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Limiteurs supraconducteurs

par Yves BRUNET


Professeur à l’Institut national polytechnique de Grenoble
et Pascal TIXADOR
Centre national de la Recherche scientifique CRTBT/LEG

1. Intérêt des limiteurs de courant........................................................... D 3 662 - 2


1.1 Réponses aux besoins ................................................................................. — 2
1.2 Intégration dans les réseaux ....................................................................... — 2
1.3 Avantages et inconvénients propres aux supraconducteurs.................... — 3
2. Fonction limiteur de courant................................................................. — 4
2.1 Principes de base : impédance variable ..................................................... — 4
2.2 Limiteur de courant continu ou alternatif................................................... — 4
2.3 Limiteur naturel et commandé.................................................................... — 5
2.4 Limiteur de montée du courant................................................................... — 5
2.5 Quelques solutions non supraconductrices............................................... — 5
3. Intégration des dispositifs supraconducteurs dans les réseaux. — 6
3.1 Intégration dans des réseaux classiques.................................................... — 6
3.2 Systèmes supraconducteurs intégrés ........................................................ — 7
4. Transition de l’état supraconducteur à l’état normal..................... — 7
5. Objectifs à atteindre et problèmes à résoudre ................................ — 8
5.1 Dimensionnement : critères ρnJc et ρnJ 2c ................................................... — 8
5.2 Protection du conducteur et excursion en température ........................... — 9
5.3 Transition, récupération, absorption de l’énergie...................................... — 10
5.4 Pertes en alternatif ....................................................................................... — 10
5.5 Tenue diélectrique. Surtensions.................................................................. — 11
5.6 Tenue mécanique ......................................................................................... — 11
5.7 Amenées de courant et traversées isolantes ............................................. — 11
5.8 Résistances de contact................................................................................. — 11
5.9 Cryogénie associée ...................................................................................... — 11
5.10 Maintenance, fiabilité................................................................................... — 12
6. Matériaux supraconducteurs possibles.............................................. — 12
6.1 Matériaux à basse température critique (BTc) ........................................... — 12
6.2 Matériaux à haute température critique (HTc) ........................................... — 13
7. Principes et réalisations des limiteurs supraconducteurs............ — 14
7.1 Réactance saturable ..................................................................................... — 14
7.2 Limiteur résistif............................................................................................. — 14
7.3 Limiteur inductif ........................................................................................... — 15
7.4 Transition du secondaire d’un transformateur .......................................... — 16
7.5 Limiteur à effet d’écran ................................................................................ — 17
7.6 Comparaison des solutions supraconductrices......................................... — 18
Pour en savoir plus ........................................................................................... Doc. D 3 662

A ssociée aux propriétés de courant critique, la transition des supraconduc-


teurs est une propriété intrinsèque de ces matériaux sans équivalent. Elle
permet, en quelques microsecondes, de passer d’un état de résistivité nulle à un
état de résistivité finie suffisamment importante pour limiter le passage d’un
courant. En moyenne ou haute tension les appareils actuels, les disjoncteurs, ne

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LIMITEURS SUPRACONDUCTEURS _________________________________________________________________________________________________________

limitent pas mais interrompent le courant de défaut lors d’un de ces passages
par zéro. Le limiteur supraconducteur apparaît par conséquent comme un dispo-
sitif particulièrement intéressant pour les réseaux électriques. Outre les nom-
breux avantages qu’il apporterait aux réseaux, il permettrait d’améliorer la
qualité de distribution de l’énergie électrique. Pour limiter un courant, continu
ou alternatif, cette propriété peut être utilisée directement (limitation purement
résistive) soit indirectement, l’élément supraconducteur étant alors un organe
de détection et de déclenchement d’un processus auxiliaire de limitation.
Dans le cas des supraconducteurs à haute température critique (HTc), la tran-
sition peut être moins brutale, la résistivité liée à l’écoulement des lignes de flux
(flux flow), qui apparaît dès que l’on dépasse la densité de courant critique, pou-
vant alors contribuer à la limitation du courant.
Plusieurs prototypes qui explorent les diverses dispositions possibles ont été
étudiés, tant avec les supraconducteurs classiques à basse température qu’avec
les HTc. Ils visent à atteindre les besoins en tension (quelques dizaines de kV) et
en courant (quelques dizaines de kA) des applications industrielles : par exem-
ple, en France, avec des conducteurs supraconducteurs alternatifs en NbTi, GEC
Alsthom et Alcatel-Alsthom Recherche ont particulièrement étudié les dispositifs
à limitation résistive, le CNRS-CRTBT explorant des limitations inductives et
Schneider Electric s’intéressant aux propriétés des matériaux HTc ; ABB a ins-
tallé dans une centrale en Suisse un limiteur supraconducteur triphasé de
1,2 MVA utilisant des tubes massifs (Bi-2212) ; aux États-Unis, plusieurs indus-
triels (Intermagnetics-IGC, Lookheed Martin, Power Superc.) sont engagés dans
des projets de plusieurs MVA.
Associés aux régulateurs supraconducteurs basés sur le stockage de l’énergie
magnétique (SMES), les limiteurs supraconducteurs devraient être les premiers
dispositifs supraconducteurs intégrés aux réseaux électriques.

Nota : Le lecteur pourra se reporter aux articles des Techniques de l’Ingénieur [42] [43] [44] [45].

1. Intérêt des limiteurs une notion théorique. En ce qui concerne les transformateurs, par
exemple, toute réduction des pics de courant conduit à une réduc-
de courant tion des contraintes électromécaniques internes et permet d’aug-
menter leur durée de vie. Elle permettrait de réduire la taille et les
contraintes imposées aux disjoncteurs en limitant, par exemple, les
effets des surtensions qui apparaissent à l’ouverture.
1.1 Réponses aux besoins La présence de ceux-ci reste néanmoins nécessaire pour éliminer
les défauts, isoler les zones en défaut et limiter les échauffements,
mais la taille requise pour ces opérations est très inférieure à celle
Les besoins en énergie électrique augmentent tant en quantité requise pour couper les courants de court-circuit puisqu’ils n’auront
qu’en qualité. Cela entraîne une croissance de la puissance des équi- à interrompre que le courant limité. Ils doivent néanmoins rester
pements installés dans les réseaux et le développement de l’inter- très rapides, et agir en moins de 20 ms pour limiter l’énergie Joule
connexion. Cette tendance implique une augmentation notable de la dissipée dans les composants traversés par les courants de défaut,
puissance de court-circuit qui rend plus difficile la maîtrise des pro- en particulier dans le limiteur et éviter sa destruction par fusion, les
cédés de coupure des courants en cas de défaut. Elle impose, températures pouvant atteindre plusieurs centaines de K.
d’autre part, d’introduire une meilleure sélectivité de façon à n’isoler Par ailleurs un dysfonctionnement du limiteur doit être sans dom-
que les zones de défaut sans perturber le fonctionnement des zones mage pour les autres composants des réseaux.
restées saines.
Les valeurs très élevées des courants de court-circuit (ceux-ci peu-
vent atteindre 20 à 30 fois le courant nominal soit plus de 100 kA 1.2 Intégration dans les réseaux
dans certains postes THT), qui apparaissent moins d’un quart de
période (≈ 5 ms) après le défaut, entraînent des contraintes mécani-
ques intenses sur les matériels (générateurs, transformateurs, jeux L’insertion d’un limiteur permet, d’une part, d’assumer une aug-
de barre…) et peuvent, si les capacités des appareils de coupure mentation des puissances transmissibles dans un réseau existant
sont dépassées, conduire à une mise hors service de portions sans modifier ses composants ni sa structure, d’autre part, de
importantes de réseau. dimensionner différemment les réseaux futurs (figure 2).
L’introduction de limiteurs de courant capables de limiter les cou- Les limiteurs de courant se justifient en fonction du niveau de ten-
rants de défaut à 3 ou 4 fois le courant nominal (figure 1) apporterait sion envisagé : pour les moyennes tensions (quelques kV), les cou-
une marge de sécurité supplémentaire au fonctionnement des rants de défaut peuvent être très importants ; pour les plus hautes
réseaux et devrait permettre de ne plus dimensionner les équipe- tensions (quelques centaines de kV) le coût élevé des disjoncteurs
ments en fonction des courants de court-circuit qui devient alors peut rendre attractif l’insertion d’un limiteur.

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i (A)
G G Générateur
5 000 A
Courant sans limiteur Limiteur
L1
4 000
B Transformateur
3 000
TA TB Disjoncteur
2 000
L2 L2
1 000

0
Court-circuit Courant
--1 000 avec L3
limiteur
--2 000 L4 L4
0 10 20 30 40 50 60 t (ms)

a évolution du courant d’un court-circuit asymétrique


avec et sans limiteur de courant C D

i (A) Le limiteur L1 protège le générateur et améliore sa stabilité


i (A) (Ilim < Iseuil) i (A) (Ilim > Iseuil) Les limiteurs L2 permettent de maintenir la liaison L3
500 en cas de défaut sur B
Le limiteur L3 permet de déconnecter les deux sections A et B et d'éviter
que A ou B ne débitent sur un même court-circuit (l’interconnexion
n’aggrave pas les courants de défaut)
250 Les limiteurs L4 permettent de protéger sélectivement les départs C et D

0 Figure 2 – Insertion de limiteurs dans un réseau

Court-circuit
--250
teurs à basse température critique, devront être dupliqués pour
assurer cette fonction. Cette duplication n’est pas indispensable en
--500
interconnexion, où un délai de quelques minutes avant refermeture
0 10 20 30 40 50 t (ms)
est acceptable. Dans le cas des matériaux HTc, à haute température
critique, la faible dissipation peut permettre d’envisager des temps
de récupération compatibles avec les cycles OFO.
b évolution du courant pour deux valeurs du rapport Ilimitation/Iseuil

Figure 1 – Courant de défaut avec et sans limiteur


1.3 Avantages et inconvénients propres
aux supraconducteurs
Un limiteur de courant peut être placé :
L’utilisation d’une technologie nouvelle doit apporter un certain
— en sortie de tranche ou de sous-station ; on peut protéger ainsi
nombre d’avantages par rapport aux techniques classiques éprou-
le générateur et le transformateur qui peuvent être dimensionnés en
vées. Dans le cas du limiteur de courant, la fonction de limitation est
fonction du courant de limitation et non plus en fonction du courant
intrinsèque au matériau supraconducteur qui transite rapidement et
de court-circuit ;
automatiquement de l’état non résistif à l’état résistif. Cet avantage
— dans les sections d’entrée des sous-stations ; pour des
peut être contrebalancé par les besoins de réfrigération, de mainte-
réseaux existants, cela permet de maintenir l’interconnexion des
nance et les contraintes économiques si le coût et la mise en œuvre
sections en aval ;
de ces matériaux sont prohibitifs.
— dans une branche d’interconnexion, ce qui permet, d’une part,
d’isoler la portion en défaut tout en assurant la continuité d’exploi- Les avantages attendus par rapport aux systèmes classiques
tation avec les autres sources et, d’autre part, d’améliorer les mar- sont :
ges de stabilité et la qualité des systèmes. — une limitation immédiate et non différée du courant, ce qui
Par ailleurs, le limiteur peut être utilisé comme régulateur sélectif garantit la protection des matériels contre les efforts électromagné-
permettant d’équilibrer la charge dans des branches en parallèle. tiques intenses qu’occasionnent les sur-courants ;
— une fonctionnalité nouvelle sans équivalent classique ;
Les limiteurs doivent être calibrés pour ne fonctionner qu’en — un fonctionnement autonome et naturel ;
régime de défaut et pas sur les surcharges momentanées et être — une intégration des dispositifs de détection et de limitation ;
compatibles avec les systèmes de protection existants. — une faible chute de tension et de faibles pertes en régime
Dans les applications en ligne, la majorité des défauts étant fugi- normal ;
tifs (90 % sur les lignes aériennes), la refermeture automatique — une masse et un volume réduits ;
(cycle OFO) du disjoncteur est employée : les systèmes classiques, — un fonctionnement répétitif, la transition de l’état supracon-
qui ne changent pas d’état, acceptent cette procédure ; par contre ducteur à l’état normal étant non destructive si elle est bien
tout ou partie des dispositifs supraconducteurs, notamment les limi- maîtrisée ;

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— une auto-protection en cas de dysfonctionnement automati- Lors d’un défaut, le limiteur est pratiquement soumis à la pleine
que puisque, en cas de panne cryogénique par exemple, le supra- tension du réseau et la puissance dissipée est très importante.
conducteur se trouve naturellement dans l’état normal résistif ; Comme celui-ci est pratiquement dans des conditions adiabatiques,
— une bonne tenue diélectrique pour les applications en haute de grandes précautions sont à prendre pour limiter l’excursion en
tension ; température.
— une réponse possible aux besoins accrus de la qualité de la Parmi les principes possibles, on peut distinguer (figure 3) :
fourniture d’énergie électrique.
— le limiteur résistif, qui insère une résistance variable, est utili-
Les inconvénients qu’il convient de minimiser par des dispositifs sable en régime continu ou alternatif. Pour obtenir des résistances
adaptés sont : de limitation élevées avec des conducteurs ou des films minces, de
— les pertes cryogéniques ; grandes longueurs de supraconducteurs sont nécessaires. Ces lon-
— le temps de récupération ; gueurs importantes doivent être disposées de telle sorte que
— la compatibilité et la connectique avec le réseau (amenées de l’inductance propre de l’ensemble, qui en alternatif définit la chute
courant) ; de tension en régime normal, soit faible : l’enroulement doit être
— les besoins de maintenance. non inductif (figure 4) ;
— le limiteur inductif, qui insère une inductance variable, est
essentiellement utilisable en alternatif.
Ces deux concepts de base peuvent être réalisés à partir d’appro-
ches différentes. Par exemple, un transformateur série à secondaire
2. Fonction limiteur variable peut être le type résistif ou inductif suivant l’impédance du
secondaire en régime de défaut. Si le secondaire est un anneau
de courant supraconducteur massif, la pénétration plus ou moins complète de
l’induction modifie l’inductance du transformateur [1] (dans ce cas,
la transition complète au-dessus de la température critique Tc du
supraconducteur n’est pas nécessaire).
2.1 Principes de base :
Il faut signaler que pour les deux types de limiteurs, les contrain-
impédance variable tes sur le supraconducteur sont du même ordre.

Limiter un courant revient à insérer dans un circuit une impé-


dance série : en continu, cette impédance doit être une résistance ; 2.2 Limiteur de courant continu
en alternatif, la chute de tension dans le limiteur peut être résistive
ou inductive. ou alternatif
Cette augmentation d’impédance doit être suffisamment rapide
(< 1 ms) pour limiter le premier pic de courant à une valeur seuil ne La coupure des courants alternatifs utilise le passage à zéro du
dépassant pas 3 à 5 fois le courant nominal, très inférieure au cou- courant. En absence de limiteur, l’excursion en courant correspond
rant de court-circuit en l’absence de système de limitation. Par con- à la valeur maximale du courant de défaut qui est atteinte avant
tre, la limitation ne doit pas intervenir lors des variations normales ouverture des disjoncteurs. L’utilisation d’un limiteur permet d’évi-
de charge. ter cette excursion, le courant étant limité à une valeur imposée par
Le courant seuil de limitation, imposé par le réseau est égal au l’impédance du limiteur en régime de défaut. En alternatif, l’impé-
courant de blocage, imposé par le courant critique du matériau, en dance peut être résistive ou inductive, il est donc possible d’envisa-
continu ou en alternatif suivant les cas. ger les limiteurs supraconducteurs résistifs ou inductifs.

Limiteur Transformateur Limiteur


résistif shunté limiteur commandé
Limiteur résistif i

i i Lv << N 2R

Transformateur Transformateur Limiteur avec


limiteur limiteur élément trigger
à effet d’écran
i i i
Limiteur inductif L<0
i Lv >> N2R

i
L<0
L inductance
N nombre de spires
R résistance
Figure 3 – Classification des limiteurs
de courant

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Ip ∆V
I Transformateur
de couplage LT
iac

e
Vligne
Ip courant primaire

En régime nominal, la force électromotrice e permet d’ajuster le


courant constant IL dans le bobinage supraconducteur à une valeur
I0 > Imax de façon à compenser les chutes de tension dans les
I/4 redresseurs qui sont alors simultanément conducteurs et portent un
courant (I0 ± iac)/2.
Le transformateur est alors en court-circuit et sa chute de tension est
Pour réaliser un bobinage non inductif pour limiteur de courant, on met très faible.
en parallèle plusieurs solénoïdes en prenant soin d’équilibrer les En cas de défaut, la tension primaire augmente et si iac > I0,
courants dans chacun des solénoïdes et en les bobinant pour
minimiser l’inductance apparente (le sens de bobinage est le pont de diodes travaille en redressement double alternance normal,
alternativement dextrogyre et lévogyre). La tension en régime de mettant l’inductance L en série dans le circuit ; le courant dans L croît
défaut se répartit sur tout le bobinage dont la hauteur a été adaptée au « par paliers » jusqu’à atteindre une valeur limite ∆V/LTv avec
niveau de tension. Cette absence théorique de concentration de une « vitesse de montée » qui dépend de L /LT
contraintes diélectriques n’est vraie que si toutes les couches ont
transité de façon uniforme. Un autre avantage de cette configuration
est de pouvoir définir le courant dans le conducteur en adaptant le Figure 5 – Limiteur de montée de courant
nombre de couches : ce point est d’autant plus important qu’il est
aujourd’hui difficile de concevoir un câble supraconducteur alternatif
BTc stable à fort courant de transport (> kA)
2.4 Limiteur de montée du courant
Figure 4 – Enroulement non inductif à plusieurs couches
Ce dispositif qui vise à ralentir la montée du courant, sans néces-
sairement le limiter, permet d’allonger les délais d’intervention d’un
organe de coupure conventionnel.
En continu, le courant ne passe plus à 0 et les méthodes de cou- En continu, l’insertion d’une inductance permet de limiter la mon-
pure font généralement appel aux techniques d’allongement de l’arc tée du courant qui est pilotée par le rapport V/L, mais l’énergie
électrique. On peut aussi imposer le passage à zéro du courant par emmagasinée dans l’inductance risque d’entraîner des surtensions
un dispositif auxiliaire [2]. La transition d’un bobinage supraconduc- à l’ouverture du disjoncteur.
teur soit directement en série, soit avec un passage à zéro artificiel,
permet d’insérer simplement une résistance de limitation. En alternatif, on peut alimenter un enroulement supraconducteur
à travers un pont redresseur [3] [4], la vitesse de montée du courant
en régime de défaut étant limitée par l’insertion de l’inductance de
l’enroulement supraconducteur à travers le pont redresseur
2.3 Limiteur naturel et commandé (figure 5). Un limiteur à résonance est aussi proposé [5] : un circuit
LC série, accordé à ω, limite la montée du courant avec une cons-
tante de temps fonction de L et de la résistance de court-circuit.
Cette solution réclame de grandes valeurs de L et peut conduire à un
Les limiteurs autocommandés ou naturels sont capables de limi-
véritable limiteur si l’on utilise la transition de l’inductance supra-
ter un courant sans dispositif complémentaire : c’est l’évolution
conductrice ou si on place en parallèle une résistance variable (type
d’une propriété physique (résistivité, perméabilité…) qui entraîne la
ZnO) qui modifie les conditions de résonance avec la tension à ses
modification de l’impédance du système sous l’effet d’une surinten-
bornes.
sité ou d’une surtension.
Les limiteurs peuvent être assistés par des systèmes auxiliaires :
on peut, par exemple, envisager de commander ou d’aider la transi- 2.5 Quelques solutions
tion d’un supraconducteur par un champ magnétique externe. Ces non supraconductrices
procédés ont l’inconvénient, par rapport aux systèmes limiteurs
naturels, de nécessiter des circuits de commande qui interprétent Peu de solutions classiques permettent de limiter naturellement
les courants sur lesquels ils doivent agir, d’introduire des constantes un courant. Le fusible, bien qu’employé jusqu’à des tensions de
de temps supplémentaires et de demander une énergie de com- quelques dizaines de kV, n’est cité que pour mémoire, puisqu’il pré-
mande non négligeable (cas d’un déclenchement par champ sente l’inconvénient majeur de ne pouvoir être réutilisé. Par contre,
magnétique, par exemple). l’utilisation de circuits auxiliaires commandés permet d’augmenter
Certains dispositifs, qui utilisent une commande naturelle inté- l’impédance apparente d’un système.
grée au circuit limiteur, doivent être considérés comme des disposi- ■ Inductances saturables
tifs naturels : c’est le cas des limiteurs inductifs à bobine de
La désaturation des circuits magnétiques est un des phénomènes
déclenchement (trigger) ou de certains dispositifs à inductance satu-
physiques susceptibles d’être exploités pour limiter le courant
rable.
(figure 6). Un bobinage supraconducteur peut être utilisé pour satu-
Un certain nombre de limiteurs commandés ne présentent pas rer le circuit magnétique [6]. Il présente alors l’avantage de ne pas
d’effet d’autolimitation en cas de dysfonctionnement. dissiper d’effet Joule mais les inconvénients liés aux basses tempé-

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v
i
i

1 Is 2

Flux F 1+2

Lorsque les thyristors sont passants, le transformateur est en court-


circuit et l’impédance série est négligeable devant la charge.
1 Quand les thyristors sont bloqués, le transformateur est en circuit
Is = 0 ouvert, l’impédance devient alors grande.

--Is Is a limiteur transformateur série à thyristor


i

2
i C

L
v

v
vd
L’inductance et la capacité sont choisies et accordées de façon à ne pas
dépasser les limites de di/dt des thyristors.
On peut par exemple les accorder sur l’harmonique n : LC (nv)2 = 1.
n2
vt vn id i L’impédance vaut alors Z0 = (AnCv)--1 avec An =
n2--1
in En fonctionnement normal, l’angle de commande a des thyristors
est nul de façon à donner une impédance Z0 négligeable
En régime de défaut, a est réglé pour obtenir une impédance élevée.
Dans le cas où l’accord est fait sur le troisième harmonique,
vt in courant nominal l’impédance Za est telle que

Le courant continu de saturation Is circule dans les bobinages 1 et 2, Za 1 2a 1+S S sina


éventuellement supraconducteurs, couplés en sens inverse par rapport = avec K(a) = 1 -- + sin2a -- sin 4a et S =
aux bobinages primaires de façon à agir sur les alternances positives Z0 K(a) p p 2p sin3a
et négatives du cycle F (i ). En régime nominal, l’impédance série
du dispositif est très faible ; elle augmente en cas de défaut, limitant b limiteur de courant contrôlé par thyristors
ainsi le courant de défaut id .

Figure 6 – Inductance saturable Figure 7 – Limiteurs à redresseurs commandés

ratures. Lorsqu’un surcourant apparaît, il ramène le circuit magné- branche de faible impédance à une branche d’impédance élevée [9].
tique dans le domaine non saturé et l’inductance apparente Dans tous les cas, la synchronisation des dispositifs semiconduc-
augmente. teurs de commutation est délicate : ces systèmes restent difficiles à
adapter aux fortes puissances et à la haute tension et les compo-
■ Réactances série sants de puissance présentent des chutes de tension non négligea-
L’insertion permanente de résistances ou de réactances en série bles à l’état passant.
dans les réseaux permet de limiter les courants mais cette insertion
entraîne des chutes de tension et des pertes en régime normal. Des
réactances en série réduisent la stabilité transitoire si l’inductance
est à proximité des générateurs, et introduisent des surtensions
transitoires durant les séquences de refermeture des appareils de
coupure.
3. Intégration des dispositifs
■ Systèmes à redresseurs
supraconducteurs
Pour limiter ces inconvénients, il est préférable de n’introduire ces dans les réseaux
composants qu’au moment du défaut. Un des dispositifs de réfé-
rence est le transformateur série court-circuité par des thyristors
(figure 7a) ou la protection des transformateurs ou des générateurs
par des ponts redresseurs en série avec des inductances [7]. Les dis- 3.1 Intégration
positifs à résonance insérés en série avec des thyristors [8] permet- dans des réseaux classiques
tent de contrôler l’impédance du circuit LC en modifiant la
commande de l’angle d’amorçage (figure 7b).
L’intégration de composants à basse température (typiquement
■ Autres dispositifs 4 ou 77K) dans des systèmes électriques à température ambiante
D’autres dispositifs commandés, comme les disjoncteurs stati- demande, outre l’utilisation de cryostats pour assurer le fonctionne-
ques, permettent de commuter très rapidement le courant d’une ment du dispositif à basse température, la mise en place d’amenées

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de courant entre la température froide et l’ambiante. Celles-ci doi- conducteur nécessaire pour les enroulements principaux tout en
vent avoir de faibles pertes et être capables de tenir les tensions assurant une faible inductance de fuite au transformateur et une
d’isolement. grande impédance en régime de défaut (cf. § 7.4).
Par ailleurs, les liaisons entre des conducteurs supraconducteurs
ou les connexions (soudure, serrage, magnétoformage…) entre les
supraconducteurs et du cuivre, par exemple, introduisent des résis-
tances de contact dont les pertes peuvent être non négligeables.
4. Transition de l’état
supraconducteur
à l’état normal
3.2 Systèmes supraconducteurs intégrés Les matériaux supraconducteurs présentent une transition de
résistivité entre l’état normal et l’état supraconducteur. Cette transi-
Le limiteur de courant n’est pas le seul composant des réseaux tion peut être induite par dépassement d’une des grandeurs
susceptible d’utiliser la technologie supraconductrice : machines critiques : la température critique Tc, le champ critique Hc ou la den-
(générateurs ou moteurs), transformateurs, appareils de régulation sité de courant critique Jc. Une fois cette transition amorcée, elle
et de stockage (Superconducting Magnetic Energy Storage) et peut se propager, soit naturellement grâce à l’effet Joule induit loca-
câbles de transport ont déjà fait l’objet de nombreux prototypes lement dans le supraconducteur, soit en assistant cette propagation.
industriels. L’amélioration des propriétés des supraconducteurs à ■ T >Tc
haute température critique (HTc) rend probable, grâce à l’abaisse-
ment du coût de la cryogénie notamment, l’apparition de certains de La transition par dépassement de la température critique semble
ces composants dans les réseaux ou les systèmes embarqués. la plus naturelle. Elle est utilisée pour réaliser des interrupteurs
supraconducteurs mais est pourtant mal adaptée au limiteur de cou-
L’intégration d’un limiteur de courant supraconducteur à un autre rant, compte tenu des constantes de temps thermiques et des pro-
composant supraconducteur devient attractive, en simplifiant la blèmes d’isolation que poserait l’insertion d’un élément de
conception des cryostats, en réduisant le problème des amenées de chauffage. L’apport d’énergie par rayonnement électromagnétique
courant et en diminuant les pertes cryogéniques grâce à une con- (rayon X) est difficilement envisageable.
ception intégrée du système de réfrigération. Les générateurs et
moteurs supraconducteurs dimensionnés pour présenter une faible ■ H >Hc
réactance sont susceptibles de fournir plus de courant de court-cir-
L’application d’une impulsion de champ magnétique supérieur à
cuit qu’un générateur classique et nécessitent l’insertion d’un limi-
Hc permet de faire transiter le supraconducteur. Dans le cas des
teur. supraconducteurs industriels à basses températures critiques (BTc),
Les longueurs nécessaires pour la fonction transformateur sont les champs critiques, de l’ordre de quelques teslas, demanderaient
généralement suffisantes pour assurer la fonction de limitation si le des commandes de taille très importante. Par contre, cette techni-
conducteur est approprié. L’adjonction d’un enroulement auxiliaire que est envisagée [11] pour forcer la transition de barreaux massifs
de limitation faiblement couplé a été proposée [10] : cette disposi- de HTc [composé BSCCO 2223 : (BiPb)2Sr2Ca2Cu3O10), dont la carac-
tion permet d’éviter de réduire le volume de conducteur supra- téristique Jc(B) est très sensible à l’induction magnétique B.

Tableau 1 – Comparaison des propriétés BTc et HTc (valeurs typiques)


HTc BTC Rapport des
Propriétés
YBaCuO NbT valeurs

ρn résistivité à l’état normal ...................................................... (Ω . m) 10-5 4 × 10-7 25


λ conductivité thermique (à Tc).............................................. (W . K-1 . m-1) 9 0,3 30

Jc (supr) densité de courant critique dans le supraconducteur....... (A . m-2) 5× 108 1010 0,05

Jc (overall ) densité de courant critique................................................... (A . m-2) 2 × 108 2 × 109 0,1

c capacité thermique volumique ........................................... (J . m-3 . K–1) 106 5000 200

Dth coefficient de diffusion thermique....................................... (m2 . s-1) 9 × 106 6 × 10-5 0,15


10-2 pour les
conducteurs à
matrice résis-
tive en CuNi
∆ H ]T0
300K
variation d’enthalpie entre T0 et 300 K ................................ (J . m-3) 4 × 108 7 × 108 0,57
ρJc (overall) ................................................................................................ (V . m-1) 2 000 800 2,5
2
ρ J c (overall) ................................................................................................ (V . m-3) 4× 1011 1,6 × 1012 0,25
2
ρJ c ( overall )
------------------------------- ................................................................................................ (K . s-1) 4 × 105 3,2 × 108 1,25 × 10-3
c t=0

vp vitesse de propagation ......................................................... (m . s-1) 0,7 100 7 × 10-3

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■ J >Jc Un autre phénomène, le flux creep, qui correspond à l’activation


La transition par dépassement du courant critique est à la base thermique du déplacement des lignes de flux, négligeable avec les
même du principe du limiteur de courant supraconducteur. Elle per- supraconducteurs BTc, est important dans le cas des HTc. Ce phéno-
met de s’affranchir de tout système de détection ou de commande, mène modifie le comportement dans le temps des matériaux HTc
le courant en ligne jouant le rôle de déclencheur de la limitation. En [12] si la température de fonctionnement est proche de la tempéra-
modifiant la section des conducteurs, on peut calibrer simplement le ture critique.
courant seuil. Il faut noter que dans ces matériaux, les effets des hétérogénéités
En fait, la condition J >Jc ne conduit pas directement le supracon- et de joints de grains sont très importants.
ducteur à l’état normal (cf. alinéa suivant), mais dans un état dissi-
patif intermédiaire. Il peut y avoir emballement thermique (cas des
BTc), conduisant, après un certain délai, à la situation T>Tc.
■ Cas des supraconducteurs HTc : résistivité de flux flow 5. Objectifs à atteindre
Grâce à la valeur de leur capacité thermique volumique élevée
(tableau 1), ces supraconducteurs peuvent être utilisés à l’état mas-
et problèmes à résoudre
sif sans perte de stabilité. Leur résistivité est telle qu’il n’est pas
indispensable d’obtenir une transition complète pour bénéficier de La caractéristique générale d’un limiteur est d’avoir un rapport
l’effet de limitation. Il en résulte une faible dissipation qui peut per- Z défaut
mettre d’envisager des temps de récupération compatibles avec les d’impédance ----------------------- >> 1. Les objectifs à atteindre pour réaliser un
Z nominal
cycles OFO.
limiteur de courant sont :
Au voisinage de Jc, les supraconducteurs présentent une résis-
— un fonctionnement « automatique » sans système extérieur de
tivité de flux flow ρff (figure 8), intermédiaire entre celle de l’état
détection ou de contrôle ;
normal et la résistivité nulle de l’état supraconducteur ; l’effet ther-
— une limitation du premier pic de courant, donc un fonctionne-
mique résultant n’est pas suffisant pour faire transiter le supracon-
ment en moins de 2 à 3 ms (inférieur à un quart de cycle) ;
ducteur et le régime de flux flow peut être stable. Des matériaux de
— en régime normal :
faible densité de courant, comme YBCO non texturé, peuvent pré-
senter ce régime stable bien au-delà de leur courant critique ; par •une impédance, une chute de tension et des pertes très
contre, les matériaux texturés ou les composés au bismuth qui ont faibles ;
2 10 -3 •le maintien de la qualité du signal (non introduction d’harmo-
des pertes volumiques ρ ff J c ≈ 2 × 10 W ⋅ m (voir § 5.1), 100 fois
plus grands que pour les matériaux précédents, atteignent assez niques par exemple) ;
rapidement l’état normal. — en régime de défaut :
•une impédance élevée ;
•un échauffement limité ;
— un passage de l’état normal à l’état de défaut sans discontinui-
tés susceptibles de faire apparaître des surtensions ou des surinten-
E (mV/cm) sités transitoires ;
ρff — une récupération rapide de l’état normal pour conserver une
bonne continuité de service (cycle OFO) ;
— un coût compatible avec les composants classiques des
réseaux de transport ;
T < Tc — une masse et un encombrement réduits ;
— un fonctionnement sûr et un entretien limité ; un limiteur doit
être disponible et avoir un impact limité en cas de dysfonctionne-
500
ment.
La mise en série d’un élément de coupure, calibré en fonction du
courant nominal (par exemple 3 à 5 fois le courant nominal pour évi-
ter les coupures intempestives liées à des régimes transitoires ou
des régimes de défaut acceptables), reste indispensable pour élimi-
Jc J0 J lim J ( A/m2)
ff ner les défauts et isoler les zones en défaut.

La densité de courant Jc est par exemple définie par le critère d'apparition


d'une tension de 0,1 mV.cm--1 5.1 Dimensionnement :
Au-delà de Jc , les lignes de flux sont en mouvement, mais la dissipation critères ρnJc et ρnJ 2
c
associée ne fait pas transiter le supraconducteur à l’état normal.
Pendant ce régime de flux flow, pour J > Jo < J ’0 (Tc -- T ), La section totale S d’un conducteur est déterminée par le courant
la relation entre E et J est de la forme E = ρff [J -- J ’0 (Tc -- T )]. de seuil Ib déclenchant la limitation et la densité critique globale Jc
Le courant peut être limité avec une résistivité inférieure à la résistivité du conducteur utilisé :
de limitation à l’état normal ρn (T ) qui apparaît si T > Tc . I
S = -----b
Le temps nécessaire pour atteindre l’état normal est donné par la relation Jc
Tc C (T )
∆t < dT L’intérêt d’une forte densité de courant critique est évident.
T0 JE (J, T )
Connaissant la section du conducteur, il faut définir sa longueur , .
Pour les matériaux BTc, la faible valeur de la capacité thermique Le courant de limitation, Ilim , directement lié à la résistance de limi-
volumique C (T ) et la densité d’énergie dissipée EJ conduit à dépasser tation, fixe la longueur de limitation minimale , lim
Tc en quelques ms alors que pour les HTc,Tc ne sera atteint qu’après VS Ib V
plusieurs ms. , lim = ---------------- = --------- × ------------
ρ n I lim I lim ρ n J c
Figure 8 – Résistivité de flux flow avec V tension du réseau.

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Un matériau à ρnJc élevé est favorable et ce critère définit la lon- 5.2 Protection du conducteur
gueur nécessaire pour limiter le courant. On pourrait en déduire le
volume de conducteur minimal du limiteur (Vlim) : et excursion en température
2
Ib V
V lim = --------- ------------2 Le conducteur doit être protégé non seulement en régime de
I lim ρ J défaut, mais aussi en régime normal.
n c

2
La transition brutale du supraconducteur peut conduire à des
qui montre le rôle prépondérant du critère ρ n J c , mais, pour les limi- échauffements et des surtensions qui risquent de détruire le con-
ducteur. En plus de la protection active introduite par le disjoncteur
teurs BTc, Vlim et en particulier , lim sont, dans certains cas, insuffi-
en série avec le limiteur, il est utile de concevoir les conducteurs et
sants et conduisent à la fusion du bobinage. En considérant une les bobinages pour assurer une protection passive intrinsèque qui
transition homogène sur toute la longueur et en négligeant l’induc- assure une décroissance rapide du courant après la transition.
tance propre de la bobine, les pertes par effet Joule sont :
La première méthode possible de protection est une généralisa-
V
2 tion rapide de la transition. Le mécanisme classique de propagation
P J = ---------- le long des conducteurs associe l’effet Joule dans les zones norma-
,
ρ n ---- les et la diffusion thermique. La vitesse de propagation reste infé-
S rieure à la limite adiabatique :
pour une tension V entre phase et neutre correspondant au cas le
plus défavorable où les chutes de tension de la ligne sont négligea- J λ⋅ρ
v ad = ---- -------------------
bles, et avec ρn résistivité normale. C Tp – T0
L’effet Joule, qui persiste jusqu’à l’ouverture du disjoncteur placé
avec J (A.m–2) densité de courant,
en série, est tellement élevé qu’il dépasse les flux d’échange avec le
fluide réfrigérant et les conditions d’échauffement sont presque C (W.m–3.K–1) capacité thermique volumique,
adiabatiques : λ (W.m–1.K–1) conductivité thermique,
∆t T max ρ (Ω.m) résistivité,
∫ ∫
2 2
V V
---------- dt = c p dT soit ----------∆ t = S ,∆- Tp (K) température de propagation du front,
, ,
0 ρ n ---- T0 ρ n ----
S S T0 (K) température de la zone supraconductrice.
avec ∆- = [ - Tmax – - T0 ] différence d’enthalpie entre T0 et Tmax , Cette limite conduit à des vitesses de propagation insuffisantes,
de l’ordre de 100 m/s pour NbTi et < 1 m/s pour les HTc massifs au
∆t durée entre la transition et l’ouverture, bismuth.
cp capacité thermique du conducteur. En fait, avec les brins de NbTi à matrice de CuNi, les vitesses de
Les contraintes thermiques maximales fixent une longueur et un propagation sont, en général, plus élevées que les valeurs théori-
volume : ques. Elles sont de l’ordre du km/s pour des monobrins. Cela reste
insuffisant pour une bonne protection du conducteur. La propaga-
∆t tion transverse entre les conducteurs et entre les couches d’un bobi-
, therm = V ---------------
ρ n ∆- nage est généralement beaucoup plus lente à cause de la barrière
thermique constituée par l’isolant.
∆t Il est donc nécessaire de concevoir des conducteurs adaptés aux
V therm = V I seuil --------------------
2
-
ρ nJ c ∆- problèmes liés aux limiteurs en utilisant par exemple un assem-
blage de type (6 + 1) associant 6 brins supraconducteurs multifila-
2 mentaires et un brin central comportant des filaments de cuivre
ces valeurs montrent l’intérêt des matériaux à ρ n J c élevé et de
noyés dans une matrice de CuNi. Si le brin central n’est pas isolé, on
l’action rapide du disjoncteur de protection. C’est la quan- profite de la très faible résistivité, de la grande conductivité thermi-
ρ n ∆- que et de la grande diffusivité thermique (tableau 2) de ce brin et on
- , en V.m–1, qui définit la longueur du conducteur.
tité -------------- utilise l’énergie dissipée localement pour avoir des vitesses de pro-
∆t
pagation très rapides (> 1 km/s). Si le brin est isolé, on peut obtenir
Exemples une transition de masse en quelques ms [14] : la transition locale
d’un brin supraconducteur va transférer le courant dans le brin cen-
1. Pour un conducteur NbTi avec matrice CuNi,
tral qui est le siège d’effet Joule sur toute sa longueur et transfère
ρn = 40 × 10–8 Ω.m ; si Tmax = 150 K, - Tmax = 2,2 × 108J.m–3 >> - T0 , par diffusion son énergie aux brins supraconducteurs qui transitent
et ∆t = 20 ms, ce critère correspond à 60 V.m–1, c’est-à-dire un ordre alors en un temps très court (quelques µs). Cette dernière solution
de grandeur en dessous du critère ρnJc qui conduirait à une tempéra- n’est pas applicable en haute tension à cause du risque de claquage
ture dépassant 1 000 K. de l’isolation du brin central.
2. Typiquement on a :
— avec les limiteurs BTc : Jc = 109 A.m–2, ρn = 0,4 µΩ.m,
2
ρ n J c = 0,4 × 1012 W.m–3, ρnJc = 400 V.m–1 (cette dernière valeur
n’étant pas applicable compte tenu des contraintes thermiques) ; Tableau 2 – Propriétés des matériaux constituant les
— avec les limiteurs HTc : Jc = 2 × 107 A.m–2, ρn = 1 µΩ.m, conducteurs supraconducteurs BTc en courant alternatif
2
ρ n J c = 2 × 108 W.m–3, ρnJc = 20 V.m–1
3. Cas d’un limiteur résistif [13] de caractéristiques nominales 36 kV/ Propriété Cu CuNi NbTi
1 kA — critère de 60 V.m–1 et échauffement de 100 K, pour un courant
de 5 kA pendant la phase de limitation qui dure 20 ms avant ouverture ρn (à 4,2 K) ........ (Ω . m) 3 × 10-10 4 × 10-7 5 × 10-7
du disjoncteur de protection — Joverall ≈ 5 × 108 A.m–2 (Joverall est la
densité de courant du conducteur tenant compte de la matrice normale λ (à 4,2 K).......... (W . K-1 . m-1) 400 1 0,3
et de l’isolation). On obtient, par phase, une longueur de conducteur de
600 m, soit un volume de 3 × 10–5 m3. Dth (à 4,2 K)....... (m2 . s-1) 0,4 10-3 6 × 10-5

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Les très faibles valeurs des vitesses de propagation des limiteurs L’avantage des limiteurs sur les fusibles est leur propriété de récu-
HTc, contrebalancées par la forte valeur de la résistivité électrique à pération de l’état supraconducteur initial après transition. Le temps
l’état normal, restent un handicap important puisque la température de récupération est principalement déterminé par les échanges de
maximale atteinte après transition peut dépasser 1 000 K (cf. § 5.3). chaleur avec le milieu, par la température atteinte en limitation. La
Une augmentation de J améliore la vitesse de propagation au détri- diffusivité thermique des HTc (10–6 m2.s–1 soit 100 fois moins que
ment des surtensions et de l’excursion en température. dans NbTi) est défavorable à une récupération rapide de l’état supra-
Une autre voie de protection, appelée « protection enthalpique », conducteur après transition. Compte tenu des valeurs limitées des
applicable aussi bien aux HTc qu’aux BTc, ne présume pas de la coefficients d’échange des liquides cryogéniques (voir § 5.9), il est
façon dont la transition se propage. On donne au conducteur, dont pratiquement impossible d’envisager, pour les BTc, de récupérer
on suppose les propriétés faiblement dispersées, une inertie thermi- l’état supraconducteur en laissant le limiteur sous tension. L’usage
que suffisante, au besoin en augmentant la section non supracon- d’un disjoncteur d’isolement permettra la réutilisation rapide de la
ductrice, pour qu’il soit capable de supporter à l’état transité un fonction de limitation.
courant égal en valeur crête à son courant critique pendant les quel-
ques millisecondes (typiquement 20 ms) nécessaires pour la détec-
tion et l’ouverture du disjoncteur de protection. Si la transition est
partielle, le courant est inférieur au courant critique des secteurs qui 5.4 Pertes en alternatif
n’ont pas transité, et le conducteur reste protégé ; si la transition est
complète, le courant est limité au courant critique et le conducteur
reste également protégé. Cette méthode ne permet pas de garantir En alternatif, un supraconducteur est le siège de pertes électroma-
une valeur de la résistance de limitation R (exprimée en p.u.) > In /Ilim gnétiques. Dans le cas d’un solénoïde, ces pertes ont trois origines
≈ 0,2 à 0,3, il est donc raisonnable de minimiser la longueur du con- principales :
ducteur pour avoir R = In /Ilim, ce qui élimine également tout risque — pertes hystérétiques dans les filaments supraconducteurs
de surtension. liées au cycle d’aimantation sous champ transverse : elles varient
comme :
Df . Jc . ω . B
5.3 Transition, récupération, avec Df diamètre des filaments,
absorption de l’énergie Jc densité critique,
ω pulsation,
Une bobine supraconductrice ne transite pas naturellement dans B induction magnétique.
son intégralité. Une ou plusieurs zones normales apparaissent après — pertes par courants induits dans la matrice conductrice pro-
les premiers instants suivant la transition et se propagent dans le portionnelles à :
bobinage. Si la vitesse de propagation vp des fronts résistifs est suf-
fisamment importante, la transition pourra être considérée comme ˙2 –1 2 2
a .ρ t .ω . B
2
V
massive et totale (figure 9). Pour diminuer l’énergie ------ dissipée avec a pas de torsades des brins,
R
dans le conducteur et réduire l’excursion en température résultante, ρt résistivité transverse,
il est intéressant d’avoir très rapidement une résistance R élevée, ω pulsation.
donc une transition massive et complète du bobinage. — pertes en champ propre dans les brins élémentaires liées à un
effet de peau classique saturant les filaments périphériques : elles
varient typiquement comme :
2 3, 2
J c . D b .U
i (A) T (K)
avec Jc densité critique,
400 T (K) 200
Db diamètre du brin élémentaire,
I max
300 T (K) 150 U facteur d’utilisation = -----------
- rapport entre le
150 Ic
200 100 100 courant de transport maximal et le courant
50 critique.
100 0 50 Pour réduire ces pertes, les composites supraconducteurs doivent
--0,1 0 0,1 0,2 0,3 0,4 avoir des filaments supraconducteurs très fins (Df ≈ 0,1 µm), noyés
0
t (ms)
0 dans une matrice résistive (CuNi : ρt ≈ 4 10-7 Ω . m) et torsadés avec
un pas de torsade le plus court possible (de l’ordre de 4 à 5 fois le
i (A) Transition diamètre des brins, a ≈ 1 mm). Les premiers brins NbTi utilisés en
--100
alternatif, fabriqués à partir de 1984 suivant ces dispositions don-
Court-circuit
nent de faibles pertes en champ transverse (hystérésis et courants
--200 induits) pour un enroulement limiteur où le champ est faible (induc-
0 5 10 15 20 25 tance propre réduite). Ces enroulements fonctionnent pratiquement
t (ms) en régime de champ propre et les pertes associées sont alors pré-
vp = 10 km.s--1 pondérantes. Pour les diminuer, les brins élémentaires doivent avoir
un faible diamètre et le facteur d’utilisation ne doit pas être trop
T = f (t ) zoom de la montée en température après la transmission
grand.
La réalisation de câbles capables de transporter plusieurs kA pose
Figure 9 – Transition d’un bobinage supraconducteur : évolution des problèmes thermiques et d’équilibrage des courants entre les
du courant et de la température lors d’un court-circuit conducteurs en parallèle [15].

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Ces relations restent valables pour les conducteurs HTc. Pour les que liés aux pressions électromagnétiques induites par les courants
HTc massifs, les pertes hystérétiques, qui varient comme la fré- soit internes, soit au niveau des bobinages.
quence, sont prépondérantes [16]. Les résultats [17] sont en accord
avec la théorie de Bean qui prédit une dépendance en I3 avec le cou- Exemple : un cylindre d’épaisseur e parcouru par une densité de
rant. courant J est soumis à une pression P = µ0 J 2e 2 soit 1,6 × 105 Pa pour
J = 108 A . m-2, e = 4 mm (µ0 perméabilité du vide).
Les cryostats nécessaires au confinement cryogénique seront soit
métalliques (acier inoxydable) soit réalisés en matériaux composi-
5.5 Tenue diélectrique. Surtensions tes isolants (époxyfibre de verre). Dans le premier cas, il faut s’assu-
rer que les champs magnétiques variables n’occasionnent pas des
pertes excessives par courants de Foucault dans les parois.
Dans un limiteur, la tension Ldi/dt, induite par la variation rapide
du courant, ne fait que s’opposer à la tension résistive Ri et, globa- Il est utile de prévoir des valves de sécurité pour évacuer les
lement, il n’y a pas de surtensions d’origine inductive. vapeurs résultant des transitions des bobinages.
La transition très rapide des supraconducteurs (quelques µs) peut
entraîner des surtensions qu’il est possible de réduire en insérant,
en parallèle avec le limiteur, une résistance (résistance de ZnO par 5.7 Amenées de courant
exemple). Cet élément aura pour effet complémentaire de limiter
l’énergie dissipée dans le supraconducteur et de limiter sa montée
et traversées isolantes
en température. Dans le cas d’un limiteur résistif, les surtensions
apparaîtront sur les spires qui transitent.
■ Pour minimiser l’apport de l’énergie thermique au niveau des
Les très hautes tensions (> 63 kV) pour lesquelles sont prévus les parties froides, les amenées de courant sont optimisées (typique-
limiteurs imposent les isolations de l’ensemble limiteur et cryostat. ment leurs pertes propres sont > 1 mW . A-1). En alternatif, des pré-
La réalisation de bobinages multicouches introduit des champs cautions supplémentaires sont à prendre pour limiter les courants
électriques importants au niveau des bouts de couches. de Foucault et l’effet Kelvin.
Les diélectriques solides conservent de très bonnes propriétés à L’évolution actuelle est d’utiliser des amenées de courant HTc :
basse température. Par contre, l’hélium, comme l’azote, a des pro- pour un dispositif fonctionnant à basse température (< 20 K), l’inser-
priétés diélectriques relativement mauvaises, en particulier à l’état tion d’une amenée de courant en bismuth massif entre 20 et 77 K
diphasique (tableau 3) et à température ambiante (partie haute des permet de réduire les pertes (tableau 4) et d’utiliser des cryogénéra-
amenées de courant). teurs pour thermaliser ces amenées de courant.

Tableau 3 – Propriétés diélectriques à basse température Tableau 4 – Amenées de courant [18]


Tension Tension Pertes pour 2 amenées de courant (en W . A-1)
Permitti-
de rupture de rupture
Matériaux vité Classique Mixte
en ac en dc Type d’amenée de courant 77 K
relative εr 4K 4K
(MV . m-1) (MV . m-1)
Pertes Joule................................ 0,16 0,1 0,1
Solides : Mylar
Consommation électrique du
à 4,2 K ............................... 295 540 2,8 système de refroidissement ..... 8 2 1
à 77 K ................................ 490 530 2,8
à 300 K .............................. 295 295 3,1
Hélium : Les pertes liées aux amenées de courant, proportionnelles au cou-
rant nominal et indépendantes de la tension, ne sont particulière-
liquide à 4,2 K .................. 7 28 1,05 ment importantes que pour les applications basse ou moyenne
gaz à ≈ 5 K ........................ 7 tension (< quelques kV).

gaz à 300 K, p = 0,1 MPa (1) 0,4 0,4


Azote :
5.8 Résistances de contact
liquide à 77 K .......................................... 30 1,23
gaz à ≈ 77 K ...................... 8
Si, dans le cas des supraconducteurs BTc, les connexions entre les
gaz à 300 K ....................... 3,4 conducteurs ou avec les remontées en cuivre peuvent être très peu
dissipatives (10-17 Ω), dans le cas des HTc, les contacts sont plus
(1) minimum de la loi de Paschen pour He gaz à 300 K : 0,2 MV . m-1 pour
délicats à réaliser et donnent des valeurs de résistivité de surface de
pd ≈ 104 Pa.mm
quelques 10-10 Ω . m2 à 77 K [19].

5.6 Tenue mécanique 5.9 Cryogénie associée

Les matériaux supraconducteurs BTc en NbTi ont d’excellentes Les fluides industriels, capables d’assurer le refroidissement sont
propriétés mécaniques (ductilité, limite d’élasticité et de rupture) ; l’hélium liquide pour les supraconducteurs BTc et l’azote liquide
ce n’est pas le cas des matériaux HTc, et l’utilisation de matériaux pour les supraconducteurs HTc. Utilisés à la température d’ébulli-
massifs relativement fragiles pose des problèmes de tenue mécani- tion, l’échange de chaleur Q est limité par le régime nucléé.

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Pour l’hélium liquide, la puissance surfacique échangée peut 6.1.1 Conducteurs à basse température critique
atteindre 0,7 W . cm-2. Pour l’azote liquide, tant que l’écart de tem-
pérature entre le bain d’azote liquide, et la surface reste inférieur à Les conducteurs pour régime alternatif résultent d’un compromis
10 K, l’échange suit une corrélation de type Kutateladze Q ≈ 0,038 entre les considérations électromagnétiques, thermiques et techni-
∆T 2,472 W . cm-2 soit 10 fois plus que pour l’hélium. ques [20]. Ils sont réalisés, au prix de coûts de fabrication élevés, à
Dans tous les cas, il est utile d’intégrer le mode de refroidissement partir de filaments ultrafins pour une meilleure stabilité assemblés
à la conception de l’appareil. Les vapeurs produites, tant en fonc- en brins fins pour avoir de faibles pertes en champ propre noyés
tionnement normal qu’en régime de défaut, doivent, dans le cas de dans une matrice résistive de cupronickel et torsadés avec un faible
l’hélium, être récupérées et reliquéfiées. Pour des puissances de pas de torsade. À 50 Hz, les pertes ramenées au courant transporté
l’ordre de quelques W à 5 K et quelques centaines de W à 70 K, il est sont de l’ordre de 10-5 W . A-1 . m-1, très inférieures à celles obte-
possible d’utiliser des cryogénérateurs qui apportent plus de sou- nues avec du cuivre (même en tenant compte de la consommation
plesse d’utilisation : ils permettent d’obtenir plusieurs étages de spécifique de la réfrigération).
température et de travailler à des températures intermédiaires
La transition par dépassement du courant critique est très brutale
(≈ 30 K) qui pourraient être intéressantes pour les HTc.
(elle se traduit par une caractéristique tension-courant de type v ≈ i n
Exemple : la consommation spécifique théorique (rapport entre la avec n ≈ 5 pour les conducteurs a.c.) et s’accompagne d’une éléva-
puissance à fournir et la puissance froide extraite) est, pour l’hélium, de tion rapide de température qui la rend irréversible mais nécessite
74 W/W en réfrigérateur (liquéfaction des vapeurs froides) et de une bonne maîtrise de la protection des conducteurs et des bobi-
355 W/W en liquéfacteur (liquéfaction des vapeurs chaudes) et, pour nages.
l’azote, de 2,9 W/W en réfrigérateur et de 3,9 W/W en liquéfacteur ; Les conducteurs spécifiquement dédiés à cette application seront
compte tenu des rendements des dispositifs cryogéniques par rapport composés, en suivant les étages d’assemblage :
au rendement théorique de Carnot, ces résultats sont à multiplier par
un coefficient fonction de la taille de l’appareil (typiquement 2,5 pour — de filaments de NbTi, pour avoir une densité de courant criti-
une puissance froide Qf > 1 kW et 10 pour Qf ≈ 100 W). que Jc importante ;
— d’une matrice en CuNi pour diminuer les pertes, avec un rap-
L’isolation thermique par le vide est indispensable pour les dispo- port CuNi/NbTi élevé (≈ 10) ;
sitifs fonctionnant en permanence. — de brins non supraconducteurs pour avoir des vitesses de pro-
pagation élevées (≈ 10 km.s-1) ;
— de conducteurs compactés (figure 10) avec des brins non iso-
5.10Maintenance, fiabilité lés pour avoir une densité de courant « overall » suffisante, amélio-
rer la tenue mécanique et obtenir des vitesses de propagation très
La maintenance et la fiabilité d’un limiteur supraconducteur sont élevées et une autoprotection du bobinage ;
essentiellement liées à l’utilisation des fluides cryogéniques et du — d’assemblages de conducteurs compactés pour augmenter les
vide qui reste délicate et coûteuse pour des dispositifs industriels capacités de transport du courant ; pour les courants élevés, des
(en particulier pour ce type d’appareil, qui devrait être installé dans bobinages multicouches sont indispensables.
des postes qui aujourd’hui demandent très peu de maintenance).
L’utilisation de cryogénérateurs permettrait de réduire sensiblement
ces contraintes. 6.1.2 Films minces

Certains matériaux BTc peuvent être utilisés sous forme de films


minces jusqu’à quelques µm d’épaisseur avec, comme NbN, un cri-
6. Matériaux 2 15 –3
tère ρ n J c ≈ 10 ( W.m ) [21] ce qui les rendait compétitifs pour
supraconducteurs l’application limiteur avant l’apparition des HTc. Utilisés avec des
densités de courant de 1010 A . m-2, ces limiteurs peuvent être très
possibles compacts mais risquent d’avoir des excursions en température de
plusieurs centaines de K, ce qui réduit leurs performances de récu-
pération rapide, sans résistance en parallèle pour absorber une par-
Les matériaux envisageables aujourd’hui, en particulier pour les tie de l’énergie dissipée.
applications aux fréquences industrielles, sont classés en fonction
de leur température de fonctionnement : les supraconducteurs à
basse température critique (BTc) utilisant l’hélium comme agent de
refroidissement (T < 5 K) et les supraconducteurs à haute tempéra-
ture critique qui peuvent être utilisés jusqu’aux températures cor-
respondant à l’azote liquide (T < 77 K). Caractéristiques Brin C
du sous-brin ø 0,5 mm
Diamètre < 0,19 mm
du sous-brin
6.1 Matériaux à basse température
Diamètre 0,165 µm
critique (BTc) des filaments

Déjà opérationnels et fabriqués industriellement, ces matériaux Nombre de 186 252


filaments NbTi
sont, pour des raisons intrinsèques de stabilité, uniquement dispo-
nibles sous forme de composites multifilamentaires ou de films Pas de torsadage 1,12 mm
minces. Leurs excellentes propriétés (Jc, pertes en courant alterna- Matrice CuNi
tif, facilité de mise en forme des conducteurs) sont pénalisées par Fraction supra. 0,168
l’utilisation d’hélium liquide. Brin central Cu + CuNi
Compte tenu de leur faible inertie thermique (à basse tempéra-
ture, la capacité thermique volumique c varie comme T 3), la tempé-
rature critique est dépassée en quelques µs et c’est leur résistivité à Figure 10 – Conducteurs supraconducteurs compactés : coupe
l’état normal qui sert de résistivité de limitation. et caractéristiques d’un brin NbTi compacté C (photo GEC-Alsthom)

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6.2 Matériaux à haute température


critique (HTc) ρ (mΩ.m)
10 BSCCO-2223

L’utilisation de matériaux HTc simplifie l’environnement cryogéni-


que. Grâce à l’augmentation de la capacité thermique volumique
avec la température (c ≈ 106 J . m-3 . K-1), ces matériaux sont utilisa- 5
bles, non seulement sous forme de conducteurs ou de films minces, YBCO
mais aussi sous forme de films épais ou de matériaux massifs.
0
Les HTc présentent l’avantage d’avoir des résistivités à l’état nor- 0 50 100 T (K)
mal supérieures à celle des conducteurs et alliages classiques
(figure 11) ; par contre, pour les matériaux texturés et les films,
compte tenu de leur grande inertie thermique, c’est la résistivité Figure 11 – Résistivité de matériaux HTc (valeurs typiques)
de flux-flow qui gouverne la résistivité de limitation. Bien que
2
ρJ c ( overall ) de grains qui ont une valeur de Jc inférieure à celui des grains, et
------------------------------- soit 1 000 fois plus faible que pour les BTc, et initie
c t=0 l’effet Joule est insuffisant pour que la propagation thermique se
un embaillement thermique moindre, la vitesse de propagation, développe dans les grains. Ces matériaux présentent peu d’effet
100 fois plus faible que pour les BTc, entraîne des risques d’excur- hystérétique. Pour YBaCuO fritté, avec J ≈ 108 A . m-2, les pertes en
sion en température locaux très importants pendant la phase de alternatif (a.c.) sont du même ordre que celles obtenues avec du cui-
limitation. Des dispositifs annexes d’accélération de la transition vre à la température ambiante et une densité de courant 10 fois
doivent être installés. moindre, soit 106 W . m-3.
De plus, ces matériaux sont anisotropes et leurs propriétés sont
sensibles à l’orientation relative du champ magnétique, du courant
et des plans CuO constituant ces matériaux.
ρ

(quelques mV.m)
6.2.1 Conducteurs HTc

Les conducteurs HTc (par exemple : BiSrCaCuO) commencent à i=0


être réalisés en grandes longueurs, en particulier par des méthodes
de Powder in Tube, mais l’utilisation d’argent comme matrice rend
ces matériaux impropres à la fonction de limitation.
i > Ic

6.2.2 Matériaux massifs HTc Tc T (K)

Les matériaux utilisés sont essentiellement les composés à base Quand i dépasse Ic le matériau HTc commence à s’échauffer
d’yttrium YBaCuO (YBCO) ou de bismuth (BiSrCaCuO). Leurs carac- et sa résistivité augmente sans atteindre ρn
téristiques, électriques en particulier, sont largement fonction des
T
méthodes de fabrication et de leur microstructure polycristalline,
texturée ou monocristalline (tableau 5) et des conditions de fonc- Tc
tionnement (B, T ).

Tableau 5 – Densités de courant typiques 77K


des supraconducteurs (1)
20 ms t
Jc (A . m-2) à 77 K Jc (A . m-2) à 30 K i, V
Matériau Structure
B=0T B=1T B=0T B=1T i
fritté ..... 107
YBCO massif 5 texturé... 5 × 107
1010
106
109 5 × 1010 1010
Ic
V
film ....................
Ilim t
BSCCO conducteur 108 106 109 2 × 108

(1) NbTi : Jc > 109 A . m-2 à 4 K

Cu : J < 107 A . m-2 Près de 20 ms sont nécessaires pour dépasser la température critique
et atteindre, en quelques ms, les pleines capacités de limitation
qui sont atteintes à Tc
Dans le cas des matériaux frittés, la résistance qui apparaît après
dépassement du courant critique Ic (défini, par exemple, par le cri-
tère 0,1 µV/cm) reste faible : une transition incomplète peut donc Limitation du courant dans le cas d’un HTc massif non texturé [22]
durer plusieurs dizaine de ms avant que la température critique soit
dépassée (figure 12). L’aspect granulaire des matériaux frittés gou-
verne plusieurs de leurs propriétés : la transition débute aux joints Figure 12 – Limiteur HTc massif

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Dans les matériaux texturés, la transition est plus complète et pré-


sente un phénomène d’hystérésis (figure 13) ; en conséquence, V/, (V/m)
l’énergie dissipée est plus grande, la température critique peut être
atteinte en quelques ms. Cet effet peut néanmoins conduire à la des- 30
truction du matériau car les propriétés mécaniques et thermiques Texturés
des matériaux massifs restent médiocres. Pendant la transition, la 20
faible diffusivité thermique (D ≈ 10-6 m2 . s-1), la faible vitesse de Frittés
10
propagation des zones normales et la présence de défauts (zones à
Jc faible) dans les matériaux massifs entraînent la présence de 0
points chauds : compte tenu des valeurs des constantes mécani-
ques (module d’Young E et limite d’élasticité Re , coefficient de dila- --10
tation thermique α), un écart local de 200 K entraîne la dégradation
du matériau. --20
Il est possible d’aider la propagation de la transition par un dispo-
--30
sitif complémentaire, en soumettant le matériau à une impulsion de
--6 --4 --2 0 2 4 6 I/Ic
champ magnétique par exemple [23], mais cet effet reste insuffisant
pour modifier le courant critique intragranulaire.
Caractéristique typique d'un matériau HTc massif [23]
Les matériaux HTc massifs texturés peuvent donc être utilisés
dans certaines conditions :
Figure 13 – Caractéristiques V (I) pour des matériaux HTc (Bi 2223)
— l’homogénéité des matériaux doit être très bonne ; frittés et texturés
— l’excursion en température ne doit pas dépasser Tc de plus de
quelques dizaines de degrés ;
— le courant critique peut être du même ordre de grandeur que le Le plus simple des concepts (figure 14) est de monter en série sur
courant nominal. la ligne à protéger un bobinage non inductif supraconducteur pour
limiter les chutes de tension à l’état passant. Après transition, la
forte résistance insérée naturellement dans la ligne limite le courant.
Un disjoncteur en série, rapide, mais de faible pouvoir de coupure,
6.2.3 Films HTc permet d’isoler le défaut et protège le limiteur contre une excursion
en température excessive. Un limiteur résistif de résistance R pré-
Des films de 1 à 10 µm d’épaisseur de YBaCuO déposés par exem- sente une dissipation en régime de défaut égale (en p.u.) à R -1
ple par des techniques utilisant le laser sur des substrats de zircone puisque le limiteur est soumis en régime de défaut à la tension
de plusieurs centaines de cm2 permettent de réaliser des limiteurs du réseau. La fonction de limitation étant assurée dès que
résistifs [24]. La densité de courant, supérieure à 108 A . m-2, est net-
tement plus grande que celle des matériaux massifs et permet In In
R ------ > --------- ≈ 0, 2 à 0,3, la dissipation est donc très importante.
d’envisager des dispositifs de faible volume qui présentent des V n I lim
temps de récupération inférieurs à la seconde.
Une impédance en parallèle peut permettre d’adapter l’impé-
dance de limitation, de réduire les éventuelles surtensions (au maxi-
mum Rn Ic en absence de cette résistance, si R n I c > V n 2 ) qui
apparaissent au moment de la transition et de réduire l’excursion en
7. Principes et réalisations température du supraconducteur [26]. La structure non inductive a
par ailleurs les avantages :
des limiteurs — les champs de fuite et les pertes par courant de Foucault au
niveau des structures (supports et cryostat) qui peuvent être métal-
supraconducteurs liques sont réduits ;
— les pertes du supraconducteur qui n’est soumis qu’à son
champ propre sont réduites ;
— l’énergie magnétique stockée dans l’enroulement supracon-
7.1 Réactance saturable ducteur au moment de la transition est négligeable ;
— le courant de court-circuit étant essentiellement ohmique, l’uti-
lisation du disjoncteur auxiliaire de coupure est plus simple.
Le dispositif à réactance saturable à été décrit paragraphe 2.5. Le Par contre, le limiteur se trouvant en série avec la ligne, il néces-
prototype monophasé présenté dans la référence [6], de caractéris- site des conducteurs supraconducteurs capables de porter de forts
tiques nominales 3 kV-556 A-, limite le courant à 5,5 In au lieu de courants (In/Ilim ≈ 0,2 à 0,3) qui restent difficiles à réaliser sans pas-
12 In sans limiteur (In courant nominal). L’utilisation de supra- ser par la mise en parallèle de plusieurs bobinages.
conducteurs a.c. permettrait de simplifier le dispositif en éliminant
l’écran entre les primaires et les circuits de saturation. Il faut noter Parmi les réalisations significatives actuelles, il faut citer le proto-
qu’en cas de transition anormale des bobinages supraconducteurs, type d’Alcatel Alsthom Recherche (figure 15) et celui à HTc de Sie-
le système se désature et devient équivalent à une inductance mens (1 kV, 100 A) [28].
d’impédance élevée et n’entraîne donc pas de coupure du réseau.
Zshunt

I
7.2 Limiteur résistif Disjoncteur
Bobinage
non inductif
Dès les années 70, les conducteurs ne supportant pas à cette épo-
que les courants alternatifs, l’utilisation des supraconducteurs dans
un limiteur de courant a été envisagée [25] à partir de films minces L’impédance Zshunt est facultative
de NbN en commutant le courant de défaut dans une résistance
parallèle de limitation. Figure 14 – Limiteur résistif BTc

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LL
i
LT
R
a régime nominal b régime de limitation

Les deux bobinages supraconducteurs ont des inductances LL et LT


et une inductance mutuelle M ; R est la résistance à l’état normal de LT
L’impédance complexe est égale à
(R + jvLT) jvLL + v2M 2
Z= (M > 0)
R + j v (LL + LT + 2M )

En régime normal,
M 2 -- LT .LL
R = 0 et Z0 = jv
LL + LT + 2M
M
Si on fait intervenir le coefficient de couplage k = ,
L L .L T

le rapport des impédances en régime de défaut et en régime normal est

u ZZ u = 1 2-- k
0
r 2 + (1 -- k2)2
r 2 + 4 (1 + k)2
si LL = LT = L avec r =
R
Lv
Le limiteur (40 kV/210 A/1 kA) accepte un courant nominal de 210 A
et limite le courant à 1 kA crête. Il est défini pour le réseau 63 kV, soit Ce rapport est très sensible au couplage entre les bobinages
36 kV entre phase et neutre.
Le limiteur est constitué de deux bobines imbriquées, montées en
parallèle et de sens de bobinage opposés. Le câble, fabriqué par GEC- Z /Z0
Alsthom comporte 18 brins supraconducteurs (filaments ultrafins de
NbTi dans une matrice de CuNi). Sa résistance en limitation est de
65 V, alors que son inductance n'est que de 878 mH. 200 k = 0,99
LL = LT = L
r = R/Lv
Figure 15 – Limiteur résistif : prototype Alcatel Alsthom Recherche 150

100
7.3 Limiteur inductif
50 k = 0,95
À l’état passant, le limiteur a une faible inductance équivalente
alors qu’à l’état bloquant, une forte impédance apparaît.
Le concept le plus simple consiste à coupler antiparallèlement 0
deux solénoïdes réalisés avec des conducteurs de courants critiques 0 2 4 6 8 10 r
différents (figure 16). En cas de défaut, un seul des deux bobinages
(bobinage déclencheur) transite à l’état normal, l’essentiel du cou-
Figure 16 – Limiteur inductif à fort couplage
rant est transféré à la bobine qui n’a pas transité et l’impédance est
pratiquement l’inductance de celle-ci.
Le dimensionnement du déclencheur, en particulier la longueur
de supraconducteur nécessaire, est le même que celui d’un bobi-
nage limiteur résistif de même résistance R et la dissipation en Enroulement limiteur
régime de défaut reste proche (en p.u.) de R -1 puisque le déclen- i
cheur est soumis en régime de défaut à la tension du réseau. La dis-
sipation en régime de défaut n’est théoriquement moindre que si L<0
R >> 1 p.u., cela nécessiterait de grandes longueurs de conducteur
qui entraîneraient des pertes froides en régime normal importantes Enroulement déclencheur
(§ 5.4).
Figure 17 – Limiteur inductif à bobinage découplé
Le bon fonctionnement de ce dispositif est lié au couplage entre
les deux bobinages qui doit être excellent, ce qui est incompatible
avec un bon découplage thermique des deux bobinages. Pour
réduire cet inconvénient, on peut mettre en parallèle une inductance d’avoir des temps de récupération très rapides (quelques ms)
de limitation avec un bobinage supraconducteur déclencheur non (figure 18).
inductif (figure 17). Parmi les réalisations significatives actuelles, il faut citer le proto-
Sur une conception analogue, deux prototypes de Toshiba 6,6 kV/ type commandé (voir § 2) utilisant un conducteur HTc BSCCO gainé
1,5 kA, l’un avec un enroulement de limitation en cuivre et l’autre Ag de Loockheed Martin Co-South Cal Utility (2,4 kV ; 2,2 kA) [30] qui
avec un enroulement de limitation supraconducteur ont été réalisés utilise une détection classique pour insérer une inductance supra-
[29]. L’utilisation de deux enroulements déclencheurs permet conductrice de limitation sans tirer partie de sa transition.

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Toujours en utilisant un couplage magnétique entre bobinages,


plusieurs concepts peuvent être envisagés.
L
T2
T1
T1
T2 L 7.4.1 Transition complète du secondaire

Les bobinages sont des solénoïdes coaxiaux superposés. Le dispositif comporte un primaire en cuivre couplé à travers un
Les bobinages déclencheurs T1 et T2 sont non inductifs et assurent noyau magnétique à un bobinage secondaire supraconducteur. En
le passage du courant nominal ; en cas de court-circuit, le courant fonctionnement nominal, le secondaire est dans l’état supraconduc-
est transféré dans la bobine de limitation, supraconductrice ou résistive.
teur et l’impédance est faible, imposée simplement par l’inductance
de fuite des bobinages. En court-circuit, le courant dans le secon-
Figure 18 – Limiteur inductif à plusieurs déclencheurs daire augmente jusqu’à dépasser le courant critique, augmentant
ainsi l’impédance ramenée au primaire.
Un des principes de fonctionnement consiste à réaliser un secon-
daire comportant des enroulements principaux et des enroulements
auxiliaires (figures 20) les premiers ayant un bon couplage et les
seconds un mauvais couplage. En cas de court-circuit, les enroule-
i ments principaux transitent et le courant est transféré dans les
enroulements auxiliaires qui présentent une inductance de fuite éle-
vée. Un prototype de 10 kV A a été réalisé [31]. Il est nécessaire de
protéger les enroulements principaux qui restent soumis à la pleine
1 2 tension.
Un des avantages de ce type de limiteur est de ne pas nécessiter
de connexion entre le secondaire et le circuit à protéger. D’autre
a part, en cas de transition inopinée du supraconducteur, le système
Déclencheur se comporte comme une inductance mise en série avec le réseau et
HTc ne modifie pas sa fiabilité. Compte tenu des variations très rapides
ia
de la résistance du secondaire, des surtensions importantes peu-
inducteur
LCv2 = 1 magnétique vent apparaître pendant la transition.
Dans le dispositif décrit précédemment, le secondaire peut être
réalisé avec une seule ou quelques spires (figure 21) de HTc. Dans
i certaines conditions, ce dispositif peut fonctionner en régime de flux
flow (cf. § 4), sans transiter, avec une impédance de limitation
incomplète. La dissipation étant alors trop faible pour faire transiter
En régime nominal, le trigger HTc à impédance nulle équilibre les le supraconducteur, celui-ci retourne à l’état supraconducteur cha-
circuits 1 et 2. Les tensions aux bornes des deux enroulements
principaux s’opposent et le flux qui circule dans le transformateur est nul, que demi-période, dès que la valeur instantanée du courant repasse
l’enroulement auxiliaire n’est pas alimenté. sous la valeur critique. Un limiteur 1 kV/25 A de ce type a été testé
En régime de défaut, le trigger HTc insère sa résistance dans le circuit 2 [32] mais ce concept semble difficilement applicable aux fortes puis-
et déséquilibre le transformateur ; l’enroulement auxiliaire est alimenté sances.
et un champ magnétique est appliqué à l’élément supraconducteur
qui voit son état résistif autorenforcé.

Figure 19 – Limiteur à trigger autorenforcé [41]

Une configuration originale de limiteur inductif à déclencheur HTc


permet d’autorenforcer l’effet de limitation par application d’un A2 A1
champ magnétique (figure 19). P1 P2 P1

magnétique
Noyau
7.4 Transition du secondaire
d’un transformateur

Dans ce cas, le primaire d’un transformateur est inséré en série


avec le circuit à protéger ; le supraconducteur couplé magnétique-
ment au circuit primaire est donc indépendant électriquement et
P1, P2 enroulements principaux
thermiquement des circuits à température ambiante. A1, A2 enroulements auxiliaires de limitation
Ce concept est particulièrement bien adapté aux applications
basse tension, où les courants sont importants, puisqu’il permet
d’éliminer le problème des amenées de courant. Par contre, il est
pénalisé par son encombrement et sa masse liés au bobinage pri- Figure 20 – Limiteur transformateur : transformateur
maire en cuivre et au circuit magnétique. à double enroulement

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i
∆V
Spires HTc
Ip Primaire
Couplage magnétique
Secondaire

Cryostat

v, i
Ic
i

v
En régime normal, l’enroulement supraconducteur court-circuite
le secondaire du transformateur ; la chute de tension ∆V est liée
t à l’inductance de fuite du primaire : ∆V = (1 -- k2)Lpv Ip avec k coefficient
2
de couplage entre le primaire et le secondaire tel que k2 = M
LpLs
Si k = 1, ∆V est négligeable devant la tension du réseau et les courants
sont dans le rapport du nombre de spires des bobinages secondaire Ns
Ns
Régime de limitation incomplet. Si i > Ic , l’impédance est grande, et primaire Np : Ip = k I
Np s
si i < Ic , le matériau redevient supraconducteur et v < 0
On peut ainsi adapter le courant qui traverse le supraconducteur
Figure 21 – Inducteur de type transformateur HTc en régime nominal, diminuer les pertes cryogéniques, utiliser
un conducteur de grande résistance linéique à l’état normal
et simplifier la conception de l’enroulement. Si sa résistance à l’état
7.4.2 Couplage variable normal est grande, le courant secondaire est négligeable
Vp
Ce limiteur est constitué d’un transformateur série dont le circuit et le courant en ligne Ip = est limité par l’inductance primaire.
Lpv
secondaire est court-circuité par un bobinage supraconducteur
déclencheur (trigger) de faible inductance. Le bobinage de limitation La tension aux bornes du supraconducteur, égale à la tension du réseau
peut être normal ou supraconducteur, sans transiter pendant le
Np
défaut. Ce concept [33] (figure 22) permet, en modifiant le couplage multiplié par le rapport du nombre de spires Vs = k V
entre le primaire et le secondaire, de limiter les contraintes thermi- Ns p
ques et diélectriques sur le bobinage supraconducteur déclencheur. devient d’autant plus grande que le courant nominal dans celui-ci
L’utilisation d’un transformateur permet de réduire le courant dans était petit. Bien que cette augmentation de la tension, dans le rapport
le bobinage supraconducteur en jouant sur le rapport de transfor-
du nombre de spires puisse être limitée si on répartit la tension sur
mation. Par contre, la diminution du courant entraîne une augmen-
plusieurs enroulements, il reste nécessaire de modifier le couplage
tation de la tension : l’utilisation de plusieurs secondaires permet de
en régime de court-circuit par saturation du circuit magnétique [34]
répartir la tension sur les différents enroulements.
Le couplage variable est obtenu en modifiant la saturation du cir- a montage
cuit magnétique. Le couplage doit être excellent (≈ 1) en régime nor-
mal pour réduire l’inductance de fuite du transformateur, donc la
Iligne (A), Is (A)

Vs (V)
chute de tension (∆V) aux bornes du limiteur :
400 800
∆V = L ω (1 – k2)I
avec L inductance propre du primaire, Vs1 ,Vs2
ω pulsation, 200 400
k coefficient de couplage,
I courant de ligne. Is
En régime de défaut, il faut découpler les enroulements primaires 0 0
et secondaires : la tension aux bornes des enroulements supracon-
ducteurs sera d’autant plus faible que le couplage magnétique sera
médiocre. Cette tension définit la longueur de conducteur et le --200 --400
volume supraconducteur est donné (cf. § 5.1) : Iligne
∆t --400 --800
v supra = k V I lim --------------------
2
- = k v supra ( k = 1 )
ρ n J c ∆- 10 20 30 40 50
t (ms)
Cette expression montre qu’un limiteur inductif sans découplage
magnétique nécessite la même quantité de matériau supraconduc- b évolution du courant et de la tension lors d’un court-circuit
teur que le limiteur résistif et qu’un limiteur inductif à couplage asymétrique (limiteur hybride avec deux secondaires)
variable diminue ce volume par k. La réduction du volume supra-
conducteur réduit la charge cryogénique du réfrigérateur, les pertes
des enroulements supraconducteurs, proportionnelles au volume
de conducteur, constituant une part prépondérante des pertes cryo- Figure 22 – Limiteur transformateur : transformateur
géniques totales, tout au moins en haute tension. à couplage variable

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La variation du couplage magnétique peut être obtenue naturelle- De type transformateur, le limiteur utilise un secondaire en maté-
ment par saturation du circuit magnétique : dans un transformateur, riau HTc massif, qui est actuellement à base de bismuth. La pénétra-
l’induction est proportionnelle à la tension aux bornes de l’enroule- tion du flux à l’intérieur du cylindre supraconducteur se fait
ment primaire. L’induction est faible en régime normal puisque la progressivement (figure 23), la pénétration du cylindre massif étant
chute de tension est de quelques pour-cent de la tension entre incomplète en régime nominal. Dans ces conditions, les pertes en
phase et neutre. Par contre, en régime de défaut, l’enroulement pri- régime nominal sont liées essentiellement aux pertes hystérétiques
maire voit pratiquement 100 % de la tension phase-neutre, l’induc- dans le supraconducteur. La limitation commence dès que le flux
tion augmente donc naturellement et sature le circuit magnétique, pénètre dans le noyau magnétique. Le supraconducteur est alors
entraînant une diminution du couplage. soumis à un champ électrique E et dissipe une puissance EJc. La
Des dimensionnements électromagnétiques ont montré que le limitation peut être de type résistif ou inductif suivant la valeur rela-
couplage pouvait diminuer d’un facteur 3 avec une géométrie adap- tive de Lω et de N 2R (N nombre de spires). Au début du court-circuit,
tée du transformateur, soit une quantité trois fois moindre de la limitation est résistive et peut devenir inductive à la fin du défaut.
matériau supraconducteur par rapport à la solution résistive. En Il n’est pas nécessaire d’atteindre la température critique pour obte-
contrepartie, le transformateur introduit une masse importante et nir une limitation, ce qui permet d’avoir des temps de récupération
des pertes non négligeables en régime nominal. Une maquette BTc faibles (< 1s). Par contre, le volume de matériau nécessaire pour
de 150V/50A a été réalisée et extrapolée à l’échelle 63 kV/1,25 kA : obtenir une résistance suffisante est élevé. Il est possible de contrô-
par rapport à une solution résistive, ce calcul [34] divise la masse de ler l’échauffement du supraconducteur et de réduire le temps de
supraconducteur par trois, mais augmente la masse totale d’un fac- récupération de l’état supraconducteur en absorbant une partie de
teur 250. l’énergie dans un anneau de cuivre [36].
Un des avantages de ce limiteur de type transformateur est de ne
pas nécessiter de connexion entre le supraconducteur et le circuit à
7.5 Limiteur à effet d’écran protéger.
Parmi les réalisations significatives actuelles, il faut citer le proto-
Le régime de flux flow étant stable avec les matériaux HTc, ce limi- type à HTc d’Hydro Quebec (450 V, 100 A) [37] ou celui d’ABB (480 V-
teur ne nécessite pas la transition complète du matériau supracon- 250 A) [38].
ducteur, la dissipation étant effective sans forcément dépasser Tc. Une adaptation de ce dispositif à effet d’écran permet de le trans-
Z limitation former en limiteur de tension [39].
Il reste néanmoins difficile d’obtenir --------------------------- >> 1 sans transiter.
Z nominal

7.6 Comparaison des solutions


supraconductrices
Inominal
Ipén. compl. Plusieurs références comparent les dispositifs classiques et
Idéfaut supraconducteurs [40]. Les résultats sont sensibles aux hypothèses
B prises et aux défauts considérés.
Enroulement
primaire (Cu) Sauf pour les limiteurs à couplage variable (cf. § 7.4.2), les limi-
teurs inductifs ont généralement des pertes du même ordre que cel-
Anneau les des limiteurs résistifs, puisqu’il est nécessaire de prévoir de
de grandes longueurs de conducteurs pour faire apparaître une résis-
contrôle r tance suffisante en régime de défaut dans l’élément déclencheur et
les volumes supraconducteurs sont identiques. Par contre, pour
Écran avoir de grandes inductances en régime de défaut, la présence d’un
supraconducteur Noyau Profil de
massif magnétique pénétration noyau magnétique semble indispensable, augmentant la masse et/
+Bn en régime ou la taille du limiteur. Les solutions à transformateur permettent
nominal d’éliminer les amenées de courant et le problème de la tenue des
--Bn permettant hautes tensions à basse température et de remplacer de grandes
de calculer
r distance radiale les pertes longueurs de conducteur par de simples cylindres HTc massifs. Les
limiteurs résistifs sollicitent moins les disjoncteurs d’isolement.
Une modélisation simple prenant comme hypothèse un couplage parfait Les pertes cryogéniques pénalisent les limiteurs utilisant les
conduit, si N et L sont le nombre de spires et l’inductance du primaire, supraconducteurs à basse température critique. L’utilisation des
R la résistance du cylindre supraconducteur constitué d’une seule spire, supraconducteurs HTSC (supraconducteurs à haute température) à
une température de 30 à 40 K pourrait être un bon compromis entre
à une impédance uZ u = LvN2R , résistive ou inductive suivant leurs propriétés et le rendement des cryogénérateurs.
L2v2 + N4R 2
les valeurs relatives de Lv et N2R. Le nombre de spires N est choisi pour
ne pas saturer le noyau magnétique en régime de limitation. Remerciements : les auteurs remercient Monsieur Thierry
Verhaege, d’Alcatel Alsthom Recherche pour ses remarques et
ses informations concernant les conducteurs BTc et les limiteurs
résistifs.
Figure 23 – Limiteur à effet d’écran [35]

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D 3 662 − 18 © Techniques de l’Ingénieur, traité Génie électrique
P
O
U
Limiteurs supraconducteurs R

par Yves BRUNET


E
et
Professeur à l’Institut national polytechnique de Grenoble
Pascal TIXADOR
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Centre national de la Recherche scientifique CRTBT/LEG

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