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Traduction et révision : un travail collaboratif ?

PATRICIA C. RAMOS REUILLARD

Résumé
On sait qu’il y a plusieurs alternatives viables pour chaque texte traduit. S’il
dérive d’une œuvre originelle, le texte traduit n’en reste pas moins une œuvre
originale, puisqu’il est le produit final de niveaux d’appréhension,
d’interprétation et de choix les plus divers. Mais si les professionnels impliqués
dans ce processus sont d’accord sur ce point, dans la pratique, le traducteur n’est
vu que comme un médiateur dont le travail doit être « amélioré » par le
réviseur, lequel agit sur le texte et y imprime ses choix personnels. Cet article

t
réfléchit sur ce conflit latent du marché de la traduction, où les questions de
in
traduction et de révision se heurtent à celle du traducteur en tant qu’auteur dans
ce qui devrait être un travail collaboratif.
pr
Abstract
It is known that the translation of a text offers several alternatives. While the
translated text derives from an original work, it is also an original work, since
e-

it is the end product of several levels of apprehension, interpretation and


choices on the part of the translator, who becomes the author of the text as
he/she leaves his/her own personal marks on it. Yet, while nearly everyone
pr

involved in the process agree on this point, in practice, the translator is only
seen as a mediator whose work should be « improved » by the proofreader,
the latter acting on the text and leaving his/her own personal marks on it. This
paper addresses this latent conflict, in which the issues of translation and
proofreading clash with the notion of translator’s authorship in what should
be a collaborative task.
272 Patrícia C. Ramos Reuillard

Le présent travail part d’une vision fonctionnaliste de la traduction pour


réfléchir sur la relation conflictuelle – en particulier sur le marché de
l’édition – entre le professionnel de la traduction et celui de la révision. Ce
constat se fonde sur une expérience personnelle de près de trente années en
tant que traductrice professionnelle de textes du domaine des Sciences
humaines et sociales. S’ajoutent à cela ma trajectoire de formatrice de
traducteurs et la conviction que, malgré les discussions sur la question de
l’auteur du texte traduit, qui se sont approfondies au cours des dernières
décennies, chaque nouvelle génération continue d’adhérer à la même ligne de
pensée : le texte produit par le traducteur est une « ébauche » que va
perfectionner le réviseur.

L’auteur du texte traduit


De même qu’Amparo Hurtado Albir1, nous pensons que la traduction

t
est un processus interprétatif (c’est-à-dire cognitif) et communicatif (d’un
in
émetteur vers un destinataire) qui consiste à reformuler un texte avec les
ressources d’une autre langue (processus linguistique), laquelle se déroule
dans un contexte social (sous certaines conditions socio-historiques) et selon
pr
une finalité (fonction) donnée. Dans cette perspective, il est possible
d’affirmer que chacun de ces aspects propose des solutions différentes face à
certains phénomènes du texte et, par voie de conséquence, des traductions
e-

différentes d’un même texte.


Le texte de départ est produit pour remplir une fonction spécifique et
vise un récepteur qui partage en général la même langue et la même culture
pr

que l’émetteur. Le traducteur sert d’intermédiaire entre la production de


l’auteur du texte d’origine et la réception du lecteur du texte d’arrivée.
Katharina Reiss2 propose pour ce processus un schéma et affirme que
l’émetteur 1 fait une offre de communication à l’émetteur 2. D’après Francis
H. Aubert3, dans ce processus interprétatif le traducteur cherche à découvrir
le message de l’émetteur, ce qu’il « a voulu dire », pour établir ainsi son
intention communicative. Prenons l’exemple d’une situation communicative
dans une même langue et culture : dans un couple en crise, la phrase « J’ai
besoin de temps » représente le message voulu par l’émetteur, en l’occurrence
un des conjoints. Cette expression linguistique effective passe de message
voulu à message virtuel et va permettre un ensemble (fini) de lectures

1 Amparo Hurtado Albir, Traducción y Traductología, Madrid, Cátedra, 2001.


2 Katharina Reiss, Problématiques de la traduction, tr. Catherine A. Bocquet, Paris, Economica/
Anthropos, 2009, p. 44 sq.
3 Francis H. Aubert, As (in)fidelidades da tradução, Campinas (SP), Editora da UNICAMP,

1993.
Traduction et révision : un travail collaboratif ? 273

possibles à partir de ce qui a été voulu et prononcé : « Il/Elle m’aime, mais


il/elle est perdu(e) », ou « Il/Elle ne m’aime plus, mais il/elle n’a pas le courage
de me le dire », ou encore « Il/Elle retarde sa décision ». Si les lectures
possibles sont variées, le message effectif – celui qui se réalise vraiment au
niveau de la réception, du destinataire – est en partie conditionné par
l’expression linguistique (avec le verbe à la première personne, par exemple,
celui qui l’entend peut comprendre que le problème du couple se situe chez
l’autre et que sa personne, ses attitudes ou sa manière d’être ne sont pas
remises en question), en partie par le savoir et par l’intention réceptive de
l’interlocuteur (émotionnellement prêt ou non pour une rupture…), qui va
faire sienne l’une des lectures possibles.
Une traduction vit le même processus, à la différence que le traducteur,
« deuxième récepteur » du texte original, devient l’émetteur d’une nouvelle
offre de communication. Il se distingue de l’auteur d’origine qui espère une
connaissance partagée entre lui et ses lecteurs afin de ne pas avoir à expliquer
nécessairement son intention communicative. Dans un texte d’une revue

t
brésilienne – connue pour son manque d’impartialité et pour attaquer
in
systématiquement la gauche – qui critique les actions d’un parti politique de
gauche sur un ton faussement élogieux, le journaliste suppose que « son »
lecteur partage ses opinions et comprendra l’ironie et la critique implicite. À
pr
partir de cette connaissance, le traducteur doit examiner jusqu’à quel point ces
positions et ces faits sont partagés par les nouveaux destinataires du texte
avant de décider de la direction à donner à sa traduction. Cette décision
e-

dépendra aussi de la demande et des attentes de son client, qui fonderont sa


décision sur la permanence ou non de la même fonction dans le texte de départ
et dans le texte d’arrivée.
pr

En ce qui concerne la reformulation du texte avec les ressources d’une


autre langue, Amparo Hurtado Albir déclare que si la raison d’être de la
traduction est la différence, il ne faut pas attendre d’identité entre le texte de
départ et le texte d’arrivée4. Pour preuve, les constructions grammaticales
d’une langue qui n’ont pas d’équivalents dans une autre. Dans le cas du couple
français-portugais, qui sont pourtant deux langues latines, cela s’observe très
souvent : le futur du subjonctif de la langue portugaise – quando eu escrever
meu artigo – n’a pas d’équivalent grammatical dans la langue française, qui
recourt alors au futur de l’indicatif pour actualiser cette valeur : « quand
j’écrirai mon article ». Pour le traducteur compétent, c’est-à-dire celui qui a
acquis une connaissance linguistique approfondie de ses langues de travail,
cette solution est évidente. Et dans le cas de différences extralinguistiques, son
offre de communication doit prendre en compte la marge de connaissance
partagée entre l’émetteur d’origine et les lecteurs de la traduction. Nous
illustrons cette question avec un texte publié dans une revue française :

4 A. Hurtado Albir, op. cit., p. 29.


274 Patrícia C. Ramos Reuillard

TABERNACLE !
La justice canadienne au secours du français. Deux francophones
viennent de faire condamner Air Canada pour défaut de bilinguisme.
Douze mille dollars : c’est la somme que la compagnie Air Canada doit
verser à deux passagers pour ne pas les avoir servis en langue française 5.

Le titre Tabernacle ! reproduit une imprécation habituelle entre les


Canadiens parlant le français et dont l’origine peut être liée à la forte présence
de l’Église catholique dans la région ; l’auteur en déduit que ses lecteurs
français, toujours attentifs aux variantes linguistiques de leur langue
maternelle, identifieront l’allusion. C’est ce qu’Umberto Eco nomme le clin
d’œil intertextuel6. Lorsqu’il analyse cette référence méconnue des lecteurs
brésiliens – hormis ceux qui circulent entre ces trois cultures, évidemment –,
le traducteur sélectionne plusieurs informations et aussitôt après les
hiérarchise : a) il s’agit d’une allusion à la variante québécoise ; b) c’est une
imprécation chargée négativement parce qu’elle met l’accent sur la perte de la

t
compagnie aérienne ; c) c’est une imprécation chargée positivement parce
in
qu’elle souligne au contraire la victoire des passagers francophones ; d)
l’imprécation possède une base religieuse. Si le traducteur estime que la
référence religieuse est fondée, il peut décider d’une traduction qui va dans le
pr
sens de l’option « b » et offrira au lecteur la solution suivante : Inferno ! ou
Que diabos ! S’il pense par contre que le versant positif est le plus important,
il choisira Aleluia7 ! – cette décision, comme toutes les autres, se basera sur
e-

une analyse approfondie du texte et de sa situation d’énonciation.


Cet exemple montre que, même si elles s’appuient sur la même
matérialité linguistique, les solutions différentes sont valides puisqu’elles
partent de lectures/ interprétations autorisées du texte d’origine. Chaque
pr

traducteur est donc « fidèle » à son interprétation du texte. D’après Aubert, la


fidélité doit être envisagée par rapport « au message effectif appréhendé par
le traducteur en tant que récepteur du texte d’origine parmi de nombreux
récepteurs, une expérience individuelle et unique, non reproductible
totalement, pas même par le récepteur-traducteur, à un autre moment ou dans
d’autres conditions de réception8 ».
Ce besoin de sélection et de hiérarchisation9 fait partie intégrante de
l’activité de traduction. Et tout traducteur et/ou formateur de traducteurs sait,
ou devrait savoir, qu’il existe des alternatives viables et acceptables pour

5 Marianne, 23-29/07/2011, p. 27.


6 Voir : Umberto Eco, Quase a mesma coisa, tr. Eliana Aguiar, Rio de Janeiro, Record, 2007.
7 Les deux premières imprécations en portugais font référence au Diable et à l’enfer, tandis que

la troisième reprend l’expression de joie dans la liturgie religieuse.


8 F. H. Aubert, op. cit., p. 75. Notre traduction.
9 Voir : K. Reiss, op. cit., p. 156.
Traduction et révision : un travail collaboratif ? 275

chaque texte, y compris parfois contraires. Si le texte traduit dérive d’une


œuvre antérieure dans le temps et dans l’espace, il n’en est pas moins une
œuvre originale avec une identité qui lui est propre, le produit final de niveaux
les plus divers d’appréhension, d’interprétation et de choix, basés sur
l’élaboration d’un projet conscient de traduction.
Par projet conscient de traduction il faut comprendre les stratégies
mises en œuvre par le traducteur après une analyse détaillée de tous les aspects
du texte de départ : linguistiques (grammaticaux, textuels, pragmatiques, etc.),
extralinguistiques (connaissance partagée, connaissance encyclopédique),
conditions de production, etc. Dans les situations de non-équivalence, une
« notion fonctionnelle-relationnelle sans réalité matérielle concrète qui surgit
de l’impossibilité de soumettre tout trait du texte de départ aux paramètres
d’acceptabilité du pôle cible10 », ou dans le cas de culturèmes – phénomène
social d’une culture A jugé important par les membres de cette culture et qui,
quand il est comparé à un phénomène social correspondant dans la culture B,
se révèle être spécifique à la culture A11, le traducteur doit choisir les

t
possibilités, les hiérarchiser et décider d’une seule solution, susceptible de
in
remplir la fonction choisie pour le texte d’arrivée et de répondre aux attentes
du lecteur.
Prenons l’exemple des différents types de solutions possibles face à un
pr
culturème – « symbole que les sujets parlants [de la langue française]
connaissent à travers l’apprentissage de leur propre culture12 » : « Si Paris vaut
bien une messe, alors notre tramway vaut bien une suite13. » Employé dans un
e-

blog sur les trains et les locomotives, cet argument défend le prolongement de
la ligne du tramway de Paris. Il est construit à partir du culturème « Paris vaut
bien une messe », attribué à Henri IV pour justifier sa conversion au
pr

catholicisme, et constitue ce que Jean-François Sablayrolles nomme la matrice


pragmatique :

[...] le détournement d’une unité lexicale « longue et complexe »,


locution ou séquence mémorisée par de nombreux sujets parlants
(proverbes, titres d’œuvres, citations de classiques, petites phrases
d’hommes célèbres, fragments de chansons enfantines, etc.), qui

10 Rosa Rabadán, Equivalencia y traducción, Léon, Universidad, Secretariado de Publicaciones,

1991, p. 110. Notre traduction.


11 H. Vermeer (1983) cité dans Lucía Luque Nadal, « Los culturemas : ¿unidades lingüísticas,

ideológicas o culturales? », Language Design, no 11, 2009, p. 93-120.


12 Ibid., p. 97. Notre traduction.
13 Disponible sur <http://viellebielles.forumgratuit.org/t160-si-paris-vaut-une-messe-le-tram-

de-paris-vaut-bien-une-suite> [consulté le 30/08/2013].


276 Patrícia C. Ramos Reuillard

combine ce qui est figé et ce qui est mémorisé pour innover dans la
modification14.

En recevant les consignes du client qui l’amèneront à savoir si le texte


traduit doit remplir la même fonction que le texte de départ et à quel lecteur il
est destiné, le traducteur est tenu de décider – à partir des connaissances qu’il
a de ce lecteur – si un tel culturème est ou non partagé par les deux cultures
en question. C’est cette évaluation qui ouvre l’éventail des solutions
possibles : offrir le même culturème sous sa forme consacrée dans sa langue
maternelle, soutenu par des « preuves textuelles » et par l’affirmation selon
laquelle la référence est partagée par les deux lecteurs, c’est-à-dire qu’il s’agit
d’un culturème universel15 ; traduire la phrase et indiquer dans une note de bas
de page la référence ; diluer l’information dans le corps du texte si l’on estime
qu’il est question d’un culturème seulement partagé par les Français, entre
autres.
Par conséquent, le traducteur devient aussi un auteur du texte dans la

t
mesure où il y appose ses marques personnelles et révélatrices de ses choix.
in
Si beaucoup de théoriciens et de professionnels de la traduction sont d’accord
sur ce point, dans la pratique cependant (en particulier sur le marché brésilien
de l’édition et les entreprises de traduction, et même au niveau mondial) le
pr
traducteur n’est perçu que comme un simple médiateur dont le produit doit
être « amélioré » par le réviseur, plus compétent et plus qualifié pour agir sur
le texte en y imprimant ses choix et en effaçant les précédents.
e-

Aborder la question de « l’effacement » du traducteur renvoie aux deux


possibilités formulées par Friedrich Schleiermacher :
pr

Ou bien le traducteur laisse l’écrivain le plus tranquille possible et fait


que le lecteur aille à sa rencontre, ou bien il laisse le lecteur le plus
tranquille possible et fait que l’écrivain aille à sa rencontre. Les deux
chemins sont à tel point complètement différents, qu’un seul des deux
peut être suivi avec la plus grande rigueur, car tout mélange produirait

14 Jean-François Sablayrolles, La Néologie en français contemporain : examen du concept et


analyse des productions néologiques récentes, Paris, Honoré Champion, 2000, p. 18.
15 Comme dans le texte de l’écrivain brésilien Carlos Heitor Cony : « PARIS - Um rei

protestante, mas de bom gosto, reconheceu que Paris valia uma missa. E lá foi ele. A frase
ficou famosa, e eu a repito, modestamente, na minha insignificância […]. » (Un roi protestant,
mais de bon goût, a reconnu que Paris valait bien une messe. Et il y est allé. La phrase est
devenue célèbre et moi, je la répète, modestement, dans mon insignifiance […].) Notre
traduction. Disponible sur <http://www1.folha.uol.com.br/fsp/opiniao/ fz2403200205.htm>
[consulté le 30/08/2013].
Traduction et révision : un travail collaboratif ? 277

un résultat nécessairement fort insatisfaisant, et il serait à craindre que


la rencontre entre l’écrivain et le lecteur n’échoue totalement16.

Une opposition reformulée par Jean-René Ladmiral en termes de


« sourciers » et « ciblistes17 ». Quant à Lawrence Venuti, dans son modèle de
traduction il cherche à renforcer le rôle du traducteur et à empêcher son
« invisibilité ». Partant des concepts de foreignizing strategy [étrangéisation]
et de domestication, l’auteur privilégie la seconde stratégie – « qui déplace le
lecteur vers l’auteur18 ». Si nous sommes d’accord avec les arguments de
Venuti et son modèle de traduction qui traite de la relation entre auteur / texte
de départ et traducteur / texte d’arrivée, nous proposons ici de déplacer la
discussion vers la relation traducteur / réviseur / lecteur final.

Finalement, qu’est-ce qu’une révision de traduction ?

t
Dans les dictionnaires, réviser signifie lire (un texte) afin de corriger
in
d’éventuelles erreurs, qu’elles soient relatives à la structure du texte
(rédaction, faute de frappe, typographie) ou au contenu ; corriger, revoir19.
Ainsi, la notion intrinsèque de la révision est celle de l’erreur. Il suffit pour
pr
s’en convaincre de jeter un rapide coup d’œil sur les sites des maisons
d’édition, de traduction ou de mise en page :
e-

Peu importe le type ou la finalité des textes […] toutes les incohérences
et autres erreurs éventuelles seront supprimées, soyez assurés que votre
texte sera bien compris dans la langue pour laquelle il est traduit. […]
une lecture attentive pour détecter les erreurs de frappe, ponctuation,
pr

accentuation, orthographie et autres problèmes grammaticaux ; […]


Phrases mal élaborées, vocabulaire imprécis, ambiguïtés et autres
problèmes stylistiques et sémantiques qui peuvent rendre le contenu du
texte incompréhensible20.

Le réviseur ne se contente pas de corriger, il interprète le texte


conformément à sa connaissance et à son expérience, il pourra suggérer
des corrections ou des modifications dans le texte de façon à améliorer

16 Friedrich Schleiermacher, Des différentes méthodes du traduire, tr. Antoine Berman, Paris,
Seuil, 1999, p. 49.
17 Jean-René Ladmiral, « Sourciers et ciblistes », Revue d’esthétique, no 12, 1986, p. 33-42.

18 Lawrence Venuti, cité dans Luana Ferreira de Freitas, « Tradução e Autoria : de

Schleiermacher a Venutti », Cadernos de Tradução, vol. 1, no 21, 2008.


19 Dicionário Houaiss da Língua Portuguesa 3.0.
20 Disponible sur <www.empresatraducaojuramentada.com.br/revisao-traducoes.htm> [consulté

le 15/08/2013]. Notre traduction.


278 Patrícia C. Ramos Reuillard

la communication entre l’auteur et son lecteur, ou entre l’entreprise et


le consommateur21.

De cette manière, la révision consiste aussi à retravailler le texte, à


ajuster des intentions et des conventions afin de rendre le texte plus clair
et cohérent, pour mieux atteindre l’objectif visé 22.

La révision de traduction est généralement « une amélioration de la


traduction » (par exemple, comparer ligne après ligne le texte en
portugais avec l’original, traduire à nouveau les passages dénués de
sens ou distants de la structure du portugais, traduire ce que le
traducteur n’a pas traduit, etc.)23.

Tout producteur de texte, le premier auteur comme le traducteur, sait


pertinemment qu’une deuxième lecture est utile et nécessaire pour améliorer
le texte produit / traduit. C’est ce qui ressort des affirmations suivantes : « Les
règles et les précautions à prendre avec la révision de textes qui ne sont pas

t
les nôtres sont nombreuses », « Il faut travailler le texte original de manière à
in
l’améliorer ou à l’adapter au véhicule auquel il est destiné sans altérer le point
de vue de l’auteur » (souligné par nous). Pour aller de l’avant dans notre
réflexion, nous allons l’illustrer par l’exemple concret d’une révision de
pr
traduction d’un texte scientifique dans le domaine du journalisme, dans le
cadre d’une collaboration universitaire :
e-

Texte original :
Sur le plan linguistique, le registre soutenu s’impose lorsque l’on
s’adresse publiquement à des citoyens à propos des gestes officiels
posés par leurs représentants politiques […] [le caractère systémique]
pr

doit être adapté aux propriétés du système social…24

Texte traduit :
No plano linguístico, o registro formal se impõe quando nos dirigimos
publicamente a cidadãos acerca dos gestos oficiais de seus
representantes políticos. O caráter sistêmico […] deve ser adaptado às
propriedades do sistema social…25

21 Disponible sur <www.comtextoeditoracao.com.br/4430.htm> [consulté le 15/08/2013].


Notre traduction.
22 Disponible sur <http://www.keimelion.com.br/2013/01/o-elo-da-responsividade-na-revisao-

de.html [consulté le 15/08/2013]. Notre traduction.


23 Disponible sur <http://www.publishnews.com.br/telas/colunas/detalhes.aspx?id=5992>

[consulté le 3 15/08/2013]. Notre traduction.


24 Colette Brin, Jean de Charron, Jean de Bonneville, Nature et transformation du journalisme.

Théorie et recherches empiriques, Québec, Presses de l’Université Laval, 2004.


25 À paraître.
Traduction et révision : un travail collaboratif ? 279

Révision et justification :
Sobre o No plano linguístico, o registro sustentado formal se impõe
quando nos* dirigimos publicamente aos a cidadãos acerca dos com
gestos oficiais executados postos por seus representantes políticos. O
caráter sistemático sistêmico das regras jornalísticas […] deve ser
adotado adaptado às propriedades aos proprietários do sistema
social…

*Commentaire du réviseur : le pronom on se réfère ici aux producteurs


du texte journalistique ; il ne s’agit donc pas, à notre avis, d’un sujet « nous ».
Nous suggérons de le remplacer par « le(s) journaliste(s) »

Ce qui apparaît d’emblée dans cette révision est la suppression de


l’erreur dans la traduction, entendue comme une défaillance liée au manque
de compétence ou de performance du traducteur26. La solution qui pourrait

t
être acceptée – mais qui est contestée – reçoit du réviseur un commentaire
in
expliquant son entendement et sa suggestion.
Voyons à présent un exemple d’échange entre un traducteur et un
réviseur dans un cadre professionnel :
pr
Texte original 27:
C’est dire qu’on ne trouvera ici qu’une critique des arguments que les
savants et les philosophes sont toujours tentés d’invoquer contre elle, et
e-

surtout une mise au point sur la signification qu’il faut donner au mot
« initié ».
pr

Texte traduit 28:


Isso significa que faremos aqui somente uma crítica aos argumentos
que os cientistas e os filósofos ficam sempre tentados a invocar contra
ela, além de um esclarecimento sobre a significação da palavra
“iniciado”.

Révision :
Isso significa, que faremos aqui, não* somente uma crítica aos
argumentos invocados por parte dos cientistas e filósofos[, que se
posicionam contrários à mathesis**,] mas um esclarecimento sobre a
significação da palavra “iniciado”.

26 Voir F. H. Aubert, op. cit.


27 Jean Malfatti de Montereggio. Études sur la mathèse, ou Anarchie et hiérarchie de la science
avec une application spéciale de la médecine, Compiègne, Éditions du Griffon d’or, 1946.
28 Johann Malfatti von Monterregio, Estudos sobre a mathesis ou anarquia e hierarquia da

ciência: uma aplicação especial à medicina, Chapecó, Argos, 2012.


280 Patrícia C. Ramos Reuillard

Commentaire du traducteur concernant la révision :


Isso significa, que faremos aqui, não* somente uma crítica aos
argumentos invocados por parte dos cientistas e filósofos [, que se posicionam
contrários à mathesis**,] mas um esclarecimento sobre a significação da
palavra “iniciado”.
* Commentaire 1 : Changement total de sens.
** Commentaire 2 : Cela n’apparaît pas dans le texte original.

Cet exemple « extrême » de révision équivoque illustre le besoin


d’échange entre les parties impliquées dans ce processus de traduction et de
révision ; en outre, il nous rappelle que les deux professionnels peuvent
interpréter faussement un texte, faire des choix inadéquats et non autorisés,
tomber dans des pièges linguistiques et extralinguistiques. Seul le dialogue
entre le traducteur et le réviseur peut aboutir à un résultat loyal et qui, dans ce
lien entre personnes, respecte les intentions et les attentes de l’auteur, du client
et des lecteurs de la culture cible, comme le préconise Christiane Nord29.

t
in ***

Lorsqu’il y a échange entre les deux partenaires de cette communication


pr
– le traducteur et son réviseur – un dialogue se met en place et conduit, dans
le meilleur des mondes, au meilleur résultat. Mais ce dialogue peut aussi ne
pas être fructueux, notamment quand l’auteur de la traduction n’est pas
e-

d’accord avec les corrections et/ou suggestions du réviseur. Dans ce cas, il


faudrait qu’un tiers puisse intervenir ou que prévale « l’autorité de l’auteur ».
Pourtant, cela ne se passe pas toujours ainsi : sur le marché auquel nous faisons
pr

référence, le traducteur a rarement accès à la révision de son texte. C’est


pourquoi, il incombe aux formateurs de traducteurs et de réviseurs de les
sensibiliser à l’autorité de l’auteur de la traduction comme à celle du réviseur
et au besoin d’un vrai dialogue entre eux, condition sine qua non de la réussite
de la traduction finale.

Université fédérale du Rio Grande do Sul

29Christiane Nord, « El funcionalismo en la enseñanza de traducción », Mutatis Mutandis,


vol. 2, no 2, 2009, p. 220.

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