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Université Claude Bernard LYON 1

FST - Département de Mathématiques


Master MA Mathématiques Générales - M2
UE Algèbre et calcul formel

ALGEBRE ET CALCUL FORMEL

Michel CRETIN
2
Chapitre 1

Polynômes univariés.

1.1 Généralités
On considère l'anneau A[X] des polynômes à coecients dans un anneau A (commutatif et
unitaire). Si l'anneau A est intègre, l'anneau A[X] est intègre et l'on a 1 :
deg(f g) = deg(f ) + deg(g) pour tout f, g ∈ A[X]
Toujours dans le cas A intègre, on dispose du corps des fractions K = Frac(A) de A et K(X)
est le corps des fractions de A[X].
On désigne par A× le groupe (multiplicatif) des éléments inversibles de A ; deux éléments x, y ∈ A
sont associés 2 s'il existe u ∈ A× tel que y = ux ; on obtient une relation d'équivalence sur A.
Un élément p ∈ A est premier s'il vérie le lemme d'Euclide 3 :
pour tout x, y ∈ A : p|xy =⇒ p|x ou p|y
et un élément p ∈ A est irréductible si :
pour tout a ∈ A : a|p =⇒ a ∈ A× ou a ' p
Tout élément p premier est alors irréductible ; la réciproque est vériée lorsque A est factoriel.
Si l'anneau A est factoriel, l'anneau A[X] est factoriel). Dans ce cas, un polynôme f ∈ A[X]
est primitif si ses coecients sont premiers entre eux. Tout polynôme non nul f ∈ K[X] s'écrit
de manière unique, aux éléments associés près, f = cont(f )pp(f ) avec cont(f ) ∈ K ∗ (contenu
de f ) et pp(f ) ∈ A[X] polynôme primitif (partie primitive de f ). Etant donné f ∈ K[X], on a
f ∈ A[X] si et seulement si cont(f ) ∈ A.
On a de plus, pour f, g ∈ K[X] \ {0} :
1. cont(f g) ' cont(f )cont(g)
2. pp(f g) ' pp(f )pp(g)
Soit f ∈ A[X] un polynôme primitif ; alors f est irréductible dans A[X] si et seulement si f
est irréductible dans K[X] lemme de Gauss). de sorte que les éléments irréductibles de A[X]
sont, d'une part les éléments irréductibles de A, d'autre part les polynômes primitifs de A[X]
irréductibles dans K[X].
Un anneau A est principal s'il est intègre et si tout idéal de A est engendré par un élément ; alors
A est factoriel et pour tout élément irréductible p ∈ A l'idéal hpi est maximal ; en particulier
1. en général on a seulement deg(f g) ≤ deg(f ) + deg(g) pour tout f, g ∈ A[X]
2. on notera y ' x la relation d'association
3. l'idéal hpi est premier ie. A/hpi est intègre
4 CHAPITRE 1. POLYNÔMES UNIVARIÉS.

l'anneau A[X] est principal si et seulement si A est un corps.


Enn un anneau A est noethérien si tout idéal de A possède un système générateur ni 4 . Si
l'anneau A est noethérien, l'anneau A[X] est noethérien (théorème de la base nie de Hilbert).

Par ailleurs on dira qu'une structure algébrique est eective si l'on dispose :
1. d'une structure de données pour représenter les éléments
2. d'algorithmes pour eectuer les opérations et pour tester l'égalité

1.2 Algorithme d'Euclide


Soit K un corps commutatif ; on suppose que K est eectif ; alors l'anneau K[X] est eectif
et est euclidien (de manière eective aussi).
Algorithme 1 Division euclidienne
1. entrée : des polynômes non nuls f, g ∈ K[X]
2. initialisations : q := 0, r := f
3. tant que r 6= 0 et deg(r) ≥ deg(g) boucle :
{
lc(r) deg(r)−deg(g)
(a) M := X
lc(g)
(b) q := q + M
(c) r := r − M g
}
4. sortie : les polynômes q, r ∈ K[X] que f = gq + r avec r = 0 ou deg(r) < deg(g)
O Posons m = deg(f ) et n = deg(g) ; l'algorithme de la division euclidienne comporte au plus
m − n + 1 itérations (terminaison ).
Notons qi et ri les quotients et restes partiels calculés à l'étape i ; on a alors :
lc(ri ) deg(ri )−deg(g)
Mi = X
lc(g)
qi+1 = qi + Mi
ri+1 = ri − Mi g

Il en résulte que l'égalité f = gqi + ri est un invariant de boucle (correction ).


Pour tout polynôme non nul h ∈ K[X], on pose :
trn(h) = h − lc(h)X deg(h)
de sorte que
trn(h) = 0 ou deg(trn(h)) < deg(h)
et l'on a :
ri+1 trn(ri ) − Mi trn(g)
Ainsi une itération représente au plus 2n opérations dans le corps K et la division euclidienne
comporte au plus 2n(m − n + 1) opérations dans le corps K est est donc d'une complexité de
l'ordre de O(n(m − n)). M

4. si A principal, A est évidemment noethérien


1.2. ALGORITHME D'EUCLIDE 5
Pour tout entier d ≥ 0, on désigne par K[X]≤d−1 le K -espace vectoriel de dimension d formé
du polynôme nul et des polynômes de K[X] de degré ≤ d − 1. L'espace vectoriel K[X]≤d−1
possède la base canonique (X d−1 , · · · , X, 1).
m n
Soient f = ai X i ∈ K[X] et g = bj X j ∈ K[X] des polynômes à coecients dans un
P P
i=0 j=0
corps commutatif K et à une indéterminée X , de degrés respectifs m et n ; l'application de
Bezout-Sylvester est l'application K -linéaire :
m,n
∂f,g : K[X]≤n−1 ⊕ K[X]≤m−1 −→ K[X]≤m+n−1
(u, v) −→ u f + v g
Lemme 1 L'application de Bezout-Sylvester m,n
∂f,g est bijective si et seulement si f et g sont
premiers entre eux.
O Soit (u, v) ∈ Ker(∂f,g
m,n
) ; on a uf + vg = 0 de sorte que f |vg donc f |v . Si on avait v 6= 0 on
aurait deg(v) ≥ m de sorte que v = 0 = 0. Ainsi ∂f,g
m,n
est injective, donc un isomorphisme par
égalité des dimensions.
Réciproquement si ∂f,g
m,n
est bijective, on a uf + vg = 1 donc f et g sont premiers entre eux. M
Dénition 1
Le déterminant RX (f, g) = det(∂f,gm,n
) ∈ K de l'application ∂f,g
m,n
(où m = deg(f ) et n = deg(g))
est le résultant des polynômes f, g ∈ K[X].
En particulier on a RX (f, g) 6= 0 si et seulement si f et g son premiers entre eux.

Soient f, g ∈ K[X] de degrés respectifs m et n ; on pose ∆ = pgcd(f, g), d = deg(∆) ;


l'application linéaire :
∂f,g : K[X]≤n−d−1 × K[X]≤m−d−1 −→ K[X]≤m+n−2d−1
f g
(U, V ) −→ U +V
δ δ
est bijective. En particulier il existe des polynômes uniques u ∈ K[X]≤n−d−1 et v ∈ K[X]≤m−d−1
tels que uf + vg = ∆ (formule de Bezout ). L'algorithme d'Euclide permet de calculer pgcd ∆ :
Pour f, g ∈ K[X], on dénit des suites nies de polynômes non nuls : f0 , · · · , ft (suite des restes )
et q1 , · · · , qt (suite des quotients ) en posant f0 = f et f1 = g et pour chaque k, 1 ≤ k ≤ t on
eectue la division euclidienne de fk−1 par fk ;on a donc :
fk−1 = fk qk + rk+1 avec rk+1 = 0 ou deg(rk+1 ) < deg(fk ) pour 0 ≤ k ≤ t − 1
1
Si rk+1 = 0 on pose t = k et on s'arrête sinon on choisit µk ∈ K ? ; et on pose fk+1 := rk+1 .
µk
Les coecients non nuls α, β et µk (1 ≤ k ≤ t − 1) permettent d'introduire diérentes
variantes de l'algorithme :
Exemples :
1. L'algorithme d'Euclide classique s'obtient en prenant α = 1, β = 1, λk = µk = 1 et en
utilisant la division euclidienne.
2. En prenant α = 1/lc(f ), β = 1/lc(g), λk = 1, µk = lc(fek+1 ) et en utilisant la division
euclidienne on obtient le pgcd unitaire.
3. Si f, g ∈ A[X], en utilisant la division euclidienne et en prenant pour α (resp. β ) le ppcm
des dénominateurs des coecients de f (resp. g ), λk = lc(fg k+1 )
deg(fk−1 )−deg(fk )+1 , µ = 1
k
(ou, ce qui revient au même, en utilisant la pseudo-division et en prenant λk = 1 et µk = 1)
on eectue les calculs dans A[X].
6 CHAPITRE 1. POLYNÔMES UNIVARIÉS.

4. Si f, g ∈ A[X], en utilisant la division euclidienne et en prenant en prenant pour α (resp. β )


le ppcm des dénominateurs des coecients de f (resp. g ), λk = lc(fg k+1 )
deg(fk−1 )−deg(fk )+1 ,

µk = cont(fek+1 ) (ou, ce qui revient au même, en prenant la partie primitive du pseudo-reste


avec λk = 1 et µk = 1) on eectue les calculs dans A[X] tout en modérant la croissance
des données intermédiaires.

Algorithme 2 (Algorithme d'Euclide )

1. entrée : des polynômes f, g ∈ K[X]


2. initialisations : f 0 := α f , f 1 := β g
3. boucle :
{
(a) f 0 := q f 1 + r avec r = 0 ou deg(r) < deg(f 1)
(b) sortir quand r = 0
1
(c) f 0, f 1 := f 1, r avec µ ∈ K ?
µ
}
4. sortie : le pgcd ∆ = f 1 de f et g

O Si l'on avait fi 6= 0 pour tout i ≥ 1, La suite (deg(fk ))k>geq1 serait strictement décroissante ce
qui n'est pas possible puisque N est un ensemble bien-ordonné (terminaison ).
Si f = qg + µr avec µ ∈ K ∗ , on a pgcd(f, g) = pgcd(g, r) de sorte que l'on a pgcd(f, g) =
pgcd(fk , fk+1 ) pour 1 ≤ k ≤ t − 1 et nalement pgcd(f, g) = pgcd(ft−1 , ft ) = ft . Ainsi ft est un
pgcd de f et de g (correction ).
L'étape k comporte
2deg(fk )(deg(fk−1 ) − deg(fk ) + 1

opérations dans le corps K de sorte que le nombre d'opération est borné par :
t
(2deg(fk )(deg(fk−1 )−deg(fk )+1) ≤ 2n(deg(f0 )−deg(ft ))+2nt = 2n(m−d+t) ≤ 2n(m+t) ≤ 4mn
X

k=1

de sorte que la complexité de l'algorithme d'Euclide est d'ordre O(mn). M

L'algorithme d'Euclide étendu permet d'obtenir en plus les coecients de Bezout u et v en


dénissant par récurrence les suites u0 , · · · , ut et v1 , · · · , vt par u0 = α, u1 = 0, v0 = 0, v1 = β
1 1
et les relations : uk+1 = (uk−1 − qk uk ) et vk+1 = (vk−1 − qk vk ).
µk µk

Proposition 1
On a :
1. fk = uk f + vk g (k ≥ 0)
(−1)k
2. uk vk+1 − uk+1 vk = (k ≥ 0) En particulier, uk et vk sont premiers entre eux.
µ1 · · · µk
3. deg(uk ) = deg(g) − deg(fk−1 ) (k ≥ 2)
4. deg(vk ) = deg(f ) − deg(fk−1 ) (k ≥ 2)
1.3. LE RÉSULTANT 7
O Les égalités s'obtiennent par récurrence sur k en remarquant, pour les deux dernières, que
deg(qk ) = deg(fk−1 ) − deg(fk ).
On a ∆ = ft , u = ut et v = vt . On a par ailleurs :

deg(ft ) < · · · < deg(fk ) < deg(fk−1 < · · · < deg(f1 )

de sorte que :

deg(uk ) = deg(g) − deg(fk−1 ) < deg(g) − deg(ft )


deg(vk ) = deg(g) − deg(fk−1 ) < deg(g) − deg(ft )

Algorithme 3 (Algorithme d'Euclide étendu)

1. entrée : des polynômes f, g ∈ K[X]


2. initialisations : f 0 := f , f 1 := g, u0 := α, u1 := 0, v0 := 0, v1 := β
3. boucle :
{
(a) f 0 := q f 1 + r avec r = 0 ou deg(r) < deg(f 1)
(b) sortir quand r = 0
1
(c) f 0, f 1 := f 1, r avec µ ∈ K ?
µ
1
(d) u0, u1 := u1 , (u0 − q u1)
µ
1
(e) v0, v1 := v1 , (v0 − q v1)
µ
}
4. sortie : le pgcd ∆ = f 1 de f et g et les coecients de Bezout u = u1 et v = v1 tels que
g f
f u + gv = ∆ avec u = 0 ou deg(u) < deg( ) et v = 0 ou deg(v) < deg( ).
∆ ∆

1.3 Le résultant
1.3.1 La matrice de Sylvester

Dénition 2
Soient f, g ∈ K[X] des polynômes non nuls de degrés respectifs m et n ; la matrice de Sylvester
m,n
SX (f, g) est la matrice 5 de l'application linéaire :
m,n
∂f,g : K[X]≤n−1 ⊕ K[X]≤m−1 −→ K[X]≤m+n−1
(u, v) −→ u f + v g

dans les bases canoniques 6 des espaces K[X]≤n−1 ⊕ K[X]≤m−1 et K[X]≤m+n−1 .


5. ou sa transposée
6. ((X n−1 , 0), · · · , (X, 0), (1, 0), (0, X m−1 ) · · · , (0, X), (0, 1)) est la base canonique de K[X]≤n−1 ⊕ K[X]≤m−1
et (X m+n−1 , · · · , X, 1) est la base canonique de K[X]≤m+n−1
8 CHAPITRE 1. POLYNÔMES UNIVARIÉS.

Pour 1 ≤ j ≤ n (resp. 1 ≤ i ≤ m), la matrice de Sylvester SX m,n


(f, g) a pour colonne Cj
(resp. Cn+i ) les coecients du polynôme X f (X) (resp. X g(X)) dans la base canonique
n−j m−i

(X m+n−k )1≤k≤m+n du K -espace vectoriel de dimension m+n des polynômes de degré ≤ m+n−1 ;
on a donc :
··· ···
 
am 0 0 0 bn 0 0
.. .. 
am−1 am . bn−1 bn . 

 .
 .

 . am−1 am bn−1 0 

 .. .. 

. am−1 0 . bn 

.. ..

m,n  
SX (f, g) = 
 a0 . am . bn−1 


 0 ... ... 
a0 am−1 b0 
 . .. .. 
 
 .. 0 a0 . 0 b0 . 
..
 
.
 
 0 0 
0 a0 0 b0

de sorte qu'en posant SXm,n


(f, g) = (Si,j )1≤i,j≤m+n on obtient :
pour 1 ≤ j ≤ n :
? 
Sj+i,j = am−i pour 0 ≤ i ≤ m
Sk,j = 0 pour k 6∈ [j, m + j]
pour 1 ≤ i ≤ m :
? 
Si+j,n+i = bn−j pour 0 ≤ j ≤ n
Sk,n+i = 0 pour k 6∈ [i, n + i]
Le résultant
RX (f, g) = det(SXm,n
(f, g))
des polynômes f et g est le déterminant de la matrice de Sylvester SX
m,n
(f, g) :

Corollaire 1
Soit A un anneau intègre de corps de fractions K = Frac(A) ; si on a f ∈ A et g ∈ A on a
RX (f, g) ∈ A.

O La matrice SX
m,n
(f, g) est à coecients dans A et la formule de Leibniz montre que RX (f, g) =
det(SX (f, g)) ∈ A. M
m,n

Corollaire 2 m n
Etant donnés des polynômes f ai X i et g = bj X j de degrés m et n on a :
P P
=
i=0 j=0
1. RX (f, g) = anm si m = 0 (ie. f constant)
2. RX (λf, µg) = λn µm RX (f, g) λ, µ ∈ K
3. RX (g, f ) = (−1)mn RX (f, g)
4. RX (X − x, g) = g(x)

O Pour 1. la matrice de Sylvester est de la forme :


am 0 0 ··· 0
 
.
 0 am ..
 
 . ..

(f, g) =  ..

0,n
SX

0 am . 
.. ...

 
 . 0 0 
..
 
0 . am
1.3. LE RÉSULTANT 9
Pour 2. et 3. cela résulte de ce que le déterminant d'une matrice est une forme multilinéaire
alternée par rapport aux colonnes de cette matrice. Pour 4. RX (X − x, g) est le déterminant de
la matrice :  
1 0 ··· 0 bn
−x 1 · · · 0 bn−1 
 .. . . .
 
 . −x . . .. .
. 

.
. . .
 
. . 1
 
 0 b1 
0 · · · · · · −x b0
n
En développant par rapport à la dernière colonne on obtient (−1)2n+2−i bi (−x)i = g(x)
P
i=0
M
m
Soit f = ai X i ∈ K[X] un polynôme de degré m ; on lui associe la K -algèbre
P
i=1

A = K[X]/hf i

de rang m. Pour tout g ∈ K[X] on considère :

mg : A −→ A
h −→ g h

l'endomorphisme du K -espace vectoriel A induit par la multiplication par g .

Proposition 2 (formule de Poisson)


RX (f, g) = anm det(mg )

O voir l'exercice 2. de la che de TD 1 M

Corollaire 3 (multiplicativité) Soient f, g, h ∈ K[X] des polynômes non nuls de degrés res-
pectifs m, n, p ; on a :
RX (f, gh) = R( f, g)RX (f, h)

O D'après la formule de Poisson on a :

RX (f, g) = anm det(mg ) RX (f, h) = apm det(mh ) m det(mgh )


RX (f, hg) = an+p

or
det(mgh ) = det(mg )det(mh )
M

Corollaire 4 m
On considère une K -extension Ω contenant les racines x1 , · · · , xm les racines de f = ai X i et les racines
P
i=0
n
y1 , · · · , yn de g = bj X . On a alors :
j
P
j=0

Y m
Y n
Y
RX (f, g) = an m
m bn (xi − yj ) = an
m g(xi ) = (−1)mn bm
n f (yj )
1≤i≤m i=1 j=1
1≤j≤n
10 CHAPITRE 1. POLYNÔMES UNIVARIÉS.

O Les trois relations se déduisent l'une de l'autre puisque l'on a :


m
Y n
Y
f = am (X − xi ) g = bn (X − yj )
i=1 j=1

Le lemme de multiplicativité montre que :


m
Y m
Y m
Y
RX (f, g) = RX (am (X − xi ), g) = an
m RX ((X − xi , g) = an
m g(xi )
i=1 i=1 i=1

Corollaire 5
Considérons des polynômes non nuls f, g ∈ K[X] de degrés respectifs m et n avec m ≤ n ; soit h
le reste de la division euclidienne de g par f ; on a :

si h 6= 0 et r = deg(h)
(
amn−r R (f, h)
X
RX (f, g) =
0 si h = 0

O On a g = f q + h avec h ∈ K[X]≤m−1 de sorte que mg = mh . Si h = 0 on a RX (f, g) = 0


Supposons maintenant h 6= 0 ; on a alors :

RX (f, g) = anm det(mg )


= anm det(mh )
m am det(mh )
= an−r r

= an−r
m RX (f, h)

1.3.2 Résultant et formule de Bezout

Proposition 3
Soit A un anneau factoriel de corps de fractions K = Frac(A) ; on considère f, g ∈ A[X] des
polynômes premiers entre eux à coecients dans A de degré respectifs m et n et u ∈ K[X]≤n−1
et v ∈ K[X]≤m−1 uniques tels que u f + v g = RX (f, g) ; on a alors u, v ∈ A[X].
En particulier on a RX (f, g) ∈ hf, gi ∩ A.

O Soit SX
m,n
^ (f, g) la matrice transposée des cofacteurs (comatrice ) de la matrice de Sylvester
SX (f, g) de f et g . On a les formules de Cramer :
m,n

m,n
SX m,n
(f, g)SX^ m,n
(f, g) = SX^ m,n
(f, g)SX (f, g) = RX (f, g) I

Puisque SX
m,n
(f, g) est à coecients dans A la comatrice SX
m,n
^ (f, g) est à coecients dans A.
Puisque f et g sont premiers entre eux dans A[X] donc dans K[X], l'application K -linéaire
m,n
∂f,g : K[X]≤n−1 ⊕ K[X]≤m−1 −→ K[X]≤m+n−1

est bijective de sorte qu'il existe u ∈ K[X]≤n−1 et v ∈ K[X]≤m−1 uniques tels que :

u f + v g = RX (f, g)
1.3. LE RÉSULTANT 11
ce qui s'écrit matriciellement :
     
un−1 0 0
 ..   ..  .. 
 .   . .


     
 u1   0  0
     
m,n  u0  
  0  0
SX (f, g) 
 =  = RX (f, g)  
vm−1   0
   0
 ..   .
.  .. 
  
 .   . .


     
 v1   0  0
v0 RX (f, g) 1

En appliquant la comatrice SX
m,n
^ (f, g) aux deux membres on obtient :

   
un−1 0
 ..   .. 
 .  .
   
 u1  0
   
 u0  0
 = S m,n
^
X (f, g) 0
  
vm−1 
 ..   .. 
   
 .  .
   
 v1  0
v0 1

Ainsi les polynômes u et v sont à coecients dans A puisque la comatrice SX


m,n
^ (f, g) est à
coecients dans A. M

1.3.3 Spécialisation du résultant

Un morphisme d'anneaux φ : A −→ B se prolonge de manière unique en un morphisme


m m
A[X] −→ B[X] (noté encore φ) tel que φ(X) = X autrement dit on a φ( ai X i ) = φ(ai )X i .
P P
i=0 i=0

Proposition 4 (spécialisation du résultant)


m n
Soient φ : A −→ B un morphisme d'anneaux intègres, f ai X i et g = bj X j des polynômes
P P
=
i=0 j=0
à coecients dans A de degré (respectivement) m et n ; on alors :

si deg(φ(f )) < deg(f ) et deg(φ(g)) < deg(g)


(
0
φ(RX (f, g)) =
φ(am )k RX (φ(f ), φ(g)) si deg(φ(f )) = deg(f ) et deg(φ(g)) = deg(g) − k

O On a :

φ(RX (f, g)) = φ(det(SX


m,n
(f, g))) = det(φ(SX
m,n
(f, g)))
12 CHAPITRE 1. POLYNÔMES UNIVARIÉS.

avec :
m,n
φ(SX (f, g)) =
··· ···
 
φ(am ) 0 0 0 φ(bn ) 0 0
.. .. 
φ(am−1 ) φ(am ) . φ(bn−1 ) φ(bn ) . 

 .
..

φ(am−1 ) φ(am ) φ(bn−1 ) 0 
 
.. ..

 

. φ(am−1 ) 0 . φ(bn ) 

.. ..

 
 φ(a0 )

. φ(am ) . φ(bn−1 )

 ... ... 
 0 φ(a0 ) φ(am−1 ) φ(b0 ) 
.. .. .. 
 
. . . 

 0 φ(a0 ) 0 φ(b0 )
..
 
.
 
 0 0 
0 φ(a0 ) 0 φ(b0 )
Pour deg(φ(f )) < m et deg(φ(g)) < n ie. φ(am ) = 0 et φ(bn ) = 0 la première ligne de la matrice
φ(SXm,n
(f, g)) est nulle de sorte que φ(RX (f, g)) = 0.
Supposons que deg(φ(f )) = m et deg(φ(g)) = n−k ie. φ(am ) 6= 0 et φ(bn ) = · · · = φ(bn−k+1 ) = 0,
φ(bn−k ) 6= 0. Alors la matrice φ(SX m,n
(f, g)) a la décomposition en blocs :
 
m,n T 0
φ((SX (f, g))) = m,n−k
? φ(SX (f, g))
où T est la matrice carrée d'ordre k, triangulaire :
 
φ(am ) 0 ··· 0
φ(am−1 ) φ(am ) · · · 0 
. . . .
 

 .
. .
. . . .
. 

.. ..
 
. . · · · φ(am )
Mais on a :
m,n−k m,n−k
φ(SX (f, g)) = SX (φ(f ), φ(g))
de sorte que :
φ(RX (f, g) = φ(am )k RX (φ(f ), φ(g))
M

1.3.4 Résultant et algorithme d'Euclide

Proposition 5
Soit K un corps commutatif ; le résultant est l'unique application :
RX : K[X] \ {0} × K[X] \ {0} −→ K
vériant les conditions suivantes :
1. RX (a, g) = an pour a ∈ K ∗ , g ∈ K[X] \ {0} de degré n.
2. RX (f, g) = (−1)mn RX (g, f ) pour f, g ∈ K[X] \ {0} de degrés respectifs m et n.
3. Pour f, g ∈ K[X] \ {0} de degrés respectifs m et n avec f non constant et m ≤ n, soit h le
reste de la division euclidienne de g par f ; on a :
si h 6= 0 et r = deg(h)
(
an−r
m RX (f, h)
RX (f, g) =
0 si h = 0
1.3. LE RÉSULTANT 13
O On a vu que le résultant RX (f, g) vérie les propriétés précédentes.
Pour montrer l'unicité, supposons que l'on ait une application

R : K[X] \ {0} × K[X] \ {0} −→ K

vériant les trois propriétés ci-dessus.


On a évidemment RX (a, g) = R(a, g) pour tout a ∈ K ∗ et g ∈ K[X] \ {0}.
Supposons par hypothèse de récurrence que l'on a RX (f, g) = R(f, g) pour tout f, g ∈ K[X]\{0}
avec deg(f ) < m et considérons f de degré m et g de degré n. Si n < m on a :

RX (f, g) = (−1)mn RX (g, f )


= (−1)mn R(g, f )
= R(f, g)

Par contre si m ≤ n on eectue la division euclidienne g = f Q + h ; si h = 0 on a évidemment


RX (f, g) = R(f, g) = 0 et sinon :

RX (f, g) = arm RX (f, h)


= (−1)mr arm RX (h, f )
R(f, g) = arm R(f, h)
= (−1)mr arm R(h, f )

avec r = deg(h) < m de sorte que RX (h, f ) = R(h, f ) par l'hypothèse de récurrence et nale-
ment RX (f, g) = R(f, g). M

La caractérisation précédente conduit à un algorithme sommaire permettant de calculer un


résultant par une variante de l'algorithme d'Euclide :

Algorithme 4 résultant
1. entrée : f , g polynômes en une indéterminée X
2. initialisations F := f , G := g, R := 1
3. boucle :
{
(a) si deg(F ) > deg(G) alors
R := (−1)deg(F )deg(G) R
échanger F et G
(b) si deg(F ) = 0 alors sortir F deg(G) R
(c) calculer H le reste euclidien de G par F
(d) si H = 0 alors sortir 0
(e) R := lc(F )deg(G)−deg(H) R
(f) G :=H
}
4. sortie le résultant R
14 CHAPITRE 1. POLYNÔMES UNIVARIÉS.

1.3.5 Le Discriminant

Soit K un corps ; on considère un polynôme f ∈ K[X] de degré m et de coecient dominant


am et Ω une K -extension contenant les racines x1 , · · · , xm de f . On a le déterminant de Van der
Monde :
V (x1 , · · · , xm ) = det((xj−1
Y
i )1≤i,j≤m ) = (xi − xj )
1≤i<j≤m

On dénit le discriminant de f (relativement à X ) par :


discrimX (f ) = a2m−2
m V (x1 , · · · , xm )2 ∈ Ω
Corollaire 6
Soit f ∈ K[X] un polynôme de degré m ; f est séparable 7 si et seulement si discrimX (f ) 6= 0
O En eet le déterminant de Vandermonde V (x1 , · · · , xm ) est non nul si et seulement si les xi ,
1 ≤ i ≤ m sont deux à deux distincts. M
Proposition 6
Soit f ∈ K[X] un polynôme de degré m et de coecient dominant am et tel que f 0 6= 0, on a
discrimX (f ) = (−1)m(m−1)/2 ak−1
m RX (f, f ) avec k = m − 1 − deg(f )
0 0

O Posons d = deg(f 0 ) de sorte que k = m − 1 − d.


On a m
Y
RX (f, f 0 ) = adm f 0 (xi )
i=1
m
Mais f = am (X − xi ) de sorte que
Q
i=1
m
X
0
f = am (X − x1 ) · · · (X − xi−1 )(X − xi+1 ) · · · (X − xm )
i=1
On a donc :
Y
f 0 (xi ) = am (xi − xj )
i6=j
d'où :
m
Y Y
RX (f, f 0 ) = adm am (xi − xj )
i=1 i6=j
Y
= am+d
m (xi − xj )
1≤i6=j≤m
Y
= (−1)m(m−1)/2 am+d
m (xi − xj )2
1≤i<j≤m

= (−1)m(m−1)/2 am+d
m V (x1 , · · · , xm )2
et nalement :
0
ak−1
m RX (f, f ) = (−1)
m(m−1)/2 m+d+k−1
am V (x1 , · · · , xm )2
= (−1)m(m−1)/2 a2m−2
m V (x1 , · · · , xm )2
= (−1)m(m−1)/2 discrimX (f )
M
7. ie. toutes les racines x1 , · · · , xm de f sont simples
1.3. LE RÉSULTANT 15
Corollaire 7
Soient A un anneau intègre de corps des fractions K = Frac(A) ; on a discrimX (f ) ∈ A pour
tout f ∈ A[X].
O On a discrimX (f ) = (−1)m(m−1)/2 ak−1m RX (f, f ) où k = m − 1 − deg(f ). On a RX (f, f ) ∈ A
0 0 0

puisque RX (f, f 0 ) est le déterminant d'une matrice à coecient dans A . De plus si k ≥ 1 on a


aussi ak−1
m ∈ A de sorte que discrimX (f ) ∈ A.
Supposons que k = 0 de sorte que la dérivée f 0 de f est de degré m − 1 le résultant RX (f, f 0 ) ∈ A
est le déterminant de la matrice SX m,m−1
(f, f 0 ) dont la première ligne est de la forme

am 0 · · · 0 mam 0 · · · 0

de sorte qu'en développant par rapport à cette ligne on voit que RX (f, f 0 ) est divisible par am .
Dans ce cas aussi on a discrimX (f ) ∈ A. M
Corollaire 8 m
Soient A et B des anneaux intègres, φ : A −→ B un morphisme d'anneaux, f ai X i ∈ A[X]
P
=
i=0
tel que deg(f ) = deg(φ(f )) ; on a :
φ(discrimX (f )) = discrimX (φ(f ))

O Notons que φ(f 0 ) = φ(f )0 .


On pose n = deg(f 0 ) et l = n − deg(φ(f )0 ) de sorte que, par spécialisation du résultant :
φ(RX (f, f 0 ) = φ(am )l RX (φ(X), φ(f 0 ))

On a nalement, compte tenu de ce que k = m − 1 − n :


φ(am )φ(discrimX (f )) = (−1)m(m−1)/2 φ(am )k φ(RX (f, f 0 )
= (−1)m(m−1)/2 φ(am )k+l RX (φ(X), φ(f 0 ))
= (−1)m(m−1)/2 φ(am )m−1−deg(φ(f ) ) RX (φ(X), φ(f 0 ))
0

= φ(am ) discrimX (φ(f ))

Puisque φ(am ) 6= 0 et que B est intègre on a φ(discrimX (f )) = discrimX (φ(f )). M


16 CHAPITRE 1. POLYNÔMES UNIVARIÉS.
Chapitre 2

Matrices à coecients dans un corps.


Soit K un corps commutatif ; pour m, n ∈ N, soit Mm,n (K) le K -espace vectoriel des matrices
à coecients dans K à m lignes et n colonnes. Pour m, n, p ∈ N le produit des matrices dénit
une application bilinéaire :

Mm,n (K) × Mn,p (K) −→ Mm,p (K)


En particulier, Mn (K) = Mn,n (K) est un anneau dont le groupe des éléments inversibles est
GLn (K).
Le groupe GLn (K) opère à droite sur l'espace Mm,n (K) et à gauche sur l'espace Mn,m (K) tandis
que le groupe GLm (K) opère à gauche sur l'espace Mm,n (K).
On identie l'espace K m à l'espace des matrices-colonnes Mm,1 (K) et l'espace dual (K n )? à
l'espace M1,n (K) des matrices-lignes.
Pour M ∈ Mm,n (K), on désignera par Li (M ) ∈ (K n )? (1 ≤ i ≤ m) la ième ligne de M et par
Cj (M ) ∈ K m (1 ≤ j ≤ n) la j ème colonne de M .
On dispose aussi de la transposition :

Mm,n (K) −→ Mn,m (K)


t
M −→ M

2.1 Opérations sur les lignes et colonnes d'une matrice


2.1.1 Matrices élémentaires

On considère la base canonique (Ei,j )1≤,i,j≤n de Mn (K) ; on a :

Ei,j .Ek,l = δj,k Ei,l

Une matrice élémentaire est une matrice carrée de la forme :


 
1 ··· 0 ··· 0 ··· 0
.. . . .. . . .. . . ..
. . . . . . .
 
 
...
 
 
 0 1 ··· s ··· 
Xi,j (s) = Id + sEi,j
(n) .. . . . .. . . . .. . . . ..
 
=
. . . .

 
 
 0 0 ··· 1 ··· 
.. . . .. . . .. . . .. 
 
. . . . . . . 


0 ··· 0 ··· 0 ··· 1
18 CHAPITRE 2. MATRICES À COEFFICIENTS DANS UN CORPS.

avec 1 ≤ i 6= j ≤ n. Ainsi, les coecients de la diagonale sont égaux à 1, s est situé à la position
(i, j), tous les autres coecients sont nuls.
Pour 1 ≤ i 6= j ≤ n et k 6= j on a donc :
( (n)
Cj (M Xi,j (s)) = sCi (M ) + Cj (M )
(n)
Ck (M Xi,j (s)) = Ck (M )

Ainsi, la multiplication de M à droite par une matrice Xi,j


(n)
(s) revient à ajouter à une colonne
de M un multiple d'une autre colonne de M : Cj Cj + sCi .
De même pour 1 ≤ i 6= j ≤ m et k 6= i :
(
(m)
Li (Xi,j (s) M ) = Li (M ) + sLj (M )
(m)
Lk (Xi,j (s) M ) = Lk (M )

Ainsi, la multiplication de M à gauche par une matrice Xi,j


(m)
(s) revient à ajouter à une ligne de M un multiple
d'une autre ligne de M : Li Li + sLj .

2.1.2 Matrices diagonales

Pour tout λ = (λ1 , · · · , λn ) ∈ (K ∗ )n on désigne par


 
λ1 0 · · · 0
 0 λ2 · · · 0 
Diag(λ) = 
 .. .
. . .

. . . 0

0 0 · · · λn

la matrice diagonale inversible associée à λ. On a alors :


Cj (M Diag(λ)) = λj Cj (M ) pour 1 ≤ j ≤ n

L'application λ −→ Diag(λ) de (K ∗ )n dans GLn (K) est un homomorphisme injectif dont l'image
est le sous-groupe de GLn (K) formé des matrices diagonales.
On posera, pour tout 1 d ∈ K ∗ :
Dj (d) = Diag(d j )
(n)

De même on a l'homomorphisme injectif µ −→ Diag(µ) de (K ∗ )m dans GLm (K) et on a :


Li (Diag(µ)M ) = µi Li (M ) pour 1 ≤ i, j ≤ m

2.1.3 Matrices de permutation

L'application π : Sn −→ GLn (K) dénie par πσ = (δi,σ(j) )1≤i,j≤n pour tout σ ∈ Sn est un
homomorphisme injectif de groupes dont l'image P est le sous-groupe de GLn (K) des matrices
de permutation.
Pour une matrice M ∈ Mm,n (K)
Cj (M πσ ) = Cσ(j) (M ) pour 1 ≤ j ≤ n

1. j = (1, · · · , 1, d, 1, · · · , 1)
| {z }
d à la j ème place
2.2. MATRICES ÉCHELONNÉES 19
de même on a l'homomorphisme π : Sm −→ GLm (K) et :
Li (πσ M ) = Lσ−1 (i) (M ) pour 1 ≤ i ≤ n

Les matrices élémentaires permettent d'obtenir les transpositions au signe près : En particulier, pour 1 ≤ i 6= j ≤ n,
posons :
(n) (n) (n) (n)
Pi,j = Xi,j (1).Xj,i (−1).Xi,j (1)
de sorte que :  (n)
 Ci (M Pi,j )
 = −Cj (M )
(n)
Cj (M Pi,j ) = Ci (M )
 (n)
Ck (M Pi,j ) = Ck (M )

On a donc :
Pi,j = Di (−1)π(i,j) = π(i,j) Dj (−1)
(n)

De même on a :  (m)
 Li (Pi,j M )
 = Lj (M )
(m)
Lj (Pi,j M ) = −Li (M )
 (m)
Lk (Pi,j M ) = Lk (M )

avec, pour 1 ≤ i 6= j ≤ m et k 6= i, j :
(m) (m) (m) (m)
Pi,j = Xi,j (1).Xj,i (−1).Xi,j (1)

Enn, pour tout M ∈ Mn (K) et tout σ ∈ Sn on a :


(πσ−1 M πσ )i,j = Mσ(i),σ(j)

pour 1 ≤ i, j ≤ n.
Proposition 7 Pour K 6= F2 on a NGLn (K) (H) = H o P où M = H o P est le sous-groupe de GL n (K) des
matrices monomiales (ayant un unique coecient non nul dans chaque ligne et chaque colonne).
O Pour tout Diag(λ) ∈ H on a
(πσ−1 Diag(λ) πσ ) = Diag(σ.λ)
où σ.λ = (λσ(1) , · · · , λσ(n) ) de sorte que P normalise H.
H est un sous-groupe distingué de P et l'on a H ∩ P = {id} de sorte que M = H.P est un sous-groupe de
GLn (K), que le produit H.P est semi-direct et que M ⊂ NGLn (K) (H).
Réciproquement soit M ∈ NGLn (K) (H) ; pour tout λ ∈ (K ∗ )n on a M Diag(λ)M −1 ∈ H de sorte qu'il existe
λ0 ∈ (K ∗ )n tel que M Diag(λ) = Diag(λ0 )M . On a donc pour 1 ≤ i, j ≤ n :

λ0i Mi,j = λj Mi,j

Supposons qu'il existe une ligne de M ayant deux coecients non nuls : il existe donc des indices i, j1 , j2 avec
j1 6= j2 tels que Mi,j1 6= 0 et Mi,j2 6= 0 ; il sut de choisir λ ∈ (K ∗ )n avec λj1 6= λj2 pour obtenir une
contradiction. On remarque enn que t M ∈ NGLn (K) (H) pour conclure. M

2.2 Matrices échelonnées


2.2.1 Matrices échelonnées en colonnes

On dénit la fonction hauteur ht : K m −→ [0, · · · , m] en désignant, pour tout élément 2


x = (a1 , · · · , am ) de K m , par ht(x) le plus petit entier h ∈ [0, · · · , m] tel que ai = 0 pour
1 ≤ i ≤ m − h (on a ainsi h = 0 si et seulement si la vecteur x est nul ; sinon on a am−h+1 6= 0).

Considérons une matrice H ∈ Mm,n (K) ; la matrice H est échelonnée (en colonnes) si l'on
a:
ht(C1 (H)) > · · · > ht(Cr (H)) > ht(Cr+1 (H)) = · · · = 0
où r ≤ n ; on a posé Cj (H) = 0 ∈ K m pour j > n.
Pour chaque colonne non nulle Cj (H) (1 ≤ j ≤ r) de H , on pose s(j) = m − ht(Cj (H)) + 1 et
2. rappelons que les éléments de x ∈ K m sont vus comme des vecteurs-colonnes
20 CHAPITRE 2. MATRICES À COEFFICIENTS DANS UN CORPS.

on appelle le coecient Cj (H)s(j) un pivot de la matrice H .


De plus la matrice échelonnée (en colonnes) H est dite réduite si on a 3
Ls(j) (H) = Lj (In ) pour 1 ≤ j ≤ r

Proposition 8 (réduction à la forme échelonnée réduite)


Soit M ∈ Mm,n (K), il existe une matrice échelonnée H ∈ Mm,n (K) et une matrice V ∈ GLn (K)
telle que H = M.V .
Cette forme échelonnée réduite s'obtient par opérations élémentaires sur les colonnes. Plus pré-
cisément on a l'algorithme suivant :
1. entrée : M ∈ Mm,n (K)
2. initialisations : H := M , V matrice unité d'ordre n, j := 1
3. boucle principale : pour i variant de 1 à m :
(a) recherche d'un pivot :
si : Hi,j = 0
s'il existe s ≥ j + 1 tel que Hi,s 6= 0
{
i. X = Pj,s
(n)

ii. V := V.X
iii. H := H.X
sinon passer à l'étape suivant de la boucle
}
(b) mettre le pivot à 1 :
1
i. X = Dj(n) ( )
Hi,j
ii. V := V.X
iii. H := H.X
(c) réduire et échelonner : mettre à 0 les autres coecients de la ligne du pivot :
pour s variant de 1 à j − 1 puis de j + 1 à n boucle : {
i. X := Xj,s
(n)
(−Hi,s )
ii. H := H.X
iii. V := V.X
}
(d) j := j + 1
(e) sortir quand j = n
n de boucle principale
4. sortie H échelonnée et V ∈ GLn (K) telles que H = M.V
O Les boucles étant énumérées sont nécessairement nies (terminaison )
Soient Hj et Vj les matrices calculées à la j ème étape d'échelonnement ; on a H0 = M et V0 = I.
Par hypothèse de récurrence on suppose que Vj ∈ GLn (K), la sous-matrice de Hj formée des
j premières colonnes est échelonnée réduite et Hj = M.Vj . A l'étape suivante on introduit une
matrice X , produit d'une matrice de permutation (a) , diagonale (b) et élémentaire (c) et on pose
Hj+1 = Hj .X et Vj+1 = Vj .X de sorte que Vj+1 ∈ GLn (K), la sous-matrice de Hj+1 formée des
3. ie. tous les pivots de H sont égaux à 1, et les autres coecients de la ligne de chaque pivot sont nuls.
2.2. MATRICES ÉCHELONNÉES 21
j + 1 premières colonnes est échelonnée réduite et Hj+1 = M.Vj+1 (correction )
Pour évaluer le nombre d'opérations eectuées dans le corps K , il faut évidemment remplacer les
produits de matrices par les opérations élémentaires qu'ils réalisent. Ceci fait la boucle principale
comporte m étapes. Pour chacune de ces étapes la partie (b) comporte au plus 2n opérations et
la partie (c) 4n opérations de sorte que la complexité est de d'ordre O(mn2 ). M

Proposition 9
Soit M ∈ Mm,n (K) ; on considère une décomposition H = M.V avec H échelonnée réduite (en
colonnes) et V ∈ GLn (K) ; l'ensemble E = {Cj (H)/1 ≤ j ≤ r} des colonnes non nulles de H
est une base de l'image Im(M ) de M tandis que K = {Cj (V )/r + 1 ≤ j ≤ n} est une base du
noyau Ker(M ) de M .

O En eet H étant échelonnée, E est une partie libre de K m donc une base de l'image Im(H) de
H . Comme H = M.V et que V est inversible on a Im(M ) = Im(H).
On a Cj (H) = M Cj (V ) pour 1 ≤ j ≤ n de sorte que Cj (V ) ∈ Ker(M ) pour r + 1 ≤ j ≤ n et
comme V est inversible, les colonnes de V sont linéairement idépendantes.
Considérons alors y ∈ Ker(M ) ; comme V est inversible on a y = V x de sorte que x ∈ Ker(H).
n r
On a donc xj Cj (H) = xj Cj (H) = 0 et comme H est échelonnée on a xj = 0 pour 1 ≤ j ≤ r
P P
j=1 j=1
n
de sorte que y = xj Cj (V ) et ainsi K est une base de Ker(M ). M
P
j=r+1

2.2.2 Action à droite de GLn (K) sur Mm,n (K)


Proposition 10
Soient M, M 0 ∈ Mm,n (K) on a Im(M 0 ) = Im(M ) si et seulement s'il existe V ∈ GLn (K) tel
que M 0 = M.V

O Si M 0 = M V avec V ∈ GLn (K) ; on a Im(M 0 ) = Im(M ).


Réciproquement supposons que Im(M 0 ) = Im(M ). On a :
K n = Ker(M ) ⊕ F K n = Ker(M 0 ) ⊕ F 0

Alors M induit un isomorphisme de F sur Im(M ) tandis que M 0 induit un isomorphisme de


F 0 sur Im(M 0 ) d'où un isomorphisme x → V1 x de F 0 dans F tel que M 0 x = M.V1 x pour tout
x ∈ F 0.
D'autre part il existe un isomorphisme 4 y → V2 y de Ker(M 0 ) sur Ker(M ). on pose alors, pour
tout z = y + x ∈ K n = Ker(M 0 ) ⊕ F 0 , V z = V2 y + V1 x ; on a V ∈ GLn (K) et M 0 = M V . M

Proposition 11
L'orbite d'une matrice M ∈ Mm,n (K) pour l'action à droite de GLn (K) contient une unique
matrice échelonnée réduite (en colonnes)

O Il faut donc montrer que si H, H 0 ∈ Mm,n (K) sont deux matrices échelonnées réduites (en
colonnes) telles qu'il existe V ∈ GLn (K) avec H 0 = HV on a H 0 = H . On remarque que H et
H 0 ont le même rang r et on va montrer par récurrence sur r que l'on a :

Ir 0
 
V =
X Y

4. puisque dim(Ker(M )) = dim(Ker(M 0 ))


22 CHAPITRE 2. MATRICES À COEFFICIENTS DANS UN CORPS.

avec X ∈ Mn−r,r (K) et Y ∈ Mn−r,n−r (K). 


Lorsque V est de cette forme, puisque H = He 0 où He ∈ Mm,r (K) est formé des r premières


colonnes de H , on a :
  I 0

H 0 = HV = H r
= H 0 Ir 0 = H

e 0
X Y

Tout d'abord le cas r = 1 5 . Les matrices H et H 0 sont de la forme :


 
0 0 ··· 0
 .. .. .. .. 
. . . .
 
0
 0 · · · 0
1
 0 · · · 0
? 0 · · · 0
 .. .. .. .. 
 
. . . .
? 0 ··· 0

La première ligne non nulle de H (resp. de H 0 étant la ligne s(1) (resp. s0 (1)). Comme l'on a
H V = H 0 on a Li (H) V = Li (H 0 ) pour 1 ≤ i ≤ m et puisque V est inversible on a s(1) = s0 (1).
On a alors 6 e?1 V = e?1 de sorte que :  
1 0
V =
X Y
avec X ∈ Mn−1,1 (K) et Y ∈ Mn−1,n−1 (K).
Supposons r ≥ 2 ; on a Ls(r) (H) = e?r .
Soient H et H 0 les matrices obtenues en prenant les s(r) − 1 premières lignes de H et de H 0 de
sorte que l'on a H 0 = HV . Ces matrices étant échelonnées réduites de rang r − 1 on a :
Ir−1
 
0
V =
X0 Y0

avec X 0 ∈ Mn−r+1,r (K) et Y 0 ∈ Mn−r+1,n−r (K). de sorte que H = K .


Ensuite on a :
Ls(r) (H 0 ) = Ls(r) (H)V = Lr (In )V = e?r V = Lr (V )
Si on sait que Ls(r) (H 0 ) est une ligne de pivot de H 0 ie. Ls(r) (H 0 ) = e?r et l'on a :
Lr (V ) = Lr (In ) = e?r

Ir
 
0
donc V = avec X ∈ Mn−r,r (K) et Y ∈ Mn−r,n−r (K) et H 0 = H
X Y
Si Ls(r) (H 0 ) n'était pas une ligne de pivot de H 0 on aurait Vr,j = Hs(r),j
0 = 0 pour j ≥ r d'où 7 :

Lr (V ) = Vr,1 · · · Vr,r−1 0 · · · 0
= Vr,1 e?1 + · · · + Vr,r−1 e?r−1
= Vr,1 e?1 V + · · · + Vr,r−1 e?r−1 V
= e?r V

Il en résulte que :
(Vr,1 e?1 + · · · + Vr,r−1 e?r−1 − e?r )V = 0
5. Pour r = 0 H et H 0 sont égales à la matrice nulle et V est quelconque
6. (e?i )1≤i≤n désigne la base canonique de (K n )?
7. puisque e?i V = e?i pour 1 ≤ i ≤ r − 1
2.2. MATRICES ÉCHELONNÉES 23
Comme V est inversible on a :
Vr,1 e?1 + · · · + Vr,r−1 e?r−1 − e?r = 0

ce qui n'est pas possible puisque les e?i pour 1 ≤ i ≤ n sont linéairement indépendants. M
24 CHAPITRE 2. MATRICES À COEFFICIENTS DANS UN CORPS.
Chapitre 3

Factorisation des polynômes univariés

3.1 Factorisation dans Fp[X]


On considère un polynôme unitaire F ∈ Fp [X], de degré n ≥ 2 et sans facteur multiple 1
L'algèbre A = Fp [X]/Fp [X] F est de rang n sur Fp de base canonique (X n−i )1≤i≤n : via la
division euclidienne par F , chaque élément de G ∈ A est représenté par un unique polynôme
G ∈ Fp [X] avec G = 0 ou deg(G) ≤ n − 1.
On considère l'endomorphisme de Frobenius de A :

FA/Fp : A −→ A
p
G −→ G

l'algèbre de Berlekamp est la sous-algèbre AFA/Fp = Ker(FA/Fp − IdA ) des points xes de FA/Fp :

G ∈ AFA/Fp ⇐⇒ Gp ≡ G mod F

La matrice de Berlekamp est la matrice Q = (Qi,j )1≤i,j≤n de l'application Fp -linéaire Q =


n
FA/Fp − IdA dans la base canonique (X n−i )1≤i≤n de A : pour 1 ≤ j ≤ n, Rj = Qi,j X n−i est
P
i=1
le reste de la division euclidienne de Q(X n−j ) = X p(n−j) − X n−j par F dans Fp [X].

Proposition 12
Soit F ∈ Fp [X] un polynôme unitaire sans facteur multiple ; le rang 2 r de l'algèbre de Berlekamp
AFA/Fp est égal au nombre r des facteurs irréductibles de F .
On a r ≥ 1. En particulier F est irréductible si et seulement AFA/Fp est de rang 1.
O Considérons alors la factorisation en polynômes irréductibles F = F1 · · · Fr . Chacun des poly-
nômes Fi (1 ≤ i ≤ r) étant irréductible, Ki = Fp [X]/hFi i est une Fp -extension de degré ni avec
FK /F
ni = deg(Fi ). On a Ki i p = Fp .
Les polynômes irréductibles Fi , (1 ≤ i ≤ r), étant deux à deux distincts, le théorème chinois
fournit un isomorphisme de Fp -algèbres, compatible avec les applications de Frobenius :

φ: A −→ K1 × · · · × Kr
G mod F −→ (G mod F1 , · · · , G mod Fr )

1. ce qui équivaut à pgcd(F, F 0 ) = 1 ou à discrimX (F ) 6= 0.


2. ie. la dimension du Fp -espace vectoriel AFA/Fp , on a r = n − rg(Q).
26 CHAPITRE 3. FACTORISATION DES POLYNÔMES UNIVARIÉS

de sorte que φ induit un isomorphisme 3 de Fp -algèbres :


φ : AFA/Fp −→ Fpr

M
Proposition 13
Soit F ∈ Fp [X] un polynôme unitaire sans facteur multiple ; pour tout G ∈ AFA/Fp non constant
on a la factorisation non triviale de F :
pgcd(F, G − x)
Y
F =
x∈Fp

O On a dans Fp [X] l'égalité : Y


Xp − X = (X − x)
x∈Fp

de sorte que pour tout G ∈ Fp [X] avec deg(G) ≥ 1 (pour G constant on a une égalité triviale)
on a 4 : Y
Gp − G = (G − x)
x∈Fp

les facteurs G − x, x ∈ Fp , étant deux à deux premiers entre eux 5 on a :

pgcd(F, Gp − G) = pgcd(F, G − x)
Y

x∈Fp

Cette factorisation est non triviale lorsque G n'est pas constant, sinon il existerait x ∈ Fp tel que
F = pgcd(F, G − x) de sorte que F diviserait G − x. Par division euclidienne 6 de G par F on se
ramène au cas où deg(G) ≤ n − 1 < deg(F ). M
Pour obtenir la factorisation complète de F on applique successivement cette égalité aux
éléments G d'une base (Gk )1≤k≤r de AFA/Fp dans laquelle Gr = 1 par l'algorithme suivant :
Algorithme 5 (algorithme de Berlekamp)
1. entrée : F ∈ Fp [X] unitaire et sans facteur multiple.
2. initialisation : E = {F } 7
3. calculer la matrice de Berlekamp Q
4. calculer une base G1 , · · · , Gr−1 , Gr = 1 de AFA/Fp
5. boucle pour k variant de 1 à r − 1 :
{
(a) sortir si Card(E) = r.
(b) soit E = {E1 , · · · , Es } ; calculer Ee l'ensemble des pgcd(Ej , Gk − x), 1 ≤ j ≤ s et
x ∈ Fp , qui sont non constants 8
3. Etant donné G ∈ Fp [X], on a G ∈ AFA/Fp si et seulement le reste de la division euclidienne (dans Fp [X])
de G par Fi est une constante ci ∈ Fp pour 1 ≤ i ≤ r et l'on a alors φ(G) = (ci )1≤i≤r .
4. considérer l'homomorphisme d'algèbre φ : Fp [X] −→ Fp [X] caractérisé par φ(X) = G
s s
5. si E1 , · · · , Es sont deux à deux premiers entre eux on a pgcd( Ej , F ) = pgcd(Ej , F )
Q Q
j=1 j=1
6. si R est le reste de la division euclidienne de G par F on a pgcd(F, G) = pgcd(F, R)
s
7. En général E = {E1 , · · · , Es } est un ensemble ni de polynômes unitaires tels que F = Ej ; remarquons
Q
j=1
que les éléments Ej de E sont deux à deux premiers entre eux.
8. ie. diérents de 1.
3.2. LE LEMME DE HENSEL 27
(c) E := Ee
}
6. sortie : E l'ensemble {F1 , · · · , Fr } des facteurs irréductibles de F .
s
O Supposons qu'à l'étape k − 1 on ait F = Ej ; à l'étape k on a alors :
Q
j=1

pgcd(F, Gk − x)
Y
F =
x∈Fp
s
pgcd(
Y Y
= Ej , Gk − x)
x∈Fp j=1
s
pgcd(Ej , Gk − x)
Y Y
=
x∈Fp j=1

Si l'on sort de la boucle en (a), le nombre de facteurs non constants de F est égal à r donc ce
sont nécessairement les facteurs irréductibles.
Remarquons ensuite qu'un élément Ee de E calculé à l'étape k de la boucle est de la forme
pgcd(E, Gk − sk ) où E est un élément de E obtenu à l'étape k − 1 ; de sorte que Ee divise Gk − xk
et E donc, en raisonnant par récurrence, divise aussi des éléments Gj − xj pour 1 ≤ j ≤ k − 1.
Supposons que l'on a parcouru les r − 1 étapes de la boucle et soit E = {E1 , · · · , Es } l'ensemble
obtenu. Ainsi pour tout k, 1 ≤ k ≤ r − 1, il existe donc xk ∈ Fp tel que :
Gk ≡ xk mod E

C'est encore vrai pour k = r en prenant xr = 1. Puisque (Gk )1≤k≤r est une base de AF , pour
tout G ∈ AFA/Fp , il existe xG , 0 ≤ s ≤ p − 1 tel que :
G ≡ xG mod E

S'il existait E ∈ E qui ne soit pas irréductible ; il existerait alors des facteurs irréductibles distincts
Fi et Fj de F qui diviseraient E . Pour tout G ∈ AF , on aurait alors :

G ≡ xG mod Fi G ≡ xG mod Fj

ce qui contredirait la surjectivité de l'homorphisme :


φ : AFA/Fp −→ Fpr
s
Ainsi Ej est irréductible pour 1 ≤ i ≤ s et comme F = Ej on a s = r et Ej = Fj pour
Q
j=1
1 ≤ j ≤ r. M

3.2 Le lemme de Hensel


Proposition 14 (lemme de Hensel)
Soit F ∈ Z[X] un polynôme unitaire de degré d ; on suppose donnés des polynômes unitaires
G1 , H1 ∈ Z[X], de degrés respectifs r et s, tels que :
1. G1 et H1 premiers entre eux dans Fp [X]
2. F ≡ G1 H1 mod pZ[X]
28 CHAPITRE 3. FACTORISATION DES POLYNÔMES UNIVARIÉS

Alors pour tout entier n ≥ 2, il existe des polynômes unitaires Gn , Hn ∈ Z[X], uniques modulo
pn Z[X] vériant les conditions suivantes :
1. Gn ≡ Gn−1 mod pn−1 Z[X] et Hn ≡ Hn−1 mod pn−1 Z[X]
2. F ≡ Gn Hn mod pn Z[X]
O On a deg(G1 ) = r, deg(H1 ) = s et par suite d = r + s. De plus, puisque G1 et H1 sont premiers
entre eux dans Fp [X], l'application Fp [X]-linéaire :
∂ : K[X]≤s−1 ⊕ K[X]≤r−1 −→ K[X]≤d−1
(B, A) −→ B G1 + A H1

est bijective.
On procède par récurrence sur n ≥ 2 en supposant le résultat établi jusqu'à l'ordre n − 1.
Puisque
F ≡ Gn−1 Hn−1 mod pn−1 Z[X]


deg(Gn−1 ) = r


 deg(Hn−1 ) = s
F, Gn−1 , Hn−1 sont unitaires

il existe un polynôme C ∈ Z[X] tel que


F = Gn−1 Hn−1 + pn−1 C et deg(C) ≤ d − 1

Il existe alors des polynômes A, B ∈ Z[X] avec deg(A) < r et deg(B) < s tels que 9 :
G1 B + H1 A = C dans Fp [X]

avec A et B uniques dans Fp [X].


Notons que :
Gn−1 = G1 et Hn−1 = H1
de sorte que :
Gn−1 B + Hn−1 A = C + p D avec D ∈ Z[X]
On pose alors :
Gn = Gn−1 + pn−1 A et Hn = Hn−1 + pn−1 B
de sorte que Gn et Hn sont unitaires et vérient les conditions :
deg(Gn ) = deg(Gn−1 )


deg(Hn ) = deg(Hn−1 )


G ≡ Gn−1 mod pn−1
 n

Hn ≡ Hn−1 mod pn−1

On a de plus :
F − Gn Hn = F − (Gn−1 + pn−1 A)(Hn−1 + pn−1 B)
= F − Gn−1 Hn−1 − pn−1 (Gn−1 B + Hn−1 A) − p2n−2 AB
= pbn−1 C − pn−1 (C + pD) − p2n−2 AB
= pn D − pn−2 AB
9. L'algorithme d'Euclide étendu permet de calculer des polynômes U, V ∈ Z[X] avec deg(U ) ≤ s − 1 et
deg(V ) ≤ r − 1 tels que :
G1 U + H1 V = 1
Pour calculer A et B , on eectue la division euclidienne de CV par G1 : CV = G1 Q + A avec deg(A) ≤ r − 1 et
on prend B = U C + H1 Q de sorte que deg(B) ≤ s − 1.
3.2. LE LEMME DE HENSEL 29
d'où nalement :
F ≡ Gn Hn mod pn Z[X]
Pour établir l'unicité, supposons que l'on ait d'autres polynômes G
fn et H
fn satisfaisant aux mêmes
conditions. On a alors :
fn = Gn + pn−1 M
G et deg(M ) < deg(G
fn ) = deg(Gn )
fn = Hn + pn−1 N
H et deg(N ) < deg(H
fn ) = deg(Hn )

de sorte que
fH
G f = Gn Hn + pn−1 (Gn N + Hn M ) + p2n−2 M N
| n{z n} | {z }
=F +pn Pe =F +pn P

Il en résulte que dans K[X] on a


Gn N + Hn M = 0
Mais Gn = G1 et Hn = H1 sont premiers entre eux dans K[X] de sorte que M = N = 0 et p
divise M et N . Finalement on :
fn ≡ Gn mod Z[X]pn et H
G fn ≡ Hn mod Z[X]pn

On en déduit l'algorithme suivant :


Algorithme 6 (Relèvement de Hensel)
1. entrées :
(a) p premier
(b) F, G, H ∈ Z[X] tels que
i. F est unitaire
ii. F = G.H avec G et H unitaires et premiers entre eux dans Fp [X]
iii. calculer les coecients de Bezout U et V de G et H dans Fp [X] : GU + HV =1
(c) n ≥ 2
2. boucle pour k variant de 2 à n :
{
(a) C := (F − GH)/pk−1
(b) diviser dans Fp [X] : V C = GQ + A avec deg(A) < deg(G)
(c) B := U C + QH mod Z[X]p
(d) G := G + pk−1 A
(e) H := H + pk−1 B
}
3. sorties : G, H tels que F ≡ GH mod Z[X]pn
Exemple :
On considère le polynôme :
F = X 9 + 4 X 8 + X 7 + X 6 + X 5 + 2 X 4 + 4 X 3 + 3 X 2 + 2 ∈ Z[X]

On prend p = 5. Dans F5 [X], on a F = G1 H1 avec :


G1 = X 3 + X 2 + 4 X + 3 et H1 = X 6 + 3 X 5 + 4 X 4 + 2 X 3 + 4 X 2 + 3 X + 4
30 CHAPITRE 3. FACTORISATION DES POLYNÔMES UNIVARIÉS

On a alors :
G2 = X 3 − 4 X 2 + 9 X + 8 H2 = X 6 + 8 X 5 − X 4 − 8 X 3 − 11 X 2 − 12 X − 6
G3 = X 3 + 21 X 2 + 34 X + 8 H3 = X 6 − 17 X 5 − 51 X 4 + 17 X 3 + 14 X 2 + 38 X − 31
G4 = X 3 − 229 X 2 + 284 X − 242 H4 = X 6 +233 X 5 −51 X 4 −108 X 3 −111 X 2 −212 X −
31
G5 = X 3 − 1479 X 2 + 1534 X + 1008 H5 = X 6 + 1483 X 5 + 1199 X 4 + 517 X 3 − 736 X 2 +
413 X − 31
G6 = X 3 + 4771 X 2 − 4716 X + 1008 H6 = X 6 − 4767 X 5 − 1926 X 4 + 3642 X 3 + 2389 X 2 +
413 X − 31
G7 = X 3 + 36021 X 2 − 35966 X + H7 = X 6 − 36017 X 5 − 17551 X 4 + 19267 X 3 +
1008 33639 X 2 + 31663 X − 15656
G8 = X 3 + 36021 X 2 − 114091 X − H8 = X 6 − 36017 X 5 − 173801 X 4 + 175517 X 3 −
77117 44486 X 2 + 109788 X + 140594
G9 = X 3 + 426646 X 2 − 504716 X + H9 = X 6 − 426642 X 5 + 216824 X 4 − 605733 X 3 +
313508 736764 X 2 + 500413 X − 250031
G10 = X 3 − 1526479 X 2 + H10 = X 6 + 1526483 X 5 − 3689426 X 4 + 3300517 X 3 −
1448409 X − 3592742 3169486 X 2 + 500413 X − 2203156
On peut généraliser facilement à plusieurs facteurs 10

3.3 Factorisation dans Z[X]


3.3.1 Quelques inégalités.

Etant donné un polynôme f = ad X d + · · · + a1 X + a0 ∈ C[X] de degré d, on dénit les


normes :
d
|ai | , ||f ||∞ = max(|a0 |, · · · , |ad |) et ||f ||2 = (|ad |2 + · · · + |a1 |2 + |a0 |2 ) 2
X 1
||f ||1 =
i=0

et la mesure de f :
d
max(1, |zi |)
Y
M (f ) = |ad |
i=1

où z1 , · · · , zd ∈ C sont les racines 11 de f .


Notons que l'on a M (f g) = M (f )M (g) pour f, g ∈ C[X]

Lemme 2 (inégalité de Landau)


Pour tout polynôme f ∈ C[X] on a :

M (f ) ≤ ||f ||2

10. Soient un polynôme unitaire F ∈ Z[X] et p un entier premier tel que F ∈ Fp [X] soit sans facteurs multiples ;
considérons une factorisation F = F1 · · · Fr dans Fp [X] avec les polynômes Fi unitaires deux à deux premiers entre
eux. Alors, pour tout n ≥ 2, il existe des polynômes unitaires Gn,i ∈ Z[X], 1 ≤ i ≤ r, uniques modulo Z[X]pn
tels que :
i. F ≡ Gn,1 · · · Gn,r mod Z[X]pn (on pose G1,i = Fi pour 1 ≤ i ≤ r)
ii. Gn,i ≡ Gn−1,i mod Z[X]pn−1

11. répétées avec leur ordre de multiplicité


3.3. FACTORISATION DANS Z[X] 31
O Supposons que z1 , · · · , zs soient les racines z de f telles que |z| ≤ 1 de sorte que :
d d
max(1, |zi |) = |ad |
Y Y
M (f ) = |ad | |zi |
i=1 i=s+1

La formule de Jensen s'écrit :


Z 2π
f (0) 1
Log| |= Log|f (eiθ )|dθ
z1 · · · z s 2π 0

f (0)
On a |a0 | = |ad z1 · · · zd | et a0 = f (0) d'où | | = |ad ||zs+1 | · · · |zd | = M (f ) de sorte que :
z1 · · · z s
Z 2π
1
LogM (f ) = Log|f (eiθ )|dθ
2π 0

On a encore :  Z 2π 
1 1
LogM (f ) = Log|f (e )| dθ
iθ 2
2 2π 0
Par ailleurs, puisque la fonction Log est concave, on a l'inégalité de Jensen :
Z 2π  Z 2π 
1 1
Log|f (e )| dθ ≤ Log
iθ 2 iθ
|f (e )| dθ 2
2π 0 2π 0

Pour des polynômes f, g on considère le produit scalaire :


Z 2π
1
hf, gi = f (eiθ )g(eiθ )dθ
2π 0

pour lequel (X i )i≤0 est une base orthonormée de sorte que :


Z 2π
1
Log|f (eiθ )|2 dθ = hf, f i = |ad |2 + · · · + |a1 |2 + |a0 |2 = ||f ||22
2π 0

et l'on a :
1
LogM (f ) ≤ Log ||f ||22 = Log||f ||2

2
d'où l'inégalité de Landau :
M (f ) ≤ ||f ||2
On peut aussi démontrer l'inégalité de Landau élémentairement :
Lemme 3 Pour tout polynôme g ∈ C[X] et tout z ∈ C on a :
||(X − z)g||2 = ||(zX − 1)g||2
e
O Posons g = ci X i . On a alors :
P
i=0

e
X
||(X − z)g||22 = |zc0 |2 + |ci−1 − zci |2 + |ce |2
i=1
e
X
= |zc0 |2 + (|c2i−1 + |z|2 |ci |2 − zci ci−1 − zci−1 ci ) + |ce |2
i=1
e
X
= (1 + |z|2 )||g||22 − (zci ci−1 + zci−1 ci )
i=1
32 CHAPITRE 3. FACTORISATION DES POLYNÔMES UNIVARIÉS

0n a alors
1
||(zX − 1)g||2 = |z|2 ||(X − )g||22
z !
e
2 1 X 1 1
= |z| (1 + 2 )||g||22 − ( ci ci−1 + ci−1 ci )
|z| i=1
z z
e
X
= (1 + |z|2 )||g||22 − (zci ci−1 + zci−1 ci )
i=1

= ||(X − z)g||22
M
On déduit de ce lemme l'inégalité de Landau :
s
Soit s le plus grand indice tel que |zs | > 1 de sorte que M (f ) = |an | |zi |.
Q
i=1
Considérons alors le polynôme :
s
Y d
Y
g = an (zi X − 1) (X − zi )
i=1 i=s+1

On a alors ||f ||2 = ||g||2 ≥ |lc(g)| = M (f ). M

Corollaire 9
On les inégalités :
||f ||∞ ≤ ||f ||2 ≤ ||f ||1 ≤ (d + 1)||f ||∞ et 2−d ||f ||1 ≤ M (f ) ≤ ||f ||2
O Le premier groupe reprend les inégalités sur les normes de Cd+1 . Par ailleurs on a les relations
entre coecients et racines :
ad−i = (−1)i ad Ei (z1 , · · · , zd ) pour 1 ≤ i ≤ d

où E1 , · · · , Ed désignent les polynômes symétriques élémentaires en d indéterminées X1 , · · · , Xd .


On a :
d
X
||f ||1 = |ai |
i=0
d
X
= |ad | + |ad−i |
i=1
d
X
≤ |ad |(1 + |Ei (z1 , · · · , zd )|)
i=1
d
Y
≤ |ad | (1 + |zi |)
i=0
d
2max(1, |zi |)
Y
≤ |ad |
i=0
≤ 2d M (f )

La dernière relation étant l'inégalité de Landau. M


Corollaire 10 (borne de Mignotte)
Soient f, g ∈ Z[X] avec g|f ; on pose d = deg(f ) ; on a :
||g||∞ ≤ 2d ||f ||2 ≤ 2d (d + 1)||f ||∞
3.3. FACTORISATION DANS Z[X] 33
O Soit e = deg(g) ; si f = gh on a :

||g||∞ ||h||∞ ≤ ||g||1 ||h||1


≤ 2e M (f )2d−e M (h)
≤ 2d M (f )
≤ 2d ||f ||2
≤ 2d (d + 1)||f ||∞

3.3.2 Factorisation dans Z[X]


On considère un polynôme unitaire 12 sans facteur multiple 13 f ∈ Z[X]. On détermine alors
un entier premier p impair tel que la réduction f de f modulo p reste sans facteur multiple 14 .
On factorise 15 alors f dans Z/pZ[X].
On choisit ensuite une borne 16 B pour les coecients des facteurs g de f puis le plus petit
exposant n tel que pn > 2B .
On utilise la représentation symétriquen des néléments de Z/Zpn i.e. on prend comme système
de représentants l'intervalle entier [− p 2−1 , p 2−1 ], ainsi les coecients bj d'un diviseur g de f
s'écrivent de la même manière dans Z et dans Z/Zpn puisque que l'on a |bj | ≤ B ≤ p 2−1 .
n

On construit alors le relèvement de Hensel dans Z/pn Z[X] de la factorisation précédente et l'on
obtient donc f ≡ P1 · · · Pr mod pn .
Enn on essaie des combinaisons Pj1 · · · Pjk jusqu'à obtenir une factorisation complète de f .

Algorithme 7 (Factorisation de Zassenhaus)


1. entrée : f ∈ Z[X] sans facteur multiple
2. calculer p premier tel que f soit sans facteur multiple dans Fp
3. calculer une borne B pour les coecients des facteurs de f
4. calculer le plus petit entier n tel que pn > 2B
5. factoriser f mod p. On a f = F1 · · · FN
N
6. former l'ensemble P({1, · · · , N }) des parties de {1, · · · , N } d'au plus éléments
2
7. pour S parcourant P({1, · · · , N }), boucle :
(a) prendre G = Fi et H = Fi = F/G
Q Q
i∈S i6∈S

(b) calculer le relèvement de Hensel (Gn , Hn ) dans Z/Zpk[X] de la factorisation F = GH .


(c) si Gn divise F dans Z[X] mémoriser (dans une liste) la factorisation (Gn , F/Gn )
obtenue
8. sortie : la liste des facteurs de f dans Z[X].
12. On ramène le cas d'un polynôme primitif f ∈ Z[X] de degré d et de coecient dominant a au cas du
1
polynôme unitaire fe = ad−1 f ( X). Si l'on a une factorisation fe = g.h, on a ad−1 f = g(dX)h(dX) et il sut de
a
considérer les parties primitives des deux membres
13. comme f est primitif il revient au même qu'il soit sans facteur multiple dans Q[X].
14. ie. tel que pgcd(f , f ) = 1. Cela revient à ce que p ne divise pas le discriminant ∆ de f . Comme f n'a pas
0

de racine multiple on a ∆ 6= 0. Remarquons de plus que, d'après le théorème de Hermite-Minkowski on a ∆ 6= ±1.


15. par exemple à l'aide de l'algorithme de Berlekamp
16. grâce à la borne de Mignotte
34 CHAPITRE 3. FACTORISATION DES POLYNÔMES UNIVARIÉS

Exemple :
On considère le polynôme X 8 + 7 X 7 + 9 X 6 + 55 X 5 + 8 X 4 + 35 X 3 − 86 X 2 − 27 X − 2 ∈ Z[X] ;
son discriminant est ∆ = 24 .318 .5.73 .732 .1399. On peut prendre p = 11 pour que F ∈ F11 [X]
soit sans facteur multiple. Une borne pour les coecients des diviseurs de F est B = 7910 et on
a alors n = 5. Les facteurs irréductibles de F ∈ F11 [X] sont :
X − 4, X − 1, X + 3, X + 4, X + 5, X 3 − 4 X + 1

Leurs relèvements de Hensel dans Z/pn Z[X] sont :


X + 78393, X − 1, X + 70656, X − 70649, X − 78392, X 3 + 7 X + 1

Parmi ceux-ci, lus dans Z[X] :


X − 1, X 3 + 7X + 1
sont des facteurs irréductibles de F . Il faut ensuite tester des regroupements des polynômes
restants :
X + 78393, X + 70656, X − 70649, X − 78392
Les produits dans Z/pn Z[X] lus dans Z[X] :
(X + 78393)(X − 78392) = X 2 + X + 2 et (X + 70656)(X − 70649) = X 2 + 7 X + 1

sont les autres facteurs irréductibles de F .


Chapitre 4

Corps nis

4.1 Corps nis


Lemme 4
Soit K un corps ni ; tout sous-anneau A de K est un corps.

O Notons que A est intègre ; pour tout x ∈ A \ {0}, l'application :

mx : A −→ A
y −→ xy

est injective donc bijective puisque A est ni. En particulier x et inversible. M


Considérons un corps ni K ; l'image de l'homomorphisme caractéristique

cK : Z −→ K
k −→ k 1K

est le plus petit sous-anneau de K (le sous-corps premier de K ) qui est donc isomorphe au
corps Fp = Z/pZ ; l'entier premier p est la caractéristique de K . Le sous-corps premier de K est
encore l'ensemble K FK/Fp des points xes de l'automorphisme de Frobenius (petit théorème de
Fermat ) 1 :
FK/Fp : K −→ K
x −→ xp

De plus K est canoniquement muni d'une structure de Fp -espace vectoriel de dimension nie n.
On a donc :
K ' (Z/Zp)n et en particulier Card(K) = pn

La dimension n est le degré n = [K : Fp ] de la Fp -extension K .

Soit K un corps ni ayant q éléments ; pour tout entier n ≥ 1, on désigne par IrrK (n)
l'ensemble des polynômes unitaires , irréductibles de degré n dans K[X] et on pose :

IK (n) = Card(IrrK (n))


1. tout élément x du sous-corps premier vérie xp = x donc est racine du polynôme X p − X et comme ce
dernier possède p racines on a l'égalité
36 CHAPITRE 4. CORPS FINIS

Lemme 5
Pour tout entier n ≥ 1, on a :
d IK (d)
X
qn =
d|n

O Pour tout entier n ≥ 0, le nombre de polynômes unitaires de K[X] de degré n est égal en qn ;
on regroupe ces nombres en une série génératrice :

X 1
qn T n = ∈ Z[[T ]]
1−qT
n=0

Par ailleurs, tout polynôme unitaire F ∈ K[X] de degré n ≥ 1 s'écrit de manière unique
F = P1k1 · · · Prkr avec Pi unitaire, irréductible de degré di ≤ n pour 1 ≤ i ≤ r, et l'on a
r
ki di .
P
n=
i=1
Pour n ≥ 1, on considère la suite 2 , ordonnée selon les degrés croissants, P1 , · · · , Pr(n) des poly-
nômes unitaires, irréductibles de degré ≤ n ; le nombre de polynômes unitaires de degré n ≥ 0
r(n)
est ainsi le nombre de r(n)-uples (k1 , · · · , kr(n) ) tels que 3 n = ki di . C'est donc le coecient
P
i=1
de T n dans le développement en série formelle du produit :
n  IK (d)
1 1 Y 1
··· =
1 − T d1 1 − T dr(n) 1 − Td
d=1

ou encore le coecient de T n dans le produit inni :


∞  IK (d)
Y 1
1 − Td
d=1

de sorte que l'on a nalement :


∞  IK (d)
Y 1 1
=
1 − Td 1−qT
d=1

En prenant la dérivée logarithmique 4 des deux membres et en multipliant par T on obtient :



Td qT
d IK (d)
X
d
=
1−T 1−qT
d=1

Par identication des coecients, on obtient le résultat. M


Proposition 15
Pour tout entier n ≥ 1, l'ensemble IrrK (n) est non vide.
O On a q n = d IK (d).
P
d|n
On a alors, pour tout d :
rIK (r) ≥ dIK (d)
X
qd =
r|d
n
2. on a r(n) = IK (d).
P
d=1
3. di = deg(Pi ) pour 1 ≤ i ≤ r(n)
4. homomorphisme de groupes DL : Z[[T ]]× −→ Z[[T ]] tel que DL(1 − X n ) = −nX n−1 + · · · pour tout n ≥ 1
4.1. CORPS FINIS 37
par conséquent :
dIK (d) = nIK (n) + dIK (d)
X X
qn =
d|n d|n
d6=n
n−1
qn − 1
≤ nIK (n) + q ≤ nIK (n) + q d ≤ nIK (n) +
X X
d
q−1
d|n d=0
d6=n

d'où 5
qn − 1
nIK (n) ≥ q n − ≥1
q−1
et nalement IK (n) ≥ 1. M
Corollaire 11
Pour tout entier premier p et tout n ∈ N∗ , il existe un corps ni K ayant pn éléments 6 .
O Pour tout entier premier p et tout n ∈ N∗ , il existe un polynôme unitaire irréductible P ∈ Fp [X]
de degré n ; alors K = Fp [X]/(P ) est un corps et un Fp espace vectoriel de dimension n donc K
est ni et possède pn éléments. On a K = Fp [x] où x = X et px,Fp = P .
M.

Lemme 6
Soit K un corps ni ayant q = pn éléments ; alors le groupe multiplicatif K ? est cyclique d'ordre
q−1 :
K ? ' Z/Z(q − 1)

O Le groupe abélien ni K ? est d'ordre q − 1 et d'exposant 7 e. L'ordre de chaque élément de K ?


divise e et il existe un élément x ∈ K ? qui est d'ordre e.
On a donc z e = 1 pour tout z ∈ K ? , donc z e+1 − z = 0 pour tout z ∈ K .
Mais e divise q − 1, donc e ≤ q − 1. Si l'on avait e + 1 < q , le polynôme Z e+1 − Z ∈ Fp possèderait
q racines dans K ce qui n'est pas possible. On a donc e = q − 1 et x est un générateur de K ? . M
5. on a q ≥ 2
6. Plus généralement, pour tout corps ni K avec Card(K) = q, il existe une K -extension L avec Card(L) = qn .
On peut étendre à ce cadre les résultats de ce chapitre.
7. l'exposant d'un groupe abélien ni est le plus grand de ses facteurs invariants. On peut aussi l'introduire
de manière plus élémentaire de la manière suivante :
X Soient x, y des éléments d'ordre nis m = o(x) et n = o(y) d'un groupe G tels que xy = yx ; si m et n
sont premiers entre eux, alors xy est d'ordre o(xy) = mn.
O On a évidemment (xy)mn = (xm )n (y n )m = 1 de sorte que o(xy) divise mn.
Supposons que (xy)h = 1 de sorte que xh = y−h ∈< x > ∩ < y >. Puisque m et n sont premiers entre
eux, on a < x > ∩ < y >= {1}, m et n divisent h ; alors mn divise h et xy est d'ordre mn. M

X Soient x, y des éléments d'ordre nis m = o(x) et n = o(y) d'un groupe G tels que xy = yx ; alors il existe
un élément z dans le sous-groupe < x, y > de G engendré par x et y dont l'ordre est o(z) = ppcm(m, n).
O On a m = pa1 1 · · · par r pr+1 et n = pb11 · · · pbrr pbr+1 avec ai ≥ bi pour 1 ≤ i ≤ r et
ar+1 ar+s r+1 br+s
· · · pr+s · · · pr+s
ar+j < br+j pour 1 ≤ j ≤ s.
Posons m0 = pa1 1 · · · par r et n0 = pbr+1 . Alors xm/m est d'ordre m0 et yn/n est d'ordre n0 de sorte
r+1 br+s 0 0
· · · pr+s
que z = xm/m yn/n est d'ordre m0 n0 = ppcm(m, n). M
0 0

X Soit G un groupe abélien ni et e le maximum des ordres des éléments de G. Alors e divise l'ordre de G
et est égal au ppcm des ordres des éléments de G. O Soit x ∈ G un élément d'ordre maximal o(x) = e ;
pour tout y ∈ G d'ordre o(y), il existe un élément z ∈< x, y > tel que o(z) = ppcm(e, o(y)). Puisque e est
maximal on a o(z) = e de sorte que o(y) divise e. M
38 CHAPITRE 4. CORPS FINIS

Corollaire 12 (théorème de l'élément primitif)


Soit K un corps ni ayant q = pn éléments ; il existe x ∈ K tel que K = Fp [x]. En particulier
on a K ' Fp [X]/hP i avec P = px,Fp unitaire, irréductible de degré n

O il sut de prendre pour x un générateur 8 du groupe K ? . M

Corollaire 13
Soit K un corps ni ayant q = pn éléments ; l'automorphisme de Frobenius FK/Fp est d'ordre n.

O On a FK/F
n
p
= id. Soit x un générateur de K ? si FK/F
k
p
= id on a FK/F
k
p
(x) = x de sorte que
xp − 1 = 0 donc q − 1 = pn − 1|pk − 1 et nalement 9 n|k . M
k

Lemme 7
Tout polynôme irréductible P ∈ Fp [X] est sans facteurs multiples.

O Posons ∆ = pgcd(P, P 0 ). Supposons que P ait un facteur multiple de sorte que deg(∆) ≥ 1.
Mais P étant irréductible , ∆ et P sont associées ; P divise alors P 0 de sorte que P 0 = 0. Dans
ce cas on a P = ar X rp + · · · + a1 X p + a0 avec ai ∈ Fp [X], donc ai = api , pour 0 ≤ i ≤ n. On a
ainsi P = (ar X r + · · · + a1 X + a0 )p et P ne serait pas irréductible. M

Lemme 8
Soit K un corps ni ayant q = pn éléments ; tout polynôme irréductible P ∈ Fp [X] qui possède
une racine x dans K possède toutes ses racines dans K (ie. la Fp -extension K est galoisienne).

O Pour P ∈ Fp [X] unitaire et irréductible, soit R = {yQ


∈ K/P (y) = 0} l'ensemble de ses racines
dans K ; on a x ∈ R. On considère le polynôme Q = (X − y) ∈ K[X]. On a FK/Fp (R) = R
y∈R
d'où FK/Fp (Q) = Q de sorte que, d'après le petit théorème de Fermat, Q ∈ Fp [X] et par suite
Q = P puisque Q|P . Ainsi toutes les racines de P sont dans K . M

8. Attention ! un élément primitif de la Fp -extension K ie. tel que K = Fp [x] n'est pas nécessairement un
générateur du groupe K ?
9. Soient m et n deux entiers naturels ; les conditions suivantes sont équivalentes :
i. m divise n
ii. pm − 1 divise pn − 1
iii. X p − X divise X p − X
m n

O Ecrivons n = mq + r avec 0 ≤ r ≤ m − 1 ; on a

pn − 1 = pmq+r − 1
= (pmq − 1)pr + (pr − 1)
= (pm − 1)pr ((pm )q−1 + · · · + pm + 1) + (pr − 1)
| {z }
=h

de sorte que m divise n si et seulement si p − 1 divise p − 1.


m n

De même on a
n m r
−1 −1)h −1
Xp −1 = X (p Xp −1
m r r
(p −1)h −1 −1
= (X − 1)X p + Xp −1
m m m r r
p −1 p −1 h−1 −1 −1 −1
= (X − 1)((X ) + · · · + Xp + 1)X p + Xp −1
n m r
p −1 p −1 p −1
= X − 1 = (X − 1) Q + (X − 1)

M
4.2. POLYNÔMES CYCLOTOMIQUES 39
Lemme 9
Soit K un corps ni ayant q = pn éléments ; on considère un polynôme irréductible unitaire
P ∈ Fp [X] de degré m possédant une racine x dans K ; on a m|n et l'ensemble des racines de P
dans K est Z(P ) = {x, xp , · · · , xp }. De plus P |X p − X .
m−1 m

O Fp [x] est une sous-extension de K canoniquement isomorphe à Fp [X]/hP i donc de degré m et


par multiplicativité des degrés on a m|n. Par ailleurs :
FFp [x]/Fp : Fp [x] −→ Fp [x]
y −→ yp

est d'ordre 10 m de sorte que les xi = xp ∈ Fp [x], 0 ≤ i ≤ m − 1 de P sont deux à deux distincts
i

et racines de P .
De plus, si x 6= 0 (ie. P 6= X ), puisque le groupe Fp [x]? est d'ordre pm − 1, on a xpi −1 = 1 pour
m

0 ≤ i ≤ m − 1 et P |X p −1 − 1. M
m

Lemme 10
Soit K un corps ni ayant pn éléments, pour L corps ni, il existe un morphisme ϕ : K −→n L
si et seulement si L est de caractéristique p et n|[L : Fp ]. Dans ces conditions, ϕ(K) = LFL/Fp
est l'unique sous-corps de L ayant pn éléments
O S'il existe un morphisme ϕ : K −→ L, ϕ est injectif donc K et L sont de même caractéristique
p et ϕ(K) est un sous-corps de L isomorphe à K . Alors 11 K ? est isomorphe à un sous-groupe
de L? d'où pn − 1|pN − 1 où Card(L) = pN et n|N .
Réciproquement supposons que n|N ; on a, par le théorème de l'élément primitif K = Fp [x]. Or
L est l'ensemble des racines du polynôme X p − X ; comme P = px,Fp divise X p − X donc
N n

divise X p − X , P possède une racine y ∈ L de sorte qu'il existe un unique homomorphisme


N

ϕ : K −→ L tel que ϕ(x) = y .


Enn si K 0 étant unn sous-corps de L ayant pn éléments, K 0 est l'ensemble des racines de X p − X
n

F
donc est égal à L L/Fp . M.
Corollaire 14
Deux corps nis K et L sont isomorphes si et seulement s'ils ont même caractéristique et même
degré (ie. si et seulement si Card(K) = Card(L)).
O Supposons que Card(K) = Card(L), il existe un morphisme ϕ : K −→ L qui est nécessairement
injectif, et par cardinalité, qui est surjectif. M.

4.2 Polynômes cyclotomiques


Soit p premier ; on considère un entier n tel que p ne divise pas n et on désigne par m l'ordre
de p dans le groupe (Z/nZ)× des éléments inversibles de l'anneau Z/nZ. On a m|ϕ(n) et le
polynôme X n − 1 ∈ Fp [X] est sans facteur multiple.
On désigne par K un corps ni ayant pm éléments.
L'ensemble des racines de X n − 1 dans K forme l'unique sous-groupe 12 µn (K) d'ordre n de K ? ;
ce groupe µn (K) est cyclique d'ordre n. On notera Πn (K) l'ensemble des générateurs de µn (K) ;
on a :
Card(Πn (K)) = ϕ(n) et FK/Fp (Πn (K)) = Πn (K)
10. comme FFnp [x]/Fp = id|Fp [x] on retrouve que m|n
11. on peut aussi utiliser la multiplicativité des degrés [L : Fp ] = [L : ϕ(K)] [ϕ(K) : Fp ]
12. puisque le groupe K ? est cyclique d'ordre pm − 1 et que n|pm − 1
40 CHAPITRE 4. CORPS FINIS

Par ailleurs, soit :


2π i
µn (C) = {ek n / 0 ≤ k ≤ n − 1}
le groupe cyclique d'ordre n des racines nèmes de l'unité dans C ; l'ensemble de ses générateurs :

/ 0 ≤ k ≤ n − 1, k premier avec n}
2π i
Πn (C) = {ek n

permet de dénir le polynôme cyclotomique


Y
Φn = (X − z) ∈ Z[X]
z∈Πn (C)

On a Φn ∈ Z[X] unitaire, irréductible et de degré ϕ(n). On a alors la décomposition en facteurs


irréductibles : Y
Xn − 1 = Φd
d|n

Considérons Φn ∈ Fp [X] la réduction modulo p du polynôme cyclotomique Φn ∈ Z[X] qui est


évidemment unitaire et de degré ϕ(n) ;
Lemme 11
On a Y
Φn = (X − x) ∈ K[X]
x∈Πn (K)

O On a dans Fp [X] (p premier ne divisant pas n) :

X n − 1 = Φd
d|n

Ainsi tout x ∈ Πn (K) est racine de l'un des polynômes Φd , mais comme Φd divise X d − 1 et que
x est d'ordre n, il en résulte que x est racine de Φn .
Ainsi, comme Φn est degré ϕ(n) et sans facteurs multiples, dans K[X], on obtient le résultat. M

Lemme 12
Pour tout x ∈ Πn (K), le polynôme minimal px,Fp ∈ Fp [X] de x ∈ Πn (K) est un facteur irréduc-
tible de degré m de Φn de sorte que 13 K = Fp [x] et l'ensemble :
m−1
Z(px,Fp ) = {x, xp , · · · , xp }

de ses racines dans K est un cycle de la permutation FK/Fp de Πn (K).

O Considérons la sous-Fp -extension Fp [x] ⊂ K et posons :

m0 = deg(px,Fp ) = [Fp [x] : Fp ]

On a x ∈ Fp [x]? et comme x est d'ordre n on a n|pm − 1 de sorte que m|m0 .


0

Mais on a Fp [x]? ⊂ K ? donc pm − 1|pm − 1 d'où m0 |m, m0 = m et Fp [x] = K .


0

Ainsi x est racine dans K du polynôme irréductible px,Fp qui est de degré m de sorte que
} avec (xp ) = xp = x. M
m−1 m−1 p m
Z(px,Fp ) = {x, xp , · · · , xp

13. K est ainsi l'analogue en caractéristique p du corps cyclotomique Q[e


2π i
n ]
4.2. POLYNÔMES CYCLOTOMIQUES 41
Corollaire 15
ϕ(n)
Φn se décompose dans Fp [X] en un produit de polynômes unitaires irréductibles distincts
m
de degré m correspondant à la décomposition 14 en cycles à support disjoints de la permutation
FK/Fp de Πn (K).

O Pour tout x ∈ Πn (K), les racines de px,Fp sont les xp Πn (K) pour 0 ≤ i ≤ m − 1 de sorte que
i

px,Fp est l'un des facteurs irréductibles de Φn dans Fp [X].


Réciproquement soit P ∈ Fp [X] un facteur irréductible (unitaire) de Φn ; il existe x ∈ Πn (K) tel
que P (x) = 0 donc px,Fp |P et comme P est irréductible on a P = px,Fp .
Enn px,Fp = px0 ,Fp si et seulement s'ils ont les mêmes racines ce qui revient à dire que x et x0
sont dans le même cycle de la permutation FK/Fp de Πn (K). M

Corollaire 16
Les polynômes P ∈ Fp [X] unitaires, irréductibles tels que x = X soit d'ordre n dans K ? où
K = Fp [X]/hP i = Fp [x] sont les facteurs irréductibles de Φn . En particulier deg(P ) = [Fp [x] : Fp ]
est l'ordre m de p dans (Z/Zn)× .
O On a P = px,Fp et x d'ordre n de sorte P |Φn . Il en résulte que deg(P ) = m. M

Etant donné P ∈ Irrp (m) et K = Fp [X]/P Fp [X] = Fp [x] où x = X . Tout élément de a ∈ K


m−1
s'écrit alors de manière unique a = ai xi avec ai ∈ Fp pour 0 ≤ i ≤ m − 1. (représentation
P
i=0
additive des éléments de K ).
m−1 m−1 m−1 m−1
Pour a = ai xi , b = bi xi on a a + b = (ai + bi )xi . Par contre on a ab = ci xi
P P P P
i=0 i=0 i=0 i=0
m−1
où R = Xi est le reste de la division euclidienne par le polynôme minimal P du produit
P
ci
i=0
m−1 m−1
ai X i )( bj X j ).
P P
(
i=0 j=0
Les polynômes P ∈ Irrp (m) pour lesquels la racine symbolique x est un générateur du groupe
cyclique K ? sont appelés les polynômes primitifs. Ce sont ceux pour lesquels n = pm − 1 ie.
les facteur irréductibles P de Φpm −1 . Dans ces conditions tout élément a ∈ K ? s'écrit de ma-
nière unique a = xk avec k ∈ Z/(pm − 1)Z (représentation multiplicative ). On obtient ainsi un
isomorphisme de groupes :
LDx : K? −→ Z/(pm − 1)Z
a = xk −→ k = logx (a)

appelé logarithme discret de base x.

ϕ(n)
14. qui est formée de m-cycles
m
42 CHAPITRE 4. CORPS FINIS
Chapitre 5

Codes correcteurs
5.0.1 Généralités

On considère un corps ni Fq . Le poids w(x) d'un vecteur 1 x ∈ Fqn est le nombre de compo-
santes non nulles de x. On a 0 ≤ w(x) ≤ n. L'application :

dH : Fqn × Fqn −→ N
(x, y) −→ w(x − y)

est une distance (distance de Hamming ) sur Fqn .


Un code linéaire C de longueur n est un sous-Fq -espace vectoriel C de Fqn .
Les vecteurs x = (x1 , · · · , xn ) ∈ C sont les mots du code C . Si C est de dimension k sur Fq le
code C possède q k mots. La distance minimale du code C est dénie par :

d = min{w(x)/x ∈ C \ {0}}

On dit alors que C est un [n, k, d]q -code 2 .


Lemme 13
Soit C un [n, k, d]q -code ; on a d ≤ n + 1 − k.
O Soit V le sous-espace vectoriel de Fqn formé des vecteurs dont les k − 1 dernières composantes
sont nulles ; V est de dimension n − k + 1 et on a dim(C) + dim(V ) = n + 1 de sorte que
C ∩ V 6= {0} ; si x ∈ C ∩ V on a w(x) ≤ n − k + 1. M

Lemme 14
Soit C un [n, k, d]q -code ; les boules de Hamming fermées centrées sur un mot du code C et de
d−1
rayon t = sont deux à deux disjointes.
2

O Supposons que B(x1 , t) ∩ B(x2 , t) 6= ∅ avec x1 , x2 ∈ C ; il existerait y ∈ Fqn tel que d(x1 , y) ≤ t
et d(x2 , y) ≤ t de sorte que d(x1 , x2 ) < d d'où x1 = x2 . M
Remarque : Lors d'une transmission du mot c ∈ C , supposons que le mot reçu x ∈ Fnq vérie
x ∈ B(c, t). Il s'agit d'une propriété du canal de transmission. Ainsi l'erreur de transmission
e = x − c vérie w(e) ≤ t. Comme c est l'unique mot de C contenu dans B(x, t), on peut retrou-
ver c à partir de x.

1. considéré comme vecteur ligne


2. ou un [n, k, d]-code q-aire.
44 CHAPITRE 5. CODES CORRECTEURS

Une matrice génératrice du code C est une matrice G ∈ Mk,n (Fq ) dont les lignes forment
une base de C de sorte que C est l'image de l'application linéaire injective :

(Fq )k −→ (Fq )n
c −→ c.G

On a donc 3 :
x ∈ C ⇐⇒ il existe c ∈ (Fq )k tel que x = c.G

En particulier la matrice G ∈ Mk,n (Fq ) est de rang k.


On considère la forme bilinéaire symétrique non dégénérée :

(Fq )n × (Fq )n −→ Fq
n
X
(x, y) −→ hx, yi = x i yi
i=1

Le code dual d'un code C de dimension k de (Fq )n est le code de dimension n − k :

Č = {y ∈ (Fq )n / hx, yi = 0 pour tout x ∈ hx, yi}

Une matrice de contrôle du code C est une matrice génératrice H ∈ Mn−k,n (Fq ) du code dual
Č de sorte que :
C = {x ∈ (Fq )n / H.t x = 0}

En particulier la matrice H ∈ Mn−k,n (Fq ) est de rang n − k et l'on a :

H.t G = 0

Lemme 15
On considère un code C de dimension k dans Fnq et une matrice H ∈ Mr,n (K) où K est une
Fq -extension de degré ni de degré m ≥ 1 4 telle que C = {x ∈ (Fq )n / H.t x = 0}. Soit d la
distance minimale de C ; pour tout entier s ∈ N on a d > s si et seulement si tout ensemble de
s colonnes de H est libre sur Fq .

O Supposons d'abord que tout ensemble de s colonnes de H est libre sur Fq ; pour tout mot non
n
nul x = (x1 , · · · , xn ) ∈ C on a H.t x = 0 ce qui s'écrit encore xj Cj (H) = 0 de sorte que
P
j=1
w(x) > s et donc 5 d > s.
Réciproquement supposons qu'il existe un ensemble de s colonnes de H qui est linéairement
n
dépendant sur Fq . Il existe donc x = (x1 , · · · , xn ) ∈ Fnq \ {0} avec w(x) ≤ s et xj Cj (H) = 0
P
j=1
de sorte que H.t x = 0 et par suite x ∈ C . Il en résulte que d ≤ s. M

Lemme 16
Un [n, k, d]q -code possède une matrice génératrice G ∈ Mk,n (Fq ) de la forme G = Ik R avec


R ∈ Mk,n−k (Fq ). De plus H = −t R In−k ∈ Mn−k,n (Fq ) est une matrice de contrôle de C .


3. ce qui équivaut encore à t x = t G.t c ie. que C est l'image de la matrice t G ∈ Mn,k (Fq ) de rang k dont les
colonnes forment une base de C .
4. par exemple une matrice de contrôle H ∈ Mn−k,n (Fq ) de C .
5. puisque C est un ensemble ni.
45
O Soit G0 une matrice génératrice de C ; considérons la forme échelonnée réduite en lignes de la
matrice G0 ∈ Mk,n (Fq ), il existe U ∈ GLk (Fq ) telle que :

G = U G0 = Ik R avec R ∈ Mk,n−k (Fq )




Comme U est inversible, les applications linéaires :

(Fq )k −→ (Fq )n
c −→ c.G
0
c −→ c0 .G0

ont la même image et G estune matrice génératrice du code C .


Enn soit H = −t R In−k ; comme G est de rang k, H de rang n − k et que H.t G = 0 on a
Im(t G) = Ker(H) donc H est une matrice de contrôle de C . M

5.0.2 Codes cycliques

Un code linéaire C ⊂ Fqn est cyclique s'il est stable par le décalage :

S : (x1 , · · · , xn−1 , xn ) −→ (xn , x1 , · · · , xn−1 )

Considérons l'algèbre (de rang n sur Fq ) :

R = Fq [X]/hX n − 1i

On a l'application Fq -linéaire bijective :

ψ: (Fq )n ' Fq [X]≤n−1 −→ R


x = (x1 · · · xn ) ' f = x1 + x2 X + · · · + xn X n−1 −→ f = x1 + x2 X + · · · + xn X n−1

Les codes linéaires C s'identient donc aux sous-Fq -espaces vectoriels ψ(C) de R.
De plus, on a, pour tout x ∈ Fqn :
ψ ◦ S(x) = X ψ(x)

de sorte que le code C est cyclique si et seulement si ψ(C) est un idéal de la Fq -algèbre R.
Il existe alors un unique polynôme unitaire g ∈ Fq [X], de degré ≤ n − 1, divisant X n − 1 et tel
que l'idéal principal ψ(C) de R soit engendré par g (le polynôme générateur du code ).
Dans l'isomorphisme :

Fq [X]≤n−1 −→ R
f = x1 + x2 X + · · · + xn X n−1 −→ f = x1 + x2 X + · · · + xn X n−1

le sous-espace vectoriel ψ(C) de R correspond au sous-espace hgi ∩ Fq [X]≤n−1 de Fq [X]≤n−1 de


base (X i g)0≤i≤n−deg(g)−1 de sorte que C est de dimension k = n− deg(g). On a ainsi l'application
Fq -linéaire injective :
mg
(Fq )k ' Fq [X]≤k−1 −→ Fq [X]≤n−1 ' (Fq )n
k−1 n−1
X
ci+1 X i −→ f = h g = xj+1 X j ' (x1 , · · · , xn )
P
(c1 , · · · , ck ) ' h =
i=0 j=0
46 CHAPITRE 5. CODES CORRECTEURS

n−k
d'image C . Si l'on pose 6 g = gi X i , on obtient la matrice génératrice suivante du code C :
P
i=0
 
g0 g1 · · · gn−k 0 ··· 0
 0 g0 g1 · · · gn−k 0 0 
G=. .. 
 .. · · ·
 
··· . 
0 · · · 0 g0 g1 ··· gn−k

Prenons 7 q = p. Supposons de plus que p ne divise pas n, le polynôme X n − 1 ∈ Fp [X] est


alors sans facteurs multiples. Soit m l'ordre de p dans (Z/Zn)× ; si K est un corps ayant pm
éléments, K contient le groupe (cyclique d'ordre n) µn (p) des racines nièmes de l'unité. Si α est
un générateur de ce groupe on a alors :
Y
g= (X − αi )
i∈I

avec I ⊂ {0, 1, · · · , n − 1} ; les αi pour i ∈ I sont appelés les racines du code C et l'on a :
ψ(C) = {f / f ∈ Fp [X]≤n−1 et f (αi ) = 0 pour tout i ∈ I}

Le fait que g soit à coecients dans Fp équivaut à ce que {αi /i ∈ I} soit stable par l'automor-
phisme de Frobenius FK/Fp : x −→ xp de K i.e. que I soit stable par l'application 8
F : {0, 1, , · · · , n − 1} −→ {0, 1, · · · , n − 1}
i −→ p i mod n

Les facteurs irréductibles de X n − 1 dans Fp [X] correspondent aux parties stables minimales ie.
aux orbites de l'action de F dans l'ensemble {0, 1, · · · , n − 1} (classes cyclotomiques ) 9 .

5.0.3 Codes BCH - Bose-Chaudhuri-Hocquenghem

On prend n = pm − 1 (avec m ≥ 1) et K corps ni ayant pm éléments. On a K = Fp [α] où


pα,Fp (de degré m) est l'un des facteurs irréductibles de Φn dans Fp [X] de sorte que K ∗ est le
groupe cyclique d'ordre n = pm − 1 engendré par α.
On xe un entier δ tel que 2 ≤ δ ≤ n, le code BCH C de distance apparente 10 est le code cyclique
de polynôme générateur : Y
g= (X − αj )
j∈J

où J est la plus petite partie de {0, 1, · · · , n − 1} stable par F : i −→ p i mod n et contenant


{1, · · · , δ − 1}.
Le code C est de dimension k = n − Card(J). Via l'isomorphisme canonique :
(Fp )n −→ Fp [X]≤n−1
n−1
X
(x1 , · · · , xn ) −→ f = xj+1 X j
j=0

6. on a gn−k = 1 et, puisque g|X n − 1, go 6= 0.


7. c'est encore vrai pour q puissance quelconque de p, en utilisant la factorisation de Φn dans Fq [X]. Les
résultats sont analogues à ceux que l'on a établis.
8. on a FK/Fp (αi ) = αF (i) pour 0 ≤ i ≤ n − 1
9. Le polynôme minimal pα,Fp est l'un de ces facteurs ; c'est l'un des facteurs irréductibles de Φn dans Fp [X]
10. ou distance assignée.
47
le code C s'identie à l'ensemble des polynômes f ∈ Fp [X], de degré ≤ n − 1, tels que f (αi ) = 0
pour 11 1 ≤ i ≤ δ − 1. On a ainsi :
C = {x ∈ (Fp )n / H.t x = 0} où H = (αi(j−1) )1≤i≤δ−1, 1≤j≤n ∈ Mδ−1,n (K)

Lemme 17
Soit d la distance minimale du code C ; on a d ≥ δ .
O On a d ≥ δ si et seulement si tout ensemble de δ − 1 colonnes de H est libre sur Fp .
Considérons donc δ − 1 colonnes d'indices : 1 ≤ d1 + 1 < · · · < dδ−1 + 1 ≤ n.
et la matrice M = (αidj )1≤i,j≤δ−1 extraite de H . On a :

det(M ) = (αd1 · · · αdδ−1 )det((α(i−1)dj )1≤i,j≤δ−1 )


Y
= (αd1 · · · αdδ−1 ) (αdi − αdj ) 6= 0
i<j

puisque α est d'ordre n. M


Il s'agit maintenant de décrire l'opération de correction. Considérons un mot du code représenté
par f = g h ∈ Fp [X]≤n−1 tel que f (αi ) = 0 pour 1 ≤ i ≤ δ − 1 ; ce mot est brouillé par une
t
erreur représentée par un polynôme e = ej X dj ∈ Fp [X] avec ej 6= 0 pour 1 ≤ j ≤ t et
P
j=1
0 ≤ d1 < · · · < dt ≤ n − 1. On suppose que 2t + 1 ≤ δ . Ainsi le mot reçu est représenté par le
polynôme fe = f + e ; il s'agit de retrouver f à partir de fe.
Le syndrôme de fe est la suite (Si )1≤i≤δ−1 dénie par :
t
ej αji , 1 ≤ i ≤ δ − 1, avec αj = αdj pour 1 ≤ j ≤ t
X
Si = fe(αi ) = e(αi ) =
j=1

On dénit alors le polynôme syndrôme :


δ−1
X
S= Si X i−1 ∈ K[X]
i=1

le polynôme localisateur d'erreurs 12 :


t
Y
σ= (1 − αj X) ∈ K[X]
j=1

et le polynôme évaluateur d'erreurs :


t
X ei αi
ω=σ ∈ K[X]
1 − αi X
i=1

Lemme 18 (équation clé)


On a deg(σ) ≤ δ−12 , deg(ω) <
δ−1
2 , les polynômes σ et ω sont premiers entre eux et vérient
l'équation clé :
Sσ ≡ ω mod X δ−1
11. puisque FK/Fp (f (αi )) = f (FK/Fp (αi )) la condition est équivalente à f (αi ) = 0 pour tout i ∈ I et donc à
g|f puisque les racines de g sont simples.
12. σ est donc le polynôme réciproque du polynôme unitaire ayant α1 , · · · , αt pour racines.
48 CHAPITRE 5. CODES CORRECTEURS

O Par dénition on deg(σ) = t ≤ δ−1


2 et deg(ω) < t ≤ 2 .
δ−1

1
Les racines de σ sont , 1 ≤ j ≤ t. Par ailleurs on a :
αj
σ
(1 − αk X) pour 1 ≤ i ≤ t
Y
=
1 − αi X
k6=i

d'où
1 Y αk
ω( ) = cj xj ( (1 − ) 6= 0
αj αj
k6=j

de sorte que σ et ω sont premiers entre eux. On a enn :


δ−1 X
X t
S = ( ej αji )X i−1
i=1 j=1
t
X δ−1
X
= ej αj ( (αj X)i−1
j=1 i=1
t
X 1 − αjδ−1 X δ−1
= ej αj
1 − αj X
j=1
 
t t δ
X ej αj X ej αj
= −  X δ−1
1 − αj X 1 − αj X
j=1 j=1

de sorte que :
 
t t
X ej αj X ej αjδ
Sσ = σ −σ  X δ−1
1 − αj X 1 − αj X
j=1 j=1

≡ ω mod X δ−1

Lemme 19
Soient σe et ωe deux polynômes tel que deg(eσ) ≤ δ−1
2 , deg(eω) < δ−1
2 et vériant l'équation clé :
e mod X δ−1
σ≡ω
Se

il existe c ∈ K[X] tel que σe = cσ et ωe = cω. Si, de plus, σe et ωe sont premiers entre eux, c est
une constante non nulle.
O On a ωeσ≡ω e σ mod X δ−1 mais deg(ωe σ−ω e σ) < δ − 1 donc ωe
σ=ω e σ.
Ainsi ω divise ωe σ mais ω et σ sont premiers entre eux donc ω divise ωe et l'on a ωe = cω avec
c ∈ K[X]. On a alors ωe σ=ω e σ = cωσ d'où σ
e = cσ . M

On résout alors l'équation clé au moyen de l'algorithme d'Euclide-Sugiyama : une variante


de l'algorithme d'Euclide étendu appliquée aux polynômes R0 = X δ−1 et R1 = S .
Soient (Rk )k≥0 la suite des restes successifs non nuls dans l'algorithme d'Euclide étendu ; ∆ le
pgcd de X δ−1 et S , (Uk )i≥0 et (Vk )i≥0 les suites telles que
Rk = Uk X δ−1 + Vk S
49
δ−1
Supposons que deg(∆) ≥ t ; on aurait alors X = X s |S avec s ≥ t et par suite X t |S = Si X i−1
P
i=1
d'où S1 = · · · = St = 0 et nalement on aurait :
t
ej αidj = 0 pour 1 ≤ i ≤ t
X
i
e(α ) =
j=1

Les coecients e1 , · · · , et seraient ainsi les solutions du système linéaire de matrice M 0 =


(αidj )1≤i,j≤t . Mais on a :

det(M 0 ) = (αd1 · · · αdt )det((α(i−1)dj )1≤i,j≤t )


Y
= (αd1 · · · αdt ) (αdi − αdj ) 6= 0
i<j

puisque α est d'ordre n. On aurait donc e1 = · · · = et = 0 ie. e = 0.


2 ; il existe un plus grand entier k tel que :
Ainsi deg(∆) < t ≤ δ−1
δ−1
deg(Rk−1 ) ≥
2
et l'on a :
Rk = Uk X δ−1 + Vk S
de sorte que SVk ≡ Rk mod X δ−1 . Mais on a :
δ−1 δ−1
deg(Rk ) < et deg(Vk ) = δ − 1 − deg(Rk−1 ) ≤
2 2
Il existe donc c ∈ K[X] tel que Vk = c σ et Rk = c ω et l'on a :
Rk = cω
 
= c S σ + W X δ−1
= Uk X δ−1 + Vk S
= Uk X δ−1 + cσ S

d'où :
Uk = c W
Ainsi c divise Uk et Vk qui sont premiers entre eux donc c ∈ K ∗ et puisque σ(0) = 1 on a :
c = Vk (0)

et nalement on a :
1 1
σ= Vk et ω = Rk
Vk (0) Vk (0)
1
On détermine alors (eg. par essais systématiques) les racines = α−dj , 1 ≤ j ≤ t, de σ . On
αj
en déduit, par un calcul de logarithme discret, les positions dj , 1 ≤ j ≤ t, des erreurs.
On détermine alors ces erreurs à l'aide du polynôme évaluateur ω en utilisant les formules de
Forney.
Lemme 20 (formules de Forney)
ω(α−dj )
On a ej = − 0 −dj pour 1 ≤ j ≤ t.
σ (α )
50 CHAPITRE 5. CODES CORRECTEURS

O Rappelons que :
t t
e i αi
(1 − αj X) et ω = σ
Y X
σ=
1 − αi X
j=1 i=1

On a, en considérant la dérivée logarithmique de σ :


t
X αi
σ 0 = −σ
1 − αi X
i=1

de sorte que :
t
P e i αi
ω 1 − αi X
0
= − i=1
t
σ P αi
i=1 1 − αi X

Pour 1 ≤ j ≤ t, on a alors :
1 − αj X
P
ej αj + ei αi
ω i6=j 1 − αi X
=−
σ 0 P 1 − αj X
αj + αi
i6=j 1 − αi X

et en prenant la valeur en α−dj des deux membres on obtient :


ω(α−dj )
− = ej
σ 0 (α−dj )
M
Chapitre 6

Polynômes multivariés

6.1 Monômes
Etant donné un ensemble ni {X1 , · · · , Xn } d'indéterminées, on désignera par
F1 [X1 , · · · , Xn ] = {Xα = X1α1 · · · Xnαn /α = (α1 , · · · , αn ) ∈ N n }

le monoïde commutatif libre des monômes relativement aux indéterminées X1 , · · · , Xn caractérisé


par la propriété universelle suivante : pour tout monoïde commutatif 1 R, toute application
ϕ : {X1 , · · · , Xn } −→ R se prolonge en un unique homomorphisme Φ : F1 [X1 , · · · , Xn ] −→ R.
En particulier 2 F1 est le monoïde unité 3 {1} .
Le degré est l'unique homomorphisme
deg : F1 [X1 , · · · , Xn ] −→ N
n
tel que deg(Xi ) = 1 pour 1 ≤ i ≤ n de sorte que deg(Xα ) = |α| = αi .
P
i=1
Le multidegré est l'unique homomorphisme
mdeg : F1 [X1 , · · · , Xn ] −→ N n
tel que mdeg(Xi ) = (δi,j )1≤j≤n pour 1 ≤ i ≤ n de sorte que mdeg(Xα ) = α. C'est un isomor-
phisme de monoîdes dont l'isomorphisme réciproque est :
Nn −→ F1 [X1 , · · · , Xn ]
α = (α1 , · · · , αn ) −→ Xα = X1α1 · · · Xnαn
Une partie s de F1 [X1 , · · · , Xn ] est un idéal si pour tout M ∈ F1 [X1 , · · · , Xn ] et tout E ∈ s on
a M E ∈ s.
En particulier si s est un idéal de F1 [X1 , · · · , Xn ] on a s = F1 [X1 , · · · , Xn ] si et seulement si
1 ∈ s.
Une partie b d'un idéal s de F1 [X1 , · · · , Xn ] est un système générateur de s si et seulement si s
est le plus petit idéal de F1 [X1 , · · · , Xn ] contenant b ie. pour tout E ∈ s, il existe B ∈ b tel que
B divise E .

Proposition 16 (Dickson)
Tout idéal s de F1 [X1 , · · · , Xn ] possède un système générateur b ni.
1. par exemple le monoïde multiplicatif sous-jacent à une K -algèbre commutative unitaire R.
2. en appliquant la propriété universelle à un ensemble vide d'indéterminées.
3. avatar naïf du mythique "corps à un élément".
52 CHAPITRE 6. POLYNÔMES MULTIVARIÉS

O Pour n = 1, soit d le plus petit élément de {deg(E)/E ∈ s} ; b = {X1d } est alors un système
générateur de s.
Supposons, par hypothèse de récurrence, la propriété vraie pour F1 [X1 , · · · , Xn−1 ] et considérons
un idéal non trivial s de F1 [X1 , · · · , Xn ].
L'ensemble s0∞ des E 0 ∈ F1 [X1 , · · · , Xn−1 ] pour lesquels il existe k ∈ N tel que E 0 Xnk ∈ s est
un idéal de F1 [X1 , · · · , Xn−1 ] qui possède donc un système générateur ni b0∞ . Il existe alors un
entier d tel que B 0 Xnd ∈ s pour tout B 0 ∈ b0∞ .
De même, pour k ≤ d − 1, l'ensemble s0k des E 0 ∈ F1 [X1 , · · · , Xn−1 ] tels que E 0 Xnk ∈ s est un
idéal de F1 [X1 , · · · , Xn−1 ] qui possède un système générateur ni b0k .
Alors l'ensemble :
d−1
[
b = {B 0 Xnd /B 0 ∈ b0∞ } ∪ {B 0 Xnk /B 0 ∈ b0k }
k=0

est un système générateur de s. Pour E ∈ s on a E = E 0 Xnk ; si k ≥ d on a E 0 ∈ s0∞ et il existe


B 0 ∈ b0∞ divisant E 0 de sorte que B 0 Xnd ∈ b divise E tandis que si k ≤ d − 1 on a E 0 ∈ s0k et il
existe B 0 ∈ b0k divisant E 0 de sorte que B 0 Xnk ∈ b divise E . M

La relation de divisibilité est une relation d'ordre partiel dans le monoïde F1 [X1 , · · · , Xn ] ;
on a :
i) 1|M pour tout M ∈ F1 [X1 , · · · , Xn ].
ii) M |N ⇒ M P |N P pour tout M, N, P ∈ F1 [X1 , · · · , Xn ].
Un système générateur b d'un idéal s de F1 [X1 , · · · , Xn ] est minimal si pour tout B ∈ b,
b \ {B} n'est pas un système générateur de s.

Corollaire 17
Un système générateur b d'un idéal s est minimal si et seulement si ses éléments sont deux à
deux incomparables pour la relation de divisibilité.
O Soit b un système générateur ; s'il existe B, B 0 ∈ b avec B|B 0 alors b \ {B 0 } est encore un
système générateur et b n'est pas minimal.
Réciproquement supposons que b n'est pas minimal ; il existe B 0 ∈ b tel que b \ {B 0 } soit un
système générateur de sorte qu'il existe B ∈ b \ {B 0 } avec B|B 0 de sorte que b contient des
éléments comparables. M
Corollaire 18
Tout idéal s de F1 [X1 , · · · , Xn ] possède un unique système générateur minimal b. Ce système
générateur minimal b est ni. Pour tout système générateur b0 de s on a b ⊂ b0 .
O Tout d'abord soient b0 un système générateur ni de s et b l'ensemble (ni) des éléments
minimaux (pour la relation de divisibilité) de b0 ; un élément B 0 ∈ b0 \ b n'est pas minimal donc
il existe B ∈ b0 \ {B 0 } tel que B|B 0 ; si B 6∈ b on recommence. Finalement en un nombre ni
d'étapes on obtient qu'il existe B ∈ b tel que B|B 0 et par conséquent b est un système générateur
de s et comme les éléments de b sont deux à deux incomparables ce système est minimal.
Considérons maitenant un système générateur quelconque b0 de s ; pour B ∈ b il existe donc
B 0 ∈ b0 tel que B 0 |B et il existe Be ∈ b tel que B|B
e 0 . Comme b est minimal on a B e = B d'où
B = B ∈ b et nalement b ⊂ b . De plus si b et b sont tous deux minimaux on a b = b0 M
0 0 0 0

Une relation d'ordre total  sur le monoïde F1 [X1 , · · · , Xn ] est monomiale 4 si elle vérie les
conditions :
i) 1  M pour tout M ∈ F1 [X1 , · · · , Xn ].
4. ou admissible
6.2. POLYNÔMES 53
ii) M  N ⇒ M P  N P pour tout M, N, P ∈ F1 [X1 , · · · , Xn ].
En particulier une relation d'ordre monomiale est plus ne 5 que la relation d'ordre de divisibilité.
Proposition 17
L'ensemble F1 [X1 , · · · , Xn ] muni d'un ordre monomial  est bien ordonné.
O Considérons une partie non vide S de F1 [X1 , · · · , Xn ]. Compte tenu du lemme de Dickson,
soit b le système générateur minimal de l'idéal s du monoïde F1 [X1 , · · · , Xn ]. On a b ⊂ S .
En particulier pour tout S ∈ S il existe B ∈ b telle que B|S de sorte que B  S . Le plus petit
élément de b est alors le plus petit élément de S . M
Exemples d'ordres monomiaux :
* ordre lexicographique pur : Xα  Xβ si et seulement si on a αi > βi où i est le plus petit
indice tel que αi 6= βi .
* ordre gradué-lexicographique inversé : Xα  Xβ si et seulement si on a |α| > |β| ou bien
|α| = |β| et αi < βi où i est le plus grand indice tel que αi 6= βi .
Pour ces ordres on a X1  · · ·  Xn .

6.2 Polynômes
Soit K un corps ; on désigne par K[X1 , · · · , Xn ] l'algèbre des polynômes à coecients dans
K relativement aux indéterminées X1 , · · · , Xn . Elle est caractérisée par la propriété univer-
selle suivante : pour toute K -algèbre R (associative, commutative et unitaire), toute appli-
cation ϕ : {X1 , · · · , Xn } −→ R se prolonge de manière unique en un K -homomorphisme
Φ : K[X1 , · · · , Xn ] −→ R.
Alors 6 K[X1 , · · · , Xn ] est un K -espace vectoriel de base l'ensemble F1 [X1 , · · · , Xn ] ce qui signie
qu'un polynôme f ∈ K[X1 , · · · , Xn ] s'écrit de manière unique :

cα Xα
X
f=
α∈N n

où pour tout α ∈ N n , cα ∈ K . Si cα 6= 0 on dira que le monôme Xα gure dans f et que cα est


son coecient 7 . On dénit alors le degré total de f par :

deg(f ) = max{|α| / cα 6= 0}

On xe alors un ordre monomial  sur FP


1 [X1 , · · · , Xn ].
Etant donné un polynôme non nul f = cα Xα ∈ K[X1 , · · · , Xn ], on ordonne f selon l'ordre
α∈N n
 décroissant de ses monômes et on dénit :
♦ le monôme dominant lm (f ) de f comme le plus grand élément pour l'ordre monomial 
de l'ensemble des monômes gurant dans f (ie. des Xα tels que cα 6= 0).
♦ le multi-degré mdeg (f ) ∈ N n de f comme le multidegré du monôme dominant lm (f ).
♦ le coecient dominant lc (f ) de f comme le coecient du terme dominant lm (f ).
♦ le terme dominant lt (f ) de f comme le terme lc (f ) lm (f ). On a alors :

lt (f g) = lt (f )lt (g)

pour f, g ∈ K[X1 , · · · , Xn ]
5. si M |N on a N = M P ; comme 1  P on a M  M P = N .
6. on peut imaginer que l'on a "K[X1 , · · · , Xn ] = F1 [X1 , · · · , Xn ] ⊗F1 K "
7. cα Xα est un terme de f .
54 CHAPITRE 6. POLYNÔMES MULTIVARIÉS

Soit {g1 , · · · , gk } un ensemble ni de polynôme de K[X1 , · · · , Xn ], on dit que f ∈ K[X1 , · · · , Xn ]


est réduit relativement à l'ensemble 8 {g1 , · · · , gk } si f = 0 ou si aucun monôme de f n'est divisible
par le monôme dominant lm (gi ) de l'un des gi , 1 ≤ i ≤ k.
L'algorithme de division euclidienne se généralise, au cas d'un dividende f et d'un ensemble
ordonné de diviseurs non nuls [g1 , · · · , gk ] ; on calcule alors un ensemble ordonné de quotients
[q1 , · · · , qk ] et un reste r tels que 9 :
1. f = q1 g1 + · · · + qk gk + r
2. r est réduit relativement à {g1 , · · · , gk }
3. lm (qi gi )  lm (f ) pour tout 1 ≤ i ≤ k tel que qi 6= 0.

Algorithme 8 (Division multivariée)


1. entrée : le dividende f , la liste des diviseurs [g1 , · · · , gk ]
2. initialisations : f _ := f, q1 := 0, · · · , qk := 0, r := 0
3. tant que f _ 6= 0 boucle :
{
s'il existe i, 1 ≤ i ≤ k tel que lm (gi ) divise lm (f _) alors
lt (f _)
T :=
lt (gi )
qi := qi + T
f _ := f _ − T gi
sinon
T := lt (f _)
r := r + T
f_ = f_ − T
}
4. sortie : les polynômes q1 , · · · , qk et r.
Proposition 18 (preuve de l'algorithme de division multivariée)
a. terminaison : L'algorithme de division se termine en un nombre ni d'étapes.
b. correction : Etant donnés f ∈ A et G = [g1 , · · · , gk ], l'algorithme de division renvoie des
polynômes q1 , · · · , qk et r tels que
f = q1 g1 + · · · + qk gk + r

où r est G-réduit et lm (qi gi )  lm (f ) pour tout 1 ≤ i ≤ k tel que qi 6= 0.


O
[terminaison] A l'initialisation de l'algorithme on a lm (f _) = lm (f ). A chaque étape de la
lt (f _)
boucle on exécute l'une des aectations f _ := f _ −  g ou f _ := f _ − lt (f _), mais
lt (gi ) i
lt (f _)
on a lm (f _ −  g ) ≺ lm (f _) ou bien lm (f _ − lt (f _)) ≺ lm (f _). Ainsi la suite
lt (gi ) i
(lm (f _))f _ est strictement décroissante et comme l'ensemble F1 [X1 , · · · , Xn ] muni de l'ordre
 est bien-ordonné cette suite est nécessairement nie.
8. dans K[X], f est réduit relativement à {g} si f = 0 ou si deg(f ) < deg(g).
9. les quotients q1 , · · · , qk et r ne sont pas nécessairement uniques, dépendent en général de l'ordre des diviseurs
g1 , · · · , gk et on peut avoir f ∈ hg1 , · · · , gk i et r 6= 0.
6.3. IDÉAUX DE L'ALGÈBRE K[X1 , · · · , XN ] 55
k
[correction] Montrons que l'expression f _ + qj gj + r est un invariant de boucle de valeur f .
P
j=1
C'est vrai lors de l'initialisation.
lt (f _)
Si l'on exécute l'aectation f _ := f _ − T gi avec T =  on a :
lt (gi )
k
f _ − T gi + qj gj + (qi + T )gi + r = f _ +
X X
qj gj + r = f
| {z } | {z }
j6=i j=1
f_ qi

tandis que si l'on exécute l'aectation f _ := f _ − T avec T = lt (f _) on a :


k k
f _ − T + qj gj + r| + _
X X
T
{z } = f + qj g j + r = f
| {z }
j=1 j=1
f_ r

k
de sorte qu'à la sortie on a qj gj + r = f .
P
j=1
A partir de la valeur initiale r = 0, on construit r en lui ajoutant des monômes qui ne sont
divisibles par aucun des monômes dominants lm (gi ), 1 ≤ i ≤ k de sorte que r est G-réduit.
Il reste à montrer que l'on a lm (qj gj )  lm (f ) pour tout 1 ≤ j ≤ k tel que qj 6= 0 ce qui est
vrai à l'initialisation 10 .
lt (f _)
A chaque étape si l'on exécute l'aectation f _ := f _ − T gi avec T =  les termes
lt (gi )
qj gj , j 6= i sont inchangés tandis que qi gi est remplacé par (qi + T )gi et l'on a

lm (qi gi + T gi )  max(lm (f ), lm (f _)) = lm (f )


tandis que si l'on exécute l'aectation f _ := f _ − T avec T = lt (f _) tous les termes qj gj ,
1 ≤ j ≤ k sont inchangés. M

6.3 Idéaux de l'algèbre K[X1, · · · , Xn]


Lemme 21
Considérons un ordre monomial sur F1 [X1 , · · · , Xn ] ; pour tout idéal I de K[X1 , · · · , Xn ],

lm (I) = {lm (f ) / f ∈ I \ {0}} est un idéal de F1 [X1 , · · · , Xn ].
O Pour tout M ∈ F1 [X1 , · · · , Xn ] et tout lm (f ) ∈ lm (I) avec f ∈ I , f 6= 0, on a M f ∈ I et
par suite M lm (f ) = lm (M f ) ∈ lm (I). M
On a ainsi une application I −→ lm (I) de l'ensemble des idéaux de K[X1 , · · · , Xn ] dans l'en-
semble des idéaux de F1 [X1 , · · · , Xn ].

Une partie nie G = {g1 , · · · , gk } de l'idéal I de la K -algèbre K[X1 , · · · , Xn ] telle que


l'ensemble lm (G) = {lm (g1 ), · · · , lm (gk )} soit un système générateur de l'idéal lm (I) du
monoïde F1 [X1 , · · · , Xn ] est appelée une base de Gröbner de I .
Ainsi, une partie nie G = {g1 , · · · , gk } de I est une base de Gröbner de I si et seulement si
pour tout f ∈ I \ {0}, il existe gj ∈ G tel que lm (gj ) divise lm (f ).
Lemme 22
Considérons un ordre monomial  sur F1 [X1 , · · · , Xn ] ; tout idéal I de K[X1 , · · · , Xn ] possède
une base de Gröbner G relativement à l'ordre .
10. on peut aussi remarquer que si à une étape on a qi = 0, à l'étape suivante on a qi = T de sorte que
lm (qi gi ) = lm (T gi ) = lm (f _)  lm (f )
56 CHAPITRE 6. POLYNÔMES MULTIVARIÉS

O En eet, d'après le lemme de Dickson, l'idéal lm (I) de F1 [X1 , · · · , Xn ] possède un système
générateur ni. M

Lemme 23
Soit G = {g1 , · · · , gk } une base de Grôbner d'un idéal I de K[X1 , · · · , Xn ] relativement à un
ordre monomial  sur F1 [X1 , · · · , Xn ] ; alors un monôme M ∈ F1 [X1 , · · · , Xn ] est réduit 11
relativement à G si et seulement si M ∈ F1 [X1 , · · · , Xn ] \ lm (I)
O On a M ∈ lm (I) si et seulement s'il existe gj ∈ G tel que lm (gj )|M c'est à dire si et
seulement si M n'est pas réduit relativement à G. M

Proposition 19 (th de la base nie de Hilbert)


Soit G = {g1 , · · · , gk } une base de Gröbner de I , alors G est un système générateur 12 de l'idéal
I de la K -algèbre K[X1 · · · , Xn ].
En particulier tout idéal I de K[X1 · · · , Xn ] possède un système générateur ni.
O Soit f ∈ I ; par la division multivariée on a :

f = q1 g 1 + · · · + qk g k + r

Supposons r 6= 0. D'une part on a r ∈ I donc lm (r) ∈ lm (I). D'autre part r est G-réduit de
sorte que lm (r) ∈ F1 [X1 , · · · , Xn ] \ lm (I). d'où une contradiction et r = 0. M

Proposition 20 (th de Macaulay)


On considère une base de Grôbner G = {g1 , · · · , gk }, relativement à un ordre monomial , d'un
idéal I de K[X1 , · · · , Xn ] ; le sous-K -espace vectoriel R des polynômes réduits relativement à G
a pour base F1 [X1 , · · · , Xn ] \ lm (I). En particulier R ne dépend que de l'idéal I et de l'ordre
monomial  et l'on a 13
I ⊕ R = K[X1 , · · · , Xn ]

O Soit f ∈ I ∩ R ; si f 6= 0, on aurait lm (f ) ∈ F1 [X1 , · · · , Xn ] \ lm (I) ce qui n'est pas puisque
lm (f ) ∈ lm (I), donc I ∩ R = {0}.
Etant donné f ∈ K[X1 , · · · , Xn ], la division multivariée de f par g1 , · · · , gs montre l'existence
de q1 , · · · , qs , r ∈ K[X1 , · · · , Xn ] tel que f = q1 g1 + · · · + qs gs + r avec r ∈ R.
M
Ainsi l'application K -linéaire canonique :

R −→ K[X1 , · · · , Xn ]/I
f −→ f

est bijective. Pour tout f ∈ K[X1 , · · · , Xn ] l'unique polynôme réduit r ∈ R tel que :

f ≡ r mod I

est appelé la forme normale de f relativement à I pour l'ordre .

11. ou monôme standard ; ces monômes ne dépendent donc que de l'ordre .


12. base signie système générateur, provient du mot allemand Basis
13. Ainsi dans la division multivariée f = q1 g1 + · · · + qk gk + r, où {g1 , · · · , gk } est une base de Grôbner, le
reste r ∈ R et le polynôme q1 g1 + · · · + qk gk ∈ I sont uniques et ne dépendent que de l'ordre monomial  et non
du choix d'une base de Gröbner relativement à cet ordre.
6.4. QUESTIONS D'UNICITÉ 57
On considère un ordre monomial X,Y sur F1 [X1 , · · · , Xm , Y1 , · · · , Yn ] ; on note X (resp.
Y ) l' ordre monomial induit sur F1 [X1 , · · · , Xm ] (resp. sur F1 [Y1 , · · · , Yn ] ). On dit que ≺X,Y
est un ordre d'élimination de X1 , · · · , Xm si la propriété suivante est vériée :
 M ≺X M 0

M.N ≺X,Y M 0 .N 0 ⇐⇒ ou

M = M0 et N ≺Y N 0
où M, M 0 ∈ F1 [X1 , · · · , Xm ] et N, N 0 ∈ F1 [Y1 , · · · , Yn ].
Par exemple l'ordre lexicographique est un ordre d'élimination tandis que l'ordre gradué-lexicographique
inversé ne l'est pas.
Lemme 24
Soit  X, Y un ordre d'élimination de X1 , · · · , Xm ; pour tout f ∈ K[X1 , · · · , Xm , Y1 , · · · , Yn ]
on a f ∈ K[Y1 , · · · , Yn ] si et seulement si lmX,Y (f ) ∈ K[Y1 , · · · , Yn ].
O Tout monôme de F1 [X1 , · · · , Xm , Y1 , · · · , Yn ] qui contient au moins l'une des indéterminées
Xj est strictement supérieur à tout monôme N ∈ F1 [Y1 , · · · , Yn ] contenant uniquement les indé-
terminées Y1 , · · · , Yn . M
Proposition 21 (élimination)
Soit G une base de Gröbner d'un idéal I de K[X1 , · · · , Xm , Y1 , · · · , Yn ] pour un ordre d'éli-
mination X,Y de X1 , · · · , Xm ; alors G ∩ K[Y1 , · · · , Yn ] est une base de Gröbner de l'idéal
I ∩ K[Y1 , · · · , Yn ] de K[Y1 , · · · , Yn ] relativement à l'ordre monomial Y .
O Soit f ∈ I ∩ K[Y1 , · · · , Yn ] \ {0} ; il existe g ∈ G tel que lm≺X,Y (g) divise lm≺X,Y (f ) de sorte
que lm≺X,Y (g) ∈ K[Y1 , · · · , Yn ] et par suite g ∈ K[Y1 , · · · , Yn ]. Ainsi g ∈ G ∩ K[Y1 , · · · , Yn ] et
lm≺Y (g) divise lm≺Y (f ). M

6.4 Questions d'unicité


Une base de Gröbner G d'un idéal I de K[X1 , · · · , Xn ], relativement à un ordre monomial
, est minimale si pour tout g ∈ G, G \ {g} n'est pas une base de Grôbner de I .
Lemme 25
Soit G une base de Gröbner, relativement à un ordre monomial , d'un idéal I de K[X1 , · · · , Xn ],
alors G est minimale si et seulement lm (G) = {lm (g)/g ∈ G} est le système générateur
minimal de l'idéal lm (I) du monoîde F1 [X1 , · · · , Xn ].
De plus I de K[X1 , · · · , Xn ] possède une base de Gröbner minimale.
M Soit G une base de Gröbner de I ; supposons qu'il existe g ∈ G tel que G \ {g} soit une base
de Grôbner de I ; alors il existe g̃ ∈ G \ {g} tel que lm(g̃) divise lm(g) donc lm (G) contient
deux éléments comparables.
Réciproquement supposons que lm (G) contienne deux éléments comparables, par exemple lm(g̃)
qui divise lm(g), alors G \ {g} est une base de Gröbner de I .
Soit b l'unique système générateur minimal de lm (I) ; si G est une base de Gröbner de I on a
b ⊂ lm (G). Pour chaque M ∈ b soit gM ∈ G tel que lm(gM ) = M ; Gmin = {gM /M ∈ b} est
alors une base de Gröbner minimale de I . O

Une base de Gröbner G d'un idéal I , relativement à un ordre monomial , est réduite si
tout g ∈ G est unitaire 14 et réduit relativement à G \ {g}. Une base réduite est évidemment
minimale.
14. lorsque K = Frac(A), avec A factoriel, on peut supposer que g est primitif plutôt qu'unitaire.
58 CHAPITRE 6. POLYNÔMES MULTIVARIÉS

Proposition 22
Soit  un ordre monomial sur F1 [X1 , · · · , Xn ] ; tout idéal I de K[X1 , · · · , Xn ] possède une unique
base de Gröbner réduite G relativement à l'ordre .
M Montrons d'abord l'unicité. Soient G et H deux bases de Grôbner réduites de I ; puisqu'elles
sont minimales on a :
lm (G) = lm (H)
Supposons qu'il existe g ∈ G \ H ; il existe h ∈ H tel que lm(g) = lm(h) d'où lt(g) = lt(h)
puisque g et h sont unitaires.
On a g − h ∈ I \ {0} et il existe g1 ∈ G tel que lm(g1 ) divise lm(g − h). On a g1 6= g puisque
lm(g1 )  lm(g − h) ≺ lm(g) et lm(g1 ) divise un monôme N ≺ lm(h) gurant dans h puisque G
est réduite.
Mais il existe h1 ∈ H tel que lm(h1 ) = lm(g1 ). On a h1 6= h ; si on avait h1 = h on aurait
lm(h1 ) = lm(h) = lm(g1 ) = lm(g) or lm(g1 ) ≺ lm(g). Ainsi lm(h1 ) divise N ce qui contredit H
réduite.
Il reste à établir l'existence. Soit G une base de Gröbner minimale de I dont tous les éléments
sont unitaires ; on a lm (G) = b où b est le système générateur minimal de lm (I).
Pour g ∈ G soit ge le reste de la division multivariée de g par G \ {g} : on a donc :
X
g= qg0 g 0 + ge
G
g 0 ∈ \{g}

avec ge réduit relativement à G \ {g} et lm(qg0 g 0 )  lm(g) pour tout g 0 ∈ G \ {g}. On a ainsi :
lm(g)  max(lm(eg ), lm(qg0 g 0 )/g 0 ∈ G \ {g}
S'il existait g 0 ∈ G \ {g} tel que lm(qg0 g 0 ) = lm(g), on aurait que lm(g 0 )|lm(g) ce qui contredirait
le fait que G est minimale. On a donc lm(qg0 g 0 ) ≺ lm(g) pour tout g 0 ∈ G \ {g} et nalement
lm(eg ) = lm(g) de sorte que si on pose :
G
e = G \ {g} ∪ {e
g}

on a lm (G e) = b; Ge est une base de Gröbner minimale de I avec ge réduit relativement à


G
e \ {eg } = G \ {g}. De plus tout élément g 0 6= g de G qui était réduit relativement à G \ {g 0 },
reste réduit relativement à G
e \ {g 0 } puisque lm(e
g ) = lm(g).
Ainsi {eg /g ∈ G} est une base de Gröbner réduite de I . O

6.5 Aspects eectifs


6.5.1 Le critère de Buchberger

Soient f, g ∈ K[X1 , · · · , Xn ] ; le S -polynôme (polynôme de syzygy ) associé est déni par :


µ µ
S (f, g) = f− g
lt (f ) lt (g)
lm (g) lm (f )
= f− g
lc (f )δ lc (g)δ
où on a posé µ = ppcm(lm (f ), lm (g)) et δ = pgcd(lm (f ), lm (g))
de sorte que µ δ = lm (f )lm (g) (avec lt(f ) = lc (f )lm (f ) et lt(g) = lc (g)lm (g)).
Lemme 26
Soient f, g ∈ K[X1 , · · · , Xn ] ; on a lm (S (f, g)) ≺ µ.
6.5. ASPECTS EFFECTIFS 59
O Il sut de remarquer que :

lm (g) lm (f )


S (f, g) = (f − lt (f )) − (g − lt (g))
lc (f )δ lc (g)δ
et que lm (f − lt (f )) ≺ lm (f ), lm (g − lm (g)) ≺ lm (g) M

On considère la sous-algèbre de K(X1 , · · · , Xn )


f
K[X1±1 , · · · , Xn±1 ] = { / f ∈ K[X1 , · · · , Xn ], M ∈ F1 [X1 , · · · , Xn ]}
M
contenant K[X1 , · · · , Xn ] et l'application K -bilinéaire :

K r × K[X1±1 , · · · , Xn±1 ]r −→ K[X1±1 , · · · , Xn±1 ]


X r
(s = (sk )1≤k≤r , ϕ = (ϕk )1≤k≤r −→ hs, ϕi = sk ϕk
k=1

Lemme 27
Soient F = {f1 , · · · , fr } ⊂ K[X1 , · · · , Xn ] \ {0} et ai = lc (fi ) pour 1 ≤ i ≤ r. considérons :
X
h= sk Mk fk
1≤k≤r

où sk ∈ K , Mk ∈ F1 [X1 , · · · , Xn ], avec lm (Mk fk ) = M pour 1 ≤ k ≤ r. Alors si lm (h) ≺ M ,


on a : X
h= si,j Mi,j S (fi , fj )
1≤i<j≤r

avec si,j ∈ K , Mi,j ∈ F1 [X1 , · · · , Xn ] et lm (Mi,j S (fi , fj )) ≺ M pour 1 ≤ i, j ≤ r.


O On a 0 = sk lm (Mk fk ) = ( sk ak )M de sorte que s = (s1 , · · · , sr ) ∈ Ker(φ) où φ
P P
1≤k≤r 1≤k≤r
est la forme K -linéaire sur K r :

φ : s = (s1 , · · · , sr ) −→ a1 s1 + · · · ar sr

dénie par ai = φ(ei ) 6= 0 pour 1 ≤ i ≤ r où (ei )1≤i≤r est la base canonique de K r . Alors Ker(φ)
est un hyperplan de K r et un système générateur de cet hyperplan est constitué par les vecteurs
i,j = a−1 −1
i ei − aj Pej , pour 1 ≤ i < j ≤ r.
On a donc s = si,j i,j avec si,j ∈ K . Posons :
1≤i<j≤r

fk
ϕ=( ) ∈ K[X1±1 , · · · , Xn±1 ]r
lm (fk ) 1≤k≤r
de sorte que : X
h = hs, M ϕi = si,j hi,j , M ϕi
1≤i<j≤r

Pour 1 ≤ i < j ≤ r posons µi,j = ppcm(lm (fi ), lm (fj )) ; comme lm (fi ) et lm (fj ) divisent
M , µi,j divise M de sorte qu'il existe Mi,j ∈ F1 [X1 , · · · , Xn ] tel que

M = µi,j Mi,j
60 CHAPITRE 6. POLYNÔMES MULTIVARIÉS

d'où :
X
h = si,j hi,j , µi,j Mi,j ϕi
1≤i<j≤r
X
= si,j ha−1 −1
i ei − aj ej , µi,j Mi,j ϕi
1≤i<j≤r
X  
= si,j Mi,j a−1
i hei , µi,j ϕi − a−1
j hej , µi,j ϕi
1≤i<j≤r
X  
= si,j Mi,j a−1 −1
i µi,j ϕi − aj µi,j ϕj
1≤i<j≤r
X
= si,j Mi,j S (fi , fj )
1≤i<j≤r

On a, d'après le lemme précédent :


lm (Mi,j S (fi , fj )) ≺ Mi,j µi,j = M
M
Tout d'abord notons que l'on a la caractérisation suivante des systèmes générateurs qui sont
des bases de Gröbner :
Proposition 23
Un système générateur G = {g1 , · · · , gs } d'un idéal I de K[X1 , · · · , Xn ] est une base de Gröbner
de I si et seulement si, pour tout f ∈ I on a :
s
qk gk avec lm (qk gk )  lm (f ) pour tout k tel que qk 6= 0
X
f=
k=1

O ⇒ Si G est une base de Gröbner de I , pour tout f ∈ I , le reste de la division multivariée de


f par G est nul.
⇐ Soit f ∈ I ; on a donc f = sk=1 qk gk avec lm (qk gk )  lm (f ) pourPs 1 ≤ k ≤ s. Si l'on avait
P
lm (qk gk ) 6= lm (f ) pour tout 1 ≤ k ≤ s on aurait évidemment k=1 lm (qk gk ) ≺ lm (f ).
Ainsi il existe k tel que lm (qk gk ) = lm (f ) ie. lm (gk ) divise lm (f ). Ainsi G est une base
de Gröbner de I . M
Proposition 24 (Critère de Buchberger)
Un système générateur G = {g1 , · · · , gs } d'un idéal I de K[X1 , · · · , Xn ] est une base de Gröbner
de I si et seulement si, pour tout i < j on a :
s
qi,j,k gk avec lm (qi,j,k gk )  lm (S (gi , gj )) pour tout i, j, k tel que qi,j,k 6= 0
X
S (gi , gj ) =
k=1

O ⇒ On a S (gi , gj ) ∈ I donc si G est une base de Gröbner de I , le reste de la division multivariée


de S (gi , gj ) par G est nul.
⇐ On considère f ∈ I . Puisque G = {g1 , · · · , gs } est un système générateur de I , on a une
s
écriture f = hi gi avec hi ∈ K[X1 , · · · , Xn ] et comme F1 [X1 , · · · , Xn ] est bien ordonné par
P
i=1
l'ordre monomiale  on peut supposer que M = max(lm (hi gi )/1 ≤ i ≤ s) minimal.
Supposons que M  lm (f ) ; on a alors :
r r s
lm (hi ) gi + (hi − lm (hi )) gi +
X X X
f= hi gi
i=1 i=1 i=r+1
| {z }
=F
6.5. ASPECTS EFFECTIFS 61
avec lm (hi gi ) = M pour tout i, 1 ≤ i ≤ r et lm (hi gi ) ≺ M pour tout i, r + 1 ≤ i ≤ s.
Notons que l'on a lm ((hi − lm (hi ))gi ) ≺ M pour tout i, 1 ≤ i ≤ r En utilisant le lemme
précédent on obtient que :
r
X
f= si,j Mi,j S (gi , gj ) + F
i,j=1

avec si,j ∈ K , Mi,j ∈ F1 [X1 , · · · , Xn ] et lm (Mi,j S (gi , gj )) ≺ M pour 1 ≤ i, j ≤ r.


Or par hypothèse on a :
s
X
S (gi , gj ) = qi,j,k gk
k=1

avec qi,j,k ∈ K[X1 , · · · , Xn ] et lm (qi,j,k gk )  lm (S (gi , gj )) pour tout i, j, k de sorte que :
r r r s
(hk − lm (hk )) gk +
X X X X
f= si,j Mi,j ( qi,j,l gl ) + hk gk
i,j=1 l=1 k=1 k=r+1

avec lm (Mi,j qi,j,k gk )  lm (Mi,j S (gi , gj )) ≺ M d'où une contradiction avec la minimalité de
M.
Ainsi on a M  lm (f ) et le système générateur g1 , · · · , gs est une base de Grôbner. M

Corollaire 19
Un système générateur ni G d'un idéal I de K[X1 , · · · , Xn ] tel que les monômes dominants
lm (g) pour g ∈ G sont deux à deux premiers entre eux est une base de Gröbner de I pour
l'ordre monomial .

O On peut évidemment supposer les polynômes unitaires. Soient f, g ∈ G avec f 6= g ; on a :

S (f, g) = lm (g)f − lm (f )g


= lm (g)(f − lm (f )) − lm (f )(g − lm (g))

Les monômes gurant dans la dernière expression sont deux à deux distincts car si l'on avait par
exemple lm (g)P = lm (f )M où P gure dans f − lm (f ) et M gure dans g − lm (g), on
aurait lm (f )M multiple de lm (f ) et de lm (g) donc du produit (puisque ces monômes sont
premiers entre eux) de sorte que :

lm (f )lm (g)  lm (f )M

et par suite :
lm (g)  M
ce qui est contradictoire.
On a donc lm (g)P  lm (S (f, g)) (resp. lm (f )M  lm (S (f, g))) pour tout monôme P
(resp. M ) gurant dans f − lm (f ) (resp. g − lm (g)).
On a donc lm ((f − lm (f ))g)  lm (S (f, g)) (resp. lm ((g − lm (g))f )  lm (S (f, g))).
comme on a :
S (f, g) = (f − lm (f ))g − (g − lm (g))f

le critère de Buchberger est vérié. M


62 CHAPITRE 6. POLYNÔMES MULTIVARIÉS

6.5.2 Algorithme de Buchberger

Tout d'abord une version sommaire de l'algorithme de Buchsberger qui permet de calculer
une base de Gröbner d'un idéal I pour un ordre monomial  à partir d'un système générateur
ni de l'idéal I .
Algorithme 9
1. entrée : F = {f1 , · · · , fr } système générateur ni de I
2. initialisations :
(a) G := F
(b) G := {{f, g}/f, g ∈ G}
3. boucle tant que : G 6= ∅ :
(a) choisir {f, g} ∈ G
(b) G := G \ {{f, g}}
(c) calculer le reste r de la division multivariée de S (f, g) par G
(d) si r 6= 0 alors :
G := G ∪ {{r, h}/h ∈ G}
G := G ∪ {r}
sortie : G base de Gröbner de I
Proposition 25
L'algorithme de Buchberger se termine et permet de calculer une base de Gröbner G de I à partir
d'un système générateur ni de I .
O terminaison : Soit (Gk )k la suite des valeurs successives 15 de G ; si la boucle était innie il
existerait une suite strictement croissante d'entiers (ki )i telle que Gki = Gki−1 ∪ {ri } avec ri
réduit 16 relativement à Gki−1 et ri 6= 0 . En particulier, pour tout i, le monôme lm (ri ) ne serait
divisible par aucun des monômes lm (rj ) avec j < i ce qui n'est pas possible puisque le système
générateur minimal 17 b de l'idéal s de F1 [X1 , · · · , Xn ] engendré par b0 = {lm (ri ) / i ≥ 0} est
ni et vérie b ⊂ b0 .
correction : On a F ⊂ G ⊂ I de sorte que G est un système générateur de I . D'autre part, pour
que G = ∅ il faut que pour tout f, g ∈ G, f 6= g le reste de la division multivariée de S (f, g)
par G soit nul. Le critère de Buchberger montre alors que G est une base de Gröbner de I . M

L'algorithme suivant permet de déterminer une base minimale à partir d'une base quelconque.
Algorithme 10
1. entrée : G base de Gröbner de l'idéal I pour l'ordre 
2. initialisation : Gmin := ∅
3. boucle pour : f ∈ G :
(a) soit M := lm (f )
(b) s'il n'existe aucun g ∈ G \ {f } tel que lm (g)|M :
Gmin := Gmin ∪ {f }
4. sortie Gmin base de Gröbner minimale de I
15. on a G0 = F.
16. ie. aucun des monômes gurant dans ri divisible par l'un des monômes lm (g) pour g ∈ Gki−1 .
17. qui est ni
6.5. ASPECTS EFFECTIFS 63
Proposition 26
L'algorithme permet de calculer une base minimale Gmin de I à partir d'une base de Gröbner.
O terminaison : la boucle est énumérée par l'ensemble ni G.
correction : lm (Gmin ) est l'ensemble des éléments minimaux de lm (G) qui est un système
générateur de l'idéal lm (I). Il en résulte que lm (Gmin ) est le système générateur minimal de
lm (I) de sorte que Gmin est une base de Gröbner minimale de I . M

Ce dernier algorithme permet de déterminer la base réduite à partir d'une base minimale.
Algorithme 11
1. entrée : Gmin base de Gröbner minimale de I , pour l'ordre monomial 
2. initialisation : Gred := ∅
3. boucle pour g ∈ Gmin :
(a) calculer le reste ge de la division multivariée de g par Gmin \ {g}
(b) normaliser ge en divisant par lc (eg)
(c) Gred := Gred ∪ {eg}
4. sortie : Gred base de Gröbner réduite de I
Proposition 27
L'algorithme permet de calculer une base de Gröbner réduite Gred de I à partir d'une base
minimale.
O terminaison : la boucle est énumérée par l'ensemble ni Gmin .
correction : pour tout g ∈ g ∈ Gmin on a lm (eg) = lm (g) de sorte que Gred est une base
minimale et tout ge ∈ Gred est réduit relativement à Gred \ {eg }. M
64 CHAPITRE 6. POLYNÔMES MULTIVARIÉS
Chapitre 7

Systèmes d'équations algébriques

7.1 Ensembles algébriques


Soient K un corps et Ω une K -extension algébriquement close 1 ; pour une partie S de
K[X1 , · · · , Xn ] on pose 2

Z(S) = {(x1 , · · · , xn ) ∈ Ωn / f (x1 , · · · , xn ) = 0 pour tout f ∈ S}

Soit I = hSi l'idéal de K[X1 , · · · , Xn ] engendré par S ; on a Z(I) = Z(S).


De plus, tout idéal I de K[X1 , · · · , Xn ] étant de la forme I = hf1 , · · · , fr i (théorème de la base
nie de Hilbert) on a Z(I) = Z(f1 , · · · , fr ).
Pour tout idéal I de K[X1 , · · · , Xn ], le sous-Ω-espace vectoriel I(Ω) de Ω[X1 , · · · , Xn ] engendré
par I est un idéal 3 de Ω[X1 , · · · , Xn ] ; et l'on a :
Z(I) = Z(I(Ω) ) pour tout idéal I de K[X1 , · · · , Xn ]

Proposition 28
Soit G une base de Gröbner, pour un ordre monomial , d'un idéal I de K[X1 , · · · , Xn ] ; alors
G est une base de Gröbner, pour l'ordre  de l'idéal I(Ω) de Ω[X1 , · · · , Xn ].
En particulier on a :
lm (I) = lm (I(Ω) )
O Considérons une base de Gröbner G de I ; comme G est un système générateur de I , c'est
aussi un système générateur de I(Ω) . Pour f, g ∈ GP , f 6= g , le reste de la division multivariée
de S (f, g) par G est nul de sorte que S (f, g) = h∈G qh h avec lm (qh h)  lm (S (f, g))
4

pour tout h tel que qh 6= 0. Comme qh ∈ K[X1 , · · · , Xn ] ⊂ Ω[X1 , · · · , Xn ] pour tout h ∈ G, le


critère de Buchberger est vérié et G est une base de Gröbner de I(Ω) . M
Corollaire 20
Pour tout idéal I de K[X1 , · · · , Xn ] on a :
I = I(Ω) ∩ K[X1 , · · · , Xn ]

de sorte que l'application : I −→ I(Ω) de l'ensemble des idéaux de K[X1 , · · · , Xn ] dans l'ensemble
des idéaux de Ω[X1 , · · · , Xn ] est injective 5 .
1. on considérera principalement K = Q et Ω = Q ou Ω = C ou bien K = Fp et Ω = Fp
2. ou bien ZΩ (S) lorsqu'il est nécessaire de préciser Ω.
3. on a I(Ω) = I ⊗K Ω.
4. d'après le th. de Macaulay puisque S (f, g) ∈ I .
5. un idéal appartenant à l'image de l'application I −→ I(Ω) est dit déni sur K .
66 CHAPITRE 7. SYSTÈMES D'ÉQUATIONS ALGÉBRIQUES

O On a évidemment I ⊂ I(Ω) ∩ K[X1 , · · · , Xn ]. Réciproquement soit f ∈ I(Ω) ∩ K[X1 , · · · , Xn ] ;


alors 6 le reste de la division multivariée de f par une base P de Gröbner G de I , qui est aussi
une base de Gröbner de I(Ω) est nul de sorte que l'on a f = g∈G qg g avec, pour tout g ∈ G,
qg ∈ Ω[X1 , · · · , Xn ] donc qg ∈ K[X1 , · · · , Xn ] par rationalité de la division multivariée. M

Lemme 28
1. Z(Ω[X1 , · · · , Xn ]) = ∅ et Z((0)) = Ωn
2. Soit (Iλ )λ∈Λ une famille d'idéaux de Ω[X1 , · · · , Xn ] ; alors on a :
X \
Z( Iλ ) = Z(Iλ )
λ∈Λ λ∈Λ

3. Soient I et J des idéaux de Ω[X1 , · · · , Xn ], alors on a :

Z(I) ∪ Z(J) = Z(I.J) = Z(I ∩ J)

O Posons J = Iλ ; puisque Iλ ⊂ J pour tout λ ∈ Λ, on a Z(J) ⊂ Z(Iλ ).


P T
λ∈Λ λ∈Λ
Réciproquement, soit x ∈ Z(Iλ ) ; pour tout f = fλ ∈ J (on a fλ = 0 sauf pour un nombre
T P
λ∈Λ λ∈Λ
ni d'indices λ ∈ Λ), on a f (x) = fλ (x) = 0 de sorte que x ∈ Z(J) d'où le premier point.
P
λ∈Λ
Pour le second, on a I.J ⊂ I ∩ J ⊂ I, J de sorte que Z(I) ∪ Z(J) ⊂ Z(I ∩ J) ⊂ Z(I.J).
Réciproquement supposons qu'il existe x ∈ Z(I.J) \ (Z(I) ∪ Z(J)) ; il existe f ∈ I tel que
f (x) 6= 0 et g ∈ J tel que g(x) 6= 0 de sorte que (f g)(x) 6= 0 ce qui contredit le fait que
x ∈ Z(I.J). M
Une partie E ⊂ Ωn est un ensemble algébrique s'il existe un idéal I de Ω[X1 , · · · , Xn ] tel que
E = Z(I). Ainsi les ensembles algébriques sont les ensembles fermés d'une topologie sur Ωn
appelée la topologie de Zariski.

Lemme 29
Pour tout x = (x1 , · · · , xn ) ∈ Ωn , l'idéal mx = {f ∈ Ω[X1 , · · · , Xn ] / f (x) = 0} est maximal,
{X1 − x1 , · · · , Xn − xn } est une base de Gröbner universelle 7 de mx et l'on a Z(mx ) = {x}.
En particulier l'application x −→ mx de Ωn dans l'ensemble des idéaux maximaux de Ω[X1 , · · · , Xn ]
est injective.
O Soit m0 = hX1 − x1 , · · · , xn − xn i ; on a évidemment m0 ⊂ mx . Réciproquement soit f ∈ mx ; la
division multivariée de f par (X1 − x1 , · · · , Xn − xn ) (pour un ordre admissible quelconque) ; on
n
a lm(Xi − xi ) = Xi pour 1 ≤ i ≤ n)) dans l'anneau Ω[X1 , · · · , Xn ] donne f = (Xi − xi )qi + c
P
i=1
avec c ∈ Ω et l'on a c = f (x) = 0 donc f ∈ m0 et m0 = mx . Soit  un ordre monomial ; on a
lm(Xi − xi ) = Xi pour 1 ≤ i ≤ n ; soit f ∈ m0 non nul alors f n'est pas constant de sorte que
lm(f ) 6= 1 et il existe i, 1 ≤ i ≤ n, tel que Xi |lm(f ). Ainsi {X1 − x1 , · · · , Xn − xn } est une base
de Gröbner de mx .
On a z = (z1 , · · · , zn ) ∈ mx si et seulement si (Xi − xi )(z) = 0 ie. zi = xi pour 1 ≤ i ≤ n de
sorte que Z(mx ) = {x}.. M.
6. on a f = ri=1 ai fi avec ai ∈ Ω et fi ∈ I . Le sous-K -espace vectoriel de Ω engendré par 1 et par les
P
coecientsP ai , 1 ≤ i ≤ r, est de dimension nie et possède une
P base (bj )1≤j≤s avec b1 = 1. Pour tout i on a
alors ai = sj=1 ci,j bjPavec ci,j ∈ K de sorte que f = sj=1 ri=1 ci,j fi bj et nalement, par identication des
P
coecients, on a f = ri=1 ci,1 fi ∈ I .
7. ie. pour tout ordre monomial
7.2. THÉORÈME D'ÉLIMINATION DE KRONECKER 67
7.2 Théorème d'élimination de Kronecker
Théorème 1 (élimination de Kronecker)
0n considère la projection canonique :
π: Ωn −→ Ωn−1
(x1 , · · · , xn−1 , xn ) −→ (x1 , · · · , xn−1 )

Soient f1 , · · · , fr ∈ K[X1 , · · · , Xn ] des polynômes non constants ; on suppose l'un des polynômes
fi , 1 ≤ i ≤ r quasi-unitaire 8 en Xn . Soient I = hf1 , · · · , fr i l'idéal engendré par f1 , · · · , fr et
J = I ∩ K[X1 , · · · , Xn−1 ] l'idéal d'élimination de Xn ; on a :

π(Z(I)) = Z(J)

O Supposons par exemple que f1 est quasi-unitaire en Xn , de degré d ≥ 1 (comme f1 n'est pas
constant ) , et s'écrit donc :
f1 = cXnd + ad−1 (X1 , · · · , Xn−1 )Xnd−1 + · · · + a0 (X1 , · · · , Xn−1 ) avec c ∈ K ?

Supposons d'abord que r = 1. Pour tout (x1 , · · · , xn−1 ) ∈ Ωn−1 le polynôme :


cXnd + an−1 (x1 , · · · , xn−1 )Xnd−1 + · · · + a0 (x1 , · · · , xn−1 ) ∈ Ω[Xn ]

a une racine xn ∈ Ω et l'on a (x1 , · · · , xn−1 , xn ) ∈ Z(f1 ) de sorte que :


π(Z(f1 )) = Ωn−1 = Z(0)

On suppose maintenant que r = 2. On a :


R = RXn (f1 , f2 ) ∈ I ∩ K[X1 , · · · , Xn−1 ] = J

d'où :
R(x1 , · · · , xn−1 ) = 0 pour tout x = (x1 , · · · , xn ) ∈ Z(I)
de sorte que :
π(Z(I)) ⊂ Z(J) ⊂ Z(R)
Réciproquement, soit (x1 , · · · , xn−1 ) ∈ Ωn−1 tel que :
R(x1 , · · · , xn−1 ) = 0

Le théorème de spécialisation du résultant s'applique (puisque f1 est quasi-unitaire ) via :


K[X1 , · · · , Xn−1 ] −→ Ω
X1 −→ x1
..
.
Xn−1 −→ xn−1

si Re est le résultant (relativement à Xn ) des polynômes :



f1 (x1 , · · · , xn−1 , Xn )
f2 (x1 , · · · , xn−1 , Xn )
8. Un polynôme f ∈ A[X], où A est un anneau commutatif, est quasi-unitaire si le coecient dominant de f
est un élément inversible de A.
68 CHAPITRE 7. SYSTÈMES D'ÉQUATIONS ALGÉBRIQUES

on a :
e = R(x1 , · · · , xn−1 ) = 0
R
de sorte que les polynômes 
f1 (x1 , · · · , xn−1 , Xn )
f2 (x1 , · · · , xn−1 , Xn )
de Ω[Xn ] ont une racine commune xn .
Ainsi x = (x1 , · · · , xn ) ∈ Z(I) ; on a alors Z(R) ⊂ π(Z(I)) et nalement
π(Z(I)) = Z(J) = Z(R)

On suppose maintenant que r ≥ 3.


On introduit une nouvelle indéterminée U et les polynômes

g = f1
h = f2 + U f3 + · · · + U r−2 fr

On a :
g, h ∈ K[U, X1 , · · · , Xn−1 , Xn ] et R = RXn (g, h) ∈ K[U, X1 , · · · , Xn−1 ]
De plus :
s
Rk U k avec Rk ∈ K[X1 , · · · , Xn−1 ] pour tout 0 ≤ k ≤ s
X
R=
k=0
Alors, la formule de Bezout sans dénominateur :
R = S g + T h où S, T ∈ K[U, X1 , · · · , Xn−1 , Xn ]

montre, par identication des coecients en U , que l'on a :


Rk ∈ I ∩ K[X1 , · · · , Xn−1 ] = J pour tout 0 ≤ k ≤ s

En particulier on a :
Rk (x1 , · · · , xn−1 ) = 0 pour tout 0 ≤ k ≤ s et pour tout x = (x1 , · · · , xn ) ∈ Z(I)

de sorte que :
π(Z(I)) ⊂ Z(J) ⊂ Z(R0 , · · · , Rs )
Réciproquement, soit (x1 , · · · , xn−1 ) ∈ Ωn−1 tel que :
Rk (x1 , · · · , xn−1 ) = 0 pour 0 ≤ k ≤ s

Pour tout u ∈ Ω, le théorème de spécialisation du résultant s'applique (puisque f1 est quasi-


unitaire ) via :
K[U, X1 , · · · , Xn−1 ] −→ Ω
U −→ u
X1 −→ x1
..
.
Xn−1 −→ xn−1

si Re est le résultant (relativement à Xn ) des polynômes :



f1 (x1 , · · · , xn−1 , Xn )
f2 (x1 , · · · , xn−1 , Xn ) + uf3 (x1 , · · · , xn−1 , Xn ) · · · + ur−2 fr (x1 , · · · , xn−1 , Xn ))
7.3. LE THÉORÈME DES ZÉROS DE HILBERT 69
on a : s
X
e = R(u, x1 , · · · , xn−1 ) =
R Rk (x1 , · · · , xn−1 )uk = 0
k=0

Il en résulte que, pour tout u ∈ Ω, les polynômes



f1 (x1 , · · · , xn−1 , Xn )
f2 (x1 , · · · , xn−1 , Xn ) + uf3 (x1 , · · · , xn−1 , Xn ) · · · + ur−2 fr (x1 , · · · , xn−1 , Xn )

de Ω[Xn ] ont une racine commune.


Comme cette racine commune ne peut prendre qu'un nombre ni de valeurs, il existe une racine
xn du polynôme f1 (x1 , · · · , xn−1 , Xn ) ∈ Ω[Xn ] qui est racine du polynôme

f2 (x1 , · · · , xn−1 , Xn ) + uf3 (x1 , · · · , xn−1 , Xn ) · · · + ur−2 fr (x1 , · · · , xn−1 , Xn ) ∈ Ω[Xn ]

pour une innité d'entiers de u ∈ Ω. Finalement le polynôme :


f2 (x1 , · · · , xn−1 , xn ) + f3 (x1 , · · · , xn−1 , xn )U · · · + fr (x1 , · · · , xn−1 , xn )U r−2 ∈ Ω[U ]

est nul. Ainsi, il existe xn ∈ Ω tel que x = (x1 , · · · , xn ) ∈ Z(I). Finalement on obtient que :
π(Z(I)) = Z(R0 , · · · , Rs ) = Z(J)

M
Remarque : Le résultat est faux si aucun des polynômes f1 , · · · , fr n'est quasi-unitaire par rapport
à l'une des indéterminées Xi , 1 ≤ i ≤ n. Pour f = XY − 1 ∈ Q[X, Y ], π(Z(f )) = C? ne peut
pas être de la forme E = Z(R0 , · · · , Rs ) pour R0 , · · · , Rs ∈ C[X], car E est ni ou égal à C.

7.3 Le théorème des zéros de Hilbert


7.3.1 Une tranformation linéaire

Etant donné c = (c1 , · · · , cn−1 ) ∈ Ωn−1 , on dénit l'application linéaire injective :


ϕ
fc : Ωn −→ Ωn
(x1 , · · · , xn ) −→ (x1 + c1 xn , · · · , xn−1 + cn−1 xn , xn )

Par ailleurs on a l'automorphisme d'algèbres : d'algèbres :


ϕc : Ω[X1 , · · · , Xn ] −→ Ω[X1 , · · · , Xn ]
f −→ f ◦ϕ
fc

tel que :
ϕc (f ) = f (X1 + c1 Xn , · · · , Xn−1 + cn−1 Xn , Xn ) pour tout f ∈ Ω[X1 , · · · , Xn ]

Ainsi ϕc est l'unique automorphisme de l'algèbre Ω[X1 , · · · , Xn ] tel que

pour 1 ≤ i ≤ n − 1
(
Xi + ci Xn
ϕc (Xi ) =
Xn pour i = n
On a alors :
fc −1 (Z(f1 , · · · , fr ))
Z(ϕc (f1 ), · · · , ϕc (fr )) = ϕ
70 CHAPITRE 7. SYSTÈMES D'ÉQUATIONS ALGÉBRIQUES

Lemme 30
Soient f1 , · · · , fr ∈ K[X1 , · · · , Xn ] avec K inni ; il existe c ∈ K n−1 tel que les polynômes
ϕc (fi ) ∈ K[X1 , · · · , Xn ], 1 ≤ i ≤ r, soient quasi-unitaires en Xn .

O Soit f = aα X1α1 · · · Xnαn ∈ K[X1 , · · · , Xn ] de degré d ; pour tout c ∈ K n−1 on a :


P
α

ϕc (f ) = f (X1 + c1 Xn , · · · , Xn−1 + cn−1 Xn , Xn )


X
= aα (X1 + c1 Xn )α1 · · · (Xn−1 + cn−1 Xn−1 )αn−1 Xnαn
α
= γ(c)Xnd + Pd−1 (Xn , · · · , Xn−1 , c)Xnd−1 + · · · + P0 (Xn , · · · , Xn−1 , c)

avec :
α
X
γ(c) = aα cα1 1 · · · cn−1
n−1

α
|α|=d

Pour chaque fi (1 ≤ i ≤ r) soit γi (c) le coecient dominant relativement à Xn de ϕc (fi ) ; en


considérant le produit des γi , puisque K est inni, il existe c ∈ K n−1 tel que γi (c) 6= 0 pour tout
i. M

7.3.2 Le théorème des zéros de Hilbert

Théorème 2 (théorème des zéros de Hilbert)


Soit I = (f1 , · · · , fr ) un idéal de K[X1 , · · · , Xn ] ; les conditions suivantes sont équivalentes :
1. Z(I) = ∅.
2. 1 ∈ I .
3. pour un (resp. pour tout) ordre monomial , si G est la base de Gröbner réduite de I ,
relativement à , on a G = {1}.

O Si 1 ∈ I on a évidemment Z(I) = ∅.
Comme Z(I) = Z(I(Ω) ) et que 1 ∈ I si et seulement si 1 ∈ I(Ω) on peut supposer que K = Ω et
l'on établit la réciproque par récurrence sur le nombre d'indéterminées n.
Pour n = 1 la propriété résulte de ce que Ω est algébriquement clos et de ce que l'anneau
Ω[X] est principal 9 . Supposons par hypothèse de récurrence le théorème vérié pour n − 1
et considérons I = hf1 , · · · , fr i un idéal de Ω[X1 , · · · , Xn ]. De plus, on peut supposer que les
polynômes f1 , · · · , fn sont quasi-unitaires en Xn . Par le théorème d'élimination de Kronecker,
on a alors π(Z(I)) = Z(I ∩ Ω[X1 , · · · , Xn−1 ]) si Z(I) = ∅, on a Z(I ∩ Ω[X1 , · · · , Xn−1 ]) = ∅ d'où
1 ∈ I. M

Idéaux radiciels
La racine d'un idéal I de K[X1 , · · · , Xn ] est l'idéal rac(I) de K[X1 , · · · , Xn ] formé des
polynômes f ∈ K[X1 , · · · , Xn ] pour lesquels il existe un entier k ≥ 1 tel que f k ∈ I . On a
évidemment I ⊂ rac(I) et Z(rac(I)) = Z(I). Un idéal I est radiciel si l'on a I = rac(I).

Lemme 31 (Rabinowitch)
Soit I un idéal de K[X1 , · · · , Xn ] ; on a f ∈ rac(I) si et seulement si hI, 1−T f i = K[X1 , · · · , Xn , T ]

9. Si I = hgi est un idéal principal, {g} est la base de Gröbner réduite de I .


7.3. LE THÉORÈME DES ZÉROS DE HILBERT 71
O Supposons que 1 ∈ hI, 1−T f i ; il existe donc f1 , · · · , fr ∈ I , g1 , · · · , gr , gr+1 ∈ K[X1 , · · · , Xn , T ]
tels que :
r
X
gi (X1 , · · · , Xn , T )fi (X1 , · · · , Xn ) + gr+1 (X1 , · · · , Xn , T )(1 − Xn+1 f (X1 , · · · , Xn )) = 1
i=1

il vient alors : r
X 1
gi (X1 , · · · , Xn , )fi (X1 , · · · , Xn ) = 1
f (X1 , · · · , Xn )
i=1
et nalement : r
X
gei (X1 , · · · , Xn )fi (X1 , · · · , Xn ) = f (X1 , · · · , Xn )k
i=1

avec gei (X1 , · · · , Xn ) ∈ K[X1 , · · · , Xn ] pour 1 ≤ i ≤ r de sorte que f k ∈ I .


Réciproquement supposons que f k ∈ I ; on a alors
1 = (1 − T f )(T k−1 f k−1 + · · · + T f + 1) + T k f k ∈ hI, 1 − T f i
M

Proposition 29
Pour tout idéal I de K[X1 , · · · , Xn ], on a :
rac(I) = I(Z(I))
où, pour E ⊂ Ωn , on pose I(E) = {f ∈ K[X1 , · · · , Xn ] / f (x) = 0 pour toutx ∈ E}.
En particulier on a rac(I(Ω) ) = rac(I) ∩ K[X1 , · · · , Xn ].
O Soit f ∈ rac(I) ; on f k ∈ I pour un entier k ≥ 1, d'où f k (x) = 0 et donc f (x) = 0 pour tout
x ∈ Z(I).
Réciproquement supposons que f (x) = 0 pour tout x ∈ Z(I) et considérons l'idéal :
J = (I, 1 − Xn+1 f )
de K[X1 , · · · , Xn , Xn+1 ]. On a Z(J) = ∅ d'où 1 ∈ Z(J) d'après le théorème des zéros de Hilbert.
On a donc f ∈ rac(I). M
Corollaire 21
Pour I et J idéaux de K[X1 , · · · , Xn ], on a Z(I) = Z(J) si et seulement si rac(I) = rac(J).
O On a Z(rac(I)) = Z(I) et Z(rac(J)) = Z(J) de sorte que si rac(I) = rac(J) on a Z(I) = Z(J).
Réciproquement supposons que Z(I) = Z(J). Pour f ∈ rac(I), on a donc f (x) = 0 pour tout
x ∈ Z(J) de sorte que f ∈ rac(J) et donc rac(I) ⊂ rac(J). De même rac(J) ⊂ rac(I). M

Corollaire 22
Les applications E −→ I(E) et I −→ Z(I) sont des bijections décroissantes réciproques l'une
de l'autre entre l'ensemble des parties algébriques de Ωn et l'ensemble des idéaux radiciels de
Ω[X1 , · · · , Xn ]

O Pour tout E ⊂ Ωn , I(E) est un idéal radiciel. Pour I idéal radiciel on a I(Z(I)) = rac(I) = I
donc l'application I de l'ensemble des ensembles algébriques dans l'ensemble des idéaux radiciels
est surjective.
Cette application est injective puisque si E = Z(I) et F = Z(J) sont des ensembles algébriques
avec I et J radiciels 10 tels que I(E) = I(F ), on a I = I(Z(I)) = I(Z(J)) = J donc E = F M
10. ce que l'on peut supposer puisque Z(I) = Z(rac(I))
72 CHAPITRE 7. SYSTÈMES D'ÉQUATIONS ALGÉBRIQUES

Corollaire 23
L'application x −→ mx de Ωn dans l'ensemble des idéaux maximaux de Ω[X1 , · · · , Xn ] est une
bijection.
O Puisque Z(mx ) = {x} l'application x −→ mx est injective.
Soit m un idéal maximal de Ω[X1 , · · · , Xn ] ; on a Z(m) 6= ∅. Pour x ∈ Z(m) on a Z(mx ) ⊂ Z(m)
de sorte que rac(m) = m ⊂ rac(mx ) = mx et nalement m = mx . M

7.4 Systèmes d'équations algébriques avec un nombre ni de so-


lutions.
Proposition 30
Soit I un idéal de K[X1 , · · · , Xn ] ; les conditions suivantes sont équivalentes :
1. On a I ∩ K[Xi ] 6= {0} pour 1 ≤ i ≤ n.
2. K[X1 , · · · , Xn ]/I est un K -espace vectoriel de dimension nie d.
3. Ω[X1 , · · · , Xn ]/I(Ω) est un Ω-espace vectoriel de dimension nie d.
4. Z(I) est une partie nie de K n .
5. Pour un (resp. pour tout) ordre monomial  pour tout i, 1 ≤ i ≤ n, Xiki ne soit pas un
monôme réduit pour ki >> 0.
6. Pour un (resp. pour tout) ordre monomial  et pour une (resp. pour toute) base de Gröbner
G de I , relativement à , pour tout i, 1 ≤ i ≤ n il existe gi ∈ G tel que lm (gi ) = Xi i ,
d

ki ≥ 1.
Lorsque ces conditions sont vériées on dit que l'idéal I est de dimension nulle et l'on a 11 :
dimK (K[X1 , · · · , Xn ]/I) = dimΩ (Ω[X1 , · · · , Xn ]/I(Ω) )
O Chaque condition implique que I n'est pas nul et on peut supposer que 1 6∈ I .
1. =⇒ 2. Pour 1 ≤ i ≤ n, on a I ∩ K[Xi ] 6= {0}de sorte qu'il existe di ≥ 1 et fi ∈ K[X] tel que
xdi = fi (xi ) avec deg(fi ) < di . Il en résulte que (xk11 · · · xknn )0≤k1 <d1 ,...,0≤kn <dn est un système
générateur du K espace vectoriel K[X1 , · · · , Xn ]/I qui est donc de dimension nie.
2. =⇒ 1. la famille (Xik )k≥0 est liée dans K[X1 , · · · , Xn ]/I donc il existe une combimaison
linéaire non triviale des (Xik )k≥0 qui appartient à I .
2. ⇐⇒ 3. Comme on a lm (I) = lm (I(Ω) ), les monômes réduits sont le mêmes pour I et
pour I(Ω) ; d'après le théorème de Macaulay K[X1 , · · · , Xn ]/I est de dimension nie sur K si et
seulement si Ω[X1 , · · · , Xn ]/I(Ω) est de dimension nie sur Ω et, dans ce cas, les dimensions sont
égales.
1. =⇒ 4. Soit pi non nul appartenant à I ∩K[Xi ] 6= {0} pour 1 ≤ i ≤ n ; on a alors Z(I) ⊂
Q
Z(pi )
i
qui est ni.
4. =⇒ 3. On a Z(I) = Z(I(Ω) ) ni. Pour tout 1 ≤ i ≤ n, il existe un polynôme Pi ∈ Ω[Xi ] tel que
Z(Pi ) = πi (Z(I(Ω) )) de sorte que Pi |Z(I(Ω) ) = 0. Par le théorème des zéros de Hilbert, il existe
ki ≥ 1 tel que fi = Piki ∈ I(Ω) ∩ Ω[Xi ]. Par 1. ⇒ 3. le Ω-espace vectoriel Ω[X1 , · · · , Xn ]/I(Ω) est
de dimension nie.
2. ⇒ 5. Comme le nombre de monômes réduits est égal à dimK (K[X1 , · · · , Xn ]/I), il n'y a qu'un
nombre ni de monômes réduits donc Xik n'est pas réduit pour k >> 0.
5. ⇒ 2 L'ensemble des monômes réduits est ni et on conclut par le th. de Macaulay.
5. ⇒ 6. Si Xik n'est pas réduit, il existe gi ∈ G tel que lm (gi )|xki de sorte que lm (gi ) = Xid .
6. ⇒ 5. Si lm (gi ) = Xidi , Xik n'est pas réduit pour k ≥ di . M
11. on a plus précisément Ω[X1 , · · · , Xn ]/I(Ω) ' (K[X1 , · · · , Xn ]/I) ⊗K Ω.
7.4. SYSTÈMES D'ÉQUATIONS ALGÉBRIQUES AVEC UN NOMBRE FINI DE SOLUTIONS. 73
Corollaire 24
Soit I un idéal de K[X1 , · · · , Xn ] de dimension nulle ; on a :
Card(Z(I)) ≤ dimK (K[X1 , · · · , Xn ]/I)
O Soit (t1 , · · · , tN ) ∈ ΩN ; pour 1 ≤ i ≤ N on pose :
Q
(T − tj )
1≤j≤N
tj 6=ti
Li(t1 ,··· ,tN ) = Q ∈ Ω[T ]
(ti − tj )
1≤j≤N
tj 6=ti

On a Li(t1 ,··· ,tN ) (ti ) = 1 tandis que pour 1 ≤ j ≤ N , tj 6= ti on a Li(t1 ,··· ,tN ) (tj ) = 0.
Considérons Z(I) = {x1 , · · · , xN }. Pour tout 1 ≤ i ≤ N posons
n
Y
LiZ(I) = Li((x1 )k ,··· ,(xN )k ) (Xk ) ∈ Ω[X1 , · · · , Xn ]
k=1

On a alors pour 1 ≤ i ≤ N :
n
Y
LiZ(I) (xi ) = Li((x1 )k ,··· ,(xN )k ) ((xi )k ) = 1
k=1

tandis que pour 1 ≤ j ≤ N et j 6= i on a :


n
Y
LiZ(I) (xj ) = Li((x1 )k ,··· ,(xN )k ) ((xj )k ) = 0
k=1

puisque xj 6= xi , il existe l, 1 ≤ l ≤ n, tel que (xj )l 6= (xi )l de sorte que Li((x1 )l ,··· ,(xN )l ) ((xj )l ) = 0.
Alors (LiZ(I) )1≤i≤N est libre dans Ω[X1 , · · · , Xn ]/I(Ω) : la relation a1 L1Z(I) + · · · + aN LN Z(I) = 0
donne a1 LZ(I) + · · · + aN LZ(I) ∈ I(Ω) et en prenant la valeur sur xi on a ai = 0. On a donc :
1 N

N ≤ dimΩ (Ω[X1 , · · · , Xn ]/I(Ω)

M
Lemme 32
1. Soit I un idéal de K[X1 , · · · , Xn ], si I(Ω) est radiciel, alors I est radiciel.
2. Tout idéal maximal m de K[X1 , · · · , Xn ] est radiciel.
3. Soit (Iλ )λ∈Λ une famille d'idéaux radiciels de K[X1 , · · · , Xn ], alors si Iλ est radiciel.
T
λ∈Λ

O 1. Soit f ∈ K[X1 , · · · , Xn ] tel que f k ∈ I avec k ≥ 1 ; on a f ∈ I(Ω) ∩ K[X1 , · · · , Xn ] = I .


2. On a m ⊂ rac(m) ⊂ K[X1 , · · · , Xn ] de sorte que m = rac(m).
6=
3. Supposons que f ∈
k Iλ avec k ≥ 1 ; on a donc f k ∈ I(λ) donc f ∈ Iλ pour tout λ ∈ Λ. M
T
λ∈Λ

Lemme 33
Soient I un idéal de K[X1 , · · · , Xn ], g1 , · · · , gr ∈ K[X1 ] des polynômes, deux à deux premiers
entre eux dans K[X1 ]. Posons f = g1 . . . gr ∈ K[X1 ] ; on a alors :
r
\
I + K[X1 , · · · , Xn ]f = (I + K[X1 , · · · , Xn ]gj )
j=1
74 CHAPITRE 7. SYSTÈMES D'ÉQUATIONS ALGÉBRIQUES

r
O On a évidemment I + K[X1 , · · · , Xn ]f ⊂ (I + K[X1 , · · · , Xn ]gj ).
T
j=1
Posons f = gj hj avec hj = gk . Ainsi h1 , · · · , hr sont premiers entre eux dans K[X1 ] de
Q
k6=j
r r
sorte que uj hj = 1 avec uj ∈ K[X1 ] d'après la formule de Bezout. Soit h ∈
P T
(I +
j=1 j=1
K[X1 , · · · , Xn ]gj ) ; on a donc, pour 1 ≤ j ≤ r, h = bj + aj gj avec bj ∈ I et aj ∈ K[X1 , · · · , Xn ].
On a donc :
r
X r
X r
X
h= uj hj h = uj hj bj + ( uj aj )f ∈ I + K[X1 , · · · , Xn ]f
j=1 j=1 j=1

Proposition 31 (Lemme de Seidenberg)


Soit I un idéal de dimension nulle de K[X1 , · · · , Xn ] tel que pour tout i, 1 ≤ i ≤ n, il existe un
polynôme unitaire fi ∈ K[Xi ] ∩ I tel que pgcd(fi , fi0 ) = 1 ; alors l'idéal I est radiciel.
O Montrons par récurrence sur n que I est l'intersection d'un nombre ni d'idéaux maximaux
de K[X1 , · · · , Xn ]..
Dans le cas n = 1 on a I = hf i avec f |f1 de sorte que f1 = g1 . . . gr avec g1 , · · · , gr ∈ K[X1 ]
r
unitaires, irréductibles et deux à deux distincts et l'on a I = hgj i et les idéaux hgj i sont
T
j=1
maximaux.
La propriété étant supposée vériée dan le cas de n − 1 indéterminées, considérons un idéal I
de K[X1 , · · · , Xn ]. On a encore f1 = g1 . . . gr avec g1 , · · · , gr ∈ K[X1 ] unitaires, irréductibles et
deux à deux distincts de sorte que l'on a :
r
\
I = I + K[X1 , · · · , Xn ]f1 = (I + K[X1 , · · · , Xn ]gj )
j=1

Il sut alors de montrer que les idéaux I + K[X1 , · · · , Xn ]gj , 1 ≤ j ≤ r sont intersections d'un
nombre ni d'idéaux maximaux. Comme ces idéaux vérient les hypothèses de la proposition on
peut supposer que f1 est irréductible.
Dans ces conditions L = K[X1 ]/hf1 i = K[x1 ] est une K -extension de degré ni et l'on a un
K -morphisme surjectif de noyau K[X1 , · · · , Xn ]f1 :

ψ: K[X1 , X2 , · · · , Xn ] −→ L[X2 , · · · , Xn ]
hβ (X1 )X2β2 · · · Xnβn hβ (x1 )X2β2 · · · Xnβn
X X
H= −→
β=(β2 ,··· ,βn ) β=(β2 ,··· ,βn )

L'idéal J = ψ(I) et les polynômes ψ(fi ) pour 2 ≤ i ≤ n vérient les conditions de la propriété
s
de sorte que J = nj avec nj , 1 ≤ j ≤ s, idéaux maximaux de L[X2 , · · · , Xn ]. On a alors 12
T
j=1
s
ψ −1 (J) ψ −1 (nj ) ; mais m = ψ −1 (n) est un idéal maximal de K[X1 , X2 , · · · , Xn ] pour
T
I = =
j=1
tout idéal maximal 13 n de L[X2 , · · · , Xn ] contenant J .
Corollaire 25
Soit I un idéal de K[X1 , · · · , Xn ] de dimension nulle ; on désigne par pi le générateur unitaire
12. puisque Ker(ψ) ⊂ I
13. contenant I
7.5. COURBES ALGÉBRIQUES 75
de l'idéal I ∩ K[Xi ] pour 1 ≤ i ≤ n ; on a alors :
n
rac(I) = I + et rac(I(Ω) ) = rac(I)(Ω)
X
K[X1 , · · · , Xn ]pei
i=1

où pei désigne la partie sans facteur multiple de pi . En particulier I est radiciel si et seulement
si I(Ω) est radiciel.
O On a pei ∈ rac(I) pour 1 ≤ i ≤ n de sorte que l'on a :
n
K[X1 , · · · , Xn ]pei ⊂ rac(I) ⊂ K[X1 , · · · , Xn ]
X
I⊂I+
6=
i=1
| {z }
=J

Mais l'idéal : n
X
J =I+ K[X1 , · · · , Xn ]pei
i=1

est radiciel et il en est de même de l'idéal :


n
Ω[X1 , · · · , Xn ]pei = rac(I(Ω) )
X
J(Ω) = I(Ω) +
i=1

Corollaire 26
Soit I un idéal de K[X1 , · · · , Xn ] de dimension nulle ; on a :
Card(Z(I)) = dimK (K[X1 , · · · , Xn ]/rac(I))
O Posons Z(I) = {x1 , · · · , xN }. Pour tout 1 ≤ i ≤ N , considérons LiZ(I) ∈∈ Ω[X1 , · · · , Xn ] ; on
a LiZ(I) (xi ) = 1 tandis que pour 1 ≤ j ≤ N , j 6= i on a LiZ(I) (xj ) = 0.
Alors (LiZ(I) )1≤i≤N est libre dans Ω[X1 , · · · , Xn ]/rac(I(Ω) ; de plus c'est une famille génératrice :
N
pour tout f ∈ Ω[X1 , · · · , Xn ] on a f − f (xi )LiZ(I) ∈ rac(I(Ω) ). Ainsi on a :
P
i=1

N = dimΩ (Ω[X1 , · · · , Xn ]/rac(I(Ω) )

7.5 Courbes algébriques


Une courbe algébrique plane ane est un ensemble de la forme C = Z(f ) où f ∈ Ω[X, Y ] est
non constant et sans facteurs multiples.
Lemme 34
Soit C une courbe algébrique ; alors C est innie.
O On a C = Z(f ). En particulier f n'est pas constant, on peut écrire (par exemple) f =
cd Y d + cd−1 Y d−1 + · · · + c0 avec cd 6= 0 et c0 , · · · , cd ∈ C[X] .
Pour tout x ∈ C \ {x1 , · · · , xs } on a cd (x) 6= 0.
Le polynôme F = f (x, Y ) ∈ C[Y ] n'est pas constant et possède une racine y dans C. M
76 CHAPITRE 7. SYSTÈMES D'ÉQUATIONS ALGÉBRIQUES

Lemme 35
Soient f, g ∈ K[X1 , · · · , Xn ] des polynômes non constants et sans facteurs multiples tels que
Z(f ) = Z(g) ; on a g = c f avec c ∈ K ? .
O Soient f ∈ K[X1 , · · · , Xn ] et fe la partie sans facteur multiple de f . Comme il existe k ≥ 1 tel
que f |fek on a fe ∈ rac(hf i). Réciproquement si g ∈ rac(hf i) il existe k ≥ 1 tel que f |g k de sorte
que tout facteur irréductible h de f divise g et l'on a fe|g . On a ainsi :
rac(hf i) = hfei
Par le théorème des zéros de Hilbert, on a donc I(Z(f )) = hfei. M
On dit alors que f est une équation de C = Z(f ). Le degré d'une équation f est le degré deg(C)
de la courbe C . Si f ∈ K[X, Y ] on dit que C est dénie sur K .
Lorsque f est irréductible 14 dans Ω[X, Y ] on dit que la courbe C est irréductible. Sinon on a la
décomposition en facteurs irréductibles f = f1 · · · fr de f dans Ω[X, Y ] avec les fi ∈ Ω[X, Y ]
irréductibles et deux à deux non associés. Les courbes Ci sont appelées les composantes irréduc-
r
tibles de C , sont irréductibles et l'on a C = Ci .
S
i=1
Considérons une courbe plane ane C d'équation f ∈ Ω[X, Y ] ; un point (x, y) ∈ C (i.e. tel que
∂f ∂f
f (x, y) = 0) est un point singulier si et seulement si on a (x, y) = (x, y) = 0 sinon le
∂X ∂Y
point est régulier.
Lemme 36 p
Tout polynôme homogène de degré d est de la forme F = c (ai X + bi Y )ri avec
Q
F ∈ Ω[X, Y ]
i=1
p
ri = d.
P
i=1

O Considérons l'application linéaire :


Hd : Ω[X]≤d −→ Ω[X, Y ]d
X
f −→ Y d f ( )
Y
de l'espace vectoriel Ω[X]≤d des polynômes nul ou de degré ≤ d dans l'espace vectoriel Ω[X, Y ]d
des polynômes nul ou homogènes de degré d. On a f = Hd (f )Y →1 pour tout f ∈ Ω[X]≤d et
F = Hd (FY →1 ) pour tout F ∈ Ω[X, Y ]d de sorte que Hd est bijective.
q
Soit F ∈ Ω[X, Y ]d ; on a F = Hd (f ) avec f ∈ Ω[X]≤d d'où f = c (X − xi )ri de sorte que
Q
i=1
q
d−deg(f ) )ri On a donc p = q + 1, rq = d − deg(f ), ai = 1 et bi = −xi pour
Q
F = cY (X − xi Y
i=1
1 ≤ i ≤ q , aq = 0 et bq = 1. M

Soit (x, y) un point d'une courbe algébrique C irréductible ; le cône tangent T(x,y) (C) à la
courbe C au point (x, y) est la partie principale du développement de Taylor de f au point (x, y).
C'est un polynôme homogène de degré m en X − x et Y − y : m est la multiplicité de C en (x, y).
Lemme 37
1. (x, y) est un point régulier de C si est seulement s'il est de multiplicité m = 1 ; T(x,y) (C) est
∂f ∂f
alors la droite ane d'équation (x, y)(X − x) + (x, y)(Y − y) (i.e. la tangente à C
∂X ∂Y
en (x, y).

14. on dit absolument irréductible pour distinguer d'irréductible dans K[X, Y ]


7.5. COURBES ALGÉBRIQUES 77
2. Lorsque m ≥ 2 (i.e. (x, y)) point singulier de C ), on a :
p
Y
T(x,y) (C) = c (ai X + bi Y + ci )ri
i=1

les droites anes d'équations ai X + bi Y + ci , 1 ≤ i ≤ p, étant deux à deux distinctes et


concourantes en (x, y).
O Notons P la partie principale du développement de Taylor.
∂f ∂f
Si (x, y) est un point régulier de C on a P(x,y) (f ) = (x, y)(X − x) + (x, y)(Y − y) .
∂X ∂Y
Pour un point singulier, on a m ≥ 2 mais P(x,y) (f ) est un polynôme homogène de degré m de
p
Ω[X − x, Y − y] de sorte que l'on a la factorisation P(x,y) (f ) = c (ai X + bi Y + ci )ri M
Q
i=1
La multiplicité m = mult(x,y) (C) et les exposants (ri )1≤i≤p caractérisent le type de la singu-
larité du point (x, y) de la courbe C . La singularité est ordinaire si l'on a ri = 1 pour 1 ≤ i ≤ p.
Pour un point double (mult(x,y) (C) = 2), on a p = 2 et r1 = r2 = 1 (point double ordinaire ou
node ) ou bien p = 1 et r1 = 2 (point de rebroussement ou cusp ).
Proposition 32
Soient f, g ∈ A[X1 , · · · , Xr , Y ] avec m = deg(f ) et n = deg(g) ; on a
RY (f, g) ∈ A[X1 , · · · , Xr ] et deg(RY (f, g)) ≤ m n
m n
O On a f = fi Y i et g = gj Y j avec fi , gj ∈ A[X1 , · · · , Xr ] et
P P
i=0 j=0

deg(fi ) ≤ m − i pour 0 ≤ i ≤ m et deg(gj ) ≤ n − j pour 0 ≤ j ≤ n

Le résultant
RX (f, g) = det(SX
m,n
(f, g))
est le déterminant de la matrice de Sylvester SX
m,n
(f, g) = (Si,j )1≤i,j≤m+n :
? pour 1 ≤ j ≤ n :
Sj+i,j = fm−i pour 0 ≤ i ≤ m
Sk,j = 0 pour k 6∈ [j, m + j]
? pour 1 ≤ i ≤ m :
Si+j,n+i = gn−j pour 0 ≤ j ≤ n
Sk,n+i = 0 pour k 6∈ [i, n + i]
On a ainsi :
··· ···
 
fm 0 0 0 gn 0 0
.. .. 
fm−1 fm . gn−1 gn . 

 .
 .

 . fm−1 fm gn−1 0 

 .. .. 

. fm−1 0 . gn 

.. ..

m,n  
SX (f, g) =  f0

. fm . gn−1 


 0 ... ... 
f0 fm−1 g0 
 . .. .. 
 
 .. 0 f0 . 0 g0 . 
..
 
.
 
 0 0 
0 f0 0 g0
78 CHAPITRE 7. SYSTÈMES D'ÉQUATIONS ALGÉBRIQUES

On a alors, en utilisant la formule de Leibniz :


X
RY (f, g) = Sσ(1),1 · · · Sσ(j),j · · · Sσ(n),n Sσ(n+1),n+1 · · · Sσ(n+i),i · · · Sσ(m+n),m+n
σ∈Sm+n

Considérons alors un terme non-nul de cette somme :


T = Sσ(1),1 · · · Sσ(j),j · · · Sσ(n),n Sσ(n+1),n+1 · · · Sσ(n+i),i · · · Sσ(m+n),m+n

La permutation σ ∈ Sm+n vérie nécessairement :


j ≤ σ(j) ≤ m + j pour 1 ≤ j ≤ n


i ≤ σ(n + i) ≤ n + i pour 1 ≤ i ≤ m

de sorte que l'on a :


Sσ(j),j = fm−σ(j)+j pour 1 ≤ j ≤ n


Sσ(n+i),i = gn−σ(n+i)+i pour 1 ≤ i ≤ m


Puisque T 6= 0 on a :
n m
deg(T ) = deg(fm−σ(j)+j ) + deg(gn−σ(n+i)+i )
X X

j=1 i=1
Xn m
X
≤ (σ(j) − j) + (σ(n + i) − i)
j=1 i=1
   
Xn m
X n
X m
X
=  σ(j) + σ(n + i) −  j + i
j=1 i=1 j=1 i=1
 
m+n
X Xn m
X
= k− j+ 
k=1 j=1 i=1

(m + n)(m + n − 1) n(n − 1) m(m − 1)


= − −
2 2 2
= mn

M
Remarque : Si les polynômes f et g sont homogènes de degrés respectifs m et n , le polynôme
RY (f, g) est homogène de degré m n.
O On a deg(fi ) = m − i pour 0 ≤ i ≤ m et deg(gj ) = n − j pour 0 ≤ j ≤ n Il en résulte que
pour tout terme non-nul T = Sσ(1),1 · · · Sσ(j),j · · · Sσ(n),n Sσ(n+1),n+1 · · · Sσ(n+i),i · · · Sσ(m+n),m+n
dans la formule de Leibniz on a deg(T ) = m n M
Proposition 33 (forme faible du théorème de Bezout)
Soient C et D deux courbes algébriques planes anes irréductibles distinctes ; alors C ∩ D est un
ensemble ni et l'on a :
Card(C ∩ D) ≤ deg(C) deg(D)
O On a C = Z(f ) et D = Z(g) avec f, g ∈ K[X] non associés et irréductibles dans C[X, Y ].
Quitte à appliquer une transformation du type ϕc on peut supposer que 15
f = am Y m + am−1 (X)Y m−1 + · · · + a0 (X)
15. puisque ϕ
fc −1 (Z(f ) ∩ Z(g)) = Z(ϕc (f ), ϕc (g)).
7.5. COURBES ALGÉBRIQUES 79
g = bn Y n + bn−1 (X)Y n−1 + · · · + b0 (X)
avec am , bn ∈ C ∗ et a0 (X), · · · , am−1 (X), b0 (X), · · · , bn−1 (X) ∈ C[X] avec m, n ≥ 1.
Par ailleurs 16 les racines x du résultant R = RY (f, g) sont les abscisses des points d'intersection
(x, y) ∈ C ∩ D et pour un tel x, les ordonnées de ces points d'intersection sont les racines du
polynôme pgcd(f (x, Y ), g(x, Y )) ∈ C[Y ] de sorte que C ∩ D est un ensemble ni 17 . On a ainsi :
C ∩ D = {(xi , yi ) / 1 ≤ i ≤ N }

Soit c ∈ C? ; on a :
fc −1 (C ∩ D) = {(xi + c yi , yi ) / 1 ≤ i ≤ N } = Z(ϕc (f ), ϕc (g))
ϕ

et on peut choisir c de sorte que les polynômes ϕc (f ) et ϕc (g) soient quasi-unitaires en Y et


les xi + c yi pour 1 ≤ i ≤ N deux à deux distincts. Si xi = xj on a yi 6= yj de sorte que
xi + c yi 6= xj + c yj pour tout c 6= 0. Si xi 6= xj et yi = yj on a encore xi + c yi 6= xj + c yj pour
y − yi
tout c 6= 0. Il sut alors de prendre c distinct des − j et tel que les polynômes ϕc (f ) et
xj − x − i
ϕc (g) soient quasi-unitaires en Y . On a alors :

N = Card(C ∩ D) = deg(RY (ϕc (f ), ϕc (g))) ≤ deg(ϕc (f ))deg(ϕc (g)) = deg(f )deg(g)

16. cf. le théorème d'élimination de Kronecker


17. on a R ∈ hf, gi ∩ K[X] et de même RX (f, g) ∈ hf, gi ∩ K[Y ] de sorte que C ∩ D = Z(f, g) est ni.
80 CHAPITRE 7. SYSTÈMES D'ÉQUATIONS ALGÉBRIQUES
Chapitre 8

Matrices sur un anneau euclidien

8.1 Matrices sur un anneau euclidien


On considère un anneau euclidien A ie un anneau intègre muni d'une application :
φ : A \ {0} −→ N

telle que :
1. soient a, b ∈ A \ {0} ; si b|a on a φ(b) ≤ φ(a)
2. pour a ∈ A et b ∈ A \ {0}, il existe q, r ∈ A tels que a = bq + r avec r = 0 ou φ(r) < φ(b).
Alors l'anneau A est principal.
La formule de Cramer M.M f = det(M )I , dans laquelle Mf désigne la transposée de la comatrice
de M , montre qu'une matrice M ∈ Mn (A) est inversible si et seulement si det(M ) est inversible
dans A. On notera GLn (A) le groupe des matrices carrées d'ordre n inversibles.
Soit Mm,n (A) le A-module des matrices à coecients dans A avec m lignes et n colonnes ; on
considère l'action du groupe GLm (A) × GLn (A) agit sur Mm,n (A) dénie par :
(GLm (A) × GLn (A)) × Mm,n (A) −→ Mm,n (A)
((U, V ), M ) −→ U M V −1

L'orbite d'une matrice M ∈ Mm,n (A) est :


{M 0 ∈ Mm,n (A) / il existe U ∈ GLm (A) et V ∈ GLn (A) tels que M 0 = U M V }

Deux matrices M, M 0 ∈ Mm,n (A) sont équivalentes si et seulement si elles sont dans une même
orbite.

8.1.1 Invariants déterminantiels

Considérons une matrice M ∈ Mm,n (A) à m lignes et n colonnes. Pour tout entier k avec
1 ≤ k ≤ min(m, n), on désigne par dk (M ) 1 le pgcd des mineurs d'ordre k de M . Notons rg(M ) 2
le plus grand entier k pour lequel on a dk (M ) 6= 0 (ie. pour lequel il existe un mineur d'ordre k
de M qui est non nul).
1. dk (M ) n'est déni qu'à un élément inversible de A près puisqu'il en est ainsi du pgcd. Lorsque A = Z
on pourra supposer que dk (M ) ∈ N et lorsque A = K[X] que dk (M ) est nul ou unitaire. Ainsi normalisés, les
éléments dk (A) sont uniques.
2. rg(M ) n'est autre que le rang de la matrice M considérée comme matrice à coecients dans K = Frac(A),
le corps des fractions de A
82 CHAPITRE 8. MATRICES SUR UN ANNEAU EUCLIDIEN

Proposition 34
On a dk (M ) 6= 0 pour 1 ≤ k ≤ rg(M ). De plus dk−1 (M ) divise dk (M ) pour 2 ≤ k ≤ rg(M ).
O Supposons que dk (M ) 6= 0 ce qui est vrai pour k = rg(M ) ; la matrice M possède donc un
mineur d'ordre k qui est non nul. Mais chaque mineur d'ordre k de M est combinaison linéaire
à coecients dans A de mineurs d'ordre k − 1 de sorte que l'on a dk−1 (M ) 6= 0.
De plus dk−1 (M ) divise chaque mineur d'ordre k − 1 de M , donc divise chaque mineur d'ordre
k , donc leur pgcd dk (M ). M

Pour m, n ∈ N et R anneau commutatif, soit Mm,n (R) le R-module des matrices à coecients
dans R à m lignes et n colonnes. Pour m, n, q ∈ N le produit des matrices dénit une application
bilinéaire :
Mm,n (R) × Mn,q (R) −→ Mm,q (R)
Considérons un produit de matrices C = AB avec A = (ai,k )1≤i≤m,1≤k≤n , B = (bk,j )1≤k≤n,1≤j≤q
et C = (ci,j )1≤i≤m,1≤j≤q
. Pour
1 ≤ i1 < · · · < ip ≤ m et 1 ≤ j1 < · · · < jp ≤ q où p ≤ min(m, q)
i1 , · · · , ip
on désigne par C le mineur correspondant. 3 .
j1 , · · · , jp

Lemme 38 (formule de Binet-Cauchy)


Soit C = A.B avec A ∈ Mm,n (R), B ∈ Mn,q (R) et C ∈ Mm,q (R) ; on a :

i1 , · · · , ip X i1 , · · · , ip k1 , · · · , kp
C
= A
B
j1 , · · · , jp k1 , · · · , kp j1 , · · · , jp
1≤k1 <···<kp ≤n

O Remarquons que l'on a


    
ci1 ,j1 · · · ci1 ,jp ai1 ,1 · · · ai1 ,n b1,j1 · · · b1,jp
 .. .
.   .. .
.   .. .. 
 . . = . .  . . 
cip ,j1 · · · cip ,jp aip ,1 · · · aip ,n bn,j1 · · · bn,jp

de sorte que l'on ait ramené à calculer le déterminant d'une matrice carrée C d'ordre p produit
de deux matrices rectangulaires A et B :
     
c1,1 · · · c1,p a1,1 · · · a1,n b1,1 · · · b1,p
C =  ... ..   . ..   . .. 
.  =  .. .   .. . 

cp,1 · · · cp,p ap,1 · · · ap,n bn,1 · · · bn,p


| {z } | {z }
=A =B

On a alors :
det(C) = |ci,j |1≤i,j≤p
n
X
= | ai,k bk,j |1≤i,j≤p
k=1
Xn
= bkj ,j |ai,kj |1≤i,j≤p
k1 ,··· ,kp =1
n
X 1, · · · , p
= bk1 ,1 · · · bkp ,p A

k1 , · · · , kp
k1 ,··· ,kp =1

3. ie. le déterminant de la sous-matrice de C formée des ligne d'indices i1 , · · · , ip et des colonnes j1 , · · · , jp .


8.1. MATRICES SUR UN ANNEAU EUCLIDIEN 83
Si p > n on a det(C) = 0.
Dans le cas p ≤ n, seuls restent dans la somme les termes pour lesquels on a :
1 ≤ k1 < · · · < kp ≤ n
On regroupe ces termes par paquets de p! termes chacun qui ne dièrent que par l'ordre des
indices. La somme des termes d'un même paquet est alors égale à

X 1, · · · , p 1, · · · , p k1 , · · · , kp
(k1 , · · · , kp )A b · · · bkp ,p = A B
k1 , · · · , kp k1 ,1

k1 , · · · , kp 1, · · · , p
 
1 2 ··· p
où (k1 , · · · , kp ) est la signature de la permutation et nalement on a :
k1 k2 · · · kp

1, · · · , p k1 , · · · , kp
det(C) =
X
A B
k1 , · · · , kp 1, · · · , p
1≤k1 <···<kp ≤n
M
Remarque : On peut exprimer la formule de Binet-Cauchy de manière plus synthétique.
Pour 1 ≤ p ≤ n, on désignera par Λ(p, n) l'ensemble des suites i = (i1 , · · · , ip ) d'entiers telles
que :
1 ≤ i1 < · · · < ip ≤ n
Pour toute matrice A ∈ Mm,n (R) et tout entier p ≤ min(m, n), on considère la matrice des
p-mineurs de A :
i
Λp (A) = (A )i∈Λ(p,m),j∈Λ(p,n) ∈ MCm
p p (K)
,Cn
j
La formule de Binet-Cauchy s'écrit alors :
Λp (C) = Λp (A) Λp (B)
Proposition 35
Soient M, M 0 ∈ Mm,n (A) des matrices équivalentes ; alors dk (M ) et dk (M 0 ) sont associés 4 pour
k ≥ 1. En particulier on a rg(M ) = rg(M 0 ).
O Considérons d'abord le cas où M 0 = M V avec V ∈ P GLn (A). Pour tout mineur ∆0 d'ordre
k de M 0 la formule de Binet-Cauchy montrer que ∆0 = ∆i Ξi où ∆i (resp. Ξi ) est un mineur
i
d'ordre k de M (resp. de V ). Alors si dk (M ) = 0 on a ∆i = 0 pour tout i de sorte que ∆0 = 0
et par suite dk (M 0 ) = 0. Si dk (M ) 6= 0, on a dk (M )|∆i pour tout i de sorte que dk (M )||∆0 = 0
et par suite dk (M )|dk (M 0 ).
Comme on a M = M 0 V −1 , on a aussi dk (M ) = 0 si dk (M 0 ) = 0 et dk (M 0 )Idk (M ) si dk (M 0 ) 6= 0.
Ainsi on a dk (M ) 6= 0 si et seulement dk (M 0 ) 6= 0, dk (M ) et dk (M 0 ) sont associés et rg(M ) =
rg(M 0 ).
On en déduit par transposition la propriété lorsque M 0 = U M avec U ∈ GLm (A). M

8.1.2 Forme réduite de Smith

Une matrice S ∈ Mm,n (A) est de (la forme réduite de) Smith si l'on a 5 :
Si,j = 0 pour i 6= j
Si,i 6= 0 pour 1 ≤ i ≤ r
Si,i | Si+1,i+1 pour 1 ≤ i ≤ r − 1
Si,i = 0 pour r < i ≤ min(m, n)
4. ie. on a dk (M 0 ) = u dk (M ) avec u inversible dans A. Si les pgcd sont normalisés on a dk (M 0 ) = dk (M ).
5. Lorsque A = Z on normalise S par la condition Si,i ≥ 0 et si ou A = K[X] par la condition Si,i est nul ou
unitaire
84 CHAPITRE 8. MATRICES SUR UN ANNEAU EUCLIDIEN

Lemme 39
Soit S ∈ Mm,n (A) une matrice de la forme réduite de Smith ; pour tout k ≥ 1 on a
dk (S) = S1,1 · · · Sk,k
En particulier on a rg(S) = r où 0 ≤ r ≤ min(m, n) est le plus grand indice tel que Sr,r 6= 0.

i1 , · · · , ik
O Soit ∆ = S un mineur d'ordre k de S ; si ∆ n'est pas centré sur la diagonale (ie.
j1 , · · · , jk
si (i1 , · · · , ik ) 6= (j1 , · · · , jk )), une ligne ou une colonne de ∆ est nulle de sorte que ∆ = 0.
i , · · · , ik
Supposons que ∆ = S 1 . S'il existe l'un des indices ij > r on a encore ∆ = 0. C'est
i1 , · · · , ik
en particulier le cas lorsque k > r de sorte que l'on a dk (S) = 0. Supposons alors que k ≤ r et
que 1 ≤ i1 < · · · < ik ≤ r ; on a alors S1,1 |Si1 ,i1 , · · · , Sk,k |Sik ,ik de sorte que S1,1 · · · Sk,k |∆ =
Si1 ,i1 · · · Sik ,ik et l'on a dk (S) = S1,1 · · · Sk,k 6= 0. M

Théorème 3 (forme réduite de Smith)


Toute matrice M ∈ Mm,n (A) est équivalente à une matrice de la forme réduite de Smith S unique
à la multiplication de ses coecients par des éléments inversibles de A près 6 .
O Pour établir l'unicité il sut de remarquer que si S est une matrice de la forme réduite de
Smith équivalente à M , on a rg(M ) = rg(S) = r et dk (M ) = dk (S) pour 1 ≤ k ≤ r de sorte que
dk (M )
S1,1 = d1 (M ) et Sk,k = pour 2 ≤ k ≤ r.
dk−1 (M )
L'existence est fournie par l'algorithme décrit ci-dessous. M.
Soit M ∈ Mm,n (A) ; les coecients non nuls S1,1 , · · · , Sr,r d'une forme réduite de Smith S de
M sont appelés les facteurs invariants 7 de M .
Corollaire 27
Soient M, M 0 ∈ Mm,n (A) alors M et M 0 sont équivalentes si et seulement si leurs facteurs
invariants dk (M ) et dk (M 0 ) sont associés 8 pour tout k ≥ 1.
O Si rg(M ) = rg(M 0 ) = r et dk (M ) = dk (M 0 ) pour 1 ≤ k ≤ r (à un élément inversible de
A près), M et M 0 sont équivalentes à une même matrice de Smith donc sont équivalentes. La
réciproque a déjà été établie. M

8.1.3 Réduction à la forme de Smith

Matrices élémentaires
Pour des indices 1 ≤ i < j ≤ n et des coecients a, b, c, d ∈ A on considère la matrice carrée
d'ordre n :  
1 ··· 0 ··· 0 ··· 0
.. . . .. . . .. . . ..
. . . . . . .
 
 
...
 
 
   0 a ··· b ··· 
(n) a b .. . . . .. . . . .. . . . ..
 
Xi,j =
. . . .

c d 



 0 c ··· d ··· 
.. . . .. . . .. . . .. 
 
. . . . . . . 


0 ··· 0 ··· 0 ··· 1
6. S est unique si l'on impose que ses coecients sont normalisés.
7. Ils sont donc dénis à la multiplication par des éléments inversibles de A près. Ils sont uniques dans le cas
normalisé.
8. égaux dans le cas normalisé.
8.1. MATRICES SUR UN ANNEAU EUCLIDIEN 85
(a, b sont sur la ligne i ; c, d sur la ligne j ; a, c sur la colonne i et b, d sur la colonne j ;
les coecients de la diagonale autres  que  a, d sont égaux à 1).
a b
Remarquons que la matrice Xi,j
(n)
a pour déterminant ad − bc.
c d
En particulier on a un homomorphisme injectif de groupes :
SL2 (A) −→ SLn (A)
   
a b (n) a b
−→ Xi,j
c d c d
Considérons une matrice M ∈ Mm,n (A) . Pour 1 ≤ i ≤ m, on désigne par Li (M ) la ligne i de
M et pour 1 ≤ j ≤ n, on désigne par Cj (M ) la colonne j de M .
On a alors, pour 1 ≤ i < r ≤ m et k 6= i, r :
  
(m) a b

 Li (Xi,r M ) = aLi (M ) + bLr (M )



  c d 
a b

(m)
Lr (Xi,r M ) = cLi (M ) + dLr (M )

  c d 
a b

(m)

 Lk (Xi,r M) = Lk (M )


c d
et pour 1 ≤ j < s ≤ n et k 6= j, s :
  
(n) a c

 Cj (M Xj,s ) = aCj (M ) + bCs (M )



  b d 
a c

(n)
Cs (M Xj,s ) = cCj (M ) + dCs (M )

  b d 
a c

(n)

 Ck (M Xj,s ) = Ck (M )


b d

Elimination de Gauss sans dénominateurs

Ainsi certaines combinaisons linéaires à coecients dans A de lignes (de colonnes) de M


s'expriment matriciellement par une multiplication à gauche ( à droite) de M par une matrice
élémentaire de déterminant égal à 1. Ceci va nous permettre d'annuler des coecients de M sans
changer de classe d'équivalence.
Lemme 40 (élimination d'une n de ligne)
Soit M ∈ Mm,n (A) telle que Mi,j 6= 0, alors il existe une matrice V ∈ GLn (A), produit de
matrices élémentaires de déterminant égal à 1, telle que la matrice M 0 = M V vérie :
0
Mi,j | Mi,j (8.1)
0
Mi,s = 0 pour tout s > j (8.2)
Lorsque Mi,j |Mi,s pour tout s ≥ j , on a Cj (M 0 ) = Cj (M ) (en particulier Mi,j
0 = M ) sinon
i,j
0 est un diviseur strict de M .
Mi,j i,j

O Pour tout s, j < s ≤ n, tel que Mi,s 6= 0 on pose x = Mi,j et y = Mi,s . Si z est le pgcd de x
et y , il existe a, b ∈ A tels que ax + by = z (formule
 de
 Bezout).
a c
On prend c = −y/z et d = x/z et V = Xj,s
(n)
. On a det(V ) = ad − bc = 1.
b d
De plus Cj (M 0 ) = aCj (M ) + bCs (M ). En particulier Mi,j
0 = ax + by = z|M . On a encore
i,j
Cs (M ) = cCj (M ) + dCs (M ) de sorte que Mi,s = cx + dy = 0.
0 0

Si x = Mi,j |y = Mi,s on a z = x de sorte que a = 1 et b = 0 d'où Cj (M 0 ) = Cj (M ) sinon


0 = z est un diviseur strict de M
Mi,j i,j = x. M.
86 CHAPITRE 8. MATRICES SUR UN ANNEAU EUCLIDIEN

Lemme 41 (élimination d'une n de colonne)


Soit M ∈ Mm,n (A) telle que Mi,j 6= 0, alors il existe une matrice U ∈ GLm (A) , produit de
matrices élémentaires de déterminant égal à 1, telle que la matrice M 0 = U M vérie :
0
Mi,j | Mi,j (8.3)
0
Mr,j = 0 pour tout r > i (8.4)

Lorsque Mi,j |Mr,j pour tout r ≥ i, on a Li (M 0 ) = Li (M ) (en particulier Mi,j


0 = M ) sinon M 0
i,j i,j
est un diviseur strict de Mi,j .
O Pour tout r, i < r ≤ m, tel que Mr,j 6= 0 on pose x = Mi,j et y = Mr,j . Si z est le pgcd de x
et y , il existe a, b ∈A tels que
 ax + by = z (formule de Bezout). On prend c = −y/z et d = x/z
a b
et on a U = Xi,r
(m)
. On a det(U ) = ad − bc = 1.
c d
De plus Li (M 0 ) = aLi (M ) + bLr (M ). En particulier Mi,j0 = ax + by = z|M . On a encore
i,j
Lr (M 0 ) = cLi (M ) + dLr (M ) de sorte que Mr,j
0 = cx + dy = 0.

Si x = Mi,j |y = Mr,j on a z = x de sorte que a = 1 et b = 0 d'où Li (M 0 ) = Li (M ) sinon Mi,j


0 =z

est un diviseur strict de Mi,j = x. M

Corollaire 28 (élimination d'une n de ligne et de colonne)


Soient M ∈ Mm,n (A) telle que Mi,j 6= 0 ; alors il existe U ∈ GLm (A) et V ∈ GLn (A), produits
de matrices élémentaires de déterminant égal à 1, telles que la matrice M 0 = U M V vérie :
0
Mi,j | Mi,j (8.5)
0
Mi,s = 0 pour s > j (8.6)
0
Mr,j = 0 pour r > i (8.7)

O On répète la boucle d'opérations suivante :


1. On élimine la n de la ligne i à partir de la position (i, j)
2. On élimine la n de la colonne j à partir de la position (i, j)
jusqu'à ce que la n de la ligne i et la n de la colonne j soient simultanément nulles (l'une de
ces opérations pouvant partiellement annuler l'autre).
Supposons qu'après une étape Mi,j n'a pas changé ; cela signie que Mi,j divisait la n de la
ligne i et la n de la colonne j ; mais alors on a pu annuler la n de la ligne i sans changer la
colonne j puis annuler la n de la colonne j sans changer la ligne i et on sort donc de la boucle.
Ainsi tant que l'on reste dans la boucle on remplace le coecient Mi,j par un diviseur strict et
comme A est noethérien on sort de la boucle après un nombre ni d'étapes. M

Cependant pour appliquer ce résultat on doit avoir Mi,j 6= 0 ; un pivotage permet de se


ramener à ce cas.

Lemme 42 (pivot)
Soient M ∈ Mm,n (A) telle que Mi,j = 0 ; on suppose qu'il existe r > i tel que Mr,j 6= 0 ou
qu'il existe s > j tel que Mi,s 6= 0 alors il existe une matrice élémentaire U ∈ GLm (A) ou
V ∈ GLn (A) de déterminant 1, telle que M 0 = U M ou M 0 = M V vérie Mi,j 0 6= 0.

   
0 1 0 1
O Il sut de prendre l'une des matrices U = ou V = .M
(m) (n)
Xi,r Xj,s
−1 0 −1 0
8.1. MATRICES SUR UN ANNEAU EUCLIDIEN 87
Calcul de la forme réduite de Smith.
En combinant les méthodes d'élimination linéaire et du pivot, on construit à partir d'une
matrice M ∈ Mm,n (A) des matrices U ∈ GLm (A) et V ∈ GLn (A), produits de matrices
élémentaires de déterminant égal à 1, telles que M 0 = U M V soit diagonale. Pour obtenir une
forme réduite de Smith, il faut de plus assurer la condition de divisibilité des coecients successifs.
Lemme 43
Soit M ∈ Mm,n (A) une matrice diagonale pour laquelle existent des indices i, j tels que x =
Mi,i 6= 0 ne divise pas y = Mj,j 6= 0 ; il existe des matrices U ∈ GLm (A) et V ∈ GLn (A),
produits de matrices élémentaires de déterminant égal à 1, telles si M 0 = U M V on a Mi,i
0 = z

et Mj,j = z avec z = pgcd(x, y) et z = ppcm(x, y).


0 0 0

O On a la formule de Bezout ax + by = z et l'on remarque que :


!  y 
1 0 1 1 x 0 a − z 0

by
0 1 0 y
 xz  = 0 z 0
− 1 b
z z
On prend alors 9
!  y
1 0 1 1  a −
U = Xi,j
(m)
by et V = Xi,j
(n) 
xz 
− 1 0 1 b
z z
M

On en déduit l'existence d'une forme réduite de Smith d'une matrice M . on ramène d'abord
M à la forme diagonale. Ensuite, en multipliant M à gauche ou à droite par une matrice de
9. plus en détail : on commence
  par ajouter à la ligne i de M la ligne j ; pour cela on multiplie M à gauche
1 1
par la matrice U = Xi,j(m)
. Appelons encore M la matrice ainsi obtenue. On annule la n de la ligne i
0 1
de M au delà de la position (i, i) : on pose donc x = Mi,i et y = Mj,j . Si z est le pgcd de x et y, il existe a, b ∈ A
tels que ax + by = z (formule de Bezout). On prend c = −y/z et d = x/z et on multiplie à droite par la matrice
 
(n) a c
Xi,j
b d

pour obtenir une matrice M 0 .


On a alors Lk (M 0 ) = Lk (M ) pour k 6= i, j et l'on a :
0
Mi,i = z
0
Mi,j = 0
0
Mj,i = by
0
Mj,j = z0

où z 0 est le ppcm de x et y.
Puisque Mi,i 0
= z divise Mj,i
0
= by on peut annuler la n de la colonne i audelà de la
 position (i, i) sans changer
1 0
la ligne i. Il sut pour cela de multiplier M 0 à gauche par la matrice Xi,j
(m)
On obtient alors la matrice
bc 1
diagonale M avec
00

00
Mk,k = Mk,k pour k 6= i, j
00
Mi,i = z
00
Mj,j = z0
88 CHAPITRE 8. MATRICES SUR UN ANNEAU EUCLIDIEN

   
0 1 0 1
la forme U = (m)
Xi,r ( ou V = (n)
Xj,s ) on peut de plus supposer que les
−1 0 −1 0
termes diagonaux nuls sont regroupés à la n de la diagonale de M . Soit r = rg(M ). On applique
alors le lemme précédent, pour tout i, 1 ≤ i ≤ r − 1, à tous les couples non nuls Mi,i , Mj,j avec
i + 1 ≤ j ≤ r.

8.2 Modules sur un anneau euclidien


Soit A un anneau euclidien de corps des fractions K = Frac(A) ; un A-module E est un
groupe abélien E , noté additivement, muni d'une loi de composition :
A × E −→ E
(a, x) −→ a.x

vériant les propriétés :


1. a.(x + y) = a.x + a.y pour a ∈ A et x, y ∈ E
2. 1.x = x pour x ∈ E
3. (a.(b.x) = (ab).x pour a, b ∈ A et x ∈ E .
Un sous -A-module de E est un sous-groupe E 0 tel que pour tout a ∈ A et tout x ∈ E 0 on a
ax ∈ E 0 ; le groupe quotient E/E 0 est alors un A-module pour la loi de composition (a, x) −→ ax.
Les sous-A-modules de A sont les idéaux de A.
Etant donnés des A-modules E et F un A-homomorphisme est un homomorphisme de groupes
u : E −→ F tel que u(a.x) = a.u(x) pour a ∈ A et x ∈ E .
Un A-isomorphisme est un A-homomorphisme bijectif.
Si u : E −→ F est un A-homomorphisme, le noyau Ker(u) = {x ∈ E/u(x) = 0} est un sous-A-
module de E , l'image Im(u) = u(E) est un sous-A-module de F et f induit un A-isomorphisme
u : E/Ker(u) −→ Im(u).
Une suite exacte courte est la donnée de deux A-homomorphismes u : E −→ F et u : F −→ G :
u v
0 −→ E −→ F −→ G −→ 0

tels que u est injectif, Im(u) = Ker(v) et v est surjectif.

Exemples :
1) A = Z : un Z-module est un groupe abélien.
2) Un K[X]-module E est caractérisé par le K -espace vectoriel sous-jacent (noté encore) E et le
K -endomorphisme :

ϕ = mX : E −→ E
x −→ X.x

de sorte que les K[X]-modules s'identient aux couples (E, ϕ) où E est un K -espace vectoriel et
ϕ ∈ EndK (E). Un K[X]-homomorphisme u : E −→ F est une application K -linéaire u : E −→ F
telle que u ◦ ϕ = ψ ◦ u où ϕ (resp. ψ ) est l'homothétie de rapport X sur E (resp. F ). On a donc
le diagramme commutatif :

E
u /F
ϕ ψ
 
E
u /F
8.2. MODULES SUR UN ANNEAU EUCLIDIEN 89
Soit E un A-module ; une famille (ei )1≤i≤m d'éléments de E est un système générateur (resp.
une base ) si, pour tout x ∈ E il existe des éléments (resp. il existe des éléments uniques ) (ai )1≤i≤m
m
de A tels que ai xi = x. On dit alors que le A-module E est de type ni (resp. libre de rang
P
i=1
ni ).
Lemme 44
Soient A un anneau euclidien et L un A-module libre de rang ni ; toutes les bases de L possèdent
le même nombre d'éléments m (appelé de rang de E ) ; m est égal à la dimension du K -espace
vectoriel E(K) = E ⊗A K .
O Soit (ei )1≤i≤m une base de L ; on a :

a a a a0
E(K) = { x / ∈ K , x ∈ E et x = 0 x0 ⇔ il existe c ∈ A \ {0} tel que caxb0 = ca0 x0 b}
b b b b
(ei )1≤i≤m est alors une famille génératrice du K -espace vectoriel E(K) ; supposons alors que
l'on ait une combinaison linéaire nulle des (ei )1≤i≤m à coecients dans F ; quitte à réduire les
m a m
coecients au même dénominateur on a i
ei = 0 donc ai ei = 0 dans K de sorte qu'il
P P
i=1 b i=1
m
existe c ∈ A \ {0} tel que cai ei = 0 dans A ; on a donc cai = 0 et comme A est intègre, on a
P
i=1
ai = 0 pour 1 ≤ i ≤ m. M

Lemme 45
Soit L un A-module ; alors L est libre de rang ni m si et seulement s'il existe une suite nie de
longueur m :
L0 = {0} ⊂ · · · ⊂ Li ⊂ Li+1 ⊂ Lm = L
avec Li+1 /Li ' A pour 0 ≤ i ≤ m − 1.
i
O Supposons L libre de rang m, il existe donc une base (ei )1≤i≤m de L. On prend Li =
L
A ej
j=1
pour 1 ≤ i ≤ m.
Réciproquement supposons que L possède une suite vériant les conditions de l'énoncé. Pour
tout i, 0 ≤ i ≤ m − 1, Li+1 /Li est un A-module libre de rang 1 ; prenons ei+1 ∈ Li+1 tel que
Li+1 /Li = A ei+1 . On a alors :
Li+1 = Li ⊕ A ei+1
En eet si x ∈ Li+1 , on a x = λei+1 de sorte que x = λei+1 + y avec y ∈ Li . on a donc
Li+1 = Li +A ei+1 . D'autre part si x ∈ Li ∩A ei+1 on a x = λei+1 ∈ Li de sorte que x = λei+1 = 0
d'où λ = 0 et x = 0.
Par récurrence sur i, on obtient donc que (ej )1≤j≤i est une base de Li . M

Proposition 36
Soit L un A-module libre de rang ni m sur un anneau euclidien A ; tout sous-module L0 de L
est libre de rang ni n ≤ m.
O Considérons une suite L0 = {0} ⊂ · · · ⊂ Li ⊂ Li+1 ⊂ Lm = L de sous-modules de L avec
Li+1 /Li ' A pour 0 ≤ i ≤ m − 1. Posons L0i = Li ∩ L0 et soit n ≤ m le plus petit entier tel
que L0n = L0 . On a donc L00 = {0} ⊂ · · · ⊂ L0i ⊂ L0i+1 ⊂ L0n = L0 . De plus l'homomorphisme
canonique L0i+1 /L0i −→ Li+1 /Li ' A est injectif ; son image est donc un idéal Aa de A, mais on
a a = 0 ou Aa ' A de sorte que L0 est libre de rang ≤ n. M
90 CHAPITRE 8. MATRICES SUR UN ANNEAU EUCLIDIEN

Proposition 37 (théorème de la base adaptée)


Soient L un A-module libre de rang ni m sur un anneau euclidien A et L0 un sous-module de L,
r ≤ m le rang de L0 ; alors il existe une base (i )1≤i≤m de L et des éléments d1 , · · · , dr non nuls
tels que d1 | · · · |dr et (di i )1≤i≤r soit une base de L0 . De plus les facteurs invariants di , 1 ≤ i ≤ r,
sont uniques à la multiplication par des éléments inversibles de A près.
O Soit (xi )1≤i≤m une base de L, on a le A-isomorphisme associé :
h: Am −→ L
n
X
(ai )1≤i≤m −→ ai xi
i=1

Munissons Am de la base canonique (e(m) i )1≤i≤m


10 ainsi que An de la base canonique (e(n) )
j 1≤j≤n .
Soit (yj )1≤i≤n un système générateur de L ; on désigne par M ∈ Mm,n (A) la matrice dont la
0

colonne Cj (M ) 11 (1 ≤ j ≤ n) est constituée des composantes de yj dans la base (xi )1≤i≤m .


Il existe des matrices U ∈ GLm (A) et V ∈ GLn (A) telles que S = U M V soit de la forme réduite
de Smith.
On considère, f : An −→ Am (resp. u : Am −→ Am , resp. v : An −→ An , resp. f 0 : An −→ Am )
l'homomorphisme dont la matrice dans les bases canoniques de Am et An est M (resp. U ,resp.
V −1 , resp. S ) ; on a f 0 ◦ v = u ◦ f et u et v sont des isomorphismes. Ainsi le diagramme suivant
est commutatif :
F

An
f
/ Am h /& L
'
v ' u ' ' w
 f0  
An / Am h /8 L
'

F0

On a
Im(F ) = L0
et :
pour 1 ≤ j ≤ r
(
(m)
0 (n) dj ej
f (ej ) =
0 pour r + 1 ≤ j ≤ n
avec d1 , · · · , dr ∈ A \ {0} et d1 | · · · |dr , de sorte que :
pour 1 ≤ j ≤ r
(
(n) (n) dj xj
F 0 (ej ) = (h ◦ f 0 )(ej )(=
0 pour r + 1 ≤ j ≤ n
d'où :
pour 1 ≤ j ≤ r
(
(n) (n) dj xj
(w ◦ F )(v −1 (ej )) = (F 0 ◦ v)(v −1 (ej )) =
0 pour r + 1 ≤ j ≤ n
Pour 1 ≤ i ≤ m on pose i = w−1 (xi) 12 de sorte que (i )1≤i≤m est une base de L et l'on a
nalement :
dj j pour 1 ≤ j ≤ r
(
−1 (n)
F (v (ej )) =
0 pour r + 1 ≤ j ≤ n
10. on a donc h(e(m)
i ) = xi pour 1 ≤ i ≤ m.
11. on a donc h(Cj (M )) = yj
12. on a donc i = w−1 (h(emi )) = h(u ei ) = h(Ci (U −1 )) ie. i est l'élément de L dont les composantes dans
−1 m

la base (xi )1≤i≤m forment la colonne Ci (U −1 )


8.2. MODULES SUR UN ANNEAU EUCLIDIEN 91
Puisque Im(F ) = L0 , la famille (dj j )1≤j≤r engendre L0 et comme elle est libre, il s'agit d'une
base de L0 .
Considérons alors (0i )1≤i≤m une base de L et des éléments d01 , · · · , d0r non nuls tels que d01 | · · · |d0r
et (d0i 0i )1≤i≤r soit une base de L0 . Soit U ∈ GLm (A) (resp. V ∈ GLr (A)) la matrice dont les
colonnes sont les composantes des vecteurs j , 1 ≤ j ≤ m, (resp. dj j , 1 ≤ j ≤ r) dans la
base (0i )1≤i≤m (resp. (d0i 0i )1≤i≤r ). On a S 0 = U S V −1 où S 0 ∈ Mm,r (A) est la matrice de forme
réduite de Smith dont les termes diagonaux sont les d0i pour 1 ≤ i ≤ r. Ainsi les matrices S et
S 0 sont équivalentes donc di et d0i sont associés pour 1 ≤ i ≤ r. M

Lemme 46
Tout A-module de type ni E est de présentation nie ie. on a une suite exacte 13
f ϕ
An / Am /E /0

O Soit E de type ni ; il possède un système générateur ni (x1 , · · · , xm ) d'où un unique ho-
momorphisme ϕ : Am −→ E déni par ϕ(e(m) i ) = xi (1 ≤ i ≤ m) où (ei )1≤i≤m est la base
(m)

canonique de Am .
Mais Ker(ϕ) est un sous-module de Am donc est de type ni : soit (y1 , · · · , yn ) un système géné-
rateur de Ker(ϕ) ; on a donc un unique homomorphisme f : An −→ Am déni par f (e(n) j ) = yj
(1 ≤ j ≤ n) où (e(n)
j )1≤j≤n est la base canonique de A et E est le conoyau de f . M
n

Proposition 38 (structure des A-modules de type ni)


Soit A un anneau euclidien ; tout A-module de type ni E est de la forme :
E ' Ar ⊕ A/Ad1 ⊕ · · · ⊕ A/Ads

avec d1 , · · · , ds non nuls et non inversibles tels que d1 | · · · |ds . De plus l'entier r est indépendant
de la décomposition et les facteurs invariants di , 1 ≤ i ≤ s, sont uniques à la multiplication par
des éléments inversibles de A près.

O On a une suite exacte :


f ϕ
An / Am /E /0

Munissons Am de la base canonique (e(m) i )1≤i≤m ainsi que A de la base canonique (ej )1≤j≤n ;
n (n)

les A-homomorphismes f : An −→ Am s'identient alors aux matrices M ∈ Mm,n (A) : la colonne


Cj (M ) ∈ Am de M (1 ≤ j ≤ n) est formée des composantes de f (ej ) dans la base (ei )1≤i≤m .
(n) (m)

Il existe des matrices U ∈ GLm (A) et V ∈ GLn (A) telles que S = U M V soit de la forme
réduite de Smith. On considère, u : Am −→ Am (resp. v : An −→ An , resp. f 0 : An −→ Am )
l'homomorphisme dont la matrice dans les bases canoniques de Am et An est U (resp. V −1 ,
resp. S ) ; on a f 0 ◦ v = u ◦ f et u et v sont des isomorphismes. Ainsi le diagramme suivant est
commutatif :
f ϕ
An / Am /E /0

v u w
 f0  ϕ0

An / Am / E0 /0

13. on a même une suite exacte 0 / An f


/ Am ϕ
/E / 0 ; dans la démonstration il sut de
prendre pour (y1 , · · · , yn ) une base de Ker(ϕ). De plus, on verra que pour A = K[X] et E un K[X]-module de
type ni de torsion, la suite exacte caractéristique sera un choix canonique d'une telle suite exacte.
92 CHAPITRE 8. MATRICES SUR UN ANNEAU EUCLIDIEN

d'où l'existence d'un A-isomorphisme w entre E et le conoyau E 0 de f 0 . Or on a :

pour 1 ≤ j ≤ s
(
(m)
(n) dj ej
f 0 (ej )(=
0 pour s + 1 ≤ j ≤ n

avec d1 , · · · , ds ∈ A \ {0} et d1 | · · · |ds . On a ainsi 14 :


E ' Ar ⊕ A/Ad1 ⊕ · · · ⊕ A/Ads

de sorte que E(K) ' K r . En particulier r = dimK (E(K) ) et r ne dépend pas de la décomposition
de E .
L'unicité des facteurs invariants est étudiée ci-dessous. M

Soient A un anneau euclidien et E un A-module de type ni ; alors


T (E) = {x ∈ E / il existe a ∈ A \ {0} tel que ax = 0}

est un sous-A-module de E .
Corollaire 29
Le sous-A-module de T (E) possède un supplémentaire L qui est libre 15 ; on a E = T (E) ⊕ L.
O Il existe un A-isomorphisme :

f : E −→ Ar ⊕ A/Ad1 ⊕ · · · ⊕ A/Ads

on a f (T (E)) = A/Ad1 ⊕ · · · ⊕ A/Ads et on prend L = f −1 (Ar ). M

On dit qu'un A-module L est sans torsion si T (L) = {0}. On a donc le résultat suivant :
Corollaire 30
Soient A un anneau euclidien et L un A-module de type ni ; alors L est libre si et seulement si
L est sans torsion.
m
O Si L est libre, L possède une base (ei )1≤i≤m ; si x = ai ei vérie ax = 0 avec a 6= 0 on a
P
i=1
aai = 0 et ai = 0 pour 1 ≤ i ≤ m d'où x = 0.
Réciproquement supposons L sans torsion ; on a L ' A/Ad1 ⊕ · · · ⊕ A/Ads ⊕ Ar ; si s ≥ 1,
l'élément 1 ∈ A/Ad1 vérierait d1 1 = 0 ce qui n'est pas possible ; on a donc s = 0 et L ' Ar . M

On dit qu'un A-module E est de torsion si T (E) = E .


Corollaire 31
Soient A un anneau euclidien et E un A-module de type ni de torsion ;
E ' A/Ad1 ⊕ · · · ⊕ A/Ads

avec d1 , · · · , ds non nuls et non inversibles tels que d1 | · · · |ds .


Les facteurs invariants di , 1 ≤ i ≤ s, sont uniques à la multiplication par un élément inversible
de A près.
14. Lorsque di est inversible dans A, on a A/hdi i = {0} ; il faut donc supprimer les éléments di inversibles de
la liste (d1 , · · · , ds )
15. T (E) et L sont de type ni puisque A est noethérien.
8.2. MODULES SUR UN ANNEAU EUCLIDIEN 93
O On a E ' Ar ⊕ A/Ad1 ⊕ · · · ⊕ A/Ads ; si on avait r ≥ 1, E contiendrait un élément non nul
x ∈ E libre donc non de torsion.
L'unicité des facteurs invariants est étudiée ci-dessous. M

Corollaire 32
Un Z-module E est de type ni et de torsion si et seulement si E est un groupe abélien ni.
O Tout groupe abélien ni est de torsion. Réciproquement soit E un Z-module E est de type
ni et de torsion ; on a : E ' Z/hd1 i ⊕ · · · ⊕ Z/hds i ; avec les di 6= 0 ; alors E est ni. M

Etude de l'unicité des facteurs invariants :


Soit E un A-module ; l'annulateur de x ∈ E est l'idéal ann(x) = {a ∈ A / ax = 0} de A.
Un A-module E est cyclique s'il est engendré par un élément x avec ann(x) non trivial 16 de sorte
que E ' A/ann(x).
Lemme 47
Soient A un anneau euclidien, E = A/hdi un A-module cyclique, π est un élément irréductible
de A, k = A/hπi le corps résiduel ; alors π|d si et seulement si le k-espace vectoriel E/π E est
de dimension 1 17 .
O Supposons que π|d. Les sous-modules de E correspondent aux idéaux de A contenant hdi ;
on a hdi ⊂ hπi de sorte que le sous-module π E de E correspond à l'idéal hπi de A et l'on a
E/π E ' A/hπi = k .
Par ailleurs si π ne divise pas d, π et d sont premiers entre eux et la formule de Bezout montre
que E = π E . M

Pour un A-module de type ni E , on désigne par ρ(E) le minimum du nombre d'éléments
des systèmes générateurs de E 18 .
Lemme 48
Si E est de type ni et de torsion avec E ' A/hd1 i ⊕ · · · ⊕ A/hAds i, somme directe de modules
cycliques tels que d1 | · · · |ds ; on a ρ(E) = s.
O Remarquons que la famille (ei )1≤i≤s avec ei = (δi,j )1≤j≤s est un système générateur de E de
sorte que ρ(E) ≤ s.
Réciproquement soit π un élément irréductible de A divisant d1 ; on a l'isomorphisme de k-espaces
vectoriels :
E/π E ' k s
Si l'on avait ρ(E) < s il existerait un système générateur (xi )1≤i≤t de E avec t < s ; mais
(xi )1≤i≤t serait un système générateur de E/π E ' k s ce qui n'est pas possible. M.
Ainsi s ne dépend pas de la décomposition de E .
Lemme 49
Soient E = A/hdi un A-module cyclique et a ∈ A, on a :
si a ∈ hdi
(
{0}
aE =
h∆i si a 6∈ hdi
16. On a donc ann(x) = hdi avec d non nul et non inversible.
17. On a dimk (E/π E) ≤ 1.
18. lorsque L est libre de rang r, on a ρ(L) = r, lorsque E est cyclique on a ρ(E) = 1.
94 CHAPITRE 8. MATRICES SUR UN ANNEAU EUCLIDIEN

où ∆ = pgcd(a, d) et h∆i désigne le sous-A-module cyclique de E engendré par ∆. De plus,


lorsque a 6∈ hdi, on a :
ann(∆) = {x ∈ A / ax ∈ hdi}

O Pour tout x ∈ E , comme a = ∆ b on a ax = ∆ bx et comme on a la formule de Bezout


a a0 + d d0 = ∆, il en résulte que ∆x = (a a0 + d d0 )x = a a0 x. Ainsi aE est engendré par ∆.
D'autre part a ∈ ann(∆) si et seulement si d|a∆. Comme on a a x a0 + d d0 x = ∆ x, on a d|a ∆
si et seulement si d|a x. M.

Corollaire 33 (unicité des facteurs invariants)


Soit A un anneau ; considérons un A-module E somme directe de modules cycliques

E ' A/Ad1 ⊕ · · · ⊕ A/Ads

tels que d1 | · · · |ds ; on a hdk i = {a ∈ A/ρ(aE) ≤ s − k} pour 1 ≤ k ≤ s.

O Soit a ∈ A ; on a :

aE ' A/ann(∆1 ) × · · · × A/ann(∆s ) avec ann(∆1 ) ⊃ · · · ⊃ ann(∆s )

et ∆i = pgcd(a, di ) pour 1 ≤ i ≤ r. Considérons a 6∈ hdk i, donc ann(∆k ) 6= A de sorte que


ann(∆t ) 6= A pour k ≤ t ≤ s et l'on a ρ(aE) ≥ s − k + 1 > s − k 19 .
Réciproquement si a ∈ hdk i on a ann(∆k ) = A, donc ann(∆1 ) = · · · = ann(∆k−1 ) = A d'où
ρ(aE) ≤ s − k . M

8.3 Réduction des endomorphismes


8.3.1 K[X]-modules
Rappelons qu'un K[X]-module E est caractérisé par le K -espace vectoriel sous-jacent (noté
encore) E et le K -endomorphisme :

ϕ = mX : E −→ E
x −→ X.x

de sorte que les K[X]-modules s'identient aux couples (E, ϕ) où E est un K -espace vectoriel et
ϕ ∈ EndK (E). Un K[X]-homomorphisme u : E −→ F est une application K -linéaire u : E −→ F
telle que u ◦ ϕ = ψ ◦ u où ϕ (resp. ψ ) est l'homothétie de rapport X sur E (resp. F ). On a donc
le diagramme commutatif :

E
u /F
ϕ ψ
 
E
u /F

Lemme 50
Soit E un K[X]-module ; E est de type ni et de torsion si et seulement si E est un K -espace
vectoriel de dimension nie.
19. de sorte que ρ(aE) ≤ s − k ⇒ a ∈ ann(∆k )
8.3. RÉDUCTION DES ENDOMORPHISMES 95
O Soit E un K[X]-module avec E ; on pose ϕ = mX ; si E est un K -espace vectoriel de dimension
nie, le K[X]-module E est de dimension nie. De plus pour tout x ∈ E , ann(x) 6= {0} sinon
l'homomorphisme f −→ f.x de K[X] dans E serait injectif de sorte que E est de torsion.
Réciproquement supposons que E est de type ni et de torsion ; on a donc :
E ' K[X]/hf1 i × · · · × K[X]/hfs i

avec les polynômes fi , 1 ≤ i ≤ s non nuls, de sorte que E est un K -espace vectoriel de dimension
nie. M

Soit E un K -espace vectoriel de dimension nie m ; considérons l'espace vectoriel LE = E (N)


des suites à support ni (xk )k∈N d'éléments de E muni du K -endomorphisme D de décalage :
D(x0 , x1 , x2 , · · · · · · ) = (0, x0 , x1 , x2 , · · · · · · )

de sorte que LE est un K[X]-module 20 caractérisé par mX = D.


On a l'application K -linéaire injective :
E −→ LE
x −→ x
e = (x, 0, 0, · · · )
d
Tout ξ = (xk )k≥0 ∈ LE s'écrit donc de manière unique ξ = fk 21 avec ad 6= 0 et ak = 0
Xkx
P
k=0
pour tout k ≥ d + 1 (de sorte que LE est le K[X]-module des polynômes vectoriels à coecients
dans E ).
Lemme 51
LE est un K[X]-module libre de rang ni m.

O Soient (ei )1≤i≤m une base du K -espace vectoriel E et ξ = (xk )k∈N ∈ LE ; pour tout k ≥ 0,
m
on a xk = λi,k ek avec les coecients λi,k ∈ K uniques et xk = 0 pour k ≥ d + 1. Formons
P
i=1
d
alors les polynômes Pi = λi,k X k ∈ K[X] pour 1 ≤ k ≤ m. On a alors, de manière unique,
P
k=0
m
Pi .eei . Ainsi (eei )1≤i≤m est une base du K[X]-module LE . M
P
ξ=
i=1
Pour toute base (ei )1≤i≤m de E , on obtient donc un isomorphisme de K[X]-module
K[X]m −→ LE
m
X
(Pi )1≤i≤m −→ Pi .eei
i=1

permettant d'identier les polynômes vectoriels à coecients dans E aux vecteurs polynômiaux
de K[X]m .

Soit ϕ un K -endomorphisme de E ; l'application :


Lϕ : LE −→ LE
(xk )k≥0 −→ (ϕ(xk ))k≥0
20. On a LE ' E ⊗K K[X]
21. pour tout x ∈ E on a xe = x ⊗ 1.
96 CHAPITRE 8. MATRICES SUR UN ANNEAU EUCLIDIEN

est un K[X]-endomorphisme de LE 22 .
Remarquons que la matrice M de Lϕ dans la base (eei )1≤i≤m de LE est la matrice M de ϕ dans
la base (ei )1≤i≤m de E de sorte que la matrice du K[X]-homomorphisme :
Cϕ = XidLX − Lϕ : LE −→ LE
est la matrice caractéristique CM ∈ Mn (K[X]) de M .
De plus, désignons par Eϕ le K[X]-module dont l'espace vectoriel sous-jacent est E et dont la
multiplication par X est mX = ϕ. On considère alors le K[X]-homomorphisme 23 :
Tϕ : LE −→ Eϕ
+∞
X
(xk )k≥0 −→ ϕk (xk )
k=0

Proposition 39 (suite exacte caractéristique)


La suite de K[X]-homomorphismes :
Cϕ =XidL −Lϕ Tϕ
0 → LE −−−−−−−X−−−→ LE −→ Eϕ → 0
est exacte.
O Pour tout x ∈ E on a Tϕ (e
x) = x de sorte que Tϕ est surjectif.
d
Considérons ensuite (en sous-entendant le e ) ξ = X k xk ∈ LE ; on a alors :
P
k=0

d
X
d+1
Cϕ (ξ) = X xd + X k (xk−1 − ϕ(xk )) − ϕ(x0 )
k=1

de sorte que Cϕ (ξ) =⇒ ξ = 0 et Cϕ est injectif.


Puisque :
d
X
Tϕ (Cϕ (ξ)) = Tϕ (X d+1 xd + X k (xk−1 − ϕ(xk )) − ϕ(x0 ))
k=1
Xd
= Tϕd+1 (xd ) + Tϕk (xk−1 − ϕ(xk )) − ϕ(x0 ))
k=1
Xd Xd
= Tϕd+1 (xd ) + Tϕk (xk−1 ) − Tϕk+1 (xk ) − ϕ(x0 )
k=1 k=1
= 0
on a Im(Cϕ ) ⊂ Ker(Tϕ ).
d+1 d+1
Considérons enn η = X k yk ∈ Ker(Tϕ ) i.e. ϕk (yk ) = 0.
P P
k=0 k=0
d
On pose alors ξ = X k xk avec :
P
k=0

si k = d
(
yd+1
xk =
yk+1 + ϕ(xk+1 ) si 0 ≤ k ≤ d − 1
22. on a Lϕ = ϕ ⊗ idK[X] .
23. Tϕ est l'unique K[X]-homomorphisme Tϕ : LE −→ Eϕ tel que Tϕ (x⊗1) = x) d'après la propriété universelle
des produits tensoriels de sorte que l'on a Tϕ (x ⊗ X) = Tϕ (X.(x ⊗ 1)) = X.Tϕ (x ⊗ 1) = X.x = ϕ(x).
8.3. RÉDUCTION DES ENDOMORPHISMES 97
Mais x0 = y1 + ϕ(x1 ) de sorte que :
ϕ(x0 ) = ϕ(y1 ) + ϕ2 (x1 )
= ϕ(y1 ) + ϕ2 (y2 ) + ϕ3 (x2 )
..
.
= ϕ(y1 ) + ϕ2 (y2 ) + · · · + ϕd+1 (yd+1 )
= −y0
On a nalement y0 = −ϕ(x0 ) de sorte que η = Cϕ (ξ) d'où Im(Cϕ ) = Ker(Tϕ ). M

8.3.2 Applications

Le théorème de Cayley-Hamilton
On a vu que la matrice M de Lϕ dans la base (eei )1≤i≤m de LE est la matrice M de ϕ dans
la base (ei )1≤i≤m de E . La matrice CM de Cϕ dans la base (eei )1≤i≤m de LE est la matrice
caractéristique de M , ainsi χϕ = det(Cϕ ) ∈ K[X] est le polynôme caractéristique de ϕ.
Proposition 40 (Cayley-Hamilton)
On a χϕ (ϕ) = 0.
O La formule de Cramer s'écrit C
fϕ Cϕ = C fϕ Cϕ = χϕ IdL .
E

Pour tout x ∈ Eϕ , il existe ξ ∈ LE tel que x = Tϕ (ξ). On a donc Cϕ C


fϕ ξ = χϕ ξ . Comme
Tϕ ◦ Cϕ = 0 on a :
Tϕ (χϕ ξ) = χϕ (ϕ)(x) = 0
Comme cette dernière égalité est vériée pour tout x ∈ Eϕ on a χϕ = 0. M

Equivalence et similitude
Proposition 41
Deux endomorphismes ϕ, ψ sont semblables si et seulement si les endomorphismes caractéris-
tiques Cϕ , Cψ sont équivalents.
O Considérons un K[X]-isomorphisme w : Eϕ −→ Vψ ; on a l'isomorphisme :
Lw : LE −→ LV
(xk )k≥0 −→ (w(xk ))k≥0
tel que
Lw ◦ Cϕ = Lw ◦ (XidLX − Lϕ )
= Lw − Lw ◦ Lϕ
= Lw − Lψ ◦ Lw
= (XidLX − Lψ ) ◦ Lw
= Cψ ◦ Lw
de sorte que l'on a le diagramme commutatif :
Cϕ =XidLX −Lϕ
LE / LE

Tw Tw
 Cψ =XidLX −Lψ 
LV / LV
98 CHAPITRE 8. MATRICES SUR UN ANNEAU EUCLIDIEN

Supposons réciproquement que l'on ait le diagramme commutatif :


Cϕ =XidLX −Lϕ
LE / LE

u v
 Cψ =XidLX −Lψ 
LV / LV

dans lequel u est v sont des isomorphismes de K[X]-modules ; on en déduit un K[X]-isomorphisme


w : Eϕ −→ Vψ rendant commutatif le diagramme :

Cϕ =XidLX −Lϕ Tϕ
0 / LE / LE / Eϕ /0

u v w
 Cψ =XidLX −Lψ  Tψ 
0 / LV / LV / Vψ /0

comme u est v sont des isomorphismes, il en est de même 24 de w M

Invariants de similitude
Considérons un endomorphisme ϕ d'un K -espace vectoriel E de dimension nie m ; reprenons
la suite exacte caractéristique 25
Cϕ =XidL −Lϕ Tϕ
0 → LE −−−−−−−X−−−→ LE −→ Eϕ → 0

Compte tenu du fait que LE est un K[X]-module libre de rang ni m et que Cϕ est injectif, on
peut alors appliquer le théorème de la base adaptée à L0 = Im(Cϕ ) = Ker(Tϕ ) ⊂ L = LE : il
existe une base (1 , · · · , m ) de L et des polynômes unitaires 26 P1 , · · · Pm ∈ K[X] uniques tels
que P1 | · · · |Pm et que (P1 1 , · · · , Pm m ) soit une base de L0 .
On a P1 = · · · = Pm−r = 1 tandis que I1 (ϕ) = Pm−r+1 , · · · Ir (ϕ) = Pm sont de degré ≥ 1 ; ces
derniers sont les invariants de similitude de ϕ. Pour 1 ≤ k ≤ m le produit P1 · · · Pk est égal
au pgcd des mineurs d'ordre k de la matrice caractéristique de ϕ (dans une base quelconque de
V ). En particulier le polynôme caractéristique χϕ de ϕ est égal au produit I1 (ϕ) · · · Ir (ϕ) des
invariants de similitude de ϕ.
On a alors l'isomorphisme de K[X]-modules :

L/L0 ' K[X]/hI1 (ϕ)i × · · · × K[X]/hIr (ϕ)i −→ Eϕ

Il en résulte en particulier que


? pm est le polynôme minimal pϕ,K de ϕ. Ce résulte précise le théorème de Cayley-Hamilton
en explicitant le quotient (exact) χϕ /pϕ,K .
? Deux endomorphismes ϕ et ψ d'un K -espace vectoriel V de dimension nie sont semblables
(i.e. les K[X]-modules Vϕ et Vψ sont isomorphes) si et seulement s'ils ont les mêmes inva-
riants de similitude.

24. c'est le lemme des cinq


25. que l'on peut considérer aussi comme une présentation du K[X]-module Eϕ ou encore une résolution libre
de ce dernier
26. aucun des ces polynômes n'est nul car leur produit est égal au polynôme caractéristique χϕ ; on peut donc
supposer ces polynômes unitaires.

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