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Léa Guichon-Clément

Diplome d’etat, spécialité violon


Pôle Alienor - 2020-2021

OBJECTIFS PAR CYCLE


Cycle I
Cycle II

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Table des matières

Avant-propos : une orientation pédagogique page 3-4

I. Objectifs généraux pour l’apprenti musicien

En cycle I page 5-6


En cycle II page 7

• Le savoir-faire : des enjeux techniques

• Les savoirs : des enjeux culturels

• Le savoir-être : des enjeux sociaux

II. Objectifs spécifiques pour l’apprenti violoniste

En cycle I page 8-13


En cycle II page 14-17

• Le savoir-faire : des enjeux techniques

• Les savoirs : des enjeux culturels

• Le savoir-être : des enjeux sociaux

III. un cursus idéal page 18

IV. Point sur L’évaluation

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Avant-propos :

« Si vous avez une idée, réalisez la, sinon, ce n’est qu’une intention »

Shinichi Suzuki, « Vivre c’est aimer », sentence nippone

Ce document à visée pédagogique s’adresse autant aux enseignants qu’aux apprenants.


C’est une réflexion construite autour de la notion d’objectif dans l’apprentissage des
pratiques artistiques, et du schéma d’orientation pédagogique de l’enseignement initial
de la musique datant 2008. Ce schéma énonce des enjeux pédagogiques communs, il
relève d’une politique culturelle de territoire et décrit les missions des établissements.
Nous nous intéresserons ici à l’enseignement initial de la musique, plus particulièrement
aux deux premiers cycles, pour comprendre les enjeux artistiques et spécifiques d’une
orientation pédagogique commune. Pour une compréhension plus approfondie, nous
aborderons les objectifs généraux et spécifiques à l’apprentissage du violon, puis nous
termineront par l’ébauche d’un cursus idéal et un point sur l’évaluation.

Temps et Diversité

Mon idéal pédagogique implique en premier lieu l’épanouissement de l’individu par le


plaisir de connaître, l’envie de faire, et le développement de valeurs inhérentes aux
pratiques artistiques : développer sa curiosité et son ouverture d’esprit, savoir-faire, créer,
partager, écouter. Pour ce faire, je mets l’accent sur l’adaptabilité des enseignants et
l’importance de prendre le temps et de construire une pédagogie qui laisse aux élèves la
possibilité de devenir autonomes dans leur pratique, point essentiel qui conduit à la
liberté de chacun. S’adapter à chaque personnalité et privilégier le relationnel et l’écoute
dans tous les apprentissages est alors la clé. En ce sens, l’un des enjeux majeurs pour
favoriser le développement de l’individu est de favoriser la diversité des approches
pédagogiques. Savoir évaluer le rythme de chacun et le respecter est également une
priorité. Ainsi, les objectifs pédagogiques visés doivent permettre une marge
d’adaptation. Aussi, il me semble important d’inscrire dans la durée l’acquisition des
compétences et de favoriser des liens dans les arts qui concourent au spectacle vivant.
L’accès à la culture, qui se caractérise par l’ouverture aux milieux scolaires, aux
organismes culturels et sociaux, à un public diversifié, est aussi une priorité dans mon
idéal pédagogique.

« C'est par leurs activités de pratique et de diffusion que les conservatoires d'enseignement artistique
réalisent leur ancrage social et culturel et apparaissent comme acteurs clairement identifiés dans la Cité.
Dans leur aire de rayonnement, ils doivent jouer un rôle de centre de ressources en faveur de toutes les
pratiques artistiques. En tant qu'ils ont une mission de service public, ils doivent œuvrer à mettre en place
des mécanismes garantissant la démocratisation de l'accès à la formation et à la culture. » (extrait du
Schéma d'orientation pédagogique, 2008).

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Le développement d’un individu requiert du temps, et ce tout au long de la vie. L’objectif
principal du développement serait selon moi d’acquérir le talent (compris ici comme une
somme de compétences) par le jeu, la pratique et la répétition. Nous allons ici, dans un
cadre institutionnel, réfléchir à établir, aux vues des schémas pédagogiques actuels, une
somme d’objectifs pour chacun des deux cycles, puis aborder un cursus qui serait idéal.

DES Objectifs généraux et spécifiques

« La richesse de l'enseignement initial de la musique, de la danse et de l'art dramatique tient à sa capacité à


offrir des parcours variés : l'offre peut aller de la simple sensibilisation aux formations les plus complètes.
Les réalisations artistiques y ont un champ d'expérimentation ouvert aux initiatives les plus diverses.
» (extrait du Schéma d'orientation pédagogique, 2008).

L’objectif est par définition le résultat vers lequel tend l’action d’un individu (. Le cycle
sera aussi définit par ses objectifs généraux et spécifiques. Pour chaque catégorie
d’objectifs, nous nous intéresserons au savoir-faire (objectifs techniques), aux savoirs
(objectifs culturels), et au savoir-être (objectifs sociaux). Pour répondre aux objectifs
visés, ce document proposera quelques moyens d’atteindre la cible choisie.

Dans le cadre de l’enseignement musical, cette réflexion sur les objectifs par cycle a pour
objet de définir l’expérience que chacun peut vivre pour acquérir une somme de
compétences qui développent plusieurs formes de savoirs : le savoir-être, le savoir-faire
et les savoirs. Pour clarifier le déroulement des enseignements, je listerai les objectifs
généraux et spécifiques du premier et du deuxième cycle. Chaque cycle peut donc être
pensé ici comme une fin en soi : on pourra, en ce sens, adapter les demandes et les
propositions quant aux objectifs pédagogiques, toujours dans un souci de diversité et
d’autonomie. Le cycle correspond aux grandes tranches du cycle scolaire, un cycle
durera alors entre 3 et 5 ans. Notons que l’évolution au cours des enseignements au sein
du cycle se fera évidemment en fonction des aptitudes de chaque élève, c’est à cet effet
que la durée du cycle est ajustable pour chaque individu qui souhaite suivre un
enseignement musical. Une période d’éveil est d’après moi profitable aux jeunes élèves
pour découvrir plusieurs approches et orienter le choix d’un instrument. Elle pourrait
durer un an ou deux et ferait l’objet d’une première découverte, d’une phase
d’expérimentation, nécessaire au développement de la curiosité qui mène au plaisir et à
l’autonomie.

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I. OBJECTIFS GÉNÉRAUX pour l’apprenti musicien :

Le CYCLE I - Le parcours initiatique


Le premier cycle correspond à une phase de découverte impliquant un savoir-être, de
nombreux savoirs et savoirs-faire : c’est une initiation et l’ouverture à de nouvelles
compétences. Nous verrons dans un premier temps en quoi consistent les objectifs
généraux à atteindre à court, moyen et long terme. Les objectifs culturels à atteindre lors
du premier cycle dans l’enseignement musical relèvent du développement des
dimensions cognitives, relationnelles, culturelles et langagières. Le détail des objectifs
culturels et sociaux est présenté pour le premier cycle, car il s’agit selon moi d’objectifs à
long terme à ne jamais perdre de vue, tout au long de l’apprentissage de la musique.

✦ SAVOIRS-FAIRE - technique et sensations

• Avoir conscience de sa posture corporelle.

• Pouvoir se concentrer sur une tâche à effectuer : comprendre la posture et le geste.

• Savoir garder une respiration de qualité tout en jouant.

• Pouvoir donner un départ grâce à la respiration et au geste.

• Acquérir une conscience rythmique basée sur la sensation : la pulsation intérieure.

• Savoir garder une pulsation stable : en chantant, en marchant et en jouant.

• Savoir chanter, déchiffrer et jouer des rythmes simples.

• Pouvoir lire et écrire la musique, pratiquer la mémorisation et l’apprentissage par


l’oralité, développer le langage musical.

• Être capable d’appliquer les connaissances développées en formation musicale : lire,


écrire, comprendre.

• Savoir reproduire des phrases jouées en cours sans partition, apprendre des morceaux
avec l’aide d’un enregistrement. Être en mesure d’apprendre une mélodie ou un rythme
de mémoire sans support écrit.

• Pouvoir restituer par coeur les pièces de répertoire afin de se détacher de la partition
apprise.

• Jouer ensemble, grâce aux pratiques collectives.

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• Apprendre à écouter, à créer ensemble un son de groupe.

• Savoir imiter ce que font les autres (élèves et enseignants).

• Pouvoir improviser librement.

• Savoir composer.

✦ SAVOIR-ÊTRE

• Développer la curiosité et l’ouverture d’esprit : se rendre disponible à la nouveauté.

• Pratiquer régulièrement une activité et ressentir le plaisir de progresser.

• Développer la créativité.

• Créer de la motivation et prendre du plaisir dans la pratique artistique.

• Être autonome : acquérir une méthode de travail, une pratique quotidienne.

• Cultiver sa sensibilité.

• Pouvoir donner un avis personnel sur une oeuvre.

• Connaître, trouver sa place dans le groupe.

• SAVOIRS

• Connaître le vocabulaire musical et pouvoir nommer les notions abordées en cours


(nuances, indications de tempo, articulations, rythmes).

• Être en mesure de situer une pièce dans un contexte historique et géographique.

• Développer le langage pour permettre la communication et le partage : élargir le champ


lexical propre au langage musical (nuances, hauteurs, durées, émotions).

• S’intéresser à diverses pratiques artistiques qui constituent le spectacle vivant.

• Enrichir son bagage culturel.

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Le CYCLE II - L’approfondissement, la confirmation des acquis

Le deuxième cycle peut se définir comme un approfondissement du premier cycle. On


cherche donc à ancrer des connaissances dans le temps, à aller plus loin dans
l’expérimentation des notions générales et à dessiner peu à peu en chacun une identité
artistique. L’élève peut, grâce aux notions développées au cours du premier cycle, se
constituer librement et développer sa personnalité, en se référant à ce qu’il connaît déjà
tout en s’ouvrant à de nouveaux possibles. L’objectif du deuxième cycle est donc
d’étendre ses connaissances, c’est pour cela que, dans un souci de continuité
pédagogique, je listerai seulement les savoirs-faire pour le cycle II. Les objectifs culturels
et sociaux sont les mêmes et devront être initiés au premier cycle, puis poursuivis au
cours du second cycle. L’enseignant suscitera toujours l’intérêt des élèves en ce sens,
tout au long de l’apprentissage.

✦ SAVOIRS-FAIRE

• Avoir conscience de sa posture physique et mentale au moment où l’on joue : être


concentré et dans le présent.

• Maîtriser son instrument : pouvoir jouer librement une partition, une improvisation, une
composition.

• Être en mesure de remettre soi-même en question sa posture et sa respiration.

• Étendre le vocabulaire musical : pouvoir exprimer des compétences plus spécifiques.


(différents modes de jeux, nuances, phrasé).

• Développer la musicalité et l’imagination, être conscient que l’on joue pour raconter une
histoire. Savoir dire où commence et où se termine une phrase musicale.

• Avoir une conscience rythmique corporelle. Développer la pulsation intérieure. Pouvoir


décomposer un rythme.

• Être capable de jouer en mesure, de maîtriser le binaire et le ternaire, comprendre les


points d’appuis rythmiques (temps forts, temps faibles) selon le type de pièce jouée.

• Être à l’aise avec les différentes tonalités majeures et mineures, comprendre leur
fonctionnement.

• Dans le cadre des pratiques collectives, chercher un son de groupe, être en mesure de
de mener les phrases avec des dynamiques, des caractères différents.

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II. Objectifs spécifiques pour l’apprenti
violoniste

En cycle I
Il est important de spécifier ici que l’apprentissage du violon nécessite une
régularité dans la pratique dès le début pour observer des progrès. Les
objectifs spécifiques ci-dessous dépendent donc d’une activité
quotidienne pour être visés, avec 15 à 30 minutes de violon par jour, selon
le potentiel de concentration de l’élève bien-sûr, on peut imaginer des progrès qui
donnent tout d’abord de la motivation aux élèves et aux enseignants, qui apportent de la
confiance et de ce fait de l’autonomie : autant d’ingrédients essentiel à la construction de
l’apprenti violoniste ! À ce sujet je propose de faire circuler aux élèves une fiche de
pratique, comprenant tous les jours de la semaine. Les apprentis musiciens peuvent
donc, comme s’ils tenaient un journal de bord, inscrire la durée de pratique journalière sur
la semaine afin qu’ils puissent réaliser que le progrès n’existe que par l’expérience et
puissent, toujours dans une démarche visant à donner de l’autonomie, comprendre par
eux-mêmes comment utiliser les outils donnés en cours.

Savoir-être (objectifs sociaux)*

OBJECTIFS OUTILS
Se réjouir d’apprendre Proposer des expériences satisfaisantes.
Acquérir une méthode qui vise à maîtriser A partir d’expérimentations satisfaisantes,
peu à peu son instrument développer la motivation.
Jouer ensemble Recourir à la pédagogie de groupe et de
l’ensemble. Un cadre « hors temps
scolaire » permet aussi un autre regard sur
l’enseignement, il est donc favorable de
proposer des ateliers le samedi après-midi
par exemple, pour renforcer les liens au
sein d’une classe.
Partager autour d’une pratique commune Développer un vocabulaire musical
commun.
Développer la confiance Reconnaître les progrès effectués. Jouer
régulièrement en public.
Cheminer en autonomie Attiser la curiosité par la recherche en
situation d’apprentissage. Demander à
l’élève de s’auto-évaluer régulièrement.
Évoluer Progresser à son rythme à partir de
notions abordées dans le cadre des cours.

* Ces objectifs s’appliquent à tous les apprentis dans le domaine musical.

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Savoirs (objectifs culturels)

OBJECTIFS OUTILS
Développer la curiosité et l’ouverture aux Aller aux concerts, expositions, spectacles
autres pratiques artistiques de danse et de théâtre régulièrement.

Donner des idées de supports variés et


accessibles (lectures, reportages,
émissions de radio).

Impliquer les parents des élèves est


essentiel pour permettre ce
développement.
Savoir lire, écrire, pratiquer l’oralité Aborder des répertoires variés, allant de la
musique baroque à la musique
contemporaine, sans oublier les musiques
traditionnelles de transmission orale.
Pouvoir situer une pièce dans son Renforcer la place de la culture musicale,
contexte écouter les pièces avec les parents, créer
du lien entre le cours et le quotidien.
Connaître plusieurs compositeurs et Proposer des écoutes régulièrement,
interprètes en lien avec son instrument recommander l’accès aux médiathèques
et aux ressources documentaires
accessibles, envoyer des vidéos,
recommander des films …

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• Savoir-faire - objectifs techniques
Bien que situés dans ce document dans le premier cycle, ces objectifs techniques
accompagneront l’apprenti violoniste tout au long de sa vie de musicien.

La posture : Moyens/outils :

- Avoir les deux pieds ancrés dans le sol - Pratiquer des échauffements de type
à écartement des hanches yoga (posture de l’arbre).

- Soutenir le violon par le coude gauche


- Faire un jeu qui consiste à tenir le violon
sans les mains, pour comprendre l’utilité
des bras sur le jeu. Positionner la main
sous le coude de l’élève et lui demander
de lâcher tout le poids de son bras,
pour qu’il conscientise cette partie de
son corps en rapport avec le jeu du
violon.

- Savoir positionner la main gauche sans - Recourir à des images et des


tension
sensations, placer une petite balle ou un
petit objet dans la main gauche.

- Savoir positionner ses doigts ronds sur - Faire des jeux d’abord avec un crayon
l’archet
puis avec l’archet, en faisant prendre
conscience à l’élève qu’avec ses doigts
arrondis, toutes les combinaisons de
geste sont possibles.

- Être capable de maintenir une bonne - Expliquer le point de contact et les


ouverture du bras droit pour une bonne paramètres de production du son.
trajectoire de l’archet sur les cordes
Utiliser l’image de la route ou du train,
faire l’expérience de la « glissade » de
l’archet vers la touche pour
comprendre.

- Savoir soutenir et adapter la hauteur du


coude droit pour atteindre la corde - Positionner l’archet sur la corde au
choisie milieu et sans émettre de son, pratiquer la
bascule du coude droit sur chaque corde.
Proposer des jeux d’imitation.

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Main gauche :

- Être à l’aise avec la notion de tons et - Faire un dessin avec le nom des notes,
1/2 tons
questionner régulièrement l’élève sur les
écarts entre les notes.

- Maîtriser la première et la troisième - Pratiquer des jeux : aller d’un point A à


position, aborder la seconde position un point B (pour que cela soit ludique
assez rapidement après la troisième
donner des noms de lieux appréciés par
les enfants).

- Maitriser des démanchés simples

- Commencer des exercices de vélocité


- Proposer des exercices quotidiens de
type Schradiek, et augmenter la vitesse
au fil des cours.

- Débuter l’apprentissage du vibrato - Par la sensation, proposer une série


d’exercices qui mènent à un mouvement
souple du poignet et de l’avant-bras. En
premier lieu, on placera la tête du violon
contre un mur de façon à ce que seule la
main de l’élève soit en mouvement.

Justesse :

- Développer l’écoute
- Chanter, répéter, imiter

- Réagir et corriger
- S’auto-évaluer grâce à un jeu de miroir
avec l’enseignant (qui propose à l’élève
de corriger par imitation).

- Savoir s’accorder avec un la de


référence. (commencer au milieu de la - À l’aide d'un piano ou d’un accordeur,
première année) trouver le la. Jouer ensuite chaque
quinte en double corde en disant si la
corde à accorder est trop haute ou trop
basse, puis corriger, avec l’aide de
l’enseignant si besoin est.

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Main droite :
- Connaître les trois grandes places - Le talon, le milieu et la pointe. Il est
d’archet et savoir les utiliser avec possible de délimiter ces trois parties
précision.
avec des gommettes de couleur afin
d’associer la sensation au visuel.

- Savoir respecter les coups d’archet tirés - Proposer un répertoire diversifié avec
et poussés.
différentes articulations pour pratiquer
régulièrement des coups d’archet
variés.

- Maîtriser le détaché, le lié et le martelé.


- Proposer des gammes régulièrement
(sous forme d’échauffement ou en
rapport avec la pièce étudiée) avec ces
trois coups d’archet successivement.
Mettre l’accent sur la sensation et le
geste, en rapport avec le son obtenu.

- Qualité du son : connaître les différents - Aborder les 3 paramètres du son


paramètres qui mènent à l’émission du quotidiennement (dans les pièces
son.
abordées) : le point de contact de
l’archet sur la corde, la place d’archet
utilisée, la vitesse de déplacement de
l’archet sur la corde.

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Nuances- Caractère -
Expression :

- Connaître les nuances principales - Se référer aux exercices concernant la


indiquées, savoir comment les réaliser production du son.

techniquement.

- Aborder les notions de caractère et - Grâce à l’imagination, par le biais d’une


d’expression. Savoir définir quelle histoire racontée sur une pièce, ou un
émotion transmet une pièce.
dessin (selon la sensibilité de chacun),
proposer à l’élève de décrire l’ambiance
qui se dégage des pièces jouées.

Tempo :

- Être capable de compter à haute voix - Marcher en chantant

une mesure avant de commencer à


jouer, en donnant son tempo.

- Une fois ce premier objectif atteint, être - Pratiquer

capable de compter dans sa tête une


mesure avant de commencer.

- Marquer corporellement les temps si


- Savoir garder le tempo choisi
besoin. La marche est un outil très
efficace pour garder un tempo.

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En cycle II
Comme pour l’apprenti musicien, les objectifs sociaux et culturels sont les mêmes qu’au
premier cycle et se doivent d’être cultivés par les pédagogues au cours du second cycle.

Le cycle II étant un approfondissement nous ancrerons les savoirs-faire appris plus tôt et
nous les préciserons. Le tableau ci-dessous nous donne les nouvelles notions techniques
et les éléments qui permettront d’ancrer les savoirs-faire évoqués plus tôt dans
l’apprentissage. Il s’agit donc d’un exposé analytique, circonstancié et précis des
objectifs visés à ce stade de l’apprentissage du violon.

• Savoir-faire - objectifs techniques

La posture : Moyens/outils :
- Acquérir une posture stable et
- Remettre en question régulièrement la
confortable en toutes circonstances, posture de l’élève en cours lorsqu’il
même dans les passages musicaux rencontre des difficultés, essayer des
comprenant des difficultés techniques : positionnements farfelus afin de l’aider
(soutien du violon, main gauche fluide à trouver un confort de jeu.
et articulée, main droite souple et Varier le répertoire étudié afin de se
ferme).
confronter à de nouvelles situations
posturales.

- Explorer différentes possibilités de - Observer avec attention l’angle de tenue


positionnement de l’instrument pour du violon et la trajectoire (ouverture) du
que le jeu de chaque élève soit bras droit. Conseiller une posture précise
confortable.
adaptée au confort de chacun et y revenir
souvent lors des cours.

- Changer l’équipement de l’instrument si


nécessaire : mentonnière, coussin
d’épaule.

- Adapter la position du violon à chaque


personne, car il est évident que chacun
a un corps différent (taille de main,
longueur de bras).

- Assouplir la main droite. - Continuer les exercices avec le crayon


(cycle I). Préciser la fonction de chaque
doigt sur la baguette. S’exercer à mimer
la trajectoire de l’archet sans le violon.

- Pratiquer des coups d’archet variés dans


les gammes, les études, et les pièces
abordées en cours.

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Main gauche :

- Maîtriser les trois premières positions - Pratiquer une gamme suivie d’une
dans toutes les tonalités. Préciser la improvisation dans cette gamme. Dès
justesse. Connaître la quatrième et la qu’une gamme est assimilée, passer à
cinquième position. Savoir dire en une autre. (le temps dépend de chacun,
quelle position on joue. Commencer à j’aurais tendance à dire que deux
faire des choix de doigtés, pouvoir semaines par gamme peuvent suffire,
justifier ses choix.
mais on adaptera le rythme
d’apprentissage car toutes les gammes
ne présentent pas les mêmes difficultés.

- Jouer une octave d’une gamme dans


une position.

- Expérimenter les différentes positions


régulièrement dans le répertoire abordé
en cours.

- Maîtriser les démanchés entre les - Considérant que la première position est
positions acquises. Préciser le geste, le comme son nom l’indique la première
trajet du démanché.
« maison » du violoniste, faire un jeu qui
consiste à partir de la première position
et aller à la seconde puis revenir, partir
de la première et aller à la troisième puis
revenir etc. Le jeu commencera avec le
premier doigt puis on continuera en
posant le deuxième doigt (toujours guidé
par le premier), puis le troisième, et ainsi
de suite.

- Jouer un répertoire varié qui montre aux


élèves la nécessité et le plaisir de
maîtriser les déplacements sur le
manche.

- Pouvoir jouer vite ce que l’on joue - Répéter les passages qui requièrent de
lentement et inversement. Développer la la vélocité avec différentes articulations
vélocité. et nuances (legato, avec des rythmes
différents), toujours dans la détente.

- Préciser le vibrato, lui donner de


- Pratiquer le vibrato dans les gammes, à
l’expression, comprendre sa fonction.
différentes vitesses. Reporter cette
pratique dans le répertoire, y ajouter le
nom des émotions que l’on cherche à
traduire.

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Justesse :

- Affiner l’écoute
- Chanter, répéter jusqu’à jouer
exactement ce que l’on veut entendre.
Se servir des cordes à vide comme
repères précieux. Écouter la résonnance
du violon quand c’est juste.

- Réagir et corriger
- S’auto-évaluer. Être conscient des
passages à corriger et comprendre
comment : le verbaliser en cours (c’était
trop haut, trop bas …). Cet affinage de la
justesse se fera par l’expérience et un
travail méticuleux et quotidien dans le
répertoire abordé.

Main droite :

- Préciser et choisir consciemment les


- Expérimenter toujours dans les
places d’archet utilisées.
exercices, jeux et gammes, ce
qu’implique l’utilisation du talon, du
milieu et de la pointe. (rapport poids/
vitesse) Affiner la division de l’archet en
quatre parties, puis 8 selon l’évolution
de chacun.

- Affiner la maîtrise du détaché, lié et - Pratiquer, expérimenter tous ces coups


martelé. Connaître les coups d’archet d’archet, comprendre ceux qui partent
suivants : piqué, staccato, spicatto. de la corde et ceux qui impliquent un
rebond.

- Être en mesure de choisir le son - Approfondir la recherche quant aux


souhaité.
paramètres de production du son.

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Nuances- Caractère -
Expression :
- Savoir définir méticuleusement les - Sur des notes tenues, une gamme, puis
nuances et comprendre les moyens sur la phrase musicale concernée,
instrumentaux pour y parvenir.
expérimenter différents modes de jeux
pour comprendre que le volume et le
timbre dépendent de la pression de
l'archet sur la corde, de sa vitesse, de la
place d’archet utilisée, ainsi que du
point de contact (entre le chevalet et la
touche).

- Pouvoir comprendre le lexique - Aborder des répertoires divers


définissant le caractère d’une pièce, comprenant des indications de
interpréter la pièce selon le caractère caractère. Même s’il n’y a pas
souhaité par le compositeur.
d’indications sur la partition, s’en
inventer en suivant le discours musical.
On pourra aisément écrire une histoire,
soit à côté de la partition, soit rajouter
des paroles au dessus des notes, de
façon à créer un caractère et une
interprétation choisie.

- Affiner la terminologie des émotions - Développer la sensibilité en pratiquant


que suscitent la pièce pour l’interprète l’écoute active, demander aux élèves de
et son récepteur. faire un bref commentaire d’écoute, de
deux versions d’une même pièce par
plusieurs interprètes, par exemple.

Tempo :

- Savoir choisir un tempo précis et le - S’aider de la marche, ou du métronome


garder tout au long de la pièce.

lorsque cette dernière est maîtrisée


seulement. Décomposer les rythmes qui
comprennent des liaisons. Chanter un
passage « clé » de la pièce (que l’on a
en tête) pour trouver le tempo.

- Pouvoir changer de tempo en suivant


- Mêmes outils que pour choisir et garder
les indications écrites et revenir à un
un tempo.
tempo primo (initial).

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III. un cursus idéal

Un cursus idéal présente un ensemble de valeurs intellectuelles, morales, esthétiques et


politiques. Il vise à donner un maximum de chances et d’outils aux élèves qui choisissent
de suivre une formation extra-scolaire. Dans un premier temps, il faudra mettre l’accent
sur l’accessibilité aux pratiques artistiques à tous. Cela peut commencer par les amener à
l’école, pour que l’envie d’y toucher de plus près puisse germer en chacun. Aussi, tous
les adultes désireux de se former à une pratique artistique devraient avoir la possibilité
de le faire dans le domaine public.

Sur le plan pratique, ce cursus serait donc basé sur un accès modulable aux
enseignements, permettant une ouverture sur les autres arts, et plus de temps de cours
d’instruments (deux fois 30 minutes par semaine en premier cycle, deux fois 45 minutes
en deuxième cycle). Comme nous l’avons dit tout à l’heure, la pratique régulière de
l’instrument est essentielle, et requiert un accompagnement pédagogique conséquent
pour que les progrès soient accompagnés d’une réelle sensation de plaisir et de
confiance. Le temps de cours individuel pourrait de fait être plus grand (en plus des
pratiques collectives). En plus d’une pratique du répertoire propre à l’instrument,
j’aimerais également inclure dans l’enseignement musical, dès le premier cycle, de la
composition et de l’improvisation. Ces deux outils développent la créativité et
l’autonomie. L’écoute active aura aussi une part importante dans la construction des
savoirs, je recommanderai des écoutes de pièces de styles et d’époques variées
régulièrement. Enfin, l’abord de répertoires variés contribue à mon sens au
développement de la curiosité, c’est pourquoi dans mon cursus idéal, les musiques
traditionnelles de transmission orale, les musiques improvisées auront aussi leur place.

Ce cursus commencera par une initiation avant le cycle I, d’une durée de 1 à 2 ans :
l’éveil, la prise de contact avec l’univers de la musique, de la danse, du théâtre, des arts
plastiques, du conte. Les enfants peuvent choisir deux pratiques selon leurs préférences,
après les avoir essayé chacune d’entre elles. Les établissement d’enseignement artistique
proposeront donc au début de l’année scolaire des ateliers de découverte pour chacune
de ces disciplines artistiques.

IV. Point sur L’évaluation*

*Action d’évaluer, de déterminer la valeur de quelque chose. (Dictionnaire Larousse)

Nous adaptons la définition ici du mot évaluation car dans le cadre de l’enseignement des
pratiques artistiques, la mission est bien de tenter de définir la valeur de quelqu’un et non
de quelque chose. La valeur d’un individu dans un contexte d’apprentissage pourrait-t-il
se définir selon les objectifs visés par les équipes pédagogiques à un moment précis ?
D’après-moi, le recours aux notes est trop arbitraire et pousse à la comparaison selon
une norme, donc à la compétition : autant de paramètres qui ne peuvent pas mener à
l’épanouissement de chacun. L’évaluation, bien qu’elle soit présente, dans un souci de
progression, à tous les stades d’apprentissage, devrait comporter à mon sens des
appréciations, et ce plus régulièrement. Pour que l’évaluation ne puisse pas apparaître
aux élèves comme une sentence qui est extérieure à eux, il faut aussi qu’ils aient
l’opportunité de pouvoir s’auto-évaluer. Je recommanderais un moment d’échange entre
l’élève et l’enseignant sur les progrès autour des objectifs définis ensemble.

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Un doux refuge
Enfin, l’extrait suivant, témoignage d’un élève en situation d’apprentissage, m’a beaucoup
touchée et présente des faits significatifs au regard de ce documents sur les objectifs par
cycle. L’art dans sa pratique et son enseignement devrait donc être vécu par chaque
individu comme doux refuge …

« C’est à peu près à cette époque que mon sens musical commença à s’éveiller et mon
imagination à s’intéresser à des mélodies. Dans mes heures de liberté, j’aimais aller à la
cathédrale, me glisser par le portail et écouter l’organiste qui se livrait là, pendant des
heures, aux joies de son art. J’avais l’habitude de fredonner et de chanter sur le chemin
de l’école, au jardin et même dans mon lit et, de bonne heure, j’ai retenu dans ma
mémoire nombre de chorals et de lieds.
Lorsque j’ai eu neuf ans, mes parents me firent cadeau d’un violon pour mon anniversaire.
A partir de ce jour-là et pendant plusieurs années, ce petit instrument brun clair
m’accompagna dans tous mes déplacements ; j’eus désormais une bonne occasion de
me tenir à l’écart, j’avais trouvé une patrie spirituelle, un refuge où j’ai connu depuis lors
d’innombrables moments d’exaltation, de joie et de chagrin.
Mon professeur de violon était content de moi. J’avais de l’oreille et une mémoire
scrupuleusement fidèle ; au cours des années, j’acquis peu à peu les qualités propres à
un bon violoniste : la fermeté et la sûreté du bras, un poignet délié, des doigts solides et
assidus.
Par malheur, la musique eut d’abord et contre toute attente une conséquence fâcheuse,
car elle me captivé presque totalement et me dégoûta du travail scolaire. En revanche, elle
détourna mon ambition et ma fougue juvénile des jeux et des frasques plus grossiers, elle
modéra mon emportement et ma passion, elle me rendit silencieux et supportable. Je n’ai
pas du tout reçu une formation de violoniste, car mon professeur était un dilettante et son
enseignement, qui était pour moi un vrai plaisir, visait moins à la maîtrise des difficultés par
des exercices et une précision austères qu’à me permettre de jouer convenablement
quelque chose et sans trop attendre. Le premier choral que nous ayons exécuté pour
l’anniversaire de ma mère fut un événement solennel. Et ensuite vinrent la première
gavotte, la première sonate de Haydn ! Personnellement, j’étais plein de joie et de vanité,
mais grâce à mon intuition naturelle, je découvris peu à peu ce qui me manquait, de sorte
que je sus ma garder d’une certaine imprécision dans le coup d’archet ainsi que des
dangereuses fantaisies de l’amateur inspiré. »

Herman Hesse (1877-1962)

« Mon enfance », 1896, tiré de son roman « Le jeu des perles de verre »

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