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La Semaine Juridique Social n° 5, 1er Février 2011, act.

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Précisions sur les conditions d'exercice du droit d'alerte du comité central d'entreprise
Veille par Sébastien Miara

Cass. soc., 18 janv. 2011, n° 10-30.126, FS-P+B, Sté Air Liquide c/ M. G : JurisData n° 2011-000357

Le comité central d'entreprise peut légitimement exercer son droit d'alerte lorsque la réorganisation de
l'entreprise qui concerne son activité ingénierie au niveau mondial est de nature à affecter la situation de
l'entreprise et que les réponses de la direction aux questions du comité sont, de l'avis de celui-ci, contradictoires,
insuffisantes ou incohérentes.

Une société, membre d'un groupe de dimension mondiale, a acquis une autre société le 27 juillet 2007, dans le cadre
d'une stratégie de croissance externe, complémentaire des activités de la société en matière d'hydrogène, et devant
permettre la constitution d'un groupe d'ingénierie de 2 800 personnes. Les élus du comité central d'entreprise qui
avaient été informés de ce projet en avril 2007, après plusieurs réunions en mai, juin et septembre, ont indiqué lors de
la réunion le 17 octobre « n'être pas du tout satisfaits des réponses apportées par la direction ». Ce comité a décidé le 6
décembre 2007 d'exercer le droit d'alerte prévu par l'article L. 2323-78 du Code du travail, en faisant état des dangers
pour l'entreprise que représente l'acquisition de ladite société, et de désigner un expert, décision confirmée le 11 février
2008. L'acquéreur a saisi le tribunal de grande instance, en août 2008, d'une demande d'annulation de cette procédure
d'alerte et de la désignation de l'expert.

Par un arrêt rendu le 5 novembre 2009, la cour d'appel de Paris déboutait l'acquéreur de ses demandes en estimant bien
fondée la procédure d'alerte et validant la lettre de mission de l'expert.

Dans son pourvoi, l'acquéreur faisait notamment valoir qu'en refusant de rechercher si le comité central d'entreprise de
la société présentait des éléments objectifs de nature à affecter de manière préoccupante la situation de l'entreprise, au
motif que le comité central d'entreprise serait « seul juge » du caractère préoccupant des faits qu'il invoque et que
l'annulation de la procédure d'alerte ne serait susceptible d'annulation qu'en cas d'abus démontré par l'employeur, la
cour d'appel avait violé l'article L. 2323-78 du Code du travail.

L'acquéreur soutenait par ailleurs qu'en déclarant le comité central d'entreprise bien fondé à exercer le droit d'alerte au
motif qu'elle n'avait pas levé les inquiétudes des élus quant au maintien de l'activité hydrogène et de l'activité ingénierie
sur le site de Champigny à la suite de l'acquisition de la société, sans caractériser en quoi cette situation pouvait
paraître susceptible d'affecter de manière préoccupante sa situation dans son ensemble et d'entraîner des difficultés
économiques prévisibles, la cour d'appel avait privé sa décision de toute base légale au regard de l'article L. 2323-78 du
Code du travail.

Après avoir rappelé les dispositions de l'alinéa 1er de l'article L. 2323-78 du Code du travail selon lesquelles lorsque le
comité d'entreprise a connaissance de faits de nature à affecter de façon préoccupante la situation économique de
l'entreprise, il peut demander à l'employeur des explications, la chambre sociale censure la décision des juges du fond.

La Cour de cassation estime en effet que le comité a décidé sans abus d'exercer son droit d'alerte dès lors que la cour
d'appel a retenu, d'une part, que la réorganisation de l'entreprise, qui concernait l'activité ingénierie au niveau mondial,
était de nature à affecter la situation de l'entreprise et qu'elle a estimé, d'autre part, après avoir relevé que les réponses
de la direction aux questions du comité étaient contradictoires, insuffisantes ou incohérentes.