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Revue d'histoire et de philosophie

religieuses

Un exemple de cheminement rhétorique : I Pierre


Danielle Ellul

Abstract
An example of rhetoricat progression : 1 Peter
This study attempts, working from the literary characteristics furnished by the text itself (alternation of imperatives and
indicatives, abundant repetition, frequency of O.T. quotations), to discover the organization of this letter and a possible dynamic
meaning.

Résumé
Un exemple de cheminement rhétorique : I Pierre.
Cette étude tente, à partir des caractéristiques littéraires fournies par le texte lui-même (alternance des verbes à l'indicatif et des
verbes à l'impératif, multiplicité des répétitions, fréquence des citations de l'A. T.), de repérer l'organisation de cette lettre et de
dégager une dynamique de sens possible.

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Ellul Danielle. Un exemple de cheminement rhétorique : I Pierre. In: Revue d'histoire et de philosophie religieuses, 70e année
n°1, Janvier-mars 1990. pp. 17-34;

doi : https://doi.org/10.3406/rhpr.1990.5054

https://www.persee.fr/doc/rhpr_0035-2403_1990_num_70_1_5054

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REVUE D'HISTOIRE et de PHILOSOPHIE RELIGIEUSES
Vol. 70, 1990/1 p. 17à 34

UN EXEMPLE DE CHEMINEMENT

RHÉTORIQUE: I PIERRE

Un exemple de cheminement rhétorique : I Pierre.


Cette étude tente, à partir des caractéristiques littéraires fournies par le
texte lui-même (alternance des verbes à l'indicatif et des verbes à
l'impératif, multiplicité des répétitions, fréquence des citations de
l'A. T.), de repérer l'organisation de cette lettre et de dégager une
dynamique de sens possible.

Une simple lecture cursive de I Pierre permet de voir en I 1-2


l'adresse et la salutation initiale, et en V 12-14 la salutation finale. Elle
met en évidence la présence de deux doxologies : en IV et en V 11. Elle
permet de remarquer :
— sur le plan syntaxique, l'alternance des verbes à l'indicatif et des
verbes à l'impératif
— au niveau du vocabulaire, la multiplicité des répétitions (termes
identiques ou parallèles)
— enfin, la fréquence des citations de l'A. T.
C'est à partir de ces caractéristiques littéraires, fournies par le texte
lui-même, que nous voudrions tenter de repérer l'organisation de cette
lettre et de dégager une dynamique de sens possible.

A première vue, le découpage du texte est difficile 1, même si l'on


adopte, non plus des critères thématiques, mais des critères formels.
18 REVUE D'HISTOIRE ET DE PHILOSOPHIE RELIGIEUSES

Ainsi, si l'on peut aisément isoler la bénédiction de I 3-9 faut-il, ou


non, lui rattacher les v. 10-12 ? Dans ce passage, en effet, le rédacteur a
abandonné le style hymnique, mais il a articulé ce bref développement
par la reprise au v. 10 du mot σωτηρία qui achevait le v. 9.
Autre exemple : les versets 13-17 du ch. III. Sur le plan littéraire,
nous avons affaire à une petite unité encadrée par une inclusion (au
v. 13 : ό κακώσων, au v. 17 : κακοποιουντας). Mais ce paragraphe se
situe à la fin d'un long passage exhortatif II 13 - III 12 — appelé
communément le code des devoirs domestiques 2 — avant ce que
certains 3 considèrent comme la fusion d'un credo baptismal et d'un
hymne de l'église primitive (III 18-22).
Nous n'entrerons pas dans tous ces débats mais, au risque de
paraître abusivement simplificateur, nous prendrons, en hypothèse de
travail, un découpage de cette épître selon le seul critère aisément
utilisable : l'alternance des indicatifs et des impératifs, la succession des
passages proclamatifs et des passages exhortatifs (cf en V 12 la double
finalité que le rédacteur donne à cette lettre : παρακαλών et έπιμαρ-
τυρών !) La suite de notre étude verra à infirmer ou confirmer cette
proposition,
rons de noter ainsi
: qu'à l'affiner. Pour le moment nous nous contente¬

13-12 proclamation
1 13 - II 3 exhortation
114-10 proclamation
II 11-21 a exhortation
II 21 b-25 proclamation
III 1-17 exhortation
III 18-22 proclamation
IV 1-11 exhortation
IV 12 - V 11 exhortation
La doxologie en IV 11, la reprise de l'exhortation en IV 12 (avec
interpellation des destinataires), la proximité de I 3-12 et de IV 12 -
Vil (même situation des destinataires, même discours sur Dieu, même
rôle des prophètes et de Pierre par rapport à la passion et à la
résurrection du Christ) nous amène, même dans une démarche synchro-
nique, à laisser provisoirement de côté IV 12 - V 11 : quelle est en effet
la fonction de ce passage qui semble raccroché à un ensemble ayant
lui-même unité et cohérence ? S'agit-il d'une seconde lettre ? S'agit-il
d'une relecture de I 3-12 ? Nous ne pourrions aborder cette question
qu'ultérieurement, après l'étude de I 3 - IV 11. Nous la laissons donc
provisoirement de côté, limitant aujourd'hui notre regard à I 3 - IV 11,

pétriniennes
pp. 57-110.
2. M.E.
3. Cf état
auBoismard
1erdes
s., LD
recherches
: 134,
Quatre
Parisin
hymnes
1988,
: M.L.
pp.
baptismales
Lamau
153-227.: dans
Des chrétiens
la 1K épître
dans
de Pierre,
le monde.
LD 30,
Communautés
Paris 1961,
D. ELLUL : EXEMPLE DE CHEMINEMENT RHÉTORIQUE 19

dont nous allons maintenant travailler l'organisation poétique et rhétori¬


que.
Notre propos est donc délibérément limité, nous ne prétendons
nullement nous livrer à une exégèse exhaustive de ces chapitres...

I 3 - 12

Nous reprenons volontiers à notre compte la division en trois


strophes proposée par J. Calloud 4 :
— les versets 3 à 5 sont centrés sur Dieu et insistent sur le présent
des destinataires dans son rapport à l'avenir
— les versets 6 à 9 ont pour centre Jésus-Christ et traitent du
présent historique de ces destinataires
— les versets 10 à 12 mettent en relief le rôle de l'Esprit et
soulignent le rapport du présent des destinataires avec le passé.
Ces trois strophes apparaissent ainsi comme un hymne trinitaire.
Mais ne sont-elles qu'une belle icône à contempler ?
Nous voudrions tout d'abord visualiser les répétitions qui parcou¬
rent ce passage :
v. 3-5 ---------έν ούρανοις-*—
άποκαλυφθήναι
πίστις
σωτηρία
v. 6-9 πίστις
άποκαλύψις
πιστεύοντες
πίστις
σωτηρία
v. 10-12 σωτηρία
άπεκαλύφθη
άνηγγέλη
εύαγγελισαμένων
άπ ' ούρανόυ —
Ce tableau appelle quelques remarques :
— Le texte se présente lui-même comme une apocalypse ayant le
salut comme objet. Cette révélation s'effectue selon un mouvement
descendant (on passe de έν ούρανοίς à άπ'ούρανόυ), non pas grâce à
une assomption, mais par une incarnation.
Il est d'ailleurs significatif que le dernier mot de cet ensemble soit

4. J. Calloud et F. Genuyt : op.cit. p. 40.


20 REVUE D'HISTOIRE ET DE PHILOSOPHIE RELIGIEUSES

le verbe παρακΰψαι qui renvoie, dans l'Ev. de Luc, au geste de Pierre


au tombeau 5 : est-il mort ? est-il vivant ? (Luc 24,12).
— De ce fait la foi, importante dans la première strophe et
prédominante dans la seconde, cède la place à l'annonce et à la
proclamation de la Bonne Nouvelle. Autrement dit, si le salut des
destinataires est en fait acquis (v. 3 δι' αναστάσεως Ίησου Χρίστου
v. 11 des
celle τάςdestinataires.
δόξας), l'incarnation du Christ (τά παθήματα ν. 11) appelle

— Comment la vivre ?
Le reste de l'épître répondra à cette question, mais les v. 6-9, au
centre de ce triptyque d'ouverture, apportent déjà quelques éléments :
-► άγαλλιασθε
λυπηθέντες Ί ολίγον
έν πειρασμοις J άρτι

-► άγαλλιασθε
χαρά και
άνεκλαλήτω
δεδοξασμένη

Même si le présent, c'est-à-dire le provisoire, est marqué par la


peine et les épreuves, l'appel dominant est à la joie 6, ou plus exacte¬
ment à l'allégresse comme dans le Magnificat (Luc 1,47), à l'exultation
eschatologique (cf les deux adjectifs qui impliquent une plénitude
indicible et durable).

I 13 - II 3 Ce passage exhortatif peut lui aussi se diviser en trois


citation : 1 13-16parties, chacune d'entre elles se terminant par une
1 17-25
II 1-3 (le οΰν marquant, non le départ d'une nouvelle unité,
mais la reprise du raisonnement après une longue citation) .
tairesL'unité
: du passage est réalisée par les qualifications des destina¬

1 13-16 ως τέκνα ........................


υπακοής

1 17-25 πατήρ v. 22 έν τχ\ υπακοή


ν. 23 άναγεγεννημένοι τ
II 1-3 ώς βρέφη ......
άρτιγέννητα J

particulièrement
La partie centrale
intéressante
de ce par
nouveau
sa composition
triptyque en
(I chiasme
17-25) nous
: paraît

impératif.
même6.5.endroit.
Magdala Le
Ce
(Jn contexte
verbe
20,11).
Lesestsujets
fait
également
desontάγαλλιασθε
cette
employé
fois dans
le
un disciple
indicatif,
l'Ev. dequialors
Jean
accompagne
àque
deuxgrammaticalement
reprises,
Pierre (Jn
pour20,5)
le ilmême
puis
peutMarie
geste,
être un
au
de
D. ELLUL: EXEMPLE DE CHEMINEMENT RHÉTORIQUE 21

v. 17a πατήρ v. 25a τό ρήμα Κυριόυ


qui juge selon l'œuvre de chacun ν. 24 jugement réalisé sur

v. 18-19 les destinataires ont été πάσα


ν. 22-23
σάρξ
les destinataires sont
rachetés (έλυτρώθητε) engendrés de nouveau
(άναγεγεννημένοι)
non par φθαρτοις non par. . . φθαρτής
mais par αίματι Χρίστου mais λόγου θεόυ ζώντος
ώς άμνόυ
(Christ) (λόγου)
v. 20 προ καταβολής κόσμου μένοντος
επ' εσχάτου των χρόνων qui demeure 7
= permanence

v. 21

Nous assistons ici au passage du vocabulaire sacrificiel (έλυτρώθητε


αϊματι.,ώς άμνόυ) au vocabulaire de la nouvelle naissance, passage qui
se fait au v. 21, par la foi de la communauté :
τους πιστούς εις θέον
την πίστιν υμών... εις θεόν.
C'est la foj, en effet, qui permet d'établir un certain nombre
d'équivalences :
I 3 Dieu nous a engendrés par la résurrection du Christ
άναγεννήσας ôià
18 vous avez été rachetés par le sang du Christ/de
l'agneau
L 23 vous avez été engendrés δια par la parole de Dieu
άναγεγεννημένοι demeure
qui est vivante et qui -i

25 = la parole du Seigneur demeure pour toujours


Et c'est cette parole proclamée comme bonne nouvelle aux destina¬
taires (v. 25b) et saisie par la foi qui va faire l'objet du développement
de II 1-3. Nous retrouvons une triade déjà mentionnée : πίστις -εύαγγε-
λίζομαι-σωτηρία, mais elle tourne autour de la Parole, seule nourriture
à désirer, seule nourriture porteuse de vie et source de joie.

VAvec II 4 - 10 nous revenons aux indicatifs. Là encore,


nous pouvons dégager trois strophes :
— les v. 4 et 5 qui mettent en parallèle le Christ (λίθον ζώντα) et

réaffirmée
renvoie
(Es 40,8).
7. ici
Nous
au Christ,
v.estimons
25 : l'auteur
τό que
φημαμένοντος
deκυρίου
la I Pieμένει
senerapporte
suivant
εις τόνpas
non
αιώνα.
leàtexte
θεού
De deplus,
mais
la LXX
nous
à λόγου,
(8)
pensons
: τόcar
φημα
que
la même
του
le mot
θεόυ
idée
Κύριος
ήμών
est
22 REVUE D'HISTOIRE ET DE PHILOSOPHIE RELIGIEUSES

les destinataires (λίθοι ζώντες), parallélisme qui fonde les images


immédiatement explicitées de la maison et de la communauté
— les v. 6 à 8 qui comportent trois citations sur le thème de la
pierre, où s'intercalent deux gloses du rédacteur (7a et 8b)
— les v. 9-10 qui comportent eux aussi trois citations de l'A. T.
mais cette fois sur le thème du peuple. 8
Sur cet ensemble qui a donné lieu à bien des commentaires 9, nous
ne ferons pas d'étude exhaustive, seulement quelques remarques dictées
par un double souci : quel est le fil unificateur du passage ? qu'appor¬
tent, dans cette recherche de l'organisation d'un sens, les versets 6-8
situés au centre du passage ?

fil verbe
προσέρχομαι
ce
lui :dans
προς
Les les
que
trois
övépîtres
les
(antécédent
10
premiers
nous
disciples
qu'ils
renvoie
mots
accèdent
s'approchent
ό κύριος)
nous
à la àdémarche
fournissent
Dieu.
προσερχόμενοι.
du Jésus
même
peut-être
des Evangiles,
deEn
la le
effet
foidébut
: c'est
le verbe
d'un
par

Ce thème de la foi est repris dans les v. 6-8 et précisé de trois


façons :
— D'abord au v. 6 par la citation d'Es 28,16, selon le texte de la
LXX. Il est intéressant de relever les deux écarts de la LXX par rapport
au TM : ajout de έπ' αύτω après ό πιστεύων et présence de l'expression
ού μή καχαισΧυνθτ) 11 . Ces deux variantes soulignent le rôle central et
déterminant du Ressuscité : c'est en lui que s'enracine la confiance des
destinataires, c'est sur sa fidélité que s'engage toute leur vie.
— Cette citation est suivie d'une glose du rédacteur, elle-même
complétée par une autre citation (7-8a). Elles distinguent les croyants
(τοις πιστεύουσιν) des incrédules (άπιστόυσιν) et opposent leurs
sorts : aux premiers l'honneur (ή τιμή), c'est-à-dire l'insertion dans la
sainte communauté sacerdotale du v. 5 dont le Christ est la pierre
d'angle, la pierre έκλεκτον εντιμον (v. 4). Ils peuvent donc devenir le
γένος
tombent.έκλεκτόν du v. 9. Quant aux seconds, ils buttent, trébuchent et

— La glose de 8b apporte une dernière précision : les incrédules


sont en fait des gens qui ne sont pas fidèles à leurs engagements et qui
refusent de faire confiance (άπειθόυντες). Désobéissance donc et
mépris à l'égard de la Parole. La boucle est ainsi bouclée : II 1-3


Pierre,
1972,
1, 11.
10.
p.
8.n°
9. -LD
67.
T.
2,
Dans
Cf
J.M.pp.
P.
Schlosser
102,
en
T.P.
A.Osborne
leparticulier
136-137.
Chevallier
Paris
même1980.
Osborne
: A.
: L'utilisation
sens,
T.
: : art.
IetcfPie
Christologie
ci
M.L.
t. 1,1-2,10.
p. Lamau
68.
des citations
Structure
dans
: op.cit.
lade
Prima
littéraire
p.
ΓΑ.Τ.
131.
Petri,
dans
etpp.
conséquences
la 65-96
lre épître
in : Etudes
deexégétiques,
Pierre,
sur inla :lnin
RTLépître
: RHPR
1981,
de
D. ELLUL: EXEMPLE DE CHEMINEMENT RHÉTORIQUE 23

établissait l'équivalence Christ ressuscité = Parole, II 4 le Christ = la


Pierre ; nous avons maintenant la Pierre = la Parole.
Au terme d'un ensemble placé sous le signe de la miséricorde (I 3
κατά το πολύ ελεος... II 10 έλεηθέντες) nous pourrions schématiser
ainsi le raisonnement : soyez dans la joie (I 3-12) à cause du Christ,
parole incarnée de Dieu (1 13 - II 4). C'est en lui maintenant qu'il s'agit
de croire (II 4-10).
Cet ensemble nous paraît extrêmement bien construit, avec un jeu
particulièrement fin d'inclusions, de répétitions et de parallélismes qui
traversent le texte et le mettent en mouvement. Rappelons encore que
chacune des trois parties dégagées est construite en trois strophes avec,
au centre, ce qui nous est apparu comme le thème majeur.
Avec 11,11 nous retrouvons l'exhortation et la mention des destina¬
taires : αγαπητοί, παρακαλώ...
En II 13-21a et III 1-7, nous trouvons deux fragments que les
spécialistes rattachent à un genre littéraire bien connu, le code des
devoirs domestiques. Ce code est ici interrompu en II 21b-25 par une
partie proclamative, par un hymne christologique. Notons enfin que
l'exhortation ne s'arrête pas en III 7 mais continue jusqu'en III 17. Nous
proposons donc de regrouper :
II 11-213 exhortation
II 21b-25 proclamation
III 1-17 exhortation
en un second grand ensemble. Peut-on en affiner le découpage ?
— II 11-12 contient des exhortations générales.
— II 13-17 semble avoir pour destinataires tous les άγαπητοί du
v. 11. Mais il s'agit des devoirs civiques, ce qui, dans le contexte du
1° s., ne concerne que les hommes. Les destinataires sont donc en fait
les hommes, dans leur relation à la cité.
— II 18-213 s'adresse aux οίκέται définis par leur situation histori¬
que : ils sont qualifiés par le participe ύποτασσόμενοι 12 .
— II 21b-25 : proclamation christologique.
— III 1-6 s'adresse aux γυναίκες, elles aussi définies par leur statut
historique : ύποτασσόμεναι.
— En III 7 le rédacteur reprend les hommes comme destinataires.
Ils sont cette fois définis par ce qu'ils ont de plus intime, leur relation de
couple (συνοικοΰντες).

J. Schlosser
qualificatif
qui
valeur
un mode
ne
Vouloir
De
12.impérative
sont
plus
ύποτασσόμενοι.
impératif
: le
pas
:transformer
laAnimadversiones.
rédacteur
forcément
référence
à(comme
un participe
constate
ces
àprésents
Nous
«c'est
participes
l'avis
qui
leconservons
Iundans
général
cas
Pierre
n'est
état
enunpas,
de
Rom
impératifs
3,5b-6,
»texte
fait
ne
àdans
12,17).
nous
ce
historique.
par
in
son
participe,
nous
ailleurs
: contexte
paraît
Biblica
paraît
pas
assez
comme

ensubversif
une
immédiat,
64,
effet
raison
1983,
àrelever
ceux
associé
suffisante
! pp.d'a-prioris
de409-410)
à un
3,1···
pour
verbe
patriarcaux.
attribuer
et conjugué
sa valeur
3,5b ! une
(cf
de.à.
24 REVUE D'HISTOIRE ET DE PHILOSOPHIE RELIGIEUSES

— Enfin en III 8-12 et III 13-17 nous retrouvons des exhortations


générales.
Ces quelques remarques nous amènent à formuler l'hypothèse,
pour allons
nous l'ensemble
maintenant
II 11 - tenter
III 17 de
d'une
vérifier.
structure en chiasme. C'est ce que

II 11 - 12 L'exhortation s'adresse à des destinataires qui reçoi¬


vent deux qualificatifs : ώς παροί κους και παρεπί¬
δημους 13. L'accent est mis sur l'isolement, l'absence de racines en pays
étranger. Ils sont,de plusen butte aux calomnies (καταλαλόυσιν υμών)
et aux soupçons (ώς κακοποιών). Et c'est dans ce contexte qu'ils sont
appelés à « se tenir éloignés des σαρκικών επιθυμιών », ce qui concrè¬
tement signifie : avoir une καλή ν conduite, effectuer des καλά εργα qui
servent de témoignage auprès des païens.

Les v. II 13 - 17 s'adressent donc à des hommes dans leur


relation à la cité et aux autorités politiques.
Il semble que la lecture de Rom 13 ait quelque peu faussé la
traduction de κτίσις au ν. 13 : si en grec classique ce mot a un sens assez
technique et désigne essentiellement la fondation d'une colonie, il est
employé dans la LXX et le NT pour nommer la création ou la
créature 14 . Il ne faut donc pas traduire : « Soyez soumis à toute
institution humaine » (TOB) mais « à toute créature ». Le texte
retrouve alors toute sa force polémique : le roi n'est qu'une créature ; il
n'est donc pas question de lui rendre un culte mais de l'honorer
(τιμάτε)... en tant que créature et comme les autres (πάντας τιμήσατε).
Les chrétiens en effet sont des θεόυ δούλοι et à ce titre n'éprouvent de
la crainte que pour Dieu (φοβεισθε) 15 .

II 18 - 21a concerne plus particulièrement les serviteurs vivant


dans une situation de subordination, èv φόβω. Ce
qui leur est demandé, c'est de ne pas se laisser entamer par la
souffrance mais de soutenir le choc dans l'espérance (ύπομενειτε deux
fois) en faisant le bien άγαθοποιόυντες. Ceci est à la fois une grâce
(χάρις deux fois) et une vocation (έκλήθητε).
Le v. 21b l'explicitera, en proposant un modèle à suivre, celui du
Christ, mais le texte redonne ici toute sa dignité d'homme au serviteur :
s'il est Γοίκέτης d'un maître éventuellement tortueux, il est d'abord un
θεόυ δούλος, dont la vie peut être témoignage.

13. Id.
14.
15. J.H. Elliott, avoisinantes
Remarques op.cit., fait de
dans
πάροικους
M.L. Lamau
mots : apparentés
op.cit. p. 240.
le fil structurant du texte.
D. ELLUL: EXEMPLE DE CHEMINEMENT RHÉTORIQUE 25

Nous laisserons momentanément de côté les v. 21b-25 pour poursui¬


vre la partie exhortative.

III 1 - 6 Les femmes sont elles aussi dans une situation de


subordination, et appelées à une conduite sainte, pure,
ένφόβω, qui puisse servir de témoignage auprès de leurs maris païens
(cf II 12 έποπτεύσαντες).
Le modèle proposé ici est Sara, caractérisée par son obéissance
(ύπήκουσεν). La grâce, pour les femmes, c'est d'être devenues les
τέκνα
aucunede
intimidation.
Sara, en faisant le bien άγαθοποιουσου et en ne cédant à

Nous sommes frappés par le parallélisme de ces deux dernières


sections, même s'il n'est pas parfaitement rigoureux :
II 18-21» III 1-6
οι οικέται ύποτασσόμενοι αι γυναίκες ύποτασσόμεναι
έν φόβω έν φόβω
ύπομενεΐτε ------------ ύπή κουσεν
------------ μή φοβούμεναι μηδεμίαν
πτοήσιν
άγαθοποιόυντες --------- άγαθοποιουσαι
χάρις ------------ .. έαενήθητε τέκνα Σάρρα. . .
έκλήθητε ίνα
(témoignage auprès des maîtres les maris qui refusent de croire
tortueux) κερδηθήσονται, έποπτεύσαντες
(modèle : le Christ) modèle : Sara

III 7 Concerne les hommes dans leur relation de couple. Deux


qualificatifs préfixés en συν — balisent un itinéraire :
συνοικουντες. . . συγκληρονόμοι, avec, au centre, la prière commune.
Pour cela, une seule attitude est recommandée : la τιμή. Là encore, le
texte est subversif : il s'agit de manifester de la τιμή pour un être plus
faible άσθενέστερος, physiquement et socialement (σκεύος).
III 7 Là
: encore nous proposons une mise en parallèle de II 13-17 et

1113-17 III 7
les hommes dans leur relation les hommes dans leur relation
à la cité à leurs femmes
τον βασιλεά τιμάτε απονέμοντες τιμήν

III 8-12 Nous


à tous.retrouvons les exhortations générales, adressées

Le passage s'ouvre sur cinq qualificatifs proposés aux destinataires.


26 REVUE D'HISTOIRE ET DE PHILOSOPHIE RELIGIEUSES

Ils mettent l'accent sur la cohésion des chrétiens et valorisent la


communauté. La construction de ce verset est très intéressante 16 : le
premier adjectif όμό-φρονες renvoie au cinquième ταπεινό-φρονες, le
second — συμπαθείς — renvoie par le sens au quatrième — εΰσπλαγχ-
νοι — et au centre φιλάδελφοι l'amour des frères.
Nous avons donc ici la réponse inversée de II 11 : à des gens qui
sont, dans leur histoire, sans racine, sans appartenance sociale, le
rédacteur montre la possibilité d'une situation ecclésiale très forte où se
créent,
une identité
par l'amour
nouvelle.
réciproque, une unité de cœur et de sentiments et

Il y a, entre II 11-12 et III 8-12 d'assez bonnes correspondances que


nous allons présenter sous forme de tableau :
1111-12 III 8-12
πάροικοι όμόφρονες ταπεινόφρονες
συμπαθείς - εΰσπλαγχνοι
καΐ παρεπίδημοι φιλάδελφοι
Enάπέχεσθαι
butte aux calomnies . κακόν
μή άποδιδοντες.
άντι κακόυ . .
καταλαλείν
soupçonnés κακοποιοί λοιδορίαν άντί λοιδορίας
έχοντες την άναστροφήν
καλήν εύλογόυντες

ce qui est développé par la


citation scripturaire :
την γλώσσαν άπό κακόυ
μή λαλήσαι
έπο κακόυ δόλον

ποιείν άγαθόν

ημέρα έπισκοπής ν. 12

Deux constellations sémantiques apparaissent ici :


— celle de la parole : les destinataires non seulement ne doivent
pas se laisser entraîner au mauvais usage de la langue dont ils sont les
victimes, mais ils sont invités à prononcer une parole de bénédiction ;
— celle de l'action : soupçonnés d'être des « mal-faisants », ils ne
doivent pas céder à l'appel du mal mais faire le bien, instaurer la paix.
Entre II 11-12 et III 8-12 donc, les mêmes thèmes semblent être
repris, mais pour être intégrés dans un processus d'inversion et,
pourrions-nous dire, de « surplus » (εύλογείν ποιειν άγαθόν/είρήνην).

16. Cf J. Calloud : op.cit. p. 170.


D. ELLUL: EXEMPLE DE CHEMINEMENT RHÉTORIQUE 27

Peut-être est-ce dans ce surplus que se joue le témoignage auprès des


païens que l'on trouvait en II, 11-12 et qui n'est pas mentionné ici ?

III 13 - 17 apparaît comme une seconde relecture de II 11-12,


liée à une modification du statut historique des
destinataires. Nous avons vu en II 12 qu'ils étaient l'objet de calomnies,
il en est de même ici, en III 16 ; mais, en III 14, le rédacteur envisage
pour eux l'éventualité de la souffrance. Laquelle ?
Au v. 13 apparaît le verbe κακόω qui est employé cinq autres fois
dans le NT (Act VII 6,19 ; XII, 1 ; XIV 2 ; XVIII 10) avec le sens de
mauvais traitements, de persécutions, de mise à mort. Dans ce contexte
de violences physiques, les destinataires sont encore une fois exhortés à
« une belle conduite », mais le rédacteur ajoute cette fois : έν Χριστώ.
Si l'on tient compte du fait que, en II 21b-25, le Christ est donné en
exemple aux chrétiens, il faut peut-être donner à cette expression une
valeur référentielle, combinant donc le locatif et l'instrumental. Quoi
qu'il en soit, cette belle conduite έν Χριστώ reçoit un contenu concret
qui l'explicite :
— il s'agit tout d'abord pour les destinataires de modifier leurs
dispositions intérieures (έν ταις καρδίαις υμών), en se libérant de la
peur et en se sanctifiant (v. 14b-15a) ;
— il s'agit ensuite d'être prêts pour 1'άπολογία, afin de la pratiquer
avec douceur et respect (v. 15b-16a).
M.L. Lamau 17 a étudié les emplois de άπολογία et de άπολογέο-
μαι dans le NT (dix-huit fois, dont dix chez Luc, en particulier six fois
dans Actes 24-28). Il en ressort que nous avons affaire à un terme
technique désignant, dans le droit romain, la défense du prévenu pour
confondre ses accusateurs. A deux reprises cependant ce contexte
juridique est dépassé : en Act 19,33 et 22,1 les accusés s'adressent
directement à la foule menaçante.
Quel est le contenu de cette « apologie » ?
En III 15 — comme dans les textes des Actes — elle est proclama¬
tion d'une espérance. Laquelle ? Nous espérons que III 18-22 nous
permettra d'en préciser le contenu ! Pour le moment disons simplement
qu'à la fin d'un long développement sur le comportement des chrétiens
dans le monde et en église, le rédacteur a inséré ici un paragraphe
spécifique sur le bon usage de la parole, sur son seul usage possible : la
proclamation de l'espérance chrétienne. Nous pourrions visualiser ainsi
ce dernier parcours :

17. Op. cit. pp. 64-66.


28 REVUE D'HISTOIRE ET DE PHILOSOPHIE RELIGIEUSES

II 11-12 III 13-17


καταλαλόυσιν υμών ~[
ώς κακοποιών
- την άναστροφήν καλήν
- But : qu'ils glorifient Dieu -1

Si maltraités :
- se libérer de la peur
- se sanctifier
- être prêts pour 1'άπολογία

η- But : qu'ils soient confondus


- την άγαθήν έν Χριστώ
- καταλαλεΐσθε...
άναστροφήν
κρείττον άγαθοποιόυντας
L ή κακοποιόυντας (ν. 17)

exhortatif,
moment,
parties,
Il nous
quiqu'elle
dereste
se répondent
la est
partie
à voir
précédée
chacune
proclamative
le rôle,
etausuivie
à l'intérieur
moins
II 21b-25.
d'une
partiellement
exhortation
de
Rappelons,
ce :long en
pour
passage
trois
le

II 11-12 III 8-17


exhortations générales exhortations générales
- III 13-17 : άπολογία
destinataires = πάροικοι - III 8-12 : φιλάδελφοι
et παρεπίδημοι
II 13-17 III 7
Hommes dans leur relation à Hommes dans leur relation de
la cité : τιμάτε couple : τιμή
II 18-213 III 1-6
οίκέται ύποτασσόμενοι γυναίκες ύποτασσόμεναι

II 21b - 25 comportent trois relatives commençant chacune par


ος, encadrées par deux déclarations.
Après ce que M. Hengel 18 appelle, dans le contexte des professions
de foi, une formule de mort et sa transformation par le rédacteur (Χρισ¬
τός επαθεν — au lieu de άπέθανεν — υπέρ υμών), le Christ est proposé

18. M. Hengel : La crucißxion, LD 105, Paris 1981, p. 174.


D. ELLUL: EXEMPLE DE CHEMINEMENT RHÉTORIQUE 29

comme un exemple (ύπογραμμός) 19 à suivre de près, à la trace. Mais


qui s'agit-il d'imiter ? en quoi ? Les trois relatives répondent à cette
question.
Le v. 22 est considéré comme une citation d'Es 53,9 cd, avec deux
modifications significatives 20. Dans Es, l'innocence du Serviteur est
proclamée après sa mort, ce qui permet de développer la valeur
rédemptrice de son sacrifice expiatoire. Dans I Pie, l'innocence du
Christ est affirmée en même temps que sa souffrance et cela souligne
l'importance de son attitude donnée comme modèle. La seconde
modification, c'est le remplacement de ανομία (Es) par άμαρτία
(I Pie). Il ne s'agit plus des violations de la Loi (Torah = νομός) mais
des errances à côté du bon chemin, celui qui permet une juste relation à
Dieu. Il s'agit donc, dans ce verset 22, de suivre le Christ non pas dans
sa souffrance, mais dans son innocence.

Le v. 23 apporte des précisions complémentaires. Comme on a pu


le noter 21 , il contient plusieurs termes ou caractéristiques par leur
fréquence (πάσχων) ou propres à l'épître (λοιδορού μένος ουκ άντελοι-
δόρει... ουκ ήπειλει) ce qui révèle l'importance centrale que le rédac¬
teur accorde à ce verset. On est ici très loin d'Es 53, de l'agneau « traîné
à l'abattage », innocent certes mais muet et passif : le Christ ici choisit
de ne pas céder à l'insulte ou à la menace, choisit aussi de s'en remettre
à Dieu. Le rédacteur propose donc à ses lecteurs le modèle d'un Christ
innocent, pratiquant la non-violence active.
Au v. 24, deux petits fragments d'Esaïe encadrent une formulation
originale (24b), qui ouvre l'avenir des destinataires : parce que le Christ
a porté nos péchés et que sa mort a une valeur rédemptrice (cf le sens
cultuel de άνήνεγκεν), les destinataires sont invités non au martyre
mais à la vie (ινα... ζήσωμεν). S'il s'agit d'imiter le Christ, il ne s'agit
donc pas de mourir comme lui mais de pratiquer, dans la souffrance,
une attitude relevant de la δικαιοσύνη. Les destinataires sont en effet
séparés (άπογενόμενοι) des péchés, guéris (ίάθητε) en pleine posses¬
sion donc de leur force vitale, aptes à la louange et au témoignage.

Le v. 25 répond au v. 21b : le Christ est non seulement un exemple


à suivre mais
s'avancent vers le
lui.berger et le protecteur de ceux qui se tournent et

Cette brève mais dense proclamation est donc ainsi organisée :

of
lreIépître
Peter
20.
21.
19. Cf
Sur
Cf.
de
2,21-25
M.L.
Pierre,
T.
ceP.terme,
Lamau
Osborne
in in: Biblica
: cfMSR
:M.L.
art.
: Guide
n°43,
cit.Lamau
64,1987
p.Lines
1983,
126.
n°: Exhortation
3,
for
pp.p.Christian
393-394.
125. aux Suffering.
esclavesAetsource
hymnecritical
au Christ
and theological
souffrant dans
Study
la
30 REVUE D'HISTOIRE ET DE PHILOSOPHIE RELIGIEUSES

21b Christ = ύπογραμμός


Destinataires invités à le suivre (ίνα έπακολουθήσητε)
22 άμαρτίαν ουκ έποίησεν
- non-violence active
- confiance en Dieu
_ 24 τάς άμαρτίας ημών άνήνεγκεν
_ 25 Christ = ποιμήν et έπίσκοπος
Destinataires maintenant tournés vers lui (έπεστράφητε)
Ce passage proclamatif, placé au centre du code des devoirs
tion
domestiques,
et le contenu
apparaît
traditionnels
comme :l'élément qui en bouleverse l'organisa¬

— les limites explosent : le rédacteur en effet n'expose pas seule¬


ment les règles de conduite qui doivent sous-tendre les rapports des uns
avec les autres à l'intérieur de Γοικος qu'est la communauté ; il
n'envisage pas seulement les règles qui doivent gouverner les rapports
de la communauté à la cité, mais il appelle à un témoignage actif, à la
proclamation de l'espérance chrétienne
— l'énumération des interlocuteurs est elle aussi bouleversée : il
n'y a plus ni réciprocité ni hiérarchie, mais un seul modèle, fait de
respect de l'autre, de témoignage en actes, de non-violence.
— Le Christ est donc celui qui par sa vie même a accompli, non la
loi de Moïse, dont il n'est nulle part question, ni les lois courantes issues
de la propagande juive hellénistique ou de l'enseignement stoïcien
populaire 22 , mais une nouvelle loi qui consiste, dans une situation de
souffrance innocente, à vivre de façon non-violente et à manifester ainsi
sa confiance en un Dieu qui prononcera sur tout le dernier mot.
Nous abordons maintenant un nouveau passage proclamatif, celui
de III 18 - 22 qui nous paraît plus difficile sur le plan de la
rhétorique.
Il est encadré par le participe πορευθείς (ν. 19 et ν. 22) précédé
dans les deux cas d'une mention de la résurrection : v. 18 ζφοποιηθεις
πνεύματι, v. 21 άνάστασις Ίηαόυ Χρίστου. Ce déplacement s'accom¬
pagne d'une nouvelle conjonction de personnages, au v. 19 avec « les
esprits en prison », au v. 22 à la droite de Dieu.
trouvent
On peut
ici distendus
noter que
: les éléments tenus pour acquis en II 4 se

II 4 r λίθον ζώτα -----


III 18 ζωοποιηθείς
L παρά θεώ __
_

III 22 έωδεξιφθεόυ _

22. Sur le milieu d'origine des codes domestiques, cf M.L. Lamau : op. cit. pp. 160-170.
D. ELLUL: EXEMPLE DE CHEMINEMENT RHÉTORIQUE 31

Qu'est-ce qui est donc introduit dans ce nouvel espace temporel ?


Le texte mentionne une visite du Christ « aux esprits en prison ».
De qui s'agit-il ?
Nous n'entrerons pas dans le débat dogmatique de la descente aux
enfers, nous nous contenterons de relever les indications fournies par
ces quelques versets. Ainsi le v. 20 établit une équivalence entre ces
esprits en prison et ceux qui n'ont pas voulu croire (άπειθήσασι), aux
jours de Noé ; ceux donc que la tradition juive considère comme les
pécheurs par excellence, ceux qui ont été, à tout jamais et sans aucun
espoir, ensevelis par l'eau du déluge.
Or c'est à eux, nous dit le texte, que le Christ a été annoncer le salut
(έκήρυξεν). On est ainsi au-delà de la μακροθυμία de Dieu telle qu'elle
s'est manifestée au temps de Noé, on est — même si le mot n'est pas
employé — sous le signe de la grâce. (Signalons cependant au passage
qu'en hébreu le mot « grâce » 7π est l'anagramme du nom « Noé »
π])...
La difficulté que nous avons à organiser ce texte sur le plan
rhétorique vient de ce qu'il mélange deux raisonnements, que nous
essaierons de démêler, en les visualisant :
v. 18-193 le Christ ν. 21c-22 le Christ
ζφοποιηθείς πορευθείς
πορευθείς άνάστασις
v. 20a τοις άπειθήσασι v. 21b συνειδήσεως άγαθής
v. 21a νυν
έπερώτημα εις θεον
v. 20b έν ήμέραις Νώε
οκτώ ψυχαί υμάς
διεσώθησαν σφζει
σι' ύδατος βάπτισμα
Ici le rédacteur exploite la typologie du déluge et fait de l'eau du
baptême un symbole à la fois de mort et de vie. Mais un autre schéma se
juxtapose à celui-ci :
II 4-11 III 18-22
le Christ le Christ
- λίθονζώντα - περί άμαρτιών άπέθανεν
- υπό ανθρώπων άποδεδο- ·-ζωοποιηθείς
κιμασμένον
d'où
1) construction d'une οίκος 1) aux άπειθήσασιν :
de croyants έκήρνξεν
[rôle déterminant de la [του θεόυ μακροθυμία]
foi τοις πιστεύουσιν/άπισ
τόυσιν δέ...]
2) des άπειθοΰντες 2) construction de l'arche
qui προσκόπτουσιν κιβωτός
32 REVUE D'HISTOIRE ET DE PHILOSOPHIE RELIGIEUSES

Ici le rédacteur s'intéresse au sort de ceux qui ne sont pas dans


1'οικος-κιβωτός, c'est à toute cette génération diluviale, c'est à tous ces
pécheurs prisonniers de l'eau de mort que le Christ est allé annoncer la
grâce divine. N'est-ce pas là l'espérance chrétienne ?

L'exhortation de IV 1 - 11 est scandée par trois particules de


coordination
v. 7b οΰν. : v. 1 οΰν, ν. 3 γαρ,

Les v. 1 et 2 forment une sorte d'introduction générale qui oppose


deux modes de vie : selon les άνθρώπων έπιθυμίαι, selon la θέλημα
θεού. Cette opposition peut servir de clé d'organisation à ce passage.
Dans la seconde partie, il s'agit bien en effet de la βούλημα των
έθνών. Elle s'accomplit tout d'abord lorsque l'on s'engage (πορεύε-
σθαι) dans cinq comportements qui paraissent assez proches, caractéri¬
sés par la débauche et les beuveries, et stigmatisés par un terme global :
άθεμίτοις ειδωλολατρίαις. Mais on peut aussi l'accomplir avec fougue
(συντρέχειν) et le summum est alors le blasphème (βλασφη μουντές).
Les auteurs de ce comportement, un « ils » collectif et indéfini, en
rendront compte au Dieu juge (v. 5), car le but final, c'est la vie « selon
Dieu, par l'Esprit ». Ce paragraphe s'achève en 7a par l'affirmation que
la fin de « tout » s'est approchée.
Ce « tout » est immédiatement repris au v. 8 : προ πάντων que
l'on traduit habituellement par « avant tout », c'est-à-dire de préférence
à tout. Mais une autre interprétation 23 paraît possible : au lieu de
« tout », en échange de ce « tout » qui va disparaître. Le rédacteur
nous propose
ordre des choses.
alors la superposition, ou la substitution, d'un nouvel

La troisième partie répond à la seconde, non par une structure en


chiasme, mais par un parallélisme de type linéaire :
v. 3 το βούλημα των έθνών v. 7b προσευχαί
πορεύεσθαι
- débauche /dans
beuveries
- σωφρονηατε / νήψατε
- idolâteries infâmes - άγάπη έκτενής
v. 4 συντρέχειν v. 9 φιλόξενοι
βλασφη μουντές άνευ γόγγυσμόυ
v. 5 Conséquence : ils rendront ν. 10 chacun καλοί οικονόμοι
compte au Dieu juge χάριτος θεού
v. 6 but final : vie selon Dieu ν. 11 Dieu glorifié en tous
v. 7a la fin de « tout » s'est
approchée
_ v. 8 A la place de « tout »

23. Hypothèse voisine dans M.L. Lamau, op. cit.


D. ELLUL: EXEMPLE DE CHEMINEMENT RHÉTORIQUE 33

Ainsi l'annonce de la fin (v. 7) inaugure une nouvelle économie où


la prière permet de saisir la volonté de Dieu. Quatre thèmes sont
privilégiés : la sagesse et la sobriété, l'amour constant, l'accueil chez
soi, l'absence de murmure (les murmures étant, dans les traditions du
séjour au désert, l'expression d'une révolte contre Dieu). Au centre de
ces
l'amour.
quatre thèmes, une citation qui évoque le pardon des péchés par

Pour clore ce parcours et notre recherche rhétorique, il nous reste


à voir si des parallélismes existent entre 1 13 - II 4 et IV 1-11. Certains
contacts de vocabulaire peuvent être relevés :
113 -II 3 IV 1-11

v. 13 έλπίσατε επί την χάριν

13. ceignant les reins de votre 1. οπλίσασθε


διανοία την ëvvoiav
14. ώς τέκνα υπακοής 2. (βιώσαι) θελήματι θεόυ
— » ne pas se conformer aux et non plus selon les
έπιθυμίαις d'autrefois επιθυμίας des hommes
17. pour le χρόνος 2b pour le χρόνος
της παροικίας qui reste dans la chair
17. Dieu qui juge (κρίνειν) 5. Dieu
les vivants
quiet
juge
les morts
(κριναι)
chacun, 24 toute chair
25b (la parole) 6. εύηγγελίσθη
εύαγγελισθέν εις υμάς même aux morts (= à tous)
II 2 έπιποθήσατε la parole 8. εχοντες άγάπην έκτενί
ώς βρέφη ίνα ως οικονομοι χάριτος
αύξηθήτε

Ces deux séquences présentent donc un certain nombre de corres¬


pondances qui, une fois encore, ne figent pas le texte dans une structure
statique mais mettent en valeur son dynamisme même.
Au chapitre IV en effet la fin est proche et cette proximité explique
les différences entre les deux fragments de lettre : il ne s'agit plus de se
préparer au départ (I 13) mais de combattre (IV 1), il ne s'agit plus de
désirer — et de recevoir — la parole (II 1-3) mais de la mettre en
pratique et d'en vivre (IV 7a-ll). Il n'est plus temps d'espérer dans la
grâce à venir (1 13), il s'agit d'en être les καλοί οικονόμοι (IV 10).
Au terme de ce cheminement à travers le texte de I Pierre, à
travers ses répétitions, ses parallélismes, ses inversions, il nous semble
pouvoir dégager la structure globale suivante :
1 3-12 proclamation ---------------
24

24. IVlaissons
Nous 12 - V ces
11 est-il
questions
le pendant
en suspens,
de 1 13-12
dans ?l'attente
ou est-il peut-être
une relecture
d'un de
travail
l'ensemble
ultérieur.
de la lettre ?
34 REVUE D'HISTOIRE ET DE PHILOSOPHIE RELIGIEUSES

1 13 - II 3 exhortation IV 1-11 exhortation

II 4-10 proclamation III 18-22 proclamation

II 11-213 exhortation III 1-17 exhortation

A chaque étape de la démonstration, nous avons tenté de montrer


que nous n'avions pas affaire à un schéma figé et répétitif, mais à une
architecture en mouvement qui appelle les destinataires, et par contre¬
coup les lecteurs, à se mettre en marche, à se lancer dans une aventure
de suivance... La pierre angulaire de tout cet édifice nous semble être
en effet II 21b-25, et plus particulièrement le v. 23 qui met au cœur de la
lettre, le Christ, modèle de non-violence active.
Si nous devions résumer d'un mot chacune des étapes que nous
avons étudiée, nous pourrions sans doute dire : vous êtes (ou : soyez)
dans la joie (I 3-12), à cause du Christ, parole de Dieu incarnée (1 13 -
II 3). C'est en lui qu'il s'agit maintenant d'avoir foi (II 4-10), c'est à son
image qu'il s'agit de vivre. Il a en effet accompli jusqu'à la mort la
nouvelle loi qu'il propose, faite de non-violence active et de confiance
de Dieu (II 11 - III 12). Dans la souffrance il s'est toujours tû, mais ses
disciples sont appelés à Γάπολογια, à la proclamation de leur espérance,
seul usage possible de la langue (III 13-17). Cette espérance, elle a un
contenu précis, à savoir que le Christ a offert la grâce à tous, vivants et
morts, même à la génération du déluge (III 18-22). Et maintenant,
puisque la Gn des temps s'est approchée, n'oublions pas l'essentiel :
l'amour qui couvre une multitude de péchés. (IV 1-11).
Nous sommes frappés de retrouver ici, par l'intermédiaire d'une
étude rhétorique, un schéma catéchétique très proche de celui que
Ch. Amphoux 25 a dégagé pour l'épître de Jacques : les mêmes thèmes
surgissent, presque dans le même ordre (notons cependant que dans
I Pierre la foi précède la loi)... Il resterait à voir comment, à travers ce
schéma et son ordonnance, s'exprime le (ou les) discours christologique.
Y a-t-il dépendance d'une lettre à l'autre, ou non ? et si oui, dans quel
sens ? Ce schéma rhétorique, ce schéma catéchétique peuvent-ils nous
fournir des indications sur la date et le milieu d'origine de I Pierre ?
C'est là une grosse question qui dépasse le cadre d'une simple étude
rhétorique, mais elle serait peut-être à reprendre, ultérieurement.
Danielle Ellul

1984,s.,pp.
XXe 25.
26.9.88
374-376
C. Amphoux
n° 178,
repris,pp.: de
Les
8-9.façon
leçons
plus
desdétaillée,
versions dans
géorgiennes
un article
de de
l'épître
vulgarisation
de Jacques,
: Leinchristianisme
: Biblica n° 65,
au

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