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Chapitre 1

Modèle de Bohr et quantifcation des


niveaux atomiques

1.1 Introduction

L’électron fut découvert en 1897 par J. J. Thomson, ensuite c’est Rutherford (vers
1900) qui a mis en évidence l’existence d’une charge positive au sein de l’atome : c’est
le noyau. Dans le cas de l’atome d’hydrogène, la charge (positive) du noyau est exacte-
ment opposée à celle de l’électron : q(Noyau) = −q(électron) = 1.610−19C. On imagina
"naturellement" un modèle atomique calqué sur celui connu par tous à savoir le modèle
planétaire. Ainsi, on a pensé que l’atome était formé d’une charge positive au centre
(Noyau) en interaction centrale (force coulombienne en 1/r 2 ) avec une charge négative
(des électrons gravitent autour du noyau) ; l’ensemble étant neutre. C’est donc par ana-
logie avec l’interaction gravitationnelle que ce modèle a été établi. Les trajectoires des
électrons sont donc elliptiques, comme le sont celles des planètes autour du Soleil.

En fait, ce modèle purement planétaire contredisait, dès le départ, des notions fonda-
mentales sur les lois observées de l’électromagnétisme : une particule chargée émet des
ondes électromagnétiques lorsqu’elle est accélérée, ce qui est le cas de l’électron lors de
sa rotation autour du noyau(ce qui n’est pas le cas des planètes). Cette emission d’ondes
électromagnétiques est une perte d’énergie ...donc une instabilité de l’édifice atomique.
En effet, l’électron va perdre continuellement son énergie (sous forme d’ondes électroma-
gnétiques) et "s’effondrer" sur le noyau en 10−8 s si on suppose qu’il se trouve (au départ)
dans une orbite de rayon égal à 1Å. Or, ce qui est observé, est que justement l’atome est
"stable". Il fallait donc un autre modèle. Ce sera fait avec N. Bohr, mais qui expliquera
aussi (et surtout) les raies spectrales (données spectroscopiques) de l’atome d’hydrogène
que nous résumons ci-dessous.

1
2

1.2 Données spectroscopiques


Parmi les observations expérimentales concernant l’interaction entre les atomes et le
rayonnement électromagnétique, confirmées et connues depuis la fin du 19ème siecle et
le début du 20ème, nous citons l’émission et l’absorbtion de photons.Rappelons qu’après
avoir expliqué l’effet photoélectrique, un rayonnement électromagnétique monochroma-
tique peut aussi bien être vu une onde caractérisée par un champ électromagnétique
{E, B} se propageant avec un vecteur d’onde k telle que |k| = 2π/λ, λ étant la lon-
gueur d’onde correspondante ou comme un faisceau de grains d’énergie appelés photons
dont chacun a une énergie hν = hc/λ et une quantité de mouvement P = ~k.
Expérimentalement, il a été constaté que le processus d’emission et d’absorption des
photons par une espèce "chimique" donnée, comme par les atomes d’hydrogène, suit une
certaine loi, propre à chaque espèce. On peut choisir des conditions expérimentales assez
convenables pour mieux cerner nos objectifs. Les atomes d’hydrogène (un gaz) sous faible
pression subissent peu de chocs entre eux et ne perturbent pas les processus d’emission et
d’absorption de photons. On peut presque les considérer comme tous isolés et indépen-
dants les un des autres. On obtient un spectre de raies caractéristiques. Voir T.P. numéro
1. Ceci est valable pour d’autres atomes isolés, ils auront chacun un spectre de raies ca-
ractéristiques propre à chaque atome. Pour l’hydrogène, J. Balmer les a regroupées en
une seule formule empirique (1885), que nous pouvons réécrire :
1 1 1
= R( 2 − 2 ), (1.2.1)
λ n1 n2
n1 et n2 sont des entiers naturels et R est une constante appelée le Rydberg, R ≈ 13, 6ev.
Historiquement, les raies spectrales de l’hydrogène ont été rangées en plusieurs séries,
en particulier :
1. Les raies de la série de Lyman ont pour longueur d’ondes :1261Å, 1026Å et 973Å
...jusuqu’à 912Å. Elles sont invisibles à l’oeil nu puisqu’elles se trouvent toutes
dans l’UV.
2. Les raies de la série Balmer sont : deux raies visibles une raie rouge : Hα (6562Å)
, une raie bleu Hβ (4861Å), une raie violette Hγ (4340Å) et une succession de raies
très serrées jusqu’à 3648Å.
3. Les raies de la série de Paschen, de Bracket, de Pfund etc...
Ceci permettait de donner l’interprétation suivante : au sein de l’atome d’hydrogène,
l’électron se trouve uniquement dans des états d’énergie particulière, autrement dit il ne
peut pas avoir toutes énergies permises (continues ). L’état de plus basse énergie (parmi
les énergies particulières possibles ) est appelé état fondamental, il correspond à l’état "le
plus stable" ou bien si on veut "le plus lié", on le note E1 , le deuxième sera noté E2 ainsi
de suite. Avec E1 < E2 < E3 ... Notez bien que les énergies de liaison sont négatives !
Les états suivants sont dits états excités.
Absorption : L’électron qui se trouve initialement dans l’état d’énergie E1 a une
certaine chance de passer à l’état E2 s’il absorbe un photon d’énergie hν = E2 − E1 ,
M. Elchikh [Notes de cours de M.Q.- S4, SM-Phys-USTO, 2006/2007] 3

la conservation de l’énergie totale étant conservée. Les processus d’absorption qui font
"monter" l’électron vers les états encore plus excités sont aussi probables et peuvent avoir
lieu.
Emission : L’électron qui se trouve dans un état excité E2 par exemple a tendance à
faire une transition vers l’état fondamental en émettant un photon d’énergie hν = E2 −
E1 , ce qui correspond par exemple à la première raie de la série de Lyman. On peut
E3

E2

E1

Absorption Emisssion

F IGURE 1.1 – Absorption et emission d’un photon d’énergie égale à la difference des
énergies des niveaux permis.

alors postuler que les états d’énergie permis que l’électron peut occuper dans l’atome
d’hydrogène, et numérotés par un entier n sont donnés par la formule suivante (déduite
de celle de Balmer) :
En = −R/n2 . (1.2.2)
Un autre fait expérimental très important, c’est l’expérience de Frank et Hertz (1914)
qui a contribué à cette "quantification " des états d’énergies de liaison des électrons dans
un atome. Nous en dirons quelques mots plus tard.
Comme nous l’avions signalé au départ, le modèle purement planétaire ne peut expli-
quer cette quantification des niveaux énergétiques des électrons responsable de la stabilité
de l’édifice atomique ainsi que des transitions radiatives observées.

1.2.1 La "semi"-quantification de Bohr


Les trajectoires circulaires ainsi que toutes les énergies de liaison (négatives) prédites
par le modèle planétaire (de Rutherford) devaient être revues et corrigées dans une nou-
velle théorie. C’est ce que Niels Bohr a réussi à le faire en 1913, grâce à une idée certe
"adhoc " (c’est à dire imposée juste par ce que ça convient sans que l’on sache pourquoi)
mais oh combien ingénieuse ; c’est une contrainte de quantification sur les trajectoires
possibles de l’électron au tour du noyau. En effet, en considérant l’électron dans un état
stationnaire (à savoir il est dans un état d’énergie bien défini), son mouvement sur une
orbite fermée (C) (par exemple un cercle ou une ellipse), sa quantité de mouvement p et
si dl est un élément d’arc de (C), N. Bohr dit que
I
pdl = nh, (1.2.3)
(C)
4

où n est un entier strictement positif.


La condition de N. Bohr peur être développée dans le cas le plus simple à savoir une
orbite circulaire, un noyau au centre et immobile. Le rayon de l’orbite sera noté an et
l’énergie de liaison (dans l’état de cette même orbite "n") En . Ainsi, l’éq.(1.2.3) se réduit
à p(2πan ) = nh et donc p = nh/(2πan ) = n~/an , soit

p = n~/an . (1.2.4)

Remarquons ici, que cette condition de quantification sur p le long d’une trajectoire cir-
culaire fermée permet de dire que les valeurs prises par le moment cinétique (normal au
plan de l’orbite selon L = p ∧ r = pan ẑ ) sont des multiples de ~

L = n~, (1.2.5)

c’est là aussi un résultat fondamental, il s’agit de la quantification du moment cinétique.

e-

F IGURE 1.2 – "Trajectoire circulaire de l’électron autour du noyau sous l’effet de l’attrac-
tion coulombienne dans le cadre du modèle planétaire."

Dans ce modèle, l’énergie de liaison (électron-Noyau) se calcule comme dans le cas


classique sauf que p est contraint par l’éq.(1.2.3). En est alors la somme de l’énergie
potentielle électrostatique et de l’énergie cinétique de l’électron (rappelons que le noyau
est supposé immobile), en posant e2 ≡ q 2 /4πǫ0 on obtient :

e2 1 e2 p2
En = − + mv 2 = − + , (1.2.6)
an 2 an 2m

par ailleurs, la loi fondamentale de la dynamique classique, donne pour la composante


normale :
mv 2 e2 p2 e2 e2
= 2 ⇒ = ⇒ En = − ,
an an 2m 2an 2an
M. Elchikh [Notes de cours de M.Q.- S4, SM-Phys-USTO, 2006/2007] 5

or l’éq.(1.2.4) permet de remplacer p pour aboutir à


e2 n2 ~2 2 ~
2
2 (~c)
2
= ⇒ an = n = n ≡ n2 a0 ,
an ma2n me2 mc2 e2
où c est la vitesse de la lumière et
 2
~c 1
a0 =
e2 mc2
est appelé rayon de Bohr, finalement l’énergie de liaison est donnée par
  2 2
e2 1 e2 1 mc2

e
En = − =− 2 =− 2 , (1.2.7)
2an n 2a0 n 2 ~c
en physique atomique, il est commode d’utiliser des unités convenables, pour cela on
commence par définir la constante α, appelée constante de structure fine (si on aura le
temps nous en dirons un mot sur la signification exacte de ce terme)
e2
α= ,
~c
ceci nous permet de réécrire
1 ~c 1 hc 1
a0 = 2
= 2
= λc , (1.2.8)
α mc α 2π mc 2π α
on vient d’utiliser une quantité que nous avons déjà définie la longueur d’onde de Comp-
ton λc = hc/(mc2 ) ≈ 0.0242Å.
1 mc2 2 mc2 2
 
1
En = − 2 α = − 2 Rth , où Rth = α . (1.2.9)
n 2 n 2
Voyons un peu les ordres de grandeurs des différentes quantités mises en jeu par cette
théorie :
1 1 12410 (evÅ) 12410(1.6 10−19 )(10−10 ) (Joule.m)
= ~c 2 ≈ =
α q /(4πǫ0 ) 2 π (1.6 10−19 )2 (9 109 ) (Joule.m) 2 π (1.6 10−19 )2 (9 109 ) (Joule.m)
12410 12410
= ≈ ≈ 137.
2 × π × 1.6 × 9 90.477
On peut juste retenir que α ≈ 1/137. En conséquence,

137 × 0.0242(Å)
a0 = ≈ 0.529Å,

mc2 α2 0.511 (Mev) 0.511 × 106 (ev)
Rth = ≈ = ≈ 13.6 ev
2 2 × 1372 2 × 1372

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