textes qui prévoient des délais
spéciaux d'une autre durée.

Chapitre deuxième
Présentation de la requête

Article 48.- La requête introductive d'instance est rédigée sur papier libre. Elle est soit déposée, soit
adressée au greffe de la juridiction administrative compétente.
La requête est inscrite, dès son dépôt où son arrivée au greffe, sur un registre d'ordre tenu par le
greffier. Mention de la date d'arrivée et du numéro d'ordre est portée sur la requête et sur les pièces
jointes.
La date du dépôt ou, en cas d'expédition, le timbre de la poste, fait foi de la date de la requête en ce
qui concerne la recevabilité.
Le greffier délivre aux parties qui en font la demande un récépissé constatant l'arrivée au greffe de la
requête et des pièces ou mémoires produits.

Article 49.- Le dépôt de la requête introductive d'instance est subordonné au versement d'une
provision dont le montant est fixé par arrêté du ministère de la justice. La provision est destinée à
couvrir les frais de procédure.

Article 50.- Sous peine d'irrecevabilité, la requête introductive d'instance doit contenir toues les
indications sur :
- les nom et prénoms du requérant;
- sa profession;
- son domicile ou sa résidence;
- l'autorité administrative en cause;
- l'objet de la demande et les moyens invoqués;
- renonciation des pièces dont le requérant entend se servir.
Sauf en matière de travaux publics et de responsabilité de l'administration, la requête doit, en outre,
être accompagnée de la décision attaquée ou, dans le cas prévu à l'article 42 ci-dessus, de la pièce
justifiant du dépôt du recours administratif préalable.
Elle doit être datée et signée par le requérant ou par son mandataire. Lorsqu'elle est signée et
déposée par un avocat régulièrement inscrit à un barreau, la signature de l'avocat vaut constitution et
élection de domicile en son étude.

Article 51.- La requête doit être accompagnée d'autant de copies qu'il y a de parties en cause.
Lorsque aucune copie n'est produite ou lorsque le nombre des copies produites n'est pas égal à celui
des parties en cause, ayant des intérêts distincts et auxquelles le président aurait ordonné la
communication, le demandeur est averti par le greffier que si la production n'en est pas faite dans un
délai de quinzaine à compter de cet avertissement, la requête est déclarée non avenue. Toutefois, la
péremption de l'instance prononcée dans ce cas n'entraîne pas pour le requérant la déchéance de ce
droit. Il peut saisir de nouveau la juridiction compétente de la même affaire, en se conformant aux
prescriptions ci-dessus.
Les mémoires déposés au greffe ou versés aux débats doivent être accompagnés d'autant de copies
qu'il y a de parties en cause.
L'avertissement prévu ci-dessus est transmis à personne ou à domicile par lettre recommandée ^avec
avis de réception ou par voie administrative.

Article 52.- Les mémoires doivent être signés dans mêmes conditions que la requête introductive
d'instance.

Chapitre troisième De l'instruction de la requête

Article 53.- Immédiatement après l'enregistrement au greffe, la requête introductive d'instance ainsi
que les pièces qui l'accompagnent sont transmises au président de la juridiction.
Lorsqu'il apparaît au vu de la requête que la solution du litige est certaine, le président peut décider
par ordonnance qu'il n'y a pas lieu à instruction; il désigne un magistrat rapporteur et fixe l'affaire à la
plus prochaine audience pour son rapport. Le greffier notifie cette ordonnance aux parties en cause.
La notification prévue ci-dessus est faite soit par voie administrative soit par lettre recommandée avec
avis de réception et vaut citation à comparaître à la date fixée.

Article 54.- Le rapporteur désigné met l'affaire en état. Il rend aussitôt une ordonnance par laquelle il
prescrit la communication, par voie administrative ou par lettre recommandée avec avis de réception,
de la requête introductive d’instance à toutes les parties intéressées ou qui semblent telles; par la
même ordonnance, le rapporteur fixe le délai dans lequel les mémoires en défense, accompagnés de
toutes les pièces utiles, devront être déposés au greffe de la juridiction saisie.

Article 55.- La notification prévue à l'article précédent est faite par le greffier chargé de la juridiction
administrative. Elle comporte la re-mise aux parties d'une expédition de l'ordonnance des copies des
requêtes et mémoires dont la communication a été ordonnée. Elle est constatée par un récépissé daté
et signé. A défaut de récépissé, il est adressé un procès-verbal de la notification par l'agent
instrumentaire. Le récépissé ou le procès-verbal est trans-mis immédiatement au greffe de la
juridiction saisie.

Article 56.- Les parties peuvent aussi faire signifier leur requête par exploit d'huissier. Dans ce cas,
l'original de l'exploit est déposé ou adressé au greffe de la juridiction saisie dans un délai de dix jours à
compter de la signification. Si l'exploit n'est pas déposé dans le délai ainsi prescrit, compte tenu des
délais de distance prévus par le code de procédure civile, il est déclaré périmé, sauf si la partie
destinataire comparaît. Les frais de signification par huissier restent à la charge du requérant.

Article 57 .- Toutes les décisions prises par le magistrat chargé de l'instruction de l'affaire doivent être
notifiées aux parties ainsi que les co-pies des mémoires déposés au greffe, sauf en cas de
communication directe entre parties.
Lorsque les parties, ou l'une d'elles, sont domiciliées hors du siège de la juridiction saisie, la
notification est faite à personne ou à domicile élu dans les conditions prévues à l'article 51 ci-dessus.

Article 58.- Les parties ou leur mandataire peuvent prendre connaissance au greffe, mais sans
déplacement, des pièces de l'affaire.

Article 59 .- A l'expiration du délai prévu à l'article 54, le magistrat rapporteur ordonne à nouveau
notification aux parties des pièces des mémoires déposées au greffe et leur fixe un nouveau délai pour
leur permettre la production de tous mémoires.

Article 60 .- Lorsque l'affaire n'est pas en état, le magistrat rapporteur fixe par ordonnance les délais
dans lesquels les parties doivent déposer leurs mémoires ampliatifs et en réplique, ainsi que les
pièces dont elles entendent se prévaloir.
Les parties peuvent solliciter des délais de renvoi pour la production de leurs mémoires.

Article 61.- Le juge instructeur peut, en tout état de la procédure, ordonner toutes les mesures qui lui
paraissent nécessaires à l'instruction de l'affaire, telles que production des pièces, comparution
personnelle des parties, sans préjudice de celles auxquelles pourra recourir la juridiction saisie.
Il est procédé à toutes ces mesures suivant les règles édictées par le code de procédure civile et par
la présente loi.

Article 62.- Lorsque tous les mémoires ont été produits ou que les délais fixés pour leur production
sont expirés, le rapporteur, s'il estime que l'affaire est en état d'être jugée, dresse un rapport écrit qui
relate les incidents de procédure soulevés par les parties, l'accomplissement des formalités légales; il
expose les faits et éventuellement les mesures d'instruction ordonnées; il analyse les moyens des
parties, énonce les points à trancher sans donner toutefois son avis. Ce rapport est déposé au greffe
de la juridiction saisie.

Article 63.- Lorsque les délais de réponse aux conclusions de la partie adverse ne sont pas observés,
le président ou le magistrat rapporteur adresse une mise en demeure à la partie défaillante.
En cas de force majeure dûment justifiée, un nouveau délai peut être accordé.
En tout état de cause, le délai de production de mémoire ne peut excéder quatre mois à compter de la
date de notification de l'ordonnance de communication. Toute demande tendant à prolonger ce délai
doit être déclarée irrecevable.

Article 64.- La mise en demeure est adressée directement au représentant de l'administration


concernée dans l'affaire ou au requérant.

Article 65.- Si la mise en demeure reste sans effet, et si le dernier délai assigné n'a pas été observé, le
magistrat rapporteur transmet le dossier au président qui renvoie l'affaire à la plus proche audience
utile pour statuer.
Dans ce cas, la partie défenderesse est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête, ou
le requérant est réputé s'être désisté de son action.

Article 66.- Le désistement explicite doit être fait par un acte signé par les parties ou par leurs
mandataires et déposé au greffe.
Il est instruit dans les formes prévues pour la requête introductive d'instance.
Dans tous les cas. Les frais du procès sont à la charge de la partie qui se désiste.

Chapitre quatrième
De l'audience

Article 67.- Le président fixe la date de l'audience où l'affaire doit être appelée ou jugée.

Article 68.- Le rôle de chaque audience publique est arrêté par le président. Il est communiqué au
représentant du ministère public et aux parties au moins une semaine avant la date de sa tenue; copie
est affichée à la porte de la salle d'audience.
Lorsque les parties ne résident pas au siège de la juridiction, la date de l'audience leur est notifiée par
les soins du greffier au moins quinze jours avant la séance.

Article 69.- Les dispositions des articles 29 et suivants du code de procédure civile sur la récusation
des juges sont applicables devant les juridictions administratives.

Article 70.- Les séances des juridictions administratives statuant sûr les affaires contentieuses sont
publiques. La police de l'audience est assurée dans les formes prévues à l'article 11 de la présente loi.
Après la lecture du rapport fait sur chaque affaire par le magistrat rapporteur, les parties peuvent
présenter des observations orales à l'appui de leurs conclusions.
La lecture du rapport vaut clôture de l'instruction de l'affaire et rend irrecevable tout dépôt de pièces ou
de mémoire, sauf survenance j d'un élément décisif nouveau laissé à l'appréciation de la juridiction.
Le représentant du ministère public donne lecture de ses conclusions.
La mission du représentant du ministère public consiste à exposer en toute indépendance à la
juridiction administrative les questions que présente à juger chaque recours contentieux et faire
connaître son appréciation sur les circonstances de fait de l'espèce et sur les règles de droit
applicables, ainsi que son opinion sur les conclusions qu'appelle, selon sa conscience, le litige soumis
à la juridiction administrative.

Article 71.- Lorsque l'affaire est mise en délibéré, les parties sont avisées par le président de la date à
laquelle la décision sera rendue.

Article 72.- Après le délibéré hors la présence des parties et du représentant du ministère public, la
décision finale est prononcée, sauf dispositions contraires, en audience publique.
Article 73.- Les décisions rendues par la juridiction administrative débutent par la mention :
« Au nom du peuple gabonais ».
Le dispositif, divisé en articles, est précédé du mot : "Décide".

Article 74.-La décision mentionne qu'il a été statué en audience publique.


Elle doit, sous peine de nullité, contenir les noms des parties, les visas des pièces principales «t des
dispositions législatives et réglementaires tant elle fait application.
Elle vise l'ordonnance de clôture de l'instruction, les conclusions des parties, le rapport du magistrat
rapporteur et les conclusions du représentant du ministère public.
Sous peine de nullité, la décision doit être motivée et porte le nom des membres qui ont concouru à
son élaboration.

Article 75.- La minute de la décision est signée dans un délai de quarante-huit heures par le Résident
et le greffier ayant siégé à l'audience et enregistrée.

Article 76.- Après enregistrement, la minute de la décision intervenue ainsi que les pièces du dossier
sont conservées au greffe, sous la responsabilité du greffier chargé du greffe administratif.
Les pièces appartenant aux parties peuvent être restituées contre récépissé ou décharge, à moins que
la juridiction saisie n'en ait ordonné autrement.

Article 77.- Les expéditions des décisions sont signées et délivrées par le greffier. Les expéditions
d'une décision destinée à être exécutée doivent porter la formule exécutoire suivante :
« La République mande et ordonne au (indiquer soit le ou les ministres, soit le ou les gouverneurs,
préfets ou sous-préfets désignés par la décision rendue) en ce qui le (ou les) concerne, et à tous
huissiers à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de
pourvoir à l'exécution du présent arrêt (ou du présent jugement) ».

Article 78.- Sauf dispositions contraires, les jugements ou arrêts rendus par la juridiction administrative
et toutes autres décisions prises par son président doivent être notifiés par les soins du greffier à
toutes les parties en cause par lettre recommandée avec avis de réception ou par voie administrative
sans préjudice du droit des parties de faire signifier lesdits jugements, arrêts ou décisions par acte
d'huissier.
Des expéditions supplémentaires peuvent être délivrées par le greffier s'il en est requis et ce aux frais
des parties.
Il est interdit au greffier de délivrer une expédition du jugement ou de l'arrêt avant signatures
enregistrement, sauf lorsqu'il en est autrement décidé en ce qui concerne l'enregistrement.
Le greffier doit procéder à la notification dans un délai d'un mois à compter du prononcé de la décision,
sous peine de sanctions disciplinaires.

Article 79.- Lorsque la notification doit être faite à l’État, l'expédition est adressée à l'autorité
administrative intéressée au litige. Lorsqu'elle doit être faite à une autre collectivité publique, elle est
adressée au représentant légal de celle-ci. Si le recours a été formé par un groupe de personnes
ayant toutes le même intérêt, la notification peut être faite à la première nommée dans la requête.

Article 80.- La notification par voie administrative est faite à la diligence du greffier. Elle consiste à
charger un agent assermenté de l'administration ou un officier de police judiciaire de mettre
personnellement une expédition de la décision rendue et de dresser un procès-verbal de cette
opération.
Le procès-verbal doit contenir la date de l'opération, les nom, prénoms, qualité de l'agent chargé de la
notification, le nom, l'adresse et la qualité de la personne à laquelle la remise de la décision est faite,
sa signature et celle de l'agent instrumentaire.

Chapitre cinquième - Des dépens

Article 81.- Toute partie qui succombe est condamnée aux dépens. Toutefois, si les circonstances
particulières de l'affaire le justifient, les dépens peuvent être mis à la charge de l'autre partie.
La juridiction administrative peut aussi, compte tenu des circonstances de l'affaire, partager entre les
parties les frais d'expertises, d'enquête et de toutes autres mesures d'instruction.
Il n'y a lieu, en matière électorale, à aucune condamnation aux dépens.

Article 82.- Les actes et décisions afférents aux instances administratives et consultatives prévues aux
articles 30 à 34 de la présente loi sont enregistrés gratis.
Par contre, les actes et décisions relatifs aux instances contentieuses sont soumis aux droits de timbre
et d'enregistrement conformément aux dispositions du code de l'enregistrement.
Toutefois, les condamnations prononcées contre l'État, contre les collectivités et établissements
publics sont enregistrées gratis.

Article 83.- Les dépens comprennent les droits de timbre et d'enregistrement, les droits perçus au titre
de frais de justice, les frais d'expertise, d'enquête et autres mesures d'instruction, les frais de
signification de la décision si celle-ci n'a pas été préalablement à la signification, notifiée par les soins
du greffier administratif dans les conditions prévues à l'article 51 de la présente loi.

Article 84 .- Lorsqu'une partie fait signifier par acte d'huissier un jugement, un arrêt ou toute autre
décision, l'huissier de justice a droit aux émoluments prévus par le tarif en vigueur devant toutes les
juridictions de droit commun.

Article 85.- La liquidation des dépens est faite par le jugement ou l'arrêt qui statue sur le litige.
Si l'état des dépens n'est pas produit avant la clôture de l'instruction, la liquidation des dépens est faite
par ordonnance du président à la demande de la partie intéressée.
Dans le cas de recours jugé abusif, la juridiction administrative doit condamner la partie qui succombe
à une amende dont le montant ne peut excéder cinquante mille francs.

Titre deuxième
Des voies de recours

Chapitre premier
De la tierce opposition

Article 86.- Sauf en matière de référé, les jugements ou arrêts des juridictions administratives ne sont
pas susceptibles d'opposition.
Toutefois, toute personne peut former tierce opposition à une décision qui préjudicie à ses droits dès
lors que ni cette personne ni ceux qu'elle représente n'ont été présents ou régulièrement appelés dans
l'instance ayant abouti à cette décision. La tierce opposition constitue une voie de réformation. Elle
n'est pas admise en matière électorale.

Article 87.- Il appartient à la section administrative saisie du litige d'apprécier l'intérêt du tiers opposant
dans l'instance. Si cet intérêt paraît fondé, la section saisie se rétracte pour déclarer non avenu son
premier jugement, réexaminer entièrement le litige et prononcer une nouvelle décision.

Article 88.- La tierce opposition est recevable dans un délai de deux mois à compter de la date de la
notification, de la signification ou de la publication de la décision intervenue.
Toutefois, lorsqu'aucune notification n'a été faite spécialement au tiers opposant, aucun délai ne peut
lui être opposé lorsqu'il se décide à agir, même si une autre partie a fait appel.

Article 89.- La tierce opposition est introduite et instruite dans les mêmes formes que la requête
introductive d'instance.

Article 90.- Sauf dispositions législatives ou réglementaires contraires, la tierce opposition n'a pas
d'effet suspensif et la juridiction qui a rendu la décision attaquée ne peut accorder le sursis d'exécution
à sa propre décision.

Chapitre deuxième - De l'appel

Article 91 .- Sauf dispositions législatives contraires, les décisions rendues par les sections
administratives dans le cadre de leur compétence reconnue peuvent être attaquées par la voie de
l'appel devant ta Chambre administrative de la Cour suprême, à l'exception des décisions
préparatoires ne faisant pas grief.

Article 92.- La faculté d'appel appartient :


1°/ - au requérant;
2°/ - à l'administration intéressée au litige;
3°/-au ministère public et à l'autorité administrative intéressée au litige dans l'intérêt de la loi.

Article 93 .- Tout défendeur qui acquiesce aux prétentions du requérant, ou tout requérant qui se
désiste dans les formes légales de son action devant la juridiction saisie, n'est pas recevable en appel
devant la Chambre administrative pour le jugement qui lui donne acte de son acquiescement ou de
son désistement.

Article 94.- L'appel est interjeté dans un délai de deux mois à compter de la notification ou de la
signification par voie d'huissier de justice de la décision intervenue.

Article 95.- La déclaration d'appel est faite au greffe de la section administrative qui a rendu la
décision.
Sous peine d'irrecevabilité, la déclaration d'appel doit être, si elle est écrite, signée par l'appelant; si
elle est verbale, elle doit être consignée par le greffier sur le registre des appels et des oppositions et
signée de fui et de l'appelant. Si ce dernier ne sait pas signer ou refuse de signer, mention en est faite
par le greffier.
L'appel formé au nom d'une collectivité publique délibérante doit être interjeté par le représentant légal
de celle-ci sur habilitation par délibération du conseil dont relève ce représentant.
Au nom de l'État, seul le ministre intéressé au litige a qualité pour interjeter appel. Toutefois, lorsque
l'appel a été interjeté par un fonctionnaire sans qualité, le ministre intéressé peut régulariser la
procédure en adoptant les conclusions présentées par ce fonctionnaire.

Article 96.-Après l'enregistrement de l'appel, le greffier avise le président de la section et la partie


adverse.
Le dossier d'appel mis à jour par le greffier doit être transmis à la Chambre administrative dans un
délai d'un mois après l'enregistrement de la déclaration d'appel.

Article 97.- Sauf en matière électorale ou toutes autres dispositions législatives ou réglementaires
contraires, l'appel ne suspend pas l'exécution du jugement rendu.
Toutefois la Chambre administrative peut ordonner sur demande expresse des parties qu'il soit sursis
à l'exécution du jugement attaqué.

Article 98.- L'appel est introduit dans les mêmes formes que la requête introductive d'instance prévue
au chapitre premier du livre IV de la présente loi. Il n'est recevable que dans la mesure où le jugement
attaqué préjudicie aux droits de l'appelant.

Article 99.- Les décisions rendues en appel par la Chambre administrative sont en dernier ressort.

Chapitre troisième - Des recours contre les décisions contradictoires

Section 1 Du recours en révision

Article 100.- Il est interdit, sous peine d'une amende de 15.000 francs au moins et de 30.000 francs au
plus, à une partie de présenter requête contre une décision contradictoire de la Chambre
administrative, si ce n'est dans les trois cas suivants :
1°- lorsque la décision considérée a été rendue sur des pièces fausses:
2°- lorsque la partie intéressée a été condamnée faute de présenter une pièce décisive qui était
retenue par son adversaire;
- 3°-si la décision est intervenue sans qu'aient été observées les dispositions des articles 8, 9, 69 à 72
de la présente loi.

Article 101.- Le recours en révision doit être formé dans un délai de deux mois à compter de la
notification de la décision intervenue. Il est présenté et instruit dans les mêmes formes que l’appel.

Article 102.- Lorsqu'il aura été statué sur un premier recours en révision contre une décision
contradictoire, un second recours contre la décision ne sera pas recevable. L'interdiction de présenter
un second recours est absolue.
La partie qui aura présenté une telle requête sera condamnée à l'amende prévue à l'article 100 ci-
dessus.

Section 2 - Du recours en rectification d'erreur matérielle

Article 103.- Lorsqu'une décision de la Chambre administrative est entachée d'une erreur matérielle
susceptible d'avoir exercé une influence sur le jugement de l'affaire, la partie intéressée a le droit
d'introduire, devant cette Juridiction, un recours en rectification.
Le recours en rectification est introduit dans tes mêmes formes que la requête introductive d'instance
et ce dans un délai de deux mois, qui court du jour de la notification ou de la signification de la
décision dont la rectification est demandée.

LIVRE V DES DIFFÉRENTS MOYENS


D'ADMINISTRATION DE LA PREUVE

Chapitre premier Des enquêtes et des interrogatoires

Article 104.- La juridiction administrative peut, soit d'office, soit à la demande des parties, ordonner
une enquête sur les faits dont la constatation lui paraît utile à l'instruction de l'affaire.
Le jugement qui ordonne l'enquête indique les faits sur lesquels celle-ci doit porter; il précise, suivant
les cas, si l'enquête ordonnée a lieu : soit devant la juridiction saisie de l'affaire, en séance publique,
soit devant l'enquêteur qu'il aura commis à cet effet.
Dans le cas où l'enquête n'a pas lieu devant la juridiction qui l'a ordonnée, le greffier transmet une
expédition du jugement à l'enquêteur commis.

Article 105.- Le jugement qui ordonne l'enquête doit être notifié aux parties qui sont en même temps,
invitées à faire connaître au greffier, dans un délai fixé par ledit jugement, les témoins qu'elles désirent
faire entendre et à se présenter ou à présenter leurs témoins aux jour et heure qui leur sont fixés par
la juridiction ou par l'enquêteur commis.
Le greffier indique à chaque partie, au moins trois jours avant l'audition, les noms, professions et
demeures des témoins produits par la partie adverse.
Les témoins sont convoqués par voie administrative à personne ou à domicile. La convocation peut
également être remise à la partie qui a produit le témoin.
Les parties peuvent, si elles le désirent, faire assigner les témoins, à leurs frais, par exploit d'huissier.
Dans les cas où l'enquête a été ordonnée d'office, l'enquêteur peut faire citer directement les témoins,
à la condition que les parties les lui désignent.
Si le témoin est empêché ou réside hors du siège de la juridiction, le président ou l'enquêteur peut
commettre pour l'entendre l'officier de police judiciaire du lieu de sa résidence.

Article 106.- Ne peuvent être entendus comme témoins les parents ou alliés en ligne directe de l'une
ou l'autre des parties, leurs conjoints ou toute personne à leur service.
Toutes autres personnes sont admises comme témoins à l'exception de celles que la loi ou les
décisions judiciaires déclarent incapables de témoigner en justice.

Article 107.- Lorsque l'enquête a lieu en audience publique, le greffier en dresse procès-verbal dans
lequel il est fait mention de la date, du jour et de l'heure de l'enquête, de l'absence ou de la présence
des parties, des noms et prénoms, professions et demeures des témoins, de la prestation du serment
et de leur déposition.
Ce procès-verbal est signé séance tenante par le président, le témoin entendu, et le greffier; il est
versé sous forme d'expédition au dossier de l'affaire.

Article 108.- Lorsque l'enquête est effectuée par l'enquêteur, le procès-verbal est dressé dans les
formes ci-dessus: il indique en outre le lieu où l'enquête a été faite.
Le procès-verbal est déposé au greffe où il est enregistré à la date de son dépôt.

Article 109.- Si les parties n'ont pas assisté à l'enquête, le greffier les avertit par notification
administrative qu'elles peuvent prendre connaissance du procès-verbal au greffe dans le délai fixé par
le président.

Article 110.- Sauf en matière électorale, si les témoins entendus requièrent taxe, celle-ci est fixée par
ordonnance du président, conformément au tarif civil, aux frais de la partie requérante.

Article 111.- Les témoins sont entendus séparément, tant en présence qu'en l'absence des parties.
Chaque témoin, avant de déposer, décline ses nom, prénoms, âge et profession; il indique s'il est
parent ou allié de l'une des parties et à quel degré; s'il est domestique ou au service de l'une d'elles. Il
prête, à peine de nullité de sa déposition, le serment exigé des témoins.
Les témoins peuvent être entendus de nouveauté et confrontés avec les autres.

Article 112.- Il est interdit, sous peine de nullité de déposition, à tout témoin de faire lecture au cours
de son audition, de tout projet écrit. Toutefois le témoin peut apporter à sa déposition tous
changements ou toutes modifications qu'il jugera nécessaires.
Article 113.- La juridiction administrative peut, soit d'office, soit sur la demande des parties, ordonner
que celles-ci soient interrogées en séance publique ou en chambre du conseil.
Les déclarations des parties sont consignées au plumitif par le greffier.

Chapitre deuxième - Des expertises

Article 114.- La juridiction administrative peut, soit d'office, soit à la demande de l'une des parties,
ordonner avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision.

Article 115 .- En matière d'urbanisme, lorsque l'état de l'immeuble présente un danger imminent et que
l'autorité administrative et le propriétaire sont en désaccord, l'expertise est ordonnée d'office par la
juridiction administrative. Dans ce cas et lorsqu'il en est saisi, le président peut décider seul de la
mesure sollicitée sans qu'intervienne un jugement.

Article 116 .- La juridiction décide, suivant la nature et les circonstances de l'affaire, si l'expertise doit
être faite par un ou trois experts.
Dans le cas où les parties s'accordent à la désignation d'un seul expert, celui-ci est désigné par la
juridiction administrative.
Si. à la demande des parties, l'expertise doit être confiée à trois experts, l'un d'entre ceux-ci est
désigné par la juridiction administrative, chacun d'entre les deux autres étant désigné par l'une et
l'autre des parties.

Article 117.- Lorsque les parties n'ont pas désigné leurs experts au cours de la séance publique ou
dans leurs conclusions, elles doivent le faire dans un délai de huit jours à compter de la décision
ordonnant l'expertise.
Si cette désignation n'est pas parvenue au greffe dans le délai ci-dessus, elle est faite d'office par fa
juridiction saisie de l'affaire.

Article 118.- S'ils ne figurent pas sur la liste nationale, les experts désignés doivent prêter serment
devant le président de la juridiction de leur désignation ou par écrit, à moins qu'ils n'en soient
dispensés dans la décision qui les désigne.

Article 119.- La décision ordonnant expertise fixe le délai dans lequel l'expert est tenu de déposer son
rapport au greffe.

Article 120.- Les agents de l'État qui ont exprimé une opinion dans le litige ou qui y ont pris part et les
parents ou alliés des parties jusqu'au quatrième degré inclusivement ne peuvent être désignés comme
experts par la juridiction ou par l’une des parties.

Article 121.- Les parties peuvent récuser tout expert désigné. Dans ce cas, la récusation doit être
proposée dans les huit jours suivant la notification du jugement qui a désigné l'expert. Elle est jugée
d'urgence.

Article 122.- Le greffier est tenu d'adresser aux experts commis des expéditions du jugement qui les a
désignés et de les inviter, le cas échéant, à comparaître devant l'autorité qui les a nommés à l'effet de
prêter serment, s'il y a lieu.

Article 123.- Les experts désignés doivent avertir au moins cinq jours d'avance les parties, par une
notification administrative, des jour et heure auxquels il sera procédé à l'expertise ordonnée.

Article 124.- Dans le cas où un expert n'accepte pas pour une raison quelconque, la mission qui lui est
confiée, il est tenu de le faire savoir avant le délai de l'expiration de sa mission. Dans ce cas il n'est
plus tenu, le cas échéant, à la prestation de serment et un autre expert est désigné.

Article 125.- L'expert qui, après avoir prêté serment et accepté sa mission, ne remplit pas celle-ci, et
celui qui ne dépose pas au greffe son rapport dans le délai fixé par la décision qui l'a désigné, peuvent
être condamnés à tous les frais frustratoires et même à des dommages intérêts.
L'expert est, en outre, remplacé.

Article 126.- L'expert est tenu de consigner dans son rapport toutes les observations faites par les
parties au cours des opérations.
Article 127.- S'il y a plusieurs experts, ceux-ci procèdent ensemble à la visite des lieux et dressent un
seul rapport.
Dans le cas où ils émettent des avis différents, ils indiquent l'opinion motivée de chacun d'eux.

Article 128.- Le rapport est déposé au greffe de la juridiction saisie de l'affaire. Il est accompagné d'un
nombre de copies égal à celui des parties en litige.
Le rapport est notifié, en copie, aux parties intéressées par le greffier. Celles-ci sont invitées à fournir
leurs observations dans un délai de quinze jours. Une prorogation de délai peut être accordée par le
président à la demande de l'une des parties.

Article 129.- Si la juridiction saisie du litige ne trouve pas dans le rapport d'expertise des éléments
suffisants d'éclaircissement, elle peut, soit ordonner un supplément d'instruction, soit faire comparaître
les experts en vue d'obtenir les \ explications et renseignements nécessaires.
En aucun cas la juridiction saisie n'est tenue de suivre l'avis des experts.

Article 130.- L'expert joint à son rapport un état de ses vacations, frais et honoraires.
La liquidation de ces frais et la taxe sont faites, par ordonnance du président ou du juge délégué
conformément au tarif civil.
L'expert ou les parties peuvent, dans les huit jours qui suivent la notification qui leur est faite de ladite
ordonnance, contester la liquidation devant la juridiction administrative statuant en chambre du
conseil.

Article 131.- La décision ordonnant l'expertise peut, soit au début de l'expertise, si la durée ou
l'importance des opérations parait l'exiger, soit au cours de l'expertise ou après le dépôt du rapport et
jusqu'à l'intervention de la décision sur le fond, ordonner au président d'accorder par ordonnance à
l'expert, sur sa demande, une allocation provisionnelle à valoir sur le montant de ses honoraires.
L'ordonnance précise la partie qui devra verser cette allocation. Cette ordonnance ne peut faire l'objet
d'un recours.

Article 132.- L'expert ne peut, en aucun cas, réclamer aux parties une somme quelconque en sus de
l'allocation provisionnelle prévue à l'article ci-dessus.

Chapitre troisième - De la visite des lieux

Article 133.- La juridiction administrative peut, lorsqu'elle le juge nécessaire, ordonner qu'elle se
transporte toute entière ou que l'un ou plusieurs de ses membres se transportent sur les lieux pour y
faire les constatations et vérifications déterminées par sa décision.
Elle, ou les membres désignés par elle, peuvent, au cours de la visite, entendre à titre de
renseignements, les personnes qu'ils désirent et faire faire, en leur présence, les opérations qu'ils
jugent utiles.
Les parties sont avisées du jour et de l'heure auxquels la visite doit se faire.

Article 134.- La visite des lieux doit se faire en présence du greffier qui dresse procès-verbal des
opérations effectuées.
Ce procès-verbal est versé au dossier de l'affaire et les parties en sont informées par voie
administrative.
Les frais de la visite sur les lieux sont compris dans les dépens de l'instance.

Article 135.- Lorsque la juridiction administrative se transporte toute entière, chaque membre a droit à
des frais de transport et à une indemnité journalière, calculés dans les conditions fixées par la
réglementation générale applicable aux fonctionnaires.
Le greffier a droit à des frais de transport et à une indemnité journalière, calculés dans les mêmes
conditions. Ces frais sont avancés par le ministre chargé de l'enregistrement et sont compris dans les
dépens.

Chapitre quatrième - De la vérification d'écritures et de l'inscription de faux

Article 136.- Lorsqu'une partie dénie l'écriture ou la signature à elle attribuée ou déclare ne pas
reconnaître celle attribuée à un tiers, le président ou le juge délégué peut passer outre, s'il estime que
le moyen avancé a un caractère purement dilatoire ou est sans intérêt pour la solution du litige.
Dans le cas contraire, il paraphe la pièce et ordonne qu'il soit procédé à une vérification d'écritures,
tant par titres que par témoins et, s'il y a lieu, par experts.
Article 137.- L'ordonnance portant désignation de l'expert est notifiée aux parties. Les pièces pouvant
être admises à titre de pièces de comparaison sont notamment les signatures apposées sur des actes
authentiques et la partie de la pièce à vérifier qui n'est pas déniée.
Les pièces de comparaison sont paraphées par le président ou par le juge délégué et doivent être
déposées au greffe, ainsi que celles à vérifier.

Article 138.- L'expert a droit aux frais et honoraires prévus par la présente loi et par des textes pris
pour son application.

Article 139 .- S'il est prouvé par la vérification d'écritures que la pièce est écrite ou signée par celui qui
l'a déniée, la juridiction saisie prononce contre l'intéressé une amende de 50.000 francs au moins à
500.000 francs au plus sans préjudice de dommages intérêts et dépens.

Article 140.- Toute demande en inscription de faux contre une pièce produite devant une juridiction
administrative est formée par requête déposée au greffe de la juridiction saisie.
La requête est transmise immédiatement au président ou au magistrat chargé de l'instruction de
l'affaire qui fixe par ordonnance le délai dans lequel la partie qui a produit la pièce arguée de faux doit
déclarer si elle entend s'en servir.
S'il n'a pas été fait de déclaration ou en cas de réponse négative, la pièce est rejetée.
Si la partie intéressée déclare qu'elle entend se servir de la pièce, la juridiction saisie peut, soit
surseoir à statuer sur l'instance principale jusqu'au jugement de faux par le tribunal de l'ordre judiciaire
compétent, soit passer outre et statuer au fond si elle constate que la décision devant intervenir ne
dépend pas de la pièce arguée de faux.

LIVRE VI
DES PROCÉDURES D'URGENCE

Chapitre premier
Du constat d'urgence

Article 141 .- Le président de la juridiction administrative peut, dans l'exercice de ses pouvoirs
d'instruction, soit procéder lui-même à toutes mesures d'instructions autres que celles prévues au livre
V du présent code, soit donner commission à cet effet au magistrat rapporteur.
Avis de cette mesure est communiqué à tous défendeurs éventuels.
La décision mentionnée ci-dessus est rendue sous forme d'ordonnance susceptible d'appel devant la
Chambre administrative.

Chapitre deuxième - Du référé

Article 142.- En cas d'urgence et sauf pour les litiges intéressant l'ordre, la sécurité ou la tranquillité
publique, le président ou le juge délégué peut, sur simple requête qui sera recevable même en
l'absence de toute décision administrative préalable, ordonner toutes mesures utiles sans préjudicier
au principal ni faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.
Par ordonnance exécutoire par provision, notification de la requête est faite immédiatement au
défendeur avec fixation d'un délai de réponse. Cette décision est susceptible de recours devant la
Chambre administrative dans le mois de sa notification.
En cas d'appel, le président de la Chambre administrative peut immédiatement et à titre provisoire
ordonner la suspension de l'exécution de la décision.

Article 143.- La requête en référé doit être présentée dans les formes ordinaires des requêtes
introductives d'instance. Compte tenu du d'urgence de la procédure, le requérant doit désigner dans
sa requête le défendeur.

Article 144.- Lorsque l'instruction est terminée, le président fixe par ordonnance la date à laquelle
l’affaire sera évoquée en référé. Les parties en sont avisées au moins huit jours avant la l'audience.

LIVRE VII DU SURSIS A EXÉCUTION

Article 145.- Le recours devant la juridiction administrative n'a pas d'effet suspensif.
Toutefois, à titre exceptionnel, si la décision administrative attaquée n'intéresse ni le maintien de
l'ordre, ni la sécurité ou la tranquillité publique, et si des conclusions expresses tendant au sursis à
exécution sont présentées, la juridiction saisie peut prescrire qu'il soit sursis à l'exécution de cette
décision.
Article 146.- La demande de sursis a exécution peut être formulée soit dans la requête introductive
d'instance au principal, soit par une requête ou des conclusions distinctes.

Article 147.- L'instruction de la requête de sursis est poursuivie d'extrême urgence. Les délais
accordés aux parties intéressées pour fournir leurs conclusions sur cette demande sont fixés au
minimum et doivent être rigoureusement observés faute de quoi il est passé outre, sans mise en
demeure.
Lorsqu'il apparaît à la juridiction saisie, au vu de la requête introductive d'instance et des conclusions
de sursis, que le rejet de ces conclusions est d'ores et déjà certain, le président peut , décider qu'il n'y
a pas lieu à instruction et communique le dossier au représentant du ministère public pour
conclusions.

Article 148.- Le jugement sur les conclusions à fin de sursis doit être motivé et rendu dans les tomes
de l'article 72 de la présente loi.
Il est, dans les quarante-huit heures, notifié aux parties en cause, ainsi qu'à l'auteur de la décision
attaquée. Les effets de la décision attaquée sont suspendus à compter du jour où son tuteur reçoit
cette notification.

Article 149.- Les jugements des sections administratives statuant sur une demande de sursis à
exécution sont susceptibles de recours devant la
Chambre administrative.
En cas d'appel, le président de la Chambre administrative peut immédiatement et à titre provisoire
ordonner la suspension de l'exécution de la décision.

LIVRE VIII - DU SUIVI


DE L'EXÉCUTION DES DÉCISIONS RENDUES
PAR LES JURIDICTIONS ADMINISTRATIVES

Article 150.- Il est créé auprès de la Chambre administrative de la Cour suprême une commission
consultative qui comprend le président de cette Chambre, le commissaire de la loi et trois conseillers
nommés par arrêté du ministre de la justice sur proposition du président de la Cour suprême.
La commission consultative est présidée par le président de la Chambre administrative.

Article 151.- La commission consultative est chargée du suivi des décisions rendues, en matière
administrative, tant par les sections que par la Chambre administrative.
Elle peut être saisie pour avis de tous les problèmes intéressant l'exécution des décisions
juridictionnelles passées en force de chose jugée.
En cas de difficultés rencontrées dans l'exécution desdites décisions et portées à sa connaissance,
elle saisit d'office le ministre de la justice.
Lorsqu'une juridiction administrative a prononcé l'annulation pour excès de pouvoir d'un acte
administratif ou. dans un litige de plein contentieux, a rejeté tout ou partie des conclusions présentées
en défense par l'État, une collectivité ou un établissement public, les autorités intéressées ont la
faculté de demander à la commission de les éclairer sur les modalités d'exécution de la décision
intervenue.
Ces demandes donnent lieu à la désignation d'un membre de la commission dont la mission auprès de
l'administration intéressée s'exerce sous l'autorité de son président.

Article 152.- Tout requérant qui rencontre des difficultés sur l'exécution d'une décision juridictionnelle
passée en force de chose jugée lui accordant satisfaction, même partielle, peut, après l'expiration d'un
délai de six mois à compter de la date de son prononcé, signaler lesdites difficultés à la commission
qui procède comme il est dit à l'article précédent.
Toutefois, en ce qui concerne les décisions ordonnant une mesure d'urgence, notamment un sursis à
exécution, la commission peut être saisie sans délai.

Article 153.- Lorsqu'une décision juridictionnelle passée en force de chose jugée a prononcé la
condamnation de l'État, d'une collectivité locale ou d'un établissement public, au paiement d'une
somme d'argent dont le montant est fixé par la décision elle-même, cette somme doit être mandatée
dans un délai de quatre mois à compter de la notification de ladite décision à l'agence judiciaire du
Trésor public, créée par le décret n° 797/PR/MINECOFIN-PART du 1er septembre 1976.
L'agence judiciaire du Trésor public est tenue de saisir le ministère intéressé dans l'affaire ainsi que le
ministère chargé de la tutelle de la collectivité ou de l'établissement public condamné en vue du
règlement.
Article 154.- Des décrets détermineront en tant que de besoin les conditions d'application de la
présente loi qui abroge toutes dispositions antérieures contraires, notamment la loi 28/59 du 22 juin
1959 modifiée, et le décret 125/PM du 4 septembre 1959 pris pour son application.

Article 155.- La présente loi sera enregistrée, publiée selon la procédure d'urgence et exécutée
comme loi de l'État.

Fait à Libreville, le 29 décembre 1984

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