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PRESSES UNIVERSITAIRES DE BRUXELLES

Biologie générale
UNIVERSITÉ LIBRE DE BRUXELLES

Volume 1

Martine VERCAUTEREN
Gisèle VAN DE VYVER

D/2006/0098/292
7e édition – Tirage 2015-16/10
BIOL-F-101_A

En application de l’article 23 du Décret du 31 mars 2004, l’auteur consent à mettre son support de cours obligatoire
àConformément
la disposition àdes étudiants
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1994, modifiée par Toute
la loi dureproduction,
22 mai 2005, communication au public,
sur le droit d'auteur, commercialisation
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ou autre forme d’exploitation de ce fascicule est interdite et pourra faire l’objet de poursuites disciplinaires,
partielle ou totale du contenu de cet ouvrage –par quelque moyen que ce soit– est formellement
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VERCAUTEREN Martine Biologie générale

La Biologie est un univers vaste et passionnant qui ouvre sans cesse de nouvelles perspectives
et où de nombreuses découvertes nous attendent encore.

Je tiens à remercier tout particulièrement le professeur Gisèle Van de Vijver pour son aide
précieuse, sa disponibilité et son enthousiasme communicatif dans l’enseignement de la
Biologie.

Martine Vercauteren

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PREAMBULE

Objectifs du cours

Le cours de Biologie générale de 1ère année a pour objectif de fournir aux étudiants une
initiation aux concepts fondamentaux de la biologie actuelle : fonctionnement de la cellule,
structures des êtres vivants. Il souligne les caractères communs à tous les êtres vivants à
travers leur diversité et montre à l'aide d'exemples comment des notions acquises à partir de
modèles biologiques simples peuvent être étendues à des organismes complexes.
La théorie de l'évolution en constitue le fil conducteur.

Contenu du cours

Définition de la vie et origine des êtres vivants.


Notions fondamentales de biologie générale (molécules du vivant, synthèse des protéines,
rôles et fonctions des acides nucléiques, divisions cellulaires, ...).
Organisation cellulaire chez les procaryotes et les eucaryotes.
Organisation du matériel génétique: codage, régulation et transfert de l'information
biologique.
Applications des techniques scientifiques et réflexions bioéthiques.
Génétique mendélienne et génétique évolutive (génétique des populations et mécanismes
génétiques de l'évolution).
Hiérarchie de l'organisation biologique (virus, procaryote, eucaryote et pluricellularité).
Principales voies métaboliques.
Les espèces: définition, mécanismes d'apparition, méthodes de classification et diversité.

Travaux pratiques de laboratoire

Les travaux pratiques de laboratoire servent de base concrète à divers chapitres du cours
théorique et ont lieu au second semestre.
Les étudiants sont tenus de préparer chaque séance à l'aide des notes de travaux publiques
présentant la séance et les protocoles expérimentaux. À la fin de chaque séance, ils doivent

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rédiger un rapport qui rend compte de leurs observations (dessins légendés, brefs
commentaires, ...). Une introduction a lieu en début de chaque séance.

Séminaires et exercices

Les séminaires et séances d'exercices sont destinés à favoriser la compréhension et


l'assimilation du cours théorique. Ils consistent essentiellement en séance d'exercices de
génétique et en projections de films vidéo.

Ouvrages conseillés :

« Biologie » N.A. Campbell & J.B. Reece. éd. De Boeck.


« Biologie générale » P. Van Gansen & H. Alexandre. éd. Masson.
“Evolution biologique” M. Ridley. éd. De Boeck
« Dico de Bio » R. Foret. éd. De Boeck.

Guidance

Des séances d’aide personnalisée, appelées guidance, sont organisées avant les examens.
Les horaires sont affichés aux valves.
Cette activité, destinée à aider les étudiants qui connaissent des difficultés d’adaptation et/ou
de compréhension de la matière est conçue suivant une structure très souple qui permet soit de
réviser certains sujets difficiles, soit de répondre à des questions précises.
Les étudiants y sont accueillis sans rendez-vous préalable, soit à titre individuel, soit par petits
groupes.
La guidance revêt une importance toute particulière, dès la fin du premier semestre. En effet,
une aide ponctuelle mais précoce est sans aucun doute un moyen efficace pour éviter un
découragement prématuré qui risque de conduire à la perte d’une année.

Martine Vercauteren
Août 2006.

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SOMMAIRE

CHAPITRE I

DEFINITION et ORIGINE des ETRES VIVANTS

CHAPITRE II

BASES MOLECULAIRES de L’HEREDITE

CHAPITRE III

ORGANISATION du MATERIEL GENETIQUE

CHAPITRE IV

MITOSE, MEIOSE et SEXUALITE

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CHAPITRE I

DEFINITION et ORIGINE des ETRES VIVANTS

1.1 Composition chimique des êtres vivants


1.1.1 Les atomes
1.1.2 Les molécules biologiques
A. Les sucres
B. Les lipides
C. Les acides aminés
D. Les nucléotides

1.2 Cellule procaryote et cellule eucaryote


1.2.1 Cellule procaryote
A. La paroi bactérienne
B. La capsule
C. La membrane plasmique
D. Les ribosomes
E. L’ADN bactérien
F. L’hyaloplasme
G. Autres « organites »
1.2.2 Cellule eucaryote

1.3 L’origine de la vie


1.3.1 Evolution prébiotique
1.3.2 Evolution biologique
1.3.3 Exemple de calendrier universel

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CHAPITRE I : DEFINITION ET ORIGINE DES ÊTRES


VIVANTS

1.1. COMPOSITION CHIMIQUE DES ETRES VIVANTS

(voir tableaux tirés de « Biologie générale »)

1.1.1. Les atomes

Les êtres vivants sont constitués principalement des quatre éléments chimiques (ou atomes)
suivants : l'Hydrogène (= H : 60 %) ; l'Oxygène (= O : 25,5 %) ; le Carbone (= C : 10,5 %) ;
l'Azote (= N : 2,42%).

Outre l'H, le C, l'N et l'O, on trouve aussi dans les cellules vivantes des atomes comme le
Sodium, le Magnésium, le Phosphore, le Soufre, le Chlore, le Potassium, le Calcium et le Fer,
mais en quantité beaucoup moins importante (ex. : Fer : 0,00059 %).

Ces atomes s'unissent pour former des molécules.

1.1.2. Les molécules biologiques

Elles sont regroupées dans 4 grandes classes :

1. Sucres "architecture" de la cellule et stockage de


l'énergie
2. lipides ou corps gras

3. acides aminés conservation, transcription et traduction de


l'information génétique
4. nucléotides

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A. Les sucres (ou glucides)

a. Sucres simples = formule générale : n atomes de Carbone


2n atomes d'Hydrogène
n atomes d'Oxygène

ex. : le ribose possède 5 atomes de C,


10 atomes d'H et 5 atomes d'O :

b. Polymères = Les sucres simples peuvent se condenser les uns à la suite des autres et former
de longues chaînes ou macromolécules : les polysaccharides.

Sous forme de polymères de glucose, ils constituent une réserve d’énergie chez les animaux
(glycogène) et les végétaux (amidon).

Les polysaccharides interviennent aussi dans la constitution des parois des cellules végétales
(cellulose), bactériennes (peptidoglycanes) ou encore dans le tégument de certaines cellules
animales (chitine).

B. Les lipides

Les lipides sont formés des 3 mêmes éléments que les glucides : C, H, O (avec une proportion
beaucoup plus faible d’oxygène cependant) auxquels s’ajoutent parfois N et P. Ce sont des
composés chimiquement hétérogènes, regroupés en raison d’une caractéristique commune
importante : ils ont peu ou pas d’affinité pour l’eau. Ceci s’explique par le fait qu’ils sont
constitués, en majeure partie, de liaisons non polaires Carbone-Hydrogène.
Parmi les principaux lipides, on peut citer les acides gras, les triglycérides, les graisses, les
phosphoglycérolipides et les stéroïdes.
Les graisses sont des macromolécules formées d’une petite molécule de glycérol, liée avec 1 à
3 acides gras possédant une chaîne carbonée plus ou moins longue.
Les phosphoglycérolipides ressemblent aux graisses mais possèdent deux acides gras au lieu
de trois. Le 3ème atome de carbone du glycérol est lié à un groupement phosphate porteur de
charges négatives.
Ces macromolécules manifestent un comportement ambivalent à l’égard de l’eau : leurs
queues, formées d’hydrocarbures, sont hydrophobes tandis que le groupement phosphate
forme une tête hydrophile.

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Les stéroïdes sont caractérisés par un squelette carboné formés de 4 cycles accolés.
Le cholestérol – une composante courante des membranes cellulaires animales – est un
stéroïde important.

Les lipides sont partie intégrante des structures membranaires des êtres vivants, en particulier
sous forme de phospholipides.
D’autre part, ils constituent fréquemment des réserves alimentaires et énergétiques tant chez
les animaux (graisses animales) que les plantes (huiles végétales).
Enfin, il existe d’autres familles de lipides dont les cires et certains pigments végétaux et
animaux.

C. Les acides aminés

Formule générale :
COOH

NH2

soient :- une fonction acide (COOH),


- une fonction azotée (NH2) et
- un radical variable (R)

Il existe 20 acides aminés (voir tableau).

Les acides aminés peuvent se lier les uns aux autres et former de plus ou moins longues
chaînes : les protéines. Avec 20 acides aminés, le nombre de combinaisons possibles est
presque infini.

D. Les nucléotides

Formule générale : phosphate sucre

Base

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Ex. ATP = substance énergétique qui se trouve dans les mitochondries :

P3O9 ribose

adénine

Les nucléotides peuvent s'enchaîner les uns derrières les autres et former de très longues
macromolécules : les acides nucléiques (ARNs, ADN, ...)

Formule générale :

... phosphate – sucre – phosphate – sucre – phosphate – sucre ...

base base base

Ex. Acide Désoxyribo Nucléique = ADN (ou DNA)

L’ADN est un copolymère de 4 nucléotides (double hélice de Watson et Crick), sorte


d'échelle de corde dont les montants sont formés par la succession d'un sucre (désoxyribose)
et d'un phosphate et dont les barreaux sont formés de deux bases reliées entre elles.
(Voir figure).

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1.2. STRUCTURE GENERALE D’UNE CELLULE PROCARYOTE ET


D’UNE CELLULE EUCARYOTE

Les cellules vivantes se subdivisent en deux grands ensembles : les cellules procaryotes
apparues sur terre il y a 3,8 milliards d’années et les cellules eucaryotes, c’est-à-dire pourvue
d’un noyau, qui ne sont apparues qu’environ 1,5 milliards d’années plus tard.

1.2.1. Cellule procaryote

Les procaryotes regroupent la majorité des bactéries actuelles.

Dans les cinquante dernières années, les bactéries sont devenues un outil extrêmement
performant pour l'étude expérimentale de la biologie cellulaire ou moléculaire et de la
génétique. C'est ce dernier point que nous envisagerons essentiellement.

Remarque :
Le tableau I présente quelques chiffres relatifs à l'abondance normale des bactéries dans le
monde qui nous entoure. Les données marquées d'un astérisque sont les nombres de germes
vivants autorisés en Belgique pour autant qu'ils ne comportent ni pathogènes, ni témoins de
contamination fécale.
On considère en hygiène que la présence d'E. coli et d'autres bactéries coliformes dans un
milieu témoigne de la contamination de ce milieu par des fèces humaines ou animales.

Sols: 107 à 1010 / g

Eaux : traitées de distribution < 100 / ml *


de distribution de Bruxelles < 30 / ml
potables en général (puits par exemple) < 103 / ml *
traitées de bassin de natation < 100 / ml *
de la Meuse à Waulsort 3.103 / ml
de mer peu polluée 104 / ml
de mer polluée > 5.105 / ml

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Aliments : lait stérilisé < 100 / ml *


lait "AA" < 2,5.104 / ml *
lait "A" ou pasteurisé < 105 / ml *
viande hachée 106 / g

Corps humain propre et sain


peau du dos 102 à 103 / cm2
peau des aisselles et du pubis 106 / cm2
fèces: 50% de la masse 1011 / g**

* Concentration légalement autorisée en Belgique.


** Chez un homme adulte de 70kg, le contenu intestinal est d'environ 2kg. Dès lors le nombre de bactéries
présentes est égal à 2.1014. A la naissance, l'intestin est totalement stérile : il est axénique. Mais 2 ou 3 jours
plus tard, il contient déjà 1011 bact/gr.

Tableau I. Abondance normale des bactéries (chiffres communiqués par l'Institut d'Hygiène et d'Épidémiologie).

DESCRIPTION D'UNE BACTERIE

Découverte par Escherich en 1885, la bactérie Escherichia coli (en abrégé E. coli), habitant
régulier, normalement non pathogène du côlon humain, est à l'heure actuelle l'organisme
vivant le mieux connu tant du point de vue de sa composition chimique que de son
métabolisme et de ses propriétés génétiques.
Cette situation résulte de ce que E. coli s'est avéré un matériel de laboratoire particulièrement
favorable et ceci pour plusieurs raisons :
- habitant régulier du côlon humain, les E. coli sont de par le monde, un matériel biologique
dont la source est inépuisable,
- elles se cultivent très aisément au laboratoire et ne sont pas pathogènes,
- on en connaît de très nombreuses souches mutées pour diverses fonctions,
- elles se reproduisent rapidement. En effet dans de bonnes conditions de milieu et de
température, leur temps de génération est de l'ordre de vingt minutes.

L'étude des procaryotes qui va suivre, sera donc largement confondue avec celle d'E. coli.

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E. coli appartient à la famille des Enterobacteriaceae . Ces bactéries, en forme de bâtonnet,


sont de petite taille, 2 µm de long pour 1 µm de diamètre, elles ne forment jamais de spores et
se déplacent à l'aide de filaments flagellés.

Le tableau II, adapté d'après Watson (in Molecular Biology of the Gene 1987) présente un
inventaire de la composition chimique moyenne d'un E. coli en phase exponentielle de
multiplication.

Pourcentage de Masse moléculaire Nombre de Nombre de molécules


Composant
masse totale moyenne molécules différentes

H 2O 70 18 4.1010 1

Ions minéraux 1 40 2,5.108 20


Petites molécules 6 de 120 à 750 3.108 750
organiques

Macromolécules
Protéines 15 4.104 106 2.000 à 3.000
9
DNA 1 2,5.10 4 1
5 6 4
r RNA 5.10 à 10 6.10 3
4 5
t RNA 6 2,5.10 4.10 60
6 3
m RNA 10 10 ~103

Tableau II. Évaluation de la composition chimique d'un E. coli, en phase exponentielle de multiplication.

Ce tableau appelle les commentaires suivants :

a) 70% de la masse totale d'un E. coli est constituée d'eau. Ce pourcentage élevé qui se
retrouve dans la plupart des cellules vivantes s'explique par les propriétés physico-chimiques
de l'eau qui font qu'elle s'avère indispensable au déroulement de la majorité des réactions
biochimiques.
Parmi ces propriétés, nous en retiendrons trois :
- la molécule d'eau est un dipôle qui s'oriente facilement dans un champ électrique externe,
- sa constante diélectrique est élevée, ce qui lui confère un grand pouvoir ionisant. L'eau est
donc un excellent solvant,
- sa chaleur spécifique est élevée (4,184 joules).

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b) Ensemble les ions minéraux (Na+, K+, Ca2+, Mg2+, Cl-, PO43-) et les petites molécules
organiques (acides aminés, acides gras, sucres, purines, pyrimidines) représentent 25% de la
masse sèche. Tout en étant extrêmement nombreuses, ces petites molécules sont peu
diversifiées; il en existerait environ 750 espèces différentes. Ces molécules constituent les
matériaux de synthèse nécessaires au métabolisme cellulaire.

c) Les protéines sont les constituants les plus diversifiés de la cellule. Chez E. coli, on en a
dénombré environ 3000 espèces. Elles représentent de l'ordre de 50% du poids sec.

d) Les acides nucléiques représentent les 25% restants du poids sec. Ils comportent une seule
espèce d'acide désoxyribonucléique (l'ADN), et quelques milliers d'espèces d'acides
ribonucléiques (les ARNs).

e) Les macromolécules biologiques s'associent pour constituer des structures qualifiées


d'organites

Le schéma ci-dessous met en évidence les caractéristiques principales d’une cellule


procaryote à partir d’une bactérie type Escherichia coli.

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A. La paroi bactérienne

Toutes les bactéries sont entourées d'une paroi inextensible constituée de mucopeptides
propres aux procaryotes : les muréines. Les muréines sont des protéoglycanes, c'est-à-dire des
molécules constituées de longues chaînes de polysaccharides liées entre elles de manière
covalente par de courtes séquences peptidiques.
Les chaînes polysaccharidiques de la paroi bactérienne sont des copolymères de deux hexoses
aminés : la N-acétylglucosamine (NAG) et l'acide N-acétylmuramique (NAM) qui forment de
longues chaînes parallèles, pontées entre elles par des tétrapeptides.

La longueur des chaînes glucidiques et la nature des acides aminés qui les lient, sont propres à
chaque souche bactérienne.

En bactériologie, les bactéries sont fréquemment répertoriées selon leur affinité pour un
réactif coloré mis au point par le microbiologiste danois GRAM en 1884.

Les bactéries GRAM+, colorées en violet par le réactif, possèdent une paroi de 10 à 80 nm
d’épaisseur, constituée seulement de muréines. Parmi les bactéries GRAM+, on peut citer les
Staphylococcus, les Streptococcus, les Clostridium...

Les bactéries GRAM-, de loin les plus nombreuses, ne présentent pas d'affinité pour le réactif
de GRAM. Leur paroi comporte outre la couche de muréines, qui est relativement mince (de 6
à 15nm) une couche externe de nature phospholipidique. Cette membrane phospholipidique
possède les caractéristiques fondamentales d’une membrane biologique, mais aussi des
particularités telles que la présence de porines ou canal protéinique permettant la diffusion de
petites molécules et la présence de glycolipides.
Parmi les bactéries GRAM-, on peut citer les Pseudomonas, les Azotobacter, les Escherichia,
les Serratia, les Salmonella...

La paroi bactérienne, quelle que soit sa complexité, constitue pour la cellule un véritable
squelette externe qui oppose une résistance aux liquides contenus dans la cavité qu'elle
délimite. Sa présence explique que chez les bactéries, la pression osmotique, c’est-à-dire la
pression liée à la présence de substances dissoutes, peut atteindre des valeurs s'échelonnant
entre 5 et 20 atmosphères.

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Le pouvoir pathogène de certaines souches bactériennes est fréquemment lié à l'existence de


constituants particuliers de la paroi, spécifiques de ces souches.

Parmi les antibiotiques qui représentent un ensemble très hétérogène de substances produites
au départ par des microorganismes et susceptibles de tuer (ou d'inhiber) le métabolisme
d'autres microorganismes procaryotes, il en existe toute une gamme qui agit directement au
niveau de la paroi des bactéries GRAM+.
Citons à titre d'exemples, les pénicillines produites par une moisissure du genre Penicillium
ou les céphalosporines qui doivent leur caractère antibiotique au fait qu'elles inhibent la
synthèse des muréines de la paroi.
Au contraire, le lysozyme (ou 1,4 b-N acétylmuramidase), qui est une enzyme que l'on trouve
notamment dans les larmes, la salive et les sécrétions muqueuses des mammifères, doit ses
propriétés bactéricides à ce qu'il hydrolyse le lien glycosidique entre le carbone-1 de l'acide
N-acétyl muramique et le carbone-4 du N-acétylglucosamine des muréines.

Remarque :
Il est intéressant de noter que la majorité des antibiotiques naturels sont produits par des
bactéries vivant dans le sol et appartenant au genre Streptomyces.

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B. La capsule ou glycocalyx

Dans des conditions naturelles, de nombreuses bactéries sont couvertes par une enveloppe
muqueuse extérieure à la paroi : la capsule ou glycocalyx.
Les constituants de cette enveloppe peuvent comporter des carbohydrates complexes (ex.: le
dextrane), des acides organiques (ex.: acide hyaluronique) ou encore des protéines riches en
un acide aminé bien particulier : l'acide glutamique.
Grâce à leur capsule, les bactéries peuvent se fixer :
- à des surfaces inertes telles les dents (plaque dentaire) ou les rochers qui tapissent le lit
d'une rivière ou d'un torrent
- à des cellules eucaryotes. Le caractère pathogène des bactéries Streptococcus pneumoniae
par exemple, est lié à l'existence d'une capsule polysaccharidique qui tout à la fois leur
permet de se fixer aux cellules pulmonaires et les protège contre la phagocytose par les
macrophages de l'organisme infesté
- à d'autres bactéries. Les capsules qui entourent certaines bactéries peuvent fusionner et
former une enveloppe commune à toute la colonie. Cette situation est caractéristique de la
plaque dentaire.

C. La membrane plasmique

Structure
Du point de vue chimique, toutes les biomembranes et donc la membrane plasmique sont
composées de protéines et de phospholipides complexes.
Les phospholipides sont des molécules amphiphiles et asymétriques présentant une extrémité
polaire, donc hydrophile, prolongée par deux longues chaînes aliphatiques fortement
hydrophobes.
En phase aqueuse, de tels lipides s'organisent spontanément soit en micelles sphériques, soit

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en bilames de manière à minimiser au maximum les contacts entre ces chaînes et l'eau.

Les bicouches lipidiques sont des structures fluides d’une souplesse presque illimitée au sein
desquelles les molécules de lipides peuvent se déplacer librement dans le plan de la bicouche
et créer à peu près n’importe quelle configuration sans perdre leur cohésion structurale.

Les bicouches ont une tendance intrinsèque à se refermer spontanément sur elles-mêmes.
Elles doivent à cette propriété leur pouvoir de s’unir par fusion et de se diviser par fission,
tout en conservant la forme de vésicules fermées.

Observée au microscope photonique, la membrane plasmique apparaît comme une simple


ligne. En microscopie électronique, notamment après avoir été contrastée au Os O4-, elle
apparaît formée d'une couche claire de 3,5nm, incluse entre deux assises opaques de 2nm
chacune.

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Selon Danielli (1935), cet aspect stratifié de la membrane -dite membrane unitaire--
correspond à une bilame figée et continue de phospholipides enveloppée extérieurement et
intérieurement par une assise de protéines.
Si le schéma de Danielli rend effectivement compte des observations microscopiques et de la
faculté qu'ont les phospholipides de s'organiser en bilames, en revanche il ne tient pas compte
du fait que la présence d'une couche continue de phospholipides autour de la cellule freine
considérablement le passage de l'eau et des substances hydrosolubles. Or ce passage est
essentiel pour le déroulement du métabolisme cellulaire.

Le modèle en mosaïque fluide, proposé par Singer et Nicolson en 1972 présente l'avantage de
tenir compte des fonctions d'échange de la membrane. Selon ces auteurs, la membrane
plasmique est un système dynamique, dans lequel d'une part les phospholipides qui assurent
l’intégrité physique de la membrane et forment une barrière contre le passage de nombreuses
molécules hydrophiles et d’autre part les protéines, sont animés de mouvements. Les
phospholipides tournent rapidement autour de leur axe et changent latéralement de place avec
leurs voisins en moyenne 107 fois par seconde. Par contre, ils ne basculent pratiquement
jamais d'une lame à la lame opposée. De très nombreuses protéines dérivent dans cet "océan"
de phospholipides, où elles peuvent se disperser de façon aléatoire ou au contraire se
rassembler en divers endroits. Ces protéines sont soit des transporteurs, soit des récepteurs de
signaux.

Les protéines membranaires sont soit intégrales, ce qui signifie qu'elles traversent la bilame de
part en part une ou plusieurs fois, soit extrinsèques, c'est-à-dire partiellement insérées dans la
bilame.

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D. Les ribosomes

Les ribosomes sont des organites essentiels à tous les types cellulaires parce qu'ils sont le
siège de la synthèse des protéines.
Ce sont des particules subsphériques, formées d'une petite et d'une grosse sous-unités et
constituées pour 60% environ d'ARN et 40% de protéines.
Les ribosomes des procaryotes sont essentiellement semblables à ceux des eucaryotes, mais
ils sont plus petits. Chez E. coli, ils mesurent environ 20 nm, leurs constantes de
sédimentation sont respectivement de 70S pour le ribosome complet, 30S pour la petite sous-
unité et 50S pour la grande. La sous-unité 30S comprend 21 protéines et un ARN dont le
coefficient de sédimentation est de 16S; la sous-unité 50S comprend 34 protéines et deux
ARN dont les coefficients de sédimentation sont respectivement de 23S et 5S. Dans une
cellule procaryote, on en dénombre de 20 à 30.000. Certains d'entre eux sont libres et inactifs.
Ceux qui sont véritablement le siège de la synthèse des protéines sont groupés en courtes
chaînettes appelées : polysomes.

Caractéristiques des ribosomes de procaryotes

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E. L'ADN bactérien

Comme nous l'avons vu précédemment, les procaryotes ne possèdent pas de noyau délimité
par une enveloppe propre. Le centre de la cellule est toutefois occupé par une molécule géante
bicaténaire d'ADN annulaire, fortement pelotonnée sur elle-même et fixée au moins en un
point à la membrane plasmique. Certains auteurs qualifient cette région de nucléoïde. Chez E.
coli, la molécule d'ADN est longue de 1mm, son diamètre est de 2nm.
Chacun des brins de cette molécule comporte de l'ordre de 3.106 nucléotides.
La polymérisation des nucléotides se réalise entre le groupe phosphate attaché au carbone 5’
d’un nucléotide et le carbone 3’ du nucléotide suivant. Il en résulte que :
la liaison internucléotidique est de type 5’ – 3’
cette liaison confère une polarité aux acides nucléiques (ils ont une extrémité 5’ et une
extrémité 3’)
le squelette de la chaîne comporte une alternance de sucres pentoses et de phosphates liés
les uns aux autres par des liens covalents (phosphodiesters)
les bases azotées fixées sur le carbone 1’ forment les bras latéraux de cet édifice
moléculaire.

F. L'hyaloplasme

C'est toute la partie du contenu de la bactérie qui ne présente pas de structure visible en
microscopie électronique. Il consiste en une solution très complexe de petites molécules et
d'ions, et aussi de grosses molécules, notamment de protéines enzymatiques et de
ribonucléotides.

G. Autres organites

Nous citerons pour mémoire quelques organites dont le rôle est important pour certaines
bactéries, mais qui font totalement défaut chez d'autres.

Les flagelles. Certaines bactéries possèdent une ou plusieurs expansions filiformes qui leur
permettent de se mouvoir. Ces flagelles bactériens sont beaucoup plus fins et plus simples que
ceux des cellules eucaryotes. Ils sont constitués d'une protéine contractile: la flagelline et
arrimés dans la cellule au niveau d'un corps basal. Ils ne sont pas délimités par une
évagination de la membrane plasmique. Leur diamètre varie de 10 à 20 nm.

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Les pili. Ce sont des expansions tubulaires rigides constituées d'une protéine: la piline.
Comme les flagelles bactériens, les pili ne sont pas entourés par une évagination de la
membrane plasmique. Certains pili sont impliqués dans la conjugaison bactérienne, tandis que
d'autres, de loin plus nombreux, participent à l'adhérence de la bactérie à divers substrats.

Les chromatophores. Ce sont des invaginations de la membrane plasmique qui forment des
saccules ou des empilements lamellaires et qui contiennent en particulier les pigments
chlorophylliens présents dans les bactéries autotrophes ou photosynthétiques.

Les plasmides. Ce sont de petites molécules d'ADN annulaires qui portent un nombre limité
de gènes et dont la réplication est indépendante de celle de l'ADN principal.
Les gènes responsables de la conjugaison (F) et de la résistance aux antibiotiques (R) sont
presque toujours portés par de tels plasmides.
Certains plasmides sont susceptibles de s'intégrer dans l'ADN principal ou de s'en exciser
selon les circonstances. Par ailleurs, ils peuvent passer par conjugaison dans une bactérie
étrangère, même si celle-ci appartient à une autre espèce.
Cette faculté de transférer de l'ADN d'une bactérie à l'autre, fait des plasmides un outil
essentiel de la génétique moléculaire. Toutefois, il faut noter que cette même propriété peut
devenir un fléau, lorsque dans des conditions naturelles (exemple : au sein de la flore
intestinale) les gènes R se propagent au sein d'une population bactérienne. Dans ce cas, les
antibiotiques deviennent inopérants contre ces populations.

1.2.2. Cellule eucaryote

La plupart des cellules eucaryotes sont beaucoup plus grosses que les cellules procaryotes ;
elles contiennent une grande variété d’organites limités par une membrane dont le noyau.

Le réseau intracellulaire de membranes se compose de l’enveloppe nucléaire, du réticulum


endoplasmique, de l’appareil de Golgi, des lysosomes, des peroxysomes, de divers types de
vacuoles et de la membrane plasmique (qui n’est pas une membrane interne mais qui est reliée
aux autres membranes internes).
L’étude de ces structures fera l’objet d’un chapitre ultérieur.

De plus, une ossature de fibres protéiques, le cytosquelette, qui s’étend à travers le cytoplasme
donne sa forme à la cellule.

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1.3. ORIGINE DE LA VIE

Qu'est-ce que la vie ?

L'origine de la vie et plus particulièrement l'origine de l'homme sont des énigmes qui
préoccupent l'homme depuis la nuit des temps et cependant même à l'heure actuelle, il est
impossible de donner au concept "vie" une définition scientifique précise.

Pendant des siècles, la vie a été comprise comme une propriété particulière, unique, présente
dans des êtres matériels qu'elle transforme en êtres vivants.
Un des grands acquis du XIXème siècle est certes d'avoir mis en évidence le fait que les êtres
vivants ne sont pas caractérisés par un attribut particulier, mais bien par un ensemble de
caractères dont aucun pris séparément ne suffit à distinguer l'être vivant du monde minéral.

Ce sont en effet, les mêmes matériaux (c'est-à-dire les mêmes atomes) et les mêmes lois
physico-chimiques qui sont à la base de l'édification des deux règnes.

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En schématisant un peu, on peut caractériser la vie par trois propriétés :


1. les organismes vivants établissent des échanges contrôlés avec le milieu (métabolisme),
2. pour assurer ce métabolisme, ils consomment de l'énergie,
3. ils s'autoreproduisent.

Selon Christian de DUVE : vivre signifie la capacité d’un système de se maintenir dans un
état éloigné de l’équilibre, de croître et de se multiplier avec l’aide d’un flux continu
d’énergie et de matières fournies par l’environnement.

Pour satisfaire la définition ci-dessus, tout système vivant doit pouvoir


1. élaborer ses propres constituants à partir de matériaux disponibles dans
l’environnement,
2. extraire de l’énergie du milieu environnant et la convertir dans diverses formes de
travail qu’il doit accomplir pour rester en vie,
3. catalyser les nombreuses réactions nécessaires à ses activités,
4. informer ses processus biosynthétiques d’une manière telle que sa reproduction précise
soit garantie,
5. s’isoler de manière à conserver un contrôle strict sur ses échanges avec l’extérieur,
6. exercer sur ces activités une régulation telle que son organisation dynamique soit
maintenue en dépit de variations du milieu,
7. se multiplier.

1.3.1. Evolution prébiotique

Il y a 5.109 années, un nuage cosmique se condense en une étoile : le soleil.


Par diverses explosions, le soleil a donné neuf planètes dont la terre qui diffère de toutes les
autres parce que l'eau s'y trouve à l'état liquide et qu'elle possède une atmosphère gazeuse.

La formation de la terre remonte à environ 4,6.109 années, tandis que les fossiles les plus
anciens sont vieux de 3,8.109 années. Des microfossiles ont été clairement identifiés dans des
terrains vieux de 3,8.109 années, notamment à Barbeton en Afrique du Sud.

Ce délai entre la formation de la terre et l'apparition de la vie, laisse préjuger d'une phase
intermédiaire, qualifiée d'évolution prébiotique.

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L'évolution prébiotique peut être comprise comme une évolution physico-chimique portant
sur la structuration et la complexification des molécules suivant le schéma :

particules élémentaires atomes molécules monomères polymères


(ou macromolécules) systèmes plurimoléculaires protobiontes.

Ce schéma avait déjà été envisagé par Darwin qui dès 1871 avait énoncé l'hypothèse d'un
passage progressif du non-vivant au vivant.

A l'heure actuelle, les composés organiques essentiels à la vie tels les


sucres - lipides (matériaux énergétiques)
protéines (matériaux de construction + catalyseurs)
acides nucléiques (matériel informatique)
sont exclusivement fabriqués par des êtres vivants. Comment donc, ont-ils pu apparaître en
leur absence ? A première vue, on se trouve devant le paradoxe de l'œuf et de la poule.

Compte tenu de l'absence de fossiles et des modifications fondamentales de l'environnement,


dues notamment à la présence de la vie, l'évolution prébiotique est difficile à étudier.
Les moyens d'étude sont limités à la simulation expérimentale et théorique et à l'examen de
témoins privilégiés, tels les météorites ou les molécules de l'espace. C'est ainsi que l'on a pu
montrer que la météorite de Murchison, tombée en 1969 près de Murchison dans le désert
australien contenait les 20 acides aminés naturels, c'est-à-dire les acides aminés propres à la
matière vivante.

L'analyse chimique par spectroscopie de l'espace a révélé la présence de toute une gamme de
molécules carbonées, telles :

HC C - C C - C C-C C-H
CH3 OH
C2H5 OH
CH3 CH2 CN

Les biomonomères : première hypothèse d'Oparine

Presque simultanément dans les années 20, le savant russe Oparine (1924) et l'anglais Haldane
(1929) insistent sur le fait que les conditions qui régnaient à la surface de la terre lors de sa
formation devaient être très différentes des conditions actuelles.

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Ils supposent que l'atmosphère primitive, provenant de la dégazéification du noyau terrestre


devait contenir essentiellement des molécules du type : H20, CO, CO2, H2, SO2, H2S, CH4,
NH3.

Cette atmosphère, ne contenant pas d'oxygène moléculaire, n'était pas oxydante comme celle
qui existe aujourd'hui. En outre, aucun écran d'ozone ne protégeait la terre contre les
radiations solaires ultraviolettes.
L'hypothèse d'Oparine prévoit que l'atmosphère primitive bombardée par le rayonnement
énergétique intense provenant du soleil aurait pu donner naissance à une grande quantité de
molécules organiques, comme par exemple :

H
\
H-C N C=O
/
H
cyanure d'hydrogène formaldéhyde

En solution, ces molécules simples réagissant rapidement, auraient pu donner des molécules
plus complexes telles que des acides aminés, des sucres, des nucléotides et des acides gras.

Cette hypothèse permettait d'imaginer que des molécules organiques aient pu se former en
dehors des êtres vivants et que, étant donné l'absence d'O2, elles auraient pu s'accumuler sans
être détruites par oxydation.

L'expérience de Miller

Ce n'est qu'en 1953 qu'une preuve expérimentale est venue appuyer l'hypothèse d'Oparine.
L’expérience réalisée par Stanley Miller à l’Université de Chicago a consisté à simuler dans
un ballon de laboratoire les conditions qui devaient exister dans l’atmosphère primitive. Le
mélange gazeux qui comportait entre autres de la vapeur d’eau, de l’hydrogène de
l’ammoniac et du gaz carbonique a été bombardé de décharges électriques pendant une
semaine. Au terme de l’expérience, de nombreux composés organiques de faible poids
moléculaire tels que l’acide formique, l’urée et divers acides aminés s’étaient formés.

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La synthèse d'acides aminés, dans des conditions abiotiques a une signification toute
particulière, car les acides aminés sont les éléments constitutifs des protéines.
Dès l'expérience de Miller donc, la preuve est faite que des molécules organiques peuvent être
synthétisées en dehors des êtres vivants.

Le tableau ci-dessous compare la nature et la concentration relative des acides aminés


identifiés dans la météorite de Murchison et dans l'expérience de Miller.

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Plus tard, d'autres chercheurs en perfectionnant l'expérience (par exemple en utilisant comme
source d'énergie, les radiations ionisantes d'un cyclotron) ont obtenu des substances plus
complexes, telles des purines, des pyrimidines, des sucres et même de l'ATP.
Toutes ces petites molécules sont des biomonomères, c'est-à-dire les éléments constitutifs des
macromolécules biologiques.

Les biopolymères

En toute logique, l'étape suivante de l'évolution chimique a dû être la copolymérisation de


certains de ces monomères organiques dans un environnement pauvre en eau, sous l'effet de la
chaleur et des radiations énergétiques.

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Sidney Fox a découvert qu'en chauffant un mélange anhydre d'acides aminés, il obtenait des
proténoïdes, c'est-à-dire des molécules proches des protéines et formées d'une centaine
d'acides aminés (PM > 10.000 daltons).

Aux températures qu'il utilisait (~ 60°C) l'eau libérée par la condensation s'évaporait
rapidement, évitant ainsi que les protéinoïdes ne s'hydrolysent à nouveau en acides aminés

D'autres chercheurs ont découvert que l'argile et la lave favorisent la polymérisation. En effet,
l'argile peut adsorber de nombreux types de monomères augmentant de ce fait leur
concentration locale. La polymérisation se produit facilement si on laisse sécher l'argile, puis
qu'on la chauffe et ceci sans l’intervention d’enzymes.

Remarques

1) Les chaînes peptidiques courtes sont assez instables et ont tendance à s'hydrolyser en
acides aminés quand elles sont en solution. Au contraire les chaînes plus longues
demeurent intactes car elles sont stabilisées par des interactions entre différentes parties
de la molécule.

2) Certains proténoïdes présentent des propriétés semblables à celles des enzymes : ils
peuvent par exemple catalyser des réactions chimiques et sont dénaturés par la chaleur.
Ces éléments suggèrent que des molécules semblables aux enzymes et essentielles à la
vie, pourraient avoir été produites sur terre avant l'existence d'êtres vivants.

3) L'absence d'O2 dans l'atmosphère primitive aurait permis la conservation de ces


polymères.

4) La capacité d'autoreproduction qui est probablement apparue dans certains de ces


complexes macromoléculaires prébiologiques a dû conférer à ces derniers un avantage
sélectif considérable.

5) Aujourd’hui les cellules stockent leur information génétique sous forme d’une molécule
autoréplicative : l’ADN transcrite en ARN. On pense que les premières molécules
autoréplicatives ont du être de courtes séquences d’ARN capables de se répliquer sans
intervention enzymatique. Cette hypothèse s’appuie sur des expériences de laboratoire.
Parmi ces molécules, certaines sont dotées d’un meilleur potentiel de réplication que
d’autres ce qui signifie que leur fréquence augmente progressivement au sein de la
population moléculaire.

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6) Ces molécules autoréplicatives ont pu « évoluer » par mutation et donc donner prise à la
sélection naturelle.

Les protobiontes : deuxième hypothèse d'Oparine

Toute cellule vivante est une unité discrète, siège de réactions rigoureusement ordonnées dans
l'espace et dans le temps, toujours séparée de son milieu par un système de membranes.
Or certains polymères placés dans l'eau peuvent s'agréger pour former des structures
complexes et notamment des gouttelettes microscopiques.

Se basant sur ces propriétés, Oparine a émis l'hypothèse que la vie a dû apparaître dans des
gouttes microscopiques complexes, séparées du milieu par une membrane protectrice. En
effet, ces gouttes :
1) forment des structures qui ressemblent à une membrane cellulaire.
2) peuvent accumuler des petites molécules de leur environnement en concentrations
relativement élevées et catalyser des réactions internes.
3) ont comme les cellules vivantes une structure interne délimitant des zones aqueuses, des
zones hydrophobes, des zones frontières qui fournissent des sites adéquats pour des
activités chimiques distinctes.

L’émergence de la vie résulte d’interactions moléculaires complexes, et notamment entre des


molécules autoréplicatives et des protéines. Ces interactions se réalisent d’autant mieux
qu’elles se produisent en milieu confiné, c’est-à-dire dans un environnement qui les rapproche
et les place dans une solution qui peut être différente du milieu extérieur.
Ces agrégats moléculaires entourés d’une membrane sont appelés « protobiontes ».
Des expériences de laboratoire ont montré que des protobiontes peuvent se former
spontanément à partir de constituants organiques.
Certains protobiontes sont entourés de membrane à perméabilité sélective, présentant un
potentiel de membrane (source d’énergie). Si des enzymes sont inclus dans le protobionte, ces
agrégats moléculaires peuvent présenter un début de métabolisme. Ils prélèvent des éléments
dans le milieu extérieur et larguent les produits des réactions.

Si l'hypothèse d'Oparine suggère que des polymères organiques peuvent s'associer et interagir
dans des unités particulaires isolées, il n'en est pas moins vrai qu'un protobionte reste
fondamentalement différent d'une cellule vivante, si primitive soit-elle.

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Les systèmes prébiotiques sont parvenus au seuil de la vie par une sélection chimique, c'est-à-
dire un mécanisme analogue à la sélection naturelle, mais qui s'applique aux systèmes non
vivants.
A l'origine, la sélection chimique favorisait simplement la longévité. Quand des gouttelettes
se brisaient, leurs composants pouvaient se recombiner avec les débris d'autres gouttelettes et
toute nouvelle combinaison plus ou moins stable survivait.
A mesure que les agrégats s'accumulaient, certains d'entre eux, pourvus d'activités
particulières, commencèrent probablement à survivre à leurs congénères. Tout système qui
acquérait un catalyseur permettant de fabriquer une molécule particulièrement utile, avait un
avantage. Une forte pression de sélection se serait donc exercée en faveur des systèmes
prébiotiques pourvus de catalyseurs de plus en plus nombreux et de plus en plus efficaces. Un
autre type d'avantage aurait résulté de la présence en leur sein de molécules autoréplicatives.

1.3.2. Evolution biologique

Apparition de l'information génétique

Les agrégats macromoléculaires organisés présentent certaines ressemblances structurales et


fonctionnelles avec les cellules modernes mais ils s'en distinguent notamment par le fait qu'ils
ne peuvent s'autoreproduire. Les microsphères peuvent grossir et même produire des
bourgeons, mais rien n'assure la similitude métabolique entre la cellule mère et son bourgeon.

Au contraire dans les cellules vivantes, chaque cellule fille reçoit un assortiment de
l'information génétique qui lui est nécessaire pour fabriquer les mêmes protéines que la
cellule mère.
L'information génétique assure la transmission de génération en génération lors de la division
cellulaire, de la similitude métabolique et fonctionnelle. Toutefois, cette information peut être
altérée ou modifiée. La modification de l'information génétique correspond à l'évolution
biologique.

Apparition de la photosynthèse

Les premiers organismes vivants étaient vraisemblablement des entités monocellulaires de


type bactérie qui se nourrissaient de molécules organiques présentes dans le milieu extérieur.
Ces organismes auraient été des consommateurs de la matière organique, produite notamment

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par les décharges électriques et les UV et non des producteurs; ils sont qualifiés
d'hétérotrophes.

Ces hétérotrophes devaient puiser leur énergie dans la fermentation des molécules organiques
du milieu ambiant. Ils ont donc progressivement appauvri ce milieu tout en y rejetant du CO2 .
Dans ces conditions, les premiers organismes photosynthétiques, libérés de la nécessité d’être
approvisionnés en matière organique et placés dans un milieu riche en CO2 ont bénéficié d’un
avantage sélectif énorme.

L'acquisition de la photosynthèse qui permet aux organismes d'utiliser l'énergie solaire pour
synthétiser des molécules organiques à partir d' H2O et de CO2 a accru considérablement le
potentiel biologique de la planète en créant des organismes dits autotrophes.

En outre, la libération d'oxygène moléculaire sous forme gazeuse liée à la photosynthèse a


profondément modifié la composition de l'atmosphère terrestre.
Sans doute neutre au départ, l'atmosphère en s'enrichissant en O2 est devenue très oxydante,
excluant de la sorte la possibilité de synthétiser de la matière organique en dehors des êtres
vivants.

Cette incapacité s'explique par 2 raisons :


- l'apparition d'une couche d'ozone dans la haute atmosphère qui arrête les UV,
- le fait que si des molécules étaient formées, elles seraient immédiatement détruites par
oxydation.

Mais par ailleurs, le développement d’organismes autotrophes a dû être à l’origine d’une


nouvelle vague d’hétérotrophes, se nourrissant de ces autotrophes.

En résumé : l'apparition de la vie a requis cinq étapes :


1) La formation d'une planète caractérisée par la présence d'eau liquide et d'une
atmosphère gazeuse.
2) La synthèse de biomonomères.
3) La synthèse de biopolymères.
4) La formation et la sélection de protobiontes possédant chacun sa propre identité et sa
propre machinerie chimique.
5) Le développement de systèmes de reproduction tels que les cellules filles possèdent les
mêmes capacités métaboliques que les cellules mères.

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1.3.3. Exemple de calendrier UNIVERSEL

Naissance de l'Univers (Big Bang) 16,5 .109


Naissance de notre galaxie 13 .109
Naissance du soleil 5 .109
Formation de la terre et de la lune 4,6 .109
Formation des plus vieilles roches ignées 4,1 .109
eau liquide
Les 1ères bactéries 3,8 .109
Les 1ères bactéries photosynthétiques 2 .109
Les 1ers unicellulaires eucaryotes 2,2 – 1,4 .109

Les 1ers pluricellulaires marins 700.106


Les 1ers vertébrés (Ostracodermes) 450.106
Les 1ers végétaux vasculaires + insectes ~350.106
Les 1ers mammifères 200.106

Ancêtre commun Homme/Singe ~ 8.106


1ers Hominidés Australopithèques 5.106
1ers Homo sapiens ~200.000 ans
Néolithique 10.000 ans

Remarques :

1) La terre a été peuplée d'organismes vivants pendant les 3/4 de son existence.

2) Pendant les 6/10 de la durée de l'évolution biologique, les bactéries étaient seules
présentes.

3) La géochronologie de la terre a été établie par datation radiométrique (adapté de : Pour


la Science, oct. 1989).

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CHAPITRE II

BASES MOLECULAIRES de L’HEREDITE

2.1 Acides aminés et protéines


2.1.1 Importance des protéines
2.1.2 Structure des protéines

2.2 Nucléotides et acides nucléiques


2.2.1 L’ADN bactérien
2.2.2 La transformation bactérienne et le rôle de l’ADN

2.3 Code génétique

2.4 Fonctions de l’ADN


2.4.1 La réplication
2.4.2 La synthèse des protéines
A. La transcription
B. La traduction
C. Rôle des protéines dans la synthèse des protéines

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CHAPITRE II : BASES MOLECULAIRES DE L’HEREDITE

2.1. ACIDES AMINES ET PROTEINES

2.1.1. Importance des protéines

Les protéines constituent généralement plus de 50% du poids sec des bactéries et des cellules
animales. Elles remplissent de nombreuses fonctions parmi lesquelles on peut citer celles :
- d'enzymes (ARN polymérase, transaminases, hydrolases, DNAse...)
- de protéines structurales (protéines de capsides virales, kératine, collagène...)
- d'hormones (insuline, glucagon, hormone antidiurétique...)
- de protéines contractiles (actine, myosine, tubuline...)
- de protéines de transport (hémoglobine, myoglobine, albumine sérique)
- de protéines immunologiques (immunoglobulines ou anticorps)
- de toxines (neurotoxines)
Ce sont toutefois les enzymes qui constituent la classe de protéines la plus importante et la
plus diversifiée. En effet, les enzymes sont des catalyseurs qui permettent aux réactions
biochimiques (y compris celles conduisant à leur propre synthèse) de se dérouler :
- dans des conditions de température et de pression compatible avec la vie
- à une vitesse contrôlée et non explosive
- d'une manière strictement spécifique.

En outre, ces molécules se retrouvent intactes à la fin de la réaction et peuvent donc servir un
nombre illimité de fois.

2.1.2. Structure des protéines

Les protéines sont des copolymères d'acides aminés. Chaque acide aminé est formé d’un
carbone qui porte une fonction acide carboxylique (- COOH), une fonction amine (-NH2),
un atome d’hydrogène et un radical variable. Il existe 20 acides aminés qui diffèrent entre eux
par le radical R. Ce radical peut être acide, basique, polaire neutre, non polaire. Les acides
aminés sont des molécules chirales qui peuvent exister sous deux formes inverses l’une de
l’autre qui se superposent dans un miroir. Ce sont par excellence des molécules asymétriques.

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Ces deux formes appelées énantiomères ont un pouvoir rotatoire différent et correspondent
l’une à la forme L, l’autre à la forme D.
Chez les êtres vivants, tous les acides aminés sont du type L.

H
I
R –– C –– COOH
I
NH2

A partir de ces 20 acides aminés (AA), les organismes vivants peuvent construire des milliers
de protéines différentes.

En effet, avec 2 AA choisis parmi 20, on peut construire 202 (soit 400) peptides différents
3 AA 203 (soit 8000) peptides différents
100 AA 20100 peptides différents
n AA 20 n peptides différents

La condensation de deux acides aminés forme un dipeptide. Elle implique l'établissement


d'une liaison peptidique entre le groupement carboxyle d'un acide aminé et le groupement
aminé du suivant :

R R' R R'
I I I I
CH + CH ---------> H2O + CH CH

NH2 COOH NH2 COOH NH2 CO - NH COOH


N terminal C terminal

Il est à noter que :


- la liaison peptidique est une structure plane et rigide
- le carbone asymétrique qui porte à la fois le radical et les groupes NH2 et COOH offre
une articulation libre autour de laquelle les radicaux pivotent librement

Les polypeptides sont de longues chaînes d'acides aminés. La plupart en contiennent de 100 à
300. L'acide aminé d'une des extrémités d'un peptide a un groupement aminé intact; cette

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extrémité est appelée N terminal. L'extrémité opposée, appelée C terminal, a un groupement


carboxyle intact.

Un oligopeptide est formé de moins de 30 acides aminés.


Un polypeptide en possède de 40 à 1000.
Les protéines sont des unités fonctionnelles formées d'une ou de plusieurs chaînes
polypeptidiques.

Exemples : - l'insuline est formée de 2 chaînes polypeptidiques comportant respectivement


21 acides aminés et 30 acides aminés,
- la myoglobine (l'hémoglobine des muscles) ne comporte qu'une seule chaîne de
153 acides aminés,
- l'hémoglobine des érythrocytes de vertébrés comporte 2 chaînes dites de
141 acides aminés chacune et 2 chaînes dites ß, de 146 acides aminés.

La conformation d'une protéine comporte quatre niveaux d'organisation structurale.

La structure primaire d'une protéine est la séquence linéaire ordonnée de ses acides aminés.

La structure secondaire de la chaîne peptidique est un arrangement régulier qui résulte des
angles de liaison caractéristique du lien peptidique. En raison des angles de liaison
caractéristiques du lien peptidique, la chaîne polypeptidique tend à adopter une structure en
hélice ou en feuillet. L'hélice , type le plus commun de structure secondaire, résulte des
liaisons hydrogène qui s'établissent entre le groupement amine NH d'une liaison peptidique et
le groupement carboxyle CO d'une autre liaison de la même chaîne.
Les feuillets plissés ß forment le deuxième type important de structure secondaire. Dans ce
cas, des liaisons hydrogène se forment également entre des groupements amine et carboxyle,
mais les résidus d'acides aminés appartiennent, soit à des chaînes polypeptidiques différentes,
soit à des segments éloignés de la même chaîne qui de ce fait se trouvent rapprochés.
Une même protéine peut présenter des segments enroulés en hélice et des feuillets plissés ß.
C'est notamment le cas des protéines transmembranaires.
Les hélices , enroulées comme des ressorts possèdent une certaine élasticité (ex. : kératine
des cheveux), tandis que les feuillets plissés ß sont inextensibles (ex. soie naturelle).

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La structure tertiaire est la configuration tridimensionnelle globale adoptée par chacune des
chaînes constitutives de la protéine. Elle est fortement influencée par les interactions qui
s’établissent entre les radicaux des acides aminés et l’eau du milieu environnant. Les radicaux
hydrophiles tendent à orienter vers l’extérieur de la molécule, tandis que les radicaux
hydrophobes tendent à s’orienter à l’abri de l’eau vers l’intérieur de la protéine.
En outre, la structure tertiaire est stabilisée par des interactions directes entre radicaux de
divers acides aminés, et notamment par l’établissement de ponts disulfures entre deux atomes
de soufre portés par des cystéines.

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La structure quaternaire résulte de l'association structurée de plusieurs chaînes


polypeptidiques synthétisées séparément.

Exemple : molécule d’hémoglobine (figure)

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Remarques :
1) Les structures secondaire et tertiaire sont hautement spécifiques et sont imposées par la
structure primaire.
2) La structure spatiale d'une protéine peut être modifiée par effet allostérique, c'est-à-dire
par l'association de la protéine avec une petite molécule.
3) La structure spatiale d'une protéine peut être détruite sans pour autant que la structure
primaire ne soit modifiée. Si le traitement est modéré, les protéines reprennent leur
structure normale dès qu'elles sont ramenées à un environnement normal. Au contraire,
si le traitement est violent (exemple : cuisson, action d'un acide fort ou d'une base forte)
l'altération est définitive : la protéine est dénaturée. Exemple : cuisson du blanc d'œuf.

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2.2. NUCLEOTIDES ET ACIDES NUCLEIQUES

2.2.1. L'ADN bactérien

Comme nous l'avons vu précédemment, les procaryotes ne possèdent pas de noyau délimité
par une enveloppe propre. Le centre de la cellule est toutefois occupé par une molécule géante
bicaténaire d'ADN annulaire, fortement pelotonnée sur elle-même et fixée au moins en un
point à la membrane plasmique. Certains auteurs qualifient cette région de nucléoïde. Chez
E. coli, la molécule d'ADN est longue de 1mm, son diamètre est de 2nm.
Chacun des brins de cette molécule comporte de l'ordre de 3.106 nucléotides.

La polymérisation des nucléotides se réalise entre le groupe phosphate attaché au carbone 5’


d’un nucléotide et le carbone 3’ du nucléotide suivant.
Il en résulte que :
- la liaison internucléotidique est de type 5’ – 3’
- cette liaison confère une polarité aux acides nucléiques (ils ont une extrémité 5’ et une
extrémité 3’)
- l’extrémité qualifiée de 5’ est celle dont le carbone 5’ du sucre porte un groupement OH
libre
- l’extrémité qualifiée de 3’ est celle dont le carbone 3’ du sucre porte un groupement OH
libre
- le squelette de la chaîne comporte une alternance de sucres pentoses et de phosphates
liés les uns aux autres par des liens covalents (phophodiesters)
- les bases azotées fixées sur le carbone 1’ forment les bras latéraux de cet édifice
moléculaire.

Le modèle de Watson et Crick

Le modèle en double hélice de la structure de l’ADN a été publié par Watson et Crick en
1953. Il leur a valu le prix Nobel en 1962.

L'ADN est constitué de deux longues chaînes de nucléotides enroulées l'une autour de l'autre
en hélice (double hélice). Dans cet édifice, les parties hydrophobes des bases azotées évitent
au maximum le contact avec l'eau car elles sont situées au sein de la molécule.
Chacune des bases est disposée perpendiculairement à l'axe de la double hélice et est décalée
de 36° par rapport à celle qui la précède.

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Il en résulte qu'un tour d'hélice complet comporte 10 paires de bases.


L'entassement des bases au sein de la molécule torsadée a pour conséquence que les
groupements phosphates ionisés du squelette sont rejetés vers l'extérieur et se stabilisent au
contact de l'eau.
Les bases appartenant aux deux chaînes opposées sont unies par des liens hydrogène. Ces
liaisons faibles sont spécifiques, l'adénine est toujours liée à la thymine par deux liaisons
hydrogène et la guanine à la cytosine par trois liaisons hydrogène. C'est le principe de
complémentarité des bases.

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2.2.2. La transformation bactérienne : rôle de l’ADN

Dès les années 1930, on savait que les chromosomes étaient constitués pour un tiers d’ADN et
pour deux tiers de protéines. Deux types de macromolécules, les ADN et les protéines
apparaissaient ainsi comme des candidats possibles au rôle de support matériel des facteurs
héréditaires.
Il faudra toutefois attendre 1944 pour qu’Avery et ses collaborateurs apportent une réponse
définitive à la question.

Les bactéries Streptococcus pneumoniae agent d'une pneumonie grave, sont normalement
entourées d'une capsule qui les protège contre les mécanismes de défense de l'hôte. En
culture, leurs colonies ont un aspect lisse (smooth en anglais); ce sont les souches S.
En revanche, les mutants qui ont perdu la capacité de synthétiser une capsule ont un aspect
rugueux (en anglais rough); ce sont les souches R.
Les souches S sont pathogènes, les souches R ne le sont pas.

En 1928, le médecin anglais Griffith qui cherchait à préparer un vaccin contre la pneumonie à
S. pneumoniae remarque que si l'on injecte simultanément à des souris, des S. pneumoniae R
vivants + S. pneumoniae S tuées, les souris meurent de pneumonie et contiennent des
S. pneumoniae S vivants. Griffith conclut de ses expériences que les bactéries S nouvellement
apparues avaient été transformées, mais il ne put expliquer ni pourquoi, ni comment.

Ce n'est que seize ans plus tard, en 1944, qu'Avery, Mac Leod et Mc Carthy du Rockefeller
Institute ont pu montrer que l'agent transformant était de l'ADN de bactéries S, incorporé par
des bactéries R. Cette interprétation repose sur des expériences faites in vitro.
En effet, si on cultive des bactéries de souche R en présence d'ADN purifié à partir de
bactéries de souche S, certaines bactéries sont transformées en bactéries S. Ces bactéries
"transformées" transmettent le nouveau caractère à leurs descendants.
En revanche, des extraits protéiniques en provenance de bactéries S ou un ADN purifié à
partir d'une souche S mais traité par une DNAse préalablement à l'expérience, ne possèdent
aucun pouvoir transformant.

Les premiers chercheurs qui se sont intéressés au transfert de l'information avaient de bonnes
raisons de croire que malgré le caractère linéaire de l'ADN d'une part, et celui des protéines
d'autre part, l'information n'était pas transmise directement aux protéines.

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En effet, chez les eucaryotes, l'ADN se trouve dans le noyau tandis que les protéines sont
synthétisées dans le cytoplasme, au niveau des ribosomes.

De fait, un autre acide nucléique, l'ARN (acide ribonucléique) joue le rôle d'intermédiaire. Le
rôle de l'ARN a été suggéré dès 1951 par J. Brachet (biologiste belge, professeur à l'ULB) et
T. Casperson. Tous deux ont montré par des expériences cytochimiques que pour un tissu
déterminé, il existe une corrélation entre la quantité d'ARN et l'activité de synthèse des
protéines.

Bien que l'ARN soit un acide nucléique à longue chaîne comme l'ADN, il possède néanmoins
des propriétés très différentes :
- il est généralement monocaténaire
- il contient du ribose et non du désoxyribose
- la thymine y est remplacée par l'uracile.

En outre, il existe 3 types différents d'ARN qui jouent chacun un rôle spécifique dans le
transfert de l'information à partir de l'ADN
l'ARN messager (ARNm ) 3 à 5% de l'ARN total
l'ARN de transfert (ARNt ) 10 à 20% de l'ARN total
l'ARN ribosomial (ARNr ) 75 à 85% de l'ARN total

Remarque :
Les données exposées dans la suite de ce chapitre concernent essentiellement les cellules
bactériennes.

2.3. LE CODE GENETIQUE

Au cours du transfert de l'information de l'ADN, le langage nucléotidique est transformé en


langage polypeptidique, c'est-à-dire que l'alphabet initialement composé de nucléotides est
transposé en un alphabet composé d'acides aminés.

La relation entre les deux alphabets n'est pas immédiate, puisque le premier comporte quatre
lettres (A-G-C-U), tandis que le second en comporte vingt (les 20 acides aminés).

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- Un système de codage qui ferait correspondre un acide aminé à un seul nucléotide (à une
seule base) permettrait tout au plus de construire des protéines contenant 4 acides aminés
différents.
- Un système de codage qui associerait un acide aminé à deux bases permettrait la
synthèse de protéines comportant au maximum 16 acides aminés différents
correspondant aux différentes combinaisons des bases entre elles.
- La lecture du message doit donc faire apparaître une correspondance entre 1 acide aminé
et une suite d'au moins 3 nucléotides.

L'expérience a montré que les bases de l'ARNm étaient effectivement lues par groupes de
trois unités adjacentes. C'est à ces triplets que l'on a donné le nom de codon.

Toutefois, il faut noter que le nombre de combinaisons possibles de quatre bases prises trois à
trois s'élève à soixante-quatre. Quarante-quatre codons sont donc en principe excédentaires.
Cet excédent est absorbé par le fait que trois codons dits codons stop ne correspondent à
aucun acide aminé et que certains codons, qualifiés de synonymes, correspondent au même
acide aminé.
On dit pour cette raison que le code génétique est redondant ou dégénéré.

Décryptage du code génétique

Toutes les étapes de la synthèse des protéines peuvent se dérouler in vitro dans un système
comportant des ribosomes, des ARNt, des enzymes d'activation, de l'ARNm et des acides
aminés. Si ces acides aminés sont marqués par des isotopes radioactifs, les protéines
nouvellement synthétisées pourront être distinguées de celles introduites dans le système par
leur marquage.

En fournissant à un tel système, des ARNm artificiels, constitués d'un seul type de nucléotides
ou des proportions connues de deux ou trois nucléotides différents, et en analysant les
protéines ainsi produites, on a pu déchiffrer la relation code nucléique - code protéine et
démontrer que ce code est commun à tous les êtres vivants (voir tableau III -2).
Exemples : si l'ARNm est un poly A, le peptide synthétisé est une polylysine
un poly U, le peptide synthétisé est une polyphénylalanine
un poly C, le peptide synthétisé est une polyproline
un poly G, le peptide synthétisé est une polyglycine

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Remarques :
1) L'établissement de ce dictionnaire a permis de constater que le code génétique est
commun à tous les êtres vivants; des bactéries aux mammifères.
2) Le caractère redondant du code minimise les effets des mutations.

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Première Deuxième base Troisième


base U C A G base
UUU UCU UAU UGU
Phénylalanine Sérine Tyrosine Cystéine U
UUC UCC UAC UGC
Phénylalanine Sérine Tyrosine Cystéine C
U
UUA UCA UAA UGA
Leucine Sérine Stop Stop A
UUG UCG UAG UGG
Leucine Sérine Stop Tryptophane G
CUU CCU CAU CGU
Leucine Proline Histidine Arginine U
CUC CCC CAC CGC
Leucine Proline Histidine Arginine C
C
CUA CCA CAA CGA
Leucine Proline Glutamine Arginine A
CUG CCG CAG CGG
Leucine Proline Glutamine Arginine G
AUU ACU AAU AGU
Isoleucine Thréonine Asparagine Sérine U
AUC ACC AAC AGC
Isoleucine Thréonine Asparagine Sérine C
A
AUA ACA AAA AGA
Isoleucine Thréonine Lysine Arginine A
AUG initiation ACG AAG AGG
Méthionine Thréonine Lysine Arginine G
GUU GCU CAU GGU
Valine Alaline Acide aspartique Glycine U
GUC GCC GAC GGC
Valine Alanine Acide aspartique Glycine C
G
GUA GCA GAA GGA
Valine Alanine Acide glutamique Glycine A
GUG GCG GAG GGG
Valine Alaline Acide glutamique Glycine G

Code génétique (les codons se lisent dans la direction 5’ 3’)

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2.4. FONCTIONS DE L’ADN

2.4.1. La réplication

Caractère semi-conservateur de la réplication

La structure complémentaire des deux brins d’ADN implique qu’il est logiquement simple
d’en obtenir une réplique, d’autant plus que les liaisons esters au sein d’une chaîne sont
beaucoup plus stables que les liaisons hydrogène qui lient les deux brins, ce qui permet à ces
derniers d’être séparés sans que la séquence de leurs bases ne soit altérée.

Il est théoriquement possible d’obtenir deux molécules d’ADN identiques, soit en conservant
intacte la molécule initiale qui ne servirait dans ce cas que de modèle (hypothèse
conservative), soit en séparant les deux brins de la molécule mère, chaque brin servant alors
de matrice pour la synthèse d’une chaîne complémentaire (hypothèse semi-conservative).
L’expérience décrite ci-dessous, réalisée par Meselson et Stahl (1958) sur E. coli a permis de
vérifier le bien fondé de la deuxième hypothèse.
Lorsque des bactéries sont cultivées en présence d'une source d'azote, telle le chlorure
d’ammonium, contenant du 15N plutôt que l'isotope normal 14N, les atomes d'azote lourds

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sont incorporés dans les nucléotides précurseurs de l'ADN, puis dans l'ADN. La densité d'un
tel ADN est d'environ 1% supérieure à celle d'un ADN normal. Ces deux types d'ADN
peuvent être séparés après purification par ultracentrifugation en gradient de densité en
solution de CsCl.

Si une culture bactérienne ne contenant que de l'ADN lourd est transférée sur un milieu
normal, pendant une période qui lui permet de se diviser une seule fois, on constate que la
densité de l'ADN de la nouvelle génération est intermédiaire entre celle de l'ADN lourd et
celle de l'ADN léger.
Ceci correspond au fait que chaque molécule d'ADN est constituée d'un brin lourd et d'un brin
léger, ce qui ne peut résulter que d'une réplication semi-conservative.

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Réplication de la double hélice

Les deux brins d'ADN de la double hélice sont anti-parallèles, 5' 3' pour l'un, 3' 5' pour
l'autre, or l'ADN polymérase n'assure la copolymérisation que dans le sens 5' 3'. Il en
résulte que la réplication n'est un phénomène simple et continu que le long du brin matriciel
3' 5'.

Le long du brin 5' 3', la réplication exige un processus plus complexe et discontinu mais
qui respecte le sens 5' –– 3' de la copolymérisation des nucléotides.
De petits fragments d'environ 2000 nucléotides, appelés fragments d'Okasaki sont ainsi
produits puis liés entre eux par une enzyme appelée ligase.

Une autre difficulté de la réplication de l'ADN résulte de ce que l'ADN polymérase ne peut
initier la lecture sur un brin modèle désapparié. Il exige une structure bi-hélicoïdale hybride,
constituée du brin modèle et d'un brin d'ARN jouant le rôle d'amorce (le "Primer") pour
l'enzyme. Le fragment d'ARN est lui-même polymérisé par une enzyme appelée primase. Les
amorces d'ARN longues de 200 à 300 nucléotides sont rapidement dégradées et remplacées
par des segments d'ADN.
Les mécanismes décrits dans ce chapitre ne donnent qu'un aperçu schématique de la
complexité de la réplication de l'ADN. Chez E. coli par exemple, vingt protéines différentes
dont trois polymérases interviennent dans la synthèse des brins complémentaires.

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Le processus de la réplication comprend donc les principales étapes suivantes :


- la déspiralisation de la double hélice
- l’écartement des deux brins complémentaires
- la formation d’une fourche de réplication
- la copolymérisation sur chacun des brins d’un brin complémentaire
- la réparation et liaison des fragments d’Okasaki
- la respiralisation des deux doubles hélices

L’ensemble des enzymes intervenant dans la réplication constitue un complexe : le réplisome.


On y retrouve notamment l’hélicase (déspiralisation), la primase (une ARN polymérase),
plusieurs ADN polymérase spécifiques, la ligase, la gyrase, ...

La réplication doit impérativement être un processus extrêmement précis, limitant au


maximum le nombre d’erreurs. Et de fait, la « fidélité » de ce processus est étonnante grâce à
un mécanisme de réparation (autocorrection) fort efficace. Ainsi, par exemple, si l’ADN
polymérase III fait une « faute » tous les 103 à 105 nucléotides, les enzymes correctrices
ramènent ce taux à 1/107 chez les bactéries et 1/109-10 chez les eucaryotes.
Seules les erreurs non corrigées seront détectées comme « mutations ».

2.4.2. La synthèse des protéines

Le mécanisme de synthèse d’une protéine doit pouvoir disposer :


- de matière, c'est-à-dire d’un pool d’acides aminés ;
- d’énergie nécessaire pour assurer la copolymérisation de ces acides aminés ;
- d’information permettant la copolymérisation selon une séquence correcte.

A. La transcription

La transcription correspond à la synthèse d'un ARNm à partir de ribonucléotides isolés en


prenant modèle sur un segment d'ADN. Ce mécanisme respecte les lois d'appariement des
bases (G-C, A-U). Il requiert l'intervention d'une enzyme, l'ARN polymérase qui est l'une des
enzymes les plus complexes de la cellule procaryote. L'ARN polymérase est formée de
plusieurs sous-unités ayant chacune leur fonction propre. Son poids moléculaire est de
500.000 daltons.

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La transcription se déroule en trois étapes : l'initiation, l'élongation et la terminaison.

L'initiation. Les régions de l'ADN qui signalent le début de la transcription sont appelées
promoteurs. Chez E. coli, les promoteurs comportent deux régions dont les séquences sont
toujours les mêmes TGTTGACA d'une part et TATAAT d'autre part.
L'ARN polymérase se fixe sur l'ADN au niveau d'un promoteur grâce à l'un de ses sites actifs
: le facteur . C'est dès lors, la position du promoteur qui détermine celui des deux brins de
l'ADN qui sera lu. Ce brin est qualifié de brin matriciel. Lorsque le contact est établi,
l'enzyme déroule localement la double hélice d'ADN et amorce la synthèse d'ARN.

L'élongation. Après avoir initié la transcription, le facteur se dissocie de l'ARN


polymérase, tandis que la synthèse ou copolymérisation des nucléotides se poursuit.

L'ARN polymérase se déplace le long du brin matriciel d'ADN dans la direction 3' 5'.
Comme la chaîne d'ARN en formation lui est antiparallèle, l'élongation de l'ARN se fait dans
le sens 5' 3'.
Le brin d'ARN en formation, se détache de l'ADN au fur et à mesure de sa synthèse, ce qui
permet à l'ADN de retrouver très rapidement sa structure bicaténaire.

La terminaison. L'ARN polymérase reconnaît également des signaux de terminaison de la


chaîne. Il existe différents mécanismes de terminaison. Ces derniers toutefois sont
relativement mal connus.

Remarque :
La transcription peut être bloquée par plusieurs antibiotiques.
- la rifamycine (produite par une souche de Streptomyces - bactérie GRAM+) empêche
l'initiation de la transcription en agissant sur le facteur .
- l'actinomycine (produite par une autre souche de Streptomyces) inhibe l'élongation en
s'incrustant dans la double hélice d'ADN.

B. La traduction

L'ARNm est à juste titre appelé "messager" car il intervient comme une copie de l'ADN
dirigeant la synthèse des protéines.
Toutefois, il n'existe aucun mécanisme qui permet à un acide aminé de reconnaître
directement son ou ses codons spécifiques dans l'ARNm.

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a. Les ARN de transfert

Les ARNt constituent une classe de petites molécules formées d'environ septante nucléotides.
Tous présentent une alternance de régions bicaténaires enroulées en hélice et stabilisées par
des liaisons hydrogène et de régions monocaténaires. Globalement, ils ont une structure en
forme de feuille de trèfle et sont caractérisés par plusieurs sites actifs :
- un triplet de nucléotides, appelé anticodon
- un triplet CCA, 3' terminal, site d'attachement d'un acide aminé (acylation)
- des sites d'attachement de l'ARNt aux ribosomes.
Ils contiennent, outre les ribonucléotides à bases A, G, C, U, certains nucléotides à bases dites
rares telles l'inosine (I) et la pseudouridine ( )

Ces bases rares jouent un rôle spécifique dans le reploiement de l'ARNt et par ailleurs, elles
constituent fréquemment la troisième base de l'anticodon. Leur présence à ce niveau explique
que les liaisons entre les trois bases d'un codon de l'ARNm et celles de l'anticodon de l'ARNt
soient moins strictes que celles qui existent au sein d'un ADN bicaténaire ou d'un hybride
ADN - ARN.

Ceci signifie qu'un même ARNt peut se lier à plusieurs codons et notamment à des codons
synonymes qui ne diffèrent entre eux que par leur troisième nucléotide.

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Les ARNt existent en de nombreux exemplaires dans la bactérie et en autant d'espèces au


moins qu'il y a d'acides aminés. Chaque type d'acide aminé libre peut se lier par une enzyme à
un ARNt spécifique. Ces enzymes sont appelées amino-acyl-synthétase. Elles lient l’extrémité
3’ du ribose de l’adénosine de l’ARNt et le groupement carboxyle de l’acide aminé concerné.

Tout en présentant de nombreuses similitudes, les différents ARNt possèdent chacun une
configuration tridimensionnelle différente qui leur permet d'être reconnu par l'amino- acyl-
synthétase correcte et donc d'être spécifique d'un acide aminé donné.

b. Les ribosomes

Les ribosomes sont le siège de la copolymérisation des acides aminés c'est-à-dire de la


synthèse protéinique proprement dite. Leur rôle consiste à assurer le positionnement correct
des ARNt chargés de leur acide aminé, vis-à-vis des codons des ARNm et à établir les liens
peptidiques entre les acides aminés qu'ils assemblent.
Chacun d'eux comporte deux sites de liaison pour ARNt (un site P et un site A), une enzyme
assurant la liaison peptidique : la peptidyl-transférase et un site de liaison pour l'ARNm.

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c. La traduction proprement dite

Comme la transcription, la traduction se déroule en trois étapes : l'initiation, l'élongation et la


terminaison.

L'initiation. Les ARNm contiennent à leur extrémité 5'OH des séquences initiatrices de la
traduction. Une de ces séquences est le codon AUG qui commande l'insertion de la
méthionine formylée. Celle-ci est transportée par un ARNt particulier : l'ARNt - fMet.
Cet ARNt n'intervient qu'au moment de l'introduction du premier acide aminé. Comme le
groupement formyle bloque l'amine, la méthionine formylée ne peut former de lien peptidique
en amont, ce qui a pour conséquence qu'elle ne peut servir qu'au démarrage.

Sept bases en amont du codon AUG, une autre séquence impliquée dans l'initiation s'apparie à
une région complémentaire de l'ARNr de l'unité 30 S du ribosome.
La synthèse de la protéine débute par la formation d'un complexe entre l'unité 30 S du
ribosome, l'ARNt - fMet et les séquences initiatrices. Cette première étape fait également
intervenir des facteurs d'initiation dont nous ne parlerons pas.

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L'élongation. Au cours de l'étape suivante, la grande sous-unité du ribosome s'attache au


complexe. Dès que le ribosome entier est constitué, l'élongation de la chaîne d'acides aminés
peut commencer. L'ARNt - fMet occupe à ce stade le site P du ribosome, tandis qu'un autre
ARNt chargé insère le deuxième acide aminé de la future chaîne polypeptidique au niveau du
site A. Un lien peptidique catalysé par la peptidyl-transférase unit les deux premiers acides
aminés mis en place.
Ces événements sont suivis par l'expulsion de l'ARNt, initiateur déchargé de son acide aminé,
du site P vers le cytoplasme et de la progression du ribosome le long de l'ARNm sur une
distance correspondant à un codon.
Simultanément, la chaîne naissante passe du site A au site P, tandis que le site A libéré expose
le troisième codon du messager.
Ce processus se reproduit chaque fois qu'une liaison peptidique est établie. Au cours de
l'élongation, le ribosome va donc parcourir l'ARNm, codon par codon, dans le sens 5' 3'.
Le déroulement de l'élongation nécessite l'intervention d'une molécule énergétique : le GTP et
la participation de facteurs protéiniques d'élongation.

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La terminaison. Lorsque la translocation du ribosome expose un codon stop (UAG, UGA ou


UAA) au niveau du site A, l'élongation de la chaîne d'acides aminés s'arrête et des facteurs
protéiniques reconnaissant les codons d'arrêt de lecture favorisent la libération de la chaîne
d'acides aminés du dernier ARNt. A ce stade, le nouveau peptide est libéré dans le cytoplasme
de la bactérie, tandis que le ribosome se dissocie en ses deux sous-unités, lesquelles
redeviennent disponibles pour participer à la synthèse d'une nouvelle chaîne peptidique.

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Remarques :

1) Le processus d'allongement de la chaîne peptidique est très rapide. Chez les bactéries,
l'adjonction d'un acide aminé se fait en un vingtième de seconde, alors qu'elle prend une
seconde chez les mammifères.

2) Plusieurs ribosomes peuvent lire simultanément un même ARNm. Un groupe de


ribosomes parcourant un même ARNm est appelé polysome.
La lecture simultanée d'un message génétique par plusieurs ribosomes constitue un réel
avantage pour les cellules qui doivent synthétiser un grand nombre de protéines en un
temps très court.

3) Tout comme la transcription, la traduction peut être inhibée par des antibiotiques
spécifiques. Citons à titre d'exemple, la streptomycine qui provoque la libération
prématurée de l'ARNt -fMet au début de l'élongation et la puromycine qui possédant un
groupement NH2 forme un lien peptidique avec l'acide aminé déjà en place au site P.
Comme la puromycine ne possède pas de groupement carboxyle, la polymérisation des
acides aminés est bloquée. La tétracycline inhibe la fixation de l'aminoactyl tRNA au
site A du ribosome.
Le chloramphénicol enfin, en se liant à l'unité 50 S du ribosome bactérien inhibe la
peptidyl-transférase. Les antibiotiques qui agissent au niveau de la traduction présentent
l'avantage d'arrêter immédiatement la croissance de tous les individus de la souche.

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C. Rôle des protéines dans la synthèse des protéines

La synthèse de protéines spécifiques ne peut se faire que grâce à la préexistence de protéines


enzymatiques multiples et très spécifiques.

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Même si nous négligeons les enzymes qui participent, à quelque titre que ce soit à
l'élaboration d'un pool d'acides aminés et de nucléotides, nous avons vu intervenir :
- l'ARN polymérase
- les protéines ribosomiales et particulièrement la peptidyl-transférase
- les amino-acyl-synthétases
- les facteurs d'initiation, d'élongation et de terminaison.

Nous retrouvons donc ici, à l'échelle de la biologie moléculaire, le dogme de Virchow "Toute
cellule provient d'une cellule".

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CHAPITRE III

ORGANISATION du MATERIEL GENETIQUE

3.1 Matériel génétique chez les procaryotes


3.1.1 ADN annulaire
3.1.2 Les plasmides
3.1.3 La réplication

3.2 Matériel génétique chez les eucaryotes


3.2.1 Le noyau en intercinèse
A. L’enveloppe nucléaire
B. La chromatine
C. L’ADN répétitif
D. Structure de la chromatine
E. Tassement en chromosomes
F. les nucléoles
3.2.2 La réplication chez les eucaryotes
3.2.3 La transcription chez les eucaryotes
3.2.4 Les caryotypes

3.3 Principes de l’analyse génétique


3.3.1 Notion de marqueur génétique
3.3.2 Cartographie génétique
3.3.3 Notion de recombinaison génétique
A. Transformation
B. Conjugaison
C. Transduction

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CHAPITRE III : ORGANISATION du MATERIEL GENETIQUE

3.1. MATERIEL GENETIQUE CHEZ LES PROCARYOTES

3.1.1 ADN annulaire

Chez les bactéries, la structure de l’ADN est circulaire : on parle d’un ADN chromosomique.
Comme nous l’avons constaté chez E.coli, les procaryotes ne possèdent pas de noyau délimité
par une membrane propre. Leur ADN est constitué d’une molécule géante, bicaténaire et
annulaire. Fortement pelotonnée sur elle-même, elle est située au centre de la cellule mais est
fixée à la membrane plasmique en un point au moins. Cette région est parfois appelée
« nucléoïde ».
Rappelons encore que chez E.coli, la molécule d’ADN est longue de 1 mm, son diamètre est
de 2 nm et chacun des brins comporte environ 3 millions de nucléotides.

3.1.2 Les plasmides

On trouve également, chez de nombreuses souches bactériennes, une (ou plusieurs) petite(s)
molécule(s) d’ADN bicaténaire circulaire, distincte du chromosome « principal » et capable
de se répliquer de façon autonome : le plasmide.
Cet élément extrachromosomique se réplique à peu près au même rythme que le chromosome
principal.
Certains plasmides sont naturellement transférables par conjugaison, d’autres ne le sont que
dans des conditions particulières. Certains peuvent facilement s’intégrer dans le génome
bactérien (épisomes).
L’ADN du plasmide comprend généralement des gènes correspondants à des adaptations
particulières favorables à la bactérie : résistance aux antibiotiques ou à d’autres produits
toxiques, facteurs de pénétration dans les cellules, toxines etc...
Ce sont souvent ces plasmides qui expliquent la virulence d’une souche de bactéries
pathogènes.

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3.1.3 La réplication

La réplication de l’ADN annulaire se fait à partir d’une origine unique (point d’initiation) et
progresse dans les deux sens (« oeil de réplication »), le long de l’anneau formé par le
« chromosome », jusqu’à ce que celui-ci soit entièrement dédoublé.
Elle est donc bidirectionnelle et présente deux fourches de réplication. A chaque fourche, l’un
des nouveaux brins est synthétisé de façon continue, l’autre de façon discontinue (fragments
d’Okasaki).
La vitesse de réplication est généralement plus élevée chez les procaryotes : elle est d’un peu
moins d’un millier de nucléotides associés par seconde ! Ainsi, le millimètre d’ADN d’une
cellule d’E. coli est théoriquement répliqué en 30 minutes environ.

3.2. MATERIEL GENETIQUE CHEZ LES EUCARYOTES

Dans la cellule eucaryote, l’information génétique est portée par plusieurs molécules de DNA
bicaténaire, présentes sous forme de structures complexes : les chromosomes.
Ces chromosomes sont situés dans un compartiment cellulaire, le noyau, séparé du reste de la
cellule par une enveloppe membranaire.
Ils ne sont bien distincts que lorsque la cellule est sur le point de se diviser (voir figure).
Le nombre de chromosomes est spécifique d’une espèce.
Quelques exemples : pois 14 paires
canne à sucre : 80 paires
ver parasite des intestins : 1 paire
drosophile : 4 paires
souris : 20 paires
gibbon : 22 paires
homme : 23 paires
gorille : 24 paires
homard : 100 paires

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3.2.1. Le noyau en intercinèse

L'intercinèse est la période qui s'étend entre deux divisions cellulaires successives. C'est
pendant cette période que se produisent toutes les biosynthèses nucléaires et notamment la
réplication de l'ADN et la transcription des ARN.
L'aspect structural du noyau est très différent suivant qu'il se trouve en intercinèse ou en cours
de division cellulaire.

A. L'enveloppe nucléaire

Chez les eucaryotes, le noyau est séparé du cytoplasme par l'enveloppe nucléaire qui est une
portion spécialisée du réticulum endoplasmique. La citerne qui forme cette enveloppe est
limitée par une membrane lisse côté noyau et par une membrane portant des polysomes côté
cytoplasme. Membranes nucléaires externe et interne s'unissent de place en place, réalisant
dans l'enveloppe des perforations circulaires appelées pores nucléaires dont le diamètre
externe est d'environ 120nm. Les pores ne sont pas de simples orifices, mais des structures
protéiniques complexes qui assurent le contrôle des transits nucléocytoplasmiques. L'espace
est presque entièrement occupé par une sorte de diaphragme constitué par huit volets coniques
ne laissant une ouverture que d'environ 10 nm.

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Chaque noyau possède plusieurs milliers de pores.


La membrane nucléaire interne délimite un espace : le nucléoplasme qui contient le suc
nucléaire, la chromatine ainsi que le ou les nucléoles.

B. La chromatine

Le noyau en intercinèse contient un réseau fibrillaire présentant une forte affinité pour les
colorants basiques, auquel FEULGEN a donné dès 1879 le nom de chromatine.
Au microscope photonique, mais aussi au microscope électronique, la chromatine apparaît
hétérogène. Elle se présente soit sous la forme de masses compactes qualifiées
d'hétérochromatine, soit sous une forme fibrillaire appelée euchromatine. Hétérochromatine et
euchromatine coexistent dans un même noyau.

Les analyses biochimiques ont montré que la chromatine est une substance complexe formée
- d'ADN qui constitue le matériel génétique proprement dit,
- d'histones, c'est-à-dire de protéines basiques, riches en lysine et en arginine, qui
participent à la structure de la chromatine,
- de protéines non histones qui sont, soit des régulateurs de la transcription ou de la
traduction, soit des éléments qui participent à l'organisation spatiale de l'ADN et des
chromosomes, soit des enzymes.

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Tous les noyaux d'eucaryotes contiennent des quantités énormes d'ADN. Cette quantité est en
large excès par rapport à celle qui est nécessaire pour coder les protéines présentes dans la
cellule.
Chez les procaryotes, les gènes responsables de la synthèse des ARN et des protéines
constituent la plus grande partie du génome. Chez beaucoup d'eucaryotes, au contraire moins
de 70% du génome correspond à ces fonctions. Ceci implique que chez les eucaryotes, il
existe de l’ordre de 30 % d’ADN dit non-codant.

C. L’ADN répétitif

Avant même qu'il fut possible de séquencer l'ADN, les généticiens avaient noté qu'il y avait
très peu de rapports entre d'une part la quantité d'ADN du génome d'une espèce et d'autre part,
la complexité des individus de cette espèce ou le nombre de protéines qu'ils synthétisent (voir
tableau ci-dessous).
Notons par exemple que le plus gros génome actuellement connu est celui de la salamandre
dont les cellules contiennent environ trente fois la quantité d'ADN présente dans les cellules
humaines mais que néanmoins les cellules de salamandre produisent moins de protéines
différentes que les cellules humaines.

Mammifères ~ 7.0
Oiseaux ~ 3.5
Reptiles Tortues 4.9 à 5.2
Crocodiles 4.8 à 5.2
Serpents 2.8 à 5
Amphibiens Urodèles 20.0 à 190
Anoures 1.6 à 18.7
Poissons Sélaciens 3.0 à 15.0
Dipneustes 160.0 à 284
Téléostéens 2.0 à 8.6
Teneur en ADN exprimée en pg par noyau

Dans un génome, la plupart des gènes existent en une seule copie ou en un petit nombre de
copies. Chaque cellule eucaryote possède cependant de 100 à 5000 copies de certains gènes
codant pour des substances dont la cellule a besoin en grandes quantités, telles l’ARN
ribosomial et les histones.

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Le séquençage systématique de l'ADN a révélé en outre, l'existence d'un grand nombre de


courtes séquences répétées d'ADN. Chez la drosophile par exemple, une séquence de 5
nucléotides AGAAG se répète environ 100.000 fois au milieu d'un chromosome. Ces
séquences répétées sont non codantes.

Le génome eucaryote contient dans une proportion pouvant aller jusqu'à 10%, une sorte
particulière d'ADN répétitif non codant appelé ADN satellite. Le terme de « satellite » vient
de ce que les premiers ADN de ce type qui ont été découverts présentaient un ratio inhabituel
de nucléotides, ce qui a permis d’isoler ces ADN par centrifugation en gradient de densité.
Cet ADN apparaissait alors comme un ADN mineur, ce qui lui a valu le nom de satellite.
La séquence de base d’un ADN satellite composée de 1 à 250 nucléotides peut, dans certains
cas, être répétée plusieurs millions de fois. L'ADN satellite se trouve en général au niveau du
centromère des chromosomes ou aux extrémités.

Si on le compare à l’ADN codant, on constate que l'ADN hautement répété subit des
mutations relativement fréquentes et sans conséquences. Cet ADN peut donc être assez
différent chez deux espèces étroitement apparentées ou même chez deux individus de la
même espèce.
La variabilité de l'ADN hautement répété peut être mise en évidence par la technique des
empreintes génétiques (finger printing) qui consiste à faire agir des enzymes de restriction
pour couper les séquences d'ADN répétées en une série de fragments.
Les fragments de deux individus sont alors hybridés de manière à mettre en évidence les
différences et les similitudes. Si des mutations sont apparues au niveau où les enzymes
doivent agir, l'hybridation de l'ADN provenant de deux individus sera altérée et révèlera la
différence qui les distingue.

La technique des empreintes génétiques permet notamment


- d'identifier les individus à partir de traces de matériel cellulaire (bases d'ongle ou de
cheveu, sang ou sperme séchés),
- d'établir des filiations de paternité.

D. Structure de la chromatine

L'analyse des diagrammes de diffraction des rayons X a fourni les premiers renseignements
sur la structure de la chromatine, suggérant qu'elle est composée d'un module répété à peu
près tous les 10 nm. Ces modules sont constitués d'histones et d'ADN.

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La chromatine est une structure tassée à l'extrême. En présence de solutions de force ionique
très basse, elle se déroule en une structure qui figure un collier de perles sur une micrographie
électronique. R. Kornberg et ses collaborateurs ont pu montrer que les "perles" observées au
microscope électronique sont des complexes d'ADN et d'histones appelés nucléosomes.
Un nucléosome est formé d’un octet d’histones, c’est-à-dire d'une paire de chacune des
histones H2A, H2B, H3 et H4 complexées à 146 paires de bases d'ADN et d'une histone H1
internucléosomique complexée à une soixantaine de paires de base. L'histone H1 arrime
l'ADN qui cercle les autres histones et joue un rôle dans l'empaquetage des nucléosomes. Du
point de vue évolutif, il est intéressant de noter que les histones sont parmi les protéines les
plus conservées.

E. Tassement en chromosomes

Une hydrolyse partielle de la chromatine par des nucléases touche environ un quart des 200
paires de bases contenues dans le segment d'ADN et libère l'histone H1. Cet ADN sensible
aux nucléases s'appelle l'ADN de liaison (linker DNA). L'ADN qui reste associé aux quatre
paires d'histones compte 146 paires de bases.

L'empaquetage de l'ADN en nucléosomes réduit sa longueur native totale d'un facteur voisin
de six. La fibre nucléosomique est elle-même enroulée en un arrangement hélicoïdal qui
apparaît tel un solénoïde de 30 nm de diamètre. À la suite de ce deuxième tassement, la fibre

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d'ADN est globalement réduite de 50 fois dans sa longueur, ce qui n'est pas encore suffisant
pour la faire tenir dans le noyau.

Rappelons en effet que si l'on étendait l'ADN des 46 chromosomes d'une cellule humaine, il
mesurerait environ 2 m de longueur.

De fait, les colliers fortement enroulés de nucléosomes se disposent en larges boucles


maintenues en place par des protéines non histones. On dit de la chromatine fortement tassée
qu'elle est condensée. Quand l'ADN est dans cet état, les enzymes ne peuvent apparemment
pas y avoir accès. Dès lors, la chromatine doit se dérouler au moins jusqu'à la formation d'un
collier de nucléosomes pour que l'ADN puisse servir de matrice pour la synthèse d'ADN ou
d'ARN.

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F. Les nucléoles

Les nucléoles sont des appareils de production de ribosomes. Vus au microscope photonique,
ils apparaissent comme des sphérules réfringentes et très basophiles. Le microscope
électronique permet d'y reconnaître une zone fibrillaire peu dense entourée d'une zone
fibrillaire dense et d'une zone granulaire périphérique.

Le nombre de nucléoles par noyau varie avec le type cellulaire. L'analyse biochimique de
nucléoles isolés montre qu'ils contiennent environ 85% de protéines, 10% d'ARN et 5%
d'ADN. La plus grande partie de l'ARN nucléolaire est constitué d'ARN de type ribosomial.

Conjointement, l'analyse biochimique et les techniques autoradiographiques ont permis de


montrer que le nucléole est le lieu de formation des sous-unités ribosomiales, petites et
grandes.
Une fois constituées, ces sous-unités migrent dans le cytoplasme où elles s'associeront lors du
démarrage de la traduction d'un ARN messager.

Chaque nucléole est étroitement associé à une région bien définie d'un ou de plusieurs
chromosomes. L'ADN de chacune de ces régions est qualifié d'inducteur nucléolaire. C'est lui
qui constitue l'ADN du nucléole. Il contient les gènes codant pour les ARN ribosomiaux.
Chacun d'eux existe en un grand nombre de copies. Citons à titre d'exemple, les cellules
somatiques du crapaud Xénope qui contiennent 250 copies de ces gènes.

L'intégration entre les observations ultrastructurales et biochimiques indique que les centres
fibrillaires correspondent aux régions du nucléole qui contiennent les organisateurs
nucléolaires, tandis que la région granulaire contient les sous-unités ribosomiales.

3.2.2. La réplication chez les eucaryotes

Dans les chromosomes des eucaryotes, on a montré :

1) qu’il existait de nombreux points d’initiation de la réplication le long d’un même


chromosome.
2) que la réplication était bidirectionnelle à partir de chacun de ces points.

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Chaque chromosome est ainsi constitué d’une série d’unités réplicatives : les réplicons. Tous
les réplicons d’un chromosome seront bien sûr associés en une seule molécule de DNA
ininterrompue.

Rappelons que la vitesse de réplication est moindre chez les eucaryotes que chez les
procaryotes, alors que la quantité de DNA à répliquer est 1000 fois plus importante. C’est le
nombre de points d’origine (réplicons) qui pallie en partie cet « handicap » puisque la
réplication peut démarrer simultanément en plusieurs points de chaque chromosome.

Notons aussi que la vitesse de réplication varie fortement selon le type de cellule.
La régulation de la vitesse de synthèse du DNA est encore mal connue.

3.2.3. La transcription chez les eucaryotes

Rappel :
Dans les génomes d’eucaryotes, la plus grande partie de l’ADN ne code ni pour des protéines,
ni pour de l’ARN. De plus, il peut y avoir des copies multiples de certaines séquences d’ADN
et les séquences codantes peuvent être entrecoupées par de longs segments d’ADN non
codant.

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Environ 10 à 25% de l’ensemble de l’ADN des eucaryotes pluricellulaires forme de courtes


séquences (généralement de cinq à dix nucléotides) répétées des milliers, voire des millions
de fois. La composition nucléotidique des séquences hautement répétitives et celle du reste de
l’ADN provoque souvent une différence de leur densité, ce qui permet d’isoler ces séquences
par ultracentrifugation . L’ADN ainsi isolé est appelé ADN satellite.
Dans les chromosomes, la plus grande partie de l’ADN satellite se situe aux extrémités (les
télomères) et dans la région du centromère. Il semble que cet ADN hautement répétitif assume
des fonctions structurales plutôt que génétiques dans la cellule.

La transcription proprement dite

Dès qu’il est synthétisé, l’ARN messager des procaryotes est prêt à être traduit.
Chez les eucaryotes par contre, le transcrit originel d’ARN doit subir des modifications dans
le noyau avant d’entrer sous forme d’ARNm mature dans le cytoplasme.

La première étape de cette transformation consiste en l'addition à l'extrémité 5' d'un nucléotide
spécifique : la 7 méthylguanosine triphosphate et la seconde en la fixation d'une queue poly A
à l'extrémité 3'. Cette queue composée de résidus d'adénosine peut comporter 200 unités. Elle
semble protéger l'ARNm contre la dégradation par les enzymes cytoplasmiques. On constate
en effet que si un ARNm de procaryotes a une durée de vie de quelques minutes seulement,
au contraire les ARNm d’eucaryotes peuvent subsister pendant plusieurs jours, voire plusieurs

semaines.

Par ailleurs, beaucoup de gènes eucaryotes contiennent une ou plusieurs sections d'ADN qui
sont transcrites en ARNm, mais excisées avant que l'ARN soit traduit en protéines. Les
sections éliminées sont des régions non codantes appelées introns. Leur taille varie entre 50
et 10.000 nucléotides. Les introns sont interposés entre les exons qui sont les régions codantes
de l'ADN et de l'ARNm.

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On trouve des introns dans presque tous les gènes d'eucaryotes, à l'exception de certains,
comme ceux codant pour des histones par exemple. Certains gènes en contiennent beaucoup :
le nombre record rapporté jusqu'à présent est supérieur à 50; il s'agit du gène codant le

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collagène. On trouve aussi des introns dans certains gènes de mitochondries, mais on n'en a
pas découvert dans les mitochondries humaines.
Un gène qui contient des introns est transcrit en entier, mais après l'addition de la queue poly
A, les introns sont éliminés et les exons liés entre eux (= épissage).
Actuellement, on ne sait que fort peu de choses sur la fonction des introns.

3.2.4. Les caryotypes

Le caryotype est la représentation ordonnée de l’ensemble des chromosomes d’une cellule,


obtenue après regroupement par types, par paires et par ordre décroissant de taille.

Certains alcaloïdes d'origine végétale, tels la colchicine et la vinblastine inhibent certaines


étapes de la division cellulaire en bloquant la polymérisation des microtubules en général, et
en particulier, ceux du fuseau mitotique.

Dans des cellules traitées par ces alcaloïdes, la première étape de la division (la prophase) se
déroule normalement et aboutit à la formation de chromosomes condensés ou métaphasiques
qui restent bloqués à ce stade.
Cette propriété a été mise à profit dans la réalisation des caryotypes dont l'importance est
considérable dans l'étude génétique des animaux et plus particulièrement dans le diagnostic
prénatal de certaines anomalies génétiques chez l'homme. Les caryotypes en effet permettent
de déterminer, d'une part le nombre de chromosomes par cellule et d'autre part la forme des
chromosomes.

Le principe de la technique est le suivant.


On prélève des cellules de l'organisme à étudier, par exemple des cellules du derme de
l'homme ou des cellules contenues dans le liquide amniotique d'un fœtus, puis on les cultive
in vitro en présence d'un poison mitotique. Dès lors les cellules continuent d'entrer en
division, tout en ne pouvant pas dépasser la métaphase. En fin de culture, les cellules sont
déposées sur une lame porte-objet de microscope et soumises à un choc osmotique qui les fait
éclater tout en dispersant leurs chromosomes sur la lame.

Après fixation et coloration, les chromosomes métaphasiques peuvent être aisément


dénombrés, et photographiés pour en examiner la structure.

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L'observation de caryotypes d'un grand nombre d'espèces a permis de préciser que pour une
espèce donnée, le nombre et l'aspect des chromosomes métaphasiques sont identiques d'un
organe et d'un individu à l'autre.
Chez les animaux pluricellulaires, ces chromosomes sont en général semblables deux à deux.
L'assortiment chromosomial comporte alors n paires de chromosomes homologues et la
cellule est dite diploïde. En revanche, les cellules germinales de ces mêmes organismes ne
possèdent qu'un seul assortiment de chromosomes, elles sont dites haploïdes.
Le tableau ci-dessous donne à titre exemplatif le caryotype d'un certain nombre d'espèces

Cellules végétales (2 n) Cellules animales (2 n)

Maïs 10 Ascaris 4
Radis 18 Drosophile 8
Laitue 18 Grenouille 26
Café 22 Criquet 30
Coton 26 Homme 46
Bouleau 28 Gorille 48
Froment 42 Saumon 58
Pomme de terre 48 Cheval 64
Ananas 100 Canard 78

Divers exemples de caryotypes

Depuis 1956, grâce aux travaux de Tijo et Levan, on sait que l’Homme possède dans ses
cellules 23 paires de chromosomes (voir figure).

22 de ces paires sont semblables chez l’homme et chez la femme : ce sont les autosomes.
La 23e paire est composée chez la femme de deux grands chromosomes appelés X (XX),
tandis que l’homme possède un chromosome X et un chromosome plus petit, en forme de Y,
appelé Y (XY) : ce sont les hétérosomes ou hétérochromosomes.

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Remarques :
- Depuis décembre 1999, le chromosome humain 22 est complètement séquencé. Il
comporte 33 millions de paires de base et environ 1000 gènes.
A titre comparatif, précisons que le génome de la levure de boulanger « Saccharomyces
cerevisiae » ne comporte que 12 millions de paires de base mais qu’il contient 6000 gènes.
- Un nombre anormal de chromosomes peut entraîner de graves conséquences pour
l’individu (effet de dose).
Ex. : Trisomie 21

Depuis 1970, on a mis au point des techniques de coloration qui font apparaître sur les
chromosomes des « bandes » caractéristiques et il est maintenant aisé d’identifier chacune des
23 paires de chromosomes.

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3.3. PRINCIPES DE L’ANALYSE GENETIQUE

Les caractères les plus fréquemment étudiés sont les fonctions biochimiques que les bactéries
peuvent manifester dans un milieu donné.
On appelle fonction, l'ensemble des réactions qui conduisent à la biosynthèse ou à la
biodégradation d'une molécule biologique. Ces réactions sont catalysées par une ou
généralement plusieurs enzymes dont la synthèse est elle-même dirigée par des segments
d'ADN.

L'ensemble des segments d'ADN impliqués dans la réalisation d'une fonction constituent un
gène de fonction. On désigne les gènes de fonction par un sigle de trois lettres écrites en
italiques majuscules si la fonction est normale et en italiques minuscules si la fonction est
déficiente.
Exemple : LAC correspondra à une bactérie capable d'utiliser le lactose comme source de
carbone et d'énergie (= Lac+).
lac correspondra à une bactérie déficiente pour cette fonction (= Lac-).

3.3.1. Notion de marqueur génétique

Si l'on traite des pneumocoques R non pathogènes avec de l'ADN de bactéries S pathogènes,
on obtient la transformation de bactéries R en bactéries S. Dans ce cas, le gène responsable de
la synthèse du polysaccharide de la capsule marque le segment d'ADN transféré.

D'une manière générale, les marqueurs génétiques sont des allèles ou des gènes mutés qui
permettent de caractériser un organisme ou une cellule grâce à un phénotype déterminé.
Plus concrètement, un marqueur génétique est un segment d'ADN qui ayant subi une
mutation, peut retrouver sa fonction initiale à la suite de l'apport d'un segment équivalent
d'ADN exogène.

3.3.2. Cartographie génétique

Théoriquement, la position des gènes sur l'ADN peut être soit aléatoire, soit ordonnée.

- Dans l'hypothèse d'une localisation aléatoire, un marqueur, le "marqueur m" par exemple
sera aussi fréquemment premier voisin de "n" que de "a" ou de tout autre marqueur.

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Dans ce cas, la probabilité pour qu'un transfert d'ADN porte en même temps sur deux
marqueurs donnés ne dépendra que de la longueur du segment d’ADN concerné et pas de la
nature des gènes.

- Dans l'hypothèse d'une localisation ordonnée, si les gènes se succèdent suivant un ordre
précis, par exemple : a, b, c, d, e, f et que l'on transfère le marqueur c et un autre, il est
probable qu'il s'agira de b ou d plutôt que de n'importe quel autre gène.
En d'autres termes, la probabilité pour que deux marqueurs soient transmis ensemble est
d'autant plus grande que ces deux marqueurs sont plus proches l'un de l'autre.

Pour choisir entre ces deux hypothèses, il faut pouvoir localiser les gènes sur l'ADN bactérien,
c'est-à-dire faire de la cartographie génétique.
L'outil qui permet de cartographier les gènes est la recombinaison génétique.

3.3.3. Notion de recombinaison génétique

Il est possible de transmettre des informations génétiques d'une bactérie à une autre en
transférant de l'ADN de la première vers la seconde.
Les techniques les plus couramment utilisées pour assurer ce transfert appelé recombinaison
génétique sont : la transformation, la conjugaison et la transduction.

A. La transformation

Il s'agit d'un processus qui consiste à fournir de l'ADN purifié à une population bactérienne
(Expérience de Avery, Mac Leod et Mc Carthy sur Streptococcus pneumoniae).
Toutefois, la transformation bactérienne n'est guère utilisée dans l'établissement d'une carte
génétique et ce pour deux raisons. Chez beaucoup d'espèces bactériennes, la transformation
est inexistante, faute d'enzymes susceptibles de faire pénétrer l'ADN dans la bactérie
réceptrice.
Par ailleurs, il n'est guère possible de déterminer au préalable la longueur du fragment d'ADN
qui pénètrera effectivement dans la cellule.

B. La conjugaison.

C'est le processus par lequel deux bactéries s'apparient. Au cours de cet appariement, l'une
d'elle la donneuse F+ introduit son ADN dans la bactérie réceptrice F- grâce aux pilis.

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La conjugaison bactérienne a été mise en évidence en 1946 par Lederberg et Tatum. Ces
chercheurs ont travaillé sur deux souches d'E. coli K12, auxotrophes, c'est-à-dire déficientes
pour la synthèse de certains nutriments. L'une des souches était déficiente pour la méthionine
et la biotine (met, bio), l'autre pour la thréonine et la leucine (thr, leu ).

Dans un premier temps, ils ont cultivé les deux souches : met, bio, THR, LEU et MET, BIO,
thr, leu, ensemble mais sur un milieu complet pour qu'elles puissent se développer malgré
leurs déficiences.

Dans un deuxième temps, ils les ont transférées sur un milieu minimum. Normalement,
aucune des deux souches n'aurait dû proliférer, or quelques bactéries, nécessairement MET,
BIO, THR, LEU se sont développées. La fréquence d'apparition de ces bactéries, aptes à
croître sur un milieu minimum est de 10-7.

En outre, ils ont montré qu'un contact direct entre bactéries est nécessaire pour obtenir ce
résultat.
La conjugaison ne peut se faire qu'entre une bactérie réceptrice F- et une bactérie F+, c'est-à-
dire pourvue d'un facteur de fertilité (F) initiateur de la conjugaison.
Le facteur F est porté par un plasmide qui peut être soit libre, soit intégré dans l'ADN
bactérien.

Cas du plasmide libre

Les bactéries qui possèdent un gène F inséré dans un plasmide libre, sont dites bactéries F+.
Elles ont une fréquence de recombinaison faible, de l'ordre de 10-6.

Dans cette situation cependant, le plasmide est transmis très efficacement par conjugaison
entre bactéries et la bactérie F- est généralement transformée en F+.
Le contact physique entre deux bactéries conjugantes est assuré par les pili de la bactérie F+.

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Remarque :
Le facteur R qui confère la résistance à certains antibiotiques peut être lui aussi transféré par
conjugaison ("conjugaison infectieuse").

Cas du plasmide intégré

Lorsque le plasmide portant le facteur F est intégré dans l'ADN bactérien, les bactéries F+ se
caractérisent par une haute fréquence de recombinaison, de l'ordre de 10-2. On les appelle Hfr.
Dans les croisements Hfr / F-, pratiquement aucune bactérie F- n'est convertie en F+ ou en
Hfr.

Lorsqu'une bactérie Hfr et une bactérie F- conjuguent, une nouvelle molécule d’ADN linéaire
commence à être synthétisée. Le point d'initiation de la synthèse correspond à peu près au
niveau où le plasmide F+ est intégré. C'est cette molécule néoformée qui va pénétrer dans F-.

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Dans la bactérie F-, certains segments provenant de la bactérie Hfr pourront s'insérer dans
l'ADN de la bactérie réceptrice et par là-même, y restaurer certaines fonctions déficientes.
Au cours de la conjugaison, il est rare que la totalité de l'ADN de la bactérie Hfr passe dans la
bactérie F- car la moindre perturbation provoque la séparation des conjugants. En particulier,
il est exceptionnel que le gène F soit transféré. Dès lors, dans les croisements Hfr / F-
pratiquement aucune bactérie F- n'est convertie en F+ ou en Hfr.

Conjugaison interrompue. La vitesse de passage de l'ADN de la bactérie Hfr dans la


bactérie F- semble uniforme tout au long du transfert. En mélangeant des Hfr et des F-, puis
en rompant les contacts entre conjuguants par agitation violente, au mixer par exemple, on
peut étudier la cinétique du transfert de l'ADN et sur cette base établir une carte génétique
portant sur des segments très longs d'ADN.
Exemple : Des cellules F-, STR, thr, lac, gal, ile sont mises à conjuguer avec des cellules Hfr,
str, THR, LAC, GAL, ILE. A différents temps après que les cellules aient été mélangées (16
min, 26 min, 33 min, 80 min) des échantillons sont prélevés, passés au mixer, puis étalés sur
des milieux contenant de la streptomycine.

L'antibiotique tue les cellules Hfr, parce qu'elles sont str, c'est-à-dire sensibles à la
streptomycine, mais pas les cellules F- qui peuvent alors être testées pour leur capacité à
effectuer les quatre fonctions métaboliques considérées ici. Les résultats obtenus sont les
suivants :
après 16 minutes, les bactéries sont F-, STR, THR, lac, gal, ile
26 minutes, F-, STR, THR, LAC, gal, ile
33 minutes, F-, STR, THR, LAC, GAL, ile
80 minutes, F-, STR, THR, LAC, GAL, ILE

Ces résultats permettent : 1. de préciser la séquence des gènes


2. d'estimer la distance qui les sépare.

______________|_________|_____|_____________________________________
F thr lac gal ile

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C. La transduction

C'est le processus par lequel, un virus parasite successivement deux bactéries et amène un
fragment d'ADN de la première bactérie hôte dans la deuxième.
Ce processus de transduction sera vu plus en détails par la suite.

Remarque :
Chez les eucaryotes, une étape préalable est requise : il convient d’abord de déterminer sur
quel chromosome se trouve le gène que l’on veut cartographier. Ensuite, seulement, on pourra
préciser la localisation précise (= locus) de ce gène sur le chromosome.

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CHAPITRE IV

MITOSE, MEIOSE et SEXUALITE

4.1 La mitose

4.2 Le cycle cellulaire

4.3 La méiose

4.4 Recombinaison et diversité

4.5 Etablissement de la carte factorielle

4.6 Anomalie du caryotype

4.7 Détermination génétique du sexe


4.7.1. Les chromosomes sexuels
4.7.2. Influence des chromosomes sexuels
A. cas des drosophiles
B. cas des êtres humains
4.7.3. Corpuscule de Barr

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CHAPITRE IV : MITOSE, MEIOSE et SEXUALITE

4.1. LA MITOSE

Après avoir atteint sa taille maximale, une cellule peut avoir deux destinées très différentes.
Elle peut soit vieillir et mourir, soit se diviser en deux cellules filles.
Le processus de division général est la mitose. À l'issue de chaque division mitotique, la
cellule mère donne naissance à deux cellules filles qui lui sont génétiquement identiques.

La mitose est un phénomène continu qui, suivant le type cellulaire, se déroule pendant une
période qui varie de quelques minutes à plusieurs heures. Elle comprend la division du noyau
ou caryocinèse, qui correspond à la mitose proprement dite; suivie de la division du
cytoplasme ou cytocinèse.

La mitose peut être définie comme une série d'événements au cours desquels les
chromosomes d'une cellule, déjà dupliqués pendant l'intercinèse sont séparés en deux groupes
égaux.
Le déroulement de la mitose est jalonné d'événements marquants qui sont pris comme repères
pour diviser le phénomène en six stades principaux : la prophase, la prémétaphase, la
métaphase, l'anaphase, la télophase et la cytocinèse.

La prophase

Au niveau du noyau, la prophase est marquée par la condensation de la chromatine en une


série de chromosomes qui deviennent visibles individuellement. Le nombre de chromosomes
est déterminé pour une espèce animale ou végétale donnée. Chaque chromosome est constitué
de deux chromatides qui résultent de la réplication de l'ADN au cours de l'intercinèse. Ces
chromatides, qualifiées de chromatides sœurs sont séparées l'une de l'autre, sauf en une
région, le centromère, où elles sont étroitement associées. C'est au niveau des centromères que
s'édifient en contact étroit avec les chromatides, en positions symétriques et opposées, les
kinétochores. Ces structures pluristratifiées constituent des centres organisateurs de la
polymérisation de microtubules. La condensation des chromosomes se poursuit tout au long
de la prophase. Le nucléole disparaît progressivement.

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En intercinèse, la plupart des cellules animales possèdent un diplosome, c'est-à-dire une paire
de centrioles perpendiculaires l'un à l'autre entouré d'un matériel péricentriolaire. Ce
complexe est situé à proximité du noyau.
En début de prophase, le diplosome se duplique. Les deux complexes centriolaires, une fois
édifiés sont rapidement entourés de microtubules dont la formation est induite par le matériel
péricentriolaire. Ces microtubules s'orientent de manière rayonnée autour de chaque
diplosome et constituent les asters. Les diplosomes entourés de leur aster migrent alors
progressivement en direction opposée dans le cytoplasme. L'élongation des microtubules
polaires situés entre les deux diplosomes est plus importante que celle des asters. Ces
microtubules constituent l'ébauche du fuseau mitotique.

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La prémétaphase

La prémétaphase est marquée par la rupture de l'enveloppe nucléaire dont les fragments se
dispersent rapidement dans le cytoplasme. La disparition de l’enveloppe nucléaire
s’accompagne de l’étalement du fuseau mitotique qui occupe tout l’espace libéré.
Au niveau des chromosomes, les kinétochores deviennent fonctionnels et induisent la
formation de microtubules kinétochoriens ou chromosomiques qui s'édifient
perpendiculairement au grand axe du chromosome.
Les chromosomes pourvus de leurs microtubules s'orientent par rapport aux pôles de manière
telle que chacun des deux kinétochores se trouve en face d'un pôle opposé. Cette orientation
des chromosomes entraîne l'imbrication des microtubules kinétochoriens et polaires dont les
trajets deviennent parallèles. Les microtubules kinétochoriens s'allongent, tandis que les
chromosomes migrent vers le plan équatorial du fuseau.

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La métaphase

La métaphase est caractérisée par le rassemblement des chromosomes à l'équateur du fuseau.


C'est à ce stade que les chromosomes sont le plus condensés.

Leur situation sur le plan équatorial est telle que leurs kinétochores font face chacun à un pôle
opposé et sont équidistants de ce pôle.

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Les microtubules kinétochoriens vont du kinétochore dont ils sont issus vers le pôle auquel ce
kinétochore fait face. Quant aux microtubules polaires, ils s'étendent soit d'un pôle à l'autre,
soit du pôle dont ils sont issus au plan équatorial.

L'anaphase

C'est à l'anaphase que se produit le partage des chromosomes en deux lots identiques.
Au début de l'anaphase, les chromatides sœurs se séparent au niveau du centromère. Chaque
chromatide devenue autonome devient un chromosome indépendant.
Les chromatides migrent alors en sens opposé vers un pôle du fuseau, kinétochore en tête. La
migration des chromatides est favorisée par le raccourcissement progressif des microtubules
kinétochoriens et l'allongement général du fuseau, c'est-à-dire des microtubules polaires.
Au cours de la migration, le déplacement des chromosomes est synchrone.
La fin de l'anaphase est marquée par le rassemblement de chaque lot de chromosomes à un
pôle opposé du fuseau. A ce stade les microtubules kinétochoriens sont totalement
dépolymérisés.
Par ailleurs, une légère invagination de la membrane plasmique qui ceinture la cellule au
niveau du plan équatorial amorce la cytocinèse.

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La télophase

La télophase commence lorsque les deux lots de chromosomes ont atteint chacun un pôle du
fuseau. Elle est marquée par la formation d'un noyau dans chacune des cellules filles. A ce
stade, les microtubules polaires perdent leurs connexions avec les pôles. L'enveloppe
nucléaire s'édifie à partir de vésicules du réticulum endoplasmique. Les pores nucléaires
apparaissent précocement à mesure que s'édifie l'enveloppe nucléaire.
Lorsque l'enveloppe nucléaire est complète, le volume du noyau augmente tandis que les
chromosomes se décondensent et que la chromatine reprend son aspect interphasique. La
décondensation des chromosomes s'accompagne de la reprise de leurs activités métaboliques,
il y a à nouveau transcription. Le nucléole réapparaît au niveau de l'organisateur nucléolaire.

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La cytocinèse

Le sillon de division de la cellule en deux cellules filles se creuse progressivement. Dès son
apparition, un faisceau de microfilaments, parallèles entre eux, se met en place sous la
membrane plasmique. Ces microfilaments constitués d'actine forment un anneau concentrique
ou sillon de division. Cet anneau est contractile et joue un rôle fondamental dans la
cytocinèse.

Lorsque le sillon de division atteint la région médiane où subsistent encore quelques


microtubules polaires, l'anneau contractile disparaît suite à la dispersion des microfilaments.

Remarque :
Compte tenu de la présence d'une paroi, la cytocinèse des cellules végétales ne peut se faire
par étranglement de la cellule mère. En revanche, dès la fin de la télophase, des vésicules
golgiennes affluent vers la région centrale de la zone équatoriale, puis elles progressent de
façon centrifuge. Les vésicules fusionnent entre elles, tout en ménageant des ponts
cytoplasmiques qui formeront les plasmodesmes. Une fois mises en place, ces vésicules
secrètent la nouvelle paroi cellulaire.

Chronologie de la mitose

La durée du déroulement de la mitose varie très fort d'un type cellulaire à l'autre. Mais dans
tous les cas, la prophase est l'étape la plus longue.

Type cellulaire Prophase Métaphase Anaphase Télophase


Fibroblaste poulet 45’ 6’ 2’ 10’
Hépatocyte de rat 360’ 10’ 30’ 30’
Œuf de drosophile 4’ 0,5’ 1’ 50’’

4.2. LE CYCLE CELLULAIRE

Chaque type cellulaire a une durée de vie caractéristique. Les cellules des jeunes embryons
peuvent se diviser rapidement soit à intervalles aussi brefs que 15 ou 20 minutes. La plupart
des cellules de l'adulte ont une durée de vie allant de 8 heures environ à plus de 100 jours
selon le type de cellule en cause. Certaines cellules enfin ne peuvent plus se diviser une fois

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qu'elles sont différenciées; tôt ou tard, elles devront mourir. C'est le cas, par exemple, des
cellules nerveuses et musculaires et des globules rouges.
Les cellules se divisent suivant un cycle typique, appelé cycle cellulaire qui va du moment où
la cellule est formée par division jusqu'à la fin de sa propre division. Le cycle cellulaire
comporte quatre phases distinctes : M - G1 - S et G2. Durant la phase mitotique (M), le noyau
et le cytoplasme se divisent et forment deux nouvelles cellules. Le reste du cycle appelé,
interphase ou intercinèse, comporte trois autres phases.
La phase centrale, nommée phase S (S pour synthèse) correspond à la synthèse d'ADN, c'est-
à-dire à la duplication du matériel génétique en vue de la prochaine division cellulaire.
La phase G1 (G pour gap, intervalle) va de la naissance d'une nouvelle cellule jusqu'au début
de la synthèse de son ADN. La phase G2 se situe entre la phase S et la division cellulaire
suivante. L'existence des trois phases de l'intercinèse a été découverte grâce à des expériences
utilisant des nucléotides de thymine marqués à l'hydrogène radioactif (thymidine tritiée) qui
ne s'incorporent que dans l'ADN.

Dans la plupart des cas, l'interphase représente 90% et plus du cycle cellulaire. La durée de la
phase G1 est la portion la plus variable du cycle.

La réplication de l'ADN au cours de l'intercinèse implique qu'une cellule diploïde qui entre en
mitose possède non seulement deux lots de chromosomes homologues, mais que pour chacun
de ces homologues, il existe deux copies identiques, matérialisées par l'existence de
chromatides sœurs.

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Dès lors, si pour une espèce donnée, q est la quantité d'ADN présente dans un spermatozoïde,
on trouve dans chaque noyau d'un organe autre que les gonades 2 n chromosomes et 2 q
d'ADN juste après une division; 2 n chromosomes et 4 q avant la division suivante.

4.3. LA MEIOSE

La méiose est un mode de division cellulaire directement et exclusivement lié à la


reproduction sexuée. Elle constitue de fait une étape essentielle de la spermatogenèse et de
l'ovogenèse.
Les cellules diploïdes d'un organisme comportent toutes deux assortiments de chromosomes,
l'un venant du père, l'autre de la mère. Ces deux assortiments sont qualifiés d'homologues.

La méiose est un processus long et complexe qui comporte deux divisions successives qui ne
sont pas séparées par une interphase. Il n'y a donc pas de réplication de l'ADN entre les deux
divisions.
Au terme de ces deux divisions, une cellule diploïde produit quatre cellules haploïdes.
Comme la mitose, les deux divisions méiotiques comportent la formation d'un fuseau et le
mouvement des chromosomes vers les pôles de ce fuseau. La méiose présente toutefois
certaines caractéristiques qui n'existent pas dans la mitose. La méiose a été décrite pour la
première fois par un embryologiste belge Edouard VAN BENEDEN (Liège 1882) à partir
d'un ver parasite : l'Ascaris. L'Ascaris présente le double avantage d'avoir des organes
génitaux tubulaires dans lesquels les différentes étapes de la méiose se succèdent de manière
linéaire et de ne posséder que quatre chromosomes à l'état diploïde.

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Comme la méiose produit des noyaux haploïdes à partir de noyaux diploïdes, elle doit
comprendre un moyen permettant aux paires de chromosomes homologues de la cellule de se
répartir de façon précise en deux groupes contenant chacun un membre de chaque paire de
chromosomes. Les évènements qui permettent ce triage précis des chromosomes se produisent
pendant la prophase I. D'une manière ou d'une autre, chaque chromosome trouve son
homologue parmi tous les autres chromosomes du noyau. Les deux chromosomes s'alignent
alors exactement l'un en face de l'autre sur toute leur longueur. Ils sont maintenus associés par
un complexe protéinique appelé synaptonémial. Comme les chromosomes ont déjà été
dupliqués pendant la phase S, le groupe résultant est formé de quatre chromatides ou tétrade.
Le processus d'appariement des chromosomes porte le nom de Synapsis.
Au sein des tétrades, des phénomènes d'enjambement de chromatides non sœurs assurent
jusqu'à l'anaphase la cohérence entre les deux chromosomes homologues. Les points
d'enjambement sont appelés chiasmas.

A ce niveau, les deux chromosomes homologues peuvent échanger des portions de


chromatides par un mécanisme de recombinaison génétique : le crossing-over.
Les événements nucléaires et cytoplasmiques de la prophase I de méiose peuvent avoir des
durées très diverses et parfois très longues. C'est ainsi que chez certains animaux, les ovocytes
restent bloqués en prophase I de méiose pendant des années. Chez la femme notamment, les
ovocytes entrent en prophase pendant le cinquième mois de la vie fœtale et y demeurent
bloqués jusqu'au début de la puberté.
Au cours de l'ovogenèse, c'est pendant la prophase I que se réalise l'accumulation des réserves
ou vitellogenèse. Le noyau présente, pendant ces phases de synthèse, des aspects particuliers
des chromatides et des nucléoles liés à l'activité métabolique.

Au cours de la métaphase I, toutes les tétrades s'alignent pour former la plaque équatoriale.
Chaque chromosome fait face à son homologue, de part et d'autre de l'équateur et ne présente
de microtubules kinétochoriens que sur la face orientée vers un pôle. Cette disposition permet
la séparation des chromosomes homologues au moment de l'anaphase.

Pendant l'anaphase I, les centromères restent intacts, de sorte que les deux chromatides sœurs
de chaque chromosome se déplacent ensemble vers un pôle du fuseau, tandis que les deux
autres chromatides de la tétrade se déplacent vers le pôle opposé. Chaque groupe de
chromosomes s'organise alors en un nouveau noyau durant la télophase I.

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En résumé, la division I réduit un noyau diploïde en deux noyaux haploïdes, contenant des
chromosomes déjà dupliqués. C'est la raison pour laquelle la division I est parfois appelée
division réductionnelle.

La division II de la méiose se résume essentiellement à la division mitotique d'un noyau


haploïde en deux nouveaux noyaux haploïdes; elle se déroule beaucoup plus rapidement que
la division I.

Pendant la prophase II, un fuseau se forme dans chacune des deux cellules filles. Lors de la
métaphase, les chromosomes forment une plaque équatoriale, les centromères se séparent
libérant les chromatides sœurs sous la forme de chromosomes individuels. Ces derniers se
séparent ensuite en deux groupes et, au moment de la télophase II, ils s'organisent en deux
noyaux haploïdes. Comme la division I avait produit deux cellules haploïdes, la division de
celles-ci donne un nombre total de quatre cellules haploïdes.

De ce qui précède, nous pouvons déduire que la méiose assure le maintien du nombre de
chromosomes à travers les générations chez les espèces à reproduction sexuée.
Mais la méiose a aussi une autre conséquence importante : elle entraîne un brassage du
matériel génétique permettant la formation de nouvelles combinaisons dans la progéniture.

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4.4. RECOMBINAISON ET DIVERSITE

La méiose assure la recombinaison génétique de deux façons, par la production de nouveaux


assortiments de chromosomes lors de l'anaphase 1 et par l'échange de segments d'ADN entre
les chromosomes homologues lors de la prophase 1.

Les nouveaux assortiments de chromosomes résultent de la façon dont les chromosomes


homologues se répartissent à l'anaphase I de la méiose. Dans chaque cellule fille, un

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chromosome a autant de chances de se retrouver avec l'un ou l'autre représentant de chacune


des autres paires de chromosomes homologues.

Prenons par exemple : un individu qui a hérité les chromosomes ABC de sa mère et les
chromosomes correspondants abc de son père. Pendant la métaphase I, la position qu'adopte
la tétrade AAaa par rapport à l'équateur est indépendante de la position adoptée par les autres
tétrades. Il en est de même pour toutes les autres paires de chromosomes.
Ces trois paires de chromosomes peuvent donc s'aligner de quatre façons différentes de part et
d'autre de l'équateur,

soit AA BB CC soit AA bb CC soit AA BB cc soit AA bb cc


aa bb cc aa BB cc aa bb CC aa BB CC

Ceci donne une possibilité de huit combinaisons chromosomiques différentes dans les
gamètes, toutes aussi probables les unes que les autres : ABC et abc, AbC et aBc, ABc et
abC, Abc et aBC.

En généralisant, nous pouvons dire que la ségrégation de n paires de chromosomes entre deux
cellules haploïdes peut donner naissance à 2n combinaisons différentes.
Dans le cas de l'homme, n étant égal à 23, le nombre de combinaisons différentes possibles
dans les gamètes est égal à 223 soit environ 8 millions, dont deux seulement se réalisent
effectivement à chaque méiose.

Les crossing-over impliquent la cassure des doubles hélices d'ADN maternelle et paternelle de
chacune des deux chromatides et leur réunion croisée par un processus de recombinaison
génétique. Ce mécanisme a pour résultat de placer sur le même chromosome des gènes qui se
trouvaient auparavant sur des chromosomes différents et vice-versa.
Supposons par exemple que chez une personne, un chromosome porte le gène codant une
amylase salivaire normale et le gène déterminant le groupe sanguin Rhésus+ tandis que son
homologue porte un gène mutant qui code une amylase défectueuse et un gène codant pour le
groupe Rhésus-. A la suite d'un crossing-over entre les sites occupés par ces deux gènes, l'une
des chromatides portera les gènes de l'amylase normale et du sang Rhésus- et l'autre les gènes
de l'amylase mutée et du sang Rhésus+.
Étant donné que chacun des chromosomes initiaux a été hérité de l'un des deux parents, le
crossing-over a pour effet de combiner sur une même chromatide des gènes provenant les uns
du père, les autres de la mère.

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Par recombinaisons génétiques, les individus sexués engendrent une descendance d'une
diversité imprévisible dont les génotypes, qui ne sont dus qu'au hasard, ont au moins autant de
chances de représenter un changement néfaste qu'un changement bénéfique. Dès lors en quoi
consiste l'avantage ? Si un parent engendre une nombreuse descendance possédant une grande
variété de recombinaisons génétiques, il y a plus de chance qu'un de ses descendants au moins
possède l'assortiment nécessaire à la survie.
Choisissons à titre d'exemple, le problème posé par la sensibilité des insectes aux insecticides
et plus particulièrement au DDT. Une population d'insectes est faite d'individus apparemment
identiques dans leur ensemble, mais suffisamment différents dans leurs détails de propriétés
pour que le produit toxique sélectionne les quelques insectes les plus résistants et tue tous les
autres. Les insectes des générations suivantes seront tous résistants au produit toxique. On
assistera donc au remplacement d'une population d'insectes sensibles au DDT par une
population résistante. Il y aura beaucoup de morts, mais l'espèce survivra.

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4.5. ETABLISSEMENT DE LA CARTE FACTORIELLE

À la suite de l'analyse de croisements impliquant de nombreux gènes, Morgan a fait


l'hypothèse que les gènes étaient disposés linéairement sur le chromosome et que la fréquence
de recombinaison traduisait leur position relative. S'appuyant sur cette hypothèse, A.M.
Sturtevant a suggéré que la fréquence de recombinaison pourrait être utilisée comme mesure
de la distance entre deux gènes et que leur disposition linéaire sur le chromosome pourrait
constituer la base d'une carte génétique. Les locus qui se recombinent rarement seraient plus
proches que ceux qui se recombinent avec une fréquence élevée (voir figure tirée de
« Biologie »).

Par définition, une unité sur la carte serait égale à 1% de recombinaison ou de crossing-over
et la distance correspondrait ainsi au pourcentage de recombinaison.
Cette unité est appelée le centimorgan.

Si le principe de construction d'une carte génétique proposé par Sturtevant est relativement
simple et reste tout à fait valable aujourd'hui, la réalisation d'une telle carte est souvent
beaucoup plus compliquée. En effet, nous savons aujourd'hui
1) que compte tenu de son hétérogénéité d'enroulement, une chromatide n'est pas également
fragile en tous ses points,
2) que le calcul des fréquences de recombinaisons entre locus peut être compliqué par le fait
qu'entre locus éloignés, il peut se produire plusieurs crossing-over au cours de la même
méiose.

En conclusion. Si une carte factorielle basée sur la fréquence de recombinaison des allèles par
crossing-over permet d'établir la séquence des gènes sur un chromosome, en revanche, cette
méthode est susceptible d'introduire des erreurs en ce qui concerne l'estimation de la distance
qui sépare les gènes.

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4.6. ANOMALIES DU CARYOTYPE (« Accident » lors de la méiose)

Exemple : Fréquence des naissances de trisomiques 21

Environ un cas sur 600 à 800 naissances.


En 1974, aux Etats-Unis, on dénombrait 350.000 trisomiques 21 sur une population de 211
millions d’habitants.

Le risque d’apparition d’une trisomie 21 augmente avec l’âge de la mère (un trisomique sur
trois a une mère âgée de plus de 40 ans).

La différence entre les modalités de la spermatogenèse et de l’ovogenèse permet d’expliquer


pourquoi le risque d’apparition d’une trisomie augmente avec l’âge de la mère et non avec
celui du père. Chez l’homme, les spermatogonies se transforment en spermatozoïdes de

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manière continue pendant toute la vie sexuelle des individus. Au contraire, chez la femme, le
stock d’ovocytes primaires est entièrement formé à la naissance : la maturation des ovocytes
reprendra à la puberté, à raison d’un ovule à la fois, et ce jusqu’à la ménopause. Chez une
femme de 45 ans, un ovocyte primaire qui reprend le cours de sa méiose est donc également
âgé de 45 ans. Ces ovocytes vieillis ont été soumis tout au long de leur existence aux agents
mutagènes, les effets de ces agents mutagènes se sont accumulés et les accidents de division
cellulaire (comme la non-disjonction des chromosomes à la méiose) deviennent de plus en
plus fréquents avec l’âge.

4.7. DETERMINATION GENETIQUE DU SEXE

4.7.1. Les chromosomes sexuels

Chez un grand nombre d'organismes, le sexe est déterminé par une paire de chromosomes
appelés chromosomes sexuels. Le plus souvent, cette paire se compose de deux
chromosomes semblables chez l'un des deux sexes (XX par exemple) et de chromosomes
différents chez l'autre sexe (XY).
Lors de la gamétogenèse, les chromosomes sexuels se comportent de la même façon que les
autosomes. Par conséquent, les individus possédant deux chromosomes semblables forment
des gamètes d'un seul type, contenant tous le chromosome X : on dira qu'ils appartiennent au
sexe homogamétique ou monogamétique. Les gamètes des individus de l'autre sexe sont de
deux types : la moitié contient un chromosome X et l'autre moitié un chromosome Y, c'est le
sexe hétérogamétique ou digamétique.

Chez la plupart des mammifères, y compris l'être humain ainsi que chez beaucoup de
végétaux et d'insectes, le sexe mâle est hétérogamétique; les mâles possèdent un chromosome
X et un chromosome Y.
Au contraire, chez les oiseaux et les papillons, les femelles ont un chromosome Z et un
chromosome W, alors que les mâles ont deux chromosomes Z. Certains poissons, amphibiens
et reptiles ont également des mâles ZZ et des femelles ZW.

Chez certains organismes, on a découvert divers modes inhabituels de détermination du sexe.


C'est ainsi, que chez de nombreux insectes hyménoptères (abeilles, guêpes, fourmis), les
femelles sont diploïdes et les mâles haploïdes, ces derniers se développant à partir d'œufs non
fécondés.

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Enfin chez certains animaux, le sexe est déterminé par des facteurs du milieu. Chez l'alligator
par exemple et chez plusieurs autres espèces de reptiles, c'est la température qui détermine le
sexe de la progéniture.

4.7.2. Influence des chromosomes sexuels

La possession d'un assortiment chromosomique sexuel particulier oriente le développement


d'un embryon soit en mâle, soit en femelle. Ceci suggère que les chromosomes sexuels portent
les gènes responsables de la différenciation sexuelle. La réalité toutefois n'est pas aussi
simple. Il s'est avéré que la plupart des gènes intervenant dans la production des caractères
mâles et femelles, telles les hormones sexuelles, sont situés sur des autosomes.
Comment alors les chromosomes sexuels déterminent-ils le sexe? La réponse n'est pas la
même pour tous les organismes.

A. Cas des drosophiles

Chez les drosophiles, les femelles sont XX et les mâles XY. Chez ces mouches toutefois, le
sexe est déterminé par le rapport entre le nombre de chromosomes X et le nombre
d'autosomes (voir tableau) comme le montrent diverses situations de polyploidie et
d'aneuploidie.
Par exemple, deux jeux d'autosomes et un chromosome X produisent un mâle normal tandis
que deux chromosomes X donnent une femelle normale, peu importe qu'un chromosome Y
soit présent ou non. Le chromosome Y n'intervient donc pas dans la détermination du sexe
chez la drosophile. En revanche, toute modification de l'équilibre numérique entre autosomes
et chromosome X produit des individus stériles

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génotypes rapports X phénotypes


A

2A + 3X 1,5 ultra-femelles stériles


3A + 4X 1,33
4A + 4X
3A + 3X 1 femelles
2A + 2X

4A + 3X 0,75 intersexués stériles


3A + 2X 0,67
2A + XY
4A + 2X 0,5 mâles
2A + 1X

3A + 1X 0,33 ultra-mâles stériles

(Les génotypes sont les génotypes sauvages).

B. Cas des êtres humains et autres mammifères

C'est l'analyse clinique, résumée dans le tableau ci-dessous, de divers cas d'aneuploïdie
portant sur les chromosomes sexuels qui a permis de montrer l'importance du chromosome Y
dans la détermination génétique du sexe chez l'homme car c’est lui qui induit le
développement de l’embryon dans le sens mâle. S’il est absent, l’embryon se développera
dans le sens féminin (voir figure).

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Chromosomes sexuels Phénotype

XX Femme normale
XY Homme normal

X (Syndrome de Turner) Femme; stérile à ovaires rudimentaires


XXX Femme; phénotypiquement normale

XXY (Syndrome de Klinefelter) Homme; stérile, arriération mentale possible


XYY Homme; grande taille, fertilité réduite

Les syndromes de Turner et de Klinefelter, en particulier, révèlent que pour l'espèce humaine,
la possession d'un chromosome Y est déterminante. En effet, s'il n'en était pas ainsi, les
Turner seraient des hommes (puisqu'ils n'ont qu'un X) et les Klinefelter des femmes
(puisqu'ils ont deux X).
On peut donc conclure que chez l'homme, la balance entre les X et les Y est capitale pour
obtenir un développement sexuel normal.

Remarque :
Les cas des XYY a fait, dans ces dernières années, couler beaucoup d'encre. Sur la base de
certaines enquêtes, d'ailleurs controversées, on a signalé qu'aux États-Unis, la proportion de
XYY est plus grande parmi les hommes condamnés et incarcérés pour crimes violents que
dans le reste de la population. Certains y ont vu une prédisposition génétique à la violence
qui, bien entendu, poserait le problème de la responsabilité pénale des criminels chez lesquels
on aurait détecté cette disomie du Y.
Un mouvement d'éthique médicale s'est développé aux États-Unis pour que l'on renonce à
rechercher systématiquement les XYY parmi les enfants mâles ou, à tout le moins, pour qu'on
évite de communiquer le renseignement aux parents et aux éducateurs. Le seul fait d'éduquer
un enfant en sachant qu'il "pourrait être" un violent, risque en effet de perturber son
psychisme davantage que ne le ferait son Y excédentaire !

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Des gonades indifférenciées, rudimentaires qui peuvent devenir soit des testicules, soit des
ovaires se forment chez tous les jeunes embryons humains. La voie qu’empruntera leur
développement ultérieur dépend des chromosomes sexuels présents. On sait aujourd’hui que
le chromosome Y code une protéine, appelée antigène H-Y, située à la surface de toutes les
cellules contenant le chromosome Y. Ce n’est qu’en présence de cet antigène que les gonades
se différencient en testicules. Ceux-ci produisent à leur tour de la testostérone, une hormone
qui doit être présente pour induire la différenciation des voies reproductrices mâles. Chez les
embryons humains, les testicules commencent à se différencier au cours de la sixième
semaine de développement.

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En absence de l’antigène H-Y, les gonades se différencient en ovaires dès la septième semaine
du développement et les voies génitales se constituent en voies génitales femelles sans
nécessité de signaux hormonaux provenant des ovaires.

4.7.3. Le corpuscule de Barr

C’est un corpuscule hétérochromatique accolé à la face interne de l’enveloppe nucléaire chez


les mammifères placentaires femelles. Il s’agit, en fait, d’un chromosome X dont la majeure
partie du génome n’est pas exprimée.
(En fait, ce chromosome X est « presque » totalement inactif mais quelques gènes du bras
court restent actifs cependant).
Cette « inactivation d’un chromosome sexuel » est un phénomène propre aux mammifères.
A un stade assez précoce, chaque cellule d’un embryon femelle inactive un de ses
chromosomes X. La probabilité d’inactivation du chromosome X d’origine paternelle ou
maternelle est généralement la même.
Le mécanisme de cette inactivation sélective n’est pas complètement compris. Elle fait
intervenir un gène particulier dont l’action a pour conséquence de provoquer une forte
méthylation de l’ADN et la conversion de la chromatine en hétérochromatine.

Dans une cellule, le nombre de corpuscules de Barr est égal au nombre de chromosomes X
moins un. Il n’y a donc pas de corpuscule chez l’homme normal.

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Table des matières détaillée

PREAMBULE ....................................................................................................................................................... 2
OBJECTIFS DU COURS ......................................................................................................................................... 2
CONTENU DU COURS .......................................................................................................................................... 2
TRAVAUX PRATIQUES DE LABORATOIRE ............................................................................................................ 2
SEMINAIRES ET EXERCICES ................................................................................................................................ 3
OUVRAGES CONSEILLES : ................................................................................................................................... 3
GUIDANCE.......................................................................................................................................................... 3

SOMMAIRE .......................................................................................................................................................... 4

CHAPITRE I : DEFINITION ET ORIGINE DES ÊTRES VIVANTS ........................................................... 6


1.1. COMPOSITION CHIMIQUE DES ETRES VIVANTS ........................................................................ 6
1.1.1. Les atomes .................................................................................................................................. 6
1.1.2. Les molécules biologiques ............................................................................................................ 6
A. Les sucres (ou glucides) ......................................................................................................................... 8
B. Les lipides .............................................................................................................................................. 8
C. Les acides aminés ................................................................................................................................. 9
D. Les nucléotides ..................................................................................................................................... 9
1.2. STRUCTURE GENERALE D’UNE CELLULE PROCARYOTE ET D’UNE CELLULE
EUCARYOTE ..................................................................................................................................... 13
1.2.1. Cellule procaryote ...................................................................................................................... 13
A. La paroi bactérienne ............................................................................................................................. 17
B. La capsule ou glycocalyx ..................................................................................................................... 19
C. La membrane plasmique ....................................................................................................................... 19
D. Les ribosomes....................................................................................................................................... 22
E. L'ADN bactérien ................................................................................................................................... 23
F. L'hyaloplasme ....................................................................................................................................... 23
G. Autres organites ................................................................................................................................... 23
1.2.2. Cellule eucaryote ....................................................................................................................... 24
1.3. ORIGINE DE LA VIE.......................................................................................................................... 26
1.3.1. Evolution prébiotique ................................................................................................................. 27
Les biomonomères : première hypothèse d'Oparine .................................................................................. 28
L'expérience de Miller............................................................................................................................... 29
Les biopolymères ...................................................................................................................................... 31
Les protobiontes : deuxième hypothèse d'Oparine .................................................................................... 33
1.3.2. Evolution biologique .................................................................................................................. 34
Apparition de l'information génétique ....................................................................................................... 34
Apparition de la photosynthèse ................................................................................................................. 34
1.3.3. Exemple de calendrier UNIVERSEL .......................................................................................... 36

CHAPITRE II : BASES MOLECULAIRES DE L’HEREDITE ................................................................... 38


2.1. ACIDES AMINES ET PROTEINES ................................................................................................... 38
2.1.1. Importance des protéines ........................................................................................................... 38
2.1.2. Structure des protéines ............................................................................................................... 38

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2.2. NUCLEOTIDES ET ACIDES NUCLEIQUES .................................................................................... 45


2.2.1. L'ADN bactérien......................................................................................................................... 45
Le modèle de Watson et Crick .................................................................................................................. 45
2.2.2. La transformation bactérienne : rôle de l’ADN ......................................................................... 50
2.3. LE CODE GENETIQUE ...................................................................................................................... 51
Décryptage du code génétique .................................................................................................................. 52
2.4. FONCTIONS DE L’ADN .................................................................................................................... 55
2.4.1. La réplication ............................................................................................................................. 55
Caractère semi-conservateur de la réplication ........................................................................................... 55
Réplication de la double hélice ................................................................................................................. 57
2.4.2. La synthèse des protéines ........................................................................................................... 58
A. La transcription .................................................................................................................................... 58
B. La traduction......................................................................................................................................... 59
a. Les ARN de transfert ...................................................................................................................... 60
b. Les ribosomes ................................................................................................................................. 61
c. La traduction proprement dite ......................................................................................................... 62
C. Rôle des protéines dans la synthèse des protéines ................................................................................ 68

CHAPITRE III : ORGANISATION DU MATERIEL GENETIQUE........................................................... 71


3.1. MATERIEL GENETIQUE CHEZ LES PROCARYOTES .................................................................. 71
3.1.1 ADN annulaire ............................................................................................................................ 71
3.1.2 Les plasmides .............................................................................................................................. 71
3.1.3 La réplication .............................................................................................................................. 72
3.2. MATERIEL GENETIQUE CHEZ LES EUCARYOTES .................................................................... 72
3.2.1. Le noyau en intercinèse .............................................................................................................. 73
A. L'enveloppe nucléaire ........................................................................................................................... 73
B. La chromatine ....................................................................................................................................... 74
C. L’ADN répétitif .................................................................................................................................... 75
D. Structure de la chromatine .................................................................................................................... 76
E. Tassement en chromosomes ................................................................................................................. 77
F. Les nucléoles......................................................................................................................................... 79
3.2.2. La réplication chez les eucaryotes ............................................................................................. 79
3.2.3. La transcription chez les eucaryotes .......................................................................................... 80
La transcription proprement dite ............................................................................................................... 81
3.2.4. Les caryotypes ............................................................................................................................ 83
3.3. PRINCIPES DE L’ANALYSE GENETIQUE ..................................................................................... 88
3.3.1. Notion de marqueur génétique ................................................................................................... 88
3.3.2. Cartographie génétique.............................................................................................................. 88
3.3.3. Notion de recombinaison génétique ........................................................................................... 89
A. La transformation ................................................................................................................................. 89
B. La conjugaison. .................................................................................................................................... 89
Cas du plasmide libre .......................................................................................................................... 90
Cas du plasmide intégré ...................................................................................................................... 91
C. La transduction ..................................................................................................................................... 93

CHAPITRE IV : MITOSE, MEIOSE ET SEXUALITE ................................................................................. 95


4.1. LA MITOSE ............................................................................................................................................. 95
La prophase ............................................................................................................................................... 95
La prémétaphase ....................................................................................................................................... 97
La métaphase .......................................................................................................................................... 100
L'anaphase ............................................................................................................................................... 101
La télophase ............................................................................................................................................ 102
La cytocinèse .......................................................................................................................................... 103
Chronologie de la mitose......................................................................................................................... 103

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4.2. LE CYCLE CELLULAIRE .................................................................................................................... 103


4.3. LA MEIOSE ........................................................................................................................................... 105
4.4. RECOMBINAISON ET DIVERSITE .................................................................................................... 109
4.5. ETABLISSEMENT DE LA CARTE FACTORIELLE .......................................................................... 112
4.6. ANOMALIES DU CARYOTYPE (« ACCIDENT » LORS DE LA MEIOSE) ................................................ 113
4.7. DETERMINATION GENETIQUE DU SEXE .................................................................................. 114
4.7.1. Les chromosomes sexuels ......................................................................................................... 114
4.7.2. Influence des chromosomes sexuels ......................................................................................... 115
A. Cas des drosophiles ............................................................................................................................ 115
B. Cas des êtres humains et autres mammifères ...................................................................................... 116
4.7.3. Le corpuscule de Barr .............................................................................................................. 119

TABLE DES MATIERES DETAILLEE ........................................................................................................ 120

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