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LMv\ PRESSION PLASTIQUE NOUVELLE

DANS LA PEINTURE (1)

Bien que l'expression plastique nouvelle soit née sur ne contenait pas l'abstraction de cette apparition. Toutefois
le sol du nord, elle n'est pas complètement « nordique » elle devint bientôt une peinture beaucoup moins « pictu-
de sa nature. L'influence latine y est prépondérante. D'abord, rale » et plus « architecturale ou constructive ». La couleur
ses fondateurs n'étaient pas tous de pur sang nordique, pure apparut, peut-être parce que queiques artistes s'occu-
ensuite l'influence de Paris, centre de réunion des races, est paient aussi de l'intérieur, non dans le sens de décoration,
visible dans cet art. Paris, cette ville qui a vu naître le mais d'une façon plus ou moins constructive par des plans
futurisme et le cubisme, cette métropole qui, malgré des de couleur pures (Van der Leck, Huszar, Van Doesburg).
Cette préoccupation de l'intérieur fut peut-être l'origine
de la chromoplastique néo-plasticienne en architecture.
Il est bien possible que ce relèvement du plan » ait amené
<

les artistes vers l'abstraction de l'apparition naturelle,


mais en ce qui concerne cet effort, d'autres influences sont

à remarquer. D'abord, l'ifluence du cubisme est indéniable.


Ensuite, pendant la guerre, une peinture venant de Paris
se joignit au groupement. C'était une tendance plus ou
moins cubiste encore, mais qui, ayant passé par le lumi-
nisme et divisisme et envisageant l'œuvre cubiste comme
conventions et ses édifices anciens, poussait à l'abstrait par la plus haute peinture, la trouva néanmoins illogique dans
sa vie intense et accelérée aussi bien que par son ambiance ce sens qu'elle était composée d'éléments hétérogènes,
matérielle, influençait également l'art abstrait pur, la nou- c'est-à-dire de formes abstraites et en même temps d'appa-
velle plastique. Car ainsi que, dans celle-ci, l'esprit réfléchi ritions naturelles. Cette tendance n'employait plus ces
du nord et l'esprit clair du sud se font jour. dernières et était déjà arrivée à l'abstraction totale des
Alors que, peu avant la guerre, à Paris le cubisme avait lignes courbes ; elle .s'exprimait par la couleur qui n'était
à son apogée, en Hollande quelques artistes étaient pous-
sés vers une peinture plus appropriée aux surfaces planes
pas encore la primaire et par la ligne droite en ses
deux oppositions principales (Mondrian). Néanmoins elle
du tableau ou du mur ; une peinture plane dans le plan. était encore une peinture trop picturale, parce qu'elle
Néanmoins, cette peinture resta encore naturaliste. Elle cherchait à exprimer un certain volume (déjà réduit) dans
« stylisait » l'apparition naturelle mais cette stylisation le sens du cubisme. Et ce fut seulement de la réunion de
ces deux tendances que successivement mais très rapide-
1) L'art abstrait-réel » et plus tard « le néo-plasticisme »
« ment le moyen d'expression universel, le plan rectangulaire
sont des dénominations de la plastique nouvelle que j'ai de couleur primaire, naquit.
cru utile de fixer afin de mieux définir ma façon person- Au début les différents artistes nommés composaient
nelle d'envisager ce mouvement. Egalement, la nouvelle ce moyen élémentaire sur un fond blanc ou noir. Mais en
plastique en général est connue sous le nom de « la plastique travaillant on arrivait intuitivement à pervevoir que la vraie
pure », et récemment Van Doesburg l'a dénommé « l'élémen- unité du tableau exige une équivalence totale des plans et
tarisme ». du fond, ou, mieux, que l'ancien « fond » du tableau ne doit
pas exister du tout. Ainsi on ne cherchait que
l'équilibre des plans en couleur et d'autres en non-
couleur (blanc, noir et gris). Les deux oppositions
contrariantes et annihilantes (neutralisantes) étaient
mises en équivalence.
Le plan devenu seul moyen plastique est de la
plus haute importance dans la peinture. Le plan sup-
prime la prédaminence de la matière dont l'expression
absolue est en trois dimensions. Toutefois, bien que
dans la nouvelle peinture la troisième dimension vi-
suelle se perde, elle s'exprime par les valeurs et la
couleur dans le plan.
Dans la tendance qui s'était développée à Paris
non seulement l'influence du cubisme est remarquable,
mais aussi celle de Paris même comme ville. Les
plans énormes des bâtiments, souvent colorés par
l'affichage, poussaient également vers la peinture
par plans. C'était une des causes extérieures — au
fond c'était l'esprit du temps nouveau qui se ma-
nifestait dans différents pays et de différentes ma-
nières mais toujours homogènes dans le sens de
l'abstrait.
L'organisation en Hollande du groupement dont
j'ai parlé était l'œuvre de Van Doesburg ainsi que la
fondation de l'organe De Styl » (Le Style). Le grou-
«
pement contenait non seulement des peintres mais
aussi quelques architectes qui suivaient la même voie
(Oud, Van t'Hoff, Rietve]d,\\'iJs). Néanmoins. la plas-
tique nouvelle, donc la nouvelle esthétique, est née
de la peinture, et cela, peut-être, parce que celle-ci
pouvait se concentrer sur le plan et qu'elle est plus
libre que l'architecture.
La revue De Styl s'occupait également de la litté-
rature, du théâtre, de la musique. Elle rapproche du
groupement d'autres artistes, qui avaient évolué,
même dans d'autres pays, vers l'art abstrait par
des voies différentes. D'abord le sculpteur-
peintre Vantongerloo, beaucoup plus tard
Domela (dans la peinture par la voie du
constructivisme) et en architecture van
Eesteren.
Il importe peu de savoir dans quelle
mesure le groupement De Styl, comme
groupement « existe encore : un style
(i

nouveau est né, une nouvelle esthétique


est créée, et on n'a qu'à le comprendre
et... à travailler.
L'abstraction de l'apparition naturelle,
commencée par le cubisme, l'exclusion de
la troisième dimension (visuelle, perspec-
tive) et l'emploi de la couleur pure, même
du moyen d'expression-plastique universel,
ne contenait que l'abolition partielle de
l'ancienne peinture. Aussi la composition
à la façon de l'apparition naturelle devait
être quittée dans la peinture pour qu'elle
soit une peinture vraiment nouvelle.
Un travail continu amenait le groupe-
ment à une composition exclusivement
basée sur l'équilibre des rapports purs.
sortant de l'intuition pure par l'union de la
sensibilité approfondie et de l'intelligence
supérieure. Bien que ces rapports se for-
ment dans la nature et dans notre esprit
suivant les mêmes lois principales et
universelles, de nos jours, l'œuvre d'art
se manifeste d'une autre façon que la
nature. Parce que de nos jours dans
l'œuvre d'art il faut tâcher d'exprimer
seulement ce qui est essentiel de la
nature, et, de l'homme, uniquement ce
qui est universel. L'expression individuelle,
issue de notre nature, apparait déjà là.
Ainsi des lois nouvelles se font jour. Par
exemple, dans l'œuvre de l'art nouveau, la
répétition que l'on observe dans l'apparition naturelle est fait de faire de l'art abstrait on ne dépasse pas la limite
annihilée. La composition nouvelle repose sur des oppo- de la plastique, on n'aboutit pas à l'abstraction pure, c'est-
sitions permanentes, contrariantes et neutralisantes. La ligne à-dire sur le terrain de la pensée. L'art abstrait s'exprime
en est droite, et toujours dans ses deux oppositions princi- par une image des plus concrètes—parla forme la plus réduite
pales, qui forment l'angle droit, expression plastique de ce et élémentaire.
qui est constant. Et les rapports de dimension sont toujours Par sa nature universelle, la nouvelle plastique se mani-
basés sur ce rapport de position principale. Ainsi, la nou- festera comme peinture, sculpture, architecture, musique,
velle plastique est un « équivalent » de la nature et l'œuvre (quand les moyens d'expression en seront trouvés) et créera,
d'art n'a plus de ressemblance visuelle avec l'apparition dans l'avenir, une société plus équilibrée où la matière et
naturelle. l'esprit seront en équivalence.
Toutefois, c'est une grande erreur d'envisager l'œuvre P. MONDRIAN.
néo-plasticienne comme l'abstraction totale de la vie. Parce
que, précisément par ses rapports et ses moyens plastiques Collaborateurs à la revue De Styl étaient E. A. Kiesler
purs, elle peut l'exprimer d'une façon plus intense. Parle (théâtre), Antheil (musique), Kok, Bonset et Arp (poésie).

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